22.10.2026 à 15:53
Human Rights Watch
(Nairobi) – L’obligation des autorités ougandaises de mener une enquête efficace sur le meurtre violent d’un dissident rwandais implique d’examiner tous les éléments de preuve qui indiquent un possible meurtre à caractère politique, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Les autorités ougandaises devraient garantir une enquête rapide, impartiale et crédible qui permette de traduire les responsables en justice.
Le corps du sergent-major Robert Kabera, chanteur et ancien membre des Forces rwandaises de défense ayant ouvertement critiqué le gouvernement rwandais, a été retrouvé le 17 octobre 2026 dans le village de Luwala, près de Kampala, où il faisait construire une maison. Il avait fui le Rwanda en novembre 2020 et avait demandé l’asile en Ouganda, en raison de persécutions politiques. Il avait signalé à plusieurs reprises à Human Rights Watch qu’il avait été menacé et agressé en Ouganda. Lors d’un entretien avec Human Rights Watch en septembre 2022, Robert Kabera avait déclaré : « Ils vont me tuer. Ils savent où je suis… Je mourrai avant d’avoir fini ma réinstallation [dans un pays tiers]. »
« Il ressortait clairement de nos conversations que Robert Kabera savait que ses critiques à l’égard du gouvernement rwandais faisaient de lui une cible et qu’il craignait pour sa vie », a déclaré Clémentine de Montjoye, chercheuse senior sur la région des Grands Lacs à Human Rights Watch. « Les autorités ougandaises devraient enquêter sur tous les motifs possibles de ce meurtre et prendre des mesures immédiates pour protéger les dissidents et les réfugiés rwandais présents dans le pays. »
Le corps de Robert Kabera a été retrouvé décapité et portant d’autres blessures, selon le témoignage d’un proche et d’après une photographie et trois vidéos analysées par Human Rights Watch. Une photographie publiée par un média local le 18 octobre montre le corps nu décapité de Robert Kabera, avec du sang sur le sol autour de lui, dans une zone boisée. La police a annoncé que Robert Kabera avait été retrouvé mort dans une plantation d’eucalyptus le 17 octobre.
Des témoins ont fourni trois vidéos montrant le corps de Robert Kabera transféré d’un véhicule sur un chariot dans un hôpital. Un expert médico-légal a indiqué à Human Rights Watch qu’il était probable que Robert Kabera ait été mutilé après sa mort et que la position anormale de ses épaules visible sur les images et les marques de ligature sur ses poignets suggèrent que ses mains étaient liées dans le dos lorsqu’il est mort. D’après un document consulté par Human Rights Watch, la police ougandaise a demandé un examen médical post-mortem, dont les résultats ne sont pas encore disponibles.
Il existe de nombreuses raisons de considérer la mort de Robert Kabera comme suspecte, a déclaré Human Rights Watch, et notamment le fait qu’il était un détracteur virulent du gouvernement rwandais. Dans une vidéo publiée sur YouTube quelques jours avant sa mort, intitulée « Tuez-nous si vous voulez », il évoquait les crimes présumés du parti rwandais au pouvoir, ainsi que les menaces et les persécutions dont il avait fait l’objet depuis qu’il avait fui vers l’Ouganda.
Un proche a expliqué à Human Rights Watch qu’un homme parlant kinyarwanda, qui s’était présenté comme un opposant politique ayant besoin d’aide, s’était rendu sur le chantier avec Robert Kabera dans l’après-midi du 16 octobre. « [Kabera] m’a appelé vers 23 heures, et après cela, il n’a plus répondu au téléphone », a raconté le proche. « L’homme avec qui il était m’a donné un faux numéro pour l’appeler. Le lendemain, lorsque je n’ai pas réussi à joindre [Kabera], j’ai appelé ce numéro sans succès. »
Le 23 novembre 2020, un communiqué de presse du département des poursuites militaires des Forces rwandaises de défense a annoncé l’ouverture d’une enquête à l’encontre de Robert Kabera pour des « allégations de viol », et a affirmé que le crime avait été commis le 21 novembre 2020, soit deux jours après la date à laquelle Robert Kabera a indiqué avoir quitté le pays.
Dans un courrier adressé à Human Rights Watch en mai 2023, l’inspecteur général de la police ougandaise a confirmé que Robert Kabera avait obtenu l’asile en Ouganda sur la base de ses allégations de persécution politique, qu’il bénéficiait d’une protection supplémentaire de la part de la police et des forces de sécurité, et qu’il se trouvait dans les dernières étapes de sa réinstallation dans un pays tiers.
Robert Kabera a fait l’objet d’une arrestation et de multiples agressions physiques en Ouganda. Le 16 mai 2022, des dizaines de policiers et de militaires ougandais ont arrêté Robert Kabera à son domicile temporaire à Kampala, apparemment pour des accusations de trafic d’armes. « Ils allaient m’emmener pour me livrer au Rwanda comme un cadeau », a-t-il expliqué à Human Rights Watch en 2022. Il a finalement été placé en garde à vue. Robert Kabera a raconté que des agents de police ougandais l’ont battu et lui ont fracturé la cheville. Un témoin qui l’a vu après sa libération a confirmé cette blessure.
Robert Kabera a constaté, au cours de sa détention, la présence de responsables rwandais au poste de police, dont certains travaillent au haut-commissariat de Kampala. Robert Kabera a été libéré sous caution le 20 mai et a déménagé vers un nouvel endroit en Ouganda. Le mandat d’arrêt à son encontre a ensuite été annulé et son dossier a été classé.
À la fin du mois de juillet 2022, un groupe de jeunes hommes l’a agressé et lui a pris son téléphone. « Je ne pouvais pas me battre parce que j’étais toujours blessé suite au passage à tabac en détention », a-t-il raconté à Human Rights Watch. « Les hommes ont dit en kinyarwanda : “Nous savons où tu habites. Nous te ramènerons à la maison, tu vas voir.” » Robert Kabera a signalé l’incident à la police le 1er août 2022.
En octobre 2023, trois hommes l’ont agressé et lui ont dit : « Tu mens ; même si tu pars en Amérique, nous te retrouverons et nous te tuerons », d’après ses déclarations aux autorités, qui figurent dans un rapport consulté par Human Rights Watch.
Les autorités rwandaises ont ouvertement – et apparemment aussi en privé – inclus le nom de Robert Kabera dans les demandes d’expulsion d’opposants au gouvernement connus vers le Rwanda, déposées auprès des autorités ougandaises. Dans un communiqué de la police du 14 septembre 2021 examiné par Human Rights Watch et rédigé en réponse à une demande de protection, un fonctionnaire de la ville de Kampala a déclaré que Robert Kabera « a besoin d’une protection, car nous ne pouvons pas lui fournir la sécurité nécessaire », parce que « son pays fait publier des articles dans les journaux indiquant qu’il forme des terroristes (rebelles) ». Le fonctionnaire a demandé à l’agence des Nations Unies pour les réfugiés et au Norwegian Refugee Council de prendre des mesures pour assurer sa sécurité. Robert Kabera a été cité à plusieurs reprises dans des publications en ligne concernant des opposants en Ouganda qui critiquaient le gouvernement rwandais.
Il est tragique que, malgré les nombreux avertissements et la reconnaissance officielle par les forces de sécurité ougandaises et les Nations Unies des risques qu’il courait, Robert Kabera soit resté en Ouganda, exposé à des menaces et à des attaques, a déploré Human Rights Watch.
Le Rwanda et l’Ouganda sont tous deux des États parties à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, ainsi qu’au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, qui imposent l’obligation de garantir le droit à la vie (articles 4 et 6 respectivement). Ces traités prévoient une interdiction absolue de la privation arbitraire de la vie et une obligation stricte de mener une enquête indépendante, impartiale, rapide, transparente et approfondie sur les décès suspects, permettant d’établir les faits et d’identifier les responsables. Le fait de ne pas mener une telle enquête constitue en soi une violation du droit à la vie.
Dans un rapport de 2023, Human Rights Watch a montré que les autorités rwandaises et leurs intermédiaires utilisent la violence, les mécanismes judiciaires et l’intimidation pour faire taire les critiques émises par les Rwandais vivant dans le monde entier. Human Rights Watch a documenté des dizaines de meurtres, d’enlèvements ou de tentatives d’enlèvement, de disparitions forcées et d’agressions physiques visant des Rwandais installés à l’étranger.
L’Ouganda et les autres pays d’accueil devraient protéger les réfugiés et les demandeurs d’asile rwandais, renforcer la sécurité des personnes qui font état de menaces ou de violences, et mener des enquêtes approfondies sur tous les incidents signalés afin de garantir la responsabilisation.
Les agences des Nations Unies devraient renforcer les programmes existants de réinstallation des réfugiés en incluant des ressources pour faire face à la menace d’abus extraterritoriaux contre les réfugiés par des agents ou des mandataires des gouvernements des pays d’origine connus pour pratiquer de tels abus, y compris le Rwanda.
« Le meurtre violent de Robert Kabera rappelle la gravité des risques auxquels sont confrontés les réfugiés rwandais », a conclu Clémentine de Montjoye. « Les gouvernements et les institutions régionales et internationales devraient demander des comptes au Rwanda pour ses violations des droits humains sur son territoire et à l’étranger. »
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Articles
RFI Jeune Afrique
22.10.2026 à 11:01
Human Rights Watch
Le parlement non élu du Burkina Faso a adopté à l’unanimité un nouveau code pénal qui rétablit la peine de mort pour haute trahison, terrorisme, actes d’espionnage, parricide et importation de produits périmés ou prohibés. Le pays avait aboli la peine de mort pour les crimes de droit commun en 2018, tandis que sa dernière exécution judiciaire connue remonte à 1988.
Le rétablissement de la peine capitale envoie un message effrayant aux détracteurs de la junte et risque de devenir un outil supplémentaire de répression de la dissidence. Depuis le coup d’État militaire de septembre 2022, la junte burkinabè n’a cessé de démanteler les droits civiques et politiques. Les autorités ont interdit des médias, suspendu des syndicats et des organisations de la société civile, aboli le multipartisme et soumis les détracteurs à des détentions arbitraires, des disparitions forcées, des conscriptions illégales et des actes de torture.
Le ministre de la Justice, Edasso Rodrigue Bayala, a défendu la décision de rétablir la peine de mort, en la qualifiant de mesure nécessaire pour lutter contre le terrorisme. Il a déclaré que les groupes armés exploitaient la clémence de l’ancienne loi en promettant à leurs nouvelles recrues qu’elles ne risqueraient pas plus que la réclusion à perpétuité si elles étaient reconnues coupables d’actes terroristes.
Human Rights Watch s’oppose à toute forme de peine capitale en raison de sa cruauté inhérente. Les lacunes du système judiciaire burkinabè ne feront qu’exacerber l’injustice découlant des condamnations à mort. Toutes les affaires liées au terrorisme sont traitées par le Pôle judiciaire spécialisé dans la répression des actes de terrorisme, créée en 2017. En avril, Human Rights Watch a constaté que la lenteur des enquêtes menées par ce tribunal spécial ainsi que de graves manquements procéduraux portaient atteinte au droit des prévenus à un procès équitable.
Un jour, un ancien juge de la cour antiterroriste m’avait expliqué que les juges maintenaient parfois des suspects en détention malgré l’insuffisance de preuves, craignant que l’armée ne les exécute sommairement s’ils étaient remis en liberté. Il avait décrit ce dilemme en ces termes : « Il vaut mieux violer le droit à la liberté pour préserver leur droit à la vie. » Avec le retour de la peine de mort, même ce sombre calcul pourrait ne plus tenir la route.
Faire marche arrière sur la question de la peine de mort va à l’encontre d’un mouvement international plus large en faveur de son abolition. L’Assemblée générale des Nations unies et la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples ont exhorté les États à instaurer des moratoires sur les exécutions, à restreindre le champ d’application de la peine capitale et à réduire progressivement le nombre d’infractions passibles de la peine de mort, en vue de son abolition définitive.
Le rétablissement de la peine de mort ne résoudra pas la crise sécuritaire que traverse le Burkina Faso. Dans un système déjà entaché de graves manquements aux garanties procédurales, la peine de mort ne fait qu’accroître le risque d’injustice irréversible.
22.10.2026 à 06:00
Human Rights Watch
(Nairobi) – Les forces armées maliennes et leur allié, l’Africa Corps contrôlé par la Russie, ont commis de nouvelles atrocités contre des civils dans le centre du Mali dans un contexte de reprise des combats, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.
Le 16 septembre 2026, une frappe de drone manifestement menée par l’armée contre le village de Guélédié, dans la région de Mopti, a tué huit civils et en a blessé au moins six autres. Entre mai et août, les forces de l’armée malienne et de l’Africa Corps ont détenu, dans des conditions inhumaines, de nombreux prisonniers dans un conteneur métallique sur une base militaire à Sévaré, dans la région de Mopti ; plusieurs d’entre eux y ont été violemment battus et torturés, notamment par des chocs électriques et des simulacres de noyade.
« Les civils sont les premiers touchés par l’incapacité de la junte malienne à contrôler ses forces et ses alliés, responsables d’abus », a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch. « Ces dernières atrocités impliquent l’armée malienne ainsi que l’Africa Corps contrôlé par la Russie, et pour lequel les autorités russes devraient également rendre des comptes. »
L’offensive de l’armée malienne intervient après des attaques coordonnées lancées à travers le Mali par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM ou Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin, JNIM) lié à Al-Qaïda et le Front de libération de l’Azawad (FLA) à la fin du mois d’avril. Les forces maliennes et leur allié, l’Africa Corps, ont tué des civils, dont de nombreux enfants, et détruit des biens civils et des établissements de santé lors de frappes aériennes et d’autres attaques.
Human Rights Watch a mené des entretiens à distance avec 15 personnes entre août et septembre, dont 3 témoins à Guélédié, 4 anciens détenus à la base militaire de Sévaré et 8 membres d’organisations non gouvernementales. Human Rights Watch a adressé des courriers aux ministres de la Défense malien et russe au début du mois d’octobre, mais n’a reçu aucune réponse.
Guélédié
Le 16 septembre, vers 10 heures du matin, un drone apparemment militaire a largué une munition sur des civils à la périphérie du village de Guélédié, tuant huit hommes âgés de 25 à 40 ans, et blessant six autres hommes. Les villageois s’étaient rassemblés autour d’un arbre, où un homme proposait un accès Internet payant via Starlink. Des habitants ont indiqué que les combattants du GSIM utilisaient souvent ce service pour soutenir leurs opérations.
Des témoins ont expliqué qu’un drone avait survolé le village pendant environ une heure avant de larguer sa munition, ce qui suggère que la zone était surveillée. « Le drone est passé au-dessus du village vers 9 heures du matin et est revenu au moins quatre fois », a déclaré un homme de 40 ans. « Il était blanc et avait de longues ailes minces et droites. Il virevoltait, disparaissait et revenait. » Cette description correspond largement aux drones de grande taille dont l’utilisation par le gouvernement malien est avérée.
Des témoins ont déclaré que le GSIM disposait d’une base à Guélédié et que plus de 100 combattants de ce groupe armé étaient présents dans le village au moment de la frappe, même si aucun combattant du GSIM ne figurait parmi les victimes. Ils ont également indiqué que des combattants du GSIM avaient averti la population locale par WhatsApp de la possibilité d’une frappe de drone sur le site de l’accès à Starlink, avant de quitter la zone avec de nombreux civils. Des témoins ont expliqué que seuls 14 civils étaient restés sur le site, pour continuer à utiliser la connexion, lorsque le drone a largué sa munition.
« L’explosion était assourdissante – vraiment très forte », a raconté un villageois de 30 ans. « J’ai vu une fumée noire très épaisse surgir de la zone de connexion à Starlink. »
Un professionnel de santé âgé de 52 ans a indiqué s’être rendu sur les lieux environ une heure plus tard et avoir trouvé six hommes morts et sept blessés « avec des brûlures sur le corps », dont l’un est décédé sur place. Il a ajouté qu’il a appelé le commandant de la base militaire de Ténenkou et lui a dit qu’il emmènerait les blessés au Centre de santé de référence de Ténenkou. « [N]on seulement il a refusé catégoriquement que nous les évacuions », a relaté le professionnel de santé, « mais il m’a aussi ordonné de ne pas leur porter secours. Pour lui, c’étaient des combattants du GSIM, et il m’a dit que le drone n’aurait pas pu cibler des civils. »
Les blessés ont finalement été évacués. Dans un communiqué du 24 septembre, Médecins Sans Frontières (MSF) a indiqué que son personnel dans le centre de santé avait soigné quatre personnes « gravement blessées » présentant des « brûlures sur tout le corps », et qu’une personne était « décédée peu de temps après son arrivée ».
Human Rights Watch a vérifié une vidéo partagée par des témoins et montrant les conséquences de la frappe, et l’a géolocalisée dans une zone à environ 600 mètres au nord-est du centre du village. On y voit les corps de trois hommes, deux sous un arbre calciné et brisé, et un dans un étang voisin. Deux motos brûlées et un panneau solaire détruit sont également visibles.
Dans un communiqué du 17 septembre, le chef d’état-major des Forces armées maliennes a déclaré que le 16 septembre, des unités militaires avaient « repéré, au nord-est de Guélédié, région de Mopti, des éléments terroristes dissimulés sous couvert végétal », disposant de « matériels de guerre et de moyens de communication satellitaire », avant de les « neutralis[er] » et de détruire leur équipement.
La junte malienne recourt de plus en plus souvent à des frappes aériennes contre les groupes armés. Human Rights Watch, d’autres organisations de défense des droits humains et plusieurs médias et organisations menant des investigations ont documenté des frappes aériennes qui ont tué des civils.
Sévaré
L’armée malienne et l’Africa Corps ont placé des centaines de civils en détention lors d’opérations de contre-insurrection à travers le Mali, et ont détenu illégalement de nombreuses personnes dans des bases militaires. Human Rights Watch, d’autres groupes de défense des droits humains et les médias ont documenté des actes de torture dans plusieurs bases.
Le 7 mai, des soldats et des combattants d’Africa Corps ont arrêté un civil de 30 ans à son domicile à Guirowel, un village situé dans une zone contrôlée par le GSIM dans la région de Mopti. Le 4 juillet, ils ont arrêté trois étudiants coraniques, âgés de 32, 37 et 40 ans, dans le village de Thy, dans la région de Mopti, après une attaque du GSIM contre une position militaire dans ce village.
Les quatre hommes ont raconté plus tard que les forces les avaient emmenés à la base militaire Hamadoun Bocary Barry de Sévaré, où ils ont été détenus au secret dans un conteneur d’expédition d’environ 20 mètres de long, sans fenêtres, ni toilettes, ni installations sanitaires, dans une chaleur extrême et sans ventilation, aux côtés de dizaines d’autres personnes. Les hommes ont décrit qu’ils recevaient une petite quantité de nourriture de mauvaise qualité une fois par jour, qu’on leur refusait les soins médicaux nécessaires et qu’ils subissaient des violences verbales.
« Nous recevions un petit morceau de pain et parfois des haricots, ainsi qu’une demi-bouteille d’eau une fois par jour », a raconté l’homme de 32 ans. « La chaleur était insupportable.Le premier jour, nous étions 27, mais au fil des jours, nous avons dépassé les 70 personnes. Nous faisions nos besoins dans un seau, qui était toujours plein et se déversait sur le sol. Ils ne le vidaient pas. »
Les hommes ont déclaré avoir identifié les soldats maliens grâce à leurs uniformes et aux langues qu’ils parlaient, notamment le français, le bambara et le peul. Ils ont indiqué que les combattants de l’Africa Corps avaient « la peau claire » et parlaient une langue étrangère qu’ils ne comprenaient pas.
Trois des hommes ont expliqué que des soldats maliens et des combattants de l’Africa Corps les avaient torturés à plusieurs reprises dans une pièce d’un bâtiment situé près de l’entrée de la base, le long de la route principale de Sévaré, de sorte qu’ils pouvaient entendre les bruits de la circulation. La pièce comportait un lit métallique, un baril rempli d’eau, une table et des fils électriques sur le sol. C’est là que les hommes ont décrit avoir été torturés et interrogés pour leur faire avouer une prétendue association avec le GSIM.
L’habitant de Guirowel a déclaré que des membres de l’armée malienne et de l’Africa Corps l’avaient torturé à deux reprises, chaque fois pendant environ deux heures. « J’ai failli perdre la vie lorsque deux militaires russes m’ont noyé dans une barrique d’eau », a-t-il raconté. « Chaque fois que je perdais connaissance, on me réanimait avec une décharge électrique et on me noyait encore. Ils m’ont brulé les fesses avec du plastique brûlé, et ils allumaient aussi un chiffon sur mon dos. Ils m’ont forcé à donner des informations sur le GSIM et à admettre que j’étais un combattant. »
L’homme de 37 ans a raconté qu’un soldat malien l’avait attaché à un lit et lui avait demandé : « Dis-nous tout ou nous te tuerons. » Puis « les coups ont commencé à pleuvoir sur mes fesses et sur mon dos. “Parle !”, m’ont-ils dit. [Un] soldat m’a étranglé et m’a cogné la tête contre le lit. Je ne me souviens de rien après ça. »
L’homme de 40 ans a décrit que des soldats lui avaient attaché les pieds à un lit et avaient menacé de le tuer s’il ne divulguait pas d’informations sur les combattants du GSIM. « On m’a frappé sur les fesses, on a mis le feu à mon dos », a-t-il expliqué. « Un soldat a attrapé mon sexe et y a appliqué du courant électrique », tandis qu’un autre « versait de l’eau sur mon dos et me frappait ».
Les hommes ont indiqué que plusieurs détenus étaient morts dans le conteneur à la suite de tortures. « Quand un détenu était sur le point de mourir, nous donnons des coups à la porte pour alerter les gardes », a raconté l’homme de 40 ans. « Ils nous disaient de ne les informer que lorsqu’une personne était morte. Ils n’avaient aucune pitié. Huit personnes sont mortes pendant ma détention. »
Les militaires ont libéré les trois hommes de Thy le 20 juillet et l’homme de Guirowel le 6 août. Des membres de leur famille auraient payé aux militaires 1,8 million de francs CFA (3 000 dollars US) pour les trois hommes de Thy et 1 million de francs CFA (1 800 dollars US) pour l’homme de Guirowel afin d’obtenir leur libération.
Toutes les parties au conflit armé au Mali sont soumises au droit international humanitaire, notamment à l’article 3 commun et au protocole II aux Conventions de Genève de 1949, ainsi qu’au droit de la guerre coutumier. Les parties doivent prendre toutes les précautions possibles avant une attaque, notamment en vérifiant que la cible est un objectif militaire. Les attaques qui n’ont pas d’objectif militaire ou qui ne font pas de distinction entre les civils et les militaires sont des attaques indiscriminées illégales.
Toute personne privée de liberté doit être traitée avec humanité en toutes circonstances et protégée contre le meurtre, la torture et les traitements cruels, humiliants et dégradants. Le fait de refuser des soins médicaux aux blessés ou aux détenus peut constituer un crime de guerre. Les individus qui commettent des violations graves du droit de la guerre avec une intention criminelle ou qui sont impliqués au titre de la responsabilité de commandement peuvent faire l’objet de poursuites pour crimes de guerre.
En mars, le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies a renouvelé le mandat de l’Expert indépendant sur le Mali, afin d’évaluer la situation des droits humains et d’aider les autorités nationales à promouvoir les droits humains et l’État de droit.
« Ces abus récents devraient servir de triste rappel pour inciter les gouvernements préoccupés et les institutions internationales à faire pression sur les autorités maliennes, afin qu’elles mènent des enquêtes crédibles sur les abus commis par l’armée et traduisent les responsables en justice », a conclu Ilaria Allegrozzi. « Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU devrait renforcer sa surveillance de la situation au Mali, et prendre des mesures pour empêcher de nouveaux abus. »
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Articles
TV5Monde
21.10.2026 à 07:00
Human Rights Watch
(New York, le 21 octobre 2026) ‒ Le gouvernement vietnamien bafoue systématiquement le droit des travailleurs à former des syndicats indépendants, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui. Malgré les engagements pris envers ses partenaires commerciaux dans le cadre de plusieurs accords de libre-échange, le gouvernement n’a pas mis en place de réformes significatives permettant la formation de syndicats capables de fonctionner librement, et réprime systématiquement les tentatives de créer des syndicats indépendants.
21 octobre 2026 “There Are No Trade Unions in Vietnam”Ce rapport de 49 pages, intitulé « “There Are No Independent Trade Unions in Vietnam” : Hanoi’s Continuing Assault on Workers’ Right to Organize » (« “Il n’y a pas de syndicats indépendants au Vietnam” : L’attaque incessante de Hanoï contre le droit des travailleurs à s’organiser »), documente le recours continu du gouvernement vietnamien à des lois pénales vagues et d’une portée excessive pour réprimer les activités des défenseurs des droits humains dont ceux des travailleurs, tout en entretenant un climat de répression visant à entraver la création de syndicats indépendants. Le gouvernement a publié des décrets et des articles dans les médias d’État qui réaffirment que toutes les organisations syndicales au Vietnam relèvent de l’autorité du gouvernement, et qui présentent les syndicats indépendants comme des entités dangereuses et anti-étatiques.
« Les autorités à Hanoï ont à maintes reprises tenu des propos fallacieux, trompeurs et mensongers au sujet des droits des travailleurs, tout en vantant les prétendues réformes du Vietnam pour laisser entendre qu’elles autorisent la création de syndicats », a déclaré John Sifton, directeur du plaidoyer auprès de la division Asie à Human Rights Watch. « En réalité, le gouvernement vietnamien reste profondément hostile à l’idée même de syndicats indépendants, ce qui explique pourquoi il n’en existe toujours aucun. »
Human Rights Watch a mené des entretiens plus de 30 travailleurs, défenseurs des droits humains, experts en droit du travail et autres questions juridiques, ainsi que d’autres personnes bien informées de la situation des droits des travailleurs au Vietnam. L’organisation a également analysé les lois et réglementations vietnamiennes, et passé en revue des articles consacrés aux questions liées au domaine du travail, parus dans les médias d’État vietnamiens.
Les responsables vietnamiens ont déclaré à plusieurs reprises et publiquement que les réformes juridiques de 2021 permettaient aux travailleurs de s’organiser, et que le Vietnam comptait des milliers de syndicats « de base » (« cơ sở »). Ces affirmations s’adressaient principalement aux partenaires commerciaux dans le cadre de divers accords économiques. Il s’agit notamment de l’Accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Vietnam (EU-Vietnam Free Trade Agreement, EVFTA) de 2020, d’accords ultérieurs entre le Royaume-Uni et l’Association européenne de libre-échange (AELE, ou EFTA en anglais). En 2019, le Vietnam a également cosigné l’Accord global et progressif de partenariat transpacifique (Comprehensive and Progressive Agreement for Trans-Pacific Partnership, CPTPP), qui regroupe plusieurs pays dont l’Australie, le Brésil, le Canada, le Japon, le Mexique et le Royaume-Uni.
En signant ces accords, le Vietnam s’engageait à entreprendre des réformes permettant l’existence de syndicats indépendants. En 2021, le gouvernement a procédé à certaines modifications législatives censées autoriser la création d’« organisations [indépendantes] de travailleurs », mais n’a par la suite mis en place aucun cadre réglementaire permettant de les constituer.
Les seuls mécanismes juridiques dont disposent les travailleurs vietnamiens pour faire valoir leurs droits du travail relèvent d’entités autoproclamées « syndicats », mises en place sous l’autorité de la Confédération générale du travail du Vietnam (CGTV, ou VGCL en anglais). En vertu de la législation vietnamienne, la CGTV et ses départements relèvent explicitement du contrôle du Parti communiste vietnamien au pouvoir. Les responsables du Parti choisissent ou approuvent les dirigeants à tous les niveaux, et le gouvernement assure leur financement, qui provient des cotisations obligatoires versées par les employeurs et les travailleurs. Ces entités dites « syndicats » ne répondent donc pas aux critères juridiques prévus par le droit international pour être considérées comme des syndicats indépendants, a déclaré Human Rights Watch.
Si les entités de la CGTV mènent parfois des activités censées traiter des questions liées au travail, leurs efforts sont limités et ne représentent pas véritablement les travailleurs ; en fin de compte, elles agissent dans l’intérêt du Parti communiste. Aucune de ces entités n’a jamais appelé à la grève, ni mené d’actions de confrontation contre les employeurs.
« Un syndicat devrait disposer de sa propre liberté, et de la liberté de se développer », a déclaré à Human Rights Watch un organisateur syndical en exil. « Mais le Parti reste à la tête de tout, au Vietnam. »
Même si des organisations de travailleurs indépendantes pouvaient se former au Vietnam, les dispositions actuelles du droit du travail vietnamien ne répondent pas aux normes internationales et sont insuffisantes pour protéger les droits des travailleurs, a déclaré Human Rights Watch.
L’intolérance du gouvernement à l’égard des syndicats indépendants a porté atteinte à d’autres droits du travail des travailleurs vietnamiens, a ajouté Human Rights Watch. Sans la liberté de former des syndicats indépendants, les travailleurs vietnamiens sont moins à même de négocier efficacement ou de réclamer des salaires plus élevés, de meilleures conditions de travail, ou des voie de recours ou des réparations pour des griefs individuels et collectifs liés au travail.
Des travailleurs ont déclaré que même si le gouvernement adoptait des procédures permettant la création d’organisations syndicales indépendantes, les autorités abuseraient probablement des dispositions du code pénal vietnamien pour s’en prendre aux organisateurs. Le gouvernement utilise depuis longtemps le droit pénal pour poursuivre les défenseurs des droits humains, dont ceux des travailleurs, et pour réprimer la création d’organisations indépendantes.
Prisonniers politiques au Vietnam Brefs profils (en anglais)Depuis des décennies, les autorités emprisonnent des journalistes, blogueurs et activistes indépendants de premier plan, dont plusieurs ont défendu les droits des travailleurs. À n’importe quelle période au cours des dix dernières années, le Vietnam comptait au moins 150 à 180 prisonniers politiques, soit en attente de jugement, soit incarcérés à la suite de condamnations inéquitables. La répression s’est intensifiée plus récemment : rien qu’en 2025 et 2026, les autorités ont emprisonné plus de 50 dissidents.
Les autorités ont spécifiquement pris pour cible les défenseurs des droits humains et les organisateurs syndicaux qui ont soulevé des questions relatives aux droits dans le cadre de l’accord commercial de 2021 avec l’UE, et ont même emprisonné certains de leurs propres fonctionnaires impliqués dans les négociations avec l’UE sur les questions relatives au droit du travail.
De nombreuses déclarations et articles en vietnamien rédigés par des responsables révèlent les opinions négatives et la profonde hostilité des autorités à l’égard des syndicats indépendants. Les responsables cités dans les médias contrôlés par le gouvernement dépeignent les potentiels syndicats indépendants comme des forces « réactionnaires » opposées au Parti communiste, se livrant à des complots « subversifs » et « sinistres » visant à affaiblir le gouvernement et les syndicats qu’il contrôle, animées par la volonté de « s’opposer à l’État » et de « semer l’instabilité sociale ». L’un de ces articles est intitulé « Avertissements concernant des crimes ».
Le gouvernement vietnamien devrait ratifier et mettre en œuvre sans délai tous les traités pertinents de l’Organisation internationale du travail et fixer un calendrier précis pour autoriser la création de syndicats véritablement indépendants, a déclaré Human Rights Watch. Les partenaires commerciaux du Vietnam devraient faire pression sur le gouvernement pour qu’il respecte ses engagements et libère tous les défenseurs des droits humains – y compris ceux des travailleurs – qui sont emprisonnés simplement pour avoir exercé leur droit à la liberté d’expression.
« De nombreux partenaires commerciaux du Vietnam ont accepté sans examen approfondi les affirmations de Hanoï concernant ses réformes, et certains continuent d’affirmer que les accords commerciaux ont amélioré le bilan du Vietnam en matière de droits », a observé John Sifton. « Les partenaires commerciaux du Vietnam devraient plutôt faire face à la réalité, et indiquer clairement au gouvernement que le non-respect de ses engagements en matière de droits du travail aura des conséquences. »
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20.10.2026 à 06:00
Human Rights Watch
(Washington) – Les autorités du Guatemala devraient rapidement mener une enquête rigoureuse et crédible sur le meurtre de Juan Francisco Solórzano Foppa, un éminent avocat spécialisé dans la lutte contre la corruption, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch ; Solórzano Foppa avait précédemment travaillé comme procureur, et en tant que directeur de l’Administration fiscale du Guatemala.
Le 17 octobre, des assaillants armés ont abattu Solórzano Foppa au complexe sportif Campo Marte, à Guatemala City. Un autre homme, identifié par les autorités comme étant Gustavo Adolfo Aguilar Gamarro, a également été tué lors de cette attaque. Les autorités guatémaltèques ont arrêté deux hommes en lien avec ce crime, mais les procureurs ont déclaré qu’il n’existait aucune preuve les impliquant dans l’attaque, et un juge a ordonné leur libération.
« Le meurtre de Juan Francisco Solórzano Foppa constitue une attaque choquante contre un avocat qui a joué un rôle de premier plan dans certaines des initiatives anticorruption les plus importantes du Guatemala », a déclaré Juanita Goebertus, directrice de la division Amériques à Human Rights Watch. « Les autorités guatémaltèques devraient garantir une enquête approfondie, rapide et crédible, afin d’identifier non seulement les tireurs, mais aussi toute personne ayant planifié, ordonné ou facilité ce crime. »
Des assaillants armés ont ouvert le feu sur Juan Francisco Solórzano Foppa alors qu’il se trouvait au complexe sportif pour entraîner une équipe de football, le tuant sur le coup, selon les médias. Le président Bernardo Arévalo a condamné cet assassinat et a appelé à ce que les responsables, y compris toute personne ayant participé à la planification du crime, soient traduits en justice.
Juan Francisco Solórzano Foppa, âgé de 43 ans, était largement connu pour son action contre la corruption au Guatemala. Il a occupé le poste de directeur de l’analyse criminelle au sein du bureau du procureur général, puis a dirigé la Surintendance de l’administration fiscale du Guatemala, de 2016 à 2018. Il a contribué à faire avancer les enquêtes sur la corruption à haut niveau et l’évasion fiscale, participant ainsi aux efforts visant à récupérer des millions d’impôts impayés et apportant son soutien à d’importantes affaires de corruption, notamment dans le cadre de l’affaire pénale connue sous le nom de « La Línea » (« La Ligne »), qui avait conduit à la démission du président Otto Pérez Molina en 2015.
Après avoir quitté la fonction publique, Juan Francisco Solórzano Foppa a continué à exercer en tant qu’avocat et commentateur public. Il était connu pour dénoncer la corruption et les liens entre les groupes criminels, les responsables politiques et les autorités.
En 2023, Juan Francisco Solórzano Foppa a brièvement rejoint l’équipe de défense de l’éminent journaliste José Rubén Zamora, qui fait l’objet de poursuites pénales arbitraires depuis 2022. Lors du mandat de la procureure générale Consuelo Porras, une campagne de poursuites pénales arbitraires contre les détracteurs du pouvoir a notamment conduit à la détention de Solórzano Foppa, accusé d’« entrave à l’enquête pénale », en lien avec sa défense de Zamora. Solórzano Foppa a qualifié ces poursuites d’arbitraires, et a plaidé coupable afin d’obtenir une libération anticipée.
« Le meurtre de Juan Francisco Solórzano Foppa est un rappel effrayant de la longue histoire des assassinats politiques au Guatemala », a affirmé Juanita Goebertus. « Les responsables devraient être amenés à rendre des comptes. »
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19.10.2026 à 22:25
Human Rights Watch
(Beyrouth) – Le 17 octobre, les autorités saoudiennes ont annoncé avoir exécuté Hassan Zaki al-Faraj, qui avait été condamné pour des crimes qu’il aurait commis alors qu’il était âgé de 14 ans, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.
La Cour suprême saoudienne aurait également confirmé la condamnation à mort d’un autre homme, Youssef al-Manasif, reconnu coupable de crimes qu’il aurait commis alors qu’il avait 15 et 16 ans, ce qui l’expose au risque imminent d’exécution. Au moins trois autres hommes condamnés pour des crimes qu’ils auraient commis alors qu’ils étaient enfants se trouvent aussi dans le couloir de la mort, malgré des allégations de torture, d’aveux extorqués sous la contrainte, et d’isolement cellulaire prolongé.
« L’exécution de Hassan al-Faraj choque la conscience, d’autant plus qu’elle a été basée sur des preuves qui auraient été obtenues sous la torture, et compte tenu de l’historique bien documenté de procès inéquitables en Arabie saoudite », a déclaré Joey Shea, chercheuse senior sur l’Arabie saoudite à Human Rights Watch. « Suite à la récente décision de la Cour suprême, Youssef al-Manasif est également exposé au grave risque d’exécution. »
La condamnation à mort de Youssef al-Manasif a récemment été confirmée par la Cour suprême saoudienne, a rapporté l’Organisation européenne saoudienne pour les droits humains (European Saudi Organisation for Human Rights, ESOHR). En octobre et novembre 2022, la tristement notoire Cour pénale spécialisée d’Arabie saoudite avait prononcé des condamnations à mort contre Hassan al-Faraj et Youssef al-Manasif, ainsi que quatre autres accusés – Ali al-Mabyook, Jawad Qureiris, Ali al-Subaiti et Mahdi al-Mohsen – pour des crimes de terrorisme qu’ils auraient commis alors qu’ils étaient mineurs, selon un rapport de l’ESOHR et des documents judiciaires.
Les autorités saoudiennes ont arrêté Hassan al-Faraj le 27 novembre 2017, l’ont maintenu à l’isolement pendant six mois et l’ont inculpé de diverses infractions liées à la lutte contre le terrorisme, dont une qu’il aurait commise alors qu’il avait 14 ans ; il aurait alors rencontré et noué des liens d’amitié avec d’autres personnes détenues ou recherchées, d’après l’acte d’accusation et les documents judiciaires. Le 3 novembre 2022, la Cour pénale spécialisée l’a condamné à mort, malgré les allégations selon lesquelles il aurait été torturé et contraint de signer les aveux sur lesquels repose sa condamnation, selon les avocats de la défense.
Les documents judiciaires examinés par Human Rights Watch indiquent que les autorités ont arrêté Youssef al-Manasif le 6 avril 2017, et Ali al-Mabyook le 29 janvier 2018. Youssef al-Manasif, membre de la minorité chiite, a été arrêté pour avoir manifesté contre le traitement de cette communauté par les autorités saoudiennes, et pour avoir participé à des cortèges funéraires en 2011 et 2012, alors qu’il était âgé de 15 et 16 ans, selon l’ESOHR et un rapport des Nations Unies. Ali al-Mabyook a été arrêté pour avoir participé à des cortèges funéraires avant d’avoir atteint l’âge de 18 ans, selon l’ESOHR et les documents judiciaires.
Le 2 novembre 2022, un tribunal a reconnu Youssef al-Manasif et Ali al-Mabyook coupables et les a condamnés à mort, en vertu de lois antiterroristes formulées de manière vague et de vaste portée ; ces verdicts ont été fondés presque exclusivement sur des aveux qui, selon les avocats de la défense, auraient été obtenus sous la torture. Les autorités n’ont informé Youssef al-Manasif des chefs d’accusation retenus contre lui que plusieurs mois après son arrestation. Il n’a eu accès à aucune assistance juridique pendant son interrogatoire et a été maintenu en détention provisoire pendant plus de deux ans, dont six mois à l’isolement, selon les documents consultés.
Le 19 mars 2025, Youssef al-Manasif et Ali al-Mabyook ont interjeté appel devant la chambre d’appel de la Cour pénale spécialisée. Ces recours étaient fondés sur le fait qu’ils étaient tous deux âgés de moins de 18 ans au moment où les infractions présumées ont été commises, selon les documents judiciaires. Le 26 août 2025, la cour d’appel a rejeté cet argument de la défense, en se référant aux dates figurant dans leurs aveux, et malgré les allégations selon lesquelles ces aveux auraient été obtenus sous la torture.
Les autorités saoudiennes ont arrêté Jawad Qureiris le 31 décembre 2020, selon les documents judiciaires. Elles l’ont inculpé en vertu de la loi antiterroriste pour des infractions présumées commises alors qu’il était âgé de 15 et 17 ans. Le 5 novembre 2022, la Cour pénale spécialisée l’a reconnu coupable et condamné à mort, malgré les allégations de violents passages à tabac subis pendant les interrogatoires afin de le contraindre à signer des aveux, selon les documents. Jawad Qureiris a également été maintenu à l’isolement pendant 270 jours afin de le contraindre à avouer, selon ces documents.
Le 12 novembre 2024, cette condamnation à mort a fait l’objet d’un appel devant le même tribunal ; Jawad Qureiris a alors déclaré n’avoir commis aucune des infractions qui lui étaient reprochées, à l’exception d’une participation à une manifestation en 2010 quand il avait 15 ans, selon les documents judiciaires. Le tribunal a confirmé sa condamnation à mort le 2 mars 2025.
En novembre 2024, le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire a conclu que les détentions de Youssef al-Manasif, de Hassan Zaki al-Faraj et de Jawad Qureiris étaient arbitraires, et que les trois accusés ne faisaient qu’exercer leur droit à la liberté d’expression lorsqu’ils ont participé à des manifestations contre le traitement de la minorité chiite en Arabie saoudite.
Le 9 avril 2026, les autorités saoudiennes ont exécuté Ali al-Subaiti pour des crimes qu’il aurait commis alors qu’il avait 12 ans, selon l’Agence de presse saoudienne. Le 23 octobre 2017, les autorités saoudiennes ont arrêté Ali al-Subaiti, alors âgé de 19 ans, et l’ont inculpé en vertu de dispositions antiterroristes, notamment pour adhésion à une organisation terroriste et financement de celle-ci, ainsi que pour tentative de « porter atteinte au tissu social et à la sécurité nationale » en incitant à la manifestation, selon l’acte d’accusation. Les chefs d’accusation comprenaient la participation à une manifestation alors qu’il avait 12 ans, et la « dissimulation d’activités terroristes [d’autres personnes] » alors qu’il avait 17 ans. Le tribunal a condamné Ali al-Subaiti à mort le 17 octobre 2022, selon l’ESOHR.
La loi saoudienne de 2018 sur les délinquants mineurs et un décret de 2020 ont mis fin à l’application de la peine de mort à l’encontre de personnes âgées de moins de 18 ans au moment des faits, sauf pour les affaires relevant de la loi antiterroriste de 2017. Dans les affaires non liées au terrorisme, la peine de mort est remplacée par une peine d’emprisonnement maximale de 10 ans. Human Rights Watch a précédemment documenté l’utilisation abusive par les autorités saoudiennes de la loi antiterroriste pour réduire au silenceles voix dissidentes.
En 2025, l’Arabie saoudite a exécuté Jalal al-Labbad et Abdullah al-Derazi, tous deux accusés d’avoir commis des crimes alors qu’ils étaient enfants, dans le cadre d’une vague d’exécutions sans précédent, malgré les appels lancés par des experts des Nations Unies et par des organisations de défense des droits humains pour empêcher ces exécutions.
Human Rights Watch a documenté des violations de longue date du droit à un procès équitable dans le cadre du système de justice pénale saoudien, notamment des restrictions ou la privation de l’accès à une représentation juridique et pour des aveux obtenus sous la contrainte, ce qui rend hautement improbable que les huit hommes cités ci-dessus aient été jugés lors de procès équitables.
La Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant, à laquelle l’Arabie saoudite est un État partie, interdit strictement le recours à la peine de mort pour les infractions commises par des personnes âgées de moins de 18 ans. L’article 6 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), ainsi que l’article 6 de la Charte arabe des droits de l’homme, soulignent que les pays qui appliquent la peine capitale ne devraient le faire que pour les « crimes les plus graves ». Human Rights Watch s’oppose à la peine de mort dans tous les pays et en toutes circonstances, en raison de la cruauté intrinsèque et du caractère irréversible de ce châtiment.
« La vague d’exécutions en Arabie saoudite, en particulier pour des infractions commises par des enfants, ne montre aucun signe de ralentissement en 2026 », a conclu Joey Shea. « Cela montre l’urgente nécessité pour la communauté internationale de faire pression sur le gouvernement saoudien afin qu’il mette immédiatement fin aux exécutions, et abolisse la peine de mort, de manière définitive. »
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Articles
OLJ Democrata.es
19.10.2026 à 08:00
Human Rights Watch
(Bruxelles, 19 octobre 2026) – Au cours de la visite du président vietnamien To Lam à Copenhague et à Bruxelles durant la semaine du 19 au 24 octobre, les dirigeants de l’Union européenne, de la Belgique et du Danemark devraient l’inciter à réaliser des avancées concrètes afin d’améliorer le bilan du Vietnam en matière de droits humains, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.
Human Rights Watch a écrit à la Première ministre danoise, au Premier ministre belge et – aux côtés d’autres organisations – aux présidences du Conseil européen et de la Commission européenne, afin d’exprimer son inquiétude face à la répression accrue des droits humains au Vietnam, qui viole plusieurs obligations et engagements que le pays a contractés auprès de l’UE via un accord commercial de 2020.
« Le gouvernement vietnamien n’a pas tenu sa promesse de mener des réformes, et continue plutôt de réprimer les libertés fondamentales », a déclaré Patricia Gossman, directrice adjointe senior de la division Asie de Human Rights Watch. « Les dirigeants européens devraient communiquer clairement et publiquement au président To Lam que les violations des droits humains, y compris ceux des travailleurs, ne seront plus tolérées. »
Dans ses courriers, Human Rights Watch a souligné que le gouvernement vietnamien a fortement intensifié sa répression à l’encontre des libertés fondamentales au cours des dix dernières années. Avant d’accéder à la présidence du Vietnam, To Lam a occupé les fonctions de ministre de la Sûreté publique (dirigeant les forces de police) de 2016 à 2024, puis de Secrétaire général du Parti communiste vietnamien.
Sous l’autorité de To Lam, la police vietnamienne a lancé une vaste campagne répressive qui a décimé la société civile du pays, accentué la répression transnationale et élargi la portée et le recours à des lois draconiennes qui pénalisent l’exercice de la liberté d’expression, ce qui enfreint les obligations du Vietnam en matière de droits humains.
Prisonniers politiques au Vietnam Brefs profils (en anglais)Au moins 160 prisonniers politiques sont actuellement incarcérés au Vietnam, ayant été poursuivis en vertu de lois draconiennes qui bafouent leurs droits à la liberté d’expression, ainsi qu’à l’activisme pacifique en faveur des droits humains et de la démocratie. Parmi ces prisonnier.ère.s politiques figurent Pham Doan Trang, une écrivaine qui milite pour les droits humains, Can Thi Theu, une activiste défendant les droits fonciers, Pham Chi Dung et Nguyen Tuong Thuy, des journalistes indépendants, Hoang Duc Binh, un défenseur des droits des travailleurs, ainsi que Le Dinh Luong, Nguyen Van Tuc, Tran Duc Thach, Tran Van Bang et Nguyen Trung Ton, activistes pro-démocratie.
Au cours des neuf premiers mois de 2026, les tribunaux vietnamiens ont reconnu coupables et condamnés à de longues peines de prison au moins 28 activistes, dont les blogueurs connus Hoang Thi Hong Thai et Huynh Ngoc Tuan. La police a arrêté au moins 39 autres personnes accusées d’avoir critiqué le gouvernement ou d’appartenir à des groupes religieux ou politiques en disgrâce.
Le gouvernement vietnamien a manqué de mettre en place les réformes juridiques auxquelles il s’était engagé en passant des accords de libre-échange et de partenariat. Il s’était notamment engagé à ratifier la Convention n° 87 de l’Organisation internationale du travail sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical, alors qu’il continue à entraver la mise en place de syndicats indépendants.
En dépit de l’incapacité du Vietnam à honorer ses promesses, l’Union européenne a avancé d’un cran ses relations bilatérales avec ce pays, avec la signature d’un Partenariat stratégique global. Des préoccupations continuent certes d’être exprimées dans le cadre de dialogues annuels sur le sujet des droits humains, mais sans parvenir à déboucher sur des résultats concrets.
« L’Union européenne et ses États membres devraient cesser de fermer les yeux sur la répression au Vietnam », a conclu Patricia Gossman. « Leurs dirigeants devraient plutôt indiquer clairement à To Lam que si le Vietnam poursuit sa répression sans adopter de réformes, les relations politiques et commerciales de ce pays avec l’Europe en subiront les conséquences. »
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19.10.2026 à 06:00
Human Rights Watch
(Nairobi) – Depuis juillet 2026, les forces armées maliennes et leurs alliés répondent aux attaques croissantes de groupes armés islamistes et séparatistes par des opérations de contre-insurrection entachées d’abus dans le centre et le nord du Mali, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.
L’armée malienne et son allié, l’Africa Corps contrôlé par la Russie, ont tué et blessé des dizaines de civils lors d’attaques et en détention, en violation du droit international humanitaire. Les combattants islamistes et séparatistes ont également violé le droit de la guerre, notamment en torturant et en exécutant des soldats maliens capturés. Le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine devrait prendre d’urgence des mesures pour empêcher de nouvelles atrocités au Mali.
« L’armée malienne, les groupes armés et les forces insurgées commettent de graves violations du droit de la guerre, tandis que les organisations internationales et les gouvernements restent en grande partie passifs », a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch. « Le Conseil de paix et de sécurité de l’UA devrait procéder à une surveillance continue de toutes les parties au conflit au Mali en convoquant une session spéciale sur la protection des civils et la détermination des responsabilités, et en leur demandant instamment de mettre fin aux abus. »
Entre le 30 juillet et le 20 septembre 2026, Human Rights Watch a mené des entretiens à distance avec 30 personnes, dont 16 témoins d’abus, des défenseurs des droits humains, des leaders communautaires, des journalistes et un soldat malien. Human Rights Watch a vérifié et géolocalisé deux vidéos publiées en ligne montrant les conséquences d’une frappe de drone manifeste et a analysé 12 photographies des débris du drone. Human Rights Watch a également examiné des photographies et des vidéos de victimes d’autres incidents documentés. Le 5 août, Human Rights Watch a adressé une lettre au ministre de la Défense malien, présentant ses conclusions et posant des questions, mais n’a reçu aucune réponse.
Human Rights Watch a documenté deux frappes de drones militaires maliens manifestement indiscriminées : une frappe dans le village de Talhandak, dans la région septentrionale de Kidal, le 29 juillet, qui a partiellement détruit un établissement de santé ; et une autre sur un marché du village de Tombonkore, dans la région centrale de Bandiagara, le 19 août, qui a tué six civils et en a blessé au moins 20 autres. Human Rights Watch a également documenté le fait que des soldats maliens ont abattu cinq filles le 12 juillet lors d’une opération de contre-insurrection dans la région centrale de Ségou et que, les 27 et 28 juillet, des miliciens dozos alliés ont tué trois civils dans la région centrale de Mopti, en toute impunité dans chacun de ces cas.
Le 18 juillet, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM ou Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin, JNIM) lié à Al-Qaïda et des combattants séparatistes alliés du Front de libération de l’Azawad (FLA) ont attaqué un convoi militaire dans la région de Gao, puis ont torturé et exécuté au moins 19 soldats maliens faits prisonniers.
Ces incidents se sont produits dans un contexte de reprise des combats au Mali. Le 25 avril, le GSIM a mené des attaques coordonnées dans tout le pays aux côtés de combattants du FLA, dans le but de renverser la junte militaire dirigée par le général Assimi Goïta et soutenue par l’Africa Corps (anciennement le groupe Wagner). Les forces armées maliennes et leurs alliés ont riposté par des frappes aériennes qui ont tué des civils et par des représailles contre des communautés ethniques accusées de collaborer avec les insurgés.
« Je me suis retrouvé à terre, propulsé par le souffle, j’étais coincé entre une charrette et un arbre, à plus de 15 mètres de là où j’étais », a raconté un homme de 24 ans qui a survécu à l’attaque du 19 août. « Tout le monde s’est mis à courir, j’ai essayé de me lever, j’ai vu que j’avais la jambe droite complètement déchiquetée, du sang coulait de mon pantalon. »
Depuis leurs attaques coordonnées en avril, le GSIM et le FLA ont capturé et détenu un nombre croissant de membres des forces de sécurité maliennes. Les inquiétudes concernant leur sort ont grandi après que les deux groupes armés ont revendiqué une attaque menée le 18 juillet contre un convoi de l’armée malienne et de l’Africa Corps à Tabrichat, dans la région de Gao, au cours de laquelle au moins 19 soldats maliens qui s’étaient rendus ont été torturés et exécutés.
Human Rights Watch a examiné des vidéos mises en ligne, qui ont également été analysées précédemment par Amnesty International, montrant des hommes armés en train de frapper des soldats qui se rendaient et de leur tirer dessus. Human Rights Watch n’a pas été en mesure de déterminer si les hommes armés étaient des combattants du GSIM ou du FLA. Cependant, dans l’une des vidéos, des sources crédibles et des médias internationaux ont identifié un des hommes comme étant le fils du chef du GSIM, Iyad Ag Ghaly. Sur au moins deux vidéos, comme l’a souligné Amnesty International, un drapeau blanc portant une inscription noire, caractéristique du GSIM, est visible à l’avant des véhicules des assaillants.
« Une fois [arrivés à] Gao, plus de 50 militaires manquaient à l’appel », a relaté un soldat qui a survécu à l’attaque. « Au moins 19 ont été exécutés, on les a vus dans les vidéos. Les autres ? Morts ? Capturés ?On ne sait pas. On ne peut pas poser de questions et même les vidéos ont été interdites dans le camp. »
Dans une réponse (anglais, arabe) du 30 septembre à Human Rights Watch, le Comité chariatique du GSIM a indiqué que « malgréle meurtre de prisonniers à Tabrichat ait bien eu lieu, nous n’en avons pas donné l’ordre, non pas parce que cela n’est pas permis dans notre religion, mais parce que nous avons considéré qu’il était dans notre intérêt de nous en abstenir ». Le GSIM a ajouté que l’islam « donne aux chefs musulmans quatre choix concernant [le traitement] des prisonniers : la libération, la rançon, l’asservissement ou l’exécution. … . Même si nous n’avons pas ordonné à nos troupes de commettre cet incident, et que cela ne faisait pas partie de notre politique, ce qu'ils ont fait ne viole pas notre charia [loi islamique] au point que nous avions jugé nécessaire de les tenir responsables ou de les punir. »
Dans une réponse adressée à Human Rights Watch le 20 septembre, Mohamed Elmaouloud Ramadane, porte-parole du FLA, a écrit que « [l]e FLA reconnaît que des affrontements armés ont opposé ses forces à celles de l’Armée malienne et ses partenaires russes d’Africa Corps à Tabrichat le 18 juillet. […] En revanche, le FLA rejette catégoriquement toute allégation selon laquelle ses forces auraient procédé à l’exécution » de soldats maliens. Il a précisé que « le FLA a procédé et ne cessera d’engager [...] des vérifications internes concernant tous [...] cas de violations du droit international humanitaire qui impliqueraient certains de ses membres [...] notamment ceux de Tabrichat ».
Toutes les parties au conflit armé au Mali sont soumises au droit international humanitaire, notamment à l’article 3 commun et au protocole II additionnel aux Conventions de Genève de 1949 et au droit de la guerre coutumier. Les attaques délibérées ou indiscriminées contre des civils ou des biens de caractère civil, y compris des établissements de santé, sont interdites. Les attaques indiscriminées comprennent celles qui ne visent pas un objectif militaire spécifique. L’article 3 commun et le protocole II prévoient également que toute personne privée de liberté doit être traitée avec humanité en toutes circonstances. Ces personnes doivent notamment être protégées contre le meurtre, la torture et les traitements cruels, humiliants et dégradants. Les individus qui commettent des violations graves du droit de la guerre avec une intention criminelle ou qui sont impliqués au titre de la responsabilité de commandement peuvent faire l’objet de poursuites pour crimes de guerre.
Lors de sa réunion du 28 avril consacrée au Mali, le Conseil de paix et de sécurité de l’UA a appelé à la protection des civils et à des rapports réguliers sur la situation, et a demandé un soutien accru de l’UA au secteur de la sécurité malien, conformément au droit international relatif aux droits humains et au droit international humanitaire. Le Conseil devrait poursuivre sur sa lancée en publiant un communiqué condamnant les abus commis par toutes les parties au conflit et en demandant un rapport urgent sur les mesures de protection des civils et les enquêtes, a déclaré Human Rights Watch.
« Le Conseil de paix et de sécurité de l’UA devrait donner suite à ses engagements en matière de protection des civils au Mali par des mesures concrètes et des rapports publics réguliers », a conclu Ilaria Allegrozzi. « Le Conseil devrait faire pression sur les autorités maliennes pour qu’elles mènent des enquêtes indépendantes sur les abus commis par l’armée malienne et ses alliés, ainsi que par les forces d’opposition, et proposer le soutien des experts en droits humains de l’UA dans le cadre de ces enquêtes. »
Abus commis par les forces armées maliennes et les milices alliées
Armed Conflict Location & Event Data (ACLED), une organisation non gouvernementale qui surveille, collecte et analyse les données relatives aux conflits dans le monde entier, a indiqué qu’entre avril et août, les forces maliennes et l’Africa Corps ont mené 49 frappes aériennes, tuant 89 civils, soit plus du double par rapport aux 22 frappes et 44 décès de civils signalés au cours de la même période en 2025. Les données d’ACLED montrent également qu’entre avril et août, les forces armées maliennes ont tué 268 civils. Les forces du GSIM ont tué 134 civils au cours de la même période.
À la suite des coups d’État militaires de 2020 et 2021, la junte malienne a de plus en plus eu recours aux frappes aériennes dans le cadre de ses opérations contre les groupes armés. Le Mali possède et utilise des drones Bayraktar TB2 de fabrication turque depuis 2022 et des drones Akinci de fabrication turque depuis 2024. Depuis 2022, la Russie fournit également des drones et des avions de combat au personnel de l’Africa Corps au Mali. Human Rights Watch, ainsi que d’autres groupes de défense des droits humains et plusieurs médias et organisations menant des investigations ont documenté de manière répétée des frappes aériennes illégales, indiscriminées ou disproportionnées qui ont fait des victimes civiles.
Frappes de drones manifestement indiscriminées
Tombonkore, région de Bandiagara, 19 août
Au matin du 19 août, un drone apparemment militaire a largué une munition sur des civils rassemblés au marché aux bestiaux du village de Tombonkore, dans le secteur de Kilimpo, région de Bandiagara, tuant six hommes et blessant au moins 20 autres personnes. La frappe a également tué plusieurs animaux et détruit des étals de marché et des motos.
Cinq témoins, dont trois blessés dans la frappe, ont déclaré que les forces du GSIM contrôlaient les environs de Tombonkore, mais qu’aucun combattant du GSIM ne se trouvait au marché ou dans le village au moment de la frappe. Ils ont indiqué que le drone avait survolé le village pendant une longue période avant de larguer sa munition, ce qui suggère que la zone était surveillée.
« Il [le drone] était gris et il a volé au-dessus de nous d’est en ouest, puis en sens inverse pendant environ 30 minutes avant de nous bombarder », a décrit un vendeur de bétail de 48 ans qui se trouvait au marché.
Human Rights Watch n’a pas été en mesure d’identifier le drone ou la munition spécifiques utilisés. Cependant, l’armée malienne et son allié, l’Africa Corps, sont les seules forces au Mali connues pour posséder de drones de grande taille, comme ceux décrits par les témoins.
Un témoin âgé de 43 ans a raconté :
Quand le drone a largué la bombe au marché, je me suis retrouvé projeté à terre, le sang coulait sur mon corps, j’ai vu mon bras droit presque coupé, un seul petit morceau de chair le retenait. Le sang coulait beaucoup. Un homme […] m’a traîné près d’une petite maison à côté. Je sentais une énorme douleur, je gisais dans une mare de sang. Je voyais des gens courir, j’entendais des cris. Je me suis relevé au bout de 40 minutes comme ça, […] pour chercher de l’aide. Un homme que je ne connais pas m’a secouru et a pris mon turban, il l’a attaché solidement à mon bras pour arrêter l’hémorragie.
Plus tard, l’homme a été amputé du bras à l’hôpital de Sévaré.
Un homme de 24 ans blessé dans la frappe a été interviewé quelques heures avant que les médecins n’amputent sa jambe droite à l’hôpital de Sévaré. Il a décrit avoir vu le drone survoler le village à plusieurs reprises, d’abord en direction de l’est, puis de l’ouest, à une altitude de plus en plus basse, jusqu’à ce qu’il s’approche plus directement du village et largue sa munition. Il a raconté :
Je voyais des personnes couchées, criant et demandant de l’aide. Ça a duré au moins une heure avant que les villageois ne viennent nous porter secours. J’ai été secouru par un [homme] dogon qui m’a amené dans son domicile contigu au marché où j’ai retrouvé mon épouse et d’autres blessés. […] Ma moto avec laquelle mon ami et moi étions venus au marché avait pris feu. On n’avait aucun moyen de transport. […] Mon pied était attaché avec un grand pagne et la douleur était trop forte. J’ai passé la nuit dans cette famille dogon. […] Le lendemain, mon pied était comme une patte d’éléphant. […] On m’a amené à l’hôpital et là, j’attends que les docteurs viennent pour m’amputer la jambe.
Un boucher âgé de 29 ans a expliqué qu’il se trouvait au marché lorsque le drone a largué sa munition :
Je suis tombé et j’ai voulu me lever, je ne pouvais pas, je voyais du sang couler de mes vêtements mais je ne sentais pas de douleur. J’ai alors rampé pour me mettre à l’abri sous une charrette pour éviter une deuxième frappe. J’ai regardé ma jambe, elle était rouge de sang et tordue. De là, j’ai vu plusieurs personnes à terre, certaines hurlaient et d’autres ne bougeaient pas. Ça courait dans tous les sens. Des motos garées près de ma boucherie ont pris feu. Je criais en demandant de l’aide mais les gens couraient dans tous les sens, personne ne m’écoutait. Après une heure et demie comme ça, le calme est revenu, le marché était vide, des villageois sont venus au secours des blessés. J’ai perdu beaucoup de sang. Des amis et un cousin […] ont attaché ma jambe avec un pagne avant de me soulever. Je n’arrivais pas à respirer, j’avais la nausée.
L’homme a raconté que son cousin l’a conduit à l’hôpital de Bandiagara, puis à l’hôpital de Sévaré, où sa jambe droite a été soignée pour une fracture.
L’homme de 48 ans a expliqué qu’il avait aidé à évacuer les blessés en les plaçant sur des charrettes et des motos et qu’il avait enterré les corps des personnes tuées. Il a indiqué que cinq hommes civils étaient morts sur-le-champ, tandis qu’un sixième était décédé des suites de ses blessures à l’hôpital de Sévaré :
Vers 15 heures, on a inhumé les morts au cimetière du village, chacun dans son trou. Il n’y avait aucun combattant du JNIM parmi les morts. Les corps des civils tués […] avaient des blessures profondes au niveau de l’abdomen et du dos. […] Tous les corps étaient presque au même endroit, dans le marché, à quelques mètres les uns des autres. Quatorze blessés graves ont été transférés soit à l’hôpital de Bandiagara, soit à celui à Sévaré. Les autres blessés avec des blessures plus légères ont reçu des soins sur place et n’ont pas voulu aller à l’hôpital, car ils craignaient des représailles des FAMA [Forces armées maliennes]. Parmi les blessés, j’en ai vu un qui avait presque perdu un bras, un autre a eu les deux jambes en lambeaux, et d’autres des plaies ouvertes soit à l’abdomen, soit au dos ou à la tête.
Des témoins ont transmis à Human Rights Watch une vidéo montrant les conséquences de la frappe. Bien que Human Rights Watch n’ait pas été en mesure de la géolocaliser de manière indépendante, la vidéo comprend un texte à l’écran qui identifie le lieu et la date de l’attaque, qui concordent avec les récits des témoins. On voit sur la vidéo les corps d’au moins deux hommes et du sang sur le sol.
Human Rights Watch a également examiné 10 photographies de témoins sur lesquelles on voit l’un des corps visibles dans la vidéo, un autre homme mort, des animaux morts et d’autres personnes qui, selon les témoins, ont été blessées lors de la frappe. Une des photographies montre un homme dont le bras droit présente de graves lésions ; un expert médico-légal qui a analysé l’image a déclaré que les blessures au bras étaient tout à fait compatibles avec une blessure causée par une explosion. Trois autres photographies montrent trois hommes blessés, avec des plaies aux jambes et aux bras, dont l’un a subi une amputation traumatique.
Le 20 août, le chef d’état-major des forces armées maliennes a publié un communiqué indiquant que, la veille, les forces maliennes et leurs partenaires avaient réussi à frapper un « refuge terroriste » dans le secteur de Kilimpo après l’avoir surveillé pendant longtemps. Il a précisé qu’une vingtaine de « terroristes » avaient été « neutralisés », et que du matériel militaire avait été détruit.
Human Rights Watch a examiné une liste établie par les témoins, comportant les noms des six hommes, âgés de 21 à 54 ans, tués dans la frappe.
« Ils [les combattants du GSIM] n’étaient pas là ce jour. Ils sont quand même souvent dans les environs du village et fréquentent aussi le village », a déclaré l’homme de 24 ans. « Ils font des prêches et surtout beaucoup d’achats au marché ; ils achètent de l’essence, des pâtes, des épices, des céréales, surtout les vendredis. Ils peuvent venir aussi dans la semaine pour s’assurer que tout le monde respecte les règles. »
Talhandak, région de Kidal, 29 juillet
Le 29 juillet, vers 4 heures du matin, un drone d’attaque apparemment unidirectionnel (« kamikaze ») a frappé et partiellement détruit un centre de santé à Talhandak, un village situé dans une zone contrôlée par le GSIM et le FLA, près de la frontière algérienne.
Deux hommes, dont un professionnel de santé de 45 ans qui a été témoin de l’explosion, ont déclaré qu’aucun combattant du GSIM ou du FLA ne se trouvait dans l’établissement de santé ou à proximité au moment de la frappe et que le centre médical n’entreposait rien d’autre que des médicaments et du matériel médical.
Le professionnel de santé a raconté :
Dans l’hôpital en question, nous prenions en charge des hommes, des femmes, des enfants et des personnes âgées souffrant, entre autres, du paludisme. En aucun cas, cet établissement n’a été utilisé par des groupes armés. […] Seuls des civils y recevaient des soins. Aujourd’hui, l’hôpital est détruit. […] Ce sont les femmes et les enfants, déjà privés de services de santé de base, qui vont souffrir de cette situation, et non les groupes armés. Il n’y a jamais eu la moindre munition ni aucun véhicule armé sur place, même dans les jours précédant l’attaque. Les combattants ne venaient jamais ici. Aucun terroriste ni homme armé n’y a été soigné, nous n’avons même pas les moyens médicaux pour traiter des blessures de guerre.
Les témoins ont indiqué qu’ils avaient récupéré les débris du drone. Ils ont fourni 12 photographies qui, selon eux, ont été prises sur le site après la frappe. Les photographies analysées par Human Rights Watch montrent des composants et des débris correspondant à un drone à aile delta de type Shahed, notamment des gouvernes, des supports, des assemblages de boulons et des éléments de la structure interne. Dans un rapport publié le 24 juillet, Bellingcat et Jeune Afrique ont géolocalisé des images montrant des drones d’attaque unidirectionnels de type Shahed-136 déployés au Mali. Ils ont confirmé deux frappes, dont une à Talhandak le 17 juillet, qui a détruit un camion transportant de l’huile de cuisson et tué un civil.
Un habitant de Talhandak, âgé de 35 ans, a raconté :
Le centre de santé a aussi été frappé ; la pharmacie et la salle où les patients étaient soignés ont été détruites ainsi que les lits des patients, les appareils pour les analyses et les produits pharmaceutiques. Il est carrément en ruines et ne peut plus servir à rien désormais. Il m’est impossible de décrire précisément le drone, car il faisait nuit. Mais je l’ai entendu et j’ai vu la frappe, l’explosion, les flammes, le feu qui se dégageait du centre de santé. Le drone faisait le bruit d’une moto, est arrivé à toute vitesse et a foncé directement sur sa cible. Le lendemain, nous sommes allés sur les ruines du centre de santé. On pouvait y apercevoir le moteur du drone ainsi que son hélice, qui n’étaient pas trop endommagés.
Human Rights Watch a également vérifié et géolocalisé deux vidéos publiées sur X le 29 juillet, montrant l’intérieur et l’extérieur du centre de santé de Talhandak. Les images vidéo montrent des dégâts considérables dans plusieurs salles identifiées comme les salles de soins pour hommes et pour femmes, le laboratoire, la pharmacie et une salle de consultation et d’échographie. Des fournitures et des équipements médicaux endommagés sont visibles dans tout l’établissement.
La pièce indiquée comme étant la salle de soins pour hommes semble être la plus endommagée, avec un grand trou dans son mur extérieur à l’endroit où se trouvait une fenêtre. Des débris sont éparpillés dans la pièce, et de nombreux impacts liés à la fragmentation sont visibles sur les murs, ainsi que des signes de dommages causés par le feu et une civière calcinée. Les vidéos montrent aussi des dommages structurels sur au moins deux des façades du bâtiment et sur son toit. Human Rights Watch a également analysé des images satellite du 6 août qui montraient de graves dégâts au niveau de l’angle nord-ouest de la toiture.
En vertu du droit international humanitaire, tous les établissements médicaux sont protégés contre les attaques, y compris les établissements qui soignent des membres des forces armées ou des groupes armés belligérants. Cette protection ne cesse que lorsque les établissements médicaux sont utilisés pour commettre des actes hostiles en dehors de leur fonction humanitaire, et seulement après une sommation restée sans effet.
Abus commis pendant les opérations de contre-insurrection
Djenné, région de Mopti, 27 et 28 juillet
Le 27 juillet, vers midi, un membre d’un groupe composé de plusieurs dizaines de miliciens dozos portant des vêtements traditionnels et armés de fusils d’assaut de type Kalachnikov a abattu un homme de l’ethnie peule âgé de 50 ans près de la grande mosquée de Djenné. Quelques minutes plus tard, les miliciens ont abattu un autre Peul, âgé de 43 ans, au même endroit.
Un habitant de 45 ans a raconté :
Lors de l’attaque, j’étais avec mon ami [l’homme âgé de 43 ans]. Nous étions ensemble lorsque nous avons entendu un coup de fusil tout près de nous. Je lui ai immédiatement dit : « Mettons-nous à l’abri, c’est juste à côté de nous. » Il a hésité, tandis que j’ai fui sans attendre. Les Dozos ont alors tiré sur lui. En réalité, le tout premier coup de feu que nous avions entendu visait un autre ami à moi [l’homme âgé de 50 ans]. Les Dozos l’ont tué, et nous l’avons vu s’effondrer. En retournant la tête, j’ai vu un grand groupe de Dozos, armés de Kalachnikov, se diriger vers nous. Je les connais personnellement, car nous vivons ensemble à Djenné. Pour me sauver, j’ai dû fuir et abandonner mon ami. C’est à ce moment-là qu’ils l’ont abattu.
Un autre témoin a fourni une description similaire de l’incident.
Le 28 juillet, quatre miliciens dozos, appartenant certainement au même groupe qui est entré dans Djenné la veille, ont pénétré de force dans une maison du quartier de Sankoré. Ils ont traîné un homme peul de 42 ans hors de la maison, lui ont lié les mains dans le dos, lui ont bandé les yeux et l’ont emmené avec eux. Ses proches ont retrouvé son corps le lendemain, à environ deux kilomètres de là, avec trois plaies par balle à la tête et à la poitrine.
Human Rights Watch s’est entretenu avec deux témoins de l’enlèvement, dont l’épouse de la victime, âgée de 32 ans. Cette dernière a déclaré que le jour où les Dozos ont abattu les deux hommes près de la mosquée, la peur s’est répandue dans toute la communauté peule de Djenné, incitant de nombreuses personnes à fuir. Elle s’est souvenue avoir exhorté son mari à fuir, mais celui-ci avait refusé, affirmant qu’il avait discuté avec les militaires basés dans la ville pour signaler l’incident et demander leur protection.
L’épouse a raconté :
Le lendemain, le 28 juillet, vers 10 heures du matin, quatre Dozos, armés de Kalachnikov, vêtus de leur tenue traditionnelle et de chapeaux cornus, ont encerclé notre maison. [...] Deux d’entre eux sont entrés dans la maison et ont extirpé [mon mari] de force. Ils ont pris son turban pour lui bander les yeux, ils lui ont attaché les mains derrière le dos, et ils l’ont installé sur une moto et sont partis avec lui. C’est la dernière fois que je l’ai vu vivant.
L’autre témoin, un homme de 39 ans, faisait partie des personnes qui ont découvert le corps de la victime, « sous un arbre [avec] une blessure par balle à la tête et deux à la poitrine ».
Les habitants ont indiqué qu’il n’y avait pas de combattants du GSIM à Djenné les jours des meurtres et de l’enlèvement. Ils ont affirmé que les victimes avaient été prises pour cible parce qu’elles étaient peules. Les groupes armés islamistes, y compris le GSIM, recrutent depuis longtemps dans les communautés peules de la région. Les autorités maliennes et les milices ethniques alliées ont à plusieurs reprises assimilé les civils peuls aux combattants islamistes pour justifier les meurtres et autres abus graves.
Niono, région de Ségou, 12 juillet
Le 12 juillet, vers 15 heures, des soldats maliens ont abattu cinq filles, âgées de 10 à 13 ans, qui récoltaient du riz dans un champ situé à environ trois kilomètres de la ville de Niono.
Les soldats ont transporté les corps des victimes à la morgue de l’hôpital de Niono, puis ont présenté leurs excuses aux familles, reconnaissant qu’ils avaient commis une erreur. Ils ont indiqué qu’ils avaient été attaqués plus tôt dans la journée, vers midi, à environ neuf kilomètres de là. Lorsque, par la suite, ils ont vu des têtes émerger des rizières, ils ont cru à tort qu’il s’agissait des assaillants et ont ouvert le feu.
Le père de trois des victimes, un homme peul de 46 ans, a raconté :
À mon arrivée, l’hôpital était quadrillé par des militaires. Je suis entré et un infirmier m’a expliqué ceci : « Ce sont les militaires qui ont amené les corps des enfants ici. » […] L’infirmier a confirmé que les enfants avaient été touchés par des tirs de l’armée […] et après m’a conduit à la morgue. C’est là que j’ai découvert mes trois enfants étendus, le corps criblé de balles. Effondré, j’ai demandé à l’infirmier : « Qu’est-ce qui leur est arrivé ? Ce sont des enfants partis travailler au champ, ils n’ont pas fait la guerre ! Pourquoi reviennent-ils dans cet état ? »
« Un capitaine de l’armée s’est déplacé en personne jusqu’à notre domicile pour nous présenter ses excuses », a indiqué le père des deux autres victimes, un homme dogon de 59 ans. « Il nous a affirmé qu’ils étaient totalement désolés et que leur intention n’avait jamais été de tuer des enfants. » L’autre père a déclaré que les soldats lui avaient donné une explication similaire.
Il est évident que les soldats n’ont pas fait tout ce qui était pratiquement possible pour vérifier que les cibles de l’attaque étaient des combattants, ce qui a entraîné la mort de civils en violation du droit de la guerre.
À la mi-septembre, le gouvernement n’avait pas, à la connaissance de Human Rights Watch, ouvert d’enquête sur cet incident, et aucune réparation n’avait été proposée aux familles.
Abus commis par les groupes armés GSIM et FLA
Tabrichat, région de Gao, 18 juillet
Le 18 juillet, des combattants du GSIM et du FLA ont attaqué un convoi de l’armée malienne et de l’Africa Corps qui se rendait d’Anéfis à la ville de Gao, près du village de Tabrichat, dans la région de Gao. Les deux groupes armés ont revendiqué l’attaque, le GSIM faisant état de « lourdes pertes humaines et de dommages matériels importants infligés à l’ennemi » et le FLA déclarant qu’il y avait eu « de lourdes pertes côté ennemi, plusieurs morts restés sur le champ de bataille, des dizaines de blessés ainsi que des prisonniers ».
Des médias internationaux et des organisations de défense des droits humains ont rapporté que les groupes armés avaient capturé des dizaines de soldats maliens, avaient torturé plusieurs d’entre eux, puis en avaient exécuté un grand nombre. Radio France Internationale a indiqué dans un article que des combattants du GSIM et du FLA « ont exécuté sommairement des soldats maliens qui s’étaient constitués prisonniers ». Amnesty International a documenté les passages à tabac et les mauvais traitements infligés aux soldats capturés par des combattants présumés du GSIM et du FLA, ainsi que l’exécution d’au moins 19 d’entre eux.
Human Rights Watch s’est entretenu avec un soldat malien qui se trouvait dans le convoi et avec deux proches de victimes, et a examiné des vidéos publiées sur les réseaux sociaux et précédemment analysées par Amnesty International. Les vidéos montrent des soldats qui se rendent, les mains en l’air ou jointes derrière la tête, marchant dans le désert, entourés d’hommes armés et de leurs véhicules. On peut voir des hommes armés frapper les soldats capturés et leur tirer dessus.
Le 23 juillet, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme a condamné la torture et l’exécution de soldats qui s’étaient constitués prisonniers à Tabrichat et a appelé à ce que les responsables rendent des comptes.
Le soldat malien a déclaré que le convoi avait quitté Anéfis vers 22 heures le 17 juillet, en direction de Gao. Les combattants de l’Africa Corps, a-t-il dit, ouvraient la marche, suivis par des soldats du camp d’Aguelhok. Des soldats de la base d’Anéfis fermaient le convoi. Il a indiqué que, dès le départ du convoi, il était préoccupé par « un manque énorme de coordination entre les Africa Corps, les éléments d’Anéfis et les quelques éléments qui sont venus d’Aguelhok ».
Le soldat a raconté :
Les pannes et les crevaisons étaient trop fréquentes, alors que les combattants du FLA et du JNIM nous suivaient dès que nous avons bougé du camp. On captait leurs communications ; ils avaient une volonté claire d’attaquer le convoi avant le matin. Les terroristes avaient des drones de surveillance et tiraient des roquettes sur le convoi. […] Aux abords de Tabrichat, il était clair dans la tête de tout le monde que le convoi serait attaqué. Et quand l’attaque surviendrait, personne ne pourrait la contrer parce que nous étions déjà ralentis par les pannes et les crevaisons, et que nous manquions d’une coordination réelle. On ne savait pas qui était à tel ou tel endroit, qui faisait quoi, qui était à la défense et qui s’occupait des véhicules en panne et embourbés.
Il a expliqué que les combattants du GSIM et du FLA ont attaqué le convoi vers 7 heures du matin à Tabrichat, dans une zone sablonneuse où les véhicules pouvaient facilement s’enliser. Les insurgés ont commencé à encercler le convoi et l’ont divisé en deux groupes. Il a indiqué que les combattants de l’Africa Corps qui se trouvaient à l’avant n’avaient pas fait demi-tour pour leur porter assistance, mais qu’ils s’étaient enfuis. Les soldats maliens situés au milieu et à l’arrière du convoi ont été submergés malgré leurs tirs de riposte. « Certains ont réussi à s’échapper, d’autres ont été capturés et exécutés », a-t-il décrit. « Le nombre de militaires que nous avons comptés comme manquants suite à l’embuscade s’élève à plus de 50. Parmi ces 50 militaires, 19 ont été exécutés. »
Une femme de 32 ans a déclaré avoir appris que son mari, un sergent de l’armée déployé à Anéfis depuis 2023, avait été tué dans l’embuscade en regardant des vidéos qui ont circulé en ligne peu après l’attaque.
Elle a expliqué :
J’ai commencé à avoir une respiration difficile. J’ai abandonné la tresseuse, qui m’avait montré les images, pour me rendre au camp militaire [à Gao]. [...] J’ai demandé à un militaire s’il était au courant de l’embuscade et il m’a répondu : « Oui, mais la situation est maîtrisée. » […] Je lui ai dit que j’avais identifié mon mari dans les vidéos. […] Mais il m’a dit de ne pas prêter attention aux vidéos montages faites par [les médias de] propagande du JNIM et du FLA pour décourager et démoraliser les militaires. Il m’a dit de rentrer et d’attendre le communiqué officiel de l’armée.
La femme a indiqué qu’elle avait discuté le lendemain avec le frère de son mari, qui lui avait dit qu’il était lui aussi allé voir les militaires à Gao, mais qu’il avait reçu les mêmes réponses. Ils ont ensuite décidé de chercher davantage d’informations auprès d’un commandant du FLA.
Elle a raconté :
Nous lui avons écrit le message suivant : « Est-ce que notre parent militaire faisait partie du convoi des militaires attaqués à Tabrichat ? Pouvez-vous vérifier s’il est vivant ? » Le chef rebelle a répondu immédiatement en disant que, eux, le FLA, n’ont exécuté aucun militaire et qu’ils ont seulement capturé des prisonniers qu’ils ont emmenés dans un endroit sûr lorsqu’un drone de l’armée malienne est venu bombarder les prisonniers et tous les prisonniers sont morts sur place. Il a ajouté aussi que si notre parent faisait partie des personnes capturées, il ne fallait pas compter sur son retour à la maison. […] C’est à ce moment que je me suis mise en deuil.
En réponse à la demande de Human Rights Watch, le porte-parole du FLA, Mohamed Elmaouloud Ramadane, a également laissé entendre que des frappes de drones avaient tué les soldats détenus par les groupes rebelles : « [p]lusieurs militaires se trouvant sous le contrôle ou à proximité des forces du FLA ont été tués, à la suite des frappes de drones menées par les forces armées maliennes et leurs alliés russes d’Africa Corps après les affrontements. »
Dans un communiqué du 18 juillet, le chef d’état-major des Forces armées maliennes a déclaré que « parallèlement à la riposte aérienne et terrestre engagée pour désengager le convoi attaqué à Tabrichat par la coalition terroriste JNIM/FLA, les Forces armées maliennes et leurs partenaires poursuivent leurs opérations […] sur l’ensemble du territoire national ».
Les médias ont signalé que le procureur du Pôle judiciaire spécialisé en matière de lutte contre le terrorisme et la criminalité transnationale organisée a annoncé, le 1er août, l’ouverture d’une enquête sur les exécutions sommaires à Tabrichat.
À la mi-septembre, l’armée malienne n’avait pas contacté les familles des soldats tués ou portés disparus, pour leur fournir des informations ou un soutien.
Un charpentier dont le frère, un soldat âgé de 37 ans, est porté disparu depuis l’attaque de Tabrichat, a indiqué qu’il l’avait identifié sur l’une des vidéos qui ont circulé en ligne :
Le lendemain de l’embuscade, nous avons regardé les vidéos et nous l’avons reconnu. On le voit, lui et ses camarades, les mains en l’air, l’un après l’autre, entourés par les groupes armés. […] Toutes les tentatives d’obtenir plus d’informations de la part de l’armée ont été vaines. Ses camarades survivants ont refusé de nous en dire plus sur ce qui s’est passé ce jour-là. Nous devons donc faire notre deuil et laisser cela entre les mains de Dieu.
Il a précisé qu’aucune autorité ne les avait contactés, lui ou sa famille, pour leur fournir des informations sur l’attaque de Tabrichat :
J’ai appris que le gouvernement a ouvert une enquête, mais […] aucun membre du gouvernement n’est venu nous demander quoi que ce soit. […] Le gouvernement ne nous n’a jamais contactés. Ni pour nous présenter les condoléances, ni pour nous parler de l’enquête. […] Les autorités se sont emmurées dans le silence sur cet incident et dans cette situation spécifique où les soldats sont pris, exécutés et filmés, les parents méritent des réponses.
Human Rights Watch a examiné une liste, transmise par le soldat cité plus haut et par les proches des victimes, avec les noms de cinq soldats maliens présumés tués lors de l’attaque, âgés de 37 à 52 ans.
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Articles
RFI TV5Monde France Info
AfricaRadio AfricaNews/vidéo
16.10.2026 à 18:41
Human Rights Watch
La décision annoncée cette semaine par la Formule 1 d’organiser un Grand Prix au Rwanda d’ici au début des années 2030 pourrait marquer un tournant important pour l’Afrique. Le continent mérite une place plus importante dans le calendrier sportif mondial.
Mais l’accord de dix ans conclu entre la Formule 1 et le Rwanda comporte également des risques importants pour les droits humains.
La répression exercée par le gouvernement rwandais expose les journalistes et d’autres personnes qui remettent en cause l’image résolument positive que les autorités cherchent à projeter du pays à des risques avant, pendant et après les week-ends de course. Depuis longtemps, le gouvernement rwandais s’en prend aux médias indépendants et aux opposants politiques, au Rwanda comme à l’étranger, notamment par le recours à la torture, à la détention militaire illégale, aux disparitions forcées et aux exécutions extrajudiciaires.
Human Rights Watch a également documenté la pratique régulière des rafles menées par les autorités rwandaises contre les personnes sans abri et les vendeurs ambulants avant de grands événements. À Kigali, les personnes arrêtées sont détenues dans un vaste entrepôt présenté comme un « centre de transit », jusqu’au départ des visiteurs étrangers. C’est ainsi qu’avant une conférence internationale organisée en 2021, des personnes parmi les plus pauvres et les plus marginalisées de la capitale ont été enfermées dans ces conditions.
Comme d’autres pays, le Rwanda a également eu recours à des accords sportifs très médiatisés et à de grandes compétitions pour détourner l’attention de son bilan désastreux en matière de droits humains. Cette pratique est connue sous le nom de « sportswashing », soit l'utilisation d'événements sportifs et de partenariats pour occulter les violations des droits humains. Le Rwanda soutient actuellement le M23, un groupe rebelle abusif dans l’est de la République démocratique du Congo. Les forces rwandaises ont été impliquées dans des déplacements forcés de population, des campagnes de recrutement forcé et de détention arbitraire à grande échelle, ainsi que dans des meurtres de civils, en violation du droit international humanitaire.
Le 24 février, Human Rights Watch a écrit à la Formule 1 pour lui demander comment elle entendait répondre aux risques de blanchiment d’image par le sport, et aux atteintes aux droits humains liées à ses événements, notamment dans le cadre de la candidature du Rwanda à l’organisation d’un Grand Prix. Nous n’avons toujours pas reçu de réponse.
Avant de donner son feu vert à l’organisation de courses au Rwanda, la Formule 1 devrait procéder à une évaluation approfondie des risques pour les droits humains, notamment en consultant des organisations de la société civile dans ce pays et à l’étranger. Son accord avec le gouvernement rwandais devrait comporter des engagements assortis d’objectifs mesurables visant à protéger les journalistes rwandais et étrangers couvrant l’événement. La Formule 1 devrait également faire face au risque que le gouvernement rwandais utilise le sport automobile afin de blanchir son bilan en matière de droits humains.
Le retour de la Formule 1 en Afrique est une bonne chose pour ce sport et pour le continent. Mais compte tenu de la répression exercée par le gouvernement rwandais, au Rwanda comme à l’étranger, la Formule 1 ne peut pas faire l’impasse sur les droits humains.
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Articles
TV5Monde
14.10.2026 à 18:59
Human Rights Watch
(Beyrouth, 14 octobre 2026) – Les Forces armées arabes libyennes (FAAL, ou LAAF en anglais), qui contrôlent l’est et le sud de la Libye, ont exécuté au moins 31 personnes depuis fin août à l’issue de procès militaires manifestement inéquitables, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Il s’agit des premières exécutions connues en Libye depuis 2010, et au moins 50 autres personnes détenues à la prison militaire de Gernada risquent d’être exécutées d’un jour à l’autre.
Le 23 août, le procureur militaire des FAAL a annoncé que 10 personnes avaient été exécutées par un peloton d’exécution après avoir été reconnues coupables de meurtre et d’infractions liées au terrorisme. Des organisations de défense des droits humains ont recensé un total d’au moins 31 exécutions au 10 septembre. Les FAAL, dirigées par le général Khalifa Haftar, devraient immédiatement mettre fin à toutes les exécutions et instaurer un moratoire sur la peine de mort, a déclaré Human Rights Watch.
« Les Forces armées arabes libyennes procèdent à des exécutions à l’issue de procès secrets fondés sur des aveux qui auraient été obtenus sous la torture, devant des tribunaux dont la Cour suprême de Libye elle-même a déclaré qu’ils ne devaient pas juger des civils », a déclaré Bassam Khawaja, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Chaque exécution menée dans ces conditions constitue une injustice irréversible, et tout gouvernement exerçant une influence sur les FAAL devrait faire pression avec force pour empêcher la prochaine mise à mort. »
Plusieurs personnes exécutées avaient été arrêtées dans les villes de Derna et de Benghazi lors du conflit armé qui a opposé les FAAL à des groupes armés adverses entre 2014 et 2018, ou par la suite. Entre 2018 et 2021, les tribunaux militaires de l’est de la Libye ont condamné des centaines de civils lors de procès secrets visant des détracteurs réels ou présumés des FAAL, condamnant au moins 22 d’entre eux à mort.
Selon Amnesty International, bon nombre de ces condamnations reposaient sur des aveux qui auraient été obtenus sous la torture par l’Agence de sécurité intérieure, un groupe armé affilié aux FAAL. Au moins deux condamnations à mort ont été commuées en réclusion à perpétuité en appel par une juridiction militaire supérieure en 2019, mais les accusés ont néanmoins été exécutés cette année.
Les exécutions ont également eu lieu malgré un arrêt rendu en novembre 2025 par la chambre constitutionnelle de la Cour suprême de Libye, qui a déclaré inconstitutionnelle la loi n° 4/2017 dans la mesure où elle confère aux tribunaux militaires la compétence de juger des civils pour terrorisme et crimes contre l’État.
Des organisations locales de défense des droits humains ont déclaré que ces procès militaires avaient violé les droits des accusés à un procès équitable. Ils se sont déroulés à huis clos et sans préavis. Les familles des accusés, les journalistes et les organisations de défense des droits humains n’ont pas été autorisés à y assister. Plusieurs accusés se sont vu refuser le droit de choisir leur propre avocat ; quant à ceux qui en avaient un, ils n’ont pas pu recevoir de visites avant ni pendant le procès, et n’ont pas pu s’entretenir avec eux en privé. Ils n’auraient apparemment pas été autorisés à présenter leur défense devant le tribunal, ni à examiner les preuves retenues contre eux. Les verdicts ont été rendus sans que les accusés ou leurs avocats ne reçoivent de jugements écrits et motivés.
Juger des civils devant des tribunaux militaires est incompatible avec le droit à un procès équitable tel que le prévoit le droit relatif aux droits humains, et de tels procès violent le droit d’être jugé par un tribunal indépendant et impartial. En Libye, les procureurs militaires ne sont souvent pas habilités à enquêter sur des civils et manquent d’indépendance. Les procureurs et juges militaires de l’est de la Libye sont eux-mêmes affiliés aux FAAL, ou à des groupes armés alliés.
Les familles des accusés n’ont pas été informées à l’avance de la tenue des exécutions. Les autorités ont refusé de remettre les corps des personnes exécutées, ont demandé aux proches de confirmer l’identité des défunts, puis les ont enterrés en l’absence des familles et ont interdit à ces dernières d’organiser des funérailles. Les exécutions secrètes et le refus d’accorder aux familles une dernière visite constituent des violations du droit international, notamment en infligeant de graves souffrances psychologiques aux personnes exécutées et à leurs proches, en violation de l’interdiction absolue de la torture et des autres mauvais traitements.
La Libye reste divisée entre deux autorités rivales. Le Gouvernement d’unité nationale (Government of National Unity, GNU), basé à Tripoli et reconnu par la communauté internationale, contrôle l’ouest du pays, aux côtés d’agences de sécurité et de groupes armés qui lui sont affiliés. Les FAAL, ainsi que les forces et milices qui lui sont affiliées, contrôlent l’est et le sud de la Libye. Les deux camps agissent dans une impunité quasi totale.
Les Nations Unies et le GNU ont condamné ces exécutions. Les gouvernements qui financent, forment et légitiment les FAAL disposent d’un réel moyen de pression et ont la responsabilité de l’utiliser, tant en public qu’en privé, pour exhorter les dirigeants des FAAL à mettre fin à toutes les exécutions, a déclaré Human Rights Watch.
Le secteur judiciaire libyen est fragmenté et profondément polarisé. Human Rights Watch a précédemment fait état d’une législation obsolète et répressive, d’un manque de garanties d’un procès équitable et de violations généralisées des règles de procédure régulière. Des milices qui n’ont de comptes à rendre à personne contrôlent des prisons qui ne relèvent que nominalement des ministères de l’État.
Les autorités libyennes, tant à l’est qu’à l’ouest, devraient limiter la compétence des tribunaux militaires aux infractions militaires commises par des militaires et cesser purement et simplement de juger des civils devant ces tribunaux. Elles devraient réexaminer sans délai tous les cas de civils détenus et poursuivis à tort devant des tribunaux militaires et leur accorder des recours effectifs, notamment la libération, le transfert vers des tribunaux civils ou un nouveau procès conforme aux normes internationales en matière de procès équitable, en tenant compte de la peine déjà purgée.
Human Rights Watch s’oppose à la peine de mort dans tous les pays et en toutes circonstances, car elle est intrinsèquement inhumaine, d’une cruauté sans pareille et irréversible, et universellement entachée d’arbitraire, de préjugés et d’erreurs. À ce jour, 92 pays ont ratifié un protocole au Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) qui exige l’abolition de la peine de mort, reconnaissant que la peine capitale viole le droit à la vie et l’interdiction des peines cruelles, inhumaines ou dégradantes. La Libye devrait abolir la peine de mort et, d’ici là, instaurer un moratoire sur toutes les exécutions.
« Pendant plus de 15 ans, aucune exécution n’avait eu lieu en Libye, mais les FAAL ont brisé ce moratoire en l’espace de quelques semaines », a observé Bassam Khawaja. « La vie d’au moins 50 autres personnes dépend désormais de la décision des forces de Khalifa Haftar, et l’influence des gouvernements qui les soutiennent, de mettre fin ou non à cette pratique. »
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OLJ RFI (article) RFI (podcast avec Ahmed Benchemsi) Tweet
AfricaNews/Vidéo AfrikSoir
Democrata.es
14.10.2026 à 10:02
Human Rights Watch
Les images des manifestations de lycéens en cours en France, montrant des forces de l'ordre anti-émeutes lourdement armées utilisant des gaz lacrymogènes, des grenades assourdissantes, des matraques, des balles en caoutchouc et des méthodes de coercition brutales à l'encontre d'enfants, ont suscité l'inquiétude au niveau national et international.
Partout en France, des lycéens descendent dans la rue depuis le 21 septembre, exaspérés par le sous-investissement chronique du gouvernement dans leur éducation, qui se traduit par une pénurie d’enseignants, des classes surchargées et des établissements scolaires inadaptés. Bien que des écoles aient été bloquées et que certains manifestants aient recouru à la violence, les manifestations ont été, dans leur grande majorité, pacifiques.
Le recours à la force par la police en réponse à ces manifestations a entraîné de graves blessures chez des enfants, notamment un garçon de 15 ans qui a perdu une main à cause d’une grenade assourdissante explosive lancée par la police, et un garçon de 14 ans dont la mâchoire a été fracturée par une grenade lacrymogène tirée à bout portant par la police. Le gouvernement a annoncé une suspension temporaire de l’utilisation des grenades assourdissantes.
La police aurait interpellé plus de 6 800 personnes depuis le début des manifestations ; parmi elles, 86 % seraient des enfants. Les autorités auraient également ouvert 36 enquêtes internes sur des allégations de fautes professionnelles commises par la police. Mais en France, les enquêtes internes aboutissent rarement à de réelles condamnations.
Le recours excessif à la force par la police lors de manifestations n’est pas nouveau en France. Human Rights Watch a documenté des blessures graves causées par la police lors du mouvement des « gilets jaunes » de 2018. Et les manifestations de 2023 contre la réforme des retraites ainsi que les manifestations écologistes ont également été marquées par un tel recours à la force. Les manifestations étudiantes actuelles ont débuté dans des établissements scolaires situés dans des quartiers populaires, où les jeunes racisés subissent et redoutent constamment le harcèlement policier et la violence d’État.
Au lieu de s’attaquer aux problèmes persistants liés au recours excessif à la force par la police, le gouvernement cherche à renforcer le droit des forces de l’ordre à recourir à la force. À l’étude depuis début 2026, un projet de loi propose d’accorder aux agents une « présomption de légalité » lorsqu’ils utilisent leurs armes à feu. Les organisations de défense des droits mettent en garde contre le risque que ces changements abaissent le seuil à partir duquel la police peut recourir aux armes à feu et soustraient les forces de l’ordre au contrôle judiciaire.
Les autorités françaises devraient cesser de traiter les enfants qui manifestent pacifiquement comme un danger qu’il faut neutraliser. Au contraire, le gouvernement devrait respecter ses obligations de protection des enfants et de leur droit de manifester, et écouter les revendications des jeunes dans la rue. Pour rétablir la confiance, le gouvernement devrait également mener des enquêtes approfondies et rapides sur tous les incidents impliquant un recours à la force par la police, mettre fin aux tactiques policières et réformer les pouvoirs qui favorisent la violence policière.
13.10.2026 à 20:09
Human Rights Watch
(New York) – Les autorités indiennes recourent à des méthodes abusives pour réprimer des milliers de manifestants pacifiques à New Delhi et dans d’autres villes indiennes, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Les manifestations, menées par le Gen Z Cockroach Janta Party, des partis d’opposition, des organisations étudiantes et des organisations de la société civile, visent la démission du plus haut responsable électoral du pays en raison d’irrégularités présumées, ainsi que l’abandon d’un processus controversé de révision des listes électorales.
Alors que les manifestations prenaient de l’ampleur en octobre, la police a frappé des manifestants ; certains ont été traînés de force dans la rue, et entassés dans des fourgons et des bus, puis placés en détention arbitraire. Les autorités ont aussi imposé des restrictions excessives à la liberté de circulation, et suspendu les services d’Internet mobile. Elles ont également harcelé et placé en détention arbitraire des journalistes qui couvraient les manifestations.
« La police de Delhi réagit aux manifestations pacifiques en recourant à une force qui semble inutile ou excessive, et a détenu à tort des milliers de personnes », a déclaré Elaine Pearson, directrice de la division Asie à Human Rights Watch. « Le gouvernement Modi devrait cesser d’emprisonner les jeunes manifestants et, au contraire, dialoguer avec eux pour répondre à leurs préoccupations concernant le droit de vote et l’équité des élections. »
Le gouvernement du Premier ministre Narendra Modi devrait mettre fin aux mauvais traitements et aux détentions arbitraires des manifestants, permettre aux citoyens de manifester pacifiquement et rétablir les services d’Internet mobile ainsi que la liberté de circulation, a déclaré Human Rights Watch.
Depuis juin 2025, la Commission électorale indienne mène une « révision spéciale intensive » (« Special Intensive Revision », SIR) des listes électorales à l’échelle nationale, afin de les nettoyer ; l’objectif officiel est de supprimer les doublons, ainsi que les noms des électeurs décédés et de personnes inéligibles. Mais ce processus, qui a déjà supprimé plus de 130 millions de noms à ce jour, s’est avéré arbitraire et opaque, suscitant des craintes d’une privation massive du droit de vote, et touche de manière disproportionnée les musulmans et autres minorités religieuses, les femmes et les personnes vivant dans la pauvreté. Les dirigeants du mouvement de contestation et les partis d’opposition affirment que la Commission a manipulé les listes au profit du Parti du peuple indien (BJP) du Premier ministre Modi.
Les manifestations ont débuté le 25 septembre, peu après la publication par l’Indian Express d’une enquête sur des irrégularités présumées dans le processus de révision des listes électorales. Le journal a révélé que deux commissaires de la Commission électorale avaient exprimé plusieurs objections concernant des décisions du président de la Commission électorale, Gyanesh Kumar. Des requêtes contestant le processus de révision et demandant la destitution de Gyanesh Kumar sont actuellement examinées par la Cour suprême.
Alors que les manifestations s’intensifiaient à Delhi en octobre, les forces de sécurité ont procédé chaque jour à des arrestations arbitraires et à des agressions contre de nombreux manifestants, qu’elles ont emmenés vers des lieux tenus secrets, avant de libérer par la suite bon nombre d’entre eux. Parmi les personnes détenues figuraient des journalistes et des dirigeants de l’opposition politique, dont quatre anciens ministres et Rahul Gandhi, le chef de l’opposition.
Lorsque les manifestations ont commencé, la police de Delhi a publié une série de « lignes directrices », enjoignant aux journalistes d’être munis de « cartes d’identité valides [et] bien visibles », de « ne pas entraver les opérations de police » et de « maintenir une distance raisonnable et sûre ». Le 11 octobre, la Cour suprême indienne a ordonné que les avocats et les journalistes ne soient « pas empêchés d’exercer leurs fonctions professionnelles ».
Les 10 et 11 octobre, les forces de l’ordre ont arbitrairement interpellé au moins 30 journalistes qui couvraient les manifestations. Quatre organisations de journalistes ont condamné les agissements de la police, affirmant que les journalistes avaient été « entassés dans des bus » utilisés pour intercepter les manifestants, et que la police avait saisi les téléphones et le matériel de certains journalistes.
Parmi les journalistes, trois femmes ont affirmé avoir été victimes de harcèlement sexuel de la part d’agents de police de Delhi, pendant les manifestations.
Un journaliste du magazine Caravan a déclaré que le 11 octobre, des agents de police de Delhi l’avaient frappé à plusieurs reprises à la tête, giflé et agressé à coups de crosse de fusil, alors qu’il les filmait en train de placer un manifestant en garde à vue.
« Ma carte de presse pendait autour de mon cou, mais ils m’ont quand même forcé à monter dans le bus, déchirant les boutons de ma chemise », a déclaré à Human Rights Watch un autre journaliste, âgé de 31 ans. La police l’avait placé en garde à vue dans un bus le 10 octobre, et il n’a été libéré qu’après que le bus eut surchauffé et pris feu. « Nous sentions la fumée et avons dû crier, pour qu’ils nous laissent sortir », a-t-il ajouté.
« Les policiers m’ont agressé et m’ont plaqué contre le siège », a déclaré John Brittas, un député participant aux manifestations, dans une lettre adressée au président de la Cour suprême de l’Inde.
Le Cockroach Janta Party (CJP) avait appelé à une manifestation le 10 octobre à Jantar Mantar, un site officiellement désigné comme lieu de rassemblements à Delhi. En réponse, les autorités ont déployé plus de 40 000 membres des forces de securité, annulé des trains, fermé 43 stations de métro et suspendu les services d’Internet mobile. La police a détenu trois dirigeants du CJP après l’atterrissage de leur avion à Delhi, a empêché des manifestants de prendre le bus ou le train pour se rendre à Delhi, et a assigné certains jeunes leaders de la contestation à résidence. Air India a demandé des explications au Bureau de la sécurité de l’aviation civile sur la manière dont les forces de sécurité ont pu pénétrer dans son avion, sans autorisation préalable.
Le 9 octobre, un policier est entré dans une mosquée de Delhi pendant la prière du vendredi pour mettre en garde les musulmans contre toute participation à des « manifestations futiles ». Le lendemain, des agents de police ont pénétré dans un temple sikh du centre de Delhi pour intercepter des manifestants qui s’y étaient réfugiés. Citizens for Fraternity-Bharat (CFF-Bharat), une organisation de la société civile regroupant d’anciens responsables gouvernementaux, a remis en cause les raisons pour lesquelles la police est entrée dans des lieux de culte, et a réclamé l’ouverture d’une enquête indépendante.
Le 11 octobre, la Cour suprême indienne a ordonné aux autorités de veiller à ce que les personnes se rassemblant pacifiquement ne soient pas placées en détention illégale, à ce que les services Internet soient rétablis et à ce que les personnes et les véhicules puissent circuler librement, sous réserve des restrictions légales. À ce jour, les autorités semblent avoir ignoré ces directives.
Un journaliste de 26 ans a déclaré à Human Rights Watch avoir été témoin d’au moins trois incidents, au cours desquels des partisans du BJP et la police ont pourchassé ensemble des manifestants. « Ils agissaient de manière concertée », a déclaré ce journaliste, qui a couvert les manifestations du 10 octobre. « La police restait là en train de regarder, sans intervenir pour mettre fin aux violences. » Une journaliste de 27 ans a déclaré qu’un groupe d’environ cinq hommes, dont certains portaient des écharpes de couleur safran (souvent un emblème de nationalisme hindou), frappaient des manifestants et s’en prenaient aux femmes journalistes. « Ils nous criaient dessus, se moquaient de nous et nous faisaient un doigt d’honneur », a-t-elle déclaré. « J’ai vu deux policiers rire pendant que ces voyous d’extrême droite donnaient des coups de pied et frappaient les manifestants. »
Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme a exprimé ses préoccupations concernant les arrestations massives de manifestants, et a recommandé au gouvernement indien de mener plutôt un « dialogue constructif » avec eux. Le ministère indien des Affaires étrangères a qualifié cette déclaration d’« injustifiée » et d’« ingérence inacceptable dans les affaires intérieures de l’Inde ».
Le gouvernement indien devrait ordonner publiquement aux forces de sécurité de répondre aux manifestations conformément aux normes internationales, notamment aux Principes fondamentaux des Nations Unies sur le recours à la force et l’utilisation des armes à feu par les responsables de l’application des lois, a déclaré Human Rights Watch.
« Les autorités indiennes devraient permettre aux citoyens de manifester pacifiquement en rétablissant les services de transport, en supprimant les barricades injustifiées, en rétablissant l’accès à Internet et en garantissant la liberté de la presse », a conclu Elaine Pearson. « Le droit de manifestation pacifique et la liberté d’expression sont des prérogatives fondamentales protégées par le droit international relatif aux droits humains, que les dirigeants indiens prétendent respecter. »
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13.10.2026 à 19:41
Human Rights Watch
Mise à jour 21/10/26 : Le 14 octobre 2026, Arun Hemachandra, vice-ministre des Affaires étrangères du Sri Lanka, a annoncé que la Cour suprême d’Arabie saoudite avait « annulé le jugement condamnant Anojan Sivarasa à la peine de mort ».
(Beyrouth) – Un tribunal saoudien a condamné à mort un travailleur migrant sri-lankais pour un commentaire publié sur Facebook et jugé blasphématoire, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Les autorités saoudiennes devraient annuler ce jugement et le libérer immédiatement.
La Cour d’appel saoudienne de la Province de l’Est a prononcé la peine de mort à l’encontre d’Anojan Sivarasa, 24 ans, le 17 septembre 2026, à l’issue de deux audiences. Un premier jugement l’avait précédemment condamné à cinq ans de prison.
« Condamner à mort un travailleur migrant pour un commentaire publié sur Facebook, et pour lequel il s’est déjà excusé publiquement, constitue une réaction excessive et aberrante de la part des autorités saoudiennes, dans un contexte de recrudescence des exécutions », a déclaré Joey Shea, chercheuse senior sur l’Arabie saoudite à Human Rights Watch. « Personne ne devrait être condamné à mort pour un commentaire sur une religion. »
Le 28 juin, Anojan Sivarasa a répondu à une vidéo diffusée sur Facebook par un commentaire en tamoul, qui a été jugé offensant envers le prophète Mahomet par certains internautes. Ce commentaire a rapidement attiré l’attention, et une capture d’écran aurait été transmise aux autorités saoudiennes ainsi qu’à l’employeur d’Anojan Sivarasa, a indiqué un membre de sa famille à Human Rights Watch. Anojan Sivarasa a supprimé le commentaire, et a publié une vidéo présentant ses excuses sur son compte Facebook. Son employeur l’a retenu dans ses locaux pendant au moins 24 heures, puis l’a conduit au commissariat de Dammam (Province de l’Est), où il a été arrêté le 1er juillet, a précisé ce membre de la famille.
Anojan Sivarasa travaillait dans le bâtiment et était arrivé en Arabie saoudite à peine dix mois auparavant. Il soutient financièrement sa famille au Sri Lanka, a précisé son proche.
Le parquet d’Al-Ahsa a inculpé Anojan Sivarasa d’« insultes verbales et d’offenses à l’encontre de notre prophète Mahomet » et de « production et diffusion, via les réseaux d’information, de contenus portant atteinte aux valeurs religieuses et à la morale publique, en publiant un commentaire sur un réseau social contenant des propos contraires aux valeurs religieuses et à la morale publique », selon des documents judiciaires obtenus par Human Rights Watch.
Le 27 juillet, le tribunal pénal d’Al-Ahsa a rendu un jugement condamnant Anojan Sivarasa en vertu de l’article 6 de la loi contre la cybercriminalité et l’a condamné à cinq ans de prison et à une amende de 3 millions de riyals saoudiens (environ 800 000 dollars US), selon les documents judiciaires. Le tribunal a également ordonné la confiscation de son ordinateur et la fermeture de son compte Facebook.
Le parquet d’Al-Ahsa a interjeté appel du jugement initial. L’avocat d’Anojan Sivarasa a également fait appel du jugement et de la peine initialement prononcés.
Le 17 septembre, Anojan Sivarasa a informé sa famille qu’il avait été condamné à mort, a déclaré un membre de sa famille. Les documents judiciaires examinés par Human Rights Watch montrent que la Cour d’appel de la Province de l’Est l’a reconnu coupable d’avoir insulté verbalement le prophète Mahomet dans une publication sur les réseaux sociaux, et l’a condamné à mort.
« Nous ne nous attendions pas du tout à cette situation », a déclaré le proche d’Anojan Sivarasa. « Notre maison est en deuil. La famille est sous le choc et peine encore à s’en remettre. »
Le 5 octobre, un autre détenu a attaqué Anojan Sivarasa en prison, avec une petite arme, le blessant à la tête et au visage, a ajouté son proche. Il a reçu des soins médicaux et a été transféré dans une autre cellule.
L’Arabie saoudite a exécuté plus de 2 000 personnes au cours de la dernière décennie, en violation, dans de nombreux cas, du droit saoudien et du droit international. Les autorités ont exécuté au moins 356 personnes en 2025, ce qui constituait un triste record annuel depuis le début du recensement de statistiques à cet égard dans ce pays.
Le droit international relatif aux droits humains, y compris la Charte arabe des droits de l’homme que l’Arabie saoudite a ratifiée, oblige les pays qui recourent à la peine de mort à ne l’appliquer que pour les « crimes les plus graves », et dans des circonstances exceptionnelles. Human Rights Watch s’oppose à la peine de mort en toutes circonstances, en raison de sa cruauté inhérente.
« L’Arabie saoudite devrait immédiatement annuler la condamnation à mort d’Anojan Sivarasa, et et libérer », a conclu Joey Shea. « Les autorités saoudiennes devraient cesser de recourir à des lois abusives pour prononcer des peines exceptionnellement dures pour des délits d’expression, en particulier à l’encontre des travailleurs migrants qui se trouvent déjà dans une situation vulnérable et ne bénéficient que de protections limitées. »
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Articles
Reporteri.net BBC
Yop-L.frii
13.10.2026 à 17:57
Human Rights Watch
La France a confirmé avoir entamé un « dialogue technique » avec les autorités talibanes concernant les retours forcés vers l’Afghanistan. Cette annonce marque un dangereux revirement de politique qui expose les Afghan·e·s vivant en France à des risques de persécution, de torture et d’autres violations graves, en violation des obligations internationales de la France en matière de droits humains.
Ce « dialogue technique » fait suite à la visite d’une délégation des talibans à Bruxelles en juin, au cours de laquelle les politiques migratoires et de retour ont été discutées avec des responsables de l’Union européenne. L’Allemagne a déjà expulsé 263 Afghans depuis l’année dernière.
Le ministère français des Affaires étrangères a déclaré que ces discussions visaient « à faciliter l'éloignement de ressortissants afghans, qui sont de manière illégale sur le territoire national et qui représentent un risque de sécurité national. ». Les responsables français affirment que ce dialogue porte sur un champ restreint, mais n’ont donné aucune garantie quant à la protection des personnes particulièrement exposées, notamment les femmes.
Depuis leur prise de pouvoir en août 2021, les talibans ont promulgué des décrets et adopté des lois qui ont privé les Afghans de leurs droits fondamentaux. Les femmes et les filles ne peuvent pas exercer leurs droits à l’éducation, à la liberté de circulation et à la liberté d’expression. Il existe également des preuves irréfutables indiquant que les forces talibanes ont détenu et torturé des personnes qui ont été renvoyées de force dans le pays.
Toute coopération française avec les talibans dans le cadre d’un processus de retour se ferait en pleine connaissance de cause quant à la responsabilité des talibans dans de graves violations des droits humains et une oppression systématique. Au début du mois, la Cour pénale internationale a annoncé publiquement la délivrance de mandats d’arrêt à l’encontre du chef suprême des talibans, Haibatullah Akhundzada, et de trois autres hauts responsables pour le crime contre l’humanité de persécution fondée sur le genre et des motifs politiques. Ces mandats, émis en 2025, concernent la persécution des femmes, des filles et des personnes qui ne se conforment pas aux attentes des talibans en matière de genre, ainsi que la persécution politique de celles et ceux considérés comme des « alliés des filles et des femmes ».
Aucun pays ne devrait contraindre des réfugiés à retourner en Afghanistan tant que les talibans continuent de commettre des violations généralisées des droits humains. La France devrait suspendre tout projet d’expulsion, et aucune coopération en matière de contrôle des migrations ne devrait servir de prétexte pour renvoyer des personnes vers un pays où elles courraient un risque réel de persécution, voire pire.
13.10.2026 à 06:00
Human Rights Watch
(Istanbul, le 13 octobre 2026) – Alors que la Turquie s’apprête à accueillir en novembre la 31ème Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP31), les autorités de ce pays procèdent à des arrestations et à des poursuites arbitraires à l’encontre d’activistes et d’autres personnes participant à des manifestations pour la défense de l’environnement, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.
« Alors que la Turquie s'apprête à accueillir le sommet annuel de l'ONU sur le changement climatique, la répression qu'elle exerce en matière d'environnement rappelle de manière frappante son intolérance à l'égard de la contestation », a déclaré Deniz Bayram, chercheuse adjointe auprès de la division Europe et Asie centrale à Human Rights Watch. « Les autorités turques devraient prêter attention aux préoccupations de la population concernant l'impact environnemental d'activités telles que l'exploitation minière dans leurs régions et y répondre, au lieu d'arrêter et de poursuivre des manifestants. »
En août 2026, Human Rights Watch a mené des entretiens avec 23 personnes ayant participé en Turquie à des manifestations en faveur de la protection de l'environnement et a examiné les reportages, documents et procédures judiciaires pertinents.
Human Rights Watch a également documenté le traitement réservé aux défenseurs de l’environnement dans deux régions actuellement affectées par des projets industriels. Des manifestations contre l'exploitation du charbon dans la forêt d'Akbelen, située dans la province de Muğla (sud-ouest de la Turquie), ont lieu depuis 2023, tandis qu’un projet d'exploration aurifère dans la zone du plateau de Perşembe et aux alentours, dans la région de la mer Noire (nord de la Turquie), ont suscité des protestations tout au long de l'année 2026. Les autorités des deux zones ont dispersé par la force des manifestants non violents, notamment en recourant aux gaz lacrymogènes, aux canons à eau et au gaz poivre. La police a arrêté et verbalisé des manifestants, et a intimidé les habitants en procédant à des contrôles d’identité arbitraires.
En septembre, Human Rights Watch a écrit au ministère de l’Intérieur turc ainsi qu’aux parquets de Milas (province de Muğla), de Korgan (province d’Ordu) et de Tirebolu (province de Giresun), pour solliciter des informations complémentaires et une réponse à ses constatations. À ce jour, Human Rights Watch n’a toutefois reçu aucune réponse à ces courriers.
Les forces de l'ordre et de sécurité turques ont arrêté des membres de la société civile, des avocats et des journalistes lors de manifestations. Les manifestants font face à diverses poursuites pénales et enquêtes fondées sur des allégations douteuses, notamment pour rassemblement illégal, recours à la violence pour empêcher un agent public d'exercer ses fonctions, intrusion, outrage à agent public et diffusion de fausses informations. Les autorités ont également arrêté temporairement au moins deux personnes ayant exprimé en ligne leur soutien aux manifestations.
Dans un incident survenu le 29 juillet, les autorités ont arrêté des manifestants dans la région orientale de la mer Noire et les ont retenus jusqu'à huit heures sans procédure légale régulière. Parmi les personnes arrêtées figuraient deux enfants et une femme de 84 ans.
Des défenseurs de l’environnement ont également fait face à des poursuites pénales, à des amendes administratives et à d’autres formes de pression juridique pour avoir surveillé les atteintes à l’environnement ou cherché à protéger leurs terres et leur environnement.
Peu avant le sommet de l'OTAN tenu en juillet dernier à Ankara, les autorités ont ordonné l'arrestation de 225 personnes, y compris des activistes politiques à des défenseurs de la nature, suspectés d'« appartenance à des organisations armées ». Les 25 et 26 juin, les tribunaux ont placé 178 d'entre elles en détention provisoire et 34 sous contrôle judiciaire, sans toutefois invoquer d'éléments probants attestant d'une activité criminelle. Parmi les personnes arrêtées figuraient 13 membres d'une organisation de protection de la nature, qui ont été libérés par la suite, tout comme 14 autres personnes qui avaient été placées en résidence surveillée.
Les enquêtes pénales et les arrestations de défenseurs de l’environnement qui se poursuivent depuis 2023 ont eu un effet dissuasif considérable sur les droits à la liberté d’expression et de réunion, pourtant protégés par le droit international des droits humains et par la Constitution turque. Si nombre de ces procédures ont abouti à des décisions de non-lieu ou à des acquittements, les enquêtes font peser une charge immense sur les personnes visées, car elles s’étendent sur des années et les contraignent à comparaître à maintes reprises devant les autorités chargées de l’application des lois.
Une femme âgée de 75 ans à Denizli, dans l'ouest de la Turquie, a écopé d’une amende en mai 2024 pour avoir refusé l'accès à sa propriété à deux employés d'une compagnie minière, dans le cadre d'une action de protestation contre l'extraction de charbon. Elle a été accusée d'avoir frappé ces employés, allégation qu'elle dément avec véhémence. La décision fait l'objet d'un appel.
Des policiers et des gendarmes ont empêché des journalistes et des passants de filmer des manifestations pour l'environnement dans les zones touchées – en recourant parfois à la violence – et ont procédé à des arrestations, ainsi qu'à l'ouverture d'enquêtes visant des journalistes qui couvraient ces manifestations, selon les médias.
Human Rights Watch a précédemment fait part de ses préoccupations aux autorités turques, soulignant que les efforts visant à développer l'extraction du charbon et les capacités de production d'électricité à partir de charbon en Turquie font peser de graves risques sur la santé publique, la protection de l'environnement et le respect d'autres droits humains.
La répression à l'encontre des défenseurs de l'environnement s'inscrit dans une offensive plus large contre l'espace civique en Turquie, a déclaré Human Rights Watch, incluant la détention d’activistes à Istanbul qui protestaient contre une répression anti-LGBT le 15 septembre 2026. Certains d'entre eux affirment avoir été maltraités durant la période de plus de 24 heures qu'ils ont passée en détention.
La participation de la société civile est importante pour amener les États à rendre des comptes sur leurs politiques environnementales, selon Human Rights Watch. Elle est également essentielle dans les contextes où les décisions prises par le gouvernement central peuvent avoir de graves répercussions environnementales à l'échelle locale.
En tant que pays hôte de la COP31 en novembre, la Turquie a l'obligation de faciliter la participation de la société civile à la conférence..
« Le gouvernement turc a ignoré les mesures de protection de l'environnement et s'en est pris aux populations locales qui dénoncent les atteintes à l'environnement touchant leurs communautés », a conclu Deniz Bayram. « Les États participant à la COP31 devraient s’exprimer contre la répression exercée par la Turquie à l’encontre des défenseurs de l’environnement, et rappeler à leurs hôtes que la participation de la société civile est essentielle pour atteindre les objectifs de la COP. »
Suite détaillée en anglais.
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13.10.2026 à 01:00
Human Rights Watch
(Manille) – Les autorités philippines ont bafoué les droits des habitants qui ont été déplacés d’une petite île de la province de Pampanga dans le cadre d’un projet de contrôle des inondations, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch ; ces personnes ont été réinstallées sur un nouveau site qui subit lui-même des inondations chroniques, et offre peu de possibilités de gagner sa vie.
En 2022, les autorités de Macabebe, dans la province de Pampanga, ont procédé à la réinstallation de 90 familles qui vivaient sur l’île de Pulo, située sur la rivière Pampanga, vers un quartier de Macabebe ; toutefois, elles l’ont fait sans consulter convenablement ces familles au préalable, ni leur fournir d’informations adéquates. Le site de leur réinstallation à Macabebe est une zone de faible altitude qui était autrefois un étang piscicole ; ce site est lui-même en proie à des inondations tout au long de l’année, ce qui entrave l’accès des habitants à divers services et à des possibilités d’’emploi. Bien que la communauté de Pulo ait souhaité rester unie, sur le nouveau site, certains membres sont depuis partis en raison des répercussions des inondations sur leur vie, et sur leurs moyens de subsistance.
« Les autorités philippines de Pampanga ont mis en danger la sécurité et les moyens de subsistance des habitants de l’île de Pulo en les relogeant dans une zone de faible altitude, dans le cadre d’un projet de contrôle des inondations mal conçu », a déclaré Lian Buan, chercheuse sur l’Asie du Sud-Est à Human Rights Watch. « Le gouvernement philippin devrait consulter cette communauté afin de trouver une meilleure solution, et veiller à ce que les futures réinstallations liés à des questions d’ inondation respectent les droits des personnes concernées. »
Play VideoLa province de Pampanga, située sur l’île de Luzon dans le nord des Philippines, subit les inondations les plus graves du pays, en raison des tempêtes, de l’élévation du niveau de la mer et de la capacité limitée des barrages ; cette situation risque de s’aggraver à mesure que le changement climatique s’accélère. De 2015 à 2025, les inondations et l’élévation du niveau de la mer ont déplacé 6,6 millions de personnes aux Philippines.
Le gouvernement philippin a adopté une politique nationale de déplacement de communautés, lié aux inondations, intitulé « Cadre politique national de réinstallations » (« National Resettlement Policy Framework », NRPF). Cependant, les autorités chargées du déplacement de la communauté de l’île de Pulo n’ont pas respecté les normes nationales ni internationales visant à protéger les droits des personnes concernées. Selon les Guide des Nations Unies sur la protection des personnes contre les catastrophes et les changements environnementaux grâce à la réinstallation planifiée, une telle réinstallation doit constituer une mesure de dernier recours visant à protéger la vie et la santé des habitants ; ces mesures doivent être précédées d’une consultation des communautés concernées, ou répondre à leur propre demande.
Entre juillet et août 2026, Human Rights Watch a mené des entretiens avec 35 personnes qui habitaient sur l’île de Pulo avant d’être réinstallées dans le quartier (« barangay ») de Candelaria, à Macabebe, dans la province de Pampanga, ainsi qu’avec neuf responsables locaux de Pampanga et des experts en changement climatique. Human Rights Watch a également analysé des images satellite de l’île de Pulo et du nouveau site à Macabebe, et a eu recours à la photogrammétrie (technique de mesure utilisant des photos prises sous divers angles) afin de déterminer la différence d’altitude entre le site de Macabebe et une digue située à proximité.
Entre 2020 et 2023, la municipalité de Pampanga et le ministère philippin des Travaux publics et des Routes (Department of Public Works and Highways, DPWH) ont procédé au dragage de l’île de Pulo et à la réinstallation de ses habitants. Human Rights Watch a constaté que cette réinstallation s’était toutefois déroulée sans consultation adéquate des habitants qui n’ont pas eu accès à des informations complètes, et sans aboutir à la sélection d’un nouveau site approprié.
« Ils nous ont chassés [de l’île de Pulo] et nous ont placés dans cet endroit, où nous avons l’impression d’avoir été jetés comme des déchets », a déclaré une mère de deux enfants âgée de 48 ans.
Des ingénieurs du ministère des Travaux publics ont expliqué à Human Rights Watch que la défunte maire de Macabebe, Anette Balgan, avait demandé le dragage – c’est-à-dire l’excavation des sédiments, de la terre et d’autres matériaux – du lit de la rivière Pampanga, ainsi que la relocalisation de la communauté de Pulo. Le but était de supprimer la petite île de Pulo, afin d’augmenter la capacité d’écoulement de la rivière et de prévenir les inondations dans la région, renforçant ainsi la sécurité des habitants relogés et des communautés situées le long de la rivière.
À partir de 2018, les responsables gouvernementaux ont organisé plusieurs réunions avec les familles concernées, dont certaines se sont déroulées en kapampangan, la langue locale. Aucun des habitants interrogés par Human Rights Watch n’a eu le sentiment d’avoir eu le choix concernant leur réinstallation.
Les membres de la communauté ont déclaré avoir été informés du lieu de relogement en 2021, et ont fait part de leurs inquiétudes quant à son adéquation lors de réunions avec les autorités. Le site de relogement se trouve en contrebas d’une digue, une crête surélevée construite parallèlement à la berge du fleuve pour empêcher les eaux de crue d’atteindre les zones résidentielles voisines. Une route longe le sommet de la digue à côté du site de relogement, et constitue la principale voie d’accès à la ville.
« Ils ne nous ont proposé aucune autre solution », a déclaré l’habitante âgée de 48 ans. « Il n’y avait pas d’autre choix. »
Les habitants de longue date ont déclaré s’être sentis contraints de déménager sans comprendre véritablement les raisons de cette décision, ni les modalités d’indemnisation et d’aide proposées.
Les habitants ont été contraints de démolir eux-mêmes leurs maisons pour percevoir une indemnisation. Beaucoup craignaient que, s’ils ne démolissaient pas leurs habitations assez rapidement, les fonds alloués ne s’épuisent, selon des rumeurs qui circulaient en l’absence d’informations officielles. Certains ont déclaré s’être sentis intimidés par les autorités.
« Le personnel sur place nous harcelait un peu aussi, en nous disant que nous étions obligés de partir, que nous n’avions pas le choix et qu’ils nous dénonceraient aux autorités supérieures », a déclaré un agriculteur de 57 ans.
Plusieurs familles qui vivaient sur l’île de Pulo sont apparentées, et souhaitaient rester ensemble. Les lignes directrices de l’ONU indiquent que toute réinstallation planifiée doit être « effectuée de manière à respecter et à maintenir la cohésion sociale, familiale et communautaire ainsi que les liens de parenté ».
Une masseuse de 44 ans a raconté qu’un responsable s’était mis en colère lorsqu’elle avait posé des questions sur l’adéquation du site de relogement : « L’ingénieur m’a pointée du doigt et m’a dit qu’ils avaient suivi des études d’ingénierie et qu’ils ne mettraient pas en jeu leur licence pour ce projet [s’il n’était pas adapté]. »
Les membres de la communauté ont indiqué qu’en réponse à leurs préoccupations, les autorités locales leur avaient assuré que le site serait surélevé au même niveau que la digue routière, afin de les protéger des inondations. Cependant, les travaux de remblayage n’ont jamais atteint cette hauteur, et le site reste en contrebas de la digue. Un ingénieur ayant travaillé sur le projet de relogement a expliqué que la conception de la digue routière ne permettait pas de surélever le site au même niveau.
Human Rights Watch s’est rendu sur le site de relogement du 12 au 14 juillet 2026, au début de la saison des pluies, période durant laquelle, à marée haute, l’eau atteignait une hauteur comprise entre les genoux et les cuisses. Human Rights Watch a observé des enfants pataugeant dans les eaux de crue, ainsi que des personnes âgées qui ne pouvaient pas quitter leur domicile tant que celui-ci était inondé. Les habitants, qui ont décrit des inondations similaires tout au long de l’année, devaient traverser à pied les zones inondées pour rejoindre la route près de la digue.
Le ministère philippin des Établissements humains et du Développement urbain, qui aurait normalement dû être impliqué dans ce projet de relogement, a déclaré à Human Rights Watch que, dans l’attente d’évaluations supplémentaires sur place, « les caractéristiques physiques du site signalées soulèvent des inquiétudes quant à son adéquation pour un logement permanent ».
18 février 2026 Philippines : Des déplacements dus au changement climatique menacent les droitsLes personnes handicapées vivant sur l'île de Siargao, dévastée par un typhon, sont exposées à de graves risques
En vertu du droit international des droits humains, les Philippines sont tenues de respecter, de protéger et de garantir les droits économiques, sociaux et culturels de chacun. Cela inclut la protection des personnes contre les risques raisonnablement prévisibles liés au changement climatique, notamment les inondations et autres impacts. La réinstallation des habitants de l’île de Pulo n’était pas conforme aux normes internationales telles qu’elles sont énoncées dans les lignes directrices des Nations Unies.
La Commission philippines des droits de l’homme a déclaré à Human Rights Watch que si le projet lui avait été soumis, elle aurait pu contribuer à garantir le respect de procédures fondées sur les droits. La commission a également indiqué qu’elle mènerait une enquête sur cette affaire.
« Les communautés philippines vivant dans des zones inondables subissent déjà les conséquences du changement climatique, et ne devraient pas avoir à souffrir davantage à cause de réinstallations mal gérées par le gouvernement », a conclu Lian Buan. « Les bailleurs de fonds qui soutiennent la réponse des Philippines aux effets du changement climatique devraient exhorter le gouvernement à s’assurer que chaque aspect d’une réinstallation respecte les normes internationales en matière de droits humains. »
Suite détaillée en anglais.
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12.10.2026 à 10:31
Human Rights Watch
(New York) – La décision de l’administration Trump d’imposer des sanctions à la Cour pénale internationale (CPI) constitue une attaque sans précédent contre la justice internationale et l’état de droit, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Le 9 octobre 2026, le secrétaire d’État des États-Unis, Marco Rubio, a annoncé l’imposition de sanctions à l’encontre de la CPI.
« L’administration Trump a clairement indiqué son objectif de détruire la CPI pour protéger les responsables étasuniens et israéliens contre des accusations devant la Cour », a déclaré Philippe Bolopion, directeur exécutif de Human Rights Watch. « En s’attaquant à la Cour, le gouvernement étasunien menace la justice pour les victimes d’abus, depuis la Palestine jusqu’en Ukraine, ainsi qu’au Myanmar et au Soudan. »
La CPI est un tribunal international permanent créé pour juger des personnes, y compris de hauts responsables, accusées de crimes de guerre, de crimes contre l'humanité, de génocide et de crime d'agression. À la suite des génocides du milieu des années 1990 au Rwanda et en ex-Yougoslavie, la communauté internationale a créé la CPI afin d’empêcher les principaux responsables de crimes graves d'échapper à la justice. Près des deux tiers des pays membres de l’ONU ont rejoint la Cour. En plus de son enquête sur la Palestine, la Cour a ouvert des enquêtes sur des crimes présumés dans 17 situations, notamment en Afghanistan, au Darfour, Soudan, au Bangladesh/Myanmar, en Ukraine, et au Venezuela.
La décision du gouvernement américain de sanctionner la CPI a été annoncée le jour même où le Comité Nobel norvégien a décerné le prix Nobel de la paix 2026 à Navi Pillay, ancienne juge de la CPI et avocate internationale de renom, en reconnaissance de son rôle central « pour garantir que les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et le génocide soient poursuivis ».
Dans son annonce du 9 octobre, Rubio a affirmé que les sanctions visaient à protéger les ressortissants étasuniens des enquêtes et des poursuites devant la CPI. L’administration Trump s’est déjà opposée à l’enquête menée par la Cour sur des ressortissants israéliens pour leur conduite en Palestine. La CPI a émis des mandats d’arrêt contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et l'ancien ministre de la Défense Yoav Gallant pour crimes graves commis à Gaza. La Palestine est devenue membre de la CPI en 2015 et a donné à la Cour le mandat de traiter les crimes graves commis sur son territoire ou par ses ressortissants depuis le 13 juin 2014.
L’administration Trump a déjà sanctionné des procureurs de la CPI, neuf juges de la CPI, trois éminentes organisations palestiniennes de défense des droits humains, ainsi que la rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés, et a appelé les pays membres de la CPI à quitter la Cour.
Les sanctions américaines ont de graves conséquences sur les personnes ciblées, notamment le gel ou la fermeture de comptes bancaires, le refus de transactions financières, le refus d'accès aux services numériques et l'interdiction d'entrée aux États-Unis. Les sanctions étasuniennes ont également un effet dissuasif sur les banques non étasuniennes et sur d’autres entreprises situées en dehors de la juridiction étasunienne, qui pourraient elles-mêmes perdre l’accès au système bancaire étasunien si elles ne respectaient pas les sanctions. Cela signifie que la CPI pourrait perdre l’accès aux entreprises sur lesquelles elle s’appuie pour ses fonctions quotidiennes, depuis les opérations bancaires jusqu’à l’information, ainsi que la technologie et les voyages.
Le 11 août 2026, Human Rights Watch, conjointement avec trois autres organisations de défense des droits humains, a intenté une action en justice devant un tribunal fédéral étasunien afin d'obtenir l'annulation du régime de sanctions précédemment utilisé pour autoriser des sanctions visant l'ensemble du système judiciaire. Un grand nombre d’organisations de défense des droits humains, d’experts et d’anciens responsables gouvernementaux étasuniens ont déposé des mémoires d’ « amicus curiae » (amis de la Cour) en soutien à cette action.
Des pays membres de la CPI, notamment les Pays-Bas qui accueillent la CPI à La Haye, l’organe dirigeant de l’Assemblée des États parties à la Cour, l’Union européenne, des experts des droits humains de l’ONU, le Secrétaire général de l’ONU, le Haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, des organisations de la société civile, ainsi que la CPI elle-même se sont prononcés à plusieurs reprises contre les sanctions.
La CPI et ses pays membres ont également pris des mesures importantes afin de protéger la Cour de l’impact potentiel des sanctions, mais des mesures supplémentaires sont nécessaires pour protéger la capacité de la Cour à poursuivre son travail crucial. L'UE devrait immédiatement activer son statut de blocage, qui vise à protéger les opérateurs européens des effets des sanctions extraterritoriales.
Les sanctions de l’administration Trump visant la justice internationale s’inscrivent dans le cadre d’une attaque plus vaste contre les lois, les institutions et les organisations créées pour protéger les droits humains, selon Human Rights Watch. Les États-Unis se sont également retirés des Accords de Paris sur le climat et de l’Organisation mondiale de la santé, tout en se désengageant du Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Le président Donald Trump et d'autres hauts responsables étasuniens ont également exprimé leur mépris du droit international et menacé de commettre des crimes de guerre.
« La CPI a été créée pour garantir qu’aucun individu, aussi puissant soit-il, ne puisse échapper à la justice pour les crimes les plus graves », a conclu Philippe Bolopion. « Les gouvernements du monde entier devraient prendre toutes les mesures disponibles pour contrer les effets des sanctions américaines, et se tenir aux côtés de la Cour et de ceux qui comptent sur elle pour obtenir justice. »
12.10.2026 à 06:30
Human Rights Watch
(Dakar) – La répression croissante menée par le Sénégal à l’encontre des personnes LGBT porte atteinte à leurs droits, suscite une peur et une stigmatisation grandissantes, et devrait cesser immédiatement, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Les arrestations massives, l’imposition de tests de dépistage du VIH et les obstacles à l’accès à une représentation juridique semblent s’inscrire dans le cadre d’un durcissement des mesures répressives prises par le gouvernement à l’encontre des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres (LGBT) en Afrique de l’Ouest.
Le 11 mars 2026, le Parlement sénégalais a modifié l’article 319 du Code pénal, doublant à dix ans la peine d’emprisonnement maximale pour les relations sexuelles consenties entre personnes du même sexe, et érigeant en infraction pénale la « promotion » ou le soutien aux personnes et organisations LGBT. Cet amendement fait suite à la détention par les forces de sécurité d’au moins cinq hommes dans la région de Thiès en décembre 2025, et de douze hommes dans la capitale, Dakar, en février, pour des chefs d’accusation incluant des « actes contre nature » et la « transmission intentionnelle du VIH ». La police et la gendarmerie ont ensuite intensifié les arrestations de personnes soupçonnées d’appartenir à la communauté LGBT dans plusieurs autres villes, notamment Thiès, Rosso, Saint-Louis, Yeumbeul et Ziguinchor.
« Les personnes LGBT sont contraintes de limiter leurs activités habituelles et de s’abstenir d’exercer leurs droits, par crainte d’être arrêtées et de subir une stigmatisation accrue », a déclaré Larissa Kojoué, chercheuse sur les droits des personnes LGBT à Human Rights Watch. « Le gouvernement sénégalais devrait mettre un terme à cette répression, qui menace les droits de chaque personne. »
En mai dernier, Human Rights Watch a mené des entretiens avec 39 personnes au Sénégal : 5 personnes qui avaient été placées en détention fin 2025 et début 2026, 2 journalistes, 9 représentants de la société civile et défenseurs des droits humains, 2 représentants du gouvernement, 2 avocats, 4 professionnels de santé et 15 membres de la communauté queer sénégalaise. Human Rights Watch a également examiné des déclarations officielles, ainsi que des reportages des médias et des rapports d’organisations non gouvernementales.
Le 29 septembre, Human Rights Watch a adressé un courrier aux autorités sénégalaises, notamment au ministre de la Justice, au commandant en chef de la Gendarmerie nationale et directeur de la Justice militaire, ainsi qu’au directeur général de la Police nationale, afin de leur exposer en détail ses conclusions et de leur poser des questions précises, mais n’a reçu aucune réponse.
Les relations sexuelles entre personnes du même sexe sont criminalisées au Sénégal depuis 1965, mais l’hostilité envers les personnes LGBT s’est considérablement intensifiée ces dernières années. Au cours de la campagne présidentielle de 2024, le président Diomaye Faye et l’ancien Premier ministre Ousmane Sonko se sont engagés à renforcer les lois criminalisant les relations entre personnes du même sexe, présentant cette question comme une priorité nationale et mobilisant un large soutien politique et public. Les amendements adoptés en mars ont déclenché de nouvelles attaques contre les personnes LGBT, ont déclaré les personnes interrogées.
Mouhamadou Seck, secrétaire général de la Rencontre africaine pour la défense des droits de l’homme (RADDHO), une organisation sénégalaise de premier plan, a déclaré en mai que « les détentions, les violences et les abus à l’encontre des personnes LGBT ont fortement augmenté dans tout le pays ».
Human Rights Watch n’a pas été en mesure de vérifier de manière indépendante le nombre total d’arrestations liées à l’article 319 du Code pénal. Toutefois, entre février et juillet, au moins 212 personnes ont été arrêtées, selon les données recueillies par RADDHO. Le HIV Justice Network a indiqué que le nombre d’arrestations avait dépassé les 300 au cours de la même période. Parmi les personnes arrêtées, 82 avaient également été inculpées de « transmission volontaire du VIH », bien qu’un tribunal ait par la suite rejeté ces chefs d’accusation. Ces chiffres illustrent l’ampleur des arrestations, et révèlent une tendance dans l’application de l’article 319.
Les responsables des forces de sécurité ont déclaré avoir arrêté des personnes soupçonnées d’avoir eu des relations homosexuelles sur la base d’informations extraites de téléphones saisis précédemment, d’allégations de tiers ou de perquisitions dans des lieux privés.
L’amendement apporté en mars au Code pénal introduit des infractions définies de manière très large qui criminalisent des activités telles que la « promotion » et la « glorification » de l’homosexualité, ainsi que le financement et le soutien aux personnes et organisations LGBT. Des défenseurs des droits humains et des avocats ont indiqué que l’introduction de ces infractions avait suscité la peur et l’angoisse parmi les professionnels du droit, et contribué à créer un climat dans lequel les détenus peinent à obtenir une représentation juridique.
« Au Sénégal, les avocats sont associés à la cause qu’ils défendent », a déclaré à Human Rights Watch un avocat de Dakar, ajoutant que ses collègues et les membres de sa famille l’avaient exhorté à ne pas représenter des personnes arrêtées pour des « actes contre nature ». Il a déclaré : « Chacun a droit à un procès équitable. Ce qui m’importe, c’est de savoir si leurs droits ont été respectés ou non. » Le principe n° 18 des Principes de base des Nations Unies relatifs au rôle du barreau stipule que « les avocats ne doivent pas être assimilés à leurs clients ou à la cause de ceux-ci du fait de l’exercice de leurs fonctions ».
Les personnes interrogées ont indiqué que, depuis février, les autorités soumettaient les détenus à des tests de dépistage du VIH sans leur consentement éclairé, et utilisaient leur statut sérologique pour justifier des chefs d’accusation supplémentaires ou prolonger leur détention. Les professionnels de santé ont exprimé leur inquiétude quant au fait que ces tests de dépistage forcés et les accusations qui en découlent portent atteinte au secret médical en permettant l’utilisation de résultats confidentiels dans le cadre de procédures pénales. Ces tests imposés dissuadent également les personnes de se faire dépister volontairement, et de suivre un traitement contre le VIH, et compromettent ainsi les efforts de santé publique liés au VIH.
« Nous avons constaté que […] certaines personnes ont pris la fuite tandis que d’autres se cachent », a déclaré un médecin à Dakar. « Un tiers des patients ne se présente plus à leurs rendez-vous pour suivre un traitement contre le VIH. »
Les forces de sécurité sénégalaises semblent également avoir violé la confidentialité d’enquêtes pénales en cours impliquant des personnes soupçonnées d’appartenir à la communauté LGBT. Les reportages consacrés à deux affaires impliquant des personnalités publiques contiennent des détails personnels qui correspondent de près aux éléments figurant dans les dossiers d’enquête, ce qui suggère que les autorités ont divulgué des informations confidentielles aux journalistes. Les médias locaux ont également largement relayé des données personnelles et confidentielles concernant l’affaire des 12 hommes arrêtés en février. Cela a exposé ces personnes à la stigmatisation sociale, au rejet familial, à des menaces et à des violences.
La Constitution sénégalaise et le droit international des droits humains applicable au Sénégal garantissent des droits fondamentaux, notamment l’égalité de protection devant la loi et la non-discrimination ; le droit à une représentation juridique effective et à la présomption d’innocence ; les droits à la vie privée et au consentement éclairé en matière de traitement médical ; le droit de ne pas être soumis à la torture ni à d’autres mauvais traitements, ainsi que le droit à un procès équitable dans un délai raisonnable.
La loi sénégalaise n° 2010-03 du 9 avril 2010 relative au VIH/sida établit un cadre juridique visant à garantir l’accès au traitement et à l’accompagnement, ainsi qu’à protéger les droits des personnes vivant avec le VIH ou touchées par le virus. Cette loi garantit le droit au consentement éclairé en matière de dépistage médical, le droit à la vie privée et à la confidentialité des informations de santé, ainsi que la protection contre la discrimination fondée sur le statut sérologique et la protection des détenus contre le dépistage obligatoire du VIH.
La Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, ratifiée par le Sénégal en 1982, garantit, entre autres droits, le droit à un procès équitable, à une protection égale devant la loi et à la non-discrimination. La Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, qui se réunira à Dakar du 12 au 21 octobre, a explicitement appelé les États membres, y compris le Sénégal, à protéger les minorités sexuelles conformément à la Charte africaine, et a exhorté les gouvernements à protéger les personnes contre les violences fondées sur leur orientation sexuelle et leur identité de genre. Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), auquel le Sénégal est un État partie, impose à ce pays de garantir la protection de nombreux droits, notamment le droit à un procès équitable, à une protection égale, à la non-discrimination et au respect de la vie privée. Le Comité des droits de l’homme des Nations Unies, chargé de veiller au respect du PIDCP, a affirmé à plusieurs reprises que la criminalisation des relations sexuelles consenties entre adultes de même sexe constituait une violation du Pacte.
Du 31 octobre au 13 novembre, le Sénégal accueillera les Jeux Olympiques de la Jeunesse de Dakar 2026, le premier événement olympique organisé sur le continent africain. La Charte olympique interdit toute forme de discrimination et engage les pays hôtes à respecter les droits humains et la dignité humaine.
« La répression actuelle menée par le gouvernement à l’encontre des personnes LGBT soulève de graves inquiétudes quant au respect par le Sénégal du droit international, de la Charte olympique et de ses propres lois », a conclu Larissa Kojoué. « Le gouvernement devrait mettre un terme à cette répression. »
Informations complémentaires Click to expand Image Entretien avec Sall (pseudonyme), étudiant à Dakar, au Sénégal, qui ne sort presque plus de sa chambre depuis février 2026, en raison de la discrimination anti-LGBT et par crainte d’être arrêté. Mai 2026. © 2026 Human Rights WatchÉlargissement de la criminalisation des relations entre personnes du même sexe
Le 11 mars, le Parlement sénégalais a adopté des amendements à l’article 319 du Code pénal par 135 voix contre 0, avec trois abstentions. La nouvelle loi double, pour la porter à 10 ans, la peine d’emprisonnement maximale pour les relations entre personnes du même sexe et augmente les amendes de 2 millions à 10 millions de francs CFA (environ 3 000 à 17 000 dollars américains).
La loi prévoit des peines pouvant aller jusqu’à sept ans de prison et une amende de 500 000 à 5 000 000 francs CFA (entre 850 et 8 500 dollars américains) pour les personnes accusées de promouvoir l’homosexualité ou de soutenir ou financer des personnes et des organisations LGBT.
Elle impose également aux juges de ne pas suspendre les peines ni de réduire les durées d’emprisonnement en dessous de la peine minimale recommandée.
Arrestations et détentions arbitraires
Selon des données publiées en juillet par le HIV Justice Network, depuis début février, les autorités « ont arrêté plus de 300 personnes pour des actes contre nature » dans différentes villes du Sénégal. Les données recueillies par la RADDHO indiquent que 212 personnes ont été arrêtées entre février et juillet.
RADDHO a déclaré à Human Rights Watch que ses données indiquaient que la majorité des arrestations avaient été effectuées par des gendarmes de l’unité de Keur Massar. Keur Massar se trouve à environ 25 kilomètres à l’est du centre-ville de Dakar.
Le 25 juin, la gendarmerie du district de Keur Massar a arrêté le 101ème suspect dans le cadre de la vague d’arrestations qui a débuté en février, selon les médias. Les agents ont déclaré que ces arrestations faisaient suite à l’analyse d’un téléphone portable saisi sur l’un des douze hommes arrêtés en février.
Le 30 juillet, les médias internationaux ont rapporté que les gendarmes de Keur Massar avaient arrêté huit femmes qui ont été placées en détention provisoire. Les gendarmes ont utilisé les données téléphoniques de deux d’entre elles, qui auraient entretenu une relation amoureuse, pour identifier et arrêter les six autres. Outre les « actes contre nature », les enquêteurs ont également invoqué des allégations de proxénétisme, de corruption de mineurs et d’infractions liées à la drogue.
Dans la région de Thiès, à environ 70 km à l’est de Dakar, la police a arrêté cinq hommes en décembre 2025 pour avoir fumé de la chicha, un produit du tabac interdit par la législation locale, et les a détenus pendant deux jours avant de les présenter à une autorité judiciaire. Le procureur a ordonné leur mise en détention provisoire pour « actes contre nature », mais a abandonné les poursuites et les a libérés un mois plus tard faute de preuves. Ils ont déclaré penser que des voisins les avaient dénoncés aux autorités en raison de leur orientation sexuelle.
L’un des cinq, un homme de 23 ans, a déclaré :
Nous avons été arrêtés alors que nous préparions un défilé de mode chez moi. Vers 21 heures, trois policiers sont arrivés, nous ont emmenés au commissariat et ont confisqué nos téléphones […] Nous avons été détenus pendant deux jours, puis conduits au parquet de Thiès et inculpés d’actes contre nature, bien que nous n’ayons pas été pris en flagrant délit […] Je pense que nos voisins ont dit à la police que nous étions homosexuels parce qu’ils étaient jaloux de notre succès dans la mode.
Il a ajouté : « Nous avons été battus, fouettés et giflés, et traités d’homosexuels… J’ai été blessé à la cuisse, ce qui me fait encore mal aujourd’hui. »
Un travailleur social intervenant à Rebeuss, le plus grand centre de détention du Sénégal, situé à Dakar, a déclaré avoir été témoin de discriminations de la part du personnel pénitentiaire et des détenus à l’encontre de ceux soupçonnés d’homosexualité : « [Les détenus LGBT] sont exclus des activités communes, se voient refuser la participation aux séances de prière collectives et sont contraints d’accéder aux services, y compris au coiffeur, séparément des autres prisonniers. Dans certains cas, ils sont même contraints d’effectuer des tâches ménagères. »
Détention provisoire prolongée
Depuis février, une seule personne arrêtée pour « actes contre nature » a été condamnée, selon les médias locaux. Le 10 avril, le tribunal de district de Pikine-Guédiawaye, dans la banlieue de Dakar, a condamné un homme de 24 ans, arrêté une semaine plus tôt, à six ans de prison et lui a infligé une amende de 2 millions de francs CFA (environ 3 300 dollars américains) après l’avoir reconnu coupable d’« actes contre nature » et d’ « outrage public à la pudeur ». Il n’était pas représenté par un avocat, comme c’est souvent le cas pour les personnes accusées d’ « actes contre nature », qui peuvent se voir refuser l’accès à une représentation juridique ou avoir des difficultés à trouver des avocats disposés à les défendre.
Un avocat de Dakar a déclaré à Human Rights Watch que bon nombre des personnes arrêtées pour des faits liés à l’homosexualité restent en détention provisoire parce que les procureurs ont ajouté des chefs d’accusation supplémentaires, notamment l’association de malfaiteurs, la mise en danger de la vie d’autrui, la transmission délibérée du VIH ou le trafic de stupéfiants. Selon cet avocat, ces chefs d’accusation supplémentaires nécessitent souvent des enquêtes plus longues et sont utilisés pour justifier la prolongation de la détention provisoire.
La législation sénégalaise limite généralement la détention provisoire à six mois pour les infractions mineures, sans limite pour certains crimes graves tels que le meurtre, les atteintes à la sécurité de l’État et le détournement de fonds publics. Le droit international des droits humains exige que la détention provisoire soit une exception et non la règle, et qu’elle soit justifiée au cas par cas. Toute personne placée en détention provisoire a droit à un procès dans un délai raisonnable ou à sa libération. La durée excessive de la détention provisoire reste une préoccupation majeure au Sénégal, comme l’ont indiqué plusieurs organisations de la société civile et responsables gouvernementaux interrogés.
Le 7 août, le tribunal de district de Pikine-Guediawaye a officiellement clos l’instruction dans l’affaire concernant les 12 hommes arrêtés le 9 février et 87 autres personnes interpellées dans le cadre de cette même vague de répression. Le tribunal a classé sans suite les poursuites à l’encontre de 28 d’entre eux et les a remis en liberté, mais 71 autres sont toujours renvoyés en jugement pour association de malfaiteurs et actes contre nature. Le tribunal a également rejeté les chefs d’accusation de « mise en danger de la vie d’autrui » et de « transmission volontaire du VIH ». Cette décision soulève des questions quant au maintien en détention des 12 accusés, car les besoins de l’instruction, généralement invoqués pour justifier une détention provisoire prolongée, pourraient ne plus s’appliquer.
Obstacles à la représentation juridique
Human Rights Watch a constaté que la nouvelle infraction de « promotion de l’homosexualité » a eu un effet dissuasif sur l’accès à une représentation juridique. Des avocats et des défenseurs des droits humains ont fait part de leur inquiétude quant au fait que la défense de personnes poursuivies en vertu de l’article 319 pourrait les exposer à des répercussions professionnelles, sociales, voire juridiques. « Comment pouvons-nous défendre des personnes arrêtées sans être accusés de promotion [de l’homosexualité] ? », a déclaré un avocat. « C’est pourquoi il y a une telle réticence. »
L’avocat a décrit de sérieux obstacles à l’accès à une représentation juridique, affirmant que les détenus, y compris son propre client, subissaient des pressions pour renoncer à leur droit à une représentation juridique. Il a également indiqué que les autorités interrogeaient fréquemment les détenus et obtenaient des déclarations en l’absence d’un conseil juridique.
Le 9 février, l’avocat a déposé deux plaintes devant la Cour d’appel de Dakar, l’une en son nom propre et l’autre au nom de son client, contre un commandant de gendarmerie qui avait fait pression sur ce dernier pour qu’il renonce à son droit à une représentation juridique. Il a déclaré en septembre qu’aucun progrès n’avait été enregistré dans aucune des deux affaires.
Un autre avocat a fait part de ses inquiétudes quant au respect des garanties procédurales par les gendarmes. Il soupçonnait les autorités d’avoir obtenu les « aveux » de ses clients sans que ceux-ci aient pleinement compris la procédure et les implications de leurs déclarations.
Dépistage forcé du VIH ; divulgation d’informations médicales
La RADDHO et le HIV Justice Network ont indiqué à Human Rights Watch que les autorités avaient contraint la plupart des détenus à se soumettre à un dépistage du VIH et que, lorsque les résultats s’avéraient positifs, elles les inculpent de « transmission délibérée du VIH » et de « mise en danger de la vie d’autrui », en plus des infractions prévues à l’article 319 du Code pénal modifié. En vertu de l’article 36 de la loi sénégalaise de 2010 sur le VIH/sida, toute personne sachant qu’elle est séropositive et ayant des rapports sexuels non protégés est passible d’une peine de 5 à 10 ans de prison et d’une amende.
La gendarmerie de Keur Massar a officiellement déclaré avoir exigé que les personnes arrêtées se soumettent à des tests de dépistage du VIH. La police nationale a également procédé à de tels tests et utilisé le statut sérologique dans le cadre de procédures pénales, comme elle l’a indiqué dans son communiqué du 13 juin.
« Nous avons connaissance de tests de dépistage du VIH réalisés sans consentement par la gendarmerie et de la divulgation du statut sérologique des personnes », a déclaré un médecin à Human Rights Watch.
Les conséquences de ces pratiques se sont étendues au-delà des détenus individuels. Des professionnels de santé ont indiqué que le recours aux services liés au VIH avait fortement diminué et attribuent cette baisse à la crainte d’une arrestation, à la divulgation forcée et à la stigmatisation sociale. « Si, à cause de la loi, les gens décident de ne plus se rendre dans les centres de santé, cela devient un problème de santé publique », a déclaré un médecin.
Le ministère de la Santé publique et le Conseil national de lutte contre le sida (CNLS), organisme gouvernemental chargé de diriger et de coordonner la riposte au VIH au Sénégal, ont publié des communiqués conjoints sur Facebook les 11 et 23 février, soulignant les efforts nationaux visant à traiter et à prévenir le VIH/sida et à soutenir les personnes vivant avec le VIH/sida, ainsi que la nécessité de séparer les dossiers médicaux et judiciaires, et la difficulté d’établir la transmission intentionnelle.
Dans un communiqué de presse du 18 mars, le Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida (ONUSIDA), qui milite en faveur d’une action mondiale contre la pandémie de VIH/sida, a exprimé ses inquiétudes quant à l’impact de la loi amendée et a appelé le Sénégal à protéger la confidentialité des informations médicales et la relation patient-professionnel de santé, en tant que fondements non négociables d’un système de santé performant.
Atteintes à la vie privée et à la confidentialité
De nombreux reportages des médias locaux sur les affaires récentes contiennent des informations personnelles très détaillées concernant des personnes arrêtées par les forces de sécurité. Dans au moins quatre cas, ces informations reprennent presque mot pour mot celles figurant dans les dossiers d’enquête, ce qui laisse supposer que des informations confidentielles ont été directement communiquées aux journalistes.
« Nos photos et les objets trouvés [par la police] chez moi, comme des lubrifiants et des comprimés antirétroviraux, ont été publiés dans les journaux et sur les réseaux sociaux », a déclaré cet homme de 23 ans.
Dans une affaire très médiatisée, cas rare où le détenu bénéficiait d’une représentation juridique après son arrestation, les gendarmes de Keur Massar ont interpellé un artiste populaire pour « actes contre nature », et son nom, sa séropositivité et d’autres informations confidentielles ont été divulgués peu après dans les médias.
Comme l’a souligné un journaliste sénégalais : « La publication d’informations “scandaleuses” sur un sujet aussi tabou que l’homosexualité au Sénégal est devenue de plus en plus un moyen de susciter l’intérêt du public. Cette pratique transforme la souffrance des personnes en spectacle, sans se soucier des graves conséquences pour ceux dont la vie privée et la dignité sont bafouées. »
Conséquences de la répression sur la santé mentale
La répression gouvernementale a eu de graves répercussions sociales et psychologiques sur les personnes LGBT à travers tout le pays. Les personnes LGBT interrogées ont déclaré avoir éprouvé de la peur, de l’anxiété, de la dépression et des pensées suicidaires ; beaucoup se sont cachées, ont restreint leurs déplacements, se sont retirées de la vie sociale et en ligne, ont déménagé ou ont abandonné leur téléphone portable pour éviter d’être repérées par les forces de sécurité.
Un étudiant de 22 ans a déclaré avoir été contraint de déménager après avoir été victime de menaces verbales et de harcèlement :
Dans le quartier où je me trouvais, les gens ont commencé à m’insulter. Ils me disaient des choses comme « la prochaine fois, ce sera ton tour » quand je passais [près d’eux]. Les enfants allaient même jusqu’à me suivre en chantant « goor-jigeen » [terme wolof désignant un homme qui ressemble à une femme et se comporte comme telle], tandis que les adultes ne disaient rien. Je ne pouvais même pas me défendre. Je savais que si je disais quelque chose, ils s’en prendraient tous à moi. Pour rentrer chez moi, je devais attendre qu’il fasse nuit pour que personne ne me remarque.
Un animateur communautaire de 27 ans, à Dakar, a déclaré que cette peur constante avait transformé la vie quotidienne « en un état s’apparentant au confinement lié au COVID » :
Nous avons suspendu toutes nos activités, y compris en ligne. Désormais, personne ne fait plus confiance à personne. Il y a un manque total de sécurité. Je sais que j’ai un pied en prison. Je peux être arrêté à tout moment parce que je suis un leader communautaire. Même si je ne suis pas en prison pour l’instant, je vis comme si j’y étais. La vie a complètement changé.
Un autre homme de 21 ans, parmi ceux arrêtés en décembre 2025, a déclaré qu’après sa libération en janvier, il vivait caché dans le centre du Sénégal, incapable de rentrer chez lui par crainte que ses proches ne s’en prennent à lui :
J’ai reçu un appel de ma mère me disant de ne pas rentrer à la maison. Apparemment, mes demi-frères et certains de mes cousins m’attendaient et étaient prêts à me donner une leçon. Je me cache depuis. Je n’ai même pas pu rentrer chez moi pour récupérer quelques affaires. Je me suis retiré de plusieurs groupes en ligne et j’ai désactivé mes comptes sur les réseaux sociaux. Beaucoup de mes amis sont partis en Gambie, en Mauritanie ou au Maroc. Je reste ici parce que je suis le seul enfant de ma mère.
Un homme de 35 ans, à Ziguinchor, a déclaré que son compagnon était parti sans préavis vers un pays voisin, ce qui lui causait une détresse psychologique :
Mon compagnon a quitté le pays de nuit à moto lorsqu’il a appris que ses amis proches avaient été arrêtés et que la police avait fait une descente chez lui. Il a jeté son téléphone. Il vit dans des conditions précaires de l’autre côté de la frontière. Il n’a pas ses médicaments. J’ai peur pour lui.
Une psychologue de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar a déclaré que ses consultations sur le campus « avaient triplé » depuis mars. « De nombreux patients sont des jeunes hommes souffrant d’anxiété sévère, d’hypervigilance, d’un retrait de la vie sociale et de comportements obsessionnels motivés par la peur d’être perçus comme LGBT et d’être attaqués. »
Recommandations
À l’attention du président du Sénégal
Ordonner la libération immédiate de toutes les personnes détenues arbitrairement depuis février en vertu de l’article 319 du Code pénal ; Saisir le Conseil constitutionnel de la loi amendée afin qu’il examine sa compatibilité avec les garanties constitutionnelles relatives au droit à la vie privée, à l’égalité devant la loi, à la non-discrimination et au droit à un procès équitable. S'engager publiquement, avant les Jeux olympiques de la jeunesse, à garantir que tous les participants, visiteurs et résidents seront protégés contre la discrimination et les arrestations arbitraires.À l’Assemblée nationale
Abroger l’article 319 dans son intégralité, y compris les dispositions du Code pénal modifié qui criminalisent la « promotion » ou la « glorification » de l’homosexualité, ainsi que le financement ou le soutien aux personnes et organisations LGBT. Lancer une révision législative visant à supprimer la séropositivité au VIH en tant que circonstance aggravante.Au gouvernement sénégalais
Ouvrir une enquête sur les abus avérés commis à l’encontre des personnes LGBT et traduire les responsables en justiceDonner instruction aux autorités judiciaires de faire respecter les lois nationales et internationales afin de garantir l’accès à une représentation juridique pour tous les détenus et de veiller à ce que les avocats puissent représenter leurs clients sans intimidation, harcèlement ni risque de poursuites. Veiller à ce que la détention provisoire soit une mesure exceptionnelle, et non une procédure standard, et à ce que toute personne placée en détention provisoire ait la garantie d’être jugée dans un délai raisonnable ou d’être libérée. Interdire le dépistage forcé du VIH, garantir le consentement éclairé pour tout examen médical, empêcher l’utilisation d’informations médicales confidentielles dans le cadre de procédures pénales et protéger le secret médical, notamment en interdisant la divulgation aux médias des informations relatives à la santé des détenus.Ouvrir une enquête indépendante sur l’affaire concernant un commandant de gendarmerie qui a fait pression sur un détenu pour qu’il renonce à son droit à une représentation juridique avant de divulguer la séropositivité de ce dernier à des journalistes. Respecter et protéger les droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique, y compris pour les personnes et les organisations défendant les droits des personnes LGBT.Au Conseil national de l’ordre des médecins
Réaffirmer que le dépistage forcé du VIH constitue une violation de l'éthique médicale.………..
Articles
TV5Monde (1) TV5Monde (2) (vidéo)
RFI L’Humanité CNews
AfricaNews (vidéo) SeneNews StopHomophobie
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