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Le Travailleur Alpin

Journal de la Fédération de l'Isère du Parti Communiste Français

Publié le 28.01.2026 à 19:14

Luc Renaud

« Notre programme fera vingt pages », s’excuse David Queiros. Beaucoup de choses à dire… Ce dont ne se plaindront pas les militants réunis ce 24 janvier pour inaugurer le local de campagne de la liste de gauche conduite par David Queiros pour l’élection municipale des 15 et 22 mars prochains.

Beaucoup de choses à dire, en effet. Sur un bilan qui va de la réalisation de Neyrpic, pôle de vie qui s’insère dans une ambition plus large, celle de la requalification de l’entrée Nord-Est de l’agglomération grenobloise, autour de l’avenue Gabriel Péri et de sa mutation en boulevard urbain. Désormais, on s’y arrête, on ne fait plus qu’y passer. C’est aussi la rénovation urbaine à l’œuvre au Sud de la ville, avec les opérations conduites à Champberton et à Renaudie qui améliorent concrètement le quotidien des habitants.

La salle avait fait le plein.

David Queiros se félicitait également de « la préservation du poumon vert de la commune, la colline du Murier, que les maires et les équipes qui se sont succédées à la direction de la commune ont depuis très longtemps su préserver ». Et David Queiros de rappeler que le premier plan climat de Saint-Martin‑d’Hères date de 2006 ou encore que la consommation d’énergie de la ville a baissé de 30 % ces dernières années. Un bilan riche dans d’autres domaines de celui de la gratuité des bibliothèques et des bons sport disponibles pour les familles modestes, par exemple.

David Queiros prenait ainsi la parole devant plus d’une centaine de militants qui peinaient à prendre place dans le local de campagne désormais ouvert au 143 avenue Ambroise Croizat. Militants communistes, socialistes, membres de la France insoumise, élus parmi lesquels Françoise Gerbier, conseillère départementale, représentant d’associations, directeurs d’école… à l’image du rassemblement qui se construit autour d’un projet.

Neyrpic et le tram D

Car ce bilan de mandat ne réduit pas les ambitions de la ville pour les années qui viennent. « Ensemble, allons encore plus loin », lance David Queiros. Il cite la poursuite de la requalification de l’avenue Gabriel Péri, mais aussi la prolongation du tram D vers Grand’place « offrant une alternative véritable à la rocade » après celle obtenue vers le CHU et la gare, ou le développement de la maison de quartier Louis Aragon… « Notre ambition, c’est toujours et davantage une ville pour tous ».

Les militants se sont attardés pour prendre un verre et partager quelques pizzas.

Ce qui n’a rien d’évident dans le contexte de l’asphyxie programmé des collectivités locales par l’État et des politique ultralibérales que dénonçait David Queiros qui ajoutait que la lutte contre l’extrême droite qui pèse de tout son poids pour défendre les grandes fortunes contre les droits des travailleurs est plus que jamais un impératif. « Nous refusons le populisme et la démagogie. »

Dans une ville dont la solidarité est un ADN, David Queiros ne pouvait manquer de souligner le drame que vit le peuple palestinien, de dénoncer la répression qui s’abat sur les Iraniens, et les dangers pour la paix que fait courir l’impérialisme américain.

Il ne reste que six semaines avant le premier tour de l’élection municipal. « Notre ville compte 19000 foyers, autant de portes auxquelles il faut frapper pour convaincre d’aller voter le 15 mars, et convaincre que Saint-Martin‑d’Hères peut continuer à aller de l’avant ! »

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Publié le 28.01.2026 à 16:07

Manuel Pavard

Un « moment de bascule ». L’expression, employée dans un document interne présentant le projet (en construction) de la liste de Laurence Ruffin, s’applique parfaitement à la période actuelle. Au niveau local déjà avec la fin d’une ère de douze ans à Grenoble. Devenu en 2014 le premier maire écologiste d’une grande ville française, Éric Piolle l’avait […]

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Publié le 28.01.2026 à 15:35

Luc Renaud

C’était le 12 juillet 2022. Emmanuel Macron débarque à Crolles, près de Grenoble, sur le site de STMicroelectronics. On allait voir ce qu’on allait voir. Un investissement annoncé à 5,7 puis 5,9 milliards d’euros – estimé aujourd’hui à 7,5 milliards. Projet conduit en partenariat avec une multinationale américaine à capitaux émiratis, GlobalFoundries et bénéficiant de 2,9 milliards de subventions publiques.

Trois ans et quelques plus tard… il ne s’est rien passé ou presque. « GlobalFoundries, on les a vu une fois, avec Macron, depuis, plus rien », témoigne Nadia Salhi, déléguée centrale syndicale CGT et ingénieure en recherche et développement. Mieux encore, l’accord devait entraîner la création de mille emplois en France chez STMicroelectronics et, en 2025, l’entreprise annonçait la suppression de mille postes en France, deux mille huit cents dans le monde. En ajoutant les démissions et les départs naturels, ce sont près de 5 000 personnes qui pourraient quitter l’entreprise en trois ans – 10 % des effectifs – a précisé le 4 juin Jean-Marc Chéry, le président du directoire de STMicroelectronics.

Un trou dans la R&D

Comment comprendre un tel bilan ? Les résultats économiques de STMicroelectronics se sont dégradés au cours de ces dernières années. Un chiffre d’affaires en baisse de 23,2 % en 2024 et de 15 % au cours des neuf premiers mois de 2025. Des résultats financiers qui suivent : sa marge d’exploitation n’est plus que de 12,6 % en 2024, contre autour de 25 % les deux années précédentes.

La conséquence de plusieurs facteurs. STMicroelectronics excelle dans les technologies matures – microcontrôleurs, électronique de puissance – notamment utilisées par l’industrie automobile, pour la motorisation électrique plus particulièrement. Un marché qui connaît des difficultés et doit faire face à la concurrence chinoise. Mais c’est aussi le fruit de choix stratégiques. « Après la covid, ST et Soitec ont levé le pied sur la R&D pour produire du cash ; c’est ce que nous payons aujourd’hui », constate Fabrice Lallement, délégué CGT à Soitec et représentant du syndicat au sein du comité stratégique de filière dédié à la microélectronique.

La lenteur avec lequel se met en place le projet dit « Crolles 300 » – un procédé de production de semi-conducteurs plus efficient que le précédent –, celui-là même qui devait se développer en partenariat avec GlobalFoundries. n’est pas faite pour arranger les choses. D’autant que l’arrêt, à Crolles, de la production sur des plaques de 200 mm est prévu pour l’année prochaine tandis que la délocalisation à Singapour de productions auparavant issues de l’usine de Tours pourrait entraîner la suppression de quatre cents emplois.

Aides publiques et dividendes

Ces décisions s’accompagnent pourtant du versement de fonds publics… et de dividendes. En 2023, l’entreprise a ainsi bénéficié de 487 millions d’euros d’aides, dont 331 millions de subventions, 122 millions de crédit d’impôt recherche et 34 millions d’allègements de cotisations sociales. Chiffres à rapprocher des 100 000 euros réglés au titre de l’impôt sur les sociétés – son siège est en Hollande, ce qui lui permet aussi d’éviter la présence de salariés dans son conseil d’administration –, des 212 millions de dividendes versés et des 228 millions consacrés à des rachats d’actions (chiffres issus de la commission d’enquête du Sénat sur l’emploi des fonds publics).

Fabrice Lallement, délégué CGT à Soitec.

Comment faire face à ce qui ressemble à une spirale du déclin dans un monde où la guerre économique devient la règle ?

« La filière européenne ne manque pas d’atouts, souligne Fabrice Lallement, pour peu qu’une volonté politique se manifeste. » Rompre avec le dogme de la concurrence pour faire le choix de la coopération, somme toute.

Un rapport taïwanais en phase avec les propositions de la CGT

Aujourd’hui, ST Microelectronics travaille avec une entreprise chinoise pour développer la technologie des puces sur carbure de silicium et Infineon, groupe allemand comparable à STMicro, avec une entreprise japonaise sur l’encapsulage – qui elle-même a des accords de partenariat en Chine. « Ce qui serait moins naïf, explique Fabrice Lallement, serait de conditionner les aides européennes à des coopérations entre industriels européens ; STMicroelectronics, Soitec, Infineon, ASML… en associant la sous-traitance. »

Un rapport produit l’été dernier par un institut de recherche lié au gouvernement taïwanais ne dit pas autre chose. « Les efforts du gouvernement central chinois en faveur de la consolidation et de l’intégration verticale, peut-on lire dans ses conclusions, montrent comment les entreprises et les gouvernements non chinois pourraient réagir de manière appropriée. Et, plus loin, avec une préoccupation géopolitique fort éloignée de l’Europe : « Une planification gérée des capacités et une R&D conjointe entre des entreprises non chinoises […]seront essentielles pour permettre aux États-Unis et à leurs alliés de résister au défi chinois dans le domaine des semi-conducteurs. »

Les opportunités de la sobriété

Pour la CGT, la sobriété est une autre piste à explorer. « L’industrie européenne est décrochée dans le domaine des nœuds ultimes, sous les 5 nanomètres, note Fabrice Lallement, mais des alternatives à la course à la gravure existent, notamment grâce à la techno FD-SOI ». Le syndicaliste évoque ici les possibilités de la conception des puces plutôt que de la course au calcul. Des puces moins gourmandes en énergie, des capacités de calcul accrues dans les machines utilisateurs, plutôt que des va-et-vient de données via internet entre machines et centres de stockage. Une stratégie industrielle coordonnée sur l’ensemble de la filière constituant une alternative aux conceptions américaines réclamant toujours davantage de ressources minières, d’énergie et de capacités de stockage. Autres pistes, les possibilités ouvertes par la recherche européenne, sur les mémoires à changement de phase, par exemple.

Au total, la France et l’Europe devraient « définir les domaines clés sur lesquels l’Europe a besoin de renforcer sa compétitivité et sa souveraineté – composants numériques avancés, mais aussi et surtout systèmes et softwares, hébergement des données, intelligence artificielle, robotique et demain l’informatique quantique… – et conditionner les aides aux investissements à ces priorités stratégiques », conclut Fabrice Lallement.

STMicroelectronics

STMicroelectronics compte cinq sites de production et de recherche développement en France à Crolles, Grenoble, Tours et Rennes ainsi que deux sites en Italie, à Agrate Brianza (Lombardie), l’autre à Catane (Sicile). À l’extérieur des frontières européennes, ST est implantée en Chine, Malaisie et Singapour… pour les plus grosses structures.

L’industriel emploie environ 50 000 personnes dans le monde, dont 11 500 en France. En Italie, il compte 12 700 salariés dans ses deux usines.

La gouvernance, inchangée depuis la création de SGS-Thomson, garantit la parité entre la France et l’Italie. Cotée en Bourse, à Paris et à Milan, STMicroelectronics est détenue à 27,5 % par une holding contrôlée à 50–50 par Paris (par BPI France) et Rome (par le ministère des Finances). Le reste de l’actionnariat est détenu par des petits porteurs.

16

milliards de dollars

c’est le montant prévu des investissements de GlobalFoundries aux États-Unis. De fait, toujours aux abonnés absents à Crolles, GlobalFoudries n’a pourtant pas disparu. En octobre 2025, la société américaine à capitaux émiratis annonçait un investissement de 1,1 milliards d’euros en Allemagne, à Dresde, pour accroître les capacités de production de son usine de semi-conducteurs dits matures – des gravures supérieures à 28 nm. Le tout dans un programme d’investissement global de 16 milliards de dollars, indiquait l’agence de presse Reuters en juin 2025. La dépêche de l’agence apportait cette précision : « L’entreprise collabore avec l’administration Trump pour déplacer la technologie et les composants de fabrication de puces vers les États-Unis. »

La valse des milliards

Pendant que l’Union européenne se félicitait de sa loi sur les puces de 2023 mobilisant 43 milliards d’euros de fonds publics et privés, la Chine a débuté dès 2014 un programme d’investissements publics de 150 milliards de dollars, planifié jusqu’en 2030. Auxquels s’ajoutent d’autres engagements : un rapport de la Commission européenne indiquait en 2024 que Huawei avait consacré 20,9 milliards d’euros à la recherche développement en 2022.

De leur côté, les Etats-Unis ont adopté en 2022 – avant la seconde élection de Trump – un programme, l’US Chips ans Science Act, d’une enveloppe de 280 milliards de dollars de subventions publiques plus 25 % de crédits d’impôt pour les entreprises concernées avec l’objectif de tripler la production de semi-conducteurs aux Etats-Unis. En Corée, sous la bannière Samsung, c’est un investissement de 229 milliards de dollars qui est annoncé d’ici à 2042.

Des programmes qui incitent aujourd’hui les États européens à revoir leur copie.

43

milliards d’euros

c’est l’enveloppe de fonds publics et privés que prévoyait le Chips Act (loi sur les puces) européen adopté en avril 2023 pour doubler, de 10 % à 20 %, le poids de l’Europe dans la production mondiale de semi-conducteurs d’ici à 2030. L’objectif ne sera pas atteint, estime la Cour des comptes européenne. Elle rappelle que l’Europe met 4,4 milliards d’euros sur la table, le reste demeurant à la charge des Etats dont les choix ne sont pas toujours compatibles entre eux. Dans ses propres prévisions, publiées en juillet 2024, la Commission européenne annonce elle-même que la part de l’Europe passera de 9,8 % en 2022 à 11,7 % d’ici à 2030 d’un marché mondial estimé à 1400 milliards de dollars en 2031.

Bruno Le Maire et l’électronique

Bruno Le Maire, ministre de l’Économie jusqu’en septembre 2024, est devenu conseiller spécial du groupe néerlandais ASML, chargé de conseiller les administrateurs de cette entreprise pour aider au développement de l’industrie européenne des semi-conducteurs. Il a quitté ce poste début octobre 2025 avant de devenir ministre des Armées du gouvernement Lecornu pendant… 14 heures.

STMicroelectronics en Chine

En juin 2023, l’entreprise a créé une société commune pour la fabrication de puces en carbure de silicium (SiC) sur des plaques de 200 mm avec la société chinoise Sanan Optoelectronics à Chongqing, dans le Sud-Ouest de la Chine. Ce type de composant électronique est notamment utilisé sur les voitures électriques, le photovoltaïque, les systèmes de stockage d’énergie et les centres de données d’IA. Le coût de ce projet était annoncé à 3,2 milliards de dollars co-financé par les deux sociétés avec une aide du gouvernement régional notamment.

Ce site industriel utilise les technologies mises au point par STMicroelectronics. « En parallèle, notre usine de substrat SiC (Bernin 4) est vide et notre technologie SmartSiC, pourtant prometteuse, revient au statut d’incubateur », dénonce le syndicat CGT de Soitec qui souligne que « la Chine progresse très rapidement et concurrence nos entreprises sur la quasi-totalité des segments des semiconducteurs, voire écrase carrément la concurrence sur le SiC ». Et le syndicat de s’interroger : « est-il vraiment raisonnable de l’aider dans cette quête tout en se concurrençant au sein de l’Union européenne ? » Car cet accord avec un pays asiatique n’est pas unique : en septembre 2025, l’allemand Infineon, acteur clé du SiC en Europe et concurrent de STMicro, s’est associé avec le japonais Rohm pour concevoir des boitiers de composants SiC. Tandis que Rhom a créé plusieurs co-entreprises en Chine, dont, en septembre 2024, un accord avec l’équipementier automobile chinois UAES (United Automotive Electronic Systems) portant sur les composants de puissance à base de carbure de silicium (SiC) équipant les véhicules à motorisation électrique.

La maquette de l’usine d’Intel annoncée à Magdebourg, en Allemagne. Projet abandonné en juillet 2025.

Le repli des États-Unis

En juillet 2022, les représentants de GlobalFoundries venaient à Crolles pour rendre public un projet de 7,5 milliards d’euros, dont 2,9 milliards de fonds publics. En mars 2022, Intel avait frappé plus fort : 30 milliards pour la création d’un site de production de puces à Magdebourg, en Allemagne, financée pour un tiers par des fonds publics européens et nationaux. Toujours sous l’égide de la multinationale américaine, 4,9 milliards d’euros en Pologne pour une usine d’assemblage et de tests. Enfin, TSMC (Taïwan) annonçait, en août 2023, 10 milliards d’euros (dont la moitié de subventions publiques) pour ériger une usine à Dresde, en Allemagne. En partenariat avec des industriels européens qui détiennent chacun 10 % des parts de la société créée pour l’occasion : les Allemands Infineon (semi-conducteurs) et Bosch (équipementier automobile) et le Hollandais NXP (semi-conducteurs, issu de Philips).

Depuis, GlobalFoudries et ses machines n’ont pas été vus à Crolles et Intel a annoncé le 25 juillet 2025 que ses projets en Allemagne et en Pologne étaient abandonnés – en précisant aux salariés de l’entreprise qu’Intel venait de bénéficier de 3 milliards de dollars de subventions du gouvernement états-unien.

Le chantier TSMC a été lancé le 20 août 2024. La mise en production du site est annoncée pour 2027. L’objectif affiché est la production de plaques de 300 mm notamment pour l’automobile, d’une finesse de gravure de 10 à 28 nm, produits directement concurrents avec les composants issus du site de Crolles de STMicroelectronics.

Données

Le Cloud act américain, en vigueur depuis le 23 mars 2018, permet aux autorités américaines d’exiger des opérateurs américains la communication des données qu’ils hébergent, quel que soit le lieu où ces données ont été collectées dans le monde. Le gouvernement des Etats-Unis peut ainsi se faire remettre les informations stockées par des serveurs et centres de données situés aux États-Unis, sans que les entreprises ou les personnes détentrices de ces informations n’aient à en être informées.

Construction en novembre 2023 d’une usine TSMC à Phoenix, Arizona, Etats-unis. © Hunter Trick, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

TSMC, le maître des puces… et les États-Unis

La création de TSMC – Taiwan semiconductor manufacturing compagny – a été financée par le gouvernement de Taïwan, en 1987, avec le concours d’investisseurs parmi lesquels le Hollandais Philips. En 1980, les pouvoirs publics de l’île avaient fondé UMC – United Microelectronics corporation – qui est aujourd’hui le troisième fabriquant de puces au monde. Dans l’activité de fonderie – la fabrication matérielle du semi-conducteur – , TSMC détient 70 % du marché mondial et 90 % de celui des nœuds inférieurs à 5 nanomètres.

L’entreprise est aujourd’hui confrontée aux limites des ressources de l’ile – un peu plus grande que la Bretagne – en eau, superficies disponibles, mais aussi main d’œuvre. TSMC a construit des usines en Chine, au Japon et aux États-Unis.

Le 15 janvier 2026, les États-Unis ont annoncé la conclusion d’un accord avec Taïwan qui prévoit le développement massif de la production de semi-conducteurs aux États-Unis en échange d’une baisse des droits de douane sur les produits exportés par le pays. L’accord prévoit des investissements « d’au moins 250 milliards de dollars » aux États-Unis par TSMC et d’autres entreprises de semi-conducteurs, selon le secrétaire d’État au commerce américain, Howard Lutnick. « Notre objectif est d’amener 40 % de la chaîne d’approvisionnement taïwanaise en semi-conducteurs ici, aux États-Unis », a‑t-il ajouté dans un entretien accordé à la chaîne CNBC, cité par le Monde. Un investissement de 100 milliards de dollars par TSMC aux États-Unis avait déjà été annoncé début 2025 venant s’ajouter à ce qui avait déjà été entrepris.

Conception américaine, fabrication asiatique

Pour produire une puce électronique, deux grandes étapes sont nécessaires.

Il faut d’abord la concevoir. Ce domaine est largement dominé par quelques sociétés américaines : NVIDIA, Qualcomm, Broadcom et AMD notamment. Toutes les puces haut de gamme sont produites sous propriété intellectuelle américaine.

La seconde étape est celle de la fabrication physique. Interviennent alors des entreprises spécialisées, les fondeurs. Le marché mondial est dominé par Taïwan avec TSMC et UMD, la Corée du Sud avec Samsung, et les Etats-Unis avec Intel et GlobalFoundries.

En Chine, c’est une filière complète qui a été mise en place autour de Huawei – téléphones portables – pour développer tout à la fois la conception et la fabrication avec notamment SMIC (Semiconductor Manufacturing International Corp). La Chine travaille sur l’ensemble de la chaîne de valeur. Elle commence ainsi à développer des machines lithographiques par rayonnement ultraviolet extrême, seules susceptibles d’une finesse de gravure inférieure à 5 nanomètres. Une technologie dont l’entreprise hollandaise ASML est aujourd’hui l’unique détentrice au monde et qui se refuse à exporter ses produits en Chine, sur pressions américaines.

Nvidia et STMicroelectronics

Nvidia, c’est aujourd’hui l’entreprise la plus chère du monde, avec une capitalisation boursière de l’ordre de 4000 milliards de dollars. Et c’est à Grenoble et Crolles qu’elle a pris son envol, à la SGS-Thomson, l’ancêtre de STMicroelectronics. Début 1994, s’appuyant sur les usines et le savoir-faire de SGS-Thomson, Nvidia a lancé l’activité qui fera d’elle, trente années et plusieurs évolutions technologiques bien négociées plus tard, l’entreprise que l’on connaît aujourd’hui : tous les moteurs d’intelligence artificielle utilisent des composants Nvidia.

Les semi-conducteurs, à la base de l’électronique.

FD-SOI ou FinFet ? Le match

Deux technologies sont majoritairement utilisées dans le monde pour la fabrication des semi-conducteurs.

FinTet – Fin Field-Effect Transistor – est le standard des puces les plus performantes, dont l’entreprise taïwanaise TSMC dispose du quasi-monopole mondial. La finesse de gravure descend sous les 5 nanomètres, jusqu’à 2 – un nanomètre équivaut à millionième de millimètre. Ces puces sont utilisées pour les calculs les plus gourmands, dans l’intelligence artificielle – l’informatique augmentée – notamment.

Le FD-SOI – Fully Depleted Silicon On Insulator – est une création… purement grenobloise. SOI, comme Soitec. Cette technologie a vu le jour au Leti, laboratoire du CEA grenoblois, innovation qui a donné naissance à l’entreprise Soitec. Cette technologie ne permet pas d’aller à des finesses de gravure comparables à celles des puces FinFet, mais elle est plus économe en énergie et matières premières. Et ses possibilités répondent à une large gamme de besoins, pour des applications moins gourmandes en calculs informatiques (objets connectés, gestion des flux énergétiques, des batteries…). STMicroelectronics produit aujourd’hui des puces à 28 nanomètres en FD-SOI. L’objectif annoncé en juillet 2022 était de descendre sous les 20 nanomètres, en partenariat avec GlobalFoundries – qui produit à 22 nanomètres.

Ce partenariat était rendu nécessaire par l’insuffisance du développement de cette technologie grenobloise. Aujourd’hui, ce sont Samsung (Corée du sud) et GlobalFoundries (Etats-Unis) qui sont les plus avancés dans le développement de la technologie grenobloise en approchant les 10 nanomètres. Tandis que TSMC et Samsung restent les champions du FinFet.

Ou comment la France et l’Europe laissent échapper les innovations de rupture auxquelles elles ont donné naissance.

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Publié le 26.01.2026 à 15:19

Luc Renaud

« La confédération organisera en mars les rencontres du « made in France », en Isère, pour saluer les initiatives portées dans les territoires, que ce soit les Duralex, les Brandt, les Luxfer et bien d’autres encore. » L’annonce en a été faite par Nicolas Benoit, secrétaire de l’union départementale CGT. C’était lors des voeux présentés par l’organisation syndicale, le 22 janvier dernier, dans la salle des fêtes de la ville d’Echirolles.

Et maintenant, Capgemini

Dans son intervention, Nicolas Benoit faisait la part belle à la situation de l’industrie dans le département. En évoquant les milliers d’emplois détruits dans la dernière période : Vencorex, Photowatt, Team Tex Logiplast, Arkema, STMicros… auxquels vient de s’ajouter le plan de suppressions de 2409 emplois à Capgemini, « alors que plus que jamais notre pays a besoin de reprendre sa souveraineté numérique face aux Gafam et aux logiciels tiers ». Pour une conclusion : « nous devons planifier, protéger et développer notre outil industriel, en le mettant au service de la transition écologique et sociale, comme ont su le faire d’anciens salariés de Vencorex et des entrepreneurs en portant le projet de reprise Exalia ».

Les militants se sont retrouvés dans la salle des fêtes d’Echirolles.

Une situation dont le gouvernement porte une responsabilité. « Comme l’a expliqué le sénateur communiste Fabien Gay, des milliards d’euros d’aides publiques sont distribués chaque année aux entreprises privées – 211 milliards en 2024 – sans contrôle et sans contrepartie sur l’emploi et les investissements. » Des choix politiques – ceux d’Emmanuel Macron depuis 2017 – qui enrichissent les actionnaires et appauvrissent le tissu économique : « les dividendes des entreprises du CAC 40 atteignent cette année de nouveaux records porté à 107,5 milliards d’euros alors que les salaires et les pensions stagnent et que le taux de pauvreté ne cesse d’augmenter ».

Des assises départementales de l’industrie pour un plan de reconquête

En exigeant la tenue d’assises départementales de l’industrie, de l’emploi et de l’environnement, le dirigeant syndical propose au contraire un « vrai temps de co-construction réunissant les travailleurs, leurs représentants syndicaux, les élus locaux, les chercheurs et les associations environnementales avec pour objectif l’élaboration d’un plan de reconquête industrielle ». Nicolas Benoit propose de cartographier nos forces et nos vulnérabilité, de conditionner toute aide publiques à des garanties sur l’emploi et l’investissement, de s’appuyer sur des projets alternatifs comme Axel (Thales à Moirans) ou Exalia (plateforme chimique au Pont-de-Claix), et d’imposer un droit de veto des comités économiques et sociaux sur les délocalisations et fermetures de sites rentables.

« Notre syndicalisme n’a pas de frontières », soulignait Nicolas Benoit pour aborder l’état du monde d’aujourd’hui. « Notre boussole reste le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et la justice sociale ». Il dénonçait la poursuite de l’offensive israélienne à Gaza, en Cisjordanie, à Jérusalem-Est et au Sud Liban ainsi que « l’agression américaine » contre le Vénézuela qui « est en réalité une opération de prédation pour contrôler les plus grandes réserves de pétrole du monde » ou les prétentions impérialistes de Donald Trump au Groenland.

« La bataille pour l’emploi au Pont-de-Claix et la bataille pour la souveraineté du Groenland sont les deux faces d’une même lutte contre la loi du plus fort », disait-il.

La présentation des lauréats du concours de dessins organisé pour marquer le 90e anniversaire des congés payés.

Pour l’année qui s’ouvre, Nicolas Benoit notait que « le résultat des élections municipales des 15 et 22 mars prochains conditionneront les politiques de la ville et des communautés de communes avec de forts impacts sur les agents et les populations ». Et rappelait que « la montée de l’extrême droite, nourrie par la colère sociale détournée, est une menace mortelle pour la démocratie et les droits des travailleurs ».

Plus de 11000 salariés syndiqués à la CGT en Isère

Année également importante pour la vie démocratique de la CGT. Au moment où le nombre des syndiqués en Isère a repassé la barre des 11000 pour la première fois depuis 2019, le débat aura lieu dans tous les syndicats à l’occasion du congrès confédéral de l’organisation qui se tiendra à Tours du 1er au 5 juin.

Avant de partager un repas amical, rendez-vous convivial qui a réuni quelque deux cents convives,

les syndicalistes ont pu prendre connaissance des œuvres des vainqueurs du concours de dessins organisé par l’union départementale – en partenariat avec l’Union des loisirs et des vacances familiales (ULVF) pour marquer le 90e anniversaire des congés payés. Un concours qui s’adressait aux enfants et ados de onze à 18 ans sur le thème « 1936–2026, les congés payés, un conquis populaire ! » L’heureux gagnant est désormais titulaire d’un séjour d’une semaine pour quatre personnes, pas moins.

C’était une première et elle pourra connaître de nouvelles éditions.

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Publié le 23.01.2026 à 22:24

Travailleur Alpin

Fief de l’inamovible Philippe Langenieux-Villard de 1989 à 2020, la commune d’Allevard a longtemps fait figure de bastion de la droite traditionnelle. Cité thermale et touristique, elle voit toutefois sa population évoluer progressivement sous l’effet des mutations socio-économiques à l’œuvre dans la vallée du Grésivaudan au fil des années 2000, et si en 2007 Nicolas Sarkozy arrive encore en tête lors des élections présidentielles, la tendance s’inverse sur la décennie suivante, et en 2017 c’est… Jean-Luc Mélenchon qui prend la tête du peloton, recueillant 25,56% des suffrages au premier tour.

Des évolutions qui font espérer la gauche locale, incarnée alors par « Allevard Action Citoyenne », qui espère profiter du départ de Philippe Langenieux-Villard pour ravir la mairie lors du scrutin de 2020.

Las, si la volonté de changement s’exprime bel et bien dans les urnes, c’est Sidney Rebboah, le « challenger » d’alors, qui l’emporte dans une triangulaire avec 37,52% des voix, contre l’ancienne adjointe de Langenieux-Villard, la conseillère départementale Martine Kohly, qui récolte 34,17% des suffrages. La liste de gauche conduite par Jean-Luc Mollard fermera la marche, avec 28,29%.

Sidney Rebboah, le visage du renouveau pour beaucoup d’Allevardins en 2020… démissionnera avant le terme de son mandat, courant 2025, pour des raisons personnelles.

Une défaite qui ne découragera pas Jean-Luc Mollard, proche de la France insoumise, qui maintiendra une présence forte sur les réseaux sociaux, menant la fronde sur de nombreux sujets pendant plusieurs années. On citera notamment la bataille pour réclamer la rénovation de la passerelle du Bréda, qui permettait aux habitants d’un des rares quartiers HLM d’accéder au centre de la commune.

Pourtant, à l’approche des élections de 2026, les mois passent, sans qu’une nouvelle liste « Allevard action citoyenne » ne se profile…

Jean-Luc Mollard, candidat de la gauche en 2020, jettera finalement l’éponge pour 2026.

Martine Kohly / Justin Jay-Allemand, un match entre passé et avenir

Plus clairement encore qu’en 2020, le paysage qui s’annonce pour le scrutin municipal prend la forme d’un affrontement entre retour au passé et renouveau.

D’un côté, Martine Kohly, réélue conseillère départementale en 2021 avec le soutien de Sidney Rebboah, entend bien refermer la parenthèse et faire revivre les « années Langenieux-Villard », forte du soutien appuyé de l’appareil des Républicains. De l’autre, le jeune Justin Jay-Allemand conduira la liste du collectif citoyen « Les Allevardins », rassemblement local mêlant sensibilités de gauche modérée et anciens membres de l’équipe élue en 2020, qui rencontre une adhésion certaine dans une large part de la population [voir le Travailleur alpin du mois de novembre 2025].

Une élection qui se jouera donc dès le premier tour, et qui prend la forme d’un affrontement décisif pouvant avoir des conséquences sur les équilibres politiques de l’ensemble de la vallée du Grésivaudan.

« Je la soutiendrai » : Quand la droite peut compter sur le soutien… d’un proche de la France insoumise

Chaque voix comptera donc, et la mobilisation bas son plein dans les deux camps.

Avec une surprise de taille, révélée par nos confrères du Dauphiné libéré cette semaine : non seulement Jean-Luc Mollard précise qu’il ne soutient pas la liste portée par « Les Allevardins » – ce qui était attendu, du fait de griefs personnels avec le candidat Jay-Allemand –, mais il annonce clairement qu’il appelle à voter pour la liste de droite. Extrait :

« Jean-Luc Mollard (et certains de son groupe, avoue-t-il) confirme : « Je la soutiendrai. » Voilà qui étonnera plus d’un électeur à Allevard qui a un peu de mémoire. N’ont-ils pas été longtemps des adversaires politiques du temps du maire Philippe Langenieux-Villard ? En politique, rien n’est figé. […] Il loue « sa capacité à fédérer les Allevardins autour d’elle ». Il pense aussi que son mandat de vice-présidente au Département « sera un sérieux avantage pour sortir Allevard de sa situation politique, financière, et touristique peu enviable sur le territoire ». »

Nul doute que ceux qui subissent les coupes budgétaires dans les politiques sociales, écologiques ou familiales [voir notre vidéo sur la fin du financement départemental aux Lieux d’accueil parents-enfants] apprécieront la valeur des engagements de la 7e vice-présidente en charge de l’enfance, de la famille, de la jeunesse et des sports au sein de la majorité de Jean-Pierre Barbier… mais ne dit-on pas que parfois, « les ennemis de mes ennemis sont mes amis » ?

Robert W. Wellnes

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Publié le 21.01.2026 à 23:03

Didier Gosselin

« L’exposition, a souligné la secrétaire de section du PCF Frédérique Pénavaire dans son discours d’accueil, retrace notamment les différentes attaques contre la Sécu. Aujourd’hui nous en voyons le résultat à l’œuvre avec le vote du projet de loi de la Sécurité sociale (PLFSS). Vote à l’assemblée qui est le résultat d’autres attaques antérieures, qui ont conduit à une étatisation, à une confiscation du pouvoir de décision des salariés. Le budget de la Sécu devient un budget comme un autre, avec des objectifs de dépenses décidées par le gouvernement ».

Une attaque en règle contre la plus belle conquête sociale.

Rappelant qu’à l’origine la Sécu était gérée par les salarié·es, qui produisent la richesse permettant de financer la protection sociale, Frédérique Pénavaire a dénoncé « les réformes successives qui ont supprimé les conseils d’administration de la Sécurité sociale » à la faveur « dun processus continu de transfert du pouvoir au patronat et d’étatisation. (…) Aujourd’hui, a‑t-elle insisté, la Sécurité sociale, qui finance n’a aucun mot à dire, c’est une confiscation démocratique ». Laquelle s’inscrit dans une bataille politique d’ampleur menée depuis les années 1960 par le patronat et les gouvernements successifs visant à remettre en cause les droits garantis par notre système de protection sociale pour faire « main-basse sur les richesses produites par le travail au profit d’une caste d’actionnaires qui s’enrichit ».

Frédérique Pénavaire, secrétaire de section lors du vernissage de l’exposition.

Cette question démocratique, dans le cadre d’une reconquête de la Sécurité sociale par celles et ceux qui produisent les richesses, a été au cœur du débat de l’après-midi, auquel ont participé Nicole Grenier-Merico (Commission Santé du PCF), Francis Balay (Alternative Mutualiste) et Pierre Brocard (Union Locale CGT).

Nicole Grenier-Merico a rappelé les grandes étapes de la création de la sécurité sociale en insistant sur le rôle des communistes et de la CGT dans un contexte historique donné, celui de la Libération avec un PCF et une CGT puissants car portés par leur participation à la résistance antinazie, alors que les industriels et les banquiers se sont largement compromis avec l’occupant.

Pierre Brocard (à gauche), Nicole Grenier- Merico, Francis Balay (à droite)

Francis Balay est revenu sur l’origine des mutuelles rappelant que les mutuelles ouvrières avaient été interdites pendant l’occupation alors que la Mutualité française a collaboré avec Vichy. Il a d’emblée placé l’Alternative mutualiste qu’il préside du côté de la Sécu en réaffirmant sa position de défense de la cotisation sociale qui est un salaire différé et qui appartient aux salariés ! « La seule mutuelle qui doit exister, c’est la Sécurité sociale » a souligné avec force Francis Balay. « Lorsque les mutuelles ont été créées c’était pour défendre la Sécurité sociale, mais le constat c’est qu’aujourd’hui la mutualité a été un peu balayé ». Pour autant Francis Balay considère que le personnel des mutuelles de travailleurs est tout à fait apte à intégrer la Sécurité sociale dans le cadre d’une reconquête de cette institution par les salariés et à apporter ses connaissances et compétences notamment dans la prévention où ces mutuelles se sont illustrées (dépistage cancer du sein, amiante etc.).

Les mutuelles pour défendre la sécurité sociale.

L’Alternative mutualiste mène tout un travail d’information et d’éducation populaire sur l’histoire de la Sécu, le rôle de la CGT et du Parti communiste, en participant à des débats comme celui-ci, en finançant par exemple des films comme La Sociale de Gilles Perret et en soutenant des projets comme celui des Fralib. Francis Balay a resitué l’enjeu en insistant sur le mode de financement inventé par les fondateurs communistes, la cotisation prélevée sur les richesses produites, un budget de 680 milliards qui échappent à la prédation du patronat qui n’a que faire de soigner les gens, et sur la gestion démocratique par les assurés eux-mêmes qui a prévalue dès la création et qui a disparue aujourd’hui, à savoir l’élection directe des administrateurs.

Au cours de l’échange il rappellera le rôle néfaste joué par la Mutualité française dans la lutte contre la Sécurité sociale en accompagnant les politiques gouvernementales successives depuis sa compromission avec Vichy jusqu’à l’ouverture de la mutualité aux assurances privées. À ce propos, Francis Balay a rappelé la fameuse phrase de Denis Kessler, l’assureur et ancien vice-président du MEDEF : « Il y a une profonde unité au programme ambitieux du Conseil national de la Résistance. La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! (Challenges, 04/10/2007) ». Concernant le nouveau marché des mutuelles communales, Fabrice Balay dénonce l’opacité la plus totale et les mauvaises surprises, à l’instar de la mutuelle Just et de ses accointances avec le Rassemblement national…

Mise en concurrence

Nicole Grenier-Merico rappelle que le projet 100 % Sécu proposé par les communistes ne date pas d’aujourd’hui et que la commission santé du PCF porte ce projet depuis une vingtaine d’années. Il est aujourd’hui d’autant plus pertinent et accessible aux consciences compte-tenu fait que tout le monde peut constater qu’on se dirige vers une prise en charge minimale, et que ça pose problème pour maintenir la santé de tout un chacun. L’idée progresse, précise Nicole Grenier-Merico qui rappelle que ce projet a été élaboré au fil du temps avec les syndicats et les mutuelles.

Il s’agit de reprendre le projet de Sécu aux origines, sachant « qu’en 1945 on n’était pas allé au bout de la démarche, qu’on avait laissé une place à la mutualité pour différentes raisons (…) et que le principe n’était pas celui de la couverture complète sauf pour les affections graves ».

Aujourd’hui, précise-t-elle, les choses se sont aggravées, avec la mise en concurrence via les assurances et la mutualité qui écorne largement le principe de solidarité avec des contrats toujours plus variés et individualisés. C’est le constat de ce recul au niveau de la solidarité, question essentielle, qui appelle la nécessité du 100 % Sécu, insiste Nicole Grenier-Merico. Rejoignant Francis Balay, l’intervenante souligne que les mutuelles n’ont pas su, ou pas pu, échapper aux travers de la mise en concurrence, comme la réduction du bénévolat, les regroupements de mutuelles, la financiarisation (les réserves imposées des mutuelles sont obligatoirement placées sur les marchés financiers) etc., éloignant de fait les mutualistes des instances de décision.

Lorsqu’on dit 100 % Sécu, précise Nicole Grenier-Merico, cela n’a rien à voir avec le 100 % santé de Macron obligeant la participation des mutuelles, donc une augmentation des cotisations… Idem pour le « panier de soins » qui est littéralement limité ; le reste il faudra se le financer…

45 Milliards pour atteindre le 100% Sécu.

De fait, 100 % Sécu, « c’est 100 % sur ce qui est prescrit, sur ce qui est pertinent du point de vue de la qualité de vie des malades, selon les données évolutives de la science, et puis c’est la suppression des dépassements d’honoraires » indique Nicole Grenier-Merico. Si le coût est bien réel du passage à 100%, soit 45 milliards en plus, il est néanmoins finançable. Des économies peuvent être faites sur les médicaments, sur la redondance, sur la financiarisation qui ne sert pas à répondre aux besoins sociaux. « Il faut donc des mesures d’ampleur pour financer la sécurité sociale. On ne peut pas rester à quelque chose de petit, à « il faut faire payer les riches », il faut aller plus loin.

Pour Francis Balay, insistant sur l’héritage du Conseil national de la Résistance et la fierté qu’on doit avoir face à ceux qui se sont compromis dans la collaboration, il faut donc revenir aux trois conditions révolutionnaires : le financement par la cotisation sociale, le retour aux élections et à la caisse unique qui a été explosée en 1967.

Projet de reconquête

Pierre Brocard, de l’union locale CGT de Bourgoin-Jallieu a exprimé l’accord de son syndicat avec le projet de reconquête de la Sécurité sociale, reposant sur les principes suivants : élargissement de la base de calcul des cotisations sociales à toutes formes de revenus et de rémunérations, sur-cotisation pour les entreprises ayant des politiques salariales au rabais, transformation de la CSG en cotisation sociale, création d’une contribution sociale sur tous les revenus financiers, instauration immédiate de l’égalité salariale femme/homme, retour à l’élection des administrateurs de la Sécurité sociale, révision du rapport entre les collèges employeurs et salariés afin que les représentants des salariés redeviennent majoritaires dans les conseils d’administration, renforcement des liens entre les enjeux du travail et de la santé, intégrant la sécurité sociale et la sécurité sociale professionnelle…

Pour Pierre Brocard, et en conclusion, il s’agit de revenir aux principes qui ont guidé la création de la Sécurité sociale : unicité, universalité, solidarité, démocratie.

Un débat nourri avec la salle.

L’échange qui a suivi avec la salle a montré l’attachement à la Sécu ainsi que la nécessité et l’urgence d’agir pour la reconquérir et lui donner un nouvel élan vers le 100 %. L’initiative s’est terminée dans la convivialité et la discussion autour de l’exposition que la section de Bourgoin-Jallieu tient à la disposition de celles et ceux qui voudraient l’utiliser.

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Publié le 21.01.2026 à 19:01

Daniel Oriol

Comme il est de coutume depuis plusieurs années, les communistes du pays roussillonnais n’ont pas dérogé à cela en tenant un point presse en ce début d’année. Ce 20 janvier donc, l’exécutif de section donnait rendez-vous dans ses locaux.

Dominique Dichard secrétaire de section débutait ses propos en appuyant sur l’inquiétude par les dégâts de l’impérialisme permettant à Trump d’agir au Vénézuéla sans grande réaction de la part de dirigeants  des nations et même, pour certains, l’approbation du rapt de Maduro. Cet impérialisme permet à Poutine de continuer la guerre en Ukraine, à Netanyahou  de détruire Gaza avec dans les deux cas des dizaines de milliers de morts.

Au niveau national c’est aussi l’inquiétude. Le fossé se creuse entre les plus riches et les plus précaires. Le budget de Lecornu ne va pas améliorer les choses pour les plus pauvres et les classes moyennes. La baisse des dotations de fonctionnement aux diverses collectivités entraînera moins de services publics.

Tout cela fait le terreau du RN soutenu par les grands groupes de presse détenus par les milliardaires aux idées brunes.

Les élections municipales sont pour bientôt. Dans certaines communes, notamment à Péage et à Salaise, les maires sortants se sont déclarés et sont prêts.  Ailleurs, les listes de gauche et de rassemblement de progressistes sont encore en construction.

Les propos de Yannick Neuder soutenant des candidatures de gauche sèment le trouble dans la tête des gens. Ne nous leurrons pas sur cette stratégie politique.

Enfin, les communistes entrent dans la phase de préparation de notre congrès qui aura lieu en juillet.

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