L'annonce pourrait intervenir dès lundi, a appris l'AFP mercredi auprès de plusieurs sources proches du dossiers.
L'une d'elles a qualifié de "sombre" la situation de l'entreprise qui emploie 243 salariés, dans son unique usine, à La Chapelle-Saint-Mesmin, près d'Orléans (Loiret), estimant qu'une gestion "catastrophique" l'avait conduite à une "impasse".
"Les caisses sont vides et les salariés n'ont touché que 50% de leur dernière paie" en mai, a-t-elle ajouté. Environ 60% d'entre eux ont investi dans la coopérative.
Si le tribunal de commerce d'Orléans accepte de placer l'entreprise sous sa protection, Duralex connaîtrait son cinquième redressement judiciaire en une vingtaine d'années.
Le ministère de l'Economie avait indiqué vendredi qu'un audit de l'entreprise était en cours, à la demande de l'Etat, en raison d'une situation de trésorerie "tendue". Contacté mercredi par l'AFP, il n'a pas souhaité faire de commentaire.
"Intenable"
Duralex, fondée en 1945, a inventé le verre trempé et les fameux verres, réputés incassables et vendus dans le monde entier.
Très populaire, la marque avait reçu à l'automne dernier en quelques heures plus de 20 millions d'euros de promesses d'investissement dans le cadre d'une levée de fonds de 5 millions, destinée à assurer la poursuite de son redressement.
Mais depuis l'officialisation mi-avril du départ de son directeur général, François Marciano, figure emblématique de la reprise de la marque en société coopérative et participative (Scop), de nombreuses incertitudes entourent la situation de l'entreprise, qui avait déjà failli disparaître en avril 2024.
Remplacé par Peggy Sadier, qui occupait jusque-là les fonctions de directrice marketing et commerciale, M. Marciano aurait été "mis à pied" d'après la CGT. Son fils Antoine, qu'il avait nommé au poste de directeur financier et dont les compétences "n'ont pas été démontrées" selon une source proche du dossier, a connu le même sort.
François Marciano avait annoncé que le chiffre d'affaires de Duralex devait atteindre cette année ou en 2027 la barre des 35 millions d'euros pour retrouver l'équilibre financier, avant d'espérer viser 39 millions d'euros en 2030.
Ces objectifs étaient difficiles à atteindre, voire "intenables" pour plusieurs observateurs.
"Il ne semble pas qu'il y ait eu des malversations mais plutôt une gestion hasardeuse", a par ailleurs expliqué une source.
Le précédent Brandt
Duralex "est une usine, qui a besoin de produire à très gros volume", avait expliqué en avril un salarié sous couvert d'anonymat auprès de l'AFP, alors que seulement deux lignes de production sur cinq tournaient. Une seule était encore active récemment.
Les partenariats noués avec l'animateur Stéphane Bern ou encore la marque Le Slip Français étaient, selon lui, simplement des "pansements sur des jambes de bois".
En 2022, après l'invasion de l'Ukraine par la Russie, Duralex avait été durement touchée par la flambée des prix de l'énergie, dont elle est dépendante. Cette fois, les prix du gaz et de l'électricité ne sont pas en cause, car les contrats d'énergie avaient été bloqués pour 2026 et 2027.
Le projet de Scop avait été soutenu, y compris financièrement, par la région Centre-Val de Loire et Orléans Métropole.
Les difficultés de Duralex rappellent celles du groupe Brandt, ancien fleuron de l'électroménager français, liquidé en décembre dernier. Sa principale usine, qui employait 350 salariés sur les quelques 700 que comptait du groupe, se trouvait à sept kilomètres de celle de Duralex.