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Human Rights Watch News
 
Humans Right Watch enquête sur les violations des droits humains commises à travers le monde

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17.07.2026 à 00:01

Libye : La CPI autorise le renvoi en procès d’une première affaire

Human Rights Watch

Click to expand Image Khaled Mohamed Ali El Hishri, lors de comparution devant la Chambre préliminaire I de la Cour pénale internationale, à La Haye (Pays-Bas), le 3 décembre 2025.  © 2025 Cour pénale internationale

(La Haye, 16 juillet 2026) – La confirmation par la Cour pénale internationale (CPI) des accusations de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité portées contre le suspect libyen Khaled Mohamed Ali El Hishri est la première décision de ce type après 15 ans d’enquête et constitue une étape importante pour la justice en Libye, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.

Le 16 juillet, un collège de trois juges d'instruction de la CPI a confirmé à l'unanimité les charges retenues contre El Hishri pour 17 chefs d'accusation de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité, notamment pour actes de torture, viol, violences sexuelles, meurtre, réduction en esclavage et persécution, qui auraient été commis contre des détenus de la prison de Mitiga à Tripoli depuis 2015. Les juges ont estimé qu'il existait des motifs substantiels de croire qu'El Hishri avait commis ces crimes et ils ont décidé de le renvoyer en procès. Un autre collège de juges annoncera ultérieurement la date d'ouverture du procès.

« La décision de la CPI de renvoyer sa première affaire libyenne en procès ouvre une porte attendue depuis longtemps vers la justice pour les victimes du système de détention abusif libyen », a déclaré Alice Autin, chercheuse auprès du programme Justice internationale au sein de Human Rights Watch. « Les autorités libyennes devraient soutenir la procédure et livrer à la Cour les suspects encore présents en Libye, démontrant ainsi qu’elles sont de véritables partenaires dans la lutte contre l’impunité qui continue d’alimenter les atrocités à travers le pays. »

La décision de confirmer les accusations fait suite à une audience qui s'est tenue du 19 au 21 mai, au cours de laquelle les juges de la mise en état ont entendu le parquet, l'avocat de la défense d'El Hishri et les représentants des victimes afin de déterminer s'il convenait de renvoyer l'affaire en procès. Le parquet a présenté des éléments de preuve à l’appui de 17 chefs d’accusation de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, qui pourraient concerner des crimes commis contre plus de 900 détenus incarcérés à la prison de Mitiga lorsque El Hishri en avait le contrôle. Le parquet a indiqué que ces listes n'étaient pas exhaustives et qu'il pourrait chercher à présenter des preuves d'autres incidents ainsi que de victimes supplémentaires dans le cadre des accusations confirmées lors du procès.

La décision intégrale de confirmation des charges contre El Hishri est susceptible d'appel avec l'autorisation de la chambre préliminaire.

Avant l'audience de confirmation des charges, El Hishri a contesté la compétence de la Cour, arguant que la déclaration déposée par le gouvernement libyen en mai 2025 –– reconnaissant la compétence de la Cour pour la période 2011-2027 –– était invalide et que la résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies renvoyant la situation de la Libye au procureur de la CPI ne s'appliquait pas à son affaire. Le 15 juillet, les juges ont rejeté le recours et confirmé la compétence du tribunal sur l'affaire.

Les autorités allemandes ont arrêté El Hishri en juillet 2025 et l'ont transféré à la CPI en décembre, à la suite des procédures nationales requises. Il est détenu à La Haye depuis lors. La CPI a émis des mandats d'arrêt internationaux contre 14 personnes dans le cadre de l'enquête sur la Libye, dont El Hishri. Quatre d'entre elles sont décédées ou ont été tuées, et huit autres sont toujours en fuite, notamment dans l'est et l'ouest du pays tandis qu’un nombre indéterminé seraient détenues en Libye. Une affaire a été déclarée irrecevable devant la CPI.

En vertu de la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies qui a saisi la procureure de la CPI de la situation en Libye et de la déclaration des autorités libyennes de 2025 acceptant la compétence de la Cour pour la période 2011-2027, les autorités libyennes ont l'obligation de coopérer pleinement avec la Cour. Cela implique notamment d'arrêter les personnes recherchées par la Cour qui se trouvent en Libye et de les extrader vers La Haye. Comme l’a récemment souligné le procureur adjoint de la CPI lors d’entretiens avec le Conseil de sécurité de l’ONU, la coopération de la Libye avec la Cour a été largement insuffisante. Certaines autorités libyennes se sont ouvertement opposées, par principe, au jugement de Libyens hors de Libye et ont remis en question la nécessité de l’implication de la CPI dans certaines enquêtes menées dans le pays.

La CPI est une juridiction de dernier recours qui n'intervient que lorsque les autorités nationales ne sont ni disposées ni capables d'enquêter sur des crimes graves relevant de sa compétence et de les poursuivre. Les autorités libyennes ne peuvent pas se contenter d'affirmer qu'elles préfèrent traiter les affaires au niveau national pour éviter de coopérer avec la CPI. Les autorités nationales et les personnes recherchées par la Cour peuvent contester la recevabilité de certaines affaires devant la CPI, mais elles doivent prouver l'existence de véritables procédures nationales visant à la fois la même personne et les mêmes faits que ceux poursuivis par la CPI.

Les autorités de l'ouest de la Libye auraient arrêté au moins deux suspects recherchés par la CPI pour des crimes graves commis à Tarhouna, sur la base d'enquêtes nationales. Elles auraient également arrêté Osama Elmasry Njeem, recherché par la CPI pour des crimes graves qui auraient été commis à Mitiga et désigné comme l'un des complices d'El Hishri, et l'auraient placé en détention provisoire. Le lieu et l'heure exacte de son arrestation n'ont pas été rendus publics. Le bureau du procureur de la CPI a indiqué n'avoir reçu aucune confirmation du procureur général libyen concernant l'arrestation de Njeem et l'enquête connexe ; d'autres sources ont indiqué que Njeem ne se trouve pas actuellement en détention.

Njeem a été arrêté en Italie en janvier 2025, mais a été libéré deux jours plus tard pour « vice de procédure » et renvoyé en Libye. En octobre, les juges de la CPI ont estimé que l'Italie avait manqué à son obligation de coopérer avec la Cour en ne livrant pas Njeem et, en janvier 2026, ont saisi les États membres de la Cour pour la suite de la procédure. Njeem a contesté les accusations portées contre lui par la CPI, affirmant que la Cour n'a aucune compétence en la matière et que les procédures en cours en Libye couvrent en grande partie les faits pour lesquels il est recherché par la CPI. Le recours est en cours d’instruction devant les juges de la CPI. Par ailleurs, la Libye reste tenue de livrer Njeem à la Cour.

Le 21 juin, un tribunal pénal de Tripoli a condamné Njeem à sept ans et quatre mois de prison pour des chefs d'accusation incluant la torture et des traitements cruels infligés à des détenus à la prison de Mitiga. Human Rights Watch n'a pas suivi la procédure, mais il semble que la condamnation nationale ne traite que partiellement des faits reprochés par l'accusation devant la CPI. Selon les informations disponibles, la procédure concernait des mauvais traitements infligés à dix détenus et un décès dû à la torture. Le mandat d'arrêt de la CPI l'accuse de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité, notamment du meurtre d'au moins 34 détenus.

Human Rights Watch a constaté qu'une justice crédible en Libye reste hors de portée en l’absence de réformes substantielles, notamment un cadre juridique adéquat pour enquêter sur les crimes internationaux graves et les poursuivre.

En mai 2026, une cour d'appel de Tripoli a acquitté Abdullah al-Senussi, ancien chef des renseignements sous Kadhafi, de toutes les charges retenues contre lui en lien avec la révolution de 2011, notamment le meurtre de manifestants. En 2014, les juges de la CPI avaient déclaré l'affaire contre Abdullah al-Senussi irrecevable devant la Cour au motif que la Libye menait une véritable enquête à son sujet, malgré de graves irrégularités dans la procédure nationale. Ce verdict, rendu à l'issue d'une procédure profondément viciée, rappelle que les autorités judiciaires libyennes sont à la fois incapables et peu disposées à juger véritablement les responsables de crimes graves et que le système judiciaire libyen demeure inadapté pour poursuivre les crimes internationaux graves, selon Human Rights Watch.

« La Libye ne devrait pas protéger les fugitifs recherchés par la CPI, au mépris de ses obligations internationales », a conclu Alice Autin. « En l'absence de signes d'amélioration du système judiciaire libyen, profondément défaillant, la CPI reste essentielle pour rendre justice aux victimes de crimes graves commis dans le pays depuis 2011. »

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16.07.2026 à 08:00

UE : L’accord migratoire avec la Tunisie aggrave les violations des droits humains

Human Rights Watch

Click to expand Image Le président tunisien Kais Saied, photographié avec Mark Rutte (qui était alors le Premier ministre néerlandais), Ursula von der Leyen (présidente de la Commission européenne) et Giorgia Meloni (Première ministre italienne) au palais présidentiel de Carthage, en Tunisie, le 16 juillet 2023, peu après la signature du Mémorandum d'entente sur un partenariat stratégique entre l'Union européenne et la Tunisie.  © 2023 Présidence tunisienne/AP Images

(Bruxelles) – L’Union européenne (UE) et ses États membres devraient dénoncer publiquement les violations des droits humains en Tunisie et cesser de financer les mesures abusives de contrôle des migrations, ont déclaré 46 organisations de défense des droits humains et d’aide humanitaire dans une déclaration conjointe publiée aujourd’hui. Cette déclaration est publiée trois ans après la signature, le 16 juillet 2023, d’un Mémorandum d’entente entre l’UE et la Tunisie, motivé en grande partie par la volonté d’obtenir la coopération de la Tunisie pour empêcher le départ irrégulier vers l’Europe d’embarcations transportant des migrants et des demandeurs d’asile.

16 juillet 2026 « Un modèle de complicité » - Trois ans après sa signature, l’accord UE-Tunisie continue d’alimenter des violations des droits humains

Déclaration conjointe de 46 organisations de défense des droits humains et organisations humanitaires

Ce Mémorandum d’entente a alimenté et normalisé de graves violations des droits humains en Tunisie. Dans certains cas, ces exactions ont entraîné des décès. La poursuite de la coopération en matière de migration avec la Tunisie rend l’UE complice des violations des droits commises par les forces de sécurité tunisiennes, ont déclaré ces organisations. Dans le cadre du volet « migration » du Mémorandum, l’UE et ses États membres ont débloqué 105 millions d’euros pour financer des opérations d’interception en mer et de contrôle des frontières en Tunisie. Au moins 65 millions d'euros ont déjà été alloués à la formation et à l’équipement d’entités coupables d’abus, notamment les garde-côtes tunisiens et le Centre tunisien de coordination des secours maritimes.

« Des personnes que nous avons secourues en mer ont raconté à notre équipage des récits poignants de tortures, de violences sexuelles et d’insultes racistes subies en Tunisie », a déclaré Marie Michel, experte en politiques migratoires à SOS Humanity. « La garde côtière tunisienne, soutenue par l’UE, agit violemment contre des personnes en détresse en mer, et les soumet de force à un système d’abus avec un risque élevé d’être envoyé dans le désert, ou de devenir victime de traite vers la Libye. Avec chaque euro versé aux forces de sécurité responsables, l’UE renforce un système d’abus à l’encontre de personnes ayant besoin de protection. »

Depuis la signature de l’accord, des organes des Nations Unies, des organisations de défense des droits humains et des associations humanitaires ont documenté de graves violations des droits humains commises par les forces de sécurité tunisiennes à l’encontre de réfugiés, de demandeurs d’asile et de migrants, notamment des comportements imprudents et violents lors d’interceptions en mer ; des détentions arbitraires ; des actes de torture et autres mauvais traitements, y compris des violences à caractère sexuel ; ainsi que des expulsions collectives vers les pays voisins. 

La rhétorique raciste et les pratiques discriminatoires des responsables tunisiens à l’encontre des Africains noirs, y compris des ressortissants tunisiens, ont attisé la violence raciste et le profilage racial. Les autorités tunisiennes ont pris pour cible des organisations de la société civile fournissant une aide essentielle aux réfugiés et aux demandeurs d’asile, notamment par le biais d’arrestations et de poursuites judiciaires. Elles ont suspendu les activités d’asile et les procédures de détermination du statut de réfugié du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) depuis juin 2024, supprimant de fait l’accès à l’asile dans le pays.

« Depuis le discours présidentiel présentant la migration comme un “plan criminel visant à modifier la composition démographique de la Tunisie”, qui a précédé la signature du protocole d’accord, nos mécanismes d’aide juridique ont enregistré une forte augmentation des demandes émanant de migrants et de demandeurs d’asile », a déclaré Emma Cabrol, directrice régionale pour la région euro-méditerranéenne à Avocats Sans Frontières. « Ces demandes émanent généralement de personnes arrêtées lors d’opérations de sécurité de grande envergure au cours desquelles leurs droits n’ont pas été respectés, de personnes expulsées de force de leur domicile ou victimes d’abus de la part de particuliers, ainsi que de demandeurs d’asile confrontés à de sérieux obstacles pour accéder à la protection. » 

Elle a poursuivi : « Les témoignages que nous recueillons dans le cadre de notre aide juridique révèlent des niveaux sans précédent de violence et de vulnérabilité subis par les migrants en Tunisie, tant de la part d’acteurs étatiques que non étatiques. Face aux obstacles croissants en matière de logement, d’emploi et de voies de sortie sûres du pays, de nombreux migrants décrivent leur situation comme une prison à ciel ouvert. » 

Malgré les graves préoccupations et les recommandations formulées par la Médiatrice européenne et la Cour des comptes européenne en 2024, la Commission européenne n’a pas démontré que la poursuite du financement, de la formation, de la fourniture d’équipements et du soutien opérationnel aux autorités tunisiennes était conforme aux obligations juridiques de l’UE et aux garanties prévues dans ses instruments de financement, ont déclaré ces organisations. 

La coopération en matière de migration ne devrait pas être considérée indépendamment du contexte des droits humains en Tunisie, ont déclaré les organisations. Les mêmes institutions de l’État tunisien, soutenues par des fonds de l’UE et chargées du contrôle des frontières et de l’application de la législation en matière d’immigration — notamment la Garde nationale tunisienne et la police — sont également impliquées dans la répression en cours contre la dissidence, l’atteinte à l’indépendance judiciaire et la criminalisation des organisations non gouvernementales depuis la confiscation des pouvoirs par le président Kais Saied en 2021. 

Les autorités tunisiennes ont intensifié les violations commises à l’encontre des opposants politiques, des journalistes, des avocats et des organisations de la société civile — notamment par le biais d’arrestations arbitraires, de placements en détention, d’enquêtes pénales, de restrictions administratives et d’autres formes de répression. 

En février 2026, l’UE a ajouté la Tunisie à sa liste d’États qualifiés de « pays d’origine sûrs » malgré les conclusions d’experts des Nations Unies, d’Amnesty International, de Human Rights Watch, de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) et d’enquêtes journalistiques indépendantes selon lesquelles la Tunisie ne constitue pas un « pays sûr » en vertu du droit international.

La poursuite de la coopération de l’UE en matière de migration, en l’absence de garanties efficaces, s’inscrit dans un système plus large de gouvernance autoritaire et risque de le renforcer et de le perpétuer, ont déclaré les organisations de défense des droits humains et humanitaires. 

« L’UE ne peut pas prétendre défendre les droits humains tout en renforçant sa coopération avec les autorités tunisiennes responsables de la répression de la dissidence et des abus commis à l’encontre des migrants », a déclaré Friederike Mager, coordinatrice senior du plaidoyer auprès de l’UE, à Human Rights Watch. « Trois ans après son accord contestable avec la Tunisie, l’UE devrait dénoncer ces violations et placer les droits humains – et non le contrôle des migrations – au cœur de ses relations avec ce pays, avec des critères clairs et des conséquences réelles si les abus persistent. »

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16.07.2026 à 07:00

Ukraine : Les écoles gérées par la Russie bafouent les droits des enfants

Human Rights Watch

Click to expand Image Une mère ukrainienne étreignait ses enfants dans la région de Volhynie, dans le nord-ouest de l’Ukraine, le 3 septembre 2023, après leur retour d’une zone occupée par la Russie dans l’est du pays, en transitant par le Bélarus.  © 2023 Andriy Perun/Reuters Les autorités d’occupation russes forcent les enfants ukrainiens à fréquenter des écoles qui effacent l’identité ukrainienne et diffusent de la propagande anti-ukrainienne, les poussent à participer à des programmes de jeunesse militarisés, et obligent illégalement des garçons à s’inscrire au service militaire.Les restrictions et la surveillance imposées par la Russie sur Internet, y compris dans les écoles, rendent l’accès à l’enseignement ukrainien en ligne difficile et dangereux.Les autres gouvernements devraient faire pression sur la Russie pour qu’elle mette fin à la propagande et à la militarisation par le biais des écoles, et qu’elle autorise les enfants ukrainiens à suivre le programme scolaire ukrainien ; ces pays devraient aussi aider l’Ukraine à réintégrer les enfants ayant suivi le système scolaire géré par la Russie. 

(Kiev, 16 juillet 2026) – Dans les territoires ukrainiens occupés, les autorités russes forcent les enfants ukrainiens à intégrer un système scolaire qui viole leur droit à l’éducation et semble conçu pour détruire leur identité nationale ukrainienne, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. 

Ce système éducatif calque le programme scolaire national russe et exclut l’enseignement en ukrainien. Les autorités d’occupation surveillent et sanctionnent les enfants qui suivent des cours en ligne dans des écoles ukrainiennes, obligent les élèves à obtenir des passeports russes pour obtenir leur diplôme, endoctrinent les enfants à l’aide de propagande anti-ukrainienne et de cours à caractère militariste, et poussent les garçons a s’enregistrer auprès de l’armée russe, en vue de leur conscription. On estime à 1,6 million le nombre d’enfants, dont 600 000 en âge scolaire, qui se trouvent toujours sur les territoires ukrainiens occupés par la Russie. 

« La Russie utilise les écoles pour inculquer aux enfants ukrainiens la loyauté envers le Kremlin, glorifier l’invasion russe et les préparer à partir en guerre contre leur propre peuple », a déclaré Bill Van Esveld, directeur adjoint de la division Droits des enfants à Human Rights Watch. « Les autres gouvernements devraient évoquer ces abus parmi les priorités lors de leurs discussions avec la Russie ; et l’Ukraine et ses partenaires devraient renforcer le soutien apporté aux enfants revenus des territoires occupés, en matière d’éducation et de santé mentale. »

Les autorités russes et leurs mandataires dans les zones occupées d’Ukraine imposent systématiquement les lois, les structures administratives et les institutions russes, remplaçant ainsi les lois ukrainiennes en violation du droit international humanitaire régissant l’occupation. Elles obligent les Ukrainiens, y compris les enfants, à obtenir des passeports russes pour interagir avec les autorités d’occupation et, en fin de compte, pour rester chez eux. Cela viole le droit des enfants à préserver leur identité et leur nationalité, garanti par le droit international des droits humains.

En octobre et novembre 2025, Human Rights Watch a mené des entretiens avec cinq enfants, âgés de 11 à 17 ans, qui avaient quitté les zones occupées ; trois jeunes adultes ayant fréquenté l’école sous l’occupation russe ; 26 enseignants dont les élèves se trouvent en territoire occupé ; la médiatrice ukrainienne chargée de l’éducation ; trois psychologues ; et huit membres du personnel d’organisations de la société civile ukrainiennes apportant leur aide à l’évacuation et à la réintégration, notamment Almenda, GenUkrainian, Save Ukraine, Voices of Children et le Réseau ukrainien pour les droits de l’enfant. Human Rights Watch a également rencontré des représentants de l’initiative ukrainienne « Bring Kids Back ». 

Des enfants, des parents et des psychologues ont raconté que des hommes armés se rendaient dans les foyers ou y faisaient irruption pour saisir des ordinateurs et des téléphones afin de rechercher du matériel scolaire ukrainien en ligne, et menaçaient d’envoyer les enfants dans des institutions résidentielles s’ils n’étaient pas inscrits dans des écoles gérées par les Russes. Dans un cas survenu en 2023 dans une école gérée par les Russes, un garçon de 12 ans chez qui des ressources scolaires ukrainiennes en ligne avaient été trouvées sur son téléphone a été envoyé dans le bureau du directeur, a déclaré son professeur d’ukrainien. Lorsque des soldats russes armés se sont présentés dans ce bureau, le garçon a fait une « crise de nerfs » nécessitant des soins médicaux, et les autorités ont ensuite régulièrement perquisitionné le domicile de sa famille. 

Le contrôle de l’Internet exercé par les autorités russes a également rendu l’enseignement en ligne ukrainien plus difficile et plus dangereux. Depuis 2025, les autorités ont bloqué les applications de messagerie telles que WhatsApp, restreint l’accès à YouTube et Telegram, et imposé l’utilisation d’applications développées en Russie qui pourraient intégrer des moyens de surveillance selon les craintes de parents ukrainiens. Selon les données du gouvernement ukrainien, environ 12 000 élèves des zones occupées ont abandonné les cours en ligne d’écoles ukrainiennes entre les années scolaires 2024-2025 et 2025-2026. 

Les enseignants sont de plus en plus tenus de diffuser les discours officiels russes et s’exposent à des risques professionnels s’ils s’en écartent, ont déclaré les agences des Nations Unies chargées des droits de l’homme et leurs Rapporteurs. Les écoles gérées par la Russie obligent les enfants à chanter l’hymne national russe, à réciter des poèmes patriotiques russes, à écrire des lettres et à faire des dessins pour les soldats russes, ainsi qu’à assister à des cours intitulés « Conversations sur les choses importantes » qui promeuvent les discours de l’État russe. 

Les enfants ont rapporté que leurs enseignants affirmaient que l’État et l’identité ukrainiens n’existaient pas, que l’Ukraine était « dirigée par des nazis », et justifiaient l’invasion russe. Les cours encouragent la loyauté envers l’État russe, la confiance dans ses dirigeants et le respect pour ceux qui combattent dans la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine. Les manuels d’histoire contiennent des discours ouvertement anti-ukrainiens. 

Le personnel scolaire russe a fait pression sur les élèves ou leur a imposé de rejoindre des organisations de jeunesse soutenues par l’État, qui combinent formation idéologique et éléments de militarisation, ainsi que de participer à des camps militarisés. Les enfants ont été formés au maniement d’armes automatiques, de drones, de mines terrestres et de grenades à main. Dans certains cas, les écoles des zones occupées servent de porte d’entrée vers le système militaire russe, facilitant l’enregistrement militaire et, à terme, la conscription.

Human Rights Watch a précédemment dénoncé la mainmise coercitive de la Russie sur les systèmes éducatifs lors de son occupation de certaines zones de Kharkiv, que les forces ukrainiennes ont reprises vers le début de l’année scolaire 2022-2023.

Le droit international des droits humains garantit aux enfants un droit à l’éducation qui respecte leur langue, leur culture et leurs valeurs nationales, et l’article 8 de la Convention relative aux droits de l’enfant dispose que les États doivent respecter le droit de l’enfant à son identité, y compris sa nationalité, et s’abstenir de toute ingérence illégale à cet égard. Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques interdit la propagande en faveur de la guerre. 

Le droit international humanitaire interdit à une puissance occupante de contraindre les résidents du territoire occupé à servir dans ses forces armées ou d’utiliser la pression ou la propagande pour obtenir leur enrôlement. Les violations de ces interdictions constituent des infractions graves au droit de la guerre et peuvent constituer des crimes de guerre. Le droit international humanitaire interdit également à une puissance occupante de modifier les lois en vigueur sur le territoire occupé, ce que les autorités russes ont fait en ce qui concerne la loi ukrainienne sur l’éducation. Toute force d’occupation est tenue de « faciliter le bon fonctionnement » des établissements scolaires en coopération avec « les autorités nationales et locales ».

Les enfants qui parviennent à revenir sur le territoire contrôlé par l’Ukraine présentent souvent des signes d’anxiété et de traumatisme, ont indiqué des psychologues. L’un d’entre eux a cité l’exemple d’un garçon qui a commencé à avoir des crises d’épilepsie alors qu’il vivait sous l’occupation, qu’il trouvait « accablante ». Le garçon et sa famille ont fui la zone occupée où ils se trouvaient, suite aux menaces des autorités d’occupation après qu’il eut chanté l’hymne ukrainien à l’école.

Le gouvernement ukrainien fournit aux enfants évacués des zones occupées par la Russie une aide à la réinstallation, des soins médicaux, des documents officiels, des évaluations et des plans de traitement. Cependant, la prise en charge ultérieure dépend des autorités locales, qui sont confrontées à des difficultés financières. 

Des associations de la société civile et des enseignants ont exhorté le ministère ukrainien de l’Éducation à renforcer le soutien à la réintégration de ces enfants, notamment par le biais de cours de rattrapage, d’un enseignement de la langue ukrainienne, d’un accompagnement psychologique pour les élèves et les enseignants, ainsi que par la formation des enseignants afin de contrer la propagande russe et de prévenir le harcèlement dont sont victimes les enfants qui parlent russe ou reprennent les discours appris dans les écoles gérées par la Russie. Les médiateurs ukrainiens ont appelé à la mise en place de procédures permettant de reconnaître les études secondaires achevées sous l’occupation, ainsi qu’à la mise en place d’actions de sensibilisation auprès des élèves vivant sous l’occupation concernant leur inscription dans les universités ukrainiennes. 

Les gouvernements et les organisations qui soutiennent l’Ukraine devraient accroître leur aide financière afin de renforcer le système éducatif, et de soutenir les enfants et les enseignants ayant pu revenir des zones occupées.

« Les exactions commises par la Russie à l’encontre des enfants ukrainiens ont été largement condamnées, mais les enfants vivant sous occupation, tout comme ceux qui ont réussi à partir, ont toujours besoin d’un soutien urgent », a conclu Bill Van Esveld. « Les parents, les enseignants et les associations de la société civile aident ces enfants à s’épanouir malgré les traumatismes et les privations. Les gouvernements qui soutiennent l’Ukraine devraient intensifier leur aide pour garantir leur réussite. »

Suite détaillée en anglais.

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15.07.2026 à 22:11

Un documentaire immersif consacré aux droits humains face à la crise climatique

Human Rights Watch

Click to expand Image Une habitante de la communauté de Ngongosila, dans le province de Malaita aux Îles Salomon, visionnait du contenu en réalité virtuelle lors d'une démonstration en 2025.  © 2025 NowHere Media/Human Rights Watch

(Berlin, le 16 juillet 2026) – Un nouveau documentaire immersif mettant en lumière la crise climatique dans la nation insulaire des Îles Salomon, dans l’océan Pacifique, sera présenté en avant-première au Festival international du film de Venise, qui se tiendra du 2 au 12 septembre, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. L’acteur Mark Ruffalo, nommé aux Oscars et défenseur des droits humains, s’est associé à Human Rights Watch pour narrer cette expérience de réalité virtuelle intitulée « Solwata ».

Ce documentaire immersif de 25 minutes raconte l’histoire des communautés insulaires de Walande, Ngongosila et Kwai, situées dans le sud-ouest de l’océan Pacifique et qui confrontées à des questions difficiles : faut-il déménager vers le continent et, si oui, comment, face aux marées dévastatrices et à l’élévation du niveau de la mer ? 

« La première fois que j’ai mis le casque, j’ai eu l’impression de passer du temps avec cette communauté, et pas seulement d’en apprendre davantage à son sujet », a expliqué Mark Ruffalo. « Ces familles sont profondément attachées à leur terre, et les voir contraintes de la quitter à cause du changement climatique est déchirant. Il s’agit d’un enjeu mondial, et beaucoup d’entre nous ignorent l’impact que cela a sur les communautés qui vivent en première ligne. Elles sont généralement isolées et en marge de nos médias et de nos récits. Solwata rapproche le public de personnes dont la vie a déjà été bouleversée par le changement climatique. »

Le film Solwata (« Eau salée ») a été créé par NowHere Media et coproduit par Agog The Immersive Media Institute et Human Rights Watch. Il fait partie de la sélection de la section « Venice Immersive » du festival du film de Venise. Le projet s’appuie sur les recherches de Human Rights Watch et sur les témoignages directs de personnes dont les foyers et les communautés sont déjà bouleversés par l’aggravation de l’urgence climatique.

La participation de Mark Ruffalo reflète la volonté de relier les enjeux climatiques à des débats plus larges sur la justice sociale et la résilience communautaire. Tout au long de sa carrière, Mark Ruffalo a parallèlement défendu l’action climatique, la justice environnementale, les droits des peuples autochtones et la participation démocratique.

SOLWATA Documentaire immersif sur la crise climatique

Au cours de l’expérience, les participants portent un casque de réalité virtuelle et évoluent entre mondes physique et virtuel : ils plongent la main dans l’eau, manipulent sur place des objets chargés de sens culturel et sont transportés virtuellement au cœur des récits des habitants des Îles Salomon. Guidés par les voix d’habitants de la communauté, les spectateurs sont confrontés aux décisions difficiles auxquelles les familles sont confrontées. En combinant le toucher physique, les environnements virtuels et réels, l’audio spatial et la narration documentaire, « Solwata » permet une expérience profondément personnelle concernant ce défi mondial.

Il s’agit du premier projet de ce type pour Human Rights Watch. Le film s’appuie sur le rapport de 2025 intitulé « “There’s Just No More Land”: Community-led Planned Relocation as Last-resort Adaptation to Sea Level Rise in Solomon Islands » (« “Il n'y a plus de terre” : La réinstallation d’une communauté due à l'élévation du niveau de la mer aux Îles Salomon »), qui documente comment la montée du niveau de la mer, l’érosion côtière, les inondations et les tempêtes de plus en plus violentes ont contraint la communauté de Walande à quitter son île ancestrale après des décennies passées à tenter de s’adapter sur place.

Les membres de la communauté ont en grande partie planifié, financé et mené à bien la relocalisation eux-mêmes, ne bénéficiant que d’un soutien minime de la part du gouvernement. Les chercheurs ont constaté que la nouvelle implantation reste vulnérable à l’élévation du niveau de la mer et aux inondations, ce qui renforce les craintes de la communauté quant à la nécessité éventuelle d’une nouvelle relocalisation.

« Depuis des années, Human Rights Watch documente la manière dont le changement climatique oblige les communautés à faire des choix impossibles concernant leurs logements, leurs moyens de subsistance et leur avenir », a déclaré Erica Bower, chercheuse à Human Rights Watch sur les déplacements liés à la crise climatique. « La relocalisation planifiée de toute une communauté, telle que présentée dans “Solwata”, est une mesure d’adaptation complexe aux graves implications en matière de droits humains, que le monde doit de toute urgence comprendre et à laquelle il doit se préparer. La narration immersive nous offre un nouveau moyen de sensibiliser le public à ces réalités et de renforcer le soutien aux communautés déjà confrontées aux conséquences, en termes de droits humains, des relocalisations liées au changement climatique. »

Les enjeux abordés dans « Solwata » dépassent largement le cadre d’un seul pays. Alors que la montée du niveau des mers et les phénomènes météorologiques extrêmes menacent de plus en plus les communautés côtières à travers le monde, les gouvernements et les bailleurs de fonds doivent considérer la relocalisation planifiée comme un dernier recours, veiller à ce que les communautés aient véritablement leur mot à dire dans les décisions concernant leur avenir, et apporter le soutien nécessaire pour protéger les droits, les moyens de subsistance, la culture et la dignité des personnes. Le film « Solwata » invite le public à se tenir aux côtés de ceux qui font face à ce défi et à réfléchir à la responsabilité qui incombe au reste du monde envers les communautés confrontées aux déplacements liés au changement climatique.

Après sa première à Venise, « Solwata » sera présenté dans des espaces de plaidoyer et lors de forums publics, notamment lors de la conférence annuelle des Nations Unies sur le climat (COP31) en Turquie, afin d’engager les décideurs politiques, les bailleurs de fonds, les journalistes et les militants dans des discussions sur l’adaptation au changement climatique, les relogements planifiés, les déplacements de population et les droits de l’homme. 

« Les effets du changement climatique nous ont chassés de chez nous, là où nous profitions de la vie, là où nous vivions, un lieu qui nous maintenait unis en tant que communauté », a déclaré Francis Siaumari, un leader communautaire des Îles Salomon vu dans « Solwata ». « Ce qui rendait l’île si spéciale, c’était cette proximité. Où que l’on aille, il y avait toujours quelqu’un à proximité. Où que l’on regarde, on est entouré par la mer. Nous seuls aurions pu construire une île comme celle-là. »

Le studio de projets immersifs NowHere Media, basé à Berlin, est la force créative derrière « Solwata ». Réputé pour son travail à la croisée de la narration immersive et de l’impact social, le studio a contribué à transformer des années de recherches menées par Human Rights Watch et de témoignages communautaires en une expérience interactive. Pour mener à bien ce projet, l’équipe s’est rendue aux Îles Salomon afin de réaliser des tournages à 360 degrés et des numérisations 3D, en collaborant étroitement avec les membres de la communauté dont les récits sont au cœur de l’expérience. 

« Chez NowHere, nous ne réalisons pas de projets sur les communautés, mais avec elles, et c’est là l’essence même de “Solwata” », a déclaré Gayatri Parameswaran, cofondatrice de NowHere Media. « Une collaboration étroite avec les membres de la communauté et l’équipe des Îles Salomon a façonné chaque aspect du projet, des récits racontés à la manière dont ils sont racontés. Un autre défi majeur sur le terrain a été de mener à bien une production immersive de pointe sur une île extrêmement isolée. Cela a nécessité une planification minutieuse et une volonté de s’adapter en permanence. »

La fondation Agog : The Immersive Media Institute, une organisation philanthropique cofondée par Chip Giller et Wendy Schmidt, a coproduit « Solwata », apporté un soutien à la production et un financement, et joué le rôle de partenaire stratégique pour aider à transposer les objectifs de recherche sur le terrain et de plaidoyer de Human Rights Watch dans un format immersif. 

« Je travaille depuis près de trois décennies dans le journalisme climatique, et j’ai appris une chose : l’information à elle seule ne suffit pas toujours à faire bouger les gens », a déclaré Chip Giller, cofondateur et directeur exécutif d’Agog. « La plupart des gens ne se rendront jamais aux Îles Salomon pour constater ces changements de leurs propres yeux. “Solwata” utilise la narration immersive pour rapprocher le public des personnes qui vivent cette crise, et c’est exactement le genre de travail que nous avons voulu soutenir en fondant Agog. »

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15.07.2026 à 07:00

États-Unis : Décès et négligence dans le centre de détention pour migrants de Fort Bliss

Human Rights Watch

Click to expand Image Des manifestants opposés aux expulsions massives menées l’agence de américaine de l'immigration et des douanes (Immigration and Customs Enforcement, ICE) brandissaient des drapeaux américains et des pancartes lors d'un rassemblement tenu le 17 août 2025 devant Fort Bliss, une base de l'armée américaine à El Paso, au Texas où un grand centre de détention était alors mis en place.   © 2025 Reuters/Paul Ratje

(Washington) – Des personnes détenues dans le centre de détention pour migrants situé à Fort Bliss, une base de l’armée des États-Unis à El Paso, au Texas, ont subi de graves abus, ont déclaré Human Rights Watch et l’Union américaine pour les libertés civiles (American Civil Liberties Union, ACLU) dans un rapport conjoint publié aujourd’hui. Des personnes détenues au Camp East Montana ont subi des passages à tabac infligés de manière indiscriminée, une négligence médicale mettant leur vie en danger, des expulsions forcées vers des « pays tiers » qu’elles ne connaissaient pas bien, et, dans certains cas, des conditions de détention pouvant s’apparenter à une disparition forcée. 

15 juillet 2026 “You’re Only Getting Out Deported or Dead”

Le rapport de 84 pages, intitulé « “You’re Only Getting Out Deported or Dead” : Abusive US Immigration Detention at Ft. Bliss » (« “Vous ne sortirez qu’expulsé ou mort” : Conditions de détention abusives de personnes migrantes à Fort Bliss »), documente les conditions de vie dans le plus grand centre de rétention pour migrants des États-Unis. Ce centre, d’une capacité maximale de 5 000 personnes, se compose de cinq structures semblables à des tentes à parois souples, qui abritent les détenus dans des enclos grillagés. Des détenus à l’intérieur du centre ont déclaré avoir été contraints de vivre dans des conditions insalubres et exiguës, avec jusqu’à 72 personnes par cellule. Human Rights Watch a recueilli des preuves de pratiques répressives liées à l’application des politiques d’immigration, notamment des conditions de détention cruelles, dégradantes et inhumaines ; un recours excessif à la force par des gardiens ; des défaillances en matière de soins de santé physique ou mentale ; des pratiques d’expulsion coercitives ; et des obstacles systémiques à l’accès à une représentation juridique.

« Le Camp East Montana de l’ICE [services d’immigration] est une catastrophe en matière de droits humains », a déclaré Angélica César, titulaire d’une bourse Aryeh Neier, conjointement à Human Rights Watch et à l’ACLU. « Le gouvernement américain devrait fermer ce camp, mener des enquêtes indépendantes sur tous les abus et décès survenus en détention, et mettre fin aux expulsions massives et à la détention obligatoire des personnes migrantes. »

Entre octobre 2025 et juin 2026, les chercheurs ont mené des entretiens avec 80 personnes : 71 personnes alors qu’elles étaient détenues au Camp East Montana, quatre membres de leurs familles et cinq prestataires de services juridiques,. Les chercheurs ont également analysé des enquêtes du Département de la sécurité intérieure (Department of Homeland Security, DHS) et examiné d’autres documents relatifs au centre de détention. 

Les personnes interrogées ont déclaré avoir été appréhendées lors de descentes sur leur lieu de travail, de contrôles routiers, de rendez-vous avec les services d’immigration, et d’autres interventions au sein de la communauté. Plus de 60 d’entre elles ont indiqué avoir été arrêtées alors même qu’elles avaient présenté des documents prouvant leur présence légale aux États-Unis. Elles ont systématiquement décrit des arrestations menées par des agents masqués qui refusaient de s’identifier et ont rapporté des cas où des agents auraient recouru à une force excessive, notamment des coups et l’utilisation de tasers, lors de leur interpellation.

Les personnes interrogées ont déclaré avoir eu le sentiment d’avoir été « enlevées » après avoir été transférées dans des prisons locales et des centres de rétention provisoires sans pouvoir communiquer de manière significative avec leurs proches ou leurs avocats. Human Rights Watch et l’ACLU ont recensé des cas dans lesquels les systèmes gouvernementaux de localisation des détenus ne reflétaient pas avec exactitude le lieu où se trouvaient ces derniers. Des proches ont décrit avoir cherché désespérément leurs proches alors que l’agence de l'immigration et des douanes (Immigration and Customs Enforcement, ICE) ne fournissait aucune réponse aux questions concernant l’endroit où les détenus avaient été emmenés.

Dans certains cas, les conditions de détention pourraient constituer un type de disparition forcée, selon le droit international des droits humains. 

Une fois arrivées à Fort Bliss, les personnes interrogées ont déclaré avoir subi des conditions de vie cruelles, dégradantes et inhumaines qui faisaient peser de graves risques sur leur santé physique et mentale. Elles ont fait état de sanitaires recouverts d’excréments, de logements inondés, d’un nettoyage insuffisant et d’un manque d’accès au savon, au gel hydroalcoolique et à d’autres produits d’hygiène de base. 

Les personnes interrogées ont également rapporté avoir été confinées à l’intérieur pendant de longues périodes sans véritable accès à des activités de loisirs, à la lumière du soleil ou à l’air frais. Certaines ont déclaré avoir passé des semaines sans être autorisées à sortir. Pendant une grande partie de l’année 2025, les personnes interrogées ont indiqué qu’elles n’étaient autorisées à sortir pour des activités de loisirs qu’une fois toutes les deux semaines, pendant environ 15 minutes à chaque fois.

« Entre août et septembre, j’ai passé un mois sans voir le soleil », a déclaré l’une d’entre elles. « Les gardiens ne nous emmenaient tout simplement pas dehors. Nous devenions tous anxieux et désespérés, sans rien à faire. Je me sentais piégée, c’était une torture. »

Les personnes interrogées ont également fait état d’horaires de repas irréguliers, de nourriture avariée et de délais pouvant aller jusqu’à 12 heures entre les repas. Les personnes souffrant de diabète ou d’autres pathologies ont signalé des maux de tête, des fluctuations de la glycémie et d’autres complications de santé après avoir manqué des repas ou reçu de la nourriture avariée, congelée ou autrement impropre à la consommation.

Les chercheurs ont également recueilli de nombreuses allégations de violences physiques commises par les gardiens et le personnel de l’établissement. 

« Les gardiens font irruption dans notre bloc par groupes de 15, parfois même de 20 », a déclaré un homme. « Ils sont tout de noir vêtus, portent des masques qui ne laissent voir que leurs yeux et n’arborent pas de badge nominatif. Quand ils arrivent, ils font irruption, attrapent qui ils peuvent et se mettent à les frapper… Ils ont le contrôle et peuvent faire ce qu’ils veulent de nous. »

Les personnes interrogées ont rapporté que les gardiens frappaient les détenus en réponse à des grèves de la faim, à des demandes de soins médicaux, à des plaintes concernant les conditions de détention et à des tentatives d’obtenir des sorties en plein air après de longues périodes d’enfermement à l’intérieur. Plusieurs personnes ont déclaré que les gardiens imposaient des punitions collectives, frappant ou agressant plusieurs personnes après avoir accusé un détenu d’avoir enfreint le règlement de l’établissement. D’autres ont décrit des violences verbales, des humiliations, des menaces et des représailles à l’encontre des détenus qui réclamaient des produits de première nécessité ou tentaient de faire valoir leurs droits.

Une enquête interne de l’ICE a également mis en évidence des recours à la force illicites et non signalés au Camp East Montana.

Les chercheurs ont interrogé des témoins du décès de Gerardo Lunas Campos, survenu le 3 janvier 2026 au Camp East Montana. Des témoins ont déclaré que des gardiens auraient apparemment asphyxié Lunas Campos après qu’il eut demandé des médicaments alors qu’il se trouvait dans l’unité d’hébergement spéciale, c’est-à-dire l’unité d’isolement. Un homme a déclaré : « On aurait dit que les gardiens frappaient Geraldo, comme si son corps recevait des coups de poing et était malmené. Geraldo criait à l’aide. Il a répété plusieurs fois : “Je ne peux plus respirer !” Ils ont continué à le frapper. Il a dit : “Vous m’étouffez.” Puis tout est devenu silencieux. »

Les chercheurs ont recensé des allégations répétées selon lesquelles les autorités n’auraient pas fourni de soins médicaux et de santé mentale adéquats aux personnes détenues au Camp East Montana. Toutes les personnes interrogées ont décrit des défaillances dans le système de demande de soins et d’orientation médicale de l’établissement. Elles ont fait état de retards prolongés dans l’obtention de traitements, d’interruptions dans la prise des médicaments prescrits, d’évaluations médicales insuffisantes et de réponses punitives face aux urgences médicales.

Les chercheurs ont constaté que certains détenus faisaient l’objet de mesures coercitives visant à les contraindre à renoncer à leur demande d’asile et à accepter leur renvoi vers des pays tiers s’ils ne pouvaient pas être renvoyés dans leur propre pays. Ils ont déclaré avoir été menacés de violences, de poursuites pénales et de détention illimitée s’ils refusaient l’expulsion. Des détenus cubains et vénézuéliens ont décrit des tentatives visant à les transférer au Mexique malgré des procédures judiciaires en cours et leurs craintes d’y subir des violences. 

Expulsions de personnes détenues au camp East Montana vers des pays tiers (1er août 2025 – 9 mars 2026) Click to expand Image Graphique illustrant l'expulsion de migrants détenus au camp East Montana (Fort Bliss) vers des pays tiers, durant la période du 1er août 2025 au 9 mars 2026. La partie gauche du graphique indique leurs pays d'origine (principalement Cuba et le Venezuela), tandis que la partie droite montre que 99 % de ces personnes ont été expulsées vers le Mexique et 1 % vers le Honduras. Source : Données de l’ICE / ERO (Enforcement and Removal Operations), analysées par HRW. © 2026 Human Rights Watch (graphique)

Le gouvernement américain devrait fermer le Camp East Montana et mener des enquêtes indépendantes sur les décès en détention, le recours excessif à la force, la négligence médicale, les disparitions forcées et les pratiques d’expulsion coercitives, ont déclaré Human Rights Watch et l’ACLU. Les autorités devraient demander des comptes aux responsables des abus, offrir des réparations aux personnes lésées et mettre fin aux politiques de détention des personnes migrantes qui contribuent à des violations généralisées des droits.

« Les abus documentés à Fort Bliss sont la conséquence prévisible du programme d’expulsion massive de l’administration Trump, de son extension brutale de la détention des personnes migrantes et de l’érosion des mécanismes fédéraux de contrôle », a conclu Angélica César. « Les personnes détenues au Camp East Montana sont des êtres humains qui méritent d’être traités avec dignité et protégés contre toute atteinte. »

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13.07.2026 à 21:02

Bangladesh : Des glissements de terrain mortels pour les réfugiés rohingyas

Human Rights Watch

Click to expand Image Un membre de l’ONG Community Partners International (CPI), muni d’un mégaphone, participait aux opérations de secours dans l’un des nombreux camps de réfugiés rohingyas situé dans la région du Cox's Bazar, dans le sud-est du Bangladesh, le 8 juillet 2026, suite à un glissement de terrain lors d’une pluie de mousson. © 2026 Shamimul Islam Faisal/AP Photo

(Bangkok, 13 juillet 2026) – Les risques mortels auxquels sont confrontés les réfugiés rohingyas au Bangladesh ont été mis en évidence par les glissements de terrain survenus en juillet, qui ont fait au moins 17 morts et déplacé plus de 3 000 personnes, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. 

Le Bangladesh accueille plus d’un million de réfugiés rohingyas depuis près d’une décennie ; ces familles, dont le nombre ne cesse de croître, sont entassées dans des abris en bambou et couvertes de bâches en plastique, sur des versants escarpés et déboisés, particulièrement vulnérables pendant la saison de la mousson. Alors que de nouveaux réfugiés continuent d’affluer depuis le Myanmar, le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a signalé à plusieurs reprises les risques de décès et de blessures dans ces camps surpeuplés, en raison des cyclones, des inondations et des glissements de terrain aux effets parfois mortels. Les autorités bangladaises, l’ONU et les gouvernements donateurs devraient réduire la surpopulation dans les camps de réfugiés et renforcer d’urgence l’aide requise pour rétablir des digues, le drainage et les voies d’accès, ainsi que pour la mise en place de sites de relogement d’urgence.

« Chaque mousson devient de plus en plus meurtrière pour les réfugiés rohingyas au Bangladesh, les collines dénudées s’effondrant sous les abris de fortune, alors que les fonds destinés à consolider les camps se sont taris », a déclaré Meenakshi Ganguly, directrice adjointe de la division Asie à Human Rights Watch. « Il ne s’agit pas simplement de catastrophes naturelles, mais d’une conséquence prévisible de politiques qui mettent la vie des réfugiés en danger. »

L’ONG Rohingya Coordination Platform (RCP - Plateforme de coordination pour les Rohingyas) a signalé qu’entre le 4 et le 9 juillet, 286 incidents liés aux intempéries se sont produits dans les camps de Cox’s Bazar, touchant 26 119 réfugiés ; 95 glissements de terrain ont déplacé 4 307 personnes, endommagé partiellement 2 809 abris et détruit 13 abris. Plusieurs centres d’apprentissage, des installations sanitaires et d’approvisionnement en eau courante, des murs de soutènement, des allées, des escaliers, des ponts et des routes ont également été endommagés. Les autorités bangladaises ont évacué plus de 1 000 réfugiés des zones à haut risque, mais beaucoup de personnes ont refusé de quitter leurs abris.

Human Rights Watch a mené des entretiens avec neuf personnes : cinq réfugiés rohingyas touchés par les glissements de terrain, et quatre travailleurs humanitaires impliqués dans les interventions d’urgence. 

Un ingénieur civil spécialisé dans l’eau, l’assainissement et l’hygiène a déclaré que la conception des campements était défaillante dès le départ. « Lorsque les Rohingyas se sont réfugiés ici pour la première fois, les campements ont été aménagés en creusant les collines, sans système de drainage prévu », a-t-il expliqué. « Aujourd’hui, en raison des coupes budgétaires, les travaux durables de prévention des glissements de terrain, notamment la maçonnerie, ne peuvent pas être réalisés correctement, tandis que le gouvernement bangladais refuse d’autoriser les constructions permanentes sur les sites des campements. »

Les réfugiés nouvellement arrivés sont particulièrement exposés aux risques, car on ne leur attribue pas d’abris officiels et ils finissent par louer ou acheter des logements précaires, a indiqué Human Rights Watch. « J’ai demandé à plusieurs reprises au personnel des ONG [organisations non gouvernementales] de me fournir un abri, mais ils m’ont répondu qu’aucun logement n’était attribué aux nouveaux arrivants », a déclaré un homme, arrivé au Bangladesh en août 2024. Ses deux filles et ses deux petits-enfants sont décédés le 6 juillet car ils vivaient au bord d’une colline, dans un abri de fortune qu’il avait lui-même construit. « Je ne savais pas que la colline s’effondrerait ainsi », a-t-il déclaré.

Entre novembre 2023, lorsque des combats ont repris entre l’armée du Myanmar et l’Armée d’Arakan, un groupe armé ethnique, et mai 2026, au moins 152 000 Rohingyas ont fui le Myanmar pour chercher refuge à Cox’s Bazar. L’ONG Rohingya Refugee Response a lancé un appel de fonds urgent, soulignant que le plan initial de 2025 avait prévu 50 000 nouveaux arrivants, mais que compte tenu du triplement de ce nombre, ces prévisions étaient désormais insuffisantes. 

Le gouvernement bangladais n’a pas encore pris de décision suite à la demande du HCR visant à obtenir davantage de terrains pour accueillir ces nouveaux arrivants, qui sont entassés sur les 24 kilomètres carrés déjà alloués aux camps. « Le gouvernement ne veut pas que les réfugiés considèrent le Bangladesh comme leur lieu de résidence permanent », a expliqué un travailleur humanitaire. « Ainsi, lors de chaque réunion, les autorités semblent très strictes et refusent catégoriquement d’autoriser la construction d’abris pour les nouveaux arrivants. » 

En raison d’une demande croissante de logements, les réfugiés ont peur de quitter leurs habitations. « Nous menons sans cesse des campagnes de sensibilisation, mais nous ne parvenons pas à déplacer un grand nombre de personnes en situation de risque », a déclaré un travailleur humanitaire. « Il y a peu de temps, dans le camp 18, j’ai vu qu’après un glissement de terrain, une habitation s’était à moitié effondrée sur une autre, mais nous n’avons toujours pas pu évacuer les occupants. »

Les travailleurs humanitaires ont également indiqué que les relogements d’urgence sont difficiles, car les camps manquent d’espace et que les sites temporaires – tels que les centres d’apprentissage ou les espaces destinés à la prise en charge des enfants, des adolescents et des femmes – manquent souvent d’espaces personnels et de services adéquats. « Les gens craignent que, dans les centres d’apprentissage ou autres lieux de relogement, de nombreuses personnes soient regroupées, ce qui pose des problèmes d’accès aux toilettes et d’autres préoccupations liées à l’intimité », a expliqué le travailleur humanitaire.

En décembre 2024, le gouvernement bangladais a approuvé la construction d’abris temporaires plus solides que les structures existantes en bambou et en bâche. Le gouvernement a également approuvé trois modèles d’abris semi-permanents, et envisage des projets pilotes visant à créer des abris à deux étages pour remédier à la surpopulation. Le gouvernement a en outre donné son accord pour la reconstruction de 50 000 abris. Cependant, les coupes dans le financement humanitaire annoncées en janvier 2025 ont mis un terme à ce projet. Le département des forêts, les représentants locaux et les membres des communautés d’accueil se sont opposés à ces projets, qui impliquent une installation permanente, mettant en garde contre la perte de terres forestières protégées. 

La sécurité des abris devrait être considérée comme une question relevant des droits humains, et non comme une concession en faveur d’une installation permanente, a déclaré Human Rights Watch. Les bailleurs de fonds devraient financer ces modèles d’abris plus sûrs qui ont été approuvés, et le Bangladesh devrait continuer à autoriser la construction de logements plus résistants aux catastrophes, et la mise en place de lieux relogement sûrs.

À l’heure actuelle, l’appel de fonds pour la coordination des abris et des camps ainsi que la gestion des camps n’est financé qu’à hauteur de 42 %, ce qui laisse un déficit de 73,9 millions de dollars US, tandis que le plan de gestion des risques de catastrophe présente un déficit de 23,2 millions de dollars US. La Plateforme de coordination pour les Rohingyas a appelé à un financement immédiat pour la stabilisation des pentes, le drainage, la gestion des bassins versants, l’amélioration des accès et le renforcement des capacités techniques afin de protéger des vies et de maintenir l’accès humanitaire tout au long de la saison de la mousson, qui ne prend généralement fin qu’en octobre.

« Les réfugiés rohingyas n’ont pas besoin de nouveaux atermoiements, mais plutôt d’une réponse urgente et efficace », a conclu Meenakshi Ganguly. « Les gouvernements préoccupés devraient agir, au lieu d’attendre que le prochain glissement de terrain emporte une autre famille rohingya. »

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13.07.2026 à 06:00

Le nouveau plan antiracisme français est insuffisant

Human Rights Watch

Click to expand Image Aurore Bergé, ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations, présentait le nouveau Plan national de lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations liées à l’origine à la Bibliothèque nationale de France (BNF) à Paris, le 6 juillet 2026. © 2026 Dimitar Dilkoff/AFP via Getty Images

La semaine dernière, le gouvernement français a annoncé un nouveau Plan national de lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations liées à l’origine. Malheureusement, ce plan n’aborde pas la question de la nature systémique et institutionnelle du racisme en France.

Adopté le 6 juillet et couvrant la période de 2026 à 2029, ce plan d’action énumère 55 mesures axées sur l’éducation et la formation afin de renforcer la mémoire liée au racisme, à l’antisémitisme et à d’autres formes de discrimination, tout en abordant le problème de la recrudescence des crimes de haine en France.

Cependant, ce plan ne saisit pas l’occasion de donner suite au discours prononcé en mai 2026 par le président français Emmanuel Macron, lors duquel il a évoqué la nécessité d’aborder la question de réparations liées à l’héritage de l’esclavage en France. La société civile et des représentants des territoires d’outre-mer français ont évoqué auprès du gouvernement français les liens entre l’esclavage et l’héritage colonial de la France, ainsi que la nécessité de mesures de justice réparatrice visant à lutter contre les inégalités systémiques et le racisme contemporains.

Le plan prévoit une formation des policiers sur la question du racisme, mais ne tient pas compte l’actuelle réalité des pratiques policières discriminatoires, qui continuent d’alimenter la méfiance envers les autorités au sein des groupes de population touchés à la fois par le profilage racial et les crimes de haine.

Le plan mentionne des « lieux de mémoire » destinés à sensibiliser les élèves et les fonctionnaires, y compris les policiers, afin de les aider à mieux appréhender l’histoire et « pour mieux appréhender les mécanismes qui conduisent aux préjugés et aux discriminations ». Le plan indique que de nouvelles ressources pédagogiques seront créées pour enseigner « l’histoire de l’esclavage [en France] et de ses traites ».

Si la mémoire et l’éducation sont importantes pour faire évoluer les mentalités, ce plan ne saisit pas une occasion cruciale de les relier à des efforts plus larges visant à lutter contre le racisme structurel et la discrimination par l’État.

Le plan s’engage à « mesurer et débusquer les discriminations pour mieux les combattre », mais ne prévoit pas la mise en place de structures permettant de collecter des données désagrégées sur l’égalité, une technique que la France a qualifié d’inconstitutionnelle. Les Nations Unies ont pourtant fourni des orientations sur la collecte de données fondées sur les droits humains, soulignant son importance pour la protection des personnes racialisées.

En janvier 2026, la Commission européenne a adopté une nouvelle Stratégie de l’UE contre le racisme pour la période 2026-2030, qui vise notamment à améliorer la collecte de données sur l’égalité par les États membres de l’Union européenne, afin de lutter contre le racisme structurel.

Disposer d’un plan d’action antiracisme ne suffit pas. La France devrait cesser de considérer le racisme comme un problème lié aux préjugés individuels, et reconnaître au contraire que le racisme est systémique et nécessite donc des réponses systémiques.

11.07.2026 à 20:56

Un projet de loi en France menace l’espace civique

Human Rights Watch

Click to expand Image Laurent Nuñez, qui était alors Secrétaire d'État auprès du ministre de l'Intérieur Christophe Castaner, s’exprimait au Sénat français à Paris, le 21 mars 2019. Le 12 octobre 2025, Laurent Nuñez a été nommé ministre de l'Intérieur par le président Macron. © 2019 Sipa via AP Images

Le gouvernement français serait sur le point de dévoiler un inquiétant projet de loi visant à lutter contre ce qu’on appelle l’« entrisme » : l’idée selon laquelle certaines organisations cherchent à infiltrer les institutions de l’État dans le but d’influencer les institutions et de promouvoir un programme idéologique. S’il était adopté, ce projet de loi réduirait encore davantage l’espace civique du pays, déjà en recul.

Le projet de loi sur l’entrisme viserait à renforcer la Loi n° 2021-1109 confortant le respect des principes de la République, adoptée en 2021 et souvent qualifiée de « loi séparatisme », qui confère au gouvernement des pouvoirs élargis pour dissoudre des associations par décret. Cette loi oblige également les associations à signer un « contrat d’engagement républicain » subordonnant l’octroi de fonds publics à des exigences vagues, notamment celle de s’abstenir de « toute action portant atteinte à l’ordre public ». Ces outils ont créé un climat d’intense pression et d’autocensure au sein de la société civile.

Le 5 mai, le Sénat a adopté, en première lecture, une proposition de loi distincte et très restrictive, présentée par le sénateur conservateur Bruno Retailleau, visant spécifiquement « l’entrisme islamiste ». Même s’il est peu probable que cette proposition de loi recueille suffisamment de soutiens pour passer à la phase suivante du processus législatif, elle sert de modèle à ce que le gouvernement entend intégrer dans sa propre législation.

Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a déclaré que le projet de loi du gouvernement s’alignerait étroitement sur la proposition de Bruno Retailleau. Le Conseil d’État examine actuellement le projet de loi du gouvernement sur l’entrisme, qui sera ensuite débattu en Conseil des ministres. S’il est approuvé, ce projet sera présenté au Parlement.

Bien que le projet de loi final n’ait pas encore été rendu public, Laurent Nuñez a présenté plusieurs de ses dispositions clés, qui soulèvent de graves préoccupations en matière de droits humains. Elles conféreraient au ministère de l’Intérieur et aux préfets des pouvoirs sans précédent en élargissant les motifs de dissolution des organisations non gouvernementales. Elles permettraient aussi au gouvernement de geler les avoirs de ces organisations et renforceraient les pouvoirs de l’État visant à faire respecter le « contrat d’engagement républicain ».

En décembre 2025, CIVICUS Monitor, une plateforme mondiale qui suit l’évolution des libertés civiques à travers le monde, a revu à la baisse la note de l’espace civique en France, la faisant passer de « réduite » à « obstruée ». Le projet de loi du gouvernement ne ferait qu’aggraver ce problème.

Le gouvernement français devrait mettre un terme à la dangereuse spirale vers le bas dans laquelle il s’est engagé, abandonner ce projet de loi et prendre des mesures pour protéger l’espace civique. Alors que la Commission européenne s’apprête à publier son rapport annuel sur l’état de droit, elle devrait formuler des recommandations claires et contraignantes qui portent directement sur les questions du respect des droits à la liberté de pensée, d’expression et de réunion, et du recul démocratique en France.

10.07.2026 à 16:23

La FIFA devrait lutter contre le racisme et la discrimination sur et en dehors des terrains

Human Rights Watch

Click to expand Image Kylian Mbappé lors de la Coupe du monde masculine, huitièmes de finale, Paraguay - France, au Philadelphia Stadium, aux États-Unis, le 4 juillet 2026. © 2026 Tom Weller/picture-alliance/dpa/AP Photo

À la suite de la victoire de la France contre le Paraguay le 4 juillet, la sénatrice paraguayenne Celeste Amarilla s'en est prise au joueur français Kylian Mbappé en tenant des propos déshumanisants. L'élimination des équipes nationales néerlandaise et allemande en huitièmes de finale a donné lieu à des publications racistes sur Internet. Un supporter argentin aurait été filmé le 7 juillet en train de faire des gestes racistes à l'encontre du youtubeur américain IShowSpeed (Darren Watkins Jr.).

La FIFA a publié le 1er juillet une analyse concluant que, d’après le déroulement de la Coupe du monde jusqu’à présent, « les insultes à caractère raciste sont en augmentation et constituent désormais une menace persistante pour le bien-être des joueurs ». La FIFA a recensé plus de 89 000 publications abusives en ligne pendant le championnat, dont 11 % contenaient spécifiquement des insultes à caractère raciste.

Un porte-parole des Nations unies en charge des droits humains a qualifié les propos d’Amarilla de « ignobles et malheureusement pas isolés », et a déclaré que les gouvernements et les organisations sportives « œuvrer activement à la prévention des actes de racisme et de toute autre forme de discrimination ».

Mais si la FIFA a condamné les incidents racistes survenus lors de la Coupe du monde, elle peut certainement faire davantage pour lutter contre la discrimination en dehors du terrain. La majorité des matchs de la Coupe du monde se déroulent aux États-Unis, où la répression abusive et discriminatoire menée par le président Donald Trump en matière d’immigration — visant principalement les communautés noires et métisses — a mis en danger les supporters, les travailleurs et les communautés.

Avant la Coupe du monde, Human Rights Watch a exhorté la FIFA à user de son influence auprès de l’administration Trump pour contester ces mesures, soulignant qu’elles « porteraient gravement atteinte à l’esprit d’inclusion de la Coupe du monde et aux politiques de non-discrimination prévues par les statuts de la FIFA ». Nous avons également appelé la FIFA à militer en faveur d’une « trêve de l'ICE » afin de protéger les supporters, les travailleurs et les communautés contre les opérations d’immigration abusives.

Au lieu de cela, la FIFA a décerné à Trump le tout nouveau Prix de la paix de la FIFA, invoquant son « engagement inébranlable en faveur de la paix et de l’unité à travers le monde ». Les plans d’action en matière de droits humains des villes hôtes, élaborés en collaboration avec la FIFA, n'ont pour la majeure partie pas pris en compte les risques encourus par les supporters et les travailleurs en raison des opérations d’immigration menées par le gouvernement américain.

La popularité du football confère à la FIFA une tribune mondiale. Outre la condamnation des agressions racistes contre les athlètes et les supporters, la FIFA devrait user de son influence pour lutter contre l’impact des politiques discriminatoires du gouvernement américain sur les supporters, les joueurs et les autres personnes concernées, alors que la Coupe du monde bat son plein.

09.07.2026 à 08:00

Ukraine : Des civils piégés dans la région de Kherson, sous occupation russe

Human Rights Watch

Click to expand Image Le pont Antonovsky à Kherson, dans le sud-est de l’Ukraine, photographié le 16 novembre 2022, quelques jours après sa destruction partielle par l'armée russe lors de son retrait de cette ville. © 2022 Celestino Arce Lavin/ZUMA via Reuters

(Berlin, 9 juillet 2026) – Les civils piégés dans les zones proches de la ligne de front dans la région de Kherson, située dans le sud de l’Ukraine et occupée par la Russie, sont confrontés à des conditions humanitaires désastreuses et n’ont aucun moyen sûr de partir, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Les civils qui souhaitent être évacués devraient être autorisés à le faire en toute sécurité.

Des habitants qui ont pu fuir la ville d’Oleshky, située sur la rive est du fleuve Dniepr, ont décrit de graves pénuries de nourriture et de soins médicaux, ainsi que de l’effondrement des services de base. Ils ont été confrontés à des procédures imprévisibles aux postes de contrôle russes, ainsi qu’au risque de mort ou de grave blessure en raison des hostilités en cours et des mines terrestres, lors de leurs déplacements et tentatives de fuite. Les mines antipersonnel, utilisées tant par les forces russes que par les forces ukrainiennes dans le cadre du conflit, constituent un danger particulièrement grave et durable pour les civils. 

« Les civils piégés dans des zones de la région de Kherson, sous occupation russe, survivent dans des conditions infernales », a déclaré Yulia Gorbunova, directrice adjointe pour l'Ukraine à Human Rights Watch. « De nombreux civils ont réussi à s’échapper, mais parmi ceux qui demeurent se trouvent d’autres personnes qui souhaiteraient aussi fuir, si l’évacuation n’était pas un pari aussi risqué pour leur vie. » 

La ville d’Oleshky, sous occupation russe depuis février 2022, est située sur l’actuelle ligne de front entre les forces russes et ukrainiennes. Ces deux forces ont mené plusieurs attaques dans la région, et Oleshky a été la cible d’attaques soutenues de la part des forces ukrainiennes.

Human Rights Watch a mené des entretiens avec six personnes qui ont fui Oleshky entre octobre 2025 et mai 2026, et dont certaines sont restées en contact avec des habitants de cette ville ; Human Rights Watch a également discuté avec un journaliste basé à Kherson, et a passé en revue des reportages de médias, ainsi que des déclarations officielles. 

Des conditions de vie désastreuses pour les civils ont aussi été signalées dans d’autres zones occupées de la région de Kherson, dont les villes de Hola Prystan, Stara Zburivka et Nova Zburivka. 

Selon la Mission de surveillance des droits de l’homme de l’ONU en Ukraine, la sécurité des civils à Oleshky et à Hola Prystan s’est considérablement détériorée en 2025 et 2026. À ce jour 2026, la mission a recensé des informations faisant état d’au moins 29 civils tués et 54 blessés dans ces deux villes. 

La ville d’Oleshky comptait environ 24 000 habitants avant l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, mais sa population actuelle n’est estimée qu’à environ 2 000 personnes, selon le gouvernement ukrainien. Parmi elles figurent des personnes âgées, des personnes qui ne sont pas en mesure de partir et environ 200 enfants. À la connaissance de Human Rights Watch, ni les autorités d’occupation russes, ni les organisations humanitaires internationales, ni d’autres intermédiaires ne gèrent actuellement un système d’évacuation organisé pour les personnes âgées, les personnes en situation de handicap, les civils blessés ou malades, ou toute autre personne exposée à un risque accru. 

Des anciens habitants d'Oleshky ont décrit l'effondrement quasi total des services publics. Ils ont indiqué qu'il n'y avait ni électricité ni gaz, et que de nombreuses personnes étaient contraintes d’utiliser des poêles à bois, avec des sections d’arbres en tant que combustibles. Certains habitants disposaient encore de générateurs diesel, mais ce carburant est devenu peu disponible, et de plus en plus cher. D’autres habitants ont installé des panneaux solaires, pour pomper l'eau et faire fonctionner leurs réfrigérateurs.

Les habitants ont indiqué que depuis le début de l’année 2026, les livraisons commerciales de produits de première nécessité vers certaines zones occupées étaient devenues rares et imprévisibles. Lorsque des vendeurs arrivaient à Oleshky, ont-ils expliqué, une foule s’empressait de s’emparer de ce qui était disponible. Une femme qui a fui Oleshky en mai, et dont la mère est âgée de 84 ans, a déclaré que les habitants âgés « ne peuvent pas rivaliser avec la foule ». Elle a ajouté : « Quand j’ai revu ma mère, elle était très amaigrie. Il n’y avait plus rien, là-bas. Des gens mouraient de faim. » 

Une autre femme, qui s’est cachée chez elle pendant quatre mois avant de s’enfuir également en mai, a déclaré : « Dans mon quartier, tout est calciné, réduit en cendres. Nous avions peur de sortir, même pour aller chercher de l’eau. » 

Les habitants ont indiqué que les services de soins médicaux locaux fonctionnaient à peine. L’hôpital du district d’Oleshky est encore opérationnel grâce à un générateur de secours, mais avec une capacité limitée. Un homme a raconté avoir assisté à la mort d’un voisin de 65 ans qui avait marché sur une mine : « [L’explosion] lui a sectionné l’artère », a-t-il expliqué. « Alors que nous essayions de lui appliquer un garrot autour de la jambe, des [soldats] russes lui ont donné un analgésique. L’ambulance n’a pas pu venir là où nous étions. Nous n’avions nulle part où le transporter… Des drones [survolaient la zone]. Deux heures plus tard, il est mort d’une hémorragie. »

Human Rights Watch n’a pas été en mesure de déterminer si les organisations humanitaires avaient un accès régulier à Oleshky, ou aux villages environnants. En vertu du droit international humanitaire, les deux parties au conflit ont l’obligation de faciliter l’accès des civils à l’aide humanitaire. 

La Russie, en tant que puissance occupante, a l’obligation de veiller à ce que les civils présents sur le territoire occupé aient accès à la nourriture, aux soins médicaux et aux autres biens et services essentiels à leur survie.

Tous les anciens habitants d’Oleshky interrogés ont décrit un danger croissant lié aux attaques et aux mines terrestres. Ils ont déclaré que des drones « survolaient constamment » la ville, et que des mines étaient disséminées dans toute la ville et le long des routes. 

Human Rights Watch n’a pas été en mesure d’établir qui était responsable d’attaques spécifiques de drones, ni de la pose de mines particulières à Oleshky et dans ses environs. Human Rights Watch a trouvé des indices crédibles suggérant que les forces ukrainiennes ont utilisé des drones et déployé des mines sur des routes à Oleshky et dans ses environs, mais n’a pas déterminé l’ampleur ou les circonstances précises de ces incidents, ni la responsabilité de certaines attaques ou du déploiement de mines particulières. Les forces russes et ukrainiennes ont toutes deux utilisé des drones et des mines dans cette région, durant la guerre. Les mines terrestres, y compris les mines antipersonnel, constituent une menace grave et durable pour les civils, et peuvent rendre les voies d’évacuation mortelles.

Des anciens habitants d’Oleshky ont affirmé qu’il n’existait aucune voie d’évacuation organisée et sûre pour les civils. Ceux qui ont quitté la ville depuis mars ont indiqué qu’il fallait passer par des postes de contrôle militaires russes, notamment à Hola Prystan et Hladkivka, où le passage était autorisé ou non par les forces russes. 

« Tout se fait à vos propres risques, l’enjeu devient votre vie [si vous voulez fuir] », a déclaré un habitant qui s’est enfui en mars. 

En vertu du droit international humanitaire, les parties belligérantes sont tenues de prendre toutes les mesures possibles pour permettre l’évacuation en toute sécurité de la population civile, si elle le souhaite.

Toutefois, dans un climat d’angoisse, les dommages subis par les réseaux de télécommunications et le manque d’électricité empêchent les habitants d’obtenir des informations, notamment sur les itinéraires d’évacuation possibles. De nombreux habitants craignent aussi d’utiliser leurs téléphones portables, car les soldats russes examinent systématiquement ces appareils aux postes de contrôle.

Pour quitter les zones occupées, les habitants doivent souvent traverser le Bélarus avant de pouvoir rejoindre le territoire ukrainien contrôlé par le gouvernement de ce pays. Les civils ukrainiens titulaires d’un passeport national russe peuvent entrer au Bélarus, mais un passeport international russe est requis pour ensuite quitter ce pays et entrer en Ukraine. Tous les ex-habitants d’Oleshky interrogés ont déclaré avoir dû dissimuler leur passeport ukrainien, lors de leurs déplacements.

Les hommes sont exposés à des risques supplémentaires, car l’obtention de documents russes peut les faire subir une conscription forcée dans les forces armées russes. Or, contraindre des civils se trouvant dans un territoire occupé à servir dans les forces d’une puissance hostile constitue une violation du droit international humanitaire, et un crime de guerre. 

Un habitant qui a fui Oleshky en mars a expliqué que la demande d’un passeport russe peut se transformer en piège : « Ils vous envoient immédiatement au bureau de recrutement militaire. Et là, vous risquez d’être mobilisé [dans l’armée russe]. »

Des ex-habitants d’Oleshky ont expliqué que des proches et des voisins étaient restés dans cette ville pour diverses raisons : manque de moyens financiers, crainte de n’avoir aucun endroit où aller, ou crainte que l’aide de l’État ukrainien aux personnes déplacées à l’intérieur du pays ne soit insuffisante.

La Russie et l’Ukraine ont mené des discussions concernant une éventuelle suspension des hostilités, afin de permettre l’évacuation des civils. Ces deux pays devraient respecter leurs obligations en vertu du droit international, et garantir un passage sûr et volontaire aux civils qui souhaitent quitter les zones touchées par les hostilités. Les autorités d’occupation russes ne devraient pas empêcher arbitrairement les civils de partir, ni leur imposer l’obtention d’un passeport russe ou d’autres documents, ni les exposer au risque d’une conscription forcée. 

Les forces russes et ukrainiennes devraient cesser immédiatement d’utiliser des mines antipersonnel et d’autres engins explosifs qui risquent d’être déclenchés par les victimes. Elles devraient prendre toutes les mesures possibles pour protéger les civils contre les mines et les restes explosifs de guerre, notamment en diffusant des avertissements efficaces, et en partageant des informations sur les zones contaminées ainsi que sur les risques liés aux mines. 

« Les civils de la région de Kherson, sous occupation russe, devraient être autorisés à partir en toute sécurité s’ils le souhaitent », a conclu Yulia Gorbunova. « Ceux qui y demeurent devraient avoir accès à l’aide humanitaire, notamment à la nourriture, aux médicaments et aux services de base dont ils ont besoin pour survivre. »

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09.07.2026 à 06:00

RD Congo : Répression à l’encontre de manifestants

Human Rights Watch

Click to expand Image Les forces de sécurité dispersent des manifestants près du bâtiment du Parlement à Kinshasa, en République démocratique du Congo, le 12 juin 2026. © 2026 Aristote Lokinda/Reuters

(Kinshasa) – Les forces de sécurité en République démocratique du Congo ont fait usage d’une force excessive à l’encontre de manifestants qui protestaient le 12 juin 2026 contre un projet de loi qui pourrait prolonger le mandat du président Félix Tshisekedi, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.

Les forces de sécurité ont utilisé des gaz lacrymogènes et des matraques dans la capitale, Kinshasa, pour empêcher un groupe de manifestants rassemblés pour défendre la constitution actuelle de participer à un sit-in devant le bâtiment du Parlement. Elles n’ont pas non plus protégé les membres de ce groupe contre l’agression menée par un groupe lié au principal parti au pouvoir.

« Les forces de sécurité congolaises ont employé une force inutile contre des personnes qui tentaient d’exercer leur droit de critiquer les propositions de modifications de la constitution », a déclaré Ashwanee Budoo-Scholtz, directrice adjointe de la division Afrique à Human Rights Watch. « Au lieu de protéger les manifestants, les forces de sécurité ont incité à la violence et laissé les manifestants faire face à l’attaque d’un groupe partisan du parti au pouvoir. »

Entre les 12 et 22 juin, Human Rights Watch a mené des entretiens avec 38 personnes, dont 15 membres de la Coalition Article 64 (C64) pour la défense de l’ordre constitutionnel, qui ont été blessées le 12 juin, et sept membres de la Force du Progrès, un groupe lié au principal parti au pouvoir, l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS).

Le 11 juin, le gouverneur de Kinshasa a rejeté une demande de la C64 d’organiser un sit-in devant le bâtiment du Parlement, le Palais du Peuple, et a proposé un autre lieu. Les membres de la C64 ont refusé cette proposition. Alors que la Constitution garantit le droit de réunion pacifique, la loi sur les manifestations habilite les autorités à empêcher ou à disperser un rassemblement si celui-ci représente une menace pour l’ordre public et la sécurité.

Les personnes interviewées ont indiqué que, le 12 juin, vers 10 heures du matin, des membres de la Force du Progrès ont attaqué les bureaux de plusieurs partis politiques d’opposition affiliés à la C64.

Human Rights Watch a vérifié et géolocalisé des vidéos montrant des membres d’Action pour la Démocratie et le Développement au Congo (ADD Congo) qui défendaient leur siège contre des membres de la Force du Progrès. Les images révèlent également des débris, des vitres brisées sur le sol du bâtiment et une femme visiblement blessée dans le bureau de l’Alliance pour le Changement (ACH), ainsi que des dommages au siège des Forces Novatrices pour l’Union et la Solidarité (FONUS).

Sept membres de la Force du Progrès interviewés ont déclaré que des membres du principal parti au pouvoir leur avaient demandé de mobiliser leurs partisans pour empêcher le sit-in. « Nous avons tenu la dernière réunion dans l’après-midi de mercredi avant la date de la manifestation [le 10 juin] à Limete [10e rue, Kinshasa], et lors de cette réunion, deux de nos chefs de parti nous ont clairement indiqué de cibler les dirigeants de l’opposition et leurs partis », a raconté l’un d’eux.

« Ils [les membres du parti] ont promis de nous donner de l’argent si nous perturbions la manifestation », a expliqué un membre de la Force du Progrès. « De nombreux jeunes rejoignent le groupe en raison des opportunités d’emplois informels », a raconté un autre.

Vers midi, des membres de la C64 se sont rassemblés au siège du parti d’opposition Engagement pour la Citoyenneté et le Développement (ECiDé) sur le boulevard Triomphal, puis se sont dirigés vers le bâtiment du Parlement.

Les manifestants ont indiqué que la police avait installé trois barricades près du « rond-point Robot » devant le bâtiment. Alors que les manifestants s’approchaient de la deuxième barricade, la police a lancé des grenades lacrymogènes dans leur direction. Des membres d’une force opérationnelle comprenant une unité spéciale de l’armée congolaise, la Garde républicaine, et les services de renseignement étaient également présents, d’après les témoignages des manifestants.

Click to expand Image Graphique © 2026 Human Rights Watch

Les manifestants ont indiqué que leur marche était pacifique jusqu’à ce qu’ils atteignent les barricades de la police. « Nous avons levé les mains en l’air en signe de non-violence », a raconté l’un d’eux.

« Alors que je marchais le long [du boulevard] Triomphal, j’ai entendu un bruit fort, j’ai senti ma jambe devenir lourde et je suis tombé, et j’ai vu que mon pied saignait abondamment », a relaté un manifestant qui a été touché par une grenade lacrymogène.

Des manifestants ont expliqué que des membres de la Force du Progrès ont rejoint les forces de sécurité et ont jeté des pierres et des bouteilles, certaines remplies d’urine, sur eux. Ils ont pu identifier les assaillants comme appartenant à la Force du Progrès parce qu’ils ont ouvertement exprimé leur affiliation à ce groupe pendant les agressions. Deux personnes ont indiqué avoir reconnu des membres spécifiques de la Force du Progrès parce qu’elles avaient travaillé avec eux dans le passé. Human Rights Watch a également vérifié une vidéo montrant deux hommes en civil exprimant leur soutien à la Force du Progrès aux côtés d’autres hommes jetant des pierres et de policiers lançant des grenades lacrymogènes.

Des témoins ont déclaré que certains manifestants ont riposté en jetant des pierres sur les forces de sécurité et les membres de la Force du Progrès.

De nombreux membres de la C64 ont décrit avoir réussi à se mettre en sécurité au siège d’ECiDé, mais les forces de sécurité et les membres de la Force du Progrès les ont suivis et ont continué à les attaquer.

Les témoignages et les preuves vidéo confirment une attaque des forces de sécurité et de la Force de Progrès contre le siège d’ECiDé alors que des politiciens et des manifestants blessés étaient piégés à l’intérieur. Dans une vidéo vérifiée par Human Rights Watch, des policiers sont présents alors que des membres de la Force du Progrès lancent des projectiles en direction du siège et tentent d’ouvrir de force la porte principale. La vidéo montre également un membre des forces de sécurité qui lance apparemment une grenade lacrymogène par-dessus le mur du siège.

Une vidéo vérifiée et géolocalisée par Human Rights Watch montre un membre des forces de sécurité tirant une grenade lacrymogène à courte distance contre le bâtiment.

Human Rights Watch a documenté des blessures chez plus d’une dizaine de manifestants, dont les dirigeants de l’opposition Martin Fayulu, Delly Sesanga, Jean-Marc Kabund et Ados Ndombasi.

Les forces de sécurité ont également arrêté et détenu plusieurs dizaines de manifestants, d’après la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH).

Les autorités congolaises ont dénoncé les violences, tandis que le ministre de la Justice et la CNDH ont interrogé les membres de la C64 pour établir les faits. Le 19 juin, le Bureau du Procureur général près la Cour de cassation a annoncé qu’il avait ouvert une enquête sur cet incident.

Le 22 juin, l’UDPS a déposé une plainte auprès de la Cour de cassation demandant l’ouverture d’une procédure judiciaire contre des individus pour avoir utilisé le nom du parti, en particulier ceux qu’il a accusé de s’être fait passer pour la Force du Progrès, en vue de commettre des violences.

Le 3 juillet, le secrétaire général du parti, Augustin Kabuya, a déclaré à Human Rights Watch que le parti n’avait jamais envoyé personne commettre des actes de violence et qu’une fausse Force du Progrès ternissait le nom du parti.

Les Principes de base des Nations Unies sur le recours à la force et l’utilisation des armes à feu par les responsables de l’application des lois prévoient que les forces de sécurité doivent avoir « recours autant que possible à des moyens non violents avant de faire usage de la force ». Lors de la dispersion de rassemblements illégaux mais non violents, les responsables de l’application des lois évitent de recourir à la force ou « limite[nt] l’emploi de la force au minimum nécessaire ».

« L’enquête du gouvernement congolais sur la répression du 12 juin est une étape positive, mais elle doit être indépendante et impartiale pour garantir la détermination des responsabilités », a conclu Ashwanee Budoo-Scholtz. « Les responsables devraient être traduits en justice, quelle que soit leur affiliation à un parti politique, pour montrer que la justice peut prévaloir sur la politique. »

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AfricaNews / vidéo

09.07.2026 à 05:00

Géorgie : De nouvelles lois portent un coup dévastateur aux organisations civiques indépendantes

Human Rights Watch

Click to expand Image Des manifestants pro-démocratie étaient rassemblés devant le Parlement à Tbilissi, en Géorgie, lors du Jour de l’indépendance (fête nationale), le 26 mai 2026. © 2026 Sebastien Canaud/NurPhoto via AP Photo Les autorités géorgiennes recourent à des lois répressives, à des restrictions de financement et à des enquêtes pénales à motivation politique pour démanteler la société civile indépendante. Des nouvelles lois placent la quasi-totalité des financements étrangers sous le contrôle strict du gouvernement, imposent dans certains cas la désignation stigmatisante « agent étranger », et menacent les activistes et les associations indépendantes de lourdes amendes et de peines de prison.Le gouvernement devrait abroger ces mesures juridiques injustifiables et permettre aux associations indépendantes d’opérer sans ingérence indue. Les partenaires internationaux de la Géorgie devraient renforcer leur réponse en augmentant le coût de la répression, notamment par le biais de sanctions, et en renforçant d’urgence leur soutien aux associations indépendantes. 

(Berlin, 9 juillet 2026) – Le recours par les autorités géorgiennes à des lois de plus en plus répressives et à des enquêtes pénales à motivation politique est en train de décimer la société civile indépendante et de réduire au silence les voix critiques, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.

Depuis 2024, le parti au pouvoir en Géorgie a adopté des lois imposant des obligations d’enregistrement stigmatisantes, une surveillance étatique intrusive, des restrictions de financement et des sanctions pénales aux organisations non gouvernementales, aux personnes et aux médias bénéficiant d’un financement étranger. Les autorités ont également ouvert des enquêtes à l’encontre d’activistes et de défenseurs des droits humains pour avoir fourni des informations à des organisations internationales et à des médias étrangers, et ont gelé les comptes bancaires d’importantes organisations civiques dans le cadre d’une enquête pénale douteuse faisant suite aux manifestations de 2024.

« L’objectif du gouvernement géorgien est de museler les voix critiques et de démanteler la société civile indépendante et dynamique du pays, et il progresse de manière effrayante », a déclaré Hugh Williamson, directeur de la division Europe et Asie centrale à Human Rights Watch. « Les autorités mettent en place un système dans lequel les organisations indépendantes ne peuvent plus opérer en toute sécurité, maintenir leur financement ni soutenir les communautés qui ont besoin d’eux et qui comptent sur eux. »

Human Rights Watch a mené des entretiens avec 15 activistes, avocats et dirigeants d’organisations non gouvernementales géorgiens, qui ont décrit comment cet environnement profondément hostile a créé un effet dissuasif sévère conduisant, entre autres, à l’autocensure, au départ de membres du personnel, à l’effondrement financier et à une réticence croissante de certaines communautés à solliciter l’aide de ces organisations. Human Rights Watch a également analysé les nouvelles lois et les documents juridiques connexes, et a écrit aux responsables pour leur demander des informations sur leur mise en œuvre. Nous avons reçu des informations partielles de la Cour des comptes et plusieurs données de la part du gouvernement géorgien.

La Loi sur la transparence de l’influence étrangère, adoptée en 2024, impose aux organisations non gouvernementales et aux médias recevant plus de 20 % de leur financement de l’étranger de s’enregistrer en tant qu’organisations « servant les intérêts d’une puissance étrangère ». Cette loi confère au ministère de la Justice des pouvoirs étendus lui permettant d’exiger des informations détaillées, y compris des données sensibles concernant les employés d’une organisation, ses bénéficiaires et d’autres personnes.

En avril 2025, le Parlement géorgien a par ailleurs adopté la Loi sur l’enregistrement des agents étrangers, susceptible de s’appliquer à pratiquement toute organisation coopérant avec des donateurs internationaux, ou partageant de simples informations avec des partenaires étrangers. Les définitions vagues et d’une vaste portée contenues dans cette loi confèrent aux autorités un large pouvoir discrétionnaire pour l’appliquer de manière arbitraire à l’encontre d’organisations indépendantes et d’individus. Les personnes considérées comme des « agents étrangers » doivent s’enregistrer et soumettre des rapports détaillés sur leurs activités, leurs finances et leurs bénéficiaires ; elles doivent aussi apposer la mention « agent étranger » sur tous leurs documents officiels. La loi prévoit une responsabilité pénale même pour des infractions mineures à ses dispositions, avec des peines pouvant aller jusqu’à cinq ans d’emprisonnement.

Les modifications apportées à la Loi sur les subventions placent les financements étrangers sous le contrôle direct du gouvernement, obligent les donateurs étrangers à obtenir l’autorisation préalable du gouvernement avant d’octroyer des subventions et érigent en infraction pénale le fait de recevoir des financements étrangers sans autorisation. Les peines peuvent aller jusqu’à six ans de prison. Un décret gouvernemental exige que les subventions étrangères s’alignent sur les politiques gouvernementales, excluant de fait les projets qui ne se conforment pas aux priorités définies par le gouvernement ou qui remettent en cause de quelque manière que ce soit ses plans. Ces exigences s’appliquent rétroactivement et couvrent les contrats de conseil avec des entités étrangères impliquant des activités susceptibles d’influencer la politique intérieure ou étrangère de la Géorgie, ainsi que les organisations enregistrées à l’étranger dont les activités concernent de manière substantielle la Géorgie.

Human Rights Watch a connaissance de plusieurs cas dans lesquels les autorités ont rejeté des subventions étrangères proposées, notamment un projet financé par l’ambassade du Royaume-Uni visant à soutenir quatre organisations géorgiennes chargées de surveiller les élections municipales de 2025, ainsi qu’une demande d’un donateur visant à financer les services de santé et de réduction des risques proposés par une organisation de défense des droits des personnes LGBT au profit de communautés marginalisées.

Les autorités ont également recouru à des enquêtes pénales pour cibler des organisations indépendantes. En mars 2025, elles ont ouvert une vaste enquête pénale, alléguant que les manifestations qui avaient débuté fin 2024 contre la loi sur l’influence étrangère comportaient des tentatives de « sabotage » de l’État. L’enquête porte également sur une aide présumée apportée à des acteurs étrangers se livrant à des « activités hostiles », notamment la diffusion de « fausses informations » sur la Géorgie afin de déclencher des sanctions et d’« affaiblir la position internationale du pays ».

Dans le cadre de cette enquête, les autorités ont gelé en 2025 les comptes bancaires de 12 organisations indépendantes, paralysant ainsi leurs activités. Une organisation de premier plan a déclaré que, parmi les mesures répressives adoptées depuis 2024, « le gel des avoirs a été la plus sévère pour nous ». Cette organisation avait obtenu un financement suffisant pour fonctionner jusqu’à la fin de 2026, mais n’a pas pu accéder à ces fonds.

Fin 2025, le Centre pour la justice sociale, une ONG géorgienne a réalisé une étude fondée sur des entretiens avec 100 représentants de la société civile ; cette étude non publiée a révélé que 96 % des organisations interrogées faisaient état de graves difficultés financières, et que 94 % avaient réduit leurs activités, beaucoup d’entre elles se limitant à leurs fonctions essentielles ou dans certains cas ayant même cessé entièrement leurs activités.

Les nouvelles restrictions ont contraint l’Association des jeunes avocats géorgiens (Georgian Young Lawyers’ Association, GYLA), l’une des principales organisations de défense juridique du pays, à suspendre l’aide juridique gratuite. Les organisations régionales ont été particulièrement touchées. Sur les 114 organisations communautaires actives en Géorgie en 2024, seules 37 étaient encore opérationnelles en 2025, beaucoup d’entre elles étant au bord de la fermeture.

Les nouvelles lois ont également soulevé de graves préoccupations en matière de vie privée. Un défenseur des droits des personnes handicapées a déclaré que son organisation avait envisagé de s’enregistrer en vertu de la loi sur l’influence étrangère, mais y avait renoncé après avoir constaté que le ministère de la Justice exigeait des données personnelles et médicales concernant les bénéficiaires. « Nous n’avions aucun droit légal de divulguer de telles informations », a déclaré ce représentant.

Les organisations ont également fait état d’une autocensure croissante, en particulier parmi celles œuvrant pour les droits des personnes LGBT. La directrice de la plateforme médiatique féministe queer Grlz Wave a déclaré que l’organisation était « passée à un régime d’autocensure », notamment sur les questions liées à la communauté queer.

L’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) et le Conseil de l’Europe ont conclu que ces lois imposent des restrictions injustifiées aux libertés fondamentales, sont « incompatibles avec les normes » en matière de droits humains, et risquent d’être utilisées pour stigmatiser ou harceler les organisations de la société civile.

Les partenaires internationaux de la Géorgie devraient alourdir le coût pour les autorités géorgiennes du maintien de ces mesures répressives. Tout engagement diplomatique avec le gouvernement devrait faire de l’abrogation totale des lois répressives un critère central de progrès. L’UE et ses États membres devraient également renforcer l’obligation de rendre des comptes en cas de violations graves des droits humains, en parvenant à l’unanimité requise au niveau de l’UE pour imposer des sanctions ciblées, notamment à l’encontre des responsables géorgiens chargés de proposer et de mettre en œuvre ces lois répressives. Les partenaires internationaux de la Géorgie devraient également étendre d’urgence leur soutien – flexible, à court terme et à long terme – à la société civile indépendante et aux organisations de défense des droits humains, y compris celles opérant dans des conditions restrictives ou depuis l’exil, a déclaré Human Rights Watch.

« Les autorités géorgiennes devraient cesser de considérer l’action civique indépendante comme une menace », a conclu Hugh Williamson. « Elles devraient abroger ces lois répressives, mettre fin aux enquêtes à motivation politique menées contre des organisations indépendantes, débloquer leurs avoirs, et rétablir les conditions nécessaires pour que la société civile puisse fonctionner librement et en toute sécurité. »

Suite détaillée en ligne en anglais.

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07.07.2026 à 23:38

L’UE ne devrait pas conclure d’accord migratoire avec les talibans

Human Rights Watch

Click to expand Image Un activiste tenait une banderole lors d’un rassemblement tenu devant le siège de la Commission européenne à Bruxelles, le 23 juin 2026, pour protester contre une réunion entre des représentants de l’UE et une délégation des talibans, venue d’Afghanistan. © 2026 Nicolas Tucat/AFP via Getty Images

Le 22 juin, l’Union européenne a accueilli une délégation de responsables talibans à Bruxelles, pour la première fois depuis le retour au pouvoir des talibans en Afghanistan en août 2021. La Commission européenne a qualifié cette rencontre de « technique » et axée sur les retours de certains Afghans dans leurs pays ; un porte-parole des talibans a évoqué une « visite historique », constituant une étape vers la normalisation des relations consulaires avec les pays de l’UE.

Les négociations ont eu lieu malgré les informations dont dispose l’UE sur le bilan effroyable des talibans en matière de droits humains, et les critiques fréquentes exprimées par l’Union à cet égard. Le porte-parole des talibans a déclaré que les discussions ont notamment porté sur la conclusion d’un accord visant à garantir un « processus de retour digne » d’Afghans dans leur pays.

Le droit international interdit aux gouvernements de procéder à un refoulement, c’est-à-dire le renvoi forcé vers un pays où une personne subirait un risque réel de persécution, de torture ou d’autres mauvais traitements, ou une menace pour sa vie.

L’Afghanistan n’est pas un pays sûr pour un retour forcé. De nombreuses preuves indiquent que les forces de sécurité des talibans ont détenu et torturé des personnes qui ont été contraintes de retourner en Afghanistan. Les talibans ont restreint la liberté de la presse et ont arbitrairement détenu des opposants, et des défenseurs des droits humains.

Les talibans ont interdit aux filles et aux femmes l’accès à l’enseignement secondaire et supérieur, et ont imposé aux femmes de sévères restrictions à l’emploi et à la liberté de circulation. Plusieurs pays de l’UE, dont la Suède, le Danemark, l’Autriche et les Pays-Bas, accordent automatiquement le statut de réfugiée aux femmes afghanes, compte tenu de leur nationalité et de leur genre.

Les problèmes auxquels sont confrontées les personnes qui rentrent en Afghanistan ne se limitent pas aux persécutions et aux mauvais traitements. Les personnes renvoyées à la suite d’expulsions massives menées par le Pakistan et par l’Iran arrivent souvent avec peu de ressources en Afghanistan, sans logement et avec un accès limité aux services de base. Elles luttent pour survivre dans un pays confronté à l’effondrement économique, à la réduction de l’aide étrangère, au chômage, à des conditions de sécheresse et à une répression généralisée.

Il existe une contradiction profonde entre le fait de condamner les exactions des talibans et celui de coopérer avec eux pour expulser des personnes vers une situation dangereuse. Si l’UE et ses États membres souhaitent que leur politique à l’égard de l’Afghanistan soit crédible, ils devraient mettre fin à tous les retours forcés vers ce pays ; tout dialogue avec les talibans devrait servir à appeler au respect des droits et à l’obligation de rendre des comptes, et non à normaliser les retours forcés vers la persécution et les exactions.

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07.07.2026 à 08:00

Tunisie : Des défenseur·e·s des droits condamné·e·s à des peines sévères

Human Rights Watch

Click to expand Image Saadia Mosbah, présidente de l'association antiraciste Mnemty, participait à une marche à Tunis, en Tunisie, le 4 mars 2023.  © 2023 Chedly Ben Ibrahim/NurPhoto via AP Photo

(Beyrouth) – Ces derniers jours, des tribunaux tunisiens ont condamné huit défenseur-e-s des droits humains à des peines de prison et à des amendes sur la base d’accusations liées à leurs actions en faveur des droits, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch ; parmi ces personnes figurent deux éminentes activistes qui ont été condamnées à des peines sévères.

Le 26 juin 2026, un tribunal de première instance de Tunis a condamné Sihem Bensedrine, ex-présidente de l’Instance Vérité et Dignité, à 25 ans de prison et à une amende, à payer conjointement avec plusieurs autres prévenus, d’un montant d’environ 1,8 milliard de dinars tunisiens (environ 600 millions de dollars US). Trois jours plus tôt, la Cour d’appel de Tunis a confirmé la condamnation de Saadia Mosbah, présidente de l’association antiraciste Mnemty (« Mon rêve » en arabe tunisien), à huit ans de prison et à une amende de 122 000 dinars (environ 41 400 dollars). La Cour a condamné cinq autres membres de Mnemty à des peines de prison allant d’un ans à trois ans, dont certaines avec sursis.

« Ces peines de prison sévères et ces amendes astronomiques constituent un nouveau coup dur pour les défenseur-e-s des droits humains et toutes les personnes qui luttent pour préserver ce qui reste de l’espace civique en Tunisie », a déclaré  Bassam Khawaja, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « En s’en prenant à des figures de proue de la défense des droits humains, les autorités étouffent leurs revendications et répriment la quête de justice sociale en Tunisie. »

Ces dernières condamnations ont été prononcées dans un contexte de rétrécissement drastique de l’espace civique et d’attaques croissantes contre les organisations de la société civile et leurs membres en Tunisie. Les autorités tunisiennes devraient immédiatement annuler ces condamnations, libérer les personnes détenues et mettre fin aux poursuites abusives à l’encontre des défenseur-e-s des droits humains.

Sihem Bensedrine, âgée de 75 ans, a comparu devant le tribunal le 25 juin dans le cadre de deux affaires distinctes. Sa condamnation semble constituer une mesure de représailles pour le rôle qu’elle a joué de 2014 à 2018 en tant que présidente de l'Instance Vérité et Dignité, qui s’est employée à établir les responsabilités pour des décennies de violations des droits humains. La loi tunisienne sur la justice transitionnelle accorde l’immunité aux membres de l’Instance, et stipule que les membres et les fonctionnaires ayant exercé une fonction à sa demande ne peuvent être « tenus responsables du contenu des rapports, des conclusions, des avis ou des recommandations exprimés en application des dispositions de la présente loi ».

Dans l’une de ces affaires, les autorités ont inculpé Sihem Bensedrine d’« abus de pouvoir à des fins d’enrichissement personnel ou au profit d’un tiers », de « fraude » et de « faux et usage de faux », en lien avec le rapport officiel de l’Instance. Ces accusations faisaient suite à la plainte déposée en 2020 par un ancien membre de l’Instance, selon laquelle Sihem Bensedrine avait falsifié le rapport final de celle-ci concernant des allégations de corruption au sein du système bancaire. Sihem Bensedrine a été placée en détention provisoire dans le cadre de cette affaire en août 2024, puis remise en liberté à titre provisoire en février 2025 après avoir entamé une grève de la faim.

Dans une autre affaire, les autorités ont inculpé Sihem Bensedrine d’avoir « utilisé sa fonction pour obtenir un avantage indu pour elle-même ou pour un tiers », en lien avec un accord d’arbitrage et de réconciliation conclu par le conseil de l’Instance concernant Slim Chiboub, homme d’affaires et gendre de l’ancien président Zine el-Abidine Ben Ali. L’un de ses avocats a déclaré aux médias que cet accord n’avait jamais été mis en œuvre. 

Sihem Bensedrine a été condamnée à 20 ans de prison dans la première affaire et à 5 ans supplémentaires dans la seconde. Elle reste en liberté et a fait appel du verdict. 

Sihem Bensedrine a œuvré pendant près de 40 ans pour dénoncer les violations des droits humains en Tunisie et a fait l’objet de représailles répétées de la part des autorités. Elle a été  emprisonnée pendant deux semaines en 1987 sous la présidence de Habib Bourguiba, puis à nouveau pendant près de deux mois en 2001 sous le régime autocratique du président Ben Ali. Sihem Bensedrine s’est exilée de 2010 jusqu’à la révolution tunisienne de 2011. Elle a vivement critiqué le président Kais Saied et dénoncé ses « attaques incessantes contre la démocratie ». 

Les poursuites et la condamnation de Sihem Bensedrine en lien avec son travail au sein de la l’Instance Vérité et Dignité portent un nouveau coup à la justice transitionnelle en Tunisie, a déclaré Human Rights Watch. 

Le 26 juin, le tribunal de première instance de Tunis a condamné d’autres prévenus dans les mêmes affaires, dont Khaled Krichi, avocat et ancien membre de l’Instance Vérité et Dignité qui a été arrêté le 3 juin, à dix ans de prison, en raison de son travail au sein de l’Instance.

Les autorités s’en prennent également à Saadia Mosbah en raison de son engagement en faveur des droits humains et de ses efforts pour lutter contre la discrimination raciale. Elle a contribué à l’adoption d’une loi historique de 2018 visant à éliminer toutes les formes de discrimination raciale. Les autorités tunisiennes ont engagé pour la première fois des poursuites contre Mnemty en mai 2024, dans le cadre d’une répression plus large visant les associations d’aide aux réfugiés et d’une campagne de dénigrement raciste en ligne contre Saadia Mosbah, qui est noire, menée par des comptes de réseaux sociaux pro-gouvernementaux. 

Les autorités ont arrêté Saadia Mosbah le 6 mai 2024. Le 16 mai, un procureur a engagé des poursuites contre elle, sept autres membres de Mnemty et leur propriétaire, pour enrichissement illicite, blanchiment d’argent par un groupe organisé et défaut de tenue de registres comptables adéquats. Un juge d’instruction a ordonné la détention de Saadia Mosbah sans audience préalable. Elle est depuis lors détenue arbitrairement, bien que la loi tunisienne limite la détention provisoire à 14 mois.

Saadia Mosbah a été victime de propos racistes et d’agressions de la part de codétenues et de gardiens de prison, a déclaré sa famille à Human Rights Watch. Un tribunal de première instance de Tunis l’a reconnue coupable de ces chefs d’accusation et l’a condamnée à huit ans de prison le 19 mars 2026, peine confirmée par la cour d’appel le 23 juin.

La Cour d’appel de Tunis a également condamné cinq autres membres de Mnemty pour des chefs d’accusation similaires le 23 juin, selon le procès-verbal du verdict, que Human Rights Watch a examiné. Ghofrane Binous a été condamnée par contumace à trois ans de prison. Les peines de Zied Rouin et Fares Gueblaoui, qui ont comparu devant le tribunal, ont été réduites à deux ans de prison avec sursis, et ils ont été condamnés respectivement à une amende de 34 113,50 dinars (environ 11 560 dollars) et de 23 665 dinars (environ 8 020 dollars). Le tribunal a condamné deux autres membres à des peines avec sursis, l’une de deux ans et l’autre d’un an, et a acquitté trois autres personnes. Cinq d’entre elles ont été privées de leur droit de vote et de leur droit d’éligibilité pendant cinq ans, a déclaré un membre de Mnemty à Human Rights Watch. 

La Tunisie est un État partie au Pacte international relatif aux droits civils et politiques et à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, qui garantissent les droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion, le droit de ne pas faire l’objet d’une arrestation ou d’une détention arbitraire, ainsi que le droit à un procès équitable.

Dans un rapport de 2025, le Comité des Nations Unies pour l’élimination de la discrimination raciale a recommandé à la Tunisie de revoir son cadre législatif afin de garantir un espace aux organisations de la société civile, notamment celles qui travaillent auprès des groupes ethniques minoritaires, des demandeurs d’asile, des réfugiés et des migrants.

« Les autorités tunisiennes devraient s’efforcer de mettre en œuvre les lois et les mesures pour lesquelles Sihem Bensedrine et Saadia Mosbah ont lutté pendant des décennies, au lieu de démanteler leurs efforts en faveur de l’obligation de rendre de comptes, et contre la discrimination », a conclu Bassam Khawaja. « Les partenaires internationaux de la Tunisie, notamment l’Union européenne, devraient condamner d’urgence la persécution continue des défenseur-e-s des droits humains, et faire pression sur le gouvernement pour qu’il protège l’espace civique. »

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AfricaNews / vidéo 

06.07.2026 à 16:25

Éthiopie : Les autorités du Tigré procèdent au recrutement forcé de civils

Human Rights Watch

Click to expand Image Des combattants du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) marchaient à Mekele, la capitale de la région du Tigré, dans le nord de l’Éthiopie, le 30 juin 2021. © 2021 Yasuyoshi Chiba/AFP via Getty Images

(Nairobi) – Depuis au moins le mois d’avril, les autorités de la région du Tigré, dans le nord de l’Éthiopie, ont enlevé et illégalement enrôlé dans leurs forces des civils, y compris des enfants âgés d’à peine 15 ans, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.

Des membres de communautés de villes et villages de cette région ont signalé que les forces tigréennes et des responsables locaux enlevaient d’anciens combattants ainsi que d’autres hommes et garçons dans la rue, dans des bureaux, lors d’opérations nocturnes menées dans des maisons, ainsi que sur les sites de mines d’or, une source d’emploi essentielle pour les jeunes hommes et garçons de la région.

« La campagne menée par les autorités tigréennes pour recruter de force des hommes et des garçons en tant que membres de leurs forces instaure un climat de peur dans toute la région », a déclaré Laetitia Bader, directrice adjointe de la division Afrique à Human Rights Watch. « Les autorités devraient mettre fin immédiatement à cette campagne, et permettre à ceux qui ont été recrutés illégalement de rentrer chez eux. »

Human Rights Watch a recensé six cas de recrutement forcé, en s’appuyant sur des entretiens à distance menés en juin avec 18 personnes, dont des témoins, des proches de personnes enrôlées, ainsi que des personnes ayant pu éviter un enlèvement ou s’étant enfuies peu après.

Cette campagne de recrutement fait suite à plusieurs mois de tensions croissantes entre le gouvernement fédéral éthiopien et le principal parti politique du Tigré, le Front populaire de libération du Tigré (Tigray People’s Liberation Front, TPLF). Les deux camps se sont affrontés lors du conflit armé de 2020-2022 dans le nord de l’Éthiopie, qui a donné lieu à de nombreuses atrocités, avant de signer un accord de cessez-le-feu en novembre 2022.

Avant le mois d’avril 2026, les responsables locaux avaient eu recours à des réunions publiques, des lettres et des appels téléphoniques pour exhorter des anciens combattants des Forces de défense du Tigré (Tigray Defense Forces, TDF) à se réengager.

Mais début juin, le TPLF a publié une proclamation rendant le service militaire obligatoire. Dans un entretien avec les médias suite aux critiques formulées par Human Rights Watch concernant cette loi, un porte-parole du parti a réfuté les allégations de recrutement forcé, et a affirmé que ceux qui défendaient la région du Tigré le faisaient de leur plein gré.

La campagne s’est intensifiée fin avril avec des rafles massives dans les rues, sur les marchés et sur les sites d’exploitation aurifère. Les personnes interrogées ont déclaré que les autorités locales disposaient d’une liste d’anciens combattants et faisaient appel à des informateurs dans les quartiers, pour identifier des recrues potentielles.

« Trois hommes armés vêtus d’uniformes des TDF … sont venus chez moi », a déclaré un ancien combattant qui a échappé au recrutement dans la zone nord-ouest du Tigré fin avril. « Je n’étais pas le seul : environ 17 autres personnes ont été emmenées avec moi au commissariat de la ville. Il y avait quatre ou cinq jeunes âgés d’environ 16 ou 17 ans avec nous. »

Les autorités locales et les forces de l’ordre ont également procédé à des rafles massives de civils. Un matin vers la fin du mois de juin, un habitant de la ville d’Adi Gudem a vu des policiers locaux, des miliciens et des combattants des TDF enlever des personnes, y compris des travailleurs journaliers et des agriculteurs.

« Les forces armées ont commencé à intercepter des gens aux quatre coins de la ville, même les conducteurs de bajaj [vélo-taxi] », a déclaré cet homme. « Il y a une grave pénurie d’eau à Adi Gudem, et des jeunes qui rendaient service à la communauté avec leurs charrettes [transportant des bidons d’eau] ont également été emmenés. Un propriétaire de charrette a tenté de s’échapper, mais les milices ont commencé à le frapper si violemment qu’il a perdu connaissance. »

Le 22 mai, la police et des membres des TDF ont ordonné aux mineurs travaillant dans une mine d’or artisanale près de Kola Tembien, dans la zone centrale du Tigré, de cesser leur activité, affirmant que le terrain était nécessaire à des projets d’investissement. Deux témoins ont déclaré que, le matin du 25 mai, des dizaines de policiers et des membres des TDF sont revenus, ont rassemblé les mineurs et en ont frappé certains d’entre eux avant de les répartir en fonction de leur wereda (district) d’origine. Un mineur a raconté avoir été emmené dans un bâtiment inachevé et retenu avec environ 50 à 60 autres hommes et garçons de la région de Kola Tembien pendant environ 8 heures.

« Nous avions faim et soif… Un responsable du wereda [district] est venu nous informer que nous allions rejoindre les TDF », a déclaré ce mineur. « Nous nous sommes tous opposés à cette décision… Mais ils étaient armés, et ont commencé à pousser tout le monde dans des camions… Ils roulaient très vite ... Un type a sauté du camion, et est tombé sur la route. Quand nous nous sommes retournés, nous avons vu qu’il ne bougeait plus. »

Ce mineur a lui-même réussi à s’échapper, lorsque le camion a ralenti.

Les personnes interrogées ont déclaré que les nouvelles recrues étaient d’abord détenues arbitrairement dans des bureaux administratifs, des prisons ou des écoles, puis transférées vers des camps militaires pour y suivre une formation dans le nord-ouest et le sud du Tigré. « Mon frère âgé de 29 ans a été emmené », a déclaré un homme. « Nous ne savions pas où il était pendant une semaine. Il a finalement pu emprunter le téléphone d’un garde pour appeler ma mère, et lui a dit qu’il se trouvait dans un camp militaire de la zone sud. » Les anciens combattants enrôlés de force étaient généralement envoyés dans leurs anciennes unités, ou dans un camp militaire.

Des hommes risquant d’être recrutés ont déclaré qu’ils dormaient dehors par crainte d’être emmenés, ou qu’ils fuyaient le Tigré. « Nous ne pouvons pas dormir », a déclaré un travailleur journalier de 30 ans. « Nous devons changer d’endroit chaque nuit. Mais on ne peut pas se sentir en sécurité quand on est en fuite et qu’on se cache. Parce qu’on a laissé des membres de sa famille, comme des petits frères, derrière soi. S’ils ne vous trouvent pas, ils emmènent vos plus jeunes proches. »

Deux personnes interrogées ont déclaré que les forces du Tigré et les responsables locaux de la zone nord-ouest avaient placé en détention des proches de personnes qui avaient échappé au service militaire.

« Mon fils a 19 ans. Je leur ai dit que j’étais pauvre, que je n’avais pas les moyens de l’envoyer au front, mais ils ne m’ont pas crue », a déclaré une femme détenue temporairement dans les locaux de l’administration locale avec d’autres parents, pendant dix jours. « Nous restions là toute la journée, sans nourriture ni eau. Ils nous renvoyaient chez nous le soir. Ils n’arrêtaient pas de nous demander d’amener nos enfants, et si nous ne le faisions pas, nous étions à nouveau détenus là-bas. »

Ce climat de peur touche les communautés de toute la région, a déclaré Human Rights Watch. Certaines familles envoient leurs proches loin de là pour échapper au recrutement forcé. « Mon père a été convoqué au kebele [administration locale] », a raconté un homme de 32 ans. « Les responsables savaient qu’il a un fils en âge de servir, alors ils lui ont dit que je devais rejoindre la lutte. Mon père m’a dit que je devais quitter [cette région]. J’ai déménagé à Addis [la capitale de l’Éthiopie] il y a une semaine. J’ai laissé derrière moi ma femme enceinte. Je n’avais pas les moyens de l’emmener avec moi. »

Un agriculteur de la zone nord-ouest du Tigrée a déclaré : « Les gens ont peur. Cela affecte tant de vies. Qui sait, ils viendront peut-être me chercher un jour. »

Le droit de la guerre interdit le recrutement forcé par des groupes armés non étatiques, considéré comme une « atteinte à la dignité des personnes » en vertu de l’article 3 commun aux Conventions de Genève de 1949. Le recrutement ou l’utilisation d’enfants de moins de 18 ans dans des forces armées, qu’il soit forcé ou volontaire, constitue une grave violation des droits des enfants ; dans le cas d’enfants âgés de moins de 15 ans, il s’agit d’un crime de guerre. En 2014, l’Éthiopie a ratifié le Protocole facultatif à la Convention relative aux droits de l’enfant concernant l’implication d’enfants dans les conflits armés. La récente proclamation du TPLF menaçant de sanctions et de châtiments collectifs les familles de ceux qui se soustraient au service militaire ou désertent constituerait également une violation du droit international.

L’Union africaine et les autres gouvernements soutenant la trêve de 2022, y compris le Kenya, l’Afrique du Sud et les États-Unis, ainsi que l’Union européenne, devraient faire pression sur les autorités tigréennes pour qu’elles mettent fin au recrutement forcé, libèrent tous les mineurs et autres personnes recrutées de force, et annule d’urgence leur proclamation concernant le recrutement. Les observateurs internationaux, notamment ceux du mécanisme de surveillance de l’UA et du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, devraient mener des enquêtes et rendre compte publiquement des allégations de recrutement forcé et d’autres exactions, a déclaré Human Rights Watch.

« La fin des combats actifs au Tigré avait offert l’occasion de reconstruire les vies brisées et la société dans cette région, et d’œuvrer en faveur d’une véritable obligation de rendre des comptes », a déclaré Laetitia Bader. « Alors que les autorités gaspillent cette opportunité et que la possibilité d’une reprise des combats se profile, les gouvernements préoccupés devraient prendre d’urgence des mesures pour prévenir de futures atrocités. »

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Mediapart/AFP  Sahel-Intelligence

Sur X

03.07.2026 à 20:08

Liban/Israël : L’accord-cadre trahit les victimes de crimes de guerre au Liban

Human Rights Watch

Click to expand Image L’ambassadeur d'Israël aux États-Unis, Yechiel Leiter (à gauche), le conseiller au département d’État américain Dan Holler (au centre), et l'ambassadrice du Liban aux États-Unis, Nada Hamadeh (à droite), photographiés peu après avoir signé un accord-cadre trilatéral à Washington, le 26 juin 2026. Derrière eux, le secrétaire d'État américain Marco Rubio et d'autres hauts responsables applaudissaient la signature de l’accord. © 2026 Kevin Wolf/AP Photo

(Beyrouth) – L’accord-cadre entre Israël et le Liban, signé à Washington le 26 juin 2026, menace de trahir les victimes de crimes de guerre commis au Liban, ont déclaré aujourd’hui Human Rights Watch et cinq autres organisations de défense des droits humains et de la liberté de la presse. Certaines parties du texte semblent viser à empêcher les victimes de crimes internationaux graves de chercher à obtenir justice devant des instances internationales. D’autres sections de l’accord-cadre semblent accepter le déplacement forcé, de manière prolongée et indéfinie, de dizaines de milliers d’habitants de vastes zones du sud du Liban occupées par les forces israéliennes.

Cet accord-cadre a été signé après des mois d’hostilités ayant causé d’immenses souffrances aux civils libanais, notamment lors de crimes de guerre, de violations du droit international humanitaire et de graves atteintes aux droits humains. Cependant, la clause 13 de l’accord stipule que les gouvernements israélien et libanais s’engagent à mettre fin à « toutes les actions hostiles ou préjudiciables devant des instances politiques ou juridiques internationales ».

Dans la mesure où cet accord serait interprété comme empêchant le Liban et Israël de saisir des tribunaux internationaux, notamment la Cour pénale internationale (CPI) et la Cour internationale de justice (CIJ), il bafouerait l’obligation juridique internationale qui incombe à ces deux pays de veiller à ce que les auteurs de crimes internationaux graves commis sur leurs territoires répondent de leurs actes. L’accord ne semble pas obliger Israël à mettre fin à toute initiative menée à l’encontre du Hezbollah, devant des instances internationales.

En outre, la clause 3 de l’accord-cadre viole le droit international et l’interdiction des déplacements forcés, en fixant des conditions pour le retour des résidents vers certaines zones situées le long de la frontière, actuellement occupées par Israël : le « désarmement effectif des groupes armés non étatiques » et le « démantèlement de leurs infrastructures ». Or, en vertu du droit international humanitaire, les personnes déplacées doivent être autorisées à rentrer chez elles dès que les hostilités ont pris fin, ou que les raisons de leur déplacement ont cessé d’exister.

« À maintes reprises, nous avons vu des civil-e-s au Liban payer le prix de cycles successifs de conflits, ainsi que de violations graves et de crimes au regard du droit international, sans que personne n’ait à rendre de comptes », a déclaré Agnès Callamard, Secrétaire générale d’Amnesty International. « Les victimes de crimes de guerre et de violations des droits humains méritent d’obtenir justice. Un accord qui ne s’appuie pas en priorité sur leurs droits à la justice, l’obligation de rendre des comptes et les réparations vacillera sous le poids de l’impunité qu’il engendre. Ces dernières années l’ont clairement démontré : l’impunité généralisée a un coût pour nous tous. Les États qui prétendent respecter l’ordre juridique international doivent le dire haut et fort : la justice, les réparations et le respect du droit international au Liban et dans le monde ne sont pas négociables. »

Depuis 2023, Amnesty International, Human Rights Watch, Legal Agenda, le Centre libanais pour les droits de l’homme (CLDH), l’Union des journalistes du Liban (UJL) et d’autres organisations de défense des droits humains ont documenté les violations répétées du droit de la guerre, ainsi que des crimes de guerre présumés commis par l’armée israélienne au Liban. Parmi ces violations figurent des attaques apparemment directes contre des civils et des biens civils, des attaques indiscriminées et d’autres attaques illégales ayant tué des membres du personnel médical, des journalistes et des familles entières ; ainsi que l’utilisation illégale de phosphore blanc, qui provoque d’horribles brûlures, au-dessus de zones résidentielles.

Un récent rapport d’Amnesty International a établi que l’armée israélienne a déplacé de force des dizaines de milliers de civils libanais, commettant ainsi le crime de guerre que constitue le transfert illégal d’habitants, tout en poursuivant la destruction à grande échelle de biens et d’infrastructures civiles qu’elle avait entamée en 2024 dans le sud du Liban. Amnesty International et Human Rights Watch ont également documenté des tirs de roquettes non guidées menés par le Hezbollah contre le nord d’Israël, qui ont illégalement tué et blessé des civils.

Amnesty International, Human Rights Watch, Reporters sans frontières, Legal Agenda, le CLDH et d’autres organisations libanaises et internationales de défense des droits humains et de la liberté des médias ont appelé à plusieurs reprises à l’ouverture d’enquêtes, à reddition de comptes et à l’octroi de réparations pour les violations du droit international commises au cours des hostilités toujours en cours. En février 2026, dans une lettre ouverte conjointement adressée au vice-Premier ministre et au ministre de la Justice du Liban, ces organisations ont souligné la nécessité urgente pour le gouvernement libanais de prendre des mesures décisives afin de garantir que justice soit faite, que les responsables rendent des comptes et que les victimes de violations graves du droit international humanitaire commises au Liban obtiennent réparation, y compris par le biais de poursuites devant des instances juridiques internationales.

« Il est impératif que le Liban accorde sans délai à la CPI la compétence nécessaire pour enquêter sur ces crimes et engager des poursuites », a déclaré Wadih Al Asmar, président du CLDH. « Tout retard revient à tolérer l’impunité, et à infliger une injustice supplémentaire aux victimes. »

Les organisations ont appelé les autorités libanaises à adhérer au Statut de Rome de la CPI et à déposer auprès de la Cour une déclaration reconnaissant sa compétence en vertu de l’article 12 (paragraphe 3) du Statut de Rome, afin d’enquêter sur les crimes relevant du droit international commis sur le territoire libanais depuis au moins octobre 2023, et d’engager des poursuites. Les organisations ont aussi appelé les autorités à soutenir la mise en place rapide d’enquêtes judiciaires nationales approfondies, indépendantes et impartiales sur les crimes de guerre commis sur le territoire libanais. Le Parlement libanais devrait mettre en place un cadre juridique pour ces efforts en adoptant, sans délai, une loi érigeant en infractions pénales les crimes de guerre et autres actes constituant des crimes au regard du droit international, conformément aux normes internationales.

En mars, les hostilités se sont à nouveau intensifiées, tout comme les violations graves du droit international. Une équipe d’évaluation (« assessment team ») du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) est déjà déployée au Liban, où elle documente, à la demande des autorités libanaises, les violations du droit international humanitaire ainsi que les violations et exactions des droits humains commises depuis le 2 mars.

Selon les modalités élaborées par le HCDH et approuvées par les autorités libanaises, l’équipe des Nations Unies devrait « examiner les options disponibles en matière d’obligation de rendre des comptes » et « documenter, préserver et sécuriser l’ensemble des informations recueillies, en vue d’optimiser leur utilisation lors de futurs processus de reddition de comptes ».

Les victimes de violations graves du droit international, ainsi que les membres de leurs familles et autres proches, ont réclamé que justice soit faite.

« Non seulement cet accord risque de renforcer encore l’impunité, mais il comprend une clause qui indique que l’opportunisme politique l’emporte sur les droits fondamentaux des personnes ayant subi des violations atroces », a déclaré Lama Fakih, directrice de la division Programmes à Human Rights Watch. « Cet accord risque de priver les victimes de justice, alors même que de nombreuses preuves montre que des attaques israéliennes illégales répétées causent des dommages considérables à la population civile, et des destructions à grande échelle. »

Depuis le 8 octobre 2023, plus de 8 700 personnes, dont au moins 569 enfants et 357 professionnels de santé, ont été tuées au Liban, selon le ministère libanais de la Santé. À plusieurs reprises, les forces israéliennes ont également pris pour cible et tué des journalistes identifiables qui couvraient la guerre, selon Reporters sans frontières. Les attaques du Hezbollah ont tué au moins 32 civils depuis octobre 2023, selon les médias israéliens.

Des centaines de milliers de personnes restent déplacées au Liban à la suite des ordres d’évacuation émis par l’armée israélienne ; celle-ci a aussi occupé près de 600 kilomètres carrés de la zone frontalière du sud du Liban, interdisant aux habitants de nombreux villages d’y retourner.

Si l’accord note qu’Israël et le Liban reconnaissent tous deux l’importance du « retour en toute sécurité de la population civile [du sud du Liban] », il consent en réalité au déplacement prolongé et indéfini de dizaines de milliers d’habitants de cette région, en subordonnant leur retour, ainsi que la reconstruction, à des conditions en attente de « confirmation ». L’accord ne fait aucune mention de justice ni de réparation pour les victimes de violations graves du droit international humanitaire, comme les habitants libanais ayant subi un transfert illégal, et ceux dont les habitations et les terres agricoles ont été illégalement détruites.

« Le gouvernement libanais a concédé un droit qui ne lui appartient pas : le droit des victimes de poursuivre les auteurs de violations, et de leur demander des comptes », a déclaré Elsy Moufarrej, présidente de l’Union des journalistes du Liban. « C’est le droit des personnes qui ont perdu des êtres chers, ou dont les maisons et les souvenirs ont été détruits. C’est le droit des personnes qui ont accompli leur devoir malgré les dangers, comme les journalistes et les secouristes. »

Les gouvernements libanais et israélien ne devraient pas mettre en œuvre cet accord d’une manière qui bafouerait les droits des victimes et des survivants, et devraient clairement reconnaître que ce texte, y compris ses clauses 3 et 13, ne prévaut pas sur leurs obligations juridiques internationales, ont déclaré ces organisations.

Les autres gouvernements, y compris ceux qui ont précédemment soutenu l’obligation de rendre des comptes pour les crimes relevant du droit international commis au Liban, devraient préciser que leur soutien à un règlement politique ne s’étend pas aux dispositions qui excluent toute possibilité de justice, de réparations et de retour des personnes déplacées, ont ajouté les organisations.

« L’obligation de rendre des comptes pour des violations, ainsi que le respect du droit international, ne sont pas des monnaies d’échange », a déclaré Ghida Frangieh, responsable de litiges auprès de Legal Agenda. « Ce sont des obligations juridiques. Le droit international est clair : les États ne peuvent pas renoncer à leur obligation d’enquêter sur les crimes les plus graves qui préoccupent la communauté internationale, en vue de poursuites, ni négocier une annulation de cette obligation. Les États ne peuvent pas non plus supprimer les droits individuels à la vérité, à la justice et à la réparation. »

Elle a ajouté : « Les autorités libanaises devraient prendre d’urgence des mesures concrètes pour respecter leurs obligations en vertu du droit international, en explorant toutes les voies possibles pour garantir l’obligation de rendre des comptes, notamment en reconnaissant la compétence de la CPI et en soutenant la quête de réparations pour les violations du droit international. Les autorités devraient également défendre le droit des personnes déplacées à retourner chez elles. Il ne peut y avoir de paix sans justice. »

Organisations signataires :

Amnesty InternationalHuman Rights WatchCentre libanais pour les droits de l'homme (CLDH)Legal AgendaReporters sans frontières (RSF)Union des journalistes du Liban (UJL)

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02.07.2026 à 17:20

Le retrait de trois pays du Sahel de la CPI est une trahison à l’égard des victimes

Human Rights Watch

Click to expand Image De gauche à droite, le capitaine Ibrahim Traoré, président du Burkina Faso (à gauche), le général Assimi Goïta, chef d’État du Mali, et le général Abdourahamane Tchiani, président du Niger, photographiés lors du deuxième sommet sur la sécurité et le développement à Bamako, au Mali, le 23 décembre 2025.  © 2025 Centre d'information du gouvernement du Mali via AP Photo

Le 18 juin, le Niger a notifié au Secrétaire général des Nations Unies sa décision de se retirer du Statut de Rome de la Cour pénale internationale (CPI). Il a été suivi le 24 juin par le Burkina Faso et le Mali. Ces retraits prendront effet d’ici un an.

Dans leurs notifications adressées à l’ONU, les trois juntes militaires ont invoqué des motifs similaires pour justifier leur retrait. Le Niger a accusé la Cour de « détournement d’objectif » et d’instrumentalisation », tandis que le Burkina Faso a affirmé qu’elle « devenait un outil sélectif et politisé ». Toutefois, les trois gouvernements n’ont pas fait mention de la condamnation internationale croissante dont ils font l’objet en raison des atrocités commises par leurs propres forces de sécurité et de leur répression généralisée des droits humains. 

En janvier 2025, ces trois pays ont quitté la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), privant ainsi les victimes de graves violations de leurs droits de toute possibilité de recours devant la Cour régionale d’Afrique de l’Ouest.

Depuis leur arrivée au pouvoir entre 2020 et 2023, les forces armées de ces trois pays sont engagées dans des conflits armés particulièrement violents contre des groupes islamistes armés responsables d’abus. Au cours d’opérations de contre-insurrection, les forces gouvernementales, aidées par des milices alliées et des combattants étrangers, ont commis plusieurs massacres de civils, procédé à des détentions arbitraires et provoqué le déplacement forcé et illégal de milliers de personnes, en violation du droit de la guerre. Les autorités de chacun de ces pays ont également mené des campagnes de répression contre l’opposition politique, les médias et la dissidence.

La CPI mène des enquêtes au Mali depuis 2013, et a prononcé deux condamnations ainsi que des ordonnances de réparation en faveur des victimes. En vertu du Statut de Rome, un État membre de la CPI reste lié par toutes les obligations contractées pendant la période où il était membre.

Les notifications de retrait peuvent être annulées, comme l’ont fait la Gambie et, plus récemment, la Hongrie. La présidence de l’Assemblée des États parties à la CPI a dit regretter les décisions du Burkina Faso, du Mali et du Niger. Elle a appelé ces trois pays « à demeurer des États parties engagés au Statut de Rome » et les a invités à « des échanges constructifs » sur la question.

L’Union africaine et tous les États membres de la CPI devraient, en public comme en privé, exhorter le Burkina Faso, le Mali et le Niger à continuer de participer à la lutte menée par la communauté internationale contre l’impunité et à revenir sur leur décision de se retirer de la CPI.

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