Donald Trump, qui avait déjà minimisé l'importance de ce voyage inhabituel, a de son côté assuré que son homologue russe Vladimir Poutine "n'allait pas attaquer un territoire de l'Otan", dans un échange avec la presse à la Maison Blanche.
La Russie, qui mène depuis février 2022 une offensive militaire de grande ampleur contre l'Ukraine, a toujours catégoriquement démenti toute velléité d'attaquer les pays de l'Alliance atlantique, une organisation militaire dont l'expansion jusqu'aux frontières russes ces dernières décennies est considérée comme une menace existentielle par Moscou.
Le Wall Street Journal et la chaîne de télévision CBS ont assuré que le patron de la CIA, John Ratcliffe, était allé mardi en Russie pour mettre en garde celle-ci contre toute potentielle attaque qui viserait un pays membre de l'Otan, des évaluations des services de renseignement américains avertissant que le gouvernement russe pourrait chercher à mettre l'alliance à l'épreuve.
Interrogé sur les informations de ces médias américains jeudi, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a affirmé que "de nombreuses histoires alarmistes" étaient "publiées en ce moment".
"Bien entendu, cela n'a rien à voir avec la réalité et n'a rien à voir avec les intentions de la Russie", a-t-il dit, accusant au contraire les pays européens de faire preuve d'"agressivité".
Une haute responsable européenne a affirmé jeudi que les services de renseignement européens ne disposaient d'aucun élément permettant de conclure que la Russie se préparait à attaquer l'Otan.
"Les services européens ne voient pas de risques d'attaque russe contre les pays européens", a assuré cette responsable sous le couvert de l'anonymat.
Mais elle a ajouté qu'il n'y avait aucun doute sur le fait que la Russie essayait "activement de créer des difficultés à nos pays", l'Union européenne soutenant fermement l'Ukraine. "L'escalade de la part de la Russie est clairement là".
"Semi-routine"
Donald Trump avait déclaré mercredi que la visite du patron de la CIA n'était pas liée à des menaces russes contre l'Otan, tout en laissant entendre qu'elle avait un lien avec l'Ukraine.
"Nous aimerions que la guerre en Ukraine s'arrête", avait-il déclaré dan un entretien avec le commentateur conservateur Glenn Beck.
Plusieurs pays de l'Otan ont récemment dit avoir été la cible d'opérations de sabotage ou d'espionnage, des actes de "guerre hybride" imputés à la Russie. Et certains, comme la Pologne et la Roumanie, ont subi des intrusions de drones et de missiles, attribuées à la Russie.
Donald Trump avait aussi tenté d'atténuer la portée de cette visite en la qualifiant de "semi-routine", bien que le précédent voyage connu d'un directeur de la CIA en Russie remonte à novembre 2021, avant le début de l'offensive russe en Ukraine.
Sur la même ligne, le chef des services de renseignement extérieurs russes (SVR), Sergueï Narychkine, a estimé jeudi que sa réunion avec John Ratcliffe n'avait "rien d'inhabituel".
"Les rencontres entre dirigeants (de services secrets), qu'elles soient en présentiel ou en ligne, font partie intégrante de notre travail", a-t-il insisté auprès de journalistes, assurant participer "presque chaque semaine" à des réunions avec ses homologues "de tous les continents".
Sergueï Narychkine a refusé de détailler les sujets abordés avec John Ratcliffe, se contentant denoter qu'ils relevaient "de la compétence des services de renseignement".
"Se calmer"
Le Kremlin avait jugé mercredi qu'il était "encore trop tôt" pour savoir si la visite de John Ratcliffe pourrait avoir une incidence quant à une sortie des relations russo-américaines "de la crise".
Depuis son retour à la Maison Blanche, Donald Trump a maintenu le contact avec Vladimir Poutine, avec lequel il a échangé au téléphone plusieurs fois et qu'il a reçu avec les honneurs en Alaska à l'été 2025.
Mais le président américain a ensuite multiplié les signes d'agacement envers son homologue russe, même s'il a aussi eu des mots durs pour le président ukrainien Volodymyr Zelensky.
Donald Trump, qui a promis un temps de mettre fin au conflit en 24 heures et comptait être pour cela couvert de lauriers, s'est heurté aux positions inconciliables de Moscou et de Kiev.
Le thème d'une supposée attaque russe en préparation contre l'Otan revient régulièrement dans le débat public européen, malgré les démentis répétés de Moscou.
Interrogé à ce sujet en juin, le président finlandais Alexander Stubb, l'un des principaux alliés de Kiev en Europe et dont le pays, voisin de la Russie, a rejoint l'Alliance atlantique en 2023, avait appelé à "simplement se calmer".
"Je consulte tous les rapports des services de renseignement, je les lis très attentivement", avait souligné M. Stubb, estimant que mettre l'Otan à l'épreuve n'aurait "aucun sens" pour Moscou.