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02.10.2026 à 14:00

La Lettre

Agenda culturel Festival Aflam - Cinémas des mondes arabes, du 10 au 18 octobre, Marseille et en région Sud Que peut le cinéma dans un monde arabe bouleversé par les guerres d'effacement et régi par la loi du plus fort, au mépris des règles du droit international et des populations ? Permettre de rassembler, de rompre l'isolement, de créer la rencontre entre cinéastes et publics, et ainsi d'offrir l'espace où reprendre les fils, revisiter l'histoire et les histoires, et réparer les (…)

- Archives
Texte intégral (3487 mots)

Agenda culturel

  • Festival Aflam - Cinémas des mondes arabes, du 10 au 18 octobre, Marseille et en région Sud

Que peut le cinéma dans un monde arabe bouleversé par les guerres d'effacement et régi par la loi du plus fort, au mépris des règles du droit international et des populations ? Permettre de rassembler, de rompre l'isolement, de créer la rencontre entre cinéastes et publics, et ainsi d'offrir l'espace où reprendre les fils, revisiter l'histoire et les histoires, et réparer les mémoires et les images.

C'est le sens de cette édition du festival, qui s'inscrit dans la Saison Méditerranée 2026. Aflam participe à la dynamique lancée en mai dernier, en contribuant aux circulations d'œuvres, de récits et d'imaginaires. Le festival 2026 sera aussi l'occasion de célébrer les cinq ans du cycle « Vive archives », programmation annuelle d'Aflam qui met cet héritage cinématographique à l'honneur depuis 2021. L'édition 2026 interrogera plus particulièrement les questions de mémoire, la sauvegarde des archives et la transmission des histoires collectives à travers le cinéma.

Festival Aflam
Du 10 au 18 octobre
Marseille et en région Sud
Informations et programmation

En librairie

Amal Abdenour
Dans le labyrinthe de l'oreille coquillage
Les cahiers Enseigne des Oudins, 4 rue Martel, 75010
Bilingue français-anglais
197 pages
20 euros.

Amal Abdenour (1931-2020) est une artiste d'origine palestinienne, formée aux Beaux-Arts de Zamalek au Caire puis aux Beaux-Arts de Paris. Elle s'impose en 1969 comme l'une des précurseures de l'art corporel en France. De ses créations et installations éphémères, il ne reste aujourd'hui que des archives, témoignages de son dynamisme et de son énergie, aussi bien dans sa vie militante que dans son art.

Une de ses œuvres illustre cette lettre.

Horizons XXI sur Au Poste : « Comme des hommes  ? Les femmes dans le génocide des Tutsis du Rwanda »

95 000 : c'est le nombre estimé de femmes qui auraient participé au génocide des Tutsis du Rwanda (un million de victimes entre mai et juillet 1994).

Dans Comme des hommes, femmes politiques génocidaires au Rwanda, l'historienne Juliette Bour retrace la trajectoire de quinze femmes dirigeantes politiques, toutes condamnées pour leur participation au génocide. Une plongée dans le Rwanda pré-génocide qui permet de comprendre les mécanismes qui les ont menées à ces violences extrêmes.

Une émission animée par Michael Pauron, rédacteur en chef d'Afrique XXI

  • Horizons XXI est une carte blanche laissée aux rédactions d'Orient XXI et Afrique XXI qui revient sur l'actualité ou l'histoire de l'Afrique et des mondes arabe et musulman à travers des entretiens. À retrouver une fois par mois sur le média indépendant Au Poste.
  • Cette émission a été diffusée en direct le 25 septembre 2026 à 9h
  • Vous pouvez la voir ou la revoir sur le site d'Au Poste et sur Afrique XXI.

À lire sur Afrique XXI

« “L'Éthiopie pourrait connaître une famine aussi dramatique qu'en 1984” », Michael Pauron, Mehdi Labzaé, 2 octobre 2026.

Pour Mehdi Labzaé, chercheur au CNRS, la reprise de la guerre dans le nord du pays, couplée à la sécheresse et aux blocus du gouvernement fédéral, pourrait entraîner une situation humanitaire désastreuse. Pour Afrique XXI, il décrypte cette nouvelle crise, qui a déjà fait des centaines de morts et des dizaines de milliers de déplacés.

Les derniers articles

Sarra Grira, 2 octobre
L'année 2026 marque le cinquantième anniversaire de la carrière d'un des plus célèbres chanteurs engagés du monde arabe. Un anniversaire qu'il fête en public à travers la réorchestration de son tout premier album Promesses de la tempête, qui a fait de cet artiste libanais un symbole de la chanson à texte et un des porte-voix de la résistance palestinienne.
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Khalid Lyamlahy, 1er octobre
Premier recueil de la poétesse palestinienne exilée en France, Ceci est ma maison dépeint le génocide et sa trace, tant sur le corps que sur l'esprit.
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Meriem Laribi, Pauline Perrenot, 30 septembre
Depuis le 7 octobre 2023, la rédaction de la chaîne de télévision de France Info est critiquée sur les réseaux sociaux pour sa couverture de la Palestine. Cette enquête, menée conjointement par Acrimed et Orient XXI, vise à comprendre les ressorts d'un récit journalistique dominé par le point de vue israélien et marqué par un tropisme occidentalo-centré. Comment la chaîne d'information publique a-t-elle contribué à normaliser le pire en Palestine ?
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Jonathan Hassine, 29 septembre
Le monopole des armes par l'État est l'un des objectifs du gouvernement de Nawaf Salam, formé en 2025. Il implique de désarmer le Hezbollah et repose sur un calendrier par phases, établi sous la pression des États-Unis et d'Israël. Sur fond d'ingérences internationales et de divisions internes, le Liban avance sur une ligne de crête, entre une souveraineté à reconquérir et le spectre de la violence.
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Helen Lackner, 28 septembre
Depuis le déclenchement de l'attaque israélo-états-unienne sur l'Iran en février 2026, les houthistes semblaient hésiter à s'engager. Il leur a fallu, au cours de l'été, déconnecter formellement leur stratégie militaire de celle de l'Iran et de ses intérêts pour lancer une opération éclair et capturer les abords du détroit stratégique de Bab El-Mandeb. Le tout aux dépens de l'Arabie saoudite.
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En anglais

Helen Lackner, 28 September
Since the outbreak of the Israeli-U.S. attack on Iran in February 2026, the Huthis seemed reluctant to get involved. Over the course of the summer, they had to formally separate their military strategy from that of Iran and its interests in order to launch a lightning operation and seize the area surrounding the strategic Bab al Mandab Strait—all at the expense of Saudi Arabia.
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Paul Audinet, 26 September
Elaine Mokhtefi passed away on 11 September in New York City at the age of 97. Seven weeks earlier, American-born Elaine had been honoured by a presidential decree conferring Algerian nationality on her. An anti-colonial activist, she was among the privileged witnesses of a decade when Algiers was the capital of revolutions. The publication of her memoirs rescued her story from oblivion, and a documentary on her life is about to be released.
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En italien

Amina Kalache, 1 ottobre
All'Aia, il Nicaragua cerca di ottenere dalla Corte internazionale di giustizia (CIG) l'apertura di un procedimento sulla responsabilità della Germania per i crimini commessi a Gaza. Nello stesso tempo, dodici governi occidentali cercano di tradurre sul piano economico la loro condanna della colonizzazione israeliana. Due iniziative diverse, che riportano al centro la questione della responsabilità degli Stati terzi nel genocidio dei palestinesi.
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Abdelrahim Shalaby, 28 settembre
Dopo l'Iraq (negli anni Novanta) e la Siria (negli anni Duemila), è ora il turno dell'Iran di subire un'ondata di sanzioni statunitensi senza precedenti. Annunciate in pompa magna dal presidente degli Stati Uniti, queste misure difficilmente riusciranno tuttavia a far cadere il regime e rischiano piuttosto di rafforzarne le componenti più radicali.
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En espagnol

Sylvain Cypel, 2 de octubre
Principal concurrent de Benyamin Nétanyahou pour les élections générales du 27 octobre, le général Gadi Eisenkot surfe sur le rejet du premier ministre israélien par une fraction importante de l'opinion publique. Sur l'avenir des Palestiniens, thème peu présent dans la campagne, il s'inscrit dans le consensus d'un refus de tout État pour eux.Principal competidor de Benjamín Netanyahu para las elecciones generales del 27 de octubre, el general Gadi Eisenkot se vale del rechazo que genera el primer ministro israelí en una parte importante de la opinión pública. Respecto del futuro de los palestinos, un tema poco presente en la campaña, se inscribe en el consenso de negarles un Estado.
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En persan

Amira Hass، 30 سپتامبر
امیرا هاس، روزنامه نگار اسرائیلی، بیست سال است که در رام اله، در کرانه ی باختری [ رود اردن] زندگی می کند. وی در مقاله ای که در روزنامه هاآرتِص در اول سپتامبر امسال منتشر شده، توضیح می دهد که در غزه، کرانه ی باختری و حتی سرزمین اسرائیل، ساز و کاری جریان دارد که به منظور غیر ممکن کردن زندگی برای فلسطینی ها طراحی شده، و راه را برای اخراج همگانی [ فلسطینی ها] هموار می کند. ما این مقاله را در اینجا باز نشر می دهیم.
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سیلون سیپل، 27 سپتامبر
ژنرال گادی آیزنکوت، رقیب اصلی بنیامین نتانیاهو در انتخابات عمومی ۲۷ اکتبر، از نارضایتی گسترده بخش قابل توجهی از افکار‌عمومی از نخست‌وزیر اسرائیل بهره‌برداری می‌کند. در مورد آینده فلسطینی‌ها، موضوعی که عمدتاً در مبارزات انتخاباتی غایب است، او موافق اجماع موجود در جامعه یعنی مخالف با تشکیل هرگونه کشوری برای فلسطینیان است.
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02.10.2026 à 06:00

Marcel Khalifé. En attendant l'éclaircie

Sarra Grira

L'année 2026 marque le cinquantième anniversaire de la carrière d'un des plus célèbres chanteurs engagés du monde arabe. Un anniversaire qu'il fête en public à travers la réorchestration de son tout premier album Promesses de la tempête, qui a fait de cet artiste libanais un symbole de la chanson à texte et un des porte-voix de la résistance palestinienne. Il faut l'avoir vécu pour comprendre. Un soir d'hiver ou d'été, dans une salle de concert ou sur les gradins d'un théâtre romain en (…)

- Lu, vu, entendu / , , , , ,
Texte intégral (1812 mots)

L'année 2026 marque le cinquantième anniversaire de la carrière d'un des plus célèbres chanteurs engagés du monde arabe. Un anniversaire qu'il fête en public à travers la réorchestration de son tout premier album Promesses de la tempête, qui a fait de cet artiste libanais un symbole de la chanson à texte et un des porte-voix de la résistance palestinienne.

Il faut l'avoir vécu pour comprendre. Un soir d'hiver ou d'été, dans une salle de concert ou sur les gradins d'un théâtre romain en plein air, quelque part dans une de ces contrées qui s'étendent entre l'océan et le Golfe. Quatre notes qui glissent sur un oud, et le cœur du public qui, d'un élan commun, fait un bond. Même ceux qui n'ont aucune oreille musicale savent les reconnaître, ces notes. Un faible murmure, presque un frisson, traverse la foule qui écoute religieusement l'introduction musicale avant les premiers mots, chantonnés en douceur, comme une berceuse, par des spectateurs transformés en un chœur fredonnant d'une seule voix : « Entre Rita et mes yeux, il y a un fusil… »

Les quatre notes ont résonné, une fois encore, le dimanche 27 septembre 2026 à l'Institut du monde arabe (IMA), à Paris. Si leur effet ne se dément pas, le public qui connaît pourtant par cœur chaque syllabe de ce texte, comme un fidèle catholique connaît son « Notre Père » sur le bout des doigts, ne chante pas ; exceptionnellement, il n'accompagne pas la voix de l'interprète, car il est là pour écouter, religieusement et en sa présence, le réenregistrement, 50 ans plus tard, d'un album devenu culte dans l'histoire de la musique arabe contemporaine : Promesses de la tempête de Marcel Khalifé.

À Paris, la réunion du Liban et de la Palestine

Le jeune Marcel qui enregistre cet album à Paris, en 1976, ne se doute pas de la postérité que celui-ci va connaître ni de la carrière qui va s'ouvrir à lui. Du haut de ses 26 ans, il s'exile à Paris, fuyant son Amchit natal dans le nord du Liban où son soutien pour les Palestiniens en ce début de guerre, comme il était de mise dans les rangs de la gauche libanaise, faisait peser sur sa vie une vraie menace.

Le culot de la jeunesse a ses vertus : Marcel Khalifé choisit, sans le consulter, quatre textes du poète palestinien Mahmoud Darwich pour les mettre en musique dans un studio parisien, auxquels il ajoute un cinquième morceau intitulé « Jafra ». Il les interprète ensuite sur la scène de la Fête de l'Huma, où son 33 tours se vend sur un stand libanais, entre une assiette de hommous et un sandwich chawarma. Succès fulgurant : plus de 500 exemplaires sont écoulés. Quelques années plus tard, il rencontre le poète palestinien chez l'écrivain Elias Khoury, à Beyrouth sur le point d'être assiégée par l'armée israélienne. Darwich, de 9 ans son aîné, interpelle Khalifé : « Alors, jeune homme, il paraît que tu utilises ma poésie sans m'en demander la permission ? » Devant celui qui est déjà un monument, le musicien revendique une poésie propriété publique. C'est le début d'un compagnonnage qui a duré le temps d'une vie, rendant leurs deux noms indissociables.

C'est à ce point de départ que le chanteur revient en réenregistrant en 2026 l'album Promesses de la tempête. Les morceaux sont depuis devenus des classiques de la chanson arabe engagée, autant d'hymnes qu'on se transmet de génération en génération, pour celles et ceux qui placent leurs convictions politiques côté cœur – toujours à gauche. Des cinq titres que comptait l'album original, la reprise en retient quatre – « Rita et le fusil », « Promesses de la tempête », « Ma mère » et « Passeport » —, précisément ceux dont les textes sont signés par le camarade-poète, et qui font que l'on associe toujours Marcel Khalifé autant au Liban qu'à la Palestine.

Lui-même porte toujours ces (ses) deux terres serrées contre son cœur. Devant la salle comble de l'IMA, il commence par demander « une minute de silence pour ceux qui sont tombés sur la terre pure de Palestine, du Sud-Liban et du Liban », lui qui, pendant des décennies, a dédié, sur toutes les scènes arabes qu'il a foulées, sa chanson « Asfour » (Un oiseau), interprétée à ses côtés par Oumaima Al-Khalil, « à tous les prisonniers arabes dans les geôles israéliennes… et à tous les prisonniers arabes dans les geôles arabes ».

Sparrow (Asfour)

Retour au oud

Darwich n'a jamais cherché à créer une véritable collaboration avec Marcel Khalifé, comme celles qu'a pu par exemple tisser le poète syrien Nizar Kabbani avec un certain nombre d'interprètes de son répertoire, malaxant ensemble poésie et musique. Ici, malgré l'amitié, chacun se mêle de son art : pour l'un, les mots, pour l'autre, les notes, toujours accompagné de son instrument fétiche, le oud. Le musicien a toujours eu la latitude de choisir, parmi les textes préexistants, lesquels il allait, en totalité ou en partie, mettre en musique. Il en est sorti de belles fresques, à l'instar des « Oiseaux de Galilée » — qui figure sur la version rééditée en 1999 de Promesses de la tempête —, ou des morceaux patchwork, faits d'un collage que le compositeur opère à partir de vers cueillis au gré des strophes d'un poème, comme avec « Beyrouth, notre étoile ».

Beirut, Our Star (Beirut Najmatouna)

Tout au long de ses décennies de concerts, Marcel Khalifé a livré diverses versions de certains morceaux de son premier album, accompagné par sa troupe Al-Mayadine, qui comptait parmi ses membres sa femme Yolla et plus tard ses enfants Rami et Bachar. Il s'est également pris de passion, ces dernières années, pour l'orchestration symphonique, produisant des albums au succès plus confidentiel que ceux des décennies précédentes. Mais dans ce retour aux origines que symbolise le réenregistrement de son premier opus, nulle fioriture : c'est à nouveau le tandem oud / voix qui, seul, est à l'honneur. Seul… avec le passage du temps. Le tempo se fait plus lent, qu'il s'agisse d'entrapercevoir dans la tempête actuelle les promesses qui tardent à se réaliser, ou de chanter la mère — terre natale ou génitrice, dont Marcel Khalifé rappelle toujours qu'elle était la première à croire en son talent. On est moins pressé à 76 ans. La tonalité originale a été conservée, mais cette voix que Mahmoud Darwich qualifiait de « chaleureuse » est désormais moins portée sur les notes aiguës qu'elle ne peut plus atteindre. Elle n'en est pas moins tranchante, coupant court à certaines phrases, s'arrêtant, presque de manière abrupte, là où celle du jeune homme prolongeait les notes en vibrato. La place est davantage laissée au oud pour se déployer.

« Pendant la guerre, j'ai mis en musique ma blessure, pour qu'elle échappe aux mains de mon bourreau », écrit Marcel Khalifé en ressuscitant ses souvenirs, du temps où il composait et chantait pour défier la mort, la guerre et l'injustice qui l'entouraient, dans une ode double à la vie et à la Palestine. Cinq décennies plus tard, alors que l'horizon de la Palestine et du Liban est plus que jamais assombri, que le génocide et le nettoyage ethnique sont toujours en cours et que l'occupation du Sud-Liban est à nouveau une réalité de facto, réécouter le premier album de Marcel Khalifé, toujours savoureux malgré le passage du temps, est un geste salutaire, presque un pied de nez pour les temps qui courent. Et plus que jamais, l'espoir d'une promesse à venir :

Car si je chante pour la joie
Qui se terre sous les paupières des yeux apeurés
C'est parce que la tempête m'a promis du vin
De nouvelles coupes
Et des arc-en-ciel…
Promises of the Storm - YouTube

01.10.2026 à 06:00

Nour Elassy : « Je suis partie, mais Gaza a gardé la clé »

Khalid Lyamlahy

Premier recueil de la poétesse palestinienne exilée en France, Ceci est ma maison dépeint le génocide et sa trace, tant sur le corps que sur l'esprit. Dans sa première chronique pour Mediapart parue le 19 mai 2025, moins de deux mois avant son évacuation de Gaza, la journaliste et poétesse Nour Elassy s'interrogeait : « Combien de temps le monde regardera-t-il Gaza mourir ? » Aujourd'hui, alors que paraît son premier recueil en français, cette question est toujours d'actualité. Le (…)

- Lu, vu, entendu / , , , , ,
Texte intégral (2531 mots)

Premier recueil de la poétesse palestinienne exilée en France, Ceci est ma maison dépeint le génocide et sa trace, tant sur le corps que sur l'esprit.

Dans sa première chronique pour Mediapart parue le 19 mai 2025, moins de deux mois avant son évacuation de Gaza, la journaliste et poétesse Nour Elassy s'interrogeait : « Combien de temps le monde regardera-t-il Gaza mourir ? » Aujourd'hui, alors que paraît son premier recueil en français, cette question est toujours d'actualité. Le génocide se poursuit, mais le monde a largement détourné le regard. Comme le souligne Mona Chollet dans sa préface incisive au recueil, « la façade officielle de compassion minimale dissimule mal la complicité sanglante, l'hostilité foncière, la lâcheté, l'esquive continuelle ».

Née en 2002 au nord de la bande de Gaza, Nour Elassy a suivi des études de littérature anglaise et française à l'Université Al-Azhar et devait obtenir son diplôme en juin 2025. En octobre 2023, elle est forcée de quitter Gaza-ville en compagnie de ses parents et de sa sœur cadette pour se réfugier chez son frère aîné à Deir El-Balah, dans le centre de l'enclave. Après un bref retour à leur quartier en ruines en janvier 2025, la famille est contrainte à un nouveau déplacement.

Collaborant avec l'Associated Press et contribuant dès 2024 à plusieurs médias dont l'agence de presse The New Humanitarian, Al Jazeera et AOC, Elassy publie des articles poignants qui restituent le quotidien des Gazaouies tout en pointant le silence complice des puissances occidentales. Le 9 juillet 2025, elle est évacuée grâce à un programme d'accueil en France des universitaires et artistes palestiniennes, programme désormais entravé par les suspensions et les blocages administratifs. Depuis septembre 2025, Elassy prépare un master en sciences politiques à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS).

Un bébé portant une couche mais pas sa tête

Ceci est ma maison est un recueil qui traduit aussi bien les tourments de l'exil à Paris que la mémoire vive du génocide à Gaza, condensée dans cette autre question lancinante :

De quel univers accepte-t-on
que les gens puissent mourir ainsi ?

Si la poésie d'Elassy ne se réduit pas au reportage, on y retrouve des scènes horrifiantes, mais devenues familières, faisant face à un « monstre-monde » qui laisse faire :

Un bébé portant une couche
mais pas sa tête

Et

un homme adulte
cherchant ses propres membres

L'une des forces de cette poésie est son acharnement à interpeller et à prendre à témoin :

Vous étiez tous d'accord
Vous avez signé
Pour nous jeter dans la gueule du vide.

Dans sa postface, l'écrivain palestinien Karim Kattan note à juste titre que les poèmes de sa consœur « nous regardent » et « nous mettent face à nos échecs et à nos renoncements ». À ceux qui, pour se dédouaner, s'obstinent à enfermer les Palestiniennes dans le rôle de super-héros invincibles, la poétesse remet les pendules à l'heure :

Pas vos phénix
ni non plus
vos légendes vivantes
Simplement des hommes, fragiles.

Le bruit du génocide

Pour en finir avec le déni et l'aveuglement, le poème opère une immersion dans l'univers sensoriel du génocide, qu'il s'agisse de reconnaître « le son d'une tente en flammes » ou de méditer « l'éclat que produit une âme quand elle s'élève ». Une question rhétorique permet souvent de traduire la violence inouïe qui hante le langage et anéantit le sens :

Comment expliquer le concept de « murs » à un enfant déplacé
et qui vit sous une tente ?

Il suffit alors d'écouter cet autre enfant qui s'interroge :

Comment puis-je continuer à courir
par-dessus les restes dispersés de ma famille ?

Tout au long du recueil, les références récurrentes aux éléments naturels et à la matrice du vivant alertent sur l'étendue de l'écocide à Gaza :

J'ai mesuré mon deuil au nombre de chevaux
morts sur la grève.

D'un poème à l'autre, le constat effarant est le même :

Une seule mort, mais un nombre infini
de variantes.

Un lien organique à la terre

Annoncé dès le titre, le thème structurant du recueil est le besoin de dire l'appartenance et l'ancrage, d'opposer la force du geste démonstratif à la main génocidaire qui déracine et détruit :

Ceci n'est pas, et n'a jamais été
des décombres.
Ceci est ma maison.

À l'image du poème « Mienne », longue litanie d'objets, de lieux et de sentiments déterminants, il s'agit de marteler la ténacité du possessif face à la machine de la spoliation. Pour Elassy, la maison est le centre polysémique et rayonnant autour duquel se noue le poème. Elle est à la fois Gaza, la patrie, la famille, les corps, les visages, mais aussi l'habitation qui brûle et accuse. Ce lien organique à la maison se prolonge dans le rapport corporel à la terre natale :

Je suis une côte issue
de la cage thoracique de Gaza
Fracturée, mais vibrant encore.

Pour Elassy comme pour tous les évacuées qui ont quitté la bande assiégée, l'exil n'apporte pourtant ni quiétude ni soulagement mais réactive plutôt le souvenir tourmenté des Palestiniennes de la Nakba et les clés de leurs maisons spoliées en 1948

Je suis partie,
mais Gaza a gardé la clé.
Elle est pendue à mes côtes,
et cliquète à chaque fois que je souris.

La terre palestinienne, « mère de toutes les mères », ne cesse de se réincarner dans ses maisons et ses champs, ses oliviers et ses citronniers, ses nuits et ses souvenirs, autant de « figures d'une cosmologie intime » et surtout miraculeuse : « Je dis retour et sens ma bouche gommer ses propres frontières. »

Pour mesurer le poids insoutenable d'un exil « qui a la forme précise du remords », la poétesse se regarde dans le miroir de l'écriture :

Ici, une autrice s'efforce, avec difficulté, d'écrire
sur autre chose
que sa maison.

Mais comment continuer à dire « maison » et à manier un langage habité par le chaos ? Comment s'habituer à « une non-vie », celle d'une « invitée » hantée par la culpabilité et la honte d'avoir abandonné sa terre ? Le recueil s'ouvre sur deux vers qui condensent cette tension insurmontable :

Je ne dis pas maison
Le mot est un champ de mines.

Le poème et le sang

Pour déminer le langage en temps de génocide, nous dit Elassy, il faut commencer par arracher les étiquettes assignées aux Palestiniennes :

Survivante, étudiante
Voilà les mots qu'ils m'ont donnés
Seulement, dans ma bouche, ils pourrissent.

À Gaza, chaque nouveau déplacement annonce un énième arrachement et chaque miraculé emporte avec lui la mémoire des martyrs : « la survie est un pays construit sur des tombes. »

Interpellant cette Europe « qui pense ses murs éternels » et continue, entre l'Ukraine et la Palestine, de mener la politique du deux poids, deux mesures, Elassy dénonce les discours indignes qui hiérarchisent les souffrances :

Vous chantez la liberté
mais seulement pour
le réfugié blanc
aux yeux bleus.

Il y a dans l'écriture d'Elassy un lien entre le poème et le sang, entre la langue torturée et le corps malmené :

La pastèque saigne, rouge et crue
Mes mains se serrent, j'ai peur

Ou encore :

Je n'écris pas un poème
Je saigne en métaphore.

Pour écrire le génocide, il faut nécessairement inventer de nouvelles formes poétiques, à l'image de ces strophes qui s'apparentent à des haïkus où la vie, comme la mort, devient un instantané tranchant :

Sol détrempé, rouge carmin
poussière grise, corps empilés
et pas un seul reconnaissable

Ou :

Des mères mettent au monde
au martèlement des bombes
L'aube déborde.

La douleur de l'exil

Consciente de ses limites, la poésie d'Elassy esquisse parfois des univers alternatifs, portés par la force de l'imaginaire, comme dans le poème « Et si ? » où l'on voit des muets chanter, des infertiles enfanter, des larmes fleurir et la résistance émerger de la peur. Ici et là, le double anéantissement des vies et des morts n'a d'égal que l'obsession d'un avenir incertain :

Je t'écris, futur
que je ne verrai peut-être jamais
des mots maculés
pour mes doigts tremblants.

La voix d'Elassy porte la trace des aînés et des contemporains, contribuant ainsi à l'élan de continuité et de renouvellement de la poésie palestinienne. Le poème « Sur cette terre », par exemple, s'appuie sur un célèbre vers de Mahmoud Darwich1 pour dire l'impératif de justice et la permanence de la lutte et du sacrifice. Dans « Espoir », l'image des enfants qui font « voler très haut / leurs cerfs-volants » convoque le souvenir inaltérable de Refaat Alareer et son poème-manifeste « Si je dois mourir ».

Lire les poèmes d'Elassy, c'est écouter la voix de Gaza qui résonne désormais depuis Paris, portant dans un même souffle l'amour de la terre et la douleur de l'exil, le désarroi du cœur et l'ébranlement de la raison. Pour la traductrice Lisa Ducasse, ce livre est le fruit d'« une urgence absolue » et « la persistance d'une mémoire faite d'un langage autre », constamment en lutte contre le déni et l'indifférence. En arabe, nour signifie « lumière ». Chaque poème du recueil est un regard lumineux qui éclaire la face sombre du monde et rejette la fatalité du supplice sans fin de Gaza :

Alors, haute falaise au-dessus de la mer
Tu as tort.
J'ai un monde entier à l'intérieur de moi
pour m'aider à guérir.

1Dans le recueil «  La terre nous est étroite et autres poèmes  », Gallimard, Paris, 2000.

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