Feditech
Publié le 14.01.2026 à 20:33
Le retour inattendu de Digg pour réinventer le web social
C’est une nouvelle qui ravira les nostalgiques de l’ère du Web 2.0 et intriguera certainement la nouvelle génération d'internautes. Digg, l’une des communautés en ligne pionnières d’Internet et ancien grand rival de Reddit, reprend officiellement du service. Mais ce n'est pas une simple refonte esthétique, l'entreprise est de retour sous la houlette de son fondateur original, Kevin Rose, qui s'est associé pour l'occasion à une figure surprenante, Alexis Ohanian, le cofondateur de Reddit. Depuis ce mercredi, la plateforme a lancé sa version bêta ouverte au public.
Pour comprendre l'importance de ce retour, il faut remonter le temps. À son apogée en 2008, Digg était évalué à environ 175 millions de dollars. C'était le carrefour incontournable de l'actualité tech et sociale, un agrégateur de news puissant. La plateforme a pourtant fini par être dépassée par Reddit, son concurrent direct, qui a su captiver les communautés avec une approche plus brute et centrée sur la discussion.
L'histoire de Digg a ensuite été chaotique: démantèlement en 2012, vente de ses actifs à Betaworks, LinkedIn et au Washington Post, puis un rachat par une société de publicité en 2018. Pendant ce temps, Reddit est devenu un géant coté en bourse, signant des accords de licence de contenu avec les mastodontes de l'IA comme Google et OpenAI.
Aujourd'hui, Rose et Ohanian croient que le vent tourne. Ils ont racheté la marque en mars dernier via un montage financier impliquant True Ventures, la firme Seven Seven Six d'Ohanian et S32. Leur pari ? L'essor de l'intelligence artificielle a créé un besoin urgent de reconstruire un espace social sain.
Le nouveau Digg ressemble à son rival dans la forme, un site web et une application mobile où l'on navigue dans des flux, rejoint des communautés et où l'on peut “upvoter” (ou “digger”) du contenu. Mais la philosophie derrière le produit est radicalement différente, axée sur la résolution de la toxicité actuelle des réseaux sociaux. Le défi principal identifié par les fondateurs est la prolifération des bots. Comment s'assurer que l'on interagit avec de vrais humains sans pour autant exiger une carte d'identité ou un processus bancaire intrusif ?
Kevin Rose rejette l'idée de forcer les utilisateurs à décliner leur identité réelle. À la place, Digg mise sur des signaux de confiance. La plateforme expérimente des technologies de pointe, comme les preuves à divulgation nulle de connaissance (zero-knowledge proofs). Cette méthode cryptographique permet de vérifier une information sans révéler les données sous-jacentes.
Concrètement, cela permettrait des usages novateurs. Imaginez une communauté dédiée aux montres connectées. Digg pourrait vérifier que les membres possèdent réellement l'objet sans qu'ils aient à divulguer leur nom. De même, l'application pourrait utiliser des signaux mobiles pour confirmer que ces derniers ont assisté à un même événement physique, renforçant ainsi leur crédibilité. Il ne s'agit pas d'une solution miracle unique, mais d'une accumulation de petits gestes créant un écosystème de confiance.
Avant ce lancement public, Digg fonctionnait sur invitation avec environ 67 000 utilisateurs répartis dans 21 communautés généralistes (gaming, technologie, divertissement). Désormais, n'importe qui peut créer sa propre communauté, aussi nichée soit-elle (pour m’être enrollé dans cette phrase préliminaire, le contenu était massivement anglophone jusqu’à présent).
La gestion de ces espaces se veut plus transparente. Les journaux de modération seront publics, permettant aux membres de comprendre les décisions prises par les gestionnaires. De plus, bien que le lancement se fasse avec un gestionnaire unique par communauté, l'objectif est d'évoluer. Justin Mezzell, le PDG de Digg, explique que l'équipe adopte une approche agile: “construire l'avion en plein vol”. Cela signifie des mises à jour agressives et hebdomadaires pour ajouter des fonctionnalités, comme l'intégration de scores Letterboxd pour les communautés de cinéma.
L'entreprise souhaite également repenser le modèle du modérateur bénévole, souvent source de tensions sur Reddit. Bien que les plans ne soient pas encore finalisés, l'objectif est de rendre l'expérience plus équitable pour ceux qui construisent la valeur de la plateforme. Avec une équipe réduite mais disposant de plusieurs années de trésorerie pour trouver son marché, Digg ne cherche pas la croissance immédiate à tout prix. Reste à voir si cette vision suffira à convaincre les internautes de migrer vers ce phénix du web social.
Publié le 14.01.2026 à 16:08
Bandcamp prend position pour l'humain et bannit la musique générée par IA
C'est une nouvelle qui va faire vibrer le cœur de tous les mélomanes, des collectionneurs de vinyles et, surtout, des artistes indépendants qui peuplent la magnifique communauté de Bandcamp. Alors que le monde de la musique semble parfois perdre la tête face aux avancées technologiques fulgurantes, la plateforme chérie des indés vient de taper du poing sur la table avec un enthousiasme et une clarté qui font du bien. Elle a officiellement décidé de s'attaquer au problème croissant de la bouillie générée par l'intelligence artificielle qui commence à saturer les ondes numériques. Dans une annonce qui résonne comme une déclaration d'amour à la créativité humaine, l'entreprise a confirmé qu'elle bannissait purement et simplement toute musique ou contenu audio créé en totalité ou en partie substantielle par une IA générative.
Imaginez un instant le soulagement pour les créateurs qui passent des heures à composer, à écrire et à enregistrer. Bandcamp réaffirme ici que sa plateforme est un sanctuaire pour l'expression authentique. Selon leur propre blog, l'utilisation d'outils d'IA pour imiter d'autres artistes ou copier des styles existants est également strictement interdite, renforçant des politiques déjà existantes mais désormais appliquées avec une vigueur nouvelle. Le but est de protéger l'intégrité artistique et s'assurer que lorsque vous cliquez sur “play”, vous écoutez le fruit d'une âme et non le résultat d'un algorithme froid et calculé.
Cette décision place Bandcamp en tête de file des plateformes musicales ayant le courage de définir une politique claire et restrictive sur l'usage de ces technologies. Il faut dire que le contexte devenait inquiétant. Le terme “slop” (que l'on pourrait traduire par “bouillie” ou “déchets”) est de plus en plus utilisé pour décrire cette invasion de morceaux générés à la chaîne qui envahissent les services de streaming. Les chiffres donnent le tournis et justifient amplement la réaction de Bandcamp. Deezer, par exemple, a récemment révélé que près de 50 000 chansons générées par IA sont téléversées sur leur application chaque jour. Cela représente environ 34% de leur catalogue musical, une statistique qui a de quoi glacer le sang des puristes.
Face à cette marée montante, les géants du secteur ont été relativement lents à réagir. Spotify a commencé à faire quelques petits pas timides, promettant de développer un standard industriel pour mentionner l'IA dans les crédits et de lancer une politique contre l'imitation, mais rien d'aussi tranché que la position actuelle de Bandcamp. De son côté, Deezer reste la seule plateforme à avoir signé une déclaration mondiale sur l'entraînement des IA, soutenue par de nombreux acteurs et auteurs-compositeurs. Mais Bandcamp va plus loin, beaucoup plus loin, en supprimant la source même du problème sur son site.
L'équipe a d'ailleurs mis en place des outils de signalement pour permettre à sa communauté vigilante de rapporter tout contenu suspect. Si un morceau sent le robot à plein nez, il pourra être flagué et potentiellement retiré par la modération. Cette approche collaborative prouve encore une fois que le service fait confiance à ses utilisateurs. Dans leur message, ils ont touché la corde sensible en déclarant croire fermement que la connexion humaine trouvée à travers la musique est une partie vitale de notre société et de notre culture. Pour eux, cet art est bien plus qu'un simple produit à consommer rapidement mais un lien sacré.
Cette prise de position s'inscrit parfaitement dans l'ADN de l'entreprise, qui possède un historique irréprochable en matière de soutien aux artistes. On pense immédiatement aux fameux “Bandcamp Fridays”, ces journées spéciales durant lesquelles la plateforme renonce à sa part de revenus pour reverser 100% des ventes directement aux musiciens. Cette initiative incroyable a déjà permis de redistribuer plus de 120 millions de dollars dans les poches des créateurs et la bonne nouvelle est que cette politique continuera en 2026. En bannissant l'IA générative, Bandcamp ne fait que confirmer ce que nous savions déjà, c'est la plateforme qui aime vraiment les musiciens.
Publié le 14.01.2026 à 09:39
VoidLink - Le nouveau malware qui cible Linux et le Cloud
Si les environnements Windows ont longtemps été la cible privilégiée des cybercriminels, une récente découverte vient rappeler que les systèmes Linux, piliers de l'infrastructure cloud mondiale, sont désormais dans le collimateur d'acteurs malveillants hautement sophistiqués. Des chercheurs de Check Point ont mis au jour un nouveau framework baptisé VoidLink, un outil dont la complexité et la modularité marquent une rupture avec les malwares Linux traditionnels.
Parlons de sa structure. Il ne s'agit pas d'un simple script malveillant, mais d'un véritable écosystème offensif. Le code source révèle l'existence de plus de trente modules distincts, transformant ce logiciel en un véritable couteau suisse numérique. Cette modularité permet aux attaquants de personnaliser l'infection pour chaque machine compromise, en ajoutant ou en retirant des fonctionnalités selon l'évolution de leurs objectifs.
Le fonctionnement repose sur un chargeur en deux étapes, suivi d'un implant final qui intègre les modules de base. Fait notable, VoidLink dispose de sa propre interface de programmation (API) pour le développement de plugins, permettant au malware d'évoluer d'un simple implant vers un cadre de post-exploitation complet. Cette flexibilité offre aux opérateurs la possibilité de télécharger et d'installer de nouvelles fonctionnalités en temps réel, sans avoir à réinfecter la machine cible.
VoidLink a conscience de l'environnement dans lequel il opère. Il est spécifiquement conçu pour détecter s'il s'exécute au sein d'une infrastructure cloud publique. En interrogeant les métadonnées via les API des fournisseurs, il peut identifier s'il se trouve sur Amazon Web Services, Google Cloud Platform, Microsoft Azure, Alibaba ou Tencent. Les analystes ont même trouvé des indications suggérant que les développeurs prévoient d'étendre ces capacités de détection à d'autres fournisseurs comme Huawei, DigitalOcean et Vultr.
Cette spécialisation vers le cloud démontre une compréhension aiguë des infrastructures modernes. VoidLink ne se contente pas de savoir s'il est dans le cloud, il cherche aussi à comprendre la topologie locale. Il collecte des informations détaillées sur l'hyperviseur et détermine s'il fonctionne à l'intérieur d'un conteneur Docker ou d'un pod Kubernetes. Cette intelligence situationnelle est déterminante pour permettre des mouvements latéraux discrets et efficaces au sein des réseaux d'entreprise.
Ses fonctionnalités dépassent largement ce que l'on observe habituellement chez les attaquants opportunistes. Le framework intègre des fonctions de rootkit avancées lui permettant de se fondre dans l'activité normale du système, rendant sa détection particulièrement ardue. Il utilise des techniques d'anti-analyse et d'anti-débogage pour repérer les outils de sécurité et les mesures de durcissement installés sur la machine, adaptant son comportement pour éviter d'être repéré.
Au-delà de la dissimulation, l'objectif est bien évidemment le vol d'informations et la persistance. Le malware est capable de cartographier les processus, les services, le système de fichiers et les interfaces réseau. Il excelle particulièrement dans la récolte d'identifiants. Clés SSH, mots de passe, cookies de navigateur, identifiants Git, jetons d'authentification et clés API stockés dans le trousseau du système sont systématiquement exfiltrés. Les communications avec le serveur de commande et de contrôle sont camouflées pour ressembler à un trafic réseau légitime, compliquant encore la tâche des défenseurs.
Malgré ces capacités effrayantes, il existe une lueur d'espoir. L'analyse de l'interface de VoidLink, localisée pour des opérateurs affiliés à la Chine, ainsi que les commentaires dans le code source, indiquent que le projet est encore en phase de développement. Check Point a découvert ce malware dans des clusters de fichiers sur VirusTotal, mais n'a trouvé aucune preuve qu'il ait infecté des machines dans la nature pour le moment.
Cette absence d'attaques actives ne doit cependant pas inciter à la complaisance. Son existence même témoigne d'un investissement et d'une planification typiques des acteurs de la menace professionnelle. Cela signale que les attaquants consacrent désormais des ressources considérables pour cibler les environnements Linux et Cloud, conscients que c'est là que résident les données les plus critiques des entreprises modernes. Si aucune action immédiate n'est requise pour l'instant, la vigilance reste de mise. Les défenseurs doivent se préparer à voir émerger des menaces de ce calibre dans un avenir proche.
Publié le 13.01.2026 à 09:01
Êtes-vous mort ? L’appli au nom douteux qui s’inquiète pour vous quand personne d’autre ne le fait
La technologie est parfois fascinante. Nous avons des applications pour compter nos pas, pour surveiller notre sommeil, pour trouver l’amour en glissant le pouce vers la droite et même pour nous rappeler de boire de l’eau comme si nous étions des plantes d’intérieur un peu idiotes. Mais il manquait quelque chose d’essentiel, une lacune flagrante dans l’App Store que personne n’avait osé combler jusqu’à présent. Heureusement, une nouvelle tendance venue de Chine est là pour répondre à la question existentielle ultime: « Êtes-vous mort ? ».
Non, ce n’est pas une blague, ou du moins, pas entièrement. L’application payante numéro un sur l’App Store chinois s’appelle littéralement « Are You Dead? » (ou « Si-le-ma » en version originale). Pour la modique somme de 8 yuans, soit environ 1 euro, vous pouvez vous offrir le luxe d’avoir un logiciel qui se soucie de savoir si votre cœur bat encore. Le concept est d’une simplicité enfantine et d’une efficacité morbide. Une fois l’application installée, vous configurez un contact d’urgence. Ensuite, votre seule mission quotidienne, si vous l’acceptez, est d’ouvrir l’application et de taper sur un bouton rond vert orné d’un petit fantôme de dessin animé. C’est mignon, non ?
Si vous effectuez ce rituel sacré, tout va bien, le fantôme est content et l’application vous laisse tranquille. Mais attention, si vous oubliez de pointer deux jours de suite, l’algorithme panique. Au troisième jour sans signe de vie, l’application envoie automatiquement un email à votre contact d’urgence pour lui signaler que vous avez peut-être passé l’arme à gauche. Sur la page anglophone de l’application, où elle porte le nom un peu moins glauque de « Demumu », les développeurs la décrivent comme un outil de sécurité léger conçu pour rendre la vie solitaire plus rassurante. C’est une façon très polie de dire que nous vivons dans une dystopie sociale où notre meilleur ami est un bouton vert.
Derrière ce nom qui ressemble à une mauvaise blague se cache une réalité démographique beaucoup moins drôle. La Chine s’attend à compter près de 200 millions de foyers unipersonnels d’ici 2030. Entre le vieillissement de la population, les conséquences à long terme de la politique de l’enfant unique et une urbanisation galopante qui éloigne les jeunes de leurs familles, la solitude est devenue un véritable problème de santé publique. L’application fait donc le buzz, suscitant des réactions mitigées sur les réseaux sociaux. Certains louent l’initiative, tandis que d’autres s’amusent de son nom. Car oui, le titre est un jeu de mots intentionnel et grinçant sur une application de livraison de nourriture très populaire appelée « Are You Hungry? » (Ele.me). En gros, si vous ne commandez pas à manger, c’est peut-être parce que vous n’êtes plus là pour le faire.
L’équipe derrière ce chef-d’œuvre d’humour noir est composée de trois développeurs de la gen Z, tous nés après 1995. Ils se disent honorés par l’attention soudaine et prévoient déjà des mises à jour. Les utilisateurs, jamais à court de critiques constructives, ont suggéré de remplacer les emails par des SMS, car soyons honnêtes, qui consulte ses mails en cas d’urgence vitale ? C’est tellement années 2000. Les créateurs envisagent également de changer le nom pour quelque chose de moins direct, probablement pour éviter d’effrayer les grands-parents qu’ils essaient de protéger.
Mais ne riez pas trop vite de nos amis chinois, car la solitude est une tendance mondiale qui s’exporte très bien. Demumu s’est récemment hissée à la sixième place des applications payantes aux États-Unis, probablement aidée par la diaspora chinoise mais aussi par une triste réalité locale. Aux États-Unis, plus d’un quart des foyers sont occupés par une seule personne, un chiffre qui a explosé depuis les années 1940. Il semble que vivre seul soit le nouveau standard, et payer une application pour vérifier notre existence, la nouvelle normalité. Alors, si vous vivez seul et que vous avez un euro à dépenser, pourquoi ne pas laisser un petit fantôme vert veiller sur vous ? C’est toujours mieux que d’attendre que le chat ne commence à vous regarder bizarrement.
Publié le 12.01.2026 à 21:30
Claude Cowork - L’agent IA d’Anthropic s’invite enfin sur le bureau de tout le monde
Si vous suivez de près l'actualité de l'intelligence artificielle, vous êtes probablement déjà familier avec Claude Code. Depuis l'automne 2024, Anthropic entraîne ses modèles non seulement à discuter, mais à naviguer et utiliser des ordinateurs à la manière d'un humain. Jusqu'à présent, cette vision s'exprimait principalement via un agent de codage destiné aux développeurs, leur permettant d'automatiser des tâches techniques fastidieuses. Mais dès aujourd'hui, la donne change radicalement. L’entreprise ouvre ces capacités au grand public avec le lancement d'une nouvelle fonctionnalité en prévisualisation baptisée Claude Cowork.
Anthropic présente Cowork comme une méthode simplifiée permettant à n'importe qui (et pas seulement aux ingénieurs informatiques) de collaborer directement avec Claude. Le principe est étonnamment simple et puissant. Une fois que vous accordez au système l'accès à un dossier spécifique sur votre ordinateur, l'IA peut lire, éditer ou créer de nouveaux fichiers en votre nom. C’est une évolution qui transforme cette dernière d'un simple chatbot passif en un véritable agent actif capable d'exécuter des tâches concrètes.
Pour illustrer le potentiel de cet outil, l’entreprise américaine met en avant plusieurs cas d'usage quotidiens qui pourraient changer notre façon de travailler. Imaginez demander à Claude de mettre de l'ordre dans votre dossier de téléchargements en renommant intelligemment chaque fichier pour qu'il soit identifiable en un coup d'œil. Plus impressionnant encore, vous pourriez lui soumettre des captures d'écran de factures et lui demander de générer automatiquement un tableur pour le suivi de vos dépenses.
Grâce à un plugin Chrome et au framework Connectors maison, Cowork peut même naviguer sur le web ou interagir avec des applications tierces comme Canva. L'objectif est de fluidifier le travail. Vous n'avez plus besoin de copier-coller du contexte manuellement ou de reformater les réponses de l'IA. De plus, il est possible de mettre des tâches en file d'attente pour que Claude les traite en parallèle, sans attendre qu'il ait terminé une action pour en suggérer une autre.
Naturellement, l'idée de laisser une telle technologie accéder à ses fichiers locaux peut susciter des inquiétudes légitimes. Anthropic se veut rassurant en précisant que Claude ne peut ni lire ni modifier ce qui ne lui a pas été ouvert explicitement. L'entreprise ne cache pourtant pas certains risques. Le système pourrait théoriquement effectuer des actions destructrices, comme la suppression accidentelle d'un fichier important ou une mauvaise interprétation d'une commande. C'est pourquoi il est vivement recommandé de fournir des instructions extrêmement claires et sans ambiguïté. Anthropic avertit également sur les risques d'injection de prompt, soulignant que l'utilisation d'un agent autonome demande plus de vigilance qu'une simple conversation textuelle.
Pour la société, le défi est de taille. Il s'agit de convaincre le grand public de l'utilité de ces agents là où d'autres, comme Copilot de Microsoft, peinent encore à s'imposer malgré des années de présence. Le succès critique de Claude Code auprès des développeurs pourrait toutefois jouer en leur faveur. Pour l'instant, l'accès à Cowork reste un privilège. Il est réservé aux abonnés de la formule onéreuse Claude Max possédant un Mac avec l'application installée. Les autres devront patienter sur une liste d'attente, le temps que cette technologie prometteuse mûrisse.
Publié le 12.01.2026 à 18:58
Quand Netflix et Warner veulent se marier mais que Paramount balance une objection et un procès à 82 milliards
Attrapez votre pop-corn, installez-vous confortablement dans votre canapé (probablement acheté chez IKEA parce que vous avez tout dépensé en abonnements streaming) et préparez-vous. Le feuilleton le plus palpitant du moment ne se trouve pas dans le catalogue “Nouveautés”, mais dans les salles de réunion de Hollywood et les tribunaux du Delaware. C’est l’histoire d’un triangle amoureux corporatif qui ferait passer les intrigues de Succession pour un épisode de Oui-Oui.
Warner Bros Discovery et Netflix sont sur le point de conclure l'affaire du siècle. Un mariage arrangé à 82,7 milliards de dollars qui donnerait naissance à un titan du divertissement capable d'avaler tout cru le reste de l'industrie. Les bans sont publiés, la robe est achetée. Sauf que voilà, au fond de l'église, il y a un ex-petit ami très riche et très jaloux qui vient de se lever pour hurler son opposition. Cet ex, c’est Paramount. Et son PDG, David Ellison, n’est pas venu jeter du riz, mais lancer une poursuite judiciaire.
Paramount a donc officiellement porté plainte contre la Warner. L'ambiance est électrique. Le premier accuse essentiellement les dirigeants du second de jouer à cache-cache avec la vérité. Selon lui, les actionnaires ont besoin de savoir pourquoi WBD préfère se jeter dans les bras de Netflix pour 82 milliards, alors que Paramount est là, sur le trottoir d'en face, agitant une liasse de billets totalisant une offre hostile de 108,4 milliards de dollars (soit 30 dollars par action, en cash, s'il vous plaît).
Pour Ellison, c’est incompréhensible. Il affirme dans une lettre aux actionnaires que Warner invente des excuses de plus en plus créatives pour ignorer son offre. C’est un peu comme si vous refusiez un rendez-vous avec Brad Pitt pour sortir avec votre comptable, sans jamais expliquer pourquoi, sauf que le comptable a des dettes et que Brad Pitt a une valise pleine d'argent liquide. Paramount exige donc que le tribunal force la Warner à dévoiler les calculs magiques qu'ils ont utilisés pour justifier que l'offre de Netflix est supérieure. Ellison veut voir les reçus, les notes de bas de page et probablement l'historique de navigation internet du conseil d'administration.
Mais attendez, ce n'est pas tout ! Comme dans tout bon drame, les voisins s'en mêlent. Et quels voisins ! Nous assistons à une alliance cosmique aussi rare qu'une éclipse solaire. Donald Trump et Bernie Sanders sont d'accord sur quelque chose. Oui, vous avez bien lu. Le dictat… président américain a exprimé son mécontentement sur Truth Social, relayant l'idée que si Netflix avale Warner, ils deviendront le gardien culturel le plus puissant de l'histoire. Il a même rencontré Ted Sarandos, le co-PDG de Netflix, pour lui dire en face que ce monopole sentait le roussi. De l'autre côté de l'échiquier politique, Elisabeth Warren et Bernie Sanders hurlent aussi au loup, craignant que cette fusion ne transforme votre facture mensuelle de streaming en un second loyer, tout en écrasant la classe moyenne. Quand la droite US craint pour la culture et la gauche pour le portefeuille, on sait que l'affaire est sérieuse.
Pendant ce temps, la Writers Guild of America (les scénaristes) regarde tout cela avec horreur, brandissant les lois antitrust comme des gousses d'ail face à un vampire. Tout le monde craint pour les emplois, la diversité des films et le prix de l'abonnement qui a déjà grimpé plus vite que la tension artérielle d'un trader sous caféine. Malgré le refus répété de Warner, Paramount ne lâche rien. Ils prévoient même d'infiltrer leur conseil d'administration en nommant leurs propres directeurs pour bloquer le mariage avec Netflix. C’est de la haute voltige financière, c'est brutal et c'est absolument fascinant.
Au final, peu importe qui gagne cette guerre des trônes médiatique, le prochain abonnement va faire mal, mais au moins, le spectacle actuel est gratuit.
Publié le 12.01.2026 à 16:56
Apple et Google font équipe pour enfin donner un cerveau à Siri
Accrochez-vous bien à vos chaises de bureau ergonomiques et vérifiez la température en enfer, car il semblerait qu'il y gèle à pierre fendre. Nous vivons une époque formidable où les chiens et les chats signent des traités de paix, où l'eau et l'huile décident de se mélanger et où, tenez-vous bien, Apple décide d'appeler Google à la rescousse. La firme de Cupertino, celle-là même qui aime construire des murs infranchissables autour de son jardin luxuriant, a officiellement annoncé qu'elle allait utiliser le modèle d'intelligence artificielle Gemini de Google pour propulser la prochaine version de Siri.
C’est un peu comme si Batman demandait au Joker de venir l'aider à sécuriser la Batmobile parce qu'il a perdu les clés. Dans un communiqué qui restera sans doute dans les annales de l'humilité corporative (ou du désespoir stratégique, c'est selon), Apple a déclaré avoir déterminé après une évaluation minutieuse que la technologie de Google offrait la fondation la plus capable pour ses modèles. En langage humain décodé, cela signifie probablement qu'ils ont regardé l'état actuel de Siri, ont pleuré un bon coup et se sont dit qu'il valait mieux s'allier à l'ennemi juré plutôt que de continuer à expliquer pourquoi leur assistant vocal ne sait toujours pas faire cuire un œuf virtuel sans mettre le feu à la cuisine.
Cette annonce intervient après une période que l'on pourrait poliment qualifier de flottement artistique. Rappelez-vous, cela fait près d'un an que la marque à la pomme a retardé sa grande mise à jour de l'IA, admettant du bout des lèvres que cela prenait un peu plus de temps que prévu. C'est l'euphémisme du siècle. C'est comme dire que la construction de la Sagrada Família a pris un léger retard. Bloomberg avait déjà vendu la mèche l'année dernière en rapportant que l’entreprise américaine lorgnait sur Gemini pour une fonctionnalité de réponses basées sur la connaissance mondiale. L'idée est de vous permettre de chercher des informations et de recevoir des résumés générés par l'IA, plutôt que la réponse classique de Siri qui consiste à vous afficher trois liens web en disant “voici ce que j'ai trouvé” avec un air faussement serviable.
Les coulisses de cette décision semblent avoir été aussi chaotiques qu'un épisode de Game of Thrones, mais avec plus de codeurs en sweat à capuche. John Giannandrea, le grand patron de l'IA chez Apple, a d'ailleurs rendu son tablier le mois dernier suite à ces revers. On imagine l'ambiance à la cafétéria. Il faut dire que la tâche était titanesque, transformer Siri, cet assistant sympathique mais un peu simplet qui excelle surtout pour régler des minuteurs pour les pâtes, en une entité omnisciente capable de rivaliser avec ChatGPT.
D'ailleurs, Apple n'a pas seulement fait les yeux doux à Google. La rumeur court que Tim Cook et sa bande ont joué les Bachelors de la Silicon Valley, explorant des partenariats potentiels avec tout ce que l'industrie compte de gros cerveaux artificiels, notamment OpenAI, Anthropic et Perplexity. Le PDG, toujours diplomate, a précisé que l'entreprise prévoyait de lancer des intégrations avec plusieurs entreprises d'IA au fil du temps. C'est une façon polie de dire qu'ils ne mettent pas tous leurs œufs (numériques) dans le même panier, même si le panier de Google semble être le plus gros pour l'instant.
Alors, à quoi devons-nous nous attendre cette année ? À un Siri qui comprend enfin le contexte, qui ne vous demande pas de déverrouiller votre iPhone pour vous donner la météo, et qui, grâce à la magie de Google Gemini, pourra peut-être répondre à des questions complexes sans bégayer. C'est une alliance de raison qui promet de changer notre quotidien, ou du moins, de rendre nos conversations avec nos téléphones un peu moins frustrantes. Reste à voir si Siri développera une personnalité schizophrène, tiraillé entre son âme d'Apple et son nouveau cerveau Google. En tout cas, le futur de nos assistants vocaux vient de devenir beaucoup plus intéressant et ironiquement, beaucoup plus Google.
Publié le 12.01.2026 à 15:25
Firefox 147 débarque du futur pour sauver vos onglets et votre santé mentale
Nous sommes le 12 janvier, il fait froid, vous n'avez probablement pas encore tenu vos résolutions du Nouvel An, mais ne désespérez pas, Mozilla est là pour mettre un peu de soleil dans votre vie numérique. Comme à leur habitude, nos amis du renard de feu ont publié les versions finales de Firefox 147 sur leur serveur FTP juste avant l'annonce officielle prévue pour demain. Alors, qu’est-ce que la fondation nous a concocté pour cette 147ème mouture ? Spoiler, c’est du lourd et votre carte graphique va enfin pouvoir arrêter de simuler le décollage d'une fusée Ariane.
Commençons par le graal pour les utilisateurs de Linux, ceux qui aiment avoir les mains dans le cambouis mais le bureau bien rangé. Firefox 147 prend enfin en charge la spécification XDG Base Directory de Freedesktop.org. Après des années à éparpiller des fichiers de configuration un peu partout comme un adolescent laisse traîner ses chaussettes, le renard apprend enfin à ranger sa chambre. C’est un petit pas pour le navigateur, mais un bond de géant pour la propreté de votre dossier Home.
Mais ce n'est pas tout. Si vous avez un GPU AMD, réjouissez-vous, le décodage vidéo matériel “zero-copy” est de la partie. En langage humain, cela signifie que regarder des vidéos de chats en 4K ne transformera plus votre ordinateur en radiateur d'appoint. La lecture sera fluide, soyeuse et votre ventilateur vous remerciera par un silence religieux. Les utilisateurs de Mac avec puces Apple Silicon ne sont pas en reste, car le support WebGPU arrive pour tout le monde. C'est le moment de lancer des simulations graphiques complexes (ou juste des jeux par navigateur) sans faire fondre votre machine.
Pour rester sur Linux (décidément, ils sont gâtés), la version 147 améliore le rendu sur GNOME avec Mutter. Fini le texte flou sur les écrans à mise l'échelle fractionnaire qui vous donnait l'impression d'avoir besoin de nouvelles lunettes. Les pixels sont désormais alignés sur la grille réelle, offrant une netteté chirurgicale, peu importe la taille de la fenêtre. Vos rétines vont apprécier.
Parlons vitesse, car on n'a jamais assez de temps. Firefox intègre le support des “Compression Dictionaries” (RFC 9842). Derrière ce nom barbare se cache une technologie capable de réduire drastiquement le nombre d'octets transférés. Mozilla promet que cela va booster le chargement des pages, surtout si votre connexion internet date de l'époque du 56k ou si votre colocataire télécharge l'intégrale d'une série en 8K.
Côté ergonomie, une fonctionnalité va changer la vie des multitâches compulsifs, le Picture-in-Picture automatique. Auparavant caché dans les tréfonds de Firefox Labs, c'est désormais activé par défaut. Lancez une vidéo, changez d'onglet pour faire semblant de travailler, et hop ! La vidéo vous suit automatiquement dans une petite fenêtre flottante. C'est magique, c'est pratique et c'est terrible pour votre productivité, mais on adore ça. De plus, les paramètres des onglets ont été réorganisés en trois catégories logiques: Ouverture, Interaction et Fermeture. C'est tellement clair que même votre grand-oncle qui clique partout pourrait s'y retrouver.
Pour les paranoïaques de la sécurité (et vous avez raison de l'être), la version Android active l'isolation de site par défaut pour contrer les attaques type Spectre. Votre téléphone sera désormais aussi forteresse que votre PC. Sur Windows, des correctifs viennent régler des soucis de sélection d'onglets sur certains moniteurs, parce qu'il n'y a rien de plus frustrant que de cliquer à côté.
Enfin, pour les développeurs web, ces magiciens du code, Firefox 147 apporte une hotte pleine de jouets: API de navigation, positionnement d'ancrage CSS et de nouvelles unités relatives aux polices. Vous pourrez même importer des feuilles de style via JavaScript. Bref, de quoi vous occuper jusqu'à la version 148.
La sortie officielle est donc pour demain, 13 janvier, accompagnée des versions ESR. Mais si vous êtes du genre impatient, foncez sur le FTP de Mozilla. Pour les autres, profitez de votre dernière journée avec la version 146, elle va vite vous sembler préhistorique !
Publié le 12.01.2026 à 14:50
Tesla - Tout va se jouer en 2026
Pour Elon Musk, les enjeux n'ont jamais été aussi élevés. À travers ses interventions lors des conférences sur les résultats financiers, ses interviews en podcast et un flux constant de publications sur X, le PDG iconoclaste a passé l'année écoulée à préparer le terrain pour une vague de nouveautés matérielles et logicielles. Selon lui, ces innovations définiront l'avenir de Tesla. « 2026 sera quelque chose de spécial », affirmait-il le 1er janvier.
Les promesses de la marque automobile américaine pour cette année charnière reposent sur quatre piliers: le logiciel de conduite autonome pour les voitures grand public, un service de robotaxi entièrement autonome, des robots humanoïdes et la présentation d'au moins un nouveau véhicule attendu de longue date. Pour les analystes, l'avenir de l'entreprise ne dépend plus que d'une seule variable, la capacité de son intelligence artificielle à fonctionner à grande échelle. 2026 sera surtout l’année de la preuve pour l'activité de robotaxi. C'est ce segment qui devrait être le principal moteur de croissance.
Depuis juin dernier, des Tesla Model Y et Model 3 transportent des passagers à Austin, au Texas, sans intervention humaine au volant, bien que des conducteurs de sécurité soient toujours présents pour intervenir en cas de besoin. L'attention se porte désormais sur la régulation. Où la marque sera-t-elle autorisée à opérer ses véhicules autonomes ? Et plus que tout, aura-t-elle assez confiance en sa technologie pour retirer définitivement les humains des sièges avant ? Actuellement, ces robotaxis circulent déjà à Phoenix, San Francisco, Los Angeles, Austin et Atlanta.
Le Cybercab entre en production de masse
Lors de la présentation des résultats du troisième trimestre, Musk a annoncé que le Cybercab, le véhicule autonome dédié maison, entrerait en production de volume dès avril. Ce biplace, dépourvu de volant et de pédales, est optimisé pour une autonomie totale. Le milliardaire prédit une demande assez folle pour ce modèle futuriste. Tesla revendique une avance considérable sur ses concurrents en matière de données de conduite autonome, avec plus de six milliards de kilomètres parcourus par ses clients en mode Full Self-Driving (supervisé). La concurrence s'intensifie pourtant. Nvidia vient de dévoiler sa nouvelle plateforme de voiture autonome au CES de Las Vegas, tandis que Rivian, Ford et General Motors accélèrent le déploiement de leurs propres technologies. Elon Musk balaie ces menaces, affirmant sur X que Tesla a cinq ans d'avance sur Nvidia.
Des révélations produits très attendues
Tesla prépare également le retour de la Roadster de deuxième génération. Cette voiture de sport électrique, dévoilée il y a plus de huit ans et maintes fois retardée, devrait être présentée à nouveau le 1er avril. Musk promet une collaboration avec SpaceX incluant une technologie de fusée, qualifiant l'événement à venir de révélation de produit la plus mémorable de tous les temps (rien que ça…). Parallèlement, le Semi, un camion électrique, devrait sortir de l'usine du Nevada au premier semestre 2026, après des tests pilotes réussis avec Pepsi et Walmart. Enfin, Optimus, le robot humanoïde, reste un pari important. Bien que la fabrication soit un défi d'ingénierie immense, le PDG vise une production élevée pour des clients externes dès cette année.
L'autonomie face à la réalité des ventes
Malgré cet optimisme technologique, la réalité commerciale est plus nuancée. Si Musk est un visionnaire qui a résolu des problèmes que d'autres jugeaient impossibles, la voie vers la domination automobile se rétrécit. En Chine et en Europe, le concurrent BYD a dépassé Tesla en proposant des prix plus attractifs. Tesla a d’ailleurs enregistré deux années consécutives de baisse des ventes, et 2026 pourrait bien être la troisième, d'autant plus que les incitations fiscales américaines ont disparu. La gamme actuelle commence à vieillir face à une concurrence qui propose des designs et des performances rafraîchis. Pourtant, la bourse continue de croire en la vision d’Elon Musk, l'action ayant bondi récemment. Pour transformer l'essai, Tesla devra impérativement proposer un véhicule électrique véritablement abordable, seule clé pour séduire un grand public encore hésitant face aux prix actuels.
Publié le 12.01.2026 à 09:50
L’IA et la fin du trafic web - Les médias doivent se réinventer
Le paysage numérique change et pour les médias traditionnels, le sol est en train de se dérober sous leurs pieds. Pendant plus de vingt ans, la méthode était de publier du contenu, optimiser le référencement et attendre que Google envoie des vagues de lecteurs. Ce modèle, souvent qualifié d'ère du trafic, touche visiblement à sa fin. Une transformation radicale est en cours, forcée par l'avènement des résumés générés par l'intelligence artificielle et l'évolution des habitudes de consommation.
Le constat est sans appel. Les dirigeants de médias du monde entier anticipent une chute vertigineuse du trafic web. La crainte dominante est que les références issues des moteurs de recherche s'effondrent de 43% au cours des trois prochaines années. Ce n'est pas seulement une projection pessimiste, c'est une réalité qui a déjà commencé à mordre. Les données de Chartbeat, analysant plus de 2 500 sites d'actualités, révèlent que le trafic provenant de Google a déjà plongé de 33% à l'échelle mondiale en une seule année, un chiffre encore plus élevé aux États-Unis.
La cause principale de ce séisme est technologique. L'intégration des “AI Overviews” de Google, ces résumés générés par intelligence artificielle qui apparaissent en haut des résultats de recherche, modifie fondamentalement le comportement de l'utilisateur. Pourquoi cliquer sur un lien pour lire un article si la réponse s'affiche directement sur la page de recherche ? Ce phénomène affecte particulièrement les contenus liés au style de vie, aux célébrités et aux voyages. En revanche, les publications traitant de l'actualité chaude et du reportage en direct semblent, pour l'instant, bénéficier d'une meilleure protection contre cette cannibalisation algorithmique. Bien que les renvois de trafic depuis des chatbots comme ChatGPT soient en croissance, le rapport les qualifie encore d'erreur d'arrondi négligeable par rapport aux pertes massives subies via Google.
Face à cette hémorragie d'audience, les salles de rédaction ne restent pas passives et opèrent un pivot vers la vidéo et l'incarnation de l'information. Si le texte ne suffit plus à capturer l'attention, il faut aller chercher le public là où il se trouve, c'est-à-dire sur TikTok et YouTube. Une écrasante majorité des responsables médias interrogés prévoit d'encourager leurs journalistes à adopter les codes des créateurs de contenu cette année.
Cette “tiktokisation” du journalisme marque un changement culturel profond. Trois quarts des gestionnaires de médias affirment qu'ils inciteront leur personnel à se comporter davantage comme des créateurs d'ici 2026. L'idée est de transformer le journaliste, autrefois simple signataire d'un article, en une personnalité capable de fédérer une communauté par la vidéo et l'audio. De plus, la moitié des médias prévoient de nouer des partenariats directs avec des influenceurs externes pour distribuer leur contenu. Ce mouvement dépasse d'ailleurs la sphère médiatique, puisque même les politiques tentent désormais de contourner les médias traditionnels pour atteindre la génération Z via des influenceurs.
Nous entrons dans une période de grande incertitude. Les éditeurs craignent que les chatbots ne créent un mode d'accès à l'information si pratique qu'il laisserait les marques d'information et les journalistes sur la touche. C'est la fin de la course au clic facile. En réponse, les entreprises se détournent de la volumétrie pure pour privilégier des modèles d'abonnement, cherchant à bâtir une relation directe et financièrement viable avec leur audience plutôt que de dépendre des caprices d'un algorithme.
Pourtant, tout n'est pas perdu pour le journalisme de qualité. Les plateformes technologiques ne détiennent pas toutes les cartes. Dans un monde saturé d'informations synthétiques, la confiance, l'analyse experte et la nuance humaine restent des valeurs refuges. Une bonne histoire, racontée avec une touche humaine authentique, restera toujours quelque chose que l'intelligence artificielle aura le plus grand mal à reproduire. L'avenir appartient donc à ceux qui sauront marier cette authenticité journalistique avec les nouveaux formats de distribution.