Rexhino Abazaj, alias "Gino", "se pourvoit en cassation", a annoncé à la sortie de l'audience Me Youri Krassoulia, son avocat. Ce conseil dénonce une décision "scandaleuse" de la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris, compétente en matière de mandat d'arrêt européen.
Le trentenaire est accusé par la Hongrie de violences contre des néonazis qui défilaient à Budapest en février 2023, attaqués à coups de matraques et de marteaux. Il encourt une peine allant jusqu'à 24 ans de prison dans ce pays et jusqu'à 10 ans en Allemagne, des victimes présumées étant de nationalité allemande.
En avril 2025, la France avait refusé de le remettre à Budapest, invoquant des "risques" d'un "traitement inhumain" en prison et l'incertitude de lui garantir un procès équitable dans ce pays de l'Union européenne.
"Cette nouvelle décision, qui vient saccager la première décision d'avril, manque totalement de courage par rapport à ce qui avait été décidé par le passé", fustige encore Me Krassoulia.
Le militant antifasciste était depuis la première décision rendue en sa faveur au cœur d'une autre procédure, enclenchée en 2025, l'Allemagne le réclamant donc pour les mêmes faits.
Remis ensuite à la Hongrie ?
"Gino" est libre et vit à Paris. Présent mercredi, il n'a pas dit un mot, accusant le coup à sa sortie d'audience.
"+Gino+ est remis à l'Allemagne sans aucun contrôle sur la suite des événements et sur l'éventuelle remise in fine à la Hongrie", déroule Me Krassoulia. L'avocat pointe "une traque des antifascistes en dehors du droit".
Le député LFI Thomas Portes abonde sur X: "La justice française se rend complice de la chasse aux militants antifascistes organisée par l'extrême droite hongroise et européenne".
Lors d'une précédente audience en juin, Me Laurent Pasquet-Marinacce, autre avocat de "Gino", avait en effet soulevé un "risque". "Nous n'avons pas les moyens de savoir si la Hongrie a condamné en son absence notre client: si la France le remet à l'Allemagne, est-ce que la Hongrie ne va pas le réclamer pour qu'il exécute sa peine là-bas ?"
Lors de cette audience en juin, l'avocate générale avait de son côté soutenu que l'Allemagne avait "répondu très précisément aux questions" que la cour d'appel de Paris lui avait transmises, notamment que ce pays avait diligenté "son enquête propre" et non pas "repris" celle de la Hongrie.
La défense de "Gino" demandait en revanche à la cour d'appel de Paris de transmettre cette question préjudicielle - sur une enquête allemande qui serait influencée par la Hongrie - à la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE). Requête rejetée mercredi.
Le précédent Maja T.
Fin septembre 2025, la Hongrie a suivi l'exemple américain en classant le mouvement "antifa" comme organisation "terroriste".
En février, la justice hongroise a condamné à huit ans de réclusion Maja T., activiste non-binaire remis à Budapest par l'Allemagne, pour ces mêmes violences contre des néonazis.
Thomas Portes rapporte lui avoir rendu visite dans une prison de Budapest, déplorant des conditions de détention "absolument ignobles".
A la mi-avril, le Premier ministre nationaliste hongrois Viktor Orban et son parti Fidesz ont été largement battus aux législatives par le conservateur Peter Magyar et son mouvement Tisza.
La scène politique hongroise est toujours en cours de recomposition. Les députés hongrois ont élu la semaine dernière comme chef de l'Etat un ancien président de la Cour suprême évincé par Viktor Orban, Andras Baka, qui a immédiatement appelé la majorité à ne pas se venger du précédent gouvernement.
"Les Hongrois détricotent depuis si longtemps les droits civiques qu'il est difficile de croire à un changement rapide en la matière et la presse internationale se fait le relais de réticences internes au changement au sein du pouvoir", s'était alarmé en juin Me Pasquet-Marinacce.