Engins de chantier comme véhicules de transport sont de gros consommateurs, explique Matthieu Laclau, directeur général associé chez CarrionTP. "Les camions, c'est 70 litres à l'heure à peu près", les pelleteuses environ 100, dit-il.
En passant en revue les engins garés dans le dépôt de son entreprise basée à Vaulx-en-Velin (Rhône), il s'arrête devant des machines électriques et esquisse un sourire. "Fort heureusement on en a, mais ce n'est pas encore assez développé".
Cette entreprise de 100 salariés a besoin d'environ 7.000 litres de carburant par mois. Avec une hausse des prix de 30 à 50% depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, "l'impact est immédiat", explique M. Laclau. "A chaque fois qu'on produit, ça tape dans notre rentabilité".
Pour ne pas subir, Carrion TP "s'organise". Les salariés sont encouragés à faire du covoiturage avec les véhicules de la société, dont plusieurs vans. C'est aussi "éteindre les machines au maximum, réduire le nombre de machines sur les chantiers dès qu'on peut".
Les usages "plus économes" sont incités, comme une formation à l'écoconduite. Mais à long terme, "on n'aura pas d'autres choix que d'augmenter nos prix. Chose qu'on a toujours un peu de crainte à faire", se désole M. Laclau.
L'entreprise n'a pas eu accès aux aides de l'Etat, réservées à ce stade aux entreprises plus petites. Mais elle "n'en veut pas", assure le directeur général.
"Plus il y a d'aide, moins il y a d'argent public. Moins il y a d'argent public, moins il y a de chantier", avance-t-il, alors que 60% des contrats de l'entreprise viennent de collectivités.
Il préférerait "avoir un cadre un peu plus stable, moins de charges sur les salaires".
Anticipation
L'aide de l'Etat annoncée début avril sur le gazole non routier, pour les entreprises de moins de 15 salariés, "va dans le bon sens", estime de son côté le secrétaire général de la Fédération des entreprises du Bâtiment et des Travaux publics du Rhône Olivier Brunet.
L'impact ne se limite pas au GNR: les prix des carburants en général sont affectés, et indirectement ceux des matériaux, "de 5 à 35% notamment pour les matériaux bitumeux", souligne-t-il. Il y a aussi "l'espèce d'attentisme global" qui laisse certains projets en suspens.
Chez CarrionTP, qui installe notamment des canalisations en PVC, la flambée des prix du plastique pèse aussi sur la trésorerie.
La mise en place d'un observatoire des prix des matériaux, promis par le gouvernement, "devrait permettre plus de transparence, d'anticipation, de visibilité", espère la déléguée générale de la fédération Anne-Laure Le Gavrian. "On attend que ce soit suivi d'effets" en cas de dérives des fournisseurs, ajoute-t-elle.
La fédération voit d'un bon oeil la circulaire gouvernementale rappelant la possibilité de modifier un contrat pour tenir compte de la hausse du coûts des matériaux, même en l'absence de clause dédiée.
Le ministre de l'Economie Roland Lescure a par ailleurs annoncé lundi soir que le "prêt flash carburant", qui permet de prêter des sommes de 5.000 à 50.000 euros au taux de 3,8%, sans exiger de garantie, à certaines très petites entreprises (TPE) et petites et moyennes entreprises (PME), allait être élargi au secteur du BTP.
Pour Matthieu Laclau, la stabilité passe par "plus de souveraineté énergétique". Le secteur du BTP est le premier employeur de France: "si on veut de l'emploi, il va falloir nous protéger, pas par des aides mais par une capacité à être un peu plus souverain dans notre façon de construire", estime-t-il.