Cet ancien cadre des Frères musulmans, qui a bâti son influence dans les coulisses diplomatiques plus que sur le terrain militaire, a été élu lundi président du bureau politique du Hamas, en remplacement de Yahya Sinouar.
Khalil al-Hayya est considéré comme l'une des figures modérées du mouvement islamiste, lui-même classé comme une organisation terroriste par de nombreux pays.
Son visage est connu du public en raison de son rôle de négociateur dans les échanges indirects avec Israël afin de trouver un accord de cessez-le-feu pour la guerre à Gaza.
Grand, large d'épaules, barbe blanche soigneusement taillée, il dirige depuis son exil le mouvement dans la bande de Gaza, un territoire resté, malgré les destructions, le centre de gravité du Hamas, qui y dispose de branches sécuritaires et militaires comptant des dizaines de milliers de membres.
Ce sexagénaire a survécu, avec d'autres dirigeants du Hamas, à une tentative d'assassinat d'Israël au Qatar en septembre 2025 ayant fait plusieurs morts, dont un de ses fils et son directeur de bureau.
"Calme"
Né en janvier 1960 à Gaza-ville, cet homme que les Palestiniens appellent Abou Ossama a grandi dans une famille conservatrice et religieuse, avant d'étudier à l'Université islamique de Gaza, puis d'obtenir une maîtrise en Jordanie et un doctorat en droit islamique au Soudan.
Il rejoint les Frères musulmans au début des années 1980, puis participe à la fondation du Hamas en 1987.
Khalil al-Hayya a également passé trois ans dans une prison israélienne à la fin des années 1990 pour appartenance au Hamas, et survécu à deux autres tentatives d'assassinat, en 2007 et en 2014.
Plusieurs membres de sa famille, dont sa femme et son fils aîné, ont été tués.
Il avait été élu député en 2006, lors des dernières élections législatives palestiniennes tenues à ce jour. En 2017, il devient vice-président de la direction politique du Hamas pour la bande de Gaza avant de succéder à Yahya Sinouar, le chef local du mouvement tué par Israël en octobre 2024.
Un proche, membre du Hamas, a dit à l'AFP que Khalil al-Hayya faisait preuve d'"intelligence et de sagesse" et de "calme" dans la prise de décisions, et qu'il était connu pour son tempérament à la fois "conservateur et pragmatique."
"Il ne s'emporte pas facilement et est respecté de tous les membres du bureau politique et des commandants militaires", a ajouté ce responsable.
M. al-Hayya entretient aussi des relations "privilégiées" avec le Jihad islamique palestinien et le Hezbollah libanais, et des pays arabes comme le Qatar, l'Egypte et l'Algérie, en plus de liens étroits avec l'Iran, principal soutien financier et militaire du mouvement, ajoute ce responsable sous couvert d'anonymat.
Il était présent au côté du chef politique du Hamas, Ismaïl Haniyeh, quand ce dernier a été tué à Téhéran en juillet 2024.
Le fait d'avoir perdu plusieurs de ses enfants et plusieurs membres de sa famille "lui a valu une grande sympathie" de la part des Palestiniens, estime Yasser Abou Hein, analyste politique gazaoui, pour qui la dernière tentative d'assassinat à Doha a fait de M. al-Hayya "une icône et un symbole de la lutte palestinienne".