LePartisan.info À propos Podcasts Fil web Écologie Blogs Revues Médias
flux grenoblois • associations

Le Travailleur Alpin

Journal de la Fédération de l'Isère du Parti Communiste Français

Publié le 04.05.2026 à 09:28

Mariano Bona

Syrie : quelle place pour le Rojava, après l’accord passé entre les FDS et le régime de Ahmed al-Charaa, le nouveau président ? Le Rojava peut-il être utile pour penser la coexistence à égalités de droits de différents peuples dans un même État ?

Iran : alors que l’agression militaire menée par Israël et les Etats-Unis permet au régime d’accroître la répression contre la contestation, quel avenir pour la lutte des Kurdes pour leurs droits politiques et sociaux et ceux des autres minorités ?

Turquie : suite à la déclaration de Abdullah Öcalan, le 12 mai 2025, le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) a annoncé sa dissolution pour créer les conditions d’une paix durable et d’une solution démocratique à la question kurde. Où en est-on u an après ?

Agit Polat fait le point sur la situation au Moyen-Orient

La Turquie craint que le prochain conflit d’ampleur au Moyen Orient ne la concerne directement.

Il existe un risque de conflit au sujet d’un gigantesque gisement de gaz au large de Chypre qui pourrait égaler celui de la Mer du Nord.  Rappelons que Chypre est occupée depuis 1974 et qu’aucun pays n’a reconnu la république turque de Chypre du Nord. L’Égypte, Israël, la Grèce, Chypre et l’UE ont noué des accords pour l’exploitation et la distribution de ce gaz. Le 25 avril 2026, E. Macron a assuré que la France sera aux côtés de la Grèce « quoi qu’il arrive » en cas de menace.

Le coût politique  et économique pour la Turquie de laisser faire ces forages est très grand car cela revient d’une part à renoncer à des revenus très importants, et d’autre part à accepter une remise en cause du caractère turc du nord de l’île. D’un autre côté, si la Turquie empêche des bateaux à procéder à des forages, une coalition peut se créer contre la Turquie. 

La Turquie est membre de l’OTAN, mais la protection de l’OTAN s’est révélée faible lors des derniers conflits au Moyen Orient. La Turquie analyse le rôle des États-Unis comme une volonté de contrôler les ressources mondiales pour pouvoir faire pression sur la Chine, et n’est pas convaincue qu’ils interviendront pour régler un conflit en Mer Méditerranée. Enfin, la pérennité de la présence des États-Unis au sein de l’OTAN n’est pas acquise.

Le débat était organisé par l’Association iséroise des amis des Kurdes.

La Turquie ne souhaite pas se retrouver dans un scénario de conflit international avec la question kurde non réglée. D’où les discussions actuelles entre le Pouvoir turc et les Kurdes. La possibilité que les Kurdes s’inscrivent dans un conflit extérieur pour s’affronter à l’État turc est un scénario redouté. Du côté turc, car cela affaiblirait considérablement l’État turc, du côté des Kurdes car le coût humain serait considérable.  D’où la recherche partagée d’un processus de paix réglant la question kurde au sein de la Turquie.

Du côté des Kurdes, plusieurs pas importants concrets ont été faits : renoncement à la lutte armée, dissolution du PKK.  Les Kurdes pensent disposer actuellement d’une base politique et social, de députés et de maires, suffisamment solide pour avoir confiance dans la possibilité de gagner des droits, et du coup de renoncer à la lutte armée qui n’était qu’une étape nécessaire.

Du côté Pouvoir turc, rien de concret n’a été fait à ce jour. Il apparait que le MHP, parti d’extrême-droite nationaliste,  pousse à une conclusion rapide des discussions, alors que l’AKP, parti islamo-conservateur et parti de R.T. Erdogan, ne fait pas grand chose pour avancer. 

Le MHP , troisième parti de Turquie, est présent dans l’appareil politique et administratif, comme la police, santé, les travaux publics, l’agriculture, l’industrie et les transports. Le MHP n’a pas hésité à des moments donnés à réprimer, en tant que tel ou via les Loups gris, les opposants et les Kurdes. Mais ils considèrent qu’il y a un grand danger que la prochaine cible après l’Iran soit la Turquie. Les déclarations au sommet de l’État israélien vont dans ce sens. Il y a donc une question existentielle qui est posée.  Le MHP a le souci nationaliste de la préservation de l’État turc.

L’AKP de son côté veut gagner les prochaines élections et se servir des négociations avec les Kurdes comme levier pour obliger les Kurdes à voter AKP.  Après l’accession au pouvoir de l’AKP en 2002, l’AKP connait une victoire écrasante en 2011 avec près de 50% des votes, mais à partir de 2011, Le régime de R.T. Erdogan va démanteler des pans entiers de l’État de droit et progressivement changer la nature de l’Etat. le mouvement du parc Taksim Gezi à Istanbul est une réponse à cette évolution, et l’arrivée sur la scène politique du parti HDP (gauche pro-kurde et minorités nationales) va ébranler la main mise de l’AKP qui perd sa majorité en juin 2015. La conclusion de cette séquence va être en 2016 l’emprisonnement de 12 députés du HDP dont Selahattin Demirtas, alors que  Selahattin Demirtas a obtenu 10% à l’élection présidentielle de 2014  et 14% aux élections législatives de 2015. Preuve qu’il y a un problème de fond, l’AKP est une nouvelle fois fragilisé électoralement avec sa défaite lors des municipales en 2024 et la montée en puissance du CHP, parti social démocrate nationaliste, qui devient le premier parti (38%) devant l’AKP (36%). En réponse, R.T. Erdogan fait emprisonner Ekrem Imamoğlu, le maire de Istanbul. Il est facile de comprendre que les arrestations ne font pas disparaître le problème. D’où l’idée d’élargir l’assise électorale en gagnant les votes kurdes, et l’importance que les discussions ne se concluent pas avant l’élection présidentielle de 2028.  Par ailleurs, R.T. Erdogan a besoin des voix kurdes pour changer la constitution et pouvoir se présenter une 4ème fois. Du coup, il ne veut pas aller trop vite.

D’où les agenda différents du MHP, qui discerne un danger à court terme pour l’État turc, et de R.T. Erdogan qui veut prendre son temps pour garantir le maintien de sa domination sur l’État turc.  Il sera intéressant de voir l’évolution des rapports entre le MHP et R.T. Erdogan, car de plus en plus d’États au Moyen Orient adoptent une structure à la fois centralisée avec une personnalité incarnant le pouvoir et des secteurs majeurs de l’économie et de l’État contrôlés par une ou des organisations politiques, hors de tout contrôle démocratique. Dans ce schéma, le gouvernement et les assemblées parlementaires ne servent plus à rien. Dans certaines configurations, la figure centrale peut disparaître : exemple avec le président Abdelaziz Bouteflika en Algérie, où tout le monde savait qu’il ne dirigeait rien, ou encore Mojtaba Khamenei en Iran, qui n’a pas eu d’apparition publique depuis l’attentat qui a tué son père Ali Khamenei, et tout le monde sait que ce sont les Gardiens de la Révolution qui dirigent en réalité.

Cet article Quelle est la situation politique pour les Kurdes en Syrie, Iran, Turquie ? est apparu en premier sur Travailleur alpin.


Publié le 04.05.2026 à 09:21

Maryvonne Mathéoud

Daho Djerbal. Maître de conférences en histoire contemporaine au Département d’histoire université d’Alger 2. Ses travaux portent sur la relation entre histoire et mémoire. Il est depuis 1993 directeur de la revue NAQD, revue d’études et de critique sociale. Il est l’auteur de Lakhdar Ben Tobbal, t. 1, Mémoires de l’intérieur, éditions Chihab (2021) et de Lakhdar Ben Tobbal, t. 2, La conquête de la souveraineté, éditions Chihab (2022).

Olivier Le Cour Grandmaison. Maître de conférences en science politique à l’université d’Évry Paris-Saclay, il enseigne au Collège international de philosophie. Il est l’un des initiateurs de la campagne pour la reconnaissance des massacres de Sétif/Guelma/Kherrata comme « crime contre l’Humanité ». Il est l’auteur de La fabrique du roman national républicain, éditions Amsterdam (2025) et de Oradour coloniaux français. Contre le roman national, Les Liens qui Libèrent (2025).

La célébration de la victoire des Alliés contre le nazisme le 8 mai 1945 en Algérie est l’occasion pour les Algériennes et les Algériens de faire entendre leurs revendications. A Sétif, des milliers d’Algériens manifestent et brandissent des pancartes « Libérez Messali » (Messali Hadj, leader nationaliste emprisonné), « Nous voulons être vos égaux », « À bas le colonialisme », « Vive l’Algérie libre et indépendante », et un drapeau qui deviendra le drapeau de l’Algérie indépendante.

Olivier Le Cour Grandmaison.

La répression contre les Algériens sera féroce : selon les historiens, 10 000 à 45 000 victimes sont massacrées à Sétif, Guelma et Kherrata par la police, la gendarmerie, les milices coloniales armées par les autorités locales, et l’Armée Française, agissant sur ordre de l’exécutif. Bombardements, exécutions sommaires, déportations : le peuple algérien subit un véritable choc ce 8 Mai 1945.

En Algérie et en France, quelles traces reste-t-il de ce massacre du point de vue de l’Histoire et des mémoires ?

Il évoque le contexte actuel avec la montée des extrêmes droites, qui sont plurielles hélas, et la radicalisation des droites de ce gouvernement qui ont un discours de réhabilitation de la colonisation. C’est de la mythologie impériale qui n’a rien à voir avec notre histoire. Il rappelle la loi du 23 février 2005 qui est une exception française car elle a été votée dans un état colonial. Elle n’a jamais été abrogée. L’article premier de la loi stipule : « La Nation exprime sa reconnaissance aux femmes et aux hommes qui ont participé à l’oeuvre accomplie par la France dans les anciens départements français d’Algérie, au Maroc, en Tunisie et en Indochine ainsi que dans les territoires placés antérieurement sous la souveraineté française. » L’article premier d’une loi est de poser la philosophie de cette loi. On aurait pu penser que c’était une main tendue aux populations mais c’est le prologue à une répression féroce qui durera jusqu’en 1962.

Tous les dirigeants qui se succèdent, de Nicolas Sarkozy à François Fillon c’est une interprétation positive de la colonisation. On est sur des thèses au mieux révisionnistes, voir négationnistes. C’est le cas de François Fillon, qui déclarait que la France n’avait pas à s’excuser ni pour la colonisation ni pour l’esclavage, c’est le cas aussi pour Bruno Retailleau qui a eu cette déclaration formidable : « il y a eu des pages noires mais aussi beaucoup de mains tendues. »

Nedjma Bendiab. présidente d’Algérie au cœur

A la question posée : La colonisation est elle un crime ? Edouard Philippe répond : Non. Ce mensonge passe pour être la vérité.

Les grands historiens de la colonisations que sont Philippe de Villiers, Nicolas Sarkozy, Jordan Bardella, Marion Maréchal le Pen le développent continuellement.

Olivier Le Cour Grandmaison indique qu’Il faut préciser ce qu’est le 8 mai 1945 . « On peut avoir des débats sur l’interprétation des moments historiques mais les faits existent. Hors tous ceux que j’ai cité ne sont pas d’accord sur les faits, soit qu’ils ne les connaissent pas soit qu’ils les nient. »

En 2024 a été érigé une statue de Bigeard à Toul. Il faut rappeler le rôle de Bigeard pendant la guerre d’Algérie.

Il y a d’un coté des chercheurs qui travaillent sur les faits et de l’autre des idéologues qui prennent beaucoup de liberté sur les faits.

Olivier Le Cour Grandmaison revient sur la conférence de Brazzaville. Elle a été organisée durant la Seconde Guerre mondiale, du 30 janvier au 8 février 1944, par le Comité français de la Libération nationale, afin de déterminer le rôle et l’avenir de l’Empire colonial français. Cette conférence doit fixer la politique de la France bientôt libre en matière coloniale. À l’issue de cette conférence, l’abolition du code de l’indigénat est décidée. Mais l’abolition du travail forcé n’est pas immédiat mais se fera « à terme ». il est décidé que la France doit impérativement conserver son empire pour rester une grande puissance. La France garde l’exclusivité de ses colonies.

Hors la charte des nations unies signée à San Francisco le 26 juin 1945 dans l’article 1 indique «...Développer entre les nations des relations amicales fondées sur le respect du principe de l’égalité de droits des peuples (blancs) et de leur droit à disposer d’eux-mêmes, et prendre toutes autres mesures propres à consolider la paix du monde… ». La France s’arroge le droit de disposer elle même des droits des peuples colonisés.

La manifestation des algériens de Sétif dans le quartier blanc de la ville est une revendication pour réclamer leurs droits, pour l’abrogation des discriminations.

Daho Djerbal.

La réaction du gouvernement français va être extrêmement violente pour signifier à tous les peuples colonisés que s’ils demandent l’abrogation des lois coloniales ils vont se heurter aux mêmes types de réponses.

L’état français suspend momentanément la résolution de la charte. Le gouvernement français arme les colons pour rétablir l’ordre colonial. Ces milices coloniales vont commettre des arrestations, des tortures, des exécutions sommaires, vont ouvrir des fosses communes et aussi bruler les corps pour effacer les crimes qui ont été commis. C’est entre 30 000 et 60 000 morts au cour de l’été 1945 à Sétif, Guelma et Khérrata. Il s’agit de crime de guerre car ce sont des civiles et crimes contre l’humanité car c’est le gouvernement qui a donné l’ordre de mater les émeutes. Jusqu’en 1972 au Cameroun la France n’a pas cessé d’être en guerre sur son empire. Au total c’est plus d’un million de morts. En comparaison pendant la 2ème guerre mondiale c’est environ 600 000 morts.

Que faut-il faire ? chercher à rétablir la vérité, demander la reconnaissance des crimes de guerre. L’extrême droite et la droite n’ont jamais accepté la perte de l’Algérie.

Les gauches devraient exiger la reconnaissance des crimes d’états qui ont été commis.

En préambule Daho Djerbal déclare :

« Merci de m’avoir permis de traverser la mer pour vous rencontrer, rencontrer des amis. Je vais vous faire traverser la mer pour voir les évènements vécus de l’autre coté. C’est la même histoire. Il m’a été donné de passer la moitié de mon temps d’historien chercheur, de rencontrer les témoins algériens de cette histoire. Je me suis aperçu qu’on écrivait l’histoire a travers les yeux de l’autre et j’ai donc méthodiquement rechercher les témoignages des miens, des algériens, de ce qu’ils ont vécu. C’est une nouvelle approche qui recoupe ce que vient de dire mon ami et collègue Olivier Le Cour Grandmaison. »

Le vécu des Algériens du 8 mai 1945.

En Algérie de 1939 à 1943 le gouvernement général de l’Algérie qui dépendait de Vichy. Le gouvernement général de l’Algérie a Installer des nouveaux fidèles au régime de Vichy. Cela a entrainé du mécontentement des anciens « élus » algériens, notables qui avaient été trié sur le volet qui donnaient allégeance que précédent gouvernement. Ils passent donc à la contestation c’est le passage de la collaboration à la dissidence. Par rapport au gouvernement français.

Le 8 novembre 1942, les forces anglo-américaines débarquent au Maroc et en Algérie, territoires demeurés sous l’autorité du pouvoir de Vichy et me gouvernement pétainiste est renversé.  

Ferhat Abbas publie le Manifeste du peuple algérien, qui demande un nouveau statut pour la « nation algérienne » avec la signature de 28 élus musulmans le 10 février 1943. Le manifeste affirme que l ‘Algérie, par la participation de ces soldats, se tenait aux côtés des alliés contre le nazisme. Il revendique, une fois la paix revenue, un État algérien, associé et fédéré à la France, dans lequel les Européens et les juifs auraient leur place.

Le nouveau gouvernement général de l’Algérie nommé par le Général De Gaulle refuse de prendre en compte le projet, présenté par Ferhat Abbas et les nationalistes modérés au nom de la souveraineté française en Algérie.

Le 8 mai 1945 des manifestations avaient été organisées pour le jour de l’armistice avec défilé et discours, les gens confondez dans leur esprit, la libération de la France et celle de leur propre pays pour la simple raison que les algériens avaient participé à la guerre,

À Sétif la manifestation est conduite par les nationalistes du parti du peuple algérien (PPA), qui demandent l’autonomie depuis 1943, et exigent la libération de leur leader, Messali Hadj.

La manifestation est violemment réprimée. Après la peur et les méfiances, un climat nouveau c’était créé. Alors que le but de la répression sanglante et multiforme était de mater la contestation c’est l’effet contraire qui avait été obtenu.

Puis Daho Djerbal donne lecture de plusieurs témoignages accablants  et pour certains épouvantables sur les évènements. Les algériens sont sous le choc.

Le préfet de Constantine ne s’oppose pas aux constitutions de milice de civil, il les mobilise. Un conseil de la milice crée un tribunal illégal, désigné sous le nom de comité de salut public, chargé d’envoyer à la mort, les nationalistes. Ce comité se substitue à la justice, ouvre des prisons. Les personnes sont arrêtées sans contrôle judiciaire et les forces de police et de gendarmerie sont transformées en auxiliaire des milices. Le préfet sort par conséquent de la légalité.

La misère, la sous-alimentation, les maladies décime des milliers de personnes. Plus de 50 % de la population vie au-dessous du seuil de pauvreté estimé par les enquêteurs de l’époque. Un revenu moyen inférieur à 2000 Fr. par an et par famille, dans la plupart des cas, ce revenu est si dérisoire qui ne permet même pas d’atteindre la moyenne de 307 Fr par personne et par an, le prix du blé varie de 70 Fr., Le quintal à 150 Fr. prix plafond le prix de l’or de 40 Fr. à 100 Fr. celui de l’huile de 390 à 700 Fr. La majorité des algériens ne pouvait pas avoir accès à ces denrées. La menace de la famine laisse planer aussi une menace d’insurrection généralisée contre la misère.

Puis la présentation des deux intervenants laisse la place à un débat.

Cet article L’autre 8 mai 1945 à Sétif, Guelma et Khérrata (Algérie) est apparu en premier sur Travailleur alpin.


Publié le 01.05.2026 à 19:11

Gerard Frydman

Face à l’arrestation illégale à des centaines de kilomètres des côtes palestiniennes par la marine militaire de Netanyahou de vingt-deux bateaux de la flottille humanitaire pour Gaza, des mobilisations ont eu lieu partout en France. À Grenoble, place Victor Hugo à l’appel de la campagne française liberté pour Gaza, environ cent cinquante personnes se sont rassemblées le jeudi 30 avril pour exprimer leur solidarité avec les militant-e‑s qui ont été arrêtées provenant des vingt-deux embarcations parties ces dernières semaines de Marseille (France), Barcelone (Espagne) et Syracuse (Italie). Raphaëlle Primet conseillère communiste de la ville de Paris, fait partie des personnes kidnappés par l’armée israélienne.

Des prises de parole ont eu lieu pour dénoncer les violations par l’État d’Israël du droit international, sans limites, jour après jour. Pour exiger la libération des militants kidnappés par Israël et demander au ministère des Affaires étrangères d’intervenir pour leur libération.

Anne Tuaillon, présidente de l’Association France Palestine solidarité.

Anne Tuaillon présidente nationale de l’AFPS a notamment déclaré : « La communauté internationale doit, de toute urgence, mettre fin à l’impunité de l’État israélien pour les crimes commis. Seules des sanctions fortes pourront contraindre cet État, qui repousse chaque jour davantage les limites de l’inacceptable, au respect des règles les plus élémentaires du droit international »

Les flottilles sont des actions militantes et pacifiques, qui ne violent aucune loi, mais visent à contester le blocus illégal de Gaza. Ce blocus criminel emprisonne une population civile de plus de deux millions de personnes, privées de leurs besoins les plus élémentaires et désormais plongées dans le plus grand dénuement après une guerre génocidaire.

Cet article Grenoble. La dénonciation de l’arrestation illégale de la flottille pour Gaza est apparu en premier sur Travailleur alpin.


Publié le 01.05.2026 à 18:24

Manuel Pavard

Juché sur la scène dressée à l’anneau de vitesse, Nicolas Benoit harangue les manifestants en rendant un hommage appuyé à Daniel Mayer et Ambroise Croizat. C’est en effet sur une proposition du premier, député socialiste, et avec le soutien du ministre communiste du Travail que le 1er Mai est devenu un jour chômé et payé, en 1947 — puis férié, à partir de 1948. « Le 1er Mai, c’est leur héritage, c’est le nôtre, et nous ne le rendrons jamais », assène le secrétaire général de l’union départementale CGT Isère.

Les occupants du siège de la Métro toujours mobilisés pour leur relogement, après quasiment six mois d’occupation.

Une promesse en forme de défi à l’intention du « camp d’en face ». Autrement dit le secrétaire général de Renaissance Gabriel Attal, le Premier ministre Sébastien Lecornu, le Medef et plus globalement, l’ensemble de la droite et de l’extrême droite. Associées dans leur offensive contre les droits des travailleurs, ces forces réactionnaires ont « tenté l’impossible, nous priver du 1er Mai », accuse Nicolas Benoit. « Mais nous leur avons tenu tête ! »

Le syndicat CGT des gardiens de troupeaux réunissant bergers, vachers, chevriers.

Malgré ce réel succès, l’intersyndicale iséroise (CGT, FSU, Solidaires, CFDT, FO, UNSA, CNT) ne crie pas victoire. Car si le gouvernement a reculé une première fois, c’est pour mieux reprendre son offensive antisociale. Et la droite macroniste ne recule devant rien, pas même l’illégalité, pour détricoter le code du travail en essayant d’instaurer des exceptions, chez les fleuristes et boulangers.

« Un marqueur fort pour notre camp social »

Mais pour les syndicats comme pour la gauche, le 1er Mai est à la fois un symbole et un totem dont la remise en cause ne peut que susciter l’hostilité. Parmi les quelque 7000 personnes ayant défilé ce jeudi 1er mai dans les rues de Grenoble, entre l’avenue Alsace-Lorraine et l’anneau de vitesse du parc Paul-Mistral, beaucoup témoignaient ainsi de leur attachement à cette journée si particulière.

Les jeunes communistes contre l’envolée des frais pour les étudiants.

« Le 1er Mai, c’est un marqueur fort pour notre camp social. Ça fait partie de notre mythologie, un peu comme la Commune, le Front populaire, la guerre d’Espagne, mai 68 », égrène Momo, technicien spécialisé syndiqué à la CGT. « Pour moi, c’est un peu notre fête à nous, le peuple de gauche », estime Mélanie, enseignante. « Je ne sais pas si le terme a encore un sens mais dans une société qui se droitise de plus en plus, c’est important d’avoir encore ce genre de moment. Des gens sont morts pour ça », souligne-t-elle, en référence au sang versé à Chicago ou à Fourmies.

Les « métallos » de la CGT.

Son compagnon, Tim, intermittent du spectacle, désigne le cortège grenoblois : « Regardez autour de vous. Il y a des gens qui manifestent pour la justice sociale, contre les licenciements, pour la Palestine, contre l’impérialisme, contre les hausses de frais d’inscription à la fac, pour le droit au logement, les conditions de travail des ouvriers agricoles… Qu’on soit salarié, chômeur, étudiant, retraité, c’est vraiment le jour où on peut tous se mobiliser côte à côte. »

La Palestine, thème toujours mobilisateur au regard de l’actualité.

Mélanie convoque alors ses souvenirs familiaux : « Les premières manifs du 1er Mai que j’ai faites, j’étais gamine, sur les épaules de mon père qui était syndicaliste dans sa boîte. Depuis, je la loupe quasiment jamais et j’espère transmettre ça à mon fils », glisse-t-elle en regardant le garçon de huit ans à ses côtés. Momo, lui, se projette sur l’année prochaine. « Le 1er mai 2027, les fascistes seront peut-être au pouvoir en France, s’inquiète-t-il. Si ça arrive, le 1er Mai sera en grand danger mais aussi plus que jamais vital ! »

De nombreux jeunes présents dans le cortège.
Le village des stands, sur l’anneau de vitesse, à l’arrivée de la manifestation.

Cet article « Pas touche au 1er Mai » : près de 7000 personnes dans les rues à Grenoble est apparu en premier sur Travailleur alpin.


Publié le 30.04.2026 à 21:14

Manuel Pavard

« C’est un honneur immense pour moi et qui est certainement à la hauteur de la charge très lourde qui vient de se porter sur mes épaules. » Les premiers mots de Guillaume Lissy, élu président de la Métropole de Grenoble ce jeudi 30 avril, avec 87 voix sur 110, étaient particulièrement éloquents. Pas de place pour le triomphalisme dans les paroles du successeur de Christophe Ferrari — dont l’absence dans l’hémicycle a été très remarquée — qui « mesure à la fois la complexité, la particularité mais aussi la sensibilité de la tâche » se présentant devant lui.

Guillaume Lissy s’installe dans son nouveau fauteuil, juste après son élection.

Si son élection a été bouclée en à peine une heure ce jeudi, le maire de Seyssinet-Pariset avait bien conscience en effet que le conseil métropolitain avait « touché le fond » jeudi 23 avril. Une chute qui l’avait d’ailleurs entraîné directement puisque c’est à la suite de son malaise, juste avant le tour décisif, vers 2 heures du matin, que la séance avait dû être reportée. Le tout après d’interminables suspensions de séance et près de treize heures d’attente.

Guillaume Lissy vante un « accord gagnant-gagnant »

Malgré l’accord de dernière minute noué avec les insoumis, qui avait conduit Allan Brunon à retirer sa candidature au troisième tour le 23 avril, Guillaume Lissy a repris les négociations tout au long de la semaine, en quête d’une majorité plus confortable. « Nous aurions pu élire un président au forceps, au troisième tour, mais aucune force ici n’a de majorité seule pour piloter de manière stable et durable notre assemblée délibérante », a‑t-il affirmé.

Pendant le vote, au premier plan les communistes martinérois Jérôme Rubes et David Queiros, derrière eux Guillaume Lissy.

Certes, « une majorité existe à gauche pour élire un président », en additionnant les voix des écologistes, communistes et socialistes soutenant Guillaume Lissy et celles des élus LFI. « Mais il n’y a pas assez d’élus pour assumer un budget », a souligné le nouveau président. Ni « pour voter un exécutif, pour voter une délibération ou même une délégation de signatures qui permettent de valider un bon de commande dans notre collectivité qui ne peut pas être paralysée par nos seuls débats ».

Le conseil métropolitain écoute le nouveau président prononcer son premier discours.

C’est ce qui l’a poussé à chercher un « compromis », finalement entériné dans la soirée, quelques heures avant le début du conseil. « Un accord gagnant-gagnant » entre les forces de gauche et le groupe NMC représentant les « petites communes ». « Ce n’est pas le maire de Seyssinet-Pariset qui l’emporte, c’est un trait d’union entre Grenoble, Échirolles, Saint-Martin-d’Hères, et toutes les villes de la métropole ; entre la ruralité et la centralité », a lancé Guillaume Lissy. « Personne ne perd. »

Allan Brunon dénonce une « honte »

Pour cela, il a fallu que Raphaël Guerrero, candidat la semaine précédente, se désiste. « J’ai pris la décision de m’effacer au profit du collectif », a déclaré le maire de Jarrie, réfutant le terme de « défaite ». « Le nous doit toujours primer sur le je », a‑t-il ajouté, suivi dans sa décision par une partie de la droite et du centre, mais pas l’intégralité — neuf voix se sont portées sur Raphaël Guerrero, pourtant pas candidat, ce jeudi 30 avril.

Candidat le 23 avril, Raphaël Guerrero s’est désisté et sera premier vice-président, comme Laurence Ruffin.

Cette alliance a néanmoins fait une victime, la France insoumise, désormais exclue de l’équation. « Quelle honte ! », a tonné à plusieurs reprises Allan Brunon, qui a donc décidé d’être de nouveau candidat, obtenant dix voix. Et qui a adressé des mots très durs à Guillaume Lissy, évoquant « le spectre d’une fusion technique avec la droite réactionnaire, la pire qui soit ». Plutôt que le compromis invoqué par le président, l’élu LFI a, lui, fustigé « une fusion technique de compromission et même de soumission ».

Allan Brunon a crié sa colère face à ce qu’il qualifie de « soumission » à la droite.

Allan Brunon l’a martelé, « nous ne voulions aucune vice-présidence ». Cela n’a pourtant pas suffi, a‑t-il regretté, accusant le reste de la gauche d’avoir « préféré discuter avec la droite plutôt qu’avec LFI ». Et l’insoumis d’ironiser sur les prétendus « bons gestionnaires » qui devraient faire « DRH d’une grande entreprise, et non de la politique à la Métropole de Grenoble ». Ce, non sans glisser un petit tacle aux élus de la majorité grenobloise, obligés d’avaler des couleuvres, à savoir « plusieurs vice-présidents de droite ».

« Alors que l’extrême droite est aux portes du pouvoir, pouvions-nous décemment ne pas essayer de trouver un chemin entre nous ? »

« Ces mots [NDLR : d’Allan Brunon] me touchent », a réagi Guillaume Lissy, depuis le fauteuil de président. « Ces fractures territoriales, ces fossés politiques, ces ressentiments personnels peuvent-ils être dépassés ? », s’est-il interrogé, avouant avoir « des doutes profonds ». Mais dans le contexte actuel, marqué par la crise climatique et sociale, l’exclusion, les guerres, « alors que l’extrême droite est aux portes du pouvoir, pouvions-nous décemment ne pas essayer de trouver un chemin entre nous ? », a‑t-il demandé aux élus LFI et plus largement à l’ensemble du conseil métropolitain.

Guillaume Lissy dit mesurer la difficulté de la tâche qui l’attend.

« J’entends les critiques mais avions-nous le choix ? », a poursuivi Guillaume Lissy. Face à des élus de gauche dont il dit comprendre « l’incompréhension, l’inquiétude, les doutes », le président s’est voulu rassurant, assurant « ne renier aucune de [ses] convictions et valeurs ». « La Métropole aura donc un président clairement à gauche », a‑t-il promis. « Mais aussi clairement déterminé à écouter et à trouver le chemin du compromis avec ceux qui pensent autrement, dans l’intérêt du territoire et de ses habitants. »

Un « président chef d’orchestre » et deux-vice-présidents

Pour celui qui propose d’être « animateur d’une majorité plurielle » et se voit avant tout comme « un président chef d’orchestre », un autre enjeu majeur consistait à réconcilier la métropole et la ville-centre. Pas une mince affaire après un dernier mandat marqué par les divisions de la gauche et la rivalité entre Christophe Ferrari et Éric Piolle. « Je veux dire à la maire de Grenoble que nous devons porter une parole commune, qui soit celle de la ville et de la métropole, sans concurrence, en complémentarité », a indiqué Guillaume Lissy.

Laurence Ruffin, première vice-présidente, aux côtés du président : un tandem qui espère rapprocher ville-centre et métropole.

Pour que « la ville de Grenoble retrouve sa place », ce dernier a donc annoncé que Laurence Ruffin serait sa première vice-présidente. Responsabilité que l’édile partagera, dans l’ordre protocolaire, avec Raphaël Guerrero, lui aussi premier vice-président. Tous deux ont été élus respectivement avec 91 et 83 voix, à l’issue du scrutin qui a suivi ce jeudi après-midi.

Quatre vice-présidents du groupe CCC

Parmi les vingt vice-présidents, Laurence Ruffin est accompagnée de trois autres élus de sa majorité municipale : Margot Belair, Gilles Moreau et Olivier Bertrand. Notons également les quatre vice-présidences accordées aux élus communistes et apparentés du groupe Communes, coopération et citoyenneté (CCC) : Pierre Labriet (Échirolles), Jérôme Rubes (Saint-Martin-d’Hères), Michelle Veyret (Saint-Martin-d’Hères) et Aurélien Farge (Échirolles). Les différentes délégations seront connues dans les prochains jours.

Les élus communistes et apparentés du groupe CCC, qui ont obtenu quatre vice-présidences.

Naturellement, certains noms ont fait grincer des dents à gauche. Difficile en effet pour celles et ceux les ayant affrontés lors de campagnes municipales parfois très dures ou de débats passés houleux, de voir des Laurent Thoviste, Michel Vendra ou Sylvain Laval devenir vice-présidents. L’élu grenoblois Alan Confesson a ainsi admis son incapacité à voter, à titre personnel, pour le dernier nommé, détaillant ses nombreux griefs envers le président du Smmag.

Les vingt vice-présidents
  • Laurence Ruffin (Grenoble)
  • Raphaël Guerrero (Jarrie)
  • Pierre Labriet (Échirolles)
  • Sylvain Laval (Saint-Martin-le-Vinoux)
  • Margot Belair (Grenoble)
  • Jérôme Rubes (Saint-Martin‑d’Hères)
  • Laurent Thoviste (Fontaine)
  • Michelle Veyret (Saint-Martin‑d’Hères)
  • Audrey Guyomard (Bresson)
  • Laurent Amadieu (Saint-Égrève)
  • Michel Vendra (Sassenage)
  • Cyrille Plenet (Séchilienne)
  • Jean-Yves Porta (Vaulnaveys-le-Haut)
  • Gilles Moreau (Grenoble)
  • Eric Rossetti (Quaix-en-Chartreuse)
  • Xavier Osmond (Eybens)
  • Marc Depinois (Mont-Saint-Martin)
  • Olivier Bertrand (Grenoble)
  • Fabrice Hugelé (Seyssins)
  • Aurélien Farge (Échirolles).

Laurence Ruffin a toutefois affiché sa foi en ce « nouveau chapitre métropolitain, fondé sur la coopération entre communes » ainsi que sa confiance envers le « binôme » qu’elle forme désormais avec Guillaume Lissy. Pour la maire de Grenoble, « cette majorité porte un projet clair avec des priorités sur le logement, les mobilités, la transition énergétique, l’économie de proximité et le renouveau démocratique. Le premier chantier sera celui du logement. Cette majorité s’engage à traiter le logement comme un droit fondamental et à résoudre collectivement la situation des personnes occupant le siège de la Métropole. »

Au premier plan, le maire écologiste de Saint-Égrève Laurent Amadieu, élu vice-président avec 82 voix.

Malgré les difficultés, malgré les piques envoyées par Allan Brunon, la nouvelle première vice-présidente a partagé sa conviction : « Chaque commune, de la plus grande à la plus petite, trouvera sa juste place. » Laurence Ruffin s’y engage, « Grenoble prendra toute sa part pour mettre en œuvre ce projet ambitieux au service de toutes les habitantes et habitants de la Métropole ».

Cet article Guillaume Lissy nouveau président de la Métropole : « Avions-nous le choix ? » est apparu en premier sur Travailleur alpin.


Publié le 30.04.2026 à 10:25

Travailleur Alpin

« La séance est ajournée, rendez-vous la semaine prochaine. » Après deux tours où le maire socialiste de Seysinet-Pariset était arrivé derrière le candidat soutenu par la droite et le centre, de nombreuses suspensions de séances où les tentatives de trouver un accord avec le groupe des « petites communes » s’étaient révélés infructueuses, puis un accord technique de désistement obtenue auprès de la France Insoumise, la fatigue a eu raison de Guillaume Lissy, victime d’un malaise avant le vote du troisième tour. La maire d’Herbeys, doyenne du conseil et présidente de séance, lève le conseil et le reporte au jeudi 30 avril, donnant de facto une semaine supplémentaire aux élus de tous bord pour continuer de mener des tractations.

Une majorité sur le fil pour la présidence… mais pas pour gouverner

Si la gauche était assurée de l’emporter sur le vote de la présidence dans la nuit du 23, elle n’aurait alors rassemblé que 55 voix sur les 110 de l’hémicycle. Et si les élus du RN et ceux proches de l’ancien président et maire de Pont-de-Claix, Christophe Ferrari, s’étaient portés sur son concurrent – au nom d’un pseudo « front anti-LFI » –, Guillaume Lissy n’aurait été élu que grâce à son âge, le socialiste ayant pile un mois de plus que son concurrent…

Dans la foulée, l’élection des vice-présidents aurait vu le même match se rejouer, avec des paramètres différents. Sans parler du vote du budget, qui n’aurait pu aboutir sur autre chose qu’un blocage institutionnel, le soutien de la France insoumise sur la présidence prenant la forme d’un accord « technique » et non d’un accord de gouvernance.

Une photographie du réel qui a poussé Guillaume Lissy – remis sur pied dès le vendredi à la première heure – et ses soutiens à rouvrir les négociations avec Raphaël Guerrero et son « bloc ».

Des négociations pour trouver une majorité

En position de force, le maire de Seysinet-Pariset s’exprime dans les colonnes du Dauphiné libéré, et convoque une conférence des maires le lundi midi. Là, l’issue semble de nouveau bloquée, les élus de droite se montrant particulièrement offensifs après la démonstration organisée devant la mairie de Fontaine le samedi. La fusion-absorption d’une partie non négligeable des petites communes par la droite sera l’un des enseignements de cette séquence, fruit d’un mandat 2020–2026 où le président Christophe Ferrari aura usé et abusé de l’opposition entre petites communes et gauche écologiste grenobloise… pour finalement se faire dépasser par ceux qu’il a contribué à mettre en selle. Une dérive qui n’est pas sans rappeler un épisode marquant de la vie politique nationale, un élu socialiste osant la comparaison : « Sylvain Laval – qui est le vrai stratège derrière la candidature de Raphaël [Guerrero] – a fait à Christophe ce qu’Emmanuel Macron a fait à François Hollande… à trop vouloir jouer sur les ambiguïtés, on s’y brûle les doigts ! »… Les deux camps, la gauche et les « petites communes – conviennent toutefois de se revoir dans un format plus restreint, six de chaque côté, le mardi et le mercredi.

La réunion du conseil métropolitain du 23 avril avait été ajournée peu après deux heures du matin à la suite d’un malaise de Guillaume Lissy.

La gauche se réunit en visio le lundi soir pour faire le point, et si l’hypothèse d’une troisième candidature d’un maire « de gauche issu des petites communes » est évoquée, elle est rapidement écartée. En effet, cette carte était poussée par Christophe Ferrari et ses derniers soutiens, et même si d’autres candidatures ont pu être évoquées (comme celle du maire de Venon, Marc Oddon), le discrédit du président sortant auprès des petites communes comme des écologistes rend cette issue morte-née… Là, l’ancien maire de Meylan Philippe Cardin propose de mettre sur la table une proposition équilibrée : Guillaume Lissy à la présidence, et un exécutif partagé à égalité entre le bloc de gauche et l’alliance des petites communes, assortie d’un engagement clair sur le cap politique de l’institution.

La révélation de la séquence : Jérôme Rubes, un négociateur hors-pair

C’est sur ce mandat que la délégation de gauche ferraillera pendant plus d’une quinzaine d’heures de négociations entre mardi et mercredi. Dans cette séquence, un élu distinguera par son talent de négociateur hors-pair : le communiste Jérôme Rubes, artisan aux côtés de Laurence Ruffin de l’accord technique avec la France insoumise – rappelons que Saint-Martin‑d’Hères est la seule commune de la métropole où LFI est « officiellement » dans la majorité municipale. Il conduira les discussions avec ténacité et fermeté, obtenant d’importantes concessions politiques pour faire pencher les équilibres. Et pour cause : pour celui qui s’est donné corps et âme depuis des mois sur le dossier des occupants du siège de la métropole en tant que vice-président à l’Habitat, pas question de laisser une chance à la droite de faire main basse sur l’institution.

Avec les élus échirollois Pierre Labriet et d’Aurélien Farge, ils imposent la « jeune garde » communiste comme actrice centrale, faisant dire à un dirigeant fédéral du PCF que l’« on a là un exemple de l’intérêt de la formation marxiste : analyse concrète de la situation concrète, fermeté sur les principes et souplesse sur les chemins tactiques. On peut être fiers d’avoir de jeunes élus de cette trempe, parce qu’il aurait été facile d’adopter une posture de puristes servant au bout du compte l’adversaire de classe, ou au contraire de céder sur l’essentiel sous la pression ! »

La France insoumise, cible d’anathèmes infondés

Seule ombre au tableau : l’accord trouvé laisse sur le bord la France insoumise, qui avait contre toute attente accepté un positionnement constructif à gauche. La semaine aura vu un déchainement de violence à leur égard de la part des élus de droite, à la fois au sein de la métropole et depuis les territoires alentours. Dans un commentaire Facebook, le secrétaire départemental du PCF Jérémie Giono rappelle pourtant que « c’est quand même rigolo : tout le monde semble oublier que durant le précédent mandat, plusieurs vice-présidents LFI siégeaient dans l’exécutif métropolitain, sans que ça ne dérange les vice-présidents sortants […] ; à un moment donné, la diabolisation qu’ils subissent est juste malhonnête et toxique ».

Si l’accord technique du jeudi 23 avril, qui ne permettait malheureusement pas de l’emporter autrement que par une victoire à la Pyrrhus, est désormais caduc, la gauche devra être au rendez-vous pour garantir que les élus LFI soient traités équitablement au regard de leur poids dans l’hémicycle, et, des échos que nous avons, les communistes resteront ceux qui construisent des ponts pour mener les combats futurs en faveur des solidarités et de l’égalité.

« On a pas le droit de vous parler » : 2026, fruit pourri de 2020

Si une leçon est à tirer de cette séquence, c’est le glissement à droite de nombre d’élus de petites communes, prises dans des liens d’assujettissements nouées en 2020. Comment des figures centristes auront-elles pu prendre aussi facilement la main pour tenter un coup de force bras dessus bras dessous avec les partisans d’Alain Carignon ?

Jusqu’au 23 avril, la sensibilité de gauche au sein des petites communes sera apparue comme particulièrement cadenassée, un élu avouant même que les meneurs du groupe NMC avaient interdit à leurs membres d’avoir des échanges avec la gauche, interdiction assortie de menaces à peine voilées pour garantir une discipline de vote rigide. Cette sensibilité s’est toutefois réaffirmée pour « emporter le morceau » sur un accord de retrait de la candidature de Raphaël Guerrero, et il se murmure qu’un groupe des « petites communes de gauche » pourrait voir le jour durant le mandat, ce qui contribuerait grandement à rééquilibrer le paysage.

Si la gauche demeure gagnante de la séquence, en trouvant le chemin d’une gouvernance qui respecte le suffrage universel et écarte les éléments les plus droitiers – à l’image des carignonistes, qui perdent leur capacité à être charnières des grands équilibres –, une chose est sûre : le mandat qui s’ouvre devra être un mandat de travail et de combats.

Robert W. Wellnes

Cet article Métropole. La gauche fait élire Guillaume Lissy à la présidence est apparu en premier sur Travailleur alpin.


Publié le 29.04.2026 à 17:14

Manuel Pavard

Le triste spectacle donné jeudi 23 avril par le conseil métropolitain les a poussés à « sortir de [leur] réserve pour appeler à la responsabilité » alors que l’élection à la présidence de la Métropole de Grenoble, reprogrammée ce jeudi 30 avril, est « au point mort », déplorent-ils. L’un a même occupé le poste tant convoité : Marc Baietto, ancien maire d’Eybens et président de la Métro de 2010 à 2014. Deux autres, Françoise Gerbier et Françoise Cloteau ont été maires respectivement de Venon et Champagnier, la première étant toujours conseillère départementale communiste tandis que la seconde fut vice-présidente métropolitaine. Enfin, Gérard Darcueil a, lui, été vice-président de la communauté de communes du Sud-Grenoblois — intercommunalité « absorbée » par Grenoble Alpes Métropole en 2014.

Françoise Gerbier, conseillère départementale communiste et maire de Venon de 2008 à 2020, l’une des quatre signataires de la déclaration.

Se présentant comme « d’anciens élus de petites communes », ils mettent en garde le groupe représentant ces dernières contre le piège d’une coalition avec la droite, dans cette déclaration intitulée « Métropole : retrouver la raison ». Un tacle visant également — sans le nommer — Raphaël Guerrero, soutenu à la fois par les « petites communes » (le groupe NMC), le centre et la droite.

« Un tour de passe-passe délétère »

« Compter sur les voix du groupe d’Alain Carignon – voire du RN – pour remporter une élection au nom des ‘petites communes’, dans une alliance avec une droite qui, si ses maires doivent être respectés, demeure minoritaire sur le territoire, serait un tour de passe-passe délétère », avertissent les quatre élus. Un tel scénario conduirait à la « catastrophe », assure le quatuor, qui craint un « blocage institutionnel » et la « mise en danger des politiques métropolitaines de solidarités et de progrès ».

Après l’interminable séance du 23 avril, marquée par 18 suspensions de séances et près de 13 heures d’attente, le conseil métropolitain se réunit de nouveau le 30 avril pour élire son président.

« L’avenir du territoire ne peut pas dépendre des fractures qui se sont ouvertes durant le dernier mandat », estiment-ils par ailleurs, allusion aux divisions de la gauche ayant émaillé les séances du conseil métropolitain, ces six dernières années. Alors, que faire ? Marc Baietto, Françoise Gerbier, Françoise Cloteau et Gérard Darcueil prônent « un retour à la raison » et le « respect de la volonté de la majorité des électeurs de la métropole ».

Guillaume Lissy « peut incarner la voie de l’apaisement »

La conclusion s’impose d’elle-même, selon eux : « Nous appelons les conseillers métropolitains à voter pour Guillaume Lissy, maire d’une commune de taille moyenne, conseiller métropolitain expérimenté, démocrate à l’écoute de tous : il peut incarner la voie de l’apaisement en tant qu’animateur d’un exécutif de gauche ouvert sur toutes les sensibilités du territoire. » On saura ce jeudi soir si leur vœu a été exaucé.

Cet article Métropole. D’ex-élus de gauche appellent « à la raison » et à voter pour Guillaume Lissy est apparu en premier sur Travailleur alpin.


END