Face au déploiement massif d'agents fédéraux ordonné par Donald Trump ces deux derniers mois pour conduire son offensive anti-immigration dans cette ville du Midwest, l'ex-éducatrice refuse de rester inactive.
"Nous devons nous rappeler ce qui fait l'essence de ce pays", estime cette retraitée de 62 ans. "Les Etats-Unis devraient être synonymes de diversité, c'est en quelque sorte le fondement de ce pays, et les gens semblent l'oublier."
Pour réagir, elle a rejoint l'église "Dios Habla Hoy", devenu un centre névralgique de la solidarité locale.
L'organisation protestante latino-américaine distribue actuellement de la nourriture à 28.000 familles de Minneapolis et sa grande banlieue, selon le pasteur Sergio Amezcua.
L'homme de foi est sidéré par la terreur qui s'est emparée de la région. Beaucoup d'immigrés ont arrêté d'aller au travail, leurs enfants sèchent l'école et certains commerces perdent jusqu'à la moitié de leur clientèle.
Lorsqu'il a lancé cette distribution alimentaire début décembre pour éviter aux Latino-américains se sentant menacés de sortir faire les courses, il pensait aider "10 à 20 familles, c'est tout".
Mais en quelques heures, "nous avons eu 2.000 familles inscrites", raconte-t-il à l'AFP. "C'est là que nous avons compris que ça allait vraiment mal".
"Contrôles au faciès"
Déjà décriées à Los Angeles et Chicago ces derniers mois, les méthodes de la police de l'immigration américaine (ICE) et de celle des frontières (CBP) ont créé un climat anxiogène à Minneapolis.
Comme à chaque opération d'envergure, des groupes d'agents fédéraux masqués et lourdement armés effectuent des descentes musclées aux arrêts de bus, près des magasins de bricolage où les sans-papiers cherchent du travail, ou dans d'autres endroits prisés de la communauté latino-américaine.
Ces trois dernières semaines, ils ont tiré une balle dans la jambe d'un migrant vénézuélien, abattu deux Américains qui contestaient leur action et ont embarqué un petit Equatorien dont le regard perdu a fait le tour des réseaux sociaux.
"Ils arrêtent des enfants de cinq ans, des femmes enceintes. Donc il se passe beaucoup de choses anormales", souffle M. Amezcua, également indigné par l'arrestation de citoyens américains qui n'avaient pas la bonne couleur de peau.
"Ils font des contrôles au faciès, donc les gens ont peur, même ceux qui sont nés ici", insiste-t-il.
Sur les 600 hispaniques de sa congrégation, la moitié sont Américains. Et pourtant, seuls 80 osent désormais assister au service du dimanche.
Châtiment "politique"
Confronté à cette crise, le pasteur en vient à regretter d'avoir voté pour Donald Trump en 2024, lui qui a sincèrement cru que le milliardaire républicain se concentrerait sur l'expulsion des "bad hombres". Autrement dit, "les criminels, les pédophiles, les narcos, les meurtriers".
Depuis son sanctuaire, cet Américain originaire du Mexique a du mal à comprendre comment le gouvernement Trump, qui compte de nombreux membres professant leur christianisme, autorise de telles extrémités.
"Les chrétiens sont appelés à traiter les gens avec compassion, à accueillir les étrangers, à nourrir les pauvres, et oui, à maintenir l'ordre, mais avec dignité", estime-t-il. "En tant que nation chrétienne, nous devrions agir de la bonne manière."
Parmi les centaines de volontaires mobilisés pour son église, beaucoup ont en revanche le sentiment que Minneapolis est châtiée pour des pêchés d'ordre "politique".
Sur le parking où elle récupère la nourriture qu'elle doit livrer, Kathleen rappelle que la métropole ancrée à gauche est une ville sanctuaire, où les autorités locales agacent Donald Trump en refusant de faciliter sa campagne d'expulsions massives.
"S'il cherchait vraiment les immigrés clandestins, il enverrait des troupes dans les États républicains comme le Texas et la Floride, où se trouvent la plupart d'entre eux", estime cette retraitée de 66 ans. "Il attaque notre Etat parce que nous sommes un Etat démocrate."