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01.03.2026 à 10:18

Rassemblement pour l'Iran à République à 14h

Rassemblement pour l'Iran, dimanche 1er mars à 14h Place de la République. Contre la guerre, pour femme, vie, liberté

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Rassemblement pour l'Iran, dimanche 1er mars à 14h Place de la République. Contre la guerre, pour femme, vie, liberté

En solidarité avec un peuple pris en étau entre les bombardements des agresseurs et la répression du régime islamique

Non à l'intervention militaire d'Israël et des États-Unis
Non au mensonge : « libérer l'Iran par les bombes »
Non à un régime sanguinaire, ennemi du peuple, incapable de le protéger : massacres, Internet coupé, absence d'abris, de sirènes et d'alertes
Non aux opportunistes qui parlent de « pertes de guerre » (déjà des dizaines d'écolier-es et de civils tué-es dans cette « guerre humanitaire » vendue par Reza Pahlavi) au nom du « regime change »

Venez nombreuses et nombreux ! soyons la voix du peuple d'Iran

تجمع برای ایران
یکشنبه یکم مارس، ساعت ۱۴ ، میدان رپوبلیک

علیه جنگ و برای زن.زندگی.آزادی

در حمایت از مردمی که میان بمب‌های متجاوزان و سرکوبِ رژیم اسلامی گروگان گرفته شده‌اند

نه به مداخله‌ی نظامی اسرائیل و آمریکا
نه به دروغِ « آزادسازی ایران با بمب »
نه به رژیمی که در کشتار اخیر نشان داد نه توانِ دفاع از مردم را دارد، نه اراده‌اش را، بلکه دشمنِ مردم است
رژیمی که امروز با قطع اینترنت و در نبودِ پناهگاه، آژیر خطر و هرگونه هشدار، مردم را بی‌پناه و تنها گذاشته است
نه به فرصت‌طلبانی که دانش‌آموزان و مردم بی‌دفاعِ کشته‌شده را « تلفات جنگی » برای « براندازی » می‌نامند.

پرشمار بیایید، صدای مردم ایران باشیم.

source @roja.paris

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01.03.2026 à 08:00

Quelles perspectives juives décoloniales à l'heure du sionisme ? Retour sur Decolonial Judaism de Santiago Slabodsky

Dans cette recension, Nathan revient sur les soubassements d'une pensée juive décoloniale que l'on peut retrouver chez des auteurs comme Walter Benjamin, Emmanuel Levinas ou encore Albert Memmi. À travers les concepts des études décoloniales latino-américaines, Santiago Slabodsky les confronte et en évalue la pertinence à l'aune de la reconfiguration socio-raciale de la condition juive contemporaine. D'après lui, une pensée juive décoloniale ne peut pleinement se constituer qu'à condition de partir de cette reconfiguration : telle est la thèse de l'auteur que cet article essaye de restituer.

Texte intégral (7252 mots)

Dans cette recension, Nathan revient sur les soubassements d'une pensée juive décoloniale que l'on peut retrouver chez des auteurs comme Walter Benjamin, Emmanuel Levinas ou encore Albert Memmi. À travers les concepts des études décoloniales latino-américaines, Santiago Slabodsky les confronte et en évalue la pertinence à l'aune de la reconfiguration socio-raciale de la condition juive contemporaine. D'après lui, une pensée juive décoloniale ne peut pleinement se constituer qu'à condition de partir de cette reconfiguration : telle est la thèse de l'auteur que cet article essaye de restituer.

C'est à partir de sa lecture de La statue de sel d'Albert Memmi dans lequel l'auteur se présente comme «  irrémédiablement un barbare » [1] que Santiago Slabodsky initie son projet d'un judaïsme décolonial. Il y décèle une remise en cause radicale du dualisme civilisation/barbarie, au sein duquel les personnes juives ont été, selon les contextes historiques, associées à l'un des deux termes. À travers la voix d'un Juif tunisien, Slabodsky perçoit une proposition programmatique qui refuse l'assimilation et revendique la dissidence. Originaire d'Argentine, Santiago Slabodsky puise dans l'expérience des Juifs de cette région, marquée par un renversement brutal de leur positionnement socio-racial. En l'espace d'un siècle, les Juifs sont passés du statut d'ennemis de l'intérieur, considérés comme extérieurs à la nation argentine, à une intégration telle que le judaïsme constitue désormais une référence mobilisée au plus haut sommet de l'État argentin, notamment par le président d'extrême-droite Javier Milei, qui multiplie les allusions à la tradition juive pour légitimer son projet politique [2].

Dans Decolonial Judaism :Triumphal Failures of Barbaric Thinking [3], Santiago Slabodsky propose une relecture des philosophies et des littératures juives à travers le prisme de la pensée décoloniale, en particulier celle des courants hispanophones et francophones. L'essai s'attache à identifier les ressources critiques mobilisées par des auteurs dans la tradition juive ou leur propre judéité, afin de contester les fondements du projet moderne/colonial européen. Dans cette recension, je me concentrerai principalement sur l'argument central du livre, qui voit dans les perspectives juives décoloniales des contre-récits à la modernité européenne, et analyserai les tensions internes qui les traversent, notamment lorsqu'elles tendent à reproduire, malgré elles, les logiques modernes qu'elles prétendent dépasser. J'évoquerai succinctement le dernier chapitre, où l'auteur étudie comment certains discours, énoncés depuis un point de vue juif revendiqué, soutiennent l'Occident dans la lutte contre une «  nouvelle barbarie  ». Ces auteurs, dont les écoles de pensée s'identifiaient autrefois elles-mêmes à cette barbarie que leurs disciplines renient aujourd'hui, s'en dissocient pour mieux se démarquer, voire combattre, les autres barbares : la gauche, l'islam et le Sud global.

Sortir de la victimisation en reconsidérant la décolonialité des expériences juives (chapitres 1 et 2)

Dans le premier chapitre, l'auteur souligne la contribution limitée et fragile des études postcoloniales anglophones à la réflexion sur la condition juive passée et contemporaine. Slabodsky y pointe le paradoxe suivant : d'un côté, le Juif prototypique est reconnu comme une victime de l'antisémitisme européen qui a culminé avec le génocide. À ce titre, les Juifs sont généralement inclus parmi les peuples opprimés par la suprématie blanche. Pourtant, de l'autre côté, les efforts intellectuels et politiques juifs de résistance à cette domination sont rarement considérés et reconnus comme «  décoloniaux  ». Ils sont souvent relégués à de simples critiques internes à l'Europe, et non associés à des contributions à part entière à la pensée décoloniale. La souffrance juive est bien admise mais la légitimité et la portée théorique de leurs réponses à cette souffrance restent largement marginalisées dans le champ postcolonial.

Pour surmonter cette déconsidération, Slabodsky s'appuie sur les «  rencontres barbares  » entre penseurs juifs (Memmi, Levinas) et penseurs décoloniaux francophones (Césaire, Fanon) ou hispanophones (Mignolo, Dussel). Contrairement aux études postcoloniales, les études décoloniales latino-américaines intègrent plus volontiers ces penseurs juifs à leurs réflexions. Slabodsky souligne que tant Mignolo, dans Local Histories/Global Designs, que Dussel, dans la Philosophie de la libération, s'appuient sur la tradition hébraïque antique ainsi que sur des penseurs juifs contemporains qu'ils identifient explicitement comme juifs : Mignolo en mobilisant l'École de Francfort, et Dussel la pensée de Levinas. Les deux auteurs intègrent les Juifs parmi les autres colonisés de la périphérie, et considèrent la philosophie juive comme un levier critique de la modernité européenne depuis ses marges.

À partir de ces auteurs, Slabodsky réfléchit aux possibilités et aux limites d'une lecture décoloniale du judaïsme. L'auteur identifie trois dimensions fondamentales de l'expérience juive que l'approche décoloniale permet de mieux comprendre. La première est l'association historique des Juifs aux «  barbares  », au même titre que les autres racialement construits. La deuxième est la participation des littératures/résistances juives dans les études/luttes décoloniales, souvent méconnue ou soustraite. La troisième sont les résistances juives aux processus de racialisation, qui doivent être reconnues comme des propositions décoloniales.

Cependant, Slabodsky met en évidence quelques écueils qui empêchent la reconnaissance de ces perspectives juives comme pleinement décoloniales. Le premier écueil tient à la reclassification socio-raciale des Juifs dans les sociétés occidentales contemporaines où ils sont désormais, selon l'auteur, intégrés à l'Occident jusqu'à devenir des agents de l'impérialisme en Palestine. Dès lors, la possibilité qu'ils puissent formuler des critiques décoloniales semble compromise pour de nombreux chercheurs, qu'ils viennent des études juives ou postcoloniales. Le second obstacle repose sur une lecture restrictive de la souffrance juive, selon laquelle la Shoah, en tant qu'événement unique et sans équivalent, ne saurait être comparée à d'autres formes de violences raciales ou coloniales. Cette conception de l'unicité incrimine et interdit alors toute analogie théorique et politique. À l'inverse, la pensée décoloniale ne traite pas la Shoah comme un événement exceptionnel et anhistorique, mais la replace dans le continuum de la modernité européenne, jalonnée par des massacres racistes et coloniaux.

Ainsi, dans le chapitre 2, Slabodsky retrace une histoire décoloniale de l'oppression des Juifs aux côtés d'autres peuples colonisés. En effet, les discours impériaux européens ont construit une image racialisée des Juifs, en les associant à la figure du «  barbare  », au même titre que les Noirs, les peuples autochtones d'Amérique, les Arabes. L'auteur soutient que, dans le cadre de la modernité (de la Renaissance aux Lumières, jusqu'au colonialisme et au fascisme) les Juifs ont été intégrés à un ensemble de groupes socio-raciaux jugés inférieurs, subversifs ou irrationnels. Cette inclusion dans le registre de la barbarie ne nie pas la singularité de l'expérience juive, mais souligne au contraire les constantes dans les logiques d'exclusion. À travers l'examen de penseurs des Lumières, Slabodsky rappelle le rôle paradoxal des figures du rationalisme et de la tolérance dans la perpétuation des clichés antijuifs. Ces auteurs reconduisent des représentations antisémites anciennes qui associent les Juifs à des personnes arriérées, superstitieuses ou orgueilleuses. Cet imaginaire s'est étendu aux colonies, notamment dans les Amériques, où les Juifs furent parfois accusés d'alliance séditieuse avec des Natifs américains, ce qui a contribué à construire la figure de «  l'ennemi de l'intérieur  ». Au XXe siècle, Hitler, dans sa rhétorique nazie, lia l'occupation du Rhin après l'armistice de 1919 à un complot des Juifs, selon lequel ces derniers auraient non seulement trahi l'Allemagne pendant la guerre, mais aussi orchestré la présence de troupes africaines, accusées d'atteintes sexuelles, pour humilier et «  souiller  » la pureté de la race allemande, parmi les autres qualifications racistes que les Nazis associaient aux personnes juives (moralement dégénérées, racialement contaminées, politiquement dangereuses…). Cette idée ressurgit aujourd'hui chez les partisans de la théorie du «  grand remplacement  », qui attribuent fréquemment une immigration de masse fantasmée à l'influence supposée de figures juives comme George Soros. Enfin, une troisième forme d'interrelation entre les groupes racialisés repose sur l'association systématique entre Juifs et populations dites «  orientales  » — Arabes, Turcs, Musulmans — dans les représentations européennes. Cette corrélation repose à la fois sur des faits historiques (présence ancienne et enracinée des Juifs en terres d'islam, dans l'Empire ottoman, notamment après l'expulsion conjointe des Juifs et des Maures d'Espagne) et sur des fantasmes orientalistes. Cette assignation fut tant symbolique (la peinture ou l'iconographie représentaient les Juifs avec des turbans ou des keffiehs) que conceptuelle, comme en témoignent les propos d'Hegel ou Kant, qui parlaient des Juifs comme une «  tribu arabe  » ou une «  race palestinienne  ». Cette commune barbarisation fut ensuite intégrée dans les théories raciales et antisémites modernes, notamment par la catégorie de «  sémite  » qui regroupait les Juifs et les Arabes dans une même altérité culturelle, considérée comme naturellement inférieure aux Indo-Aryens européens. Si certains philosophes juifs tentèrent de subvertir cette assignation en revendiquant fièrement cet héritage oriental (comme Martin Buber), cela n'empêcha pas les discours antisémites ultérieurs de la reprendre.

La dernière critique que formule l'auteur à l'encontre des études postcoloniales concerne la manière dont elles appréhendent la position juive à travers les notions d'«  hybridité  » et de «  tiers-espace  » d'Homi Bhabha dans Les lieux de la culture : une théorie postcoloniale. Selon ce dernier, les personnes juives évolueraient dans un entre-deux, entre les deux injonctions contradictoires du pouvoir colonial : l'exclusion et l'assimilation. Le juif incarnerait un cas paradigmatique d'hybridité, ni complètement occidental, ni tout à fait étranger. Ainsi, le Juif adopterait de manière détournée la culture européenne, dans un processus créatif de négociation et d'hybridation. Historiquement exclu du centre de la modernité européenne, il est maintenant intégré dans ses dynamiques (langues, savoirs, États…). Dans les discours contemporains, le Juif est tantôt présenté comme une victime éternelle de l'antisémitisme, tantôt comme un modèle d'intégration et de méritocratie. Cette ambivalence le place dans un tiers-espace qui, selon Slabodsky, ne bénéficie pas d'une lecture politiquement critique. Le Juif, dans cette perspective, ne devient que l'illustration d'un concept (l'hybridité), sans reconnaissance de son agentivité décoloniale propre.
Ainsi, l'auteur reproche plusieurs lacunes à la notion d'hybridité, tout en reconnaissant que la notion cherche à dépasser les binarités coloniales. D'une part, elle tend à sous-estimer les asymétries de pouvoir entre les groupes en présence, ce qui risque de naturaliser les inégalités structurelles héritées du colonialisme. D'autre part, en effaçant les identités constituées, elle désarme les discours politiques de libération qui reposent justement sur une affirmation identitaire forte face à l'hégémonie. En effaçant la fracture entre dominant et dominé, l'hybridité dépolitise les luttes. Elle devient un outil herméneutique, mais pas stratégique. Enfin, elle ne rend pas compte de la complexité historique du judaïsme, notamment dans les contextes coloniaux.
Face aux limites du concept d'hybridité, l'auteur lui préfère celui de «  pensée frontalière  » (border thinking), élaboré par Walter Mignolo. Ce concept situe le processus d'exclusion raciale au cœur même de la modernité européenne. Contrairement aux approches anglo-saxonnes qui font commencer la modernité avec les révolutions du XVIIIe-XIXe siècles, la lecture décoloniale en situe l'origine en 1492 : année symbolique de l'expulsion des Juifs et des musulmans d'Espagne et de la conquête des Amériques. Cette modernité coloniale construit des frontières géographiques et épistémologiques à l'extérieur mais aussi à l'intérieur des empires, comme le prouve la figure du converso (à savoir, les Juifs convertis de force au christianisme ou plus généralement qui cachent leurs judéités pour survivre et s'intégrer). Ces conversos, bien que convertis, restèrent exclus et constamment persécutés, en particulier par l'Inquisition et les lois sur la «  pureté du sang  ». Ils incarnent cette figure du penseur frontalier, dont l'identité est imposée de l'extérieur et marquée par l'insécurité, la surveillance et la suspicion.

Contrairement à la figure de l'hybride, qui dissout les identités dans un espace de négociation, le penseur de la frontière ne cherche pas à dépasser les dualismes coloniaux, mais à y répondre d'une autre manière. Il ne peut négocier l'identité que l'empire lui impose – comme le soutient la pensée postcoloniale – alors il la réaffirme pour mieux la retourner contre lui, dans un geste de «  désobéissance épistémique  ». Ce processus permet l'émergence d'une lecture alternative du monde, depuis les marges. L'exemple du marrane devient alors emblématique dans le sens où il ne s'agit plus seulement d'une question théologique, mais d'une racialisation coloniale qui fait du Juif un être biologiquement «  barbare  », au même titre que les autres peuples colonisés. Cette dynamique s'étend aux colonies américaines et africaines, où des documents inquisitoriaux témoignent d'une réaffirmation positive d'identité juive, non pas en dépit, mais à partir des assignations impériales. Dans les colonies espagnoles, des indigènes et des Africains furent parfois accusés d'être secrètement juifs, signe d'une convergence perçue et redoutée par le pouvoir colonial. Certains conversos, à l'instar de Luis de Carjaval el Mozo, répondirent à la persécution en réaffirmant activement leur judéité. Le penseur frontalier ne cherche pas à brouiller les identités comme le ferait l'hybride, mais à s'approprier et subvertir la figure imposée du «  barbare  ». L'auteur conclut que, si les études décoloniales latino-américaines ne mettent pas toujours le judaïsme au centre de leurs analyses, elles offrent néanmoins un cadre très fécond pour penser l'expérience juive en relation avec d'autres formes de racisation. Il insiste sur l'importance de saisir les continuités entre les expériences coloniales, sans nier les différences. Cette approche rend possible une lecture juive de la pensée décoloniale, et réciproquement, une lecture décoloniale du judaïsme en s'appuyant sur des figures comme le marrane, dont l'expérience de la frontière constitue un espace stratégique de résistance. La pensée frontalière permet de reconnaître l'asymétrie des rapports de force, de résister à l'identité qu'on lui impose, et même parfois de se la réapproprier pour la transformer, et d'intégrer les Juifs comme acteurs du projet décolonial.

Après avoir démontré la pertinence de ce concept, Slabodsky l'illustre à travers l'analyse d'auteurs ayant écrit des «  contre-récits  » juifs, qui reprennent à leur compte le lexique de la «  barbarie  », contre la modernité européenne.

Le contre-récit des marxistes et de l'École de Francfort (chapitre 3)

Bien que Marx eût une lecture évolutionniste de l'histoire, qui va de la barbarie à la civilisation, il renverse par la suite cette perspective, en montrant que ce sont les actions du centre (l'Europe coloniale et capitaliste) qui relèvent de la barbarie. À travers ses écrits sur l'Inde, Le Capital et les Manuscrits de 1844, il développe l'idée que la soi-disant civilisation occidentale perpètre des actes d'une extrême brutalité (esclavage, exploitation, massacres) à la fois dans les colonies et en Europe même. Pour Marx, la véritable barbarie émane du centre même de la civilisation occidentale, que Rosa Luxemburg approfondira plus tard avec sa célèbre formule «  socialisme ou barbarie  », et que Walter Benjamin reprendra dans sa septième «  thèse sur l'histoire  », selon laquelle «  il n'est aucun document de culture qui ne soit aussi document de barbarie [4] ». Cependant, la tradition juive marxiste ne se limite pas à proposer un contre-récit négatif de la barbarie selon lequel elle serait avant tout le produit du capitalisme et du colonialisme européen. Elle élabore aussi un contre-récit positif, qui part du judaïsme pour critiquer la modernité européenne. Lorsque Benjamin invite à lire «  l'histoire à rebrousse-poil  », il appelle à reconnaitre les expériences que le récit moderne a subsumées ou marginalisées. Ainsi, contre l'idée de progrès, il affirme une autre temporalité qu'il puise dans le messianisme juif (où l'instant présent devient le moment privilégié pour agir, transformer et «  réparer  » le monde, afin de préparer et rendre possible l'ère messianique, qui correspond à un monde de justice et de paix dans la tradition juive, plutôt que de l'attendre passivement).

De leur côté, Horkheimer et Adorno cherchent aussi dans le judaïsme ce que la modernité considère comme une altérité inassimilable à éradiquer pour critiquer cette même modernité. Dans La Dialectique de la Raison, Horkheimer et Adorno examinent la face sombre de la modernité et de l'Aufklärung (les Lumières), en montrant que le projet d'émancipation rationnelle s'est paradoxalement transformé en un instrument de domination et de barbarie. Si les Lumières promettaient la libération de l'humanité par la raison, elles ont, selon eux, produit un système qui réduit toute chose à l'utile, à l'appropriable, en excluant ce qui ne peut être mesuré ou assimilé. La philosophie des Lumières, en cherchant à identifier et maîtriser absolument tout par le langage ou la raison, se mythifie elle-même. Ainsi, les deux Francfortois décèlent dans la religion juive un «  espoir  » face à la tendance autodestructrice de la Raison, notamment dans «  l'interdiction de donner le nom de Dieu à ce qui n'est pas lui, de donner au fini le nom d'infini, et au mensonge celui de vérité [5] ». Cet interdit de prononcer le nom de Dieu est l'expression d'une épistémologie critique du réel, pour qui le savoir n'est ni absolu ni définitif, et qu'il doit toujours être remis en question. Pour Santiago Slabodsky, loin d'être un simple principe théologique, cet interdit exprime une éthique du non-savoir et de l'humilité, qui reconnait l'altérité irréductible que les régimes totalitaires cherchent précisément à dominer. Dès lors, l'interdit de prononcer le théonyme ne constitue pas uniquement une barrière symbolique, mais un geste critique et décolonial, qui propose une alternative à la violence légitimée par les discours de maîtrise et d'absolu de la raison européenne.

Le contre-récit d'Emmanuel Levinas (chapitre 4)

Le deuxième contre-récit repose sur la critique lévinassienne de l'ontologie occidentale, dont la logique est de ramener systématiquement l'Autre au Même. Cette démarche est une première tentative d'inciter la philosophie européenne à considérer l'altérité, dans son irréductibilité, qu'elle a eu tendance jusqu'alors à subsumer ou assimiler. Cependant, l'altérité radicale, à laquelle se réfère Levinas pour développer sa critique de la philosophie européenne, se résume au seul horizon du judaïsme européen, ce qui exclut ainsi les expériences coloniales non-européennes.
Mais à partir des années 70 et 80, durant lesquelles Dussel rencontre Levinas et l'influence de ce dernier sur sa pensée devient manifeste, Levinas commence à prendre ses distances avec son eurocentrisme. Dans une page d'Autrement qu'être (1974), il affirme qu'une philosophie soucieuse de l'autre en tant qu'autre n'est possible «  sans introduire quelques barbarismes dans la langue  » [6]. Il faut ici lire le terme «  barbarisme  » dans son sens étymologique, comme ce que la pensée grecque ne comprend pas. Autrement dit, Levinas encourage à partir des traditions de pensée étrangères à la philosophie européenne. Cette orientation se retrouve au fondement de la philosophie de la libération d'Enrique Dussel. Quant à lui, Levinas s'ouvre aux autres peuples colonisés partir d'une lecture géopolitique du Talmud. Dans À l'heure des nations, Levinas étudie Pesahim 118b, et trace une cartographie morale et politique dans laquelle deux types de communautés s'opposent : d'un côté, Rome (paradigme de l'empire prédateur et de l'accumulation capitaliste) que Levinas associe à l'Europe et aux États-Unis, de l'autre, une coalition éthique composée d'Israël, de l'Égypte et de l'Éthiopie, qu'il associe, de manière scabreuse, au Tiers-Monde. Il légitime même cette alliance en recourant à un commentaire de Rashi [7] selon lequel l'Égypte et l'Éthiopie feraient partie de la communauté d'Israël. Ce geste n'est cependant pas exempt d'ambiguïtés. D'une part, en associant symboliquement Israël, Égypte et Éthiopie, il construit une communauté des opprimés qui cherche à dépasser les normes européennes. D'autre part, en subsumant les autres colonisés (l'Égypte et l'Éthiopie) à l'expérience juive (Israël), Levinas court le risque d'instrumentaliser ces figures (Égypte, Éthiopie) pour servir un projet éthique juif, ce qui pourrait reconduire un certain judéo-centrisme. Ainsi, ce commentaire talmudique fonctionne, à la fois, comme une dénonciation des structures de domination contemporaines, mais aussi comme une tentative d'extraire le judaïsme de sa réduction à l'Occident post-Holocauste. Pour Levinas, Israël ne doit pas être un État-nation traditionnel, mais l'espace idéal dans lequel peuvent s'effectuer les lois et la justice divine dans l'histoire. Levinas se réfère ici à des commandements bibliques, qui par exemple prescrivent l'accueil de l'étranger et interdisent l'exploitation de son prochain (Lévitique 19).

Cependant, Slabodsky souligne le paradoxe de cette démarche qui, d'un côté, envisage Israël comme un idéal prescriptif et, de l'autre, dans la mesure où Levinas associe, dans ses interprétations talmudiques, l'Empire romain à l'Occident, il est donc légitime de penser que son Israël fait également référence à une réalité contemporaine. Ainsi, Levinas intègre Israël dans sa communauté des exilés et des opprimés sans prendre en compte que cette même communauté le juge, à raison, comme un État colonial et occidental. Levinas semble donc négliger la nouvelle condition politique des Juifs dans cette région dominée par Israël, qui ne renvoie plus à la libération biblique mais à la domination sioniste.

Le contre-récit d'Albert Memmi (chapitre 5)

Le troisième contre-récit est celui d'Albert Memmi, qui, dans une démarche proche de celle d'Aimé Césaire dans Cahier d'un retour au pays natal, réinvestit l'image du barbare de manière positive. Pour lui, cette figure devient un symbole de résistance culturelle face à la colonisation et à l'assimilation. Dans son autofiction, La Statue de sel, Memmi mobilise l'isotopie de la barbarie pour décrire ses coutumes et traditions juives, qu'il défend contre l'universalisme civilisateur du colonialisme européen. Ce geste littéraire initial se transforme rapidement en projet politique. En effet, Memmi radicalise sa pensée autour de la figure du barbare, qu'il érige en principe d'émancipation juive hors du cadre normatif occidental. Refusant toute tentative d'assimilation, il affirme que la seule voie de sortie pour les Juifs opprimés passe par une acceptation de soi profondément politique, qui refuse le regard européen qui hiérarchise les civilisations, et une alliance avec les autres peuples opprimés du Sud global. Dans son second roman autofictionnel, Agar, Memmi met en scène son expérience du couple mixte avec une Française catholique. Il est profondément surpris lorsque sa compagne, au détour d'une discussion sur leur mariage à l'occasion d'une visite chez un rabbin, le qualifie de «  crasseux  », révélant ainsi son racisme. Humilié, le narrateur oppose alors les défauts des siens à l'arrogance «  des gens du Nord  », incarnés par sa compagne. À ce moment, loin de rejeter l'étiquette de barbare, il l'embrasse pleinement et affirme sa solidarité avec les autres peuples colonisés (Juifs, Arabes, Noirs, Chinois…) dont il assume symboliquement la responsabilité. À travers cette scène, Memmi revendique son appartenance au Sud global et appelle à une solidarité anticoloniale entre tous ceux que l'Occident désigne comme barbares. Ainsi, dans cette perspective, Albert Memmi estime que la décolonisation des Juifs ne peut être effective seulement dans le sionisme, qu'il associe aux autres libérations nationales des peuples colonisés. Ce n'est que dans le sionisme que les Juifs pourraient prendre en main leur destin dans une libération nationale, qui garantirait leur sécurité, leur dignité et leur culture sans qu'elles soient aliénées.

Ainsi, au cours de la seconde moitié du XXe siècle, plusieurs penseurs juifs, parmi lesquels Emmanuel Levinas et Albert Memmi, ont contribué à élaborer une pensée juive décoloniale. En réinvestissant positivement la figure du barbare, ils ont tenté de formuler des contre-récits, situés depuis leurs judéités. Dans cette perspective, le sionisme était considéré comme l'opération par laquelle les personnes juives pouvaient réaffirmer leurs judéités authentiquement et indépendamment des normes modernes et européennes. Cependant, cette tentative de réhabilitation se heurte à une contradiction majeure : l'État d'Israël, tel qu'il se constitue à partir du projet sioniste, reproduit à la fois dans son idéologie et dans ses pratiques les logiques coloniales mêmes que ces intellectuels prétendaient contester.

Par ailleurs, dans le chapitre 6, Santiago Slabodsky rappelle, par un détour aux ouvrages d'Edward Said, notamment La question de la Palestine – et plus précisément le chapitre intitulé «  Le sionisme du point de vue de ses victimes  » – ainsi que par les travaux d'Ella Shohat, Le sionisme du point de vue de ses victimes juives, tous deux publiés cinq ans avant À l'heure des nations d'Emmanuel Levinas, que le sionisme n'est en aucun cas un projet «  barbare  », mais qu'il est à la fois européen et colonial, tant en théorie qu'en pratique. D'une part, parce que le sionisme se présente comme «  l'avant-poste de la civilisation contre la barbarie [8] », selon l'expression de Theodore Herzl, de l'autre parce qu'il s'agit d'un mouvement historiquement initié par la bourgeoisie juive assimilée d'Europe centrale, dont le modèle était profondément européen et moderne. De plus, les premiers sionistes manifestaient un profond mépris à l'égard des Juifs non européens, une attitude qui s'est prolongée au-delà de la fondation de l'État d'Israël et qu'Ella Shohat a largement documentée. Enfin, le sionisme continue de prospérer sur l'expulsion, la dépossession et l'oppression des Palestiniens.

Ainsi, deux postures interprétatives peuvent dès lors être envisagées face à cette tension.
La première prend acte de cette contradiction comme élément structurant de leur pensée et cherche à en analyser les causes dans leur contexte intellectuel. Emmanuel Levinas et Albert Memmi écrivaient dans un Paris intellectuellement dominé par la figure de Jean-Paul Sartre. Ce dernier, qui a d'ailleurs rédigé la préface du Portrait du colonisé de Memmi, incarne un engagement à la fois anticolonial et résolument favorable à Israël. Levinas et Memmi s'inscrivent ainsi dans un moment historique où l'engagement anticolonial et prosioniste était encore cohérent, voire hégémonique dans certains cercles intellectuels. Toutefois, à la différence de Sartre, qui n'associait pas les Juifs aux barbares, Levinas et Memmi revendiquaient cette altérité critique de la modernité occidentale. Cette réappropriation de la barbarie demeure contradictoire dès lors qu'elle s'opère au sein du projet sioniste. Bien que le contexte intellectuel permette de comprendre en partie cette contradiction, il ne saurait en dissiper les apories, au premier rang desquelles figure l'incapacité de nos deux auteurs à reconnaitre et à intégrer les Palestiniens dans leurs réflexions. Dès lors, l'affirmation de la judéité dans une perspective décoloniale ne peut être dissociée de son instrumentalisation dans un cadre nationaliste et colonial, ce qui en limite profondément la portée critique. Il est donc nécessaire de reconnaitre ces apories et d'en expliquer les causes structurelles.

Sladobdsky mobilise à nouveau la pensée décoloniale pour résoudre ce problème, en s'appuyant notamment sur le projet transmoderne d'Enrique Dussel, qu'il décompose en trois étapes : la revalorisation des cultures marginalisées ou subsumées par la modernité européenne, la critique interne de ces mêmes cultures pour prévenir l'essentialisme, et enfin, le dialogue et la solidarité entre les autres peuples opprimés. Levinas et Memmi accomplissent la première étape en réaffirmant leurs judéités, en rupture avec l'imaginaire européen dominant.

Mais leur projet échoue à atteindre la deuxième étape dans la mesure où aucun des deux ne parvient à questionner leur nouvelle condition socio-raciale ni à identifier les dérives ethnocentriques auxquelles leurs philosophies respectives s'exposent. Par exemple, Levinas mobilise dans ses prises de position sur Israël un commentaire talmudique médiéval élaboré dans un contexte de persécution, sans interroger les discontinuités historiques entre cette époque et le présent israélo-palestinien. Ce recours à des sources perçues comme anhistorique empêche toute mise en question du repositionnement socio-racial des personnes juives, autrement dit, de son passage d'une position subalterne à une position dominante en Palestine. De son côté, Memmi conçoit le peuple juif comme porteur d'une identité «  irrémédiablement barbare  » qui trouverait sa réalisation authentique dans l'État-nation israélien. Mais ce dernier se prétendant comme «  l'avant-poste de la civilisation contre la barbarie  » entre en contradiction avec les velléités barbares de l'auteur. La difficulté majeure ne réside donc pas seulement dans leur rapport problématique au sionisme, mais dans leur incapacité à réinterpréter leur tradition de manière critique et contextuelle. En définitive, c'est l'usage anachronique et essentialisant de la judéité qui constitue l'obstacle principal à la cohérence de leur projet. En cherchant à affirmer une barbarie juive à l'Occident, tout en l'arrimant à un État-nation colonial et occidental, ils reconduisent la logique qu'ils voulaient initialement subvertir.

L'émergence d'une réaction philosémite

Dans le dernier chapitre, Santiago Slabodsky ne s'intéresse plus aux philosophes juifs qui ont réfléchi à la barbarie en l'associant aux crimes du capitalisme européen (Benjamin, Adorno & Horkheimer) ou en la réinvestissant comme position critique (Levinas, Memmi), mais à ces intellectuels d'État, comme Robert Kaplan ou Bernard-Henri Lévy, qui ont adopté ce qu'il appelle «  la nouvelle reclassification du judaïsme [9] ». Ces auteurs assimilent désormais la barbarie non plus à la modernité européenne, mais aux «  nouveaux antisémites  » : la gauche, l'islam et le Sud global. D'après Slabodsky, l'influence et la popularité de ces nouveaux intellectuels juifs s'expliquent par «  le changement dans la configuration raciale qui attend désormais des Juifs qu'ils soient parmi les porte-paroles nécessaires d'une perspective géopolitique qui, par la force des choses, mobilise le récit de la barbarie [10] ». En rappelant le néo-racisme de cette théorie, qui attribue les inégalités de développement à des facteurs culturels et moraux plutôt qu'à des causes socio-économiques, Slabodsky s'attarde surtout à l'originalité de cette théorie, qui insiste sur l'enjeu quasi existentiel pour les sociétés occidentales à protéger les personnes juives, dont les intérêts sont considérés comme alignés avec ceux de l'Occident.

Slabodsky s'intéresse à la manière dont cette théorie se construit à partir d'une perspective à la fois occidentale et explicitement juive. Kaplan place le peuple juif au cœur des discours et des politiques de la «  guerre contre le terrorisme  », selon lesquels la défense de l'État d'Israël représente un enjeu civilisationnel. Dès lors, l'État israélien incarne la supériorité de la civilisation au milieu d'un Moyen-Orient instable, tandis que les Palestiniens, les musulmans et les peuples du Sud sont décrits comme irrationnels, violents et réactionnaires. Le peuple juif devient alors le modèle par lequel est pensé l'intégration à la modernité mais surtout son garant. Ce raisonnement réactive un discours colonial inversé selon lequel le Juif n'est plus l'autre arriéré et inassimilable de la civilisation européenne, il devient désormais le modèle, le protégé et la sentinelle de «  la civilisation judéo-chrétienne  » contre la barbarie des populations postcoloniales. Slabodsky étend aussi son analyse à Ce grand cadavre à la renverse, publié deux ans après les émeutes de 2005 que Bernard-Henri Lévy qualifie de «  barbarie  », dans lequel l'intellectuel médiatique prend la défense de l'Europe et des États-Unis contre cette «  nouvelle barbarie  ». Dans les pas de Robert Kaplan, BHL, «  va cependant un cran plus loin. Selon lui, non seulement toute attaque contre Israël ou les Juifs est ipso facto une attaque contre l'Occident, mais toute attaque contre l'Occident peut également être interprétée comme une attaque antisémite contre les Juifs [11] ». Pour BHL, «  l'antiaméricanisme est une métaphore de l'antisémitisme [12], par laquelle toute critique des États-Unis ou de l'impérialisme américain fonctionnerait comme des dog whistle ou des messages codés dont le sens implicite serait compris par les antisémites comme une allusion aux «  Juifs  » ou à une «  puissance, domination, conspiration juive  ». Ainsi, cette rhétorique philosémite consiste à protéger l'Occident sous prétexte de défendre les Juifs, et à défendre les Juifs au nom de la protection de l'Occident.

En résumé, ce livre pose les premiers jalons d'une réflexion nouvelle sur la judéité à partir d'une approche décoloniale. Il essaye de répondre à cette question : «  Si les personnes juives ont effectivement subi une reclassification raciale [passant des marges à une intégration précaire à la blanchité jusqu'à en devenir l'avant-poste en Palestine], peuvent-elles encore représenter un défi pour la même structure qui les accueille désormais  ? En d'autres termes, les Juifs peuvent-ils encore être une source convaincante de propositions décoloniales  ? [13] »

Nathan PATRON-ATLAN


[1] MEMMI, Albert. La Statue de sel. Paris : Gallimard, coll. Folio, 1985, p.184

[2] TANK-STORPER, Sébastien. Les Juifs d'Argentine : une histoire de justice. Paris : Calmann-Lévy, 2025

[3] SLABODSKY Santiago, Decolonial Judaism : Triumphal Failures of Barbaric Thinking, New York : Palgrave Macmillan, 2014

[4] WY, Michael. Walter Benjamin : avertissement d'incendie – Une lecture des Thèses sur le concept d'histoire. Paris : Éditions de l'éclat, coll. Philosophie imaginaire, 2018, p. 66

[5] HORKHEIMER, Max, ADORNO, Theodor W. La dialectique de la raison : fragments philosophiques Traduit de l'allemand par Éliane KaufholzParis : Gallimard, 1983, Collection « Tel », p.40

[6] LEVINAS, Emmanuel. Autrement qu'être ou au-delà de l'essence. Paris : Le Livre de Poche, 22 novembre 1990, coll. « Philosophie », p.273

[7] Grand rabbin français médiéval (1040‑1105)

[8] HERZL, Theodor. L'État juif (traduction de M. Lipschutz), Paris, Éditions de la Revue Blanche, 1926, Wikisource, p. 95

[9] SLABODSKY, Santiago. Decolonial Judaism : Triumphal Failures of Barbaric Thinking. New Approaches to Religion and Power. New York : Palgrave Macmillan, 2014, p.185 (ma traduction)

[10] Ibid., p.180

[11] Ibid., pp.185-186

[12] LEVY, Bernard-Henri, «  L'Autre socialisme des imbéciles  », in Ce grand cadavre à la renverse, Paris, Grasset, 2007

[13] SLABODSKY, Santiago. op. cit., p.30 (ma traduction)

manifeste de Tsedek ! : https://tsedek.fr

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01.03.2026 à 08:00

À propos d'Inceste - Une version brochure du livre « Le berceau des dominations » de Dorothée Dussy

Cette brochure est un énorme copié-collé sans aucune scrupule du livre Le berceau des dominations de Dorothée Dussy (2013).

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Cette brochure est un énorme copié-collé sans aucune scrupule du livre Le berceau des dominations de Dorothée Dussy (2013).

Cette brochure est un énorme copié-collé sans aucune scrupule du livre Le berceau des dominations de Dorothée Dussy (2013). Un certain nombres de modifications ont été effectuées dans le but de rendre l'ouvrage plus accessible.
Ainsi, les propos des incesteurs ont été enlevés de même que de nombreux témoignages précis de victimes, la formulation a aussi été modifié dans une langue moins soutenue et des sujets éparpillés dans tout l'ouvrage ont été rassemblés. Des discussions, d'autres lectures, des podcasts, des échanges et des retours critiques l'ont aussi nourrie, ce qui fait que certains points évoqués ne sont pas issus du livre de Dorothée Dussy.
Le but de cette brochure est de participer à aider les victimes, fournir des billes aux proches aidants et rendre accessible à toustes des savoirs universitaires sur l'inceste. Parce que nous sommes des anarchistes, merde à la famille, à la domination adulte et à la propriété privée.

Cette brochure est loin d'être parfaite ou complète, n'hésitez pas à nous envoyez des remarques, critiques, ressources et tout le reste à :

apropos_inceste@@@riseup.net

Avertissements de contenus :

  • Exemples de violences sexuelles sur les enfants
  • Évocation de suicides
  • Évocation d'automutilations

Remarques :
Cette brochure comporte probablement des coquilles, des maladresses et des manques. N'hésitez pas à nous envoyer toutes remarques afin que nous éditions une version corrigée et complétée.
Pareil si tu as des ressources à conseiller.

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01.03.2026 à 08:00

Arpentage - Paris sans le peuple, la gentrification de la capitale de Anne Clerval

Arpentons propose un atelier d'arpentage autour de l'ouvrage Paris sans le peuple, la gentrification de la capitale de Anne Clerval, le jeudi 12 mars de 15h à 17h30 Café de la Commune Libre d'Aligre (3 Rue d'Aligre, 75012) à prix libre.

Texte intégral (521 mots)

Arpentons propose un atelier d'arpentage autour de l'ouvrage Paris sans le peuple, la gentrification de la capitale de Anne Clerval, le jeudi 12 mars de 15h à 17h30 Café de la Commune Libre d'Aligre (3 Rue d'Aligre, 75012) à prix libre.

L'arpentage est une technique d'éducation populaire issu du milieu ouvrier. Il s'agit d'une méthode de lecture collective d'un ouvrage par un petit groupe.

Comment ça marche concrètement  
Au début de l'atelier, l'ouvrage est découpé en autant de parties qu'il y a de participant.es. Chacun·e lit son extrait de son côté pendant un temps déterminé, pas trop long car le but est surtout d'échanger par la suite. Ensuite, on fait une mise en commun où chacun.e restitue ce qu'iel a compris de son passage et peut partager ce qu'il en a pensé, ses ressentis et ses expériences vécues en lien avec l'extrait. Enfin, on discute de manière libre de l'ouvrage.

Il n'est pas nécessaire d'acheter le livre, ni de l'avoir lu avant. Les ateliers sont ouverts à toustes (même si tu n'es pas un grand.e lecteur.ice) dans la bienveillance et le respect de l'autre.

Les places sont limitées (8 personnes max). Inscription obligatoire par mail : arpentons@gmail.com ou via message privé sur instagram (https://www.instagram.com/arpentons/)

Les ateliers Arpentons sont animés par Léon Lamotte, formé à l'arpentage par l'association Ressources Alternatives.


Pour cet atelier :
Paris sans le peuple de Anne Clerval (2013), enseignante-chercheuse en géographie, vient éclairer le processus de gentrification en cours dans la capitale à partir d'une enquête de terrain menée pendant 4 ans dans plusieurs quartiers parisiens. Quelle place la ville de Paris accorde-t-elle aujourd'hui aux classes populaires ? Qui profite ou souffre de la gentrification ?
📍 Jeudi 12 mars de 15h à 17h30 au Café de la Commune Libre d'Aligre (3 Rue d'Aligre, 75012) - 5 euros (adhésion annuelle au café) - si déjà adhérents : prix libre

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01.03.2026 à 08:00

A jamais antifascistes ! / Mayday / podcast

La mort d'un militant nationaliste après une mauvaise bagarre a servi la semaine dernière de révélateur voire d'accélérateur à la fascisation en cours, celle que l'on documente sur les ondes de radio canut depuis des années.

Lire la suite (435 mots)

La mort d'un militant nationaliste après une mauvaise bagarre a servi la semaine dernière de révélateur voire d'accélérateur à la fascisation en cours, celle que l'on documente sur les ondes de radio canut depuis des années.

La mort d'un militant nationaliste après une mauvaise bagarre a servi la semaine dernière de révélateur voire d'accélérateur à la fascisation en cours, celle que l'on documente sur les ondes depuis des années.

A l'unissons, les partis conservateurs, une bonne partie de la gauche et la quasi totalité de la presse nationale et locale ont hurlé en meute leur haine de l'antifascisme et de leurs modes d'organisation.

Face à une Union sacrée au garde à vous, à sa minute de silence pour un néo-nazi, face aussi à une pseudo gauche tétanisée par un sentiment de culpabilité mal placé, on consacre cette semaine 1 heure à la situation et on redonne la parole à des antifascistes qui ont il y a quelques années, du faire face à la répression, après une rixe avec des royalistes.

Bonne écoute !

A jamais antifascistes ! / Mayday

Mayday c'est tous les mercredis à 18h sur radio canut et aussi en rediffusion sur la Clé des ondes (Bordeaux), Radio Dragon (Mens), Radio Zinzine (Limans), radio Cause Commune (Paris et Île-de-France), radio Méga (Valence), radio Larzac (causses et au delà), radio Grenouille (Marseille). Toutes nos émissions se réécoutent aussi ici ou sur les trucs de podcast : https://audioblog.arteradio.com/blog/98875/mayday

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01.03.2026 à 08:00

8 mars 2026 : village féministe, et manifestation pour la Journée internationale des Droits des Femmes

Rendez-vous dimanche 8 mars de 11h à 14h place Stalingrad (Paris 19e) pour le village féministe, puis départ en manifestation à 14h. Trajet : Stalingrad -> Gare du Nord (par Lafayette) -> République (par Magenta). Appel unitaire et appel à bloquer les fascistes, racistes et sionistes !

Texte intégral (2858 mots)

Rendez-vous dimanche 8 mars de 11h à 14h place Stalingrad (Paris 19e) pour le village féministe, puis départ en manifestation à 14h. Trajet : Stalingrad -> Gare du Nord (par Lafayette) -> République (par Magenta). Appel unitaire et appel à bloquer les fascistes, racistes et sionistes !

L'appel unitaire à la manif :

Journée internationale de lutte pour les droits des femmes en solidarité avec les femmes du monde entier

Face aux impérialismes, aux droites et extrêmes droites, partout dans le monde, les femmes résistent ! Face aux attaques du gouvernement, Grève féministe !
Nous appelons à la grève du travail, des tâches domestiques et de la consommation. Sans les femmes, tout s'arrête ! Nous sommes déterminées à lutter contre le pouvoir, faire entendre les voix de toutes pour arracher l'égalité. Nous sommes solidaires des femmes et des populations subissant de plein fouet les conséquences dramatiques du changement climatique, aggravé par les politiques productivistes et capitalistes.

Solidarités internationales
À l'heure des guerres génocidaires, des coups d'État, des impérialismes démultipliés, de l'Iran à l'Afghanistan, de la Palestine au Soudan en passant par le Rojava, le Venezuela et l'Ukraine, nous serons en grève en solidarité avec nos sœurs du monde entier. Nous affirmons notre solidarité avec nos sœurs d' Amérique latine, d'Iran, du Groenland, sous menace d'une intervention impérialiste directe par les États-Unis de Trump. De l'Amérique latine et du Sud au continent africain, les luttes écoféministes articulent droits des femmes, autodétermination des peuples et défense du vivant. Elles s'opposent aux logiques impérialistes, coloniales et néolibérales qui sacrifient les territoires et les populations au profit des multinationales minières, pétrolières, agricoles et financières.
En solidarité avec celles qui font face aux régimes fascisants, réactionnaires, théocratiques, colonialistes et impérialistes ; avec celles qui endurent les génocides, les conflits armés, les bombardements massifs, et viols de guerre, les mutilations sexuelles, les mariages forcés, celles confrontées à l'exode et aux politiques migratoires racistes, celles qui subissent la crise climatique - 80 % des populations déplacées pour des raisons climatiques sont des femmes -, l'insécurité alimentaire et l'exploitation des multinationales ; avec toutes celles qui se défendent farouchement pour recouvrer ou obtenir leur liberté et leurs droits.

Pas d'instrumentalisation des luttes féministes par l'extrême droite, pas d'extrême-droite dans la rue, pas une voix pour l'extrême droite.
L'Extrême-droite est désormais au pouvoir dans de nombreux pays. Partout, les immigré-es et migrant-es sont réprimé-es. Des masculinistes aux racistes, islamophobes et antisémites, lesbophobes, homophobes et transphobes, handiphobes, qui exercent des violences permanentes, l'extrême-droite étend sa sphère d'influence, grâce aux médias achetés par sa galaxie. Elle ne cesse de nourrir la haine de l'autre, le racisme, la misogynie, la LGBTQIAphobie, le validisme, et entretient la centralité d'un projet politique xénophobe.
Nous réclamons l'abrogation de la loi immigration et la régularisation de tou·te·s les sans-papier-es.
Avec les municipales de 2026 et la potentielle arrivée de l'extrême droite dans plusieurs villes, l'enjeu est celui d'une opposition unie et radicale et la formation d'un front antifasciste !

De l'argent, il y en a !
À l'heure du financement d'un porte avion de 10 milliards alors que des associations, notamment féministes, risquent de fermer leurs portes et leurs services faute de financement, nous refusons de nous taire.
Le gouvernement refuse de taxer les ultra-riches, le budget profondément sexiste et socialement brutal est en cours d'adoption. Ce budget impactera toujours plus lourdement les femmes du fait de leur position subalterne dans le monde du travail.
Les inégalités salariales, les bas salaires, les allocations inférieures au seuil de pauvreté, les pensions de retraites toujours plus faibles précarisent les conditions de vie. Les femmes représentent 62% des personnes payées au SMIC et 70 % des bénéficiaires des banques alimentaires. Plus de 9,8 millions de personnes, dont plus d'une famille monoparentale sur 3, vivent sous le seuil de pauvreté. 300 000 personnes dont 3000 enfants vivent dans la rue.
Nous demandons la hausse des salaires, la revalorisation des minimas sociaux, la construction massive de logements sociaux.
L'arrêt immédiat de la baisse des financements et un rattrapage du budget des associations qui accompagnent et soutiennent les femmes.

Du travail, un temps de travail, des retraites et des salaires pour vivre et pas survivre
Les femmes, notamment les mères isolées, sont particulièrement impactées par la vie chère, elles sont majoritaires à occuper des emplois mal rémunérés, sont souvent percutées par la précarité et le temps partiel imposé et touchent un salaire en moyenne ¼ inférieur à celui des hommes. Les femmes, dont les retraites sont 40% inférieures à celles des hommes, sont encore plus impactées par la dernière réforme. Nous voulo|ns la retraite à 60 ans, une réduction du nombre d'annuités et des pensions décentes.
Nous réclamons l'abrogation totale de la réforme Macron des retraites et de toutes celles qui ont accentué les inégalités. Nous exigeons l'abrogation des lois qui pénalisent les chômeurs·euses et les bénéficiaires du RSA. Nous exigeons la revalorisation des métiers féminisés (éducation, soin, lien, santé, nettoyage...), l'égalité salariale, l'interdiction du temps partiel imposé, la transformation des CDD en CDI et la réduction du temps de travail à 32 heures minimum avec embauches correspondantes. Nous exigeons une transposition ambitieuse de la directive européenne sur la transparence salariale qui vise à renforcer l'application du principe d'une même rémunération « pour un même travail ou un travail de valeur égale ».

Pour un réel partage du travail domestique !
80 % des femmes consacrent au moins une heure par jour à la cuisine ou au ménage contre seulement 36 % des hommes.
63 % des personnes qui s'occupent tous les jours d'enfants, de personnes âgées ou handicapées de manière informelle sont des femmes, ces aidantes ne doivent pas être victimes d'un défaut de solidarité nationale renvoyant aux solidarités familiales.
Invisibilisé, dévalorisé, il est loin d'être une question privée. Les tâches qui en découlent font pleinement partie de l'activité économique.
C'est un travail qui participe à produire des biens et des services et qui contribue au bien être des membres du ménage (famille) et va bien au-delà.
Nous ne pouvons nous satisfaire que rien ne bouge dans la répartition des tâches au sein des couples et ce depuis des années. Cette inégalité dans la répartition du travail domestique se traduit par des inégalités dans la sphère professionnelle et est l'un des facteurs des inégalités salariales et patrimoniales.
Le 8 mars, nous appelons à la grève du travail domestique.

Pour plus d'égalité et de justice, plus de services publics !
Le démantèlement des services publics de la santé, de l'éducation, du logement dégradent les conditions de vie des femmes. Les politiques libérales ont privatisé les services publics et contraignent les femmes à compenser les carences auprès des enfants comme des plus âgé·e·s, des malades, des enfants et adultes handicapé-es, au détriment de leur carrière, de leur autonomie financière, de leur santé.
Nous réclamons la création de services publics de la petite enfance à la hauteur des besoins, avec les moyens correspondants pour en finir avec les crèches privées et de l'autonomie tout au long de la vie et une prise en charge réelle du 4e âge.
Nous exigeons des services publics renforcés : 63% des personnels sont des femmes et elles en sont aussi les premières usagères.

Notre corps nous appartient !
47000 femmes dans le monde meurent chaque année d'un avortement clandestin. Nous réclamons la réouverture de tous les centres d'interruption volontaire de grossesse qui ont été fermés pour permettre un réel accès à l'IVG sur tout le territoire, le choix de la méthode, et les moyens nécessaires à la hauteur des besoins.
LGBTQIA, nous voulons pouvoir faire nos choix de vie, vivre librement notre orientation sexuelle, nos identités. Nous demandons la fin des mutilations et des traitements hormonaux non consentis.
Nous voulons l'ouverture de la PMA pour toutes ! Nous dénonçons les offensives réactionnaires qui s'en prennent aux droits des personnes LGBTQIA+. Nous revendiquons la liberté de vivre son orientation sexuelle. Nous exigeons une transition libre et gratuite pour toutes et tous et la fin des mutilations et traitements hormonaux non consentis sur les personnes intersexes.
Handicapées, nous subissons toutes les violences. Nous sommes privées de nos droits à l'autonomie, à l'éducation, à l'emploi, aux soins, et à la procréation. Nous voulons notre indépendance économique, l'accessibilité universelle à l'ensemble de l'espace public et à tous les lieux et bâtiments.

Stop aux violences sexistes et sexuelles
Près d'une femme sur trois est victime de violences conjugales ou sexuelles au cours de sa vie (OMS), soit environ 840 millions de femmes dans le monde.
Nous continuons à compter nos mortes car il n'y a aucune volonté politique de lutter contre les violences faites aux femmes et aux enfants.
L'impunité persiste, 1 % des viols sont condamnés.
Nous refusons que les enfants violé·es, maltraité·es, incesté·es continuent le plus souvent à être abandonné·es à leur sort !
Pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles, dont les violences obstétricales et gynécologiques, nous voulons une loi-cadre intégrale qui mette en avant prévention, éducation, protection, accompagnement, sanction et garantisse les moyens pour la prise en charge de l'ensemble des victimes, femmes, enfants et minorités de genre.
Les plus touchées par les violences sexistes, dont les violences économiques, sont celles qui souffrent déjà de multiples oppressions : femmes victimes de racisme, exilées et migrantes, sans papiers, ouvrières, femmes sans domicile, précarisées, privées de liberté, en situation de handicap, femmes lesbiennes et bi, femmes trans, femmes en situation de prostitution et celles victimes de l'industrie pornocriminelle.
Nous demandons la mise en place d'actions concrètes pour lutter contre toutes les violences sexistes et sexuelles, protéger les victimes et combattre les réseaux de traite prostitutionnelle et de proxénétisme et la marchandisation du corps des femmes.
Nous dénonçons les baisses des subventions aux associations qui luttent contre les VSS et exigeons au moins les 3 milliards nécessaires pour l'accompagnement des victimes et des moyens pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles et leur prévention.

Éduquer à l'égalité, un enjeu majeur, du plus jeune âge à l'Université
Une éducation à l'égalité doit permettre aux enfants de comprendre les mécanismes de domination s'exerçant dans notre société et contribuer à les protéger contre les violences sexistes et sexuelles.
Nous voulons une éducation non sexiste, la réelle mise en place effective d'une éducation à la vie affective et sexuelle qui intègre les notions de désir et de plaisir, d'une éducation au consentement et à l'égalité. Et surtout, des moyens pour la mettre en œuvre.
Les inégalités se vivent aussi à l'université : stéréotypes dans les orientations et les filières, bizutage fortement genré, violences sexistes et sexuelles, et c'est sans citer le sexisme ordinaire dans les amphis.
Nous demandons notamment des dispositifs de protection et de soutien des victimes de discrimination efficients et financés, des formations de lutte contre les VSS...

Éducation à la Vie Affective Relationnelle et Sexuelle pour toutes et tous maintenant !
Le programme d'éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS), dans la continuité des lois votées pour l'éducation à la sexualité à l'école, doit être mis en œuvre.

Nous sommes et resterons mobilisé-es tous les jours contre le patriarcat, le racisme, l'antisémitisme, l'islamophobie, le validisme, les politiques libérales et autoritaires du gouvernement et contre l'extrême droite

Appel à bloquer les fascistes, les sionistes, les racistes

Rendez-vous le dimanche 8 mars 2026 !

🕦 À 14h
📍Place Stalingrad , Paris 19e

➡️Nous, militant.es féministes antifascistes, antiracistes, antisionistes, appelons à faire front le 8 mars contre le femonationalisme et le femosionisme✊

Nous nous définissons comme féministes parce que nous refusons de hiérarchiser nos luttes et identités multiples, au sein du mouvement féministe et nous nous rassemblons autour de l'urgence d'un front féministe antifasciste, antisioniste, antiraciste et anticolonial.

🔻Notre projet politique est clair et commun : défendre l'autodétermination des corps et des peuples, lutter contre toutes les formes d'oppression et faire front face aux offensives fascistes, sionistes et impérialistes qui menacent nos vies, nos libertés et nos solidarités.

🔥Venez nombreuses et nombreux en cette journée de lutte pour les droits des femmes et des minorités de genre au sein de notre front !

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28.02.2026 à 08:00

Courant Alternatif n° 356 : Mort aux vaches, et au champ d'honneur !

Le numéro de janvier 2026 (n°356) de l'inusable mensuel anarchiste communiste est bouclé, les abonnements arriveront vers le 7 janvier : abonnez vous sans tarder ou réservez le dans les bonnes librairies. La « une » et le sommaire du mois ci-dessous. Les articles seront publiés sur le site de l'OCL une fois les abonnements servis, au fil du mois.

SOMMAIRE

3 ✔ Edito : « Mort aux vaches et au champ d'honneur »

Luttes des classes
4 ✔ Grèves spontanées à Arcelor Dunkerque sur fond d'une restructuration sans fin
8 ✔ Syndicat et syndicalisme

Dossier : Luttes conte l'agro-industrie
10 ✔ FNSEAETAT FRANCAIS : La co-gestion, c'est l'abattage !
13 ✔ Ce n'est pas les vaches qu'il faut abattre mais le virus Capitaliste et son vecteur, l'État !
14 ✔ Fermes-Usines : la résistible ascension de l'agro-alimentaire ?

Répression
18 ✔ Sainte-Soline : « Le procureur clôt l'enquête ? On la rouvre ! »
21 ✔ Limoges : Procès de l'Affaire du 15-Juin

Environnement
23 ✔ Pourquoi la pollution est d'abord un gros problème d'égalité (et non un petit souci d'écolo saoulant) ?

Militarisation générale
27 ✔ Course aux armements : Que vient faire Renault dans cette galère ?

L'air du temps
30 ✔ La brutalisation inhérente aux rapports sociaux capitalistes, vivier du fascisme
31 ✔ La démocratie c'est la peste, vive la zone. Sur le livre de Qinn Slobodian, Le capitalisme de l'apocalypse

Immigration
33 ✔ Capitalisme, immigration et xénophobie

International
35 ✔ Sahara Occidental, un conflit oublié

Rubriques :
6 ✔ Insubordination salariale
16 ✔ Big Brother
20 ✔ Qui sommes nous ?
22 ✔ Brève de l'éco : Sécu, Internet, contre-budget du R.N.
36 ✔ Poésie : Benjamin Péret, Épitaphe pour un monument aux morts de la guerre

Texte intégral (611 mots)

Le numéro de janvier 2026 (n°356) de l'inusable mensuel anarchiste communiste est bouclé, les abonnements arriveront vers le 7 janvier : abonnez vous sans tarder ou réservez le dans les bonnes librairies. La « une » et le sommaire du mois ci-dessous. Les articles seront publiés sur le site de l'OCL une fois les abonnements servis, au fil du mois.

SOMMAIRE

3 ✔ Edito : « Mort aux vaches et au champ d'honneur »

Luttes des classes
4 ✔ Grèves spontanées à Arcelor Dunkerque sur fond d'une restructuration sans fin
8 ✔ Syndicat et syndicalisme

Dossier : Luttes conte l'agro-industrie
10 ✔ FNSEAETAT FRANCAIS : La co-gestion, c'est l'abattage !
13 ✔ Ce n'est pas les vaches qu'il faut abattre mais le virus Capitaliste et son vecteur, l'État !
14 ✔ Fermes-Usines : la résistible ascension de l'agro-alimentaire ?

Répression
18 ✔ Sainte-Soline : « Le procureur clôt l'enquête ? On la rouvre ! »
21 ✔ Limoges : Procès de l'Affaire du 15-Juin

Environnement
23 ✔ Pourquoi la pollution est d'abord un gros problème d'égalité (et non un petit souci d'écolo saoulant) ?

Militarisation générale
27 ✔ Course aux armements : Que vient faire Renault dans cette galère ?

L'air du temps
30 ✔ La brutalisation inhérente aux rapports sociaux capitalistes, vivier du fascisme
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Immigration
33 ✔ Capitalisme, immigration et xénophobie

International
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Rubriques :
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28.02.2026 à 08:00

Ni class first, ni intersectionnel.le. Redéfinir la classe. (première partie)

On est frustré.e des articulations classe/race/genre qu'on croise un peu partout. On a l'impression que le milieu toto est à la traîne des léninistes dans ses analyses des oppressions du fait de l'absence d'une ligne de classe forte. Or on veut pas soutenir les courants antiracistes ou anti-impérialistes des communistes autoritaires – qui cachent toujours des horizons étatistes et nationalistes. On ne veut pas non plus rejoindre des orgas trotskystes, dont la forme « parti », hiérarchique, représentative et centralisatrise nous semble une impasse pour la lutte. Mais on en a marre de l'absence de questions de classe chez les toto.

Enfin, on est satisfaite ni de l'articulation des termes posées par les « class first », qui font de la classe la « lutte principale » par rapport à la race et au genre, ni de l'articulation intersectionnelle, qui fait de la classe une oppression parmi d'autres.

On veut prendre le temps de ré-articuler ces termes, dans la lignées d'autres théories. Et bon. De distribuer quelques bastosses aussi.

Texte intégral (9717 mots)

On est frustré.e des articulations classe/race/genre qu'on croise un peu partout. On a l'impression que le milieu toto est à la traîne des léninistes dans ses analyses des oppressions du fait de l'absence d'une ligne de classe forte. Or on veut pas soutenir les courants antiracistes ou anti-impérialistes des communistes autoritaires – qui cachent toujours des horizons étatistes et nationalistes. On ne veut pas non plus rejoindre des orgas trotskystes, dont la forme « parti », hiérarchique, représentative et centralisatrise nous semble une impasse pour la lutte. Mais on en a marre de l'absence de questions de classe chez les toto.

Enfin, on est satisfaite ni de l'articulation des termes posées par les « class first », qui font de la classe la « lutte principale » par rapport à la race et au genre, ni de l'articulation intersectionnelle, qui fait de la classe une oppression parmi d'autres.

On veut prendre le temps de ré-articuler ces termes, dans la lignées d'autres théories. Et bon. De distribuer quelques bastosses aussi.

Ceci est la première partie d'une brochure à paraitre. C'est donc assez long. Le plan va être globalement

  • première partie : "les limites de l'intersectionnalité et du "class-firstisme"
  • deuxième partie : "les oppressions, fondements du capital"

Le titre de la deuxième partie changera peut-être d'ici-là, et y en aura ptetre une troisième, on sait pas encore bien.
À noter : je tente un truc là, qui me paraît pas trop con, mais qui est sûrement plein d'erreurs et d'angles morts. Si vous êtes pas d'accord, ou pas sûr.e.s de l'être, avec ce que je dis, c'est ok : je pose mon machin, il est fait pour être discuté, contesté, retravaillé... L'idée est de s'inscrire dans une discussion la plus large possible du milieu anti-autoritaire autour des questions de la classe et des oppressions. Et aussi de critiquer ce milieu toto dans lequel on étouffe un peu. Si vous voulez m'écrire pour y répondre, hésitez pas, c'est à ce mail : pepsi_glou [at] proton.me.
Je commence en intro par définir ma ligne. C'est beaucoup de mots et de concepts. Je trouve ça bien par honnêteté intellectuelle, mais c'est pas obligatoire pour le texte. Si c'est pas le genre de truc qui vous fait kiffer, vous pouvez commencer à la partie I sans problèmes. De même, les notes de bas de page assez nombreuses sont des "plus" qui développent des analyses, mais elles ne sont pas indispensables. Quant aux mots avec une *, ils renvoient au glossaire à la fin.
Enfin, je ne traite que de la race, de la classe et du genre : je n'ai pas les connaissances nécessaires pour articuler les autres oppressions mais j'ai conscience que c'est un manque et qu'il faudrait.

Bonne lecture ;)

Introduction

Pour commencer, on veut vous offrir une bonne salade de mots pour dire dans quels courants on se situe. On se définit comme anarco – communiste, anti-autoritaire, plutôt proche des tendances de la communisation, du mouvementisme et de l'autonomie. C'est des termes et des pensées qu'on a fini par découvrir au fil des discussions, des rencontres, des événements et parce qu'on est plutôt dans le kif de digguer des trucs, mais sincèrement y a quelques années en arrière on y connaissait rien. Et ptêtre ça changera à nouveau au fil du temps. On va définir ce qu'on veut dire par tout ça.

Anarco-communiste car on se réclame de courants qui ont pu s'appeler plutôt anarchistes ou plutôt communistes à travers l'histoire, mais qui avaient tous la particularité de vouloir la révolution. Par révolution j'entends l'abolition des classes sociales, la disparition des États et du capitalisme, et la mise en place d'un monde basé sur des rapports sociaux égalitaires et non oppressifs. Ces courants avaient aussi en commun de privilégier un horizon collectif qui se ressentait dans les formes d'organisation et les modalités d'action, à l'inverse de l'anarchisme individualiste ou de la pensée « avant-gardiste » de nombreux courants communistes. Enfin, ils partageaient le fait de poser une ligne de classe, c'est-à-dire de penser avant tout la société depuis sa structuration en classes antagonistes.

Anti-autoritaire car en opposition aux courants communistes majoritaires aujourd'hui (ceux dits léninistes*, stalinistes*, maoïstes*, trotskystes*, guévaristes*...) on refuse les idées d'organisation hiérarchiques et avant-gardistes, qu'ils défendent de leur côté comme étant "la voie au communisme". De même, on refuse tout horizon nationaliste ou étatiste, ce qui n'est pas leur cas et les fait répétitivement défendre un pays contre un autre ou une bourgeoisie contre une autre, sous prétexte qu'elle représenterait "la résistance", "l'anti-impérialisme", "le socialisme".. face aux "mauvais pays" et aux "mauvaises bourgeoisies".

Quant aux questions de communisation, de mouvementisme ou d'autonomie*, ce sont des courants qui partent tous du principe que la révolution ne peut pas se faire par une quelconque forme de transition ou de représentation, et qu'elle doit être immédiate – ce qui ne veut pas dire arriver d'un coup, mais ‘sans médiations'. En gros : dans la révolution, c'est nous, l'ensemble des exploité.e.s, qui prenons tout par la confrontation et le rapport de force directs contre l'État et le capital. C'est également nous qui organisons immédiatement la vie dans ce processus, collectivement et sur un pied d'égalité. Les dynamiques à l'œuvre dans la mise-en-lutte contre le capitalisme, l'approfondissement révolutionnaire du conflit et l'organisation communiste de la vie sont dans une continuité directe : l'auto-organisation collective et la destruction des hiérarchies sont à chaque étape la fin et le moyen.
Tout ça se fait donc sans représentants, sans armée, sans parti qui fassent les choses à notre place, nous imposent leurs choix ou temporisent notre colère dans un "plus tard". Pour nous, le geste politique révolutionnaire consiste à réfuter dans les actes le principe de séparation entre les "organisateur.ice.s" du réel et les "organisé.e.s". À l'inverse des partis trotskystes ou des tendances sauce-dém* on estime donc qu'il n'y aucun horizon, révolutionnaire ou simplement positif, qui puisse sortir d'un parti ou d'un État – même de gauche, même anti-capitaliste, même "révolutionnaire".

On voulait définir tout ça car on pense que c'est important de nommer les choses, même si ça fait beaucoup de concepts. On pense que c'est mieux de vous les présenter clairement, pour que vous puissiez vous positionner plus facilement par rapport à ce texte.

Partie I : limites de l'intersectionnalité et du « class-firstisme ».

a) intersectionnalité

Dans un autre article, on avait écrit une note de bas de page, et on s'est rendu compte que c'était le cœur de ce qu'on pensait concernant les oppressions. Ça disait ça (attention, c'est pas très digeste : c'est pas grave de le sauter si ça vous parle pas) :

« On part du principe que la sexisation et la racisation sont des parties intégrantes, fondamentales de la production et la reproduction du capital, qu'elles en sont même à la matrice, et que l'ordre social de l'exploitation ne peut et ne doit être pensé qu'en tenant ensemble les différents axes de violence qui le constituent. Le capitalisme ne naît, et ne se reproduit en permanence dès l'origine, qu'en tant qu'il reproduit aussi une part majoritaire de "déclassés" au sein de la classe, regroupés et catégorisés par des conditions spécifiques de violence et de surexploitation, sans quoi il ne tient ni économiquement, ni socialement, ni politiquement. On dit "sous-classées" car on estime qu'il s'agit de classes au sein de la classe, à cet égard, mais ça ne veut absolument pas dire "minorité" ».

On va essayer de développer ça, de façon plus claire, plus simple, et avec des phrases moins longues lol. Ça implique qu'on définisse en quoi on est en désaccord avec différents courants militants et révolutionnaires, et notamment notre propre milieu : le milieu toto*. En effet, on a beau l'aimer ce milieu, on trouve qu'il est traversé par une culture politique intersectionnelle très spécifique : fondamentale et précieuse, mais criticable. Pas criticable dans le fait que les oppressions systémiques n'existeraient pas, évidemment. Mais on trouve qu'il y a quelque-chose qui sonne un peu "à côté" dans la façon de les aborder ; que c'est très centré sur les individus et les comportements individuels et ne prend pas assez en compte d'autres dimensions. Entendons-nous bien : les comportements individuels ne sont pas anodins pour nous, évidemment que c'est une part réellement importante de la réalité concrète des oppression. On est d'accord qu'agir dessus est un point nécessaire pour combattre les putains de violences de merde qui ont lieu tout le temps. Mais la façon dont on le fait amène à plusieurs écueils, qu'il est assez difficile de pointer du doigt sans craindre une sanction sociale au sein du milieu même [1]. L'un de ces écueils qui nous intéresse particulièrement est le concernisme, une approche qui part du principe que les personnes « concerné.e.s » ont forcément une lecture politique plus juste sur les sujets liés à leurs oppressions. C'est évidemment vrai à plein d'égard. Mais dans le concernisme, ça prend une dimension très spécifique : on en oublie qu'on peut souffrir d'oppressions au niveau individuel et porter une ligne politique réactionnaire. Et qu'on peut ne « pas être concerné » par une oppression et être en désaccord avec la ligne politique portée par des personnes concernées, sans que ça soit forcément réac (ça peut l'être, évidemment. Et ça l'est souvent, dès lors que la critique consiste à reproduire les oppressions en les niant, les minimisant, les accusant de diviser la lutte, etc). Autre point, la notion de « concerné.e/ pas concerné.e » est une façon d'aborder la chose qui dénote elle-même d'un vocabulaire très centré sur l'individu, et qu'on trouve pas totalement anodine. On comprend l'idée derrière ce mot, mais on se dit que c'est quand même parlant que ça soit celui-là et pas d'autres qui revienne tout le temps ; y a vraiment ce truc des "individus" : de qui est "concerné", qui "a des privilèges", etc. Notre focus politique est quand même vraiment fort porté sur ça.

Globalement, au-delà du concernisme, on constate que cet aspect très tourné vers les individus est structurant de plein de façons dans le milieu. Ça n'est pas complètement étonnant : la culture toto en France est très nourrie de théorie anarchiste individualiste, mettant en avant l'action de sabotage et l'attaque individuelles du système [2], la lutte à partir de la rage personnelle, les organisations affinitaires... En plus de tout ça, le milieu est traversé par une certaine pensée intersectionnelle – étroitement liée aux notions de déconstruction, de ressenti et de vécu, de privilège, etc. – qui est un héritage des penseurs de la French theory (dont Foucault fait partie), et des théories queer de culture universitaire anglo-saxonnes/américaines. Or, ces courants de pensée ont la spécificité de s'être construits dans une lecture alternative à la lutte des classes : ils l'ignoraient, la rejetaient ou la trouvait dépassée, voire tentaient spécifiquement de se débarrasser du marxisme. S'ils s'inscrivaient dans une lutte fondamentale contre le racisme et le patriarcat face à un courant ouvrier qui ne prenait pas en compte ces questions, ils le faisaient ainsi depuis un biais qui évacuait en même temps un certain horizon collectif et révolutionnaire [3]. Il existe et existait à l'inverse déjà à l'époque des courants de l'intersectionnalité différents, par exemple marxistes ou marxiens* – marxiens, c'est-à-dire se réclamant des analyses de Marx mais divergeant de sa ligne autoritaire spécifique – qui n'ont pas du tout infusé par chez nous, et encore moins dans le milieu anar. Et c'est un problème pour un milieu qui se veut révolutionnaire, d'être si peu traversé de théories de la classe [4].

b) cocos

C'est un problème car ceux qui commencent à réintégrer les oppressions dans une lecture intéressante, du fait que l'intersectionnalité a maintenant culturellement atteint tous les milieux militants, sont ceux qui n'ont jamais abandonné la lutte des classes, c'est-à-dire les communistes autoritaires. On se retrouve donc avec des analyses réellement pertinentes concernant l'articulation « oppressions-exploitation » par des gens dont la lignes n'est vraiment pas la nôtre, et globalement uniquement par eux. Des partis trotskystes aux youtubeurs décoloniaux en passant par la galaxie des petits groupes marxistes, on est quasi obligés de se taper du léninisme si on veut entendre des choses parlantes. Or, c'est fait depuis une ligne qui pose aussi énormément de choses problématiques d'un point de vue anti-autoritaire : on intègre donc en même temps des morceaux de propagande qui ne nous vont pas, et qu'il est difficile de déconstruire après coup puisqu'on a pas d'exemple comparatif d'une parole forte à la fois intersectionnelle, marxienne et anti-autoritaire. L'absence d'une ligne de classe forte et structurante dans le milieu toto se fait de plus en plus sentir.

Autre phénomène par rapport aux groupes marxistes*, cette fois-ci dû au concernisme spécifiquement : on se retrouve avec des gens comme Houria Bouteldja, le groupe Parole d'Honneur et autres collectifs antiracistes « marxisto-lénino-sauce-démo-ajoute-ton-adjectif » qui peuvent dire les plus énormes dingueries de la Terre, vu qu'ils sont racisés et qu'ils parlent de race, c'est souvent no problem dans nos milieux. C'est assez flippant et problématique. J'ai l'impression que chez les anarco-toto-queer, vu qu'on estime qu'on doit pas poser de mots ou d'analyse à la place des concerné.e.s, et vu que nos milieux sont très blancs, on se retrouve avec un double phénomène vis-à-vis de ces groupes de l'ordre de : « il faut les écouter car ils ont sûrement raison ; nous on doit pas parler là-dessus car on est pas légitimes / de toutes façon y a que eux qui parlent donc on prend la théorie là où elle est ». C'est une boucle vraiment merdique. On se retrouve à écouter des léninistes car on a juste aucune alternative pour former de la pensée sur certains sujets. Avec l'aide appuyée de ces groupes, une sorte d'amalgame est fait pour dire "si vous pensez pas comme nous sur tel sujet, c'est que vous êtes racistes". Et tout ça joue un vrai truc, depuis quelques années, pour permettre aux lignes autoritaires de développer une hégémonie sur des parties entières du discours, au point que dans nos milieux même, il n'y a qu'à elles qu'on a facilement accès : tout simplement parce qu'on a perdu l'habitude d'en produire [5].

Or, si on part du principe que les oppressions sont des questions individuelles, évidemment qu'on doit fermer notre gueule. Mais si on estime que ce sont des composantes fondamentales du capitalisme, et si on estime qu'on a quelque-chose à faire avec le capitalisme en tant qu'anarchistes / anarco-communistes, alors on a une responsabilité politique à produire de la parole anti-autoritaire et anti-étatique sur les événements qui arrivent dans le monde et sur les discours des autres sur ces événements.
Ce manque d'affirmations face aux diverses boutiques marxistes vient à notre avis du fait qu'on est pas au clair sur certains trucs. Une sorte de confusion s'opère entre ce qui relève de la dimension interindividuelle et ce qui relève de la dimension structurelle, globalement du fait que la seconde n'importe pas autant que la première. Un signe égal est posé entre « ne pas produire de l'oppression, faire de ce milieu un endroit où la merde prépondérante à l'extérieur est combattue », ce qui est une option inter-individuelle valable et même fondamentale, et « ne pas contredire une personne du fait qu'elle est « concernée » et nous non, quand on parle d'événements ou d'analyse politiques, exprimés depuis une ligne politique », ce qui est vraiment dingo. C'est le moment où on passe un cap, et qu'on franchit la frontière qui sépare "ligne politique intégrant les oppressions" de "politique de l'identité."

Et c'est très problématique. Par exemple, je suis blanche, mais autonome : à quel moment il est considéré comme plus "okay" que je me plie à la pensée léniniste qui fait du Hamas un horizon de libération sous prétexte que c'est des gens concernés qui s'exprimeraient, que de faire exister une ligne de soutien au prolétariat Palestinien depuis une approche autonome qui chie sur le Hamas comme sur toutes les bourgeoisies ? à quel moment la ligne politique autonome devient une variable d'ajustement ? à quel moment on trouve pas normal de partir d'une ligne et d'un projet politiques pour y articuler les oppressions ?
Dans le même genre, à quel moment la ligne de classe est si secondaire que dire de voter ou soutenir des projets étatistes ça devient okay, pour peu que ça soit dit par la bonne personne ?
On ne se pose pas les bonnes questions. On dirait que comme la ligne de classe était absente à la base du logiciel intersectionnel dont on a hérité, nos pensées antiracistes et antipatriarcales ne sont plus arrimées à rien : peu importe qu'elles s'expriment sous une forme sauce, léniniste, anar... Elles passent avant toute ligne politique et s'y substituent, au lieu de s'y incarner. Et comme elles reposent sur l'accusation de racisme et de sexisme pour se défendre, c'est socialement impossible de les dénoncer sur ces dérives sans être marqué du sceau de l'infamie et délégitimé.

c) Le "milieu"

Tout ça dénote aussi pour nous d'une fragilité mal assumée concernant les questions de classe et de race, qui dit peut-être surtout quelque-chose de la composition générale du milieu [6]. Étant blanche, je vais pas trop m'avancer pour le second point : il s'articule surement selon des angles que je ne comprends pas. Mais pour ce qui est de la classe, j'ai tendance à trouver qu'il y a dans cet abord des oppressions une forme à la fois subtile et envahissante de classisme. Ça s'exprime pas tant par des "comportements oppressifs" que par un angle mort général, un décalage dans les enjeux : le projet anarchiste/communiste a pas toujours l'air si viscéral et fondamental, par contre ne pas risquer de se faire dire qu'on a dit de la merde, ça, oui. L'enjeu narcissique dépasse l'enjeu politique. L'enjeu de milieu dépasse l'enjeu de lutte. Résultat il vaut mieux se taire ou ne pas questionner des analyses politiques léninistes ou sauce-dem que risquer de se faire traiter de transphobe, ou de raciste, etc. L'inquiétude de la pureté militante individuelle devient en fait une ligne politique en soi, dans laquelle celle de l'autonomie est évacuée.

Entendons-nous bien : je dis pas que "le combat contre les oppressions divise la lutte", ni que le racisme est pas grave, ni qu'il faut être oppressif. Et je suis d'accord qu'il faut combattre les lignes réac où qu'elles soient. Mais je dis que l'angle est mauvais. Car tout ça fait un truc où on dirait qu'on veut avant tout se débarrasser de la culpabilité de nos privilèges en étant pas oppressifs, dans un truc très narcissique et tourné vers soi. Comme si ça changeait quoi que ce soit à nos privilèges structurels de faire ça. Je parle évidemment pas des violences, là, qu'on doit combattre ; je parle de cet espèce d'endroit où on appelle "ne pas être violent" et "lutter" un truc purement performatif qui apporte rien et dont on fait pourtant le coeur de nos préoccupations. J'ai parfois l'impression qu'on s'inquiète beaucoup plus de "ne surtout pas risquer d'être pris.e pour raciste/sexiste ou accusé.e de l'être" qu'on ne se demande "comment faire avancer la lutte contre le racisme/sexisme systémique". Encore une fois, l'héritage intersectionnel dont on a parlé tout à l'heure y est pour quelque-chose. À chaque question, on répond avec le focus tourné vers l'intérieur de nos petits milieux, plutôt que vers la transformation de la société et les moyen pour la faire advenir... Ça se sent sur un milliard de trucs en permanence dans nos façons d'aborder les choses.

Par exemple je peux vous dire je suis une meuf trans, et ben les débats sur l'inclusif ça me rend dingue. Qu'on l'utilise dans le milieu pour lutter contre les invisibilisations de genre qui l'ont grêvé si longtemps, je comprends. Mais on est plus à l'époque du "dur" de cette lutte interne sur l'écriture, alors quand on se tourne vers l'extérieur c'est pas cet enjeu que j'ai en tête... Et si ça aide pas à ce que des gens me lisent, me comprennent, et soient touchés par ma propagande bah franchement je m'en bats les steaks d'écrire en inclusif. J'ai pas envie de me battre avec eux pour qu'ils lisent un point - en plus, c'est vrai que c'est moche - j'ai envie qu'ils lisent ma brochure, que le fond leur parle, et qu'on trouve potentiellement à s'organiser ensemble pour faire grandir la lutte contre la structure capitaliste-raciste-patriarcale de la société. Et ça me rend dingue qu'on puisse reprocher ça et surtout faire un aussi gros focus sur ce truc, à tel point que c'est même pas une option vraiment envisageable de faire autrement. La prio elle est où sincèrement ? Dans le fait de performer les déconstruits pour nos compas militants ou dans celui de pousser notre agenda politique ? Sérieusement ?? Et je dis même pas qu'il faut jamais le mettre ce point, hein, je dis on se retrouve avec des fixettes sur des trucs délirants au lieu de réfléchir avec du recul, comme s'il existait qu'une bonne manière de militer contre les oppressions (le recul. C'est un vrai truc. Notre culture de lutte contre les oppressions s'organise autour de l'interdiction du recul critique). Pareil, franchement je m'en tape de reprendre les gens sur mon pronom, c'est pas le cœur de mon projet. Y a mille formes de violence transphobe partout pour que je me fixe pas là-dessus. S'ils ont capté que j'étais trans et qu'ils sont pas fafs par rapport à ça, je vais pas attendre d'eux qu'ils soient capables de faire en vingt secondes ce que j'ai moi-même pris des mois à automatiser sans flipper en permanence d'être une sale personne. Je veux dire, oui j'aimerais bien qu'on me mégenre pas, mais c'est pas là-dessus que je veux focaliser ma lutte politique avec les autres, surtout hors-milieu. Je ne milite pas pour mon droit inaliénable à être bien genrée par tout le monde au sein du capitalisme hétéropatriarcal mais plus pour le détruire (je suis comme ça, j'ai mes lubies). Du coup, la question qui m'intéresse avec les autres c'est "est-ce qu'on a des bases communes sur lesquelles lutter contre ce système", et si oui : "qu'est-ce qu'on peut faire ensemble ?", "dans quel objectif ?", et "comment faire pour que ça advienne ?" Et après, évidemment que si on parle pas de mégenrage d'inadvertance mais de transphobie sous une forme ou une autre on change de contexte, mais c'est pas la même chose. Encore une fois : on est plus au temps de la lutte dure au sein du milieu pour faire accepter la transidentité, le focus pertinent il est plus là-dessus. On a la chance d'avoir hérité des combats des adelphes de ces dernières années et de pouvoir s'organiser. Alors voir tout le monde déterrer la relique d'un ancien combat, qui a vraiment dû être dur en plus, pour en faire un étendard de pureté à brandir en tout contexte, ça fait bader. On a pas besoin de chevaliers blancs, on a besoin de viser à s'organiser le plus largement possible pour renverser ce monde de merde. Je trouve impressionnant comme le milieu arrive vraiment toujours à choisir le détail le moins politique possible pour le transformer en cheval de bataille performatif : c'est vraiment une sorte de pattern indécrottable [7].

Et je le dis pour ça mais c'est juste deux exemples. Je pourrais parler de la chasse aux babosses à dread par les "bons alliés" sur les camps militants, alors qu'être un bon allié ça pourrait être de s'organiser dans/propagander pour des assemblées anticra, anticarcérales ou contre le taf, puisque les prisons et le travail sont des institutions raciales. Je pourrais parler des batailles acharnées pour que la nourriture soit végan dans nos espaces avec culpabilisation chrétienne de ces ordures carnistes - le fameux "tu manges du corps ?" ou la gêne un peu cringée autour de la simple prononciation du mot viande - alors qu'on est dans la quatrième extinction de masse et que la lutte antispé aurait toutes les raisons de s'attaquer aux logiques de production dans le système capitaliste plutôt que de consommation individuelle au sein du milieu. Putain j'en pleurerais sérieux. Je pourrais parler des gens qui disent quelqu'una (gratosse celle-là, j'avoue). Tout ça est tellement, tellement déconnecté de la lutte et ça prend en même temps tellement de place, en fait, les codes culturels prennent tellement de place, car ils sont pris avec tout le sérieux du monde pour de l'action politique. Une action qui en plus d'être stérile, se base uniquement sur les affects déconstructifs de la honte, de la culpabilité existentielle, de la peur de se faire bolosse comme un enfant, du sentiment d'illégitimité... Merci pour le programme les potos. On se demande pourquoi l'ambiance est cheloue après.

Je vais vous dire j'ai hâte de voir le moment où le classisme sera à l'honneur et où j'aurai le droit de voir un milieu "plus du tout classiste" et tout le monde se gargariser d'à quel point c'est bien et finalement politique d'acheter des marques pouce et d'avoir des vêtements qui puent la lessive bas de gamme. Et des conversations qu'il y aura à ce moment là "non mais en fait tu cites un philosophe, c'est oppressif" - "Si Mélenchon est élu, les pauvres seront moins pauvres alors qu'avec l'extrême droite ils travailleront bien plus alors être anarchiste c'est être anti-pauvre" - "tu poses des analyses contre l'État suisse alors que c'est le seul pays où le SMIC est à 4000 euros ? déconstruis ta bourgeoisie en fait." Et tout le monde dans les réus de pas oser prendre la parole parce qu'on sera pas sûres de comment il faut s'exprimer quand on est bien déconstruit du vêtement qui pue, et on aura ces fameux silences de 3 minutes où tout le monde donne l'impression de crever de l'intérieur mais où faut surtout pas parler, et dans les camps militants des groupes de "bons alliés" iront afficher des petits mots avec marqué "enlève tes adidas gros classelard" et tout le monde trouvera ça normal de pas bien parler aux gens qui portent des adidas voire de leur voler leur adidas et ensuite de raconter à tout le monde comment c'était trop un truc militant anticlassiste de brûler les adidas au feu du soir. Et on se demandera bien pourquoi personne nous rejoint, pourquoi on a pas plus d'écho et ça sera vraiment hyper mystérieux. Mais l'important c'est qu'à la fin quand on aura fait tout ça les alliés auront vraiment plus autant de privilèges vis-à-vis de nous grâce à leur comportement safe et la lutte contre l'organisation en classes de la société aura vraiment bien avancé, alors ça aura valu le coup.

Bon voilà, c'était l'instant bastosse. Sincèrement des fois j'ai envie de péter un plomb du niveau de privilège qu'il faut pour appeler certains trucs militer. Partout, la performance d'inclusivité a rempli le vide laissé par la ligne de classe révolutionnaire et personne semble s'en rendre compte, ou personne ose parler par peur du backlash, ou bien certains continuent d'oser mais c'est ceux qui devraient pas, eux... Faut comparer avec ce que faisaient les Black Panther à l'époque, en vrai c'est une claque comme leur approche était différente. Ils parlaient de racisme et étaient organisés autour de cette question, mais au lieu de faire la bataille permanente aux blancs pas assez bien déconstruits, ils leur faisaient de la propagande sur une ligne de classe et de race. Ils donnaient des présentations où ils disaient "la race est une oppression utilisée par les riches pour faire diversion de la domination de classe qui nous conerne tous. Ils veulent qu'on se batte entre nous au lieu de renier le racisme et de s'allier contre eux". Et je dirais pas que je trouve forcément cette analyse suffisante ou exempte de critique. Ni que tout ça évacue la question des conflits politiques internes : des meufs du Black Panther Party en menaient justement car c'était clairement mascu donc oui les questions d'oppression et d'intersectionnalité étaient un vrai problème. Je dirais pas non plus que la question des rapports oppressifs entre membres du BPP et alliés blanc était pas une problématique complexe car très sûrement c'en était une. Mais je dirais qu'il y avait autre chose, lié à l'existence d'une ligne de classe, qui faisait que leur propagande était tournée vers l'organisation collective avec les blancs contre le capital, et qui pose clairement un énorme gap avec la façon dont on aborde nous-même les questions d'intersectionnalité. Je vais vous dire : je ne suis même pas là pour défendre le fait qu'ils avaient raison. C'est pas le sujet pour moi. Et puis c'est des marxistes de toutes façons, tu m'as bien vue ? Par contre, ils sont la preuve qu'il n'y a pas qu'une manière de saisir la question des oppressions, et clairement il va falloir qu'il soit possible de dresser des critiques un peu pour de vrai à l'intérieur du milieu si on veut sortir des impasses déplorables dans lesquelles on est embourbées.

d) class first

On va pour terminer s'attaquer aux class first, comme ça tout le monde en aura pris pour son grade. Les class first sont les courants communistes qui partent du principe que les oppressions sont secondaires par rapport à la question de la classe. Indépendamment du fait d'être autoritaires ou non, ils sont un peu à l'opposé de l'intersectionnalité en termes de ligne, tout en partant d'un même logiciel de pensée : celui qui sépare "classe", "race" et "genre" en trois entités à articuler selon leur importance respective.

Ces courants donc – des partis trotskystes type NPA ou LO par exemple – mettent la classe au centre. Il y a un point où on pourrait être d'accord avec elleux : le capitalisme est, comme de nombreuses autres sociétés à travers l'histoire, une société de classes. Sa particularité est d'être structurée autour des intérêts d'une classe historiquement très spécifique : la bourgeoisie. L'horizon révolutionnaire consiste donc en une société sans classes, par la destruction du pouvoir et des intérêts bourgeois, l'abolition des différentes classes existantes, et la mise en place d'un système qui ne permette pas à nouveau à des dominations structurelles de certains groupes sur d'autres de voir le jour.
Le désaccord rédhibitoire qu'on a avec les class first est qu'ils voient la classe telle que définie, comprise et analysée par Marx : quand on dit qu'ils mettent la classe au centre, ça veut en fait dire qu'ils le font au détriment de la race et du genre. Or, on estime que Marx avait de gros angles morts sur les questions d'oppression, et que son analyse est fortement marquée de ces manques (ou pour le dire autrement : il n'était pas une meuf trans racisée prol, et ça se sent tristement dans tout le marxisme jusqu'à aujourd'hui)

Pour les class first, on ne peut pas détruire les oppressions sans détruire le capitalisme. On est clairement ok avec ça. Mais ils pensent que celles-ci disparaîtraient plus ou moins d'elles-même par la révolution et que la lutte contre elles est du coup secondaire à la lutte de la classe. On trouve ça faux et dangereux, en plus d'être tout simplement raciste et patriarcal. Faux car de très nombreux systèmes de classes ont existé à travers l'histoire et que les oppressions y existaient également. Si la fin des oppressions ne peut arriver qu'avec la fin du capitalisme, ça n'est pas automatique qu'elles auront lieu. Dangereux car d'après nous le prochain système sera le résultat direct de ce qu'on fera, en tant que prolétariat [8]. Si on ne conscientise pas les rapports sociaux du patriarcat et du suprémacisme et qu'on ne les intègre pas dans nos visées révolutionnaires, alors on les reproduira, de même qu'on reproduira le capitalisme si on a pas conscientisé certains aspects fondamentaux de ce qui le fonde comme rapport social d'exploitation [9]. Le problème des class first est qu'ils donnent l'impression que le capitalisme est le seul système oppressif ayant jamais existé, et aussi, qu'il reposerait sur une définition de l'exploitation extrêmement restreinte.

Tout ça découle d'après nous, comme pour les courants toto intersectionnels, d'un manque de compréhension de ce qu'est la classe. En opposant celle-ci à la race et genre, ils articulent ces trois axes comme s'ils étaient séparés et indépendants les uns des autres. Si on est d'accord avec elleux sur le fait que la classe doit être abolie, et qu'elle doit être le centre de nos préoccupations, on pose par contre qu'elle est bien plus large et complexe que ce qu'ils disent.
C'est le cœur de notre réflexion. Pour nous la classe est genrée et racialisée. On défend l'idée que les systèmes de classes à travers l'histoire s'appuient sur les oppressions pour se construire et se maintenir, et ça dès l'origine de ces systèmes. Que sans elles, ils ne tiennent pas, car ils sont entièrement structurés autour d'elles. Et qu'il n'y a aucun moment dans l'histoire où le système de classe capitaliste, en se développant, n'est pas aussi un système de race et de genre.
Bien sûr, les oppressions n'ont pas attendu l'époque moderne pour exister. Mais on pense que le patriarcat et le suprémacisme sont des inventions spécifiques du capitalisme, fondamentalement différentes de ce qui a pu exister dans le féodalisme. Des oppressions basées sur des axes de genre ou de race étaient alors déjà là, mais qui n'avaient rien à voir avec leur forme réinventées et reconfigurées spécialement pour être mise au service de l'accumulation de la valeur [10]. Comme on veut ici insister sur cette différence et sur ce qu'elle implique pour notre théorie, on préfère ne pas leur donner de nom pour l'instant, en attendant qu'une analyse plus fine se développe qui permettra de différencier les régimes oppressifs des différentes sociétés de classe – par exemple, patriarcat féodal, patriarcat capitaliste, etc. Enfin, on veut postuler que le geste qui a fondé ces oppressions sous leur forme capitaliste est indissociable du geste qui a fondé le capitalisme lui-même : elles en sont donc des inventions autant qu'elles l'inventent. Tout ça nous pousse à avancer que classe, race et genre doivent être pensés ensemble, et non pas séparément. On pense qu'à partir de tous ces éléments, il est possible de proposer une théorie qui soit compatible avec l'idéologie anti-autoritaire et anti-oppressive du milieu toto tout en sortant de ses impasses. On souhaiterait que ré-existe une ligne de classe forte – marxienne, pensant le sujet collectif, mais intégrant les oppressions – au sein de l'autonomie.

Conclusion

L'intersectionnalité pose que ‘des personnes concernées par des oppressions différentes vivent une oppression spécifique‘ – on trouve que c'est très limité politiquement même si c'est vrai. Cette vision, qui essayait de combler les manques originels du marxisme, et qui répondait à des nécessités spécifiques réelles, a eu pour défaut de mettre les oppressions en parallèle les unes des autres et en parallèle avec l'exploitation – vue elle aussi comme une "oppression". C'est aussi la faute de Marx, qui a théorisé le capitalisme comme pur phénomène de classe, créant un objet imaginaire, à savoir un axe de la classe qui ne comprendrait pas la race et le genre. On se retrouve ainsi avec deux théories dont l'une exclut les oppressions, et dont l'autre fait de l'exploitation elle-même une oppression comme une autre. On a le sentiment que ces deux modèles, a des endroits différents, tombent a côté de la plaque, ne serait-ce que parce que leurs conséquences politiques sont soit des lignes racistes/patriarcales, soit des lignes transclassistes (qui ramènent vers des logiques sauce-dem/étatistes/campistes/léninistes...) ou individualistes (qui abandonnent la ligne de classe).

On pense que toutes ces catégories sont mal articulées et donc mal définies, et qu'il est nécessaire de les penser ensemble, dans une analyse non plus intersectionnelle mais bien consubstantielle des rapports sociaux de domination.La consubstantialité est une théorie alternative à la fois au marxisme traditionnel et à l'intersectionnalité libérale. Elle part du principe que race, classe et genre sont trois axes intimement mêlés dans la structuration du rapport social capitaliste. Dans ce modèle, l'exploitation et les oppressions forment une même matière, ou tout doit se tenir ensemble : l'exploitation contient les oppressions, et les oppressions sont une composante de l'exploitation.
C'est dans cette grille d'analyse que nous voulons nous placer maintenant, en nous penchant sur l'histoire de la construction du capitalisme [11].

(suite dans la deuxième partie)

Glossaire

autonomie : l'autonomie est un courant politique communiste/anarchiste basé sur l'idée « d'autonomie de la classe » vis-à-vis des institutions et organisations bourgeoises et bureaucratiques. C'est à l'origine une branche du communisme qui se démarque du léninisme et du marxisme traditionnel en adoptant une approche résolument anti-autoritaire. L'idée est que c'est l'organisation directe des prolétaires entre eux, sans la médiation d'une quelconque forme représentative ou organisation centralisée, qui peut seule mener au communisme.

guévarisme : doctrine stratégique du marxisme plutôt que ligne politique. Le guévarisme correspond à la prise du pouvoir par une « organisation politico-militaire », c'est-à-dire un petit groupe armé et organisé privilégiant les tactiques de guérilla. De nombreux groupes marxistes en Amérique latine ont été guévaristes.

léniniste : tous les courants marxistes qui découlent de la pensée politique de Lénine : notamment le marxisme-léninisme et le trotskysme. Globalement : désigne les courants organisés en « partis révolutionnaires » centralisés et hiérarchiques, voyant dans la classe ouvrière le sujet révolutionnaire et cherchant à prendre le pouvoir d'État. Dans leur théorie, l'État capitaliste peut alors être transformé en État socialiste, c'est-à-dire en État servant à organiser son propre déperissement, à lutter contre la bourgeoisie et à amener par des réformes et des lois au communisme. Il existe donc pour eux des « bons États » : les États ouvriers, de même que des armées ouvrières et des partis ouvriers.

maoïsme :
sincèrement, on connait pas bien. Mais on a cru comprendre que pour lui le sujet révolutionnaire est le paysan et non l'ouvrier. C'est maigre mais c'est déjà ça.

marxien : qui part de Marx comme base pour analyser la société et les rapports sociaux, et applique ces principes à d'autres phénomènes et d'autres rapports sociaux que ceux qu'il a lui-même analysés. Cela n'implique ni le projet politique ni la stratégie : on peut être marxien dans son analyse sans vouloir le communisme, en s'organisant de toutes sortes de façons, et en ayant toutes sortes d'objectifs.

marxiste : les courants, groupes, individus... qui se réclament de l'analyse politique de Marx. Cela implique une façon de penser l'organisation de la société - nous sommes dans le capitalisme, qui est une société de classes, et où la bourgeoisie tire sa domination de l'exploitation du prolétariat - un horizon politique - le communisme, qui est la fin de la société de classes - et une stratégie d'action - des formes hiérarchiques, structurées en groupes organisés ou en partis, cherchant à prendre le contrôle de l'appareil d'État.

milieu toto : le milieu, ou les individus, de la nébuleuse anti-autoritaire en France. C'est pas une ligne politique à proprement parler : ça réunit plein de tendances différentes, souvent mal définies. Mais les gens aiment pas l'État ni le capitalisme, et globalement la conscience des oppressions systémiques y est assez présente. C'est quand même plutôt anar, anarchisant, etc. On y trouve le milieu squat, les zadistes, ce genre de trucs.

sauce-dem : sociaux-démocrates. Aussi appelés réformistes. Ce sont les gens et les politiciens qui portent le projet d'un capitalisme juste. Celui-ci pourrait être transformé en suivant la légalité et en utilisant ses propres règles, au moyen de réformes. C'est habituellement incarné par les partis de gauche : Jean Jaurès, le PS, Mélenchon... On ne croit pas à cette utopie, car le capitalisme repose par définition sur l'exploitation du travail, c'est à dire sur le vol, la coercition et la violence économique. Son principe fondamental est l'accumulation de la valeur, qui implique obligatoirement un rapport social de domination. En effet la valeur pour se séparer de la vie et devenir une sphère à part entière nécessite deux choses : le travail imposé et le vol d'une partie du produit de ce travail par les capitalistes. Pour les sauce-dem, le renversement du capitalisme n'est pas une question : quand ils parlent de système juste, ils parlent de « quel pourcentage de travail est imposé » et « quelle part de la valeur produite est volée » au travailleur, en nous disant qu'on pourrait être heureux si c'était mieux réparti.

staliniste : un courant dur, fortement autoritaire et étatiste tiré de la politique de Staline. Aussi appelé « marxisme-léninisme ». Ou « les Stals ». Globalement, ce qu'on saisit c'est que quand ils prendront le pouvoir ils nous foutront dans des goulags ou nous mettront une balle dans la nuque en tant qu'anars, et qu'ils formeront l« homme nouveau » de la société au moyen d'un État bureaucratique ultra-autoritaire, d'une propagande de malade, d'une coercition intense et d'une répression pas piquée des hannetons. Les Stals fonctionnent comme les capitalistes concernant leurs institutions : armée, État, police, travail exploité, organisation hiérarchique de la société... Ils ont l'air d'avoir abandonné l'horizon de déperissement de l'État, mais on a surement pas bien compris. Bref c'est assez pareil que les bourgeois sauf que la thune et le pouvoir sont dans les mains de la bureaucratie d'État et non des capitalistes. Et sauf que eux c'est des « révolutionnaires » quoi. (C'est pas nos potes.)

trotskysme : courant léniniste se réclamant de la pensée de Trotsky. C'est par exemple Lutte Ouvrière, Révolution Permanente, le NPA. Le trotskysme est celui des courants marxistes qui se démarque le plus des autres, s'étant construit contre le stalinisme et ayant été capable de beaucoup évoluer avec le temps. Il s'organise lui aussi en « parti révolutionnaire » et cherche à prendre le pouvoir d'État avec l'aide de la classe ouvrière pour mener au communisme. C'est surement le courant le plus proche du léninisme originel. Sa spécificité est de mettre beaucoup d'importance sur la dialectique entre « organisation hiérarchique » et « démocratie dans le parti » à l'inverse des courants léninistes « durs » où tu dois juste fermer ta gueule. De même, ils mettent beaucoup le focus sur la relation complexe entre « la direction et les cadres du parti », « les militants » et « les masses ». Leur lecture des événements et leur logiciel politique fait que j'ai pas exactement les mêmes divergences avec les organisations trotskystes - NPA, RP - qu'avec les autres courants léninistes. Ils ont à la fois une analyse politique et sociale souvent similaire à celles de l'autonomie et une visée organisationnelle et stratégique antagoniste.


[1] ne serait-ce que sur les questions de violences : on continue d'en faire le problème d'individus « mauvais » en permanence dans les faits. On en fait une question de gens face à qui on veut se positionner en montrant bien qu'on est « pas comme ça », alors qu'on parle de nos potes, de nos compas, de nos amours... et pas de gens dont on se fout ni même d'ennemis politiques. Si vraiment on estime que ces problèmes sont systémiques, ça serait intéressant de commencer à bouger un peu là-dessus

[2] les différents individus enragés contre le capital formant par leurs actions anonymes, diffuses et ignorantes les unes des autres une toile de ''complicités politiques''

[3] La dimension structurelle, le sujet collectif ou l'organisation de la société en classes étaient évacués dans ces théories au profit du sujet singulier, son expérience et sa subjectivité, son réseau de liens... Ce qui débouche sur des horizons politiques limités. Plutôt que de faire émerger la question des oppressions en ajoutant quelque chose à la théorie marxienne du capitalisme et de la structuration en classes de la société, ces penseur.euses ont décidé d'abandonner la question du rapport social pour se rediriger vers les subjectivités. L'abord choisi a été celui du plus petit dénominateur commun : le sujet individuel, défini par ses particularités identitaires et oppressives. L'individu est devenu à la fois la base et la finalité du projet politique, évacuant du même coup, par cet angle mort, l'horizon collectif

[4] Sinon par le « classisme », une notion qui par son existence même résume pour moi tous les problèmes du milieu dans ses façons de penser les luttes et les systèmes de domination.

[5] La même chose se passe d'ailleurs avec les lignes sauce-dem par d'autres biais : sous prétexte que « des personnes concernées vivraient moins bien sous l'extrême-droite », Mélenchon et la gauche bourgeoise deviennent une option qu'il est malaisé d'attaquer. Globalement, le concernisme promeut tout sauf la ligne d'autonomie de la classe

[6] En tant que personne qui ne vient pas de la classe moyenne, c'est de toute façon assez clair que pas mal de principes politiques, de modes d'interaction ou de « codes » du milieu, considérés comme « la base » et défendus comme radicaux (antispécistes, inclusifs ou féministes) sont le fruit d'un mode de pensée où la préoccupation de classe est absente

[7] après relecture c'est logique. La performance, par définition, c'est le geste montré comme politique, c'est-à-dire qui se caractérise par le fait de ne pas être politique. C'est précisément sa vacuité qui le transforme en réceptacle valide ; tant qu'il lui reste de la substance, il réfute la performance

[8] je dis prolétariat en tant que « partie de la population, extrêmement majoritaire, dépossédée des moyens de production et mise au service de la bourgeoisie », mais je suis bien consciente qu'en tant que prolétariat blanc des pays dominants du capitalisme, nous profitons nous-même structurellement de l'exploitation d'autres parties du prolétariat dans le monde

[9] concernant ces aspects, les courants de la communisation ou de la critique de la valeur proposent des trucs : fin de la séparation entre « propriétaires des moyens de productions » et « producteurs », fin de la séparation entre travail intellectuel et travail manuel dans la production, fin d'une sphère séparée de la production et réintégration de celle-ci dans la vie, fin de l'argent mais surtout de la valeur elle-même (donc ne pas remplacer la monnaie par le troc), et encore d'autres que je connais pas...

[10] Ça n'empêche pas bien sûr que le capitalisme se soit appuyé sur elles pour les refonder

[11] pour une présentation de la différence consubstantialité / intersectionnalité, lire ici : « Consubstantialité vs intersectionnalité ? À propos de l'imbrication des rapports sociaux », erudit.org (https://www.erudit.org/fr/revues/nps/2014-v26-n2-nps01770/1029261ar/))

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28.02.2026 à 08:00

Débat : « Dans un monde où nos luttes sont inaudibles dans les grands médias, quels médias alternatifs ? »

L'actualité le prouve : le décalage entre l'urgence de nos luttes et la manière dont elles sont traitées ou invisibilisées dans les médias de masse, crée un grand besoin d'espaces de parole dissidents.

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L'actualité le prouve : le décalage entre l'urgence de nos luttes et la manière dont elles sont traitées ou invisibilisées dans les médias de masse, crée un grand besoin d'espaces de parole dissidents.

Venez en discuter avec :

  • Maud Le Rest, journaliste de terrain et d'enquête avec une expertise féministe
  • Pablo Pillaud-Vivien, rédac chef d'un média de gauche et chroniqueur sur diverses chaines d'information ou de divertissement pour y porter une parole radicale
  • RiboDansLaSauce, streamer qui s'affranchit du système médiatique mainstream en construisant sa communauté sur Twitch
  • Ti Boug Bumidom, créateur de contenu

Les 4 défient l'accaparement des grands médias par quelques milliardaires afin de garantir la critique du capitalisme, de développer une pensée complexe sur les discriminations et de se mêler de la guerre des récits sur les violences policières, les VSS et la diabolisation de nos combats.

Dimanche 1er mars à 17h
à La Mutinerie, 176, rue Saint-Martin 75003 Paris

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