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13.10.2026 à 06:00

Iran. La logique civilisationnelle de Marco Rubio

Marmar Kabir

Sept mois après le début de la guerre israélo-états-unienne contre l'Iran, les objectifs initialement proclamés par Washington ont changé et le conflit s'installe dans la durée. À Athènes, le secrétaire d'État a convoqué le roi perse Xerxès, l'Acropole et la grandeur de l'Occident. Un déplacement vers un discours civilisationnel qui dit à la fois l'épuisement du récit de guerre initial et le poids plus marqué des néo-conservateurs dans l'entourage de la Maison Blanche. Le 7 octobre 2026, (…)

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Sept mois après le début de la guerre israélo-états-unienne contre l'Iran, les objectifs initialement proclamés par Washington ont changé et le conflit s'installe dans la durée. À Athènes, le secrétaire d'État a convoqué le roi perse Xerxès, l'Acropole et la grandeur de l'Occident. Un déplacement vers un discours civilisationnel qui dit à la fois l'épuisement du récit de guerre initial et le poids plus marqué des néo-conservateurs dans l'entourage de la Maison Blanche.

Le 7 octobre 2026, depuis le Pnyx, face à l'Acropole, le secrétaire d'État Marco Rubio, en visite officielle en Grèce, a construit tout le déroulé de son discours, en hommage à la civilisation grecque et – par extension – à la civilisation occidentale, autour d'une scène de l'histoire ancienne. En 480 avant notre ère, les armées perses du roi Xerxès entrent à Athènes, mettent le feu aux sanctuaires et rasent l'Acropole. Mais plus tard, avec le retour des Athéniens, la ville est reconstruite, le Parthénon est érigé. Il traverse vingt-cinq siècles, tandis que des empires « se sont dressés puis sont tombés », et que les « fils d'Athènes et de Rome » ont assuré la continuité d'une civilisation occidentale appelée à retrouver sa puissance. Rubio part de l'exemple athénien, mobilise pêle-mêle Alexandre, César, Charlemagne et Hernán Cortés, pour ensuite célébrer le nationalisme conquérant de l'Occident. Dans son allocution, les États-Unis incarnent la transformation d'une république côtière en « empire continental », louant une philosophie politique de la puissance, présentée comme héritage naturel de l'Occident.

Évidemment, le secrétaire d'État ne dit pas explicitement que l'Iran de 2026 est la Perse de Xerxès. Mais dans le contexte d'une guerre menée depuis le 28 février par les États-Unis et Israël contre l'Iran, le choix de cette scène n'est pas neutre. Il transforme cette agression en épisode d'affrontement civilisationnel. À ses yeux, l'Occident qu'il considère comme un héritier exclusif d'Athènes doit être défendu aujourd'hui avec la même ardeur que celle-ci l'a été dans l'Antiquité.

Un raccourci historique

Sur le site d'information iranien Entikhab, Touraj Daryaee, historien spécialiste de l'Iran ancien, a répondu à ce discours1 en rappelant que l'incendie d'Athènes ne surgit pas dans un vide historique : en 498 avant notre ère, pendant la révolte ionienne, les insurgés, soutenus par Athènes et Erétrie, attaquent Sardes, capitale de la satrapie perse de Lydie et y mettent le feu, détruisant ainsi une partie importante de la ville. Daryaee retourne ensuite la perspective : sur les deux derniers siècles, écrit-il, ce sont essentiellement la Grande-Bretagne et les États-Unis qui ont projeté leur puissance vers l'Est, ont colonisé des territoires et imposé leur présence militaire. Il ajoute enfin que l'opposition simpliste entre « Orient » et « Occident » que pose Marco Rubio est anachronique : l'empire achéménide comptait de nombreux sujets et soldats de langue grecque.

Sur le premier point, Encyclopaedia Iranica confirme l'élément essentiel : Athènes envoie vingt navires aux Ioniens et Erétrie cinq. L'expédition prend Sardes en 498. L'incendie détruit notamment le sanctuaire de Cybèle. Athènes n'a pas à elle seule brûlé Sardes, mais sa participation à l'expédition est attestée, et l'épisode appartient bien à la chaîne d'événements qui précède les guerres médiques (de 499 à 449 avant notre ère).

Sur le second point, l'Iran n'a pas été une colonie occidentale au sens juridique classique de l'Inde britannique ou de l'Algérie française. Mais son histoire moderne est traversée par des mécanismes de domination impériale très concrets. En 1901, la concession D'Arcy avait déjà accordé à William Knox D'Arcy, un entrepreneur britannique, des droits exclusifs sur la recherche, l'exploitation et l'exportation du pétrole dans l'essentiel du territoire iranien pour soixante ans. Le symbole le plus important de l'impérialisme britannique et états-unien dans la mémoire politique iranienne reste le coup d'État de 1953. Après la nationalisation de l'industrie pétrolière, le premier ministre Mohammad Mossadegh est renversé le 19 août. Dans les décennies suivantes, les forces armées du shah sont organisées dans le cadre d'une « relation spéciale » avec Washington, avec missions de formation, groupes de conseil, assistance technique et achats massifs d'armes états-uniennes. C'est dans ce sens précis qu'on peut parler de néocolonialisme : non pas la conquête militaire ou l'administration directe d'un territoire, mais un système dans lequel la souveraineté formelle subsiste tandis que le pétrole, la sécurité, le financement et les choix politiques sont durablement structurés par des puissances extérieures.

Les hordes venues d'Orient

Marco Rubio sait-il que cet héritage grec qu'il tient tellement à célébrer n'a été transmis à l'Occident que par le truchement d'échanges et de circulations avec cet « Orient » honni ? Une part essentielle des textes philosophiques, médicaux et scientifiques grecs a été préservée, traduite, commentée et enrichie par les savants arabes et persans du monde musulman, avant d'être transmise à l'Europe latine. Aristote, Galien, Ptolémée ou Euclide ont ainsi circulé à travers des traditions intellectuelles auxquelles ont contribué Avicenne, Al-Razi, Al-Farabi ou Averroès, dont les travaux ont également nourri l'Europe médiévale. Les mondes byzantin, latin, arabe et persan se sont influencés mutuellement au fil des traductions, des controverses et des échanges, bien loin de l'axe occidental Athènes – Rome – Washington que le secrétaire d'État trace en toute ignorance.

Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que les guerres menées par Xerxès et ses armées sont utilisées par une rhétorique anti-iranienne, s'inscrivant dans le cadre fantasmé d'un affrontement civilisationnel. En 2007, le film de Zack Snyder 300, qui évoque la bataille d'une poignée de Spartiates conduits par Léonidas contre l'armée du roi des Perses, a représenté « pour une partie du public américain […] une revanche sur le 11 septembre, une manière d'affirmer la supériorité des États-Unis sur les hordes islamiques qui menacent la civilisation »2. Au-delà du raccourci historique, le secrétaire d'État s'inscrit dans une idéologie qui cimente la frange néo-conservatrice de la classe politique états-unienne depuis un quart de siècle. Celle-ci était déjà à l'œuvre dans le discours du vice-président J. D. Vance à la Conférence de sécurité de Munich, en février 2025 : le bras droit de Donald Trump y avait notamment appelé à « donner une nouvelle direction à notre civilisation commune ».

Une guerre aux objectifs incertains

Marco Rubio choisit de commencer son discours au moment historique qui l'arrange. Il prend l'incendie d'Athènes comme point de départ, ignore le précédent de Sardes. Puis il projette sur l'Antiquité une frontière civilisationnelle qui ressemble beaucoup trop à celle que Washington a exportée au début des années 2000, et vers laquelle tend à nouveau une partie de l'administration de Donald Trump.

Au début des bombardements sur l'Iran, le 28 février 2026, Washington et Tel-Aviv ont pourtant eu une rhétorique beaucoup plus contemporaine. Donald Trump a insisté sur l'interdiction absolue pour l'Iran d'obtenir l'arme nucléaire et de conserver ses missiles balistiques, autant de menaces présentées comme imminentes. Dans le même mouvement, il a appelé les Iraniens à « reprendre » leur pays. Rapidement et d'un jour à l'autre, les objectifs ont varié : empêcher l'acquisition de la bombe, détruire les capacités militaires, obtenir une reddition, favoriser un changement de régime, puis, entre deux menaces, rechercher une sortie négociée.

En réalité, la menace nucléaire n'a jamais été aussi réelle que les déclarations états-uniennes le laissaient entendre. Trois jours avant l'offensive, l'agence Reuters a rappelé que les services de renseignement états-uniens continuent d'estimer que l'Iran ne construit pas activement une arme nucléaire et que son programme d'armement reste suspendu depuis 2003. Certes, l'enrichissement à 60 % et les stocks d'uranium constituaient bien un risque de prolifération sérieux. Mais Donald Trump n'avait fourni aucune preuve publique de son affirmation selon laquelle Téhéran avait relancé la construction d'une bombe après la guerre des 12 jours de juin 2025. Deux mois plus tard, en août 2025, une nouvelle évaluation du renseignement états-unien indiquait que le temps nécessaire à l'Iran pour fabriquer une arme, si une décision politique était prise en ce sens, n'avait pas changé de manière significative depuis les bombardements : autour d'un an, selon les sources citées par Reuters. Autrement dit, la guerre de juin 2025 n'avait pas, à ce stade, modifié l'estimation initiale qui avait servi de toile de fond au conflit.

Le changement de régime, pourtant affiché comme objectif assumé, s'est évaporé. Dès les premiers jours, des responsables états-uniens ont douté qu'il puisse advenir à court terme, la structure du pouvoir iranien ayant survécu au choc initial. Leur guerre cesse dès lors d'avoir une ligne d'arrivée identifiable.

Un récit de remplacement

Le 28 février 2026, quelques heures après le début des bombardements, l'école primaire Shajareh Tayyebeh, à Minab, dans la province d'Hormozgan, est touchée. Une enquête de l'agence Associated press (AP) a conclu qu'au moins un missile états-unien avait frappé l'établissement. Bilan : 168 morts parmi lesquels plus de 120 élèves. Des enseignants figurent également parmi les victimes, comme Nasim Neyestani, qui avait réussi à faire évacuer quatorze élèves de sa classe. Elle a été tuée avec les huit qui restaient. En septembre 2026, une mission internationale d'établissement des faits mandatée par le Conseil des droits de l'homme des Nations unies a conclu qu'il existait des motifs raisonnables de croire que les États-Unis étaient derrière la frappe de Minab et celle d'un gymnase à Lamerd, qui a fait 21 morts. Ces attaques pouvaient, selon la mission, constituer des crimes de guerre faute de vérification suffisante des cibles et de précautions prises envers les civils. Des experts indépendants mandatés par le Conseil des droits de l'homme de l'ONU ont par ailleurs indiqué avoir reçu des informations faisant état de milliers de civils tués au cours des bombardements qui ont eu lieu entre le 28 février et le 6 avril 2026, ainsi que de destructions d'infrastructures civiles critiques.

Sept mois après le 28 février, le conflit n'a plus rien de l'opération brève qui devait imposer un résultat décisif. Il pèse durablement sur le détroit d'Ormuz, les coûts du transport et de l'assurance, les prix de l'énergie et la politique intérieure états-unienne. Début octobre 2026, le cours du pétrole Brent évolue encore autour ou au-dessus de 100 dollars le baril (soit plus de 90 euros), tandis que la logistique pétrolière reste profondément perturbée. Le discours du président Trump oscille toujours entre les menaces de nouvelles frappes – qui attendront toutefois les élections de mi-mandat – et la promesse de discussions « productives » avec Téhéran. Entre-temps, une majorité d'États-Uniens désapprouve toujours sa gestion de la guerre et aucun plan clair de sortie n'a été présenté.

Le jour même du discours de Marco Rubio à Athènes, le vice-président J. D. Vance expliquait encore que l'Iran devait réduire de façon substantielle ses capacités d'enrichissement pour mettre fin à la guerre. C'est là le paradoxe final : après des mois de bombardements, on revient à la nécessité d'une négociation pour déterminer le niveau des stocks d'uranium, d'enrichissement, les garanties d'inspection. La guerre a détruit, tué, déplacé des lignes militaires et bouleversé les marchés. Mais elle n'a pas supprimé la nécessité d'un accord politique.

C'est dans cette impasse que le détour par Xerxès prend son sens politique. Pas comme justification juridique formelle, mais comme récit de remplacement. Lorsque l'imminence nucléaire reste non démontrée publiquement, que le changement de régime n'est plus une perspective crédible, que la guerre s'éternise et que Minab s'impose dans la mémoire du conflit, l'Antiquité offre une autre grammaire : celle de la dette historique, de la revanche civilisationnelle et d'un Occident condamné à se défendre éternellement contre l'Est, la tentation d'une vengeance historique imaginaire, où Xerxès devient l'ancêtre commode d'un ennemi contemporain.

Mais Athènes n'équivaut pas à un mandat de l'ONU. Xerxès n'est pas un casus belli. Et les enfants de Minab ne sont pas une note de bas de page de l'histoire occidentale.


1« Réponse du professeur Touraj Daryaee aux affirmations de Rubio : l'attaque de Xerxès contre Athènes était une punition pour l'incendie de Sardes », 9 octobre 2026.

2Alain Gresh, « 300, la bataille des Thermopyles, Hollywood et le choc des civilisations », Nouvelles d'Orient, 26 mars 2007.

12.10.2026 à 06:00

Palestine. « Naza » ou la reconnaissance israélienne du génocide

Jean Michel Morel

Le documentaire de Yuval Abraham et Rachel Szor expose au grand jour les témoignages de soldats israéliens ayant participé aux massacres perpétrés à Gaza. Si elles ne révèlent rien de nouveau, ces paroles rendent plus difficile le déni occidental et plus spécifiquement israélien de ce qui se passe dans l'enclave depuis le 7 octobre 2023. Vingt-cinq minutes d'applaudissements publics. C'est ainsi que Naza, le documentaire de Yuval Abraham et Rachel Szor, a été accueilli à la Mostra de (…)

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Texte intégral (1726 mots)

Le documentaire de Yuval Abraham et Rachel Szor expose au grand jour les témoignages de soldats israéliens ayant participé aux massacres perpétrés à Gaza. Si elles ne révèlent rien de nouveau, ces paroles rendent plus difficile le déni occidental et plus spécifiquement israélien de ce qui se passe dans l'enclave depuis le 7 octobre 2023.

Vingt-cinq minutes d'applaudissements publics. C'est ainsi que Naza, le documentaire de Yuval Abraham et Rachel Szor, a été accueilli à la Mostra de Venise, où il était présenté en compétition officielle en septembre 2026 et où il a reçu le prix spécial du jury.

Le titre du film renvoie à l'acronyme de l'expression nezek agavi utilisée par l'armée et qui signifie « dommages collatéraux » en hébreu. Le décor est planté. Le documentaire nous plonge au cœur du processus d'éradication des habitants de Gaza sous couvert de chasse aux « terroristes ». Un processus documenté depuis trois ans par les journalistes et les chercheurs palestiniens que le monde occidental a, jusque-là, préféré ignorer. De même, bien évidemment, la population israélienne à laquelle le film s'adresse en priorité.

Des confessions sans retenue

Le dispositif arrêté par les auteurs est simple et efficace : installé la nuit sur le toit d'un immeuble de Tel-Aviv, Yuval Abraham, cinéaste et journaliste d'investigation, en particulier pour le média palestino-israélien en ligne +972, interroge 24 militaires et agents du renseignement israélien devant la caméra de sa consœur Rachel Szor. L'intervieweur est visible, l'interviewé, lui, reste dans l'obscurité. Sa voix est modifiée numériquement.

À écouter les hommes de l'ombre, on comprend comment on a pu tuer plus de 74 000 personnes dont 21 000 enfants — en attendant que les décombres soient déblayés pour en sortir les cadavres des disparus, Israël refusant toujours de laisser entrer des engins de chantier dans l'enclave. Il a suffi pour cela que les officiers et les soldats bénéficient d'une grande liberté d'action dans le cadre de cette opération baptisée « Glaive de fer », et de l'aide efficace de l'intelligence artificielle (IA), les deux étant dépourvus d'éthique.

Les récits sont glaçants. Les acteurs du drame qui perdure se livrent à des confessions sans retenue, insistant sur la recherche d'une efficacité maximum. Ils ont bénéficié d'une impunité totale, dont le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou et Yoav Gallant, ancien ministre de la défense, ont été les garants lors de leurs nombreuses interventions médiatiques. Après s'être engagés dans l'armée sous le choc des massacres du 7 octobre 2023, certains soldats ont, peu à peu, pris conscience qu'ils s'étaient embarqués dans une politique d'éradication. Nous n'en saurons pas plus le plus souvent, Yuval Abraham et Rachel Szor précisant dans le dossier de presse que « consacrer trop de temps aux motivations des sources — leurs remords, leur fierté ou leurs opinions politiques — risquait de détourner l'attention des victimes ».

Ce parti pris va à l'encontre de l'expression « tirer et pleurer » qui renvoie à un certain type de cinéma israélien, centré autour de l'auto-absolution par les larmes d'actions que des soldats disent regretter avoir commises. Dans Naza, il n'existe aucun dispositif de compréhension pour absoudre les exactions guerrières. Le mal est fait : il est irréparable. Et de l'individu au gouvernement en passant par l'institution militaire, il n'y a pas d'innocents.

« Une usine du crime »

C'est dans le cadre d'un projet baptisé Lavender (« Lavande ») que l'IA a pris le pas sur l'humain. Les vérifications auxquelles se livrait l'armée israélienne avant de procéder à un assassinat ciblé ont été déléguées, et la décision d'exécution dévolue à la machine. À ce passage de relais du repérage de la cible et de sa mise à mort immédiate s'est ajoutée l'autorisation d'élargir le nombre de victimes dites « collatérales ».

Ce contexte technico-fasciste aboutit fatalement sur un génocide. L'un des interviewés parle d'une « usine du crime », d'un « anéantissement », d'une « annihilation », de « nettoyage jusqu'à rendre les zones propres, qu'on puisse croire qu'il n'y a eu aucune civilisation à cet endroit ».

Un modèle d'IA intitulé The Gospel (« L'Évangile ») permet de savoir quand un supposé responsable du Hamas est chez lui avec ses proches. Dès lors, le nom de code « Where's Daddy ? » (« Où est papa ? ») autorise l'armée coloniale à bombarder le domicile, faisant des membres de sa famille d'inévitable sacrifiés.

« Recueillir des paroles émanant du système »

Cette description clinique de la volonté et des moyens de tuer les gens chez eux, sans considération d'âge ou de sexe se déroule devant les fenêtres éclairées de Tel-Aviv, à travers lesquelles on discerne des Israéliens aller et venir en toute tranquillité dans leur appartement, allumer la télévision, préparer le repas du soir. Ce décor de quiétude — Gaza est à 60 kilomètres — ajoute de la nausée à celle que génèrent les récits des militaires.

Bien que le documentaire n'ait pas été distribué dans les salles israéliennes et donc, peut-on supposer, très peu vu, sa sortie a provoqué de la dénégation — on ne critique pas « l'armée la plus morale du monde » — et de la colère. Sur les murs de certaines villes, des affiches avec les portraits des deux réalisateurs sont barrées de la mention « traîtres ». Si 1 500 réalisateurs israéliens ont pétitionné pour défendre leurs confrères contre les menaces du premier ministre de les déchoir de leur nationalité, Yuval Abraham et Rachel Szor ne sont pas rentrés depuis la sortie du film, leurs vies étant désormais en danger dans leur pays.

Ces menaces seront-elles suffisantes pour mettre un terme aux interrogations des quelques Israéliens juifs parmi les plus lucides, ceux pour qui les Palestiniens ne sont pas des « animaux humains »1 ? Pour les auteurs qui s'adressent clairement à leur propre société et à une partie non négligeable du monde occidental qui vit toujours dans la mise en doute de la parole palestinienne, l'objectif est limpide :

C'est parce que nous vivons dans un monde qui a si souvent refusé de croire les victimes et minimisé leurs témoignages, que nous avons ressenti le besoin impérieux de recueillir des paroles émanant du système même qui les attaquait. Nous espérons que cela rendra ce déni plus difficile, car c'est le déni qui permet à ces crimes de perdurer. Or, ils se poursuivent encore aujourd'hui2.

Naza – Bande-annonce

1Référence à la déclaration du 9 octobre 2023 du ministre de la défense Yoav Gallant : « Pas d'électricité, pas d'eau, pas de nourriture, pas de carburant […] nous combattons des animaux humains, et nous agissons en conséquence. »

2Citation tirée de la déclaration d'intention des réalisateurs de Naza, signée par Yuval Abraham et Rachel Szor, publiée le 10 septembre 2026 à l'occasion de la première du film à la Mostra de Venise et reproduite dans le dossier de presse.

09.10.2026 à 14:00

La Lettre

Nos évènements Rencontre-débat « Les médias français confrontés à la guerre menée par Israël au Liban », 14 octobre, 19h, La Césure (Paris) Le Centre culturel libanais en France (CCLF) organise une rencontre-débat sur le traitement de la guerre israélienne contre le Liban par les médias français. Avec : Alain Gresh, directeur d'Orient XXI Ziad Majed, politiste et chercheur franco-libanais, professeur d'université Arthur Sarradin, journaliste Denis Sieffert, journaliste, ancien directeur (…)

- Archives
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Nos évènements

  • Rencontre-débat « Les médias français confrontés à la guerre menée par Israël au Liban », 14 octobre, 19h, La Césure (Paris)

Le Centre culturel libanais en France (CCLF) organise une rencontre-débat sur le traitement de la guerre israélienne contre le Liban par les médias français. Avec :
Alain Gresh, directeur d'Orient XXI
Ziad Majed, politiste et chercheur franco-libanais, professeur d'université
Arthur Sarradin, journaliste
Denis Sieffert, journaliste, ancien directeur de la publication de Politis

« Les médias français confrontés à la guerre menée par Israël au Liban »
14 octobre, 19h
La Césure, amphithéâtre
13 rue Santeuil, 75005 Paris
Entrée libre

Pour aller plus loin, dans les archives d'Orient XXI :

Ziad Majed, 7 mai
En Palestine — en particulier à Gaza — comme dans le Sud-Liban, la ruine excède largement le registre du dommage matériel. Elle constitue une politique israélienne à part entière qui ordonne l'espace, altère le temps et frappe les vivants à travers leurs lieux de vie. En pulvérisant les maisons, les bibliothèques, les archives, les photographies et les actes de propriété, cette stratégie s'attaque également au souvenir.
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Ziad Majed, 31 juillet
Pris dans les rivalités entre les États-Unis, Israël et l'Iran, le Liban n'a que peu de marge de manœuvre. Mais l'accord-cadre signé le 26 juin 2026 entre Beyrouth et Tel-Aviv sous l'égide de Washington est loin d'offrir une perspective de retour à la paix et à la libération du territoire libanais. D'autres tactiques sont pourtant possibles.
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Giulia Della Michelina, Décembre 2025
Outre les pertes humaines et matérielles, les bombardements israéliens incessants sur le sud du Liban provoquent un désastre écologique qui aggrave la pénurie d'eau et l'insécurité alimentaire des populations locales.
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Orient XXI dans les médias

  • Laurent Bonnefoy invité de Geopolitis sur RTS, « Yémen. L'offensive des Houthis »

Dimanche 4 octobre, Laurent Bonnefoy, chercheur au CNRS et membre du comité éditorial d'Orient XXI, était l'invité de l'émission Geo Politis de la Radio Télévision Suisse (RTS) pour parler de l'offensive des houthistes au Yémen.

Vous pouvez retrouver l'émission ici

Pour aller plus loin, dans les archives d'Orient XXI :

Helen Lackner, 28 septembre
Depuis le déclenchement de l'attaque israélo-états-unienne sur l'Iran en février 2026, les houthistes semblaient hésiter à s'engager. Il leur a fallu, au cours de l'été, déconnecter formellement leur stratégie militaire de celle de l'Iran et de ses intérêts pour lancer une opération éclair et capturer les abords du détroit stratégique de Bab El-Mandeb. Le tout aux dépens de l'Arabie saoudite.
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Afrah Nasser, 25 mars
La guerre déclenchée par les États-Unis et Israël contre l'Iran le 28 février s'est étendue à toute la région. Un seul front est resté calme, celui du Yémen. Les houthistes qui contrôlent Sanaa se sont pour l'instant tenus à l'écart tout en soutenant verbalement Téhéran. Une hésitation qui tient autant à des facteurs internes au Yémen qu'aux calculs de la République islamique à ce stade du conflit.
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Laurent Bonnefoy, Septembre 2024
Il y a dix ans, le 21 septembre 2014, les rebelles houthistes s'emparaient de Sanaa et renversaient le gouvernement issu du « Printemps yéménite ». Depuis lors, leur exercice du pouvoir dans de larges parties du Yémen s'est affirmé tant en interne, à travers la mise en place d'un État autoritaire, qu'à l'échelle régionale, où leur capacité militaire va croissante. Le 15 septembre 2024, un de leurs missiles atteignait à nouveau le centre d'Israël, éloigné de plus de 2 000 kilomètres. Bilan.
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  • Orient XXI et Acrimed invités de Franck Barrat

Dans cette émission diffusée sur Youtube, Franck Barrat reçoit Sarra Grira, rédactrice en chef d'Orient XXI, Meriem Laribi, journaliste et Pauline Perrenot, journaliste et membre de la rédaction d'Acrimed, pour parler de l'enquête « Palestine : à France Info TV, la fabrique d'un verrouillage éditorial » menée conjointement par Acrimed et Orient XXI.

Cliquez sur l
Cliquez sur l'image pour voir la vidéo.

Lire notre enquête :

Meriem Laribi, Pauline Perrenot, 30 septembre
Depuis le 7 octobre 2023, la rédaction de la chaîne de télévision de France Info est critiquée sur les réseaux sociaux pour sa couverture de la Palestine. Cette enquête, menée conjointement par Acrimed et Orient XXI, vise à comprendre les ressorts d'un récit journalistique dominé par le point de vue israélien et marqué par un tropisme occidentalo-centré. Comment la chaîne d'information publique a-t-elle contribué à normaliser le pire en Palestine ?
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Campagne de dons du Fonds pour une presse libre (FPL), jusqu'au 29 octobre

Le Fonds pour une presse libre (FPL) est un organisme à but non lucratif qui défend le pluralisme de l'information et l'indépendance du journalisme. Sa mission est d'accompagner et de soutenir les médias indépendants dans la recherche de leur propre modèle économique afin de développer un écosystème pérenne, solidaire et dynamique.

Le FPL lance une campagne de dons pour financer son dixième appel à projets « Présidentielle 2027 : six mois pour ne pas sombrer ».

Faire un don

Quarante ans de l'ONG Migration & Développement (M&D), 24 octobre, à partir de 13h30, Académie du climat, Paris

À l'occasion des 40 ans de M&D, l'ONG propose un après-midi de réflexion, d'échanges et de partage autour de la thématique « Perspectives de la solidarité internationale, du développement durable et de l'inclusion ».

Samedi 24 octobre 2026
À partir de 13h30
Académie du Climat
2 Place Baudoyer, 75004, métro Hôtel de Ville, Paris

À lire sur Afrique XXI

« “Mme Pauline” et fils, génocidaires unis pour la vie au Sénégal », Juliette Bour, Michael Pauron, 9 octobre 2026.

Bonnes feuilles. L'historienne Juliette Bour a étudié le parcours de quinze rwandaises condamnées pour avoir participé au génocide des Tutsis du Rwanda et qui occupaient des postes à responsabilité. Ses recherches ont fait l'objet d'un livre, Comme des hommes ?, aux éditions CNRS, dont Afrique XXI publie un extrait avec l'accord de l'autrice et de la maison d'édition.

Dans le Journal de bord de Gaza

« Juste un petit mot pour vous, mes amis. Je sais que vous étiez nombreux à demander de mes nouvelles, pourquoi je n'ai rien écrit depuis plus de 40 jours. Vous comprenez à présent les raisons de ce silence. Je vis toujours dans cette chambre noire. Autour de moi, il n'y a que l'obscurité, la misère et la souffrance des gens. J'ai le cœur triste, je suis déchiré de voir ma société souffrir ainsi. […] Merci à toutes celles et à tous ceux qui ont demandé de mes nouvelles. Je suis toujours vivant. Et on continuera toujours de parler de la Palestine. »

Rami Abou Jamous, 7 octobre
Rami Abou Jamous écrit son journal pour Orient XXI. Dans ce texte, il fait le bilan de ces trois ans de guerre génocidaire contre Gaza et ses ravages sur la société palestinienne : misère, mariages précoces et captagon, le tout encouragé par les Israéliens.
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Les derniers articles

Sophie Boutière-Damahi, 9 octobre
Pour sa 13e édition du 10 au 18 octobre, le festival des cinémas des mondes arabes place les archives et le travail de restauration des films au cœur de sa programmation, de l'Égypte au Maroc en passant par la Palestine.
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Adèle Forveille, Pierre-Yves Baillet, 8 octobre
Lancé le 30 août 2026 à Khartoum, le « dialogue soudano-soudanais » entend tracer l'avenir politique du pays en pleine guerre civile. Mais en s'établissant dans une zone tenue par l'armée, sans les forces politiques adverses ni cessez-le-feu, il soulève des questions sur ses objectifs et risque avant tout d'asseoir la légitimité du pouvoir militaire réinstallé à Khartoum.
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Laurent Bonnefoy, 6 octobre
La dimension confessionnelle du conflit yéménite est souvent caricaturée, dès lors qu'elle est intégrée dans les enjeux régionaux de rivalité entre l'Arabie saoudite sunnite et l'Iran chiite. Si elle est une composante indéniable de la confrontation entre les houthistes et leurs ennemis, elle a été inégalement activée au fil des combats. Elle semble néanmoins faire son retour, au moment où la violence remonte d'un cran.
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Maël Galisson, 5 octobre
Le 24 novembre 2021, trente-et-une personnes exilées périssaient dans la Manche. Le procès de leurs passeurs s'est achevé le 30 septembre 2026. Pour les proches des disparus, c'est un début d'apaisement, mais il subsiste toujours des questions sans réponse, notamment sur la responsabilité des autorités françaises dans ce drame.
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En anglais

Laurent Bonnefoy, 6 October
The sectarian dimensions of the Yemeni conflict are difficult to grasp, often misunderstood when they are linked to the regional rivalry between Sunni Saudi Arabia and Shiite Iran. While the religious question is undeniably a component of the confrontation between the Houthis and their enemies, it has nevertheless been activated unevenly over the course of the fighting. In 2026, it seems to be making a comeback as violence is again on the rise.
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En italien

Jonathan Hassine, 7 ottobre
Il monopolio delle armi da parte dello Stato è uno degli obiettivi del governo formato nel 2025 da Nawaf Salam. Il piano prevede il disarmo di Hezbollah secondo un calendario articolato in più fasi, definito sotto la pressione di Stati Uniti e Israele. Tra ingerenze internazionali e divisioni interne, il Libano si muove su un crinale, tra una sovranità da riconquistare e lo spettro della violenza.
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Giulia Della Michelina, 5 ottobre
Tra le tre “zone pilota” previste dall'accordo quadro firmato a Washington da Israele e Libano nel giugno 2026, Zawtar El-Gharbiyeh è oggi sotto il controllo dell'esercito libanese. Il villaggio è però in gran parte distrutto e gli abitanti dubitano che il ritiro israeliano dal Libano del Sud sia davvero vicino. Reportage.
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En espagnol

Helen Lackner, 9 de octubre
Desde el comienzo de los ataques de Israel y Estados Unidos contra Irán, en febrero de 2026, los hutíes parecían reacios a involucrarse en la contienda. Pero durante el verano boreal, se desvincularon formalmente de la estrategia militar de Irán y de sus intereses para lanzar una operación relámpago y capturar los alrededores del estrecho estratégico de Bab el-Mandeb. Todo a costa de Arabia Saudita.
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En persan

سیلون سیپل، 27 سپتامبر
ژنرال گادی آیزنکوت، رقیب اصلی بنیامین نتانیاهو در انتخابات عمومی ۲۷ اکتبر، از نارضایتی گسترده بخش قابل توجهی از افکار‌عمومی از نخست‌وزیر اسرائیل بهره‌برداری می‌کند. در مورد آینده فلسطینی‌ها، موضوعی که عمدتاً در مبارزات انتخاباتی غایب است، او موافق اجماع موجود در جامعه یعنی مخالف با تشکیل هرگونه کشوری برای فلسطینیان است.
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