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Tristan NITOT
sur la technologie, l'Internet et les libertés numériques

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14.02.2026 à 10:53

Comment l'IA tue le Web

Tristan Nitot

Si ChatGPT devient le nouveau Google, cela implique que l’IA est en train de tuer le Web. Je m’explique :

Le Web, au départ, c’est que des humains écrivent des documents avec des hyperliens entre eux, ces documents comprenant du texte, une mise en page, des images, du son, des vidéos si nécessaire.

Schéma représentant le Web avan tl'IA

Et de l’autre côté de l’écran, des humains lisent les textes et naviguent entre ces documents en suivant les liens. Pour cela, ils utilisent un navigateur (un “user-agent” dans le jargon), un logiciel qui va chercher le document, le présente en interprétant le contenu, tout en préservant l’utilisateur des personnes mal-intentionnées qui peuvent se trouver sur le Web (lequel n’est pas peuplé que de bisounours).

Il arrive souvent que les utilisateurs trouvent le contenu initial via un moteur de recherche, qui est donc devenu indispensable dans l’expérience utilisateur. Accessoirement, le moteur de recherche affiche de la pub dans ses résultats et ça finance les éditeurs de navigateurs (Google, Apple, Mozilla & co).

Mais ça, c’était avant.

Le Web après l'IA : l'humain fait générer du contenu par une IA. De l'autre côté, une IA synthétise du contenu qui sera présenté à un humain

Maintenant, l’humain utilise son ChatBot IA, lui pose une question, l’IA lui donne une réponse (pas toujours juste mais qui sonne bien). Cette réponse a probablement été synthétisée en piochant dans le Web plus ou moins récemment, mais ça, l’utilisateur n’en sait rien. Il ne visite plus le Web, il n’a pas vu de pub, il n’a pas financé le site Web ni le moteur de recherche. Peut-être même utilise-t-il son ChatBot depuis une application mobile, donc sans passer par un navigateur.

Le Web n’a pas complètement disparu de l’équation, mais il est complètement invisibilisé.

Deuxième effet Kiss Cool : avec l’IA, l’information n’est plus produite par des humains mais par des machines. Donc le Web est inondé de contenus synthétiques d”intérêts variables (qui viendront à leur tour nourrir l’IA, ce qui est une idée… peu ragoutante).

La mer d’information qu’était le Web et que les humains “naviguaient” (comme on disait dans les années 1990) est devenu un océan pollué d’informations de qualité décroissante. Et les humains ne naviguent plus dessus, ils consomment un contenu synthétique qui en est issu.

On a remplacé un outil qui permettait aux humains de publier et d’accéder aux contenus proposés par d’autres humains (donc de communiquer et de se comprendre) par des outils où du contenu est généré par des machines qui est résumé par des machines. L’humain a quasiment disparu de l’équation.

Bref le Web est (bientôt) mort, tué par l’IA.

Peut-on alors inventer un nouveau Web, vraiment humain, sans IA, avec des barrières bloquant les IA ?

Si oui, à ce moment-là, on pourra alors crier “Le Web est mort, vive le Web”

Quelques liens complémentaires publiés a posteriori

  • We Need To Rewild The Internet par Robin Berjon et Maria Farrell (avril 2024). Arnaud Pessey en a fait un résumé en français : L’Internet est mort, vive l’Internet sauvage ;
  • Internet est mort. Voici comment le ressusciter par Arnaud Pessey (novembre 2025) ;
  • Vidéo Intelligence artificielle : dans la fabrique du SLOP - Le dessous des images - ARTE ;
  • L’humanité peut-elle s’offrir l’IA ?, une présentation de 30 mn par votre serviteur ;
  • Dans la même veine, sur le standblog, quelques jours plus tôt : Comment l’IA bouleverse le logiciel Libre ;
  • Marking the Web’s 35th Birthday: An Open Letter, par Tim Berners-Lee, inventeur du Web, qui écrivait : “Underlying its whole infrastructure was the intention to allow for collaboration, foster compassion and generate creativity — what I term the 3 C’s. It was to be a tool to empower humanity. The first decade of the web fulfilled that promise — the web was decentralised with a long-tail of content and options, it created small, more localised communities, provided individual empowerment and fostered huge value. Yet in the past decade, instead of embodying these values, the web has instead played a part in eroding them. “. En français : “Derrière l’infrastructure du Web, il y avait l’intention de permettre la collaboration, aider à la compassion et générer de la créativité. J’appelais ça les 3 C. C’était un outil pour donner le pouvoir à l’humanité. La première décennie du Web a tenu cette promesse. Le Web était décentralisé, avec une multitude de contenus et d’option, il a créé des petites communautés locales, encapacité les utilisateur et généré beaucoup de valeur. Mais dans la dernière décennie, au lieu d’incarner ces valeurs, le Web a joué un rôle qui les érodait”.
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01.02.2026 à 22:12

En vrac de janvier 2026

Tristan Nitot

Le coté sombre de l’IA

En théorie de l’automatisation, un “centaure” est une personne assistée par une machine. Le fait de conduire une voiture fait de vous un centaure, tout comme utiliser de l’autocomplétion (un logiciel qui finit vos phrases). Un centaure inversé est une tête de machine sur un corps humain, une personne qui sert d’appendice charnu à une machine qui le pilote. Par exemple, un chauffeur livreur Amazon, assis dans une camionnette bardée de caméras dopées à l’IA, est un centaure inversé. Ces machines suivent les mouvements de ses yeux, lui retirent des points s’il regarde dans une direction interdite, surveillent les mouvements de sa bouche car chanter au boulot lui est interdit et le dénoncent au chef s’il n’attend pas son quota de colis livrés. Le chauffeur est dans la camionnette parce que cette dernière ne peut pas se conduire seule et ne peut pas déposer le colis sur le pas de la porte. Le chauffeur est un périphérique de la camionnette, c’est elle qui pilote l’humain à une vitesse surhumaine, exigeant une endurance surhumaine. Bien sûr autant c’est sympa d’être un centaure, autant c’est horrible d’être un centaure inversé. Il y a plein d’outils IA qui nous font croire que nous sommes des centaures, mais mon avis est que ces outils sont créés et financés avec l’objectif de créer des centaures inversés, ce qu’aucun d’entre nous ne veut être.

IA et développement logiciel

  • Claude Cowork a été développé en 10 jours (presque) entièrement par une IA. L’article, probablement rédigé par une IA (gasp !) est très intéressant.
  • Un nouveau navigateur, créé à partir d’une page blanche, vient d’être publié sur Github : Fastrender. Sa particularité est d’avoir été créé à 100% par des agents IA dans le cadre d’une expérimentation menée par Anthropic. Soyons clair : le travail n’est pas du tout fini, mais c’est impressionnant de voir une équipe pilotant une IA arriver à faire quelque chose d’une telle ampleur. L’ami Simon Willison a interviewé le créateur de Fastrender : Wilson Lin on FastRender: a browser built by thousands of parallel agents ;
  • Claude Code 2.1 : L’entreprise à l’ère du « faire faire » logiciel;
  • Passionnant : comment le créateur de Claude Code (Boris Cherny, Anthropic), utilise son produit pour coder - The creator of Claude Code just revealed his workflow, and developers are losing their minds. Pour lire le fil Twitter mais sans se connecter, le voici dans ThreadReaderApp ;
  • Andrej Karpathy, ancien de Tesla et OpenAI sur comment il a changé son mode de développement en faveur du vibe coding(attention, c’est sur Twitter). Le même dans threadreader ou XCancel (pour éviter d’aller sur X.com). Quelqu’un en a fait des instruction pour Claude Code. Quelques apprentissages :
    • Il programme à 80 % en anglais en parlant à une IA (Claude Code) et 20% “pour de vrai” dans un IDE. C’est le plus gros changement dans ses habitudes en 20 ans d’expérience, il l’a fait en quelques semaines ;
    • L’IA fait encore des bêtises, et s’il y a des bouts de code auxquels vous tenez, ne les quittez pas des yeux dans un IDE. L’IA est souvent beaucoup trop verbeuse, donne des résultats en 1000 lignes, mais si on lui demande de réduire, peut revenir avec une version en 100 lignes. Elle peut supprimer des trucs importants même si ça n’a rien à voir avec ce qu’elle fait. À l’inverse, elle peut laisser des gros morceaux de code inutilisés.
    • La ténacité de l’IA est incroyable. Pas de fatigue, pas de perte de motivation, ça ne s’arrête jamais !
    • Gain de rapidité et donc possibilité d’aller plus vite, plus loin
    • Effet de levier. Ne dites pas à l’IA comment faire, donnez lui juste un critère de succès et lancez-le. Faites lui écrire des tests et demandez-lui de les passer.
    • Sympa. La partie pénible s’efface, et la partie créative reste. Mais d’autres vivent les choses différemment et regrettent de ne plus coder.
    • Atrophie. Il perd l’habitude d’écrire du code, mais continue sans problème à en relire.
    • Slopacolypse (apocalypse de la bouillie IA). 2026 risque fort d’être une année horrible où du code généré par IA de mauvaise qualité envahit le monde… et risque de polluer les LLM.
  • Sur le blog OCTO : L’IA introduit-elle une rupture dans les modèles d’affaires des ESN ?. En particulier, ce qui m’intéresse, c’est le 3.2 : reprise en main d’applications legacy. Je souris aussi en lisant Les vieux développeurs reviennent dans le “game”. La partie 5, Risques, est particulièrement bien fournie, par exemple 5.1 Laisser les juniors sur le bord du chemin,
  • Mettre en production des agents IA : établir les bases de la confiance par mon collègue Nicolas Cavallo
  • L’ami Pablo Pernot, concepteur de Ponos-Jobs, fait un bilan d’étape sur son développement d’un mini-clone de LinkedIn en solo avec une IA, et le rapport entre IA et Open-Source.
  • Quand le code devient une commodité : La montée des sociétés AI natives par Hugo Lassiège, co-foundateur et ex-CTO de Malt. Intéressant de comparer ce qui faisait l’avantage concurrentiel des entreprises du numérique au fil du temps. Au début (années 2000), c’était l’infra et le code propriétaire. Dans les années 2010, avec le Cloud et l’open source, c’était les développeurs qui faisaient la différence. À partir de 2025, avec l’IA, il y voit 4 choses : “La donnée, l’effet réseau, la confiance, la capacité de distribution” ;
  • The Enclosure feedback loop “or how LLMs sabotage existing programming practices by privatizing a public good”… “LLM companies are now selling back to us something that used to be available for free” ;
  • L’IA, au delà d’écrire du code, peut aussi aider à écrire du texte, on le savait. Mais j’ai trouvé l’article de Michael Wagner particulièrement intéressant : A Year of AI-Assisted Writing, en ce sens qu’il a créé un processus pour que l’IA l’aide à rédiger. C’est finalement assez proche des liens ci-dessus, sur la création d’un processus pour arriver à ce que l’IA produise du contenu de qualité dont on puisse se satisfaire de manière certaine.

Ego

Mobilité

  • Vélo en zone rurale : et si on transformait les petites routes en voies cyclables ? “En réaffectant à peine 1,8 % des petites routes, les communes rurales pourraient tisser un réseau cyclable « crédible », à moindres frais”.
  • Super film : Les Villes Cyclistes - Le film, en allemand sous-titré en français. Le premier chapitres porte sur Paris. Par la suite l’auteur (qui roule sur un vélo en bambou pour son tour d’Europe) part de Fribourg, rejoint Gent via Paris, puis Utrecht, Amsterdam, Groningen, Hambourg et Copenhague.
  • Google Maps now lets you access Gemini while walking and cycling. Et moi qui me demandait si le fait de pousser l’IA dans toutes les applis allait s’arrêter un jour. Ça n’est visiblement pas pour aujourd’hui ! Ça me rappelle cette plaisanterie : “Dans les années 1970 on s’est dit que l’amiante était un matériau génial, et donc il fallait en mettre partout…”
  • Tesla tue les Model S et Model X pour fabriquer des robots et les chiffres comptables sont exécrables ! “Un bénéfice net qui plonge de 46 % (3,8 milliards de dollars). Une part de marché mondiale perdue au profit du géant chinois BYD. Une marge opérationnelle qui s’écroule à 4,9 %, loin, très loin des 23 % de la grande époque. Mais le plus fascinant reste caché dans les lignes du bilan. Plus de la moitié du profit (52 %) ne vient pas de la vente de voitures, mais des crédits carbone. Bref, Tesla survit grâce aux constructeurs traditionnels qui polluent trop.”

Politique

Autonomie stratégique (autrefois souveraineté numérique)

Écologie

Complètement en vrac

EROOM

  • L’excellent Daniel Stendberg, ancien collègue de Mozilla est surtout connu pour être le créateur de cURL, logiciel libre intégré dans de nombreux produits. Daniel s’est posé la question de l’optimisation de cURL en particulier en termes d’utilisation de mémoire (quantité et nombre d’allocations). “curl and libcurl literally run in billions of installations and it is important for us that we keep memory use and allocation count to a minimum. It needs to run on small machines and it needs to be able to scale to large number of parallel connections without draining available resources. So yes, even in 2026 it is important to keep allocations small and as few as possible.”. J’aime son approche intégrant la performance (en termes de mémoire) aux tests : “In July 2025 we added a test case to curl’s test suite (3214) that simply checks the sizes of fifteen important structs. Each struct has a fixed upper limit which they may not surpass without causing the test to fail.”
  • S’il ne fallait qu’un seul exemple de la loi de Wirth, ça serait Windows. D’ailleurs, à une époque, on disait pour l’ilustrer “Ce qu’Intel vous donne, Microsoft vous le reprend”. Benchmarking Windows Against Itself, From Windows XP To Windows 11 (“comparons Windows contre lui même, de Windows XP à Windows 11”), avec une vidéo : Windows XP vs Vista vs 7 vs 8.1 vs 10 vs 11. Conclusion : Windows est une bouse, Microsoft frise l’incompétence intégrale et la pire version de Windows est la dernière en date, Windows 11, la même qu’on force les gens à utiliser ;
  • Voyage vers la robustesse, le livre blanc d’Infogreen Factory fait amplement référence à EROOM (principalement page 211). “Un Système d’Information robuste, ce n’est pas un SI qui va plus vite, c’est un SI qui résiste, s’adapte et consomme moins.”. Temesis en fait la recension : Vers une organisation robuste : que retenir du livre blanc « Voyage vers la robustesse » ? ;

Lectures

Ce que j’ai lu ces derniers temps, pour mémoire, et ce qui mérite d’être partagé.

  • Une très bonne hérétique de Becky Chambers. “Cinq nouvelles où cinq femmes sont chacune à une croisée des chemins”. Un petit recueil de cinq nouvelles de SF. Vraiment sympa si vous aimez Becky Chambers (l’autrice dont je parle souvent dans mes présentations EROOM, en particulier Un psaume pour les recyclés sauvages, qui aborde l’idée d’un ordinateur personnel qu’on garderait de 16 ans jusqu’au tombeau, principe repris dans Vélorutopia) ;
  • Préférence Système d’Ugo Bienvenu. Très touchant !
  • La bédé Les envahichieurs de Marc Dubuisson, dont je suis fan. Le pitch : 4 extra-terrestres viennent sur la Terre après que leur planète ait été détruite par ses habitants qui ont refusé de voir le problème écologique. Ils ont survécu et sont venus nous prévenir. Spoilert alerte : c’est pas gagné. Cela m’a fait penser à ma propre situation :-)
  • Acheté mais pas encore lu, la bédé Champs de bataille : L’Histoire enfouie du remembrement  ;
  • Politique des machines de Fred Turner (et dédicacé, SVP !), ou comment nous sommes passés de l’imaginaire californien d’un numérique émancipateur (au moins en apparence) à un numérique extractiviste ancré avec des valeurs texanes ;
  • Mamie Luger de Benoît Philippon. Attention, drôle de mélange ! C’est un genre de polar avec des dialogues façon Michel Audiard qui parle d’une vieille dame. Sauf qu’en fait c’est aussi un livre sur les violences sexuelles et sexistes. Je l’avais choisi au hasard, et c’est une bonne surprise.
  • Cabane d’Abel Quentin. Encore un OVNI : au début, ça raconte l’histoire des auteurs du fameux rapport Meadows sauf qu’ici ils ont des noms différents et sont à Berkeley et plus au MIT (on va pas chipoter sur 5000 km) et après on suit l’évolution des auteurs du rapport jusqu’à aujourd’hui. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ils y ont tout laissé des plumes. Un roman qui fait réfléchir sur le fait que le monde court à a sa perte et refuse de voir l’évidence scientifique, et à quel point c’est difficile pour ceux qui ont étudié le sujet et ne sont pas écoutés. (Toute ressemblance avec ce que je vis est fortuite !)
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