
09.03.2026 à 07:00
Au Poste
Chaque lundi matin, Au Poste tente de mettre un peu de trouble dans l’ordre médiatique dominant.
«France Déter» accueille des invité·e·s, tient des revues de presse particulières, donne le temps des nuages et des luttes, explore le passé, étrille le présent. C’est en direct, c’est fait maison. Préparez le café!
La rencontre avec Azadi, Mahan Taraj et Patrick Proisy
Azadi, réfugié kurde et auteur des Damnés des Montagnes, replace la situation du peuple kurde dans son histoire longue : 40 millions de personnes réparties entre quatre États depuis les accords Sykes-Picot de 1916, qu'il nomme «colonie internationale». Sur la guerre actuelle, il dénonce une campagne de désinformation massive — «il y a eu des milliers de Kurdes qui traverseraient la frontière entre l'Irak et l'Iran pour envahir l'Iran, ce qui était totalement faux» — qui a fourni un prétexte à l'Iran pour bombarder les camps kurdes, pendant qu'Israël et les États-Unis frappaient le Kurdistan iranien. Sa conclusion est nette : «Personne n'est libéré sous les bombes d'un pays étranger, encore moins sous les bombes israéliennes et américaines.»
Mahan Taraj, juriste et fondatrice du podcast L'Iran Décrypté, rappelle que les Iraniens ne voulaient pas d'intervention militaire étrangère et décrit des cellules de résistance organisées à l'échelle nationale, ignorées des médias occidentaux. Sur Rezâ Pahlavi : «Il n'a jamais critiqué de manière claire les crimes de la dictature de son père.» Ce que réclame le peuple iranien, ce n'est pas la guerre, mais que les Occidentaux «reconnaissent le droit légitime du peuple iranien et de sa résistance à lutter contre cette théocratie.»
Patrick Proisy, maire LFI de Faches-Thumesnil, raconte l'irruption de militants cagoulés de Nouvelle Droite dans son meeting : peinture rouge, farine sur l'élu, silence médiatique. Il identifie un seuil franchi : «La cellule de base de la démocratie en France a toujours été la commune — là, ils se mettent à l'attaquer, c'est tout à fait nouveau.» En réponse, il annonce la création d'un réseau de villes antifascistes : «Si dans dix ans il y a le fascisme, on pourra se regarder dans un mur en disant qu'on aura essayé.»
06.03.2026 à 09:00
Au Poste
Chaque seconde, 150 tonnes de béton sont coulés dans le monde, ce qui en fait le matériau le plus utilisé par l’homme - sans écriture inclusive, car le béton est aussi affaire masculine. De l’extraction de granulats qui annihile les cours d’eau à la transformation, fortement émettrice de CO2, jusqu’au déchet, inerte et qui finit en décharge, l’industrie du béton est une catastrophe écologique.
Et pour quel usage ? Se cachant derrière la nécessité de « créer des logements » (qui pourrait s’y opposer ?), le béton participe surtout massivement à artificialiser des terres, stériliser des sols, grignoter des espaces agricoles et naturels, au nom d’une idéologie de la construction qui semble indépassable. Car derrière ce matériau qu’on finit par ne plus voir tant il est omniprésent, se cache un véritable système, industriel et masculin, authentique incarnation du capitalisme, au cœur du pouvoir d’État.
Comment, alors, désarmer le béton ? On en parle avec Léa Hobson. Architecte, scénographe, elle est aussi militante écologiste et membre des Soulèvements de la Terre, et l’autrice de Désarmer le béton. Ré-habiter la terre (2025).
03.03.2026 à 09:00
Au Poste
La Horde, est un collectif antifasciste qui propose des outils aux militants: un site, du matériel visuel, deux livres chez Libertalia et deux jeux pédagogiques. Sur la violence, la position est claire: c'est l'extrême droite qui impose le rapport violent, et les antifas n'ont d'autre choix que d'y répondre — impossible de «s'en remettre à l'État et donc à la police», gangrenée par l'extrême droite. Concernant les images lyonnaises: «le fait d'être heurté, d'être choqué n'implique pas une condamnation morale et définitive des antifascistes qui se sont défendus ce jour-là.»
Le vrai scandale reste le deux poids deux mesures: «la mort de Deranque a beaucoup occupé presse et classe politique, alors qu'il y a eu d'autres morts» — des dizaines, reléguées en faits divers. Sur la normalisation: «Qu'ils ont gagné, c'est la banalisation de leurs idées» — mais pas la bataille des esprits. L'autocritique est assumée: le mouvement s'est trop longtemps reposé sur un antifascisme d'évidence. «Le Siamo tutti antifascisti, c'est un très beau slogan, mais c'est un slogan pour se rassurer.»