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31.05.2026 à 08:33

Courtisés de toutes parts, les créateurs de contenu se préparent à peser sur la présidentielle

FRANCE24

Sam Zirah, plus de deux millions d'abonnés sur YouTube, s'est fait connaître en interviewant des candidats de téléréalité mais invite désormais des responsables politiques. Le trentenaire estime que ses interviews, davantage axées sur la vie personnelle de l'invité, sont "complémentaires" de celles proposées dans les grands médias. Avant les élections municipales, en février, il demande ainsi à la candidate LFI à Paris Sophia Chikirou si elle a le "seum" (une frustration) d'être identifiée comme la compagne de Jean-Luc Mélenchon. La semaine suivante, son concurrent à gauche Emmanuel Grégoire, depuis élu maire, évoque sur son plateau le récent suicide de son frère. "L'intime est politique", juge Sam Zirah, qui assure que ses interviews ne sont pas pour autant complaisantes. Mais de fait, les créateurs de contenu offrent généralement à leurs invités des formats plus longs et des questions moins féroces. Avec, à la clé, l'accès à une audience plus jeune. Ces créateurs sont des stars sur YouTube, Twitch, TikTok ou encore Instagram. Or plus de la moitié des moins de 25 ans citent les réseaux sociaux et plateformes vidéo comme principale source d'information, selon un baromètre de l'Arcom (Autorité de régulation de la communication numérique) publié en janvier 2026. Pour Pascal Lardellier, spécialiste en communication politique à l'université Bourgogne-Europe, les influenceurs vont "jouer un rôle fondamental" dans la présidentielle. Ils peuvent, selon lui, "ramener à la politique" des jeunes particulièrement touchés par l'abstention. Chats ou chiens Les médias traditionnels, eux aussi en quête de nouvelles audiences, travaillent de plus en plus avec ces créateurs aux visages juvéniles. France TV collabore depuis plusieurs années avec HugoDécrypte qui, à 29 ans, est suivi par 3,7 millions de personnes sur YouTube et 5,5 millions sur Instagram. Sam Zirah préfère rester discret sur les détails, mais glisse multiplier les rendez-vous avec des groupes télévisuels pour la présidentielle de 2027. Pour la campagne, TF1 a déjà lancé une série d'entretiens politiques en coproduction avec le youtubeur Gaspard G, dont le premier épisode, avec Jean-Luc Mélenchon, a été diffusé début avril. L'Insoumis, qui n'a pas de mots assez durs contre les médias traditionnels, rechigne à se rendre en plateau - même si c'est sur celui du 20H00 de TF1 qu'il a annoncé sa candidature présidentielle - et a pleinement intégré les créateurs de contenu dans sa communication. Il a lancé en février des conférences de presse réservées aux nouveaux médias et influenceurs, ce qui lui a valu d'être accusé de "filtrer" les journalistes. L'influenceuse Anna Baldy, qui analyse l'actualité sous le pseudonyme Grande bavardeuse, a fait partie des invités de cette conférence. "On n'est pas dupes quand on est invité quelque part", les personnalités politiques "savent que c'est la seule façon de parler aux jeunes", juge cette récente diplômée de Sciences Po. Elle pense aussi que les influenceurs, surtout quand ils débutent, sont jugés plus facilement manipulables que les journalistes de médias établis. Anna Baldy réfléchit à la façon dont elle couvrira la campagne de 2027, mais pense qu'elle n'interviewera pas de candidats, un exercice qu'elle juge très difficile. "Je ne crois pas avoir pour le moment la maturité de le faire et j'ai pas envie de demander à Jordan Bardella s'il préfère les chats ou les chiens", dit-elle. "Plus important qu'un député" Le président du RN, à peine trentenaire, est tellement suivi sur les réseaux sociaux qu'il est "lui-même devenu un influenceur", juge Pascal Lardellier. Le Rassemblement national peut aussi compter sur un réseau d'influenceurs qui relaient ses idées. Mais d'autres, comme le célèbre youtubeur Squeezie, avaient appelé à lui faire barrage aux législatives de 2024. Les créateurs de contenu prendront-ils parti en 2027? S'exprimer comporte le risque de s'aliéner les abonnés qui votent différemment. Sam Zirah et Anna Baldy disent qu'ils ne prévoient pas de soutenir un candidat. Mais cette dernière, dont le contenu est marqué à gauche, ne se l'interdit pas, surtout pour le second tour. L'entourage d'un candidat à la présidentielle affirme avoir récemment été approché par une influenceuse voulant les aider. "Aujourd'hui, un soutien comme ça, c'est plus important qu'un député", dit cette source à l'AFP. Avant d'ajouter: "Les créateurs de contenu et nouveaux médias vont faire partie de notre stratégie, à la hauteur d'un média comme TF1". led/hr/tes

31.05.2026 à 08:21

Indonésie: 20 ans plus tard, le volcan déverse encore sa boue

FRANCE24

Harwati joint les mains pour offrir une prière au bord du lac de boue qui continue de s'étendre tandis qu'une dizaine d'habitants sont rassemblés pour commémorer le désastre. Le rassemblement organisé vendredi visait à rappeler au gouvernement que les habitants subissent encore les conséquences de l'immense coulée de boue, qui a englouti maisons et villages. "Même si les présidents se succèdent, nous espérons toujours que (le gouvernement) nous rendra justice", a déclaré samedi à l'AFP cette femme de 50 ans qui comme beaucoup d'Indonésiens ne porte qu'un seul nom et pour qui la catastrophe est "loin" d'être terminée. Les éruptions probablement en partie provoquées par un forage d'une compagnie pétrolière et qui se poursuivent, ont détruit au moins une douzaine de villages et ont déplacé des dizaines de milliers de personnes. Treize personnes sont mortes lors de l'explosion d'un gazoduc souterrain dans la zone sinistrée. Comme beaucoup d'habitants, Harwati exige que le gouvernement procède à un examen approfondi des conséquences de la coulée de boue sur la santé des riverains, affirmant que de nombreux villageois ont depuis développé des cancers. Selon les autorités, plus de 600 hectares ont été engloutis par la boue, les efforts déployés pour la colmater, notamment à l'aide d'énormes boules de béton, s'étant révélés inefficaces. La catastrophe a contraint Muhammad Irsyad à quitter son village en 2012, car il ne pouvait plus supporter la pollution qui s'infiltrait dans le puits dont sa famille dépendait pour cuisiner et se laver. "Quand le voulais prendre un bain, mes yeux piquaient au contact de l'eau", a confié cet homme de 62 ans, se disant "en colère". Vingt ans après, M. Irsyad est encore en train de "réorganiser" sa vie, sa famille survivant grâce aux revenus tirés de leur stand de nourriture et de la vente d'eau potable. "Injustice" Des études indépendantes ont établi que la catastrophe s'explique à la fois par des forages réalisés par la compagnie pétrolière et gazière PT Lapindo Brantas et par un tremblement de terre qui s'est produit deux jours plus tôt à environ 260 kilomètres de là. Lapindo, qui fait partie d'un empire commercial contrôlé par la puissante famille indonésienne Bakrie, a finalement été condamnée à indemniser les victimes, mais les paiements ont pris des années, suscitant des réactions de colère. Le gouvernement est finalement intervenu et a prêté à l'entreprise les fonds nécessaires pour accélérer les paiements restants. M. Irsyad qualifie d'"injustice" le recours aux fonds publics pour indemniser les victimes de la catastrophe. Pour lui, l'entreprise devait assumer ses responsabilités. Sollicitée par l'AFP, Lapindo, qui a depuis changé de nom pour devenir Minarak Brantas Gas, n'a pas réagi dans l'immédiat. Mais la société avait précédemment déclaré que les enquêtes "avaient déterminé qu'aucune corrélation ne pouvait être prouvée entre les activités de forage et l'éruption de boue". Des groupes de protection de l'environnement ont constaté de leur côté que les eaux souterraines à proximité de la zone ont été polluées à la suite de la catastrophe, provoquant des maladies chez les habitants, a inidqué Melky Nahar, coordinateur de l'ONG Mining Advocacy Network (JATAM). "Après deux décennies, la destruction de la santé, de l'environnement et des bases de production des populations… n'est pas terminée", a-t-il souligné.

31.05.2026 à 08:05

A Hong Kong, les autorités veulent desserrer l'emprise des machines a pince

FRANCE24

Des dizaines de boutiques remplies de ces machines aux lumières chatoyantes ont fleuri ces dernières années dans les rues et les centres commerciaux de la place financière, offrant aux joueurs un fugace sentiment de satisfaction. Mais Mme Lee, joueuse aguerrie, reconnaît être "totalement accro" au frisson qu'elles procurent. "C'est clairement un jeu d'argent", confie à l'AFP cette femme de 48 ans, précisant qu'elle doit miser cinq dollars hongkongais à chaque tentative pour espérer décrocher une peluche de plus grande valeur. Employée de bureau, Mme Lee estime avoir englouti environ 100.000 dollars hongkongais (11.000 euros) en deux ans dans les machines à pince, soit près de la moitié de son salaire annuel. "Pour un jouet à 70 dollars, on peut finir par en dépenser 700, voire 1.700, sans réussir à l'attraper", confie-t-elle a l'AFP. "Je veux vraiment arrêter. Chaque jour, je me fais des reproches et je me dis d'arrêter: plus jamais, plus jamais." Tommy Yu, 23 ans, explique qu'il lui arrive pour sa part de dépenser plusieurs centaines de dollars par jour, tout en affirmant que certaines machines comportent des mécanismes "piégeux". "Boucle addictive" "Quand on met de l'argent sans rien obtenir en retour, on a l'impression d'avoir perdu", dit M. Yu. "Et pourtant, ça continue de vous pousser à jouer." "Plus les joueurs investissent, et plus il leur est difficile de repartir les mains vides", explique le conseiller en addictologie Chu Ho Ming. "C'est ce qu'on appelle l'effet des coûts irrécupérables", entretenant "la boucle addictive". Il ajoute que son équipe a observé une hausse du nombre de jeunes jouant à des jeux comportant des "éléments de jeu d'argent". Les exploitants de machines à pince ont pu se développer et opérer quasiment sans contraintes, après qu'un tribunal a jugé en 2022 qu'ils n'étaient pas tenus de détenir des licences de divertissement public. Mais après une forte augmentation, ces deux dernières années, du nombre de plaintes liées au caractère assimilé au jeu d'argent de ces machines, les autorités hongkongaises ont proposé ce mois-ci de durcir la réglementation des salles de jeux à lots, qualifiant la situation issue de la décision de 2022 de "peu satisfaisante". La conception et les modèles économiques de ces machines sont "extrêmement divers", ont expliqué les responsables, se disant déterminés à s'attaquer aux "problèmes profonds". Certains députés soutiennent ces mesures, suggérant de plafonner la valeur des lots à 300 dollars ou moins, comme au Royaume-Uni ou a Singapour. Matthew Chan, propriétaire de trois boutiques de machines à pince, déclare à l'AFP qu'un durcissement est nécessaire, le secteur "allant dans la mauvaise direction". Il déplore la lenteur de l'action gouvernementale, rappelant qu'à Taïwan les machines doivent offrir un "gain garanti" au-delà d'un certain montant dépensé. "Le marché a déjà commencé à se contracter (...) les consommateurs de Hong Kong ont perdu confiance", affirme M. Chan, ajoutant que certains exploitants augmentent artificiellement la difficulté pour maintenir les joueurs captifs. Mme Lee, elle, pense que les opérateurs trouveront des moyens de contourner toute nouvelle règle. Il est "impossible" qu'une loi "soit appliquée de manière à la fois parfaite et équitable" pour le secteur, estime-t-elle. "Il est difficile d'éradiquer les problèmes d'addiction simplement en votant une loi."
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