15.01.2026 à 05:00
Mauricette Baelen
13 ans. C’est le nombre d’années qui sépare l’espérance de vie d’un·e français·e riche et l’espérance de vie d’un·e français·e pauvre, chiffre quasiment identique depuis les années 70. La lutte des classes se joue-t-elle aussi sur notre temps de vie ? Selon une étude de l’Insee portant sur la période 2012-2016, l’espérance de vie à […]
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Selon une étude de l’Insee portant sur la période 2012-2016, l’espérance de vie à la naissance des hommes parmi les 5 % les plus aisés est de 84,4 ans, contre 71,7 ans parmi les 5 % les plus pauvres, soit exactement 13 ans d’écart. Quant aux femmes, cet écart est moins élevé mais tout de même de 8 ans. Depuis, l’Insee a mis à jour cette étude et l’écart s’est creusé. La lutte des classes est-elle aussi une lutte pour la vie, comme dans le film Timeless ?
« Entre les périodes 2012-2016 et 2020-2024, l’écart d’espérance de vie entre les personnes modestes et aisées s’accroît. L’espérance de vie des 25 % les plus modestes diminue, sauf pour les 5 % aux plus faibles niveaux de vie ; dans le même temps, celle des personnes plus aisées progresse. » rapporte l’Insee dans cette mise à jour.
Un constat peu surprenant au regard des industriels de l’alimentation qui capitalisent sur la santé des plus pauvres et des politiques sociales qui précarisent les foyers modestes.
Les statistiques sont sans appel : 25 % des français·es les plus modestes sont déjà décédés à 62 ans, contre seulement 5 % des plus aisés. Quant aux 10 % de Français·es les plus pauvres, elles ont 3,5 fois plus de risques de développer du diabète que les 10 % les plus aisées. Dans une étude publiée le jeudi 6 octobre 2022, le service statistique du ministère de la Santé revient sur les causes de ces inégalités.

Et cela se joue dès une augmentation de 100 euros sur le revenu. Selon l’Insee, une augmentation de 100 euros mensuels autour d’un revenu de 1 000 euros correspond à un gain d’espérance de vie de 0,9 an pour les hommes et 0,7 an pour les femmes, bien que l’effet s’atténue pour les revenus plus élevés, ne représentant plus que 0,3 an pour les hommes et 0,2 an pour les femmes autour d’un revenu mensuel de 2 000 euros.
Fait notable, les femmes aisées semblent les gagnantes de cette course à la longévité : 70 % les plus aisées ont une espérance de vie supérieure à celle des hommes faisant partie des 5 % les plus riches. Un diplôme ne suffit pas à rallonger son espérance de vie, c’est véritablement ses revenus qui vont impacter directement votre temps de vie disponible. Selon l’Insee, bien que le niveau d’éducation soit corrélé au niveau de vie, il n’explique que partiellement les disparités d’espérance de vie.
Plusieurs facteurs expliquent cette disparité alarmante entre les plus pauvres et les plus riches. D’abord, le logement : les plus défavorisés sont souvent exposés à des logements de moindre qualité, difficiles à chauffer et parfois humides, ce qui impacte directement leur santé.
Par exemple, selon une étude de l’Observatoire des inégalités, la proportion de ceux qui déclarent que leur logement est difficile à chauffer est 2,5 fois plus importante chez les 20 % les plus pauvres que parmi les 20 % les plus riches ; et près de 20 % des ménages moins aisés ont un logement trop humide, contre seulement 10 % des plus aisés. Selon l’ADEME, en 2022, 3,2 millions de ménages français·ses étaient en situation de précarité énergétique, ce qui représente 10,8 % de la population.
« 15 % de la population française renonce à des soins pour des raisons financières, malgré le système de protection sociale. »
La santé et l’accès aux soins est bien moindre chez les plus pauvres, à cause du prix de celle-ci : selon l’observatoire des inégalités, 15 % de la population française renonce à des soins pour des raisons financières, malgré le système de protection sociale. Selon l’enquête Santé et protection sociale (ESPS) de 2014 révèle des inégalités significatives en matière d’accès aux soins entre les différentes catégories socio-économiques en France.
Les données montrent que 11 % des adultes parmi les 20 % les plus modestes ont renoncé à consulter un médecin pour des raisons financières au cours des 12 derniers mois, contre seulement 1 % des adultes parmi les 20 % les plus aisés. De plus, les cadres, ayant un niveau de vie plus élevé, sont moins exposés aux risques d’accidents, de maladies et de contact avec des produits toxiques que les ouvrier·es.
Le rapport à la santé est différent d’une classe sociale à l’autre, avec des variations de comportements : les personnes moins diplômées ont tendance à adopter des comportements moins favorables à la santé, notamment en ce qui concerne le tabac.
Selon une étude du Baromètre de santé, la prévalence du tabagisme quotidien reste en 2021 nettement plus élevée lorsque le niveau de diplôme est plus faible : elle varie de 32,0% parmi les personnes n’ayant aucun diplôme ou un diplôme inférieur au baccalauréat à 17,1% parmi les titulaires d’un diplôme supérieur au baccalauréat.
Elle ajoute que « plus le revenu est élevé, plus la prévalence du tabagisme quotidien est faible : de 32,3% parmi les personnes dont le revenu correspondait au tercile le plus bas à 17,0% pour le tercile le plus élevé. Enfin, parmi les 18-64 ans, la prévalence du tabagisme quotidien reste nettement plus élevée parmi les personnes au chômage (45,7%), que parmi les personnes actives occupées (26,6%) ».
Les plus pauvres sont davantage touché·es par des maladies graves de longue durée. Par exemple, les 10 % les plus pauvres ont 2,8 fois plus de risques de développer un diabète que les 10 % les plus riches. Les plus pauvres ont aussi une alimentation moins saine et équilibrée que les personnes cadres, comme en témoigne ce dossier de l’INRAE :
Enfin, selon une étude intitulée « Relations causales entre santé et travail, le regard des économistes », il existe une relation bidirectionnelle entre santé et niveau de vie : une mauvaise santé peut ainsi limiter les opportunités d’éducation et d’emploi, conduisant à un faible niveau de vie. Ces inégalités sociales en matière de santé persistent et sont souvent plus marquées en France que dans d’autres pays européens, selon l’Insee.

Malheureusement, ce n’est pas tout : Sous la présidence Macron, la précarité alimentaire est à la hausse, comme en témoigne, l’étude de l’INRAE Manger sain et à sa faim, une question de revenus. En 2022, on estime que 9,1 millions de Français·es sont concernés par cette situation de précarité alimentaire, soit 14,4% de la population.
Résultat ? Le recours à l’aide alimentaire est de plus en plus présent dans le quotidien de nombreux·ses français·es. Entre 2009 et 2019, le nombre de bénéficiaires a plus que doublé, atteignant 5,5 millions de personnes.
La crise sanitaire a encore accentué cette tendance, avec une hausse de 10 % en 2020-2021, suivie d’une augmentation de 6 % au premier semestre 2022. De nouveaux publics, comme les étudiant·es particulièrement touchés par les confinements, ont rejoint les rangs des bénéficiaires.
La crise des gilets jaunes en 2018 a mis en lumière une autre facette de la précarité alimentaire, touchant des personnes qui, bien qu’ayant un emploi et un logement, peinent à s’offrir une alimentation équilibrée. Ces individus, souvent au-dessus des seuils d’éligibilité pour l’aide alimentaire, se voient contraints de faire des choix difficiles, privilégiant par exemple les dépenses de carburant au détriment de produits frais.
Cette réalité complexe souligne l’importance de repenser les politiques de lutte contre la pauvreté et la précarité alimentaire en France, pour mieux répondre aux besoins d’une population de plus en plus diverse et fragilisée.
Déjà en 2022, le gouvernement publiait ironiquement une étude sur la lutte contre la précarité alimentaire, alors qu’inflations et superprofits permettaient à certaines entreprises de l’agroalimentaire, par exemple, d’engranger des millions sur le dos des Français·es.
Fin 2023, le gouvernement a tout de même alloué un budget de 60 millions d’euros contre la précarité alimentaire, ventilés comme suit à travers le programme « Mieux manger pour tous » : distributions de colis ou paniers alimentaires, les distributions de paniers solidaires de produits frais, les distributions de repas, les épiceries sociales et solidaires, les groupements d’achats citoyens, les jardins collectifs, les maraudes alimentaires, les restaurants sociaux et solidaires, les transferts monétaires…
Cela ne permettra pas aux foyers « juste au-dessus des seuils de survivre à une augmentation moyenne de 25 % du prix des denrées alimentaires ».
De même, l’accès aux soins est dans le viseur étatique, avec le plan « Pour des solutions concrètes d’accès aux soins dans les territoires ». Pourtant, le budget 2025 montre une diminution importante des crédits de la mission Santé, avec une baisse de près de 40% par rapport à 2024, des coupes budgétaires affectant le programme 204 « Prévention, sécurité sanitaire et offre de soins ».
Ce n’est certainement pas l’introduction d’une « taxe lapin » de 5 euros pour les rendez-vous médicaux non honorés, visant à récupérer 15 à 20 millions de rendez-vous qui vont aider les plus pauvres à être en meilleure santé.
« Rien sur la santé mentale, qui touche davantage les ENFANTS DES PLUS PAUVRES, dont ceux vivant sous le seuil de pauvreté sont trois fois plus souvent hospitalisés pour des problèmes psychiatriques que les autres enfants. »
La France a mis en place diverses mesures pour lutter contre le mal-logement, un problème qui touche encore de nombreux·ses citoyen·nes. Ces initiatives comprennent le Plan quinquennal pour le Logement, visant à orienter les personnes sans-abri vers des logements durables, et la loi DALO garantissant le droit à un logement décent.
La loi ELAN renforce la lutte contre les copropriétés dégradées et les marchands de sommeil. L’État poursuit également la construction de logements sociaux, avec un objectif de 25 % dans certaines communes d’ici 2025. Parallèlement, le budget global de MaPrimeRénov’ pour 2025, qui s’élève à 2,3 milliards d’euros, s’est amoindri d’un milliard d’euros par rapport à l’année précédente.
– Mauricette Baelen
Photo de couverture de Philippe Léone sur Unsplash
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Elena Meilune
Loin d’être un événement isolé, la mobilisation qui traverse aujourd’hui l’Iran s’inscrit dans une séquence de soulèvements populaires qui dure depuis plusieurs années. Depuis les grandes vagues de protestation de 2017-2018, puis celles de 2019 et les révoltes déclenchées par l’assassinat de Jina Mahsa Amini, la contestation n’a jamais réellement cessé. Elle connaît aujourd’hui un […]
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Partie de revendications sociales, cette mobilisation s’est une nouvelle fois transformée en contestation politique directe d’un régime autoritaire prêt à tuer pour se maintenir. Des manifestations ont éclaté dans les grandes artères de Téhéran, mais aussi à Tabriz, Mashhad, Abadan, Kermanshah et dans de nombreuses régions kurdes de l’ouest du pays. Le slogan « mort à Khamenei », en référence au guide suprême Ali Khamenei, s’est imposé comme un cri de ralliement, exprimant un rejet explicite du pouvoir en place et de son architecture théocratique. Face à cette révolte persistante, la répression s’intensifie, tandis que les tentatives de récupération impérialiste se multiplient.
Dans les zones kurdes, des appels à la grève ont été massivement suivis : commerces fermés, rues désertées, arrêt de l’activité économique locale. Dans le sud du pays, des manifestants ont renversé une statue de Qassem Soleimani, figure centrale du régime et pilier de sa projection militariste régionale. Ce geste, hautement symbolique, illustre une rupture nette avec la propagande officielle et le culte des « martyrs » instrumentalisés par le pouvoir.

Le mouvement est largement décentralisé, sans leadership unifié ni structure hiérarchique identifiable. Cette horizontalité, héritée des soulèvements précédents, rend la contestation plus difficile à neutraliser par la décapitation politique, mais complique aussi la construction d’une alternative politique à court terme. Le mouvement, initialement circonscrit, a très vite débordé les dispositifs de contrôle habituels du régime, tant par son ampleur que par sa composition sociale et géographique. Mais la situation reste extrêmement volatile, avec un risque de multiplication de massacres et d’escalade militaire.
La réponse du régime a été immédiate et d’une extrême brutalité. Selon l’ONG Human Rights Activists News Agency, au moins 2 403 manifestant·es ont été tué·es depuis le début du soulèvement et plus de 18 434 arrêté·es. Parmi les victimes figurent des enfants et des adolescent·es, rappelant le caractère indiscriminé de la violence d’État.
Des milliers de blessé·es ont été recensé·es. Des organisations de défense des droits humains, dont Amnesty International, documentent l’usage de balles réelles, de projectiles métalliques et de gaz lacrymogène tirés à bout portant. Des témoignages concordants font état de raids dans les hôpitaux : portes vitrées brisées, patients et personnels médicaux frappés, arrestations de blessé·es directement sur leurs lits. Ces pratiques, déjà observées lors de précédents soulèvements, constituent de graves violations du droit international humanitaire.
Le procureur général iranien, Mohammad Movahedi Azad, a franchi un seuil supplémentaire en déclarant que toute participation aux manifestations pourrait être assimilée au crime d’« ennemi de Dieu », une qualification pénale passible de la peine de mort. Cette menace explicite révèle la nature profondément théocratique et punitive du régime, où la justice est un instrument de terreur politique.

Signe de la fébrilité du pouvoir, l’accès à Internet a été coupé à l’échelle nationale. L’ONG NetBlocks a confirmé une panne quasi totale du réseau, après des coupures ciblées dans plusieurs régions. L’objectif est clair : empêcher la circulation des images, des témoignages et des preuves de la répression.
Malgré ce blackout, des vidéos continuent de circuler via des connexions satellitaires et des réseaux clandestins. Elles confirment les tirs à balles réelles, les passages à tabac et les arrestations massives. Cette bataille de l’information est devenue un enjeu central : le régime tente d’imposer le silence pendant que la population cherche à documenter sa propre répression.
Il s’agit de la mobilisation la plus importante depuis le soulèvement « Femme, Vie, Liberté » de 2022, déclenché par la mort de Mahsa Amini, tuée par la police des mœurs. À l’époque, plus de 500 personnes avaient été tuées par les forces de sécurité. La répression n’a jamais cessé, et la colère, elle, s’est accumulée.
Ces cycles de révolte mettent en lumière une réalité structurelle : en Iran, les colères sociales, économiques et politiques sont indissociables. Inflation galopante, chômage massif, précarisation généralisée, inégalités abyssales, oppression de genre et répression des minorités nationales se combinent pour produire un rejet global du régime.
Ce regain d’attention internationale ne surgit pas ex nihilo. Depuis l’affaire d’Ahou Daryaei, étudiante arrêtée après s’être dévêtue en public pour dénoncer la police des mœurs, les regards extérieurs se sont de nouveau braqués sur l’Iran, en particulier autour des violences patriarcales.
La séquence actuelle s’inscrit dans cette continuité, tout en l’élargissant : elle révèle une colère sociale et politique bien plus profonde que les seuls symboles médiatisés. Mais cette visibilité accrue comporte un risque politique majeur. Elle ne doit en aucun cas servir de grain à moudre aux discours islamophobes, qui instrumentalisent les luttes des femmes et des peuples pour essentialiser l’islam, nourrir le racisme et légitimer des politiques sécuritaires ou impérialistes.
La répression en Iran ne relève pas d’une religion en soi, mais d’un régime autoritaire qui instrumentalise le religieux pour maintenir un ordre patriarcal, capitaliste et violent. Confondre les deux revient à trahir les luttes iraniennes, tout en renforçant les dominations racistes et coloniales ailleurs.
À l’étranger, plusieurs acteurs politiques tentent de capter médiatiquement un mouvement qui leur échappe, en le détournant de sa réalité sociale et populaire. Parmi eux, Reza Pahlavi, fils du dernier shah. Proche d’Israël et de l’extrême droite américaine, il se présente comme une alternative politique alors qu’il est loin de faire l’unanimité au sein de l’opposition iranienne. Sa visibilité relève davantage d’une tentative de récupération néo-monarchiste que d’une expression réelle des revendications portées dans la rue.
Dans le même registre, Donald Trump a déclaré que les États-Unis pourraient envisager une intervention militaire si le régime iranien continuait à tuer des manifestants. Cette prise de position, présentée comme une posture morale, ne relève en rien d’un soutien à l’émancipation populaire, mais s’inscrit dans une tradition impérialiste bien documentée, où les droits humains servent paradoxalement de prétexte à des stratégies de domination.
Le régime iranien s’est immédiatement saisi de ces déclarations pour alimenter sa rhétorique sur l’ingérence occidentale. Téhéran a ainsi menacé de frapper les États-Unis ou Israël en cas d’attaque, participant à une escalade verbale dont la fonction principale est de délégitimer un mouvement populaire interne en le présentant comme manipulé de l’extérieur.
Pourtant, l’existence d’intérêts économiques, militaristes et géopolitiques occidentaux n’enlève rien à la légitimité des révoltes face à un pouvoir ultra-répressif. Les tentatives de récupération impérialiste n’invalident pas la colère sociale, elles cherchent au contraire à la neutraliser politiquement. L’histoire est constante sur ce point : ni les États-Unis ni Israël n’ont jamais soutenu des peuples pour leur émancipation, mais uniquement lorsque leurs luttes pouvaient être instrumentalisées au service d’intérêts stratégiques.
Ce schéma n’est pas propre à l’Iran. Il rappelle le coup d’État de Donald Trump contre le Venezuela, pays qui, comme l’Iran, possède d’immenses réserves de pétrole. Le Venezuela subit depuis des années sanctions économiques, pressions diplomatiques et tentatives de changement de régime sous couvert de « défense de la démocratie ».
Cela n’absout en rien les responsabilités du pouvoir vénézuélien, ni les colères populaires bien réelles qui s’y expriment. Mais l’histoire récente montre que l’impérialisme étasunien n’intervient jamais pour les peuples, et toujours pour le contrôle des ressources et des équilibres régionaux.
Il est essentiel de préciser que le but ici n’est pas de mettre les régimes de l’Iran et du Venezuela sur le même plan. La situation iranienne relève d’un autre ordre de grandeur (répression systématique incluant exécutions, torture, tirs à balles réelles, arrestations massives, arsenal juridique où les manifestants peuvent être condamnés à mort etc.). Souligner les logiques impérialistes à l’œuvre n’implique en aucun cas de relativiser la violence spécifique du régime iranien, ni l’urgence absolue de soutenir la population qui s’y soulève.
La ligne de fracture est claire : d’un côté, une population iranienne étranglée économiquement, privée de libertés fondamentales et confrontée à une violence d’État systématique ; de l’autre, un régime autoritaire prêt à tuer pour se maintenir, et des puissances étrangères prêtes à instrumentaliser la révolte pour leurs propres intérêts.
Soutenir le soulèvement iranien impose une position sans ambiguïté : solidarité totale avec les manifestant·es, dénonciation ferme de la répression, refus tout aussi ferme des récupérations impérialistes. L’émancipation des peuples ne viendra ni des bombes, ni des sanctions, ni des héritiers de monarchies déchues, mais des luttes populaires elles-mêmes, dans toute leur complexité et leur radicalité.
– Elena Meilune
Photo de couverture : Qassem Soleimani témoigne de son respect à Ali Khamenei en effectuant le salut militaire. 2017. Wikimedia.
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Mr Mondialisation
Une étude publiée sur Carbon Brief en mai dernier a révélé que la Chine a réduit ses émissions de CO₂ au premier trimestre de 2025, malgré une hausse simultanée de sa consommation électrique. Cette baisse des émissions s’explique principalement par les investissements massifs de la Chine dans les énergies renouvelables ces dernières années. Certains experts […]
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Face au climatoscepticisme de Donald Trump, la Chine, guidée par ses intérêts économiques, semble se poser en rempart de la lutte contre le réchauffement climatique mais ses objectifs annoncés pour 2035 manquent d’ambition et le pays reste largement dépendant des énergies fossiles.

Lauri Myllyvirta, spécialiste de la Chine au Centre de Recherche sur l’Énergie et l’Air Pur (CREA) basé en Finlande, a montré dans une étude publiée sur Carbon Brief, que les émissions de la Chine ont baissé de 1,6% au premier trimestre de 2025 comparé à la même période en 2024, se basant sur des statistiques officielles du pays ainsi que des données commerciales. L’analyse du troisième trimestre publiée en novembre démontre que cela faisait alors 18 mois que les émissions de la Chine étaient en baisse, ou du moins s’étaient stabilisées.
Des baisses d’émissions de CO₂ avaient déjà été observées ces dernières années, mais uniquement lors de périodes de récession économique, notamment pendant la crise du COVID-19. Dans ce cas-ci, les baisses d’émissions ont été associées à une hausse de la demande en électricité, de 2,5% au premier trimestre.

Autre fait marquant : cette diminution des émissions est principalement portée par l’évolution du mix énergétique de la Chine, qui repose de plus en plus sur les énergies solaires, éoliennes et nucléaires permettant de réduire la consommation de charbon. C’est précisément cette hausse de production d’énergie qui a permis de compenser l’augmentation de la demande en électricité durant cette année.
Si l’essor du nucléaire peut être présenté comme un levier indispensable de décarbonation, le nucléaire repose sur des choix technologiques lourds, centralisés et socialement contestés, dont les conséquences à long terme restent largement débattues. La gestion des déchets radioactifs constitue un point de tension majeur, sur les projets de stockage nucléaire, qui suscitent une résistance des populations locales face aux risques sanitaires, environnementaux et aux menaces d’expropriation.
Depuis plus de 15 ans, poussée par le mécontentement de la population face à la dégradation de la qualité de l’air et aux scandales sanitaires engendrés par une pollution intense ainsi que par sa volonté de réduire sa dépendance aux importations de pétrole, la Chine a pris le parti d’investir massivement dans les technologies propres pour effectuer son « tournant vert ».
Dans ce contexte, le pays a fortement augmenté sa capacité en énergies renouvelables et cela s’est intensifié ces dernières années avec des installations records de parcs éoliens et solaires. En 2024 seulement, la capacité de production électrique de la Chine en énergie solaire et éolienne a augmenté de 357 GW, soit plus de la moitié de la capacité supplémentaire en énergies renouvelables dans le monde.
Au troisième trimestre de 2025, la production solaire a bondi de 46% par rapport à 2024, tandis que l’éolien progressait de 11%. La Chine concentre désormais la moitié de la capacité installée en énergie solaire dans le monde. Ces déploiements ont permis au pays d’atteindre l’objectif d’une capacité de 1 200 GW en énergie solaire et éolienne avec six ans d’avance sur le plan du gouvernement. Ainsi, la capacité installée en énergies renouvelables a désormais dépassé la capacité en énergie thermique dans le pays.
Grâce à ces efforts, l’analyse publiée sur Carbon Brief démontre que les émissions du secteur de l’électricité ont baissé de 5,8% au premier trimestre de 2025, et de 2% au total pour la période de mars 2024 à mars 2025. Durant le premier semestre de 2025, l’énergie solaire, à elle seule, a permis de compenser la hausse de la consommation électrique. Le secteur du transport a également vu sa part d’émissions de CO₂ baisser grâce à l’utilisation accrue de voitures électriques dans le pays.
Malgré cela, la Chine reste paradoxalement très dépendante de l’industrie du charbon dans laquelle le pays continue d’investir. Durant les six premiers mois de 2025, le pays a réduit son utilisation de charbon mais a simultanément augmenté sa capacité productive via la construction de nouvelles centrales. Cette stratégie répond notamment aux problèmes de réseau et de stockage des énergies renouvelables face auxquels les centrales à charbon « sécurisent » l’apport en électricité. De plus, l’économie et l’emploi de nombreuses provinces chinoises dépendent largement de l’industrie du charbon, et les groupes d’intérêts du secteur y sont très puissants.
La Chine continue donc d’augmenter sa capacité en production d’énergie au charbon, tout en n’exploitant actuellement que 50% de cette capacité. Alors que cette ressource fossile constituait 80% du mix énergétique chinois il y a quelques années, sa part a désormais diminué à environ 60%.
Cette dynamique contrastée, marquée par une accélération spectaculaire des énergies renouvelables tout en maintenant un socle important d’énergies fossiles, ne se limite pas à la Chine et se retrouve également en Allemagne, où la transition énergétique s’accompagne de tensions similaires entre objectifs climatiques et maintien des centrales à charbon.
Si la Chine a prévu d’atteindre son pic d’émissions avant 2030, certains observateurs prédisent qu’il pourrait déjà être atteint cette année. Cependant, Lauri Myllyvirta reste prudent sur cette hypothèse, d’autant que des prévisions similaires avaient déjà été formulées ces dernières années. Les émissions de CO₂ sont restées stables ou ont diminué depuis 18 mois mais cet équilibre reste fragile. Il suffirait de peu pour que les émissions du pays repartent à la hausse, risquant d’atteindre un nouveau record d’émissions.
Les émissions de CO₂ produites par des secteurs tels que l’industrie chimique ou la fabrication de plastique sont encore en augmentation. Pour que le pic soit atteint, il faudrait que les secteurs où les émissions sont en baisse compensent suffisamment, ce qui n’est pas assuré. Sans compter que la consommation électrique continue d’augmenter, compromettant une réduction de gaz à effet de serre durable.
D’autres facteurs viennent nourrir cette incertitude, comme la guerre commerciale des États-Unis avec la Chine qui a également un rôle à jouer dans la balance ou encore la nouvelle politique de tarification des énergies renouvelables en vigueur depuis juin.
Quant aux perspectives pour les années à venir, la président chinois Xi Jinping a présenté ses nouvelles ambitions climatiques lors de la dernière Assemblée Générale des Nations Unies fin septembre, en annonçant que la Chine s’engageait à réduire ses émissions nettes de gaz à effet de serre de 7 à 10 % d’ici 2035. À cet effet, il a précisé que son pays prévoyait de multiplier par six sa capacité en énergies solaires et éoliennes sur une décennie, afin d’intégrer plus de 30% d’énergies renouvelables dans son mix énergétique.
Ces objectifs ont toutefois été considérés comme très insuffisants par la communauté scientifique et de nombreux acteurs internationaux, étant donné qu’une réduction de 30% des émissions chinoises serait nécessaire pour respecter les engagements pris dans le cadre des Accords de Paris. Cela est d’autant plus décevant que la Chine possède largement les moyens technologiques et humains pour y arriver plus rapidement.
Le chercheur a déclaré à cet égard que :
« le désengagement des États-Unis permet à la Chine de paraître sous un jour favorable par comparaison – alors même qu’elle ne fait pas assez pour aider le monde à atteindre ses objectifs climatiques ».
La réduction des émissions du pays, responsable de 30% des gaz à effet de serre mondiaux, jouera un rôle décisif pour l’avenir. Si son pic d’émissions n’est pas encore forcément atteint, la diminution des émissions de CO2 observée depuis plus d’un an apporte un signal positif et démontre l’importance capitale de la transition énergétique dans cette évolution.
Les investissements stratégiques à long terme de la Chine dans les technologies vertes peuvent également contribuer à la transition écologique dans d’autres régions du monde, bien que ses pratiques concurrentielles soient discutables. Dans le domaine des énergies renouvelables, la Chine est le premier producteur mondial d’éoliennes et de panneaux photovoltaïques. Le pays domine également le marché des voitures électriques, maîtrisant l’ensemble de la chaîne de valeur, avec une production représentant 66% du volume mondial.
Si les motivations du régime autoritaire sont largement guidées par des intérêts économiques et politiques, il faut néanmoins reconnaître que la Chine cherche à se distinguer des autres puissances, comme l’a illustré sa décision d’interdire l’importation de déchets étrangers, contrairement aux États-Unis marqués par le climatoscepticisme de Donald Trump ou à l’Union européenne qui réduit progressivement ses ambitions environnementales.

Il est pour autant difficile de présenter la Chine comme un modèle écologique authentique, compte tenu de sa forte dépendance aux énergies fossiles, de projets controversés comme la construction d’un barrage géant au Tibet, ses pratiques extractivistes à l’étranger, notamment la surexploitation des ressources marines au large de l’Afrique et son modèle d’hyperproduction.
– Delphine de H
Évènement sur le climat à Hangzhou, Chine, en 2016. Source : Wikimedia
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Elena Meilune
Le 7 janvier 2026, à Minneapolis, Renee Good est abattue de trois balles dans la tête par un agent de l’ICE. La scène est filmée, massivement diffusée et commentée, et les images disponibles contredisent directement le discours des autorités fédérales. Dans la continuité des rafles racistes à travers le pays, ce meurtre expose, par sa […]
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Présenté par les autorités fédérales comme un acte de « légitime défense », ce meurtre s’inscrit pourtant dans une longue série de violences commises par l’ICE. Les vidéos réfutent le récit officiel, tandis que les réactions politiques, les manifestations et la polarisation de l’opinion révèlent une fracture politique profonde. Car au-delà du meurtre de Renee Good et du récent coup d’État au Venezuela, c’est tout un système qui apparaît : une milice fédérale hors de contrôle, un pouvoir qui ment pour légitimer son monopole de la violence, et une normalisation progressive de la violence institutionnelle comme mode ordinaire de gouvernement.
Le 7 janvier 2026, l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) mène une vaste opération de contrôle migratoire dans plusieurs quartiers de Minneapolis, aux États-Unis. Des milliers d’agents fédéraux, armés et masqués, sont déployés à Minneapolis et dans les villes voisines, opérant des raids, des arrestations et des contrôles approfondis dans l’espace public et résidentiel. Cette opération dépasse de loin toute pratique antérieure de l’ICE, tant par son ampleur que par son intensité.
Renee Good, 37 ans, citoyenne américaine, poétesse primée par l’Académie des poètes américains en 2020 et mère d’un enfant de six ans, se trouve sur place avec sa compagne après avoir déposé leur enfant à l’école. Comme d’autres habitant·es, elles s’arrêtent pour observer et documenter l’intervention. Leur présence relève d’une vigilance citoyenne face à une opération perçue comme intrusive et potentiellement dangereuse, non d’une confrontation violente. Les civil·es sont munis de sifflets ; les agents, d’armes à feu. Renee Good n’est ni armée, ni recherchée, ni visée par l’opération en cours. Rien, dans sa situation, ne justifie l’usage de la force, et encore moins de la force létale.
Les images disponibles montrent une scène brève et brutale. Alors qu’elle repart en voiture et avance pour dépasser un véhicule arrêté devant elle, un agent fédéral ouvre le feu. Aucune sommation. Trois balles sont tirées à bout portant, en plein visage.
La scène est filmée par plusieurs témoins. L’un d’eux, qui se présente comme médecin, supplie les agents de le laisser porter secours à la victime. Sa demande est refusée. L’un des agents répond explicitement qu’il « s’en fout ». L’assistance médicale est empêchée. Renee Good meurt sur place, sous les yeux de sa compagne.
Les forces de l’ICE encerclent ensuite la zone, éloignent les témoins et prennent le contrôle total de la scène. Les secours ne sont pas autorisés à intervenir. Les vidéos captent à la fois les derniers mots prononcés par Renee Good avant d’être abattue (« I’m not mad at you » – « Je ne t’en veux pas ») et ceux de l’agent en cause, dont une insulte sexiste (« F*cking b*tch ») proférée après l’avoir tuée.
Peu après le drame, une déclaration de la compagne de Renee Good, Becca Good, a été publiée, contredisant frontalement le récit des autorités fédérales. Elle y décrit Renee comme une personne profondément bienveillante. Le couple venait de s’installer à Minneapolis pour construire une vie plus stable pour leurs enfants.
« Si vous avez déjà rencontré ma femme, Renee Nicole Macklin Good, vous savez qu’avant tout, elle était d’une grande bonté. en fait, la bonté émanait d’elle. »
La mère de Renee, Donna Ganger, a également pris la parole, affirmant que sa fille n’était pas du tout impliquée dans des actions de protestation violente et réfutant les tentatives du Département de la Sécurité intérieure de la présenter comme une antagoniste ou une provocatrice. Elle l’a décrite comme une femme d’une « compassion exceptionnelle », « l’une des personnes les plus gentilles » qu’elle a jamais connues.
Dès les premières heures suivant le meurtre, les autorités fédérales invoquent la légitime défense pour justifier l’usage de la force létale. Ce réflexe n’est pas nouveau. Il constitue l’un des piliers rhétoriques permettant aux institutions armées de neutraliser toute remise en cause immédiate, avant même qu’une enquête indépendante ne puisse être menée.
Or, la légitime défense repose sur des critères précis : l’existence d’un danger immédiat, réel et proportionné. Dans le cas de Renee Good, les éléments rendus publics contredisent ce cadre. Les vidéos ne montrent ni arme, ni menace directe, ni tentative d’attaque contre les agents. Elles montrent une voiture avançant lentement pour contourner un véhicule immobilisé, sans accélération ni trajectoire dirigée vers un agent : la victime cherche à s’éloigner, pas à percuter. Trois tirs sont néanmoins effectués, visant la tête, une zone létale par définition. Aucun agent n’est blessé, aucun échange de tirs n’a lieu.
Les directives publiées en 2023 par le Département de la Sécurité intérieure, dont dépend l’ICE, interdisent expressément aux agents de tirer sur le conducteur d’un véhicule en mouvement, sauf en cas de légitime défense. Le recours à la force létale est proscrit pour arrêter une personne en fuite, à moins que cette personne ne représente une menace sérieuse pour l’agent ou le public.
La qualification de légitime défense apparaît alors non comme une conclusion fondée sur les faits, mais comme une construction narrative anticipée opérant un renversement classique : ce n’est plus l’acte de tirer qui doit être justifié, mais la présence même de la victime, son refus supposé de se soumettre. Le tout dans un contexte de violences extrêmes perpétrées par l’ICE depuis le début du mandat de Donald Trump, qui entretient une peur largement répandue d’interpellations arbitraires.
Ce type de récit ne vise pas seulement à protéger un agent individuel. Il sert à préserver la légitimité globale d’une institution. En qualifiant immédiatement la violence de défensive, le pouvoir tente d’en fermer le débat politique et moral.

Le sociologue Max Weber définissait l’État comme l’institution revendiquant le monopole de la violence légitime. Ce monopole constitue l’un des ressorts de sa stabilité : la violence d’État n’est tolérée qu’à la condition d’être perçue comme juste, nécessaire et contrôlée. Or, comme l’a montré Pierre Bourdieu, cette légitimité repose aussi sur l’imposition d’un récit dominant, qui naturalise la domination et en masque les effets. Lorsque ce récit est contredit par les faits, la violence d’État cesse de relever du droit et apparaît pour ce qu’elle est dans son essence : l’exercice réussi d’une domination par la force.
Aussi, la fixation de Trump sur la « gauche radicale » comme menace intérieure est d’autant plus mensongère qu’elle ne correspond pas aux données disponibles sur la violence politique aux États-Unis. La grande majorité des meurtres idéologiques sont perpétrés par des individus affiliés à l’extrême droite, bien plus que par des mouvances de gauche ou des militants radicaux non violents. Selon l’organisation Anti-Defamation League, 93 % des meurtres extrémistes identifiables sont attribués à l’extrême droite et à des suprémacistes blancs.
Ce décalage statistique rend encore plus clair que la campagne rhétorique visant la gauche n’est pas un appel à la prudence citoyenne mais une stratégie politique de diversion et d’ennemi fabriqué.
Le meurtre de Renee Nicole Good a immédiatement ouvert une crise politique majeure entre les autorités locales et le gouvernement fédéral. À Minneapolis, le maire Jacob Frey a condamné sans détour cet assassinat, rejetant la version officielle de l’ICE et du département de la Sécurité intérieure. Il a qualifié l’argument de légitime défense de « bullshit » et a exigé que l’ICE quitte la ville, accusant l’agence de semer le chaos plutôt que d’assurer la sécurité des habitants.
Il a également dénoncé la prise de contrôle totale de l’enquête par le FBI et l’exclusion des responsables du bureau d’enquête du Minnesota. Le gouverneur du Minnesota, Tim Walz a lui aussi exprimé sa colère face au meurtre de Renee Good, rappelant que les « opérations sensationnalisées et dangereuses de l’administration Trump sont une menace pour la sécurité publique ».
Au-delà des déclarations, cette rupture reflète une fracture structurelle entre des gouvernants élus et une machine fédérale militarisée. Le maire et le gouverneur ne se sont pas contentés de demander des explications, ils ont exposé de facto un clivage institutionnel profond, où l’usage de la force fédérale dans une ville démocratiquement administrée est désormais contesté.
Cette rupture structurelle s’est traduite juridiquement lorsque l’État du Minnesota a déposé plainte contre l’administration Donald Trump afin de bloquer le déploiement massif d’agents fédéraux, qualifié d’« invasion fédérale inconstitutionnelle » par le procureur général Keith Ellison. La plainte dénonce une opération armée ayant plongé l’État dans le chaos, violé sa souveraineté et exposé la population à des pratiques de profilage racial, tandis que l’administration Trump a répondu par des menaces explicites de représailles et l’annonce d’un renforcement supplémentaire des effectifs de l’ICE.
À Minneapolis, dès le lendemain du meurtre, des manifestations ont rassemblé des milliers de personnes. Des manifestant·es ont exigé la disparition de la présence fédérale armée dans leurs rues, érigeant des barrages et organisant des vigiles en mémoire de Renee Good. Ces premières mobilisations ont dénoncé non seulement le meurtre, mais plus largement l’ensemble des violences d’État perpétrées par l’administration de Donald Trump.
Très rapidement, le mouvement a dépassé le cadre local. En quelques jours, des rassemblements ont émergé dans des dizaines de villes à travers les États-Unis, des grandes métropoles aux localités habituellement peu visibles politiquement. Marches de masse, vigiles, sit-in et blocages ont convergé autour de revendications explicites : justice pour Renee Good, retrait immédiat des forces fédérales armées et remise en cause frontale de l’ICE. L’ampleur, la rapidité et la coordination de ces mobilisations en font l’un des mouvements de contestation les plus importants contre la violence d’État depuis le début du mandat de Donald Trump.
Suite aux mobilisations, la répression à Minneapolis s’est intensifiée. Des témoignages et publications de résidents indiquent qu’ICE mène des opérations « porte à porte » dans des quartiers populaires (mesure qui avait été annoncée par le vice-président J.D. Vance), pour localiser et expulser des populations jugées indésirables, marquant ainsi une rupture nette avec les pratiques précédentes de contrôle migratoire.
On voit là un paradigme de surveillance et de contrainte radicalement nouveau dans l’histoire récente des États-Unis. Là où des États policiers modernes exercent déjà un contrôle social brutal, ce que l’administration actuelle met en place franchit un seuil : il ne s’agit plus de représailles ciblées mais de contrôle social de masse. Historiquement, l’irruption systématique de forces de l’État au domicile des civils est l’un des marqueurs centraux des régimes totalitaires, quels que soient leur contexte idéologique ou national.
De l’Allemagne nazie à l’Italie mussolinienne, de la dictature franquiste à l’URSS stalinienne, l’entrée de l’appareil coercitif dans la sphère domestique a toujours signifié une rupture fondamentale : la fin de la distinction entre espace public et espace privé, et donc la fin de toute zone de relative protection face au pouvoir. Lorsque l’État se donne le droit de frapper aux portes, de pénétrer les foyers, de vérifier, d’interroger, d’arrêter sans justification immédiate ni contrôle judiciaire effectif, il cesse d’être un État de droit, même formellement.
Le meurtre de Renee Good agit symboliquement comme un test de Rorschach à l’échelle d’une société entière. Face aux mêmes images, aux mêmes enregistrements, aux mêmes faits établis, les interprétations divergent radicalement. Ce qui se joue ici ne relève pas d’un désaccord d’opinion, mais d’une fracture morale profonde sur la valeur accordée à la vie humaine et sur la légitimité de la violence d’État.
D’un côté, celles et ceux qui voient dans ces images une exécution, une violation manifeste des droits humains, un usage illégitime et disproportionné de la force par une institution fédérale. Pour ce groupe, le meurtre de Renee Good n’est pas négociable, ni discutable : il constitue une ligne rouge, un effondrement du principe même de protection des civils par l’État.
De l’autre, une partie de la population adopte une lecture radicalement opposée. Elle félicite l’agent, justifie les tirs, blâme la victime. Les commentaires parlent de « danger », de « désobéissance », de « risque assumé », allant jusqu’aux pires des insultes à l’encontre de cette femme assassinée. Dans ce récit, la question n’est plus de savoir pourquoi un agent tire trois balles dans le visage d’une civile, mais pourquoi cette dernière ne s’est pas soumise immédiatement à une milice connue pour ses arrestations arbitraires violentes.
Ce basculement est central. La violence n’est plus perçue par cette fraction de la société comme un échec du système, mais comme une solution. Pire : comme une réponse éthique acceptable à un monde présenté comme menaçant. La mort cesse d’être un interdit et devient un outil de régulation sociale.
Hannah Arendt parlait de la banalité du mal pour décrire l’obéissance routinière à des systèmes meurtriers, exercée non pas par des figures monstrueuses mais par des personnes ordinaires. Dans le cas présent, ces individus ne se contentent pas d’adhérer aux discours dominants, mais vont jusqu’à applaudir le meurtre au nom de la « sécurité ». À ce stade, la violence d’État n’a plus besoin de se justifier par le droit ; elle se justifie par la peur et la haine.
Ces réactions pro-ICE ne relèvent pas d’une simple bêtise individuelle. Elles sont le produit d’une socialisation autoritaire : peur entretenue en continu, discours sécuritaires omniprésents, désignation constante d’ennemis intérieurs, intériorisation de la menace comme horizon permanent. Dans ce cadre, l’identification au pouvoir armé devient une stratégie psychologique de survie. L’adhésion à la violence d’État n’est pas une dérive personnelle, mais un apprentissage collectif, où la soumission est présentée comme condition de sécurité. La violence institutionnelle ne tient pas seulement par les armes, mais par les esprits qu’elle façonne.
Pour comprendre le meurtre de Renee Good, il est indispensable de le replacer dans le cadre institutionnel qui l’a rendu possible. L’ICE n’est ni une police locale, ni une armée régulière. C’est une force fédérale militarisée, dotée de larges pouvoirs, opérant dans l’espace civil, et bénéficiant d’un régime d’exception en matière de contrôle et de responsabilité.
Depuis des années, cette institution est connue pour ses rafles arbitraires, ses détentions sans mandat, ses violences physiques et psychologiques, et la mort de civils lors d’opérations présentées comme « administratives ». Ces violences sont répétées, institutionnellement protégées, et rarement sanctionnées. L’impunité n’est pas un dysfonctionnement du système, elle en est une condition de fonctionnement.
Depuis septembre 2025, les agents de l’ICE ont tiré sur neuf personnes. En outre, 32 personnes sont mortes en 2025 dans des centres de détention ICE, faisant de cette année la plus meurtrière depuis plus de vingt ans. Dans ce contexte, le meurtre de Renee Good ne constitue pas une rupture, mais une manifestation visible d’un régime de violence déjà installé. Ce qui change ici, ce n’est pas la nature de la violence, mais sa visibilité. Les images existent. Elles circulent. Elles empêchent l’effacement immédiat du crime.
Si l’assassinat de Renee Good a été médiatisé à grande échelle, de nombreux meurtres commis lors d’opérations de l’ICE restent largement invisibles. Absence de vidéos. Victimes racisées. Aucun relais médiatique national. Pas de noms retenus, pas de récits construits, pas de débats publics. Ces morts ne deviennent jamais des affaires, encore moins des scandales.
C’est là que se joue une hiérarchie fondamentale. La philosophe Judith Butler a montré que toutes les vies ne sont pas reconnues par la société comme également dignes d’être pleurées. Certaines morts accèdent au statut de tragédie publique ; d’autres restent structurellement inaudibles. La visibilité accordée à Renee Good révèle en creux celles et ceux qui meurent hors caméra, sans indignation collective, sans mémoire.
Si ce meurtre choque autant, ce n’est donc pas parce qu’il serait exceptionnel, mais parce qu’il transgresse une frontière implicite : celle qui séparait jusqu’ici les vies exposées à la violence d’État dans l’indifférence générale, et celles qu’une part de la société accepte encore de reconnaître comme dignes de protection. La violence de l’ICE ne commence pas avec Renee Good. Elle devient simplement, cette fois, impossible à ignorer.
Dans l’affaire Renee Good, les vidéos sont un élément politique central. Sans ces images, le meurtre aurait très probablement suivi le parcours ordinaire des violences d’État : un communiqué laconique, une enquête interne, un classement sans suite, puis l’oubli. La caméra ne change pas la nature de la violence, elle en modifie radicalement le destin social.
Filmer des violences étatiques est devenu un contre-pouvoir minimal et ce, à travers le monde entier. Précaire, imparfait, mais parfois décisif. En enregistrant une intervention de forces armées, les témoins ne produisent pas un spectacle : ils produisent une trace. Une preuve qui empêche l’effacement immédiat, qui conteste le monopole institutionnel du récit, et qui oblige l’État à se justifier là où, d’ordinaire, il ne rend de comptes à personne.
Cette centralité des images explique pourquoi les forces de l’ordre cherchent systématiquement à éloigner les témoins, à encercler les scènes, à confisquer les appareils ou intimider celles et ceux qui filment. Ce n’est pas la violence qui pose problème, mais sa visibilité. Tant qu’un acte n’est pas documenté, il peut être nié, reformulé, administré. Avec des images, le mensonge devient plus coûteux, plus fragile, plus visible. La vidéo ne garantit pas la justice, mais elle rend son effacement plus difficile.
La violence exercée par l’ICE s’inscrit dans une logique structurelle où certaines populations sont historiquement plus exposées que d’autres. Avant tout, les opérations de l’agence ciblent prioritairement des quartiers populaires et racisés, où la présence armée fédérale est devenue routinière. Ce sont ces territoires qui servent de laboratoires à une violence normalisée, rarement médiatisée, presque jamais sanctionnée.
À cette dimension raciale s’ajoute une dimension genrée. L’insulte sexiste proférée par l’agent après les tirs ne relève pas d’un simple débordement émotionnel. Elle fait partie d’un registre de domination bien identifié. Cette violence genrée touche de manière spécifique les femmes qui contestent l’autorité, qui occupent l’espace public, qui refusent la soumission immédiate. Elle s’inscrit dans une longue histoire de répression des femmes perçues comme indisciplinées, trop visibles, trop autonomes.
D’autre part, il y a aussi la dimension biphobe à l’égard de Renee Good. Les identités LGBTQIA+ sont régulièrement effacées des récits officiels, minimisées ou instrumentalisées. Les personnes queer, lorsqu’elles se heurtent à l’appareil répressif, sont perçues comme déviantes, instables ou menaçantes par essence. Cette perception alimente non seulement la violence institutionnelle, mais aussi les réactions sociales qui la légitiment : insultes postérieures au meurtre, justification de la mort, discours affirmant que la victime « l’a mérité ». La violence ne s’arrête pas au tir ; elle se prolonge dans les mots, où la déshumanisation sert à rendre la mort acceptable.
Ce qui rend cette violence particulièrement inquiétante, c’est sa normalisation progressive. Ce qui aurait suscité une indignation unanime il y a encore quelques années est de plus en plus traité comme un fait divers. La tolérance sociale à la violence d’État s’élargit. Et avec elle, le champ de ce qui peut être infligé à certains individus sans que la société ne s’en émeuve durablement.
Pierre Bourdieu montrait que l’ordre social le plus efficace est celui qui parvient à se faire oublier comme ordre, à apparaître comme naturel. Les réactions au meurtre de Renee Good signalent précisément ce basculement. La violence d’État n’est plus seulement exercée : elle est intégrée, rationalisée, parfois revendiquée. Lorsqu’une partie de la société cesse de demander pourquoi l’État tue et commence à expliquer pourquoi il avait raison de le faire, la domination a franchi un seuil décisif.
Cette affaire met en lumière une fascisation galopante du régime américain. Non pas un fascisme surgissant brutalement, mais un fascisme de gouvernement, progressif, normalisé. Ses traits sont désormais visibles : culte de la force, glorification du chef, désignation obsessionnelle d’ennemis intérieurs, attaques aux droits fondamentaux des minorités, réécriture de l’histoire, déploiement de milices fédérales hors de tout contrôle démocratique, criminalisation des opposants et mépris assumé pour les normes juridiques, sans oublier la façon dont le pouvoir désigne les ennemis intérieurs.
La rhétorique officielle et médiatique des États-Unis continue de focaliser sur une menace fantasmée de « gauche radicale » pour détourner l’attention de la violence réelle et mortifère – qu’elle soit extrême-droitière ou étatique – vers une gauche qui, dans les faits, est loin de représenter la majorité des violences idéologiques.

D’autre part, Donald Trump affirme tranquillement qu’il n’a besoin ni du droit international ni d’autre limite que sa « propre moralité ». Ainsi, il énonce la doctrine en place. Celle de son pouvoir personnel sans contre-poids.
Le fascisme commence lorsque l’exception devient la règle, lorsque les exécutions sans procès sont tolérées, lorsque la présence armée dans l’espace public est normalisée, lorsque la violence d’État est présentée comme une nécessité morale. Il s’installe lorsque la haine remplace le droit et lorsque l’obéissance est vendue comme condition de survie.
Le danger n’est pas seulement que l’État tue. Le danger est qu’il tue avec l’assentiment. Ce qui est mis à l’épreuve ici n’est donc pas seulement l’État de droit, mais la conscience collective. Une société qui accepte que certaines vies soient sacrifiables, que certaines morts soient discutables, a déjà intégré les logiques fascistes, même si elle refuse encore de les nommer. Face à cela, de nombreux·ses Américain·es poursuivent leur résistance.
– Elena Meilune
Photo de couverture : Renee Good, filmée par l’agent de l’ICE, quelques instants avant d’être assassinée.
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Mauricette Baelen
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici les 10 bonnes nouvelles de la semaine. 1. Royaume-Uni : interdiction de la publicité pour les produits trop gras, salés ou sucrés Au Royaume-Uni, la publicité pour les produits trop gras, salés ou sucrés est interdite depuis lundi à la télévision avant 21 heures. […]
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Au Royaume-Uni, la publicité pour les produits trop gras, salés ou sucrés est interdite depuis lundi à la télévision avant 21 heures. La mesure vise à lutter contre l’obésité infantile, qui touche 22 % des enfants à l’entrée en primaire et près de 36 % à 10-11 ans. Selon le gouvernement britannique, cette interdiction pourrait éviter 20 000 cas d’obésité par an. En France, des tentatives similaires ont jusqu’ici échoué. (Reporterre)
Dans le bassin minier du Pas-de-Calais, les agglomérations de Lens-Liévin, Hénin-Carvin et Béthune-Bruay ont lancé un vaste réseau de transports publics gratuits. Les bus sont gratuits pour tous les usagers, tandis que le train est gratuit pour les habitants du territoire, sous conditions. Le dispositif concerne près de 650 000 habitants. (Politis)
3. Norvège : près de 100 % de voitures neuves électriques
En Norvège, 95,6 % des voitures neuves immatriculées en 2025 sont électriques, un niveau proche de la généralisation. Cette transition repose sur de fortes incitations publiques financées par la rente pétrolière (avantages fiscaux, malus sur le thermique, réseau de recharge dense). Malgré leurs impacts, les véhicules électriques émettent 2 à 3 fois moins de CO₂ que les voitures thermiques sur l’ensemble de leur cycle de vie. (TV5monde)
4. Congo : des habitants replantent des arbres pour sauver leur île
Sur l’île d’Idjwi, au Congo, des habitants se mobilisent pour replanter des arbres après des années de déforestation liée au charbon de bois et à l’extraction de sable. Portées par des associations de femmes, des écoles, des églises et une radio communautaire, ces initiatives visent à lutter contre l’érosion, les inondations et la perte de terres agricoles. Si la pression économique reste forte, les habitants cherchent à concilier exploitation du bois et reboisement durable. (Reporterre)
Dans la bande de Gaza, les enfants recommencent progressivement à aller à l’école depuis le cessez-le-feu. Les cours se tiennent dans des écoles partiellement détruites, encore occupées par des familles déplacées, ou sous des tentes installées dans les camps. Selon l’ONU, près de 90 % des établissements scolaires ont été visés par des attaques israéliennes depuis octobre 2023, laissant une génération d’enfants lourdement marquée par la guerre. (Politis)
En Bretagne, un martin-pêcheur d’Amérique, jamais observé officiellement auparavant en France hexagonale, a été identifié le long du canal de Nantes à Brest, près de Glomel. Probablement victime d’un accident de migration, l’oiseau attire depuis plusieurs semaines des centaines d’ornithologues venus de toute l’Europe. L’individu, un jeune mâle, semble en bonne santé et s’est adapté à son environnement, mais sa présence suscite aussi des débats sur l’afflux de visiteurs et les dérangements possibles. (Vert)
Au Pérou, deux municipalités d’Amazonie (Nauta et Satipo) ont reconnu aux abeilles sans dard le statut de sujets de droit, une première mondiale. Ces pollinisatrices essentielles obtiennent le droit d’exister, de prospérer, de vivre dans un environnement sain et d’être représentées en justice en cas de menace. La décision s’appuie aussi sur l’importance écologique et culturelle de ces abeilles pour les peuples autochtones. (La Relève et La Peste)
Sur l’atoll de Clipperton, territoire français du Pacifique nord, la LPO alerte sur une crise écologique majeure liée à l’invasion de rats noirs introduits accidentellement. Les rongeurs détruisent œufs et poussins, provoquant l’effondrement de la reproduction de plusieurs espèces d’oiseaux marins, dont certaines sont déjà proches du point de bascule. Une éradication totale des rats est jugée techniquement possible et urgente, mais elle nécessite un fort soutien logistique et politique de l’État français. (La Relève et La Peste)
Aux États-Unis, une entreprise américaine a été condamnée à verser 115 millions de dollars à une ancienne salariée pour discrimination raciale et représailles. La justice a reconnu un environnement de travail hostile et des sanctions professionnelles liées à des dénonciations internes. Cette décision judiciaire est présentée comme exemplaire. (L’Humanité)
En Colombie, le président Gustavo Petro a annoncé une hausse historique de 23,7 % du salaire minimum pour 2026, bien supérieure aux 7,21 % demandés par le patronat. Le chef de l’État affirme vouloir garantir un salaire permettant aux familles de vivre dignement, et non simplement de survivre. Cette décision, prise fin décembre, suscite une vive opposition des employeurs, mais s’inscrit dans la ligne sociale assumée du gouvernement Petro. (L’Humanité)
– Mauricette Baelen
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Mauricette Baelen
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine. 1. Venezuela : un retour à l’ère coloniale à Caracas, au Venezuela, la capture du président Nicolás Maduro par des forces spéciales américaines est qualifiée d’acte colonial pour s’approprier le pétrole du pays qu’elles considèrent […]
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à Caracas, au Venezuela, la capture du président Nicolás Maduro par des forces spéciales américaines est qualifiée d’acte colonial pour s’approprier le pétrole du pays qu’elles considèrent comme le leur. La communauté internationale met du temps à réagir, ce qui fragilise le droit international. Un grand classique des États-Unis, en somme. (Les2rives)
Depuis les manifestations agricoles en France, des contenus sur TikTok, X et d’autres plateformes utilisent des vidéos générées par IA et de faux comptes pour amplifier et déformer le mal-être des agriculteurs. Un phénomène qui nuit au débat public en mélangeant information et manipulation. (Vert)
Le gouvernement Trump a annoncé l’arrêt de tous les projets d’éoliennes offshore aux États-Unis, une décision qui remet en cause les objectifs climatiques nationaux et ralentit le développement des énergies renouvelables en mer. Les acteurs du secteur dénoncent un manque de vision à long terme face aux urgences climatiques. (France culture)
Aux Pays-Bas, le gouvernement a décidé d’interdire les feux d’artifice pour les particuliers afin de protéger les animaux domestiques et sauvages, causant stress et blessures importantes. Les feux d’artifice resteront possibles uniquement via des événements professionnels ou publics contrôlés. L’interdiction est saluée par les associations de protection animale. (Radio Contact)
En France, le programme EVARS (Éducation à la Vie Affective, Relationnelle et Sexuelle) a été discrètement retiré de certaines écoles du fait de pressions politiques et sociales. Le Planning familial, partenaire historique des actions d’éducation sexuelle, a été marginalisé dans ce processus. Des enseignants et des associations dénoncent un affaiblissement de l’accès à une information complète sur les relations, la sexualité et le consentement. (basta)
Trump a signé un décret ordonnant le retrait des États-Unis de 66 organisations internationales, dont plusieurs liées à l’ONU et au climat, comme la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques et le Giec. Son administration justifie ces retraits par la défense de « l’Amérique d’abord » et le rejet de ce qu’elle qualifie d’idéologie progressiste. Des juristes contestent la légalité d’une sortie unilatérale de la CCNUCC sans vote du Sénat. (Vert)
Les ruptures conventionnelles de CDI pourraient disparaître dans la réforme de l’assurance chômage. Le gouvernement souhaite limiter son usage, jugé coûteux pour le régime d’indemnisation et susceptible d’abus, afin de réaliser des économies importantes sur les dépenses sociales. Ce mécanisme, très utilisé et intégré depuis 2008, représente une part notable des fins de contrat en France. (L’humanité)
Deux nouveaux décrets à propos des PFAS : 1/ l’interdiction progressive de certains usages non essentiels de PFAS dans des produits du quotidien comme les cosmétiques, textiles ou emballages. 2/ Surveillance des rejets industriels, en obligeant les sites concernés à mesurer et à déclarer leurs émissions de PFAS. Des mesures encore trop insuffisantes face à l’ampleur et la dangerosité du problème. (Vert)
Depuis lundi, la grève nationale des médecins libéraux touche cabinets privés et consultations de ville. De nombreux cabinets restent fermés et certaines opérations programmées sont reportées, entraînant des perturbations dans l’accès aux soins. Les médecins dénoncent des conditions de travail dégradées et des réformes jugées défavorables, tandis que l’ARS conseille la population sur les alternatives. Soutien ! (Basta!)
Au sommet de la coalition de soutien à l’Ukraine à Paris, la France et le Royaume-Uni ont déclaré être disposés à déployer des troupes pour garantir un éventuel cessez-le-feu avec la Russie, dans l’hypothèse d’un accord futur. Les États-Unis, eux, seraient prêts à assurer une surveillance sans déployer de forces terrestres. L’annonce vise à renforcer la posture de dissuasion dans le cadre de la guerre en Ukraine. (Mediapart)
Mauricette Baelen
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Mr Mondialisation
Initialement publié sur Politico en 2017 et traduit pour Mr Mondialisation, cet article d’Helena Bottemiller Evich expose comment la hausse du CO₂ altère la qualité nutritionnelle de nos aliments, un phénomène baptisé « effet junk food » encore trop peu médiatisé. Près de 30 ans de recherches confirment que le CO₂ accru booste les rendements […]
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Irakli Loladze a fait des études de mathématiques. Il était donc loin d’imaginer que c’était un paradoxe en biologie et que ça allait changer sa vie. C’était en 1998 alors qu’il préparait son doctorat à l’Université d’État de l’Arizona. Avec pour toile de fond des containers en verre remplis d’algues vertes, un biologiste apprend à Loladze et un groupe d’étudiants, que des scientifiques ont fait une découverte déconcertante sur les zooplanctons.
Ces animaux microscopiques, présents dans les lacs et les océans, se nourrissent soit d’algues, soit de « petites plantes ». Or, les scientifiques ont réalisé que ces végétaux poussent plus rapidement lorsqu’ils sont soumis à plus de lumière — produisant ainsi plus de nourriture pour les zooplanctons qui, eux, auraient dû proliférer. Mais rien ne s’est passé comme prévu.
Mais alors qu’ils avaient accès à plus de nourriture, ces animaux ont commencé à dépérir. Une énigme de taille ! Comment une population d’animaux peut décliner alors qu’elle a accès à plus de nourriture ? En quoi la prolifération des algues pourrait-elle être un problème ?
Bien qu’il relève du département de mathématiques, Irakli Loladze adorait la biologie et était fasciné par ce phénomène. Quant aux biologistes, ils avaient bien leur petite idée : sous l’effet d’une lumière accrue, les algues poussent plus rapidement mais elles contiennent moins d’éléments nutritifs, essentiels au développement des zooplanctons.
En accélérant leur croissance, les chercheurs ont fait perdre tout leur intérêt nutritif aux algues et les ont ainsi transformées en « junk food ». Et les zooplanctons ont commencé à mourir de faim alors qu’ils avaient plus de nourriture à disposition.
Irakli Loladze s’est servi de ses connaissances en mathématiques pour mesurer et comprendre la relation algue-zooplancton.
Ses collègues et lui établissent un modèle, publié en 2000, qui illustre le lien entre les animaux herbivores et leur source d’alimentation. Mais le mathématicien ne s’arrête pas là. Il est obnubilé par cette question : le fragile équilibre entre nourriture et animaux ne concerne t-il que les algues et les zooplanctons ?

Une problématique transposée aux animaux et plantes terrestres
Dans une interview, le mathématicien déclare : « Contrairement à ce que l’on aurait pu penser, ce cas de figure n’est pas unique ». Le même problème peut-il survenir pour l’herbe et les vaches ? Et qu’en est-il du riz et des humains ? « Quand j’ai commencé à m’interroger sur l’alimentation humaine, ça a été un tournant décisif. », confie t-il.
Au niveau terrestre, le problème n’est pas que les plantes reçoivent plus de lumière, mais plutôt qu’elles absorbent de plus en plus de dioxyde de carbone au fil des ans. Pour pousser, les plantes ont besoin à la fois de lumière et de dioxyde de carbone.
Un surplus de lumière accélère la croissance des algues tout en dégradant leur ratio sucre/nutriments. On peut supposer un effet similaire avec un CO₂ accru. Toutes les plantes de la planète seraient alors menacées. Qu’est ce que cela implique pour les plantes consommées par les humains ?
Irakli Loladze s’est rendu compte qu’aucun scientifique n’avait la réponse à cette question. À l’époque, on savait déjà que le taux de CO₂ augmentait, mais il fut surpris de découvrir que peu de recherches avaient été menées sur l’impact de ce dioxyde de carbone sur la qualité des plantes que nous consommons. Pendant 17 ans, en parallèle de sa carrière en mathématiques, il se plonge dans les revues scientifiques à la recherche d’études ou de données sur le sujet.
Les résultats qu’il a rassemblés pointaient tous dans la même direction : L’« effet junk food » dont il avait entendu parlé pour la première fois dans ce laboratoire d’Arizona touchait maintenant les champs et les forêts du monde entier. « Chaque feuille, chaque brin d’herbe produit plus de sucre à cause de l’augmentation du taux de CO₂ », explique le mathématicien.
« De mémoires d’êtres humains, la planète n’a jamais produit autant de glucides. Ces taux de sucre inédits altèrent d’autres nutriments contenus dans nos aliments »
« De mémoires d’êtres humains, la planète n’a jamais produit autant de glucides. Ces taux de sucre inédits altèrent d’autres nutriments contenus dans nos aliments », ajoute-t-il. Ces conclusions, publiées il y a quelques années, s’ajoutent à celles d’un petit groupe toujours plus grand de chercheurs qui s’inquiètent pour l’avenir des aliments que nous consommons.
Avons-nous sous-estimés l’impact que ces émissions de dioxyde de carbone pourraient avoir sur notre santé ? À priori, oui. Pendant leurs travaux, Irakli Loladze et ses collègues se sont aussi heurtés aux plus grandes difficultés de leur métier, à savoir notamment la complexité de mener des recherches dans un tout nouveau domaine.
Dans le cadre des études en agriculture, on sait depuis longtemps que beaucoup des aliments essentiels à la santé humaine contiennent de moins en moins de nutriments. La teneur des fruits et légumes en vitamines, en minéraux et en protéines a significativement baissé depuis 50-70 ans.
Pour les scientifiques, la raison est assez simple : nous sélectionnons et cultivons des cultures à des fins de rendements et non pour leur qualité nutritive. C’est le cas des brocolis, des tomates ou du blé à très fort rendements mais qui contiennent moins de nutriments que d’autres aliments.
En 2004, une étude fondamentale sur les fruits et légumes a démontré que l’apport en protéines, en calcium, en fer et en vitamine C des cultures maraîchères a considérablement baissé depuis 1950. Selon les résultats de ces études, cette diminution s’expliquerait par les variétés de fruits et légumes que nous choisissons de cultiver.
Le mathématicien et une poignée d’autres scientifiques en sont venus à penser que l’atmosphère elle-même pourrait modifier la nourriture que nous consommons. Le dioxyde de carbone est essentiel aux plantes, tout comme l’oxygène l’est aux humains. Si les débats sur le climat sont parfois remis en question, une chose est certaine : le niveau de CO₂ dans l’atmosphère augmente.
Avant la révolution industrielle, la teneur en dioxyde de carbone dans l’atmosphère était de 280 ppmv (partie par million en volume). En 2016, ce chiffre s’élève à plus de 400 ppmv et devrait atteindre 550 ppmv d’ici 50 ans, soit deux fois plus qu’à l’époque des premiers tracteurs en Amérique.
Il y a deux manières d’aborder ce problème. Soit on se concentre sur la perte des nutriments, soit sur la croissance des plantes. C’est sur ce deuxième aspect que certains politiciens s’appuient pour minimiser les effets du changement climatique.
Lamar Smith, un républicain américain qui préside le House Committee on Science, Space, and Technology (Comité de la Chambre des communes sur les sciences, l’espace et la technologie) a décrété que l’augmentation du niveau de CO₂ serait une bonne chose pour les plantes, et par conséquent une bonne chose pour nous.
« Une plus grande teneur en dioxyde de carbone contribuerait à la photosynthèse et ainsi à la croissance des plantes », a-t-il soutenu. « Cela augmente la quantité d’aliments et améliore leur qualité ».
Mais l’expérience sur les zooplanctons tend à montrer que quantité et qualité ne vont peut-être pas de pair. Ce serait même l’inverse. Selon les connaissances actuelles en la matière, les scientifiques peuvent affirmer ceci : l’augmentation du CO₂ accélère la photosynthèse, ce processus qui permet aux plantes de transformer la lumière du soleil en matière organique.
Cette réaction biochimique permet aux plantes de pousser mais leur fait aussi accumuler plus de glucides, tels que le glucose, au détriment d’autres éléments nutritifs dont nous dépendons, notamment les protéines, le fer et le zinc.
En 2002, Irakli Loladze, alors chercheur postdoctoral à l’Université de Princeton, publie un article de recherche novateur dans la très sérieuse revue Trends in Ecology and Evolution, dans lequel il soutient que l’augmentation du CO₂ et l’alimentation humaine sont inextricablement liées via un changement global dans la qualité des plantes.
Dans cet article, il se plaint également du manque de données : parmi les milliers de publications qu’il consulte sur les plantes et sur l’augmentation du CO₂, une seule se concentre sur les effets sur le riz, une culture consommée par des milliards d’individus (cet article, publié en 1997, révèle une baisse en zinc et fer).
Loladze a été le premier à faire le rapprochement entre le CO₂, la qualité des plantes et l’alimentation humaine. Mais il soulève plus de questions qu’il n’apporte de réponses. Pour lui, il existe des lacunes importantes dans la recherche. Et une partie du problème viendrait de là. Si ces changements nutritionnels se produisent en amont et en aval de la chaîne alimentaire, il serait important de mesurer et de comprendre ce phénomène.
Irakli Loladze pouvait faire les calculs mais le jeune académicien était déjà pris par le lancement de sa carrière et, quoi qu’il en soit, le département des mathématiques ne voyait pas beaucoup d’intérêt à tenter de résoudre des problèmes d’agriculture et de santé humaine. Il eut beaucoup de peine à obtenir les fonds qui lui permirent de recueillir de nouvelles données.
Parallèlement, il continua à rassembler les résultats de chercheurs partout dans le monde. Il accepta un poste de professeur adjoint à l’Université de Nebraska-Lincoln, une des meilleures universités pour la science agronomique. C’était encourageant, mais Loladze n’était toujours que professeur de mathématiques.
« J’ai essuyé les refus pendant des années. C’était très frustrant. Je crois que les gens ne réalisent pas à quel point ce sujet est important »
Il fut cependant autorisé à continuer ses recherches tant qu’il trouvait des financements. Ce ne fut pas une tâche facile. Les organismes de subvention en biologie trouvaient que son domaine de recherche contenait trop de maths et les organismes de subvention en maths trouvaient qu’il y avait trop de biologie. « J’ai essuyé les refus pendant des années. C’était très frustrant. Je crois que les gens ne réalisent pas à quel point ce sujet est important », confie-t-il.
Malheureusement, ce problème dépasse les secteurs des mathématiques et de la biologie. Peu de gens savent que les principales cultures sont de moins en moins nutritives en raison de la hausse du CO₂. Que ce soit dans les domaines de l’agriculture, de la santé publique ou de la nutrition, personne ne parle des effets du CO₂ sur les plantes. Absolument personne.

Lorsque nous avons contacté les plus grands experts en nutrition pour avoir leur avis sur le nombre croissant d’articles publiés à ce sujet, ils étaient presque tous surpris et ont demandé à les consulter. Un éminent nutritionniste à l’Université Johns Hopkins a admis ne jamais en avoir entendu parlé mais il s’est tout de suite intéressé au sujet.
Il nous a mis en contact avec l’une de ses consœurs, elle aussi experte en nutrition. Pour elle aussi, ce fut une découverte. The Academy of Nutrition and Dietetics, une association d’experts en nutrition aux États-Unis, nous a mis en contact avec Robin Foroutan, une nutritionniste en médecine intégrative. Elle n’avait jamais entendu parler de ces articles.
Nous lui en avons envoyé quelques-uns et elle nous a répondu par mail : « Ce sujet est très intéressant et vous avez raison, peu de gens ont conscience de ce problème ». Elle a demandé à en lire davantage. Elle était particulièrement intéressée par les conséquences que pouvait avoir une faible augmentation du glucide sur la santé humaine.
« Pour le moment, nous ignorons purement et simplement ce que cela peut provoquer ». Mais elle rappelle que la consommation accrue en amidon et en glucide entraîne une augmentation des maladies nutritionnelles, telles que l’obésité ou le diabète. « À quel niveau de l’augmentation l’impact se fera-t-il ressentir ? Impossible à dire. »
Kristie Ebi, chercheuse à l’Université de Washington, étudie depuis 20 ans la relation entre le changement climatique et la santé humaine au niveau mondial. Elle est l’une des rares scientifiques aux États-Unis à s’intéresser aux conséquences potentiellement néfastes du CO₂ sur notre alimentation et elle ne manque pas d’alerter la communauté mondiale à chacune de ses interventions publiques.
« C’est un secret bien gardé », explique-t-elle avant d’ajouter : « Comment savoir si le pain que l’on achetait il y a 20 ans contenait plus de nutriments qu’aujourd’hui ? ».
Selon cette spécialiste, il a fallu beaucoup de temps pour établir le lien entre le CO₂ et notre alimentation. De la même manière, les scientifiques se sont longtemps désintéressés de la relation qu’il pouvait y avoir entre le climat et la santé humaine. « Ce que vous voyez, c’est avant le changement. » dit-elle.

Selon cette spécialiste, il a fallu beaucoup de temps pour établir le lien entre le CO₂ et notre alimentation. De la même manière, les scientifiques se sont longtemps désintéressés de la relation qu’il pouvait y avoir entre le climat et la santé humaine. « Ce que vous voyez, c’est avant le changement. » dit-elle.
L’article de Loladze a soulevé plusieurs grandes questions auxquelles il est difficile ― mais pas impossible ― de répondre. Quel rôle joue l’augmentation du CO₂ dans l’atmosphère sur le développement des plantes ? À quel point la diminution de la teneur nutritive est-elle liée à l’atmosphère ou à d’autres facteurs tels que l’élevage ?
Il est également difficile ― mais pas impossible ― de procéder à des expériences relatives aux effets du CO₂ sur les plantes à l’échelle des fermes. L’une des techniques des chercheurs consiste plus ou moins à transformer un champ en laboratoire d’observation.
Actuellement, le nom donné à la procédure de référence pour ce type de recherche est « FACE » (Free Air Carbon dioxide Enrichment) : les chercheurs mettent en place de grandes structures à ciel ouvert et envoient du CO₂ sur les plantes d’une zone définie. De petits capteurs relèvent les niveaux de CO₂.
Lorsqu’une trop grande quantité de CO₂ sort du périmètre défini, le dispositif insuffle un supplément pour maintenir des niveaux stables de CO₂ dans l’air. Les scientifiques peuvent ensuite comparer les plantes étudiées aux autres plantes poussant aux alentours dans un air normal.
Ces expériences et d’autres expériences de ce type ont prouvé aux scientifiques que les plantes subissent d’importants changements lorsqu’elles se développent dans un air comportant un niveau élevé de CO₂.
« le taux élevé de CO₂ entraîne une diminution conséquente de minéraux importants comme le calcium, le potassium, le zinc et le fer. »
Pour les plantes de la catégorie « C3 » ― catégorie qui comprend environ 95 % des espèces de plantes sur Terre, dont certaines que nous consommons, telles que le blé, le riz, l’orge et les pommes de terre ― on note que le taux élevé de CO₂ entraîne une diminution conséquente de minéraux importants comme le calcium, le potassium, le zinc et le fer.
Les données récoltées observent la réponse des plantes à différentes concentrations de CO₂ à l’échelle d’une vie et affichent une importante diminution de minéraux, de 8 % en moyenne. Dans les mêmes conditions, la teneur en protéines des cultures C3 chute également, parfois de façon non-négligeable, comme dans le cas du blé et du riz, dont la teneur en protéines chute respectivement de 6 et 8 %.
Plus tôt cet été, une équipe de chercheurs a publié une étude tentant d’évaluer quel type d’impact ces mutations pourraient avoir sur la population mondiale. Les plantes sont une source cruciale de protéines pour les habitants des pays en développement. Une estimation avance que 150 millions de personnes pourraient souffrir de carences en protéines d’ici 2050, en particulier dans des pays comme l’Inde ou le Bangladesh.
Les chercheurs ont observé que 138 millions de personnes seraient susceptibles de souffrir de carences en zinc ― élément essentiel pour la santé des femmes enceintes et des jeunes enfants. Ils estiment également que plus d’1 million de mères et 354 millions d’enfants vivent dans des pays où la teneur en fer alimentaire pourrait chuter considérablement, ce qui accentuerait le problème de l’anémie, déjà trop répandu.
Il n’y a pour l’instant aucune estimation concernant les État-Unis où, dans l’ensemble, la population bénéficie d’une alimentation variée sans carence en protéine. Mais certains chercheurs étudient l’augmentation de la proportion de sucre dans les plantes et forment l’hypothèse selon laquelle une mutation généralisée pourrait accroître les taux d’obésité et de maladies cardiovasculaires déjà alarmants.
Un autre important et nouvel effort de recherche sur le CO₂ et les plantes dans l’alimentation nous vient des États Unis, plus précisément du Département de l’Agriculture US. Grâce à de nouvelles études menées sur le sujet de l’alimentation, Lewis Ziska, physiologiste des plantes au siège de l’Agricultural Research Service à Beltsville dans le Maryland, tente d’approfondir certaines des problématiques soulevées par Loladze 15 ans plus tôt.
Ziska a élaboré une expérience permettant de mettre de côté le facteur de complications causées par la culture sélective des plantes : Il décida de se pencher sur l’alimentation des abeilles, vulnérables et menacées par l’extinction de masse.
Ziska a élaboré une expérience permettant de mettre de côté le facteur de complications causées par la culture sélective des plantes : Il décida de se pencher sur l’alimentation des abeilles, précieuses à la biodiversité et vulnérables, grandes menacées par l’extinction de masse.

Le solidago (Verge d’or ou solidage), une fleur des champs souvent considérée comme une mauvaise herbe, est extrêmement important pour les abeilles. Ses fleurs apparaissent tardivement et son pollen est une source importante de protéines pour les abeilles à la veille de l’hiver.
Étant une espèce sauvage qui n’est pas exploitée par les humains, il a subi moins de mutations que le maïs ou le froment. La Smithsonian Institution conserve depuis 1842 des échantillons de solidage, entreposés aux archives, ce qui a donné à Ziska et ses collègues l’occasion d’observer la mutation d’une plante sur une très longue durée.
L’observation a révélé que la teneur en protéines du pollen de la solidage avait diminué d’un tiers depuis la Révolution industrielle — cette diminution suit de près l’augmentation en CO₂. Des scientifiques tentent de déterminer ce qui pouvait provoquer la disparition progressive des abeilles, disparition qui présente une menace pour de nombreuses cultures dont la pollinisation dépend des abeilles.
L’étude de Ziska formule l’hypothèse selon laquelle une diminution de la teneur en protéines avant l’hiver rendrait les abeilles plus vulnérables aux autres facteurs de stress.
L’inquiétude de Ziska réside en ce que nous ne semblons pas mesurer l’importance qu’il y a à étudier en profondeur les impacts du CO₂ sur les plantes, en sachant que la réorganisation des cultures ne se fait pas en un jour.
« Actuellement, il peut se passer 15 à 20 ans avant que les résultats de recherche soient mis en application sur le terrain. »
« Nous utilisons les techniques traditionnelles de l’agriculture, telles que la culture sélective, pour compenser le fait que nous tardons à intervenir », déclare-t-il. « Actuellement, il peut se passer 15 à 20 ans avant que les résultats de recherche soient mis en application sur le terrain. »
Comme Loladze et ses collègues ont pu le découvrir, s’attaquer à de nouvelles questions qui dépassent les domaines scientifiques, dans une perspective internationale, peut être une entreprise difficile. De nombreux physiologistes des plantes étudient les cultures, mais la majorité d’entre eux se consacrent au suivi de données telles que le rendement ou la résistance aux nuisibles — deux domaines qui n’ont aucun lien avec l’alimentation.
D’après les observations de Loladze, les recherches sur l’alimentation n’ont pas l’air d’être une priorité dans le secteur des mathématiques. Il faut noter que l’étude d’êtres vivants est une opération longue et coûteuse. Un processus qui nécessite plusieurs années et d’importantes sommes d’argent pour générer des données en quantité suffisante pour en tirer des conclusions.
Malgré ces obstacles, les chercheurs s’intéressent de plus en plus à ces questions, et cela signifie que nous pourrions obtenir certaines réponses claires dans les années à venir. Ziska et Loladze — aujourd’hui professeur de mathématiques au Bryan College of Health Sciences à Lincoln, dans le Nebraska — travaillent avec des chercheurs en Chine, au Japon, en Australie, ou ailleurs aux États-Unis, sur une étude de grande ampleur.
Cette dernière vise à observer l’augmentation du niveau de CO₂ et le profil nutritionnel du riz, l’un des aliments de base de l’alimentation humaine. L’étude portera également sur les vitamines, un composant nutritionnel important qui, à ce jour, n’a pas fait l’objet de recherches approfondies.
Des chercheurs du département de l’Agriculture des États-Unis (USDA) ont retrouvé des variétés de riz, de blé et de soja que l’USDA conservait depuis les années 1950 et 1960, et les ont plantées à travers le pays, sur des parcelles utilisées par d’autres chercheurs pour planter les mêmes cultivars plusieurs décennies auparavant, dans le but d’observer l’impact de l’augmentation actuelle du CO₂.
Ziska fait partie d’une petite équipe de chercheurs qui tentent actuellement de mesurer ces mutations et de déterminer leur impact pour l’être humain. Samuel Myers est une autre figure-clé de l’étude de cette jonction. Ce médecin, devenu climatologue à l’Université d’Harvard, dirige maintenant la Planetary Health Alliance qui tente de mettre en évidence les liens entre la climatologie et la santé humaine.
La même année―en fait, le même jour―Loladze, alors professeur de mathématiques à la Catholic University de Daegu, en Corée du Sud, publiait sa propre étude, résultat de plus de 15 ans de collecte de données sur ce même sujet. Il s’agissait de l’étude la plus conséquente consacrée à l’augmentation du CO₂ et à son impact sur la teneur nutritive des plantes. Loladze aime à décrire la science des plantes comme « bruyante », un terme qui évoque une masse de données complexes au travers de laquelle il peut s’avérer difficile de repérer ce que l’on recherche. Son nouvel ensemble de données est finalement devenu assez grand pour que Loladze puisse trouver ce qu’il cherchait, pour détecter « la variable cachée », comme il l’appelle.
Loladze a découvert que sa théorie de 2002 — ou plutôt, les gros doutes qu’il avait formulés à l’époque — pouvait se vérifier. Pour presque 130 variétés de plantes et plus de 15 000 échantillons provenant d’expériences faites durant ces trente dernières années, la concentration globale en minéraux tels que le calcium, le potassium, le zinc, ou le fer, avait chuté de 8 % en moyenne. Le rapport glucides-minéraux augmentait.
Les plantes se transformaient en « junk food » : le résultat de plusieurs décennies d’évolution de l’agriculture — surtout intensive — à une échelle systémique globale délétère.
L’impact sur les humains — dont les plantes sont la principale source d’alimentation — commence à peine à être étudié. Les chercheurs prêts à plonger dans ce sujet devront surmonter un certain nombre d’obstacles, comme sa faible popularité, son évolution lente, et un contexte politique dans lequel le mot « climat » suffit à faire dérailler n’importe quelle demande de financements.
Il faudra édifier de nouveaux ponts entre les domaines scientifiques, une problématique que Loladze lui-même reconnaît, avoir rencontré dans ses recherches. À la publication de son étude, Loladze n’a pas oublié de citer dans les remerciements les subventions qui lui ont été refusées…
– Helena Bottemiller Evich, journaliste spécialiste de l’alimentation et de l’agriculture.
Photo de couverture de Aleksandra Sapozhnikova sur Unsplash
Article original : politico.com. Traduction : Carole Roudot-Gonin.
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Simon Verdiere
Huile la plus utilisée au monde dans l’alimentation humaine, l’huile de palme n’en finit pas de faire parler d’elle. Très souvent décriée pour les problèmes écologiques qu’elle suscite, notamment au niveau de la déforestation, elle représente également un enjeu sanitaire et social. Pourtant, des alternatives existent. Poule aux œufs d’or pour l’industrie, l’huile de palme […]
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Poule aux œufs d’or pour l’industrie, l’huile de palme engendre toutefois beaucoup de débats. Elle est un symbole de l’alimentation ultra transformée mondialisée et génère des milliards pour l’industrie au prix de la biodiversité et des droits humains. S’il existe des possibilités locales plus respectueuses, l’usage de cette huile questionne nos habitudes de consommation, nos modes de vie et appelle à une décroissance choisie.
Originaire d’Afrique de l’Ouest, le palmier à huile a été exporté en Asie du Sud-Est dès les années 60. C’est dans cette zone géographique, en particulier en Indonésie et en Malaisie, que se concentre l’essentiel de la production mondiale, 85 % de celle-ci est en effet basée dans ces deux pays.
Problème, à l’endroit où se situent aujourd’hui ces immenses monocultures, se trouvaient autrefois de vastes forêts tropicales ainsi que d’importantes tourbières. Or pour faire place nette, les industriels n’y sont pas allés par quatre chemins ; les arbres ont alors été rasés au bulldozer ou pire encore, brûlés pour gagner du temps et de l’argent. Quant aux tourbières, elles ont tout simplement été drainées pour être asséchées, ce qui a davantage favorisé les incendies. Et ce type de procédé se poursuit toujours aujourd’hui, à mesure que l’expansion de cette culture prolifère.
Or, procéder de cette manière n’est pas sans conséquence pour la planète et ses habitant·es. Il s’agit d’abord d’une immense production de gaz à effet de serre : en premier lieu par la destruction des arbres – réservoirs de carbone – mais aussi par les conséquences du feu qui dégage évidemment une quantité colossale de dioxyde de carbone.
Même si l’huile de palme n’est pas la seule responsable, il est tout de même intéressant de noter qu’elle a grandement participé à faire de l’Indonésie le cinquième pays le plus émetteur de CO² au monde entre 1850 et 2021. Enfin, le transport de l’huile de palme à travers la planète contribue également à ce problème.
Mais ce n’est pas le seul désastre engendré par cette déforestation. En effet, la première victime est probablement la biodiversité locale. En rasant leur habitat, les industriels mettent en péril de grands mammifères dont le cas le plus connu est sans doute celui de l’orang-outan aujourd’hui en voie d’extinction, en grande partie à cause de ce phénomène. Entre 2005 et 2021, Bornéo en a ainsi perdu pas moins de 150 000 spécimens.
Mais ce n’est pas la seule espèce en danger car toutes sortes de plantes, d’animaux et d’insectes ont vu leur population largement décliner. Au total, pas moins de 193 espèces déjà considérées comme menacées seraient affectées.
Les brûlis et les coupes rases des forêts sont déjà extrêmement nocifs pour la fertilité des sols et la vie qui s’y trouve. Mais l’emploi abondant de pesticides et d’engrais chimiques, dont certains peuvent être très dangereux, comme le Paraquat (interdit depuis 2007 dans l’UE), ne fait qu’aggraver la situation.
En plus de nuire à la faune indigène, ces intrants chimiques polluent également les sols, l’air et les nappes phréatiques, ce qui impacte nécessairement les populations concernées et affaiblit durablement les écosystèmes locaux.
Le fait d’avoir massivement opté pour la monoculture pour planter les palmiers est aussi un poison considérable pour les régions intéressées. En effet, un écosystème naturel est composé de dizaines de végétaux différents qui fonctionnent en symbiose avec les espèces animales en surface et en dessous. À l’inverse, les monocultures appauvrissent la terre et la biodiversité, et favorisent les maladies et les incendies.
Pour redorer leur blason concernant leur usage de l’huile de palme, certaines entreprises se sont adossées à des labels comme la certification RSPO qui promettent une culture durable et respectueuse de la planète. C’est le cas du géant italien Ferrero qui a récemment déclenché à nouveau les débats avec le lancement d’un « nutella végane ».
Pourtant, ce type de label a été largement décrié puisqu’il ne permet absolument pas d’assurer que la production actuelle est réalisée dans des conditions décentes pour l’environnement. RSPO n’interdit par exemple pas la déforestation, ni les brûlis, ni les pesticides les plus dangereux. Dans les faits, la traçabilité de l’huile de palme est aujourd’hui très compliquée à établir, y compris avec des labels.
Enfin, l’huile de palme n’est pas seulement un problème environnemental au niveau mondial. Sur place, les populations sont aussi particulièrement touchées, surtout les salarié·es directement concernés. Ainsi, Amnesty International dénonce dans un rapport la situation déplorable des ouvrier·ères des grandes firmes de cette industrie.
Les employé·es – qui peuvent être aussi des enfants – subissent même du travail forcé, sous peine de se voir sanctionné·es. Dans les exploitations, on doit effectuer des journées interminables et harassantes pour des salaires de misère tombant parfois jusqu’à 2,50 dollars par jour.
Cet emploi, qui exige souvent de grimper à plus de vingt mètres de hauteur, expose les ouvrier·ères à de graves dangers pour la santé : risque physique, exposition aux pesticides et inhalation des fumées toxiques des brûlis.
Pire, ce ne sont pas seulement les travailleur·euses qui sont touchés par cette pollution, mais également les autochtones, proches des sites. Les grandes exploitations industrielles ont d’ailleurs aussi des conséquences sur la vie locale puisqu’elles dépossèdent de leurs terres les petites fermes et détruisent le tissu social en accaparant tout.
« Et même si l’huile de palme n’est intrinsèquement pas plus nocive qu’une autre pour la santé, son abus peut tout de même conduire à des problèmes cardio-vasculaires. »
Enfin, en bout de course, les consommateur·ices finissent par ingérer ces résidus de substances toxiques, y compris ceux interdits en Europe. Et même si l’huile de palme n’est intrinsèquement pas plus nocive qu’une autre pour la santé, son abus peut tout de même conduire à des problèmes cardio-vasculaires. De fait, c’est surtout son association répétée aux produits transformés et à l’alimentation industrielle en général qui lui vaut une aussi mauvaise réputation.
Si malgré tous ces problèmes majeurs les industriels continuent de fabriquer de l’huile de palme de manière croissante, c’est encore une fois une histoire d’argent. Ce marché représentait en effet à lui seul 67 milliards d’euros dans le monde en 2023. Et d’ici dix ans, si rien n’est fait, il pourrait bien dépasser les 100 milliards.
Il faut dire que les palmiers produisent beaucoup sur peu de surface. En ajoutant à cela le fait que la main d’œuvre des pays où elle est réalisée coûte extrêmement peu cher, on comprend pourquoi elle est définitivement la favorite des géants de l’agroalimentaire.
D’autant que son huile résiste aux hautes températures, rancit peu et reste solide à température ambiante. Pas étonnant qu’elle équipe 50% des produits d’un supermarché occidental – des biscuits aux pâtes, en passant par certains carburants.
Interdire totalement l’huile de palme serait contre-productif. Dans les zones tropicales propices, cultivée à petite échelle par des structures locales pour leur subsistance – sans déforestation massive – elle reste viable.
Importer cette huile en France tempérée l’est tout autant, sauf rares micro-exploitations d’outre-mer à usage local. Transporter ce produit sur des dizaines de milliers de kilomètres est un non-sens et aggrave la crise climatique.
Enfin, dépendre de quelques États producteurs expose aux crises : la guerre en Ukraine avait ravagé les rayons des supermarchés français d’huile de tournesol, rappelant l’impératif d’autonomie alimentaire.
L’hexagone, ou tout au moins l’Union européenne, a pourtant toutes les cartes en main pour cultiver sur son sol bon nombre de plantes capables de remplacer cette huile dans nos assiettes : tournesol, soja, pépin de raisin, colza, lin, olive, etc.
Pour autant, il est tout de même juste de rappeler que l’huile de palme dispose d’un avantage certain sur ses concurrents ; celui de réclamer beaucoup moins d’hectares d’exploitation. Or, si la France cessait de consommer de l’huile de palme, il faudrait, en l’état, augmenter les surfaces de production d’autres végétaux.
Pour éviter cette conséquence fâcheuse, la clef serait donc tout simplement de réduire notre dépendance à l’huile en général, notamment en diminuant l’usage de nourriture transformée. De fait, dans ce secteur, comme pour la plupart des sujets environnementaux, la solution se trouve sans aucun doute dans la sobriété.
– Simon Verdière
Source photo de couverture : récoltant en Indonésie – Wikimedia Commons
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Mr Mondialisation
Depuis des années, Mr Mondialisation documente l’emprise du plastique sur nos sociétés, de l’explosion des microplastiques jusque dans nos cerveaux, à la contamination silencieuse des sols, des océans et de l’ensemble du vivant, en passant par la responsabilité écrasante des grands industriels de la pétrochimie. Le polyester, fibre reine de l’industrie textile contemporaine, s’inscrit pleinement […]
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Le polyester et ses dérivés ont peu à peu supplanté le coton, la laine, le lin et les autres fibres textiles naturelles — c’est-à-dire des fibres que l’on récolte directement sur des plantes ou des animaux — au profit de fibres synthétiques, fabriquées industriellement à partir de ressources fossiles. D’abord adoptés pour des raisons économiques, puis pour certaines propriétés techniques comme la durabilité ou l’imperméabilité, ces matériaux représentent aujourd’hui, avec les autres fibres synthétiques, près de 60,1 % de la consommation textile mondiale.
Pourtant, le contact direct du plastique – que ce soit avec les aliments, la peau, les muqueuses, en les portant ou en vivant et travaillant dans des intérieurs recouverts de plastique – s’avère un danger largement sous-estimé, pour le vivant dans son ensemble, comme le prouvent les études scientifiques récentes qui en dénonce les multiples risques : allergies, perturbations hormonales, toxicité des additifs, et même impact sur la fertilité.
Les produits dérivés du pétrole, comme le polyester, le nylon, l’élasthanne, ou encore l’acrylique, sont extrêmement nocifs pour le vivant, et se retrouvent, par la production et l’utilisation que nous en faisons, en quantité astronomique partout : en Antarctique, dans les placentas, le lait maternel, les poêles, les emballages alimentaires, nos cerveaux et même la pluie.
Ces particules, une fois dans l’environnement, reviennent dans la chaîne alimentaire et peuvent être absorbées par la peau ou ingérées, posant un risque sanitaire supplémentaire à long terme, comme la pollution, on ne peut plus avérée, des océans.

Selon Ifremer, 80 % des déchets dans les mers et les océans sont des plastiques. Mais la pollution aux microplastiques et nanoplastiques bien qu’établie, reste encore mal connue. Les macrodéchets, repérables à l’œil nu, ne représentent que 10 % du nombre des morceaux de plastique en mer. La grande majorité de cette pollution plastique reste invisible puisqu’elle est constituée de morceaux de moins de 5 millimètres de diamètre. Les microplastiques représentent 90 % du nombre de plastiques : ce sont 24 000 milliards qui flottent à la surface des océans.
Parmi ces microplastiques, les microplastiques primaires sont directement libérés dans l’environnement sous forme de petites particules. Ils proviennent notamment des fibres textiles relâchées lors du lavage en machine, des granulés ou microbilles plastiques, des fibres issues des filets de pêche, ou encore de fragments provenant de l’usure des pneus. Selon une étude publiée en septembre 2025 sur la revue scientifique ScienceDirect :
« Plus de 700 000 microfibres seraient ainsi produites lors d’une machine de 6 kg »
Sur les 102 tortues marines examinées dans une étude internationale en 2018, toutes étaient contaminées par du plastique, avec plus de 800 particules retrouvées dans certains individus. Cette quantité ne concernait qu’une partie de leur système digestif, ce qui laisse penser que la quantité totale pourrait être jusqu’à 20 fois supérieure.
Il en est de même pour les amphipodes des abysses. Ces petits crustacés vivant dans les fosses océaniques profondes (jusqu’à près de 6 500 mètres) présentent des taux de contamination record : dans la fosse des Mariannes, 100 % des amphipodes étudiés avaient du plastique dans leur intestin postérieur, surtout du PET (polyester).

Pour les oiseaux marins, c’est la même chose : plus d’un quart des décès d’oiseaux de mer sont liés à l’ingestion de plastique, et la quasi-totalité des espèces (albatros, mouettes, manchots, etc.) sont touchées. Les oiseaux peuvent accumuler de nombreux fragments dans leur estomac, ce qui cause obstructions, malnutrition et mortalité.
Les baleines, dauphins, lions de mer et phoques ingèrent également de grandes quantités de plastique sous toutes ses formes, parfois sous forme de gros débris qui provoquent des blessures internes ou la mort. Les poissons marins, notamment ceux vivant près des estuaires, sont aussi fortement contaminés (jusqu’à 86 % pour certaines espèces comme le merlu européen), selon une étude menée par l’Université autonome de Barcelone dans le cadre du projet de recherche I plastic qui analyse la présence de ces particules dans les rivières et les estuaires.
Commençons par l’eau potable, qui peut également devenir une bombe de plastique, selon un article du CNRS, révélant que la majorité des microplastiques présents dans l’eau potable échappent aux détections actuelles en raison de leur petite taille (< 20 µm). Qu’elle soit en bouteille en plastique, ou non, l’eau est polluée, en somme – sans parler des scandales Nestlé en cours pour ses eaux contaminées vendues à prix d’or.
Concernant les vêtements et les intérieurs en plastique, le contact du polyester ou de toute autre matière plastique avec la peau provoque régulièrement des réactions allergiques et des irritations, surtout chez les personnes sensibles. Plusieurs études cliniques et observations dermatologiques le confirment : peu respirant, il favorise la transpiration et les frottements. Résultat : rougeurs, éruptions cutanées, démangeaisons, voire eczéma chez certains individus.
Le port de sous-vêtements en polyester augmente le risque de cystites et d’infections urinaires, car les fibres retiennent l’humidité et la chaleur, créant un environnement propice à la prolifération bactérienne. Même partiellement doublé de coton, le polyester peut libérer des microfibres qui contaminent les muqueuses et accroissent le risque d’infections, voire de syndrome du choc toxique. Le contact direct avec les muqueuses vaginales par exemple peut avoir de lourds effets, puisque les muqueuses, en général, absorbent davantage toute sorte de polluants que le reste du corps, mais les muqueuses vaginales sont encore plus perméables que les autres.
Mais surtout, selon l’ANSES, le polyester est systématiquement traité avec des colorants, agents de finition, anti-froissements, retardateurs de flamme, phtalates, etc, des substances sont loin d’être inoffensives : ce sont des perturbateurs endocriniens avérés. Ils peuvent migrer du tissu vers la peau, puis pénétrer dans l’organisme.
Cerise sur le gâteau de l’ultrapollution textile, une étude publiée en juin 2024 a montré que les PFAS présents dans de nombreux textiles synthétiques traversent facilement la barrière cutanée :
Selon les tests réalisés sur des modèles de peau humaine, jusqu’à 59 % de certaines molécules PFAS sont absorbées après 24 à 36 heures d’exposition.
Enfin, les microfibres de polyester, libérées lors du port ou du lavage, peuvent être absorbées par la peau ou inhalées. Elles servent de vecteurs à des substances toxiques, notamment le BPA, dont l’exposition est associée à des troubles du développement cérébral et de la prostate chez les enfants et les fœtus.
Le polyester et ses dérivés peuvent présenter des risques pour le système endocrinien, mais la dangerosité dépend principalement des substances chimiques ajoutées lors de la fabrication et de la finition des textiles, plutôt que du polymère de polyester lui-même. Plus précisément, le polyester pur, composé d’éthylène glycol et d’acide téréphtalique, n’est pas intrinsèquement classé comme perturbateur endocrinien.
Cependant, selon Santé.gouv, et comme évoqué, les textiles en polyester sont traités avec divers additifs chimiques, qui peuvent migrer du tissu vers la peau, notamment en cas de chaleur ou de transpiration, puis être absorbées par l’organisme. Les effets potentiels incluent des troubles de la fertilité, des anomalies du développement, des troubles hormonaux, et d’autres pathologies liées à une perturbation du système endocrinien.
Une étude sur des sujets exposés en continu à des vêtements en polyester a montré une azoospermie (absence de spermatozoïdes) après 140 jours. Le phénomène était réversible, mais souligne la capacité du polyester à perturber la spermatogenèse, probablement via son potentiel électrostatique élevé et la migration de substances chimiques.
Tout comme le polyester, les tissus synthétiques comme le polyamide, le nylon ou l’élasthanne incluent des perturbateurs endocriniens, des cancérigènes, des neurotoxiques et des mutagènes qui peuvent migrer dans l’air ou être en contact direct avec la peau. Tous ces effets délétères sont également sublimés par vos textiles d’intérieur, à savoir vos rideaux, vos canapés, tapis, coussins et oreillers, draps, matelas, etc… Donc, si vos enfants ont des peluches, ce sont également des réserves de polluants ultra-toxiques.
La toxicité des matelas pour enfants a été mise en exergue par deux études publiées par l’université de Toronto le 15 avril 2025 :
« les bébés et les jeunes enfants peuvent respirer et absorber des produits chimiques nocifs contenus dans les matelas lorsqu’ils dorment ».
Les bébés et les enfants sont encore plus susceptibles d’être exposé à ces polluants, à cause de leur peau plus perméable, le fait qu’ils mettent fréquemment leur main à la bouche et sont plus près des tissus et du sol, réceptacle de microplastiques et autres polluants en tout genre (comme les produits d’entretien synthétiques).
Pour réduire leur exposition, les chercheurs conseillent aux parents de réduire le nombre d’oreillers, de couvertures et de jouets. Ils recommandent aussi de laver régulièrement la literie et les vêtements, car ils agissent comme une barrière protectrice, ainsi que de favoriser les tissus non teints ou aux couleurs neutres. La conservation des couleurs vives nécessite l’ajout de filtres UV et autres additifs pouvant être nocifs. Couplé à la toxicité et des rejets des meubles, ainsi qu’aux produits d’entretien, il est très important d’aérer régulièrement.
La généralisation du polyester et des fibres synthétiques est la conséquence directe de stratégies industrielles et politiques. En privilégiant des matériaux issus de la pétrochimie, peu coûteux et hautement rentables, les industriels ont imposé un modèle textile fondé sur la surproduction, l’opacité et l’externalisation des coûts sanitaires et environnementaux. Le discours dominant, qui fait peser la responsabilité sur les consommateurs, occulte le rôle central des grands groupes de la fast fashion et de la pétrochimie dans l’organisation de cette dépendance au plastique.
Présenté comme une solution « écologique » par le biais du recyclage, le polyester recyclé demeure aussi une source majeure de microplastiques et de substances toxiques. Réduire réellement l’impact du textile implique un changement structurel : encadrer strictement la production de fibres synthétiques, imposer la transparence sur les substances chimiques utilisées, et mettre fin aux fausses solutions industrielles. Tant que les industriels ne seront pas tenus pleinement responsables des dommages qu’ils causent aux écosystèmes et à la santé humaine, le polyester restera l’un des symboles les plus visibles d’une économie qui sacrifie le vivant à la rentabilité.
– Maureen Damman
Photo de couverture de EqualStock sur Unsplash
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Mr Mondialisation
Sanctuaire antispéciste, le Little Phoenix Sanctuary accueille une centaine d’animaux sur 10 hectares de terrain, en Charente. Une oasis de paix pour d’anciens animaux d’élevage, tenue par William Lenoir, également créateur de l’association L-PEA. Rencontre avec un militant de la cause animale. Fondée en 2011, l’association L-PEA (Lumière sur les Pratiques d’Élevage et d’Abattage) a […]
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Fondée en 2011, l’association L-PEA (Lumière sur les Pratiques d’Élevage et d’Abattage) a vu le jour dans le département de la Creuse, avant de s’installer définitivement en Charente. William Lenoir, son fondateur, milite depuis l’adolescence en faveur des droits animaux et humains.
Cet amour d’enfance pour les animaux l’a d’abord mené à cofonder un sanctuaire pour les primates en Inde, puis à ancrer son action dans sa vie quotidienne, de retour en France. Aujourd’hui, il s’occupe à temps plein d’une centaine d’animaux. Son refuge, Little Phoenix Sanctuary, accueille, protège et défend des animaux d’élevage ou victimes de maltraitance. Le résultat d’années de combat et de militantisme en faveur des animaux victimes de l’exploitation humaine.

William Lenoir : « Je suis le président et fondateur de l’association L-PEA. Le combat a débuté en 2011 avec une campagne contre un abattoir situé à Guéret, en Creuse. Il s’agissait du premier abattoir européen sans étourdissement. Un combat qui a reçu énormément de soutien à l’époque, et que nous avons fini par gagner en 2014. Je l’avais commencé seul, et cela s’est fini en larges manifestations…
J’ai alors eu la preuve qu’il existait un potentiel de travail sur les animaux de ferme. Pendant un an, je me suis interrogé sur l’angle à choisir. Abolitionniste (ndlr : pour l’abolition totale de l’exploitation animale) ou welfariste (ndlr : pour une amélioration de leurs conditions de vie) ? J’ai d’abord dû faire des compromis, via le welfarisme, pour que notre discours soit acceptable. Mais je vivais mal ce que je disais, je trouvais cela contradictoire… De fait, avec le temps, L-PEA est devenue abolitionniste car c’était la seule posture cohérente pour moi. Elle synthétise tous mes combats contre la maltraitance animale : chasse, cirque, foie gras, etc.

Je tiens à préciser que, personnellement, je lutte pour cette cause car elle représente une injustice flagrante. Je ne fais pas ça par excès d’empathie pour les animaux, ou parce que cela me touche plus que la souffrance humaine. Les deux vont de pair, nous ne pouvons pas les faire s’entrechoquer. L’antispécisme, par définition, prend en compte les deux car nous ne voulons hiérarchiser aucune espèce. »
« Que ce soit côté humain ou animal, il y a de l’injustice, de la douleur et de la souffrance. Elles doivent toutes être combattues. »
William Lenoir : « Je me suis très tôt posé la question de savoir ce que je voulais faire de ma vie. Des questionnements qui m’ont mené jusqu’en Inde, ou qui m’ont poussé, adolescent, à lutter pour les droits des populations humaines indigènes. En parallèle, j’ai vite commencé à recueillir des animaux. Finalement, j’ai choisi cette cause car c’est là que je pouvais avoir le plus d’impact. J’ai une meilleure aptitude au contact animal qu’au contact humain, je savais donc où et comment je pourrais réellement aider. »
« Si l’image populaire des sanctuaires est souvent idyllique, la réalité, c’est plutôt quelqu’un d’épuisé avec de la boue jusqu’aux oreilles ! »
William Lenoir : « C’est un travail difficile ! Mes journées se répartissent entre les clôtures, les soins, le nourrissage, les abris… Mais je suis seul et le corps commence à ne plus suivre. Malheureusement, le système de bénévolat n’est pas assez fiable, car il faut bien connaître les animaux pour les soigner. Si l’image populaire des sanctuaires est souvent idyllique, la réalité, c’est plutôt quelqu’un d’épuisé avec de la boue jusqu’aux oreilles !

Le quotidien de base est tenable, mais quand à cela s’ajoute des épidémies, des maladies, ou des intrusions de chasseurs sur le terrain… Alors je n’ai même plus le temps de manger. De plus, je crée un journal chaque mois pour donner des informations aux donateurs et parrains sur les animaux. Très peu de gens se rendent compte de l’investissement réel. Parfois, cela me blesse. Je ne demande évidemment pas de médaille, mais juste la reconnaissance d’un travail assez éreintant. Auquel s’ajoutent les morts, agonies et accidents, que l’on porte sur la conscience quoi qu’il arrive.
L’épuisement m’a contraint à céder mes bovins à la Fondation Brigitte Bardot, car il m’était devenu trop difficile de m’en occuper… « Sombrer dans le chaos ou rebondir avec méthode », voilà ce que je me suis dit à l’époque. De fait, il m’a fallu trouver des solutions pour ne pas couler. »
William Lenoir : « Un mélange des deux. D’abord, il y a la question des fonds. Nous avons réalisé une collecte l’an dernier qui a bien marché. Cela nous permet de rémunérer des pet-sitters à l’heure, mais impossible d’embaucher en contrat régulier. Et personnellement, je vis une phobie sociale qui fait que je n’arrive pas à travailler avec quelqu’un à côté de moi. J’ai donc deux problèmes à résoudre : sécuriser mon budget, et régler un problème d’espace pour accueillir les bonnes volontés. »
William Lenoir : « Des quatre coins de la France. Ils sont souvent sauvés d’abattoirs, mais également de maltraitance ou d’abandon. Parfois, nous sommes directement contactés par les éleveurs. Le sanctuaire est un asile pour des animaux oppressés par le système. Nous recevons des centaines de SOS, auxquels nous répondons quand c’est possible… Cela demande que les conditions soient réunies en termes d’espace, de temps, ou encore de soins nécessaires. Je privilégie la qualité sur la quantité. Actuellement, je ne récupère plus d’animaux.
« Le sanctuaire accueille une centaine d’animaux : chienS, chats, cochons, dindons, chèvres, moutons, oies, jars, poules, canards… »
Les dindons sont les plus abîmés. De par leurs conditions d’élevage et de modifications génétiques, ils n’ont aucune défense immunitaire. C’est vraiment terrible. Ils souffrent de toutes les bactéries possibles, les mêmes qui sont inoffensives pour les autres animaux. Nous les soignons du mieux que nous pouvons. Le sanctuaire a même été élu refuge où les dindons étaient les mieux soignés de France !…

Enfin, je prends soin des animaux sauvages qui passent sur mon terrain, des rongeurs aux escargots en passant par les hérissons. Mais aujourd’hui, je ne vois plus de hérissons, même morts. Nous assistons à leur disparition en direct… »
William Lenoir : « Non, malheureusement… Ce qui est dommage car l’association a un gros potentiel. Nous sommes bons sur le travail de communication, ou juridique. Mais les campagnes menées sont épuisantes, elles peuvent rester bloquées des années sur un sujet, pendant que dix autres apparaissent en parallèle… Je garde toutefois espoir. Lors du combat contre l’abattoir de Guéret, il n’y avait aucun militantisme sur le terrain quand je suis arrivé. Après cette bataille, des habitants du coin sont revenus me voir pour me dire qu’ils étaient devenus végétariens. Un mot que nous n’avions pourtant jamais évoqué.
« Le problème, si on n’aborde ces sujets que par le biais du drame, c’est que les gens s’habituent et passent à autre chose. »
Je veux revenir sur le terrain militant. Cela fait partie d’un plus vaste projet qui inclut notamment des opérations artistiques. J’aimerais créer des événements pour faire passer le message autrement : théâtre, musique, expositions… L’objectif est de faire entrer les sujets de l’élevage et du spécisme dans l’esprit de chacun, mais sans que ce ne soit trop militant, ni dramatique. En effet, si on n’aborde ces sujets que par le biais du drame, le risque est que les gens s’habituent et passent à autre chose. Or il suffit de voir la famine dans certains pays d’Afrique : on y est tellement habitués qu’on n’y pense plus…
Enfin, j’aimerais également fonder un « think tank » sur la réflexion de la consommation de produits animaux. Y rassembler philosophes, psychologues, économistes… Le but serait de développer des théories réalistes et concrétisables, autour d’un réseau de collaboration voire de création collective. Mais tout cela demande temps et énergie ! »
William Lenoir : « Oui, je subis des intrusions à répétition – ce qui est le cas d’énormément de refuges… Récemment, des chiens de chasse sont entrés dans le bâtiment. Malheureusement, je n’avais rien pour filmer. Les chèvres étaient en panique, les cochons naviguaient au milieu des chiens… À se demander comment ils ont réussi à ne pas être blessés.
Nous avions également un sanglier qui venait régulièrement sur le terrain. Il s’est échappé de l’enclos et a été tué. Et dans ce cas-là, je peux rien dire… Mais c’est absolument épuisant, physiquement et mentalement. Et ça reste le quotidien de nos weekends, la moitié de l’année, quand on habite en milieu rural.
« Quand les chasseurs sont là, tout s’arrête, je ne peux plus travailler, et je risque de prendre une balle sur mon propre terrain ! »
Cette atteinte à mon travail et mon intégrité physique est insupportable. Cela nous tient en angoisse tout le weekend, même quand ils ne sont pas là. Mon terrain a beau être classé hors-chasse, notre pouvoir sur eux est ridicule. En cas de conflit, ils pourraient se venger sur un animal et je ne pourrais rien faire.

Alors à force, je me suis équipé. J’ai une caméra, et un pic électrique pour repousser les chiens – car oui, les chasseurs me poussent au point d’être prêt à faire du mal à des animaux pour protéger les miens ! Cette situation est aberrante dans un « pays des Droits de l’Homme ». Il faut nous rendre à l’évidence que personne ne devrait subir ça. Comment est-ce possible que des chasseurs se retrouvent à évoluer armés sur ma propriété ? Que diraient-ils si je venais jouer au volley dans leur jardin – juste ça, sans arme ?
Je ne peux m’empêcher de penser que cela pourrait très mal finir, et je ne parle pas forcément de moi. Heureusement, s’il tend à y avoir une omerta sur ce sujet, les lignes commencent à bouger. Les gens parlent, portent plainte, et les gendarmes écoutent – pour l’avoir vécu personnellement. »
William Lenoir : « Pierre Chart m’a sauvé la vie ! C’est lui qui m’a mis à la peinture. Depuis, je ne lâche plus mes pinceaux. Cela me permet de m’exprimer, rebondir, trouver de l’énergie… Pierre est un militant de la cause animale. Ses œuvres sont puissantes, fortes. Elles jettent la souffrance animale à la face du monde. C’est un écorché vif qui dénonce le sort subi par d’autres écorchés.

L’idée de créer une galerie d’art pour la cause animale me séduit. Cela permettrait de soutenir les sanctuaires. Car nos opérations artistiques fonctionnent bien et dégagent des fonds. Bientôt, nous allons recevoir des œuvres d’une peintresse vénicienne, Tatiana Furlan. Il y aura également le recueil de poésie Solastalgique de l’écrivaine végane et féministe Meryl Pinque. La moitié de son prix d’achat sera reversé au sanctuaire. »
William Lenoir : « La première chose qu’ils peuvent faire, c’est nous suivre, marquer leur approbation et partager nos informations sur les réseaux. Ensuite, nous avons évidemment besoin de ressources financières. La plus efficace reste le parrainage, via des dons mensuels : un apport régulier qui aide à se projeter, financer des soins ou des travaux.
Les dons matériels sont également possibles. En retour, j’envoie chaque mois un journal numérique avec des nouvelles des animaux. Quand le réseau artistique sera développé, nous pourrons donner davantage aux parrains, comme des prix sur les œuvres, des billets d’entrée pour des événements… Enfin, nous cherchons des gardiens sur des périodes données, pour surveiller le terrain en mon absence. J’offre alors de quoi habiter sur place. »

William Lenoir : « Oui, car une réflexion me revient souvent. Autour de moi, j’entends les gens écrire ou dire « Mais que fait le gouvernement ? » face à la souffrance animale et à l’élevage – intensif, surtout. Or, il n’y a rien à en attendre.
« On ne peut pas espérer manger de la viande pas chère sans entrer dans un système aussi délétère, pour tout le monde – hommes, animaux, environnement. »
On ne peut pas espérer manger de la viande pas chère sans entrer dans un système aussi délétère, pour tout le monde – humains, animaux, environnement. Le gouvernement est enfermé dans le lobbying, il ne résoudra jamais le problème. Alors oui, on peut se sentir impuissant. Et surtout, nous diluons notre responsabilité dans le collectif, ce qui aide à rester éteint alors que nous détenons les clés. La solution, c’est nous ! Nous avons tous une responsabilité individuelle. C’est elle qui, cumulée, peut tout renverser. »
– Entretien réalisé par Marie Waclaw
Photo de couverture : ©William Lenoir
The post En Charente, le Little Phoenix Sanctuary vient au secours des animaux first appeared on Mr Mondialisation.