Journal de la Fédération de l'Isère du Parti Communiste Français
Publié le 21.01.2026 à 23:03
Didier Gosselin« L’exposition, a souligné la secrétaire de section du PCF Frédérique Pénavaire dans son discours d’accueil, retrace notamment les différentes attaques contre la Sécu. Aujourd’hui nous en voyons le résultat à l’œuvre avec le vote du projet de loi de la Sécurité sociale (PLFSS). Vote à l’assemblée qui est le résultat d’autres attaques antérieurs, qui ont conduit à une étatisation, à une confiscation du pouvoir de décision des salariés. Le budget de la Sécu devient un budget comme un autre, avec des objectifs de dépenses décidées par le gouvernement ».
Une attaque en règle contre la plus belle conquête sociale.
Rappelant qu’à l’origine la Sécu était gérée par les salarié·es, qui produisent la richesse permettant de financer la protection sociale, Frédérique Pénavaire a dénoncé « les réformes successives qui ont supprimé les conseils d’administration de la Sécurité sociale » à la faveur « d’un processus continu de transfert du pouvoir au patronat et d’étatisation. (…) Aujourd’hui, a‑t-elle insisté, la Sécurité sociale, qui finance n’a aucun mot à dire, c’est une confiscation démocratique ». Laquelle s’inscrit dans une bataille politique d’ampleur menée depuis les années 1960 par le patronat et les gouvernements successifs visant à remettre en cause les droits garantis par notre système de protection sociale pour faire « main-basse sur les richesses produites par le travail au profit d’une caste d’actionnaires qui s’enrichit ».
Frédérique Pénavaire, secrétaire de section lors du vernissage de l’exposition. Cette question démocratique, dans le cadre d’une reconquête de la Sécurité sociale par celles et ceux qui produisent les richesses, a été au cœur du débat de l’après-midi, auquel ont participé Nicole Grenier-Merico (Commission Santé du PCF), Francis Balay (Alternative Mutualiste) et Pierre Brocard (Union Locale CGT).
Nicole Grenier-Merico a rappelé les grandes étapes de la création de la sécurité sociale en insistant sur le rôle des communistes et de la CGT dans un contexte historique donné, celui de la Libération avec un PCF et une CGT puissants car portés par leur participation à la résistance antinazie, alors que les industriels et les banquiers se sont largement compromis avec l’occupant.
Pierre Brocard (à gauche), Nicole Grenier- Merico, Francis Balay (à droite)Francis Balay est revenu sur l’origine des mutuelles rappelant que les mutuelles ouvrières avaient été interdites pendant l’occupation alors que la Mutualité française a collaboré avec Vichy. Il a d’emblée placé l’Alternative mutualiste qu’il préside du côté de la Sécu en réaffirmant sa position de défense de la cotisation sociale qui est un salaire différé et qui appartient aux salariés ! « La seule mutuelle qui doit exister, c’est la Sécurité sociale » a souligné avec force Francis Balay. « Lorsque les mutuelles ont été créées c’était pour défendre la Sécurité sociale, mais le constat c’est qu’aujourd’hui la mutualité a été un peu balayé ». Pour autant Francis Balay considère que le personnel des mutuelles de travailleurs est tout à fait apte à intégrer la Sécurité sociale dans le cadre d’une reconquête de cette institution par les salariés et à apporter ses connaissances et compétences notamment dans la prévention où ces mutuelles se sont illustrées (dépistage cancer du sein, amiante etc.).
Les mutuelles pour défendre la sécurité sociale.
L’Alternative mutualiste mène tout un travail d’information et d’éducation populaire sur l’histoire de la Sécu, le rôle de la CGT et du Parti communiste, en participant à des débats comme celui-ci, en finançant par exemple des films comme La Sociale de Gilles Perret et en soutenant des projets comme celui des Fralib. Francis Balay a resitué l’enjeu en insistant sur le mode de financement inventé par les fondateurs communistes, la cotisation prélevée sur les richesses produites, un budget de 680 milliards qui échappent à la prédation du patronat qui n’a que faire de soigner les gens, et sur la gestion démocratique par les assurés eux-mêmes qui a prévalue dès la création et qui a disparue aujourd’hui, à savoir l’élection directe des administrateurs.
Au cours de l’échange il rappellera le rôle néfaste joué par la Mutualité française dans la lutte contre la Sécurité sociale en accompagnant les politiques gouvernementales successives depuis sa compromission avec Vichy jusqu’à l’ouverture de la mutualité aux assurances privées. À ce propos, Francis Balay a rappelé la fameuse phrase de Denis Kessler, l’assureur et ancien vice-président du MEDEF : « Il y a une profonde unité au programme ambitieux du Conseil national de la Résistance. La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! (Challenges, 04/10/2007) ». Concernant le nouveau marché des mutuelles communales, Fabrice Balay dénonce l’opacité la plus totale et les mauvaises surprises, à l’instar de la mutuelle Just et de ses accointances avec le Rassemblement national…
Mise en concurrence
Nicole Grenier-Merico rappelle que le projet 100 % Sécu proposé par les communistes ne date pas d’aujourd’hui et que la commission santé du PCF porte ce projet depuis une vingtaine d’années. Il est aujourd’hui d’autant plus pertinent et accessible aux consciences compte-tenu fait que tout le monde peut constater qu’on se dirige vers une prise en charge minimale, et que ça pose problème pour maintenir la santé de tout un chacun. L’idée progresse, précise Nicole Grenier-Merico qui rappelle que ce projet a été élaboré au fil du temps avec les syndicats et les mutuelles.
Il s’agit de reprendre le projet de Sécu aux origines, sachant « qu’en 1945 on n’était pas allé au bout de la démarche, qu’on avait laissé une place à la mutualité pour différentes raisons (…) et que le principe n’était pas celui de la couverture complète sauf pour les affections graves ».
Aujourd’hui, précise-t-elle, les choses se sont aggravées, avec la mise en concurrence via les assurances et la mutualité qui écorne largement le principe de solidarité avec des contrats toujours plus variés et individualisés. C’est le constat de ce recul au niveau de la solidarité, question essentielle, qui appelle la nécessité du 100 % Sécu, insiste Nicole Grenier-Merico. Rejoignant Francis Balay, l’intervenante souligne que les mutuelles n’ont pas su, ou pas pu, échapper aux travers de la mise en concurrence, comme la réduction du bénévolat, les regroupements de mutuelles, la financiarisation (les réserves imposées des mutuelles sont obligatoirement placées sur les marchés financiers) etc., éloignant de fait les mutualistes des instances de décision.
Lorsqu’on dit 100 % Sécu, précise Nicole Grenier-Merico, cela n’a rien à voir avec le 100 % santé de Macron obligeant la participation des mutuelles, donc une augmentation des cotisations… Idem pour le « panier de soins » qui est littéralement limité ; le reste il faudra se le financer…
45 Milliards pour atteindre le 100% Sécu.
De fait, 100 % Sécu, « c’est 100 % sur ce qui est prescrit, sur ce qui est pertinent du point de vue de la qualité de vie des malades, selon les données évolutives de la science, et puis c’est la suppression des dépassements d’honoraires » indique Nicole Grenier-Merico. Si le coût est bien réel du passage à 100%, soit 45 milliards en plus, il est néanmoins finançable. Des économies peuvent être faites sur les médicaments, sur la redondance, sur la financiarisation qui ne sert pas à répondre aux besoins sociaux. « Il faut donc des mesures d’ampleur pour financer la sécurité sociale. On ne peut pas rester à quelque chose de petit, à « il faut faire payer les riches », il faut aller plus loin.
Pour Francis Balay, insistant sur l’héritage du Conseil national de la Résistance et la fierté qu’on doit avoir face à ceux qui se sont compromis dans la collaboration, il faut donc revenir aux trois conditions révolutionnaires : le financement par la cotisation sociale, le retour aux élections et à la caisse unique qui a été explosée en 1967.
Projet de reconquête
Pierre Brocard, de l’union locale CGT de Bourgoin-Jallieu a exprimé l’accord de son syndicat avec le projet de reconquête de la Sécurité sociale, reposant sur les principes suivants : élargissement de la base de calcul des cotisations sociales à toutes formes de revenus et de rémunérations, sur-cotisation pour les entreprises ayant des politiques salariales au rabais, transformation de la CSG en cotisation sociale, création d’une contribution sociale sur tous les revenus financiers, instauration immédiate de l’égalité salariale femme/homme, retour à l’élection des administrateurs de la Sécurité sociale, révision du rapport entre les collèges employeurs et salariés afin que les représentants des salariés redeviennent majoritaires dans les conseils d’administration, renforcement des liens entre les enjeux du travail et de la santé, intégrant la sécurité sociale et la sécurité sociale professionnelle…
Pour Pierre Brocard, et en conclusion, il s’agit de revenir aux principes qui ont guidé la création de la Sécurité sociale : unicité, universalité, solidarité, démocratie.
Un débat nourri avec la salle.L’échange qui a suivi avec la salle a montré l’attachement à la Sécu ainsi que la nécessité et l’urgence d’agir pour la reconquérir et lui donner un nouvel élan vers le 100 %. L’initiative s’est terminée dans la convivialité et la discussion autour de l’exposition que la section de Bourgoin-Jallieu tient à la disposition de celles et ceux qui voudraient l’utiliser.

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Publié le 21.01.2026 à 19:01
Daniel OriolComme il est de coutume depuis plusieurs années, les communistes du pays roussillonnais n’ont pas dérogé à cela en tenant un point presse en ce début d’année. Ce 20 janvier donc, l’exécutif de section donnait rendez-vous dans ses locaux.
Dominique Dichard secrétaire de section débutait ses propos en appuyant sur l’inquiétude par les dégâts de l’impérialisme permettant à Trump d’agir au Vénézuéla sans grande réaction de la part de dirigeants des nations et même, pour certains, l’approbation du rapt de Maduro. Cet impérialisme permet à Poutine de continuer la guerre en Ukraine, à Netanyahou de détruire Gaza avec dans les deux cas des dizaines de milliers de morts.
Au niveau national c’est aussi l’inquiétude. Le fossé se creuse entre les plus riches et les plus précaires. Le budget de Lecornu ne va pas améliorer les choses pour les plus pauvres et les classes moyennes. La baisse des dotations de fonctionnement aux diverses collectivités entraînera moins de services publics.
Tout cela fait le terreau du RN soutenu par les grands groupes de presse détenus par les milliardaires aux idées brunes.
Les élections municipales sont pour bientôt. Dans certaines communes, notamment à Péage et à Salaise, les maires sortants se sont déclarés et sont prêts. Ailleurs, les listes de gauche et de rassemblement de progressistes sont encore en construction.
Les propos de Yannick Neuder soutenant des candidatures de gauche sèment le trouble dans la tête des gens. Ne nous leurrons pas sur cette stratégie politique.
Enfin, les communistes entrent dans la phase de préparation de notre congrès qui aura lieu en juillet.
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Publié le 21.01.2026 à 18:21
Daniel OriolCe mardi 20 janvier au matin, juste avant la réunion du premier conseil d’administration de l’établissement Bellefontaine – Ehpad situé à Péage-de-Roussillon –, le syndicat CGT appelait de 8 heures à 12 heures à un rassemblement pour soutenir les revendications suivantes : des recrutements massifs immédiats, le remplacement systématique des arrêts maladie, une organisation digne des services, le respect de la vie privée et du repos des agents, stop au rappel sur repos et une protection réelle de la santé et de la sécurité au travail, en respectant les effectifs minimums validé en comité technique paritaire.
Largement suivi par le personnel, accompagné par quelques militant es retraité es, certain es militant es actif ves, le mouvement est maintenu jusqu’au 31 janvier car la situation est claire : rien n’a changé depuis des années, rien ne s’améliore!
La CGT le constate : aucun renfort, aucun recrutements massifs, aucun remplacement systématique des arrêts maladie, des fêtes de fin d’année indignes, des journées en effectifs dégradés, le recours à des vacataires via Hublo (outil de gestion de remplacement) pour faire tourner les services, des agents de nuit mobilisés dès 5h45 pour réaliser des soins, une direction qui justifie cela au nom d’une soi-disant « entraide ».
C’est de la maltraitance institutionnelle désormais assumée, estime le syndicat qui ajoute que demander aux agents de nuit de prendre en charge les résidents réveillés pour « soulager » les équipes de jour ne résout rien : cela ne fait que déplacer le problème et dégrader encore davantage les conditions de travail, aucune solution durable n’est proposée, mise à part de l’entraide entre les agents…
« Nos vies valent plus que leurs économies »,voilà ce que le personnel scandait devant les portes de l’établissement.
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Publié le 21.01.2026 à 16:52
Régine HausermannElles apparaissent dans leurs robes aux motifs fleuris et somptueux — qui évoquent Frida Kahlo -, altières, se déplaçant avec lenteur dans une large pièce baignée de noir aux parois vivement éclairées par moments. Des quatre portes surgissent des airs de fête qui ne semblent pas les concerner. Elles communiquent entre elles, délicatement, tendrement, dessinant de larges mouvements, éclairées par les superbes lumières de Françoise Michel.
Les Muxes sont considérées comme un troisième genre dans la culture zapotèque. Elles sont des figures à la fois respectées et marginalisées. On leur réserve dans cette société matrilinéaire les mêmes droits et devoirs qu’aux femmes, mais elles ne sont pas autorisées à se marier. Parallèlement à la danse se fait entendre une voix en espagnol, celle de Felina Santiago Valdivieso, une des Muxes les plus engagées, exprimant ses opinions. On regrette que ces textes n’aient pas été surtitrés. Ils ont cependant été diffusés en français sur un élégant dépliant cartonné lors du spectacle.
Un exemple : « Et bien moi, je pense que chaque personne doit décider de comment vivre sa vie, de quelle façon elle va la mener, la responsabilité qu’elle a d’être heureuse, parce que dans beaucoup d’endroits du monde, les gens se cachent, ne vivent pas leur vie comme ils veulent ou comme ils le désirent et ici, même si c’est un endroit très éloigné, plein d’ignorance, on a des personnes qui prennent la décision d’être heureuses. »
Les bruits de la ville qui pénètrent par les quatre portes laissent entendre la violence extérieure et sans doute celle qui frappe leur propre famille, dans un Mexique machiste, marqué par le crime. Sous les fleurs offre une oasis de beauté et de délicatesse, un rêve de coexistence entre humains.
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Publié le 21.01.2026 à 02:21
Manuel PavardC’était le 19 novembre 2025. Expulsés des logements qu’ils louaient à des « marchands de sommeil », à la Villeneuve, des livreurs à vélo et leurs familles investissaient le siège de la Métropole de Grenoble, avec l’assentiment de la collectivité et le soutien de nombreuses organisations. Très vite, d’autres personnes sans toit les rejoignaient, portant le nombre d’occupants à près de 150… « Au début, on pensait qu’on ne resterait que quelques semaines », se souvient Amadou Kouyaté, porte-parole du groupe et membre du syndicat CGT des livreurs à vélo.
Après deux mois d’occupation, les familles ont exprimé leur exaspération dans les rues de Grenoble.Pourtant, deux mois après, jour pour jour, la quasi-totalité d’entre eux dorment encore dans ces locaux. Une situation qui a poussé le DAL 38 et une vingtaine d’autres associations, syndicats, collectifs, partis de gauche, à appeler à une nouvelle manifestation, ce lundi 19 janvier, entre le siège de la Métropole et la mairie de Grenoble. Car pour les occupant-es, les conditions de vie sur place deviennent de plus en plus compliquées.
« Imaginez, nous sommes 150 personnes dans une seule salle, avec des enfants, des bébés, des femmes enceintes… On a déjà enregistré trois ou quatre naissances et il y en a d’autres qui sont en route. »
« Imaginez, nous sommes 150 personnes dans une seule salle, avec des enfants, des bébés, des femmes enceintes… On a déjà enregistré trois ou quatre naissances et il y en a d’autres qui sont en route », rapporte Sylla, elle-même enceinte de quelques mois et déjà mère d’une petite fille. À la promiscuité, s’ajoutent en outre « des conditions d’hygiène très difficiles », l’ensemble des sans-logis devant se partager les uniques toilettes disponibles.
Parmi les occupant-es, des femmes — enceintes pour certaines — et des enfants en bas âge.Pour les occupant-es, l’objectif n’a pas varié depuis le début : « trouver des logements pour les 150 personnes », explique Amadou Kouyaté. Tous en sont en effet convaincus, « des maisons et des appartements vacants, il y en a », affirme le livreur, pour lequel « il ne manque que la volonté politique ». Les discussions engagées entre la Métropole et les différentes communes pour recenser les bâtiments municipaux vides semblaient pourtant en bonne voie, il y a quelques semaines. Toutefois, si les villes de Pont-de-Claix, Meylan et bientôt Saint-Égrève ont mis à disposition des hébergements pour une poignée de familles, cela reste globalement insuffisant.
« Des blocages administratifs et politiques »
Entre une préfecture encore aux abonnés absents et des collectivités soufflant le chaud et le froid, les négociations piétinent, déplorent associations et syndicats. Lesquels entendaient donc profiter de la manifestation pour interpeller de nouveau les municipalités. « Aujourd’hui, on a eu un engagement de la Métropole et de plusieurs communes à proposer des appartements et des lieux qui leur appartiennent via l’EPFL (Établissement public foncier local) et qui étaient vides jusqu’à présent », indique Manon (DAL 38). Ce qui prouve que « c’est possible d’utiliser l’habitat vacant pour répondre à l’urgence », souligne-t-elle.
Les occupant-es n’ont pas pu accéder au parvis de l’hôtel de ville, barré par la police municipale, mais ont investi durant quelques heures la chaussée jouxtant le bâtiment.Malheureusement, les promesses sont seulement orales et cette procédure « prend du temps », du fait de « blocages administratifs et politiques », selon la militante. À ce jour, seules vingt-cinq personnes ont pu être relogées. Pour les autres, « on n’a pas de perspectives ni de dates », regrette-t-elle. Or, d’après le DAL, « Grenoble pourrait proposer plus » en matière de réquisition des logements vacants. « On pense notamment aux vieilles cités de l’Abbaye qui sont encore vides en attendant un hypothétique projet immobilier », confie Manon. Sans oublier « la cité universitaire du Rabot » qui pourrait accueillir tous les occupants restants, assure-t-elle.
Une « lutte collective exemplaire »
Toutes ces revendications ont été exposées par la délégation reçue à la mairie de Grenoble, ce lundi après-midi. Sans réelles avancées satisfaisantes, estime le DAL. « Les institutions se renvoient la balle sans prendre en compte l’urgence de la situation », dénonce l’association ce mardi 20 janvier. « La mairie refuse de proposer des logements supplémentaires et les dates d’entrée dans les logements restent lointaines alors même que la situation à la Métropole ne permet pas aux occupant-es de vivre dans des conditions dignes. »
Caroline Audric, secrétaire générale de l’UL CGT de Grenoble, a pris la parole pour apporter le soutien total du syndicat à l’occupation.Heureusement, ces derniers peuvent compter sur les soutien des militants associatifs, politiques et syndicaux, venus les soutenir devant l’hôtel de ville, après l’arrivée du cortège. Illustration avec la prise de parole de Caroline Audric, secrétaire générale de l’union locale CGT Grand Grenoble, qui salue leur « lutte collective exemplaire ». Son vœu ? Ce serait, poursuit-elle, s’adressant aux occupant-es, « que vous soyez relogés et que cette occupation cesse ». De fait, conclut la syndicaliste, « des logements vides, il y en a beaucoup trop à Grenoble. Ça se compte en milliers ! »
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Publié le 19.01.2026 à 23:42
Manuel PavardExilé-es iranien-nes, militants aguerris, « simples » citoyens… Ils étaient près de deux cents, rue Félix-Poulat, à avoir répondu à l’appel d’un large regroupements d’associations (LDH Iran, LDH Grenoble, Iran solidarités, Voix d’Iran, Aiak, AFPS, Amnesty International, Attac, Cisem, Mouvement de la paix, AFA…), mouvements féministes (Feminists for Jina…), syndicats (CGT, FSU, Solidaires, UEG) et partis de gauche (PCF, LFI, NPA‑A, Réseau coopératif de gauche alternative, UCL…). Des organisations qui, à Grenoble comme partout en France, se mobilisaient, samedi 17 janvier, pour soutenir le combat engagé depuis le 28 décembre dernier par le peuple iranien, réprimé dans le sang par le régime des mollahs et les Gardiens de la révolution.
La répression a fait des milliers de morts parmi les manifestants iraniens.Ces massacres auraient fait entre 3 000 et 20 000 morts parmi les manifestants, selon les bilans très variables réalisés notamment par des ONG — le Guide suprême Ali Khamenei ayant lui-même reconnu « plusieurs milliers de morts » dans son allocution prononcée le 17 janvier. « Un carnage à huis clos car le régime a coupé Internet à la population pour la couper du reste du monde », a dénoncé Mariano Bona (Réseau coopératif de gauche alternative) lors de sa prise de parole.
Des mots et images évoquant la répression sanglante et à huis clos des manifestations. © Mariano BonaComme l’a souligné le militant, « c’est toute la société iranienne qui s’est levée contre le pouvoir dictatorial iranien ». Une révolte mue initialement par des facteurs économiques, « contre la mal-vie, la précarité, la misère ». Avant de tourner en une véritable contestation politique dénonçant la corruption, les intimidations, les emprisonnements, les exécutions massives. Un mouvement qui s’est également « étendu à l’ensemble des composantes de la société iranienne : femmes, hommes, jeunes, Kurdes, Baloutches, Azéris, étudiants, commerçants, salariés, artistes… », a‑t-il insisté.
« Ni Shah ni mollahs »
« C’est un soulèvement populaire massif et profondément enraciné dans la réalité du peuple iranien », a rappelé de son côté Aurélien, de l’Association iséroise des amis des Kurdes (Aiak). « Né de la misère, de l’injustice sociale, de la pauvreté galopante, de l’inflation, de l’effondrement économique », celui-ci est « surtout le résultat de décennies de répression politique, sociale et culturelle » exercée par le régime. Des mobilisations dont « les Kurdes du Rojhilat (Kurdistan d’Iran) sont pleinement partie prenante », aux côtés des autres peuples d’Iran.
Près de 200 personnes étaient présentes rue Félix-Poulat pour écouter les prises de parole successives.Face à un pouvoir aussi tyrannique, comment réagir ? Dans sa très complète intervention, Zohreh Baharmast (LDH) a appelé au « rassemblement le plus large » possible, y compris donc en incluant les monarchistes. Sujet qui fait débat au sein des organisations représentées. Bien que peu nombreux, les partisans de Reza Pahlavi, le fils aîné du Shah — renversé par la révolution de 1979 — exilé aux États-Unis, étaient néanmoins présents, brandissant le drapeau de l’ancien régime iranien. Mais les organisateurs ont veillé à ce qu’ils n’accèdent pas au micro.
Zohreh Baharmast, exilée iranienne et présidente de la section grenobloise de la Ligue des droits de l’Homme (LDH) au micro.« Face à une campagne pernicieuse, nous affirmons que la solution n’est ni le retour au régime du Shah ni une intervention étrangère », a en effet lancé Mariano Bona. « Nous n’oublions pas ce que fut le régime du Shah d’Iran qui fut renversé à bon droit. Nous n’oublions pas la Savak [NDLR : la redoutable et redoutée police secrète iranienne à l’époque du Shah], la torture, les assassinats, les inégalités massives, la corruption », a‑t-il ajouté. En somme, résume un slogan scandé à plusieurs reprises ce samedi après-midi : « Ni Shah ni mollahs ! »
Le régime iranien n’est en rien un allié
Le militant a en outre mis en garde, à l’instar de plusieurs autres orateurs, contre les récentes menaces agitées par Donald Trump, avec le soutien de Benyamin Netanyahou. « Il n’y a rien de bon non plus à attendre d’une intervention impérialiste des USA ou d’Israël, toujours synonyme d’oppression des peuples et de malheur », a‑t-il affirmé, pointant également le rôle trouble de la Turquie.
Prenant elle aussi la parole, Anne Tuaillon, présidente de l’AFPS, a fait le lien entre les combats menés par les peuples palestinien et iranien. Elle a ainsi expliqué que le peuple palestinien n’a pas besoin de l’aide d’un régime sanguinaire comme celui qui sévit actuellement en Iran, lequel n’est en rien un allié — pour les peuples opprimés comme pour les progressistes. Une position bienvenue, qui tranche avec les discours campistes que l’on peut malheureusement entendre dans certains pans de la gauche et des milieux anti-impérialistes.
« Femme, vie, liberté », le cri de ralliement des Iraniens et Iraniennes en lutte depuis le mouvement de 2022.« Depuis l’assassinat de Jîna Mahsa Amini, jusqu’aux grèves et aux mobilisations de ces derniers jours, un même cri traverse tout l’Iran : ‘Jin, Jiyan, Azadî’ (Femme, vie, liberté) », a salué Aurélien. Et le militant d’Aiak de conclure : « Ce slogan n’est pas qu’un mot d’ordre. C’est un projet de société, un horizon d’émancipation, un appel universel à la dignité humaine. Nous ne pouvons pas rester sourds. Nous ne pouvons pas rester silencieux. »
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Publié le 19.01.2026 à 21:49
Régine HausermannNicolas Bouvier n’a que 24 ans, Thierry Vernet deux de plus. L’un écrit, prend des photos. L’autre peint, dessine. Ils ont « assez d’argent pour vivre neuf semaines. Ce n’est qu’une petite somme mais c’est beaucoup de temps. » Et surtout beaucoup de rencontres, de surprises, loin du milieu bourgeois huguenot trop corseté. « Fainéanter dans un monde neuf est la plus absorbante des occupations. »
Cette odeur de melon !
La Yougoslavie d’abord où il y a tant à voir et à sentir. Belgrade et ses faubourgs, les journalistes communistes, les villages de tziganes, la musique et « le kolo, la danse en rond qui fait tourner » tout le pays. Les banquets, la « générosité merveilleuse des Serbes » au point qu’« une salivation émotive accompagne l’appétit ». C’est l’été, les jeunes corps ne sont pas fatigués, la Topolino est en forme. On frôle le bonheur. L’esprit est agile. « Le voyage fournit des occasions de s’ébrouer mais pas – comme on le croyait – la liberté. Il fait plutôt éprouver une sorte de réduction . Privé de son cadre habituel, dépouillé de ses habitudes comme d’un volumineux emballage, le voyageur se trouve ramené à de plus humbles proportions. Plus ouvert aussi à la curiosité, à l’intuition, au coup de foudre. » p.72

La Topolino
Traverser l’Anatolie avant la neige
Constantinople, rive asiatique, c’est déjà la fin de l’été. Les deux garçons sillonnent la ville pour essayer de gagner de l’argent. Il faut songer à repartir vite pour passer avant la neige au col du Cop. Course contre la montre sur la route d’Ankara : treize heures, vingt heures à se relayer. Arrivée à Trebizonde au bord de la mer Noire. Mais pour monter les 3000 m du col, il faut pousser ! « Une petite voiture encadrée par deux coureurs qui la manoeuvrent de l’extérieur, ça retient quand même l’attention. » Effectivement. « Les camions qui venaient d’Erzerum la connaissaient déjà par les récits de ceux qui nous avaient dépassés la veille. D’aussi loin qu’ils l’apercevaient, ils saluaient au klaxon. »
A Erzerum, les belles fortifications ottomanes sont rongées par l’érosion et l’esprit kémaliste est en déclin. Le bakchich comme le clergé sont de retour. Seuls les instituteurs pourraient enrayer le mouvement. « Mais il faudrait douze douzaines de Voltaire ! » L’intense bonheur d’une nuit à la belle étoile les ragaillardit et attire cette réflexion à Nicolas Bouvier : « Finalement, ce qui constitue l’ossature de l’existence, ce n’est ni la famille, ni la carrière, ni ce que d’autres penseront ou diront de vous, mais quelques instants de cette nature, soulevés par une lévitation plus sereine encore que celle de l’amour, et que la vie nous distribue avec une parcimonie à la mesure de notre faible cœur. »
Six mois dans le froid de Tabriz
Les deux garçons s’installent à Tabriz pour l’hiver. Peu d’étrangers dans cette province de l’Azerbaïdjan oriental, au nord-ouest de l’Iran. Mais un nœud de religions : shi’ites, arméniens, chrétiens monophysites, juifs venus d’Israël. Comme partout, des riches et des indigents. Novembre, procès Mossadegh : « Pour l’homme de la rue, Mossadegh restait le Renard iranien plus que le Renard anglais, qui avait arraché le pétrole à l’Occident. » Nicolas donne des cours de français. L’hiver n’en finit plus. Thierry commence à craquer. En mars, ils font une sortie vers le sud mais une pluie incesssante les bloque à Mahadan. Plus d’argent. Le capitaine les « invite » à venir se loger à la prison ! Les voilà « hôtes-prisonniers. » Ils apprécient la gaieté des Kurdes victimes de préjugés. « Il faut dire que des influences nombreuses s’exerçaient ici en sous-main : anglaises, russes, américaines, séparatistes kurdes, sans compter la police et l’armée qui ne poursuivaient pas les mêmes objectifs. »

Nicolas Bouvier et Thierry Vernet © Editions Paulsen
Difficile de sortir trop vite d’un récit de voyage, d’un récit de vie, écrit en 1953–54 — année de nos dix ans. Trop à découvrir. Trop à admirer sous la plume d’un jeune homme de 24 ans au moment des faits, de 34 ans au moment de l’écriture. Cette alternance de récit et de descriptions, toujours courtes. Cette prédilection pour les rencontres, la vie des gens, leurs particularités et leur commune humanité. Cette variété des tons : enjoué comme la musique qui irrigue tout le récit, drôle comme tant d’anecdotes et de situations vécues, tragique dans la deuxième partie lorsque les pannes et accidents les rattrapent, poétique souvent, philosophique toujours.
Derniers jours à Tabriz. A la lecture d’Adrienne Mesurat -roman de Julien Green – l’une des élèves de Nicolas Bouvier pense retrouver sa vie. Elle ne s’arrête plus de lire ni de penser. Elle veut savoir ce qu’est l’absurde.
« Pas d’absurde ici… mais partout la vie poussant derrière les choses comme un obscur Léviathan, poussant les cris hors des poitrines, les mouches vers la plaie, poussant hors de terres les millions d’anémones et de tulipes sauvages qui, dans quelques semaines, coloreraient les collines d’une beauté éphémère. Et vous prenant constamment à partie. Impossible ici d’être étranger au monde – parfois pourtant, on aurait bien voulu. L’hiver vous rugit à la gueule, le printemps vous trempe le cœur, l’été vous bombarde d’étoiles filantes, l’automne vibre dans la harpe tendue des peupliers, et personne ici que sa musique ne touche. » p.197
Téhéran, la musique du persan et le bleu de Perse
Sur la route de Téhéran, le moral remonte. Nicolas est sensible à la musique du persan, « chaud, délié, civil, avec une pointe de lassitude ». Il est étonné que l’état lamentable des affaires publiques affecte si peu les affaires privées. A Téhéran, il leur faut trouver du travail. Un entretien rugueux avec le directeur de l’institut franco-iranien tourne au miracle grâce à un fou-rire opportun. Thierry fera une exposition et Nicolas une conférence. Les deux Suisses sont lancés. Téhéran est une ville lettrée. On est étonnée du nombre de personnes rencontrées qui s’expriment en français alors qu’à Paris, personne ne parle le persan ! Les deux garçons font des progrès en persan et communiquent aussi en anglais.
« Et surtout, il y a le bleu. Il faut venir jusqu’ici pour découvrir le bleu. Dans les Balkans déjà, l’œil s’y prépare ; en Grèce, il domine mais il fait l’important : un bleu agressif, remuant comme la mer, qui laisse encore percer l’affirmation, les projets, une sorte d’intransigeance. Tandis qu’ici […] partout cet inimitable bleu persan qui allège le cœur, qui tient l’Iran à bout de bras, qui s’est éclairé et patiné avec le temps comme s’éclaire la palette d’un grand peintre. » p.214
L’Inde, où Thierry doit retrouver son amoureuse, les appelle. La Topolino dont la petitesse étonne toujours les Iraniens est prête. Ispahan tient « exactement l’émerveillement qu’on nous en promettait ». Panne avant l’arrivée à Chiraz. Un camion les embarque avec leur voiture. « C’est dans la première rampe de la descente qu’on entendit péter les freins du camion. » Ils ont failli mourir ! « Quand je repris mes esprits, la poussière était retombée. »

Nicolas Bouvier devant sa machine à écrire
Dans la lumière de braise des tapis usés des« tchâikhanes »
Le voyageur évoque les moments de bonheur vécus dans les « tchâikhanes », ces maisons qui bordent la route, où l’on boit du thé, où l’on se restaure, l’on fait des connaissances, l’on se dit les nouvelles « dans la lumière de braise de leurs tapis usés. » Rares moments où le jeune Bouvier parle du corps des femmes, se dit « ébloui par une servante tzigane. Ce que j’ai vu de plus beau depuis longtemps. Je fais le mort, j’étanche, moi aussi, ma soif en faisant provision de grâce. C’est bien nécessaire ici où tout ce qui est jeune et désirable, se voile, se dérobe ou se tait. »
La route continue vers l’est. Persépolis, Surmak, Yezd, Bam. Le jour, la chaleur est de plus en plus atroce. On les prend pour des fous ! « J’avais souvent pensé au soleil jamais comme à un tueur. » 700 km en seconde dans le désert baloutch ! A la frontière pakistanaise, des soldats les aident à pousser. La panne n’est pas réparée, ils roulent de nuit dans le désert, « seuls sous des milliards d’étoiles ».
Quetta, Pakistan, morts de fatigue
L’arrivée à Quetta — 1800 m, 80 000 âmes, 20 000 chameaux (Pakistan) — est douloureuse : ils ne pèsent plus que cent kilos à deux, ils sont morts de fatigue, toujours en panne malgré dix heures de travail infructueux avec un garagiste. Par chance, Terence, le patron du Saki bar, les emploie pendant trois semaines. De 9 h à minuit, ils jouent javas et valses musette sur leur guitare et leur accordéon. Et la vie change ! Mais les contrariétés ne sont jamais loin. « Plus trace d’artisanat. Portée par une vague majestueuse, l’écume de la camelote occidentale avait atteint et souillé le commerce local : peignes patibulaires, Jésus en celluloïd, stylos-billes, musique à bouche, jouets de fer blanc plus légers que paille. Minables échantillons qui faisaient honte d’être Européens. » La voiture a perdu ses plaques et Nicolas ses notes de l’hiver, emportées par le camion à ordures.
La haine des mouches !
Sur la route de Kaboul, Nicolas s’entaille quatre doigts jusqu’à l’os en réparant le moteur. A Kandahar, un médecin italo-grec le soigne. Le blessé dort trente heures et s’en sort grâce au médecin qui revient chaque jour… et parle français. Fatigue, fièvre… un nouveau combat est déclaré, contre la malaria, et les mouches. « J’aurai longtemps vécu sans savoir grand-chose de la haine. Aujourd’hui j’ai la haine des mouches. Y penser seulement me met les larmes aux yeux. Une vie entièrement consacrée à leur nuire m’apparaîtrait comme un très beau destin. » A Kaboul, les deux amis sont épuisés par la fatigue et la maladie. Ils sont soignés par un médecin suisse, expert aux Nations Unies qui les loge chez lui.
Thierrry prend un avion pour New Delhi. Remis de sa jaunisse, Nicolas part en camion vers la Bactriane pour retrouver des archéologues français.
Le 3 décembre, seul, il quitte le chantier et arrive devant le Khyber Pass – « Devant cette prodigieuse enclume de terre et de roc, le monde de l’anecdote était comme aboli. » p.374
En route pour l’Inde.

The Khyber Pass with the fortress of Alimusjid. Chromolithograph by W.L. Walton after Lieutenant James Rattray, c. 1847. Image: Wikimedia Commons
L’Usage du monde, Nicolas Bouvier, dessins de Thierry Vernet, éditions la Découverte, 384 p.
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