Le maire sortant, âgé de 74 ans, est battu de seulement 344 voix par le socialiste Jérôme Marbot, qui avait échoué en 2020.
L'ancien Premier ministre avait mis 25 ans à conquérir son fief, de sa première défaite face au socialiste André Labarrère en 1989 à sa défaite à moins de 350 voix, déjà, face à une autre candidate PS, Martine Lignières-Cassou, en 2008.
Mais après deux mandats depuis 2014, cette défaite sonne comme un cinglant désaveu pour un dirigeant national engagé en politique depuis plusieurs décennies et qui avait, au prix de polémiques, conservé son fauteuil palois après avoir été nommé Premier ministre.
Avec une controverse inaugurale à Matignon, quand le centriste s'était rendu au conseil municipal de Pau alors qu'un ouragan venait de dévaster Mayotte.
Le Béarn n'a cessé de suivre François Bayrou rue de Varenne avec l'affaire Bétharram, cette institution scolaire catholique locale où nombre d'enfants ont été agressés sexuellement. Une controverse qui a électrisé le conseil municipal et qui a valu une intense polémique nationale au Premier ministre, contraint de s'expliquer longuement devant une commission d'enquête parlementaire.
Campagne rude
Depuis sa chute à l'Assemblée début septembre, M. Bayrou avait disparu de la scène politique nationale, se gardant bien de critiquer l'action de son successeur Sébastien Lecornu qu'il n'épargne pourtant guère en privé pour avoir "tout abandonné", à commencer par la réforme des retraites.
Hospitalisé quelques jours en soins intensifs à cause d'une vilaine grippe en décembre, le patron du MoDem s'est consacré à sa campagne municipale, multipliant les visites, costume sans cravate et lunettes sur le nez.
Mais la campagne fut rude, l'ancien Premier ministre se retrouvant en étau entre la gauche et la candidate d'extrême droite. "Il ne s'attendait pas à voir le RN si haut", explique un proche.
M. Bayrou n'avait pas négligé de rallier à sa liste Philippe Arraou, qui avait recueilli 6,15% des voix au premier tour avec un discours critique à l'égard du maire sortant. Insuffisant pour renverser la tendance.
Le leader centriste pourra-t-il s'en relever ? A défaut d'avoir pu accéder à l'Elysée, brigué à trois reprises (2002, 2007, 2012), il avait quelque peu forcé la main d'Emmanuel Macron pour se faire nommer Premier ministre en décembre 2024, après la chute du gouvernement de Michel Barnier.
Quel rôle en 2027 ?
Son magistère à Matignon a duré huit mois, laissant une certaine impression d'impréparation, avant la chute à l'Assemblée sur un vote de confiance plus qu'hasardeux qu'il avait lui-même sollicité, sur le constat de la dette et un projet de coupes budgétaires drastiques.
En choisissant le jour et l'heure de son départ, cet agrégé de lettres, élu local, député, eurodéputé et deux fois ministre, renoue avec le titre de sa biographie d'Henri IV: "Le roi libre".
Né à Bordères, tout près de Pau, le 13 mai 1951, il y a fait l'essentiel de sa carrière politique, de conseiller général à député, avant de s'engager auprès de Valéry Giscard d'Estaing au sein de l'UDF.
Après sa deuxième tentative élyséenne, où il a échoué à la troisième place en 2007, il avait refondé le parti centriste rebaptisé MoDem, qu'il dirige depuis.
Depuis plusieurs mois, François Bayrou laissait entendre qu'il ne serait pas candidat à l'élection présidentielle en 2027, dix ans après avoir ouvert la voie à l'Elysée à Emmanuel Macron en lui proposant une alliance.
"Il m'a confirmé qu'il n'irait pas". "Son questionnement, c'est de trouver une personnalité politique qui correspond à son positionnement politique", explique un membre de sa garde rapprochée.
M. Bayrou, qui affrontera par ailleurs en octobre un procès en appel dans l'affaire des assistants parlementaires européens du MoDem --il a été relaxé en première instance--, est à la tête du parti qu'il a créé jusqu'au printemps 2027. Au moins.