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26.08.2026 à 11:59

Dans le sud du Liban, Israël accusé d'incendier terres agricoles et forêts

FRANCE24

Depuis la limite de la zone occupée par Israël dans le sud du pays, Haïdar Qoteich a vu les champs et les vergers de son village de Houla, tenu par l'armée israélienne et situé à cinq kilomètres de là, disparaître dans les flammes. "Ils ont tout brûlé (..) les champs du village sont tout noirs", affirme à l'AFP ce père de quatre enfants, âgé de 36 ans, joint par téléphone. Selon les autorités libanaises, plus de 16.000 hectares ont été brûlés depuis le début des hostilités entre le mouvement pro-iranien Hezbollah et Israël en octobre 2023, marquées par un cessez-le-feu en novembre 2024 avant une reprise des affrontements début mars, et une accalmie relative ces dernières semaines. En août, un photographe de l’AFP a recensé des dizaines d'incendies qui ont ravagé plusieurs localités du sud, comme Houla, Maiss al-Jabal et Wadi Slouqi. La plupart sont situés dans ce qu'Israël désigne comme une "zone de sécurité" où son armée est déployée. Incendies "systématiques" Les feux résultent de frappes israéliennes, de "bombes explosives et de drones", indique à l'AFP Hussein Fakih, directeur de la Défense civile à Nabatiyé, la capitale du gouvernorat. Il fait aussi état de "bombes au phosphore et bombes à sous-munitions pour déclencher" les incendies. Ses équipes, qui n'ont pas accès aux zones occupées, ont recensé en juillet et en août des incendies à la lisière de ces secteurs. Des responsables libanais, des ONG et des habitants dénoncent une "politique de la terre brûlée" pratiquée par Israël qui cherche à éloigner les combattants du Hezbollah de la frontière. Contactée par l'AFP, l'armée israélienne a indiqué avoir "conscience de l’impact environnemental potentiel de ses activités dans la région" et assure prendre "des mesures de précaution pour réduire les dommages causés aux civils et à l’environnement". Aux confins du village de Kfar Chouba, jouxtant la zone occupée, un incendie s'est déclaré le 5 août "à la suite de tirs des forces israéliennes", rapporte le maire, Kassim Al-Kadri. Le feu a ravagé une zone forestière d’environ 2 km². Il a fallu, selon le maire, deux jours pour le maîtriser avec des moyens rudimentaires, la défense civile n'ayant obtenu que le lendemain une autorisation d'accès de la part d'Israël. "Le feu avait tout ravagé", déplore-t-il. Au siège du Conseil national de la recherche scientifique (CNRS), à Beyrouth, des images satellitaires projetées sur écran géant montrent des vergers et forêts avant et après leur disparition depuis 2023, sous l’effet des incendies et du défrichement, y compris l'arrachement d'oliviers centenaires. Des photos de Khiam, bourgade occupée, montrent ainsi des étendues verdoyantes avant 2024 transformées en terres arides. Le CNRS a recensé la destruction par le feu d'environ 8.500 hectares au cours de la guerre précédente (octobre 2023-novembre 2024) et de 7.500 hectares au cours de la dernière. Le secrétaire général du CNRS, Chadi Abdallah, accuse Israël "d'incendier de manière systématique" ces zones. "Ecocide" "Cela montre qu’ils cherchent à créer un espace dépourvu d’habitations, de constructions et de toute forme de vie" pour empêcher tout retour des habitants, affirme-t-il, en parlant de la majorité des personnes résidant dans les villages frontaliers qui ont dû fuir les bombardements israéliens. Il souligne que 350 hectares ont été incendiés entre la date de signature d'un accord-cadre entre le Liban et Israël en juin et le 13 août. L'agence de presse officielle libanaise ANI fait état régulièrement d'opérations de démolitions et explosions déclenchées par Israël dans le sud. Et le Liban a plusieurs fois dénoncé des destructions "systématiques" dans cette région. Dans le village de Zawtar el-Charqiyé, l’armée israélienne a en outre déraciné 600 oliviers en août, selon l'ANI. L’association "Les Verts du Sud", qui documente les dégâts environnementaux dans cette région, a accusé Israël de mettre le feu "aux maisons, forêts, bois et terrains agricoles", et notamment à une réserve naturelle située à Wadi Slouqi. La ministre libanaise de l’Environnement, Tamara el-Zein, avait déjà dénoncé un "écocide" dans le sud, et des incendies "délibérés". De Chaqra, où il a trouvé refuge, Haïdar Qoteich contemple les plaines incendiées de son village. "Il faut toute une vie pour reboiser un village devenu un désert", soupire-t-il.

26.08.2026 à 11:59

"Pas d'autre choix": les travailleurs étrangers du Golfe restent malgré la guerre

FRANCE24

Dans les riches Etats du Golfe, quelque 35 millions de travailleurs étrangers, principalement originaires des pays du Sud, font tourner l'économie et constituent l'essentiel de la population, attirés par des salaires non imposés et bien plus élevés que chez eux. La guerre a été déclenchée le 28 février par des frappes israélo-américaines contre l'Iran, qui a riposté en ciblant les alliés de Washington dans la région, faisant 41 morts dans le Golfe. Tout au long du mois de juillet, le Koweït a fait l'objet d'attaques contre son unique aéroport, des usines de dessalement d'eau et des centrales électriques, poussant les autorités à demander aux habitants de réduire leur consommation d'énergie. "Trop instable" Après avoir été réveillé en pleine nuit par le fracas d'un drone s'écrasant sur un bâtiment voisin, Amro Hussein, ingénieur originaire d'Egypte, raconte avoir fui le pays par la route avec sa femme et ses deux filles. "Ça a été un choc (...) surtout pour les enfants", dit-il. Mais quatre mois plus tard, la famille, installée au Koweït depuis 12 ans, a décidé de revenir. "Ça n'a pas été une décision facile", explique-t-il à l'AFP. Les étrangers installés dans le Golfe sont confrontés à un dilemme: rester dans ces paradis fiscaux mais risquer d'être en danger ou alors retourner dans leur pays mais y retrouver des salaires plus faibles. Au cours des premières semaines de la guerre, les Emirats arabes unis ont été en première ligne de la riposte menée par Téhéran et bien que le pays ait dit avoir intercepté la grande majorité des quelque 3.000 drones et missiles lancés dans sa direction, le conflit a ébranlé son image de havre de stabilité. Plus de 60.000 habitants ont quitté Dubaï alors que l'émirat était soumis à d'intenses attaques en mars, mais la population a néanmoins atteint 4,73 millions d'habitants en juillet, dépassant ainsi son niveau d'avant-guerre, selon les données officielles. Rabin Sharma, un serveur indien qui travaille à Manama, la capitale de Bahreïn, était à l'étranger lorsque la guerre a éclaté, et s'est empressé de regagner le royaume. De la même façon, au Koweït, de nombreux habitants ont renoncé à leurs vacances d'été, craignant de rester bloqués à l'étranger. Certains ont toutefois choisi d'éloigner leurs proches, comme cet ingénieur égyptien installé au Koweït, rencontré dans un café chic. Sa femme et sa fille s'apprêtent à rentrer en Egypte tandis que lui reste. "La situation est trop instable", dit-il, "je ne peux pas risquer leur vie". "Travailler dur" A Dubaï, les entreprises des secteurs des services et du tourisme ont procédé à des licenciements et des baisses de salaires. Mais pour une Syrienne d'une trentaine d'années, ayant requis l'anonymat, la situation est toujours préférable à celle en Syrie, pays dévasté par plus de 13 ans de guerre civile. "Je suis restée parce que je n'avais pas d'autre choix", confie-t-elle à l'AFP. "Dubaï, c'est là qu'il faut être pour se sentir en sécurité, travailler dur, gagner de l'argent et épargner, des possibilités que nous n'avons pas chez nous", dit-elle. "La plupart d'entre nous sommes ici parce que (...) la vie était tout simplement devenue impossible là d'où nous venons". Comme de nombreux travailleurs installés dans le Golfe, elle envoie chaque mois de l'argent à ses parents en Syrie, qui en dépendent. Toujours à Dubaï, Darly Lanzuela, 33 ans, juge quant à elle inconcevable de rentrer aux Philippines, affirmant gagner "dix fois" plus en travaillant dans un centre commercial du Golfe que dans son pays. "Pour offrir un avenir meilleur à mes enfants et assurer leur éducation, il vaut mieux rester à Dubaï". ht-aya-sh-str/sar/cgc/vl

26.08.2026 à 11:55

"Inaction": l'Etat français doublement assigné dans le dossier Epstein

FRANCE24

Daniel Siad, rabatteur présumé de Jeffrey Epstein, a été retrouvé mort fin juillet à son domicile de Colombes (Hauts-de-Seine) éteignant, de fait, les investigations le visant, mais pas l'enquête du parquet de Paris autour du dossier Epstein. "Il y avait l'opportunité de l'entendre, mais rien n'a été fait pendant des mois", a déclaré Ebba Karlsson sur BFMTV mi-août, après avoir révélé sa volonté d'assigner l'Etat sur RTL. L'assignation de l'Etat devant le tribunal judiciaire de Paris par Mme Karlsson, portée par Mes William Bourdon et Colomba Grossi, a été signifiée le 21 août avec une audience initiale prévue courant 2027, selon des éléments dont a eu connaissance l'AFP mercredi. Ces avocats insistent sur l'absence de garde à vue et d'audition de Daniel Siad, dénonçant "une inaction fautive du service public de la justice". Les conseils de Mme Karlsson demandent au tribunal de constater le "dysfonctionnement du service public de la justice" et de le juger constitutif d'"une faute lourde". Ils réclament 50.000 euros pour le "préjudice subi" par Mme Karlsson. La quinquagénaire avait porté plainte en début d'année à Paris, affirmant avoir reconnu, sur une photo présente dans les fichiers Epstein, Daniel Siad, qu'elle accuse de viol en France dans les années 1990. "Colère" Visé par plusieurs plaintes, notamment pour viol, Daniel Siad faisait l'objet à Paris d'une enquête et contestait les accusations. "Il était innocent", avait affirmé auprès de l'AFP son avocate Ménya Arab-Tigrine. "Nous nous demandons pourquoi il n'a pas été interpellé", s'est encore interrogée Mme Karlsson. "Daniel Siad faisait l'objet de techniques spéciales d'enquêtes et notamment d'écoutes téléphoniques, sans que celles-ci n'aient à ce jour apporté d'éléments justifiant qu'il soit procédé à son interpellation immédiate", a opposé la procureure de Paris Laure Beccuau dans un communiqué après le décès du suspect. Homayra Sellier et Me Jean Sannier, présidente et avocat d'Innocence en danger, confient à l'AFP que l'association se joint "à l'action de Mme Karlsson, visant a demander des comptes à l'Etat français". Innocence en danger dit partager "la colère de toutes les victimes de ce terrible dossier". Dans une procédure distincte, signifiée le 31 juillet par Me Mathias Darmon (avec une première audience courant 2027), Innocence en danger, comme elle l'avait précédemment annoncé à l'AFP, a donc également assigné l'Etat devant le tribunal judiciaire de Paris. Me Sannier y pointe un "fonctionnement défectueux du service public de la justice", une "faute lourde" et un "déni de justice" dans son traitement du volet français de l'affaire Epstein et réclame 15.000 euros au titre de "dommages et intérêts". "Absence d'explication" L'association regrette notamment un "calendrier dont la lenteur apparaît objectivement difficilement conciliable avec les exigences attachées à une enquête pénale de cette nature". Innocence en danger rappelle s'être "adressé au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Paris, dès le mois de juillet 2019". L'association rappelle au passage les "nombreux liens avec le territoire français" dans cette affaire tentaculaire, tant en raison "des déplacements réguliers de Jeffrey Epstein à Paris" que "de ses relations suivies avec plusieurs intermédiaires, recruteurs ou acteurs du monde du mannequinat établis en France". L'association évoque notamment "la succession de retards" et "l'absence d'explication sur certaines périodes d'inactivité apparente de la procédure". Innocence en danger déplore "dans le même temps" le décès de "plusieurs personnes susceptibles de présenter un intérêt pour les investigations" parmi lesquelles Jean-Luc Brunel en février 2022, agent français de mannequins et autre rabatteur présumé de Jeffrey Epstein, qui s'est suicidé en détention, et, plus récemment, Daniel Siad. Après la publication de millions de documents liés à Jeffrey Epstein, le parquet de Paris avait annoncé début 2026 la saisine de magistrats référents pour analyser d'éventuelles infractions liées à des Français et procéder "à une réanalyse intégrale du dossier d'instruction" Brunel.
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