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03.06.2026 à 04:27

IA, Cloud, composants: l'Europe veut défendre sa souveraineté technologique

FRANCE24

L'Europe part de très loin, et sa capacité à muscler son offre en matière numérique suscite de nombreux doutes, ses précédents efforts, dont une loi adoptée en 2023 pour développer la production de puces électroniques sur le continent, n'ayant pas été couronnés de succès. Comme le souligne un document de la Commission résumant sa nouvelle stratégique numérique, consulté par l'AFP, l'UE "reste structurellement dépendante de fournisseurs extra-européens, à plus de 80% pour ses produits, services et infrastructures numériques". Une dépendance qui, en matière de logiciels et de cloud, profite surtout aux géants américains du secteur, comme Microsoft, Google et Amazon. Selon une étude réalisée l'an dernier par le cabinet français Astérès, "les entreprises américaines représentent environ 83% du marché du cloud et du logiciel européen". Cela représente une manne de 264 milliards d'euros par an, une "facture numérique" qui équivaut aux importations européennes d'énergie. Et les Européens redoutent que certains fournisseurs ne désactivent brutalement l'accès à leurs services, en cas de crise géopolitique. Même problème en matière de composants informatiques et électroniques, pour lesquelles l'Europe reste très largement dépendante de l'Asie. Un bras de fer l'an dernier entre Pékin et le fabricant néerlandais de puces Nexperia, qui fabrique ses puces en Chine, a ainsi menacé de paralyser les chaînes de production des constructeurs automobiles européens. Préférence européenne Pour s'attaquer à ces dépendances, la Commission va mettre sur la table une série de propositions, selon le document consulté par l'AFP, dont un règlement "sur le développement du cloud et de l'IA", devant faciliter la création dans l'UE d'infrastructures clés, comme les centres de données. Ainsi qu'une nouvelle loi sur les puces électroniques, qui devrait inclure des mesures pour accroître la demande de composants fabriqués en Europe. Et enfin, des dispositions pour un recours accru aux logiciels en open source dans les administrations et les services publics. Si ces mesures devraient être relativement consensuelles, l'UE devrait en outre tenter d'imposer des critères de souveraineté pour les contrats publics en matière d'intelligence artificielle et de Cloud. Cela reviendrait à étendre au numérique les mesures dites de "préférence européenne" déjà annoncées cette année par Bruxelles pour soutenir la production "Made in Europe" dans certaines industries, comme l'automobile. Mais cela pourrait valoir à l'UE, qui est à peine en train de boucler la mise en œuvre tumultueuse de l'accord sur les droits de douane négocié l'an dernier avec les Etats-Unis, des représailles de Donald Trump. Bruxelles a déjà montré sa détermination ces dernières semaines, en proposant de réserver à des entreprises européennes les deux tiers de certaines fréquences télécoms jusqu'ici allouées à des opérateurs américains. Elle a aussi confié un important contrat informatique à des fournisseurs européens, aux dépens d'Amazon et Microsoft. Malgré le risque d'une nouvelle crise avec Washington, plusieurs Etats membres dont la France poussent en ce sens, ainsi que de nombreux élus européens. "Pour nous, la souveraineté numérique a une signification très concrète. Ce sont les individus qui doivent maîtriser leurs données, leur identité et leurs droits numériques, plutôt que des entreprises, des algorithmes opaques, et des systèmes juridiques étrangers", a déclaré mardi à la presse l'eurodéputée espagnole Elena Sancho Murillo (S&D, gauche). "Nous devons briser cette dépendance et choisir une Europe qui protège ses citoyens, sa démocratie et le droit à une vie privée", a défendu de son côté l'élu néerlandais Reinier van Lanschot (Verts).

03.06.2026 à 04:05

Débat très attendu à l'Assemblée pour réduire l'exposition au cadmium, un métal lourd

FRANCE24

Ses contempteurs dénoncent une initiative dangereuse pour la compétitivité de l'agriculture française, et ses chances d'être adoptée telle que proposée sont faibles. Mais le texte est soutenu par de nombreux activistes. "On parle de gens qui sont malades, qui vivent le cancer dans leur chair", a dit à la presse mardi après-midi la militante écologiste Camille Etienne, en marge d'un rassemblement de quelques dizaines de personnes près du Palais Bourbon. Des représentantes des ONG Foodwatch, Générations Futures, et Greenpeace étaient également présentes. Le cadmium est naturellement présent dans les sols mais aussi apporté par les pratiques agricoles, via l'utilisation d'engrais phosphatés. En France, l'alimentation est la première source d'exposition au cadmium, selon l'agence de sécurité sanitaire française Anses, par exemple via les céréales (blé, riz), très consommées. Or en cas d'exposition prolongée, le cadmium est reconnu cancérogène, toxique pour la reproduction, peut entraîner "des atteintes rénales" ou encore une fragilité osseuse. En 2025, près de la moitié de la population française présentait des expositions au cadmium dépassant les valeurs sanitaires de référence, selon l'Anses. L'agence recommande d'abaisser les limites maximales autorisées de cadmium dans les engrais phosphatés à 20 milligrammes par kilo -- contre 60 mg/kg en Europe, et 90 mg/kg actuellement pour la France, qui bénéficie d'une dérogation. Un décret du gouvernement est attendu depuis des années sur le sujet. L'exécutif envisage une baisse très progressive des seuils, à 60 mg/kg en 2027, 40 mg/kg en 2030, et 20 mg/kg d'ici 2038. Mais le texte du député écologiste Benoît Biteau, également porté par Clémentine Autain (l'Après), s'attaque au sujet sans attendre, avec une baisse plus rapide: à 40 milligrammes par kilo d'engrais dès 2027, puis à 20 mg/kg à partir de 2030. "Décadmiation" Dans un esprit de compromis, la proposition de loi a été réécrite par rapport à une première version, qui prônait une interdiction totale. Un compromis pas suffisant, pour des députés de droite et du centre, qui s'inquiètent de distorsions de concurrence pour les agriculteurs, alors que la majorité des engrais minéraux sont importés. Des députés MoDem tenteront de limiter la baisse à 60 mg/kg, pour s'aligner sur la norme européenne. "Notre vote est conditionné à l'adoption" de cet amendement, a déclaré mardi la députée et porte-parole du groupe Perrine Goulet. Des députés Renaissance tenteront eux d'adoucir la trajectoire proposée par le texte, en atteignant les mêmes cibles que lui, mais plus tard, afin de laisser le temps aux producteurs d'engrais de s'adapter. Cette trajectoire alternative, très proche de celle envisagée par le gouvernement, pourrait recevoir l'assentiment de l'exécutif. Mais de telles précautions sont inutiles, selon le député Benoît Biteau, lui-même agriculteur. En commission, il a affirmé que les producteurs d'engrais pouvaient être prêts à temps pour appliquer son texte, notamment grâce à des processus de "décadmiation" déjà utilisés et jugés "pas très onéreux". De ce fait, pas de problème d'approvisionnement ou de surcoût pour les agriculteurs susceptibles de mettre à mal leur compétitivité, selon lui. Principal fournisseur de la France (environ 40% des importations), le géant marocain du secteur, l'OCP, assure par exemple livrer à l'UE, depuis février 2025, des engrais phosphatés contenant du cadmium à "moins de 20 mg/kg". Même si les équilibres dans l'hémicycle ne sont pas favorables à son texte tel que proposé -- LR et le RN s'y sont opposés en commission -- M. Biteau a dit à l'AFP garder espoir. Il mise sur une forte mobilisation de la gauche dans l'hémicycle face à une faible présence des élus du bloc central, qui pourraient ne pas vouloir se voir reprocher par leurs électeurs d'avoir "trop lourdement affaibli" un texte qui a beaucoup mobilisé.

03.06.2026 à 04:03

Emmanuel Macron préside un hommage national à Edgar Morin

FRANCE24

La cérémonie débutera à 11H00 dans la cour Sud du Dôme et non la cour d'honneur des Invalides, comme le veut la tradition, en raison de travaux, en présence du Premier ministre Sébastien Lecornu et des membres du gouvernement. Le cercueil fera son entrée à 11H05 dans la cour au pas du tambour. Suivront l'éloge funèbre présidentiel, la sonnerie "Aux Morts", la minute de silence et la Marseillaise interprétée par l'orchestre de la Garde républicaine. Le chef de l'Etat a salué samedi la mémoire d'un "soldat de la Résistance, militant et affranchi, écrivain et penseur du siècle, défenseur de la nature et des peuples". "Il était l'humanisme fait personne", a-t-il estimé. Les derniers hommages nationaux ont été rendus à l'ancien Premier ministre socialiste Lionel Jospin le 26 mars, Robert Badinter, qui incarna le combat pour l'abolition de la peine de mort, le 14 février 2024 et Jacques Delors, figure européenne, le 5 janvier 2024. Edgar Morin était l'auteur d'une œuvre très diverse, connue bien au-delà de la France et qui se voulait une réflexion sur l'Homme à partir des données de la science. Malgré son grand âge, il était toujours présent et écouté dans le débat intellectuel. En 1959, la publication d'"Autocritique", qui relate son exclusion du PCF et ses propres aveuglements face au stalinisme, marque les esprits. Edgar Morin fut aussi l'un des fondateurs du comité des intellectuels contre la guerre d'Algérie. Docteur honoris causa de 38 universités étrangères, il a écrit des dizaines d'ouvrages dont "La Rumeur d'Orléans" (1969), sur une rumeur antisémite et "La méthode" (1977-2004), son œuvre majeure en six volumes, et plusieurs livres sur l'écologie, thème qui lui tenait à cœur. "Ces combats demeurent les nôtres. Combat de liberté (...) La liberté de la France et la liberté de l'Europe, causes qu'il refusait de séparer", a relevé Emmanuel Macron dans La Tribune dimanche. "Edgar Morin n'avait pas l'âge des états-civils. Son siècle sur terre s'effaçait quand paraissaient son sourire désarmant et ses yeux qui se plissaient avec malice. Il était ce jeune homme de 100 ans", a encore salué le chef de l'Etat, qui lui avait remis la Grand-Croix de la Légion d'honneur en 2024.
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