"La nouvelle est vraiment toute fraîche. Vous l'avez apprise quasiment en même temps que nous", se désole le colonel François-Xavier de la Chesnais, chef de corps du bataillon dont faisait partie le sous-officier, âgé de 42 ans.
L'adjudant-chef Arnaud Frion a été frappé par un drone Shahed, arme de conception iranienne, selon l'officier supérieur.
Il est le premier soldat français tué depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, déclenchée par des frappes israélo-américaines sur l'Iran le 28 février et qui s'est propagée dans plusieurs pays de la région.
Le président Emmanuel Macron lui a rendu hommage vendredi. Six autres soldats ont été blessés lors de l'attaque de drone, selon le ministère des Armées.
Dans la salle de réception de l'un des bâtiments du 7e Bataillon, deux portraits de l'adjudant-chef, déployé pour une mission de contre-terrorisme depuis janvier 2026 dans le cadre de l'opération "Inherent Resolve" en Irak, ont été accrochés. On y voit un grand jeune homme brun debout devant un drapeau tricolore, en tenue de combat des troupes de montagnes, casqué, un fusil à la main.
Tchad et Afghanistan
Arnaud Frion avait rejoint les chasseurs alpins de Haute-Savoie le 1er décembre 2004, débutant sa carrière comme grenadier-voltigeur. Il avait par la suite été projeté au Tchad, en Côte d'Ivoire, en Afghanistan, au Mali, au Niger et en Estonie. Marié et père d'un enfant, il avait reçu la médaille militaire le 31 décembre 2021.
"Il est mort en soldat, en combattant. Et donc, finalement, c'est presque quelque chose qui est normal pour un soldat. (...) On sait que ça fait aussi partie du métier et Arnaud le savait", lui a rendu hommage le colonel, évoquant une "personnalité assez hors norme" et un "beau parcours".
Ayant commencé "vraiment tout en bas de l'échelle", il avait "très tôt été remarqué par ses chefs". Il avait une dizaine d'opérations à son actif et avait reçu 4 citations. "C'est quelqu'un qui était ultra compétent, très, très performant. Et donc, comme on dit un peu de façon un peu banale, ce sont les meilleurs qui partent les premiers", conclut-il.
L'hôtel de ville de Varces a lui aussi mis son drapeau français en berne. "La commune est en deuil, le bataillon est en deuil", relève le maire de cette commune de 8.500 habitants, Jean-Luc Corbet. "Ici, tout le monde a au minimum un voisin militaire. Et un enfant de militaire dans la classe de son enfant".
Varces avait déjà eu à déplorer le décès de Maxime Blasco, tué en opération au Mali en 2021, ainsi que celui d'un autre militaire en Guyane en 2023, rappelle-t-il.
"Oui, on est habitué malheureusement, bien malheureusement, on est habitué à ces situations-là. Et c'est une situation où justement, il faut que la société civile soit à leur côté.(...) Mais l'habitude n'enlève pas la peine", souligne-t-il.