Cette relecture post-MeToo nourrit la rétrospective que la Cinémathèque française consacre à cette légende du 7e art, morte en 1962 à 36 ans après une carrière météorique qui a laissé derrière elle quelques grands films ("Certains l'aiment chaud", "Sept ans de réflexion"...) et un mythe parfois encombrant.
"Il faut faire un pas de côté par rapport aux légendes qui l'entourent afin de sortir de la lecture anecdotique et sensationnaliste de sa vie", explique à l'AFP Florence Tissot, commissaire de cette exposition qui ouvre mercredi à Paris et migrera en Espagne l'an prochain.
"Traditionnellement, les discours sur Marilyn Monroe sont centrés sur sa biographie, sa vie privée, ses divorces, ses fausses couches, ses difficultés à être une femme accomplie, et c'est une manière de la dénigrer", poursuit-elle.
A la Cinémathèque, où sont exposés photos, extraits de ses films et quelques robes et artefacts qui ont forgé sa légende, émerge une autre facette d'un mythe façonné par les studios hollywoodiens, qui ont transformé cette ancienne ouvrière en icône planétaire à partir du milieu des années 1940.
Après quelques seconds rôles, la consécration au cinéma arrive en 1953 avec "Niagara" d'Henry Hathaway, film à petit budget qui rapportera près de six fois ce qu'il a coûté, et deux ans plus tard par "Sept ans de réflexion" de Billy Wilder.
A moins de 30 ans, Marilyn Monroe, Norma Jeane Baker de son vrai nom, devient alors l'une des plus grandes stars du globe, représentation hypersexualisée dans une société américaine puritaine et ségréguée.
Les "loups" d'Hollywood
L'exposition à la Cinémathèque n'occulte pas le versant glamour du mythe mais dépeint une Marilyn Monroe beaucoup moins naïve que sa représentation à l'écran.
"Pour accéder à un tel niveau de notoriété, il est évident qu'elle avait une stratégie réfléchie", note Florence Tissot.
A mesure que son aura grandit, Marilyn Monroe se dresse contre le système des studios.
Dans les années 1950, elle renonce de participer à un projet d'adaptation de la comédie musicale "The Girl in Pink Tights", jugeant le scénario médiocre et refusant d'être payé trois fois moins que Frank Sinatra, qui devait partager l'affiche avec elle.
Elle préférera se tourner vers des rôles plus sombres, dans "Bus Stop" ou "Les Désaxés", au prix d'échecs commerciaux.
Plus de soixante ans avant MeToo, elle décrivait dans un article de 1953 la prédation sexuelle à Hollywood, elle dont la vie émaillée de violences a été disséquée dans le roman "Blonde" de Joyce Carol Oates en 1999.
"Je veux dire que ce serait un monde très fade s'il n'y avait aucun loup mais une fille doit savoir comment les gérer, sans quoi elle s'expose à un tas de problèmes", écrit-elle dans ce témoignage titré "Les loups que j'ai connus" où elle décrit les manigances des faux agents de producteurs pour obtenir des faveurs sexuelles.
Son accession même à la notoriété a été teintée d'abus. Pour lancer le premier numéro de Playboy en 1953, le fondateur Hugh Hefner avait ainsi décidé de publier en une d'anciennes photos de Marilyn nue, sans lui demander son consentement.
"Comme elle est à la fois d'une très grande beauté plastique et en même temps qu'elle symbolise une sorte de résistance à un milieu dominé par les hommes, elle est souvent regardée depuis l'affaire Weinstein comme une icône féministe qui a dénoncé les abus à Hollywood avant tout le monde", souligne Florence Tissot.