Journal de la Fédération de l'Isère du Parti Communiste Français
Publié le 04.02.2026 à 15:35
Luc Renaud« Un peuple qui abandonne son imaginaire culturel à l’affairisme se condamne à des libertés précaires. » Une citation issue de la Déclaration des droits de la culture adoptée à l’initiative de Jack Ralite, en 1987, dont Pierre Dharréville soulignait toute l’actualité. Car c’est bien de cela dont il était question ce 3 février dans les locaux du PCF à Grenoble, pour un échange sur la place de la culture dans les politiques publiques.
Pierre Dharréville, responsable culture au PCF.Le constat est celui d’une double attaque. « La mise en cause des budgets alloués aux politiques culturelles et la marchandisation », notait Alexis Monge, dès l’ouverture de la soirée. Sur les réductions budgétaires, les exemples abondent. Au niveau du ministère de la culture, en premier lieu. « Rachida Dati est une ministre inquiétante », euphémisait Laeticia Boulle. Pierre Dharréville citait entre autres exemples la baisse des crédits attribués au Fonds national pour l’emploi pérenne dans le spectacle (Fonpeps) qui va affecter les petites compagnies. Mais c’est aussi l’étranglement de collectivités locales qui est à l’oeuvre. Avec le choix, pour certaines, de réduire voire de supprimer les budgets culturels – la baisse a atteint 70 % dans la région Pays de Loire, décision politiquement assumée par sa présidente de droite, Christelle Morançais. Le budget culture, pour certains, « c’est ce qui reste quand on a payé le reste ». Au risque d’un plan massif de licenciements, à bas bruit.
Laeticia Boulle, directrice de la Maison de l’image.
Attaques par la réduction des moyens, attaque qui ne constitue pourtant que la partie émergée de l’iceberg. C’est une confrontation sur ce que doit être une société qui se joue.
En évoquant l’histoire du « modèle culturel grenoblois », Laeticia Boulle en donnait un aperçu. Si Grenoble et son agglomération représentent aujourd’hui encore une référence en la matière, c’est que les politiques culturelles y sont anciennes et qu’elles se sont fondées dès les années 1960 sur un dynamisme du tissu associatif culturel, mais pas que. La directrice du centre de l’image citait les syndicats, le mouvement mutualiste, les luttes sociales et féministes, les militants de l’éducation populaire… « La culture était reconnue non pas comme un luxe, mais un outil d’émancipation. » Ce qui a construit les politiques publiques de la ville de Grenoble, ainsi que, plus largement, « des villes à direction communistes ; des exemples aujourd’hui encore », disait-elle.
Alexis Monge, producteur à France télévision, a présenté la soirée pour la section communiste de Grenoble.
Une ambition du vivre ensemble, de l’ouverture à l’autre, de la compréhension mutuelle à laquelle s’oppose frontalement la marchandisation – d’un point de vue économique – et l’extrême droite – d’un point de vue politique.
Pour faire de la culture un marché, les milliards ne manquent pas. Pierre Dharréville citait Netflix qui impose des modifications de scénario pour capter l’audience – et le chiffre d’affaires – ou Pierre Edouard Stérin et ses investissements pour prendre le contrôle des fêtes populaires. Sans oublier les milliards dépensés, souvent à perte, pour contrôler l’édition et les médias.
Laurence Rémy, metteuse en scène et initiatrice de ce rendez-vous du 3 février.Mais c’est aussi dans la proximité que se joue la marchandisation de la culture. Une enseignante en lycée en témoignait : son établissement a été contacté par une chaîne de distribution qui propose d’organiser — tous frais payés sauf le transport pour rejoindre la salle municipale réservée par le « supermarché culturel » pour l’occasion — des lectures par des comédiens de textes qui figurent au programme du Bac. « Bientôt des publicités dans le lycée, ou un cahier des charges écrit par la chaîne de magasins ? » Une approche utilitaire et commerciale. À l’inverse des politiques culturelles mises en œuvre à Saint-Martin‑d’Hères dont Claudine Kahane, adjointe à la culture, et David Queiros, maire, rappelaient les pratiques et l’ambition d’ouvrir dès le plus jeune âge à la découverte d’autres propositions que celles du commerce, à l’esprit critique, à l’éducation populaire.
David Queiros, maire de Saint-Martin-d’Hères. Parmi les élus présents, Amandine Demore, maire d’Echirolles ; Isabelle Peters, première adjointe à Grenoble ; Pierre Labriet, premier adjoint à Echirolles ; Claudine Kahane, adjointe à Saint-Martin d’Hères. Retenue par une réunion à la Villeneuve, Laurence Ruffin, candidate de la gauche à Grenoble, avait envoyé un message d’encouragement.Cette confrontation, cette nécessité de combattre cette dérive vers l’uniformisation aux couleurs de l’argent, c’est le fondement de l’ambition de nouveaux états généraux de la culture.
A la suite de l’appel publié le 20 juillet dans l’Humanité, un comité d’animation a été constitué dans lequel figurent des représentants des partis de gauche, la CGT et la FSU, et des syndicats et associations culturelles comme le Syndeac. « L’étape d’après, précisait Pierre Dharréville, ce sont des initiatives à organiser localement et avec les acteurs culturels concernés, par exemple autour de l’audiovisuel public, sa mise en cause en tant que services public et l’attaque contre le métier de journaliste ». Ce qui implique le temps du débat pour organiser une action unie et combative, associant tout à la fois les institutions culturelles, les lieux, comme les acteurs culturels, les organisations et associations en dépassant les corporatismes et particularismes. Une ambition qui se décline également au niveau local. « L’argent des collectivités locales, c’est celui de nos impôts », soulignait Laurence Rémy, une bonne raison pour parler de tout cela lors des campagnes municipales en cours. Avec un projet, la démultiplication des initiatives prises par les acteurs culturels, et plus largement par les militants du mouvement social engagés dans la construction d’une société plus juste et plus humaine.
Jean-Pierre Saez, ancien directeur de l’Observatoire des politiques culturelles.En somme, « face au vide libéral que veulent investir les affairistes et l’extrême droite, nous voulons des politiques publiques culturelles puissantes et nous ne pouvons pas abandonner l’espace culturel à ceux qui veulent aujourd’hui s’en occuper », concluait Pierre Dharréville.
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Publié le 04.02.2026 à 11:48
Manuel PavardL’année prochaine, la bourse du travail de Grenoble fêtera ses cinquante ans d’existence. Elle a en effet été créée et inaugurée en 1977 par la municipalité Dubedout, pour remplacer les locaux situés rue Berthe de Boissieux, devenus inadaptés. Mais un demi-siècle plus tard, le bâtiment de l’avenue de l’Europe, bordant le quartier de la Villeneuve, a clairement « besoin d’un certain rafraîchissement pour répondre aux attentes des syndicats mais aussi pour accueillir du public dans de bonnes conditions. Et pour répondre aux nouveaux besoins issus de la modification du paritarisme, de l’évolution du monde et des enjeux climatiques », explique Nicolas Benoit.
Le secrétaire général de la CGT Isère s’exprimait lors d’une conférence de presse réunissant l’ensemble des organisations syndicales utilisatrices des lieux (CGT, CFDT, FO, CFTC, CFE-CGC, UNSA, FSU et Solidaires), lundi 2 février. Objectif : profiter des élections municipales à venir pour interpeller les candidats sur ce dossier. Ceci, en leur présentant le cahier d’acteurs pour la rénovation de la bourse du travail, conçu collectivement par l’intersyndicale.
« Une vraie passoire thermique »
« Depuis quelques années, on constate les difficultés d’un débat apaisé avec les différents acteurs que sont la ville de Grenoble, la métropole et le département », déplore Nicolas Benoit, regrettant que les syndicats « paient les pots cassés » des dissensions politiques entre ces collectivités. Sans compter la volonté de désengagement du département de l’Isère — la bourse du travail ayant la particularité d’être un bâtiment communal recevant des gens venus de tout le département. Pourtant, le responsable de l’UD CGT en est convaincu, « ce qui pu être fait il y a cinquante ans par le courage de la municipalité de l’époque peut être fait à nouveau ».
Le bâtiment, mal isolé et non entretenu depuis 50 ans, a besoin d’une sérieuse rénovation.Pour les représentants syndicaux, il y a urgence tant les problèmes s’accumulent, à l’image de l’isolation d’un bâtiment qui « n’a jamais été entretenu depuis sa construction », souligne Philippe Beaufort (FO). En clair, « c’est une vraie passoire thermique : on a très chaud l’été et froid l’hiver ! » Aujourd’hui, « l’état du bâti et des communs, l’accessibilité, la performance énergétique, les conditions d’accueil du public et les conditions de travail des équipes ne sont plus au niveau attendu pour un service de proximité aux travailleurs », constatent les syndicats, unanimes.
Un programme pluriannuel de rénovation et valorisation
Ces derniers demandent donc l’inscription, dès le mandat municipal 2026–2032, d’un programme pluriannuel de rénovation et de valorisation de la bourse du travail. Condition sine qua non pour que celle-ci puisse assurer l’ensemble de ses missions : accueil, information et accompagnement des salariés, formation syndicale pour les adhérents, défense prud’homale…
Les propositions regroupées dans le cahier d’acteurs sont déclinées en trois phases. La première (2026–2027) — la plus urgente — comprend « diagnostic technique, mise en sécurité, remise à niveau électrique, rénovation des sanitaires/PMR, traitement des accès et de la dalle », détaille Bernard Cruz (CFE-CGC). Seconde phase (2026–2030), la consolidation : il s’agit de « la rénovation thermique (isolation, protections solaires), la modernisation des éclairages, équipements numériques et audiovisuels, l’isolation acoustique », poursuit-il. Enfin, une dernière séquence (2030–2032) de valorisation visant à la « création d’un amphithéâtre, de salles complémentaires, d’une salle d’exposition ».
Réunion quadripartite et comité de pilotage
Quid du montant et du financement ? « On ne peut rien chiffrer à ce stade », répond Nicolas Benoit, concédant toutefois qu’un tel projet impliquera « un investissement massif ». Mais il faudra d’abord réaliser une première étude et beaucoup de paramètres sont à prendre en compte, de la volonté de la future municipalité aux décisions des exécutifs métropolitain et départemental. L’intersyndicale souhaite d’ailleurs être associée à une réunion quadripartite avec ces trois collectivités.
Dans un premier temps, les syndicats demandent déjà aux candidats aux municipales de prendre trois engagements, dans le cadre de la campagne :
- Inscrire au programme de mandat un plan pluriannuel de rénovation et de mise aux normes de la bourse du travail, assorti d’un calendrier et d’une enveloppe budgétaire.
- Installer dès 2026 une instance de pilotage et de concertation avec les organisations syndicales signataires, pour conduire un diagnostic partagé, prioriser les travaux et assurer la continuité d’activité.
- Renforcer la visibilité et l’accessibilité de la bourse du travail comme lieu d’accueil du public et de démocratie sociale (signalétique, accès, numérique, sécurité), en cohérence avec les projets urbains du secteur.
Pour le reste, Nicolas Benoit souhaiterait que la bourse du travail s’intègre pleinement, à terme, dans le projet GrandAlpe, avec une rénovation totale du site, une dalle végétalisée… Quant à l’option d’une relocalisation — à envisager si l’état du bâti ou les contraintes d’exploitation rendent la rénovation non soutenable -, celle-ci n’est pas totalement exclue mais n’est pas le scénario privilégié par les organisations syndicales. Aux candidats de se prononcer maintenant.
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Publié le 03.02.2026 à 19:36
Manuel Pavard« Ce n’est pas une mince affaire que d’espérer le meilleur, dans un monde qui aura démarré 2026 sur les chapeaux de roues. » Jérémie Giono, secrétaire départemental du PCF Isère, l’a relevé en introduction de son discours : l’actualité chargée et le contexte lourd de menaces — tant au plan national qu’international — donnent, cette année, une dimension particulière à ce traditionnel rendez-vous des vœux.
Comme tous les ans, la fédération de l’Isère avait convié samedi 31 janvier, dans ses locaux du 20 rue Émile-Gueymard, les militants et militantes communistes, des représentants politiques et élus locaux (PCF ou d’autres partis de gauche), des responsables syndicaux… Sans oublier les invités « d’honneur », chaleureusement applaudis par l’assistance : une délégation représentant les quelque 150 sans-logis occupant le siège de la métropole depuis le 19 novembre.
« Nous ne sommes pas partis de chez nous par plaisir »
Salués par Jérémie Giono pour leur « lutte exemplaire », les occupants ont ouvert les vœux par la voix de leur porte-parole Mohamed Fofana, secrétaire du syndicat CGT des livreurs à vélo. Lequel a remercié le PCF pour son appel aux dons, lancé en janvier, ainsi que toutes les personnes qui les soutiennent depuis plus de deux mois.
Mohamed Fofana (au micro), secrétaire du syndicat CGT des livreurs à vélo et porte-parole des occupants de la Métro.Le visage grave, profondément marqué par le récent drame ayant touché l’un de ses camarades, le jeune homme a évoqué un combat « pour la dignité ». Ces familles ne demandent pas la lune ni de quelconques faveurs, mais bien le droit d’avoir un toit, des papiers, un travail… Comme tout être humain. Et de battre en brèche certaines idées reçues sur « l’immigration », trop souvent colportées par la droite et l’extrême droite. « Nous ne sommes pas partis de chez nous par plaisir », a ainsi lancé Mohamed Fofana, ovationné par le public.
Douze portraits de militants communistes isérois
Autre temps fort de cette matinée, l’intervention de Thomas Petit et Xavier Saconney, auteurs de Portraits communistes. L’ouvrage a donné lieu à une exposition photo, actuellement visible au siège de la fédération PCF. Une série de portraits de douze militantes et militants communistes isérois, réunissant texte et photographies argentiques en noir et blanc, exposées dans la salle Raymond-Perinetti.
Les photos argentiques en noir et blanc de douze militants et militantes PCF sont exposées au siège de la fédération.Ces images sont complétées, dans le livre, par douze « longs entretiens biographiques » réalisés entre mai et décembre 2025. Les militants interrogés y expliquent « pourquoi ils s’engagent, quelle est la singularité du parti, quel est leur rapport au monde », ont précisé les auteurs. Avant d’inviter l’ensemble des participants le 27 février, à 18h30, toujours au 20 rue Émile-Gueymard, pour la présentation publique de l’ouvrage.
Xavier et Thomas, auteurs de « Portraits communistes », ouvrage qu’ils présenteront le 27 février à la fédération PCF.Leur prise de parole a été précédée de celle d’Élisabeth Vernay, gérante de la société coopérative à intérêt collectif (SCIC) Le Travailleur alpin, qui a souligné l’importance de la presse communiste. Un rôle crucial à une époque où la quasi-totalité des médias se retrouvent aux mains de grands groupes capitalistes, voire — pour un nombre croissant d’entre eux — de milliardaires d’extrême droite comme Bolloré ou Stérin. « Le Travailleur alpinet l’Humanitésont des vecteurs de convergence des luttes », a‑t-elle affirmé, donnant rendez-vous à Saint-Égrève, le week-end des 27 et 28 mai, pour la prochaine Fête du Travailleur alpin.
Élisabeth Vernay, directrice de la SCIC Le Travailleur alpin.Comme de coutume, Jérémie Giono a clos ces vœux 2026 par son habituel discours mêlant bilan et perspectives. En ce début d’année, difficile d’éluder le contexte international marqué par « l’agression impérialiste des États-Unis de Donald Trump contre la République bolivarienne du Venezuela, suivie des menaces d’annexion du Groenland ». Deux points illustrant, selon lui, « l’effondrement définitif de l’ordre international hérité de la victoire de 1945 ».
« C’est devenu un lieu commun de dire que nous sommes entrés dans une ère où la loi du plus fort fait son grand retour, mais en tant que communistes, nous avons la responsabilité d’aller au-delà de cette formule, et de nommer la véritable dynamique à l’œuvre : l’impérialisme, stade suprême du capitalisme », a décrypté le secrétaire départemental du PCF Isère.
« C’est leur camp politique qui est responsable des drames humanitaires qui se jouent des deux côtés de la Méditerranée, et qui font que des milliers risquent leur vie pour être exploités ici dans tant de boulots essentiels que notre société refuse de reconnaître ! »
Du Venezuela à l’Iran — malgré « la révolte légitime du peuple iranien » -, du Moyen-Orient au Nigeria, un « dénominateur commun » derrière les manoeuvres trumpistes : « le pétrodollar, support essentiel de la domination monétaire du dollar, qui permet aux États-Unis d’extorquer une rente à l’ensemble des peuples de la planète ». Toutefois, « si la puissance hégémonique impérialiste conserve sa domination militaire, elle a perdu celle de la production concrète au profit de la Chine », nuance le responsable communiste.
Jérémie Giono a ensuite égrené ces multiples « dangers » générés par le « pourrissement de l’impérialisme ». D’abord le « sacrifice brutal des peuples », que l’on pense aux Palestiniens, aux Kurdes, aux Sahraouis, aux Ukrainiens ou aux habitants de nombreux pays africains. D’où ce tacle glissé aux donneurs de leçons issus notamment de la droite : « C’est leur camp politique qui est responsable des drames humanitaires qui se jouent des deux côtés de la Méditerranée, et qui font que des milliers risquent leur vie pour être exploités ici dans tant de boulots essentiels que notre société refuse de reconnaître ! »
Jérémie Giono, secrétaire départemental du PCF Isère.In fine, c’est d’un « sacrifice généralisée de l’espèce humaine » que l’on peut parler. Car aux menaces de guerre s’ajoute, a‑t-il rappelé, « la problématique de plus en prégnante du réchauffement climatique, qui menace de rendre inhabitables de larges pans du globe ». Le constat est clair : « La décomposition du capitalisme nous conduit toutes et tous vers l’abîme ». Chute symbolisée par « l’effondrement intellectuel de nos classes dominantes » et la voracité d’une « internationale fasciste [qui] déploie ses griffes », de l’Argentine au Chili en passant par l’Italie, le Japon… et même la France avec les « nouvelles passerelles entre droite traditionnelle et extrême droite ».
« Un choix de civilisation »
Pour Jérémie Giono, « nous sommes bien face à rien de moins qu’un choix de civilisation ». Ce que résumaient déjà certains, il y a plusieurs décennies, avec une formule restée célèbre : « socialisme ou barbarie ». « C’est sur cette ligne de front, sur cette barricade, que se tiennent et se tiendront les communistes, conscients de la gravité de la période », a‑t-il assuré.
Se félicitant des initiatives menées par les communistes isérois (« fruits et légumes solidaires », participation à la Fête de l’Huma, foires de Beaucroissant et de la Saint-Martin, Fête du Travailleur alpin bien sûr…), du travail engagé sur le terrain de l’industrie, des progrès enregistrés sur les adhésion, le secrétaire départemental a évoqué les efforts à mener en termes de féminisation des effectifs. Objectif qui passera notamment, d’après lui, par « le renforcement de nos liens avec la génération actuelle de jeunes communistes ».
Cap sur les municipales
Quid de la suite ? Avant le cycle de congrès démarrant au printemps et avant les grandes échéances électorales de 2027, il y a les municipales. Un scrutin à ne surtout pas sous-estimer, d’autant que la commune est « souvent le seul échelon institutionnel accessible pour les gens ». Et de citer un exemple concret. Fin janvier, « en porte-à-porte à Saint-Martin-d’Hères avec les camarades, a‑t-il raconté, on est tombé sur une famille avec des personnes âgées logées par la SDH, dont la chaudière est en panne depuis plus d’un mois, sans qu’aucune démarche auprès du bailleur ou de ses prestataires sous-traitants n’aboutisse ».
Que faire dans ce cas ? « La mairie ne gère pas les logements sociaux mais elle peut mettre un coup de pression au bailleur pour faire bouger les choses, parce qu’elle est garante des conditions de décence des logements, a poursuivi Jérémie Giono. Du coup, parce que des militants PCF sont passés et qu’à Saint-Martin-d’Hères, c’est le communisme municipal, […] cette famille devrait pouvoir retrouver de l’eau chaude. »
« Cest ça l’engagement communiste : se frotter à tous les pouvoirs pour faire bouger les lignes. »
Autre exemple d’engagement — pour rebondir avec les propos des livreurs à vélo -, celui de Jérôme Rubes, vice-président de Grenoble-Alpes Métropole à l’habitat, « qui ne compte pas ses heures depuis novembre pour trouver des solutions pour les occupants du siège de la métropole ». Malgré les écueils et les difficultés, « c’est ça l’engagement communiste : se frotter à tous les pouvoirs pour faire bouger les lignes ».
Le dirigeant PCF isérois ne pouvait pas ne pas évoquer le cas échirollois. « L’ambition de fournir à nos enfants un périscolaire de qualité » ; ambition que Renzo Sulli et Gilbert Biessy « payent au prix fort », a‑t-il déploré. Ce, en se retrouvant devant les tribunaux, « sur préconisation d’une Cour des comptes qui porte l’exigence de privatisation et reproche à la ville d’Échirolles d’avoir des exigences politiques auquel le privé lucratif ne peut pas répondre ».
« Le rassemblement du peuple, des classes laborieuses »
Faisant applaudir les communistes d’Échirolles qui « ne laisseront pas leurs habitants, ni aux mains de l’extrême droite, ni à celles des opportunistes de tous poils », Jérémie Giono ne s’est pas privé d’adresser un message ironique à ces derniers, citant les insoumis échirollois sans les nommer : « Un rassemblement de petits ne sera jamais qu’un petit rassemblement ». Citation malheureusement déclinable dans plusieurs autres communes du territoire métropolitain « où l’obsession de certains semble être d’attaquer des équipes de gauche plutôt que de déployer leurs efforts à contrer nos véritables adversaires », a‑t-il regretté.
Le public (militants, sympathisants, élus, représentants politiques et syndicaux…) est venu nombreux pour ces vœux 2026.De Grenoble à la « ceinture rouge » jusqu’à Saint-Marcellin, Salaise-sur-Sanne, Péage-de-Roussillon, Rives, Vizille, la solution porte un nom, pour les communistes et pour leurs partenaires de gauche : le rassemblement. Mais « pas le rassemblement pour des places, celui du peuple, des classes laborieuses ». Une rude bataille en perspective face à des adversaires qui, eux, « sont organisés ».
Appelant à « gagner en maturité à gauche » et à se mobiliser dans les six semaines restantes, afin de gagner « si possible dès le premier tour, à défaut au second », Jérémie Giono a conclu sa longue intervention en se projetant vers « une année 2026 que les communistes entendent placer sous le signe de l’organisation collective, du rassemblement et de la victoire ».
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Publié le 02.02.2026 à 23:43
Manuel PavardLes faits datent d’il y a quasiment trois semaines mais n’ont été dévoilés publiquement que ce lundi 2 février, via un communiqué d’Amandine Demore. « Dans la nuit du 12 au 13 janvier, mon véhicule de service a été incendié volontairement », raconte la maire d’Échirolles. Les flammes se sont en outre propagées à deux autres véhicules, stationnés aux côtés de sa voiture, sur le parking de sa résidence échirolloise.
L’enquête ouverte par la police, à la suite de son dépôt de plainte, n’a pas encore permis d’interpeller des suspects. Néanmoins, pour l’édile communiste, aucun doute : « Il s’agit d’un acte d’intimidation lié à mon combat, mon action résolue et mes prises de positions contre le narcotrafic. »
« Cet acte d’intimidation ne me fera pas taire »
Pas question, pour elle, de céder d’un pouce face aux menaces et pressions. « Cet acte d’intimidation ne me fera pas taire », assène Amandine Demore. Au contraire, celui-ci ne fait que « renforcer [sa] détermination à agir avec force contre ce poison que représente le narcotrafic pour nos villes et les populations les plus précaires qui en subissent les conséquences au quotidien ».
Amandine Demore et les élus de la majorité lors de l’hommage rendu le 22 novembre à Mehdi Kessaci — frère du militant écologiste Amine Kessaci — assassiné à Marseille. © Salima NekikecheLa maire d’Échirolles salue par ailleurs les nombreux témoignages de sympathie et de soutien adressés dès le lendemain de l’incendie par diverses personnalités. Et de citer notamment ses échanges avec la préfète de l’Isère ainsi que les messages reçus du procureur de la République de Grenoble et même du ministre de l’Intérieur. Elle les remercie, tout comme « les forces de l’ordre et les services de la Ville pour leur accompagnement dans ce moment difficile ».
« Un récent rapport du Sénat avait pointé les risques d’ingérence et de pression du narcotrafic dans les échéances électorales à venir », souligne également Amandine Demore, qui avait déjà lancé un avertissement à ce sujet lors de l’hommage rendu à Mehdi Kessaci, assassiné le 13 novembre à Marseille. « Nous y sommes aujourd’hui confrontés à Échirolles », conclut celle qui briguera un nouveau mandat de maire en mars prochain.
Amandine Demore a annoncé le 29 novembre dernier sa candidature pour les municipales 2026 à Échirolles.Cet article Échirolles. La voiture de la maire Amandine Demore incendiée volontairement est apparu en premier sur Travailleur alpin.
Publié le 01.02.2026 à 18:24
Travailleur AlpinSi cette candidature en solo a bien fait grincer des dents chez les communistes, choix était fait jusqu’à présent de ne pas trop communiquer dessus, « pour ne pas donner de l’importance à une aventure personnelle », aux dires d’un dirigeant du PCF.
La fédération communiste s’était fendu d’un communiqué lapidaire entre Noël et Jour de l’An, rappelant son soutien à l’équipe d’union « Fontaine nous rassemble » menée par Claudine Didier, et on pensait que l’affaire en resterait là, Jean-Paul Trovero ayant de lui même marqué sa distance avec le PCF.
Mais c’était avant les rebondissements de ces derniers jours…
Des militants d’Alain Carignon en renfort à Fontaine ?
Le 27 janvier, des boucles WhatsApp s’enflamment. Et pour cause : des photos de militants circulent, et font le lien entre deux campagnes, celle de « Pour vous, pour Fontaine » [ndlr : l’équipe de Jean-Paul Trovero], et celle de « Réconcilier Grenoble », la liste… d’Alain Carignon.
Sur les écrans, on distingue clairement la concomitance de certains visages. Visiblement, pour certains, on peut distribuer le matin pour l’ancien ministre d’Edouard Balladur et tenant d’une droite très « trumpienne » dans ses méthodes, et l’après-midi tracter pour une équipe conduite par un ancien maire communiste…
Contre la gauche, faire feu de tout bois
Jérémie Giono, secrétaire de la fédération du PCF, « […] ne peut pas croire que Jean-Paul Trovero ait eu connaissance de ça, même s’il a des griefs personnels confus avec la gauche fontainoise et ses anciens camarades, je ne peux pas croire qu’il irait jusqu’à pactiser consciemment avec la pire des droites du territoire. Par contre, qu’il soit instrumentalisé en sous-main, ça c’est clairement possible, et les révélations de ces derniers jours viennent confirmer ces craintes… dans tous les cas, il devra s’en expliquer auprès des électrices et des électeurs, parce que cette opération révèle quels intérêts sa candidature sert dans les faits ! »
Ce qui est certain, c’est que le maintien de Franck Longo à la tête de Fontaine est un vrai enjeu pour la droite locale, il s’agit d’une véritable vitrine et d’un « modèle » pour certains, qui espèrent reproduire l’opération de « large rassemblement » (du centre-gauche jusqu’à l’extrême-droite) pour triompher d’équipes de gauche. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que le match s’annonce compliqué, tant la majorité municipale élue en 2020 a multiplié les fronts de contestations durant ce mandat. Alors, de là à s’arranger pour soutenir une opportunité de dispersion des voix à gauche, il n’y a qu’un pas.
Franck Longo, l’un des jeunes qu’Alain Carignon a contribué à faire émerger ces dernières années.Un ancien élu PCF commente : « On retrouve les bonnes vieilles méthodes d’Alain Carignon ! En 89, il nous avait déjà fait le coup à Echirolles avec Arvin-Berod et sa « nouvelle gauche » contre Gilbert Biessy, on connaît la chanson… » [ndlr : Alain Arvin-Berod, premier adjoint PCF et conseiller général d’Echirolles en 1985, rallie Alain Carignon et sa majorité départementale d’alors en 1987, fondant un éphémère groupe « Nouvelle Gauche » allié à la droite. Il se présentera en 1989 contre Gilbert Biessy, maire PCF, qui le battra largement dans les urnes].
Ce samedi 31 janvier, la fédération communiste signait un communiqué dénonçant une « ingérence manifeste dans le scrutin par des forces extérieures » à Fontaine, appelant « l’ensemble des Fontainoises et Fontainois à se mobiliser massivement dès le 15 mars pour placer l’union de la gauche & des écologistes « Fontaine nous rassemble » conduite par Claudine Didier en tête des suffrages ! ».
Robert W. Wellnes
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Publié le 30.01.2026 à 23:36
Travailleur AlpinMercredi 28 janvier, les communistes de Saint-Egrève et Saint-Martin-le-Vinoux organisaient une réunion publique dédiée à la gratuité des transports publics dans l’agglomération grenobloise. L’objectif : débattre des enjeux climatiques, sociaux et économiques liés à cette mesure. Une vingtaine de personnes ont répondu présent. La soirée s’est terminée par un débat et un pot de l’amitié.
Monique Bassols, secrétaire de la section du PCF, a ouvert la réunion en rappelant l’engagement du Parti communiste français sur les questions écologiques. Elle a notamment évoqué le travail de la commission écologie du PCF, synthétisé dans l’ouvrage « Empreinte 2050 – Plan climat pour la France ». Ce document souligne l’urgence d’agir pour limiter le réchauffement climatique, en réduisant drastiquement les émissions de gaz à effet de serre, dont les transports sont le premier émetteur en France.
350 000 véhicules entrent et sortent quotidiennement de l’agglo
Laurent Terrier, représentant de l’Union pour la gratuité et le développement des transports publics Isère (UGDT), a développé les arguments en faveur de la gratuité totale des transports en commun. Il s’appuie tout d’abord sur les conclusion du Giec. Pour préserver l’habitabilité de la planète, il est indispensable de réduire de 50 % les émissions de gaz à effet de serre. Ce qui implique, notamment, de doubler par rapport à 2004 la part des transports en commun. Dans l’agglomération grenobloise, plus de 350 000 véhicules entrent et sortent quotidiennement, contribuant à la pollution atmosphérique responsable de 150 morts prématurés par an.
La gratuité des transports est également une réponse à la précarité et aux inégalités. En France, 15 millions de personnes sont en situation de précarité mobilité, dont 10 millions sous le seuil de pauvreté. Ce qui a des conséquences concrètes : l’impossibilité de se déplacer prive certains citoyens d’accès à l’emploi, à la formation ou aux soins. Or les dispositifs actuels (gratuité selon le quotient familial) montrent leurs limites, avec un taux élevé de non-recours. Laurent Terrier souligne que la mobilité est un droit fondamental pour tous. La gratuité des transports en commun s’inscrit dans la continuité de droits sociaux fondamentaux, comme l’école gratuite. La gratuité envoie un message fort : la mobilité est un droit, pas un privilège.
Un taux élevé de non recours à la tarification sociale
C’est aussi une question de justice sociale et fiscale. La gratuité des transports interroge la répartition des richesses en France. Par exemple, 211 milliards d’euros sont attribués chaque année aux entreprises, sans contrepartie ni contrôle, ainsi que l’a révélé le rapport du sénateur communiste Fabien Gay – rapport adopté à l’unanimité du Sénat. Ce montant pourrait financer des politiques publiques ambitieuses, comme la gratuité des transports.
Côté bilan économique et financier, Laurent Terrier rappelle quelques chiffres. Le coût de la pollution est évalué à 100 milliards d’euros par an. Celui des accidents de la route à 50 milliards et celui de l’inactivité à 180 milliards. Dans le même temps, au niveau national, les recettes de la billetterie s’élèvent à 10 milliards par an, ce qui représente 14 % du financement des transports en commun, proportion qui s’élève à 20 % dans les grandes villes.
Et Laurent Terrier rappelle que les voitures électriques ne résolvent pas tout : particules fines par les pneus et le freinage, dépendance aux métaux rares, et persistance des bouchons.
Plusieurs grandes villes ont déjà expérimenté la gratuité. C’est le cas de Dunkerque où la fréquentation des transports en commun a doublé en deux ans. A Montpellier, la hausse est de 30 % en un an. On constate partout la baisse des incivilités et une meilleure attractivité des réseaux.
La gestion des fonds publics, un choix politique
C’est naturellement la question du financement qui est mise en avant par les opposants au passage à la gratuité. Laurent Terrier décrit les ressources actuelles dont disposent les transports en commun : la participation des entreprises de plus de onze salariés au taux maximum de 2 % de la masse salariale, 3,2 % en Île de France, la contribution des collectivités locales et la billetterie. A Grenoble, le coût de la gratuité totale est évalué à 50 millions d’euros. Il relève qu’il s’agit d’un choix politique : utiliser le fruit des impôts pour des aides sans contreparties au entreprises, choisir de se priver de ressources pour ménager le gonflement des grandes fortunes, ou investir dans le bien commun, par exemple dans les transports en commun ?
Laurent Terrier propose de marcher par étape en instaurant la gratuité le week-end tout en investissant dans les réseaux, le RER grenoblois par exemple, et les matériels roulants (bus et rames de tram) pour augmenter l’attractivité du réseau.
Le débat s’est poursuivi dans la salle avec la volonté d’agir. La gratuité des transports en commun est une mesure puissante pour changer les comportements et réduire l’empreinte carbone. Elle s’impose comme une solution écologique, sociale et économique, à mettre en œuvre sans tarder.
Les communistes ont décidé de s’adresser à la population. « Et vous, que pensez-vous de cette proposition ? Comment imaginez-vous la mobilité de demain dans l’agglomération grenobloise ? » Vos analyses et commentaires peuvent leur être adressés à l’adresse : pcfsaintegreve@gmail.com
Jacques Rolland
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Publié le 30.01.2026 à 17:49
Edouard SchoeneL’affiche incriminée présente deux photos l’une en dessous de l’autre, recouvrant les affiches de campagne d’Hervé Gerbi, tête de la liste « Nous Grenoble » aux élections municipales. La première montre l’avocat et ancien président du Crif Grenoble-Dauphiné, en visite en Israël en octobre 2023, serrant la main à un militaire israélien. La seconde représente, elle, la poignée de main historique entre Pétain et Hitler, à Montoire, en 1940. Le titre inscrit par Jo Morlighem ? « Il y a des poignées de main qui ne s’oublient pas. »
D’entrée, le climat est lourd, ce jeudi 29 janvier, dans la salle d’audience où peu de personnes ont pu prendre place. Présidente du jury et procureur sont assez offensifs et cassants vis-à-vis du prévenu. Des faits totalement étrangers à l’affaire pour laquelle Jo Morlighem a été gardé à vue puis disculpé ont été évoqués. Or, ces faits sont antisémites, graves et agressifs tandis que le prévenu se présente comme un militant de la première heure, enseignant d’histoire-géographie qui a défendu la cause antiraciste et toujours combattu l’antisémitisme, emmenant ses élèves aux camps de Drancy ou d’Auschwitz.
Une peine de 2000 euros d’amende avec sursis requise
Très vite, le procureur tente, par une série de questions, de faire dire au prévenu qu’Hervé Gerbi serait visé par ces affiches en sa qualité d’ex-président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif). Jo Morlighem explique qu’il a voulu au contraire dénoncer, dès le début de la campagne électorale, le candidat de droite dont le positionnement favorable aux autorités d’extrême droite israéliennes devait être connu des électeurs. Il conteste avec force avoir ciblé la confession religieuse de ce dernier, à savoir sa judéité.
Dans son accusation, Me Denis Dreyfus, avocat d’Hervé Gerbi, cite de manière totalement provocatrice le procès intenté à Jean-Marie Le Pen par l’ancien ministre Michel Durafour en 1988. Ce, pour tenter de placer l’affaire sur le terrain de l’antisémitisme. Il veut en outre qualifier l’affichage d’opération de diffamation de son client.
Me Dreyfus s’efforce par ailleurs de justifier la poignée de main d’octobre 2023, indiquant que les massacres de Gaza n’avaient pas encore eu lieu à cette date. L’avocat ajoute qu’Hervé Gerbi venait alors apporter son soutien aux Israéliens meurtris par les événements sanglants du 7 octobre.
Vient ensuite le réquisitoire du procureur qui réclame une condamnation ferme, requérant une peine de 2000 euros d’amende avec sursis à l’encontre de l’enseignant. Dans ses propos, le magistrat assure toutefois entendre l’émotion dans la salle, conséquence notamment des terribles massacres survenus à Gaza entre 2023 et 2026.
« Va-t-on accepter que la critique de l’État d’Israël puisse être une faute pénale ? »
Curieusement, aucun intervenant n’a souligné que la poignée de main entre Pétain et Hitler était antérieure à l’extermination des 6 millions de Juifs, tout comme la photo d’Hervé Gerbi et du soldat de Tsahal était antérieure aux faits qualifiés de génocide par la justice internationale.
Pour Me Eymen Kefi, avocat de Jo Morlighem, ce procès « éminemment politique » est bien celui de la lutte de solidarité avec la cause palestinienne. « Ce que M. Morlighem dénonce ne peut être un motif de condamnation, affirme-t-il. Mon client ne s’est jamais attaqué à M. Gerbi avant les élections municipales. Ce n’est donc pas M. Gerbi, ex-président du Crif, qui est dénoncé. Il n’y a aucun caractère raciste dans les faits reprochés à M. Morlighem. »
De fait, le parallèle entre les deux photos n’assimile la tête de liste de « Nous Grenoble » à personne. Il s’agit simplement d’un débat de campagne mettant en avant la responsabilité que peut avoir un candidat dans ses prises de position. Autrement dit, « on est responsable des ses poignées de main ».
Dans les dernières paroles accordées au prévenu, celui-ci se défend. « Bien évidemment non, je n’ai pas assimilé M. Gerbi à M. Pétain, assure Jo Morlighem. Va-t-on accepter que la critique de l’État d’Israël puisse être une faute pénale ? C’est maintenant qu’il faut, dans l’espace démocratique, pouvoir dénoncer l’État d’Israël. »
Décision le 27 février
L’enseignant de 59 ans s’adresse ensuite successivement à ses contradicteurs. À Me Dreyfus, il souligne que « même athée, donc peu expert en foi, [il] sait déceler la mauvaise foi quand elle est si manifeste ». Au procureur, il rétorque, ironique, que « s’il avait été [son] élève, il aurait eu très de mauvaises notes au vu de sa méconnaissance historique abyssale du conflit israélo-palestinien depuis 1948 ». Enfin, le prévenu prend à partie à la fois l’avocat et le procureur : « Pensez-vous Théo Klein, qui fut président du Crif, fut antisémite en dénonçant déjà la dérive du Crif à devenir l’ambassade d’Israel ? »
À l’issue de l’audience, Jo Morlighem est interrogé par Le Travailleur alpin. Question : « Est-ce que ce procès vous a fait peur dans votre engagement ? » Réponse du militant : « Non, car résonne toujours en moi ‘ami si tu tombes, un ami sort de l’ombre prend ta place’. J’ai la détermination, dans la campagne municipale, de rappeler aux Grenoblois les soutiens de tout candidat au pouvoir actuel en place en Israël. »
Le tribunal correctionnel a placé son jugement en délibéré au 27 février prochain.
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