22.06.2026 à 18:38
Boran Tobelem

"Take back control" ("reprendre le contrôle"), tel était le slogan des Brexiters, les partisans de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, lors de la campagne électorale pour le référendum britannique sur le Brexit en juin 2016. Une promesse de souveraineté retrouvée, de contrôle des frontières et de prospérité. D'un point de vue économique, la […]
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"Take back control" ("reprendre le contrôle"), tel était le slogan des Brexiters, les partisans de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, lors de la campagne électorale pour le référendum britannique sur le Brexit en juin 2016. Une promesse de souveraineté retrouvée, de contrôle des frontières et de prospérité.
D'un point de vue économique, la sortie de l'UE devait signifier la fin de la contribution britannique au budget européen. Et donc plus d'argent pour le Royaume-Uni et plus de liberté dans sa gestion. Qu'en est-il réellement aujourd'hui, alors que Keir Starmer, comme un clin d'oeil à l'histoire, a annoncé sa démission du poste de Premier ministre, lundi 22 juin ? Le Royaume-Uni a "usé" six Premiers ministres en 10 ans, depuis David Cameron.
Dès la victoire du “Leave” (quitter) le 23 juin 2016, les premières répercussions économiques du Brexit se manifestent. Les marchés financiers, anticipant les effets négatifs de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, réagissent immédiatement. La livre sterling chute de 7 % par rapport à l'euro. L’incertitude liée à l’issue des négociations sur la nouvelle relation qui se dessine entre Londres et Bruxelles provoque aussi une baisse significative de l’investissement outre-Manche.
Dans une note révélée par la presse en 2018, le Trésor britannique évaluait la perte de croissance du Royaume-Uni de 2 à 8 % dans les quinze années suivant la sortie de l'UE. L'année suivante, une étude menée par six économistes des universités de Stanford, de Nottingham, de la London School of Economics et de la Banque d'Angleterre pour le compte du National Bureau of Economic Research (NBER) estimait le recul des investissements causé par l'anticipation du Brexit à 11 %.
Depuis, de nouvelles études sont venues confirmer l'existence d'un réel manque à gagner pour le Royaume-Uni. En novembre 2025, une nouvelle analyse du NBER estimait que le PIB britannique aurait été, en 2025, inférieur de 6 à 8 % à ce qu'il aurait été dans une trajectoire sans Brexit. Les auteurs évaluent également la baisse de l'investissement entre 12 et 18 % et une diminution de 3 à 4 % de l'emploi et de la productivité. Une autre analyse de Bloomberg Economics parue en juin 2026 dresse un constat un peu moins alarmiste. Selon celle-ci, le Brexit aurait coûté à l'économie britannique entre 2 et 4 % du PIB.
Malgré des conclusions chiffrées différentes, ces travaux concluent tous à un effet négatif du Brexit sur l'économie, le PIB, les investissements et la productivité britanniques.
La sortie du Royaume-Uni s'est déroulée en deux temps, avec le retrait de l'UE le 31 janvier 2020, puis du marché unique et de l'union douanière le 31 décembre de la même année. Selon les termes de l'accord de commerce et de coopération, signé par Londres et Bruxelles, les deux parties continuent leurs échanges de biens sans droits de douane ni quotas dans certaines conditions. Mais de nombreuses formalités administratives et contrôles douaniers, inexistants auparavant, font leur apparition. Ce qui complique significativement le commerce.
Dans les années qui suivent la sortie du marché unique, des difficultés d'approvisionnement en fruits et légumes frais, importés depuis le continent, sont constatées dans les supermarchés britanniques. En cause, les difficultés d'acheminement dues aux nouveaux obstacles commerciaux liés au Brexit, mais aussi les conséquences de la pandémie de Covid-19 créant des tensions logistiques sur l'ensemble de la planète. La fin de la libre circulation avec les autres pays européens a également contribué aux tensions de recrutement dans plusieurs métiers comme le transport routier (provoquant des problèmes de distribution d'essence), l'agriculture et la santé, même si elle n'en est pas l'unique cause.
Rapidement, la pandémie de Covid-19, puis la guerre en Ukraine provoquent un choc économique qui affecte lourdement les économies européennes, dans et hors de l'UE, avec une forte inflation et un ralentissement de la croissance. Dès lors, difficile pour le Royaume-Uni de séparer l'impact de ces phénomènes mondiaux de celui du Brexit. À partir de la mi-2023, le pays enchaîne deux trimestres consécutifs de croissance négative, ce qui le fait entrer en récession technique. Les hausses de taux d'intérêt, les choix budgétaires britanniques et les tensions commerciales mondiales compliquent également l'identification d'un effet propre au Brexit.
Sur l'ensemble de l'année 2023, la croissance n'aura atteint que 0,3 %. Un chiffre plus faible que dans l'Union européenne et la zone euro, à 0,5 % de croissance en 2023. Au niveau national, les "grands" pays d'Europe de l'Ouest font alors tous mieux que le Royaume-Uni : 0,9 % en France et en Italie, 2,5 % en Espagne… à l'exception notable de l'Allemagne, qui fait pire, avec -0,2 % de PIB.
En 2024, l'économie britannique a progressé de 1 %, puis de 1,4 % en 2025. Celle-ci était respectivement de 1,1 % et 1,5 % sur les mêmes périodes dans l'UE.
Les échanges avec l'Union européenne restent au cœur du bilan économique britannique, malgré le Brexit. En 2025, l'UE représentait 41 % des exportations britanniques de biens et de services et 50 % de ses importations, selon une note de la Chambre des communes britannique. Mais en volume, les exportations de biens vers l'UE restaient inférieures de 14 % par rapport à leur niveau de 2019. Les exportations de services ont connu une évolution plus favorable : leurs exportations vers l'UE dépassaient de 28 % leur niveau de 2019.
Autre enseignement : le Brexit aurait nui davantage aux plus petites entreprises. D'après une synthèse rédigée par le Global Trade Policy Observatory, le nombre d'entreprises exportant vers l'UE a reculé entre 2019 et 2024 de 31 % parmi les micro-entreprises, de 22 % parmi les petites entreprises et de 14 % parmi les moyennes, tandis qu'il est resté presque stable pour les plus grandes. Le même document estime que ces nouvelles barrières non tarifaires crées par le Brexit ont conduit à une augmentation de 6 % des prix de l'alimentation entre 2020 et 2021, soit près de 210 livres par foyer, avec un poids proportionnellement plus élevé pour les ménages les plus modestes.
Pour atténuer ces retombées du Brexit, Londres et Bruxelles ont convenu, lors du sommet du 19 mai 2025, de négocier un espace sanitaire et phytosanitaire commun afin de réduire la majorité des certificats et contrôles sur les produits agroalimentaires. Ces négociations sont toujours en cours au 22 juin 2026, à un mois un mois du prochain sommet UE-Royaume-Uni.
Si la fluidité des échanges et la confiance des investisseurs ont donc bien pâti du Brexit, certains chercheurs invitent cependant à la prudence. En d'autres termes, il serait assez juste de considérer que si l'accord conclu avec l'UE n'a pas tenu les promesses d'une transformation économique majeure au Royaume-Uni, il n'a pas non plus provoqué une véritable catastrophe économique comme certains le prédisaient.
Selon les données de l'OCDE, le PIB réel cumulé a progressé de 12,2 % au Royaume-Uni entre 2016 et 2025, contre 13 % en France et 6 % en Allemagne. Cette comparaison descriptive ne permet toutefois pas de savoir ce qu'aurait été la trajectoire du Royaume-Uni s'il était resté dans l'UE. Pour 2026, l'Office for Budget Responsibility prévoit une croissance de 1,1 %, positive, mais modeste et soumise à une forte incertitude.
Sorti de l'Union européenne, le Royaume-Uni est désormais libre de mener une politique commerciale autonome et de nouer des accords avec d'autres États du globe. Le 8 mai 2025, le Royaume-Uni et les États-Unis de Donald Trump ont annoncé un accord économique présenté comme "historique". Certaines de ses dispositions sont depuis entrées en vigueur : les véhicules britanniques bénéficient d'une taxe réduite à 10 % au lieu de 27,5 %, dans la limite d'un quota annuel de 100 000 voitures ; un accès réciproque a été ouvert pour le bœuf ; le droit britannique sur l'éthanol américain a été ramené à zéro ; et les produits pharmaceutiques britanniques bénéficient d'un droit nul aux États-Unis depuis avril 2026.
Mais la portée économique de ce compromis reste incertaine. Les exportations britanniques de biens vers les États-Unis, hors métaux précieux, ont chuté de 24,7 % en avril 2025 après l'introduction des droits de douane et sont restées relativement faibles depuis. Une grande partie des produits britanniques demeure par ailleurs soumise aux droits américains de base.
Le Global Trade Policy Observatory recense quatre autres accords commerciaux conclus depuis le Brexit : avec l'Australie, la Nouvelle-Zélande, le partenariat transpacifique et l'Inde. Les gains estimés pour Londres s'élèvent à 0,32 % du PIB. Le gouvernement britannique a également conclu un accord avec les pays du Golfe en mai 2026, qui n'est pas pris en compte dans ce calcul. Enfin, d'autres textes signés par Londres seraient simplement des accords reprenant des arrangements négociés lorsqu'il était membre de l'UE. Selon l'étude, ces gains estimés ne compensent donc pas, à eux seuls, les frictions apparues avec le marché européen à cause du Brexit.
Si l'impact réel du Brexit sur l'économie britannique est difficile à évaluer, les Britanniques sont quant à eux majoritairement critiques à l'égard de la décision de quitter l'UE. Le 23 juin 2016, ils étaient déjà 48,11 % à vouloir rester dans l'Union. Ils étaient même majoritaires en Irlande du Nord (55,8 %) et en Écosse (62 %).
Aujourd'hui, la part de Britanniques critiques à l'égard du Brexit a durablement pris le dessus. Depuis dix ans, l'institut de sondages YouGov réalise par exemple une enquête avec pour question "Avec le recul, pensez-vous que la Grande-Bretagne a eu raison ou tort de voter en faveur de la sortie de l'Union européenne ?". Depuis le mois de juillet 2022, une majorité des personnes interrogées répondent de manière constante que leur pays a eu tort. Les derniers résultats publiés le 9 juin indiquent que 57 % des sondés jugent le Brexit comme une "mauvaise décision". À l'inverse, ils ne sont que 30 % à considérer ce bouleversement comme une "bonne décision".

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13.05.2026 à 18:20
Rédaction Toute l'Europe

Chaque année, la France comme les autres États membres doivent présenter à la Commission européenne leurs prévisions budgétaires ainsi que les réformes, notamment économiques, envisagées au niveau national. Est-ce à dire que l'Union européenne dicte aux États ce qu'ils doivent faire en matière économique et budgétaire ? Des plafonds fixés par les traités Conformément aux […]
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Chaque année, la France comme les autres États membres doivent présenter à la Commission européenne leurs prévisions budgétaires ainsi que les réformes, notamment économiques, envisagées au niveau national.
Est-ce à dire que l'Union européenne dicte aux États ce qu'ils doivent faire en matière économique et budgétaire ?
Conformément aux traités européens, le déficit public d'un État de l'Union européenne ne doit pas dépasser 3 % de son produit intérieur brut (PIB). La dette publique, elle, est plafonnée à 60 % du PIB.
Ces obligations, mentionnées pour la première fois dans le traité de Maastricht de 1992, ont été précisées par le Pacte de stabilité et de croissance adopté en 1997 (lors de la signature du traité d'Amsterdam). Elles visent à maintenir la stabilité des finances publiques et la bonne santé économique des États de l'Union européenne, notamment ceux de la zone euro. Et s'assurent qu'aucun dérapage économique de l'un d'eux ne menace ses voisins.
Ces règles budgétaires sont aujourd'hui détaillées dans l'article 126 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (TFUE) et le protocole n°12 annexé aux traités. La nouvelle version du Pacte de stabilité et de croissance, adoptée en 2024, ne modifie pas ces deux plafonds.
La règle imposant un plafond de déficit aux États membres de l'Union européenne a été voulue par l'Allemagne au début des années 1990. En contrepartie de la création d'une monnaie commune, Berlin voulait s'assurer de ne pas payer pour d'autres États peu vertueux en cas de problème.
Le chiffre, lui, a toutefois été proposé par la France. En 1981, son déficit public menaçait de franchir le seuil symbolique des 100 milliards de francs, soit 2,6 % du PIB. Pour fixer un plafond qu'elle-même pensait ne pas pouvoir dépasser, c'est le chiffre "rond" de 3 % qui a alors été retenu, selon l'ancien chargé de mission au ministère des Finances, Guy Abeille.
Le chiffre de 60 % de dette publique découle de ces 3 % : avec un taux de croissance estimé à 5 %, un taux d'inflation de 2 %, les économistes d'alors calculent que la dette maximale serait de 60 % du PIB.
Si ces chiffres n'ont pas de justification économique particulière, le principe même d'un plafonnement du déficit et de la dette est en revanche accepté par tous les États membres.
En principe, si la dette ou le déficit d'un État excède ces plafonds, une procédure de déficit excessif peut être lancée par le Conseil des ministres des Finances de l'UE (Ecofin), sur la base des recommandations formulées par la Commission. La France y est soumise depuis le 26 juillet 2024.
Neuf autres États membres font l'objet d'une telle procédure : la Belgique, l'Italie, la Hongrie, Malte, la Pologne, la Roumanie, la Slovaquie, l'Autriche et la Finlande. À l'exception de la Roumanie, ces procédures sont tenues en suspens par la Commission : aucune nouvelle étape n'a été engagée, mais les pays restent soumis aux recommandations du Conseil.
Le pays soumis à un avertissement doit mettre en œuvre un certain nombre de mesures pour rétablir l'équilibre entre ses recettes et ses dépenses. À défaut, et au bout d'un certain nombre d'étapes intermédiaires, un pays de la zone euro encourt une amende de 0,05 % du PIB, qui peut s'accumuler tous les six mois, jusqu'à ce que l'État prenne des mesures efficaces pour résorber son déficit et sa dette. Avant la réforme de 2024, les sanctions pouvaient atteindre de 0,2 à 0,5 % de son PIB.
Les pays non membres de la zone euro ne sont pas soumis à ces sanctions. Une telle situation les rend toutefois inéligibles pour adopter la monnaie unique. Et comme pour les autres États, le déclenchement d'une procédure pour déficit excessif reste une très mauvaise publicité, notamment auprès des marchés financiers. De quoi les inciter aussi à rétablir leurs comptes publics.
En 2018 par exemple, la moitié des pays de l'UE avait une dette publique supérieure au plafond des 60 %… sans grandes conséquences à Bruxelles.
Si un certain nombre de procédures ont été ouvertes au motif de déficits trop importants, aucun État membre n'a jamais été sanctionné pour avoir dépassé son plafond de déficit ou de dette. En 2011, 24 États membres faisaient l'objet d'une procédure. La France, qui a enregistré entre 2007 et 2017 des déficits systématiquement supérieurs à 3 % de son PIB, a ainsi fait l'objet d'une procédure de déficit excessif pendant une décennie… sans jamais payer d'amende. Elle est sortie de ce processus en 2018, avant d'y retourner en 2024.
Entretemps, la pandémie de Covid-19 et l'invasion russe de l'Ukraine sont passées par là. Au-delà de leurs conséquences tragiques, ces deux bouleversements ont considérablement accru le déficit et la dette des États membres. En 2020, la Commission européenne a décidé d'activer une clause dérogatoire prévue par les traités pour suspendre temporairement l'application des règles budgétaires. Après avoir été prolongée à trois reprises, cette clause a pris fin le 1er janvier 2024.
L'Union européenne a également travaillé sur une réforme des règles de stabilité. Puisque celles-ci n'ont jamais été appliquées et sont plutôt jugées inefficaces, voire économiquement contre-productives, de nouvelles dispositions sont entrées en vigueur en 2024. Le nouveau Pacte de stabilité et de croissance maintient les plafonds de dette (60 % du PIB) et de déficit publics (3 % du PIB), mais les États ont désormais des périodes de 4 à 7 ans pour les atteindre et des plans de réformes plus adaptés à leur situation particulière. Les sanctions, moins lourdes, peuvent en revanche être appliquées plus efficacement qu’auparavant.
Dans le cadre du Semestre européen, les États membres discutent chaque année de leurs orientations économiques et budgétaires avec la Commission européenne et le Conseil de l'Union européenne. Ce cycle se déroule de l'automne au début de l’été.
Depuis la réforme du Pacte de stabilité, chaque État doit présenter un plan budgétaire et structurel national à moyen terme. Les premiers plans ont été transmis à la Commission à l’automne 2024. Ils fixent, pour quatre ou cinq ans selon la durée de la législature nationale, une trajectoire de dépenses ainsi que les principales réformes et investissements prévus.
Ces plans doivent notamment tenir compte des priorités de l'Union européenne, comme les transitions climatique et numérique, la sécurité énergétique ou encore la défense. Ils ne sont pas entièrement réécrits chaque année : leur mise en œuvre est suivie grâce à des rapports annuels de progrès, qui permettent à la Commission de vérifier si les États respectent leurs engagements.
La Commission publie également chaque année, généralement en juin, des recommandations par pays. Elle évalue les plans nationaux, puis le Conseil de l’Union européenne les approuve.
Ces recommandations de la Commission européenne ne sont pas elles-mêmes juridiquement contraignantes : un État qui ne les respecterait pas ne risque pas de se retrouver devant la Cour de justice de l'Union européenne pour infraction au droit de l'Union, comme dans le cas d'une directive mal appliquée, par exemple. Toutefois, un État qui "persiste à ne pas donner suite [à ces] recommandations" (art. 126 TFUE) s'expose plus ouvertement aux amendes prévues par le Pacte de stabilité et de croissance.
Surtout, les États placés sous procédure de déficit excessif doivent réduire leur dette d'environ 1 % par an si elle dépasse 90 % du PIB, et d'environ 0,5 % par an si elle se situe entre 60 % et 90 % du PIB. Ils ne sont pas contraints de la ramener à moins de 60 % du PIB d'ici la fin de la période du plan, mais leur dette doit suivre une “trajectoire descendante plausible”. Si le déficit public d'un pays dépasse 3 % du PIB, il doit être réduit pendant les périodes de croissance afin d'atteindre un niveau de 1,5 % du PIB, créant ainsi une réserve de dépenses pour faire face à des conditions économiques difficiles. Et un État sous procédure de déficit excessif qui ne respecte pas ses obligations peut être soumis aux sanctions prévues.
Depuis 2025, certains États peuvent aussi bénéficier d'une flexibilité spécifique pour leurs dépenses de défense. Une clause dérogatoire nationale leur permet de s'écarter temporairement de leur trajectoire budgétaire, dans la limite de 1,5 % du PIB par an entre 2025 et 2028, à condition que cela ne compromette pas la soutenabilité de leurs finances publiques. Dix-sept clauses nationales ont été activées : quinze en juillet 2025, puis l'Allemagne en octobre 2025 et l'Autriche en février 2026. À ce jour, la France n'en fait pas partie.
En 2020, l'Union européenne a mis en place un instrument inédit pour faire face aux conséquences de la pandémie de Covid-19 : un plan de relance de 750 milliards d'euros (807 milliards en prix courants aujourd'hui), baptisé NextGenerationEU.
Pour bénéficier des prêts et subventions de ce plan, chaque pays a dû soumettre un plan national de relance et de résilience (PNRR), corrélé aux recommandations faites en 2019 et 2020.
Le versement des fonds européens peut aussi être conditionné au respect de certaines étapes ou réformes. Dans le cadre du plan de relance européen, les États doivent atteindre des objectifs prévus dans leurs plans nationaux. D'autres mécanismes, notamment liés à l'état de droit, peuvent également conduire à la suspension de fonds européens, comme dans le cas de la Hongrie.
Alors, Bruxelles impose-t-elle ses exigences budgétaires aux États de l'Union européenne ? En bref, les traités européens fixent depuis 1992 des plafonds de déficit public (3 % du PIB) et de dette publique (60 % du PIB). Les États qui outrepassent ces limites risquent certes des amendes en principe, mais les procédures n’ont jusqu'à maintenant abouti à aucune sanction. Les règles budgétaires ont depuis été réformées.
Bruxelles ne rédige donc pas les budgets nationaux à la place des États. Les gouvernements restent responsables de leurs choix de dépenses, de recettes et de réformes. En revanche, ils ont accepté un cadre commun dans les traités : si leur déficit ou leur dette s'écarte trop des règles européennes, ils doivent présenter une trajectoire de correction et peuvent, en théorie, être sanctionnés.
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30.04.2026 à 18:16
Léa Deseille

Dès lors qu'un pays adopte la monnaie unique, une même inquiétude refait surface. Le passage d'une monnaie nationale à l'euro serait synonyme d'inflation et d'érosion du pouvoir d'achat. Le 1er janvier 2026, la Bulgarie a été le 21e pays à intégrer la zone euro, et les mêmes inquiétudes sont réapparues. Qu'en est-il ? Toute l'Europe […]
L’article [Fact-checking] Le passage à l'euro a-t-il fait baisser le niveau de vie des Européens ? est apparu en premier sur Touteleurope.eu.

Dès lors qu'un pays adopte la monnaie unique, une même inquiétude refait surface. Le passage d'une monnaie nationale à l'euro serait synonyme d'inflation et d'érosion du pouvoir d'achat. Le 1er janvier 2026, la Bulgarie a été le 21e pays à intégrer la zone euro, et les mêmes inquiétudes sont réapparues. Qu'en est-il ? Toute l'Europe fait le point.
Pour évaluer l'impact de l'euro sur le niveau de vie, on peut observer l'évolution du revenu brut réel disponible des ménages dans les années qui suivent son introduction. Cet indicateur du pouvoir d'achat moyen correspond au revenu disponible des ménages après impôts et autres déductions, corrigé de l'inflation, en vue d'être dépensé ou épargné. Il permet de suivre l'évolution moyenne des ressources des ménages.
Ainsi, la plupart des pays de la zone euro ont connu une hausse du revenu brut réel disponible dans les années qui ont suivi l'introduction de l'euro. En Belgique par exemple, ce revenu a augmenté de 3,57 % entre 1999 (date du passage à l'euro en monnaie scripturale) et 2003, d'après Eurostat. Une augmentation qui s'est maintenue les années suivantes, avec une augmentation de 8 % entre 1999 et 2015.
De telles augmentations sont également visibles dans les autres pays de la zone comme la France (+19,95 % entre 1999 et 2015), l'Allemagne (+16,43 %), le Luxembourg (+18,25 %) et l'Espagne (+9,83 %). Dans certains pays, l'augmentation est encore plus flagrante comme en Estonie, où le revenu brut réel disponible des ménages par habitant a augmenté de 44,29 % entre 2011 (année d'entrée dans la zone euro) et 2021. En revanche, il a diminué en Grèce (-20,5 % entre 2003 et 2015) et en Italie (-5,45 % entre 1999 et 2015), avant de remonter.
Pour Stéphanie Villers, économiste spécialiste de la zone euro interrogée par Toute l'Europe, cette augmentation du niveau de vie s'explique par plusieurs facteurs . "L'euro a créé de la stabilité", explique-t-elle. "On a su maintenir sur une longue période une stabilité de l'inflation, puis on a ensuite vu le gain de cette stabilité", ajoute-t-elle. Celle-ci a entraîné une baisse des taux d'intérêt, ce qui a dynamisé plusieurs secteurs comme l'immobilier. "Le passage à l'euro a également permis de développer le commerce intra-zone : une entreprise française qui, auparavant, voyait "hexagonal" a pu envisager son marché au niveau européen", explique Stéphanie Villers.
Toutefois, l'évolution du niveau de vie ne peut être uniquement attribuée à l'adoption de la monnaie unique : elle s'inscrit dans un contexte plus large. Le passage à l'euro est intervenu en même temps que le développement du commerce mondial. Par ailleurs, certains États membres de l'Union européenne n’ayant pas adopté l'euro, notamment en Europe centrale et orientale, ont également connu une progression du revenu réel des ménages. Ces comparaisons invitent donc à la prudence.
Dans la grande majorité des États membres, le passage à l'euro s'est en tout cas accompagné d'une augmentation du niveau de vie. Mais alors comment expliquer le ressenti inverse ? Une étude de l'Insee révèle que le changement de monnaie a "nettement accru la divergence entre la mesure de l'inflation et la perception qu'en ont les ménages".
"On observe une distorsion entre le ressenti et la réalité, les Européens ont tendance à prendre en compte, dans leur panier global, les prix qui ont augmenté sans penser à ceux qui ont extrêmement baissé", complète Stéphanie Villers. Par ailleurs, le consommateur prête davantage d'attention aux produits qu'il achète fréquemment comme la baguette de pain, le plein d'essence… puisque ce sont les produits les plus susceptibles de rogner sur le budget. Or ceux-ci ont plutôt augmenté depuis le passage à l'euro : de 32 % pour la baguette entre 1992 et 2017 par exemple, "mais [cette augmentation] correspond à une hausse annuelle moyenne de seulement 1,9 % par an, ce qui est un peu plus rapide que l’inflation d’ensemble mais sans rupture par rapport à la décennie précédant le passage à l’euro", conclue l'Insee.
En outre, le passage à l'euro a aussi brouillé les repères de prix, certains ménages continuant longtemps à comparer les montants avec ceux exprimés en monnaie nationale. Enfin, ce ressenti tient aussi à la confusion fréquente entre évolution nominale et évolution réelle. Les ménages constatent d'abord la hausse des prix affichés (une baguette, un café ou un plein d’essence coûtent plus cher qu'au moment du passage à l'euro) mais cette hausse ne dit pas, à elle seule, si le pouvoir d'achat a diminué. Pour l'évaluer, il faut comparer ces prix à l'évolution des revenus : un prix peut augmenter en euros courants tout en pesant autant, voire moins, dans le budget si les revenus ont progressé dans le même temps. À l'inverse, une hausse modérée des prix peut être très douloureuse si les revenus stagnent.
La crise économique de 2008 a traversé la zone euro, bouleversant plus particulièrement l'économie grecque. De 2008 à 2015, le revenu brut réel disponible des Grecs a ainsi chuté de 31,34 %.
Cette dernière était l’une des plus dynamiques de la zone euro de 2000 à 2007, notamment grâce à l’apport de capitaux étrangers. Mais à l’automne 2009, en pleine crise économique, les problèmes structurels du pays sont mis en lumière : système fiscal défaillant, faible développement industriel… "Si la Grèce n'avait pas eu l'euro, elle aurait pu dévaluer sa monnaie ce qui aurait amoindri les effets de la crise, or avec la monnaie unique la dévaluation n'a pas été une option", pointe Stéphanie Villers.
Selon d'autres économistes toutefois, une dévaluation aurait certes pu redonner de la compétitivité à court terme, mais en renchérissant les importations (énergie, biens alimentaires, médicaments, biens intermédiaires) et donc en pesant in fine sur le pouvoir d'achat des ménages. Elle aurait également alourdi le poids des dettes libellées en euros ou en devises étrangères, au risque d’aggraver la crise bancaire et la défiance des investisseurs. Autrement dit, la dévaluation aurait déplacé une partie de l'ajustement vers l'inflation, les épargnants et les créanciers, sans garantir à elle seule un redressement durable.
L'ajustement s'est donc fait en interne. En mai 2010, Athènes a obtenu des crédits de l'Union européenne et du FMI, à hauteur de 110 milliards d'euros sur trois ans. Un prêt conditionné à la mise en place de mesures structurelles, parfois très lourdes socialement (gel des salaires des fonctionnaires, allongement de la durée de cotisations retraites, hausse de la TVA). Le Parlement grec votera près d'une dizaine de plans d'austérité de 2010 à 2013, provoquant une contestation sociale.
Si la situation économique du pays s'est depuis stabilisée, cet épisode a mis en évidence une contrainte majeure de la zone euro : les États membres ne disposent plus d'une politique monétaire nationale ni de la possibilité de dévaluer leur monnaie pour répondre à un choc propre à leur économie. En contrepartie, l'appartenance à la zone euro offre aussi des protections collectives : intervention de la BCE, accès à des mécanismes européens d’assistance financière et, depuis la crise de la zone euro puis la pandémie, développement d'outils de solidarité et de stabilisation à l'échelle européenne.
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