"Il y a une très grande énergie pour mener un combat en commun", a déclaré la romancière Colombe Schneck à l'issue de cette rencontre, intitulée "Les états généreux des auteurs", qui a duré plus de deux heures au théâtre de la Concorde.
"C'était un moment de réunion assez joyeuse. Nous, les écrivains, n'avons pas l'habitude de nous rassembler, nous sommes plutôt individualistes et indépendants. Mais nous avons réalisé l'importance de se battre ensemble" car "la situation est grave", a-t-elle ajouté.
"On découvre à quel point c'est un rapport de force", a souligné Virginie Despentes, l'un des auteurs phares de Grasset.
Pour la romancière Anne Berest, l'une des organisatrices, cette rencontre, inédite dans l'histoire récente de l'édition, "participe de l'idée d'une vie intellectuelle française qui se réveille toujours à l'aube des dangers politiques". "On s'est réveillé pour dire qu'on commence à avoir peur", selon elle.
Les organisateurs ont notamment annoncé le lancement d'un site internet pour mieux communiquer et faire connaître leur lutte, qu'ils veulent élargir à l'ensemble du monde de la culture, ainsi que le projet d'un livre collectif.
Cette rencontre intervient un mois après l'annonce du limogeage d'Olivier Nora, le PDG emblématique de Grasset depuis 26 ans, en raison d'un désaccord avec la direction d'Hachette, maison mère de la maison d'édition, dans le giron du milliardaire conservateur Vincent Bolloré.
Choqués par cette décision, quelque 200 auteurs publiés ou ayant été publiés par Grasset, ont affirmé leur refus de publier de nouveaux livres chez cet éditeur. Plusieurs centaines d'écrivains ont également réclamé une meilleure protection de leurs droits et la création d'une clause de conscience dans l'édition comme elle existe dans les médias.
En réponse, Vincent Bolloré a dénoncé le "vacarme" d'une "petite caste qui se croit au-dessus de tout et de tous", et assuré que Grasset "continuera" en dépit du départ de nombreux écrivains. La maison d'édition doit publier le 2 juin le nouveau livre de Boualem Sansal, "La légende", sur sa détention en Algérie.
"Moi, je m'en fous de Vincent Bolloré. La seule chose qui me choque c'est d'avoir un propriétaire qui n'aime pas la contradiction. Un patron qui ne supporte pas les avis divergents", a déclaré le romancier Frédéric Beigbeder lors de la rencontre.
Également présent, Bernard-Henri Lévy a indiqué à l'AFP être venu pour montrer sa solidarité. "Je ressens vraiment de la joie de voir que ce mouvement ne s'étiole pas", a-t-il déclaré.
Des avocats, des représentants des librairies indépendantes et d'autres sociétés dans le giron de Bolloré, telles que Prisma, ainsi que des parlementaires ont participé à la rencontre pour faire le point sur les initiatives prises en soutien aux auteurs.
La sénatrice socialiste Sylvie Robert a appelé les auteurs à "rester mobilisés", ce qui l'aidera à tenter de faire voter au Parlement un texte de loi sur le contrat auteurs-éditeurs.
La ministre de la Culture Catherine Pégard a jugé fin avril "légitime" de s'interroger sur la rupture du lien entre auteurs et éditeurs "quand la politique éditoriale est brutalement modifiée".