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 Scientifiques en Rebellion

Publié le 11.06.2026 à 02:00

Université Grenoble Alpes : le pire contre-attaque !

Université Grenoble Alpes : le pire contre-attaque !

Grenoble, le 11 juin 2026

L'Université de Grenoble porte devant la justice l'affaire de la soutenance de thèse interdite. Scientifiques en rébellion répond.

L'affaire de la thèse en informatique d’Achille Baucher (voir notre précédent communiqué de presse, articles dans Reporterre, dans AEF et dans Le Monde) vient de prendre un nouveau tournant. L'Université Grenoble Alpes (UGA) a finalement réagi en publiant le 9 juin un communiqué de presse annonçant qu’elle porte l’affaire devant la justice sur un tout autre registre.

En effet, l’UGA indique que : « Face à la gravité de ces éléments, l'Université Grenoble Alpes a saisi le procureur de la République, engagé une procédure de signalement au titre de l'intégrité scientifique et saisi le comité d'éthique et de déontologie de l’établissement ». Les « éléments » en question consistent en :

  • une suspicion de fraude au financement : les fonds ayant permis de financer la thèse n'auraient pas servi au sujet prévu initialement ;

  • une suspicion d'ingérence étrangère : les fonds proviendraient pour partie d'une "entreprise étrangère dont l'implication dans des faits d'ingérence sur le territoire français est documentée par les autorités compétentes" ;

  • un conflit d'intérêts potentiel : « Le directeur de thèse [...] aurait par ailleurs publiquement pris position contre des entreprises technologiques françaises intervenant dans des domaines comparables. »

Il faut comprendre ce que ces deux derniers points sous-entendent : Romain Couillet et Achille Baucher seraient accusés, en creux, d’intelligence avec une puissance étrangère. Rien que ça !

Cette constatation appelle plusieurs remarques :

  • La présidence de l'Université, qui donne des leçons de déontologie, vient tout simplement de quitter le champ de la disputatio scientifique (cette thèse méritait-elle d'être soutenue sous l'égide de l'école doctorale d'informatique ?) pour ouvrir un autre front et pas des moindres : celui de l'intelligence avec une puissance étrangère.

  • Dans un précédent communiqué de presse, SeR suggérait que la décision de refus de la soutenance de thèse relevait d'une décision politique de la part de l'université, destinée à faire taire des voix dissonantes au sein de l'école doctorale d'informatique. Ce CP de l'UGA semble confirmer nos craintes et bien au-delà : il s'agit d'une tentative d'intimidation sous la forme d’une dénonciation permettant d’instruire un dossier à l’encontre de Romain Couillet — directeur de thèse de Achille Baucher — en vue de sanctions disciplinaires voire de poursuites pénales. Le procédé est indigne.

Quand on ne parvient pas à s'attaquer au message — la nécessaire désescalade du numérique — on s'attaque aux messagers.

Si par extraordinaire le procureur décidait d’ouvrir une enquête préliminaire, c'est un enfer auquel seraient confrontés nos collègues avec tout l'arsenal répressif que le motif d' « intelligence avec une puissance étrangère » permet : perquisitions, gardes à vue, écoutes, violation de la vie privée, etc. Le tout sur la base d'une accusation totalement fantaisiste !

Il est évident qu’il ne saurait y avoir aucune suite judiciaire d’aucune sorte, car le dossier est totalement vide. Mais dans le cas contraire, l'histoire montre que de telles procédures constituent une épreuve dont on ne sort pas indemne : insultes sur les réseaux sociaux, honnêteté intellectuelle bafouée, etc... Serait-ce un effet collatéral recherché par la présidence de l’université ?

Dans un contexte général de mise en cause des Sciences — alors justement que la thèse d'Achille Baucher vient vivifier le débat — la démarche de l'UGA, en plus de nous sembler inepte, nous parait tout simplement suicidaire.

En effet, prenons au mot la Direction de l’Université dans son désir de transparence totale pour le généraliser à l’ensemble des contrats et personnels de recherche :

  • Sur la fraude présumée au financement : la présidence devrait faire procéder à un audit de l’ensemble des contrats de l’UGA pour s’assurer que les fonds sont utilisés exclusivement pour les finalités indiquées dans les contrats (ANR, ERC, etc.) ;

  • Sur les financements douteux : la présidence devrait faire procéder à un audit de l’ensemble des contrats et collaborations de recherche pour accéder enfin à notre souhait de rendre publique la liste exhaustive de tous les partenariats industriels avec les entreprises qui contribuent au financement de l’UGA, ainsi que toutes les collaborations avec des universités (ou puissances) étrangères. Au passage, cet audit devrait détailler le fonctionnement de la société commerciale Floralis1, détenue à 100 % par l’UGA ;

  • Sur les conflits d’intérêts potentiels : demande de communication, sans en détailler le contenu, de l’ensemble des contrats entre entreprises privées et personnels de recherche donnant lieu à des compléments de rémunération pour ces derniers ;

  • Sur les discours publics : une analyse des discours de l'ensemble des scientifiques de l'UGA, croisée avec leurs déclarations d’intérêts, afin d'évaluer le nombre de cas où des scientifiques ont assuré la promotion de technologies développées par leurs financeurs.

Enfin, nous nous réjouissons que l’UGA reconnaisse enfin le caractère politique de leur refus de soutenance de la thèse de notre collègue Achille Baucher.

À l'heure où l'Université publique a été mise en déficit dans toute la France, poursuit une start-upisation galopante et des ingérences sécuritaires menaçant les libertés académiques et l'accès des citoyen.nes à des savoirs critiques... on peut se demander quels intérêts sert la présidence de l’UGA

À travers ce communiqué de presse, la direction de l’Université ouvre une boîte de Pandore qui pourrait ne pas se refermer et dont elle portera seule la responsabilité. Chacune et chacun devra alors rendre des comptes... Romain Couillet annonce qu'il va porter plainte pour dénonciation calomnieuse.


1 Opérateur de valorisation de la recherche de l'UGA, Floralis est une interface entre le monde socio-économique et celui de la recherche académique.


Publié le 28.05.2026 à 02:00

Université Grenoble Alpes : Évaluation par le Père

Université Grenoble Alpes : Évaluation par le Père

Grenoble, le 28 mai 2026

L'Université Grenoble Alpes n'aime pas la critique, elle lance un nouveau concept : l'évaluation par le Père. La soutenance – non autorisée – est maintenue.

Achille Baucher effectue une thèse de doctorat sur la « Désescalade numérique : recherche-action au sein de l'écosystème grenoblois ». Cette thèse a passé toutes les étapes de validation : rapports favorables du comité de suivi annuel, rapports favorables des deux rapporteurs du manuscrit de thèse, etc. Cependant, et ce fait est à notre connaissance totalement inédit, Achille Baucher se voit refuser, 15 jours avant la date prévue, le droit de soutenir sa thèse, par le Collège des Écoles Doctorales en délégation du Président de l'Université.

Ce refus est contraire à la déontologie et constitue un acte idéologique consistant à taire la critique du numérique et de l'écosystème grenoblois portée par le travail de thèse.

Le contexte / actions menées

L'annonce a révolté beaucoup de personnel de la recherche, en particulier l'un des rapporteurs des travaux d'Achille Baucher qui s'est senti insulté dans son travail d’évaluation, non reconnu par le Collège des Ecoles Doctorales. Ce chercheur a écrit un email plutôt salé à ses collègues de l'école doctorale. D'autres chercheuses et chercheurs ont emboîté le pas. Le collectif Scientifiques en Rébellion a également envoyé un courrier étayé pour demander l'annulation de cette décision. Les comités de déontologie au niveau local et gouvernemental ont été saisis. Une mise en demeure suivie, s'il le fallait, d'une poursuite judiciaire au Tribunal Administratif est à l'étude.

Le jeune chercheur ainsi que le jury ont néanmoins décidé que la soutenance (non autorisée donc) aurait bien lieu à la date et l'heure prévue: le 1er juin 2026 à 14h au bâtiment IMAG, Campus de Saint Martin d'Hères. Comme attendu, le président de l'université n'a pas tardé à prendre un arrêté d'interdiction qui s'impose « aux membres du jury qui sont tenus de s'y conformer ». C’est, là aussi, probablement une première !

La soutenance sera précédée d'une cantine collective autogérée dès midi devant le bâtiment. L'intention -- dans la droite ligne de la thèse -- est de rendre ces travaux et analyses accessibles à tous·tes.

Par la présente, nous invitons également les journalistes à venir témoigner de cette approche alternative et réflexive de la recherche en informatique et à venir creuser le sujet, comme l’indique la thèse, des « travaux menés dans les laboratoires d'informatique de Grenoble qu'on préfère dissimuler ».

Détails

Achille Baucher est doctorant à l'École Doctorale (ED) MSTII, à l'Université Grenoble Alpes (UGA), depuis un peu plus de 3 ans sous la direction de Romain Couillet, professeur des universités à l'UGA. Le 13 mai 2026, Achille Baucher se voit refuser par le Collège des Écoles Doctorales (CED) de l'UGA, en délégation de signature pour le Président de l'UGA, l'accord de soutenance de thèse. Ce refus lui est signifié 15 jours avant la date prévue (1er juin 2026). Pourtant, le parcours de thèse a été validé à toutes les étapes, jusqu'à la sélection du jury et des rapporteurs par l'école doctorale.

Ce n'est qu'après réception des deux avis favorables des rapporteurs que la présidence de l'université décide de ne pas autoriser la soutenance de thèse, situation totalement inédite à notre connaissance. Le motif invoqué est le suivant : « le contenu de la thèse ne correspond pas à la thématique de l'école doctorale ».

On rappellera que, d'après l'arrêté du 25 mai 2016 fixant le cadre national de la formation et les modalités conduisant à la délivrance du diplôme national de doctorat, JORF n°0122 du 27 mai 2016, en vigueur depuis le 01 septembre 2022, article 17 : « Les rapporteurs font connaître, au moins quatorze jours avant la date prévue pour la soutenance, leur avis par des rapports écrits ; sur cette base, le chef d'établissement autorise la soutenance. »

Outre le fait que cette décision place le doctorant dans une situation difficile, elle pose de nombreux problèmes déontologiques :

  • Tout d'abord l'École Doctorale est une instance qui veille au bon déroulement de la thèse. Elle n'a aucune prérogative pour « juger » le contenu du travail : c'est là le travail des rapporteurs qui proposent une synthèse argumentant la valeur du travail ; c'est ainsi que la déontologie scientifique opère pour éviter justement toute forme de contrôle du savoir par un petit groupe. Ainsi la validation par les pairs se voit remplacée par une validation par le Père (le Président de l'Université en l'occurrence).

  • Le déni du travail des rapporteurs est alors évident. Un déni qui peut légitimement être perçu comme une insulte par ces derniers, d'autant que la décision est prise sans échanger avec eux au préalable.

  • À travers cette décision, c'est la liberté académique, celle qui consiste, pour le Directeur de thèse, à explorer des voies non conventionnelles, qui est attaquée.

Une affaire avant tout politique

En tentant d'argumenter à l'envi que le problème n'est pas le contenu scientifique de la thèse en soi, mais son positionnement au sein de l'école doctorale d'informatique, la direction de l'université opère un tour de passe-passe assez sournois. Dans son courrier de réponses au groupe SeR de Grenoble, M. Lemonde, directeur du CED, indique : « L'ED, après analyse des rapports et du manuscrit, a jugé que le travail présenté ne relevait pas de la spécialité d'inscription en doctorat et devait être requalifié pour prendre en compte la volonté de l'auteur d'accéder à une forme d'interdisciplinarité et à un éclairage de l'informatique par d'autres disciplines, sociales, philosophiques ou politiques. C'est donc bien une analyse scientifique qui a conduit à l'avis défavorable de l'ED puis à la décision de l'établissement. »

La tactique est habile : décréter que la thèse relève également d'autres disciplines (sciences sociales ou philosophie, politique, pourquoi pas les trois ?) et donc qu'elle devrait être co-encadrée par des philosophes, sociologues ou politologues. C'est habile car cela offre les apparences de la vertu et permet de déplacer (et donc noyer), le problème. Pourtant, les rapporteurs en attestent, cette thèse est bien une thèse d'informatique, et c'est à cette école doctorale qu'elle est dûment affectée.

Et c'est là que nous en venons au fond de l'affaire ; car tout le reste n'est que tentative, par la forme, de ne pas aborder le fond du sujet. Le travail de thèse d'Achille Baucher est une « critique en actes » du numérique et son monde depuis l'intérieur d'un laboratoire de recherche en informatique au sein de la « Silicon Valley française » (Grenoble). Son travail, qui repose sur 70 ans d'analyse critique de la technologie (désormais de l'ordre du B-A-BA des sciences sociales) pour l'instancier au numérique et son monde (la recherche en IA, les gadgets connectés, la production de puces microélectroniques pour l'armement), depuis l'écosystème grenoblois, ne plait pas du tout au sein de l'université.

Achille Baucher et son directeur de thèse subissent depuis 3 ans des pressions croissantes de la part de leur hiérarchie (et bien au-delà), du fait de leurs travaux. En témoigne le refus, non justifié comme c’est l’usage, par le « fonctionnaire sécurité défense » (représentant du ministère de l'intérieur au sein de l'université) d'étendre le contrat de thèse d'Achille Baucher, quelques semaines plus tôt (afin de finir ses travaux, une relance banale d'ordinaire), lui interdisant dorénavant l'accès au laboratoire placé en ZRR (Zone à Régime Restrictif) : il est depuis 2 mois en 100% télétravail.

Voici qui éclaire la décision d'une autre lumière : il semble évident que la critique de « ce qu'on fait au labo » (l'un des chapitres du manuscrit de thèse) ne plait pas du tout et ne saurait, pour ces messieurs, être rendue visible, au risque d'écorner l'image rayonnante du temple de l'innovation numérique grenoblois.

Ainsi fonctionne l'évaluation par le Père : un soutien coûte-que-coûte à la religiosité numérique et aux intérêts financiers et militaires qui y sont liés.


Publié le 16.04.2026 à 02:00

Le Printemps Bruyant entravé : un traitement sécuritaire disproportionné

Le Printemps Bruyant entravé : un traitement sécuritaire disproportionné

Paris, le 16 avril 2026

22 organisations co-organisatrices de la Marche pour un Printemps Bruyant dénoncent des entraves au bon déroulement de cette manifestation, pourtant déclarée et préparée en lien avec la préfecture.

Le 4 avril dernier, un large collectif d’organisations s’est mobilisé à Paris contre un modèle agro-industriel centré sur l'utilisation massive de pesticides de synthèse. Malgré une déclaration et une préparation en lien avec les autorités, les organisateur·ices dénoncent de fortes entraves au bon déroulement de l’évènement et un dispositif sécuritaire disproportionné. Aucun élément ne permettait d’anticiper une telle situation et nous dénonçons le deux poids, deux mesures dans le traitement des mobilisations, notamment lorsqu’on le compare à celui réservé à des rassemblements tels que ceux de la FNSEA. Ces écarts interrogent directement le respect du principe d’égalité et portent atteinte à l’exercice des libertés publiques, en particulier la liberté d’expression.

Une interdiction injustifiée de la scène pourtant déclarée

Depuis le mois de mars, les organisateur·ices échangeaient avec la préfecture au sujet des modalités de la manifestation et de son temps de clôture. Dès la déclaration déposée le 17 mars, puis lors d’échanges complémentaires, la tenue d’un concert de clôture, de prises de parole et de dispositifs de sonorisation sur le parvis du tribunal de Paris ont été explicitement annoncés.

L’ensemble des démarches administratives avait été effectué aboutissant à la délivrance d’un récépissé d’autorisation régulier, le 2 avril 2026. Dans les deux jours avant l’événement, les échanges avec la préfecture sur l’installation de la scène de concert sur le parvis du tribunal ont donné lieu à un renvoi vers le tribunal et la mairie qui a finalement conclu que la déclaration auprès de la préfecture serait suffisante. Malgré ce contexte où les autorités ne se reconnaissaient pas clairement compétentes, l’installation de la scène a démarré samedi matin. Au bout d’une heure environ, le dispositif des forces de l’ordre s’est intensifié, le ton s’est durci et le démontage a été exigé. Le contact au sein de la Direction de l'Ordre Public et de la Circulation (DOPC) confirmait pourtant par téléphone au commissaire référent, que le concert avait bien été déclaré et qu’il avait proposé l’installation de la scène au sol plutôt qu’un camion-scène. Pendant plusieurs heures, les forces de l’ordre ont tenu un double discours entre des propositions alternatives et une lecture tatillonne du récépissé tandis qu’à plusieurs endroits de la manifestation, elles affirmaient que le concert n’était pas déclaré.

Sand, d’Extinction Rebellion, indique « Depuis mars, tout était déclaré et en règle, on a discuté et validé en amont, pourtant le jour même on s’est heurté à une succession de refus sans justification claire. Les négociations ont duré toute la mobilisation sans aboutir. »

Dans ces conditions, les organisateur·ices ont été confronté·es à une absence de réponse administrative claire et à des décisions prises sur le terrain sans base explicite ni cohérence avec les échanges préalables, portant atteinte à l’exercice de la liberté de manifester et revendiquer.

À ce stade, nous formulons l’hypothèse que cette confusion puisse être liée à la situation particulière du tribunal suite au partenariat public-privé (PPP) encadrant la gestion du site par Bouygues Construction. Une telle complexité ne saurait toutefois justifier une incertitude juridique au détriment des libertés fondamentales.

Une pratique de nassage inadmissible

Au cours de la marche, un groupe de manifestant·es constituant une chorale, annoncée dans le programme, s’est détaché du cortège afin de se placer au lieu prévu pour leur prestation. La chorale s’est positionnée quelques centaines de mètres en amont de la manifestation et s’est retrouvée immédiatement entourée d’agents des forces de l’ordre, CRS et Brav-M, qui ont formé une nasse autour du groupe qui se préparait et répétait. Alors que la tête du cortège ne se trouvait plus qu’à quelques dizaines de mètres du lieu de la chorale (lieu qui se trouvait, donc, sur le parcours de la marche) les forces de l’ordre ont sommé les personnes de quitter le lieu et de rejoindre la manifestation. Des échanges ont eu lieu afin d’expliquer que plusieurs personnes présentaient un état de faiblesse et de vulnérabilité dû à des pathologies et/ou des traitements lourds, et de demander qu’elles puissent rester sur place afin de leur éviter des déplacements inutiles.

L’agent responsable a demandé aux personnes particulièrement faibles de se manifester afin de pouvoir les compter et faire un tri parmi les malades. Marine de Cancer Colère témoigne : « Ils nous ont demandé de "lever la main si nous étions malades" pour savoir combien allaient rester assis par terre à leur obéir sagement. Je voudrais surtout rappeler que nous avons sagement levé la main pour nous faire compter... Je suis encore atterrée, et quand je le raconte à mes enfants trentenaires, ils sont terrorisés. » Dans un premier temps, huit personnes ont été autorisées à rester sur place, le reste de la chorale a été reconduit vers le cortège sous escorte, dans un dispositif où les forces de l’ordre étaient plus nombreuses que les participant·es. À peine une minute après, les personnes vulnérables, qui étaient assises par terre dans le parc attenant, ont finalement été elles aussi sommées de quitter le lieu et de rejoindre le cortège.

Un climat de tension avec un fort dispositif policier

Pour une manifestation de 2 500 personnes, les autorités avaient déployé un nombre conséquent de membres des forces de l’ordre. Cette présence extrêmement importante a créé un climat de tension permanent et a contribué à transformer une manifestation pacifique en espace de pression et d’intimidation.

La fin de la manifestation s’est déroulée sous tension avec de nombreux CRS ne laissant pas la possibilité de terminer dans les meilleures conditions les prises de paroles et les concerts annoncés.

Une militante constate « On a l’impression que dès qu’une mobilisation est critique, la réponse est la même  : surdéploiement, pression et entraves. Ce n’est pas du maintien de l’ordre, c’est une stratégie d’intimidation »

Nous contestons le caractère manifestement hostile du dispositif déployé au regard de la réalité de la mobilisation et de l’absence d’incidents sur le même événement l’an passé.

Étant donnée la gravité de tous les faits constatés, nous demandons que le droit de manifester soit pleinement respecté, sans entraves, de la part de la préfecture et des forces de l’ordre, et que cessent les atteintes à la liberté d’expression.

Liste des associations, ONG et collectifs organisateurs :
Extinction Rebellion, rejoint par Scientifiques en Rébellion, Coalition Secrets Toxiques, Alerte Médicale sur Les Pesticides et Perturbateurs endocriniens, Sud Recherche, La Confédération Paysanne, Cancer Colère, COAADEP, ActionAid France - Peuples Solidaires, Combat Monsanto, Coquelicots de Paris, Agir pour l'Environnement, Générations Futures, Greenpeace France, Nous Toutes, POLLINIS, France Nature Environnement, France Nature Environnement Île-de-France, Planet Earth Now, Association de Promotion des Préparations Naturelles Peu Préoccupantes, Action Justice Climat, Bio Consom'acteurs.


Publié le 22.03.2026 à 01:00

Appel à mobilisation contre les pesticides : marche pour un printemps bruyant

Appel à mobilisation contre les pesticides : marche pour un printemps bruyant

Les printemps se font silencieux. Les oiseaux disparaissent, les insectes pollinisateurs meurent par milliards, la santé de tous les êtres humains est mise en danger, à commencer par les travailleuses et les travailleurs de l'agriculture. La cause ? Un modèle agro-industriel centré sur l'utilisation massive de pesticides de synthèse. Dans une tribune dans le Club de Mediapart, un large ensemble d'organisations appelle à la mobilisation et à une marche le 4 avril 2026.

Les printemps se font silencieux. Les oiseaux des champs disparaissent, les abeilles et les insectes pollinisateurs meurent par milliards, les fleurs sauvages se font plus rares, et c'est notre survie qui est en jeu. Les pesticides contaminent tous les milieux, l'eau, l'air, la terre, ils provoquent l'effondrement de la biodiversité, ils ont des impacts catastrophiques et généralisés sur la santé humaine. Chlordécone, glyphosate, prosulfocarbe, néonicotinoïdes et tous les autres pesticides de synthèse déversés dans nos champs font leur œuvre mortifère depuis des décennies.

L’abandon des pesticides de synthèse est une nécessité vitale. Les rapports de l’INSERM sont clairs : les pesticides ont des effets neurotoxiques, perturbateurs endocriniens et cancérigènes, chez des adultes de plus en plus jeunes, mais aussi chez les enfants, alors que le discours dominant se focalise sur la responsabilité de l'alcool et du tabac.

Le discours, soutenu par les firmes productrices de pesticides et leurs lobbyistes, selon lequel ils seraient indispensables pour nourrir l’humanité est faux. La faim dans le monde est due aux inégalités socio-économiques historiques mondiales, ce n'est pas un problème de quantité. La production alimentaire mondiale est près de 1,5 fois supérieure aux besoins alimentaires des 8 milliards d’êtres humains et c'est 30% de la production agricole mondiale qui est perdue ou gaspillée.

La défense des intérêts des géants de l'agro-industrie exportateurs ne doit pas être confondue avec la souveraineté alimentaire qui est le « droit des peuples à une alimentation saine et culturellement appropriée, produite par des méthodes écologiquement saines et durables, et leur droit de définir leurs propres systèmes alimentaires et agricoles » (Via Campesina). La souveraineté alimentaire devait être protégée par la Loi Egalim qui n'a pas du tout été appliquée à la hauteur de l'enjeu.

Toutes les filières peuvent produire sans pesticides de synthèse. Les rendements​​​​​​​ parfois plus faibles en agriculture biologique ne peuvent être invoqués compte tenu de la surproduction actuelle. Des alternatives offrent la possibilité aux producteurs et aux productrices d'être autonomes et souvent de réduire leur coût de production. Elles doivent être reconnues. Nos savoir-faire rendent injustifiable l’empoisonnement des sols, de l’eau, de l’air, de l’ensemble de la population mondiale et de tout le vivant, sous le supposé prétexte de nous nourrir.

La cour d’appel de Paris a condamné l'État français le 3 septembre 2025 pour sa responsabilité dans l’effondrement de la biodiversité et pour son inaction. Malgré cela, l'État français, irresponsable, permet la réintroduction de pesticides dangereux comme les néonicotinoïdes avec les lois Duplomb et les lois d’orientation agricole, tandis que les cancers, les pathologies chroniques et auto-immunes explosent sur nous comme sur nos enfants. La France reste muette face à la dérégulation dramatique de la protection environnementale proposée par la Commission Européenne via l'Omnibus "sécurité alimentaire".

Les organisations signataires ​​​​​​de cet appel exigent une sortie des pesticides de synthèse. Celle-ci ne pourra s'élaborer que dans le cadre d'une réorientation des pratiques agricoles en concertation avec les professionnel.les de l'agriculture, de l'alimentation, les organisations de protection de l'environnement, les citoyen.nes, les élu.es, et la recherche scientifique. Elle impose une réforme profonde de la politique agricole commune (PAC) pour soutenir financièrement la transition et le maintien à l'agriculture biologique et paysanne, garantir une alimentation de qualité pour toutes et tous, l’arrêt des accords de libre-échange agricoles en privilégiant des prix équitables partout dans le monde.

Le rapport du Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan récemment paru, même s'il minimise certains problèmes, selon le commentaire du comité scientifique, contient des recommandations essentielles pour soutenir l'agriculture biologique, protéger les produits agricoles européens de la concurrence déloyale, protéger la ressource en eau avec l'interdiction complète des pesticides dans les aires de protection des captages et protéger la santé des agricultrices et des agriculteurs.

En outre, l'évaluation des pesticides au sein de l'union Européenne et des États membres, est scandaleusement faussée, elle ne prend en compte ni la totalité des coformulants ni les effets cocktail et ne s'appuie pas sur la recherche scientifique actuelle. Le principe de précaution inscrit dans la charte de l'environnement et adossé à notre constitution exige une transformation complète des politiques publiques en matière de santé environnementale et de protection de la biodiversité.

L'agriculture biologique et paysanne repose aussi sur des principes de justice, de coopération, et de solidarité entre les peuples. Elle exige la sortie du colonialisme chimique et donc l'interdiction de la production et de l'exportation honteuse vers le reste du monde, notamment le Sud global, des molécules jugées trop dangereuses et interdites dans l’Union Européenne. Les gouvernements européens, la Commission européenne, toutes les agences et institutions doivent cesser de louvoyer et prendre leurs responsabilités car de nombreux points de non-retour sont en passe d'être franchis. Il en va de la possibilité même de vie sur Terre.

  • Nous demandons de planifier dès maintenant l'arrêt de la production et de l’usage des pesticides de synthèse.
  • Nous demandons un accompagnement des agricultrices et agriculteurs pour leur permettre d’arrêter l’usage de ces pesticides de synthèse.
  • Nous demandons justice et réparation pour les victimes des pesticides, en métropole et dans les Outre-mer, notamment du chlordécone.
  • Nous demandons une conférence citoyenne pour élaborer un projet permettant de nourrir sans détruire, conciliant production, conditions de travail décentes, santé et respect de l’environnement.
  • À l'occasion de la journée mondiale de la santé, mobilisons-nous pour que les printemps cessent d'être silencieux.

Rendez-vous à Paris, au métro Grands Boulevards, à 14h, le samedi 4 avril 2026 pour la Marche Printemps Bruyant.

Liste des signataires :

Les organisatrices et organisateurs :

Extinction Rebellion, Scientifiques en Rébellion, Coalition Secrets Toxiques, Alerte Médicale sur Les Pesticides et Perturbateurs endocriniens, Sud Recherche, La Confédération Paysanne, Cancer Colère, COAADEP, ActionAid France - Peuples Solidaires, Combat Monsanto, Coquelicots de Paris, Agir pour l'Environnement, Générations Futures, Greenpeace France, Nous Toutes Paris Sud, POLLINIS, LPO - Ligue pour la Protection des Oiseaux, France Nature Environnement, France Nature Environnement Île-de-France, Planet Earth Now, Association de Promotion des Préparations Naturelles Peu Préoccupantes, Action Justice Climat, Bio Consom’acteurs.

Rejoint·es par :

Terre d'Abeilles, Centre de Recherche d'tudes et de Formation des Thorains, Avenir Santé Environnement, GreenVoice, Chrétiens Unis pour la Terre, Alliance Santé Planétaire, Riverains Ensemble, Vayrana, Mutuelles pour la santé planétaire, Alternatiba, ANV-COP21 - Action non-violente COP21, La Marmite Rouge, OGM dangers, Alter Kapitae, Les Soulèvements de la Terre Île de France, JNE- Association des Journalistes-écrivains pour la Nature et l’Ecologie, OrgaNeo, Famille d'Illkirch, Réseau AMAP IDF, Collectif Stop Loi Duplomb, Nous voulons des coquelicots, PIG BZH - Pisseurs et Pisseuses Involontaires de Glyphosate de Bretagne, Association Saint-Hilaire-Foissac Nature, Terre de Liens, ADDCI - Association pour le Développement Durable du Causse de l'Isle, Stop aux Cancers de nos Enfants, Génération Cantines Bio 66, Terre de Liens Ile-de-France, Frugalité heureuse et créative, Santé Environnementale Mancelle, Association Su aski, Amis de la Terre du Val de Bièvre, Pixiflore, Mouvement Agrimentaire pour Demain, ADN-l’Art de Dire Nous, WWF France, CPTG-Collectif pour le Triangle de Gonesse, Union Nationale de l'Apiculture Française, CCFD - Terre Solidaire, Mouvement National de Luttes pour l'Environnement 93 Nord Est Parisien, Attac France, Vélo Sud 77, SNETAP-FSU, Notre Affaire à Tous, Biodiversité sous nos Pieds.


Publié le 17.03.2026 à 01:00

La cour d’appel de Paris confirme la relaxe des 7 activistes contre le projet d’extension du Terminal 4 à Roissy

La cour d’appel de Paris confirme la relaxe des 7 activistes contre le projet d’extension du Terminal 4 à Roissy

Communiqué de presse de Rester sur Terre et Scientifiques en rébellion

La relaxe du chef d’accusation « d’ entrave à la circulation d’un aéronef » vient d’être confirmée en appel pour les 7 activistes qui s’étaient introduits sur le tarmac de Roissy en octobre 2020 dans le cadre d’une action de désobéissance civile non-violente visant à dénoncer le projet d’extension de l’aéroport. En 2021, les activistes avaient été relaxés mais le parquet et la partie civile (Aéroports de Paris) avaient fait appel de cette décision.

Rassemblement devant le Palais de Justice en soutien aux inculpée·es, 1er décembre 2025. © Benoit Dérouet

Le 3 octobre 2020, 350 activistes d’Action Justice Climat Paris (ex-Alternatiba Paris), Non au Terminal 4 et Scientifiques en rébellion s’étaient mobilisés à Roissy, contre le projet d’extension de l’aéroport. Plus de 130 activistes avaient envahi le tarmac de l’aéroport pour dénoncer le projet d’extension du Terminal 4, à l’opposé de la nécessité de réduire le trafic aérien. Suite à cette action, sept d’entre eux avait été poursuivis devant le tribunal de Bobigny. Les juges avaient relaxé les activistes mais ADP (partie civile au procès) et le ministère public avaient décidé de faire appel de cette décision.

La Cour d’appel de Paris vient de confirmer la relaxe pour les sept activistes concernant le délit « d’entrave à la circulation d’un aéronef » ainsi que pour le refus de prélèvement ADN. Concernant les amendes des deux activistes pour « dégradations légères », elles ont été confirmées, mais assorties de sursis.

Les avocats de la défense, Me Chloé Saynac et Me Alexis Baudelin, se félicitent de cette décision : « La jurisprudence est désormais de notre côté et c’est une victoire, qui est le fruit du combat militant des activistes climat depuis de nombreuses années, mais aussi de leurs avocats. »

Sixtine Dano, prévenue et porte-parole de l’action en 2020 explique son engagement : « On nous a félicités pour nos marches climat, on nous a dit “les jeunes sont l’avenir, ils vont changer le monde”. Nous avons organisé des marches, lancé des pétitions, fait des recours en justice, et soutenu les scientifiques, mais cela n’a pas suffit à arrêter les projets climaticides. Si ni les politiques ni les entreprises n’agissent, alors c’est à nous de le faire. La désobéissance civile est légitime, nécessaire et même inévitable. »

Pour Jérôme Guilet, activiste relaxé et membre de Scientifiques en rébellion : « Les faits scientifiques sont clairs : une augmentation du trafic aérien est incompatible avec la réduction rapide des émissions de gaz à effet de serre nécessaire pour que le secteur aérien fasse sa part pour respecter l’accord de Paris. Notre action était nécessaire pour rappeler ces faits contre l’instrumentalisation que certains tentent de faire de prétendues solutions technologiques et pour éviter les graves conséquences du projet de construction du Terminal 4. »

Cette relaxe intervient alors qu’Aéroports de Paris (ADP) relance un nouveau projet d’extension de Roissy, annoncé en avril 2025, prévoyant +19% de vols en plus d’ici 2050 – une augmentation incompatible avec les objectifs climatiques. Malgré l’abandon du Terminal 4 en 2021 sous la pression des mobilisations, ADP persiste dans une logique de croissance du trafic aérien, dénoncée par les associations et le Haut Conseil pour le Climat. Près de 30 000 personnes se sont déjà engagées pour contrer ce nouveau projet délétère pour le climat et la santé des riverains.

Le samedi 3 octobre 2020, des militant·es se sont introduit·es sur le tarmac de l’aéroport de Roissy. - © Alternatiba

Chronologie

3 octobre 2020

350 activistes (Action Justice Climat, Non au Terminal 4, Scientifiques en Rébellion) se mobilisent à Roissy pour dénoncer le projet d’extension du Terminal 4.

Février 2021

Le gouvernement abandonne le Terminal 4, le jugeant « obsolète » et incompatible avec ses engagements climatiques.

12 novembre 2021

Premier procès devant le tribunal de Bobigny : relaxe pour « entrave à la circulation d’un aéronef », mais condamnations pour dégradations légères. Le parquet et ADP font appel.

Avril 2025

ADP annonce un nouveau projet d’extension (+19% de vols d’ici 2050), malgré l’opposition des citoyens et des associations.

3 décembre 2025

Audience en appel : l’avocate générale requiert des amendes et un mois de prison avec sursis pour refus de prélèvement ADN.

16 mars 2026

La cour d’appel confirme la relaxe pour les sept activistes. Deux d’entre eux voient leur amende pour dégradations légères assorties d’un sursis.


Publié le 20.01.2026 à 01:00

Les projets de grandes infrastructures ferroviaires sont de faux amis de la transition écologique

Les projets de grandes infrastructures ferroviaires sont de faux amis de la transition écologique

La future ligne Lyon-Turin et le Grand Projet du Sud-Ouest sont anachroniques au regard du contexte actuel environnemental, économique et social, alertent des membres de Scientifiques en rébellion dans une tribune dans Le Monde. Elles et ils demandent l’arrêt des travaux et une meilleure exploitation des infrastructures existantes.

Alors que s’accumulent les désordres sociétaux et environnementaux, des projets de grandes infrastructures ferroviaires sont défendus politiquement au nom de la décarbonation du transport des personnes et des marchandises. Pourtant, leurs implications économiques et environnementales désastreuses en font plutôt de faux amis de la transition écologique.

Le projet de nouvelle ligne ferroviaire Lyon-Turin est un cas d’école. En 1998, 128 trains de fret et de voyageurs circulaient par jour sur la ligne existante. Le projet était alors justifié par des prévisions d’augmentation du trafic de marchandises qui n’ont jamais vu le jour. Malgré plus de 1 milliard d’euros investis, seuls 37 trains circulent sur la ligne ferroviaire actuelle, qui est exploitée à moins de 20 % de ses capacités, alors qu’elle permettrait le report modal, de la route vers le rail, de deux tiers des marchandises.

Les opposants et certaines administrations – telles que la Cour des comptes, le conseil général des ponts et chaussées ou le Conseil d’orientation des infrastructures – pointent la nécessité d’utiliser la ligne existante de manière optimale. Pour plus de 30 milliards d’euros, équivalents à la construction de 1 000 lycées ou de 400 hôpitaux, ce projet de seconde ligne, tout comme le Grand Projet du Sud-Ouest (GPSO), ne trouve pas de justification économique ou sociétale.

Les promoteurs du projet font alors valoir la nécessaire transition écologique. A la suite de l’accord de Paris de 2015, l’Union européenne (UE) s’est engagée à une réduction de ses émissions nettes de CO₂ de 55 % d’ici à 2030 et à atteindre la neutralité carbone en 2050. TELT, la société franco-italienne chargée de la construction et de la gestion de la ligne Lyon-Turin, estime que les travaux généreraient 10 millions de tonnes de CO₂ et que cette « dette carbone » serait compensée vingt-cinq ans après le début des travaux. « Au mieux vingt-cinq ans après l’entrée en service de l’infrastructure », précise la Cour des comptes européenne.

Le raisonnement est circulaire : pour atteindre la compensation carbone des travaux en 2050, TELT compte sur une augmentation − injustifiée − du fret. Ce surplus de camions émettrait des quantités considérables de CO₂ en l’absence de report modal. Ainsi, plus ils seraient nombreux, plus le ferroutage permettrait d’éviter leurs émissions potentielles et plus la dette carbone des travaux serait compensée rapidement. La légitimité du projet de TELT repose donc sur le paradoxe suivant : plus les échanges transfrontaliers augmentent, moins ils polluent !

Quant à la ressource en eau, les tunnels transfrontaliers et de Bussoleno, prévus dans le projet, draineraient à eux seuls « 60 à 125 millions de mètres cubes d’eau par an », soit la consommation annuelle de 1 à 2 millions de personnes. L’inquiétude grandit lorsqu’un rapport d’EDF publié en 2023 indique qu’en Maurienne, le niveau d’eau à l’intérieur d’un massif s’est effondré en 2019 de 150 mètres du fait du creusement d’une galerie. De plus, le tracé intercepte des captages d’eau potable, en principe protégés, dont les périmètres ont été modifiés par le préfet de Savoie en 2024, mettant potentiellement en péril l’approvisionnement des populations. Malgré l’alerte du sénateur de l’Isère Guillaume Gontard (Les Ecologistes) en 2024, le gouvernement nie tout risque. Des recours ont été déposés en justice en 2024.

Enfin, le projet excaverait plus de 37 millions de tonnes de déblais, qui devraient être transportés par camion et stockés. Recyclables à hauteur de 25 % seulement, le restant recouvrirait l’équivalent de 2 000 hectares s’ils étaient répartis sur 1 mètre d’épaisseur. D’ores et déjà, la dépose d’une partie des déblais le long du lit de l’Arc remodèle artificiellement le paysage et contraint ce cours d’eau traversant la Maurienne, augmentant le risque de crues. Enfin, la ligne artificialiserait 1 500 hectares de terres agricoles ou de zones humides, s’inscrivant à rebours de la loi zéro artificialisation nette.

Pour TELT, la nouvelle ligne Lyon-Turin est une composante essentielle de la future « voie ferrée urbaine européenne (…), élément-clé pour l’achèvement du marché unique dans le secteur ferroviaire », révélant, s’il le fallait, que ce type de projet ferroviaire renforce la primauté de la croissance sur les enjeux écologiques.

Emission de plusieurs millions de tonnes de carbone, décarbonation repoussée dans le temps, destruction de zones humides : c’est aussi ce que causerait la construction du GPSO. Comme pour le Lyon-Turin, une infime partie des travaux totaux est commencée, alors qu’ils auraient des conséquences environnementales irréversibles : le ferroviaire peut être un faux ami de la transition écologique. Comme le requiert la conférence Ambition France Transports, organisée par le gouvernement, il est encore temps de s’interroger sur ces projets, au regard de leurs empreintes économiques et écologiques.

Ces projets de grandes infrastructures, nés pendant les « trente glorieuses », sont anachroniques au regard du contexte actuel environnemental, économique et social. Ils risquent de se concrétiser comme des infrastructures zombies, construites mais en inadéquation avec les besoins des populations au moment de leur mise en service. Alors que sept limites planétaires sur neuf ont été dépassées – selon le rapport « Planetary Health Check » publié par l’Institut de recherche de Potsdam sur les effets du changement climatique en 2025 –, il est impératif d’envisager collectivement une autre voie, tournée vers la sobriété, seule issue pour assurer les besoins et la dignité de tous, tout en limitant les désastres environnementaux.

Nous nous opposons donc au projet de la seconde ligne Lyon-Turin comme au GPSO, demandons l’arrêt des travaux et une meilleure exploitation des infrastructures existantes. Notamment, nous encourageons nos politiques à entretenir et développer les réseaux ferroviaires locaux et régionaux, qui sont exsangues. Nous appelons au débat démocratique pour la mise en place d’une politique ferroviaire, pour le fret et les personnes, en France et en Europe, pensée pour servir une bifurcation sociale et écologique, et non des logiques économiques obsolètes.

Signataires

Coline Ariagno, post-doctorante en géomorphologie
Fabienne Barataud, chercheuse en géographie sociale
Xavier Bodin, chercheur en géomorphologie
Fabrice Casset, ingénieur-chercheur en sciences physiques
Laurent Husson, chercheur en sciences de la terre
Odin Marc, chercheur en géomorphologie
Stéphanie Mariette, chercheuse en génétique des populations


 

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Carmine
Mona CHOLLET
Anna COLIN-LEBEDEV
Julien DEVAUREIX
Cory DOCTOROW
Lionel DRICOT (PLOUM)
EDUC.POP.FR
Marc ENDEWELD
Michel GOYA
Hubert GUILLAUD
Gérard FILOCHE
Alain GRANDJEAN
Hacking-Social
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Dana HILLIOT
François HOUSTE
Tagrawla INEQQIQI
Infiltrés (les)
Clément JEANNEAU
Paul JORION
Christophe LEBOUCHER
Michel LEPESANT
 
 Persos M à Z
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Christophe MASUTTI
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