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16.06.2026 à 11:17

Dans le bassin du Mékong, une "bombe à retardement" toxique

FRANCE24

Les habitants du coin avaient l'habitude d'acheter leurs poissons directement sur place à son embarcadère de fortune, près de la ville thaïlandaise de Chiang Saen, à la frontière avec la Birmanie et le Laos. Mais depuis la détection l'an dernier d'arsenic et de métaux lourds dans plusieurs affluents du Mékong, les clients se font tellement rares que carpes et poissons-chats finissent parfois par pourrir. "L'impact a été énorme", dit à l'AFP le pêcheur de 69 ans, la tête couverte d'un chapeau de paille effrité. "Je n'ai jamais eu peur, mais d'autres villageois sont inquiets. Ils ne mangent pas de poissons, certains ne veulent même pas les toucher". Concentrée jusqu'ici dans d'autres rivières en amont, la pollution s'est étendue ces derniers mois jusqu'au mythique Mékong, dont dépendent au quotidien des millions de personnes en Asie du Sud-Est. Des résultats d'analyses publiés en avril par le Département thaïlandais de contrôle de la pollution montrent des concentrations d'arsenic atteignant 296 milligrammes par kilogramme de sédiment, soit près de dix fois le seuil de sécurité. Chercheurs et défenseurs de l'environnement l'attribuent principalement aux rejets toxiques déversés dans les cours d'eau par des mines illégales en Birmanie voisine. La guerre civile qui y fait rage facilite l'exploitation de ressources naturelles en dehors de tout cadre règlementaire, notamment les terres rares, utilisées dans les smartphones, éoliennes, véhicules électriques... "L'eau est morte" Maître de conférences à l'université de Chiang Mai, dans le nord de la Thaïlande, Wan Wiriya analyse avec son équipe des prélèvements de la rivière Kok, un affluent du Mékong. Là aussi, les chiffres sont dix fois au-dessus des normes. Le chercheur aux lunettes rondes évoque une "bombe à retardement", avec des risques de "cancers" ou de "troubles neurologiques" sur le long terme. Conduite par de jeunes moines bouddhistes en robe safran, une marche a été organisée la semaine dernière le long du cours d'eau contaminé pour alerter la population et les pouvoirs publics. "Les rivières sont les veines de nos vies", "Pas de mines près des rivières", clament pancartes et banderoles brandies par les participants, parmi lesquels Sansoen Duangdee. "On ne voit plus d'enfants jouer dans l'eau. On ne voit plus d'oiseaux, plus de papillons...", se désole l'artiste de 69 ans. "L'eau est morte. Et si l'eau est morte, qu'en est-il des gens?" L'une des organisatrices de la marche, Pianporn Deetes, directrice de l'organisation Rivers and Rights, appelle à un "dialogue diplomatique" entre la Thaïlande et les autres pays concernés, dont la Chine, principale importatrice des terres rares birmanes et laotiennes. Mais ni la Birmanie ni Pékin ne sont membres à part entière de la Mekong River Commission, qui s'est engagée à renforcer la surveillance régionale à la suite des dernières découvertes. Les "larmes" du Mékong La militante dénonce des "mafieux" faisant "ce qu'ils veulent sans aucune conséquence", et un manque de mobilisation politique face à un péril encore largement "invisible". "On n'en meurt pas immédiatement. Mais tôt ou tard, il y aura des bébés avec des handicaps ou des malformations du cerveau. Doit‑on vraiment attendre ce jour‑là pour reconnaître le problème?", interroge-t-elle. A Chiang Saen, dans le "triangle d'or" jadis tristement célèbre pour son trafic d'opium, les inquiétudes initiales semblent s'être progressivement estompées malgré la progression de la pollution. "Les clients commencent à revenir", confirme Buakhlee Srisawat derrière son étal d'un petit marché de bord de route. "Le poisson ici est comestible, il n'y a aucun contaminant. De nombreuses agences sont venues l'inspecter". Les autorités conseillent seulement d'en éviter les viscères, ainsi que les coquillages, et beaucoup d'habitants n'ont pas vraiment d'alternatives à cette ressource locale bon marché. Alors, le pêcheur Somdet Singthong n'a pas changé ses habitudes alimentaires et continue de "vivre normalement" depuis qu'on a trouvé de l'arsenic dans ses ongles et ses urines. "On ne peut rien faire d'autre de toute façon. On doit vivre avec ce fleuve, quoi qu'il lui arrive", témoigne-t-il, fataliste. "On dit que le fleuve, c'est la vie elle-même. Prenez ce Mékong: s'il pouvait pleurer, il aurait déjà versé toutes ses larmes".

16.06.2026 à 11:13

Présidentielle en Colombie: la gauche au pouvoir affronte une droite pro-Trump

FRANCE24

Les Colombiens choisiront leur futur dirigeant entre le millionnaire Abelardo de la Espriella, un novice en politique soutenu par le président américain Donald Trump, et le sénateur de gauche Ivan Cepeda, proche du président sortant Gustavo Petro. Interdit de réélection par la Constitution, M. Petro termine son mandat sur une forte popularité parmi les classes populaires, reconnaissantes pour la réduction de la pauvreté, les salaires plus élevés et une baisse du chômage dans l'un des pays les plus inégalitaires au monde. Ses opposants fustigent au contraire la politique de "paix totale" par laquelle il a tenté, en vain, de démobiliser les groupes armés (guérillas d'extrême gauche, ex-paramilitaires, cartels). Ils lui reprochent d'avoir favorisé l'expansion d'une myriade d'organisations criminelles ainsi qu'une flambée de violence inédite depuis l'accord de paix avec la guérilla des Farc en 2016. Ces quinze derniers mois, de nombreux dirigeants communautaires ont été assassinés, des civils ont péri dans des attentats, l'armée et la police ont été la cible d'attaques à répétition et un prétendant à la présidence a été tué. "Tout ce que je demande, c'est que le prochain président fasse preuve de fermeté (...). Il y a trop d'insécurité", dit à l'AFP Ariel Jamaica, militaire à la retraite de 48 ans à Bogota. Polarisation Abelardo De la Espriella, homme d'affaires de 47 ans qui se fait appeler "Le Tigre", incarne le rejet de la figure de Gustavo Petro et une ligne dure face aux guérillas et narcotrafiquants dans un pays qui est le premier producteur de cocaïne au monde. Au premier tour, il a créé la surprise en devançant Ivan Cepeda, philosophe de 63 ans, défenseur des droits humains et pièce maîtresse de la politique de "paix totale" du président Petro. "Le rejet ou l'approbation du président a vraiment conditionné la campagne", relève Sergio Guzman, directeur du cabinet de conseil Colombia Risk Analysis. Le second tour fera donc office de référendum sur le premier gouvernement de gauche de l'histoire de la Colombie, à l'heure où de nombreux pays d'Amérique latine ont viré à droite. Défenseur des victimes d'un conflit armé interne vieux de six décennies, Ivan Cepeda promet de poursuivre les réformes sociales amorcées par le gouvernement actuel. Après le premier tour, ce fils d'un homme politique communiste assassiné par des policiers alliés aux paramilitaires dans les années 90 a modéré ses propositions. Dans un entretien à l'AFP, il s'est dit disposé à revoir certains aspects de la politique de négociation avec les groupes armés. A l'opposé, Abelardo de la Espriella entretient un slogan prônant la "fermeté pour la patrie", accompagné d'un salut militaire. Admirateur des présidents salvadorien Nayib Bukele, argentin Javier Milei et de Donald Trump, le candidat de la droite dure, critiqué pour ses déclarations misogynes et homophobes, défend la plus grande fermeté contre le crime organisé. Il veut faire construire des méga-prisons où les détenus seraient nourris "de pain et d'eau", bombarder les camps de narcotrafiquants avec le soutien de Washington et d'Israël, et supprimer le tribunal issu de l'accord de paix avec les Farc. "Je vais défendre la Colombie par la raison ou par la force contre Petro et toute autre vermine", a lancé cet avocat qui s'est fait connaître en représentant des paramilitaires, narcotrafiquants et stars de foot. De nationalités colombienne et américaine, il entend réduire de 40% l'appareil d'Etat notamment via des suppressions de postes, baisser les impôts et développer la fracturation hydraulique. Kevin Guetivo, agriculteur de 28 ans dans le département amazonien du Putumayo, se dit "inquiet" face à ce candidat qui "cherche à détruire l'environnement". Les relations avec Washington, allié historique de Bogota, sont un autre marqueur de la campagne. Donald Trump, qui a eu des altercations répétées avec Gustavo Petro, a apporté dans l'entre-deux-tours un soutien appuyé à Abelardo de la Espriella. Ivan Cepeda a pour sa part prévenu que son pays ne se transformerait pas en "colonie" des Etats-Unis.

16.06.2026 à 11:12

Dans la Syrie post-Assad, les déplacés attendent la reconstruction

Dana ALBOZ

La Syrie est particulièrement impactée par la baisse de l’aide humanitaire mondiale, notamment américaine. Dans le nord-ouest du pays, des centaines de milliers de déplacés vivent toujours dans des abris de fortune. A la chute du régime, ils espéraient pouvoir rentrer chez eux. Mais en voyant leurs villages détruits, la plupart sont restés coincés dans des camps en attendant une reconstruction qui prendra des années. A mesure que le temps passe, les conditions de vie s’y dégradent et les infrastructures vitales comme les hôpitaux menacent de fermer. Reportage de Dana Alboz, Sophie Guignon et Mohamad Daboul dans l’immense camp de Qah, auprès des déplacés oubliés.
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