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Le Travailleur Alpin

Journal de la Fédération de l'Isère du Parti Communiste Français

Publié le 01.11.2026 à 07:05

Travailleur Alpin

La pancarte était brandie par une manifestante quadragénaire, le 17 octobre, dans le cortège grenoblois. Le message ? « I love Gen Z ». Une déclaration d’amour à cette génération désignant les jeunes nés entre 1997 et 2012. On les disait en effet futiles, dépolitisés, individualistes, vissés non stop à leur smartphone ou à TikTok… Mais ces jeunes […]

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Publié le 01.11.2026 à 01:41

Manuel Pavard

C’était l’une des inconnues de cet acte III du mouvement des Gilets jaunes, lycéens, étudiants et travailleurs. Entre la répression policière — avec un cortège principal abondamment gazé le 24 octobre -, les peines de prison ferme prononcées pour les manifestants interpellés, le tour de vis de la préfecture (interdiction de manifester dans le centre-ville, couvre-feu) et les vacances scolaires et universitaires, toutes les conditions était réunies pour freiner la mobilisation. Il n’en a finalement rien été, avec encore une marée humaine déferlant dans les rues de Grenoble.

Étudiants et Gilets jaunes ont pris la tête de la manifestation. © Kevin Gazoufer

Selon les premières estimations, ce sont ainsi plus de 20 000 personnes qui ont été comptabilisées sur le parcours reliant la gare de Grenoble à l’anneau de vitesse. Un tracé (gare, avenue Alsace-Lorraine, cours Jean-Jaurès, boulevard Foch, avenue Albert-1er-de-Belgique, boulevard Clémenceau, anneau de vitesse) imposé par la préfecture et contournant le centre-ville dont tous les accès étaient barrés par d’imposants cordons de police. Ceci, officiellement afin d’éloigner « casseurs » et « pilleurs » des commerces de l’hyper-centre, pour ne pas revivre le chaos du 17 octobre.

« Les vrais casseurs, c’est eux »

« Les casseurs, ils n’ont que ce mot-là à la bouche », s’agacent Tina et Matéo, étudiants à l’UGA, qui défilent pour le troisième samedi consécutif, comme une grande partie des manifestants. « On ne justifie pas les pillages des petits commerçants, c’est sûr, mais pour le reste, c’est bien moins grave de casser des vitrines que de détruire l’éducation, la santé ou le social. Les vrais casseurs, c’est eux : le gouvernement et le Medef », lancent-ils en chœur.

De très nombreux slogans et pancartes faisaient référence aux violences policières, ici mis en parallèle avec les revendications initiales. © Kevin Gazoufer

Dominique, jeune retraité et « quasiment un demi-siècle de manif’ au compteur », évoque quant à lui l’évolution de la répression au fil des décennies. « Quand j’étais plus jeune, on parlait déjà de violences policières mais pour être honnête, ça n’avait rien à voir avec maintenant. Les flics n’avaient pas toutes ces armes de guerre et il y avait beaucoup moins de chances d’être blessé ou de se faire arrêter », souligne-t-il, pointant le nombre « démesuré » d’interpellations et gardes à vue depuis le début du mouvement lycéen.

De nombreux manifestant·es étaient déguisé·es. © Kevin Gazoufer

Des lycéens gazés et matraqués au cours des blocages du lycée Mounier aux étudiants molestés par des vigiles privés sur le campus, tous ont une histoire à raconter à ce sujet. Même les plus âgés dont beaucoup ont reçu leur dose de gaz lacrymogène lors de l’acte II, le 24 octobre. « Aujourd’hui, tu as beau manifester calmement, sur un parcours déclaré, sans sortir du cortège, tu n’es pas du tout à l’abri de te prendre une grosse salve de grenades lacrymo, comme samedi dernier quand ils ont tiré en plein milieu de la foule à Gustave-Rivet », s’indigne Dominique.

Chaude ambiance dans le cortège. © Manuel Pavard

Une stratégie policière qui a choqué les manifestants. Mais sans avoir l’effet escompté par les autorités. Car au lieu d’être découragées et tétanisées, bon nombre de personnes en sont ressorties encore plus déterminées. Et la morgue affichée aussi bien par Emmanuel Macron que par ses ministres — à l’image de Laurent Nuñez face à la délégation lycéenne et étudiante — a fait le reste.

Cap vers le 5 novembre

Après un début de manifestation dynamique et assez bon enfant, la tension est montée progressivement à l’approche de la place Gustave-Rivet, là où les choses s’étaient envenimées le samedi précédent. Et là encore, ça n’a pas tardé. À l’issue d’un bref face-à-face entre jeunes et policiers, ces derniers ont noyé la place sous un déluge de grenades lacrymogènes, gazant de nouveau le cortège à l’aveugle. Les dégâts ont été heureusement un peu plus limités, cette fois, pour la majorité des manifestants qui ont pu reprendre leur chemin, les yeux rougis, en direction du boulevard Clémenceau.

Les street médics n’ont, une nouvelle fois, pas manqué de travail. © Kevin Gazoufer

À l’arrivée, l’anneau de vitesse s’est rempli sans discontinuer au fil des minutes. Sur place, une ambiance festive avec des manifestants dansant au rythme de la techno sortant des enceintes d’un sound-system mobile, tandis que d’autres entonnaient les tubes du mouvement social. Le fameux « Siamo tutti antifascisti » ou le plus récent et potache « On fait caca sur Bardella, pipi sur les nazis (…) », chant inventé par de jeunes manifestantes anti-RN, le 24 octobre, à Orléans, et devenu totalement viral en quelques jours.

L’anneau de vitesse s’est rempli à la vitesse grand V, au fil de l’arrivée des manifestants. © Kevin Gazoufer

Non loin de là, l’atmosphère était tout autre. Plusieurs centaines de militants autonomes et de jeunes cagoulés ont ainsi affronté les policiers, les tirs de mortiers d’artifice répliquant aux grenades lacrymogènes et assourdissantes. Un manège qui s’est ensuite déplacé jusqu’au parc Paul-Mistral où les CRS ont chargé à plusieurs reprises les manifestants, avant d’évacuer sans ménagements les nombreuses personnes encore présentes sur l’anneau de vitesse.

Une demande de justice sociale omniprésente. © Kevin Gazoufer

Déterminés et galvanisés, les manifestants avaient déjà les yeux rivés vers la semaine prochaine. Avec plusieurs dates à retenir. D’abord la journée nationale de mobilisation des lycéens et étudiants, mardi 3 novembre — avec notamment un appel à une assemblée générale interprofessionnelle lancé par l’AG étudiante de l’UGA. Puis le plat de résistance de cette séquence sociale, jeudi 5 novembre, avec la grande journée de grève et de manifestation intersyndicale, marquée par un appel à la grève générale. Et enfin, rebelote samedi 7 novembre, pour l’acte IV des jeunes et des Gilets jaunes.

Une manifestation qui coïncidait avec Halloween. © Kevin Gazoufer
Les policiers interviennent dans le parc Paul-Mistral à la fin de la manifestation. © Kevin Gazoufer

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Publié le 31.10.2026 à 15:28

Pierre-Jean Crespeau

C’est dans le cadre du mois d’action contre l’armement d’Israël initié par l’Association France Palestine solidarité (AFPS), Boycott désinvestissement sanctions (BDS), Stop Arming Israël, Urgence Palestine et plus de soixante organisations, que la CGT STMicroelectronics a pris l’initiative de planter un olivier, vendredi 30 octobre, sur le terre-plein du rond-point situé devant l’entrée principale du site de l’entreprise à Crolles.

Un olivier pour la paix en Palestine.

Au-delà du geste symbolique, le syndicat demande la suspension immédiate de toute collaboration de STMicro avec les entreprises du secteur de la défense israélienne, y compris hors armement, tant qu’il n’y aura pas de cessez-le-feu effectif, et que les droits des Palestinien-nes ne seront pas respectés. Il demande aussi de rendre public, et notamment de communiquer au comité social et économique central (CSEC) et aux CSE locaux, l’ensemble des partenariats avec des entités israéliennes. Enfin la CGT demande de la transparence vis-à-vis des représentants du personnel et un engagement formel de l’entreprise à ne plus travailler avec des intermédiaires commerciaux qui permettent à des États criminels de se procurer des composants STMicroelectronics, de contourner les embargos et de tuer impunément des civils.

Après la lecture par Alice (CGT) d’un texte poignant de Ziad Medoukh, écrivain et poète palestinien, c’est Nadia Salhi, déléguée syndicale, qui a pris la parole pour expliquer l’initiative.

Nadia Salhi, déléguée syndicale centrale CGT STMicroelectronics.

Le micro a ensuite circulé pour BDS France, Urgence Palestine et l’Assemblée générale anti-militariste et anti-impérialiste. Notons aussi les présences d’Isère Palestine, Stop Micro, de l’union locale CGT, du NPA, et du PCF

Une quarantaine de personnes étaient présentes ; des klaxons de soutien de la part de véhicules personnels ou professionnels, de bus, camions… et des encouragements chaleureux


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Publié le 30.10.2026 à 20:54

Luc Renaud

Les élus membres de la commission des finances de la ville de Grenoble se sont réunis le 28 octobre pour désigner le vice-président de la commission – qui fait fonction de président, le titre étant légalement détenu par la maire. En mai dernier, c’est Allan Brunon, président du groupe LFI au conseil municipal, qui avait été désigné à ce poste. Une nouvelle élection était rendue nécessaire par le passage de quatre à cinq commissions décidé par le conseil municipal le 6 octobre dernier.

Lors de l’élection de ce 28 octobre, les élus de la liste de Laurence Ruffin ont fait le choix de voter pour un candidat du groupe d’opposition le plus nombreux, le groupe LFI, conformément aux engagements pris. Mais leurs suffrages ne se sont pas portés sur Allan Brunon : un premier tour de scrutin a désigné le Lfiste Bastien Castillo, qui a aussitôt démissionné ; un second tour son collègue de groupe Khemisti Boubeker, qui a pris la même décision.

C’est donc Abdelwaheb Kismoune, premier adjoint, qui assumera cette fonction de vice-président, « de manière transitoire, pour assurer le fonctionnement de l’institution », précise Laurence Ruffin dans une déclaration qui a suivi la réunion.

« Violence physique et verbale »

Les co-présidents du groupe de gauche majoritaire « Oui Grenoble », Isabelle Peters et Vincent Berlandis, explicitent le choix de confier cette vice-présidence à un élu LFI qui ne soit pas Allan Brunon. « Nous regrettons les diverses provocations portées par Allan Brunon lors de la séance. Nous n’en sommes toutefois pas étonné-es. […] Ce dernier n’aura construit, jusqu’à ce jour, que sur les pierres de la violence physique et verbale », écrivent-ils dans une déclaration remise à la presse. On se souvient notamment de la réunion du 29 septembre du conseil municipal qui avait donné lieu à des heurts entre les élus LFI et la police municipale.

« Ruffin exécute »

Isabelle Peters et Vincent Berlandis se déclarent « convaincus que LFI a toute sa place au sein de la gauche grenobloise » et espèrent « qu’un véritable travail constructif puisse enfin voir le jour avec son groupe d’opposition ». De son côté, Allan Brunon a fait diffuser sur les réseaux sociaux un visuel sur lequel on peut lire : « La droite et l’extrême droite demandent : Ruffin exécute. (Encore !) La présidence de la commission des finances retirée à la France insoumise. »

Pas certain que les conditions d’un dialogue constructif entre la gauche grenobloise et la France insoumise soient encore tout à fait réunies.

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Publié le 29.10.2026 à 21:14

Manuel Pavard

« Nos organisations ont eu connaissance de violences inadmissibles commises sur des étudiant·es et des agent·es de l’UGA par les vigiles privés recrutés par l’UGA pour empêcher le blocage des bâtiments. » Ces mots ouvrent la lettre ouverte adressée vendredi 23 octobre, par l’intersyndicale de l’Université Grenoble Alpes (CGT Université de Grenoble, Coordination étudiante Grenoble — ex-UEG -, FSU, Solidaires Étudiant·e·s, Sud Éducation, Sud Recherche, UNEF), au président et à la directrice des services. Si les syndicats ont décidé d’interpeller la direction, c’est parce que les faits mettant en cause ces mystérieux agents de sécurité se répètent dangereusement.

Cortège étudiant à la manifestation du 13 octobre, à Grenoble.

Le dernier en date s’est produit la veille de l’envoi du courrier. Jeudi 22 octobre, journée de mobilisation nationale, les étudiants et personnels en lutte appelaient ainsi à se rassembler dès 9 heures devant la Maison du doctorat Jean-Kuntzmann, où se tenait le conseil d’administration de l’UGA. « Une dizaine de vigiles menaçants sont arrivés devant le bâtiment, avec des masques ou cache-nez et des bonnets », narre Samira Saïdoune, co-secrétaire du syndicat CGT Université de Grenoble, qui les voit « partout » sur le campus.

Des vigiles engagés pour « casser les blocages »

Depuis quand sont-ils présents sur le domaine universitaire, à Saint-Martin-d’Hères ? Dans quelles conditions ? Pour quel objectif ? Autant de questions aux réponses très incertaines. « Cela fait au moins deux semaines que l’UGA a embauché des vigiles privés », estime la représentante CGT [NDLR : propos tenus le 23 octobre]. « Mais je ne pense pas que leur recrutement soit passé par le conseil d’administration », ajoute-t-elle, soulignant qu’on « ne connaît pas leurs instructions ».

Selon la plupart des témoins, ces vigiles — une bonne vingtaine au total — seraient arrivés dans les jours suivant les premiers blocages organisés par les étudiants, qui ont rejoint à partir du 6 octobre le mouvement initié par les lycéens. « Au départ, les gardes du campus — qui, eux, travaillent ici toute l’année — étaient aussi mobilisés et de notre côté, ils passaient discuter avec nous près des bâtiments bloqués. Du coup, le président de l’UGA a pris la décision de faire appel à une société de sécurité privée », explique un étudiant en histoire, co-administrateur du nouveau compte Instagram violences_uga, dédié aux agissements de ces vigiles.

Les vigiles sont arrivés sur le campus après les premiers blocages de bâtiments par les étudiants (ici le 8 octobre).

Leur rôle ? « La présidence les a engagés pour casser les blocages et donc les grèves étudiantes », affirme-t-il. « Sur les bâtiments comme Simone-Veil, Michel-Dubois, les Alpilles, on nous les envoie à chaque fois. » Des vigiles décrits comme « violents » et qui, systématiquement, « cachent leur numéro d’identification », poursuit l’étudiant. « Beaucoup sont cagoulés, on ne voit que leurs yeux. Et en général, ce sont justement les plus violents, ceux qui ont frappé des étudiants. »

« Le vigile a mis une énorme claque à un étudiant ! Et une amie qui a essayé de le défendre a reçu des coups. »

Sur le campus, ces individus n’ont ainsi pas tardé à se faire remarquer. Le 9 octobre, lors d’une tournée des services, dans le cadre de la campagne pour les élections professionnelles, « deux militants CGT en chasuble se sont vu refuser l’accès à un bâtiment bien qu’ils aient montré leur carte professionnelle », s’indigne Samira Saïdoune. Ses deux camarades ont alors commencé à filmer les vigiles qui, en retour, « ont menacé de leur mettre des claques ».

Samira Saïdoune, co-secrétaire du syndicat CGT Université de Grenoble.

Apprenant que des étudiants avaient eux aussi subi des violences verbales et/ou physiques de la part des mêmes personnes, la CGT a appelé les victimes et témoins à fournir des vidéos et photos, pour rassembler le maximum de preuves. « Une enseignante-chercheuse nous a contactés », relate Samira Saïdoune. « Le 16 octobre, à la fin de l’assemblée générale de son UFR, dans le bâtiment Michel-Dubois, une dizaine d’agents de sécurité cagoulés et masqués sont venus sur les lieux. » L’un d’eux s’est approché de la chercheuse, lui glissant cette menace : « Je pourrai revenir vous voir en civil dans quelques jours pour régler ça. »

Une vidéo accablante

Un autre exemple a été filmé par un témoin. La vidéo [que nous avons pu visionner et authentifier] est particulièrement accablante. L’étudiant en histoire était présent : « On bloquait le bâtiment Veil et au moment où j’arrive, il y avait trois personnes qu’on ne connaissait pas, dont un agent de sécurité qui criait et insultait un étudiant tenant une barrière », raconte-t-il. « On a alors commencé à filmer mais ils ont voulu prendre nos téléphones. À ce moment-là, le même vigile a mis une énorme claque à un étudiant ! Et une amie qui a essayé de le défendre a reçu des coups. »

Capture d’écran d’une vidéo (images malheureusement de mauvaise qualité) montrant le coup donné par un vigile privé à un étudiant, lors d’un blocage sur le campus. DR

Des faits malheureusement pas si isolés, selon l’étudiant, qui nous montre également une photo d’un de ses camarades au visage tuméfié : « Ils l’ont poussé très violemment contre une barrière en fer, lors d’un blocage des Alpilles. » En voyant les différentes images, la CGT a aussitôt fait remonter l’information à la direction du département qui l’a elle-même transmise à la présidence. « On a montré la vidéo avec le coup à la directrice des services », indique Samira Saïdoune. Pour l’instant, sans résultats.

« Il faut qu’ils arrêtent avec ces vigiles incontrôlables »

« Il faut qu’ils arrêtent avec ces vigiles incontrôlables », s’exclame la responsable syndicale, qui ne cache pas son inquiétude pour la suite de la mobilisation. « Plus le temps passe, plus ils sont violents », abonde l’étudiant. Pourtant, assure-t-il, « on essaye d’être diplomates, de parler avec eux ».

Jonction des cortèges étudiants et lycéens, le 15 octobre, à Saint-Martin-d’Hères.

Dans sa lettre ouverte, l’intersyndicale exige donc « l’arrêt immédiat de toute violence et répression contre la mobilisation étudiante et les formes qu’elle se choisira » ainsi que « l’abandon du recours à des vigiles privés et le report des sommes dépensées pour améliorer les conditions de travail et d’études à l’université ». En attendant, les syndicats réclament aussi à très court terme « la transmission par écrit aux organisations syndicales et étudiantes du cahier des charges et des consignes transmises aux vigiles ou aux prestataires qui les emploient ».

Un fonctionnement « hyper vertical et autoritaire »

L’étudiant en histoire précise de son côté « en avoir parlé pendant une AG à la direction de l’UFR ARSH (arts et sciences humaines). Je n’ai eu aucun retour », déplore-t-il. Vivement interpellé par les manifestants, le 22 octobre, devant la Maison du doctorat, Yassine Lakhnech, président de l’Université Grenoble Alpes, a quant à lui promis : « Concernant ce que vous dites sur les aspects vigiles et sécurité, on va enquêter, on va voir ce qu’il en est. » Sans plus de précisions.

Drapeau de la CGT FERC Sup dans le cortège parti du campus, le 13 octobre.

Sa réponse est loin d’avoir convaincu la CGT qui dénonce depuis longtemps, comme la quasi-totalité des syndicats de l’UGA, le fonctionnement « hyper vertical et autoritaire » de la présidence. Et notamment de Yassine Lakhnech avec lequel les relations sont notoirement exécrables. « Le vice-président à la formation a démissionné, on n’a plus non plus de vice-président·e aux relations internationales ni à l’égalité — le poste n’est pas pourvu -, une autre responsable est en burn-out », égrène Samira Saïdoune. « En fait, tout est catastrophique, ce qui fait écho à nos revendications sur les baisses de budget et les suppressions de postes. »

Contactée, la présidence de l’Université Grenoble Alpes n’avait pu être jointe au moment de la publication de cet article.

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Publié le 29.10.2026 à 21:13

Manuel Pavard

Un curieux sentiment de déjà-vu. En fêtant la fin de l’occupation du siège de la Métropole de Grenoble, fin septembre, les militants associatifs ayant accompagné les familles relogées savouraient cette victoire mais sans verser dans l’euphorie. Tous conscients que les 150 anciens occupants de la Métro n’étaient malheureusement qu’une goutte d’eau dans l’océan du mal-logement. Ce qu’ils n’avaient pas prévu en revanche, c’est de revivre une situation aussi similaire.

Des militants du DAL, de RESF et de l’intersyndicale enfants migrants se sont rassemblés, aux côtés d’ex-occupants de la Métro, le 28 octobre, devant le siège social d’Actis, à la Villeneuve.

Rassemblés ce mercredi 28 octobre devant le siège social d’Actis, les représentants du DAL 38, de la FCPE Isère, de l’Intersyndicale enfants migrants à l’école (FSU, CGT éduc’action, CNT éducation, SUD éducation) et de RESF 38 expliquent avoir été alertés, il y a quelques semaines, d’une série d’expulsions à venir, à partir du 2 novembre, dans l’ensemble du quartier de la Villeneuve, à la galerie de l’Arlequin comme sur la place des Géants.

Les 150 occupants du siège de la Métropole ont mené une lutte de dix mois avant d’être relogés.

À leur grande « surprise », ils découvrent que, parmi les quarante-cinq logements concernés, figurent notamment « les mêmes appartements que ceux dont ont été expulsés, l’an dernier, tout au long du mois de novembre 2025, une partie des anciens occupants du siège de la Métropole », indique au micro Manon, militante du DAL. C’est après avoir été mis à la rue que de nombreux livreurs à vélo avaient investi avec leurs familles le bâtiment de la place André-Malraux, le 19 novembre 2025, donnant le coup d’envoi d’une lutte de dix mois.

Les logements auraient dû être remis en location

À l’époque pourtant, le bailleur social Actis justifiait ces expulsions par la nécessité de remettre en location des logements que s’étaient accaparés des marchands de sommeil. Or, un an après, rien n’a été fait et ces mêmes appartements étaient occupés par des familles précaires payant un loyer à des faux propriétaires et vrais escrocs. Parmi elles, on retrouve notamment les familles évacuées, le 21 juillet, du squat Léon-Blum, à Grenoble.

« Aucune solution n’avait alors été proposée aux douze enfants et dix-neuf adultes — dont des femmes enceintes et des personnes en situation de handicap — qui y vivaient, contrairement à l’obligation qui incombe à l’État de mettre à l’abri toute personne qui en a le besoin. Elles n’ont alors eu d’autre choix que de s’en remettre aux marchands de sommeil pour ne pas rester à la rue », déplorent les associations.

Manon, militante du DAL 38, lit le communiqué commun des différentes organisations, devant deux pères de famille victimes d’expulsion.

L’année dernière, « on avait bien compris que c’était impératif pour Actis d’expulser ces logements puisqu’ils devaient être mis en location », ironise Manon. Mais « aujourd’hui, on voit que ce n’est pas le cas », ajoute-t-elle. Le choix, ou plutôt le non-choix du bailleur social, interpelle. « Manque de moyens ? Manque d’envie ? » : la militante du DAL 38 est indécise. Présents au rassemblement, les élus municipaux LFI Khemisti Boubeker et Robinson Rossi n’hésitent pas à tacler Actis, avouant ne pas comprendre « pourquoi ces appartements n’ont pas été rénovés et remis à la location ».

Des familles « triplement victimes »

Venu apporter son soutien, Amadou, ex-occupant de la Métro et membre du syndicat CGT des livreurs à vélo, met quant à lui en garde les familles vivant actuellement dans ces logements de la Villeneuve. « Il y a des personnes qui vont être mises dehors mais on sait déjà qu’il n’y aura pas de solutions d’hébergement pour ces gens-là », prévient-il. Chat échaudé craint l’eau froide en effet. Amadou se souvient que même la « présence de femmes enceintes et d’enfants en bas âge » n’avait pas suffi à convaincre les services préfectoraux et départementaux.

Amadou, ex-occupant de la Métro et livreur à vélo, le jour du départ du bâtiment, le 22 septembre dernier.

« Nous savons qu’il est peu probable, cette fois encore, que des solutions de relogement soient proposées aux occupants des logements concernés », confirme Manon, qui dénonce la triple peine infligée à toutes ces familles précaires. Celles-ci sont ainsi « victimes des manquements de l’État face à la loi qui doit garantir un hébergement à toute personne sans-abri ; victimes des marchands de sommeil ; victimes des procédures d’expulsion engagées par le bailleur, facilitées par la loi Kasbarian anti-squat ».

Une quinzaine d’écoliers du quartier vivent dans ces logements

Expulser ces personnes aura par ailleurs de lourdes conséquences sur leurs démarches et accompagnements en cours, en matière d’accès aux soins, à leurs droits… Ou à l’éducation pour les enfants, scolarisés pour certains dans les écoles du quartier. « À ce jour, plus d’une quinzaine d’enfants de nos écoles vivraient dans des logements susceptibles d’être concernés », précisent ainsi deux enseignants du quartier, lisant une lettre ouverte signée par 120 membres des équipes éducatives et des personnels des écoles de la Villeneuve, du collège Lucie-Aubrac et de l’école Jean-Racine.

« En tant que professionnels, nous sommes particulièrement préoccupés car nous connaissons les graves conséquences sur nos élèves de cette précarité », poursuivent-ils. D’où leur demande de « suspendre les opérations d’expulsion annoncées le temps qu’un examen des situations familiales soit réalisé et que des solutions adaptées soient recherchées ».

« J’ai payé 3000 euros à un faux propriétaire »

Dans un tel contexte, les associations et collectifs réaffirment leur incompréhension, se demandant « pourquoi ces expulsions sont menées chaque année si elles ne permettent jamais de rendre ces logements au parcours locatif classique ». Le phénomène n’est en outre pas circonscrit à la Villeneuve et Actis. Illustration avec Ali, père de famille avec trois enfants — dont un en situation de handicap — qui a reçu un avis d’expulsion de son logement géré par le bailleur Alpes Isère Habitat (AIH), à Saint-Martin-d’Hères. « Je me suis fait arnaquer par un faux propriétaire », se désole-t-il. « J’ai payé 3000 euros et il a disparu ensuite. »

Les anciens occupants du siège de la Métropole et leurs soutiens se sont retrouvés devant Actis, un an après le début de leur combat commun.

« Tandis que les logements sociaux vides sont laissés à la merci des marchands de sommeil et que les bâtiments vides et réquisitionnables se comptent par milliers, les remises à la rue s’enchaînent et le nombre de personnes sans toit ne cesse d’augmenter », s’insurgent les associations, qui pointent également la pénurie de places d’hébergement proposées par l’État.

« On se tient prêt à agir si la réponse des pouvoirs publics n’est pas à la hauteur. »

Au vu de la situation, pourrait-on revivre une nouvelle occupation massive d’un bâtiment institutionnel, comme avec le siège de la Métropole ? Personne ne le souhaite et tout le monde espère encore trouver une autre issue. Mais la balle n’est pas dans leur camp, souligne Raphaël, militant du DAL. « On se tient prêt à agir si la réponse des pouvoirs publics n’est pas à la hauteur », lâche-t-il en guise d’avertissement. Tout en rappelant que ce sont les familles qui décideront de la forme que prend la lutte.

Pleinement mobilisés, le DAL, l’intersyndicale enfants migrants, la FCPE et RESF rappellent leurs revendications : la fin des expulsions sans relogements décents et adaptés pour chaque personne concernée, la baisse des loyers dans le privé et le social, la création des places d’hébergement décentes et adaptées, la réquisition des logements et bâtiments vacants dans la métropole grenobloise, la régularisation de toutes les personnes sans-papiers qui vivent ici, travaillent ici, étudient ici.

Le siège social d’Actis est situé à quelques encablures de la place des Géants où sont situés une partie des logements menacés d’expulsion.

Le DAL 38 a également saisi la Défenseure des droits, le procureur de la République, la préfète de l’Isère, et écrit à la mairie de Grenoble, à la Métropole, et à Actis. L’association espère maintenant un retour rapide… Car le 2 novembre arrive dans quelques jours.

Cet article Grenoble. Un an après, expulsions prévues dans les mêmes logements à la Villeneuve est apparu en premier sur Travailleur alpin.


Publié le 28.10.2026 à 19:22

Manuel Pavard

« Refusons que la haine raciste fasse la loi dans notre pays ! » C’est un cri du cœur que lance la section de Grenoble du PCF ce mardi 27 octobre, dans un communiqué, quelques jours après l’attentat raciste commis par Kevin T., qui a ouvert le feu sur plusieurs personnes, vendredi 23 octobre, à Trappes et à La Verrière, dans les Yvelines. Un homme de 26 ans, Pengo Bossio Wangi, assassiné, cinq blessés, dont une enfant de 12 ans très grièvement… Le bilan est lourd et le choc immense.

Au lendemain de l’hommage rendu par des habitants, sur le parvis de la MC2, à l’initiative d’organisations antiracistes et d’associations des quartiers populaires, les communistes grenoblois ont eux aussi tenu à réagir. Car « la gravité de ces actes nous oblige », soulignent-ils. Et d’évoquer le contexte actuel marqué par la banalisation des paroles racistes. Un moment où « les préjugés et les discours de haine se multiplient de la part de l’extrême droite et de la droite extrême ».

Plus d’un millier de Grenoblois et Grenobloises sont venus rendre un hommage poignant aux victimes de l’attentat. © Édouard Schoene

Derrière l’assassin, les responsables ne manquent pas en effet. « La classe des privilégiés impose dans le débat public via leurs médias des discours de haine et désigne des boucs émissaires », dénonce ainsi le PCF Grenoble, qui met en garde : « Restons unis face à ceux qui cherchent à nous diviser. »

« Personne, absolument personne, ne doit avoir peur de sortir dans la rue, d’aller travailler ou d’accompagner ses enfants à l’école en raison de sa couleur de peau, de son origine ou de sa religion. »

L’occasion également de rappeler une évidence. « Personne, absolument personne, ne doit avoir peur de sortir dans la rue, d’aller travailler ou d’accompagner ses enfants à l’école en raison de sa couleur de peau, de son origine ou de sa religion », martèlent les communistes. « Quelles que soient nos origines, battons nous pour une société où chacune et chacun puisse vivre dignement. »

Le PCF Grenoble réitère donc son appel à l’unité. Il « se tient aux côtés de toutes les associations qui luttent et qui s’engagent contre le racisme, l’antisémitisme et l’islamophobie. Avec elles, les syndicats, les forces politiques et les habitantes et habitants, nous appelons à élargir la mobilisation, en solidarité avec les victimes de Trappes et de La Verrière », conclut la section.

Rassemblements le 30 octobre devant les mairies de Grenoble et Échirolles

Répondant à l’appel des maires de Trappes et La Verrière, les villes de Grenoble et Échirolles rendront toutes deux hommage aux victimes de l’attentat raciste ce vendredi 30 octobre. Les deux municipalités invitent les habitants et habitantes à se rassembler devant leurs mairies respectives. À Grenoble, cela se déroulera à 12h30 sur le parvis de l’hôtel de ville, côté parc Paul-Mistral. Et à Échirolles, rendez-vous à 18 heures, là aussi sur le parvis de l’hôtel de ville, au 1 place des Cinq Fontaines.

Cet article Attentat de Trappes. Contre la « haine raciste », le PCF Grenoble appelle à l’unité est apparu en premier sur Travailleur alpin.


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