Agée de 48 ans, Virginie a déjà bénéficié d'une prise en charge intégrale exceptionnelle du Mounjaro, financée par le laboratoire. Elle a perdu 30 kilos en un an.
Actuellement sans emploi, cette patiente n'aurait jamais pu assumer elle-même le coût de son traitement: "Entre 300 et 350 euros par mois", précise-t-elle, cheveux bruns au carré, après avoir reçu son injection hebdomadaire.
Le gouvernement a annoncé fin mai le remboursement, pour certaines formes sévères d'obésité, du Mounjaro du laboratoire américain Eli Lilly, et de son concurrent Wegovy du danois Novo Nordisk.
Disponibles sur ordonnance en France depuis fin 2024, ces stylos injectables sont à partir de lundi pris en charge à 65% par l'Assurance maladie, uniquement dans le cadre de structures spécialisées dans l'obésité.
Après avoir souffert de problèmes de poids "depuis toujours", Virginie a déjà subi une opération de réduction de l'estomac en 2012, qui lui a permis de perdre 40 kilos, mais des problèmes de santé ont entraîné une reprise de poids importante.
Explosion des demandes
Suivie au centre spécialisé de l'obésité (CSO) de Valenciennes, Virginie s'apprête à subir un "bypass", une opération qui raccourcit le parcours des aliments dans le système digestif.
Mais avec un indice de masse corporelle supérieur à 60, contre 18 à 25 environ pour une personne de corpulence normale selon l'OMS, elle doit auparavant perdre du poids pour réduire les risques liés à cette opération.
Une étape que le Mounjaro l'aide à franchir. Le traitement provoque chez elle "un effet de satiété quasi permanent" lui permettant de réduire ses portions alimentaires, sans ressentir de "frustration".
Selon l'Observatoire français d'épidémiologie de l'obésité (OFÉO), l'obésité touche environ 18% des adultes en France. Dans les Hauts-de-France, région métropolitaine la plus concernée, la prévalence dépasse 22%.
Au CSO de Valenciennes, qui suit déjà plus de 1.000 patients, l'annonce du remboursement a provoqué un afflux immédiat de demandes.
"Les infirmiers sont submergés", constate Delphine Renard, cadre de santé, qui assure recevoir "une cinquantaine d'appels minimum par jour de patients qui souhaitent rentrer dans le parcours et être pris en charge".
Une hausse anticipée par les équipes médicales. "Nous avons créé une liste de patients qui ne pouvaient malheureusement pas débuter le traitement du fait des contraintes financières", explique le Dr Mihaela Moldovanu, médecin endocrinologue nutritionniste.
Une quarantaine de noms y figurent déjà et seront les premiers à être reconvoqués, précise-t-elle.
"Pas une solution miracle"
Mais les professionnels mettent en garde contre certaines idées reçues. Certains "pensent qu'on fait une injection parce que l'été arrive et qu'on veut mettre son maillot de bain cet été", déplore Mme Renard.
Le remboursement de ces médicaments constitue "une avancée majeure" dans la prise en charge de l'obésité, mais ils ne sont pas "une solution miracle", prévient aussi le Dr Moldovanu.
Lorsqu'ils ne sont pas associés à une chirurgie bariatrique - portant sur l'anatomie de l'estomac et de l'intestin - ils doivent être pris sur le long terme, pour éviter des effets contreproductifs.
"L'obésité reste une maladie chronique multifactorielle qui nécessite un traitement au long cours", rappelle Mme Moldovanu.
Même prudence pour le Dr Guelareh Dezfoulian, chirurgienne digestive endocrino-bariatrique au centre hospitalier de Valenciennes, qui rappelle qu'une personne atteinte d'obésité sévère "a une qualité de vie extrêmement diminuée".
Pour ces "malades qui souffrent", ces médicaments sont une "solution", mais ils doivent être accompagnés de changements durables dans leurs comportements, insiste-t-elle.
Une réalité acceptée par Virginie, qui se déplace actuellement avec des béquilles, et pour qui le Mounjaro représente "un nouvel espoir", notamment en ce qui concerne sa mobilité.
Après son opération, elle compte partir avec son mari Romain pour découvrir le Japon, un rêve qu'ils cultivent depuis des années, dans l'ombre de la maladie.