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Le 21 novembre 2025
Jean-Luc Mélenchon entre en campagne électorale dans la perspective de l’élection présidentielle, que celle-ci ait lieu à échéance, c’est-à-dire en mai 2027, ou que le régime de Macron, pas seulement le fusible Lecornu, s’effondre avant. Le chef de FI a sans doute des informations que nous n’avons pas sur cette possibilité, d’où, hypothèse que nous avançons, qu’il prend les devants.
On peut différencier deux types d’interventions de sa part. Il commence par la réunion tenue au siège du POI sur « le moment politique » avec son premier cercle militant. On se souvient que le développement des aspirations démocratiques dans le fonctionnement interne de France Insoumise avait conduit Mélenchon à se séparer brutalement d’une partie de sa direction historique, le groupe de députés autour d’Alexis Corbière et Clémentine Autain qui devait entraîner l’émergence du mouvement l’Après. Le POI lambertiste devait servir dans cette opération de police politique.
En faisant du PS le bouc émissaire qui a permis l’éclatement du NFP, FI défend devant ses militants que toute reconstitution d’un Front de la gauche dans les élections municipales puis présidentielles serait une impasse. La publication vidéo qui a été faite à l’issue de cette réunion a fait l’objet d’une coupure pour le moins significative stratégiquement : il y clouait au pilori le « traître Hollande ». Le mandat présidentiel de ce dernier a pour le moins laissé de mauvais souvenirs dans l’électorat du PS et de la gauche en général.Cette partie de la vidéo a été purement et simplement coupée. Mélenchon prend de front le PS en tant que tel et met tout le monde dans le même sac, alors qu’Olivier Faure est apparu dans la période NFP comme la gauche du PS contre l’héritage du hollandisme. Donc aucune fenêtre possible sur l’Unité : c’est justifié par l’impossibilité au stade actuel du néo-libéralisme d’un réformisme de type social-démocrate. D’ailleurs, dit-il, partout dans la séquence historique qui s’achève, ce qui reste de la IIème Internationale ouvrière entre dans des combinaisons politiques avec la droite. Mélenchon exprime là une faiblesse de sa propre position face à ses militants : la logique du NFP, appuyée sur une mobilisation forte du prolétariat, permettait d’entraîner le PS plus loin et attisait sa crise interne.
Sur les questions internationales l’orateur intervient sur le génocide du peuple palestinien : « les malheureux… qui continuent d’être bombardés jours et nuits » dit-il. Et les malheureux ukrainiens qui subissent les mêmes choses jours et nuits, il ne connaît pas… récemment, il affirmait que Zélensky entraînait son peuple dans une impasse et il réclamait sa destitution. Rien de changé dans ses positions internationales pro-poutiniennes.
Sur la situation française, la stratégie précédente, c’était la recomposition unitaire de la gauche. Par la méthode du front commun, dit-il, on pensait avoir trouvé la méthode : chaque formation retrouvait une représentation dans le cadre d’un programme minimum pour gouverner. Tout repart à la division, dont il attribue la responsabilité aux autres, principalement au PS.
S’inspirant de la victoire de Mandani à New York, il affirme qu’il est possible de gagner contre tout le monde, sur une ligne de rupture. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la candidature de Louis Boyard à Villeneuve Saint-Georges en 2024 contre tout accord à gauche, sur des questions locales sur lesquelles il était possible de défendre des positions communes, aura été un échec. Elle était un test national de la direction nationale de FI pour prendre des mairies de grandes villes comme Grenoble, Lille ou Lyon dans la perspective de la présidentielle. La réalité dans les communes à l’étape actuelle, c’est l’éclatement de la représentation à gauche, générée par FI. A Perpignan, ce sont trois listes différentes à gauche contre les néo-fascistes du RN.
Que signifie parler des problèmes de fond sur la crise économique, politique et morale que traverse le pays avec Alain Duhamel ? Chroniqueur, éditorialiste spécialisé dans l’histoire de la Vème République et des crises qui l’ont traversé, il a toujours pris le parti de la stabilité des institutions. Les militants de ma génération peuvent se souvenir qu’entre 1978 et 1981, alors qu’il était question de réaliser l’unité pour virer Giscard D’Estaing, Alain Duhamel avait pris le parti de Rocard contre Mitterrand. Pour lui, les deux crises sérieuses que la Vème République a rencontré en 1961 avec la guerre d’Algérie et en mai 1968 ont pu être surmontées, il y avait un homme d’exception, le général De Gaulle. C’était 15 ans après la guerre et le rôle qu’il y avait joué contre le fascisme. Là dans des conditions radicalement différentes, nous sommes en face « d’un dysfonctionnement total ». De plus, Macron par sa témérité, en procédant à la dissolution de la chambre n’a fait qu’approfondir cette crise. Ce qui hante la pensée d’Alain Duhamel, ce vieux conseiller politique de la bourgeoisie, c’est qui va sauver la baraque : il pose la question de l’émergence d’une personnalité d’exception, appuyée sur une force politique pour régler à la fois la crise de la gauche et de la droite, en évitant l’écueil de l’extrême droite.
On ne peut que conseiller de regarder cette vidéo. Il y a une vieille illusion que draine l’extrême gauche française sur Mélenchon : il serait un réformiste un peu plus radicalisé que les autres. Il suffirait donc de s’appuyer sur lui et de pousser plus à gauche. Est-ce que Mélenchon tourne en ce sens dans la situation ? Je pense que non.
Tout d’abord, l’échange entre les deux hommes est d’une sérénité et d’une courtoisie exquise, au passage la journaliste se fera poliment envoyer promener alors qu’elle cherchait à susciter la polémique à propos du « Mélenchon infréquentable ». Les deux protagonistes commencent par se féliciter pour l’esprit d’unité nationale qui a régné lors de la cérémonie d’hommage aux victimes du 13 novembre 2015. « Il n’y a pas l’ombre d’une division entre nous… C’est quelque chose qu’il faut qu’on protège… », dira Mélenchon.
Va suivre une partie de « passe-moi le sel, je te passerai le poivre ! »
Pour Duhamel l’unité réalisée « entre les deux gauches » s’est faite sur les positions de Mélenchon, alors que la gauche dite « réformiste » (PS, Verts, PCF) s’y est provisoirement ralliée pour sauver et gagner des positions dans les législatives. Passé cet épisode, la division est revenue. Mélenchon approuve le diagnostic de Duhamel. Il ajoute : nous voulions reconstruire une grande force de gauche, pour la première fois de l’histoire, nous passons devant la social-démocratie et nous imposons des candidatures communes. Les autres nous quittent. Donc aujourd’hui, nous en tirons les leçons. Il faut une autre stratégie. C’est le refus de tout front commun, l’unité de la base au sommet sur un programme d’urgence sociale…
Après différents échanges sur les retraites, sur le modèle de notre Sécurité sociale, sur la natalité, Duhamel dit reconnaître que la politique de Mélenchon a sa cohérence, même s’il est en désaccord avec le modèle de société proposé. Nous sommes à quelques mois du débat où se prendront les orientations. Duhamel pose les questions : est-ce que d’ici le 1er tour des élections présidentielles, y aura-t-il une candidature unique de la gauche ? Cela n’en prend pas le chemin. Comme il ne fait aucun doute que le candidat FI sera en tête de la gauche, le report républicain sera-t-il possible au second tour ? Dans le meilleur des cas, il faudra un front républicain contre le RN. Par ailleurs, affronter une élection présidentielle, nécessite un charisme que Mélenchon possède. Y aura-t-il d’ici mai 2027 l’émergence d’une personnalité politique possédant ces qualités, cela lui semble improbable. Tout cela sous l’œil goguenard de Mélenchon. Entouré de crises internationales (Duhamel est le seul à faire allusion à l’Ukraine !), économiques et morales, nous serons dans une situation de chaos. Dans l’histoire, c’est la gauche « réformiste » qui a su gagner les conquêtes sociales, Duhamel conclut en disant que Mélenchon est le premier à avoir inversé le rapport au profit de la gauche de rupture.
En conclusion, je dirais qu’il y a pour l’un et l’autre la nécessité du recours à la stabilité que, malgré tout, la Vème République permet, alors que l’histoire sociale depuis 1958 n’est faite que d’affrontements avec les forces du travail ; les aspirations ont pu être jugulées par les institutions et par la politique des partis ouvriers qui en respectaient le cadre. Mélenchon est sur une ligne gaullienne contre la République des partis. Le parti, disait-il dans un interview précédent, c’est la classe. Le mouvement, c’est le rapport direct du peuple du guide…
Le discours radical dans la forme de Mélenchon me fait penser à la phrase de ce personnage du Guépard : « Il faut que tout change pour que rien ne change ! » Cela ne l’empêche pas de tresser des lauriers au Charles de Gaulle de la fin de la guerre d’Algérie, en justifiant le caractère autoritaire du nouveau régime. Méditons cet extrait d’interview de Charlotte Girard, qui a été un membre fondateur de PRS (Pour la République Sociale), puis sa responsable de campagne dans la période du Front de Gauche :
« En réalité, je ne suis pas sûre qu’il arrive à penser en dehors de la Vème République. Je pense qu’il n’a jamais cru à la VIème République, c’est un vrai homme de la Vème, il en connaît tous les recoins, tous les personnages, il sait en jouer. Il adore les ors de la République, il a toujours adoré cela. Il n’est pas dans une configuration intellectuelle qui rende possible une vraie sortie du système. En théorie, oui, mais en pratique, non. »
RD, le 21/11/2025.
Notes :
1) Le moment politique, 9 novembre : https://www.youtube.com/watch?v=r0H4V7of6Bo
2) Meeting à Saint Pierre des Corps, 16 novembre : https://www.youtube.com/watch?v=JqCNpXXTDhI&t=6582s
3) Duhamel-Mélenchon, vendredi 14 novembre : https://www.youtube.com/watch?v=fho6z70rBOQ
20.11.2025 à 20:35
aplutsoc2
Le nouveau « CEMA » (chef d’état-major des armées), le général Fabien Mandon, a fait des vagues en disant devant le congrès des maires de France que « La Russie se prépare à une confrontation à l’horizon 2030 avec nos pays. », « Ce qu’il nous manque, c’est la force d’âme », « Si notre pays flanche parce qu’il n’est pas prêt à perdre ses enfants, (…) si on n’est pas prêts à ça, alors on est à risque ».
Ces propos ne sont pas isolés et sont distillés préférentiellement devant les maires : voici quelques semaines le préfet de l’Allier expliquait doctement au Congrès départemental des Maires ruraux qu’on allait vers la guerre, alors fini la rigolade, fini les subventions, et en avant vers les fermetures d’écoles !
Les maires n’ont pas aimé, et on les comprend. Bien entendu, le CEMA parle pour Macron et en accord avec lui, comme les préfets, mais Macron lui-même se garde d’aller aussi loin : est-ce parce que la continuité précaire de l’exécutif dont il est le chef dépend du RN, un parti de la V° République structurellement, historiquement, et financièrement, lié à … Moscou ?
A Aplutsoc, nous n’avons aucun état d’âme, car il faut en finir avec ce type d’états d’âmes, à envisager la guerre, et une politique militaire démocratique, prolétarienne, révolutionnaire et féministe. Et c’est précisément pour cela que nous devons caractériser les propos du CEMA et en général ce type de discours comme totalement contre-productifs, et analyser pourquoi ils le sont.
Totalement contre-productif, pas seulement parce qu’évidemment, çà permet de déclencher un concert d’imprécations soi-disant « pacifistes » , où une grande partie de la gauche et de l’extrême-gauche débite ce qu’elle prend pour de l’internationalisme, et adopte la posture faussement héroïque du « Non à la guerre ».
Totalement contre-productif, pas seulement parce qu’évidemment, ça permet de déclencher aussi le concert de l’extrême droite et des prétendus souverainistes, qui n’ont pas manqué de réciter, sur CNews, que le « vrai danger » n’est pas russe, mais noir et arabo-musulman !
Il y a d’ailleurs un point commun aux imprécations de droite et aux imprécations de gauche : J.L. Mélenchon comme Sébastien Chenu ne manquent pas d’expliquer soit que la Russie n’est pas un danger, soi que c’est le bellicisme « de l’OTAN » et « de l’UE » qui la rend dangereuse, la pauvre, alors que l’on pourrait l’amadouer – comme le fait Trump, en fait : en essayant de lui livrer l’Ukraine !
Les propos du CEMA qui affolent la galerie en expliquant qu’il va falloir accepter que nos enfants se fassent tuer, ou des préfets qui énervent tout le monde en expliquant qu’il va falloir fermer des écoles car la dette « publique » et la défense nationale l’exigent, sont totalement contre-productifs d’abord et avant tout parce qu’ils ne préparent absolument pas les peuples, dont le peuple français, à la guerre qui vient.
Tout en semblant alarmistes, ils préviennent de fait Poutine qu’on a quatre ou cinq ans, au moins, avant d’être à même de lui tenir tête. L’appareil d’Etat russe est engagé dans une fuite en avant destructrice qui pourrait ne pas attendre autant. Cette guerre européenne dans quatre ou cinq ans semble conceptualisée par nos généraux dans des termes classiques : bref, ils sont encore en retard d’une guerre. Ils commencent à affoler tout le monde en expliquant qu’il va falloir mettre les jeunes dans des tranchées et s’attendre à de grandes offensives, matinées de la fameuse guerre « hybride », mal définie et servant surtout à se faire peur, car elle serait partout et nulle part. En fait, ils ne se préparent pas et ne préparent pas le pays à la guerre qui vient.
La guerre qui vient sera antifasciste, civile et internationale, et concernera autant les Etats-Unis que la Russie : elle a commencé en Ukraine et, à bas bruit comparé à elle, mais réellement, dans les rues des grandes villes américaines.
La guerre qui vient sera cybernétique et faite par des drones, ordinateurs, IA, supposant non pas l’automatisme, mais la conscience humaine émancipatrice de milliers de jeunes femmes et de jeunes hommes aux commandes, motivés et prenant des initiatives : voila la première leçon ukrainienne !
Macron, le CEMA, les généraux et les préfets qui affolent les gens, ne préparent pas la même guerre que celle que notre camp social devrait, en toute indépendance, préparer. Ils font voter des sommes pharamineuses pour les trusts de l’armement, et promettent, très vaguement, la vente – ce n’est donc nullement désintéressé ! – de 100 Rafales à l’Ukraine pour 2033 voire 2035, alors que le besoin immédiat ce sont, beaucoup moins chers et ne nécessitant nulle « fermeture d’écoles », des drones, des batteries anti-aériennes, du renseignement, de l’aide aux équipes de saboteurs, et des avions non connectés au complexe militaro-industriel US (totalement vérolé par la firme Trump, Poutine and co) !
C’est une autre approche de l’armement, décentralisée, démocratique, et ne reposant pas sur le « gros matos » et sur le nucléaire, qui s’imposerait. Tout cela, tout de suite, éviterait la guerre semi-conventionnelle où « vos enfants iront » dans cinq ans, en renversant Poutine et en ouvrant la voie à la révolution !
Une autre approche aussi des soldats et du commandement. Même si l’encadrement des armées a évolué par rapport aux abrutis des années post-guerre d’Algérie, à laquelle la génération des appelés post-68 s’est durement heurtée et qui les a, en fait, vaincus (et c’est tant mieux), force est de constater que lorsqu’on entreprend de confier au corps des officiers des tâches « éducatives » ou de « liaison école-armée », le résultat est très vite un endoctrinement catastrophique et stupide. D’ailleurs, la préparation à la guerre qui vient ne requiert nul endoctrinement des jeunes. Les jeunes, filles et garçons, n’ont pas à être formatés, coachés, bridés, réveillés, mis au pas.
Les forces armées de la guerre qui vient ne gagneront que si toute mise au pas de la jeunesse est détruite. Mais évidemment, ce ne sont pas le président, le CEMA et les généraux de maintenant qui sont capables de miser sur les forces existantes réelles, celles de ces jeunes révoltés par la crise climatique, par le racisme et le sexisme, mobilisés pour sauver Gaza, et dont certains sont allés s’engager et se faire tuer en Ukraine, sans encadrement de scrogneugneu voulant leur inculquer de gré ou de force une prétendue « force d’âme ». Ils ont la force d’âme, ils savent que l’avenir est grave, ils veulent y faire face ! Que l’on arrête de prendre les jeunes pour des idiots !
En fait, nos gouvernants, parce qu’ils ont peur de la guerre antifasciste, démocratique, pour la liberté des peuples, de la guerre climatique et féministe qui vient, lui substituent l’image d’une guerre conventionnelle sous parapluie nucléaire des deux côtés « d’ici quatre ou cinq ans ».
Ils seront détrompés, cela pourrait aller plus vite, et en voulant nous programmer ainsi, ils se font les premiers saboteurs de la préparation à ce qui vient !
Une partie significative du corps des officiers et des généraux et officiers à la retraite, du corps préfectoral et de l’appareil d’Etat, attachée au nucléaire et aux dernières colonies françaises appelées « outremer », vise d’ailleurs en réalité à s’entendre avec Poutine, dans le cadre d’une Europe et d’une France dominées par l’extrême droite et l’union des droites.
Il ne restera alors plus, de la préparation à la guerre appelée de ses vœux par le CEMA, que la mise au pas de la jeunesse et du pays, au nom d’une « force d’âme » qui sera celle de la collaboration avec les Trump et les Poutine !
Et quand Nathalie Artaud cite les fières paroles de l’Internationale, S’ils s’obstinent ces cannibales, A vouloir faire de nous des héros, Ils sauront bientôt que nos balles, Sont pour nos propres généraux, elle oublie juste la conclusion : Paix entre nous, Guerre aux tyrans ! Guerre, oui, guerre : le couplet des généraux de l’Internationale est lui-même un cri de guerre, contre les tyrans !
Se contenter de dire que la Russie n’est pas une menace – avec Trump – contre les peuples d’Europe et du monde, et que tout vaut mieux que la guerre avec les tyrans, n’est pas une posture révolutionnaire, mais bien une forme de l’union sacrée : avec le puissant courant collaborationniste du capitalisme et de l’appareil d’Etat !
La rupture révolutionnaire, la rupture démocratique, l’indépendance de classe, l’auto-organisation, exigent une force politique abordant frontalement la question de la préparation à la guerre comme une nécessité pour notre camp social. Pas de guerre contre les peuples en effet, pas plus contre le peuple russe que contre tout autre : guerre aux tyrans, comme le dit l’Internationale !
Et c’est ainsi que nos enfants ne se feront pas tuer !
VP, le 20/11/25.
18.11.2025 à 20:58
aplutsoc
Mercredi 12 novembre dernier, a eu lieu le vote à l’Assemblée nationale sur l’article du PLFSS (Projet de Loi de Financement de la Sécurité Sociale) « suspendant », ou plus exactement décalant, la contre-réforme des retraites de Macron.
Les députés PS, une majorité des députés du groupe écologiste (sauf 4 abstentions dont Alexis Corbière et Clémentine Autain, François Ruffin votant pour), et d’autre part le RN, ont voté pour. Les députés LFI et PCF, et d’autre part la majorité des LR (25 contre, 8 pour, 9 abstentions) d’Horizons et tous les ciottistes, ont voté contre. Le gros des députés ci-devant macroniens se sont abstenus tout en se disant contre sur le fond. L’article a donc été adopté. Le Sénat a immédiatement entrepris de le liquider.
Selon LFI, c’est une tromperie illustrant la « trahison des socialistes » alliés de Macron, voire du RN, qui auraient « voté pour la retraite à 64 ans ». Selon Olivier Faure, dirigeant du PS, c’est une « victoire importante ».
Remarquons aussi que pour les partisans de l’union des droites, tous les rameaux dits « gaullistes » (Horizons, LR, UDR) qui ont pris position contre, ceci constitue un recul inadmissible. Ils y voient d’autant plus la nécessité d’encadrer le RN, ce dernier n’ayant pas pu faire autrement que voter pour, dans l’union des droites au pouvoir qu’ils appellent au fond de leurs vœux.
Mais revenons aux déchirements qui servent à empêcher l’unité politique de notre camp social.
Jetons aussi, pour cela, un coup d’œil aux positions syndicales.
La CGT, la FSU et Solidaires écrivent dans leur appel à une journée d’action le 2 décembre : « Par notre mobilisation depuis le mois de septembre, nous avons obtenu l’abandon du vol de 2 jours fériés et le décalage de la réforme des retraites, première brèche en vue de son abrogation. » FO rappelle également vouloir l’abrogation.
La CFDT insiste pour dire qu’il y a bien « suspension » et appelle à « faire de cette pause un temps utile en vue de construire un nouveau système ». L’UNSA salue un « pas important qui devra en appeler d’autres ».
Cette « suspension » qui consiste en un « décalage » ne mérite ni des excès d’honneur, ni des excès d’indignité. Cracher dessus en parlant de trahison, c’est mépriser les petits gains revendicatifs qui sont toujours importants pour les travailleurs d’en bas, à la fois matériellement et symboliquement, donc politiquement. Mais il est évident qu’il ne s’agit pas de l’abrogation et que le pouvoir manœuvre. Tout pouvoir capitaliste quand il opère une concession, d’ailleurs, manœuvre !
Toutefois, à cela ne se limite pas la portée de ce sujet. Tout le monde sait qu’il est hyper-politique et touche à la fonction présidentielle et donc à la survie des institutions antidémocratiques de la V° République. Ce petit pas pour les salariés qu’est le décalage de quelques mois pour quelques millions d’entre eux, est une cassure irrémédiable pour le président Macron.
S’il est donc grotesque de hurler à la trahison absolue, il est tout à fait vrai que ce recul a été emballé par Lecornu dans un paquet empoisonné : l’ensemble formé par le projet de budget hérité de Bayrou et par le PLFSS.
Et rappelons l’origine de ce « machin » qu’est le PLFSS : c’est le plan Juppé de 1995 qui l’a institué, plaçant la gestion de l’argent du salaire socialisé de la classe ouvrière sous le contrôle du Parlement. Du point de vue de notre classe, les députés n’ont pas à gérer les comptes de la Sécurité sociale qui devrait être administrée par les élus des travailleurs, actifs, retraités, en recherche d’emploi ou en formation !
Alors, osons poser la question : un député ayant dans son bagage tout ce que porte… Aplutsoc, il aurait fait quoi ce 12 novembre ?
C’est assez simple, mais il fallait y penser : il aurait proposé une loi parlementaire, indépendante, portant, quels que soient les contenus de la loi budgétaire et du PLFSS, sur la suspension de la réforme des retraites.
Et il aurait combattu pour qu’un maximum de députés élus au titre du Nouveau Front Populaire en 2024, première force de cette Assemblée, en fasse autant.
Et peut-être même, du coup, serait-on allé jusqu’à l’abrogation complète, si toutefois la pression sociale, celle de septembre 2025 à laquelle tire un coup de chapeau l’appel CGT/FSU/Solidaires au 2 décembre, contraignait les députés RN à ne pas jouer leur rôle de petits suppôts des lois antisociales…
Si cela n’a pas été fait, ce n’est pas seulement, soyons modestes, parce que nous n’avons pas de députés, mais surtout parce que la désunion qui fait le jeu de l’ennemi est déjà là et qu’il n’y a eu ni l’idée ni la force commune parmi suffisamment de députés, qu’ils soient de l’Après, écologistes, socialistes, insoumis ou communistes, pour imposer ce décalage, cette suspension, voire cette abrogation, comme vote législatif indépendant des manœuvres de l’exécutif.
Mais c’était possible. Et tout reste possible si l’on impose l’unité, dans la grève, dans la rue, comme entre les partis du NFP.
Ce samedi, une partie des comités issus du mouvement du 10 septembre (« Bloquons tout ») avaient lancé l’idée d’une manifestation centrale visant les lieux de pouvoir. Ils ont ainsi indiqué la direction nécessaire à prendre, ce pour quoi nous les avons appuyés. Cela dit, totalement occultée dans les médias (à la différence du 10 septembre) et subissant la pression de la division politique, cette « indication de direction » n’a pas marqué de manière décisive la situation. Elle n’en est pas moins significative, de la braise qui couve et ne demande qu’à se renflammer.
Il y a donc eu à Paris une manifestation plutôt réussie, suscitant une forte inquiétude préfectorale et une concentration policière disproportionnée, de 1000 à 2000 Gilets jaunes pour l’anniversaire de ce grand mouvement social visant le pouvoir central, dans la meilleure tradition française disons-le (celle de 1792 !), suivi d’une AG d’une grosse centaine de participants, suivie par plus de 500 personnes en streaming, le tout très jeune et « abandonné » par l’ensemble des députés, notamment LFI, qui avaient annoncé leur présence, et ne sont finalement pas venus. À quoi il faut ajouter une cinquantaine d’actions diverses dans toute la France.

L’autre évènement de ce samedi a été la tenue d’un forum sur l’école et l’éducation du regroupement formé à Bagneux début juillet pour l’unité du NFP, à Trappes. Or, ledit forum s’est transformé en autre chose à l’initiative des « ténors » et notamment des candidats potentiels à des présidentielles qui s’y sont retrouvés – Marine Tondelier, Lucie Castets, Olivier Faure, François Ruffin, Clémentine Autain : ils ont saisi cette occasion pour promettre une primaire de la gauche pour après les municipales.
On peut s’interroger sur le choix du moment, cet appel unitaire étant au fond accéléré non par l’unité, mais par la division, entre la pression de LFI et de Mélenchon d’un côté, celle de l’aile droite du PS et de la candidature Glucskmann de l’autre. Car en effet l’unité n’est pas un besoin déterminé seulement par le calendrier électoral institutionnel, surtout quand celui-ci est aussi incertain qu’actuellement, mais avant tout par les besoins des plus larges masses. C’est dire qu’elle ne peut en aucun cas faire l’impasse de la mobilisation sociale.
Toute primaire réussie comme toute offensive parlementaire indépendante des manœuvres de l’exécutif ne se feront qu’en étant portées par la mobilisation large et autonome des plus larges masses. Quelles que soient les difficultés, confusions, et tout ce que l’on veut, c’est là le message de la manifestation « anniversaire » des GJ de ce 15 novembre.

Sans attendre le vote de quelque budget que ce soit, préfets, recteurs et directeurs académiques préparent des milliers de suppressions de postes dans l’Éducation nationale, avec l’intention de ne les révéler qu’après le second tour des municipales !
Et Lecornu vient de tendre la main à la majorité plus ou moins LR et LR-compatibles et apparentés, c’est-à-dire à la minorité illégitime, qui tient le Sénat, très mécontente du décalage de la réforme des retraites et des autres « petits reculs » qu’il a dû, du fait du mouvement social de septembre 2025, placer dans le budget (sur les restes à charge, les retraités, etc.). Il leur propose (à l’occasion des « Assises des départements » ce vendredi 14 novembre) la mise en place d’une « allocation sociale unique » fusionnant prime d’activité, RSA, aides au logement, les LR et apparentés voulant y rajouter les Allocations Adultes Handicapés, de Solidarité aux Personnes Âgées, et de Soutien Familial. Il s’agit là d’un projet de Macron de 2017, repris par l’ultra-réactionnaire Wauquiez qui précise « interdit de dépasser 70% du SMIC », contre « l’assistanat ». À l’inverse de la logique socialisante de la Sécu, c’est la logique thatchérienne du recensement étatique, confié aux Départements, des « assistés » avec baisse globale des aides et contrainte sociale au « travail ».
Pas de doute, comme déjà avec le 10 septembre, tout doit et donc tout va rebondir, ces processus se combinant à la crise politique et aux municipales, qui n’y échapperont pas !
Le 18/11/2025.
16.11.2025 à 18:57
aplutsoc2
Le vent du boulet a soufflé sur Trump le 4 novembre, disions-nous. Dans toutes les élections, les trumpistes sont ultradéfaits : par les démocrates « classiques » là où il n’y que cela en face d’eux, par les socialistes démocratiques là où le parti démocrate « classique » dominait jusque-là, comme à New York avec Zohran Mamdani mais aussi à Seattle avec la syndicaliste Katie Wilson.
La victoire de Mamdani en fait mécaniquement, non pas le « leader rival », mais le représentant de la lame de fond qui se cherche et fait même un peu plus que se chercher, qui est en train de trouver ses formes politiques. Yorgos Mitralias a raison de lui conférer une importance, et une dimension, mondiales.
Le pouvoir trumpiste a hésité entre deux méthodes pour barrer la route à Mamdani. L’une était l’annulation du scrutin par le déclenchement d’affrontements armés quelques jours auparavant dans les rues de New York, avec l’entrée des commandos de ICE dans Chinatown. L’autre était l’alliance capitaliste avec l’establishment démocrate, en soutenant le gouverneur de l’Etat, Cuomo. Cette deuxième option a été choisie comme moins dangereuse dans l’immédiat, et a échoué – de peu : Mamdani a gagné par 50,2%, mais cela change tout.
Depuis, l’accélération de la crise au sommet, jusque dans l’état de plus en plus pathologique de Trump lui-même, est la conséquence directe du coup porté par les travailleuses et travailleurs d’en bas à Trump le 4 novembre.
L’affaire Epstein ressort bruyamment, avec la diffusion de milliers de mails d’Epstein où il apparait clairement qu’il fournissait des jeunes femmes à son pote Donald jusque pendant la première présidence de celui-ci. Simultanément, faute d’être passé à l’état de siège à une échelle assez grande de manière suffisamment rapide, il a bien fallu et reconvoquer le Congrès et accepter que la nouvelle élue démocrate de l’Arizona, Adelita Grijalva, puisse enfin prêter serment, après en avoir été empêchée illégalement pendant un mois et demi. Sa signature pour le vote d’une loi imposant la publication des documents Epstein détenus par le FBI, rend celle-ci possible à une voix près.
Pour permettre la poursuite d’une fausse légalité qu’utilise le pouvoir trumpiste et préférant, terrorisés, celle-ci à l’illégalité ouverte et sans fard qui s’est clairement dessinée, quelques députés démocrates se sont ralliés à la loi budgétaire, mettant fin au shutdown le plus long de l’histoire du pays. Mais il a fallu pour cela que les trumpistes fassent aussi une concession majeure : renoncer à pérenniser le licenciement des fonctionnaires fédéraux suspendus pour cause de shutdown. Comme il avait reculé sur la guerre de rue à New York, Trump a donc reculé sur la méthode Musk/Milei pour en finir avec les fonctionnaires. Mais dans cette loi budgétaire, les attaques contre les travailleurs ne se comptent pas, à commencer par l’absence de financement de Medicare, appelé à s’effondrer. Aussi Gavin Newson, gouverneur démocrate de Californie, nullement socialiste quant à lui mais devant courir derrière la poussée qui porte les Z. Mamdani et les K. Wilson, a-t-il qualifié la manœuvre entre les trumpistes inquiets et une dizaine de députés démocrates de honteuse capitulation de ceux-ci.
Alors que la question d’un troisième parti, celui du prolétariat, des immigrés, des femmes et des « minorités », non seulement se pose mais commence à trouver concrètement des formes de concrétisation, que seuls les incurables sectaires cautionnant finalement l’ordre existant, ne veulent pas voir, la crise dans le « mouvement MAGA » s’accélère aussi.
Peter Thiel a lâché un article affirmant que face à Mamdani, il faut trouver autre chose que des insultes et des menaces, et donner un espoir, un espoir pour lui « capitaliste » et « immobilier », aux jeunes GenZ qui votent Mamdani, mais il ne voit pas comment faire : et pour cause, son capitalisme parasitaire n’offre non seulement aucun espoir, mais aucun avenir, il n’est qu’apocalyptique !
Donald Trump, dans une interview sur Fox News le 11 novembre, a fait un de ces tournants brusques qu’il affectionne en annonçant qu’il allait faire venir 600 000 étudiants chinois aux Etats-Unis et favoriser les visas pour diplômés – répondant ainsi à une exigence de Musk, sans le dire, et provoquant une première crise dans la base MAGA formatée à un affrontement généralisé avec les migrants. Un peu plus tard, il a hurlé « Silence, Silence », à un journaliste demandant pourquoi la publication des Epstein files n’arrive pas.
Et là, survient le plus grave : l’élue et influenceuse trumpiste MAGA, brutale et vulgaire, Marjorie Taylor Greene (notre photo !) – qui, en juin, avec Tucker Carlson, Steve Bannon, et surtout Charlie Kirk, assassiné depuis – exige cette publication. Trump l’insulte, la traite de folle, de gauchiste (!!!), et de traitresse. Elle fait savoir qu’elle est menacée de mort, mais ne cède pas et, au contraire, insiste, et lance un slogan parallèle à MAGA et susceptible de le remplacer : AFAO – America First, America Only.
Tucker Carlson ajoute son obole au concert, en attaquant les nouveaux responsables trumpistes nommés au FBI par Tulsie Gabbart, les accusant de bloquer les investigations sur le tireur qui aurait visé Trump à Tulsa, pendant la campagne présidentielle, et instillant un doute sur la « version officielle », comme on dit chez les complotistes. D’ailleurs, pendant ce temps, le même FBI est silencieux sur l’assassinat de Charlie Kirk et le même Carlson s’est rapproché, par une interview notoire avec éloge de Poutine et insistance sur la nécessité d’une ligne « MAGA » vraiment … antisémite, de Nick Fuentes, dont se réclamait l’assassin.
Rien ne va plus dans MAGA : ces éléments de dislocation sont directement causés, à présent, par la vague de fond du mouvement NO KING- NO KINGS et sa traduction électorale victorieuse du 4 novembre. Le bruit court maintenant que la Heritage Foundation, qui a écrit le programme de destruction sociale de Trump, cherche comment l’écarter avant les élections au congrès de 2026, pour mettre Vance à sa place, Vance qui tente de rester silencieux dans cette crise, alors que les conditions de son éventuelle arrivée prématurée au pouvoir pourraient être bien difficiles pour lui.
Ce 15 novembre, une manifestation à Washingtont s’est formée, pour la première fois avec cette clarté, sur le mot d’ordre de destitution immédiate. Et le mouvement No Kings a fixé sa prochaine journée au samedi suivant, le 22 novembre, avec marche sur Washington.
Comprenons bien que même des municipales dans une petite ville française sont dépendantes de cette histoire qui est immédiate et qui est la notre !
Vincent Présumey, le 16 novembre 2026.
14.11.2025 à 13:36
aplutsoc
L’Ukraine se trouve actuellement dans une impasse due à un néolibéralisme corrompu qui retarde la fin de la guerre et maintient la population dans la pauvreté. Le fonctionnement de toutes les institutions publiques est imprégné par la recherche du profit personnel, l’absence de planification et le manque de transparence vis-à-vis du grand public. Un tel système ne peut pas être efficace. Les travailleurs ukrainiens résistent massivement et avec abnégation à l’ennemi, ce qui contraste avec le modèle d’État qui dépend d’un cercle restreint de personnes et qui est incapable de veiller au bien commun.
Les ressources du pays sont épuisées non seulement par les occupants, mais aussi par des hommes d’affaires avides qui tirent profit des besoins essentiels de la société, notamment dans les domaines de l’énergie et de l’industrie de la défense. La réaction de la société à ces abus a donné lieu à des manifestations en juillet 2025 avec leurs slogans anticorruption.
Le soi-disant « remaniement » du gouvernement n’a fait qu’accélérer le risque d’adoption de lois favorables aux oligarques. L’arrivée à des postes clés de Yulia Svyrydenko, Oleksiy Sobolev, Taras Kachka et d’autres adeptes du capitalisme effréné de la Kyiv School of Economics (KSE) en est une démonstration évidente. La plus grande menace provient du ministère dirigé par M. Sobolev, qui cherche à priver les travailleurs de leurs droits en élaborant un projet de Code du travail et qui, dans le même temps, s’est arrogé des pouvoirs dans le domaine de l’écologie, facilitant ainsi l’exploitation des ressources naturelles par les entreprises. Notre pays devient peu propice à la vie, et les espoirs d’une reconstruction équitable s’amenuisent de jour en jour.
Cette situation reflète les tendances mondiales. La montée en puissance des forces réactionnaires dans le monde et le comportement inapproprié de l’administration américaine ont conduit tous les Ukrainiens à ressentir un manque de sécurité. Les interruptions dans la livraison d’armes destinées à repousser l’agresseur russe modifient l’équilibre mondial des forces en faveur des oppresseurs. Cependant, la sécurité ne se résume pas à la question de l’armement. Elle concerne également la sécurité sociale, le fonctionnement stable des infrastructures essentielles, une rémunération équitable pour un travail consciencieux, ainsi que la protection à long terme de ceux qui se trouvent dans des situations difficiles. Tout cela constitue le fondement sur lequel peut reposer une défense efficace.
La défense et le bien-être sont les principales fonctions de l’État. Le capital privé n’y trouve aucun intérêt en raison de son orientation vers le profit et de sa volonté de verser le moins possible au budget. Malgré les espoirs du peuple ukrainien de voir l’État se soucier davantage de la résolution des problèmes des citoyens, c’est le contraire qui s’est produit. Les scandales se succèdent, impliquant des hommes d’affaires qui tirent profit de tout, y compris de la production d’armes. Tout cela est le résultat de la centralisation du pouvoir, de la dissimulation d’informations sous le « brouillard de la guerre » et de l’érosion des principes démocratiques. Malheureusement, l’État n’agit pas comme un bouclier social pour le peuple, mais comme une superstructure corrompue. Le manque de soutien est ressenti de manière aiguë par tous, en particulier les militaires, les personnes contraintes de quitter leur foyer, ainsi que celles qui élèvent les nouvelles générations d’Ukrainiens en cette période d’incertitude.
La classe ouvrière, dont le potentiel politique n’est pas exploité, a été et reste une force massive capable de changer le cours de l’histoire à un moment critique. Les masses laborieuses ont été écartées de la politique, devenant les jouets des classes dominantes. Si les travailleurs s’unissent, ils peuvent changer les règles de la politique et, à terme, retirer le pouvoir aux élites actuelles. En effet, l’influence sociale des cheminots, du personnel soignant, des énergéticiens et des enseignants s’est considérablement accrue grâce à leur importante contribution au bien-être. La vie quotidienne dépend de l’accomplissement rigoureux de leurs devoirs, c’est pourquoi il sera difficile pour les autorités de contester leur opinion.
À l’inverse, le capital ne joue aucun rôle dans le maintien à flot de la société. Le budget de l’État n’est pas alimenté par les impôts sur les bénéfices : ceux-ci ont toujours été dissimulés dans des paradis fiscaux et, depuis le début de l’invasion, ils ont chuté en raison de l’effondrement des exportations.
Le budget repose en grande partie sur les impôts sur les salaires (13,11 % des recettes), qui financent la défense, ainsi que sur l’aide internationale, qui financent le secteur social. Le rôle des secteurs d’infrastructures critiques, qui fonctionnent en dehors de la logique du marché, mais sont essentiels à la stabilité sur le champ de bataille et à l’arrière, s’est accru.
Les travailleurs employés dans ces secteurs sont souvent victimes des attaques russes, mais le Fonds de pension ukrainien ne leur verse pas les indemnités promises en raison de problèmes bureaucratiques liés à l’obtention du statut d’infrastructure critique. L’existence de ce problème annule toute prétention à une politique axée sur l’humain.
Le faible niveau de soutien aux retraités et aux personnes handicapées, compte tenu des énormes volumes d’aide financière internationale, est inacceptable. Pour justifier les normes sociales médiocres, des clichés idéologiques erronés sur la menace d’une montée des « sentiments paternalistes » (tant au sein du pouvoir que dans le camp de l’ « opposition ») sont largement répandus.
L’absence d’évolutions positives dans le domaine de l’aide sociale, combinée à de faibles salaires, entraîne un exode massif vers l’étranger, en particulier chez les jeunes de moins de 22 ans.
Pendant des décennies, l’État s’est adapté aux investisseurs et aux hommes d’affaires, car ils génèrent des profits. Cependant, il devient évident qu’il est actuellement impossible de réaliser des profits dans une économie dévastée par la guerre. Il est temps pour de larges couches de la population de faire valoir leurs besoins, car tout repose sur elles. Le niveau de bien-être ne sera pas déterminé par l’efficacité économique, mais par la mesure dans laquelle la population exigera d’être traitée avec humanité. L’influence disproportionnée que l’oligarchie continue d’exercer sur le pouvoir doit disparaître afin de ne pas entraver le développement de l’Ukraine.
Considérant que seule la suppression du capitalisme permettra de garantir pleinement les intérêts des travailleurs, le Sotsialnyi Rukh souligne la priorité des revendications suivantes :
1. Une économie commune pour une victoire commune. Nationalisation sous contrôle ouvrier des secteurs de l’infrastructure, de l’industrie de défense et des entreprises exploitant les ressources minérales. Un quota de 50 % pour les représentants des collectifs de travailleurs au sein des conseils de surveillance de ces entreprises constituera un garde-fou contre les abus de corruption et l’usurpation du pouvoir par les serviteurs du capital. Cela permettra de contrôler les ressources pouvant être utilisées pour la défense. La socialisation des entreprises du secteur énergétique permettra, entre autres, de prévenir la crise écologique qui se traduit par la détérioration de la qualité de l’eau, des sols et de l’air. Il est particulièrement nécessaire de nationaliser à 100 % le complexe militaro-industriel afin d’empêcher des particuliers de tirer profit des commandes et d’assurer des conditions de travail stables au personnel. Pendant la période de l’état d’urgence, il ne peut y avoir de marché de location de logements, du médicament ou de technologies militaires : tous les processus doivent être réglementés par des organismes publics indépendants, qui ne sont pas guidés par la recherche du profit. Il convient de refuser le financement des établissements médicaux sur la base de critères d’efficacité, car cela conduit à transformer l’aide médicale d’un droit garanti en une marchandise. L’expansion du secteur public dans l’économie constituera un pont vers le plein-emploi, à condition que les services de l’emploi et les syndicats coopèrent. Le système fiscal doit remplir une fonction sociale en luttant contre la différenciation excessive des richesses par le biais de l’imposition des fortunes.
2. Relancer l’État social. Une guerre prolongée doit être considérée comme un facteur de risque social pour l’ensemble de la population et la protection sociale doit être reconnue comme une obligation de l’État. Les organismes de protection sociale doivent être proactifs et proposer eux-mêmes leur aide aux familles des militaires, aux travailleurs sinistrés et aux couches vulnérables de la population, avant même que ces personnes ne s’adressent à eux. Les logements neufs inoccupés doivent être mis à la disposition des personnes déplacées à l’intérieur du pays et des militaires tant que la crise du logement persiste. En temps de guerre, l’État ne peut pas imposer à la population le paiement des dettes liées aux services publics et l’augmentation des tarifs. La période de résidence dans les zones frontalières, ainsi que le statut de personne déplacée à l’intérieur du pays après le 24 février 2022, doivent être pris en compte comme période d’assurance, indépendamment de l’emploi officiel. Afin d’éviter le risque d’un manque éducatif de la population, il convient d’encourager le travail dans l’éducation, en garantissant à tous les enseignants un salaire au moins égal à la moyenne nationale et l’accès à des abris sûrs et confortables. Il convient de mettre en place un suivi indépendant des pertes éducatives, en particulier dans les régions proches du front.
3. Renaissance de la démocratie de masse. Les autorités doivent écouter les citoyens lors de la mise en œuvre des politiques à tous les niveaux, en créant de nouvelles institutions de représentation publique et en élisant des représentants du personnel pour gérer les entreprises. Il est nécessaire de garantir aux travailleurs le droit à un congé payé annuel de 14 jours pour des activités bénévoles, afin qu’ils puissent soutenir l’armée et résoudre les problèmes sociaux. Le Parlement, dont le mandat a expiré, n’a pas le droit d’examiner les projets de loi pour lesquels les représentants de la société civile ont exprimé des craintes quant à la restriction de leurs droits et libertés. Il convient de garantir la force juridique des pétitions adressées aux autorités publiques. Des élections doivent être organisées dès que possible après la levée de l’état d’urgence. Afin d’empêcher l’arrivée au pouvoir de politiciens qui se sont discrédités par leurs liens avec les oligarques, il convient de supprimer les cens de propriété, d’abaisser le seuil d’éligibilité des partis politiques à 1 % et de garantir la liberté de se présenter aux élections. La résolution des problèmes sociaux quotidiens doit devenir à la fois un objectif politique et une incitation à une plus large participation des masses à la vie politique. Les contradictions accumulées dans la société doivent être résolues par le renforcement de la concurrence politique réelle, à condition que les droits humains et le pluralisme idéologique soient respectés.
Ce sont précisément les travailleurs – ouvriers, enseignants, médecins, cheminots, énergéticiens – qui doivent devenir le moteur du renouveau de l’Ukraine. Vous créez toute la richesse du pays, vous le défendez, vous avez le droit de décider comment le diriger.
Le Sotsialnyi Rukh appelle tous les travailleurs à s’unir. Créez des syndicats dans vos entreprises ! Exigez de participer aux décisions qui vous concernent ! Organisez des conseils dans vos communautés ! N’attendez pas l’autorisation d’en haut – prenez ce droit vous-mêmes !
Seules une organisation massive et la solidarité permettront de remporter la guerre et d’assurer une reconstruction équitable après celle-ci. L’histoire montre que toutes les transformations sociales importantes ont été obtenues par la lutte venue d’en bas, et non accordées par le haut.
Approuvé le 28 septembre 2025 lors de la conférence annuelle du Sotsialnyi Rukh.
Sotsialnyi Rukh
Source :
https://rev.org.ua/trudyashhi-vi-vazhlivi-dlya-majbutno%D1%97-ukra%D1%97ni-vidozva-socialnogo-ruxu/
13.11.2025 à 23:54
aplutsoc
Nous publions plusieurs documents relatifs à la vie et au combat de David Hemson, décédé le 7 novembre 2025 à Durban. Nous avons côtoyé le camarade David Hemson dans les réunions et activités du WIN. Il était une personne chaleureuse tout en déployant une grande connaissance et analyse des affaires du monde, il conservait une formidable énergie en dépit de l’avancement de l’âge, restant fidèle aux combats engagés dès sa jeunesse au cœur du régime d’apartheid. Nous adressons nos fraternelles condoléances aux camarades du WIN, à sa famille et ses proches.
C’est avec une profonde tristesse que les camarades du WIN annoncent le décès récent en Afrique du Sud de notre camarade David Hemson.
Dès les années 1970, il a joué un rôle courageux dans la résistance au régime d’apartheid. En exil à Londres, il a milité au sein du Congrès national africain (ANC), dont il a ensuite été exclu avec d’autres sympathisants de Militant. Emprisonné et torturé au Zimbabwe, il s’est ensuite installé aux États-Unis. Il y a plusieurs années, il a rejoint le WIN et a apporté une contribution déterminante à notre action. Il possédait une compréhension profonde de la crise mondiale du capitalisme et une énergie inlassable pour organiser la solidarité avec les travailleurs en lutte, tissant des liens avec de précieux contacts sur quatre continents. Il y a deux ans, il a conduit une délégation internationale à Durban pour commémorer le 50e anniversaire de son rôle clé dans la grève historique qui s’y était déroulée. Ses interventions politiques lors de nos réunions hebdomadaires de discussion du WIN étaient toujours d’une grande richesse et d’une grande pertinence.
Un véritable camarade. Il nous manquera, mais sa cause triomphera.
Workers International Network (WIN), 08/11/2025.

Christopher David Law Hemson est né à Durban, en Afrique du Sud, le 18 juillet 1945 et y est décédé le 7 novembre 2025, entouré de sa femme Suzanne, de sa belle-fille Soroya et de ses frères Crispin et Jonathan. Ses parents étaient britanniques ; son père avait été envoyé pendant la Seconde Guerre mondiale pour installer des radars à Simonstown et à Durban, et sa mère et sa sœur l’avaient rejoint durant le conflit. Après ses études au Kearsney College, il a intégré l’Université du Natal (aujourd’hui disparue), où il a siégé au Conseil représentatif des étudiants et dirigé le journal étudiant, Dome. Son engagement dans le militantisme étudiant à l’université et au sein de la NUSAS, le syndicat étudiant, l’a amené à côtoyer des figures telles que Steve Biko, Ben Ngubane (avec lesquels il figure sur une photo datant de 1967 ou 1968) et Rogers Ragaven. Il s’est ensuite consacré à la dénonciation des salaires versés par les entreprises britanniques en Afrique du Sud, par le biais de la Commission des salaires qu’il avait fondée avec d’autres étudiants. À partir de 1971, il s’est employé, avec Halton Cheadle, Rick Turner, Foszia Fisher et d’autres, à créer des syndicats pour les travailleurs noirs. Cette intervention fut un succès remarquable ; elle joua un rôle majeur dans les grèves de janvier 1973, qui transformèrent les relations de travail en Afrique du Sud. Les syndicats fondés à cette époque devinrent des éléments centraux du mouvement ouvrier.

Un an plus tard, le gouvernement de l’apartheid le plaça, ainsi que d’autres dirigeants syndicaux, en résidence surveillée et leur imposa d’autres restrictions. Il partit en exil en 1975 et soutint une thèse de doctorat à l’Université de Warwick, portant sur la nature du contrôle de la main-d’œuvre sur les docks de Durban, une thèse qui eut une influence majeure sur les études ultérieures de la société sud-africaine. Son indépendance, partagée avec trois autres militants anti-apartheid, entraîna son exclusion de l’ANC ; il fonda avec eux la MWT (Marxist Workers Tendency) de l’ANC, qui s’associa au mouvement Militant au Royaume-Uni. Il enseigna quelque temps à l’Université de Dar es Salaam, puis épousa Patricia (Trish) Struthers en mai 1982 à Harare, au Zimbabwe, où il travailla comme enseignant et où naquit son premier fils, Jesse, en 1983.
En mars 1985, David fut détenu sans inculpation à la prison de haute sécurité de Chikurubi à Harare, en même temps que Darcy du Toit. Le 18 avril 1985, il fut libéré et expulsé avec sa famille vers le Royaume-Uni, accusé de comploter pour renverser le gouvernement de Robert Mugabe. Son deuxième fils, Benjamin (Ben), naquit au Royaume-Uni en 1987. Au Royaume-Uni, il poursuivit son militantisme au sein du MWT. Fin 1990, après la libération de Nelson Mandela, il obtint l’autorisation du gouvernement sud-africain de retourner à Durban.
Il travailla comme universitaire aux universités du Natal et de Durban-Westville, puis comme chercheur sur la prestation de services publics au Conseil de la recherche en sciences humaines. Il était respecté par de nombreux dirigeants politiques et sociaux dans divers pays pour son indépendance, sa franchise et son patriotisme fervent. En 2006, il épousa l’anthropologue Suzanne Leclerc-Madlala et s’installa par la suite dans le Maryland, où il travailla à l’évaluation de grands projets de développement. Il poursuivit avec énergie son militantisme et ses écrits. Suzanne et lui finirent par s’installer à Cumberland, dans le Rhode Island. En 2024, sa santé se dégrada et il alla rejoindre ses frères à Durban.


La Fédération sud-africaine des syndicats (SAFTU) a appris avec une profonde tristesse le décès, ce matin, du camarade David Hemson. Nous adressons nos plus sincères condoléances à sa famille, ses amis, ses camarades et à tous ceux qui ont partagé son long combat.
Le camarade Hemson était une figure exceptionnelle : intellectuel, militant et organisateur, il a consacré sa vie entière à l’émancipation de la classe ouvrière. De ses premiers engagements dans les années 1970 au sein de la Commission des salaires de Durban et du Fonds général de prestations aux travailleurs d’usine, jusqu’à son rôle de premier plan dans les grèves salariales historiques de 1973, il s’est toujours tenu aux côtés des plus démunis et des plus vulnérables. Contraint à l’exil par le régime d’apartheid, il poursuivit le combat depuis l’étranger et l’approfondit par des recherches approfondies sur le travail des migrants, les dockers et les mécanismes de l’exploitation de classe en Afrique du Sud. Ses écrits et ses travaux universitaires restèrent toujours profondément ancrés dans la réalité quotidienne des travailleurs, des pauvres et des dépossédés. Ils furent des armes dans la bataille des idées.
Même à l’ère démocratique, il refusa de se complaire dans le confort. Il dénonça les échecs du néolibéralisme, la trahison des espoirs de la classe ouvrière et les souffrances persistantes causées par l’effondrement des services publics, la privatisation et la corruption. Il affirmait qu’aucune société ne peut être libre si la classe ouvrière demeure exploitée, divisée et marginalisée.
La SAFTU rend hommage au camarade Hemson, car il incarna ses convictions politiques.
Il croyait au contrôle ouvrier, aux syndicats démocratiques, au socialisme par la base et à la défense inflexible de la dignité des travailleurs noirs dont les luttes ont façonné notre histoire. Il appartenait à la génération qui a relancé l’organisation ouvrière dans les années 1970, et son influence se fait sentir dans chaque avancée du mouvement ouvrier moderne.
Dans notre deuil, nous réaffirmons notre engagement.
La SAFTU se consacre à perpétuer son héritage en :
* reconstruisant le pouvoir des travailleurs sur le lieu de travail ;
* luttant contre l’austérité, la privatisation et la mainmise de l’État ;
* défendant les services publics et les droits des plus démunis ;
* renforçant la formation des travailleurs, la conscience de classe et les alternatives socialistes ;
* construisant l’unité entre les travailleurs, les communautés et les chômeurs.
Le plus bel hommage que nous puissions lui rendre est de poursuivre l’œuvre pour laquelle il a vécu et s’est sacrifié : la création d’une Afrique du Sud où les travailleurs sont organisés, forts et capables de façonner leur propre avenir.
Que le camarade David Hemson repose en paix.
Ses idées et son courage continueront de nous guider. Un communiqué a été publié au nom du secrétaire général de la SAFTU, Zwelinzima Vavi.
Pour toute demande d’information, veuillez contacter le porte-parole national, Newton Masuku :
Newton@saftu.org.za
0661682157
Source : https://saftu.org.za/archives/9162
13.11.2025 à 22:48
aplutsoc
Les lectrices et lecteurs habituels de ce site ont peut-être déjà lu ces articles. L’assemblage de ceux-ci dans ce bulletin spécial en PDF est destiné à susciter la discussion et la réflexion parmi les syndiqués, simples adhérents tout autant que militants ou responsables.
Au sommaire :
En téléchargement gratuit !
13.11.2025 à 18:37
aplutsoc
Zohran Mamdani, un député de l’Assemblée de l’État de New York de 34 ans, d’origine indienne, immigrant musulman et socialiste démocratique, a remporté l’élection municipale de New York le 4 novembre, battant l’ancien gouverneur de l’État de New York, Andrew Cuomo, âgé de 67 ans. Il a obtenu la moitié des 2 millions de voix exprimées. Il est le premier musulman et le premier socialiste à gouverner la ville.
Mamdani a fait campagne sur un programme prônant le gel des loyers, la gratuité des transports en commun et la gratuité des services de garde d’enfants. Bien que ce ne fût pas un enjeu central de sa campagne, il a clairement affirmé son soutien à la Palestine et promis d’arrêter Benjamin Netanyahu pour crimes de guerre s’il venait à New York. Ses adversaires l’ont qualifié d’antisémite et ont même insinué qu’il était lié au Hamas ; malgré cela, il a recueilli un tiers des voix de l’électorat juif. Il a également bénéficié d’un large soutien auprès des jeunes électeurs, des locataires, des syndicalistes et des électeurs noirs et hispaniques.
La victoire de Mamdani a constitué un revers pour le président Donald Trump et son Parti républicain, d’autant plus qu’elle s’est déroulée au milieu de plusieurs autres victoires démocrates. Parallèlement, elle a représenté une victoire pour l’aile progressiste du Parti démocrate. Et une victoire pour les Socialistes démocratiques d’Amérique (DSA), la plus grande organisation socialiste du pays avec environ 80 000 membres.
Lorsqu’il prendra ses fonctions de maire le 1er janvier 2026, il devra relever d’immenses défis. Trump a laissé entendre qu’il ferait payer à Mamdani et aux New-Yorkais l’élection d’un socialiste. Et il en a le pouvoir. Il peut couper les fonds [fédéraux] à la ville. Il peut déployer l’ICE (Immigration and Customs Enforcement) et la Garde nationale. Et il peut soutenir les intérêts financiers et les promoteurs immobiliers qui s’opposent à Mamdani.
Dans son discours de victoire, Mamdani a déclaré à ses partisans qu’en tant que maire, « nous mettrons fin à la culture de corruption qui a permis à des milliardaires comme Trump d’échapper à l’impôt et de profiter d’avantages fiscaux ». S’adressant directement au président, il a affirmé : « New York restera une ville d’immigrants : une ville bâtie par des immigrants, animée par des immigrants et, à compter de ce soir, dirigée par un immigrant. Alors, Monsieur le Président Trump, écoutez-moi bien : pour atteindre l’un d’entre nous, vous devrez nous affronter tous. »
Partout aux États-Unis, les Républicains ont essuyé des défaites le 4 novembre. En Virginie, l’ancienne représentante démocrate Abigail Spanberger a battu la lieutenant-gouverneure républicaine Winsome Earle-Sears avec 51,2 % des voix contre 42,6 % pour devenir gouverneure. Dans le New Jersey, la représentante démocrate Mikie Sherrill a remporté le poste de gouverneur face au candidat de Donald Trump, Jack Ciattarelli, ancien législateur d’État. Ces élus démocrates sont connus comme des « démocrates de la sécurité nationale », c’est-à-dire non pas des « faucons », mais des partisans d’une armée forte et du recours au soft power, notamment par le biais de l’aide étrangère. Abigail Spanberger est une ancienne agente de la CIA et Mikie Sherrill une ancienne officière de la Marine. Tous deux pourraient être qualifiés de démocrates modérés, et certainement pas de progressistes. Néanmoins, en tant que démocrates, ils s’opposent fermement à Donald Trump et à son Parti républicain. En ce sens, leur élection constitue une victoire pour l’opposition.
En Californie, le gouverneur Gavin Newsom et les démocrates ont réussi à faire adopter par référendum la Proposition 50, leur permettant de redessiner les circonscriptions électorales afin d’obtenir davantage de sièges au Congrès. Ils l’ont emporté avec 64 % des voix contre 36 %, une victoire éclatante pour les démocrates. La Proposition 50 était une réponse à une mesure adoptée au Texas visant à redécouper les circonscriptions au profit des républicains.
L’extrême gauche, notamment ceux qui se définissent comme « socialistes révolutionnaires », tels que Solidarity et Tempest, a refusé de soutenir Mamdani en raison de son appartenance au Parti démocrate. Ils appellent plutôt à la construction de mouvements de masse pour contester Trump et les deux principaux partis. La plupart des progressistes américains misent sur une combinaison de manifestations, comme les journées « No Kings », et sur l’élection de démocrates pour contrer Trump.
Dan La Botz, mardi 11 novembre 2025.
Source : https://internationalviewpoint.org/spip.php?article9256
13.11.2025 à 17:53
aplutsoc
Labor Notes, un site internet mettant en réseau des syndicalistes étatsunien·nes, organise depuis le début du mois d’octobre une série de tables rondes sur le thème : « Comment les syndicats peuvent-ils défendre le pouvoir des travailleurs contre Trump 2.0 ? ». Le site publie au fur et à mesure les textes des intervenant·es, des dirigeants syndicaux et des universitaires.
Nous proposons ici une synthèse de ces différents textes en français afin de faire ressortir certains éléments qui permettent d’éclairer l’action et le rôle politique des syndicats dans un contexte « autoritaire ». Des débats qui pourraient notamment intéresser les syndicalistes au Québec au moment où le Gouvernement Legault multiplie les attaques antisyndicales.
À titre d’exemple, la lecture de ces textes oblige notamment à mettre en perspective le silence assourdissant des centrales syndicales québécoises sur le terrain politique, comme l’atteste par exemple, leur mutisme lors de la campagne électorale des municipales de Montréal de 2025. Ce silence était d’autant plus incompréhensible et irresponsable quand on garde en tête que pendant la campagne, les travailleurs et travailleuses de la Société du transport de Montréal (STM) étaient en grève. Mais ce silence apparait tout bonnement sidérant quand on se rappelle qu’au même moment les syndicats New Yorkais, sous la pression de la base, s’engageaient politiquement et appelaient massivement quant à eux, à voter pour le programme de Zohran Mamdani dont certaines mesures faisaient alors le tour du monde, comme la gratuité des bus, l’amélioration des conditions de travail des travailleurs et travailleuses et un réinvestissement massif dans le secteur des transports collectifs.
L’urgence d’agir
Pour le moment, cinq articles ont été publiés. Les textes proviennent de dirigeants d’importants syndicats dans l’enseignement, comme Alex Caputo-Pearl de l’United Teachers Los Angeles (UTLA) Jackson Potter de la Chicago Teachers Union (CTU), de Peter Olney, un ancien dirigeant d’un syndicat de dockers (ILWU), de Rand Wilson membre d’un syndicat dans le secteur des microprocesseur (CHIPS Communities United), Jimmy Williams président de l’International Union of Painters and Allied Trades qui représente environ 140,000 travailleurs dans la construction ou des universitaires comme Kate Bronfenbrenner et Eric Blanc.
Ces différents textes mettent tous l’accent, d’une façon ou d’une autre, sur l’urgence d’agir : « can’t afford to wait » souligne Kate Bronnefender. Et il ne s’agit pas seulement de l’urgence à lutter contre les employeurs mais bien plus largement de s’organiser politiquement face à une attaque organisée menée par une oligarchie de milliardaires néofascistes complètement fous de la Silicon Valley et d’un gouvernement ouvertement à son service.
Les auteurs rappellent ainsi le licenciement de 13 % des 2,4 millions de fonctionnaires du pays, soit 312 000 personnes par Elon Musk ou l’abolition par décret du droit de négociation collective d’un million de fonctionnaires fédéraux dans plus de dix ministères, détruisant de facto les syndicats, notamment dans le secteur des services sociaux et de santé. Ils insistent également sur les interventions militaires à Los Angeles et Washington, les rafles menées par les agents de l’ICE, le ciblage systématique des étrangers, la brutalité des interpellations, le chantage du Gouvernemental aux investissements et aux subventions fédérales à des fins politiques, le redécoupage de la carte électorale etc. ; bref, « le temps presse » pour reprendre Peter Olney et Rand Wilson.
Curieusement, les termes fascisme ou néofascisme ne sont pas mobilisés, peut-être parce que tous les syndicats ne sont pas encore interdits et peuvent encore s’exprimer et agir. En revanche, le régime est toujours qualifié d’autoritaire. Et le mouvement syndical est présenté comme l’un ou le dernier rempart. À titre d’exemple Alex Caputo-Pearl et Jackson Potter rappellent ainsi que :
« L’histoire nous montre que lorsque l’autoritarisme fait son apparition, son implantation dépend de la réponse du mouvement syndical. C’est pourquoi les syndicats doivent être au centre du mouvement anti-autoritaire naissant qui se manifeste dans les efforts visant à construire une coalition pro-démocratique plus large sous des slogans tels que « No Kings » (Pas de rois) et « Workers Over Billionaires » (Les travailleurs avant les milliardaires) ».
Des centrales syndicales majoritairement contre Trump
Aujourd’hui 10% des travailleurs et des travailleuses aux États-Unis sont syndiqué·es contre 20 à 25% dans les années 1980. La très grande majorité le sont dans le secteur public (33% de syndiqués contre 6% dans le privé). C’est donc au moins 15 millions de travailleurs et de travailleuses qui sont organisé·es syndicalement, et l’immense majorité sont affiliés à la plus grande centrale, l’AFL-CIO.
Dans leur synthèse Jackson Potter et Alex Caputo-Pearl estiment que cinq des dix plus grandes organisations syndicales internationales du pays (« international unions » ) doivent être
« considérées comme faisant partie du front progressiste, compte tenu du soutien majoritaire de leurs membres à Kamala Harris pour les élections de 2024 et de l’élaboration de programmes politiques qui rejettent le virage autoritaire ».
C’est en particulier le cas des trois plus grands syndicats du secteur public :
– la National Education Association (NEA ; 3 millions de membres)
– l’American Federation of State, County and Municipal Employees (AFSCME ; 1.4 million de membres)
– et l’American Federation of Teachers/American Association of University Professors (44 000 membres) (AFT/AAUP) – (respectivement 1.8 million de members et 44 000 membres)
C’est aussi le cas, de deux syndicats regroupant divers secteurs publics et privés, le Service Employees (SEIU) (deux millions de membres) et l’UAW (400 000 membres) .
Les auteurs soulignent que plus de 50 autres syndicats internationaux affiliés à l’AFL-CIO ont également clairement manifesté leur opposition à Trump. De même, de nombreuses directions syndicales ont affiché un soutien sans ambiguïté aux mouvements de solidarité avec les immigrants et aux manifestations pour les libertés civiles, comme par exemple, le syndicat des infirmières (National Nurses United, 220 000 membres) .
En revanche d’autres centrales ont choisi d’appuyer Trump. C’est notamment le cas du syndicat des Teamsters (4e plus grand syndicat des États-Unis et le plus important dans le secteur privé, avec 1.3 million de membres, qualifié par un spécialiste de « syndicat corrompu » ) qui soutient ouvertement Trump et les Républicains, au nom de la défense de l’emploi étatsunien . Son président, Sean O’Brien (qui avait obtenu le soutien de Labor Notes lors de sa campagne… ), s’est même présenté à la Convention nationale républicaine au milieu de la campagne électorale. D’autres syndicats dans la construction ont également apporté leur soutien à Trump même si, soulignent Peter Olney and Rand Wilson, Sean McGarvey, le président de la North America’s Building Trades Unions (environ 3 millions de membres dans la construction ) a clairement dénoncé le programme de Trump, au service « des plus riches d’Amérique ».
Bref, à l’exception notable des Teamsters et de certains syndicats moins importants, on retient que les grandes structures syndicales ont majoritairement manifesté leur opposition à Trump.
Des centrales syndicales apathiques et aux stratégies de mobilisation contestées
Malheureusement cette condamnation semble s’être essentiellement limitée à des prises de paroles, des communiqué de presse et des recours judiciaires.
Plusieurs textes dénoncent ainsi l’apathie des centrales syndicales et une action « largement limitée au dépôt de plaintes judiciaires » . C’est le cas, notamment, de la Fédération américaine des employés du gouvernement (AFGE), qui représente 800 000 fonctionnaires fédéraux, et qui a décidé de contester la suppression des syndicaux fédéraux, tout en sachant pertinent que la Cour suprême valide à validé, jusqu’à présent, à peu près tout ce qu’avait demandé le Gouvernement Trump :
« Beaucoup trop de démocrates et de dirigeants syndicaux ont naïvement espéré que les tribunaux nous sauveraient. Mais la Cour suprême a donné son feu vert à la prise de pouvoir de Trump et semble prête à invalider la section 2 du Voting Rights Act, dernier obstacle juridique majeur empêchant les républicains de priver de leurs droits électoraux des millions de démocrates et d’électeurs noirs dans tout le Sud ».
L’apathie est telle que le 2 novembre 2025, les dirigeants des syndicats d’enseignants de Chicago et de Los Angeles (CTU et UTLA), ont estimé nécessaire d’appeler de nouveau l’AFL-CIO à s’engager activement contre le gouvernement de Trump et exigé de la plus grande centrale étatsunienne qu’elle ait le courage d’appeler à remettre en cause l’ordre établi .
Au mieux, certains textes soulignent le relatif succès de la campagne may2028.org, impulsé par le président de l’UAW, Shawn Fain. Cette action consiste à fixer la date d’expiration des conventions collectives au premier mai 2028 afin de pouvoir, légalement, déclencher un vaste mouvement de grève. Certes, l’initiative a reçu le soutien d’autres secteurs d’activités que l’automobile (dont des syndicats de la CWA, du SEIU, UNITE HERE, de l’UE, de l’AFT et des affiliés nationaux et locaux de la NEA). Le problème cependant est la date retenue : mai 2028. Sur ce point, les auteurs sont unanimes pour dire que les travailleurs et les travailleuses ne peuvent pas attendre trois ans pour réagir.
Bref, les recours judiciaires et la mobilisation may2028, restent les principales actions organisées à l’échelle des grandes centrales syndicales identifiées dans ces textes.
La mobilisation des syndicats locaux dans les mobilisations historiques de 2025
En contrepoint, les textes insistent sur l’implication des organisations syndicales de base, dans les mobilisations exceptionnelles de 2025. Certaines organisations ont même été à la pointe de la contestation, comme lorsque Trump a envoyé des militaires à Los Angeles, Washington D.C. et Chicago.
« Les syndicats d’enseignants et de travailleurs des services ont été les plus virulents et les plus actifs. En juillet, 1 400 personnes ont envahi le centre des congrès de Los Angeles pour participer à une « formation à l’action directe non violente » principalement parrainée par la Fédération syndicale du comté de Los Angeles ».
Ce sont également des syndicats d’enseignant·es qui mènent activement des actions visant pour faire des écoles des « sanctuaires » pour les migrants pourchassés par l’ICE. Ils adoptent ainsi des résolutions rappelant que le personnel scolaire ne doit jamais demander le statut d’immigrant, en conserver trace ou le divulguer ou que es agents fédéraux ne sont pas autorisés à pénétrer dans nos écoles sans mandat judiciaire . Ce sont aussi des organisations syndicales de base, qui ont organisé des actions telles que le « Tesla Takedown », les rassemblements devant les magasins Whole Foods appartenant à Amazon ou qui ont créé la coalition Athena qui relie les vastes activités anti-Bezos/Amazon.
Mais surtout, de nombreuses organisations locales se sont jointes aux manifestations nationales exceptionnelles de l’années 2025, participant ainsi aux réseaux tels que 50501, Indivisible Fight Back Table (qui est présentée comme l’organisation ayant organisé les marches #HandsOff le 5 avril), Labor on the ligne etc.
Parmi ces mobilisations les plus importantes, les auteur·es rappellent :
– « Hands Off ! National Day » – 5 avril 2025
Il y a un débat sur le nombre de personnes qui ont manifesté le 5 avril. Dan la Botz, qui en a dressé un compte-rendu, parle dans tous les cas de millions de personnes dans les 50 États américains, et de plus 1 600 manifestations dans les grandes et petites villes, en défense de la démocratie, des droits reproductifs, des LGBTQ+, des immigrants, de la sécurité sociale, des services publics etc.
– May day strong (“Workers Over Billionaires”) – 1er mai 2025
Plusieurs textes insistent également sur le succès des manifestations du 1er mai 2025, qui fut également historique :
« Cela a fonctionné au-delà de ce que nous pensions possible. Cette année, nous avons eu le plus grand nombre de marches du 1er mai de l’histoire des États-Unis. La fête du Travail, quant à elle, est passée de 25 barbecues initialement prévus par l’AFL-CIO à 1 200 événements dans les 50 États, la fédération adoptant le message « Les travailleurs avant les milliardaires » » .
– « No Kings », manifestations exceptionnelles des 14 juin et 18 octobre et… 22 novembre 2025
Mais ce sont surtout les deux grandes manifestations sous le thème « No Kings » du 14 juin et du 18 octobre 2025 qui ont marqué les esprits l’attention ; « les plus importantes de l’histoire des États-Unis » souligne Eric Blanc . Les chiffres de 13 millions de manifestant·es le 14 juin et de 7 millions lors de la manifestation d’octobre sont avancés. On peut rappeler que le samedi 22 novembre, No Kings appelle de nouveau à marcher sur Washington et dans tout le pays.
Et pour toutes ces mobilisations les auteur·es insistent en particulier sur deux choses : l’implication de nombreux syndicats locaux et l’absence des centrales syndicales.
Propositions d’actions : boycott et syndicalisation
Les différents textes ne se contentent pas de faire un bilan des actions et mobilisations. Ils suggèrent également des pistes d’actions. Parmi celles-ci, Caputo-Pearl et Potter rappellent le succès de certaines campagnes de boycott, comme celle menée par le Black Clergy (clergé noir) contre Target qui a décidé de supprimer ses actions en faveur de la diversité, d’équité et d’inclusion (DEI), ou celle invitant à la résiliation des abonnements chez Disney pour avoir retiré Jimmy Kimmel de l’antenne .
Dans son étude sur l’évolution des stratégies de syndicalisation, Kate Bronfenbrenner , invite quant à elle les centrales syndicales à revoir leurs stratégies, qui sont principalement restées centrées ces dernières années sur la syndicalisation « des petites unités des secteurs à but non lucratif, des médias et des services » et « des unités d’étudiants diplômés d’universités privées telles que Columbia, le MIT et Cornell » ; des secteurs considérés comme « plus faciles » à syndiquer.
En revanche, les centrales ont délaissé les campagnes de syndicalisation dans les grandes entreprises, celles qui pèsent sur l’économie et les choix politiques du gouvernement Trump ; elle souligne en ce sens que les apparentes « victoires » en termes de syndicalisation chez Amazon, Starbuck, REI et Trader Joe’s etc., très médiatisées, n’ont cependant pas permis la conclusion d’une seule convention collective, les employeurs refusant de négocier avec le syndicat. Ce à quoi on rajoutera que quand ils sont contraints de négocier, comme au Québec, ces mêmes multinationales préfèrent fermer et sous-traiter, comme l’a fait Amazon à Montréal. Kate Bronfenbrenner invite alors les syndicats à mener la lutter auprès de ces grandes structures et à multiplier les actions :
« Aussi difficile que cela puisse être, les syndicats doivent syndiquer les travailleurs des entreprises les plus grandes et les plus puissantes du pays, et ils ne peuvent pas se permettre d’attendre une réforme du droit du travail ou une administration plus favorable pour le faire » .
La question de la grève sociale et des grèves illégales
Mais c’est surtout la question des grèves et de la grève sociale ou politique qui est discutée par les auteurs. Pour Éric Blanc par exemple, il semble certain que « la tactique la plus efficace pour exprimer ce type d’alliance anti-autoritaire large est une grève générale à grande échelle, parfois appelée « grève politique », qui inclut non seulement les travailleurs, mais aussi les gouvernements locaux, les églises, les médias, les associations professionnelles et même certaines entreprises qui soutiennent le mouvement ».
Le problème ici serait tout à la fois politique et juridique. D’un point de vue politique, les textes soulignent à plusieurs reprises que les travailleurs et les travailleuses étatsuniennes n’ont plus l’expérience des grèves, alors que le nombre d’arrêt de travail a considérablement chuté depuis les années 80. Ainsi pour Alex Caputo-Pearl and Jackson Potter :
« nous devons être lucides : notre mouvement syndical n’est pas en état de lutter. La plupart de nos syndicats n’ont pas l’expérience récente de la grève ou de l’action collective conflictuelle ».
Un autre problème, davantage juridique, est la peur de déclencher une grève, sachant que la grève est interdite pour les non syndiqué·es et que pour ces derniers elle n’est légale que lors des rares périodes de négociations collectives. « Notre plus grand obstacle reste un sentiment omniprésent de peur et d’impuissance, en particulier parmi les classes populaires », estime ainsi Eric Blanc.
Ce dernier préconise alors le recours à deux tactiques concrètes : des grèves stratégiques menées par des groupes syndiqués, relativement protégés et ayant des liens communautaires profonds (comme les étudiants et les enseignants) et des perturbations/manifestations visant à bloquer le fonctionnement des institutions , sur le modèle des mobilisations des immigrants en 2006, Occupy Wall Street en 2011 ou Black Lives Matter en 2020. Aussi, parmi les actions « disruptives », Eric Blanc évoque, notamment des « Freedom Friday », invitant les étudiants et leurs professeurs à manifester tous les vendredis après-midi ou les « Mass Black Out » . Parmi les autres actions « disruptives » il évoque les pistes suivantes :
« Les entreprises pourraient mettre fin à leur collusion généralisée avec le régime, signer des engagements en faveur de la démocratie, fermer volontairement leurs portes le jour de l’action, afficher des posters « No Kings » dans leurs vitrines ou sur leurs pages web, ou au moins choisir de ne pas pénaliser ceux qui se mettent en grève ou se font porter malades. Les districts scolaires pourraient combiner la fermeture des écoles, des séances d’information de masse et des sorties scolaires pour assister à des rassemblements. Les églises et les élus locaux pourraient soutenir la journée d’action et contribuer à mobiliser les participants (…) ».
Plusieurs textes invitent également les travailleurs et les travailleuses à user des stratégies de contournement, pour éviter d’être dans l’illégalité, comme le recours à des congés maladies. On rappelle ainsi que c’est en mobilisant les arrêts de travail pour cause de maladie qui ont permis à des millions d’immigrants et autres « de descendre dans la rue le 1er mai 2006 pour protester contre le projet de loi anti-immigrés draconien de Sensenbrenner ».
Enfin, une autre solution mise de l’avant est d’inviter les syndicats à négocier une date de fin des conventions collectives commune, afin de permettre la grève du plus grand nombre au même moment. Nous l’avons vu, c’est la stratégie développée par l’UAW dans le secteur automobile avec le lancement de la campagne may2028.org. Mais c’est aussi la stratégie retenue par les sections locales d’éducateurs de Californie, qui ont formé la California Alliance for Community Schools et lancé la campagne We Can’t Wait avec 32 sections locales qiu ont aligné les dates d’expiration des contrats dans tout l’État .
Bref, les auteur·es étudiés ici, appellent tout à la fois à la construction d’une large alliance, vers la grève sociale ou politique et à la multiplication des actions de terrains, de blocage à plus ou moins grande échelle.
“Get politics out of our union” ?
Mais curieusement, il est très peu question dans ces textes du rapport des syndicats aux partis politiques, si ce n’est le texte Peter Olney et Rand Wilson, qui appellent à soutenir les candidats démocrates, pro-travailleurs, face aux Républicains . On a parfois l’impression que la lutte syndicale peut se suffire à elle-même pour renverser ce régime néofasciste, ce qui nous semble très douteux d’un point de vue historique.
Une exception notable est le texte de Jimmy Williams, le président de l’International Union of Painters and Allied Trades . Celui-ci rapporte que nombreux membres demandent au syndicat de ne pas faire de politique : “ I often get comments that we need to “get politics out of our union”. Certes, souligne-t-il, il est épuisant de parler de politique « quand les deux partis continuent de nous décevoir tous ».
Le problème c’est « que cela nous plaise ou non, les décisions prises par nos responsables politiques ont un impact majeur sur notre syndicat, notre portefeuille et nos communautés ».
Alors pour ce dirigeant syndical :
« Si nous voulons vaincre Trump et tout autre politicien anti-ouvrier, nous aurons besoin d’ouvriers organisés. Nous ne pouvons pas nous recroqueviller et espérer que la prise de pouvoir autoritaire de Trump passe. Nous devons organiser de nouveaux membres, construire un pouvoir politique indépendant dans nos communautés et éduquer nos collègues et nos communautés sur les enjeux. Nous devons tenir pour responsables tous les politiciens qui ne sont pas favorables aux travailleurs, quel que soit leur parti et leur rhétorique (…) Nous avons besoin d’une armée de travailleurs qui comprennent l’histoire de leur syndicat et du mouvement syndical, et qui sont prêts à se battre pour un nouveau mouvement syndical, tout comme nos ancêtres l’ont fait pour les générations futures ».
Il s’agit là, nous semble-t-il, d’une prise de position politique qui mériterait minimalement d’être débattue au Québec. Et pour ouvrir la discussion, un tel appel à s’engager sur le terrain politique pourrait par exemple être mis en rapport avec le silence assourdissant des centrales syndicales québécoises lors des dernières élections municipales de novembre 2025. Le cas échéant, on rappellera alors que sous la pression de leur base militante, les syndicats New Yorkais se sont clairement engagés en faveur de Zohran Mamdani. Et depuis, ils s’organisent concrètement pour lutter contre une éventuelle occupation de New York par la garde nationale : Hands Off NYC.
Martin Gallié, 11 novembre 2025.
Source :
https://www.pressegauche.org/Le-syndicalisme-etatsunien-a-l-ere-de-Trump-notes-sur-une-table-ronde
13.11.2025 à 17:24
aplutsoc
Comment envisager l’avenir du système de retraite en montant dans le compartiment étanche d’une manœuvre visant à habiller le report de la loi des 64 ans de quelques mois, nommée « conférence travail et retraite » ?
Comment séparer l’offensive contre le principe social de la retraite de la vague scélérate contre la sécurité sociale ?
Comment croire que la déferlante du budget Lecornu est autre chose qu’une étape décisive vers l’abattoir où serait équarri l’état social ?
1) RUPTURE AVEC LES DÉPENSES SOCIALISÉES
Au chapitre santé, nous en sommes là : actuellement, les remboursements se font en deux étapes.
Ce système, à bout de souffle, conduit entre 21 et 36 % des Français à renoncer aux soins pour des raisons financières. Des enfants sans lunettes alors qu’ils en auraient besoin ; des dents qu’on arrache au lieu de les soigner ; des bronchites négligées qui dégénèrent ; des personnes âgées qui s’isolent de plus en plus faute d’appareil auditif … Ce mauvais niveau de remboursement provoque l’engorgement des services d’urgence des hôpitaux.
Et pourtant, voilà quarante ans que les gouvernements imposent la baisse des dépenses, et quarante ans qu’elles continuent d’augmenter. En raison d’une rencontre vertueuse des besoins de la population avec les capacités médicales en évolution constante.
Ce que veut le gouvernement, c’est réduire les dépenses socialisées dans le cadre de la Sécurité sociale et accroître celles qui dépendent des contrats, individuels ou collectifs, négociés avec les complémentaires santé.
Dans cet esprit, à titre d’exemple, l’Accord national interprofessionnel (ANI) signé en 2013 par le patronat et les syndicats — à l’exception de la Confédération générale du travail (CGT) et de Force ouvrière (FO) — a, entre autres, rendu les complémentaires obligatoires dans toutes les entreprises.
L’inégalité générée par le grand basculement vers les complémentaires
Le basculement de la protection sociale vers les complémentaires est un choix inégalitaire fondamental.
Sur 100 euros de cotisations reçues par les complémentaires, 15 à 19 % partent en frais de gestion (et de publicité) (8), contre 4 à 5 % pour la Sécurité sociale. Aucune « rationalité économique » ne justifie donc que l’on préfère l’une à l’autre.
Les complémentaires s’avèrent plus inégalitaires. Si 95 % de la population en dispose désormais, le nombre ne fait pas grand-chose à l’affaire, car, à la différence des cotisations sociales, les primes à payer varient en fonction de l’âge, de la situation de famille, du statut (retraité, auto-entrepreneur, salarié…), tandis que les prestations dépendent du type de contrat. Tout le monde n’est pas logé à la même enseigne.
Les contrats collectifs négociés dans les entreprises, grandes et moyennes, sont pour partie pris en charge par celles-ci ; ils coûtent moins cher et offrent une bonne couverture — dite A ou B, sur une échelle qui va jusqu’à E — pour les deux tiers des personnes couvertes. Mais cela ne concerne que 16 % des contrats.
Les souscriptions individuelles sont de loin les plus nombreuses — plus de la moitié (54 %) des contrats —, et sont nettement moins avantageuses : seuls 9 % des souscripteurs peuvent s’offrir des primes apportant une couverture A ou B, et près de la moitié doivent se contenter de contrats bas de gamme (D ou E).
Autrement dit, pour les complémentaires, plus vous pouvez verser, plus vous êtes remboursé, alors qu’avec la Sécurité sociale chacun paie selon de son revenu et reçoit selon ses besoins.
UNE LONGUE DÉRIVE DU PRINCIPE SOCIAL : UN DROIT OU UNE ASSISTANCE ?
Ce double étage de la protection sociale (Sécurité sociale et mutuelle) existe depuis la naissance de la « Sécu », en 1945.
À l’origine, le Conseil national de la Résistance (CNR) se proposait d’instaurer, indépendamment de la situation professionnelle, « un plan complet de sécurité sociale visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence dans tous les cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail, avec une gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’État ».
Le ministre communiste Ambroise Croizat et le haut fonctionnaire gaulliste Pierre Laroque, fondateurs de l’organisme public, ont dû affronter plusieurs opposants : le patronat, qui, bien qu’affaibli, essayait de limiter l’étendue des dégâts ; les médecins, qui ne voulaient pas que l’on encadre leur liberté de s’installer ou de fixer leurs tarifs ; les mutuelles, qui existaient bien avant la guerre et voyaient d’un mauvais œil l’arrivée de l’État.
D’un côté, les promoteurs de la Sécurité sociale parlent d’un droit pour toute personne vivant sur le territoire ; de l’autre, des mutualistes prônent une assistance, notamment pour les moins riches.
Cette deuxième option est préférable à la charité, qui plaît tant aux grosses fortunes et au patronat. Mais elle fait dépendre les prestations du bon vouloir de l’État, qui fixe l’impôt, et du consentement des couches aisées à l’acquitter.
C’est d’autant plus dangereux qu’aujourd’hui celles qu’on nomme « les classes moyennes » bénéficient de moins en moins du système collectif (pour les soins courants) et doivent payer de plus en plus pour elles-mêmes.
Un jour viendra où elles refuseront de payer deux fois, et alors le privé l’emportera.
Le compromis de 1945
Les ordonnances du 4 et du 19 octobre 1945 créant la Sécurité sociale sont le fruit d’un compromis : elles garantissent les droits des salariés et de leurs familles — certains professionnels restant en dehors (commerçants, agriculteurs, professions libérales) ou gardant leur propre caisse (cheminots, électriciens, etc.) — et elles admettent le principe d’un ticket modérateur, non remboursé par l’assurance-maladie, tout en envisageant de le voir s’éteindre (art 49).
Un an et demi plus tard, le 17 mars 1947, est instaurée une loi qui vise explicitement à modifier l’ordonnance du 4 octobre 1945 « dans l’intérêt de la mutualité française ». On ne saurait être plus clair. Dans la bataille menée par les mutuelles, celles-ci remportent une victoire — qui sera aussi une victoire des assurances lorsqu’elles pourront assurer la protection complémentaire santé.
Néanmoins, la Sécurité sociale définit des droits articulés autour de quatre solidarités indissociables :
De plus, elle instaure un système démocratique inédit : l’élection par les assurés eux-mêmes des conseils d’administration, qui comprennent deux tiers de représentants des salariés.
Une « Sécu » de plus en plus écartée
Les gouvernements mineront tous ces deux caractéristiques fondamentales.
Du côté des soins, une baisse continue des prestations : instauration du forfait hospitalier ; déremboursement des médicaments dits « de confort », dont la liste ne cessera de s’allonger (on parle maintenant de médicaments « à faible efficacité ») ; forfait pour les consultations médicales ; non-relèvement des forfaits pour les lunettes et les soins dentaires ; etc.
Depuis 1971, le gouvernement met en place un numerus clausus pour réduire le nombre de soignants, ce qui conduit à la pénurie en cours.
En 1980, le secteur 2 est créé, qui donne toute liberté aux médecins de fixer leurs tarifs tandis que les assurés demeurent remboursés sur la base antérieure : 10 % des médecins généralistes, 40 % des spécialistes ont basculé dans ce secteur (plus de 70 % des nouveaux spécialistes y adhérent désormais).
Un marché s’ouvre alors pour les complémentaires qui vont — au moins partiellement — rembourser ces dépassements (8 milliards d’euros en 2015).
Les entreprises déresponsabilisées
S’agissant du financement, les mêmes vont s’acharner à réduire la part des cotisations sociales, en exonérant le patronat — la palme revient à M. François Hollande et à M. Macron, avec le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) et ses 40 milliards d’euros d’exonérations — et en créant en 1990 la Contribution sociale généralisée (CSG), un impôt décidé par l’État qui représente désormais près du quart des recettes.
La lente marche vers l’étatisation
Du côté de la démocratie, le pouvoir de droite va rapidement ramener le nombre de représentants des salariés à égalité avec ceux du patronat. À partir de 1962, il supprime les élections des administrateurs, qui feront un rapide retour en 1983 avant de disparaître corps et biens. Entre-temps, en 1967, est créée une Agence centrale des organismes de sécurité sociale (Acoss) qui chapeaute les caisses toujours gérées paritairement. La loi du 13 août 2004 leur supprime tout pouvoir et le transfère à l’Union nationale des caisses d’assurance maladie (Uncam), dont la direction est nommée par le gouvernement. Exit les représentants des salariés, qui n’ont plus qu’un rôle consultatif. L’étatisation est en marche.
Le pari des mutuelles
Dans le même temps, les complémentaires — assurances et mutuelles — vont gagner du terrain et étendre leurs prérogatives.
En 1985, par Laurent Fabius, le Parlement adopte un nouveau code de la mutualité qui entérine l’entrée des compagnies privées dans le domaine de la santé.
Puis, en 2001, avec Lionel Jospin, les directives européennes sont transposées et les règles assurantielles classiques deviennent prédominantes.
La Mutualité française fait pencher la balance en arguant que cela permettra aux mutuelles de participer à la construction du marché de l’assurance complémentaire et de proposer leurs services en dehors de la France.
Alors qu’à l’origine il voulait s’en extraire, le mutualisme tombe petit à petit dans la marmite du marché.
Dans la compétition avec les assurances privées, les mutuelles ont perdu des plumes. Quelle que soit la bonne volonté des mutualistes — et beaucoup tiennent à leurs principes d’origine —, la logique du privé s’impose. C’est ainsi que la Mutuelle générale de l’Éducation nationale (MGEN), qui désormais appartient au groupe Istya, se vante d’investir en Chine (13). Pas sûr que cela soit très utile aux enseignants…
Au fur et à mesure que la Sécurité sociale se désengage sur décision de l’État, les complémentaires (mutualistes ou privées) sont invitées à prendre le relais. Comme les prix ont tendance à exploser, on les incite désormais à mieux segmenter leur clientèle et à présenter des contrats-types qui seront mis en concurrence pour faire baisser les prix.
Déjà ont été instaurés des contrats dits « solidaires et responsables » limitant les remboursements des complémentaires santé, ce qui peut pousser celles-ci à « négocier » avec les professionnels de santé pour qu’ils acceptent de réduire ou de choisir certaines prescriptions.
C’est alors la mutuelle ou l’assurance qui détermineraient le bien-fondé de tel ou tel soin (et non plus les soignants), comme cela se pratique aux États-Unis. Les plus riches (ou les moins pauvres) pourront toujours choisir une surcomplémentaire.
Ainsi pourrait s’installer un système à trois ou quatre vitesses : la couverture des gros risques par la Sécurité sociale, avec une prise en charge pour les pauvres — couverture maladie universelle (CMU et CMU-complémentaire) —, une couverture plus ou moins importante grâce à la complémentaire, et une surcouverture pour les plus favorisés. Un système éclaté favorable au marché.
Dans le même temps, les mutuelles occupées à concurrencer les assurances privées éprouvent de plus en plus de difficultés à faire vivre leurs centres pluridisciplinaires, hier innovants. Elles peinent à renforcer la prévention, dont le champ mérite pourtant d’être étendu si l’on veut stopper l’extension continue des maladies chroniques.
C’est pour contrer cette dérive que les syndicalistes conscients veulent promouvoir un remboursement à 100 %, en intégrant les activités d’assurance santé des complémentaires au sein d’une Sécurité sociale rénovée. Pour revenir à l’esprit et la lettre du CNR, version XXIe siècle. Il n’y aurait alors plus de distinction entre les assurés classiques et les bénéficiaires de la couverture maladie universelle (CMU et CMU-C), si souvent stigmatisés ; celle-ci pourrait ainsi disparaître. Le droit serait le même pour tous.
2) RETRAITE VIPÈRE-À-POINTS
La « conférence travail et retraite » offre un cadre gouvernemental au consensus MEDEF-CFDT-Macron, qui s’y exprimera ou trouvera un autre lieu pour massacrer la retraite sociale.
Pour faire passer « la nécessité incontournable de la réforme », un énième rapport du Conseil d’orientation des retraites (COR) est tombé à pic, qui conclut à un déficit terrible, repris en chœur. En réalité, le déficit est créé essentiellement par la non-compensation des exonérations de cotisations sociales par l’État, la forte baisse de la masse salariale et donc des effectifs de la fonction publique et quelques tours de passe-passe financiers.
Macron gagne un recul de l’âge de départ à la retraite à 64 ans pour atteindre le but libéral : supprimer la retraite par répartition (nettement plus solidaire, même si elle est imparfaite) pour aller vers la retraite à points que veulent conjointement le patronat, la Commission européenne, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et la patronne de la Confédération française démocratique du travail (CFDT).
DES POINTS DONNÉS À L’INEGALITE ET À L’INCERTITUDE
Un ouvrier ne peut vivre autant qu’un cadre, soit six ans de plus en faveur de ce dernier ; cela impliquerait entre autres de nouvelles organisations du travail plus saines et moins intensives, un système de santé préventif et… des droits à la retraite plus précoces — rien d’utopique.
Mais ces mesures de justice restent hors du viseur patronal et gouvernemental. Il n’y a rien de tout cela mais, avec le système par points, le moindre accident de la vie entraînerait une baisse de la pension, ainsi que tous les accidents économiques …
On n’accumulerait plus des droits comme aujourd’hui, mais des points qui seraient calculés selon le salaire. Vous gagnez beaucoup, vous avez beaucoup de points. Vous gagnez peu, vous en avez peu. Vous arrêtez de travailler, vous n’avez rien.
La somme de points accumulés tout au long de sa vie professionnelle ne suffirait pas à donner le niveau de la pension. Il dépendrait de la valeur de chaque point, qui elle-même dépendrait de la croissance économique au moment du départ à la retraite, de l’espérance de vie moyenne de la classe d’âge… L’incertitude complète.
LE SYSTÈME PERMET DE BAISSER CHAQUE ANNÉE LA VALEUR DES POINTS ET DONC DE DIMINUER LE NIVEAU DES PENSIONS.
Le système est automatique. Donc les dirigeants politiques au pouvoir n’auront plus à rendre des comptes devant les électeurs — pas plus d’ailleurs que les dirigeants syndicaux.
On se souvient que l’acceptation du plan Juppé sur la Sécurité sociale et la retraite en 1995 avait été négociée par Mme Nicole Notat, alors secrétaire générale de la CFDT — ce qui avait provoqué une défection de plusieurs organisations locales et professionnelles de ce syndicat.
Le nouveau système réduirait de fait les pensions. Le système envisagé propose, au mieux, de figer la part de celles-ci dans les richesses produites (13,8 % du produit intérieur brut) alors que le nombre de retraités va augmenter : le même « gâteau » à partager par plus de monde ! Cela pousserait ceux qui en ont les moyens à choisir des « surcomplémentaires », autre nom des fonds de pension placés sur les marchés financiers.
Le principe du système de répartition ?
Ceux qui ont le plus doivent contribuer le plus pour répondre aux besoins de tous.
Le système par points de Macron ?
Ils participeraient moins et seraient encore davantage poussés à souscrire un plan épargne retraite privé — les fameux fonds de pension. Ce qui amènerait ces salariés à se désolidariser petit à petit du système général (pourquoi payer si l’on n’en profite pas ?) et le gouvernement à retirer la taxe dès qu’il le pourra…
Anxiogène, inégalitaire, individualiste, la retraite par points est « en rupture » totale avec la philosophie du système par répartition tel qu’il est, plus solidaire et collectif.
RENOUVEAU DES MYTHES ET MENSONGES DE LA CAPITALISATION
2025 voit ainsi le retour de la vieille figure du slogan conservateur : « Osons la retraite par capitalisation ! » Ainsi s’intitulait le 1er mars 2023 la tribune dans le Figaro de 44 sénateurs signataires dont 3 vice-présidents du Sénat, Stéphane Le Rudulier, Stéphane Sautarel et Roger Karoutchi. Ils estiment le recul de l’âge légal de départ à la retraite nécessaire, et défendent une réforme plus ambitieuse, la capitalisation.
Au sein de feu le « conclave » créé par François Bayrou, la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) et le Mouvement des entreprises de France (MEDEF) y reviennent : les futurs retraités devraient épargner auprès d’institutions privées chargées de faire fructifier leur pécule avant de le leur reverser sous forme de rente.
« Sur la capitalisation, nous n’avons pas de tabou », déclare la secrétaire générale de la Confédération française démocratique du travail (CFDT) Marylise Léon (Le Figaro, 22 mai 2025). Le gouvernement sait opposer cet état d’esprit, constructif, à la rigidité des autres syndicats.
« La générosité de la répartition creuse l’écart entre retraités et actifs » (BFM)
« Les retraités ont un meilleur niveau de vie que la population française », avance le site de BFM TV (22 janvier 2025). À cet égard, pour ses promoteurs, l’instauration d’un dispositif par capitalisation serait vectrice de justice sociale, par rapport au système par répartition.
« La retraite par capitalisation est l’incontournable solution d’avenir »… clame M. Marc Fiorentino, cofondateur du site Meilleur Taux Placement.
Il s’agit pourtant d’un mécanisme éprouvé, aux défauts bien connus. Les premières caisses de retraite mises en place au milieu du XIXe siècle puis le premier système de retraite national instauré en France en 1910 reposaient sur cette logique. Incapables de servir des pensions permettant aux retraités d’échapper à la pauvreté et inadaptés aux périodes de forte inflation (fréquentes à l’époque), ils furent abandonnés.
À la création de la Sécurité sociale, on leur préféra la répartition. Elle a depuis démontré sa capacité à faire face aux crises financières et à progressivement sortir les retraités de l’indigence : leur taux de pauvreté en France est l’un des plus faibles d’Europe.
« La capitalisation existe, la justice sociale implique de l’ouvrir à tous »
Les pharmaciens ou les fonctionnaires jouissent déjà de retraites qui s’appuient en partie sur la capitalisation. La tribune des sénateurs précitée vante les mérites d’une généralisation : « Passer d’une capitalisation limitée qui ne bénéficie qu’à quelques-uns à une capitalisation collective permettra de limiter les inégalités patrimoniales et de faire bénéficier à tous des plus-values du capital. »
Pour l’heure, le projet réjouit surtout les assureurs et les sociétés proposant des produits financiers. La capitalisation permet d’ouvrir au privé la plus grosse part du gâteau de la protection sociale, soit 355 milliards d’euros en 2022.
Si le projet devenait réalité, ils ne seraient d’ailleurs pas seuls à festoyer : le développement de la capitalisation — tout comme la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) sociale promue par le patronat et soutenue à demi-mot par le chef de l’État — permettrait d’envisager une diminution des cotisations des employeurs.
IL FAUDRAIT ADHÉRER DE FAÇON CONTRAINTE AU CAPITALISME BOURSIER ?
Ou encore au remplacement de la solidarité qui, aujourd’hui, lie les générations par une autre, entre retraités et actionnaires ? Le « capitalisme malgré soi », celui qui contraint les actifs à recourir à l’emprunt, promeut l’actionnariat salarié ou, avant même l’entrée sur le marché du travail, fait ployer les étudiants sous le poids de la dette.
Ne manquait plus qu’un moyen de toucher les seniors. En faire des actionnaires offre de surcroît des perspectives intéressantes en matière de maintien de l’ordre social dans un pays où les plus de 60 ans, toujours plus nombreux, votent davantage que les autres.
« On n’introduit qu’une dose de capitalisation, de façon à sauvegarder le système actuel »
Il s’agirait d’une optimisation, un système à deux étages dont le socle serait la retraite “universelle” garantie par notre système de répartition actuel, auquel viendrait s’adosser une retraite par capitalisation.
L’expérience suggère que l’introduction d’un dispositif à deux vitesses, même généralisé, enfonce un coin entre les classes sociales. Il devient plus facile pour les gouvernements de réduire encore les contributions alimentant le mécanisme solidaire, et de circonscrire peu à peu les logiques de répartition.
Plutôt que de préserver la nature « universelle » de la protection sociale, la capitalisation accentue son individualisation.
La capitalisation s’inscrit dans un projet au long cours : la casse de la Sécurité sociale comme instrument de solidarité et de socialisation. L’ancien numéro deux du MEDEF Denis Kessler fixait l’objectif aux réformateurs de « défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance » et « tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception » (Challenges, 4 octobre 2007).
LA RETRAITE OU UN PORTEFEUILLE D’ÉPARGNE-RETRAITE ?
En dotant l’ensemble des travailleurs d’un portefeuille d’épargne-retraite collectif, on orienterait l’épargne nationale vers des secteurs stratégiques. Les cotisants seraient ainsi indirectement impliqués dans l’économie de leur pays.
En achetant des actions, soutiennent les partisans des points, les particuliers doteraient les entreprises des fonds requis pour investir et croître. Pourtant, la capitalisation ne donne pas naissance à une myriade d’investisseurs sensibles à l’intérêt national, mais à une poignée de fonds de pension : des mastodontes dont la priorité reste d’obtenir les meilleurs rendements possibles.
Dans ces conditions, « investir » revient en réalité à spéculer. Aux États-Unis, la durée moyenne de détention des actions était de cinq mois et demi en juin 2020, alors qu’elle se situait autour de cinq ans des années 1940 aux années 1980 (5). À un tel rythme, le marché ne consolide pas les finances des entreprises, il en fragilise le pilotage et dénature le fonctionnement même de l’économie réelle.
« La capitalisation est (…) significativement plus performante que la répartition », soutient le rédacteur d’une note récente pour le think tank Terra Nova (6). Pourquoi ? Car « le rendement du capital est structurellement supérieur à la croissance », explique-t-il, qui semble ignorer que la finance ne produit aucune richesse. Les profits qu’elle dégage sont tirés de l’économie réelle. De surcroît, la financiarisation de l’économie et l’extraction de rendements supérieurs à ceux de l’économie productive sont facteurs d’instabilité. Donc de crises.
« Choisir la capitalisation, c’est aussi faire le pari de ce qui fonctionne à nos portes. Nos voisins, l’Allemagne, les Pays-Bas ou encore la Suisse, l’ont fait », plaident les libéraux.
Aux États-Unis, elle contribue à environ 40 % des pensions perçues. Avec certains risques : lors de la crise financière de 2008, la valeur des actifs détenus par l’ensemble des fonds de la planète a reculé de 25 %, contraignant les Américains qui le pouvaient à retarder de plusieurs années leur départ à la retraite, et les autres à accepter une diminution significative du montant de leurs pensions.
La sécurité sociale mérite mieux que des remarques de basse intensité sur les manœuvres de couloir pour faire passer un budget musée des horreurs. Ne refusons pas l’héritage, investissons dans le bien commun social, pas la capitulation.
Jean Gersin, le 10 novembre 2025
12.11.2025 à 12:00
aplutsoc
Oui, le pouvoir exécutif est très faible, il manœuvre en recul en disant suspendre la réforme des retraites, se retenir d’utiliser le 49-3, etc., mais les intentions meurtrières pour les droits sociaux, les services publics, sont là et bien là.
On l’a vu avec l’affaire dite des « primes de Noël » des personnes au RSA et chômeurs en fin de droit : « Noël c’est les enfants », a sermonné M. Lescure, ministre des Finances, voulant supprimer aux personnes n’ayant pas d’enfants, et M. Farandou, ministre du Travail, a précisé que cette mesure pourrait être « suspendue » – dont toujours maintenue, mais pour un peu plus tard !- si on lui trouve une « compensation ».
M. Farandou, qui décidément ne danse pas la farandole, a ajouté : « La générosité, c’est fini ! », visant toute la Sécurité sociale, tous les droits sociaux !
Il y a là un vocabulaire mensonger qu’il s’agit, presto, de remettre en place. La « prime de Noël » a été concédée après des manifestations de chômeurs, dans les années 1990. Il ne s’agit pas de « générosité » ni, en fait, du papa Noël, et ce n’est pas faire montre de « bon cœur » – bon cœur pour les « Français » – comme l’a dit M. Bardella, que de ne pas la supprimer. C’est une conquête sociale dans laquelle le père Noël, avec ou sans enfants, n’est strictement pour rien.
Et de même, le droit à la santé et la Sécurité sociale, comme l’école publique, sont des conquêtes sociales de portée révolutionnaire, arrachées à la classe capitaliste qui craignait de disparaître. Et M. Farandou, non seulement ne fait pas dans la farandole, mais en disant ne plus vouloir être « généreux », il exige de pouvoir exploiter un peu plus encore, c’est tout.
Voila des signes qui indiquent que le règlement des comptes est devant nous, et il ne portera pas sur la « générosité ». Et ce n’est pas non plus par manque de « générosité » mais, par soif de tout absorber pour les profits du capital, qu’ils veulent faire des découverts bancaires temporaires, que connaissent des millions de foyers, de soi-disant « prêts à la consommation » à partir de 200 euros de découvert : rendre la vie impossible aux gens pour que s’accumule le capital !
Les suppressions d’emplois pleuvent encore : comme les 190 emplois supprimés dans la très ancienne, patrimoniale et historique, forge de Commentry, chez Erasteel. Nous n’avons pas à implorer des faveurs, mais à exiger notre dû.
La crise politique, crise de régime, ne justifie pas une abstention syndicale, et devrait justifier la mobilisation centralisée dans l’unité, pour les faire plier, sans crainte de les renverser. Et la chute d’un gouvernement, voire celle d’un régime politique, par la mobilisation sociale, est aussi ce que craint le plus l’extrême droite.
La CGT, suivie de la FSU et de Solidaires, appellent à une journée d’action le 2 décembre en expliquant dans leur appel commun que « Rien n’est encore joué, car le débat budgétaire durera jusque mi-décembre. » Mais pourquoi avoir donné au gouvernement Lecornu, à la présidence Macron, et à la fausse majorité RN/LR/ex-macroniens à l’Assemblée nationale, ce bail de plus de deux mois allant de fin septembre au 2 décembre ?
Cette question du rythme est centrale, elle est politique. Elle se pose, de toute urgence, aux syndicats américains face à Trump : le mouvement No Kings, lui, après la défaite électorale de Trump du 4 novembre 2025, appelle à une marche sur Washington le 22 novembre. Et, les 24, 25 et 26 novembre, les syndicats belges dans l’unité sont conduits à appeler à des grèves de masse. Ce lundi 10 novembre, les enseignants sont massivement en grève en Belgique.
Le rythme est une question politique et la centralisation contre le pouvoir d’État est une nécessité incontournable, de même que dans une entreprise la centralisation contre le patron.
Cette question du rythme est liée à celle de la participation au « dialogue social » officiel : la conférence présidée par le même M. Farandou, qui a commencé ce 4 novembre, sans la CGT qui avait CCN mais qui semble vouloir y aller ensuite, bien que le MEDEF, pas confiant dans la situation, n’y aille pas, ne prévoit pas d’avoir forcément des résultats, figurez-vous, mais bien de durer jusqu’à … l’été 2026 !
En France, Aplutsoc soutient donc l’appel de Débloquons tout et de diverses structures syndicales à manifester à Paris le samedi 15 novembre : cet appel montre, pour l’ensemble des exploités et opprimés, la direction à suivre, celle de la victoire.
Le 12-11-2025.
Cet éditorial sera également celui du numéro 14 du bulletin Interventions Syndicales.