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05.01.2026 à 08:07

Dans les montagnes, le périple mortel de jeunes Afghans en quête d'une vie meilleure

FRANCE24

Dans sa maison en pisé du village de Ghunjan (ouest), sa mère, Mah Jan, évoque la misère qui a poussé son fils à partir. Elle préfère taire son nom de famille. "Nous n'avons pas de quoi manger. La maison où je vis n'a ni électricité, ni eau. Nous n'avons rien pour allumer un feu" et se réchauffer, confie à l'AFP cette veuve de cinquante ans couverte d'un hijab noir brodé de discrètes fleurs bordeaux. Dans sa main, une photo de Habibullah, tee-shirt à imprimé coloré, ses yeux noirs fixant l'objectif. En Afghanistan, l'adolescent fut un temps cireur de chaussures mais il ramenait au mieux 15 afghanis (20 centimes d'euros) par jour. "Il était prêt à être berger pour gagner 2.000 afghanis (26 euros par mois), à travailler dans une boutique, mais il n'a rien trouvé. Alors, il n'a pas eu le choix, il a dit à sa mère +Ayons confiance en Dieu, je vais aller en Iran+", raconte son demi-frère, Gul Ahmad. Ce pays dont les Afghans parlent la langue est vu comme offrant davantage d'opportunités. Mi-décembre, quelque 1.600 Afghans "qui risquaient de périr en raison des conditions climatiques" lors de la traversée clandestine, ont été secourus, selon un commandant des gardes-frontières iraniens, Majid Shoja, cité par l'agence de presse Ilna. D'autres sont morts de froid, dont Habibullah. Les corps d'au moins quinze hommes ont été rendus par l'Iran à l'Afghanistan puis à leurs familles, a indiqué à l'AFP une source à la frontière sous couvert d'anonymat. Trois autres migrants ont été retrouvés morts côté afghan. Terre et cailloux Habibullah repose désormais dans une modeste tombe de terre et de cailloux. En 2026, 21,9 millions de personnes - soit 45% de la population - auront besoin d'aide humanitaire en Afghanistan, selon l'ONU. Gouverné depuis 2021 par les talibans qui appliquent une version ultra-rigoriste de la loi islamique excluant les femmes de nombreux emplois, ce pays marqué par des décennies de guerre a subi deux tremblements de terre majeurs en 2025 et des sécheresses. Renvoyés de façon expéditive par le Pakistan et l'Iran, "cinq millions d'Afghans sont arrivés depuis septembre 2023, soit une augmentation de 10% de la population estimée du pays", souligne Mutya Izora Maskun, cheffe adjointe de l'Organisation internationale des migrations (OIM) en Afghanistan. Un tel afflux serait difficile à gérer dans n'importe quel pays, souligne-t-elle. Malgré les aides du gouvernement taliban et des organisations internationales pour ceux qui rentrent, nombre d'Afghans interrogés par l'IOM se disent contraints par "l'insécurité alimentaire", le manque d'emploi et de services, d'envisager d'émigrer. Quitte à emprunter "les points de passage illégaux très dangereux en raison du froid et des risques de trafic d'êtres humains", explique Mme Maskun. L'obtention de visas iraniens est de plus en plus difficile. "Si démunis" Le gouvernement afghan a durci "sérieusement" la lutte contre les passeurs, souligne auprès de l'AFP le porte-parole du ministère de l'Intérieur Abdul Mateen Qani. Fin décembre, 347 personnes tentant d'aller clandestinement en Iran ont été arrêtées, a indiqué samedi une unité militaire dans l'ouest du pays. Abdoul Majid Haidari, 25 ans, avait aussi tenté sa chance mi-décembre. Cet ouvrier dans un four à briques du village de Qaysan (ouest) n'arrivait plus à payer les médicaments pour son fils d'un an souffrant d'un problème cardiaque. "Nous sommes partis sous la pluie, par ce temps, radars et caméras des gardes-frontières marchent moins bien. Mais le passeur s'est perdu", raconte à l'AFP son demi-frère Yunus qui l'accompagnait. Ils ont voulu faire un feu pour se réchauffer "mais le sol était humide et nous n'avions plus de carburant", ajoute-t-il. Il s'est mis à neiger, les hommes ont recommencé à avancer. "Mon (demi) frère a dit +Je ne peux plus marcher+. Certains nous disaient de le laisser pour ne pas mettre en danger les autres personnes du groupe", poursuit-il. Mais Yunus et d'autres cousins le portent, à bout de force, pendant deux heures : "Puis ses yeux ne se sont plus fermés, son corps est devenu plus lourd." Une famille iranienne passant en voiture les a emmenés à l'hôpital. "Ils lui ont fait des électrochocs mais ils ont dit qu'il était déjà mort", dit Yunus, aujourd'hui revenu au village. Il lâche : "Nous sommes partis parce que nous étions si démunis."

05.01.2026 à 07:49

Enlèvement de Maduro: "Des gouvernement européens trop timorés?"

Hélène FRADE

A la Une de la presse, ce lundi 5 janvier, la condamnation quasi-générale de l’enlèvement du président vénézuélien Nicolas Maduro par les Etats-Unis. Les menaces renouvelées de Donald Trump contre l’Iran, où la répression de la contestation se poursuite. Des frappes franco-britanniques en Syrie. Et le «Dry January», le mois de janvier sans alcool.

05.01.2026 à 07:41

Un nouveau parquet en France contre les trafics qui "déstabilisent l'ordre social"

FRANCE24

"Nous sommes face à des gens très dangereux" avec des modes opératoires qui peuvent se rapprocher "du terrorisme" car ils "déstabilisent l'ordre social", explique la procureure Vanessa Perrée, à l'occasion du lancement du Parquet national de lutte contre la criminalité organisée (Pnaco). Au quotidien, "le trafic gêne de plus en plus les Français", les traumatise avec "des victimes collatérales", affirme-t-elle dans un entretien accordé à l'AFP. Et à l'instar des groupes jihadistes, les trafiquants recrutent "sur les réseaux sociaux des mineurs de plus en plus jeunes", attirés par "des sommes dérisoires pour prendre une vie humaine". Comme celle de Nessim Ramdane, chauffeur VTC tué le 4 octobre 2024 à Marseille. Le suspect, bientôt jugé, avait 14 ans. - "Pas de dérive" - La loi narcotrafic, promulguée en juin et créant le Pnaco, donne de nouveaux outils aux enquêteurs. Comme un "dossier coffre" (procès-verbal distinct pour ne pas divulguer certaines techniques d'enquête aux mis en cause) ou une possibilité d'activer à distance un téléphone pour procéder à des écoutes. Ces moyens inquiètent de nombreux avocats, qui anticipent des atteintes aux droits de la défense. "Il n'y a pas de dérive, nous nous inscrivons dans l'Etat de droit", balaie Vanessa Perrée. "Ce sont des moyens légaux, avec des contrôles, des débats contradictoires, la nécessité de passer devant un juge." "Alors oui, on a des gardes à vue plus longues, des techniques spéciales d'enquête, mais elles sont à la hauteur des enjeux, des moyens et de la dangerosité" des mis en cause. Leur violence désinhibée s'accompagne d'une complexification des flux financiers pour réinvestir l'argent sale "dans un circuit légal et non traçable", et d'une capacité à corrompre permise par leur puissance financière. "On a vu des cas de greffiers, d'agents pénitentiaires" corrompus, relève Mme Perrée. Peut-on parler d'une mafia, avec une économie et un monde politique sous emprise ? "On n'a pas un narco-Etat en France", tempère la magistrate et "on se donne justement les moyens" de s'en prémunir. Mais il faut faire preuve de vigilance, comme lors des municipales de mars: "On peut s'interroger sur l'influence des trafiquants de drogue dans les quartiers" quand ils tentent "de se substituer aux services de l'Etat pour les citoyens". A son premier jour, le Pnaco hérite de 170 dossiers en cours: narcotrafic, filières d'immigration clandestine, traite d'êtres humains, proxénétisme, vols à main armée... Lui échoient ainsi les investigations sur l'évasion en 2024 du trafiquant Mohamed Amra, qui a coûté la vie à deux agents pénitentiaires, celles sur le naufrage mortel de 31 migrants dans la Manche en 2021, ou sur une série d'enlèvements en 2025 liés aux cryptomonnaies. Traquer l'argent Ces affaires étaient jusque-là dirigées par la Juridiction nationale de lutte contre la criminalité organisée, créée en 2019 avec, déjà, l'ambition d'endiguer cette criminalité. Alors, qu'apporte en plus le Pnaco ? Une "doctrine", affirme Vanessa Perrée, reposant sur une collaboration renforcée avec les parquets locaux. Et une force de frappe augmentée avec seize magistrats, dont six spécialisés en criminalité organisée "classique" et six en financier. Dix supplémentaires arriveront en septembre. "Sur chaque dossier, on aura un binôme" de procureurs, épaulés d'assistants spécialisés, pour pister le produit stupéfiant mais aussi l'argent, avec une "enquête patrimoniale poussée". Traquer l'argent "est essentiel", insiste celle qui a été directrice de l'Agence de gestion et recouvrement des avoirs saisis (Agrasc). Le blanchiment s'opère "dans des sociétés de BTP, sur des comptes familiaux, dans des achats de produits de luxe, l'investissement dans des voitures, des montres, des bijoux...". Il est communément avancé que le narcotrafic pèserait pour "six milliards d'euros" en France mais il est difficile "de savoir exactement ce que ça rapporte", avec des "investissements qui prennent de la valeur" et s'effectuent "de plus en plus à l'étranger", souligne-t-elle. D'où l'importance d'une coopération accrue avec des pays où résident des narcotrafiquants. En 2025, les Emirats arabes unis ont extradé 17 mis en cause vers la France. "Nous avons encore pas mal de travail à faire avec les Émirats", note Vanessa Perrée, en particulier pour retracer "les achats immobiliers en liquide, en crypto". La magistrate relève aussi une "nécessaire coopération avec les pays du Maghreb". Avec, pour le Pnaco, l'objectif de devenir "l'interlocuteur unique" français à l'international pour ces dossiers criminels de grande complexité.
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