Blog collectif en collaboration avec La Recherche et la Société Informatique de France
Publié le 17.07.2026 à 06:21
F : Intelligence du numérique et fractures artificielles
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Intelligence du numérique et fractures artificielles. Fracture numérique ou fracture calculatoire ?
Depuis plus de trente ans, les références à la « fracture numérique » sont innombrables. Cette fracture séparait initialement les personnes disposant d’un accès à Internet ou à un ordinateur de celles qui n’en disposaient pas. Puis elle s’est déportée sur la maîtrise, ou non, de l’usage, sans différencier, par exemple, l’usage compulsif des réseaux sociaux de l’usage professionnel d’un tableur. Avec l’intelligence artificielle, elle dérive vers la capacité, ou non, à formuler les questions aux applications correspondantes et à en exploiter les réponses.
La fracture numérique évolue donc avec la sophistication des dispositifs et applications numériques qui irriguent la société. Or, avec l’explosion du volume de données disponibles sur Internet et, surtout, l’avènement de l’IA, une autre fracture numérique surgit. Une fracture où le mot « numérique » est à prendre au premier degré, comme désignant les nombres. Une fracture qui sépare deux catégories au sein même des personnes les plus cultivées occupant les professions les plus valorisées : celles qui savent repérer un manque de données rendant un propos vide de sens et qui maîtrisent les pourcentages, les fractions et la règle de trois, et celles qui ne les maîtrisent pas.
Ces dernières jouent un rôle important dans la société. Elles commettent des erreurs d’analyse majeures, faute d’une maîtrise élémentaire du nombre, au risque de prendre des décisions préjudiciables à l’intérêt de toute la société.
Illustrons ce propos dans le cadre de l’IA, où la capacité à évaluer les biais et la fiabilité des réponses obtenues devient cruciale pour prendre des décisions, notamment celle de poursuivre ou non le recours à l’IA.
C’est le cas dans le domaine des droits humains, au point que le Défenseur des droits s’inquiète à raison1 du respect du droit des étrangers qui souhaitent franchir les frontières européennes, lorsque l’IA prend la forme d’un détecteur de mensonges2, pour soumettre à des contrôles poussés les personnes identifiées comme susceptibles de mentir quant à leurs déclarations avant l’embarquement à bord d’un avion.
Pour asseoir numériquement son propos, il précise que « le système était crédité […] d’un taux de réussite autour de 75 %, ce qui revient à considérer un quart des personnes concernées comme soupçonnées de mentir alors que ce n’est pas le cas ». En simplifiant outrageusement, supposons que le système se trompe toujours dans un quart des situations, en détectant des mensonges à tort, ou en n’identifiant pas des menteurs3. Socialement, le risque semble être d’accuser à tort un quart des personnes de mentir. Mais l’on oublie une donnée clé : le nombre de menteurs effectifs parmi les passagers en général… De combien est-il ? Difficile à évaluer. Supposons qu’il soit de 10% : sur 1 000 passagers, en moyenne, 100 mentent et 900 disent la vérité. Le détecteur de mensonges identifie à tort 25 % des passagers qui disent la vérité comme des menteurs, soit 225 passagers. Il identifie aussi, à raison de 75 %, des menteurs parmi les menteurs, soit 75 passagers. Il identifie donc 225 + 75 = 300 passagers comme menteurs… alors qu’il n’y en a que 100 en tout, et qu’il n’en a détecté que 75 ! Il accuse donc à tort non pas « un quart des personnes concernées », mais bien trois quarts d’entre elles (225 non-menteurs / 300 accusés)4. Et si, à cause d’un biais de l’IA, le taux de fiabilité chute à 70 % pour certaines personnes ? Le taux d’erreur frôle alors les 80%…
Le taux d’erreur d’un test dépend non seulement de sa fiabilité mais aussi du taux de prévalence de la caractéristique recherchée dans la population concernée. Lorsque ce taux est très inférieur au taux d’erreur du test, le risque d’attribuer à tort à une personne la caractéristique recherchée est très élevé. La critique du test de détection de mensonge par le Défenseur des Droits laisserait entendre qu’avec une fiabilité plus élevée, le problème ne se poserait peut-être pas. Or pour une fiabilité de 90% et une prévalence de 10%, le taux d’identification de faux coupables est encore de 50% !
Le « taux de réussite » d’un détecteur de mensonges, donné sans la prévalence des mensonges réels, n’a donc pas de sens. Il est vain de l’utiliser pour argumenter en faveur ou défaveur dudit test. Cette omission de données constituait la base d’argumentaires fallacieux des antivax, qui soulignaient l’inefficacité du vaccin au prétexte que 80% des hospitalisés pour cause de Covid étaient vaccinés. Il manquait l’information clé : la proportion de vaccinés dans la population totale : 90 %. Le taux d’hospitalisés non vaccinés (20 %) était donc deux fois plus élevé que le taux de non vaccinés dans la population globale. Mieux : il y a 2,25 fois plus5 d’hospitalisés parmi les non vaccinés que parmi les vaccinés.
Le manque de données est plus frappant encore si l’on considère que 30 % des accidents de la route en France sont dus à l’alcool : cela signifierait qu’il y a 70 % d’accidents dus aux buveurs d’eau ! Le sens commun indique qu’il s’agit d’une boutade. Que manque-t-il comme donnée ? Le nombre de personnes considérées comme alcooliques : environ 8% en France en 2024. Il y a donc 4,92 fois plus6 d’accidents de la route parmi les alcooliques que parmi les non alcooliques… ce qui fait écrire au gouvernement que : « Ces décès pourraient être évités si tous les conducteurs respectaient strictement la limitation légale de l’alcoolémie au volant »7. Eh bien… pas tout à fait : il y en aurait 4,92 fois moins (la même proportion que pour les non alcooliques), soit environ 80 % de moins.
Si la fracture numérique existe, elle est calculatoire : la fracture entre les décideurs qui maîtrisent les nombres et le calcul et ceux qui ne les maîtrisent pas. Ces derniers sont majoritaires dans les ministères, y compris dans ceux de l’enseignement supérieur et de la recherche et dans celui de l’Éducation nationale. L’identification de données manquantes, les fractions, les pourcentages et la règle de trois ne sont pas acquises par la plupart des personnes qui nous gouvernent. En témoigne l’argumentaire approximatif du Défenseur des droits à propos d’un détecteur de mensonge, ou celui du gouvernement à propos des accidents de la route évitables. Il est problématique que ces approximations soient du même niveau que celles qui sous-tendent les argumentaires antivax, alors que la méfiance, sur le fond, du défenseur des droits par rapport à l’IA serait bien plus justifiée encore, avec des arguments numériquement pertinents. À l’heure où l’IA déferle sur notre société, les sphères dirigeantes, censées être bien informées, notamment parce qu’elles sont bien formées, ne peuvent pas courir le risque de développer des raisonnements dont on ne sait pas s’il faut redouter qu’ils soient des paralogismes ou des sophismes.
Il est donc urgent, voire crucial, que les citoyens en général et les élites en particulier maîtrisent les nombres et le calcul élémentaire, afin d’espérer qu’elles appréhendent avec quelque pertinence l’extraordinaire complexité du monde numérique au sens informatique du terme. Pour cela, une seule solution, structurelle dans l’enseignement secondaire de la 6e au baccalauréat : que les mathématiques et l’informatique soient enseignées à toutes et à tous comme le français ou la géographie, en tronc commun, comme un bien culturel et scientifique commun. Faute de quoi, il est vain d’espérer que la France maîtrise industriellement le numérique en général et l’IA en particulier, et les rodomontades sur les centaines de milliers de personnes à former – lesquelles ? – et les milliards d’euros mobilisés – comment ? – n’y changeront rien.
Yves Bertrand, professeur des universités à l’université de Poitiers ; avec la complicité graphique de Frédéric Havet, directeur de recherche au CNRS.
1 Algorithmes, systèmes d’IA et services publics : quels droits pour les usagers ? Points de vigilance et recommandations, rapport du 13 novembre 2024.
2 Les algorithmes et l’intelligence artificielle contre les étrangers en Europe, Gabrielle du Boucher, Revue Plein droit 2024, n°140, p. 31-34.
3 On suppose que la sensibilité du test (capacité à détecter de vrais menteurs) et que sa spécificité (capacité à identifier comme non-menteurs des non-menteurs) sont égales (à 75%).
4 Même si la sensibilité du test était parfaite (100% des menteurs détectés, le taux d’erreur serait quand même de 2/3 (200 non-menteurs sur 300 détectés comme menteurs).
5 20%/10% ÷ 80%/90% = 2,25.
6 30%/8% ÷ 70% / 92% = 4,92.
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Publié le 10.07.2026 à 06:24
Salut Jean !
Marc Pouzet : «
Nous avons l’immense tristesse d’apprendre la disparition de Jean Vuillemin, ancien Directeur du Département d’informatique de l’ENS, survenue ce lundi 25 mai 2026.
L’œuvre et l’influence scientifiques de Jean Vuillemin sur l’informatique fondamentale et appliquée sont à la fois immenses et variées. Jean est connu pour de nombreuses découvertes et pour ses travaux pionniers dans plusieurs domaines de la science du logiciel et du matériel. En algorithmique, il a inventé le tas binomial, enseigné et utilisé partout; en sémantique des langages et en logique, une méthode de preuve pour établir la correction de fonctions récursives; en architecture des ordinateurs, une topologie de réseau pour un calcul parallèle efficace; en algèbre des circuits; en architecture matérielle, l’architecture PAM basée sur des FPGAs, enchaînant les records (notamment le décodage RSA). Jean fut l’un des premiers à travailler sur les processeurs reconfigurables, très utilisés aujourd’hui. Ce ne sont là que quelques-unes des contributions majeures de Jean.
Durant sa carrière, Jean a couvert presque tout le spectre de l’informatique, des sujets les plus théoriques (calculabilité, sémantique, logique, algorithmique) jusqu’à la conception et la mise en œuvre de circuits. Jean défendait l’idée qu’il fallait développer des travaux fondamentaux, en poussant les réalisations concrètes jusqu’au bout, et en collaborant avec les meilleures équipes en production de l’industrie, ce qu’il a mis en pratique tout au long de sa carrière.
L’influence de Jean Vuillemin allait bien au-delà de ses propres travaux. Il donnait des conseils et des idées sans compter. Tout ceux qui ont eu la chance de travailler avec lui savent à quel point ses idées et ses conseils valaient de l’or. On retrouve ainsi le nom de Jean Vuillemin parmi les remerciements de nombreux articles majeurs.
Jean a animé le groupe VLSI à l’INRIA de Rocquencourt et a été l’un des piliers du bâtiment 8. Il y a dirigé une équipe dont les travaux ont eu un retentissement majeur. Pour n’en citer que deux: le langage Le Lisp et le développement d’interfaces graphiques.
Jean Vuillemin a été professeur au département d’informatique de l’ENS et a également été le directeur. Il a été directeur scientifique de l’INRIA. Il est à l’origine de la création de l’équipe ENS/INRIA PARKAS. Au département, Jean donnait le cours de « systèmes numériques » aux étudiants de première année, un cours unique et fascinant. Dans ce cours, Jean expliquait avec la même aisance et précision des éléments d’algèbre, de théorie de l’information, de codage, d’électronique, ainsi que le fonctionnement d’un FPGA ou d’un circuit spécialisé. Ce cours a formé des générations d’étudiants du département et les a durablement influencés.
Jean Vuillemin était un trésor d’idées et de créativité. C’est un géant de l’informatique mondiale qui disparaît.
Repose en paix, Jean. »
Éric Fleury : «
Jean était professeur émérite de l’École normale supérieure et membre de l’équipe-projet commune PARKAS (ENS-PSL, CNRS, Inria).
Ancien élève de l’École polytechnique (diplômé en 1968), il a été l’un des premiers chercheurs à l’IRIA en 1968 comme stagiaire de la Direction des recherches et moyens d’essai (D.R.M.E.), qui offre au cours des années 60-80 un modèle de collaboration défense-recherche universitaire-industrie, puis a été recruté comme chercheur à l’IRIA avant de soutenir son doctorat à l’université de Stanford en 1972.
Jean Vuillemin est l’une des figures majeures et pionnières de l’informatique française, dont les travaux ont marqué aussi bien les fondements de l’algorithmique que l’architecture des systèmes informatiques. Il est, avec son collègue Franco Preparata, à l’origine d’une antonomase : le « preparata et vuillemin » est devenu un nom commun désignant tout étudiant en informatique.
Il œuvra comme professeur à l’université Paris-Sud, à l’École polytechnique, puis à l’École normale supérieure à partir de 1997, où il était professeur au département d’informatique de l’ENS qu’il a dirigé jusqu’en 2011. Il a aussi travaillé pour l’industrie, notamment pour DEC (Digital Equipment Corp) et HP Labs (Hewlett Packard Labs). Jean a dirigé le projet National VLSI dans les années 80. Gérard Berry, qui a rejoint en 1990 le groupe de Jean Vuillemin chez Digital Equipment, dit de lui qu’il est « son maître à penser dans le domaine des circuits avec Michael Kishinevsky ».
Jean a également été directeur scientifique d’Inria de 2005 à 2006.
Nous perdons un collègue et un ami de longue date d’Inria et au-delà. »
Voir aussi : www.inria.fr: hommage à Jean Vuillemin
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Publié le 03.07.2026 à 06:18
E : Pour des algorithmes lexicographes inclusifs
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Pour des algorithmes lexicographes inclusifs. Exclusive ou inclusive (écriture) ?
L’informartiste1 partage, avec le lexicographe, une responsabilité quant aux manquements majeurs à l’inclusivité des divers dictionnaires en ligne, tant pour l’algorithmique qui s’y rapporte que pour les données lexicales. Actuellement, ces manquements favorisent la persistance d’une écriture exclusive, tant par l’accès aux termes féminins que par les exemples proposés. Le chemin vers une réelle inclusivité scripturale dans le domaine de la lexicographie numérique reste long. Explications, exemples à l’appui.
Le forgeron qui damasse la lame d’un couteau ne saurait être tenu pour responsable des crimes que ce couteau servirait à perpétrer. En est-il de même pour l’informartiste qui programme un ordinateur, machine dont l’universalité semble n’avoir d’égale que la neutralité ? Rien n’est moins sûr.
L’informartiste est bien plus qu’un utilisateur d’ordinateur. Il conçoit des algorithmes. Il les traduit en programmes qui spécialisent l’ordinateur pour le dédier – le temps de leur exécution – à des fonctions particulières. Cette conception et cette traduction formalisent l’intentionnalité2 du commanditaire de l’application. L’action formalisatrice de l’infomartiste requiert de sa part une compréhension aiguë de cette intentionnalité, depuis ses prémices jusqu’à ses implications les moins prévisibles. Le tandem compréhension-formalisation n’est efficace que si l’informartiste adhère à l’essentiel de l’intentionnalité du commanditaire. Il est impensable de concevoir un logiciel de jeu d’échecs, d’assistance au guidage d’armes nucléaires, d’aide à l’attribution de greffons cardiaques ou de pilotage automatique d’automobiles sans être convaincu tant de l’intérêt du domaine que de l’efficacité du logiciel à créer. L’informartiste est donc co-responsable des usages de l’application développée : en en maîtrisant les tenants et aboutissants, il devient un partenaire intellectuel et moral du commanditaire.
Appliquons ces remarques liminaires à l’écriture dite inclusive, qui n’a pas son pareil pour susciter des tombereaux d’opinions clivantes à son endroit.
Pendant plusieurs siècles, la transmission d’un texte d’un scripteur à un lecteur comprenait l’écriture manuscrite, sa transcription par agencement de caractères métalliques, leur encrage, l’impression sur papier, la lecture. L’ensemble incluait plusieurs compétences professionnelles. Aujourd’hui, tout plumitif tient au bout de ses doigts l’Imprimerie nationale tout entière ! En un tournemain il se fait typographe, calligraphe et imprimeur : il compose, il dispose ; il impose sa façon de transmettre le texte qu’il crée. À cette fin, il est assisté de redoutables faux-amis : les dictionnaires en ligne. Les plus sérieux conservent la mise en page, les usages ortho-typographiques et la solidité des informations de leurs aînés de papier. Par leur matérialité, ceux-ci étaient statiques ; ils n’avaient pour fonction que d’être lus. Ils étaient certes rédigés avec la langue, le choix des entrées et les partis pris de leur époque. Mais c’était à sa guise que le lecteur les feuilletait ; à sa guise aussi qu’il lisait tel ou tel extrait, laissant son regard courir sur les définitions des mots lexicographiquement et donc visuellement voisins.
Avec un dictionnaire en ligne, le « feuilletage » et la « lecture » débutent par une écriture : celle qui dactylographie le mot recherché. Un tel dictionnaire n’est plus organisé linéairement, puisque nul ordre physique – celui du livre – ne l’y contraint. Il est architecturé en une base de données complexe, permettant l’accès par la phonétique, les citations, la synonymie, l’homonymie, l’étymologie…
Les progrès de l’informatique sont tels qu’à la saisie de chaque caractère, des réponses surgissent, immédiates, disponibles, ne demandant qu’à renvoyer à d’autres réponses, au gré de saisies additionnelles. C’est dans l’interstice de temps qui sépare la frappe de deux caractères – quelques centièmes de seconde – qu’un algorithme entre dans la danse en décidant des mots qu’il vous présente. Il agit sur ordre différé de l’informartiste qui l’a conçu et implanté dans un logiciel interactif semblant faire montre d’intelligence, tout en vous proposant « ô et eau » pour cause d’homonymie, alors que vous avez tapé « au ». Le logiciel prend le cerveau de l’usager par la main pour le guider dans les méandres de l’idée – de l’opinion ! – qu’a l’auteur ou… l’autrice du dictionnaire utilisé.
Convoquons trois dictionnaires pour asseoir notre propos avec ce mot « autrice », qui est une dérivation régulière du latin auctrix, comme « auteur » dérive d’auctor, depuis le XVe siècle.
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Le dictionnaire de l’Académie des sciences, d’abord. Il vous faut taper a, u puis t pour obtenir une première liste de mots commençant par aut. Auteur figure à juste titre dans cette première liste. Mais pas autrice. Poursuivez avec r, t et i. Vous obtenez une liste précise, dont le gentilé autrichien, -ienne et la définition idoine, qui décline bien ses formes féminine et masculine. Mais d’autrice, toujours point. En revanche, stupéfaction : auteur est toujours proposé ! Vérification faite, il est bien question d’une sélection de mots commençant par autri. Est-il possible de réaliser algorithme plus biaisé, plus invisibilisant pour les qualificatifs féminins que celui-ci ? Souhaitons que non.
La dernière édition du dictionnaire de l’Académie date de novembre 20243. Elle intègre zonzon, mais pas mail, par exemple, au sens de courriel, et c’est un moindre mal. La femme est en effet définie, en 2024, par sa capacité à procréer,4 et le concept de race perdure dans la définition afférente aux êtres humains.5 L’on ne s’étonnera donc pas de retrouver, dans cette édition, moult exemples directement issus de la première édition (1694). Cela montre à quel point les Académiciens contemporains ont perdu de vue les préceptes de leurs lointains prédécesseurs quant au caractère fondamentalement évolutif de tout dictionnaire6.
Dans sa Logique de l’usage7, Jacques Perriault montre que la vocation de l’usage effectif de tout dispositif technique est de diverger de celui imaginé par son concepteur. Mais dans le cas spécifique d’un algorithme, l’intentionnalité du concepteur affleure, encadre et domine l’usage effectif par son caractère dynamique, en interaction continue avec l’usager. Avec le dictionnaire de l’Académie, la domination est double : les données du dictionnaire (ses définitions et exemples) sont datées et orientées, et l’algorithme de recherche l’est plus encore.
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Le Grand Robert, ensuite. Le Robert a bénéficié des lumières d’Alain Rey qui, sa vie durant, a magnifié le caractère vivant et métis8 de toute langue, et fait de « ses » dictionnaires le reflet aussi sincère qu’érudit des créolisations qui construisent les langues. Mais Le Robert est une institution, dans laquelle s’ancrent des usages qui pourraient ne plus avoir cours aujourd’hui. Ainsi ne traite-t-il l’autrice, invisibilisée par l’Académie, guère mieux qu’elle. La frappe des premiers caractères fournit plusieurs dizaines d’entrées. Mais dès que vous entrez autr, seul autrichien, -ienne survit. Une escapade, dans sa définition, révèle une parité entre les exemples féminins et masculins. Mais nulle trace d’autrice dans la liste des mots proposés. Insistez. Tapez autrice. Aucune entrée. Rien que des suggestions fondées sur l’homophonie. Insistez encore. Tapez un retour à la ligne. Surprise ! La définition d’auteur, trice s’affiche. Auteure figure cependant dans la liste des entrées proposées. Mais, las, elle ne renvoie qu’à une remarque sur son usage québécois perdue dans la définition d’auteur, autrice.
Pour l’Académie, les autrices n’existent pas. Pour Le Robert, elles sont réduites à une aphérèse ou à un suffixe, selon le point de vue. Mais ni les auteures ni les autrices n’existent en tant que telles dans la base du Robert…
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La banque de dépannage linguistique9 (vitrine linguistique), enfin. Une sorte d’immense dictionnaire de nos amis québécois qui ont, eux, un ministre de la langue française… Tapez autri. Miracle : le terme autrice apparaît, suivi d’une douzaine d’exemples, et d’un fort-à-propos auteure-autrice, le tout complété par une petite dizaine d’homophones appropriés, comme actrice, dont l’étymologie est celle d’autrice. N’en jetez plus ; la coupe est pleine d’exemples, de renvois à des documents connexes, d’une liste de fonctions et métiers, de rappels grammaticaux. Une mine d’or pour tout curieux de la langue française, qui référence en outre les usages en « Europe francophone ». Elle semble exempte d’exclusions, d’archaïsmes ou d’approximations, et propose des listes de termes prudemment triés par ordre alphabétique. Pour autant, cet ordre débouche, pour l’entrée femme, sur une liste qui questionne : femme… à tout faire, adultère, âgée, allaitante, au foyer, battue, chef d’entreprise, cheffe d’entreprise. L’ordre alphabétique, que voulez-vous… neutre par excellence ? Oui. Mais le choix des exemples, ne l’est pas : adulée et altière auraient pris la place lexicographique d’adultère et allaitante avec bonheur, par exemple. L’honneur est presque sauf puisque l’entrée homme est suivie de… à battre (et, plus loin, d’à tout faire et d’au foyer également). Femme battue et homme à battre, l’égalité… bat son plein ! Ces exemples rappellent, si besoin était, que l’informartiste doit éprouver son logiciel en le testant encore et encore, en particulier sur les données sensibles. Et s’il le fait insuffisamment, c’est au commanditaire qu’échoit la responsabilité des réponses du logiciel sur lesdites données.
Le bilan est affligeant : trois monuments de la lexicographie française en ligne, trois types de biais sinistres : l’invisibilisation complète, l’annexion du féminin au masculin, et des exemples plus malheureux les uns que les autres.
En matière de données comme en matière d’algorithmes, la simple quête interactive de mots demeure parsemée d’embûches où le parti-pris se dispute avec le préjugé, l’invisibilisation avec le biais de genre. Mais sur le chemin de la neutralité, de l’inclusion, de la précision, les outils lexicographiques québécois caracolent en tête, loin devant leurs homologues français. Ils se heurtent encore à la gestion des exemples de qualificatifs, mais il est délicat de leur reprocher d’autres défauts. En outre, la mise à jour des définitions date souvent d’une année récente, voire de l’année en cours.
Enfin, l’ensemble est agrémenté de plusieurs dizaines de documents riches d’une approche dépassionnée de l’écriture inclusive qui traite des doublets, de la féminisation des adjectifs… et de plus d’une dizaine de manières, grammaticalement éprouvées, de parler et d’écrire un français inclusif. Cette approche bat froid, conséquemment, le point médian et les autres constructions dysgrammaticales à raison. Elles contreviennent en effet à la lecture des malvoyants et dyslexiques, tout en compliquant l’apprentissage de celle des enfants. Mais les outils inclusifs proposés sont si riches, et le discours global fait preuve d’une telle distanciation que le point médian et ses acolytes sont littéralement invisibilisés, ravalés au rang d’abréviations à éviter, sans effet négatif sur la politique globale d’inclusion proposée.
Ce niveau de qualité ne peut être atteint que par une collaboration continue entre linguistes et informartistes partageant indissociablement la responsabilité du choix et de l’organisation des données ainsi que celle des algorithmes permettant d’y accéder. Si cette collaboration est portée par volonté politique immarcescible, comme c’est le cas au Québec10, alors l’excellence en matière de conception et d’usage de bases de données lexicographiques complexes est à portée de main !
Gageons qu’un jour cette banque de dépannage linguistique sera enrichie d’un logiciel d’aide active à la transformation d’un texte quelconque en écrit inclusif en ne cédant à aucune exigence grammaticale, une sorte de correcteur inclusif, qui, comme ses homologues orthographiques et grammaticaux, facilitera grandement la rédaction de façon optionnelle.
L’informatique aura joué – avec la linguistique – un rôle sociétal important : faciliter significativement l’écriture inclusive en la mettant à portée du clavier de toutes et tous.
Yves Bertrand, professeur des universités à l’université de Poitiers ; avec la complicité graphique de Frédéric Havet, directeur de recherche au CNRS.
1 Barbarisme construit en référence au célèbre Art of computer programming de Donald Knuth, pour éviter opportunément l’usage lourd d’informaticien ou informaticienne.
2 Intentionnalité, au sens de conscience globale d’un but philosophique poursuivi, et non intention plus ponctuelle.
3 La précédente édition du dictionnaire de l’Académie française date de 1935.
4 Être humain défini par ses caractères sexuels, qui lui permettent de concevoir et de mettre au monde des enfants.
5 Chacun des grands groupes entre lesquels on répartit superficiellement l’espèce humaine […].
6 Une Langue, comme l’esprit du Peuple qui la parle, est dans une mobilité continuelle: dans ce mouvement, qui ne peut jamais s’arrêter, elle perd des mots, elle en acquiert. Quelquefois ses pertes l’enrichissent, et ses acquisitions la défigurent: quelquefois ses pertes sont réellement des pertes, et ce qu’elle acquiert n’est pas une richesse: quelquefois elle se perfectionne également par les mots qu’elle adopte, et par les mots qu’elle rejette.
7 Jacques Perriault, La logique de l’usage. Essai sur les machines à communiquer, Paris, Éd. L’Harmattan, 2008.
8 Alain Rey, L’amour du Français. Paris, Éd. Denoël, 2008.
9 https://vitrinelinguistique.oqlf.gouv.qc.ca/banque-de-depannage-linguistique
10 Office québécois de la langue française, Plan stratégique 2023-2027.
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Publié le 26.06.2026 à 07:08
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Publié le 23.06.2026 à 06:14
Prix Gilles Dowek : les médiations en sciences informatiques à l’honneur
Le Prix Gilles Dowek de médiation en informatique de la Société informatique de France, en partenariat avec Inria et le CNRS, distingue une personne ou un collectif pour l’ensemble de ses actions réalisées dans le domaine de la médiation en informatique qui a fait connaître les sciences informatiques, en mettant en avant leur importance pour chacun, chacune et pour la société, et ce notamment auprès du public scolaire.
Ce prix, créé cette année, est né à la fois de la volonté de Gilles Dowek de mettre en lumière des actrices et acteurs de la médiation scientifique et de celle de la communauté scientifique informatique de continuer à faire vivre la mémoire de ce conteur de sciences hors pair.
La première distinction est attribuée à Marie Duflot-Kremer, maîtresse de conférences à l’Université de Lorraine au sein du Loria (Unité Mixte de Recherche du CNRS) et du Centre Inria de l’Université de Lorraine. Ses actions de médiation contribuent depuis de nombreuses années à rendre accessibles au plus grand nombre les concepts fondamentaux de l’informatique et de la pensée algorithmique.
Le second prix est décerné à Terra Numerica, consortium de médiation scientifique consacré à la diffusion des sciences du numérique. Porté par le CNRS, Inria et l’Université Côte d’Azur, Terra Numerica développe des dispositifs, ressources et événements permettant de sensibiliser différents publics aux enjeux du numérique.
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Publié le 19.06.2026 à 07:15
D : « Dactylographié » ? J’imprime pas !
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« Dactylographié » ? J’imprime pas ! Dactylographié ou manuscrit ?
À mal maîtriser l’étymologie et le sens de termes classiques pour décrire une nouvelle technologie, on finit par « s’emmêler les crayons » au point d’inverser le propos initial, C’est problématique lorsque ladite technologie – stylo lecteur de textes – vient au secours des personnes en situation de handicap…
Mieux intégrer des étudiants en situation de handicap grâce à une technologie innovante revêt une indiscutable pertinence pour tout établissement de formation qui se prévaut de contribuer à bâtir une société plus inclusive. On lit sous la plume de l’un d’eux, vantant les mérites d’un stylo lecteur de textes à l’intention des personnes malvoyantes ou dyslexiques, que « […] le stylo lecteur permet le déchiffrage des documents imprimés ». Puis, en fin de texte, « Cet outil ne permet cependant pas de déchiffrer un texte dactylographié. »
Qu’est-ce à dire ? Un stylo qui lit un document (un texte) imprimé ne lirait-il pas un texte dactylographié ? Que doivent comprendre les utilisateurs potentiels dudit stylo ? Un retour au sens des mots et à leur étymologie s’impose.
Commençons par dactylographier… « écrit avec les doigts » ? Étymologiquement, le doute s’instille. Le sens de ce terme, né avec les machines à écrire, est plus élaboré que celui que suggère la juxtaposition de ses racines grecques. Il est : « tapé à la machine (à écrire) avec les doigts », et par extension depuis l’avènement de l’ordinateur, « tapé avec un clavier ».
Quid d’un document imprimé ? C’est historiquement le résultat de la pression exercée sur un papier par un texte composé de caractères encrés. Au milieu du XXe siècle, les caractères sont ceux d’une machine à écrire. Leur matérialité métallique a depuis laissé la place à l’action d’une tête d’imprimante sur le papier. Action à distance s’il s’agit d’une imprimante laser, mais l’étymologie initiale survit dans le terme « imprimante », même si, de pression, il n’est plus question. Ainsi, un document imprimé n’est autre que le résultat du couchage sur papier d’un texte dactylographié !
L’auteur a-t-il voulu évoquer un texte manuscrit ? L’étymologie, cette fois latine, désigne un texte écrit à la main. Elle est décidément piètre conseillère : un texte dactylographié est rédigé au clavier (de la main), et un texte manuscrit est rédigé à la main (avec les doigts…). La confusion est à son comble avec la substantivation de l’adjectif manuscrit. En effet, un manuscrit désigne la première version d’un texte, auparavant supposé avoir été écrit à la main. Aujourd’hui, un manuscrit est toujours ce premier texte, écrit, sauf exception, au clavier d’ordinateur, donc un texte… dactylographié.
Les parents le savent pour leurs enfants, les enseignants pour leurs élèves, les écrivains pour leurs lecteurs : le sens précis de chaque mot compte. C’est plus vrai encore lorsqu’il s’agit de promouvoir une technologie numérique qui lit pour circonvenir les malvoyances et les dyslexies… le choix des mots est crucial, au risque de perdre la compréhension de son apport. Le stylo dont il est question permet donc de lire des textes composés au clavier, mais non des textes écrits à la main. C’est simple. Les mots pour le dire le sont aussi. Quelques termes ordinaires, au sens aussi commun que partagé, suffisent à dire le vrai, tant que le juste, pour peu que l’on se donne le temps et la peine de réfléchir à ce que l’on exprime et au but poursuivi par cette expression. Quand ce but est de décrire une technologie hautement inclusive, le bien exprimer devient plus qu’une coquetterie, plus qu’une courtoisie : il s’érige en devoir, en exigence qui doit s’imposer, telle une évidence première, à quiconque poursuit un dessein aussi noble que celui de faciliter aux personnes en situation de handicap une déambulation inédite sur le chemin de la connaissance.
Yves Bertrand, professeur des universités à l’université de Poitiers ; avec la complicité graphique de Frédéric Havet, directeur de recherche au CNRS.
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Publié le 12.06.2026 à 07:18
Un parcours de formation pluridisciplinaire et ouvert à tous pour se former à la sobriété numérique
Vincent Sennes (UVED), Delphine Pommeray (UVED), Lydie Bousseau (ADEME), Chiara Giraudo (CNRS) et Nadège Macé (Inria) nous éclairent dans cet article sur les fruits d’une collaboration réalisée dans le cadre du projet Alt Impact pour outiller ces enseignements, questionnés par Benjamin Ninassi et Thierry Viéville.
Pas de transition écologique sans transformation des enseignements !
Le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche a publié en 2023 une note de cadrage et de préconisations pour accompagner les établissements à mettre en place et à déployer ces enseignements TEDS. La publication de cette note trouve son origine et ses orientations dans deux publications antérieures : le rapport Jouzel-Abbadie de 2020 « Enseigner la transition écologique dans le supérieur », et le Plan Climat-Biodiversité et transition écologique de l’enseignement supérieur et de la recherche de 2023.
L’objectif est simple : former des citoyens et des acteurs de demain capables de comprendre et de contribuer aux profondes transformations sociétales nécessaires pour répondre aux défis écologiques et sociaux. De telles formations nécessitent des enseignants eux-mêmes formés aux enjeux TEDS et en capacité d’intégrer ces questions dans leurs enseignements. Cela n’a rien d’évident, tant ces questions sont complexes, transcendent les disciplines, interrogent la posture des enseignants, et sont susceptibles de générer anxiété ou encore déni.
Dans ce contexte, il est essentiel pour les établissements de l’enseignement supérieur de disposer d’une structure de référence pour les accompagner et les aider à intégrer les enjeux TEDS dans leur offre de formation. La Fondation UVED, qui pilote le Pôle national de ressources pédagogiques TEDS, joue précisément ce rôle à travers plusieurs actions : produire, mutualiser et mettre à disposition des formations, contenus et outils pédagogiques validés scientifiquement, mais aussi fédérer et animer une communauté de pratiques entre pairs.
La sobriété numérique au cœur des enjeux de transition
Les outils et les services numériques intègrent toujours davantage nos activités quotidiennes et nos organisations. Ils sont devenus omniprésents. Mais ce déploiement tous azimuts du numérique pose question.
D’une part, il se fait sans discernement. Si certains usages sont porteurs de promesses dans des domaines clés comme l’éducation, la santé ou encore la transition écologique, d’autres s’inscrivent simplement dans une recherche d’optimisation, de performance, ou encore de captation de l’attention des usagers.
D’autre part, ses empreintes écologiques, sanitaires et sociales sont considérables. L’analyse des équipements et des services numériques sur l’ensemble de leur cycle de vie met en effet en évidence de nombreux impacts : émissions de gaz à effet de serre, consommations d’eau et d’énergie, dépendance à des métaux critiques, conditions de travail précaires voire dégradées, problèmes sanitaires, atteintes à la vie privée, désinformation ou encore phénomènes d’addiction. Par ailleurs, ces impacts sont amplifiés par des effets rebond systémiques, qui souvent atténuent voire annulent les bénéfices socio-écologiques initialement escomptés.

Crédit : MONUSCO / Sylvain Liechti
Commentaire : L’analyse du cycle de vie des terminaux et des infrastructures numériques nous conduit aux quatre coins de la planète, comme ici en République Démocratique du Congo où l’exploitation de minerais clés comme le coltan alimente conflits et conditions de travail indignes.
La question de la formation à un numérique responsable ne se limite donc pas à apprendre comment mieux utiliser les technologies numériques : elle suppose également de questionner et d’apprendre à en réduire les usages. A cet égard, la question de la sobriété numérique fait pleinement partie d’une formation à la TEDS.
Proposer un parcours de formation sur le sujet aux enseignants et personnels des établissements d’enseignement supérieur et de recherche était donc important et nécessaire, afin de les aider à enseigner ces enjeux auprès de leurs étudiants, et à amorcer des changements dans leurs propres pratiques pédagogiques et professionnelles.
En réponse à ce besoin, la Fondation UVED a produit et coordonné à partir de 2025, avec le soutien d’Alt Impact, le parcours de formation sur le thème : Sobriété numérique et accompagnement au changement vers la sobriété. Il est accessible depuis mars 2026 à tous les établissements d’enseignement supérieur et de recherche et, plus largement, à toute personne désireuse de se former sur le sujet.
Crédit : UVED
Commentaire : Le parcours de formation Sobriété numérique et accompagnement au changement vers la sobriété est accessible à tous. Il permet de comprendre pourquoi il ne peut y avoir de durabilité sans sobriété et explore les freins et les leviers de cette trajectoire d’ensobrement.
Ce parcours de formation se compose de deux grandes parties : la première décrit les enjeux de soutenabilité liés au numérique et démontre le caractère impératif d’une sobriété numérique ; la seconde met en évidence des initiatives qui vont dans ce sens et en analyse les motivations, les leviers mais aussi les limites et les freins.
Il combine plusieurs types de contenus pédagogiques : 21 vidéos de cours sous-titrées en français et en anglais, un quiz de 17 questions, une activité pour mémoriser les messages clés du parcours, des activités pédagogiques thématiques et détaillées pour faciliter leur appropriation dans des contextes d’enseignement et de formation variés, de nombreux conseils de lecture pour approfondir les sujets traités, ainsi que des ressources pédagogiques complémentaires.
Afin de répondre aux attentes des utilisateurs, qui évoluent dans des contextes et avec des besoins très variés cinq principes de conception ont été retenus.
- Fiabilité scientifique : le parcours a été validé par les conseils scientifiques d’UVED, placé sous la coordination scientifique de Jean-Marc Pierson (Université de Toulouse), Laurence Allard (Université de Lille) et Nathan Ben Kemoun (Clermont School of Business), et il a fait preuve de pluralisme en faisant intervenir 21 scientifiques reconnus dans leurs domaines d’expertise.
- Pluridisciplinarité : afin de susciter un intérêt dans des contextes disciplinaires variés, il a convoqué plusieurs disciplines comme les sciences de l’environnement, la philosophie, la science politique, le droit, la psychologie, la physique, l’économie ou encore les sciences de l’ingénieur.
- Hybridation : les modalités de formation, souvent hybrides, variant d’un établissement à un autre, il propose aussi bien des contenus utilisables en distanciel (ex : vidéos) que des contenus utilisables en présentiel (ex : activités pédagogiques).
- Modularité : si le parcours de formation dans son ensemble représente au moins 5h à 6h de travail, il peut être adapté à des formats plus courts, souvent demandés par les enseignants, en ne sélectionnant qu’une partie des contenus proposés. La Licence Creative commons (BY-NC-SA) permet également de n’utiliser qu’une partie de chacun des contenus et donc de personnaliser le parcours.
- Complémentarité : il existe d’autres ressources et outils pour la formation à un numérique sobre ou responsable (ex : PIX Numérique responsable, MOOC Impacts environnementaux du numérique, parcours sobriété numérique de Latitudes, Fresque du numérique). Le parcours de formation UVED propose des liens vers l’ensemble de ces dispositifs, souvent très complémentaires.
Ainsi, le parcours de formation Sobriété numérique et accompagnement au changement vers la sobriété pourra répondre à des besoins de formation très variés, que ce soit au sein de la communauté du supérieur ou, plus largement, auprès de tous les citoyens.
Retrouvez le parcours sur le portail UVED ou sur la plateforme Moodle UVED.
Vincent Sennes, UVED, Delphine Pommeray, UVED, Lydie Bousseau, ADEME, Chiara Giraudo, CNRS et Nadège Macé, Inria
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Publié le 05.06.2026 à 09:25
Un deuxième (et rare) rapport d’Anthropic sur Mythos est publié…Que dit-il ?
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Anthropic a publié un deuxième rapport technique, ce 22 mai, sur ce qu’il a pu obtenir de Mythos avec ses partenaires triés sur le volet. Les performances se confirment. Il faut donc revoir les politiques de gestion de vulnérabilités puisque la difficulté à trouver des vulnérabilités, tant chez les défenseurs que chez les attaquants n’est plus un rempart temporel. Que faire alors ? Donnons la parole à nos auteurs qui avaient déjà analysé et tiré des conclusions du premier rapport technique sur Mythos par Anthropic lui même : Jean-Jacques Quisquater, de l’École Polytechnique de Louvain (Université de Louvain – UCL) et Charles Cuvelliez, de l’École Polytechnique de Bruxelles (Université de Bruxelles – ULB), Gaël Hachez, de la Haute École Libre de Bruxelles et David Vanderoost, CEO de la société de sécurité Approach-Cyber. Serge Abiteboul et Thierry Viéville. |
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Anthropic a publié son deuxième (et rare) rapport du projet Glasswing, ce 22 mai. Glasswing, c’est donner Mythos à tester à des partenaires triés et voir comment ils gèrent cette bombe avant de la lâcher dans la nature.
Anthropic et ses cinquante partenaires ont repéré à ce jour plus de dix mille vulnérabilités de gravité élevée ou critique au sein des logiciels les plus systémiquement importants au monde.
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C’est un premier saut : les progrès en sécurité logicielle étaient autrefois limités par la vitesse à laquelle de nouvelles failles étaient découvertes. Le frein majeur réside désormais dans la rapidité avec laquelle peut être vérifié, divulgué et corrigé le très grand nombre de vulnérabilités découvertes par AI. La pratique habituelle de l’industrie logicielle qui est de rendre publiques les nouvelles vulnérabilités 90 jours après leur découverte est devenue ainsi obsolète. |
Anthropic note déjà que les éditeurs accélèrent massivement la publication de correctifs : Palo Alto Networks multiplie par cinq son volume de patches, Microsoft prévoit une hausse soutenue des mises à jour de sécurité, et Oracle corrige des failles plus vite que précédemment. Les clients aussi l’ont repéré. Avec les banques partenaires (dont JP Morgan) de Glasswing, Mythos aura permis de détecter et d’empêcher un virement frauduleux de 1,5 million de dollars, après qu’un criminel a compromis le compte e‑mail d’un client et effectué des appels téléphoniques usurpant l’identité de la banque.
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Open Source.
Anthropic a utilisé Mythos, lit-on, pour analyser plus de 1 000 projets open source, ceux qui sous tendent une grande partie de l’Internet. Anthropic annonce la découverte de 6 202 vulnérabilités de gravité élevée ou critique parmi ces projets, sur un total de 23 019 vulnérabilités détectées (y compris celles jugées de gravité moyenne ou faible).
Parmi ces vulnérabilités classées haute ou critique, 1 752 ont été examinées de manière approfondie par l’une des six firmes indépendantes de recherche en sécurité recrutées pour l’occasion (ou par Anthropic lui-même). De ce lot, 90,6% (soit 1 587) se sont révélées être de véritables failles, et 62,4% (soit 1 094) ont été confirmées comme étant de gravité élevée ou critique. Ce nombre ne fera qu’augmenter, dit Anthropic, qui va continuer à scanner les projets open source. Un tableau de bord reprenant les vulnérabilités open source analysées par Mythos est désormais en ligne._____
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Dans le cas de l’open source aussi, l’obstacle principal n’est plus tant la découverte de ces failles que la capacité humaine (qui repose sur la bonne volonté dans le cas de l’open source) à les trier, les signaler, concevoir et déployer les correctifs correspondants et tester la cohérence. |
Gardez vos vulnérabilités que je ne saurais voir. ___________________
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Une fois qu’une vulnérabilité dans un projet open source est bien réelle, les équipes d’Anthropic vérifient s’il existe déjà des correctifs, puis rédigent un rapport spécalement soigné et détaillé à l’attention des mainteneurs du logiciel. C’est que les mainteneurs font déjà face à un flot massif de rapports de bogues de faible qualité, générés par l’intelligence artificielle. Ils sont débordés et certains ont même demandé à Anthropic de ralentir le rythme des divulgations, car ils ont besoin de plus de temps pour concevoir des correctifs (deux semaines !). C’est le retour bien inopiné de la protection par le secret : gardez vos vulnérabilités secrètes dit la communauté open source à Anthropic. Temporairement bien sûr. Sur demande des mainteneurs, Anthropic a aussi communiqué directement des vulnérabilités sans vérification préalable supplémentaire : 1 129 bugs sont dans ce cas, dont Mythos estime que 175 sont de gravité élevée ou critique. Par ailleurs, Anthropic a annoncé avoir divulgué 530 vulnérabilités de gravité élevée ou critique aux mainteneurs, et 827 autres vulnérabilités confirmées de même niveau de sévérité arrivent !
Parmi les 530 failles critiques ou majeures rapportées, 75 ont à ce jour été corrigées et 65 ont fait l’objet d’un avis public. Le nombre de correctifs reste encore faible : l’écosystème de sécurité est déjà saturé, même si d’autres explications sont possibles (la fenêtre de divulgation des 90 jours vient seulement de commencer et certaines vulnérabilités sont corrigées sans avis public)._____
Le grand décalage (et le temps laissé) entre la découverte d’une vulnérabilité, la création d’un correctif et le moment où ce correctif est massivement déployé par les utilisateurs finaux, c’est terminé. On se console en se disant que plus tard, Mythos permettra aux développeurs de concevoir des logiciels nettement plus sûrs, en interceptant les bugs avant leur mise en production. En tout cas, ils n’auront plus d’excuse.
Demain, les développeurs de logiciels devront réduire leurs cycles de correctifs et rendre les mises à jour de sécurité disponibles aussi rapidement que possible…. Demain, les développeurs devront faciliter au maximum la mise à jour pour leurs utilisateurs, en rendant l’installation des correctifs aussi simple et automatique que possible mais sans abuser sous peine de retomber dans l’incident Crowdstrike (une mise à jour automatique qui avait provoqué l’écran bleu de la mort chez tous les clients de l’entreprise). Les équipes en charge de la défense réseau devront accélérer leurs tests et déploiements de patches. Mais ils devront renforcer la sécurité indépendamment du fait qu’un correctif particulier soit appliqué à temps (aujourd’hui, en l’absence de correctif, c’est un workaround autour du problème qui est suggéré). Il faudra ajouter un quatrième critère pour appliquer un correctif pour en diminuer le volume à déployer dans l’urgence: il y aura, à côté du caractère critique de la faille, son niveau d’exploitation par les hackers, le côtés des logiciels et systèmes auxquels ils s’appliquent et désormais, ce logiciel est-il vraiment essentiel pour le fonctionnement de mon organisation ?
Cloudflare : la preuve par l’exemple_
C’est Cloudflare qui donne la meilleure vue de ce que peut faire Mythos. Anthropic s’y réfère dans son deuxième rapport. Cloudflare est impressionné par la construction de chaînes d’exploits par Mythos. Un piratage réussi combine plusieurs failles (des « primitives »), inoffensives de manière isolée. ____
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Mythos comprend comment assembler ces failles négligeables pour en faire une arme redoutable |
Et bien, Mythos comprend comment assembler ces failles négligeables pour en faire une arme redoutable. Elle écrit le code d’attaque, le teste dans un environnement isolé et corrige ses propres erreurs en cas d’échec jusqu’à obtenir un piratage fonctionnel. Les langages de programmation anciens comme le C ou le C++, explique Cloudflare, généraient structurellement un immense « bruit » (des faux positifs) que l’IA peinait à analyser sans erreur, car ces langages ne contiennent pas de garde-fous de sécurité comme Rust (prévenir les accès à la mémoire). |
Cloudflare, avec Mythos, a réussi à filtrer ce bruit en ne transmettant que les failles dont il a concrètement prouvé l’existence. Ce que Cloudflare recommande, c’est de canaliser la puissance du modèle et éviter qu’il ne s’égare comme le faisaient déjà les autres outils d’AI. S’il faut lancer Mythos à l’assaut d’un répertoire de code source, il vaut mieux lui demander de rechercher des vulnérabilités très particulières, pas juste lui demander d’en trouver. Introduire une seconde IA dont le seul rôle est de contredire et d’auditer les découvertes de la première est une autre tactique payante. Séparer l’identification du bug de l’analyse de son accessibilité par un hacker sont deux questions à poser séparément, dit aussi Cloudflare.
Des garde-fous insuffisants
Deux questions restent à éclaircir : pourquoi ces outils d’IA n’arrivent-ils pas à créer des correctifs aussi facilement qu’ils ne créent des exploits ? Comment détecter et ensuite interdire à Mythos d’être utilisé pour autre chose que juste mettre en évidence des vulnérabilités. La sécurité actuelle des modèles repose sur des barrières comportementales internes (les refus de l’IA). Or, les tests démontrent leur extrême fragilité. Une IA peut refuser de créer un script d’attaque, puis accepter immédiatement après une simple reformulation ou une modification mineure de son environnement virtuel. Un autre grand défi. Par contre, si un logiciel n’est pas public, ni dans sa version compilée ni son code source accessible, c’est simple: Mythos ne peut pas le scanner. Et cela concerne beaucoup de logiciels, très spécialisés, parfois obsolètes, qui tournent dans des environnements industriels.
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Jean-Jacques Quisquater, de l’École Polytechnique de Louvain (Université de Louvain – UCL) et Charles Cuvelliez, de l’École Polytechnique de Bruxelles (Université de Bruxelles – ULB), Gaël Hachez, de la Haute Ecole Libre de Bruxelles et David Vanderoost, CEO de la société de sécurité Approach-Cyber
Pour en savoir plus : Pour en savoir plus : Project Glasswing: An initial update, 22 May 2026,
https://www.anthropic.com/research/glasswing-initial-update
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