04.06.2024 à 10:27
Louis Derrac
Cet article est une reprise de Pour revenir à l’esprit du web, soyons (beaucoup) plus curieux !, publié sur louisderrac.com
Hier, mon site a enregistré 4 fois plus de visites que d’habitude. Le responsable de ce pic, mon cours de culture numérique, qui avait été partagé sur Facebook. Ça arrive de temps en temps, et ça fait toujours plaisir.
Ce qui m’a intrigué cette fois, c’est le « comportement1 » des visiteurs sur mon site. La quasi-totalité est arrivée sur la page de mon cours de culture numérique, où je partage mes supports de cours, des activités, une bibliographie/sitographie et une curation de ressources2. C’est une page utile et qui commence d’ailleurs à être bien référencée.
Mais malgré cet intérêt apparent pour mon travail, quasiment aucun de ces visiteurs n’a parcouru le reste de mon site. Que ce soit mes différents articles, mon autre cours d’économie numérique, mes formations de culture numérique, pourtant tous partagés dans la même logique et traitant de sujets connexes. Guère plus n’a quitté mon site pour se diriger vers un autre, en utilisant un des nombreux liens externes que je propose. Et aucun, absolument aucun, n’a eu la curiosité de se renseigner sur l’auteur (donc moi héhé) en se dirigeant sur la page à propos, pourtant accessible directement depuis le menu du site.
En y réfléchissant, je me suis rendu compte que ce comportement de visite était systématique. Comme je ne m’en formalise pas, je ne l’avais simplement pas relevé. Si je le fais maintenant, c’est que cela a fait écho à la conclusion que j’ai donnée lors de ma dernière formation. J’y encourageais, comme à chaque fois, mes interlocuteurs à être curieux et critiques3 dans leur rapport à leurs écosystèmes numériques. Et à encourager leurs propres interlocuteurs à faire de même.
Car le web a bien changé depuis ses débuts. Et nous, nous avons peut-être cédé à la facilité offerte par certaines plateformes, et perdu de notre curiosité. Prenons deux exemples, la recherche sur le web et l’accès à l’information.
J’étais trop jeune pour connaître l’émergence du web, celui des débuts. Lorsque les premiers portails et moteurs de recherche se lançaient pour donner du sens au nombre croissant de sites web. Et que ces derniers affichaient fièrement des listes de liens pour diriger les internautes vers d’autres pages de leurs sites, mais aussi vers des sites amis.
C’était l’époque de la sérendipité, une période où l’exploration du web était un voyage plein de surprises. Concrètement, un internaute naviguait de lien en lien sans connaître précisément sa destination finale. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’autant de métaphores issues des vocabulaires marin et spatial structurent la perception d’Internet (surfer, naviguer, un site internet, etc.)4.
Le développement des moteurs de recherche, couplé à la folle démocratisation du web, a peu à peu supplanté la sérendipité et toutes les autres formes d’exploration et d’orientation : le web sémantique5, les folksnomies6, ou encore les portails et leur stratégie d’indexation par catégories7.
Si l’on cherchait une comparaison dans le monde réel, on pourrait dire que depuis que nous orientons avec des GPS toujours plus efficaces, nous nous perdons beaucoup moins. Nous n’avons d’ailleurs plus le temps et l’envie de nous perdre, que ce soit dans nos villes ou dans nos campagnes. Alors la consommation prend le pas sur l’exploration.
C’est pareil sur le web, et les moteurs de recherche, Google en tête, l’ont bien compris. C’est tout le sens de leur stratégie consistant à passer du moteur de recherche au moteur de réponse. Concrétisant ainsi un objectif poursuivi de longue date : être le début et la fin de toute quête d’information.
Prenez quelques requêtes classiques, et vous verrez comment Google s’arrange pour vous proposer une réponse parfaite. Il n’y a plus besoin d’être curieux et de chercher, il ne reste qu’une réponse à consommer (et dans le cas de Google, sans doute une publicité sur laquelle cliquer).


Dominique Boullier, dans son incontournable sociologie du numérique, liste un certain nombre de pratiques personnelles d’orientation qui sont autant de possibilités de changer sa façon d’explorer et de consommer le web. Je les reprends à ma sauce :
Si les « infomédiaires8» sont aujourd’hui aussi prépondérants, c’est parce que la plupart d’entre nous ont perdu l’habitude, la curiosité ou l’intérêt d’accéder à des sites d’informations directement. Ou ne s’en donne plus le temps. C’est particulièrement criant chez les jeunes, qui accèdent très majoritairement aux médias par cette intermédiation des plateformes numérique.
Là encore, le web a changé. Nous sommes passés des flux RSS aux infomédiaires. Les flux RSS9 représentent une possibilité technique d’accéder sans intermédiaire à ses sites d’information préférés. Jusqu’à sa fermeture en 2013, Google Reader était l’un des lecteurs de flux RSS les plus populaires. Le service a finit par être fermé car son existence était contraire à la stratégie, à l’idéologie et au modèle économique du géant de la recherche. Cette décision a consterné la communauté du web10, et plusieurs alternatives ont pris la relève : Feedly, Inoreader, etc.
Il y a pourtant une différence fondamentale entre accéder directement à un site d’information, ou par le truchement d’un infomédiaire. Dans le premier cas, vous êtes en contrôle total. Vous choisissez vos sources d’information (et parfois vous faites le ménage), puis vous accédez à tous les articles publiés. Dans le deuxième, vous n’avez pas de contrôle : l’algorithme choisit les sources et les articles qui vous sont présentés. Ces choix, dont les critères précis sont totalement opaques, privilégient les articles les plus susceptibles de créer de l’engagement.
Il existe bien des façons de reprendre le contrôle de notre accès à l’information, et de moins dépendre des infomédiaires pour construire notre vision du monde. Voici quelques pistes :
Cet article est parti du cas personnel que constitue mon site et la manière dont les visiteurs le consultent, le consomment. Bien sûr, ce n’était qu’un prétexte, et je ne me formalise absolument pas que mes visiteurs quittent mon site sans l’avoir exploré.
Mais je pense que c’est l’occasion de redire à quel point il est important, malgré les facilités que nous offrent les grandes plateformes numériques, de garder du contrôle sur notre exploration du web, sur notre accès à l’information, et sur notre goût de l’exploration, de l’inconnu, de l’aventure.
Savez-vous que lors d’une requête sur Google, 60% des internautes cliquent sur les trois premiers résultats ? 60% ! Imaginez le pouvoir que nous conférons à l’algorithme de Google en nous limitant à ces trois premiers résultats. Soyons plus curieux que ça, il y a certainement des choses intéressantes dans les résultats suivants !
Plus de 90% des français utilisent Google pour rechercher sur le web. Pour beaucoup d’internautes, Google EST le web11. La preuve, beaucoup tapent Google… dans le moteur de recherche Google lui-même ! Là aussi, soyons plus curieux. Il existe d’autres façons d’accéder au web, d’autres moteurs de recherche, mais aussi des portails, des sites auxquels on peut accéder directement parce qu’on connaît son adresse, etc. Il faut éduquer les jeunes publics à toutes ces facettes.

Lorsque nous accostons sur un site internet, explorons-le comme on explorerait une ile déserte. Si l’article ou le contenu partagé est intéressant, découvrons son auteur, son autrice, ne serait-ce que pour savoir d’où et pourquoi ils parlent. Voyons quels liens hypertextes, quels autres aventures virtuelles ils nous proposent. Et si ce territoire inconnu nous attire, pourquoi ne pas nous accorder le droit et le temps d’aller l’explorer ?
PS : et alors que j’apportais les dernières modifications à cet article, voilà que m’est apparu ce dossier pédagogique de l’ENSSIB et l’INSPE Lyon : Former à s’informer : développer l’esprit critique ! Le monde est bien fait, merci Educavox pour le partage !
Photo à la une de Ali Kazal sur Unsplash
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04.06.2024 à 10:25
Louis Derrac
Il existe plusieurs catalogues très complets permettant de trouver des logiciels et services alternatifs. En voici quelques-uns.
Il existe des millions d’alternatives, mais si vous voulez aller vite, je vous propose une sélection personnelle. Je pars du principe que vous démarrez de zéro, donc je ne liste que des alternatives grand public.
Toutes ces alternatives correspondent à l’idée que je me fais d’un numérique convivial : un prix juste, un logiciel qui ne vous rend pas dépendant : multiplateforme, interopérable, les données s’exportent facilement, etc. Toutes ne sont pas parfaites, mais s’en approchent.
Cette liste est subjective et NON exhaustive. Si vous cherchez des trucs plus fouillés, creusez (en commençant par les catalogues évoqués plus haut), explorez et si besoin, contactez-moi !
On parle beaucoup d’alternative software, mais le hardware constitue un élément essentiel de la chose numérique. En matière d’impact environnemental notamment, c’est la fabrication de nos appareils numériques qui est de loin la plus polluante (impact carbone, utilisation d’énergie et d’eau, sans parler d’exploitations humaines). Des alternatives existent pour proposer des appareils plus durables, réparables, plus éthiques quand c’est possible.
L’essentiel du temps passé sur son ordinateur ou smartphone se déroule sur un navigateur. Aujourd’hui, Google Chrome est hégémonique, et pourtant il pille allègrement vos données de navigation pour vous proposer des publicités ultra-ciblées12. Il est temps de changer, non ?
Franchement, vous n’avez plus de raisons de garder un navigateur comme Google Chrome qui ne vous respecte pas…
Le web était un espace d’exploration et de sérendipité… avant l’émergence de moteurs de recherche toujours plus perfectionnés. Certes, ils rendent notre recherche d’information plus efficace, mais d’un autre côté, cette efficacité se paye en données d’une part, et dans la perte d’une certaine forme de flanerie, d’autre part. Google est le moteur de recherche hégémonique du web. Et si on en essayait d’autres ?
Et vous pouvez aussi naviguer sur le web… sans moteur de recherche ! Allez sur Wikipedia par exemple, et laissez-vous aller de clics en clics, voyez, explorez !
Spotify, Deezer, Apple Music, c’est pratique. Mais d’une part, ils rémunèrent mal les artistes, d’autre part, ce sont des algorithmes gonflés avec vos données, qui de plus en plus, vous recommandent de la musique. Et si on variait les sources ?
L’adresse mail est l’un des piliers de son identité numérique. Il est conseillé d’en avoir plusieurs, perso, pro, spam. Mais, quoi qu’il en soit, voilà un choix à ne pas faire à la légère, car vos correspondances disent beaucoup de vous, et changer d’hébergeur n’est pas toujours chose aisée.
Tous ces CMS sont gratuits et open source lorsque vous les hébergez. Et dans tous les cas, vous pouvez les faire héberger chez des hébergeurs (voir plus haut).
Quand on crée son site et qu’on veut des analytics, le réflexe c’est… Google Analytics. Pourtant, une fois de plus, vous refilez des données à Google, c’est de moins en moins RGPD-compatible, c’est gourmand en processus sur votre site, bref, il existe des alternatives !
Vous pouvez aussi vous demander si vous avez vraiment besoin de données sur votre site. Et si oui, pourquoi et lesquelles ?
Il existe tellement de sites alternatifs, souvent sous licence libre, souvent accessibles gratuitement (pensez au don), qui ne proposent ni publicité ni contenu publireporté. En voici quelques-uns :
À compléter avec ma liste de sites, blogs et wiki à ne pas rater, ainsi que ma recension de banques d’images, de vidéos et de sons libres de droit
Un peu en pagaille mais ils sont méritent d’être plus connus !
À suivre, le mouvement des licoornes qui a pour but de proposer des modèles économiques alternatifs et dont plusieurs proposent des services numériques.
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04.06.2024 à 10:22
Louis Derrac
La différence fondamentale, c’est qui a du pouvoir sur ton contenu ? Qui a le pouvoir de le retirer par exemple, et selon quel cas :
| Si tu héberges ton contenu | Si tu dépends d’une plateforme fermée |
|---|---|
| La loi | La loi |
| Les CGU de ton hébergeur13 | Les conditions générales d’utilisation de la plateforme (dictées souvent par le pays d’origine) |
| Les intérêts économiques, politiques, idéologiques propres à la plateforme | |
| Une pression du gouvernement sur la plateforme | |
| Une signalisation en masse de ton contenu par des opposants politiques ou militants | |
| Un robot (bot) mal programmé | |
| Un·e modérateur·ice de mauvaise humeur | |
| La fermeture de la plateforme |
En soi, tous les services que tu utilises sont hébergés sur le web. Mais dépendre d’une plateforme unique (Facebook, Google, Flickr, etc.) ne permet pas de façonner son propre espace sur le web. Quelques exemples de service que tu peux héberger ou faire héberger :
Quand on parle d’hébergeur de services libres et/ou alternatifs, on doit parler des CHATONS, le Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires. Plus d’infos sur leur site.
Quelques hébergeurs particulièrement engagés (liste subjective et non exhaustive) :
Bonne exploration !
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05.02.2024 à 17:41
Louis Derrac
Cet article est une création collective. Suite à mon appel à propositions sur Mastodon, 45 internautes ont généreusement partagé leurs meilleures applications libres et éthiques. Merci à elles et eux.
Initialement, je pensais lister dans cet article les meilleures applications pour les smartphones en général, sous iOS (environ 15% de part de marché) et Android (environ 85% de part de marché)14. Sauf qu’absolument tou⋅te⋅s mes répondant⋅e⋅s m’ont proposé des applications Android. Sans doute le résultat d’un léger biais méthodologique, puisque l’appel à propositions a été envoyé sur Mastodon. Mea culpa pour ça. Mais en réalité, l’OS mobile d’Apple est tellement fermé qu’y proposer des applications libres (et souvent gratuites) est devenu largement impossible. Les libristes et alternuméristes se sont donc logiquement détourné des iPhones, ces prisons dorées de poche.
Dont acte. Cet article sera donc finalement un top des applications libres et éthiques… pour Android !

Rappelons qu’Android est un mouchard en lui-même. Heureusement, il est de plus en plus facile de le remplacer par des OS libres, eux-mêmes basés sur Android mais sans les nombreuses briques logicielles (et les pisteurs qui vont avec) de Google. Citons les plus connus d’entre eux :
Pour pouvoir installer des applications sans donner toutes vos informations à Google (dans le cas où votre téléphone tourne sous Android), voici des catalogues alternatifs qui vous permettront d’installer des applications tout en préservant vos données personnelles. Vous pouvez installer ces deux catalogues depuis leurs sites respectifs, c’est assez simple.
Notez que sur /e/OS : l’App Lounge, installé par défaut, regroupe Aurora Store et F-Droid.
Et voici enfin la liste d’applications plébiscitées par la communauté, classées par catégories. Selon leur disponibilité sur ces catalogues, je vous ai mis des liens vers le Google Play Store (vous les trouverez donc sur Aurora Store ou sur l’App Lounge) ou vers F-Droid (qu’il faudra installer en premier pour pouvoir installer les applications en question).
Ici, il s’agit de remplacer vos applications « de base » par des alternatives éthiques, sans pistage ou publicité. Pour les connaisseurs, il s’agit du fork de SimpleMobileTools, qui s’est fait acheter récemment.
Lire aussi notre article : S’informer autrement grâce aux flux RSS
Lire aussi notre article : 5 alternatives à Google Maps (et les autres)
Lire aussi notre article : Des alternatives aux playlists de Spotify (et cie)
Lire aussi notre article : Trois applications de prises de notes alternatives à Evernote, Microsoft OneNote et cie
Comme vous le voyez, l’offre est large (et encore cet article n’est évidemment pas exhaustif), les alternatives nombreuses et fiables. Il existe de plus en plus de services pour lesquels se passer des géants du numérique est possible. Alors on s’y met, et on en parle à nos proches ?
Image à la une : « Another error page 301 308 » par David Revoy, framasoft.org − CC-BY 4.0
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