Cette première incursion dans les Alpes a aussi montré le premier léger fléchissement de Paul Seixas qui a perdu son maillot blanc de meilleur jeune, même si le Français, quatrième de l'étape et du général, a limité la casse en terminant avec Florian Lipowitz à près d'une minute du vainqueur.
Mais ce petit recul n'était rien face à la détresse de Jonas Vingegaard, évacué en ambulance, la clavicule cassée, après une violente chute dans un petit rond-point à une vingtaine de kilomètres de l'arrivée.
L'abandon de Vingegaard, qui sera opéré dans les prochains jours selon son équipe Visma, redistribue les cartes au général où Evenepoel est désormais deuxième à cinq minutes pile de Pogacar, devant Del Toro et Seixas, avant le contre-la-montre de mardi.
C'est aussi un événement car pour la première fois depuis 2020, Pogacar et Vingegaard (vainqueur en 2022 et 2023, deuxième en 2021, 2024 et 2025) ne termineront pas aux deux premières places à Paris.
"Sans lui, le Tour ne sera pas le même. Je suis vraiment triste de le voir partir comme ça. On est de grands rivaux, avec beaucoup de respect, des amis en quelque sorte", a réagi Pogacar, compatissant, avant de rappeler que le Danois avait connu une journée "vraiment pourrie".
Elle a commencé très tôt, à deux heures du matin, lorsque Vingegaard a été sorti du lit par un contrôleur de l'Agence antidopage internationale venu le soumettre à un test inopiné.
"Une honte"
"Je n'ai pas très bien dormi. C'est bien de nous tester, mais là ça dépasse les bornes", a-t-il déploré au départ à Campagnole après avoir mis quarante minutes à se rendormir.
"C'est inhumain et ça explique peut-être en partie sa chute d'aujourd'hui", a fustigé à l'arrivée Pogacar, lui-même réveillé pour un contrôle cette nuit.
"Mais moi c'était à cinq heures du matin et j'étais déjà sorti de mon sommeil profond", a expliqué le double champion du monde qui a "écouté des vieux tubes d'Eminem" et bu "plein de café" pour attendre l’aube, incapable de retrouver le sommeil.
Remco Evenepoel, qui n'a pas été réveillé, a, lui, pointé "un immense manque de respect". "On est sur la course la plus difficile du monde et le sommeil est le seul moment où on peut récupérer. Si ça m'était arrivé, j'aurais envoyé des gars de mon équipe la nuit prochaine pour réveiller les contrôleurs. C'est une honte", a-t-il fulminé.
Mais le Belge était surtout très content d'avoir gagné sa première étape en ligne sur le Tour de France, après deux chronos en 2024 et 2025.
"Je tremble d'émotion"
"Je tremble littéralement d'émotion. Il faut comprendre que je cours contre le meilleur coureur de tous les temps qui a fait une montée d'enfer pour essayer de gagner l'étape avec Isaac. Pour moi, c'est un énorme pas en avant de pouvoir suivre ce rythme, parce que le tempo était incroyablement dur", a insisté le double champion olympique qu'on n'avait encore jamais vu aussi solide en montagne sur le Tour de France.
Il a été le seul, avec Del Toro, à tenir la cadence de Pogacar dans la terrible montée de Solaison où le Slovène a fait sauter tous les autres coureurs en restant assis sur sa selle.
Tout en contrôle, le maillot jaune a presque fait toute l'ascension en tête, se retournant sans cesse pour voir si son jeune coéquipier était encore dans sa roue, résolu à lui offrir la victoire, comme lors de la deuxième étape à Barcelone.
Dans le dernier kilomètre, Del Toro a finalement placé deux attaques, contrées à chaque fois par Evenepoel.
Le Mexicain a alors baissé les bras et Pogacar s'est contenté de rester dans la roue du Belge qui avait reconnu cette montée à six reprises.
"J'ai tout donné pour lui, je l'ai encouragé mais il est tombé aussi lors de la chute de Jonas et il lui en manquait un peu à la fin. Pas grave, c'est une belle journée quand même", a résumé Pogacar.
Sauf pour Vingegaard.