22.04.2026 à 20:56
Human Rights Watch
(Budapest, 22 avril 2026) – L’arrêt rendu le 21 avril par la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) contre la loi anti-LGBT hongroise de 2021 constitue un rejet important des efforts visant à stigmatiser les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres (LGBT), a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. La Cour a estimé que la loi de 2021, qui tente de stigmatiser les personnes LGBT sous le prétexte de la « protection de l’enfance », enfreint le droit de l’UE et a souligné qu’une telle discrimination n’avait pas sa place dans l’UE.
« Il s’agit d’un arrêt historique qui établit clairement que la loi anti-LGBT de la Hongrie n’a pas sa place dans l’Union européenne, et devrait être abrogée », a déclaré Lydia Gall, chercheuse senior auprès de la division Europe et Asie centrale à Human Rights Watch. « Les autorités hongroises ont utilisé cette législation pour censurer l’information, stigmatiser les personnes LGBT et restreindre les droits fondamentaux, et la Cour a désormais confirmé que ces actions enfreignent le droit de l’Union européenne. »
La Cour a estimé que la législation hongroise, qui interdit ou restreint la « représentation ou la promotion » de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre auprès des enfants et des adolescents dans l’éducation, les médias et la publicité, enfreint le droit de l’Union européenne, y compris les protections des droits fondamentaux et les valeurs consacrées dans le traité fondateur de l’UE. Cet arrêt confirme les préoccupations de longue date soulevées par Human Rights Watch et d’autres organisations selon lesquelles cette loi est discriminatoire et incompatible avec les valeurs fondamentales de l’UE.
Le nouveau gouvernement hongrois devrait agir sans délai pour abroger cette loi discriminatoire anti-LGBT et veiller à ce que toute législation respecte l’égalité, la liberté d’expression et l’accès à l’information. Les autorités devraient également abandonner les poursuites contre les organisateurs du défilé Pride, a déclaré Human Rights Watch.
La Hongrie a adopté cette loi en juin 2021 sous le gouvernement Fidesz du Premier ministre Viktor Orbán, ce qui a conduit à l’interdiction ou à la restriction des contenus traitant de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre dans les supports accessibles aux enfants et aux adolescents. Ces changements ont affecté les programmes scolaires, la publicité et les contenus médiatiques, et ont entravé une éducation sexuelle complète. Human Rights Watch avait alors averti que cette loi alimenterait la discrimination et réduirait au silence les discussions sur la diversité et l’égalité.
La Commission européenne avait décidé de saisir la Cour de justice d'un recours contre la Hongrie peu après l’adoption de cette loi, affirmant qu’elle violait les règles du marché intérieur de l’UE, les droits fondamentaux et les valeurs fondatrices de l’UE. L’arrêt de la Cour de justice de l’UE est l’une des décisions les plus importantes à ce jour concernant les violations des valeurs fondatrices de l’UE par un État membre ayant adopté une législation qui porte atteinte aux droits des personnes LGBT.
Cette loi a eu des répercussions bien au-delà des restrictions juridiques formelles en Hongrie. Elle a contribué à créer un effet dissuasif sur les enseignants, les journalistes et les organisations de la société civile, décourageant tout débat ouvert sur les droits des personnes LGBT et instaurant un environnement de plus en plus hostile pour ces personnes et celles qui œuvrent à leur soutien.
Les autorités se sont également appuyées sur des arguments similaires de « protection de l’enfance » pour justifier des restrictions plus larges à la liberté de réunion, notamment l’interdiction d’événements liés à la Pride, et pour engager des poursuites pénales contre les organisateurs de la Pride, y compris le maire de Budapest.
L'arrêt de la Cour oblige la Hongrie à mettre sa législation en conformité avec le droit de l'Union européenne. Tout manquement à cette obligation pourrait entraîner de nouvelles poursuites judiciaires et des sanctions financières. Cet arrêt intervient à un moment critique, à la suite des récentes élections en Hongrie et de la formation d'un nouveau gouvernement disposant d'une majorité parlementaire des deux tiers. Cette décision confère un mandat juridique et politique clair pour mettre fin à des années de violations des droits des personnes LGBT et offre aux autorités une occasion évidente de montrer leur engagement à rétablir le respect de l’État de droit et des droits humains.
La Commission européenne devrait surveiller de près le respect de l’arrêt par la Hongrie et prendre des mesures coercitives supplémentaires s’il n’est pas mis en œuvre, telles que le maintien du gel actuel des fonds européens pour des raisons liées à l’État de droit et l’envisagement de nouvelles sanctions financières et autres. Les États membres de l’UE au sein du Conseil de l’Union européenne devraient poursuivre leur examen dans le cadre de la procédure prévue à l’article 7 tant que des violations des valeurs fondamentales des traités de l’UE persistent dans le pays.
« Cette décision envoie un message important à l’ensemble de l’Union européenne : les États membres qui portent atteinte aux droits fondamentaux s’exposent à des conséquences », a conclu Lydia Gall. « L’égalité et la dignité humaine sont des valeurs fondamentales de l’UE qui doivent être respectées dans la pratique et non écartées sous des prétextes vagues et discriminatoires. »
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21.04.2026 à 18:35
Human Rights Watch
Cette semaine, un tribunal militaire de la ville de Bunia, dans la province de l’Ituri en République démocratique du Congo, rendra son verdict dans l’affaire contre trois membres du mouvement citoyen Lucha (Lutte pour le Changement).
Les militants ont été arrêtés le 12 mars 2026 après avoir organisé une manifestation pacifique pour réclamer l’accès à l’eau potable, un service essentiel qui reste très limité dans de nombreuses régions de l’est de la RD Congo. Les activistes avaient informé les autorités locales de la manifestation prévue trois jours plus tôt.
Olivier Sefu Anjisina, Jackson Kambale Odo et Joachim Kamate Paluku sont détenus à la prison centrale de Bunia pour « atteinte à la sécurité de l’État », une infraction vague et trop générale fréquemment utilisée pour réprimer la dissidence. En vertu du décret d’état de siège, imposé depuis 2021 dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri secouées par des conflits, les civils soupçonnés d’infractions sont jugés par des tribunaux militaires, et non civils. La Commission africaine des droits de l’homme et des peuples a souligné que les tribunaux militaires ne devraient en aucun cas avoir compétence sur des civils.
Le gouvernement du président Félix Tshisekedi a décrété l’état de siège afin de « mettre rapidement fin à l’insécurité qui, tous les jours, fait des morts parmi nos compatriotes », selon une déclaration faite à l’époque par un porte-parole du gouvernement. Mais l’état de siège n’a pas mis fin aux atrocités commises dans l’est de la RD Congo ; il a au contraire été utilisé pour réprimer les droits des citoyens à la liberté de réunion pacifique, à la liberté d’expression et à une justice équitable. Les autorités militaires ont carte blanche pour perquisitionner les domiciles, interdire les publications et les rassemblements jugés menaçants pour l’ordre public, et restreindre la liberté de circulation.
Ces arrestations s’inscrivent dans le cadre d’une répression plus large visant la société civile et d’autres voix critiques dans l’est de la RD Congo. Les défenseurs des droits humains et les militants de groupes tels que la Lucha sont depuis longtemps victimes de harcèlement, de détentions arbitraires et d’intimidations judiciaires en raison de leur travail. En avril 2022, un tribunal militaire a condamné 13 militants de la Lucha lors d’une manifestation pacifique à Beni, dans le Nord-Kivu, pour « provocation et incitation à des manquements envers l'autorité publique ». Les forces de sécurité ont tué trois militants de la Lucha à Beni depuis 2020.
L’état de siège en vigueur en RD Congo autorise la mise en place de restrictions vagues et excessives, allant au-delà de ce qui est permis par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, menaçant ainsi les droits fondamentaux à la liberté d’expression, de réunion pacifique et d’association.
Les autorités congolaises devraient abandonner toutes les poursuites engagées contre les militants et veiller à leur libération immédiate. Le président Tshisekedi devrait lever les restrictions abusives imposées à l'espace civique sous prétexte de l'état de siège et révoquer le pouvoir des tribunaux militaires de juger des civils, conformément aux normes en matière de droits humains.
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Sur X : https://x.com/hrw_fr/status/2046633329185698246
20.04.2026 à 14:33
Human Rights Watch
(Nairobi) – Le gouvernement militaire du Burkina Faso intensifie sa répression généralisée de la société civile à travers une législation restrictive, des pressions administratives et des mesures punitives ciblant les organisations nationales et internationales, ont déclaré aujourd'hui Human Rights Watch, la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) dans le cadre de l’Observatoire pour la protection des défenseur·es des droits humains, et l'Observatoire KISAL. Les autorités militaires devraient immédiatement cesser leur répression des voix indépendantes ainsi que des organisations humanitaires et de défense des droits humains, et respecter les droits et libertés fondamentaux.
Le 15 avril 2026, le ministre de l'administration territoriale et de la mobilité a annoncé la dissolution de 118 organisations de la société civile, dont beaucoup étaient engagées dans la défense des droits humains. Les autorités ont invoqué une loi de juillet 2025 sur la liberté d'association, mais n'ont fourni aucune justification au-delà de vagues allusions au non-respect de ladite loi.
« La dissolution massive des organisations de la société civile n’est que le dernier acte de la junte du Burkina Faso pour faire taire la dissidence et éviter toute analyse de son bilan peu reluisant en matière de droits humains », a déclaré Binta Sidibé Gascon, Présidente de l’Observatoire Kisal. « Cette décision renforce un climat de peur qui paralyse l'activité civique indépendante. »
L'action du gouvernement militaire reflète un schéma plus large de répression qui a commencé après que les militaires ont pris le pouvoir en septembre 2022. Depuis le coup d'État, les autorités ont ciblé les organisations non gouvernementales, les médias indépendants, les défenseur·es des droits humains et toute forme de dissidence pacifique, réduisant progressivement l'espace civique. Elles ont suspendu, interdit ou expulsé des dizaines d'organisations et de médias burkinabè et internationaux pour des motifs administratifs vagues et fallacieux ou en représailles à des critiques.
Les autorités ont également détenu des travailleurs humanitaires et arrêté arbitrairement, fait disparaître de force ou enrôlé illégalement des défenseurs des droits humains, des journalistes et des opposants politiques. Cette répression croissante se déroule dans un contexte de crise sécuritaire aggravée, le Burkina Faso combattant depuis une décennie des groupes armés islamistes liés à Al-Qaïda et à l'État islamique.
Alors que certains des groupes ciblés par la mesure de dissolution étaient inactifs, d'autres—y compris Action des Chrétiens contre la Torture (ACAT) et Coalition Burkinabè pour les droits des femmes (CBDF)—étaient opérationnels et semblaient répondre aux exigences légales en vertu de la loi de juillet 2025. La loi accorde aux organisations un an pour se conformer à ces exigences, un délai qui n'est pas encore expiré.
« L'action du gouvernement militaire, si elle est fondée sur un prétendu non-respect de la loi de 2025, semble juridiquement contestable puisque le délai requis n'est pas encore écoulé », a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior au sein de Human Rights Watch. « L'ampleur de la dissolution est l'un des coups les plus importants portés aux groupes de la société civile depuis que les militaires ont pris le pouvoir et envoie un message glaçant à tous les autres. »
La loi de juillet 2025, introduite par les autorités comme une mesure pour réglementer le secteur des organisations à but non lucratif et lutter contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, a considérablement étendu le contrôle gouvernemental sur la société civile. Elle impose des obligations lourdes qui entravent le travail humanitaire et de développement. Les organisations étrangères, par exemple, doivent nommer des ressortissants burkinabè à des postes clés de direction et financiers, les exposant à des risques personnels. Cette inquiétude a été renforcée par une disposition du Code de la famille de septembre 2025 permettant aux autorités de retirer la nationalité burkinabè à toute personne jugée agir contre les intérêts de l’État et créant un risque d’apatridie pour les individus ciblés.
Début avril, le gouvernement militaire, en réponse à un rapport de Human Rights Watch sur les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité commis par toutes les parties au conflit au Burkina Faso depuis 2023, avait menacé de prendre des « mesures fermes » contre ce qu’il appelait des « officines impérialistes déguisés en ONG [organisations non gouvernementales] ».
En fin 2025, les autorités ont introduit des barrières administratives supplémentaires. Les organisations doivent désormais obtenir un « visa statistique » avant de mener des enquêtes ou des recherches, un processus coûteux et chronophage qui, selon un travailleur humanitaire interrogé par Human Rights Watch, « entrave la collecte et l’analyse indépendantes des données dans un contexte déjà extrêmement fermé ».
Au cours de l’année passée, plusieurs organisations humanitaires internationales ont été suspendues ou expulsées, souvent pour des raisons procédurales peu claires. Entre juin et juillet 2025, les autorités ont suspendu ou révoqué les licences d’environ 20 organisations étrangères, dont Comunità di Sant’Egidio, Diakonia, Geneva Call et le Tony Blair Institute, invoquant le « non-respect de l’obligation de signature de la convention d’établissement ».
La répression du gouvernement militaire s'est également étendue aux individus membres de la société civile nationale et des organisations internationales. Depuis 2022, les autorités ont détenu plus de 70 travailleurs humanitaires, pour la plupart burkinabè, selon les médias internationaux. Dans un cas emblématique, les autorités militaires ont expulsé en août 2025 la principale représentante des Nations unies au Burkina Faso, Carol Flore-Smereczniak, en la déclarant persona non grata à la suite d'un rapport de l'ONU sur les violations à l'encontre des enfants dans le pays.
Dans un autre cas, au milieu de l'année 2025, les forces de sécurité ont arrêté et détenu arbitrairement huit membres du personnel de l'International Group Safety Organization (INSO), une organisation humanitaire basée aux Pays-Bas spécialisée dans la sécurité humanitaire, avant de les libérer finalement en décembre 2025. Les autorités les ont accusés d'espionnage et de trahison, leur reprochant de collecter et de fournir des informations sensibles sur la sécurité à des puissances étrangères.
Les autorités militaires ont utilisé les dispositions d’un décret de « mobilisation générale » d’avril 2023 — une loi d’urgence— de manière sélective et disproportionnée pour réprimer l’opposition politique, les médias et la dissidence, et pour faire taire et enrôler illégalement dans les forces armées des dizaines de voix critiques, journalistes, militants de la société civile et personnels judiciaires. Les autorités affirment que la conscription est autorisée par le décret, qui confère au président de vastes pouvoirs pour lutter contre l’insurrection islamiste, y compris en réquisitionnant des personnes et des biens et en limitant les libertés civiles.
Entre juillet et octobre 2025, au moins six journalistes et trois militants ayant été précédemment enrôlés de force ont été libérés, tandis que d’autres conscrits sont toujours portés disparus, y compris l’éminent journaliste d’investigation Serge Oulon, et il est à craindre que d’autres aient été enrôlés illégalement.
Le droit international en matière des droits humains protège les droits aux libertés d'expression et d'association, permettant aux individus et aux groupes d'agir sans ingérence. Les restrictions apportées à ces droits doivent être nécessaires, proportionnées et non discriminatoires – des critères que la récente dissolution massive des organisations de la société civile et la loi de juillet 2025 ne respectent pas, ont déclaré les quatre organisations.
« Une société civile forte et indépendante agit comme un garde-fou contre les abus de pouvoir et amplifie les voix des communautés marginalisées », a déclaré Drissa Traoré, Secrétaire général de la FIDH. « Les autorités burkinabè devraient permettre aux organisations de la société civile de travailler librement et garantir les droits et libertés fondamentaux de chacun·e au Burkina Faso. »
20.04.2026 à 00:06
Human Rights Watch
Il y a une dizaine de jours, le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, s’est rendu à Pyongyang ; il s’agissait de sa première visite depuis 2019. Au cours de ce voyage, il a rencontré le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un et la ministre des Affaires étrangères Choe Son Hui ; les discussions ont reflété un engagement à renforcer la coopération entre les deux pays, ainsi qu’une coordination approfondie de leurs actions.
Cette diplomatie visible et cordiale entre Pékin et Pyongyang était délibérée. Les liaisons de transport entre la Chine et la Corée du Nord ont repris, les visites de haut niveau s’accélèrent et les relations entre les deux gouvernements se renforcent activement.
Mais le long de la frontière sino-nord-coréenne, une réalité différente persiste – une réalité qui n’est pas définie par la visibilité, mais par un silence imposé.
Le contrôle des frontières est un élément essentiel du système de répression nord-coréen. Le gouvernement interdit à quiconque de quitter le pays sans autorisation, sous peine d’emprisonnement, de torture, de travaux forcés, de disparition forcée ou de mort. Pékin aide depuis longtemps la Corée du Nord à bloquer les voies d’évasion et à renvoyer de force vers leur pays les personnes qui tentent de fuir la Corée du Nord, contribuant ainsi à renforcer le contrôle de ce pays sur ses citoyens opprimés. Chaque renvoi forcé envoie un signal à ceux qui se trouvent en Corée du Nord ou qui se cachent en Chine : il n’y a pas de voie de fuite sûre.
Pour les Nord-Coréens qui tentent de fuir, les enjeux sont considérables. En mars, Kim Geum Sung, un jeune Nord-Coréen qui vit en tant que réfugié en Corée du Sud depuis 2019, a déclaré à Human Rights Watch que sa mère – qui avait participé à un mariage forcé en Chine afin de financer sa fuite – avait été détenue par les autorités chinoises il y a plus d’un an. Au début du mois d’avril, des législateurs sud-coréens ont adressé à Pékin une demande officielle visant à obtenir des informations sur le sort de la mère de Kim Geum Sung. Le ministère sud-coréen des Affaires étrangères a envoyé un courrier similaire. Ni les législateurs ni le ministère n’ont reçu de réponse. Le sort de cette femme reste inconnu, sans confirmation de sa libération par les autorités chinoises, ou de son renvoi forcé vers la Corée du Nord.
Le gouvernement chinois devrait immédiatement divulguer le sort de toutes les personnes nord-coréennes détenues, et mettre fin à tous les retours forcés vers la Corée du Nord ; il devrait soit accorder l’asile à ces personnes, soit leur permettre de voyager en toute sécurité vers un pays tiers sûr.
Les gouvernements en relation avec Pékin, notamment dans la perspective du sommet États-Unis-Chine prévu en mai, devraient soulever des cas comme celui de la mère de Kim Geum Sung et faire pression sur les autorités chinoises pour qu’elles respectent leurs obligations en vertu du droit international, qui interdit de renvoyer des personnes vers des pays où elles risquent d’être persécutées ou de subir d’autres préjudices.
Les dirigeants de ces pays devraient se rappeler que chaque poignée de main diplomatique avec des responsables chinois dissimule des personnes comme la mère de Kim Geum Sung : invisibles, portées disparues et en danger.
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17.04.2026 à 04:00
Human Rights Watch
(Beyrouth, 17 avril 2026) – La destruction par l’armée israélienne du pont de Qasmieh dans le sud du Liban le 16 avril, quelques heures avant l’annonce d’un cessez-le-feu, menace de couper le territoire libanais situé au sud du fleuve Litani du reste du pays, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Cette attaque délibérée a détruit le dernier point de passage opérationnel pour les civils et l’aide humanitaire, avec la perspective de causer d’immenses souffrances à la population civile ; elle devrait faire l’objet d’une enquête en tant qu’attaque potentiellement disproportionnée contre des civils, ce qui constituerait un crime de guerre.
Des dizaines de milliers de civils se trouvent toujours dans les zones du Liban situées au sud du fleuve Litani, ont indiqué des responsables locaux à Human Rights Watch. Les pays donateurs devraient prendre immédiatement des mesures, notamment en soutenant la mise en place de points de passage temporaires pendant le cessez-le-feu, afin d’essayer de garantir aux civils l’accès aux produits essentiels à leur survie, tels que l’eau, la nourriture et les médicaments. Si des points de passage temporaires devaient être mis en place, les autres pays devraient faire pression sur Israël pour que ce pays respecte le droit international humanitaire et garantisse aux civils un passage en toute sécurité par ces points de passage.
« Les attaques systématiques et répétées de l’armée israélienne contre les ponts, qui menacent d’isoler les civils du sud du Liban et de les priver de l’accès aux moyens de survie, témoignent d’un mépris cruel pour le bien-être des dizaines de milliers de personnes qui y vivent encore », a déclaré Ramzi Kaiss, chercheur sur le Liban à Human Rights Watch. « Les autres pays devraient faire pression de toute urgence sur l’armée israélienne pour que ce pays cesse de mettre en danger le bien-être des civils. »
Avant le 16 avril, l’armée israélienne avait systématiquement détruit ou gravement endommagé tous les principaux ponts reliant les zones situées au sud du fleuve Litani au reste du pays, faisant du pont de Qasmieh le seul point de passage opérationnel à usage civil, bien qu’il ait lui aussi été endommagé lors d’une attaque le 8 avril.
Les frappes précédentes avaient déjà considérablement limité la capacité des civils à se déplacer en toute sécurité, ainsi que celle des institutions publiques, des organisations humanitaires, des hôpitaux et des établissements de santé à acheminer l’aide et à prodiguer des soins médicaux. D’autres points de passage plus petits sont peut-être encore intacts, mais ils se trouvent sur un terrain difficile, sont de taille réduite et, dans certains cas, ne sont pas reliés au réseau routier, ce qui rendrait difficile pour les civils d’atteindre des zones plus sûres au nord du Litani ou pour l’aide humanitaire d’être acheminée en toute sécurité.
Human Rights Watch a vérifié des photos et des vidéos partagées par des journalistes et publiées en ligne, montrant le moment de l’attaque et ses conséquences. Une vidéo vérifiée montre au moins deux larges munitions frappant le pont, suivis de panaches de fumée et de débris s’élevant dans le ciel. On peut voir des véhicules s’approcher du pont dans les deux sens. Les vidéos et les photos montraient un grand cratère sur le côté sud du pont, qui a complètement détruit le passage.
Des dizaines de milliers de personnes vivant au sud du fleuve Litani dépendaient du pont de Qasmieh pour accéder à l’aide humanitaire, à la nourriture et aux fournitures médicales, ont déclaré à Human Rights Watch des responsables locaux, des professionnels de santé et un responsable hospitalier de Tyr quelques semaines avant que le pont ne soit touché.
Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) et le porte-parole du Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme ont précédemment averti que les frappes israéliennes sur les ponts isolaient les habitants du sud du Liban, coupaient les liaisons entre différentes zones, entravaient l’acheminement des fournitures essentielles et limitaient considérablement l’accès humanitaire.
L’armée israélienne a accusé le Hezbollah d’utiliser les ponts sur le Litani à des fins militaires, notamment pour acheminer du matériel de combat et des combattants vers la zone située au sud du fleuve. L’armée israélienne n’a pas publié de communiqué immédiatement après la frappe du 16 avril, afin de la justifié ; mais elle avait précédemment déclaré que les frappes sur les ponts visaient à « empêcher le mouvement de renforts et de moyens de combat » vers le sud du Liban.
Cependant, même si les ponts ont un double usage et deviennent des cibles militaires – c’est-à-dire s’ils contribuent efficacement à l’action militaire –, toute attaque contre eux reste soumise aux exigences de proportionnalité. Les attaques disproportionnées comprennent celles dont on peut s’attendre à ce qu’elles causent des dommages excessifs aux civils et aux biens de caractère civil par rapport à l’avantage militaire concret et direct escompté de l’attaque.
Étant donné que le pont de Qasmieh était le dernier point de passage opérationnel majeur du fleuve Litani, Israël aurait dû prévoir que les dommages potentiels causés à des dizaines de milliers de civils soient considérables. En revanche, il est difficile de concevoir l’avantage militaire concret et direct que Israël aurait pu anticiper de manière crédible, pour justifier de tels dommages aux civils.
Cette attaque devrait faire l’objet d’une enquête afin de déterminer si le pont de Qasmieh constituait réellement un objectif militaire et, dans l’affirmative, s’il s’agissait d’une attaque disproportionnée, ce qui constituerait un crime de guerre, a déclaré Human Rights Watch. Si le pont n’était pas un objectif militaire, la frappe équivaudrait à une attaque délibérément dirigée contre un objectif civil, ce qui constitue également un crime de guerre.
Les attaques israéliennes ont tué plus de 2 196 personnes au Liban depuis le 2 mars, selon le ministère libanais de la Santé. Parmi les victimes figuraient plus de 172 enfants, 260 femmes et 93 professionnels de santé, au 7 avril. Les attaques du Hezbollah ont tué au moins deux civils en Israël, a rapporté la BBC.
Les États donateurs devraient collaborer avec le gouvernement libanais pour rétablir des points de passage temporaires vers les zones situées au sud du Litani, et s’engager à garantir un accès durable et prévisible à l’aide humanitaire pour les habitants du sud du Liban. Toutes les parties au conflit devraient veiller à ce que les civils aient accès aux produits essentiels à leur survie, ainsi qu’à un passage en toute sécurité pour ceux qui choisissent de partir.
Les alliés d’Israël, notamment les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne et d’autres États de l’Union européenne, devraient suspendre toutes les ventes et livraisons d’armes à Israël, ainsi que l’aide militaire à ce pays, et imposer des sanctions ciblées aux responsables impliqués de manière crédible dans les crimes graves en cours. L’Union européenne devrait aussi suspendre immédiatement le volet commercial de l’Accord d’association UE-Israël, tant que dureront les crimes atroces d’Israël, a déclaré Human Rights Watch.
Les autorités judiciaires libanaises devraient ouvrir des enquêtes nationales sur les crimes internationaux graves ; le gouvernement devrait aussi adhérer au Statut de Rome de la Cour pénale internationale et soumettre une déclaration acceptant la compétence de la Cour avant la date d’adhésion, y compris pour les faits survenus depuis au moins le 7 octobre 2023.
« Seules des actions concrètes permettront aux autres pays de signaler clairement à Israël que les crimes de guerre ne seront pas tolérés », a conclu Ramzi Kaiss. « Ils devraient commencer par suspendre les ventes d’armes et sanctionner les responsables qui commettent des abus. »
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16.04.2026 à 18:04
Human Rights Watch
(Johannesburg, 16 avril 2026) – Le gouvernement zambien devrait être tenu responsable de son manquement à son obligation d’assainir un site minier contaminé provoquant un empoisonnement au plomb dont continuent de souffrir des enfants, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui ; HRW soutient une demande d’intervention adressée à l’Union africaine, afin que l’UA exige que le gouvernement zambien et les autres parties concernées assainissent le site.
L’Institut pour les droits humains et le développement en Afrique (IHRDA, ou IDHDA en français), en collaboration avec des organisations non gouvernementales zambiennes et des familles touchées, a déposé une plainte auprès du Comité africain d’experts sur les droits et le bien-être de l’enfant (CAEDB, ou ACERWC en anglais), qui fait partie de l’UA. Cette plainte vise la reddition de comptes et la mise en place de mesures correctives urgentes pour les violations des droits des enfants à la santé et à un environnement sain, causées par l’exploitation minière dans la ville de Kabwe dans le passé, ainsi que par les activités ultérieures de traitement des déchets et de nouvelles opérations minières.
« Les conséquences de l’application insuffisante par le gouvernement zambien des réglementations minières et environnementales ont été subies par des enfants, la population la plus vulnérable de Kabwe », a déclaré Allan Ngari, directeur du plaidoyer auprès de la division Afrique à Human Rights Watch. « La plainte déposée par l’IHRDA, ses partenaires et les familles touchées constitue un effort nécessaire et urgent pour mettre fin à ce cycle de négligence, et exiger des comptes et une action immédiate de la part du gouvernement zambien. »
Des enfants vivant à Kabwe ont été exposés à des déchets toxiques contenant du plomb ainsi qu’à des résidus miniers contaminés provenant de l’exploitation, dans le passé, d’une mine datant de l’époque coloniale britannique. Le plomb est un métal hautement toxique, pouvant entraîner des troubles cognitifs et de nombreux autres effets irréversibles sur la santé, voire parfois une mort prématurée ; ses effets sont particulièrement nocifs pour les enfants.
La mine de Kabwe a été fermée en 1994, mais environ 6,4 millions de tonnes de déchets miniers et de résidus sont restés sur le site à ciel ouvert, et ont continué à contaminer les zones résidentielles environnantes. On estime que jusqu’à 200 000 personnes auraient été exposées à la poussière toxique soufflée depuis ces décharges, et les chercheurs en médecine estiment que plus de 95 % des enfants vivant près de l’ancienne mine ont du plomb dans le sang.
Depuis lors, le gouvernement zambien a délivré des licences pour l’exploitation minière et le traitement des déchets toxiques de plomb provenant de l’ancienne mine, exposant ainsi les habitants de Kabwe à des risques sanitaires supplémentaires. Le gouvernement n’a pas pris de mesures adéquates pour contenir la contamination et prévenir toute nouvelle exposition, ce qui soulève des inquiétudes quant à son respect de ses réglementations environnementales et minières, et des obligations de l’État zambien en matière de droits humains.
Vidéo de 2023 sur la pollution au plomb à Kabwe Play VideoLe gouvernement zambien a pris certaines mesures pour atténuer la pollution à Kabwe, mais n’a toujours pas assaini le site minier, qui est la source de la contamination. Le gouvernement a créé un comité technique présidentiel chargé de traiter la contamination à Kabwe, reflétant sa prise de conscience de l’ampleur de la crise ; toutefois, les travaux de ce comité n’ont toujours pas abouti à des mesures concrètes et assorties de délais en matière d’assainissement et de protection, conformément aux obligations de la Zambie en matière de droits humains, a déclaré Human Rights Watch.
Les requérants demandent à l’ACERWC de déclarer que la République de Zambie a manqué à ses obligations au titre de la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant, en ce qui concerne les droits à la santé, à la survie et au développement, ainsi qu’à la protection contre les risques environnementaux, et d’ordonner des mesures urgentes et exhaustives, notamment :
La restriction et l’élimination immédiates des sources de contamination au plomb à Kabwe, via la suspension des activités minières et de traitement des déchets dangereuses qui contribuent à l’exposition continue au plomb ;Des tests de dépistage du plomb rigoureux administrés à tous les enfants de Kabwe, dans ces centres de dépistage munis de fournitures médicales adéquates ;Une réhabilitation des sols contaminés de l'ancienne mine et de ses environs, ainsi que des procédures de décontamination des écoles, des habitations et des aires de jeux, selon des normes environnementales ;Des mesures spéciales de protection et de soutien pour les enfants touchés, y compris l'accès à des services éducatifs et de santé adaptés ;Des mesures visant une responsabilisation et transparence accrues, ainsi qu’une surveillance plus efficace des activités minières et de traitement des minerais, afin de prévenir tout préjudice supplémentaire.Les organisations ont exhorté l’ACERWC à évaluer le respect par la Zambie de ses obligations au titre de la Charte africaine des droits de l’enfant et à ordonner des mesures de réparation appropriées pour protéger les enfants touchés. Les organismes africains de défense des droits humains ont affirmé à maintes reprises que les États doivent réglementer les acteurs privés et prévenir les dommages environnementaux qui menacent les droits fondamentaux.
Cette demande s'inscrit également dans le cadre d'un recours collectif en cours en Afrique du Sud contre des entreprises liées aux anciennes exploitations minières de Kabwe, soulignant le rôle complémentaire des mécanismes régionaux de défense des droits humains et des tribunaux nationaux pour garantir la reddition de comptes et l'octroi de réparations.
« Cette demande d’une intervention de l’UA est l’occasion d’exiger du gouvernement zambien qu’il priorise les droits des enfants à la santé et à la sécurité, avant ses propres intérêts économiques », a conclu Allan Ngari. « Cette demande, ainsi que le recours collectif, soulignent l’importance tant de la responsabilité de l’État que de celle des entreprises pour remédier à des dommages environnementaux qui durent depuis des décennies, et pour garantir des réparations effectives aux enfants et aux communautés touchés. »
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16.04.2026 à 00:00
Human Rights Watch
(New York, 15 avril 2026) – Les autorités chinoises intensifient la pression sur les communautés catholiques clandestines afin de les contraindre à rejoindre l’Église officielle contrôlée par l’État, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Au cours des dernières années, le gouvernement chinois a renforcé son contrôle idéologique, sa surveillance et les restrictions de déplacement imposées aux quelque 12 millions de catholiques que compte le pays.
Dans le cadre de la campagne de « sinisation » des religions lancée par le président Xi Jinping il y a dix ans, en avril 2016, les lieux de culte et les enseignements religieux sont tenus de refléter la culture chinoise centrée sur l’ethnie Han ainsi que l’idéologie du Parti communiste chinois. L’Accord provisoire de 2018 relatif à la nomination des évêques, conclu entre le Saint-Siège et la Chine, a mis fin à un différend datant de plusieurs décennies concernant la désignation des évêques en Chine, mais a aussi favorisé la répression des catholiques dans le pays.
« Dix ans après le lancement par Xi Jinping de la campagne de “sinisation” de Xi Jinping et près de huit ans après l’accord conclu en 2018 entre le Saint-Siège et la Chine, les catholiques de Chine sont confrontés à une répression croissante qui viole leurs libertés religieuses », a déclaré Yalkun Uluyol, chercheur sur la Chine auprès de la division Asie à Human Rights Watch. « Le pape Léon XIV devrait revoir d’urgence cet accord, et exhorter Pékin à mettre fin à la persécution et à l’intimidation des églises clandestines, du clergé et des fidèles. »
Le gouvernement chinois n’autorise pas les chercheurs indépendants à se rendre en Chine, et sanctionne les personnes qui s’adressent aux médias étrangers ou aux organisations de défense des droits humains. Human Rights Watch a mené des entretiens avec neuf personnes résidant hors du pays et ayant une connaissance directe de la vie catholique en Chine, ainsi qu’avec des experts de la liberté religieuse et du catholicisme dans le pays. Human Rights Watch a également examiné des documents gouvernementaux et des articles de la presse gouvernementale chinoise.
Le 7 avril, Human Rights Watch a transmis un résumé de ses conclusions au gouvernement chinois et au Saint-Siège, sollicitant leurs commentaires. Aucun des deux n'a répondu.
Le gouvernement chinois restreint depuis longtemps la liberté religieuse des catholiques du pays, qui ne sont autorisés à pratiquer leur culte que dans des églises officielles placées sous l'égide de l'Association patriotique des catholiques chinois, contrôlée par l'État. Les communautés catholiques clandestines qui refusent de prêter allégeance au Parti communiste chinois sont les plus touchées. Bien que la persécution religieuse en Chine soit un phénomène ancien, le climat est devenu de plus en plus répressif depuis l'arrivée au pouvoir du président Xi en novembre 2012.
Aux termes de l'accord conclu en 2018 entre le Saint-Siège et la Chine, Pékin propose des candidats à l'épiscopat auxquels le pape peut ensuite mettre son veto ; toutefois, le texte intégral de cet accord n'a jamais été rendu public. L'accord a été reconduit à trois reprises et reste en vigueur jusqu'en octobre 2028, mais aucun pape n'a, à ce jour, exercé son droit de veto — pas même lorsque le gouvernement chinois en a violé les termes en procédant unilatéralement à la nomination d'évêques. Le pape Léon XIV, en fonction depuis mai 2025, a également approuvé cinq nominations proposées par Pékin.
Depuis la signature de l'accord de 2018, les autorités chinoises exercent des pressions sur les communautés catholiques clandestines afin de les contraindre à rejoindre l'Association patriotique. Selon les rapports des médias et des organismes de recherche, ces pressions se manifestent par des détentions arbitraires, des disparitions forcées, des actes de torture et l'assignation à résidence d'évêques et de prêtres catholiques clandestins.
Les personnes interrogées ont affirmé que l'accord de 2018 avait fourni aux autorités un cadre global leur permettant d'exercer une pression sur les catholiques clandestins. « Cela ne leur a laissé d’autre choix que de rejoindre l’Église officielle », a déclaré une personne dont l’église a été démolie, sa croix enlevée et ses membres menacés et arrêtés. Une autre personne a indiqué que l'accord s'était révélé être une « arme intelligente pour détruire légalement les églises clandestines », car des évêques clandestins de haut rang, persécutés depuis des années, sont décédés ou ont été remplacés par des évêques nommés officiellement.
Certains catholiques clandestins ont déclaré se sentir trahis par le Vatican. « Alors que les membres de ces communautés sont habitués à la persécution de la part du gouvernement [chinois] », a déclaré un expert qui a interrogé des dizaines de catholiques en Chine, « depuis 2018, ils ont le sentiment que le Vatican s’en prend également à eux. »
Un prêtre résidant à l'étranger a observé qu’« un grand nombre d’évêques clandestins sont âgés, et [le Vatican et Pékin] ne nomment pas de nouveaux évêques clandestins. Ces communautés pourront peut-être survivre quelque temps grâce à leurs prêtres, mais à long terme, les catholiques clandestins [en Chine] auront disparu. »
Ces dernières années, le gouvernement chinois a également intensifié son contrôle idéologique, sa surveillance, ainsi que les restrictions pesant sur les activités religieuses et les liens avec l'étranger au sein des églises officielles, selon Human Rights Watch.
Les autorités ont soumis le clergé à des formations politiques ou idéologiques intensives, jusqu'à deux fois par semaine dans certains endroits. Outre le contrôle étatique déjà en place sur les documents et supports religieux, les enseignements dispensés par les prêtres sont désormais soumis à l'approbation des autorités compétentes. Les autorités ont également restreint les activités religieuses au sein des lieux de culte officiels, en imposant par exemple des procédures d'inscription pour les offices religieux et en interdisant l'accès des enfants aux églises. Des rapports crédibles font par ailleurs état de l'interdiction, par les autorités, de l'éducation religieuse des enfants à domicile ainsi que d’activités caritatives à caractère religieux sur l'ensemble du territoire national.
En décembre 2025, l’Association patriotique des catholiques chinois et la Conférence des évêques catholiques de Chine ont formellement adopté les « Règlements provisoires sur la gestion normalisée des documents de voyage pour l’entrée et la sortie du clergé catholique », qui exigent de l’ensemble du clergé catholique qu’il soumette ses documents de voyage aux services compétents, subordonnant ainsi ses déplacements hors de Chine continentale — notamment pour des motifs personnels — à l’approbation de l’État. Les autorités interdisent également aux étrangers de mener des activités religieuses en Chine.
Les violations de droits commises par le gouvernement chinois à l’encontre des catholiques contreviennent à la Déclaration universelle des droits de l’homme des Nations Unies et portent atteinte aux droits à la liberté de religion et de conviction, d’expression, d’association ainsi que de circulation, entre autres droits, a déclaré Human Rights Watch.
« Le Saint-Siège et les gouvernements préoccupés devraient exhorter Pékin à respecter la liberté religieuse de tous les catholiques et des adeptes d’autres religions en Chine », a conclu Yalkun Uluyol. « Le gouvernement chinois devrait cesser de persécuter et d’intimider les fidèles qui pratiquent leur foi et leur spiritualité indépendamment du contrôle du Parti communiste. »
Suite détaillée en anglais.
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Articles
France Info - Tribune chrétienne - Info Vaticana
Info chrétienne
15.04.2026 à 06:00
Human Rights Watch
Mise à jour 17.04 : Omar bin Yacob Bamadhaj a été exécuté le 16 avril, ainsi que l’a confirmé le Bureau central des affaires de drogue (Central Narcotics Bureau, CNB) de Singapour.
(Londres, 15 avril 2026) – Le gouvernement singapourien devrait immédiatement suspendre l’exécution d’Omar bin Yacob Bamadhaj pour trafic de cannabis, prévue le 16 avril, ont conjointement déclaré aujourd’hui Human Rights Watch, Amnesty International, Capital Punishment Justice Project (CPJP) et Anti-Death Penalty Asia Network (ADPAN).
Les autorités singapouriennes ont arrêté Omar bin Yacob Bamadhaj, un ressortissant singapourien aujourd’hui âgé de 41 ans, le 12 juillet 2018 ; par la suite, un tribunal l’a reconnu coupable d’avoir importé un peu plus d’un kilogramme de cannabis, considéré comme une drogue contrôlée de classe A en vertu de la Loi sur l'usage abusif de drogues (« Misuse of Drugs Act ») de 1973. Il a été condamné à mort en février 2021. La plus haute juridiction de Singapour a rejeté son appel en octobre 2021.
« La peine de mort est le châtiment le plus cruel, inhumain et dégradant qui soit », a déclaré Rachel Chhoa-Howard, chercheuse sur l’Asie du Sud-Est à Amnesty International. « Le maintien de la peine de mort par Singapour pour les infractions liées à la drogue constitue une violation du droit international et des normes internationales relatives aux droits humains, et crée un décalage de plus en plus vaste entre cette cité-État et le reste du monde, à ce sujet. »
Le 2 avril, la famille d’Omar bin Yacob Bamadhaj a reçu un avis de l’administration pénitentiaire de Singapour l’informant qu’il serait exécuté deux semaines plus tard. Le 12 avril, son épouse, Alexandra Maria, de nationalité allemande, a adressee une lettre au bureau du président Tharman Shanmugaratnam une lettre sollicitant sa clémence.
Le 12 juillet 2018, Omar bin Yacob Bamadhaj avait été arrêté après avoir été trouvé en possession de 1 009 grammes de cannabis lors d’un contrôle de routine au poste-frontière de Woodlands, situé à la frontière entre Singapour et la Malaisie.
Au moment de son arrestation, Omar bin Yacob Bamadhaj vivait en Allemagne et n’était plus résident de Singapour. Dans son courrier adressé au président, son épouse Alexandra Maria a expliqué qu’Omar bin Yacob Bamadhaj était revenu à Singapour pour passer le mois sacré du ramadan avec des proches. Son épouse Alexandra Maria, leur fille Amal et leur fils Naqeeb se trouvaient en Allemagne à ce moment-là. En raison de l’état de santé de leur fils, qui nécessite des soins médicaux spécialisés, et de leur situation financière, la famille n’a pas pu rendre visite à Omar bin Yacob Bamadhaj en prison. Naqeeb est décédé en novembre 2025, à l’âge de 11 ans.
« Omar et sa famille ont déjà enduré des souffrances inimaginables depuis son incarcération en 2018 », a déclaré Karen Gomez-Dumpit, coordinatrice de l’ADPAN. « L’exécuter maintenant ne ferait qu’aggraver cette douleur et laisserait sa fille sans jamais avoir vraiment connu son père. »
Le système pénal de Singapour prévoit la peine de mort pour toute une série d’infractions, notamment le trafic, l’importation ou l’exportation de quantités de drogue dépassant un certain seuil. Le droit international et les normes en matière de droits humains stipulent que les pays qui n’ont pas aboli la peine de mort devraient limiter son application aux « crimes les plus graves » ; selon des experts des Nations Unies, ainsi que le Haut-Commissaire aux droits de l’homme, ces crimes n’incluent pas les infractions liées à la drogue.
Le juge chargé de l’affaire d’Omar bin Yacob Bamadhaj a estimé que son implication se limitait au transport de drogue, mais le ministère public ne lui a pas fourni de certificat confirmant qu’il avait apporté une aide substantielle aux enquêtes visant à mettre fin à d’autres activités de trafic de drogue. Ces deux conditions sont requises par la loi sur l’usage abusif de drogues, pour que les accusés puissent bénéficier d’une certaine marge dans la détermination de la peine dans les affaires de trafic de drogue. Le juge n’avait donc d’autre choix que d’imposer la peine de mort obligatoire.
Depuis le 1er janvier 2026, Singapour a exécuté sept personnes, toutes pour des infractions liées à la drogue. En 2025, les autorités ont exécuté quinze personnes pour des infractions liées à la drogue, soit sept de plus qu’en 2024.
Le gouvernement recourt également régulièrement à des lois excessivement vagues et restrictives pour réduire au silence les activistes opposés à la peine de mort et les défenseurs des droits humains, étouffant ainsi tout débat public éclairé sur la question.
« Alors que les pays voisins d’Asie ont pris des mesures importantes ces dernières années pour réduire leur recours à la peine capitale, le gouvernement de Singapour semble déterminé à continuer de l’appliquer et à intensifier les exécutions, en particulier pour les crimes liés à la drogue », a déclaré Jacinta Smith, présidente de CPJP. « La position du gouvernement singapourien sur la peine capitale reflète un mépris total du droit à la vie. »
Il existe un précédent de grâce présidentielle à Singapour. Le 14 août 2025, le président Shanmugaratnam a accordé sa grâce à Tristan Tan Yi Rui, 33 ans, qui avait été condamné à mort en 2023 pour avoir trafiqué 337,6 grammes de méthamphétamine – également une drogue contrôlée de classe A – en 2018. Sa peine de mort a été commuée en réclusion à perpétuité.
À l’époque, le ministère de l’Intérieur avait déclaré que la grâce avait été recommandée par le Cabinet de Singapour « en raison des faits et des circonstances spécifiques de l’affaire ».
Dans sa lettre au président, l’épouse d’Omar bin Yacob Bamadhaj a qualifié la décision du président dans l’affaire Tan Yi Rui d’« acte de compassion et d’équité, qui a été perçu par de nombreuses personnes à travers le monde comme un signe fort d’un système judiciaire capable de reconnaître des circonstances humaines uniques et la possibilité de rédemption ». Elle a ajouté : « Veuillez donner à Amal, âgée de neuf ans cette année, la chance de connaître la joie de renouer avec son père, et non la douleur et le regret irréversibles de ne jamais avoir pu le connaître. »
« Les gouvernements préoccupés devraient exhorter de toute urgence Singapour à suspendre immédiatement l’exécution d’Omar bin Yacob Bamadhaj, et à commuer sa peine de mort », a déclaré Bryony Lau, directrice adjointe de la division Asie à Human Rights Watch. « Le gouvernement singapourien devrait commuer les peines de mort de toutes les personnes condamnées uniquement pour des infractions liées à la drogue, en tant que première étape vers l’abolition totale de ce châtiment. »
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14.04.2026 à 17:47
Human Rights Watch
(Berlin, le 14 avril 2026) – Les dirigeants réunis à Berlin le 15 avril 2026 – date marquant le troisième anniversaire du début du conflit en cours au Soudan – devraient s’engager à prendre des mesures concrètes assorties d’échéances précises afin de protéger les civils et d’établir les responsabilités pour les crimes internationaux graves, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.
Des représentants de l’Union européenne, de l’Allemagne, de la France, du Royaume-Uni, ainsi que de l’Union africaine et des États-Unis, se réuniront à Berlin pour aborder la question du conflit opposant les Forces armées soudanaises (FAS) aux Forces de soutien rapide (FSR), ainsi que leurs alliés respectifs. Fin février, cinq pays – l'Allemagne, l'Irlande, la Norvège, les Pays-Bas et le Royaume-Uni – ont conjointement annoncé la formation d'une coalition visant à prévenir les atrocités et à promouvoir la justice au Soudan. La conférence de Berlin offre l’occasion d’élargir la participation à cette coalition et de redoubler d’efforts.
« Encore une année au Soudan a été entachée par des crimes de guerre généralisés, des déplacements massifs de civils et un afflux continu d’armes vers les factions belligérantes responsables d’exactions » a déclaré Mohamed Osman, chercheur auprès de la division Afrique à Human Rights Watch. « La conférence de Berlin ne devrait pas être une autre simple formalité, mais devrait au contraire enfin mobiliser la communauté internationale pour empêcher de nouvelles atrocités, faire progresser la justice et protéger les civils, notamment les travailleurs humanitaires locaux. »
Cette conférence se réuniront dans un contexte de combats dévastateurs dans la région du Kordofan et dans l’État du Nil Bleu. Depuis janvier, les parties belligérantes ont fait un usage généralisé d’armes explosives lors d’attaques perpétrées contre des zones peuplées, tuant des civils et touchant des infrastructures civiles, certaines à l’aide de drones.
Selon Médecins Sans Frontières (MSF), le 20 mars, une frappe de drone des FAS visant un hôpital du Darfour-Oriental a tué 70 personnes, dont 15 enfants. L’organisation a également indiqué que, le 2 avril, les RSF ont mené une frappe de drone contre un hôpital dans l’État du Nil Blanc, tuant au moins 10 personnes, dont sept membres du personnel médical. Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) a déclaré en mars que l’utilisation de drones lors d’attaques au Soudan « souligne l’impact dévastateur des armes technologiques, relativement peu coûteuses, dans les zones peuplées ».
Les FSR ont lancé un assaut final contre El Fasher, capitale du Darfour du Nord, en octobre 2025, au terme d’un siège qui a duré 18 mois. Une mission d’établissement des faits de l’ONU a conclu que la manière dont les FSR avaient mené leurs attaques contre les civils, au moment de la chute de la ville et dans ses environs, portait les « caractéristiques d’un génocide ».
Des chercheurs de Human Rights Watch se sont entretenus avec des survivants qui ont décrit une campagne de bombardements ayant tué un grand nombre de civils, des massacres généralisés à l’intérieur et aux abords de la ville, des détentions arbitraires généralisées – incluant des enlèvements systématiques contre rançon – ainsi que des viols à grande échelle. Malgré les avertissements répétés de la société civile quant au risque d’atrocités de masse, d’autres pays n’ont pas agi contre les dirigeants des FSR, a constaté Human Rights Watch.
Human Rights Watch a également documenté le fait que les Forces armées soudanaises et les forces affiliées ont procédé à des arrestations arbitraires, manifestement en ciblant les individus en raison de leur ethnicité, de leur convictions politiques ou de leur action humanitaire au niveau local. Les détenus, dont les droits à une procédure régulière ont été niés, ont souvent été soumis à la torture ainsi qu’à d’autres formes de mauvais traitements.
L’UE en particulier, s’appuyant sur les conclusions du Conseil des affaires étrangères adoptées en octobre 2025, devrait mettre en œuvre des recommandations visant à protéger les civils et s’engager à rejoindre la coalition pour la prévention des atrocités. De même, les États membres de l’Union africaine devraient dépasser les déclarations de principe pour exercer une pression diplomatique concertée, apporter un soutien aux mécanismes de surveillance et s’engager en faveur de la protection des civils.
Les pays participants devraient également soutenir la mise en place d’un mécanisme chargé de suivre les violations du droit international des droits humains et du droit humanitaire – y compris les attaques en cours contre les travailleurs humanitaires locaux – et y apporter une réponse ; ils devraient par ailleurs fournir un soutien politique et financier à leur travail vital d’assistance à la population, a préconisé Human Rights Watch.
Les pays préoccupés – notamment par l’intermédiaire de la coalition pour la prévention des atrocités et la justice, récemment formée – devraient également prendre des mesures concrètes pour exiger l’établissement des responsabilités. Ces mesures pourraient inclure un soutien total à l’enquête actuellement menée par la Cour pénale internationale (CPI) au Darfour, ainsi que des pressions sur les parties belligérantes afin qu’elles accordent un accès sans entrave aux observateurs et enquêteurs indépendants. D’autres pays devraient faire pression sur le Soudan pour qu’il livre Omar el-Béchir – l’ancien dictateur du pays – et les autres individus recherchés par la CPI, et œuvrer à l’extension de la compétence de cette juridiction internationale à l’ensemble du pays, et non plus au seul Darfour.
Les pays impliqués devraient également dénoncer publiquement les soutiens des parties belligérantes – notamment les Émirats arabes unis – et s’engager à prendre des mesures concrètes pour empêcher la poursuite de l’appui dont bénéficient les auteurs d’exactions. Ils devraient faire respecter l’embargo sur les armes imposé par le Conseil de sécurité de l’ONU au Darfour et œuvrer à l’étendre à l’ensemble du Soudan.
« Cette conférence ne devrait pas rester dans les mémoires comme le premier jour d’une année d’atrocités de plus commises contre les civils au Soudan », a conclu Mohamed Osman. « Les participants devraient identifier et mettre en œuvre les mesures nécessaires pour changer cette réalité, notamment en s’accordant sur une action stratégique visant à tenir les auteurs d’abus responsables de leurs actes, ainsi qu’en redoublant d’efforts pour protéger les civils et ouvrir un espace civique. »
14.04.2026 à 15:31
Human Rights Watch
Chaque jour, des livreurs de repas sillonnent Paris et Bordeaux par tous les temps, effectuant de longues heures de travail pour un salaire bien inférieur au salaire minimum français. Pour la plupart d'entre eux, ce travail constitue leur seule source de revenus.
Une nouvelle enquête menée auprès d’environ 1 000 travailleurs en France qui livrent des repas pour des entreprises telles qu’Uber Eats et Deliveroo décrit les conséquences de leur travail pour des plateformes numériques.
Leurs conclusions reflètent ce que Human Rights Watch a constaté aux États-Unis, notamment dans une enquête menée auprès de 127 travailleurs de plateformes dans l’État du Texas.
En France, 56 % des travailleurs de plateformes ont déclaré avoir passé une journée entière sans repas convenable par manque d’argent au cours de l’année écoulée. Au Texas, près des deux tiers ont déclaré avoir des difficultés à payer leur nourriture et leurs courses.
Les travailleurs des plateformes ne touchent qu’une fraction de ce que paient les consommateurs et doivent prendre en charge les coûts liés à leur équipement, à son entretien, aux assurances et aux cotisations sociales, car la plupart des entreprises de plateformes classent leurs travailleurs comme indépendants. Au Texas, où de nombreux travailleurs utilisent une voiture, ces dépenses réduisent leur salaire de près de 70 %, le ramenant à 5,12 dollars (4,35 euros) de l’heure, soit un montant inférieur au salaire minimum fédéral de 7,25 dollars (6,16 euros).
En France, alors que la plupart des travailleurs utilisent des vélos ou des vélos électriques, ce qui réduit les frais de transport, les trois quarts des personnes interrogées ont également déclaré louer l’accès au compte d’une autre personne sur les applications, versant en moyenne 528 € par mois à un particulier. Pour certains, comme les travailleurs migrants qui n’ont pas de statut migratoire sûr et ne peuvent pas créer de compte à leur nom, ce type d’arrangement comporte des risques supplémentaires.
En moyenne, les travailleurs gagnaient moins de 4 € de l’heure après déduction des frais, bien en dessous du salaire minimum français de 11,65 € de l’heure au moment de l’enquête.
Les travailleurs en France ont décrit des conditions similaires à celles documentées par Human Rights Watch : des algorithmes opaques, une surveillance constante, la crainte d’une désactivation arbitraire, une santé qui se détériore et des obstacles à leurs droits de protection sociale découlant directement de leur classification en tant que travailleurs indépendants.
Ces conclusions interviennent à un moment critique, alors que les États membres de l’Union européenne commencent à mettre en œuvre une directive européenne de 2024 visant à améliorer les conditions des travailleurs des plateformes. Parallèlement, l’Organisation internationale du travail va bientôt délibérer sur une nouvelle convention pour un travail décent dans l’économie des plateformes.
Human Rights Watch appelle les gouvernements à établir une présomption d’emploi lorsque les entreprises de plateformes exercent un contrôle sur les travailleurs, à garantir une rémunération tenant compte de l’ensemble du temps de travail et des coûts, à assurer l’accès aux soins de santé et à la sécurité sociale, et à mettre fin à la désactivation arbitraire des comptes. La réglementation de l’économie des plateformes est une question de droits.
14.04.2026 à 11:20
Human Rights Watch
(Nairobi) – Les forces armées congolaises et les groupes armés présents dans les Hauts Plateaux du Sud-Kivu entravent l’acheminement de l’aide humanitaire et empêchent les civils de fuir les combats dans l’est de la République démocratique du Congo, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.
Le Conseil de sécurité des Nations Unies, qui se réunira sur la situation en RD Congo le 15 avril 2026, devrait appeler toutes les parties belligérantes à faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire et le passage en toute sécurité des civils, et envisager de nouvelles sanctions à l’encontre de commandants coupables d’exactions.
« Les civils des Hauts Plateaux du Sud-Kivu sont confrontés à une crise humanitaire grave et vivent dans la crainte des exactions commises par toutes les parties », a déclaré Clémentine de Montjoye, chercheuse senior sur la région des Grands Lacs à Human Rights Watch. « Il faut accorder davantage d’attention à ce conflit largement sous-médiatisé, sinon cette situation déplorable ne fera qu’empirer. »
Human Rights Watch a mené des entretiens avec six sources à Minembwe, la principale ville des Hauts Plateaux actuellement sous le contrôle des groupes armés Twirwaneho et M23 ; avec quatre sources à Baraka, dans le territoire de Fizi, sous le contrôle de l’armée congolaise et des milices Wazalendo ; et avec plus d’une douzaine de sources humanitaires, militaires, diplomatiques et médiatiques, de la société civile et des Nations Unies. Human Rights Watch a également examiné des rapports, des photographies et une vidéo faisant suite à deux attaques manifestes de drones.
L’ONU a qualifié de « sévères » les restrictions humanitaires pesant sur l’accès aux Hauts Plateaux du Sud-Kivu, une zone couvrant certaines parties des territoires de Fizi, Mwenga et Uvira. Les incidents de sécurité impliquant l’armée congolaise et des groupes armés au Sud-Kivu se sont multipliés après que la mission de maintien de la paix de l’ONU en RD Congo, connue sous son acronyme français MONUSCO, s’est complètement retirée de la province en juin 2024 dans le cadre d’un accord entre l’ONU et le gouvernement. Les informations sur les violations en cours sont rares en raison de l’accès limité à la zone et des moyens de télécommunication très restreints.
Human Rights Watch a reçu des informations crédibles concernant huit incidents impliquant des frappes de drones dans le Sud-Kivu entre janvier et mars 2026. L’analyse des données du projet ACLED (Armed Conflict Location & Event Data Project), qui compile et vérifie les rapports sur la violence politique, montre une augmentation significative des frappes aériennes et des frappes de drones signalées dans les Hauts Plateaux du Sud-Kivu depuis novembre 2025.
Ce conflit de longue date oppose d’un côté le Twirwaneho, groupe issu de la communauté banyamulenge, désormais allié aux forces rwandaises et au M23, et qui aurait des liens avec certains groupes armés burundais. Ces groupes sont combattus par les forces armées congolaises et les groupes armés Wazalendo (anciennement Mai-Mai) issus des communautés babembe, bafuliru et banyiundu, entre autres. Selon des sources sécuritaires, l’armée burundaise compte actuellement environ 4 000 soldats déployés dans les territoires de Fizi et de Mwenga pour combattre aux côtés des forces armées congolaises.
Click to expand Image Evolution et localisations des frappes aériennes et frappes de drones rapportées entre janvier 2025 et mars 2026 dans les Hauts Plateaux du Sud-Kivu. Data © 2026 ACLED. Graphique © 2026 Human Rights WatchSelon des sources onusiennes et militaires, une présence accrue de forces armées et de groupes armés a été remarquée dans les centres urbains. Des témoins et des proches ont déclaré à Human Rights Watch que des attaques de drones dans les Hauts Plateaux avaient tué au moins deux personnes issues de la communauté banyamulenge en mars 2026. Le 23 mars, un homme de 86 ans a été tué alors qu’il gardait son bétail près de Minembwe. Le 30 mars, un garçon de 14 ans a été tué dans un champ près de son village, sur le territoire de Fizi. On ignore si ces attaques visaient des cibles militaires. Des habitants ont également déclaré que des dizaines de têtes de bétail avaient été tuées et des maisons détruites lors d’attaques de drones.« Nous sommes bombardés en permanence, et de nombreuses personnes sont blessées », a déclaré un professionnel de santé à Minembwe.
Une station de radio communautaire à Madegu, près de Minembwe, a été endommagée lors d’une attaque manifeste de drones le 9 mars, perturbant l’accès à l’information dans une région où le réseau téléphonique est perturbé depuis plus d’un an. « Il y avait des journalistes à la [station de] radio qui se sont enfuis », a déclaré un témoin présent sur place. « À Minembwe, quand nous voyons des drones de reconnaissance, nous savons que nous devons fuir. […] Après leur départ, les drones ont tiré [sur la station] et les ont poursuivis dans un champ voisin. » Un témoin a envoyé à Human Rights Watch une photographie de la station montrant au moins quatre panneaux solaires endommagés.
En mars, une autre attaque manifeste de drones a visé une église du village d’Ilundu de nuit. Human Rights Watch a examiné neuf photographies et une vidéo qui, selon des témoins, montraient l’église, avec deux grands trous dans le toit.
Bien que Human Rights Watch n’ait pas pu établir avec certitude la responsabilité pour ces frappes, les cibles suggèrent que l’armée congolaise ou des combattants alliés contrôlaient les drones, a déclaré Human Rights Watch. Human Rights Watch a échangé avec le commandant régional de l’armée congolaise le 4 avril pour demander des informations complémentaires sur les frappes et les cibles militaires, mais n’a pas reçu de réponse.
Le Twirwaneho a menacé et enrôlé de force des civils dans les Hauts Plateaux. Des habitants de Minembwe ainsi que des sources onusiennes et diplomatiques ont déclaré que le Twirwaneho avait contraint des familles à fournir un combattant ou à verser une compensation financière au groupe armé, et qu’ils exerçaient des représailles en cas de refus. Selon ces sources, le Twirwaneho aurait également empêché les civils de quitter Minembwe, malgré les attaques en cours dans la région, afin de se protéger contre les attaques et de renforcer son image de groupe de « défense locale ».
Depuis la prise de Minembwe par le M23 et le Twirwaneho en mars 2025, la zone est encerclée par les forces congolaises et leurs alliés. Les combats en cours ont gravement affecté l’acheminement de l’aide humanitaire et contribué à des pénuries alimentaires dans la ville. Les organisations humanitaires n’ont pratiquement pas accès à la région depuis plus d’un an. Les établissements médicaux souffrent d’une grave pénurie de médicaments et de produits de première nécessité. Le manque de produits de base tels que le sucre et le sel a poussé les prix à la hausse, qui sont désormais cinq fois plus élevés que dans d’autres villes du Sud-Kivu. Le 14 avril, le commandant régional de l’armée congolaise, le général Fabien Dunia, a déclaré à Human Rights Watch qu'il prenait des mesures pour faciliter l'accès des organisations aux Hauts Plateaux et pourrait intervenir sur les groupes Wazalendo qui constituent une menace.
Les civils dans les zones restant sous contrôle congolais ont également été confrontés à des pénuries de médicaments et de produits de première nécessité selon des informations relayées par les médias et des sources humanitaires.
Des combattants Wazalendo ont également harcelé et attaqué des personnes, notamment des membres de la communauté banyamulenge, selon des témoignages de résidents et des rapports des médias. Des combattants Wazalendo, y compris le groupe armé dirigé par William Yakutumba, ont arbitrairement arrêté et détenu des personnes accusées de soutenir le M23.
Une personne récemment détenue dans une cellule de détention informelle à Baraka a déclaré avoir dû payer des centaines de milliers de francs congolais pour être libérée. « Ils m’ont sévèrement battu », a-t-il déclaré. « Ils harcèlent la population et nous accusent de soutenir le M23 pour nous faire payer. »
Les Wazalendo ont mis en place des barrières pour prélever entre 1 000 et 2 000 francs congolais (entre 0,43 et 0,86 dollar américain) aux passants. « De Baraka à Fizi, il y a plus de 10 barrières mises en place par les Wazalendo et l’armée congolaise », a déclaré un habitant de Baraka. « À chaque fois, il faut payer 1 000 francs congolais », a-t-il ajouté. Un autre habitant a déclaré avoir compté huit barrières tenues par les Wazalendo entre Baraka et Misisi, sur une distance de 130 kilomètres.
En février et mars, le général Fabien Dunia a rencontré des groupes Wazalendo à Uvira et Baraka afin de chercher à interdire à toute personne armée d’entrer dans les centres urbains. Il a déclaré à Human Rights Watch que ses forces avaient arrêté plusieurs combattants Wazalendo auteurs d’exactions à Uvira et Baraka.
Toutes les parties au conflit dans le Sud-Kivu devraient respecter pleinement le droit de la guerre. Les autorités congolaises ont l’obligation d’enquêter et de poursuivre comme il se doit les auteurs présumés de crimes de guerre commis par leurs forces ou sur leur territoire.
La MONUSCO devrait envisager de reprendre ses activités dans le Sud-Kivu en vertu d’une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU de décembre 2025 qui permettrait la reprise de ses missions de surveillance et de vérification du cessez-le-feu, a déclaré Human Rights Watch.
« Les autorités congolaises devraient contrôler la coalition Wazalendo et mener des enquêtes impartiales ainsi que poursuivre en justice tous les responsables d’abus graves, y compris ceux qui entravent l’acheminement de l’aide », a conclu Clémentine de Montjoye. « Les gouvernements concernés devraient exhorter de toute urgence les parties belligérantes à prendre toutes les précautions possibles pour minimiser les dommages causés aux civils et faciliter l’acheminement de cette aide vitale. »
Un commentaire supplémentaire du général Fabien Dunia le 14 avril a été ajouté au rapport après sa publication.
14.04.2026 à 04:00
Human Rights Watch
(Beyrouth) – Les attaques israéliennes du 7 mars contre quatre dépôts pétroliers situés aux alentours de Téhéran, en Iran, risquent d’entraîner des dommages sanitaires et environnementaux à long terme pour les civils, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Les frappes visant principalement des infrastructures civiles et causant des dommages prévisibles à la population civile constituent des violations du droit international humanitaire, et sont susceptibles de constituer des crimes de guerre.
Le 8 mars, la société nationale iranienne de distribution de pétrole a indiqué que « quatre sites utilisés pour le stockage et la distribution de produits pétroliers, ainsi qu’un centre de transport de produits pétroliers, dans les provinces de Téhéran et d’Alborz ont été attaqués par des avions ennemis ». Le même jour, l’armée israélienne a indiqué sur X qu’elle avait pris pour cible « plusieurs complexes de stockage de carburant appartenant au CGRI [Corps des gardiens de la révolution islamique] à Téhéran ».
« Les attaques menées par Israël le 7 mars contre des dépôts pétroliers situés aux alentours de Téhéran risquent d’avoir des conséquences dévastatrices sur l’environnement et la santé des habitants pendant de nombreuses années, et ont probablement constitué des crimes de guerre », a déclaré Bahar Saba, chercheuse senior sur l’Iran à Human Rights Watch. « Les forces israéliennes ne semblent pas avoir pris en compte les dommages prévisibles à long terme dans les environs de Téhéran, dont elles devraient être tenues responsables. »
Human Rights Watch a mené des entretiens, directement ou par l’intermédiaire de tiers, avec huit personnes à Téhéran et à Karaj au sujet des effets des frappes, ainsi qu’avec neuf experts en environnement et en santé. Les chercheurs ont analysé des images satellite et vérifié des vidéos liées aux attaques. Le 26 mars, Human Rights Watch a écrit aux autorités israéliennes et iraniennes afin d’obtenir des éclaircissements supplémentaires concernant ces attaques. Les autorités iraniennes n’ont pas répondu.
Le 30 mars, les autorités israéliennes ont répondu à Human Rights Watch, affirmant que les attaques avaient été « menées conformément aux principes de distinction, de proportionnalité et de précaution ». Elles ont indiqué que les dépôts pétroliers attaqués « étaient destinés à fournir du carburant directement aux unités des forces armées du régime [iranien], afin de soutenir les opérations de l’aviation militaire, des drones, des navires de guerre et d’autres infrastructures militaires ».
Human Rights Watch a pu confirmer que les dépôts de pétrole étaient utilisés à des fins civiles, mais n’a pas été en mesure de déterminer s’ils servaient également à soutenir l’armée iranienne. Une source bien informée a déclaré que ces dépôts de pétrole ne contenaient que de l’essence et du diesel, qui ne seraient pas utilisés pour des avions militaires, des drones ou des navires de guerre.
Human Rights Watch a confirmé les attaques contre les quatre dépôts pétroliers à l’aide d’images satellite et de vidéos vérifiées, dont certaines ont été géolocalisées par le site GeoConfirmed, géré par des bénévoles.
Click to expand Image Carte montrant les sites de quatre attaques confirmées contre des installations pétrolières et gazières dans les environs de Téhéran, en Iran, le 7 mars 2026. © 2026 Human Rights Watch (infographie)Des images satellite enregistrées le 9 mars, soit plus de 24 heures après les frappes, montraient encore de gros panaches de fumée s’élevant au-dessus des dépôts pétroliers de Shahran, d’Aghdasieh et de Shahr-e Rey.
Effets des frappes du 7 mars 2026 contre quatre dépôts pétroliers à Téhéran et dans ses environs Click to expand Image Quatre images satellite, enregistrées après les quatre frappes du 4 mars 2026. : EN HAUT À GAUCHE : Dépôt pétrolier de Fardis. Image satellite du 11 mars, montrant des réservoirs de pétrole détruits, ains qu’une école endommagée et une installation médicale détruite, à proximité. : EN HAUT À DROITE : Dépôt pétrolier de Shahran. Image satellite du 9 mars, montrant un épais nuage de fumée noire. EN BAS À GAUCHE : Dépôt pétrolier de Shahr e-Rey. Image satellite du 9 mars, montrant un panache de fumée noire. : EN BAS À DROITE : Dépôt pétrolier d’Aghdasier. Image satellite du 9 mars, montrant aussi un tel nuage noir. © 2026 Planet Labs PBC (images satellite) / © 2026 Human Rights Watch (analyse et graphisme)Des images du 11 mars montrent des réservoirs de stockage de carburant détruits dans le dépôt pétrolier de Fardis. L’Université des sciences médicales d’Alborz a signalé qu’un centre de dialyse situé près du dépôt de Fardis « a été incendié et que son équipement et son bâtiment ont été détruits » lors de l’attaque. Des images satellite haute résolution datant du 18 mars montrent des dégâts apparents sur un établissement médical et une école primaire situés près d’un réservoir détruit, sur le site du dépôt pétrolier de Fardis.
Des images satellite du 11 mars montrent également un panache de fumée noire s'élevant au-dessus du dépôt de Shahr-e Rey en direction du centre de Téhéran. Des dizaines de réservoirs de stockage de carburant sont visiblement endommagés ou détruits sur les quatre sites sur les images du 17 mars ; des flammes et de la fumée sont visibles sur l’image du dépôt pétrolier d'Aghdasieh.
Panache de fumée provenant du dépôt pétrolier de Shahr-e Rey, Iran (11 mars 2026) Click to expand Image Cette image satellite du 11 mars 2026 montre un panache de fumée noire s'élevant au-dessus du dépôt pétrolier de Shahr-e Rey (vers le centre de l’image), au sud de Téhéran, non loin des zones densément peuplées de la capitale de l’Iran. © 2026 Copernicus Sentinel-3 (image satellite) / Human Rights Watch (graphisme)Le gouverneur de la province d’Alborz a déclaré que la frappe sur le dépôt pétrolier de Fardis avait fait au moins six morts et 21 blessés ; Human Rights Watch n’a pas été en mesure de vérifier ces chiffres. Aucun bilan des victimes n’a été communiqué pour les trois autres attaques.
Une habitante du nord de Téhéran a déclaré à Human Rights Watch : « Le lendemain de l’attaque [contre des dépôts pétroliers], on ne voyait plus le ciel – il était noir. »
« La ville avait un aspect apocalyptique », a déclaré une habitante de Shahrak-e Gharb, au nord-ouest de Téhéran. « Les façades des bâtiments blancs, les voitures, les mosaïques dans les cours, les buissons et les plantes, et même les chats de la ville étaient recouverts d’une couche de suie noire. »
Click to expand Image Un gigantesque écran de fumée noire était visible derrière un immeuble résidentiel dans la banlieue nord-ouest de Téhéran, en Iran, le 8 mars 2026, à la suite de frappes aériennes israéliennes menées le 7 mars contre la raffinerie de pétrole de Shahran, non loin de là. © 2026 AFP via Getty ImagesDes habitants ont décrit des symptômes respiratoires immédiatement après les attaques, tels que l’essoufflement, une toux persistante, des douleurs thoraciques et des irritations cutanées et oculaires.
Des experts en environnement et en santé ont déclaré que les attaques contre les dépôts de pétrole avaient provoqué l’émission de polluants atmosphériques dangereux, gazeux et parfois visibles ; ils ont ajouté que ces polluants risquent d’avoir des effets sévères et chroniques sur la santé des habitants des environs, peut-être pendant des décennies.
Le 13 mars, le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) a observé ceci : « La fumée dense provenant de la combustion du pétrole, qui contient des composés dangereux, est désormais directement inhalée par la population iranienne – y compris les jeunes enfants –, ce qui soulève de graves inquiétudes quant aux impacts à long terme sur la santé humaine et l’environnement… La pollution issue d’incendies incontrôlés peut également pénétrer dans le sol et l’eau, s’infiltrer dans les nappes phréatiques et être absorbée par les cultures, contaminant ainsi les réserves alimentaires. »
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré que ces attaques soulevaient « des inquiétudes quant à une pollution élargie dans la région », ajoutant que « les pollutions toxiques et les polluants qui affectent la santé respiratoire et contaminent l’eau peuvent avoir des effets à long terme ».
En vertu du droit de la guerre applicable au conflit armé international en Iran, les attaques ne peuvent viser que des objectifs militaires. Les parties belligérantes doivent prendre toutes les précautions possibles pour minimiser les dommages causés aux civils et aux biens de caractère civil, notamment en évitant de placer des cibles militaires à proximité de zones densément peuplées.
Les dépôts de pétrole et autres infrastructures énergétiques sont présumés être des biens de caractère civil, mais ils peuvent devenir des objectifs militaires s’ils sont utilisés pour soutenir l’armée. Toutefois, les attaquer serait illégalement disproportionné si les dommages attendus pour les civils et les structures civiles dépassaient le gain militaire escompté.
Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a publié des Directives sur la protection de l'environnement naturel en période de conflit armé, selon lesquelles les évaluations de proportionnalité doivent prendre en compte les impacts environnementaux indirects « raisonnablement prévisibles ». Ceux-ci comprennent les « effets de répercussion » (« reverberating effects », parfois appelés « effets domino ») sur l’eau, sur les systèmes alimentaires et sur la santé des civils. Les attaques contre des objectifs militaires sont également illégales si elles sont susceptibles de causer des dommages « étendus, durables et graves » à l’environnement naturel, mesurés en mois ou en années.
« Israël, tout comme les États-Unis et l’Iran, devrait savoir que le droit de la guerre prévoit des protections spécifiques pour l’environnement », a conclu Bahar Saba. « Les attaques visant les infrastructures pétrolières et gazières sont susceptibles d’affecter des millions de personnes bien plus longtemps que le conflit lui-même. »
Suite détaillée en anglais.
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14.04.2026 à 01:00
Human Rights Watch
(Budapest, 14 avril 2026) – Le nouveau gouvernement hongrois devrait prendre des mesures immédiates pour rétablir les droits fondamentaux, abroger des lois iniques, démanteler des institutions utilisées de manière abusive et renforcer les institutions démocratiques qui ont subi des années de recul, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.
Au cours de ses premières semaines au pouvoir, le nouveau gouvernement devrait démontrer un engagement clair en faveur du rétablissement des droits fondamentaux et de la réinstauration des garanties démocratiques, notamment en respectant les obligations de la Hongrie envers l’UE et la communauté internationale. Des mesures rapides visant à rétablir l’indépendance judiciaire, à mettre fin à la gouvernance par décrets et à abroger les lois utilisées pour cibler les détracteurs du régime indiqueraient une rupture claire avec les politiques antidémocratiques des 16 dernières années.
« Le nouveau gouvernement a une occasion majeure de commencer à remédier à la crise des droits en Hongrie en rétablissant l’état de droit et en redynamisant les institutions démocratiques », a déclaré Lydia Gall, chercheuse senior auprès de la division Europe et Asie centrale à Human Rights Watch. « Des mesures rapides visant à mettre fin à la gouvernance par décrets enverraient un signal immédiat indiquant que la Hongrie est prête à tourner la page, après plusieurs années d’érosion des droits. »
Au cours des 16 dernières années, le gouvernement hongrois dirigé par le Premier ministre Viktor Orbán, et formé par l’alliance entre le parti Fidesz et le KDNP (Parti populaire chrétien-démocrate), n’a cessé d’aggraver la crise des droits humains. Les modifications constitutionnelles et législatives ont de plus en plus concentré le pouvoir entre les mains de l’exécutif, affaibli l’indépendance judiciaire et sapé les organismes de contrôle indépendants.
Le gouvernement Orbán a exercé des pressions sur les médias indépendants et sur la société civile, restreint la liberté de réunion pacifique, stigmatisé les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres (LGBT) par le biais d’une législation discriminatoire, et adopté des politiques portant atteinte aux droits des migrants et demandeurs d’asile, ainsi que des femmes et des filles.
Le nouveau gouvernement hongrois devrait immédiatement suspendre les activités de l’Office de protection de la souveraineté et abroger la loi qui l’a créé. Cet office, créé en 2023, dispose de pouvoirs étendus pour enquêter sur les journalistes, les organisations de la société civile et les universitaires recevant des financements étrangers et les présenter comme des menaces pour la souveraineté de la Hongrie. Il a harcelé à plusieurs reprises des organisations de la société civile et des médias critiques à l’égard du gouvernement, notamment l’organisation anti-corruption Transparency International Hongrie et le média indépendant Atlatszo.
Le nouveau gouvernement devrait aussi retirer le projet de loi sur la transparence de la vie publique. Ce projet de loi a été conçu pour permettre à l’Office de protection de la souveraineté d’enquêter sur les groupes de la société civile et les médias recevant des financements étrangers, de les sanctionner et de les soumettre à une surveillance financière intrusive.
Le nouveau gouvernement devrait également mettre fin à l’utilisation prolongée des pouvoirs d’urgence qui ont permis aux autorités de gouverner par décret pendant de longues périodes avec un contrôle parlementaire minimal. La Hongrie fonctionne sous des états d’urgence successifs depuis 2020, ce qui permet à l’exécutif d’adopter des mesures radicales sans rapport avec les situations d’urgence déclarées. La Hongrie est actuellement soumise à deux états d’urgence, liés respectivement à la guerre en Ukraine et à l’« immigration de masse » ; pourtant, la Hongrie n’est ni une partie au conflit ukrainien, ni confrontée à un afflux significatif de migrants.
Les législateurs devraient modifier la loi hongroise sur les rassemblements afin de garantir que les marches de la Fierté et autres manifestations pacifiques ne puissent être interdites. Le Parlement a adopté en 2025 des lois qui ont été utilisées pour interdire les événements liés à la Fierté et restreindre l’expression publique relative à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre, en invoquant des préoccupations vaguement définies de « protection de l’enfance ».
Le nouveau gouvernement devrait également abandonner les poursuites pénales engagées en lien avec les événements de la Pride, notamment les accusations portées en janvier 2026 contre le maire de Budapest, Gergely Karácsony, qui a aidé à organiser la Budapest Pride après que la police eut interdit l’événement, et celles portées en février 2026 contre Géza Buzás-Hábel, l’organisateur de la marche de la Pride de 2025 à Pécs.
Poursuivre des élus et des activistes pour avoir organisé des rassemblements pacifiques porte atteinte aux droits humains fondamentaux et n’a pas sa place dans une société démocratique fondée sur l’état de droit, a déclaré Human Rights Watch. Les autorités devraient également abandonner immédiatement l’enquête visant Szabolcs Panyi, un journaliste, qui semble constituer une mesure de représailles pour ses reportages sur des questions d’intérêt public, ce qui soulève de graves préoccupations quant à la liberté de la presse.
Le nouveau gouvernement devrait également veiller à ce que les poursuites contre le pasteur Gábor Iványi soient abandonnées et à ce que le harcèlement financier et administratif dont sont victimes Iványi et son Église cesse. Iványi dirige la Communauté évangélique hongroise, à laquelle le gouvernement a retiré son statut officiel d’Église en vertu de la loi hongroise sur les Églises de 2011. La Cour européenne des droits de l’homme a jugé cette mesure illégale en 2014 et a condamné le gouvernement à payer une amende. Le nouveau gouvernement devrait rétablir le statut de l’Église et payer sans délai les amendes ordonnées par la Cour.
Le nouveau gouvernement devrait également agir rapidement pour respecter les étapes clés en matière d’État de droit exigées par la Commission européenne. Des réformes portant sur l’indépendance judiciaire, les garanties anticorruption et la transparence démontreraient l’engagement de la Hongrie à rétablir la protection des droits et les garanties démocratiques, et permettraient à la Hongrie d’accéder à des milliards d’euros de fonds de l’Union européenne gelés en raison des violations répétées du droit de l’UE par le gouvernement précédent.
Le gouvernement devrait également réaffirmer l’engagement de la Hongrie en faveur de la responsabilité internationale en adhérant au Parquet européen, en annulant le retrait de la Hongrie de la Cour pénale internationale (CPI) et en soutenant l’action extérieure de l’UE pour lutter contre les violations des droits humains et du droit de la guerre.
« C’est aux mesures concrètes que prendra le nouveau gouvernement hongrois au cours des premières semaines et des premiers mois de son mandat qu’il faudra juger de sa volonté de rétablir le respect des droits et de l’état de droit », a conclu Lydia Gall. « Mettre fin au gouvernement par décrets, démanteler les institutions utilisées pour intimider les détracteurs, garantir que la Pride et d’autres manifestations pacifiques puissent se dérouler librement, et mettre un terme aux poursuites judiciaires motivées par des considérations politiques montreraient que la Hongrie est sérieuse dans sa volonté de rétablir une gouvernance démocratique fondée sur les droits. »
Suite détaillée en anglais.
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13.04.2026 à 17:10
Human Rights Watch
Un rapport des Nations Unies a révélé que des membres d'une force autorisée par l'ONU opérant en Haïti, la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS) dirigée par le Kenya, étaient responsables de quatre cas de violences sexuelles dans le pays, dont le viol d'une fille de 12 ans et de deux filles de 16 ans.
Alors que le secrétaire du Cabinet kenyan, Musalia Mudavadi, affirme que ces allégations ont fait l'objet d'une enquête interne et ont été jugées sans fondement, le rapport de l'ONU indique qu'une enquête interne n'a été menée que dans un seul cas. Quoi qu'il en soit, le fait que la MMAS enquête sur son propre comportement soulève des inquiétudes quant à l'indépendance de ces conclusions. Le Bureau des services de contrôle interne de l'ONU examinerait normalement de manière indépendante les allégations concernant les missions de maintien de la paix de l'ONU, mais comme la MMAS n'est pas considérée comme une force de l'ONU, ce bureau n'a pas été sollicité.
Le MMAS est en train de se transformer en une force élargie autorisée par l’ONU, appelée la Force de répression des gangs (FRG), qui remplacera le personnel kenyan par de nouvelles forces internationales. Avant le départ du personnel kenyan, la mission devrait veiller à ce que toutes les allégations, y compris les quatre cas signalés, fassent l’objet d’une enquête approfondie. Si une enquête révèle des preuves de violences sexuelles, les conclusions devraient être transmises aux autorités kenyanes.
Les femmes et les filles en Haïti sont déjà confrontées à des violences sexuelles généralisées. Les forces internationales déployées pour aider à rétablir la sécurité ne doivent pas aggraver les abus qu’elles endurent. La FRG devrait établir des garanties plus solides en matière de droits humains afin de prévenir de nouvelles violations, notamment par le biais de formations standardisées et continues portant sur la violence sexuelle et basée sur le genre, la violence domestique et la violence entre partenaires, ainsi que sur la protection de l’enfance.
Une politique de tolérance zéro envers la violence sexuelle devrait être appliquée, tout personnel impliqué devant être démis de ses fonctions et déféré devant les autorités compétentes en matière de justice pénale. Les contingents devraient également respecter des exigences minimales en matière de participation des femmes et inclure un expert en protection de l’enfance afin d’améliorer l’accompagnement des survivantes, ainsi que la sécurité et la redevabilité au sein de la mission.
Entre-temps, toute allégation d’abus devrait être examinée par un mécanisme indépendant de la chaîne de commandement, doté de personnel formé pour interagir avec les survivantes de violences sexuelles selon une approche sensible aux traumatismes, adaptée aux enfants et respectueuse du contexte culturel. Ce mécanisme devrait être soumis à un contrôle indépendant. Les conclusions devraient être rendues publiques, traduites en créole haïtien et en français, et les victimes devraient être protégées et se voir garantir l’accès à la justice et à des réparations.
La FRG et les agences des Nations Unies devraient renforcer leurs capacités de suivi des allégations de violences sexuelles, notamment en déployant des observateurs des droits humains au-delà de Port-au-Prince, dans toutes les zones de déploiement des troupes en Haïti. Les observateurs devraient être accessibles et disponibles en tout temps, offrir un soutien centré sur les survivantes, et leur présence devrait être médiatisée. Toutes les mesures devraient être guidées par la protection et le respect des survivantes.
13.04.2026 à 04:30
Human Rights Watch
(Beyrouth) – Un homme de 32 ans qui a subi une disparition forcée à Bahreïn le 19 mars est décédé en détention plus d’une semaine plus tard, ont déclaré aujourd’hui Human Rights Watch et l’ONG Bahrain Institute for Rights and Democracy (BIRD) ; son corps présentait des traces de torture.
Après que la famille de Sayed Mohamed Almosawi eut perdu tout contact avec lui pendant plus d’une semaine, ses parents ont reçu un appel leur demandant de se rendre à l’hôpital militaire de Bahreïn. À leur arrivée, ils ont récupéré le corps sans vie de Almosawi, qui présentait des signes visibles de torture. Le ministère de l’Intérieur a par la suite déclaré que l’Agence nationale de renseignement (NIA) l’avait placé en détention.
« Des parents ne devraient jamais recevoir un appel leur demandant de venir récupérer le corps de leur fils après l’avoir cherché pendant neuf jours », a déclaré Niku Jafarnia, chercheuse sur le Yémen et Bahreïn à Human Rights Watch. « Le fait que Almosawi soit décédé lors de sa détention par les autorités, et de manière aussi brutale, rend cette affaire d’autant plus horrible. Les autorités bahreïniennes devraient garantir que ce type d’incident ne reproduira plus. »
Les autorités bahreïniennes devraient mener immédiatement une enquête impartiale sur la mort de Almosawi et rendre publics les résultats de cette enquête, ont déclaré les deux organisations.
Human Rights Watch et BIRD ont mené des entretiens avec huit personnes, dont des membres de la famille, des amis et des militants des droits humains ayant connaissance de l’affaire. Un expert médical de Physicians for Human Rights (PHR) a examiné des photos et des vidéos montrant les traces de torture sur le corps de Almosawi. Human Rights Watch et BIRD ont également examiné le rapport officiel sur la « cause du décès » fourni par les autorités.
L’expert médical de PHR a conclu que les blessures correspondaient à « des traumatismes contondants répétés infligés sur une longue période, avec une utilisation possible des deux mains et d’instruments, des blessures infligées dans un environnement contrôlé, impliquant potentiellement une contention, [et] des traumatismes contondants ciblés sur des régions anatomiques spécifiques (visage, torse, pieds) ». L’expert médical a déclaré que les preuves issues des photos étaient « tout à fait compatibles avec les allégations de torture », et a écarté les hypothèses d’une blessure accidentelle, ou d’un arrêt cardiaque.
Sayed Mohamed Almosawi, propriétaire d’une petite entreprise et ancien prisonnier politique, a été vu pour la dernière fois tôt dans la matinée du 19 mars dans un café de Tubli, où il s’était rendu pour le suhoor, le repas pris avant l’aube pendant le ramadan. Il s’y trouvait après s’être rendu à la mosquée Imam Mojtaba, dans le village de Sanabis, près de la capitale Manama, en compagnie de son cousin Sayed Ahmed Almosawi et d’un ami, Mustafa Youssef.
Un témoin les a vus quitter le café vers 3 h du matin le 19 mars, en direction de Sanabis, apparemment pour récupérer la voiture de Almosawi avant de retourner à Muharraq, où les trois hommes vivaient. Entre 3 h 10 et 3 h 30 du matin, Almosawi était en communication téléphonique avec un membre de sa famille alors qu’il se trouvait dans la voiture, mais l’appel a été brusquement interrompu. Il s’agit de la dernière communication connue avec l’un des trois hommes avant la mort de Almosawi.
Entre 8 h et 9 h environ, le compte WhatsApp de Almosawi a été brièvement activé. Ses messages ont été marqués comme lus, ce qui laisse supposer que les autorités avaient accès à son téléphone. Selon les membres de sa famille, il se trouvait près du commissariat de police du quartier sud de Madinat Hamad (« Ville de Hamad » - Hamad Town), au rond-point 17. Sa famille a appelé le commissariat, mais les autorités ont nié qu’il s’y trouvait.
Les familles de son cousin et de son ami ont alors contacté le ministère de l’Intérieur, mais on leur a répondu qu’aucun des trois hommes n’était détenu. L’une des familles a déclaré n’avoir pu officiellement signaler les disparitions que le 25 mars en raison des vacances de l’Aïd, après quoi la police les a appelés à plusieurs reprises pour leur demander si les hommes étaient rentrés chez eux ou si les familles avaient eu de leurs nouvelles.
Le matin du 27 mars, la famille de Almosawi a reçu un appel de l’hôpital militaire de Bahreïn, lui demandant de se rendre à l’hôpital sans préciser la raison. Ce n’est qu’à leur arrivée que les proches ont appris que Almosawi était décédé.
Les autorités ont déclaré qu’il avait été amené à l’hôpital suite à une crise cardiaque et qu’elles avaient tenté en vain de le réanimer. Naji Fateel, un militant des droits humains qui a vu le corps avant l’enterrement, a déclaré à Human Rights Watch que le corps était « couvert de contusions » et présentait des « blessures profondes ». Une autre personne ayant vu le corps a indiqué qu’une grande partie de celui-ci était décolorée, voire complètement noire à certains endroits. Le certificat de décès indique qu’il est décédé à 2 h 29 du matin, mais une personne ayant aidé aux procédures d’inhumation et ayant vu le corps à 13 h 30 ce jour-là a déclaré à BIRD que le décès ne semblais pas être aussi récent, et que Almosawi « était mort depuis 24 heures, voire plus ». Il a ajouté qu’« il n’y a aucune preuve ni aucune marque sur le corps de Sayed Mohamed [Almosawi] suggérant qu’il ait reçu une réanimation cardio-pulmonaire, ce qui pourrait indiquer qu’il était déjà mort à son arrivée ».
Le communiqué du ministère de l’Intérieur publié à 21 h cette nuit-là indiquait que « le défunt avait été placé en détention par l’Agence nationale de renseignement [NIA] pour espionnage ». En supposant que la NIA l’ait placé en détention le 19 mars et que les autorités aient refusé de fournir des informations sur le lieu où il se trouvait à sa famille, cela constituerait un crime de disparition forcée.
Sa famille a nié les accusations d’espionnage, affirmant que Almosawi n’avait participé à aucune activité politique depuis sa sortie de prison en avril 2024.
Le communiqué du ministère de l’Intérieur indiquait que « les images circulant sur les réseaux sociaux et censées montrer les blessures subies par le défunt sont inexactes et trompeuses, et ont été délibérément diffusées pour induire l’opinion publique en erreur ».
Le 30 mars, Sayed Ahmed Almosawi et Mustafa Youssef ont pu appeler leurs familles pour la première fois, mais n’ont pas révélé où ils étaient détenus, ni quelles accusations pesaient contre eux. Ils n’ont pas été autorisés à recevoir la visite de leurs familles ou de leurs avocats, a déclaré un membre de la famille à BIRD.
Depuis le début de la guerre opposant les États-Unis et Israël à l’Iran, Human Rights Watch et BIRD ont documenté la répression accrue de la liberté d’expression par les autorités bahreïniennes, notamment par la détention de dizaines de personnes pour avoir participé à des manifestations pacifiques, pour avoir protesté contre les attaques américaines et israéliennes en Iran, ou pour avoir publié des images de ces attaques sur les réseaux sociaux. Au 10 avril, BIRD avait recensé la détention d’au moins 286 personnes depuis le début de la guerre.
« Les autorités bahreïniennes devraient rendre des comptes pour la mort de Sayed Mohamed Almosawi, ainsi que pour les nombreuses autres violations du droit international qu’elles continuent de commettre à l’encontre de détenus », a déclaré Sayed Ahmed al-Wadaei, directeur du plaidoyer du Bahrain Institute for Rights and Democracy (BIRD). « Le gouvernement bahreïnien et les organes des Nations unies chargés des droits humains devraient garantir une enquête impartiale et indépendante sur la mort de Sayed Mohamed, afin de rendre justice à sa famille et de demander des comptes aux responsables. »
13.04.2026 à 04:00
Human Rights Watch
(Nairobi) – L’armée et les forces d’opposition au Soudan du Sud bloquent l’accès humanitaire et ordonnent de manière injustifiée aux civils d’évacuer les zones peuplées, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Depuis fin 2025, l’armée a émis de nombreux ordres d’évacuation, dont au moins trois de grande ampleur, et les forces d’opposition ont émis au moins trois tels ordre ; des centaines de milliers de civils ont été obligés de fuir leurs foyers.
« Les pressions répétées exercées sur les civils par les autorités sud-soudanaises ainsi que par les forces d’opposition, afin qu’ils évacuent des zones peuplées, mettent des centaines de milliers de personnes en danger », a déclaré Nyagoah Tut Pur, chercheuse sur le Soudan du Sud à Human Rights Watch. « Les parties belligérantes ne devraient pas forcer les gens à fuir vers d’autres situations de danger et de misère, et ont l’obligation de protéger les civils, qu’ils évacuent ou non les zones d’opérations militaires. »
Depuis décembre 2025, les affrontements entre l’armée sud-soudanaise, appelée Forces de défense populaires du Soudan du Sud (South Sudan People’s Defense Forces, SSPDF) et l’Armée populaire de libération du Soudan en opposition (Sudan People’s Liberation Army in Opposition, SPLA/IO), ainsi que leurs alliés respectifs, se sont intensifiés dans l’État de Jonglei, dans le nord-est du pays. Au moins 280 000 personnes ont été déplacées, beaucoup fuyant les bombardements du gouvernement, craignant les exactions des forces gouvernementales et de l’opposition, ou obéissant à des ordres d’évacuation.
D’après des entretiens avec des acteurs humanitaires, des experts des droits humains des Nations Unies et des reportages des médias, Human Rights Watch a conclu que dans les jours et les semaines qui ont suivi les ordres d’évacuation, le gouvernement a mené des bombardements aériens indiscriminés contre des zones visées par ces ordres. Les forces des deux camps auraient commis des exactions, notamment des meurtres de civils, des viols, ainsi que des pillages et des incendies de biens civils, a déclaré Human Rights Watch. Les attaques délibérées et ciblées contre des civils et des biens civils, les homicides illégaux et les violences sexuelles peuvent constituer des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.
Le 29 décembre 2025, les forces gouvernementales ont bombardé la ville de Lankien, dans le comté de Nyirol, dans l’État de Jonglei, une zone contrôlée par l’opposition, touchant la piste d’atterrissage ; l’attaque a aussi touché le marché voisin, tuant 11 civils et en blessant 12, dont des enfants et des personnes âgées, selon l’organisation Médecins Sans Frontières (MSF).
Le 25 janvier 2026, l’armée a ordonné aux civils, aux travailleurs humanitaires et au personnel de l’ONU d’évacuer les zones contrôlées par l’opposition à Nyirol, Uror et Akobo. Cette mesure faisait suite à un ordre plus restreint émis le 30 décembre, enjoignant aux habitants de « quitter les environs des casernes militaires et des points de rassemblement ».
Le 6 mars, l’armée a ordonné aux civils, au personnel de l’ONU et aux organisations humanitaires d’évacuer le comté d’Akobo. Une grande partie des 270 000 personnes présentes dans la région avait déjà été déplacée. Suite à cet ordre, la plupart de la population a fui, dont 110 000 personnes vers l’Éthiopie voisine. Plusieurs groupes humanitaires ont été contraints d’évacuer.
Le 15 mars, le commissaire du comté de Nasir, dans l’État du Haut-Nil, a ordonné dans un communiqué aux civils et aux travailleurs humanitaires de la ville de Mandeng et des villages environnants, « sous le contrôle de l’opposition », de se déplacer dans les 72 heures, affirmant que la zone serait la prochaine cible de la contre-offensive du gouvernement. Le commissaire a déclaré qu’il s’agissait d’une suite à un ordre similaire datant du 1er mars.
Le 27 décembre 2025, le SPLA/IO a ordonné aux civils du nord de l’État de Jonglei de fuir vers des villes sous contrôle de l’opposition, notamment Pieri, Motot et Palony. Le SPLA/IO a également demandé aux civils de rester à l’intérieur pendant les bombardements et d’éviter de porter des vêtements associés à l’armée.
Le 8 janvier 2026, les civils du comté d’Ayod ont fui après que des groupes armés auraient émis un ordre d’évacuation de 72 heures. Le 12 janvier, les forces d’opposition ont ordonné aux travailleurs humanitaires et aux civils de Bor, Ayod, Gaatdiang, Poktap et des zones environnantes de partir immédiatement. Le 16 janvier, elles ont ordonné aux civils et aux travailleurs humanitaires se trouvant dans des « zones désignées », notamment Bor, Duk et Poktap, de quitter les zones proches des bases militaires dans un délai de 72 heures.
En vertu du droit international humanitaire, également appelé droit de la guerre, les parties à un conflit armé non international ne peuvent ordonner le déplacement de civils pour des raisons liées au conflit, sauf si la sécurité des civils concernés ou des raisons militaires impératives l’exigent. Le déplacement forcé de la population civile constitue un crime de guerre.
Pour qu’un ordre d’évacuation soit légal, le déplacement doit être nécessaire, ne pas être motivé par des considérations de commodité ou d’avantage militaire, être temporaire, et les civils doivent pouvoir retourner chez eux une fois les hostilités terminées. Ceux qui ordonnent une évacuation doivent s’assurer que des mesures de protection sont en place et que le déplacement s’effectue de manière à permettre le retour de la population une fois la menace écartée, tout en respectant la protection des droits humains des civils.
Les ordres d’évacuation diffèrent des avertissements préalables au sens du droit international humanitaire, ces derniers constituant l’obligation de donner un avertissement préalable et efficace concernant des attaques ciblées imminentes susceptibles d’affecter une population civile, à moins que la situation ne le permette pas. En revanche, les ordres d’évacuation ne sont pas nécessairement liés à une seule action spécifique.
Les civils qui restent sur place après un ordre d’évacuation ou un avertissement d’actions militaires imminentes ne perdent pas leur statut de civil ni les protections du droit international humanitaire, et ne peuvent faire l’objet d’attaques ciblées ou aveugles, ni subir de représailles pour ne pas être partis.
Des ordres d’évacuation ont également été émis alors que les deux parties et leurs alliés attaquaient les infrastructures humanitaires et imposaient de sérieux obstacles à l’accès humanitaire, aggravant ainsi les souffrances des civils.
Le 3 février, des bombardements gouvernementaux ont touché un hôpital de MSF à Lankien, dans le comté de Nyirol, blessant un membre du personnel et détruisant l’entrepôt et les fournitures médicales de l’hôpital. MSF a déclaré avoir communiqué les coordonnées de l’hôpital aux parties belligérantes. Le même jour, des combattants armés ont pillé un centre de santé de MSF à Pieri, dans le comté d’Uror. Le Fonds des Nations Unies pour l’enfance a signalé la suspension d’au moins 28 centres de santé et de nutrition ainsi que 17 incidents de pillage de fournitures humanitaires entre janvier et mars.
Le gouvernement, en particulier, a imposé des restrictions sévères à l’accès des organisations humanitaires aux zones contrôlées par l’opposition. Au cours des deux premiers mois de l’année, le gouvernement a imposé une zone d’exclusion aérienne dans les zones tenues par l’opposition, notamment à Lankien, Pieri et Akobo, empêchant ainsi l’acheminement de fournitures essentielles et l’évacuation vitale de patients gravement malades, ont rapporté l’ONU et MSF.
Les autorités gouvernementales et celles de l’opposition ont également pris des mesures administratives contradictoires et coercitives qui restreignent de fait la manière et les lieux où l’aide peut être acheminée, a déclaré Human Rights Watch.
Dans une lettre adressée le 23 mars aux agences humanitaires, le commissaire du comté d’Ulang, dans l’État du Haut-Nil, proche de l’opposition, a averti que les agences humanitaires accédant au centre-ville contrôlé par le gouvernement seraient considérées comme proches du gouvernement et que leur autorisation de se déplacer dans le comté serait suspendue. Le lendemain, le commissaire du comté d’Ulang, allié au gouvernement, a ordonné aux organisations humanitaires de se réinstaller dans la ville d’Ulang avant le 31 mars. Le 8 avril, ce même commissaire a adressé une autre lettre à cinq organisations internationales leur donnant 72 heures pour se réinstaller dans la ville d’Ulang, sous peine d’être considérées comme hostiles au gouvernement et de faire l’objet de « sanctions juridiques et sécuritaires ».
Les civils contraints de fuir sont confrontés à des conditions humanitaires désastreuses. À Nyatim, dans le comté de Nyirol, par exemple, environ 3 000 personnes déplacées qui ont fui les violences à Lankien et Pieri se sont réfugiées dans des zones marécageuses sans nourriture ni soins médicaux, le gouvernement continuant de bloquer l’accès à l’aide, a déclaré MSF. L’organisation a également indiqué qu’au moins 58 personnes étaient décédées au cours d’une période de quatre semaines. Plusieurs zones touchées par le conflit sont considérées comme menacées par la famine.
Toutes les parties au conflit sont tenues d’autoriser et de faciliter l’aide humanitaire.
« Les autorités du Soudan du Sud semblent instrumentaliser l’accès à l’aide pour servir leurs propres intérêts, laissant des centaines de milliers de civils dans une situation de grande détresse », a conclu Nyagoah Tut Pur. « Les acteurs internationaux et régionaux devraient veiller à ce que les responsables de cette crise humanitaire massive d’origine humaine, marquée par des attaques incessantes contre les civils et des restrictions à l’aide humanitaire, rendent des comptes. »
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10.04.2026 à 06:00
Human Rights Watch
(Beyrouth) – L’armée israélienne a mené plus de 100 frappes à travers le Liban le 8 avril, y compris contre des quartiers densément peuplés de Beyrouth ; ces frappes ont tué plus de 300 personnes et endommagé le dernier pont principal reliant le sud du Liban au reste du pays, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Les frappes israéliennes, qui ont rendu inutilisables les ponts enjambant le Litani, menacent de priver des dizaines de milliers de personnes dans le sud du Liban de l’accès à l’aide humanitaire, à la nourriture et aux soins de santé.
« Au cours des deux dernières années, les violations déplorables et les crimes de guerre commis par l’armée israélienne au Liban et à Gaza ont causé des ravages parmi la population civile, tandis que l’afflux continu d’armes vers Israël et le silence des autres pays n’ont fait qu’encourager les atrocités commises par son armée », a déclaré Ramzi Kaiss, chercheur sur le Liban à Human Rights Watch. « Isoler le sud du Liban du reste du pays entraînerait une catastrophe humanitaire, et causerait de graves torts aux dizaines de milliers de personnes qui y résident encore. »
Le 31 mars, des chercheurs de Human Rights Watch se sont rendus dans la ville de Tyr, dans le sud du Liban, et ont mené des entretiens avec huit personnes, dont quatre responsables municipaux ; des membres de la Défense civile libanaise et du Comité islamique de santé, une organisation de défense civile et d’ambulances affiliée au Hezbollah ; ainsi qu’un responsable de l’hôpital Jabal Amel, l’un des principaux hôpitaux de Tyr.
« S’ils frappent le pont, où irons-nous ? Il n’y a nulle part où aller », a déclaré Hassan Hamieh, un habitant déplacé qui avait fui vers Tyr depuis la ville de Beit Leif, dans le sud.
Le 8 avril, l’armée israélienne a déclaré avoir lancé plus de 100 frappes « en l’espace de dix minutes et simultanément dans plusieurs zones [au Liban] », y compris dans des zones densément peuplées de Beyrouth ; ces frappes ont tué au moins 303 personnes et blessé plus de 1 150 personnes, selon le ministère libanais de la Santé. Ce fut la journée la plus meurtrière au Liban depuis l’escalade des hostilités entre Israël et le Hezbollah, le 2 mars.
Plus tard dans la journée, les Forces armées libanaises ont déclaré qu’elles avaient évacué le pont de Qasmieh près de Tyr ; il s’agit du dernier point de passage principal vers la zone située au sud du fleuve Litani.
Des photos et des vidéos prises par des journalistes sur place et vérifiées par Human Rights Watch montrent que les frappes israéliennes ont détruit une passerelle piétonne près du pont, dont un large segment s’est effondré sur la partie principale du pont, le rendant temporairement inopérationnel. Le 9 avril, l’armée israélienne a déclaré avoir « frappé deux points de passage clés » sur le fleuve Litani, accusant le Hezbollah d’utiliser ces points de passage pour déplacer des combattants et transférer des armes vers le sud.
Les attaques israéliennes ont tué plus de 1 888 personnes au Liban depuis le 2 mars, selon le ministère libanais de la Santé. Parmi les victimes figuraient plus de 130 enfants, 102 femmes et 57 professionnels de santé, au 7 avril. Les attaques du Hezbollah ont tué au moins deux personnes en Israël, a rapporté Reuters.
Entre le 12 mars et le 8 avril, les forces israéliennes ont systématiquement détruit ou gravement endommagé tous les principaux ponts reliant les zones situées au sud du fleuve Litani au reste du pays, faisant du pont de Qasmieh le seul point de passage majeur encore opérationnel. Ces attaques comprennent des frappes sur neuf ponts enjambant le fleuve Litani et son affluent, dont certains ont été touchés à plusieurs reprises, ainsi que sur la route principale menant au pont d’Al-Khardali.
Human Rights Watch a analysé des vidéos publiées en ligne montrant le moment où trois des ponts ont été frappés, ainsi que des photographies et des vidéos des conséquences des frappes sur les neuf ponts et la route menant au pont d’Al-Khardali. Plusieurs vidéos ont été géolocalisées par le journaliste de Sky News Ben van der Merwe, et corroborées par les chercheurs de Human Rights Watch.
Principaux ponts du fleuve Litani au Liban, frappés par l'armée israélienne (12 mars – 8 avril 2026) Click to expand Image Carte montrant 9 frappes israéliennes menées entre le 12 mars et le 8 avril 2026 contre des ponts du fleuve Litani, reliant le sud du Liban au nord du pays. Points rouges : 8 ponts rendus inopérationnels. Point vert : Un pont (pont de Qasmieh) qui demeurait encore en partie opérationnel au 9 avril. © 2026 Human Rights Watch (infographie)Ces frappes ont considérablement limité la capacité des civils à se déplacer en toute sécurité, ainsi que celle des institutions publiques, des organisations humanitaires, des hôpitaux et des établissements de santé à acheminer l’aide et à fournir des soins médicaux. Malgré certains dégâts subis par le pont de Qasmieh et la destruction de la passerelle qui le longe, ce pont reste praticable et constitue la seule voie de communication vitale pour les dizaines de milliers de résidents qui se trouvent encore au sud du fleuve Litani.
Les autres pays devraient faire pression sur Israël pour que ce pays ne coupe pas les habitants du sud du Liban de la partie nord. Les autorités israéliennes devraient garantir que ces habitants aient un accès durable et planifiable à l’aide humanitaire et ne se voient pas refuser l’accès à des biens essentiels à leur survie, tels que l’eau, la nourriture et les médicaments. Les autorités israéliennes devraient en outre garantir un passage en toute sécurité à ceux qui choisissent de partir.
Les alliés d’Israël, notamment les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne et d’autres États de l’Union européenne, devraient suspendre toutes les ventes d’armes, les transferts d’armes et l’apport d’aide militaire à Israël, et imposer des sanctions ciblées aux responsables impliqués de manière crédible dans les crimes graves en cours. L’Union européenne devrait aussi suspendre immédiatement le volet commercial de l’Accord d’association UE-Israël, tant que dureront les crimes atroces d’Israël, a déclaré Human Rights Watch.
L’armée israélienne a déclaré que les frappes sur les ponts visaient à « empêcher le déplacement de renforts et de moyens de combat » vers le sud du Liban, accusant le Hezbollah d’utiliser les ponts à des fins militaires.
Même si les passages sur les ponts deviennent des cibles militaires – c'est-à-dire s'ils contribuent efficacement à l'action militaire –, les attaques contre ceux-ci restent soumises aux règles de proportionnalité. Les attaques disproportionnées comprennent celles dont on peut s'attendre à ce qu'elles causent des dommages excessifs aux civils et aux biens de caractère civil par rapport à l'avantage militaire concret et direct escompté de l'attaque. Ces attaques sont interdites par le droit de la guerre.
Le 23 mars, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) avait déjà déclaré que la destruction de ponts stratégiques avait « considérablement [perturbé] la circulation et l’accès humanitaire », les frappes ayant « coupé la liaison » entre Tyr et Nabatieh, et « [restreint] la circulation entre le sud du Liban et la Bekaa occidentale, y compris Marjayoun et Hasbaya ».
« La destruction de ponts stratégiques a coupé des quartiers, isolant plus de 150 000 personnes et limitant considérablement l’accès humanitaire », a affirmé l’OCHA, ajoutant que les dégâts causés aux principales voies de transport « entravent également la livraison de fournitures essentielles et limitent la capacité des civils à se déplacer en toute sécurité ».
Mortada Mohanna, directeur du département chargé de la réduction des risques de catastrophe et de la gestion des unités au sein de l’Union des municipalités de Tyr, qui regroupe au moins 55 municipalités, a déclaré qu’environ 71 000 personnes se trouvaient encore à Tyr et dans les villes et villages environnants au 8 avril.
« Ceux qui sont restés dans le sud du Liban sont désormais confrontés à un isolement accru et à des obstacles croissants pour accéder à l’aide humanitaire, car les frappes aériennes israéliennes ont détruit les ponts reliant le sud au reste du pays », a déclaré Thameen al-Kheetan, porte-parole du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, le 17 mars.
Les autorités locales de Tyr ont déclaré à Human Rights Watch que les réserves alimentaires ne dureraient qu’une semaine, si le dernier pont restant était attaqué et rendu inutilisable. « Rien ne peut entrer par voie maritime ou aérienne », a expliqué Alwan Charafeddine, adjoint au maire de Tyr. « Ce pont est notre bouée de sauvetage. Nos réserves alimentaires sont presque épuisées, car tout ce que nous recevons, nous le distribuons. »
Alwan Charafeddine a ajouté que « les cinq grands supermarchés de la ville et des environs sont tous fermés », seules cinq boulangeries étant encore en activité dans la ville ; les pharmacies de Tyr ont également cessé leur activités, les médicaments étant désormais fournis par les autorités locales et les organisations non gouvernementales.
L'OCHA a indiqué que « les marchés au sud du fleuve Litani semblent avoir largement cessé leurs activités, de nombreux magasins surveillés étant fermés ou évacués, et les livraisons de marchandises considérablement réduites ».
L'accès aux soins médicaux, aux médicaments et aux fournitures médicales a également été fortement entravé en raison du bombardement des ponts, ont déclaré un professionnel de santé et un responsable hospitalier à Tyr.
Un responsable de l’hôpital Jabal Amel de Tyr a déclaré que tous les médecins et le personnel encore en poste à l’hôpital y vivent désormais, car les déplacements vers et depuis l’hôpital sont devenus risqués. L’organisation Médecins Sans Frontières (MSF) et le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) ont rapporté que le personnel hospitalier des villes de Nabatieh et Marjayoun, dans le sud du Liban, fait de même.
Les patients sous dialyse ont également dû être transférés à l’hôpital Jabal Amel, a déclaré ce responsable, car ils ne peuvent pas se déplacer facilement et risquent sinon d’être complètement coupés de l’hôpital. Il a ajouté que certains médecins ont même dû réaliser des interventions chirurgicales – qui nécessitent habituellement des instruments médicaux comme des forets orthopédiques utilisés en chirurgie cérébrale – en employant des perceuses manuelles, car le personnel n’est pas en mesure de remplacer ces instruments ou de les faire réparer si besoin.
« Pour nous procurer des fournitures médicales, nous devons prendre une voiture de l’hôpital, nous rendre à Sidon [à plus de 30 kilomètres au nord], récupérer les fournitures et revenir », a déclaré le responsable de l’hôpital Jabal Amel. « Mais c’est risqué, car nous devons parfois partir tard dans la nuit […] si le [dernier] pont est touché, nous serions complètement isolés. » Au moins six hôpitaux au Liban ont dû fermer leurs portes depuis le 2 mars, a indiqué l’Organisation mondiale de la santé (OMS), dont trois au sud du fleuve Litani.
Depuis le 4 mars, l’armée israélienne a émis à plusieurs reprises des ordres de déplacement visant l’ensemble de la population du Liban au sud du fleuve Litani, qui comprend le district de Tyr. Depuis le 12 mars, elle a étendu les zones concernées, ordonnant aux habitants de se déplacer vers les zones au nord du fleuve Zahrani, à 15 kilomètres au nord du fleuve Litani et à 40 kilomètres au nord de la frontière sud du Liban avec Israël.
En vertu du droit international humanitaire, toutes les parties au conflit sont tenues de permettre et de faciliter l’acheminement rapide et sans entrave de l’aide humanitaire aux civils dans le besoin. Elles doivent respecter et protéger les travailleurs humanitaires, les entrepôts et les autres biens utilisés pour les opérations de secours.
Les civils qui n’évacuent pas des zones à la suite d’avertissements restent pleinement protégés par le droit international humanitaire. Le déplacement forcé est interdit par les lois de la guerre, sauf dans les cas où la protection des civils concernés est en jeu ou pour des raisons militaires impératives. Toute personne qui commet des violations graves du droit de la guerre avec une intention criminelle – c'est-à-dire intentionnellement ou par imprudence – peut être poursuivie pour crimes de guerre. Des individus peuvent également être tenus pénalement responsables pour avoir aidé, facilité, assisté ou encouragé un crime de guerre.
Les forces israéliennes ont commis de nombreuses violations du droit de la guerre au Liban en toute impunité depuis octobre 2023, notamment des attaques apparemment délibérées ou indiscriminées contre des journalistes, des civils, des secouristes, des institutions financières, des installations liées à la reconstruction, et une mission de maintien de la paix de l’ONU.
Human Rights Watch a également constaté qu’Israël a bafoué les ordonnances de la Cour internationale de justice exigeant qu’Israël permette la fourniture de services de base et d’aide humanitaire aux Palestiniens de Gaza. La Cour pénale internationale (CPI) a émis en 2024 des mandats d’arrêt à l’encontre du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou et de son ancien ministre de la Défense, Yoav Gallant, pour des chefs d’accusation incluant la privation de nourriture infligée à des civils en tant que méthode de guerre. Ils étaient d’accusés d’avoir « délibérément, systématiquement et continuellement privé la population civile de l’ensemble du territoire de Gaza de moyens de subsistance indispensables à sa survie », ainsi que d’avoir facilité « l’obstruction de la distribution d’aide par les organismes humanitaires et des attaques visant le personnel humanitaire, faisant des morts parmi eux ».
Les autorités judiciaires libanaises devraient ouvrir des enquêtes nationales sur ces crimes internationaux graves ; le gouvernement devrait aussi adhérer au Statut de Rome de la CPI et soumettre une déclaration acceptant la compétence de la Cour avant la date d’adhésion, y compris depuis au moins le 7 octobre 2023.
« Pour éviter une catastrophe humanitaire, la communauté internationale devrait agir immédiatement pour exiger que les civils à travers le Liban soient protégés, et que le dernier pont reliant la zone au sud du fleuve Litani au reste du pays demeure opérationnel », a conclu Ramzi Kaiss. « Les civils paient le prix du silence de la communauté internationale, et de son refus de demander des comptes aux responsables israéliens. »
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