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21.04.2026 à 12:49

Les IA compagnons de santé sortent de l’ombre, avec prudence  

FRANCE24

Chez Alan, jeune assureur santé qui a tout misé sur le numérique, l'assistant virtuel Mo est en cours de déploiement pour donner ses conseils de santé aux 800.000 personnes couvertes par l'entreprise. En interrogeant l'utilisateur sur ses symptômes, sur ses antécédents médicaux ou familiaux, Mo peut l'aider à décider s'il faut consulter et dans quel délai, voire faciliter la prise de rendez-vous en téléconsultation ou en présentiel si besoin. Mo peut aussi donner des conseils de prévention personnalisés, voire aider à résoudre des problèmes d'assurance ou de remboursement, selon ses créateurs. Mo va aider Alan à se positionner comme "l'interface centrale" de ses clients avec le système de santé, le "chef d'orchestre de leur santé personnelle", expliquait le cofondateur de l'entreprise Jean-Charles Samuelian, lors de l'anniversaire des 10 ans de l'entreprise, en mars. Autre vedette de la santé numérique française, Doctolib met de son côté la dernière main à un "assistant parental" pour aider les parents dans le suivi de la santé de leur enfant. Le robot conversationnel, déjà en cours d'utilisation chez 20.000 parents testeurs, va "d’ici quelques semaines" être disponible pour tous les parents utilisateurs de Doctolib. "Nous voulons permettre à chacun d'avoir accès à la connaissance médicale, de mieux s'orienter dans le parcours de soins et d'être guidé proactivement afin de vivre en meilleure santé", affiche Mathilde Jaïs, directrice de l'offre "compagnon de santé" de Doctolib. D’autres start-up moins connues sont également prêtes à prendre la vague, comme PaperDoc, qui a lancé Gustave, un assistant de santé vendu aux mutuelles pour qu’elles puissent proposer un "plus santé" à leurs clients. "Pas de diagnostic" "Gustave est un compagnon qui va essayer de vous amener vers la bonne orientation" dans le système de soins, explique Nicolas Gatulle, anesthésiste-réanimateur et cofondateur de PaperDoc, une start-up de 5 personnes qui commercialise déjà Archie, un moteur de recherche scientifique intelligent pour les professionnels de santé. "Ce qui plait dans Gustave, c’est qu'il est capable de dire quand il ne sait pas et qu'il cite ses sources", indique-t-il. Les trois éditeurs martèlent que leur robot conversationnel n'est nourri qu'aux sources d'information dûment reconnues sur le plan scientifique, comme les études des sociétés savantes. Et qu'il n'est pas là "pour remplacer le professionnel", ni pour "fournir un diagnostic". Leur rôle est plutôt d'apporter un éclairage pour aider le patient à décider - y compris le cas échéant, en recommandant d'aller voir rapidement un médecin. Testé par l’AFP sur le cas - réel - d'un enfant présentant de la fièvre, un manque d'appétit et surtout des mouvements oculaires étranges, l’assistant de Doctolib pose une série de questions complémentaires: existence de vomissements ? De raideur dans le cou ? De comportements inhabituels ? Après quelques échanges, il livre son conseil : "la situation nécessite une consultation médicale dans la journée ou au plus tard sous 24 heures", en expliquant pourquoi ("il faut écarter une infection ou d’autres causes pouvant nécessiter un suivi adapté"). Mais si on le presse de donner un diagnostic, il répond poliment: "en tant qu'assistant numérique, je ne peux pas établir de diagnostic personnalisé (...) mais je peux partager des informations générales sur les situations qui peuvent être associées à ce type de symptômes". Pour l’assistant de Doctolib, comme celui d'Alan et celui de PaperDoc, un "agent IA" - une composante du système général - veille pour détecter les conversations à risque. En tout cas, "dans 10 ans, nous aurons tous notre compagnon de santé personnel, qui nous connaît, qui comprend notre contexte, qui anticipe et qui agit à nos côtés" prédit Antoine Lizée, spécialiste en IA et père d'Alan.

21.04.2026 à 12:23

"Dernière rave" à Marseille avant la loi contre les free parties

FRANCE24

"Je l'ai appelée +la dernière rave+, parce que ça me fait flipper de me dire que je peux passer six mois en prison, juste parce que j'organise une fête pour 300 personnes", explique Sacha (prénom modifié), 33 ans. Jusqu'ici, il organisait deux ou trois "free parties" ("fêtes libres", gratuites et non déclarées) par an, mais "aujourd'hui, c'est fini". L'an dernier, la police lui a déjà saisi son matériel, et il refuse d'"être un martyr de la cause". Le 9 avril, les députés ont adopté une proposition de loi qui, si elle est votée par le Sénat, prévoit jusqu'à six mois de prison et 30.000 euros d'amende pour les organisateurs de raves non déclarées ou interdites, d'au moins 250 personnes. "Mais, dès que c'est pour une +teuf+, la préfecture dit +non+", affirme Sacha, qui dénonce une "discussion impossible" avec les autorités. Avec quelques amis, ils sont arrivés avant la nuit. Le déchargement du matériel - des enceintes aux sacs poubelles - est rapide pour éviter d'être repérés sur ce site isolé où ne subsistent que quelques ruines d'un village de vacances abandonné, à côté de champs d'oliviers et d'un élevage de chèvres. A la lumière d’une lampe torche, le DJ Orang3 installe ses platines. Il arrive d'Italie où le gouvernement de Giorgia Meloni a interdit dès son arrivée au pouvoir les free parties, passibles de six ans de prison. "Chez nous, la situation est devenue très compliquée, alors que la musique c'est la culture, l'art et tu ne devrais pas devoir payer pour ça. Ici, c'est un espace ouvert où tout le monde est accepté", dit-il. "Une vie un peu triste" Lou, photographe de 33 ans, avoue avoir hésité à venir. "Même si la loi n'est pas encore passée, on était inquiets: est-ce qu’on est sûr qu’il n’y aura pas déjà la police, est-ce que ça va vraiment avoir lieu, est-ce que ça va bien se passer ?". Le texte, s'il est adopté, prévoit une amende de 1.500 euros pour les participants, 3.000 en cas de récidive. Aux platines, les DJs se succèdent. Aux basses sourdes se mêlent des sonorités orientales, dentelles et strass côtoient des sweats à capuche. "On essaie de développer quelque chose de vraiment inclusif et +safe+ pour tout le monde", explique Sacha, qui veut aussi offrir un espace à "la communauté queer qui n'a pas de lieux à Marseille pour faire la fête". "Dans le Sud, on n'a pas la culture des clubs, et le peu de soirées organisées coûtent assez cher, 15 ou 20 euros l'entrée, explique Lou. Et puis, les +free+ c’est vraiment un endroit où on se sent en sécurité". "Du fait qu’on soit en autogestion, on prend plus soin les uns des autres, que ce soit sur la consommation (de drogue ou d'alcool, NDLR) ou sur le consentement", dit aussi Alexia, alors que parmi les motifs de la proposition de loi figurent "l’usage de la soumission chimique" et "l'incitation à la consommation de drogue". Pour Margot, 29 ans, venue à vélo, "avec la loi, tragiquement, ce qui va se passer, c’est que, comme c’est plus risqué, les endroits seront encore plus éloignés, ce sera moins encadré, et s'il y a des problèmes ce sera des problèmes plus graves". Au fil de la nuit, de petits groupes s'écartent pour discuter ou se promener, quand d'autres vont graffer à la bombe des ruines déjà largement taguées. Parmi les danseurs, le lever du soleil est salué par des cris de joie. "Je pense que les gens qui vont voter cette loi ont une vie un peu triste...", lâche Sacha.

21.04.2026 à 12:13

En Roumanie, le succès de Lolita, chanteuse virtuelle, incarnation pour certains du racisme anti-rom

FRANCE24

Mais cette popularité s'accompagne dans le pays de débats sur la place des artistes et le remplacement des humains, ainsi que d'un malaise parmi les Roms qui voient dans le succès de la star artificielle une manière de s'approprier leur culture tout en les effaçant du paysage. Parmi eux, Bianca Mihai, une chanteuse de 25 ans, trouve particulièrement "injuste" de se voir comparer à Lolita, quand son travail acharné ne lui a pas valu la même reconnaissance jusqu'ici. "C'est un peu fort quand on y pense : les gens me disent que je ressemble à l'IA entraînée à partir de mes données", confie-t-elle à l'AFP. La chanteuse, d'origine rom, dénonce également le recours à des clichés culturels à des fins mercantiles. "C'est bien joli d'emprunter des éléments de la culture rom, sans les aimer. Ca, ça fait mal", poursuit la jeune femme, qui a longtemps dû, à l'incitation de ses parents inquiets d'éventuelles discriminations, cacher ses origines. Jusqu'à l'approche de sa vingtaine, lorsqu'elle a décidé d'ignorer ce conseil. Lors de sa participation à la version roumaine de The Voice l'an dernier, la jeune femme a reçu des messages haineux, allant jusqu'aux menaces de mort. Les commentaires élogieux abondent en revanche à l'adresse de Lolita, propulsée célébrité en quelques semaines, et qui dispose d'un agent artistique. Un internaute la qualifie ainsi d'"Amy Winehouse de la Roumanie" quand un autre affirme que sa voix lui donne la chair de poule. Dans l'une des vidéos les plus vues de Lolita, celle-ci, regard embué de larmes, grandes boucles d'oreilles rondes et robe rouge à fleurs, fixe la caméra sur un quai de gare, se lamentant d'être "une gitane rejetée" par un amant marié qui lui préfère sa "vraie dame comme il faut". "C'est exactement le genre de fille très facile à faire adopter et à faire exotiser" par le public, déplore Bianca Mihai, jugeant les paroles "clichés au possible". "Racisme latent" Bogdan Burdusel, 35 ans, comme d'autres militants roms, voit lui aussi dans le personnage de Lolita une nouvelle manifestation d'un "racisme latent" dans un pays marqué par une longue histoire de discrimination envers sa communauté. "Les gens aiment la culture rom, mais pas les Roms", déclare-t-il à l'AFP, déplorant par ailleurs la sexualisation de Lolita, qui incarne selon lui le "fantasme d'un non-Rom". L'homme derrière cette création, un designer visuel de 32 ans, qui se fait appeler Tom et souhaite garder l'anonymat, affirme à l'AFP ne pas avoir "voulu offenser qui que ce soit". Il soutient que "Lolita n'appartient pas nécessairement à une culture spécifique. Elle reflète la réalité de millions de personnes qui vivent dans les Balkans. Elle incarne davantage une identité balkanique qu'une identité rom". Pourtant, il admet avoir choisi une musique traditionnellement jouée par les Roms pour sa "vérité crue", "une sorte de blues" local, selon lui. "Plus petit dénominateur commun" Le jeune homme dit être l'auteur des paroles des chansons de Lolita, qui content "des amours simples et des luttes quotidiennes", mais avoir utilisé des prompts pour créer la musique et les vidéos. "Honnêtement, je ne m'attendais pas à ce que ça devienne aussi viral", ajoute-t-il, se réjouissant que son oeuvre "résonne avec autant de gens". Grigore Burloiu, conférencier en technologies interactives à l'Université nationale de théâtre et de cinéma de Bucarest, est en revanche bien moins surpris par ce succès, auquel l'industrie musicale a selon lui préparé le terrain, en alimentant depuis longtemps le public avec les mêmes recettes et mêmes sons. "Et devinez quoi ? L'IA est vraiment très douée pour ça. Pourquoi ? Eh bien, parce que l'IA consiste précisément à trouver le plus petit dénominateur commun", souligne-t-il. "C'est injuste", déplore Bianca Mihai. "Parce que j'essaie de construire ma carrière, et j'ai l'impression qu'il n'y a pas de place pour moi", regrette la chanteuse, qui se sent obligée de jongler entre un emploi à plein temps comme consultante en informatique, un rôle au théâtre et ses répétitions en studio, pour prouver de quoi elle est capable.
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