22.06.2015 à 02:00
Le Trail de la Vallée des Lacs est sans doute l’un des plus fun des trails du massif des Vosges, tant par son parcours que par les aléas climatiques qui caractérisent si bien nos vallées. Je ne pouvais repousser à une date ultérieure ma participation à ce trail. Pour cette première fois, je n’ai pas été déçu, ni par l’organisation ni par le parcours.
Ce fut un week-end assez particulier que ces 20 et 21 juin 2015. Le premier jour, dédié aux grands parcours des 55 et 85 km fut très difficile pour les coureurs, avec du vent et des pluies glaciales sur les crêtes vosgiennes. En les voyant redescendre, et même si la perspective de la ligne d’arrivée dessinait sur leurs visages un soulagement méritoire, on remarquait les stigmates que la course n’avait pas manqué d’imprimer sur les corps fatigués. Ce n’est pas tant la longueur ou les dénivelés qui sont les plus durs sur ce trail, mais bel et bien le terrain et le climat.
Le trail court du lendemain, avec ses 29 km (27 annoncés) et ses 1300 m D+ n’offrait qu’une petite partie des difficultés de la veille. Sous le portail du départ, avec la pluie et la fraîcheur revigorante du matin, tout le monde savait à quoi s’en tenir : des pistes glissantes et une boue bien grasse savamment préparées par les coureurs de la veille, ce qui ne devait pas aller en s’améliorant, surtout en fin de peloton. Ceux qui comme moi, avaient déjà reconnu le tracé, savaient aussi quels endroits plus techniques devaient retenir toute l’attention du traileur pour ne pas risquer la blessure.
L’organisation fut exemplaire : profitant chaque fois de l’expérience des sessions ultérieures, le balisage et les indications des bénévoles (forts courageux pour attendre des heures sous la pluie) furent largement appréciés. Aucune place à l’erreur.
Le départ fut donc donné avec les mises en garde de rigueur et la foule (plus de 500 coureurs) se mit en mouvement. Dans l’ensemble, le démarrage fut plutôt serein pour une mise en jambe profitable. Dès le premier single, le bouchonnage fut prévisible, avec presque aucune possibilité de dépassement. La situation devra se renouveler deux autres fois, dans les descentes vers le lac de Longemer, à la fois à cause du ravinage et de l’instabilité des sentiers. S’il fallait prendre de l’avance, c’est sur la première montée des pistes de la Mauselaine qu’il fallait le faire : un chemin bien large au dénivelé assez régulier permettait de prendre un rythme de croisière confortable.
Les montées les plus difficiles du parcours se situaient sur sa première moitié et juste un peu après le ravitaillement de mi-parcours. Des raidillons pas franchement longs mais assez éprouvants pour les jambes en particulier avec un terrain glissant. La difficulté principale de la seconde moitié du parcours tenait selon moi au terrain des chemins, avec à certains endroits des mares de boues qui mettent à l’épreuve nos capacités de saut en longueur. Au bout d’un moment, tout le monde abandonne l’idée de se salir le moins possible : on est là pour cela, après tout. Cependant, les rotules en prennent pour leur grade à chaque fois que, sous la boue, une pierre ou une racine fait perdre l’équilibre.
Les 5 derniers kilomètres ne furent toutefois pas aussi difficiles que prévu. Quelques rayons de soleil firent leur apparition à notre grande joie. Arrivés au camp de base, beaucoup de coureur ne résistèrent pas bien longtemps avant de plonger les jambes dans le lac pour ôter le plus gros des souvenirs forestiers incrustés sur les mollets… Vivement l’année prochaine !

Contrairement à ma reconnaissance du parcours, cette fois, le tracé est bel et bien exact. Vous pouvez aussi télécharger le fichier GPX (sur cette carte, cliquez sur « légende » puis « visualiser les données »).
30.05.2015 à 02:00
La sortie trail du jour m’a embarqué autour du Mont Sainte Odile, un des hauts lieux de l’identité alsacienne. Un parcours à éviter absolument le dimanche si vous ne voulez pas gêner les randonneurs. Côté repérage, la multitude de chemins balisés du Club Vogien a ceci de paradoxal qu’à la vitesse de course à pied, on en perd un peu le fil, donc carte obligatoire. Ce parcours me semble idéal si vous êtes de passage dans la région et si vous voulez visiter un maximum d’endroit en peu de temps. C’est parti, au rythme d’un car de touristes japonais frénétiques !
L’objectif du jour était simple : cumuler un dénivelé positif d’au moins 1000 m tout en prenant plaisir à rallier différents points remarquables autour du Mont Sainte Odile. L’intérêt d’aligner sur un même parcours des monuments ou des rochers particuliers, c’est de rompre la monotonie. Ce fut plutôt réussi. Sans vouloir crâner, je pense que s’il y a un trail du côté de Barr, c’est ce parcours-là qu’il faudrait faire pour un trail court.
C’est donc à Barr qu’on est invité à laisser sa voiture, le cas échéant. Un emplacement intéressant est sur le parking de l’église St Martin, ce qui permet d’amorcer directement sur le GR 5 à la droite du cimetière. Pour lire la suite de ce billet, prenez une carte IGN, surtout si vous n’êtes pas un(e) habitué(e) des lieux.
Données du parcours : 28 km, 1285 m D+.
Le parcours en général est assez régulier et rapide. Les difficultés sont étalées tout au long du chemin. La première montée vers le Mont Ste Odile, est assez surprenante. On emprunte le GR pour rejoindre le château du Landsberg puis on est finalement assez vite rendu sur la Bloss puis le Maennelstein. Ensuite entre les replats et les descentes, on couvre très rapidement la distance jusqu’au Monastère, puis les ruines du Hagelschloss et le site du Dreistein (en réalité, à cet endroit, il y a trois châteaux, mais je n’en compte qu’un pour cette balade :) ). Jusqu’au Dreistein, honnêtement, je n’ai pas vu le temps passer. Par contre, la descente du Dreistein et la montée qui suit juste après pour rejoindre la maison forestière du Willerhof nécessite une petite préparation psychologique : le Saegmuehlrain marque la division du parcours en deux grandes parties : la première plutôt régulière et la seconde qui nécessite de bien jauger l’énergie disponible selon la difficulté.
Cette seconde partie est inaugurée par le château du Birkenfels puis, en passant par la Breitmatt, un très joli point de vue sur le rocher du Kienberg. Pour la faire courte, l’ascension du Kienberg (par la face sud) m’a fait apprécier mes bâtons ! Ensuite vient la grande descente, sur plusieurs kilomètres, jusque la Holtzplatz (fond de vallée). Méfiez-vous : repérez bien la nomenclature du Club Vosgien sinon il est très facile de se tromper et se retrouver directement à Barr. Ce serait dommage, puisque les deux derniers châteaux n’attendent que vous à condition d’accomplir la dernière montée NTM (Nique Tes Mollets, un groupe célèbre qui m’a trotté dans la tête tout le temps de cette montée). Cette montée débouche sur Hungerplatz, ce qui marque la fin des négociations de dénivelés, puisqu’entre le château du Spesbourg et celui d’Andlau, c’est une descente qui ne se terminera finalement qu’à Barr. La toute fin du parcours, au sortir de la forêt, surplombe les vignes côté sud.
Je récapitule rapidement les étapes du parcours :
La carte ci-dessous et son fichier GPX ne sont là qu’à titre indicatif. Cette précision est importante car à deux reprises, j’ai bricolé ma montre GPS et oublié de la remettre en route (!). Il y a donc deux lignes droites qui faussent un peu le parcours, mais à ces deux endroits, il suffit de suivre le sentier (suivre le sentier du Mur Païen, et le chemin forestier sur la commune de Barr).

24.05.2015 à 02:00
Le projet de loi Renseignement, après avoir été voté avec une écrasante majorité à l’Assemblée nationale passe actuellement par les grilles du Sénat et se retrouvera cet été devant le Conseil constitutionnel à la demande d’une soixantaine de députés. Ceux qui ont suivi les débats et constaté l’extraordinaire ténacité des initiateurs de ce projet de loi, ne peuvent qu’être horrifiés de la manière dont furent imposés les arguments et le texte de la loi dans un dialogue de sourds. Ce dernier confrontait non pas les idées politiques entre élus représentants du peuple et sa diversité, mais entre la société civile et la classe politique conçus comme des Atrée et Thyeste que rien ne peut plus concilier. La dialectique entre sécurité et liberté dans le domaine de la surveillance des communications est un sujet qui laissait supposer qu’un tel texte devait faire l’objet d’analyse et d’expertise autrement plus poussées, en prenant le temps, loin des passions suscitées par le terrorisme. Une telle loi laisse-t-elle désormais planer l’ombre du totalitarisme en réponse à la peur et aux tensions mondialisées ? Sommes-nous subrepticement en train d’abandonner nos idéaux démocratiques et républicains ?
Je n’ai jamais aimé les mots en « isme ». Ils ont tendance à classer tout et n’importe quoi dans des catégories le plus souvent inappropriées au sujet de la discussion. Le totalitarisme se défini comme un système politique qui impose par le contrôle systématique l’adhésion à une idéologie incarnée par un parti unique censé représenter la communauté. Il n’y a pas d’idéologie unique derrière le projet de loi Renseignement, il y a plutôt une convergence de volontés diverses, allant de la logique ultra-sécuritaire à la défense d’intérêts de classe, ou personnels ou encore lobbyistes (on pourrait aussi qualifier cette loi d'anti-zadiste, par exemple). Donc passer du projet de loi Renseignement à la prédiction d’un totalitarisme qui vient, même déguisé, est une démarche inappropriée qui tend à voiler les problématiques en jeu. Néanmoins je voudrais ici m’interroger et explorer diverses voies et, en mobilisant mes maigres connaissances des auteurs classiques, tracer les contours d’une situation bien désavantageuse pour la démocratie.
Et la dictature ? Là, par contre, on se rapproche davantage de la réalité des faits. La dictature se défini d’abord comme un régime politique, donc avec des institutions qui peuvent la précéder et lui survivre, avec la concentration de tous les pouvoirs sur une personne ou un groupe bien identifié. À l’époque Romaine, la dictature était conçue comme un remède possible à une période de crise, c’est à dire une exception légale à la règle républicaine (une magistrature exceptionnelle). Là où les institutions sont supposées assez fortes pour pouvoir se permettre ce genre d’exception temporaire, une dictature peut théoriquement résoudre une situation de trouble à condition d’un retour à la norme que l’on espère rapide. Là où les institutions sont faibles, la dictature peut perdurer indéfiniment. Elle peut bien évidemment se doubler d’un système totalitaire, fondé sur une idéologie plus ou moins claire.
Voilà pour les définitions. Disons pour simplifier à l’extrême que le totalitarisme est d’abord idéologique là où la dictature est d’abord juridique. Pour revenir à nos moutons à propos de la loi Renseignement, il nous faut maintenant analyser les raisons pour lesquelles une telle loi nous rapproche dangereusement des plus mauvais souvenirs de l’histoire des régimes politiques. Car il s’agit d’une loi qui, du moins dans ses premières moutures, a la prétention d’organiser une surveillance de masse de nos communications, pour défendre des intérêts volontairement englobants et généralistes (comme les « intérêts économique majeurs »), une loi justifiée par la « lutte contre le terrorisme » et qui a finalement pour conséquence de restreindre à grande échelle le droit à la vie privée, la liberté d’expression et en général les libertés individuelles.
À titre d’illustration par anticipation des répercutions de cette loi utilisée par une idéologie totalitaire, on peut se pencher sur une tentative d’amendement relatée par Marc Rees, rédacteur en chef de Next Inpact :
Enfin, il y a le superbe amendement Apprentis chimistes (COM-193), signé par trois sénateurs UDI, MM. Guerriau, Kern et Longeot, qui proposent d’autoriser l’espionnage non seulement dans le domaine du terrorisme ou industriel mais également à « d’autres valeurs essentielles à la République », à savoir les intérêts « sanitaires, énergétiques, scolaires, administratifs, culturels, cultuels, sportifs ». Heureusement, ses auteurs l’ont finalement supprimé après quelques coups de téléphones bien sentis. Ouf !
Cette tentative a en effet de quoi inquiéter. Il serait exagéré de la monter en épingle pour dénoncer tout le projet de loi, néanmoins, pourquoi avoir retiré cet amendement si, après tout, ils est censé être le fruit d’une intense et mûre réflexion (hum !) de la part de ces élus de la République ? N’aurait-il pas dû être discuté au Sénat, quitte à exposer les véritables intentions populistes de certains, et faire l’objet éventuellement d’une motion tout à fait officielle ?
(Màj du 27/05/2015 : ) On pourrait tout aussi bien s’inquiéter de cette autre tentative d’amendement au projet de loi sur le Dialogue Social et l’Emploi, selon laquelle il s’agissait de faire surveiller les communications et les données de millions de chômeurs, sans contrôle judiciaire, dans le cadre de la lutte contre la fraude aux allocations. Un amendement qui, lui aussi, a été retiré une fois pointé du doigt par les journalistes.
En réalité, certains amendements proposés par les élus agissent comme des révélateurs d’un mécanisme malsain et latent, qui n’attendrait finalement qu’une occasion pour se montrer au grand jour. Les générations nées après guerre en France ont tendance à croire que la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et la Constitution de la République ont créé un mode de gouvernance normal et éternel que rien ne saurait remettre en question. D’où une confiance généralement aveugle envers les bonnes intentions des élus. Or, visiblement, il n’en est rien, et certains élus forment une classe dont l’objectif est de remettre systématiquement en cause les principes qui ont fait d’eux des représentants du peuple. C’est là qu’une part de ce qui constitue le totalitarisme entre en jeu. Une sorte de « côté obscur de la Force » finalement toujours présent dans n’importe quelle démocratie : le fait que les idéologies totalitaires soient le fruit d’un mouvement. C’est ce qu’avait très justement analysé Hannah Arendt dans son approche des Origines du totalitarisme : la réaction classique face à la faute totalitaire, c’est de vouloir identifier des responsables, des porteurs de croix ; or, ce qui caractérise vraiment cette faute, c’est la dilution des responsabilités à tous les niveaux y compris dans le peuple. Les fautes sont en effet partagées : d’un côté un mouvement latent, une peste qui couve et qui doit faire l’objet d’une vigilance permanente et, de l’autre, l’irresponsabilité, l’abandon des idéaux, et une majorité écrasante de citoyens qui ne se sentent plus concernés (d’aucun pourront argumenter avec raison qu’une part de cet abandon est aussi le fruit des vicissitudes des partis et des promesses électorales non tenues).
Et là, nous touchons à la principale cause de la prétendue non-réception des enjeux de la loi Renseignement auprès du grand public, malgré tous les efforts des associations et autres groupements les plus concernés, de La Quadrature du Net au Syndicat des avocats de France en passant par la Ligue des droits de l’Homme et Reporters Sans Frontières.
La surdité du grand public peut s’expliquer selon plusieurs points de vue.
Le fait que, de manière générale et pas seulement pour ce qui touche aux libertés numériques, il est toujours plus difficile d’expliquer en masse des idées complexes que des idées simples, en particulier lorsqu’il s’agit de réagir à la volonté de l’État. La cause de cette difficulté a déjà été expliquée par La Boétie dans son Discours de la servitude volontaire : c’est parce que le peuple a oublié sa liberté qu’il se soumet à l’absolutisme. Dans le cas qui nous concerne, les promoteurs de la loi Renseignement ont eu beau jeu de dénigrer les représentants pertinents de la société civile (mentionnés ci-dessus) qui leur opposaient de solides arguments techniques et juridiques, en les qualifiant de « geeks » séditieux (rappelant trop bien les « 5 gus dans un garage » de la loi Hadopi) et de colporteurs de fantasmes. Ils savaient parfaitement que les discours techniques et juridiques qu’ils avaient eux-mêmes des difficultés à comprendre, ne seraient pas entendus par le grand public non seulement à cause de leur complexité mais aussi et surtout parce qu’un travail de soumission de la population à la peur du terrorisme a été effectué en profondeur auparavant. On peut donc reconnaître que le discrédit systématique des détracteurs a été efficace non seulement auprès du grand public (passage télévision, radios nationales, etc.) mais aussi auprès des députés qui hésitaient encore malgré les invectives de leurs partis respectifs.
Le fameux « esprit du 11 janvier » répété ad nauseam en guise de contre-argument à toute contradiction du parti majoritaire de l’Assemblée a aussi entretenu un discours de servitude : toute manifestation qui ne serait pas le fruit d’une communion générale et compassionnelle du peuple envers les dangers qui guettent la démocratie — dangers que seul le gouvernement serait à même de définir —, est comprise comme une atteinte aux intérêts de l’État et par conséquent peut même tomber sous le coup de la loi Renseignement. C’est là l’effet pervers de la dialectique faussée entre sécurité et liberté : en déplaçant l’enjeu sur le thème de la défense des citoyens au nom de la sécurité, le seul discours qui était alors acceptable devenait celui d’un choix artificiel entre le risque terroriste et la grande braderie des libertés. Tel fut en tout cas l’objet de certains sondages qui posaient la question « Êtes-vous prêts à restreindre un peu de votre liberté pour plus de sécurité ? ». L’impact de ces sondages fut dévastateur puisqu’une idée communément partagée en démocratie consiste à être persuadé que les élus du peuple ne feraient jamais rien qui puisse restreindre outre-mesure les libertés. Et nous revoici chez La Boétie.
Du côté des élus, il ne faudrait tout de même pas croire qu’un bloc monolithique a été formé en faveur de la loi. Une petite cinquantaine de députés a tout de même voté contre le projet. Mais parmi les élus il y a aussi une grande part des individus soumis comme tout le monde à la logique de la centralisation des données et aux mutations de la vie privée qu’implique l’économie numérique noyautée par les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft). Contrairement à l’analogie commune, il ne s’agit pas d’un Big Brother à la manière d’Orwell, mais plutôt, pour reprendre l’expression d’Alain Damasio, d’un Big Mother. Le Big Brother d’Orwell reflète la soumission des esprits à un contrôle totalitaire, alors qu’on ne peut qu’accepter de confier ses données privées à Big Mother en échange du bien-être qu’octroient tous ses services et son amour incommensurable. Par conséquent, si d’un côté les individus sont prêts à sacrifier leur anonymat et leur vie privée en échange des biens et services mercantiles, que ne le seraient-ils pas en échange de la sécurité de l’État ? C’est en tout cas l’approche régulière de beaucoup de nos députés qui, par un extraordinaire manque de compétence et d’analyse sont convaincus qu’Internet n’est autre qu’une somme de services proposés par les GAFAM et nullement l’outil aujourd’hui majeur de la liberté d’expression, de la créativité et du partage des connaissances et des techniques. Eux-mêmes sont donc soumis à Big Mother et, aveuglés par leur stupidité (qui, comme le disait Kant, n’est pas un mal mais un vice sans remède), n’en voient pas les dangers. Leur soumission doit alors s’imposer de la même manière à tous dans une sorte de résignation et d’indifférence générale.
Enfin, c’est aussi du côté de l’architecture d’Internet et de ses écosystèmes qu’il faut aussi effectuer un travail introspectif. C’est ce qu’a fait Eben Moglen lors d’une conférence intitulée « Pourquoi la liberté de pensée exige des médias libres ? ». L’Internet que nous voulons construire doit absolument intégrer la notion d’anonymat comme paramètre par défaut, contre les tentatives de contrôle. Tristan Nitot a sur ce point tout à fait raison lorsqu’il explique, à l’instar de Michel Foucault dans Surveiller et punir, la logique panoptique à laquelle nous devons désormais faire face : sans anonymat et avec une surveillance de masse (même potentielle, c’est la caractéristique panoptique) de nos données contrôlées par l’État, nous ne sommes plus capables de penser.
Alors quoi ? Le réquisitoire semble sans appel. Pour reprendre encore les mots de Hannah Arendt qui désigne l’origine du totalitarisme comme le fruit d’une « faillite du jugement et la démission de la conscience morale », tous les ingrédients semblent être réunis : incompétence des élus, simplification des débats et sophismes outranciers, dénigrement des experts et déni de démocratie (on passe la loi en procédure d’urgence pour couper court aux débats). Pourtant les consciences sont alertes : les associations ont effectué de belles tentatives d’explication aux élus (par mail et par téléphone) de manière organisée et argumentée. Et pourtant cette participation Ô combien civique des citoyens au débat public a été qualifié de « pressions » par le premier ministre lui-même. Il était alors certainement oublieux des représentants de consortiums industriels, pharmaceutiques et agro-économiques qui hantent les alcôves des bâtiments officiels et qui, eux, ont des moyens bien plus conséquents pour exercer leurs pressions et modeler les lois. Le simple fait de qualifier de « pressions » l’implication des citoyens, et parmi eux les plus experts en matière de technologies numériques et de réseaux, montre à quel point un fossé de plus en plus grand s’est ouvert entre élus et citoyens. Poncif. Tout le monde en avait déjà conscience. Mais ce qui est beaucoup plus curieux, c’est que ce fossé s’est aussi creusé entre les élus eux-mêmes. En effet, à chaque proposition d’amendement qui n’allait pas dans le sens des promoteurs du projet de loi, les mots du ministre de l’Intérieur furent tantôt sévères tantôt désobligeants, prétendant que les protagonistes n’avaient pas lu le texte ou se laissaient berner par des fantasmes. Accusations graves sur les bancs des députés, mais les réactions furent négligeables. Que dire en effet, lorsque toute contradiction est à ce point refusée ?
Le philosophe Paul Ricœur affirmait qu’on reconnaît une démocratie à partir du moment où elle peut intégrer ses propres contradictions. L’outil principal des dialogues contradictoires est justement la liberté d’expression sur la place publique. Or, si tout dialogue est refusé, que peut-on attendre d’autre d’une loi qui vise à restreindre la liberté d’expression au nom de la sécurité ? Le comportement du ministre de l’Intérieur n’était donc pas surprenant.
Il semble qu’à défaut de penchant totalitaire, nous ayons affaire à une forme de démagogie réactionnaire combinée à un abandon des responsabilités. Il serait trop simple, en effet, de faire appel au néologisme de démocrature, repris ici et là. La démocrature, en effet, est une démocratie tronquée : elle présente tout l’appareillage législatif d’une démocratie mais en pratique la classe politique ne ferait que promouvoir les intérêts de quelques uns. Concernant la loi Renseignement, on ne peut pas réduire la tentative de surveillance de masse à la défense d’intérêts particuliers (même si pour d’autres lois, on peut en effet se poser la question) : le projet de loi n’obéit ici qu’à trois principes :
À l’approche de l’examen du projet de loi par le Sénat, le Commissaire aux Droits de l’Homme du Conseil de l’Europe s’est fendu d’une lettre claire et concise adressée aux membres du Sénat français. En substance, Nils Muižnieks rappelle que les droits de l’homme « ont subit les répercussions des mesures prises par divers états afin de lutter contre le terrorisme ». Il ajoute à l’intention expresse du Sénat français :
(…) Le rapport adopté par l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe le 21 avril dernier a ainsi mis en évidence les menaces que la surveillance de masse fait peser sur le droit au respect de la vie privée et familiale, le secret des sources journalistiques ou encore le secret professionnel des avocats.
À cet égard, le projet de loi relatif au renseignement suscite de nombreuses inquiétudes (…).
En premier lieu le champ d’application extrêmement vaste de ce projet de loi, qui dépasse largement la lutte contre le terrorisme, est insuffisamment clairement circonscrit et risque de viser des activités dont la nature ne justifie pas le recours aux moyens de surveillance prévus par ce texte. Ces moyens sont, en effet, particulièrement intrusifs (…)
La délivrance d’un simple avis par la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement, la possibilité d’y déroger en cas d’urgence ainsi que l’absence d’intervention de l’autorité judiciaire dans le processus décisionnel visant à la mise en œuvre des mesures de surveillance confèrent à l’exécutif une marge de manœuvre insuffisamment contrebalancée.
Quelle gifle ! En d’autres temps, nous nous serions rendus sur le pré en échangeant des politesses et des coups de sabres. Comment se fait-il qu’une aussi haute institution que le Sénat français fasse à ce point l’objet d’un tel rappel à l’ordre ? Tout ce se passe exactement comme si les idéaux de la Déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen, dont la France s’enorgueillit tellement, étaient dévoyés par nos élus. Serait-ce donc aussi has been que de s’assurer que les droits de l’homme soient respectés par les lois, alors même que notre Déclaration est le fruit de près d’un siècle de travail des philosophes les plus illustres des xviie xviiie siècles ? À moins que justement il s’agisse d’une conception de l’État pré-révolutionnaire, comme s’il n’y avait plus d’autre action possible que de sauvegarder un pouvoir qui s’étiole, en particulier face à la mondialisation des rapports économiques, belliqueux, ou technologiques. Une sorte de gesticulation motivée par la peur de l’impuissance et un retour à une conception hobbesienne de l’État.
Thomas Hobbes fut l’un des premiers à avoir théorisé le rôle de l’État. Ce dernier agit comme le mythique Léviathan, unique et absolu, détenteur du pouvoir ultime avec lequel les individus passent un contrat (social) en échangeant leur liberté naturelle, source de conflit et de chaos, contre l’ordre et la sécurité. Pourquoi une telle vision apocalyptique d’un monde sans État puissant ? Tout simplement parce que Hobbes pensait à la violente guerre civile dont l’Angleterre se remettait à peine. C’est la peur qui a guidé la plume de Hobbes, tout comme la peur de perdre leur autorité (donc celle de l’État) dicte le discours des promoteurs de la loi Renseignement. Dans ce contexte, il est donc très important peur eux de réduire au maximum le rôle de la loi Renseignement à la sauvegarde de l’ordre établi, comme une surcouche aux autres lois existantes. Ainsi furent déclinés les intérêts de l’État autres que la protection des citoyens contre le terrorisme, lui-même vu (érigé ?) comme un embryon de guerre civile. Le résultat est que les intérêts ainsi défendus au détriment des libertés sont bien trop englobants, et ne laissent plus de place aux contradictions démocratiques, ce que souligne justement le Commissaire au droits de l’Homme du Conseil de l’Europe.
Mais Hobbes n’a fait qu’initier une discussion qui s’est étalée sur plus d’un siècle. Quelques années après la parution du Leviathan, ce furent Jean-Jacques Rousseau et John Locke (pour ne citer qu’eux) qui eurent l’intelligence de s’intéresser à la connaissance et à la raison dont sont loin d’être dénués les individus. Si donc l’individu est doté de raison et de connaissance, et donc de jugement, l’État ne règne pas en maître sur des individus écervelés prêts à s’étriper pour une pomme tombée de l’arbre. Oui, les hommes sont capables d’auto-gouvernance et, en termes modernes, on traduit cela par la capacité de la société civile à à se faire entendre. La société civile est non seulement capable d’expertise mais les institutions démocratiques sont ainsi faites qu’il ressort même de l’obligation du citoyen de faire valoir ce droit à exercer ce civisme. La manière dont fut votée la loi Renseignement à l’Assemblée nationale a montré que nos élus n’en sont restés qu’à Hobbes, dans une surdité totale face aux arguments de ceux qui, pourtant, sont les mieux placés pour juger de la recevabilité ou non d’une telle loi. Retour aux classiques, au moins jusque 1789.
Pour le dire simplement, le discours paternaliste ambiant doublé d’une conception étriquée du rapport entre liberté et sécurité, est forcément source d’un schisme qui ne tardera pas à éclater entre le gouvernement et la société civile. Cette prédiction n’est pas forcément un bon signe dans la mesure où l’abandon et l’irresponsabilité des élus a provoqué autant de frustrations de tous ordres dans une société en crise. En d’autres termes le schisme en question risque de ne pas être révolutionnaire (et pacifique) mais conflictuel. Le processus de la loi Renseignement cristallise une partie des grands maux qui sclérosent la vie politique française. Les effets seront dévastateurs pour la démocratie. Parmi les détracteurs de ce projet de loi figurent ce qu’on appelle des leader d’opinion. Ceux-ci auront bien raison de souligner la manière dont l’État français considère les libertés et en particulier parce qu’une partie non négligeable de la liberté d’expression et la puissance fédératives des idées (démocratiques ou non) se concrétisent aujourd’hui par la voie numérique. L’Europe serait-elle une dernière niche où, malgré les lobbies, le dialogue démocratique reste possible ? Les voix y sont en tout cas entendues, comme l’ont déjà montré, bien qu’au prix d’énormes efforts, les mobilisations contre Acta et les atteintes à la neutralité d’Internet, et encore en ce moment même à propos de la réforme du droit d’auteur. L’avenir peut nous réserver de belle surprises. Concluons en tout cas sur cette note positive, à défaut d’un grand désarroi.
26.04.2015 à 02:00
Dans ma recherche de parcours d’entraînement trail situés à une distance raisonable de Strasbourg et présentant néanmoins des dénivelés intéressants, j’ai testé ce tracé hier, par un temps quelque peu changeant mais qui n’a pas empêché le plaisir des yeux. Le tout pour 20 km de distance et environ 900 m D+.
Je vous propose donc cette petite virée du côté de Oberhaslach, une commune qui par ailleurs accueille le Trail de la Hasel dont la prochaine et troisième édition est prévue le 27 juin 2015. Cela dit, le parcours n’est pas du tout celui que je compte vous présenter ici.
Depuis Strasbourg, se rendre à Oberhaslach est très simple. Il suffit de prendre l’autoroute direction Molsheim puis Schirmeck. Une fois sur la D1420, bifurquer vers Niederhaslach/Nideck par la D392 puis la D218, Dans le centre de Oberhaslach, prendre à droite juste avant la mairie et monter quelques 200 mètres en suivant l’indication du parking (voir plan ci-dessous). Il s’agit du parking de l’école du village où vous aurez l’embarras du choix pour vous garer. Notez au passage la présence de la fontaine près de la mairie, au cas où un coup de brosse devrait s’imposer pour vos chaussures au retour.
Pour le résumer simplement, le parcours consiste à longer la Hasel pour une mise en jambe agréable, puis monter au Nideck (par le Hirschfels), rejoindre le Schneeberg, puis retour par le Col des Pandours, le Petit et le Grand Ringenfels. La carte, le profil et les photos figurent en bas de ce billet.
En guise de préparation, pour une course de printemps, on pourra prévoir un coupe-vent pour contrer les effets du Schneeberg (culminant à 966 m). La totalité du parcours est plutôt à l’abri de la forêt. Il offre plusieurs points de vue et, en tout, le Hirschfels, le Nideck, le Schneeberg, les vestiges Gallo-Romains du Petit Ringelfels et les ruines du château du Grand Ringelfels.
Le parcours peut se diviser en 5 sections :
Le parcours peut se faire presque sans carte (mais je conseille de vous y référer de temps en temps). Ceci grâce au balisage du Club Vosgien.
Il s’agit d’un parcours, comme d’habitude, assez touristique, mais qui permet de s’entraîner efficacement à la montée sur des sentiers. En général, le parcours compte moins de 30% de chemin forestier large et très peu de bitume (maximum 500 mètres), ce qui est plutôt appréciable dans les Vosges.
Voir en plein écran | Cliquer sur « Plus » à gauche puis l’icône d’export pour télécharger le fichier du tracé (gpx, kml, geojson).
13.04.2015 à 02:00
On le sent qui arrive ce fameux printemps, mais ce n’est pas toujours évident. J’avais déjà rangé mes mitaines et mes collants doublés, ressorti ma casquette fétiche et mes shorts. Et puis voilà, dans un dernier élan de témérité, je me suis lancé dans un dernier trail hivernal en ce début de mois d’avril. En bon vosgien qui se respecte, néanmoins, la méfiance l’a emporté. Voyant qu’il restait tout de même pas mal de neige sur les pistes de ski gérômoises, je m’attendais à progresser contre le climat hostile et rude. Ils étaient tous là au rendez-vous, ces fidèles amis : la neige sur laquelle on s’enfonce une foulée sur 3, la pluie froide et intermittente, le granit glissant, la boue provoquée par l’eau des fontes… Un dernier petit plaisir pour un nouveau parcours autour de Gérardmer avec trois points de vue différents.
C’est un parcours d’une durée de 2h45 (moins si la météo est clémente) avec 945m D+ autour de la Perle des Vosges. En partie, ce parcours recouvre certains tracés de la station de trail mais le principal avantage, à mes yeux, est qu’il constitue un terrain d’entraînement figurant les principales difficultés du parcours du trail court de la Vallée des lacs (qui aura lieu en juin). Comme ce tracé était encore enneigé, le circuit n’étant pas ouvert, il fallait trouver une solution alternative. Par ailleurs, cela fait un parcours de rechange pour éviter de voir toujours le même paysage.
Les deux principaux avantages touristiques du parcours :
Les difficultés du parcours :
En quelques mots, le début du parcours reprend le tracé du trail de la Vallée des Lacs, mais s’en sépare du côté de Saint Jacques pour bifurquer sur les pistes du Poli. On remarquera au passage que la première montée du célèbre trail vosgien est particulièrement amusante mais un peu décevante car elle s’achève sur du bitume jusque la Mauselaine. On accusera au passage la bitumisation effrénée du site à des fins de locations touristiques. On admirera alors la vue de Gérardmer depuis les pistes de ski, en particulier celle du Tetras. La descente du Poli jusqu’au Saut des Cuves n’a rien d’exceptionnel mais la montée vers la Roche des Bruyères est un beau sentier pierreux et vraiment montagnard. La Roche présente une vue de toute la longueur de la vallée de Gérardmer jusqu’au lac. On pourra alors apprécier sur la droite, le prochain sommet à atteindre et, à gauche, un aperçu du parcours déjà accompli. La descente s’achèvera par les gorges du Roitelet, un petit ruisseau nerveux qui se jette ensuite dans la Vologne encore naissante à ce niveau. Le petit hameau de Kichompré et sa tranquillité reposeront un peu les jambes pour remonter ensuite assez sèchement jusque la Trinité puis Miselle. Le retour se fait dans la clarté d’un coteau ensoleillé (enfin… selon la météo).

## Quelques photos
Précision : ces photos ont été prises rapidement :)

08.04.2015 à 02:00
Vous avez certainement entendu parler de Scratch. Peut-être même, avec un peu de chance, un enseignant de l’école primaire ou du collège de vos enfants en a fait la promotion voire a organisé une séance d’initiation en salle informatique. Bon… ce serait dans le meilleur des mondes. Si l’Éducation Nationale se mettait vraiment à exploiter les solutions libres et efficaces d’apprentissage de l’informatique, on le saurait. Quoique cela c’est déjà produit ! Souvenez-vous du LOGO.
OK, ce n’était pas vraiment libre, mais cela provenait tout droit des années 1960, avant l’apparition des licences libres. J’y ai eu droit dans les années 1980, et cela a contribué énormément (fondamentalement) à ma connaissance des machines et la compréhension de la logique informatique. Depuis presque 10 ans, pourtant, un petit nouveau a fait son apparition, c’est Scratch. Et à utiliser avec les enfants, c’est un vrai bonheur ! Voici quelques réflexions à propos de Scratch et sur la récente parution de Scratch pour les Kids (en français), chez Eyrolles.
Si vous voulez tester Scratch rapidement et en ligne, sans avoir besoin d’installer un programme sur votre machine, il suffit de vous rendre sur le site scratch.mit.edu (j’ai une préférence personnelle pour l’alternative Snap!). Vous pourrez disposer de l’interface et faire partie ainsi des millions d’utilisateurs qui s’échangent leurs projets. Vous aurez aussi droit à la toute dernière version de Scratch, même s’il est assez facile d’installer localement le programme, en particulier si vous devez l’utiliser sans connexion Internet (je préconise personnellement l’installation en local, qui donne l’opportunité aussi d’appréhender la question de la sauvegarde et de la gestion de fichiers).
Scratch, c’est quoi ? Il n’est pas très utile ici de développer une présentation en détail. Le site officiel est déjà très complet à ce propos. En gros, Scratch est dérivé de manière assez lointaine (mais évidente) du LOGO via un logiciel nommé Squeak. Il s’agit d’interpréter graphiquement du code pour faciliter son approche, ce qui permet de manipuler de manière très visuelle des blocs de code de manière à créer des projets-programmes. Aux yeux d’un enfant, le résultat est toujours immédiat : il peut voir ses scripts en action, même de manière indépendante les uns des autres, et s’amuser à contruire tout un projet, le partager, l’améliorer, etc. Par exemple, au Québec, où Scratch est largement utilisé dans le monde éducatif, vous pouvez trouver le site Squeaky MST qui a l’avantage de proposer des bouts de codes bien pratiques adaptés à différentes situations ainsi que des présentations et des tutoriels.

L’interface, quant à elle, est attrayante. Une fenêtre montre toujours le projet en action et l’outil principal est la souris qui permet de déplacer les blocs de scripts. Pour un adulte, la prise en main n’en est que plus rapide. Au bout de quelques essais, on en vient vite à comprendre le fonctionnement général. Mais une question se pose : n’est-on pas vite limité par nos propres connaissances de l’informatique en général ?
Il faut jouer carte sur table : soit vous laissez l’enfant s’amuser et s’approprier Scratch tout seul, soit vous l’aidez et montez des projets avec lui, et de manière pédagogique vous élevez progressivement le niveau d’exigence. Si vous préferez la première solution, c’est que peut-être vous même n’êtes pas à l’aise avec l’informatique. Ce n’est pas un reproche, mais je vous rends attentif au fait que, si pour vous il s’agit d’une question de choix (alors que c’est faux) vos enfants, eux, ne se posent pas la question d’avoir ou non le choix : les machines sont et seront leur quotidien.
Avant d’être assis devant un ordinateur en longueur de journée, comme c’est peut-être votre cas si vous faites un travail de bureau, par exemple, si vous aviez eu la possibilité d’apprendre l’informatique à l’école (et je parle d’informatique, pas de l’actuel B2i qui n’est qu’une forme d’utilisation superficielle de quelques logiciels), je suis certain que votre utilisation quotidienne d’une machine serait profondément différente. À l’école, je n’ai pas appris ce qu’est un protocole de communication, ni comment réaliser un site web, ni installer un système d’exploitation, etc. Rien de tout cela. J’ai juste appris à entrer quelques commandes avec le LOGO, le BASIC et, au collège, programmer des règles de calculs avec le Pascal. L’apprentissage de la programmation informatique (non, on ne dit pas « coder ») permet de rendre autonome, d’avoir de bons réflexes, essentiellement basés sur le partage de connaissances, la recherche de solutions et, j’en suis convaincu, sert à tous les niveaux et tous les types d’apprentissages.
Bref, si vous voulez vraiment bien accompagner votre enfant dans l’apprentissage de Scratch (et plus tard vers d’autres langages), il y a quand même un minimum de pré-requis, que vous vous pouvez acquérir en un minimum de temps, simplement en vous renseignant. L’essentiel est d’être à l’aise car si vous ne l’êtes pas, vous atteindrez vite les limites de tolérance de votre enfant, en particulier si à chaque étape que vous n’aurez pas anticipée, vous êtes obligé de vous arrêter, paniquer, perdre patience, et finir par laisser tomber. Ce serait dommage, non ?
Heureusement, Scratch ne fait pas partie de ces langages où, pour comprendre une fonction et l’utiliser, il faut en plus savoir comment elle sera interprétée par la machine. Non : on utilise des blocs, on les assemble, on peut y ajouter quelques variables, et on voit le résultat. C’est tout. Mais par où commencer ? Si a priori Scratch semble être un joyeux cliquodrome facile d’accès, sans un guide pour vous orienter, la frustration fini par être au rendez-vous. C’est là qu’intervient un magnifique petit ouvrage parfaitement adapté à une utilisation conjointe adulte/enfant : Scratch pour les Kids.
La présentation du livre a été pensée de manière très pédagogique. Il est divisé en 10 chapitres, appelés « niveaux », introduit par une petite bande dessinée. Chaque chapitre reprend les acquis précédents pour aller toujours plus loin dans l’apprentissage de Scratch. Si l’on peut appréhender, au départ, les longues phases de saisie, tout a néanmoins été fait pour que chaque script soit expliqué, partie après partie. C’est là qu’intervient un autre avantage de Scratch : chaque petit script est « jouable » indépendamment du reste du programme. L’enfant ne se lasse pas et l’adulte non plus ! Dès le niveau 2, c’est un jeu très visuel qui est créé. Il peut se lancer immédiatement mais la cerise, c’est que l’enfant a tout de suite envie d’y apporter des améliorations… comme il se trouve assez vite coinçé par manque de pratique, il va naturellement poursuivre le chapitre suivant.
Pour le mode d’emploi, l’ouvrage est déclaré « dès 8 ans ». Il est vrai que c’est à partir de cet âge, et même un peu avant, qu’on peut commencer à travailler avec le LOGO. Néanmoins, le bon maniement de la souris, l’autonomie face à la gestion des fichiers, le fait de rechercher la meilleure méthode pour organiser ses scripts, etc. tout cela m’oblige à dire qu’attendre 9 ans ne me paraît pas exagéré. Dans tous les cas, avant 12 ans, la meilleure solution est de travailler à deux, l’adulte et l’enfant. L’adulte pour expliquer certains termes, et aider l’enfant à créer ses scripts. L’enfant aux commandes, lisant l’ouvrage et appliquant les méthodes des différents niveaux. De même, faire deux niveaux d’un coup serait présumer de la concentration de l’enfant : mieux vaut bien comprendre un niveau et le laisser improviser sur la base des connaissances nouvellement apprises que d’enchaîner aussitôt au niveau supérieur. Pour finir, il sera ensuite temps de passer à la programmation proprement dite, en commençant par Python pour les kids, par exemple…
Pour utiliser Scratch, vous avez plusieurs solutions :
Enfin, si vous optez pour l’installation en local, vous pouvez rapatrier les projets mentionnés dans l’ouvrage simplement en les téléchargeant depuis le site. Il suffit de se rendre sur la page du livre et télécharger les Compléments (env. 15 Mo). Il s’agit d’un fichier compressé contenant deux dossiers : le premier avec les fichiers des exemples du livre et les scripts, le second avec les exemples « nus », c’est à dire les images, les lutins, etc. et sans les scripts.