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17.07.2026 à 06:00

L’anorexie, une pathologie du capitalisme ?

Mauricette Baelen

À rebours des explications exclusivement psychologiques, Marianne Fougère défend dans L’anorexie, pathologie du capitalisme une thèse forte : ce trouble ne révèle pas seulement une souffrance individuelle, mais aussi les contradictions d’un système qui érige la maîtrise de soi, la performance et l’optimisation permanente en idéaux. [Temps de lecture estimé : ~ 10 min] L’anorexie […]

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À rebours des explications exclusivement psychologiques, Marianne Fougère défend dans L’anorexie, pathologie du capitalisme une thèse forte : ce trouble ne révèle pas seulement une souffrance individuelle, mais aussi les contradictions d’un système qui érige la maîtrise de soi, la performance et l’optimisation permanente en idéaux.

[Temps de lecture estimé : ~ 10 min]

L’anorexie est généralement pensée comme une maladie relevant de l’intime : une histoire personnelle, familiale, psychique.

Dans L’anorexie, pathologie du capitalisme, Marianne Fougère, docteure en science politique, propose de déplacer le regard : sans nier la singularité de chaque parcours, elle montre comment ce trouble s’inscrit aussi dans un contexte social qui valorise le contrôle, l’autonomie et la performance.

Pourquoi parler de « pathologie du capitalisme » ? En quoi le corps anorexique révèle-t-il les contradictions de notre époque ? Et comment penser la guérison lorsque les causes sont à la fois individuelles et structurelles ? Entretien.

La dysmorphophobie ou dysmorphie corporelle, est le fait de voir son corps de manière déformée et bien différent de la réalité / Pexels

Mr Mondialisation : Vous expliquez que l’anorexie ne peut pas être comprise uniquement comme une maladie individuelle. À quel moment avez-vous réalisé qu’elle racontait aussi quelque chose de notre organisation sociale et économique ?

Marianne : « Cela ne s’est pas imposé d’un seul coup. Pendant longtemps, j’ai vécu l’anorexie comme une énigme personnelle : mon problème, mon corps, ma responsabilité.

C’est d’ailleurs ainsi qu’on nous invite à la penser. Puis j’ai constaté que des comportements associés au trouble étaient valorisés tant qu’ils restaient socialement acceptables : se contrôler, être mince, disciplinée, performante, ne pas prendre trop de place.

« La société célèbre cette maîtrise avant de s’inquiéter lorsqu’elle devient extrême. »

J’ai alors compris que l’anorexie ne surgissait pas hors du monde : elle pousse jusqu’à leur point de rupture des valeurs très ordinaires comme la performance, l’autonomie, la restriction ou le refus des besoins. Cela ne signifie pas que le capitalisme cause mécaniquement chaque anorexie, mais que nos souffrances empruntent les langages de leur époque. Aujourd’hui, ce langage est celui du contrôle, de l’optimisation et de la peur de dépendre. »

Mr Mondialisation : Pourquoi avoir choisi de parler de « pathologie du capitalisme » plutôt que de « pathologie de la modernité », de la société de consommation ou du patriarcat ?

Marianne : « Le mot « capitalisme » permet de relier des phénomènes souvent étudiés séparément : la marchandisation des corps, l’injonction à la performance, la concurrence, l’optimisation de soi ou la responsabilité individuelle en matière de santé.

La modernité me semblait trop vaste. La société de consommation est incontournable, mais l’anorexie ne relève pas seulement d’un refus de consommer : elle participe aussi d’une logique de production d’un corps efficace, désirable et employable.

Représentation de l’injonction à la maigreur dans notre société / Unsplash

Quant au patriarcat, il est indispensable pour comprendre pourquoi les femmes sont davantage exposées, mais il fonctionne avec l’économie. Les normes féminines sont aussi des marchés. Le patriarcat distribue la pression ; le capitalisme la monétise, l’intensifie et la présente comme un choix personnel. Les deux font assez bon ménage. Ils n’ont même pas besoin de partager l’addition. »

Mr Mondialisation : Si l’anorexie est le symptôme d’un système, qu’est-ce qu’elle révèle exactement de ce système ?

Marianne : « Elle révèle un système qui prétend ne connaître aucune limite tout en exigeant des individus qu’ils se limitent sans cesse. Il faut consommer toujours plus, tout en restant mince, performant et parfaitement maître de soi.

« L’anorexie pousse jusqu’au point de rupture l’idéal d’un individu qui ne dépendrait de rien, pas même de ses propres besoins. Or avoir faim, c’est reconnaître une dépendance fondamentale. »

Elle montre aussi que la maladie peut être l’exagération de la norme : le corps anorexique n’est pas hors système, il applique trop parfaitement certaines de ses consignes. Enfin, elle révèle notre difficulté collective à entendre un refus. Face à un corps qui ne coopère plus, nous cherchons d’abord à le remettre en état de fonctionner avant d’en interroger le sens. »

Mr Mondialisation : Votre livre invite-t-il à déplacer le regard de la responsabilité individuelle vers une responsabilité collective ?

Marianne : « Oui, mais déplacer ne signifie pas abolir. Je ne remplace pas une explication simpliste par une autre. Chaque personne anorexique a une histoire singulière. En revanche, la responsabilité individuelle devient écrasante lorsqu’elle est la seule que l’on accepte de voir.

« On demande à la personne de guérir tout en la renvoyant dans un environnement qui continue de célébrer la minceur, la restriction et la maîtrise. »

C’est un peu comme demander à quelqu’un d’arrêter de tousser sans s’interroger sur la qualité de l’air. La responsabilité collective consiste à examiner les conditions dans lesquelles ces troubles apparaissent, sont encouragés ou mal soignés : l’industrie de la beauté, les plateformes numériques, le travail, l’école, la médecine, mais aussi nos conversations ordinaires. Il ne s’agit plus seulement de demander : « Qu’est-ce qui ne va pas chez cette personne ? », mais : « Dans quel monde cette souffrance a-t-elle pris cette forme ? » »

Mr Mondialisation : Peut-on encore considérer le corps comme un espace intime alors qu’il est constamment évalué, comparé, optimisé et marchandisé ?

Marianne : « Le corps reste intime, mais c’est une intimité très fréquentée. Il est traversé par le regard familial, médical, amoureux, professionnel, publicitaire et désormais algorithmique.

« Nous croyons disposer librement de notre corps, mais nos choix sont façonnés par des normes. Le paradoxe est là : le corps est présenté comme un projet individuel alors qu’il est soumis à une évaluation collective permanente. »

Il devient à la fois une vitrine, un capital et une preuve morale. Reprendre possession de son corps suppose donc aussi de lui reconnaître un droit à l’opacité, à l’imperfection, au besoin, au vieillissement et, soyons audacieuses, à la tranquillité. »

Photographie prise le 21 avril 1887. Extrait de « Anorexia Nervosa (Apepsia Hysterica, Anorexia Hysterica) » par William Withey Gull, M.D. / WikimediaCommons

Mr Mondialisation : L’anorexie est souvent présentée comme une obsession de la minceur. N’est-elle pas plutôt une obsession du contrôle ?

Marianne : « La minceur est la forme visible du trouble, mais elle n’en est pas toujours le cœur. Le contrôle occupe une place centrale : contrôler son alimentation peut donner l’impression de reprendre prise lorsque le reste paraît chaotique.

« Mais l’anorexie commence parfois comme une tentative de maîtrise et finit par devenir ce qui vous maîtrise. »

Les règles se multiplient, l’espace mental se rétrécit et la liberté disparaît. Derrière le contrôle se joue aussi une question plus profonde : celle des besoins. Contrôler sa faim, c’est tenter de contrôler sa vulnérabilité, pouvoir se dire : « Je n’ai besoin de rien. » Une position qui correspond étrangement à l’idéal contemporain de l’individu autonome et performant. La minceur est moins une fin qu’un langage. »

Mr Mondialisation : Peut-on voir dans l’anorexie une forme de résistance paradoxale à une société qui pousse sans cesse à consommer ?

Marianne : « Oui, à condition de souligner le mot « paradoxale ». Refuser de manger dans une société fondée sur la consommation produit une dissonance. En ce sens, je parle d’une « grève du corps » : une grève étrange, sans revendication formulée, où le corps suspend sa coopération.

Mais cette résistance est profondément ambivalente, car elle reproduit aussi les valeurs qu’elle semble refuser : la discipline, la performance, le contrôle de soi. L’anorexie n’est ni une révolte héroïque ni une solution politique. C’est une résistance qui se retourne contre celle qui la porte, mais qui possède un potentiel critique : elle révèle qu’un monde sans limites peut produire des individus obsédés par le fait de s’en imposer, jusqu’à disparaître. »

Mr Mondialisation :  Peut-on guérir individuellement d’une souffrance dont les causes sont en partie structurelles ?

Marianne : « Heureusement, oui. Dire que les causes sont en partie structurelles ne signifie pas qu’il faille attendre la fin du capitalisme pour commencer une thérapie ou reprendre un repas. La prise en charge individuelle est indispensable : l’anorexie met la vie en danger et nécessite des soins médicaux, psychologiques et nutritionnels.

Ce que je critique, c’est une conception trop étroite de la guérison, qui consisterait seulement à restaurer un poids ou à supprimer un comportement sans écouter ce qu’il a rendu supportable ou exprimé. Soigner l’individu et transformer le monde ne sont pas deux projets concurrents. Il vaut mieux faire les deux. C’est moins pratique qu’une ordonnance unique, mais plus honnête. »

Mr Mondialisation :  Pourquoi les femmes restent-elles très majoritairement concernées par les troubles anorexiques ?

Marianne : « Parce qu’elles sont encore socialisées à vivre leur corps comme un objet à surveiller, corriger et présenter. Très tôt, elles apprennent qu’elles seront regardées, comparées et évaluées. Elles doivent être désirables sans paraître trop conscientes de leur désirabilité, minces sans sembler obsédées, gourmandes mais pas grosses, performantes sans prendre trop de place. La féminité traditionnelle repose largement sur une discipline des appétits, qu’ils soient alimentaires, sexuels, professionnels ou politiques.

À cela s’ajoute une contradiction contemporaine : les femmes sont invitées à réussir tout en restant soumises à des normes esthétiques extrêmement contraignantes. L’anorexie peut cristalliser cette tension. Cela n’épargne évidemment pas les hommes ni les personnes trans ou non binaires, mais la disproportion entre les sexes n’a rien de mystérieux. »

Mr Mondialisation : Les réseaux sociaux ont-ils aggravé un problème déjà ancien ou en ont-ils changé la nature ?

Marianne : « Les troubles anorexiques existaient bien avant Instagram ou TikTok. Les réseaux n’ont pas créé le problème, mais ils en ont modifié l’intensité, la vitesse et l’intimité. La comparaison sociale est devenue permanente et s’invite jusque dans la chambre. Les plateformes personnalisent en outre les normes : l’algorithme comprend vite ce qui retient votre attention et vous propose toujours plus de contenus liés au régime, au fitness ou à la perte de poids. Cela peut créer un environnement obsessionnel.

Mais les réseaux ne produisent pas seulement de la souffrance : ils permettent aussi à des personnes isolées de trouver des ressources et des communautés de soutien. Le véritable changement tient peut-être au fait que nos corps sont devenus des contenus, et nos insécurités des données particulièrement rentables. »

Mr Mondialisation : Pensez-vous que notre société a tendance à médicaliser des souffrances qui sont parfois d’abord sociales ou politiques ?

Marianne : « Oui, mais je refuse d’opposer le médical et le politique. Une souffrance peut être socialement produite tout en nécessitant un traitement médical. Une anorexie reste une maladie grave. Le problème apparaît lorsque le diagnostic ferme la discussion au lieu de l’ouvrir.

Il donne accès à des soins indispensables, mais peut aussi réduire la souffrance à un dysfonctionnement individuel. La médecine doit évidemment agir dans l’urgence lorsque la vie est en danger. En revanche, si tout le soin se concentre sur le poids, les calories ou l’IMC, on risque de réparer le corps sans entendre ce qu’il exprimait. Il faut tenir ensemble l’urgence biologique, l’histoire singulière et le contexte social. »

Mr Mondialisation : À quoi ressemblerait une société qui produirait moins d’anorexie ? Quelles normes faudrait-il déconstruire en priorité ?

Marianne : « Ce serait d’abord une société qui tolérerait davantage les besoins, les limites et la dépendance.

« Avoir faim, être fatigué, demander de l’aide ou ne pas être performant ne seraient plus des fautes morales. »

Il faudrait rompre avec l’association entre minceur, santé et valeur personnelle, mais aussi avec l’idéal de maîtrise absolue. Nous ne sommes pas des êtres capables de tout contrôler : nous avons besoin des autres, nous vieillissons, nous tombons malades.

Une société moins anorexigène transformerait aussi le soin, l’école, le travail et les médias : mieux repérer les troubles, limiter la promotion des régimes, cesser les commentaires sur le poids et garantir une véritable sécurité matérielle. Elle serait capable de dire collectivement « assez », pour que les individus n’aient plus à inscrire seuls cette limite dans leur chair. »

Mr Mondialisation : Le problème est-il le capitalisme lui-même ou certaines formes contemporaines du capitalisme néolibéral ?

Marianne : « Les mécanismes que j’analyse prennent une intensité particulière dans le capitalisme néolibéral : individualisation des risques, mise en concurrence, recul des protections collectives, culte de l’entrepreneur de soi. Chacun est invité à gérer son corps, sa carrière ou sa santé comme un portefeuille d’actifs. Le néolibéralisme radicalise cette logique en transformant la discipline extérieure en autodiscipline : il ne se contente pas de nous imposer des normes, il nous demande de les désirer.

Mais je ne crois pas que le problème se limite à une version excessive du capitalisme. La croissance sans fin, la marchandisation et la mise en valeur de tout ce qui existe lui appartiennent structurellement. Les politiques publiques peuvent toutefois en limiter les effets : des protections sociales solides, un système de santé accessible ou une réduction des inégalités changent concrètement les vies. Le néolibéralisme n’a pas inventé cette logique ; il l’a rendue plus intime. Désormais, la petite entreprise à optimiser, c’est nous. »

Mauricette Baelen


Photo de couverture : Marianne Fougère – © Sandrine Cornillot

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16.07.2026 à 06:00

Top 9 des pires affaires judiciaires du Rassemblement National

Simon Verdiere

Le procès pour détournement de fonds publics du Rassemblement National ne cesse d’éclabousser la vie politique française. Tandis que Marine Le Pen a décidé de se présenter malgré tout aux présidentielles de 2027, le spectre de nombreuses condamnations passées revient à nouveau hanter le parti à la flamme. [Temps de lecture estimé : ~ 5 […]

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Texte intégral (1826 mots)

Le procès pour détournement de fonds publics du Rassemblement National ne cesse d’éclabousser la vie politique française. Tandis que Marine Le Pen a décidé de se présenter malgré tout aux présidentielles de 2027, le spectre de nombreuses condamnations passées revient à nouveau hanter le parti à la flamme.

[Temps de lecture estimé : ~ 5 min]

Le Rassemblement National s’est souvent vanté d’être une organisation « différente », irréprochable, et épargnée par les affaires. En 1993, l’ex-Front National avait même adopté « mains propres, tête haute », comme slogan de campagne. Et pourtant, les déboires judiciaires du mouvement de Jordan Bardella sont loin d’être une exception. Mr Mondialisation relate neuf des pires condamnations le concernant.

1. Recel d’abus de bien sociaux

En 2012, le FN, qui vient tout juste de passer sous la direction de Marine Le Pen, organise un grand montage financier pour tromper l’État. À l’époque, le parti d’extrême droite oblige presque tous ses 572 candidats à acheter des kits de campagne, facturés 16 550 € chacun. Ces kits, produits par la société Riwal, tenue par Frédéric Châtillon, proche conseiller de Marine Le Pen, ne contenaient pourtant que des affiches, tracts et site internet.

La structure « Jeanne », elle aussi proche du parti, concédera des emprunts à chaque prétendant pour leur éviter d’avancer de l’argent. En bout de chaîne, les candidats ayant dépassé 5 % (tous sauf 35), feront alors valoir leurs droits au remboursement de cette immense surfacturation. Au passage, les responsables en profitent pour s’enrichir un peu plus avec les intérêts du prêt. Résultat : une condamnation à 250 000 € d’amende pour le parti, et plusieurs peines de prison et d’inéligibilité pour les cerveaux de l’affaire.

2. Contestation de crimes contre l’humanité et négationnisme

Les déboires judiciaires du fondateur du FN, Jean-Marie Le Pen, ne sont un secret pour personne. Condamné à de multiples reprises, il a notamment été épinglé pour « contestation de crime contre l’humanité ». Il affirmait ainsi en 1990, puis en 2017, dans le plus grand des négationnismes, que les chambres à gaz étaient un « point de détail de l’Histoire de la seconde guerre mondiale », ce qui lui a valu plus de 200 000 € d’amende.

Certains pourraient arguer que ces faits sont anciens et que, depuis, le RN « aurait changé ». Toutefois, il serait utile de se rappeler que Catherine Lesné, conseillère municipale RN d’Agen, avait repris ces propos à son compte en 2018, avant d’être condamnée à deux mois de prison avec sursis et à cinq ans d’inéligibilité.

3. Violence avec arme en réunion

En 2000, Frédéric Boccaletti, déjà connu pour avoir tenu une librairie vendant des ouvrages négationnistes, prend part à une rixe avec une bande de jeunes gens racisés. Pendant un collage d’affiche, le ton monte et des insultes racistes auraient même fusé. S’en suit une course poursuite en voiture durant laquelle l’actuel député RN confie une arme à feu au militant de 19 ans qui l’accompagnait ce soir-là. Ce dernier tire alors en direction de leurs opposants, sans que personne ne soit blessé.

Malgré tout, Boccaletti, qui n’avait pas de permis pour ce revolver, sera condamné à un an de prison, dont six mois ferme, pour « violence en réunion avec armes ». Après quatre mois d’incarcération, il sera gracié pour raison de santé.

4. Manœuvre frauduleuse

Pendant la campagne législative de 2012, Jean-Luc Mélenchon décide d’affronter Marine Le Pen dans la circonscription d’Hénin-Beaumont où celle-ci s’est établie. Se sentant probablement menacée, la nouvelle dirigeante du FN fait circuler de faux tracts du candidat du Front de Gauche.

Le papier sur fond vert, couleur de l’islam, reprend une phrase du futur fondateur de LFI : « Il n’y a pas d’avenir pour la France sans les Arabes et les Berbères du Maghreb », accompagné d’un slogan « Votons Mélenchon » et sa traduction en arabe. Pour cette affaire, la quadruple aspirante aux présidentielles sera condamnée à 10 000 € d’amende.

5. Injure à caractère racial

Si les propos racistes sont innombrables au sein du RN, beaucoup sont cependant passés au travers des mailles du filet judiciaire. Ce n’est toutefois pas le cas Davy Rodriguez, ancien numéro 2 du Front National Jeunesse, condamné en 2019 pour avoir traité un videur lillois de « sale n*gre de merde ».

6. Diffamation

Bien habitué aux mensonges et aux calomnies, des membres du RN ont, par ailleurs, été condamnés pour diffamation. Marine Le Pen s’est, par exemple, vue infliger 500 € d’amende avec sursis en 2025 pour ses propos contre une association d’aides aux migrants, tout comme Laurent Jacobelli à 300 € pour avoir traité un député racisé de « racaille ».

7. Prise d’otage avec arme

Anne Claire Bell, candidate RN aux législatives en Mayenne en 2024, a largement fait parler d’elle pour une condamnation remontant à 1995. En effet, à l’époque, celle-ci voyait sa société en difficultés financières et menacée de dépôt de bilan. Pour protester, elle avait pris en otage le secrétaire général de la mairie. Durant cet épisode, elle a d’ailleurs tiré un coup de feu après une bataille avec l’employé. Heureusement, sans blessé, cette affaire a malgré tout abouti à de la prison ferme.

8. Abus de confiance et faux et usage de faux

Le conseiller régional RN Florent de Kersauson a été condamné pour de multiples délits financiers, à hauteur de plusieurs centaines de milliers d’euros. Puni de deux ans de prison avec sursis et de 50 000 € d’amende, l’élu breton a également écopé de cinq ans d’inéligibilité, d’une interdiction de diriger une entreprise et de 229 000 € d’indemnisation pour les victimes.

Il lui est notamment reproché d’avoir trompé des investisseurs en utilisant leur argent pour renflouer une société en cessation de paiement. Une récidive, puisque celui-ci avait déjà été sanctionné pour d’autres délits financiers en 2022.

9. Emplois fictifs et détournements de fonds publics

L’affaire a secoué toute la France, puisqu’elle concerne directement Marine Le Pen et sa candidature aux présidentielles de 2027. Il s’agit ici d’un véritable dispositif de détournement de fonds publics qui a été épinglé par la justice, avec pas moins de 2,8 millions d’euros de préjudice. Vingt-cinq membres du RN ont été sanctionnés dans cette affaire, dont Louis Alliot, Julien Odoul et, surtout, Marine Le Pen. Cette dernière a écopé de trois ans de prison, dont un ferme, d’une amende de 100 000 € et de 45 mois d’inéligibilité, dont 30 avec sursis.

Le parti a été reconnu coupable d’avoir créé un système entre 2004 et 2016. Ainsi, chaque eurodéputé RN avait reçu la consigne de n’engager qu’un seul assistant parlementaire avec l’enveloppe allouée à chaque élu par l’UE. Le reste de l’argent était accaparé par le mouvement d’extrême droite pour rétribuer de faux assistants qui exerçaient en réalité d’autres tâches sans rapport avec le parlement. Le majordome de Jean-Marie Le Pen a, par exemple, été rémunéré par des fonds publics, ce qui induisait un clair enrichissement personnel.

Des procédés qui pourraient également concerner Jordan Bardella, pour le moment pas encore mis en examen, mais épinglé par les médias pour avoir produit des preuves falsifiées.

« Quand allons-nous tirer les leçons et mettre en place l’inéligibilité à vie pour tous ceux qui ont été condamnés pour des faits commis grâce ou à l’occasion de leur mandat ? »

se demandait d’une manière hypocrite Marine Le Pen en 2013, alors qu’elle avait déjà inventé ce système. La question elle-même, pourtant, est légitime et partagée.

Simon Verdière


Photo de couverture : Vox España – WikimediaCommons

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15.07.2026 à 06:00

Levain et farine locale : Julien Poilâne renoue avec l’artisanat face au pain industriel

Mr Mondialisation

Héritier du pain au levain et d’une prestigieuse famille de boulangers, Julien Poilâne s’est récemment détourné de la boulangerie industrielle pour se tourner vers l’artisanat. Un parcours axé sur la santé, le savoir-faire et le rejet des transformations modernes du pain. [Temps de lecture estimé : ~ 12 min] Maître artisan boulanger à Lyon, Julien […]

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Héritier du pain au levain et d’une prestigieuse famille de boulangers, Julien Poilâne s’est récemment détourné de la boulangerie industrielle pour se tourner vers l’artisanat. Un parcours axé sur la santé, le savoir-faire et le rejet des transformations modernes du pain.

[Temps de lecture estimé : ~ 12 min]

Maître artisan boulanger à Lyon, Julien Poilâne a tourné le dos au pain fabriqué à la chaîne pour revenir à l’essentiel. Son grand-père, Pierre Poilâne, a fondé la marque du même nom en 1932 et défendait déjà un « art du pain ». Celui-ci reprend tout son sens aujourd’hui. En effet, face aux problèmes grandissants de santé publique et d’environnement, ralentir et proposer un pain sain constitue un acte subversif.

Julien Poilâne l’a bien compris. Ajouts de gluten, d’émulsifiants, d’additifs et autres levures intensives… Nombre de personnes sont devenues intolérantes à ce qui est devenu la base de l’alimentation occidentale. Alors, le maître artisan a décidé de prendre le contre-pied de ce qui est en train de détruire le métier de boulanger.

Panification et pousse lentes, usage de farines bio et locales, maintien du germe et du son de blé, cuisson au feu de bois… Pour son fils, pour les générations futures, pour l’environnement, pour les apprenti·es qu’il forme, Julien Poilâne renoue avec une exigence d’authenticité, de santé et de transparence.

Le boulanger et maître-artisan Julien Poilâne dans sa boutique Ô Le Pain, à Lyon.
Le boulanger et maître-artisan Julien Poilâne dans sa boutique Ô Le Pain, à Lyon.

Entretien avec Julien Poilâne

Mr Mondialisation : Si votre nom est associé à de grands boulangers, vous ne vous destiniez pas à ça au départ

Julien Poilâne : « Malgré mon grand-père et mon père qui étaient boulangers, je ne me prédestinais pas forcément à faire ce métier. J’ai commencé par faire ce qui me plaisait, c’est-à-dire une maîtrise d’économie internationale, puis un master de gestion. J’ai fini chez KPMG, à Luxembourg, à faire des trusts pour des familles qui étaient vraiment très riches ! Je faisais de l’optimisation fiscale, mais à 23 ans, j’ai réalisé que je ne pouvais pas continuer dans cette branche…

Je suis donc revenu chez mon père, sans prévenir personne. Finalement, les ouvriers avec qui je travaillais m’ont dit au bout de trois mois « C’est fou, c’est comme si tu savais déjà ». Notre métier est hyper instinctif et avant tout basé sur la température de l’eau. Et alors que je n’avais pas encore le CAP, le responsable de mon père m’a laissé le fournil avec un nouveau. J’étais jeté dans le grand bain, mais j’ai réussi à mener deux fours à bois face à face… » 

Mr Mondialisation : À partir de là, quel parcours avez-vous suivi ? 

Julien Poilâne : « J’ai travaillé d’abord un an chez mon père, puis j’ai passé mon CAP pour avoir les mêmes acquis que les gens avec qui j’allais travailler. Mon but était d’ouvrir une boulangerie, à Lyon. À Paris, ma famille est déjà très présente : ma cousine, ma sœur… Et avant, il y a eu mon grand-père, Pierre Poilâne, puis ses deux fils, Lionel et Max, mon père, qui ont été en conflit. Je voulais m’éloigner de tout ça et être mon propre patron.

Je suis arrivé à Lyon en 2006, où j’ai trouvé mon four à bois et j’ai pu continuer à travailler comme mon père et mon grand-père. Ce qui m’a amené au métier, on l’a vu encore plus avec la crise du COVID, c’est de donner un sens à ce qu’on fait. Faire de l’optimisation fiscale, ça a quand même assez peu de sens… » 

Mr Mondialisation : Comment avez-vous fait pour spécifiquement donner du sens à ce métier ? 

Julien Poilâne : « J’ai tout d’abord ressenti la fierté de perdurer le travail familial. Et puis, il y a l’aspect santé : le mérite de mon grand-père fut de revenir au pain comme on le faisait il y a 3 000 ans. Partir de l’ingrédient, la farine écrasée doucement à la meule de pierre et non par broyage au cylindre métallique, c’est l’essentiel.

Julien Poilâne utilise le germe, le son et tout ce qui apporte au blé ses bienfaits.
Julien Poilâne utilise le germe, le son et tout ce qui apporte au blé ses bienfaits.

Ici, on écrase le blé avec son germe, contrairement aux farines blanches qui l’enlèvent et le chauffent. Alors que quasiment toute la vitalité du blé est présente dans son germe. Si vous jetez un grain de blé dans la terre et que vous l’arrosez, il poussera un épi de blé. Si vous enlevez le germe… rien ne poussera. C’est bien la preuve qu’on a retiré la vie du blé. » 

Mr Mondialisation : Vous avez donc souhaité revenir au « vrai » pain, nutritif et sain, qu’on aurait finalement oublié ?

Julien Poilâne : « Oui. En fait, ce qu’apprenaient mon grand-père puis mon père, c’est le ralentissement de la panification, c’est-à-dire le retour à la lenteur, de la mouture jusqu’au façonnage. J’ai doublé le temps de fermentation, qui est de 48 heures chez moi. La miche n’a pas besoin d’ajout de gluten pour être façonnée la veille et fermentée au froid.

Je conserve le germe, mais également les sons qui contiennent énormément de minéraux. L’autre ingrédient essentiel, c’est le levain : il donne au pain son goût, sa couleur, sa conservation. J’ai un levain qui est pur, naturel, et qui a également une fonction santé, car il assure la dégradation du gluten. » 

Julien Poilâne panifie ses pâtons avec lenteur.
Julien Poilâne panifie ses pâtons avec lenteur.

Mr Mondialisation : Protéine de base du blé et souvent mal digérée…

Julien Poilâne : « Alors que c’est naturel, mais qu’on nous l’a faite consommer à l’excès. Les gens ne savent souvent pas que la farine de tradition, par exemple, contient des ajouts de gluten. C’est pour cela que je ne travaille qu’avec des farines 100% blé, sans aucun ajout. Le souci, c’est que des gens en boutique viennent nous demander du pain sans gluten. Alors, j’essaie de leur expliquer qu’ils ont été surexposés, via le pain ou les viennoiseries.

« 80% des boulangers achètent leur viennoiserie surgelée… »

Moi-même, en défaut de personnel, un mois d’août, j’en ai acheté. J’ai demandé la meilleure qualité qui soit, mais l’étiquette d’ingrédients était énorme : farine de blé, gluten, émulsifiants et tous les E qu’on peut imaginer. Je comprends que les gens fassent ça pour l’aspect économique, mais il faut voir ce que ça implique… Malheureusement, le rythme imposé aux boulangers les contraint à trouver des alternatives pour accélérer le processus. Donc, on ajoute du gluten, des émulsifiants… Résultat, on se retrouve avec un métier qui s’est tiré une balle dans le pied, car les gens ne digèrent plus ces produits-là. » 

Mr Mondialisation : Pour concrétiser votre envie d’un pain plus sain, vous avez donc changé votre fusil d’épaule et revendu le plus gros de vos boutiques ?

Julien Poilâne : « Oui car au départ, j’étais dans la grande distribution. J’avais 50 personnes, 80 points de vente. En 2019, la rentabilité s’est essoufflée, tout était devenu trop gros, les équipes étaient épuisées. Je ne pouvais plus avoir de qualité du produit, parce que je demandais des volumes. C’était impossible de concilier les deux.

« Je ne pouvais plus avoir de qualité du produit, parce que je demandais des volumes. C’était impossible de concilier les deux. »

Il y a eu cette problématique humaine, puis environnementale : du pain emballé dans du plastique, l’obligation de remplir mes rayons en commandant plus que nécessaire et donc en jetant de la marchandise… J’imaginais brûler un tiers des champs de blé que je sollicitais pour faire ma farine, le travail humain combiné à ça, et puis cette pression permanente, cette décision du prix.

J’ai donc voulu me recentrer sur mes boutiques. J’en avais trois qui tournaient bien. Mais le Covid a très fortement impacté mes chiffres d’affaires. J’ai donc fini par me séparer de mes boutiques avenue de Saxe et avenue des Frères Lumière, pour me recentrer sur ma première boulangerie, rue Casimir Périer. »

La boutique Ô Le Pain se situe dans le 2ème arrondissement de Lyon.
La boutique Ô Le Pain se situe dans le 2ème arrondissement de Lyon.

Mr Mondialisation : Gérer une seule boutique reste donc le meilleur moyen de faire ce qui vous semble juste ? 

Julien Poilâne : « Oui, car cela me permet d’avoir un impact positif. Je suis par exemple passé en farine bio et locale, d’un moulin qui est à 75 km de chez moi. Chose impossible à faire en grande distribution. Mon crédo, c’est de se dire que mon fils doit pouvoir manger ce qu’il veut dans ma boutique, sans jamais mettre sa santé en péril. Je ne veux pas l’empoisonner, tout comme je veux préserver la planète dans laquelle il va vivre. Pour mes sandwichs, j’utilise du beurre français, des œufs élevés en plein air, parce que je pense que l’animal compte aussi. » 

Mr Mondialisation : Comment vos clients ont-ils accueilli ce projet et ces changements ?

Julien Poilâne : « En fait, beaucoup d’entre eux m’ont suivi fermeture après fermeture, jusqu’à la boutique actuelle rue Casimir Périer. Ça a été très bien perçu. Certains sont un peu tristes de ne pas me retrouver dans plus d’endroits. 

« Mais encore une fois, je pense vraiment que la qualité passe par les petites quantités. » 

En fait, le système est fait de telle sorte que soit tu es très grand, soit tu es très petit. Or, pour rester artisan et bien faire son travail, il faut rester à taille humaine. » 

Les Lyonnais peuvent retrouver le pain et le travail de Julien Poilâne dans le 2ème arrondissement !
Les Lyonnais peuvent retrouver le pain et le travail de Julien Poilâne dans le 2ème arrondissement.

Mr Mondialisation : De fait, comment vous envisagez votre avenir ?

Julien Poilâne : « J’aimerais bien rayonner un peu plus autour de moi, notamment redistribuer aux restaurants. J’ai aussi en tête l’idée d’une école. J’ai eu mon titre de maître artisan après avoir formé 20 apprentis. La formation m’attire, car je trouve que c’est important de transmettre. Et c’est vraiment sympa de partager ces valeurs-là, parce qu’il y a de plus en plus de gens qui y sont sensibles. » 

Entretien réalisé par Marie Waclaw


Photo de couverture : Julien Poilâne / Ô Le Pain

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14.07.2026 à 06:00

Arménie : le succès de la révolution de « velours »

Mr Mondialisation

En ce jour de célébration de la révolution française de 1789, Mr Mondialisation revient sur une révolution plus récente : celle du soulèvement arménien du printemps 2018. En effet, il y déjà 8 ans, l’Arménie a réussi ce qu’aucune ancienne nation soviétique n’était parvenue à faire : renverser en douceur un régime corrompu sans mettre le […]

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Texte intégral (2182 mots)

En ce jour de célébration de la révolution française de 1789, Mr Mondialisation revient sur une révolution plus récente : celle du soulèvement arménien du printemps 2018. En effet, il y déjà 8 ans, l’Arménie a réussi ce qu’aucune ancienne nation soviétique n’était parvenue à faire : renverser en douceur un régime corrompu sans mettre le pays à feu et à sang. Reportage de Hélène Pillon. 

[Article initialement publié le 2 novembre 2018, mis à jour le 14 juillet 2026 | Temps de lecture estimé : ~ 9 min]

Quelques mois après le soulèvement arménien du printemps 2018, Hélène Pillon est allée à la rencontre des habitant·es, recueillir les récits de cette révolution contemporaine.

Une révolution de « velours »

« T’étais jamais venue ici ? Pendant la révolution, l’Ilik café c’était un peu notre QG », explique Narek Aleksanyan, sur un coin de table de ce troquet bohème de la capitale arménienne. Alors que le thé infuse, le jeune homme remet un peu d’ordre dans ses cheveux et ses souvenirs : « J’étais présent au premier rassemblement à Erevan mi-avril, il n’y avait pas tant de monde que ça et pour être honnête, je n’y croyais pas trop, je n’aurais jamais pensé que ça marcherait ». À vrai dire, personne n’y croyait. Et pourtant, en un mois à peine, les Arméniens ont renversé un gouvernement autoritaire en place depuis 10 ans.

En 2017, le président républicain Serzh Sargsyan, arrivé à la limite des deux mandats présidentiels autorisés, décide de changer la constitution et de transférer l’essentiel des pouvoirs au Premier ministre, tout en promettant de ne pas se présenter à son poste. En avril 2018, sans surprise, il se retrouve à la tête du gouvernement. Un énième abus dans ce pays habitué à la corruption et aux élections truquées. Une mauvaise habitude que le leader de l’opposition, Nikol Pashinyan ne veut plus laisser passer. Le député entame alors une marche dans le pays pour réclamer la démission de Serzh Sargsyan, chose qu’il obtiendra, après avoir entraîné la population dans une joyeuse et pacifique grève générale de plusieurs semaines. Une révolution de « velours » qui aboutira à sa nomination à la tête de l’État le 8 mai.

Crédit image : Hakob Manukyan pour CivilNet

« Ce n’est pas la révolution de Nikol Pashinyan, c’est la révolution du peuple. »

Comme tous les Arméniens, Narek, s’empresse de corriger le tir : « Ce n’est pas la révolution de Nikol Pashinyan, c’est la révolution du peuple. Sans la société civile, ça n’aurait pas été possible ».

Dans les villes arméniennes, ce ne sont pas seulement des militant·es avisé·es qui ont défilé, mais aussi des étudiant·es, des parents et leurs jeunes progénitures, des chauffeurs qui font résonner leurs klaxons ou des femmes au foyer à leur fenêtre qui frappent sur des casseroles. Tatul Hakobyan, journaliste à Civilnet, analyse :

« Chaque Arménien a compris qu’ils comptaient autant que Nikol Pashinyan »

Le reporter se souvient clairement du jour où il a réalisé que ce mouvement était différent de tous ceux qu’il avait suivis depuis la chute de l’URSS. Le 20 avril, il couvre un rassemblement dans un quartier excentré de la capitale. Au début, seul un petit groupe est présent, il pleut et la police tente d’empêcher la manifestation.

Deux heures plus tard, le cameraman qui l’accompagne lui dit de monter sur un petit talus et de regarder derrière lui : « Il y avait 50 000 personnes ! ». Partout, tous les jours, les mêmes effets : la foule grossit sans cesse. Le 22 avril, alors que Nikol Pashinyan est brièvement détenu, plus de 100 000 habitant·es sur le million que compte Erevan, se retrouvent aux alentours de la place de la République au centre de la capitale. Le lendemain Serzh Sargsyan démissionnait en présentant ses excuses.

Le pacifisme comme stratégie

En France et ailleurs, un tel rassemblement politique se serait sans doute soldé par quelques débordements et une violente charge des forces de l’ordre. Jusqu’à présent, les activistes arménien·nes étaient également habitué·es aux tristes fins : en 2008, dix personnes avaient été tuées pendant des manifestations. Une décennie plus tard, Pashinyan et ses camarades ont tiré des leçons de cette expérience douloureuse.

Rapidement, ils ont donné un mot d’ordre : pas de violence. Pour Ashot Khachatryan qui milite depuis plusieurs années, c’est l’élément qui a fait la différence :

« Quand tu utilises la violence, tu as déjà perdu, car tu ne peux pas combattre le système avec sa propre force. Dès qu’on a décidé de miser sur la désobéissance civile, je savais qu’on allait gagner ».

Durant presque un mois, les manifestants vont bloquer certains bâtiments et les rues principales des grandes villes, y chanter, danser, faire des barbecues… Et lorsqu’ils se retrouvent face à des policiers cagoulés, uniformes anti-émeutes sur le dos, ils lèvent les mains au ciel en signe de paix et invitent « leurs frères » à venir les rejoindre.

Crédit image : Hakob Manukyan pour CivilNet

Un appel auquel il est difficile de résister tant les préoccupations de la foule sont simples et communes à tous les Arméniens. Les forces de l’ordre aussi pâtissent de la corruption qui remplit les poches des dirigeants haut placés, galèrent avec leur salaire dans un pays où le taux de pauvreté dépasse les 30% d’après l’OXFAM et voient leurs enfants sans avenir s’envoler vers d’autres contrées. Puis Ashot ajoute : « Tu sais l’Arménie est un petit pays, tout le monde se connaît et sait ce que tu fais ».

Le pouvoir des médias en ligne

Au début, les autorités ont cependant bien essayé de casser la révolte, mais à la différence de 2008, toutes les actions sont filmées, photographiées et relayées. Face à une télévision acquise au pouvoir, les médias en ligne diffusent l’information 24 heures sur 24.

Si un rassemblement spontané s’organise dans un quartier, la nouvelle est transmise à tous les habitants via les réseaux sociaux. Si un faux manifestant est envoyé pour perturber le mouvement, les caméras sont là pour le dénoncer. Si la police utilise la force, les images peuvent faire le tour du monde en quelques clics. Le risque de dégrader la réputation du pays à l’international est trop risqué. Tatul résume :

« En développant les live streams, nous sommes devenus les gardes du corps de l’opposition »

Sa collègue Ani Paitjan se souvient également au moment de l’annonce de la démission de Serzh Sargsyan, d’un mélange d’euphorie et de frustration de n’avoir pas pu participer à la révolution puisqu’elle la couvrait nuit et jour. Mais elle gardera tout aussi bien en mémoire ces mains qui se posent sur son épaule en voyant le badge press et qui lui disent « merci, c’est grâce à vous aussi ».

La jeunesse révolutionnaire

C’est en partie pour vivre ce soulèvement qu’Ani, a décidé de rentrer vivre dans son pays natal en 2016 après avoir passé 22 ans en Belgique : « J’avais comme une intuition, je disais à ma sœur, Il y a quelque chose qui bout en Arménie, il faut que j’y aille. Cette jeunesse est particulière, il va se passer quelque chose. »

La suite des événements lui a donné raison. Ce sont les étudiant·es que Nikol Pashinyan est d’abord allé chercher pour gonfler les rangs. Ce sont eux que l’on voit en masse souriants sur les photos de la révolution. Eux qui souvent ont incité leurs parents à rejoindre le mouvement. Eux qui nettoyaient les places après chaque rassemblement. Cette génération qui n’a connu ni l’URSS ni les années de misère qui ont suivi sa chute et ne peut donc pas se réfugier dans une nostalgie du soviétisme ou au contraire se rassurer en pensant que c’était pire avant.

Crédit image : Hakob Manukyan pour CivilNet

Des étudiant·es qui avaient pris l’habitude de regarder ce qui se passe ailleurs et faute d’avenir ici, allaient le construire en Russie, en Europe ou aux États-Unis – plus d’un million de personnes ont quitté le pays depuis son indépendance en 1991. Ani se réjouit :

« Maintenant, ils ont conscience que leur action peut avoir de l’impact, ils se disent : « On a fait une révolution, on l’a lancée et soutenue, on doit la maintenir » »

Une nouvelle énergie que partage le reste de la population. « Tous les matins depuis la révolution, je me réveille, j’ouvre les yeux et je ressens une sorte de joie. Rien n’a changé dans ma vie, mon salaire est le même, j’ai les mêmes soucis avec ma femme, mes enfants et pourtant je suis heureux », s’amuse Tatul.

Dans un taxi qui s’engouffre dans les bouchons du centre-ville, Aram, le chauffeur confirme ce sentiment d’allégresse collectif : « Bien sûr, je suis content, il faut juste être un peu patient et voir ce que nous apportera vraiment ce mouvement ». Et si à l’avenir il y avait quelques accros dans le velours de cette révolution ? Aram esquisse un sourire dans le rétroviseur : « On redescendra dans la rue, on sait comment ça marche maintenant ».

Hélène Pillon


Photo de couverture de Hakob Manukyan pour CivilNet

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13.07.2026 à 15:01

Rocher Mistral : quand le récit réactionnaire rencontre le désastre écologique

Mr Mondialisation

Des militant·es d’Extinction Rébellion ont mené une action de sensibilisation devant le Rocher Mistral, parc à thème installé au château de La Barben (Bouches-du-Rhône), en détournant des panneaux de signalisation avec les slogans « Parc à réacs, nature en vrac » et « Parc idéologique, désastre écologique ». À travers cette mobilisation, le collectif entend […]

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Texte intégral (1117 mots)

Des militant·es d’Extinction Rébellion ont mené une action de sensibilisation devant le Rocher Mistral, parc à thème installé au château de La Barben (Bouches-du-Rhône), en détournant des panneaux de signalisation avec les slogans « Parc à réacs, nature en vrac » et « Parc idéologique, désastre écologique ». À travers cette mobilisation, le collectif entend dénoncer un projet qu’il considère comme emblématique de la convergence entre un récit historique marqué à droite et des atteintes à l’environnement. 

Depuis son ouverture, le Rocher Mistral fait l’objet de controverses sur deux fronts : d’une part, les critiques visant la dimension idéologique de certains spectacles, accusés de promouvoir une lecture réactionnaire de l’Histoire ; d’autre part, une série de contentieux liés à des aménagements et travaux réalisés sur le site, portant notamment sur l’urbanisme, la protection du patrimoine et de la biodiversité.
C’est à l’intersection de ces enjeux, lutte contre l’extrême droite et défense de l’environnement, qu’Extinction Rébellion inscrit son action. Voici leur communiqué de presse.
Extinction Rébellion

Communiqué de presse

Loués soient la noblesse et le clergé ! Maudit soit le peuple révolté qui brûla le château de la Barben en 1630 ! Le seigneur Ponteves s’était pourtant vaillamment battu, de retour de croisade, pour reconquérir son fief et sa promise. Les moines, ces grands bâtisseurs régnaient alors en maîtres sur la Provence. La vie était si douce… Mais voilà que ces goujats de Cascavèus, ces indigents, ces misérables, ont osé tout gâcher en protestant contre la montée de l’impôt voulu par Richelieu ! Ne peuvent-ils pas laisser en paix ces bienheureux aristocrates et aller manger de la brioche ?
Ceci n’est pas une parodie. C’est en substance le message que cherche à faire passer le Rocher Mistral à travers ses spectacles réactionnaires, tout en se targuant « d’authenticité historique ». Rappelons que cette idée du « Puy du fou provençal » est sorti tout droit de la tête de Marion Maréchal-Le Pen en 2015.
Extinction Rébellion
Et ce n’est pas tout. Cette propagande historique mérite bien quelques petits écarts à la loi, non ? Le respect de l’environnement pèse si peu face à l’enjeu ! Allez, aménageons illégalement des parkings sur des terres agricoles (oups, on s’est fait gauler là-dessus). Faisons fi du classement Natura 2000 de ce lieu d’exception (on n’a pas lu les recommandations de la DRAC, déso).
Détruisons sans vergogne l’habitat d’une espèce protégée (franchement qui se soucie des chauve-souris ?). Démolissons une partie des écuries reconnues comme monument historique (ce bâtiment de palefrenier nous gâchait le paysage). N’accordons aucune attention aux riverains qui se plaignent de nombreuses nuisances (continuons les spectacles malgré les arrêtés municipaux).
Extinction Rébellion
Et le pire ? Tout ceci est assumé. Comment appelle-t-on les gens qui se croient au-dessus des lois, déjà ? Ah oui, des délinquants. La différence avec ceux que ces mêmes personnes pointent du doigt dans les cités ? Ils sont blancs, riches… Puissants.
C’est pourquoi Extinction Rébellion tient à ce que la population soit informée de ce scandale : le Rocher Mistral, c’est une imposture historique et un désastre écologique. Un parc à réacs qui met la nature en vrac !
Communiqué de presse de Extinction Rébellion

Photo de couverture : Extinction Rébellion

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12.07.2026 à 06:00

Chasse, air et dauphins : les 10 bonnes nouvelles de la semaine

Mauricette Baelen

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine. 1. Des associations demandent la suspension de la chasse pendant les canicules Plusieurs associations de protection de la faune réclament la suspension de la chasse lors des épisodes de canicule, estimant que les fortes […]

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Texte intégral (1039 mots)

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine.

1. Des associations demandent la suspension de la chasse pendant les canicules

Plusieurs associations de protection de la faune réclament la suspension de la chasse lors des épisodes de canicule, estimant que les fortes chaleurs, la sécheresse et les incendies fragilisent déjà fortement les animaux sauvages. Elles appellent le gouvernement à adapter la réglementation face au changement climatique. (La Relève et La Peste)

2. La qualité de l’air continue de s’améliorer en Europe

Selon un rapport du service Copernicus, la qualité de l’air en Europe poursuit son amélioration grâce à la baisse des émissions de polluants liées aux transports, à l’industrie et au développement des énergies renouvelables. Le rapport souligne toutefois que les canicules et les incendies continuent de dégrader ponctuellement la qualité de l’air. (Euronews)

3. La justice condamne l’État à renforcer la protection des dauphins du golfe de Gascogne

Le tribunal administratif de Paris a condamné l’État français pour préjudice écologique et lui ordonne de renforcer la protection des dauphins du golfe de Gascogne, avec l’objectif de limiter les captures accidentelles à 809 animaux par an dès l’hiver 2026-2027. (La Relève et La Peste)

4. L’OMS alerte sur les inégalités d’accès au sang malgré des progrès mondiaux

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), plus de 85 % des dons de sang proviennent désormais de donneurs bénévoles, mais de fortes inégalités d’accès aux transfusions persistent, notamment dans les pays à faibles revenus. L’organisation appelle les États à renforcer le financement et la gouvernance de leurs systèmes de transfusion. (Organisation mondiale de la santé (OMS))

5. À Londres, des castors aident à prévenir les inondations

Le quartier d’Ealing, à Londres, a réintroduit des castors pour restaurer une zone humide et limiter les inondations. Selon les responsables du projet, cette solution fondée sur la nature a permis de réduire les crues tout en favorisant le retour de la biodiversité.(CNN)

6. Barcelone va tester un asphalte à base de noyaux d’olive

La ville de Barcelone expérimentera un asphalte fabriqué avec du biochar issu de noyaux d’olive, capable de réduire jusqu’à 76 % les émissions de CO₂ liées à sa production. Ce projet entend valoriser les déchets agricoles tout en développant des infrastructures urbaines plus durables.(La Cara Buena del Mundo)

7. Des bénévoles contribuent à restaurer la forêt atlantique écossaise

En Écosse, une centaine de bénévoles ont récolté 11 millions de graines d’arbres indigènes, permettant de faire pousser près de 8 millions d’arbres pour restaurer la forêt atlantique, un habitat aujourd’hui fortement menacé par les activités humaines et le changement climatique. (The Guardian)

8. Hawaï maintient son interdiction de la pêche aux requins

En 2026, Hawaï confirme le maintien de son interdiction de la pêche aux requins, en vigueur depuis 2022, afin de protéger ces espèces essentielles aux écosystèmes marins. La loi interdit leur capture dans les eaux de l’État, sauf exceptions limitées pour la recherche scientifique ou la sécurité publique. (World Animal News)

9. La Corée du Sud peine à appliquer l’interdiction du commerce de viande de chien

À l’approche de l’interdiction du commerce de viande de chien prévue en 2027, la Corée du Sud fait face à de nombreuses difficultés, entre éleveurs en difficulté, absence de solutions pour les centaines de milliers de chiens encore détenus et inquiétudes sur leur prise en charge. (BBC News)

10. Une commune girondine transforme une vigne en verger pour protéger les écoliers des pesticides

À Gauriac (Gironde), la commune a racheté une parcelle de vigne située près de son école afin de créer une zone tampon et de réduire l’exposition des enfants aux pesticides. Le terrain est progressivement transformé en verger agroécologique, avec l’objectif de régénérer les sols et d’encourager la diversification agricole. (Vert)

– Mauricette Baelen

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11.07.2026 à 06:00

Loi Pauget, FIFA et LePen : les 10 infos de la semaine

Mauricette Baelen

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine. 1. L’Assemblée nationale adopte la proposition de loi Pauget sur les tirs policiers L’Assemblée nationale a adopté en première lecture la proposition de loi d’Éric Pauget instaurant une présomption d’usage légitime de l’arme pour les […]

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Texte intégral (1121 mots)

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine.

1. L’Assemblée nationale adopte la proposition de loi Pauget sur les tirs policiers

L’Assemblée nationale a adopté en première lecture la proposition de loi d’Éric Pauget instaurant une présomption d’usage légitime de l’arme pour les forces de l’ordre, par 313 voix contre 199. Soutenu par la droite, le RN et une partie du bloc central, le texte doit désormais être examiné par le Sénat. (Index Investigation)

2. Donald Trump accusé d’avoir obtenu la levée d’une suspension lors du Mondial 2026

Selon le journaliste Romain Molina, Donald Trump serait intervenu auprès de la FIFA pour faire lever la suspension de l’attaquant américain Folarin Balogun, expulsé face à la Bosnie lors de la Coupe du monde 2026. Cette affaire relance les interrogations sur l’indépendance de la FIFA face aux pressions politiques. (Le Média)

3. Marine Le Pen reconnue coupable mais éligible à la présidentielle de 2027

La cour d’appel a confirmé la culpabilité de Marine Le Pen dans l’affaire des emplois fictifs au Parlement européen, mais a réduit sa peine d’inéligibilité, lui permettant d’être candidate à l’élection présidentielle de 2027. L’article souligne toutefois que sa candidature dépendra de sa décision de faire campagne malgré une peine aménagée sous bracelet électronique. (Bon Pote)

4. Le sommet de l’OTAN à Ankara ravive les critiques sur les droits humains en Turquie

À l’occasion du sommet de l’OTAN à Ankara, des défenseurs des droits humains dénoncent une multiplication des restrictions visant la liberté de manifester, la presse et les opposants, ainsi que des arrestations et des violations des droits fondamentaux. L’article estime que ces dérives s’inscrivent dans un contexte plus large d’atteintes aux droits humains en Turquie. (bianet)

5. À Trois-Bassins, une expérimentation de Sécurité sociale de l’alimentation prend forme

À Trois-Bassins (La Réunion), habitants, producteurs et associations expérimentent une Sécurité sociale de l’alimentation fondée sur les circuits courts, une monnaie locale et une gouvernance participative. Le projet vise à garantir un accès à une alimentation de qualité tout en assurant une juste rémunération des producteurs. (Parallèle Sud)

6. Le Bondy Blog dénonce l’« adultification » des enfants des quartiers populaires

Dans un billet, le Bondy Blog estime que le traitement médiatique d’Hamza, 14 ans, présenté comme un « ennemi public » après des incidents au canal Saint-Martin, illustre le phénomène d’adultification, qui conduit à priver certains enfants, notamment issus des quartiers populaires, de leur droit à l’enfance. (Bondy Blog)

7. Des chercheurs appellent à repenser les territoires face à l’intensification des incendies

Face à des incendies de plus en plus précoces et violents, chercheurs et agriculteurs estiment que la stratégie actuelle atteint ses limites et plaident pour des territoires plus résilients, misant sur la prévention, l’agriculture, le pastoralisme et un aménagement adapté des paysages. (Reporterre)

8. François-Noël Buffet proposé pour devenir Défenseur des droits

Emmanuel Macron a officiellement proposé la nomination de François-Noël Buffet au poste de Défenseur des droits, en remplacement de Claire Hédon. Ancien ministre et sénateur LR aux positions jugées sécuritaires, anti-immigration, anti-IVG et anti-LGBT+, sa désignation suscite des inquiétudes.  (L’Humanité)

9. Le gouvernement annonce 3 milliards d’euros de nouvelles économies

Le gouvernement a annoncé 3 milliards d’euros de coupes supplémentaires dans les dépenses publiques, dont 2 milliards pour l’État et 1 milliard pour la Sécurité sociale. De nouvelles économies pourraient également être demandées aux collectivités territoriales, dans un contexte de réduction des déficits publics. (L’Humanité)

10. Les sécheresses menacent le rôle des forêts comme puits de carbone

Selon des chercheurs, les sécheresses de plus en plus fréquentes contraignent les arbres à stopper leur photosynthèse, ce qui réduit leur capacité à stocker le CO₂ et peut même transformer certaines forêts en sources d’émissions de carbone. (La Relève et La Peste).

11.Les États-Unis frappent l’Iran, le cessez-le-feu est rompu

Les États-Unis ont mené des frappes contre plus de 80 cibles en Iran en réponse à des attaques contre des navires dans le détroit d’Ormuz, mettant fin au cessez-le-feu conclu en juin. En représailles, l’Iran a visé des bases militaires américaines au Koweït et à Bahreïn, ravivant les tensions au Moyen-Orient et faisant grimper les prix du pétrole. (Huffington Post)

– Mauricette Baelen

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10.07.2026 à 06:00

Élevage intensif : 50 ans après, l’article L214-1 est-il resté lettre morte ?

Mauricette Baelen

Alors que l’élevage intensif demeure le modèle dominant, L214 analyse les raisons de cette défaillance de l’État et plaide pour une mise en conformité du droit avec les connaissances scientifiques et les attentes de la société. [Temps de lecture estimé : ~ 9 min] Le 10 juillet 1976, la France adoptait une avancée majeure en […]

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Texte intégral (3497 mots)

Alors que l’élevage intensif demeure le modèle dominant, L214 analyse les raisons de cette défaillance de l’État et plaide pour une mise en conformité du droit avec les connaissances scientifiques et les attentes de la société.

[Temps de lecture estimé : ~ 9 min]

Le 10 juillet 1976, la France adoptait une avancée majeure en reconnaissant, à travers l’article L214-1 du Code rural, que les animaux sont des êtres sensibles dont les besoins biologiques et comportementaux doivent être respectés.

Cinquante ans plus tard, cette promesse est restée largement lettre morte. L’essor de l’élevage intensif, les dérogations réglementaires, la faiblesse des contrôles et les condamnations répétées de l’État pour carence fautive témoignent d’un écart profond entre le droit et sa mise en œuvre.

Truies en cages de maternité dans un élevage de cochons fournissant les magasins E.Leclerc, 2025. Avec toutes autorisations – L214

À l’occasion de cet anniversaire, le rapport Insensibles montre pourquoi le respect effectif de l’article L214-1 est incompatible avec le maintien du modèle d’élevage intensif. Nous avons interrogé Adeline Colonat, chargée de campagne au sein de l’association, sur les principaux constats qu’il met en lumière et les changements qu’il appelle.

Entretien avec Adeline Colonat

Mr Mondialisation : Pourquoi publier ce rapport aux 50 ans de l’article L214-1 ?

L214 : « Parce qu’au lieu de célébrer une avancée, cet anniversaire révèle une trahison :

« L’article L214  reconnaît pour la première fois les animaux comme des « êtres sensibles » n’a jamais été appliqué. S’il l’avait été, l’élevage intensif n’existerait pas. »

Voté le 10 juillet 1976, ce texte fondateur aurait dû freiner l’essor de l’élevage intensif. Or c’est l’inverse qui se produit : la loi d’urgence agricole met le cap sur le tout intensif, alors que des millions d’animaux enfermés en bâtiment meurent étouffés par la canicule. Ce rapport est là pour rappeler cette défaillance de l’État. »

Truie en cage et ses porcelets morts dans un élevage de cochons fournissant les magasins E.Leclerc, 2025. Avec toutes autorisations – L214

Mr Mondialisation : Qu’est-ce qui permet d’affirmer qu’une application de la loi rendrait l’élevage intensif impossible ?

L214 : « Appliquer la loi, c’est-à-dire l’article L214-1, impliquerait de respecter les besoins physiologiques et comportementaux des animaux : ne pas avoir faim ni soif, ne pas souffrir de maladies ou de blessures, ne pas éprouver de détresse, pouvoir se reposer confortablement et exprimer les comportements normaux de leur espèce, comme courir, se percher, etc.

Or, l’élevage intensif est précisément fondé sur la privation de ces besoins : confinement en bâtiment et/ou en cage, densités maximales ou au contraire isolement, mutilations, sélection génétique à outrance pour une productivité qui dégrade leur santé. Appliquer la loi n’implique pas des améliorations à la marge comme agrandir les cages ou ajouter quelques perchoirs. Cela impose la sortie du modèle intensif. »

Mr Mondialisation : Comment l’État est-il parvenu à contourner cette loi ?

L214 : « Il l’a fait par son inaction. Il avait pour mission d’interdire les pratiques qui vont à l’encontre de l’article L214 d’après les connaissances scientifiques actuelles : il ne l’a pas fait.

« Il devait aussi contrôler l’application de la loi dans les élevages et corriger les manquements : avec 1 % des élevages contrôlés chaque année et 2,7 % des élevages défaillants contrôlés, on en est loin. »

L’État a d’ailleurs été condamné 3 fois par le tribunal administratif pour cette carence fautive dans sa mission de contrôle en élevage. »

Mr Mondialisation : Quels sont les exemples les plus marquants d’incompatibilité avec les besoins identifiés par l’EFSA ?

L214 : « Les veaux destinés à la boucherie qui passerait 9h par jour à téter leur mère et qui, en élevage intensif,  passent 8 minutes à boire dans un seau et sont volontairement anémiés pour garantir une viande blanche.

Les truies qui ont besoin de construire un nid et d’interagir avec leurs petits, mais passent la moitié de leur vie immobilisées dans des cages.

Les poulets sélectionnés pour une croissance si rapide que 99 % d’entre eux souffrent de problèmes de démarche en fin de cycle. Sans compter leurs parentes, les reproducteurs, qui sont volontairement affamés et assoiffés durant toute leur vie. Les 99 % de porcelets qui ont la queue coupée à vif…. Ces souffrances graves et généralisées sont causées par l’élevage intensif : l’EFSA en recense 17 pour les poulets, 13 pour les cochons. » 

Mr Mondialisation : Quels exemples concrets d’un choix d’encadrer plutôt que d’interdire ?

L214 : « Au lieu d’interdire les cages pour les poules pondeuses, la France a inventé les cages dites « bien-être », qui leur accordent 50 cm² supplémentaires chacune, soit la surface d’un post-it.

« Au lieu de sortir les veaux de l’isolement, elle a seulement encadré les dimensions de leurs cages : 1,1 fois la longueur de leur corps, de quoi faire un seul pas en avant. »

Au lieu d’interdire les densités extrêmes dans les élevages, la France les a plafonnées à 22 poulets par m², ce qui n’a fait qu’entériner les pratiques. En 2015, elle a enfin interdit les cages individuelles pour les canards destinés au foie gras… pour les remplacer par des cages collectives.

Au final, en cinquante ans, la France n’a renforcé les normes européennes que deux fois, sous la pression des associations : pour interdire la castration à vif des porcelets et le broyage de (certains) poussins. »

Mr Mondialisation : Pourquoi « respecter la réglementation » ne signifie-t-il pas respecter l’article L214-1 ?

L214 : « Cela devrait être le cas. D’après l’article L214-3, les textes encadrant les conditions d’élevage doivent « assurer la protection de ces animaux contre les mauvais traitements ou les utilisations abusives » et leur « éviter des souffrances ».

Or, l’arrêté de 2003, censé assurer la protection des cochons, autorise le meulage des dents des porcelets sans anesthésie. Même logique pour l’arrêté protégeant les poulets tout en autorisant l’épointage de leur bec ou la castration à vif. Le droit est ici en contradiction : d’un côté, des normes minimalistes qui favorisent les intérêts économiques ; de l’autre, l’article L214, qui protège les animaux. »

Elevage de poules reproductrices et coqs reproducteurs de l’entreprise Sasso (Hendrix Genetics), 2025 – L214

Mr Mondialisation : Comment expliquer un objectif de contrôle limité à 1 % des élevages par an ?

L214 : « C’est un choix politique. Contrôler seulement 1 % des élevages par an au titre de la protection animale est l’objectif que l’État s’est lui-même fixé en 2016 dans son plan national de contrôles officiels pluriannuels.

Cela revient à dire qu’un élevage peut être inspecté, en moyenne, une fois tous les cent ans. Or, le tribunal administratif dit exactement l’inverse : en janvier dernier, il a condamné l’État pour carence fautive des services vétérinaires dans leur mission de contrôle d’un élevage de 20 000 cochons sous contrat avec Herta. Selon le juge, trois contrôles en dix-huit ans ne constituent pas un « contrôle régulier ».

Mr Mondialisation : 58 % de non-conformités, 2,7 % de sanctions : comment expliquer cet écart ?

L214 : « Là encore, c’est un parti pris de l’État. Ce 2,7 % témoigne de sanctions rares et peu dissuasives sur des élevages globalement peu contrôlés. Ses services sont censés apporter une réponse graduée et proportionnée à la gravité des faits et aux antécédents de l’élevage, avec un objectif clair : faire cesser les non-conformités et empêcher qu’elles se reproduisent. Concrètement, ces « non-conformités » signifient des souffrances graves endurées par un très grand nombre d’animaux. »

Mr Mondialisation : Quelles conséquences concrètes ont eu les trois condamnations de l’État pour carence fautive ?

L214 : « Sur le plan juridique, elles reconnaissent que l’objectif de contrôler 1 % des élevages par an ne suffit pas. Dans l’affaire de Corbeil, le tribunal a constaté qu’aucun contrôle sérieux n’avait eu lieu en 35 ans pour un élevage de 4 000 cochons.

Ces condamnations reconnaissent aussi l’illégalité de la caudectomie systématique et du claquage des porcelets ; c’est un pas en avant considérable. Sur le plan financier, en revanche, les indemnités sont modestes : 4 000 euros de préjudice moral pour L214 dans chaque affaire, parfois assortis de 1 500 euros de frais de justice.

« Ce n’est pas une sanction dissuasive, c’est une simple reconnaissance de la carence fautive de l’État. »

Le problème est que ces décisions n’obligent l’État à rien de concret. L214 a obtenu 10 condamnations de ce type en élevage et en abattoir, sans que les modalités et la fréquence des contrôles ne changent. »

Mr Mondialisation : Pourquoi les pouvoirs publics tardent-ils à appliquer pleinement la loi ?

L214 : « Parce qu’en matière d’élevage, l’État est juge et partie.

Depuis la loi sur l’élevage de 1966, l’augmentation des performances et de la productivité du cheptel fait partie intégrante de ses missions. Il a financé massivement l’intensification par le passé, et continue de soutenir ce modèle aujourd’hui.

La protection des animaux d’élevage est confiée au ministère chargé de défendre les intérêts économiques des filières. Or leur poids est considérable : le report de l’interdiction des cages individuelles de gavage a été obtenu par le CIFOG ; la cellule Déméter, qui a pour vocation de surveiller et freiner toute contestation de l’élevage intensif, a été instaurée via une convention entre le ministère de l’Intérieur et deux syndicats agricoles (la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs)…»

Mr Mondialisation : Comment mener la transition sans fragiliser les éleveurs ?

L214 : « Avec un moratoire sur l’élevage intensif progressif et accompagné. Il interdit immédiatement l’extension et la création d’élevages privant les animaux d’accès au plein air, puis interdit ces élevages sous dix ans.

Cela laisse le temps d’organiser la reconversion des personnes qui en dépendent aujourd’hui.

Leur accompagnement est indispensable, avec des échéanciers planifiés par filière et une urgence accrue pour les secteurs directement en concurrence avec l’alimentation humaine, comme les filières porcines et avicoles. Ils doivent bénéficier de dispositifs de reconversion, qui pourraient être financés par la réaffectation des fonds bénéficiant actuellement à l’élevage intensif, comme certaines subventions de la PAC.

La transition vers un modèle alimentaire plus végétal permettrait à notre agriculture de produire durablement sans dépendre des importations, et aux agriculteurs de vivre dignement de leur travail sans endettement structurel. »

Mr Mondialisation : Quel rôle jouent les subventions dans le maintien de l’élevage intensif ?

L214 : « Un rôle central. La seule filière porcine, où 95 % des animaux sont enfermés en bâtiment, reçoit chaque année plus de 820 millions d’euros de subventions.

À cela s’ajoutent 2 milliards de dépenses publiques pour gérer l’impact environnemental et sanitaire de la filière, comme les maladies liées à la consommation de charcuterie. De l’argent public finance jusqu’à la recherche scientifique pour adapter toujours plus les animaux au système intensif. Le contribuable passe donc 3 fois en caisse : pour subventionner l’intensif, pour réparer ses dégâts et pour le pérenniser.»

Mr Mondialisation : Pourquoi viser 50 % d’animaux tués en moins d’ici 2030, et comment l’atteindre ?

L214 : « Respecter l’article L214 implique de sortir de l’élevage intensif.

Or, en France, le niveau de consommation de produits animaux est tel (85 kg de viande par an et par personne) que cela passe obligatoirement par une baisse de la demande.

Pour cela, nous avons besoin d’un objectif chiffré et atteignable : réduire de moitié le nombre d’animaux tués d’ici 2030. Cela permettrait de sauver 600 millions d’animaux, mais aussi de répondre aux enjeux de sécurité alimentaire, de protection de l’environnement et de santé publique. De nombreuses études proposent des objectifs de réduction de 50 à 90 % de la consommation de viande pour y répondre.

Cela requiert l’engagement actif des pouvoirs publics et des entreprises pour modifier notre environnement alimentaire, notamment grâce à un moratoire sur les élevages sans accès au plein air, la réorientation des subventions vers les productions végétales ou l’exclusion des protéines issues de l’intensif dans la restauration publique. »

Mr Mondialisation : Un seul message aux responsables politiques ?

L214 : « Simplement d’appliquer enfin la loi : respecter les besoins des animaux et leur éviter les souffrances et les mauvais traitements en élevage. Les dispositions de l’article L214 ne sont ni optionnelles ni symboliques ; elles constituent des obligations légales depuis un demi-siècle. Cesser de soutenir un modèle structurellement illégal est aussi une attente de la société : 84 % des Français sont favorables à l’interdiction de l’élevage intensif d’ici dix ans. »

Mauricette Baelen

Photo de couverture : Avec toutes autorisations – L214

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09.07.2026 à 06:00

Transhumanisme : un danger imminent pour l’humanité

Simon Verdiere

Tandis que le monde semble foncer droit vers l’effondrement, une minorité ne jure que par la technologie pour sauver une part de l’humanité. Grâce à des implants directement intégrés dans le corps, certains individus pourraient améliorer leurs performances intellectuelles et physiques, mais aussi tout bonnement leurs existences. Des idées séduisantes sur le papier, mais qui […]

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Texte intégral (1541 mots)

Tandis que le monde semble foncer droit vers l’effondrement, une minorité ne jure que par la technologie pour sauver une part de l’humanité. Grâce à des implants directement intégrés dans le corps, certains individus pourraient améliorer leurs performances intellectuelles et physiques, mais aussi tout bonnement leurs existences. Des idées séduisantes sur le papier, mais qui font craindre de terribles dérives, surtout dans un contexte où l’IA, les biotechnologies et les nanotechnologies s’accélèrent.

[Article initialement publié le 29 décembre 2022, mis à jour le 9 juillet 2026 | Temps de lecture estimé : ~ 5 min]

Pour les détracteurs du transhumanisme, il ne s’agit bien sûr pas de renier tout recours à la science ni de prôner l’obscurantisme. Intégrer la technologie directement dans les corps pourrait de plus avoir un intérêt médical certain.

Si le progrès technique peut, à l’avenir, permettre de soigner ou de compenser des déficiences, qui pourrait sincèrement s’y opposer ? Mais dès qu’on sort du strict cadre médical pour parler d’« amélioration » de l’humain, de nombreux problèmes éthiques, sociaux et politiques surgissent.

Les limites du médical

À mesure que ces technologies progressent, de nombreux problèmes éthiques risquent néanmoins de se poser. la question de la limite entre médecine réparatrice et transformation dénaturante du corps humain devient cruciale. Ce dilemme existe déjà avec la chirurgie esthétique : lorsque celle-ci permet à des accidentés de se rapprocher de leur état antérieur, aucune critique ne paraît justifiée. En revanche, les possibilités infinies de ce procédé ont pu entraîner un certain nombre de dérives, en particulier chez des patients psychologiquement fragiles ou instables.

Le transhumanisme franchit clairement cette limite : il ne cherche plus seulement à soigner ou à réparer, mais à « augmenter » l’humain, à créer de nouvelles capacités qui n’existent pas naturellement. Dans cette logique, l’homme devient l’objet d’un projet technique : il ne se reçoit plus, il se fabrique.

Bientôt des implants dans le cerveau : de la promesse au risque

L’apport de la technologie dans le corps risque de mener à des conséquences bien plus importantes, notamment avec les implants cérébraux. particulièrement inquiétants. Ces dispositifs ne sont plus de la science-fiction : plusieurs équipes, et notamment celles du milliardaire v travaillent activement sur le sujet.

Par le biais de sa société Neuralink, le propriétaire de X (ex Twitter), promet ainsi de rendre la parole à des paralytiques ou de soigner des troubles neurologiques. Sur le long terme, il imagine même conférer aux êtres humains des facultés qu’ils ne pourraient pas développer naturellement : comme par exemple, une mémoire augmentée ou encore une connectivité directe avec l’IA.

À la recherche de cobayes

Le Sud-Africain d’origine a déjà expérimenté la puce cérébrale sur des animaux. Après l’avoir implantée à des cochons, il l’a ensuite intégrée au cerveau de macaques. Si beaucoup n’ont pas survécu, certains cobayes étaient capables d’utiliser le jeu vidéo Pong par la seule force de la pensée.

Bien que ces résultats puissent paraître impressionnants, ils ont pourtant déjà été obtenus par d’autres chercheurs moins en vue. Par ailleurs, les lourdes pertes parmi les animaux testés n’ont pas manqué de créer la polémique. Des controverses qui ont mis un coup de frein à ces scientifiques qui pensaient prochainement expérimenter leurs technologies sur des êtres humains.

Des problèmes éthiques évidents : : santé, consentement et contrôle

Même en supposant que ces appareils soient viables, ils poseraient trop de problèmes éthiques pour être utilisés. Il s’agirait d’abord d’un danger possible pour la santé. Comment garantir les effets sur le long terme lorsque l’on s’attaque à une partie aussi sensible que le cerveau ? Les effets secondaires, les rejets, les risques de dépendance technologique ou de manipulation sont encore largement imprévisibles.

Certains pourraient rétorquer que chacun serait libre de risquer sa vie à ses propres frais. Pour autant, intervenir sur le cerveau pourrait entraîner chez le patient un manque de discernement ou des pertes de conscience ou de contrôle de lui-même qui mettraient alors en péril le reste de la population. Dans un monde où l’IA et les systèmes automatisés contrôlent déjà des infrastructures critiques, la possibilité de « hack » cérébral ou de manipulation via des implants devient un risque réel.

Un nouveau fossé inégalitaire

Par ailleurs, permettre à certains d’améliorer leurs facultés relèverait de l’eugénisme. Et pour cause, on arriverait rapidement à une société à deux vitesses, avec d’un côté des « cyborgs » disposant de capacités intellectuelles et physiques supérieures, et de l’autre des êtres humains « classiques ».

Ces inégalités se feraient d’ailleurs une nouvelle fois à l’avantage des plus riches qui auront les moyens financiers d’accéder à ces technologies. Le transhumanisme creuserait alors d’autant plus le fossé qui existe déjà entre les différentes classes sociales, en transformant la vulnérabilité biologique en critère de distinction sociale.

À tel point que les individus « augmentés » auraient sans doute un pouvoir bien plus important et céderaient probablement à une volonté de domination des autres. Il suffit de voir la relation qu’exerce l’humanité en général vis-à-vis de certaines populations, de la nature et des animaux pour s’en convaincre.

Vers l’immortalité ? Une illusion qui menace la vie sociale

Dans cette même direction, les transhumanistes rêvent de pouvoir accéder à l’immortalité en numérisant leur cerveau ou en remplaçant indéfiniment leurs organes. Rien ne garantit pour autant, sur un plan philosophique, que ce soit une bonne idée, ni qu’un tel sort soit une source de bonheur. N’est-ce pas d’ailleurs parce que la vie a une fin que nous en profitons plus pleinement ? Si elle était, à l’inverse, éternelle, ne risquerions-nous pas de nous en lasser ?

L’intérêt collectif de l’immortalité n’est pas non plus évident. Comment la planète pourrait-elle supporter toujours plus d’êtres humains si aucun ne disparaissait jamais surtout dans un contexte de crise écologique et de limites des ressources ? Par ailleurs si nous numérisions notre esprit pour nous défaire de notre corps, qu’est-ce qui nous différencierait réellement d’une machine ou d’une intelligence artificielle ?

Et si on s’améliorait vraiment : comportement et sociétés

Avant de vouloir perfectionner notre corps et nos facultés intellectuelles, ne devrions-nous pas d’abord améliorer notre comportement et nos sociétés existantes ? Nous donner encore plus de puissance alors que nous sommes déjà en train de détruire notre seul lieu de vie avec nos capacités actuelles ne relève-t-il pas de la pure folie ?

Et si, après tout, l’humain « augmenté » était simplement quelqu’un de plus respectueux, plus bienveillant, plus solidaire, plus altruiste et surtout plus humble et conscient de ses propres limites et de celles de la planète ?

Simon Verdière (mis à jour par Mara Pron)


Photo de couverture : Marina Núñez – WikimediaCommons

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08.07.2026 à 16:05

Tribune : Les grandes oubliées de la lutte pour les droits en périnatalité

Mr Mondialisation

Dans la continuité d’une tribune sur les angles morts des espaces d’entraide, Mr Mondialisation donne la parole à une autre lectrice, Josette*. Si le contexte est différent, la question de fond demeure : que se passe-t-il lorsque les espaces créés pour défendre des personnes concernées finissent aussi par reproduire certaines formes de domination ? Dans […]

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Texte intégral (1675 mots)

Dans la continuité d’une tribune sur les angles morts des espaces d’entraide, Mr Mondialisation donne la parole à une autre lectrice, Josette*. Si le contexte est différent, la question de fond demeure : que se passe-t-il lorsque les espaces créés pour défendre des personnes concernées finissent aussi par reproduire certaines formes de domination ? Dans cette tribune, Josette s’intéresse aux luttes contre les violences gynécologiques et obstétricales en Belgique et interroge la place des patientes dans ces mobilisations.

Cette tribune ne remet pas en cause la nécessité de lutter contre les violences gynécologiques et obstétricales. Elle invite en revanche à interroger le fonctionnement de certains espaces militants : qui y est légitime pour parler ? Quels savoirs sont reconnus ? Et comment des rapports de pouvoir peuvent-ils se reconstituer au sein même de mouvements qui ambitionnent de les combattre ? À travers son expérience et des travaux de recherche en sciences sociales, Josette, l’autrice de cette tribune questionne les mécanismes qui peuvent conduire à invisibiliser les premières concernées.

Une diversité de façade 

L’injonction à la sororité, qui entend faire de l’ensemble des femmes un groupe homogène caractérisé par sa bienveillance interne, masque les rapports de domination au sein des luttes féministes et empêche l’expression de la diversité des revendications tant dans la forme que dans le fond.

La sociologue Nouria Ouali a ainsi mis en valeur les rapports de domination entre  féministes majoritaires et féministes minoritaires (s’inscrivant, non pas dans une différence numérique, mais dans une disproportion de droits). Son travail porte sur les discriminations que subissent les militantes issues de l’immigration dans les espaces féministes. L’expression de ces discriminations sont similaires dans la lutte contre les violences obstétricales entre les militantes : attitudes maternalistes, freins à l’accès aux postes stratégiques, notamment de décision ou de représentation, omniprésence de professionnelles du féminisme déconnectées des réalités des groupes « minoritaires », ostracisation et dénigrement des minoritaires qui parviendraient à obtenir un poste stratégique, confiscation ou contrôle de la parole.

Dans cette culture de la sororité, la colère n’est par ailleurs acceptable que si elle émane de la catégorie dominante. Elle est par contre synonyme d’ostracisation voire  d’exclusion quand elle est exprimée par d’autres, comme le souligne la sociologue Lucile Quéré, au terme d’une vaste enquête dans des collectifs féministes français, suisses et belges. La remise en question est ainsi difficile.

En périnatalité, des conflits d’intérêt et une hiérarchie des naissances 

Portée par des collectifs féministes, la question des droits en périnatalité est envisagée en Belgique sous l’angle des inégalités de genre en priorité, avant celui des rapports de  pouvoir entre patient·es et professionnel·les de santé. Dès lors, patientes et soignantes partagent la gouvernance associative au titre de féministes, au risque d’aboutir à des conflits d’intérêts et d’orienter le discours.

Ainsi, l’associatif autour des droits périnataux rassemble essentiellement des  professionnelles de la naissance physiologique et des professionnelles du féminisme, qui occupent des postes-clés dans d’autres associations professionnelles ou féministes. Difficile donc d’avoir une garantie d’impartialité et d’indépendance par rapport à ces autres collectifs associatifs.

Ensuite, la mise en avant de l’accouchement physiologique dans les activités trahit une  échelle de valeur qui finit par faire du mal aux femmes. La confusion est entretenue entre naissance respectée et naissance physiologique, empêchant les femmes de se voir comme respectées dans un accouchement médicalisé, culpabilisant celles qui en  font le choix, mettant en échec celles qui en font l’expérience involontaire. La notion d’empowerment, largement diffusée dans les luttes féministes, est d’ailleurs essentiellement associée à la naissance physiologique. Comment dès lors entendre les femmes qui, malgré un accouchement physiologique, ont vécu une expérience négative ?

Patientes silenciées, une exception dans le cadre de la représentation des patient·es 

Mais qui sont-elles finalement les patientes expertes dans la lutte contre les VGO si ce ne sont les femmes qui en ont fait l’expérience elles-mêmes ? Imaginerait-on inviter une personne valide à parler de ce qu’est le handicap, ses répercussions, les aménagements à apporter ?

À mettre en avant la « naissance respectée », on a opéré un glissement vers des expertes qui seraient celles qui ont bien vécu la naissance de leur enfant et qui s’investiraient afin de garantir des conditions de naissance identiques aux leurs pour toutes les femmes. Quitte à imposer un maternalisme rejouant le paternalisme qu’elles prétendent combattre.

Si leur contribution est bienvenue, comme l’est la collaboration avec les professionnel·les de santé, elle ne devrait pas pour autant être synonyme de minorisation des patientes  expertes, ni de monopole du pouvoir et de contrôle de la parole.

Injustice épistémique 

On est au cœur de la notion d’injustice épistémique. Celle-ci désigne la remise en question de la capacité d’un individu à produire du savoir par l’expérience.

À partir d’intentions louables, des collectifs féministes en sont venus à confisquer à des patientes-expertes, la lutte pour l’amélioration des conditions périnatales, autant aux niveaux politiques et médiatiques qu’auprès des professionnel·les de santé et structures de soins.

Dans un associatif investi par des soignant·es et des féministes majoritaires (au sens  énoncé plus haut), favorisées d’un point de vue socio-culturel et baignées dans la culture de la physiologie, la violence épistémique bat son plein.

On entend ainsi en son sein certaines réticences à impliquer des patientes concernées directement par les violences obstétricales car celles-ci monopoliseraient le discours interne avec leurs propres vécus ou viendrait se guérir de leur traumatisme en militant…

Là encore, on retrouve entre les militantes, dans la lutte pour les droits périnataux, les rapports de domination mis en valeur par la sociologue Nouria Ouali :

  • représentation et gestion de projet par des personnes qui n’ont pas l’expérience  des violences obstétricales, voire par des professionnelles de santé, – monopolisation des espaces médiatique, politique et formatif autour des  violences gynécologiques et obstétricales,
  • recrutement des profils « intéressants », choisis pour leur réseau et leur adhésion  au discours dominant,
  • filtrage des témoignages présentés à la presse, aux professionnels en formation,  aux institutions publiques, etc.,
  • contrôle de la parole de patientes « alibi »,
  • confusion entretenue sur la notion d’association de patientes.

Association de « patientes », un aveuglement belge 

Alors qu’en France, il existe un cadre législatif particulier pour la représentation des  usager·es, exigeant notamment l’indépendance de l’association à l’égard des professionnels de santé, le flou belge autour de la notion peut autoriser la confiscation  de la parole et des moyens aux usager·es, en tout cas en périnatalité.

En effet, la périnatalité a ceci de particulier qu’il n’est pas question de maladie mais de  grossesse. Là où les associations de patient·es peuvent se définir de manière beaucoup plus claire autour d’une maladie, une association bâtie en réponse aux violences  obstétricales peut profiter de la notion plus globale de périnatalité pour manquer à son devoir moral de représentativité. Le savoir expérientiel n’y est alors pas privilégié.

Or, le savoir expérientiel comprend une capacité d’analyse à la fois plus large et plus fine du phénomène des VGO. Il en va de la responsabilité des professionnel·les de santé, des médias, des politiques, de vérifier la représentativité de leurs interlocuteur·ices s’ils ne veulent pas contribuer à la mise en place d’une périnatalité à plusieurs vitesses : autonomisation et choix pour une minorité privilégiée, infantilisation pour les autres.

Josette* le prénom de l’autrice de cette tribune a été modifiée


Photo de couverture de Eduardo Barrios sur Unsplash

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