
29.07.2026 à 17:35
Coline Laroche
En dépit du traumatisme de Hiroshima et de Nagasaki et d’un pacifisme institutionnel ancré dans la constitution de 1947, le Japon a vu régulièrement resurgir la question du nucléaire militaire. Le durcissement de son environnement régional avec la nucléarisation de la Corée du Nord, les tensions grandissantes avec la Chine et une Russie belliciste semblent avoir créé les conditions d’un réexamen des principes de la politique nucléaire japonaise pour le gouvernement Takaichi. Le débat traditionnel sur la question a jusqu’ici été structuré autour de trois thématiques : le partage nucléaire avec les États-Unis, le maintien d’une dissuasion crédible face à des voisins révisionnistes et plus épisodiquement sur l’intérêt pour le Japon de posséder ses propres armes nucléaires. Les discussions les plus récentes, généralement prudentes et circonscrites à de rares déclarations de responsables politiques, dont les anciens Premiers ministres Shinzō Abe et Shigeru Ishiba, ont moins porté sur la perspective d’une nucléarisation du Japon que sur l’intérêt de réfléchir sur les options nucléaires dont disposerait le pays en cas de crise alors que son voisinage est perçu comme de plus en plus menaçant. Aussi, les propos de Shinjirō Koizumi, actuel ministre de la Défense, sur le fait que le nucléaire constituait pour le Japon « un sujet que nous ne pouvons pas éviter » n’ont pas manqué d’attirer l’attention. Comment les interpréter et que peuvent-ils révéler des intentions de l’actuel gouvernement très en pointe sur les questions de défense ? S’agit-il de préparer l’opinion publique japonaise et internationale à de nouvelles avancées sécuritaires de l’archipel ? En effet ces déclarations interviennent alors qu’une réflexion est engagée depuis de longs mois sur la mise à jour des principaux documents relatifs à la défense du pays publiés en 2022 et qui ont été perçus comme un tournant stratégique majeur.
L’article Japon : que nous dit la tentative d’ouverture d’un débat publique sur le nucléaire par l’actuel ministre de la Défense ? est apparu en premier sur IRIS.
En dépit du traumatisme de Hiroshima et de Nagasaki et d’un pacifisme institutionnel ancré dans la constitution de 1947, le Japon a vu régulièrement resurgir la question du nucléaire militaire. Le durcissement de son environnement régional avec la nucléarisation de la Corée du Nord, les tensions grandissantes avec la Chine et une Russie belliciste semblent avoir créé les conditions d’un réexamen des principes de la politique nucléaire japonaise pour le gouvernement Takaichi. Le débat traditionnel sur la question a jusqu’ici été structuré autour de trois thématiques : le partage nucléaire avec les États-Unis, le maintien d’une dissuasion crédible face à des voisins révisionnistes et plus épisodiquement sur l’intérêt pour le Japon de posséder ses propres armes nucléaires.
Les discussions les plus récentes, généralement prudentes et circonscrites à de rares déclarations de responsables politiques, dont les anciens Premiers ministres Shinzō Abe et Shigeru Ishiba, ont moins porté sur la perspective d’une nucléarisation du Japon que sur l’intérêt de réfléchir sur les options nucléaires dont disposerait le pays en cas de crise alors que son voisinage est perçu comme de plus en plus menaçant. Aussi, les propos de Shinjirō Koizumi, actuel ministre de la Défense, sur le fait que le nucléaire constituait pour le Japon « un sujet que nous ne pouvons pas éviter » n’ont pas manqué d’attirer l’attention. Comment les interpréter et que peuvent-ils révéler des intentions de l’actuel gouvernement très en pointe sur les questions de défense ? S’agit-il de préparer l’opinion publique japonaise et internationale à de nouvelles avancées sécuritaires de l’archipel ? En effet ces déclarations interviennent alors qu’une réflexion est engagée depuis de longs mois sur la mise à jour des principaux documents relatifs à la défense du pays publiés en 2022 et qui ont été perçus comme un tournant stratégique majeur.
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29.07.2026 à 15:47
stagiaire-comm@iris-france.org
Arbitraires, artificielles, héritées de la colonisation, les frontières du continent africain ont pour le moins mauvaise réputation et continuent aujourd’hui de nourrir les débats. Si l’idée reçue selon laquelle elles auraient été définies lors de Conférence de Berlin (1884-1885) demeure tenace, la délimitation des frontières est en réalité un processus long, marqué par des enjeux politiques et historiques complexes et façonnés à la fois par les puissances coloniales et par les acteurs africains. À l’occasion de la parution de son ouvrage « La mauvaise réputation. Essai sur les frontières africaines » (Éditions Riveneuve, 2026), Caroline Roussy, directrice de recherche à l’IRIS et responsable du programme Afrique/s, répond à nos questions :
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Arbitraires, artificielles, héritées de la colonisation, les frontières du continent africain ont pour le moins mauvaise réputation et continuent aujourd’hui de nourrir les débats. Si l’idée reçue selon laquelle elles auraient été définies lors de Conférence de Berlin (1884-1885) demeure tenace, la délimitation des frontières est en réalité un processus long, marqué par des enjeux politiques et historiques complexes et façonnés à la fois par les puissances coloniales et par les acteurs africains.
À l’occasion de la parution de son ouvrage « La mauvaise réputation. Essai sur les frontières africaines » (Éditions Riveneuve, 2026), Caroline Roussy, directrice de recherche à l’IRIS et responsable du programme Afrique/s, répond à nos questions :
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29.07.2026 à 12:23
stagiairedecomm@iris-france.org
Donald Trump a toujours cultivé l’image d’un président tout-puissant, recevant dans à la Maison-Blanche les dirigeants du monde entier pour afficher sa domination et son influence. Pourtant, lors des récentes rencontres avec Benyamin Netanyahou et Volodymyr Zelensky, aucune caméra n’était présente. Une discrétion soudaine qui s’explique par le fait que ces deux hommes incarnent deux conflits dans lesquels les États-Unis se sont enlisés. Trump, qui promettait des solutions rapides, se retrouve incapable de tenir ses engagements, ce qui entache son image de winner infaillible. La mort de Lindsey Graham, le « faucon » républicain pro-israélien et pro-ukrainien, a réuni ces deux dirigeants à Washington. Mais l’Ukraine et Israël, bien que présentés comme des alliés indéfectibles de l’Occident, peinent à convaincre. L’Ukraine, en frappant un navire iranien, cherche à prouver sa fiabilité, tandis qu’Israël tente de se positionner comme un rempart contre l’axe Russie-Iran. Pourtant, ces stratégies ne suffisent pas à masquer les contradictions : Israël, puissance occupante, réprime violemment les Palestiniens, et l’Ukraine, malgré son alignement sur les valeurs occidentales, voit ses demandes de missiles Patriot restées sans réponse concrète. La situation de Trump est d’autant plus délicate que sa crédibilité est en berne. Seuls un tiers des Américains soutiennent encore sa gestion des conflits, et 76 % estiment qu’il les a mal menés. De plus, ses récentes tergiversations, comme l’accord de défense avec l’Arabie saoudite, d’abord signé puis remis en question, renforcent la méfiance de ses partenaires. Les Iraniens, les Saoudiens et les Russes ne croient plus en sa parole. Pendant ce temps, Poutine, dont l’étoile pâlit face aux frappes ukrainiennes, doit regretter d’avoir rejeté les propositions de Trump en 2025, alors bien plus favorables à Moscou. Que reste-t-il donc à Trump ? Poursuivre les frappes, mais les stocks de missiles s’épuisent. Négocier, mais personne ne croit plus en […]
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Donald Trump a toujours cultivé l’image d’un président tout-puissant, recevant dans à la Maison-Blanche les dirigeants du monde entier pour afficher sa domination et son influence. Pourtant, lors des récentes rencontres avec Benyamin Netanyahou et Volodymyr Zelensky, aucune caméra n’était présente. Une discrétion soudaine qui s’explique par le fait que ces deux hommes incarnent deux conflits dans lesquels les États-Unis se sont enlisés. Trump, qui promettait des solutions rapides, se retrouve incapable de tenir ses engagements, ce qui entache son image de winner infaillible.
La mort de Lindsey Graham, le « faucon » républicain pro-israélien et pro-ukrainien, a réuni ces deux dirigeants à Washington. Mais l’Ukraine et Israël, bien que présentés comme des alliés indéfectibles de l’Occident, peinent à convaincre. L’Ukraine, en frappant un navire iranien, cherche à prouver sa fiabilité, tandis qu’Israël tente de se positionner comme un rempart contre l’axe Russie-Iran. Pourtant, ces stratégies ne suffisent pas à masquer les contradictions : Israël, puissance occupante, réprime violemment les Palestiniens, et l’Ukraine, malgré son alignement sur les valeurs occidentales, voit ses demandes de missiles Patriot restées sans réponse concrète.
La situation de Trump est d’autant plus délicate que sa crédibilité est en berne. Seuls un tiers des Américains soutiennent encore sa gestion des conflits, et 76 % estiment qu’il les a mal menés. De plus, ses récentes tergiversations, comme l’accord de défense avec l’Arabie saoudite, d’abord signé puis remis en question, renforcent la méfiance de ses partenaires. Les Iraniens, les Saoudiens et les Russes ne croient plus en sa parole. Pendant ce temps, Poutine, dont l’étoile pâlit face aux frappes ukrainiennes, doit regretter d’avoir rejeté les propositions de Trump en 2025, alors bien plus favorables à Moscou.
Que reste-t-il donc à Trump ? Poursuivre les frappes, mais les stocks de missiles s’épuisent. Négocier, mais personne ne croit plus en sa signature. Ou bien abandonner, laissant à l’Iran le contrôle de territoires qu’il ne maîtrisait pas avant la guerre. Dans tous les cas, une chose est sûre : l’image du président tout-puissant s’effrite, et celle du loser prend le dessus.
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28.07.2026 à 17:00
Coline Laroche
Le symbole est fort. À Omsk, le 25 juillet 2026, Kassym-Jomart Tokaïev a publiquement demandé à Vladimir Poutine de revoir sa politique. Assis aux côtés du président russe, il a estimé qu’il était « peut-être temps de geler ce conflit » en Ukraine et de revenir à une « formule d’Istanbul 2.0 ». « Tout cela doit cesser », a-t-il conclu. Sans surprise, le Kremlin a rapidement écarté cette proposition. Bien sûr, Tokaïev avait enveloppé son message dans le langage de la diplomatie, saluant « l’extrême souplesse diplomatique » de Vladimir Poutine et livrant « humblement » son opinion. Pourtant, la prudence des mots ne réduit pas la portée de la scène. Le dirigeant de la principale puissance d’Asie centrale s’adressait au président russe comme à un partenaire dont les choix pouvaient être discutés. Proche de Moscou, le Kazakhstan refuse désormais de se comporter comme sa périphérie. Dès lors, une question s’impose : comment l’appel de Tokaïev à mettre fin à la guerre révèle-t-il simultanément la recomposition de la relation russo-kazakhstanaise, l’érosion de la centralité russe dans l’espace post-soviétique et l’affirmation des puissances moyennes dans les relations internationales ? La diplomatie de la dentelle La déclaration d’Omsk intervient dans un contexte particulier. Quelques jours auparavant, des attaques ukrainiennes avaient perturbé le terminal russe de Novorossiïsk, où débouche l’oléoduc du Caspian Pipeline Consortium (CPC). Cette infrastructure, qui assure environ 80 % des exportations de pétrole kazakhstanais, révèle que la guerre atteint directement les revenus du Kazakhstan. Pris au prisme de l’actualité, l’appel de Tokaïev répond donc à une préoccupation humanitaire autant qu’à un intérêt national immédiat. Pourtant, ça n’est pas suffisant pour comprendre la situation et il faut changer de focale temporelle pour mieux l’appréhender. Rembobinons. Depuis 2022, le Kazakhstan pratique une diplomatie de la dentelle à vocation multivectorielle pour construire une centralité kazakhstanaise. Quelques semaines avant l’invasion, Tokaïev avait appelé l’Organisation […]
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Le symbole est fort. À Omsk, le 25 juillet 2026, Kassym-Jomart Tokaïev a publiquement demandé à Vladimir Poutine de revoir sa politique. Assis aux côtés du président russe, il a estimé qu’il était « peut-être temps de geler ce conflit » en Ukraine et de revenir à une « formule d’Istanbul 2.0 ». « Tout cela doit cesser », a-t-il conclu. Sans surprise, le Kremlin a rapidement écarté cette proposition. Bien sûr, Tokaïev avait enveloppé son message dans le langage de la diplomatie, saluant « l’extrême souplesse diplomatique » de Vladimir Poutine et livrant « humblement » son opinion. Pourtant, la prudence des mots ne réduit pas la portée de la scène. Le dirigeant de la principale puissance d’Asie centrale s’adressait au président russe comme à un partenaire dont les choix pouvaient être discutés. Proche de Moscou, le Kazakhstan refuse désormais de se comporter comme sa périphérie. Dès lors, une question s’impose : comment l’appel de Tokaïev à mettre fin à la guerre révèle-t-il simultanément la recomposition de la relation russo-kazakhstanaise, l’érosion de la centralité russe dans l’espace post-soviétique et l’affirmation des puissances moyennes dans les relations internationales ?
La déclaration d’Omsk intervient dans un contexte particulier. Quelques jours auparavant, des attaques ukrainiennes avaient perturbé le terminal russe de Novorossiïsk, où débouche l’oléoduc du Caspian Pipeline Consortium (CPC). Cette infrastructure, qui assure environ 80 % des exportations de pétrole kazakhstanais, révèle que la guerre atteint directement les revenus du Kazakhstan. Pris au prisme de l’actualité, l’appel de Tokaïev répond donc à une préoccupation humanitaire autant qu’à un intérêt national immédiat.
Pourtant, ça n’est pas suffisant pour comprendre la situation et il faut changer de focale temporelle pour mieux l’appréhender. Rembobinons. Depuis 2022, le Kazakhstan pratique une diplomatie de la dentelle à vocation multivectorielle pour construire une centralité kazakhstanaise. Quelques semaines avant l’invasion, Tokaïev avait appelé l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) à contenir les troubles dans son pays et des troupes russes avaient pénétré son territoire et stabilisé son pouvoir. Astana semblait durablement redevable à Vladimir Poutine. Mais la suite a démenti cette lecture. Dès juin 2022, au Forum économique de Saint-Pétersbourg, Tokaïev refuse devant Vladimir Poutine de reconnaître les républiques autoproclamées de Donetsk et de Louhansk, qualifiées de « territoires quasi étatiques ». En septembre de la même année, le Kazakhstan rejette aussi les référendums organisés dans les territoires occupés et s’abstient lors de plusieurs votes des Nations unies, sans soutenir les annexions. Marchant sur un fil, le pays ne s’associe pas aux sanctions occidentales, mais s’engage à limiter leur contournement. Puis, le 9 novembre 2023. À Astana, après une rencontre avec Vladimir Poutine, Tokaïev ouvre sa déclaration en langue kazakh. Il poursuit en russe une vingtaine de secondes plus tard, mais la délégation venue de Moscou est prise de court. Sergueï Lavrov, Dmitri Peskov et plusieurs responsables russes cherchent leurs dispositifs de traduction. Il faut bien comprendre que, jusqu’à présent, les échanges verbaux diplomatiques entre la Russie et le Kazakhstan se déroulaient uniquement en russe. Le changement paraît minuscule. Dans un espace marqué par la domination politique et culturelle russe, l’émancipation passe aussi par la langue. Tokaïev n’efface pas le russe, largement pratiqué et officiellement utilisé. Il rappelle que le kazakh est la langue d’un État souverain. Pendant quelques secondes, Moscou doit traduire et s’adapter.
Mais attention aux conclusions trop hâtives, car de fortes dépendances existent entre Moscou et Astana. La géographie, d’abord. Les deux pays partagent plus de 7 500 kilomètres de frontière, soit la plus grande frontière terrestre de la planète. Les institutions, ensuite. Comme la Russie, le Kazakhstan appartient à l’Union économique eurasiatique (UEE) et à l’OTSC. L’économie, enfin. En 2024, les échanges avec la Russie atteignaient 28,1 milliards de dollars. Ça n’est pas un hasard si Rosatom conduira le consortium chargé de construire la première centrale nucléaire kazakhstanaise.
Néanmoins, parallèlement, Astana multiplie les alternatives à la Russie. La Chine est devenue son premier partenaire commercial pris individuellement, tandis que l’Union européenne conserve cette place si l’on considère les Vingt-Sept comme un bloc. Elle demeure également la principale source d’investissements étrangers dans le pays. Le Kazakhstan développe le corridor transcaspien, qui relie la Chine à l’Europe sans traverser le territoire russe, et renforce ses relations avec la Turquie, l’Azerbaïdjan et les États du Golfe. À l’échelle régionale, son rapprochement avec l’Ouzbékistan et le projet « Central Asia 2040 » visent à faire émerger une Asie centrale capable de défendre ses propres intérêts. Cette diplomatie dite « multivectorielle » a pour objectif de répartir les dépendances afin de préserver la souveraineté du Kazakhstan.
Si cette évolution nourrit l’idée d’un affaiblissement russe, la réalité est plus contrastée. Moscou conserve en Asie centrale une influence militaire, économique et culturelle considérable. Elle reste un marché majeur, une voie de transit et un partenaire sécuritaire. De plus, les sanctions ont même accru la valeur du Kazakhstan et du Kirghizstan pour les entreprises russes, qui y trouvent des intermédiaires et de nouvelles routes.
Toutefois, la centralité russe est désormais contestée. Pendant plusieurs décennies, depuis 1991, le Kremlin fixait les limites de l’autonomie acceptable dans l’espace post-soviétique mais la guerre a fragilisé cette hiérarchie. La puissance qui prétendait garantir la stabilité régionale menace désormais la souveraineté de ses voisins. Au Kazakhstan, les discours russes mettant en doute les frontières inquiètent particulièrement le nord du pays, où vit une importante population russophone. Les difficultés de l’Arménie face à l’Azerbaïdjan ont également dégradé la crédibilité des garanties russes. La Chine étend son influence économique, la Turquie consolide ses réseaux dans le monde turcique (dont le Kazakhstan fait partie) et l’Union européenne investit dans les transports, l’énergie et les matières premières critiques. Leur présence simultanée multiplie les possibilités offertes aux États de la région. Concrètement, l’affaiblissement russe est une affaire de rivalités de pouvoir. Désormais, Moscou obtient plus difficilement l’alignement de ses voisins et dépend davantage d’eux pour réorienter ses échanges. Tokaïev peut ainsi exprimer son désaccord sans renverser l’ensemble du partenariat.
La notion d’« espace post-soviétique » s’en trouve fragilisée. Elle place la Russie au centre d’un ensemble défini par un passé commun. Or les trajectoires nationales divergent et de nouvelles régions politiques s’affirment. Le Kazakhstan se présente comme un État d’Asie centrale connecté à l’Europe et à l’Asie. Si la Russie demeure un pôle majeur de l’Eurasie, elle n’en constitue plus l’unique centre de gravité.
Le Kazakhstan illustre enfin une transformation des relations internationales. Depuis 2024, Tokaïev présente son pays comme une « puissance moyenne ». La notion ne désigne pas simplement un rang économique ou militaire. Les travaux d’Eduard Jordaan, comme ceux d’Andrew Cooper, Richard Higgott et Kim Nossal, insistent sur une pratique de la puissance : multilatéralisme, médiation, coalitions et secteurs stratégiques permettent d’exercer une influence supérieure à ses capacités matérielles. Le Kazakhstan possède plusieurs de ces leviers. Situé entre la Russie, la Chine, la mer Caspienne et l’Europe, il dispose de pétrole, de gaz, d’uranium et de minerais critiques. Son renoncement à l’arsenal nucléaire soviétique alimente sa diplomatie de non-prolifération. Astana accueille des négociations et tente de convertir son enclavement en fonction d’intermédiation. En d’autres termes, le Kazakhstan veut s’imposer de nouveau comme un carrefour.
De manière générale, la fragmentation du monde doublée de sa multipolarité élargit la marge de manœuvre de tels États. Ils négocient dossier par dossier : la sécurité avec la Russie, les infrastructures avec la Chine, les investissements avec l’UE, la défense avec la Turquie ou les technologies avec les États-Unis. Ce multi-alignement adapte la diplomatie kazakhstanaise à un monde moins hiérarchisé. Le statut de puissance moyenne ne se décrète pas. Le Kazakhstan reste dépendant des infrastructures russes, exposé au poids chinois et faiblement doté sur le plan militaire. Son régime autoritaire limite aussi la portée de son discours sur le multilatéralisme. Tokaïev peut proposer un gel de la guerre, mais il ne peut l’imposer. Sa puissance est donc limitée et réside dans sa marge de décision, ses ressources stratégiques et sa capacité à parler à plusieurs camps.
Les propos d’Omsk prolongent une série de gestes diplomatiques et symboliques. En 2022, Tokaïev refusait les annexions russes. En 2023, les dirigeants de Moscou écoutaient quelques mots de kazakh. En 2026, il demande à Vladimir Poutine d’arrêter la guerre. Cette affirmation politique du Kazakhstan sur la Russie s’appuie désormais sur des transformations matérielles : le développement du corridor transcaspien doit réduire la dépendance envers les routes russes, les investissements chinois et européens diversifient les partenaires du pays, tandis que les rapprochements avec l’Ouzbékistan, l’Azerbaïdjan et la Turquie renforcent son ancrage régional. Le projet « Central Asia 2040 » donne également un contenu politique à l’émergence d’une Asie centrale plus autonome. La Russie demeure présente dans la région. Mais elle n’y parle plus seule.
En définitive, à l’échelle de l’ancien empire de l’URSS, ce mouvement dépasse largement le Kazakhstan. L’espace post-soviétique apparaît désormais atomisé : l’Ukraine combat la Russie, la Moldavie se tourne vers l’Union européenne, le Caucase du Sud se réorganise autour de nouveaux rapports de force, l’Asie centrale affirme ses propres intérêts quand les pays baltes ont depuis longtemps rejoint l’UE et l’OTAN. La guerre en Ukraine accélère cette fragmentation. Affaiblie et embourbée sur le front ukrainien, la Russie conserve une importante capacité d’influence, de pression et de déstabilisation, mais sa centralité recule. Les anciennes périphéries construisent leurs propres espaces politiques, leurs alliances et leurs voies de circulation. Une nouvelle ère post-impériale s’ouvre ainsi en Eurasie. La fin de l’espace post-soviétique prend forme sous nos yeux.
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27.07.2026 à 18:13
Coline Laroche
La Coupe du monde masculine 2026, conclue par la victoire de l’Espagne, a été marquée par plusieurs controverses et a soulevé de nombreux enjeux géopolitiques. Organisée pour la première fois conjointement par le Canada, les États-Unis et le Mexique, l’administration Trump a pourtant occupé une place quasi-omniprésente dans ce Mondial. Tout au long de la compétition, Donald Trump a cherché à faire de cet événement une vitrine de sa capacité à accueillir les plus grands événements sportifs internationaux, relançant les interrogations sur les liens entre football et pouvoir politique au regard de ses interactions avec la FIFA. Quel bilan géopolitique peut-on tirer de cette Coupe du monde ? Comment comprendre l’omniprésence de Donald Trump lors de ce Mondial et les ambitions de la diplomatie sportive américaine ? Quels enjeux l’organisation de la prochaine Coupe du monde féminine au Brésil soulève-t-elle pour l’avenir du football féminin et sa diffusion à l’échelle mondiale ? Le point avec Carole Gomez, assistante diplômée au sein de l’Institut des sciences du sport de l’Université de Lausanne (ISSUL), et chercheuse associée à l’IRIS. Quel bilan peut-on faire de cette Coupe du monde ? Présentée comme la Coupe du monde la plus géopolitique de l’histoire, l’a-t-elle réellement été ? Il est intéressant de noter qu’à première vue, cette Coupe du monde masculine a semblé rencontrer des mobilisations différentes que celles observées au Qatar en 2022. Pas ou peu de campagne d’appels aux boycotts en amont de la compétition, pas des prises de position collectives de sélections européennes autour des droits humains, ou des enjeux environnementaux, pourtant omniprésents lors de cette édition XXL. Par exemple, l’Allemagne, particulièrement engagée au Qatar, est ainsi restée discrète, son directeur sportif, Rudi Voller, ayant demandé aux joueurs de ne pas exprimer leurs opinions politiques. Ce qui semble être un recul des mobilisations collectives ne […]
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La Coupe du monde masculine 2026, conclue par la victoire de l’Espagne, a été marquée par plusieurs controverses et a soulevé de nombreux enjeux géopolitiques. Organisée pour la première fois conjointement par le Canada, les États-Unis et le Mexique, l’administration Trump a pourtant occupé une place quasi-omniprésente dans ce Mondial. Tout au long de la compétition, Donald Trump a cherché à faire de cet événement une vitrine de sa capacité à accueillir les plus grands événements sportifs internationaux, relançant les interrogations sur les liens entre football et pouvoir politique au regard de ses interactions avec la FIFA. Quel bilan géopolitique peut-on tirer de cette Coupe du monde ? Comment comprendre l’omniprésence de Donald Trump lors de ce Mondial et les ambitions de la diplomatie sportive américaine ? Quels enjeux l’organisation de la prochaine Coupe du monde féminine au Brésil soulève-t-elle pour l’avenir du football féminin et sa diffusion à l’échelle mondiale ? Le point avec Carole Gomez, assistante diplômée au sein de l’Institut des sciences du sport de l’Université de Lausanne (ISSUL), et chercheuse associée à l’IRIS.
Quel bilan peut-on faire de cette Coupe du monde ?
Présentée comme la Coupe du monde la plus géopolitique de l’histoire, l’a-t-elle réellement été ? Il est intéressant de noter qu’à première vue, cette Coupe du monde masculine a semblé rencontrer des mobilisations différentes que celles observées au Qatar en 2022. Pas ou peu de campagne d’appels aux boycotts en amont de la compétition, pas des prises de position collectives de sélections européennes autour des droits humains, ou des enjeux environnementaux, pourtant omniprésents lors de cette édition XXL. Par exemple, l’Allemagne, particulièrement engagée au Qatar, est ainsi restée discrète, son directeur sportif, Rudi Voller, ayant demandé aux joueurs de ne pas exprimer leurs opinions politiques.
Ce qui semble être un recul des mobilisations collectives ne signifie toutefois pas que les enjeux géopolitiques aient disparu. À l’exception près de la Team Melli qui a dénoncé les conditions extrêmement dégradées dans lesquelles elle a disputé cette Coupe du monde, et des manifestations importantes au Mexique pour attirer l’attention médiatique sur des personnes disparues, ces mobilisations se sont davantage exprimées à travers des initiatives individuelles. Songeons ici à la banderole « las Malvinas son argentinas » [« Les Malouines sont argentines »], brandie par certains joueurs argentins, ravivant les tensions diplomatiques avec le Royaume-Uni. Saisie par Londres, la commission de discipline indépendante de la FIFA se penche sur le sujet, alors que Andrew Guiliani, allié de Donald Trump et à la tête de la FIFA Task Force considérant au contraire que cela relevait de la liberté d’expression, semblant faire l’impasse sur le règlement de la FIFA interdisant toute manifestation politique. Signalons également la prise de parole du sélectionneur égyptien, Hossam Hassan, sur le conflit à Gaza. Après la qualification de son équipe en huitième de finale, il est apparu sur le terrain en portant sur ses épaules un drapeau palestinien, dédiant la victoire « aux frères palestiniens ». Lors d’une conférence de presse, il exhortait le monde à ne pas détourner le regard de ce qui se passe à Gaza. De la même manière, l’attaquant espagnol, Borja Iglesias, dont on avait suivi l’engagement politique lors du scandale de l’affaire Rubiales lors de la précédente Coupe du monde féminine et de la lutte contre le racisme et l’homophobie, a utilisé ses réseaux sociaux pour dénoncer les prix exorbitants des billets, et le mercantilisme éperdu de cette édition.
Il est intéressant de noter les actions venues d’institutions et d’associations. Toujours sur le sujet du prix des billets, des protestations ont quitté les terrains pour être portées devant les Cours de Justice. Ainsi, l’organisation des supporters européens (FSE) après avoir demandé en décembre 2025 à la FIFA d’intervenir, a finalement saisi la Commission européenne en portant plainte contre l’instance zurichoise, dénonçant les prix exorbitants, les procédures opaques et déloyales et l’abus de position de monopole. Cette procédure, lancée sur le territoire européen, a connu un écho outre Atlantique avec l’ouverture d’une enquête, quelques jours avant le début de la compétition, par les procureures générales des États de New York et du New Jersey, faisant donc entrer ces protestations dans les prétoires.
Notons également la forte mobilisation de l’ONG FairSquare, particulièrement active depuis plusieurs années, qui a lancé la campagne « Reboot FIFA », appelant à une réforme de la gouvernance de la FIFA, et a déposé plainte auprès de la commission d’éthique de la FIFA, à la fois sur les conditions d’attribution du FIFA Peace Prize, remis en décembre 2025 à Gianni Infantino. De manière intéressante, cette demande d’explications a été soutenue par la Fédération norvégienne de football, dirigée par Lise Klaveness ainsi que par 50 parlementaires européens à l’approche de la compétition.
Enfin, cette édition met également en évidence les limites du pouvoir que l’on attribue à la FIFA. Depuis plusieurs décennies, l’organisation promeut l’idée que le football est capable de rassembler le monde au-delà des divisions politiques. Or, la Coupe du monde 2026 rappelle que cette ambition se heurte aux réalités de la souveraineté des États. Les restrictions de visas imposées à certains membres de la délégation iranienne ou l’impossibilité pour l’arbitre somalien Omar Artan d’entrer sur le territoire américain l’ont rappelé assez franchement. Aussi puissante soit-elle, la FIFA ne peut s’affranchir des décisions régaliennes des pays hôtes, avouant ainsi son impuissance. L’autorisation de la banderole argentine par la bien nommée FIFA World Cup Task Force est également un exemple particulièrement croquignolesque. Par ailleurs, et malheureusement comme à chaque grande compétition sportive, masculine et féminine, les insultes racistes submergent les réseaux sociaux et s’immiscent même sur certains plateaux TV et Parlements. Si Kylian Mbappé s’est fendu d’une réponse, la FIFA constate début juillet que la part des publications considérées comme racistes a augmenté de trois points de pourcentage par rapport à la Coupe du monde 2022. Au-delà des slogans et des actions performatives, il est temps que la FIFA et les instances sportives plus largement se saisissent réellement du fléau des violences.
Si la Coupe du monde masculine 2026 a été coorganisée par le Canada, les États-Unis et le Mexique, Donald Trump a été un acteur quasi-omniprésent lors de la compétition, et cela malgré son absence physique lors des matchs. Comment interpréter cette omniprésence et que révèle-t-elle des ambitions de la diplomatie sportive états-unienne sous Trump II ?
Plus grand événement sportif jamais organisé en termes de participation, avec un nombre inédit d’équipes engagées (48) et une audience mondiale considérable, cette compétition représentait une opportunité exceptionnelle de visibilité internationale. Compte tenu de la manière dont Donald Trump fait de la politique, il était donc prévisible que le président états-unien cherche à investir, voire à saturer l’espace médiatique afin de se promouvoir lui et son programme politique, contenter sa base électorale et de renforcer son image sur la scène internationale. Son omniprésence dans la préparation de l’événement est, à ce titre, particulièrement marquante. Le 47ème président s’est régulièrement mis en scène comme un acteur de premier plan de la compétition, y compris en jouant parfois le rôle du perturbateur. Ses déclarations laissant entendre que certaines villes gouvernées par des Démocrates pourraient perdre l’organisation de matchs sur une simple décision présidentielle, en « appelant Gianni », ou ses déclarations décourageant l’équipe iranienne de se rendre sur le territoire états-unien illustrent une volonté d’affirmer sa main mise sur l’événement et de rappeler que, malgré une organisation officiellement partagée entre le Canada, les États-Unis et le Mexique, les États-Unis entendaient se tailler la part du lion dans ce Mondial.
Cette présence médiatique a toutefois contrasté avec une relative discrétion durant la compétition elle-même. Accaparé par d’autres enjeux internationaux (la guerre déclenchée avec Israël contre l’Iran, les célébrations du 250e anniversaire des États-Unis ou encore le G7 à Evian), Donald Trump n’était pas présent aux rencontres. Relative discrétion en tout cas jusqu’à l’affaire Balogun, où il a trahi toutes les règles en demandant (et obtenant !) au président de la FIFA, Gianni Infantino, l’annulation de la suspension de l’attaquant états-unien après un carton rouge. En outre, difficile d’ignorer sa présence lors de la finale. Copieusement sifflés avec Gianni Infantino, Donald Trump a, comme lors de la finale de la Coupe du monde des clubs en 2025, tardé à se retirer de la photo des vainqueurs, transformant un moment sportif en une nouvelle scène de représentation politique.
Au-delà de sa propre personne, cette Coupe du monde s’inscrit dans une stratégie plus large de diplomatie sportive américaine fondée, notamment sur l’accueil de grands événements internationaux. Gardons en tête que les États-Unis accueilleront ainsi dans les prochaines années les Jeux olympiques et paralympiques Los Angeles en 2028, les Coupes du monde masculine et féminine de rugby, la Coupe du monde féminine en 2031 et bien d’autres. Ils soulèvent néanmoins une question centrale, déjà apparue lors de cette Coupe du monde : quel accès au territoire états-unien ? Les politiques restrictives de visas, pour ne citer qu’elles, vont effet entrer en tension avec la vocation universelle de ces événements, notamment pour les Jeux olympiques, qui réuniront 206 comités nationaux olympiques et sans doute encore l’équipe des réfugiés.
Enfin et plus largement, cette première Coupe du monde organisée conjointement par trois États pose désormais une dernière question : quel héritage laissera-t-elle, tant pour les relations entre les pays organisateurs que pour la gouvernance future des méga-événements sportifs ?
Dans un an, la Coupe du monde féminine de football se déroulera pour la première fois sur le continent latino-américain, la candidature brésilienne l’ayant emporté sur celle européenne (Allemagne, Belgique et Pays-Bas) en 2024. Que traduit donc ce choix et quelles opportunités offre-t-il ? Alors qu’historiquement les compétitions s’étaient en grande partie déroulées dans des pays occidentaux, ce mondial peut-il permettre d’offrir au football féminin un caractère plus universel ?
À la suite d’un scrutin somme tout serré (119 voix – 91 voix), le Brésil a été élu pays hôte, de ce qui sera la 10ème édition de la compétition. Face à lui se présentait une candidature européenne portée par l’Allemagne, la Belgique et les Pays-Bas qui proposait un modèle de compétition plus compact géographiquement, mettant notamment l’accent sur les mobilités douces.
Indéniablement, cette élection du Brésil constitue une décision importante pour plusieurs raisons. D’une part, pour la première fois, cette compétition féminine sera organisée en Amérique latine, où si le football occupe une place centrale dans les identités nationales, sa féminisation reste encore marquée par d’importantes inégalités structurelles. Après l’Europe, l’Asie, l’Océanie et l’Amérique du Nord, la FIFA continue donc à étendre son empire. D’autre part, rappelons que le choix du Brésil représente aussi une forme de continuité, faisant écho à l’édition masculine organisée dans le pays en 2014, permettant de s’appuyer sur des infrastructures existantes, notamment plusieurs stades construits ou rénovés à cette occasion.
Cette édition sera la dernière à 32 équipes puisque le format atteindra 48 équipes à partir de 2031. Là encore, cette évolution traduit une stratégie de la FIFA, cherchant à offrir à davantage de nations la possibilité de participer au plus haut niveau, reflétant également une démocratisation de la pratique féminine. Sur le papier donc, et au regard des belles surprises de la Coupe du monde masculine qui vient de s’achever comme celle du Cap Vert ou de la République démocratique du Congo, davantage d’équipes représentées signifie aussi davantage de fédérations impliquées sur la période d’éliminatoires, davantage d’investissements potentiels et une visibilité accrue, y compris pour des territoires où la pratique féminine est encore en structuration. Restons cependant prudentes et prudents. L’organisation ou la participation à une compétition, fusse-t-elle la plus importante de sa discipline, ne garantit pas en rien un développement pérenne des sections féminines ni au plus niveau, ni au niveau amateur. Comme à chaque fois, loin des promesses et des superlatifs dont Infantino s’est fait la spécialité, l’enjeu sera de mesurer, au-delà de l’événement, les effets à long terme de ce mondial, sur la professionnalisation des championnats, les conditions offertes aux joueuses, la pérennité des investissements et les relations entre équipes nationales et fédérations. Il s’agira également d’être très attentives et attentifs aux actions menées par la FIFA. Après avoir publié sa première stratégie globale pour le développement du « football féminin » en 2018 (soit 114 ans après sa fondation, rappelons-le), la FIFA a un rôle déterminant à jouer dans la manière dont elle accompagne, valorise et promeut cette compétition. Reste à savoir dans quelle mesure, elle s’en saisira.
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27.07.2026 à 15:26
stagiairedecomm@iris-france.org
Qu’est-ce qu’un pogrom ? Ce terme russe, signifiant « destruction » ou « pillage », désigne des violences organisées par des individus contre une communauté jugée inférieure, souvent avec la complicité passive ou active des autorités. Historiquement, les Juifs russes en ont été victimes à la fin du XIXᵉ et au début du XXᵉ siècle, dans un contexte où l’État attisait la haine antisémite pour détourner la colère populaire. Aujourd’hui, les Palestiniens subissent cette même logique de la part des colons israéliens en Cisjordanie. Depuis le 7 octobre, plus de 1 000 Palestiniens ont été tués, soit par l’armée israélienne, soit par des colons, dans une impunité totale. Les autorités israéliennes, loin de sanctionner ces actes, les légitiment souvent en inversant le récit : des colons armés deviennent des « randonneurs » victimes de « terroristes », tandis que les Palestiniens subissent arrestations arbitraires, humiliations et punitions collectives. Les exemples sont nombreux : villages terrorisés, oliviers arrachés, mosquées incendiées, hôpitaux investis, femmes enceintes empêchées d’accoucher. Pourtant, la communauté internationale, et notamment l’Union européenne, reste silencieuse ou se contente de discours équilibristes, renvoyant dos à dos oppresseurs et opprimés. Quelques Israéliens, comme l’ancien ministre Moshe Arens, osent qualifier ces actes de « terrorisme juif ». Comment expliquer que des violences aussi systématiques, perpétrées en toute impunité, puissent persister sans réaction forte de la communauté internationale ? Dans quelle mesure l’inversion du récit par les autorités israéliennes contribue-t-elle à normaliser l’oppression des Palestiniens ? Comment concilier l’universalisme des droits humains avec le silence assourdissant face à ces crimes ?
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Qu’est-ce qu’un pogrom ? Ce terme russe, signifiant « destruction » ou « pillage », désigne des violences organisées par des individus contre une communauté jugée inférieure, souvent avec la complicité passive ou active des autorités. Historiquement, les Juifs russes en ont été victimes à la fin du XIXᵉ et au début du XXᵉ siècle, dans un contexte où l’État attisait la haine antisémite pour détourner la colère populaire.
Aujourd’hui, les Palestiniens subissent cette même logique de la part des colons israéliens en Cisjordanie. Depuis le 7 octobre, plus de 1 000 Palestiniens ont été tués, soit par l’armée israélienne, soit par des colons, dans une impunité totale. Les autorités israéliennes, loin de sanctionner ces actes, les légitiment souvent en inversant le récit : des colons armés deviennent des « randonneurs » victimes de « terroristes », tandis que les Palestiniens subissent arrestations arbitraires, humiliations et punitions collectives.
Les exemples sont nombreux : villages terrorisés, oliviers arrachés, mosquées incendiées, hôpitaux investis, femmes enceintes empêchées d’accoucher. Pourtant, la communauté internationale, et notamment l’Union européenne, reste silencieuse ou se contente de discours équilibristes, renvoyant dos à dos oppresseurs et opprimés. Quelques Israéliens, comme l’ancien ministre Moshe Arens, osent qualifier ces actes de « terrorisme juif ».
Comment expliquer que des violences aussi systématiques, perpétrées en toute impunité, puissent persister sans réaction forte de la communauté internationale ? Dans quelle mesure l’inversion du récit par les autorités israéliennes contribue-t-elle à normaliser l’oppression des Palestiniens ? Comment concilier l’universalisme des droits humains avec le silence assourdissant face à ces crimes ?
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24.07.2026 à 16:35
stagiaire-comm@iris-france.org
La Chine a longtemps été présentée comme la future première puissance économique mondiale, notamment grâce à sa forte capacité d’innovation dans les nouvelles technologies, susceptible de lui permettre de dépasser les États-Unis. Toutefois, elle est aujourd’hui confrontée à un déclin démographique qui pourrait freiner ses perspectives de croissance. À l’inverse, les États-Unis bénéficient d’une dynamique démographique plus favorable à leur économie, en partie grâce à l’immigration. D’autres facteurs pourraient également influencer l’évolution du rapport de force entre les deux puissances, tels que leurs capacités d’innovation, leur adaptation au changement climatique, leurs choix politiques ou encore leur influence régionale. Malgré les tensions, les économies chinoise et américaine restent fortement interdépendantes, ce qui rend plus probable un scénario de rivalité durable qu’un affrontement direct. La Chine est-elle en mesure de dépasser la puissance américaine ? Comment les deux pays se préparent-ils aux conséquences du changement climatique sur la sécurité alimentaire et la production agricole ? Les relations sino-américaines évoluent-elles vers une concurrence durable ou vers un affrontement direct ? À l’occasion de la sortie du Déméter 2026, Jean-François Di Méglio, président du conseil d’orientation d’Asia Centre, répond à nos différentes questions :
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La Chine a longtemps été présentée comme la future première puissance économique mondiale, notamment grâce à sa forte capacité d’innovation dans les nouvelles technologies, susceptible de lui permettre de dépasser les États-Unis. Toutefois, elle est aujourd’hui confrontée à un déclin démographique qui pourrait freiner ses perspectives de croissance. À l’inverse, les États-Unis bénéficient d’une dynamique démographique plus favorable à leur économie, en partie grâce à l’immigration. D’autres facteurs pourraient également influencer l’évolution du rapport de force entre les deux puissances, tels que leurs capacités d’innovation, leur adaptation au changement climatique, leurs choix politiques ou encore leur influence régionale. Malgré les tensions, les économies chinoise et américaine restent fortement interdépendantes, ce qui rend plus probable un scénario de rivalité durable qu’un affrontement direct.
La Chine est-elle en mesure de dépasser la puissance américaine ? Comment les deux pays se préparent-ils aux conséquences du changement climatique sur la sécurité alimentaire et la production agricole ? Les relations sino-américaines évoluent-elles vers une concurrence durable ou vers un affrontement direct ?
À l’occasion de la sortie du Déméter 2026, Jean-François Di Méglio, président du conseil d’orientation d’Asia Centre, répond à nos différentes questions :
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23.07.2026 à 17:07
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Sans être encore officiellement candidat à l’élection présidentielle, Raphaël Glucksmann ne cache plus sa détermination à se présenter. Si son programme de politique étrangère reste à préciser, ses prises de position permettent déjà d’en distinguer les principales orientations : défense de la démocratie et des droits humains, fermeté face à la Russie et à la Chine, opposition à Donald Trump mais attachement à l’alliance avec les États-Unis. Cette ligne s’inscrit dans la filiation intellectuelle de son père, André Glucksmann, et dans une tradition occidentaliste, atlantiste et néoconservatrice. Son engagement passé en Géorgie, aux côtés d’un pouvoir pourtant critiqué par Amnesty International concernant la protection des droits humains, illustre les premières contradictions de son positionnement. Raphaël Glucksmann défend une diplomatie universaliste, mais celle-ci semble parfois s’appliquer à la carte. Très offensif sur les ingérences russes ou chinoises, il évoque beaucoup moins celles d’autres puissances, comme Israël. De même, très engagé dans la défense des droits humains s’agissant des Ouïghours ou de l’Ukraine, il apparait moins affirmé lorsqu’il est question des Palestiniens, de Gaza ou de la Cisjordanie. Entre héritage occidentaliste, atlantisme et volonté de s’inscrire dans une tradition de gauche, quelles seront les véritables orientations diplomatiques en cas d’une candidature Glucksmann ? L’universalisme peut-il rester crédible lorsqu’il ne s’applique pas avec la même exigence à toutes les crises ? Mon analyse dans cette vidéo.
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Sans être encore officiellement candidat à l’élection présidentielle, Raphaël Glucksmann ne cache plus sa détermination à se présenter. Si son programme de politique étrangère reste à préciser, ses prises de position permettent déjà d’en distinguer les principales orientations : défense de la démocratie et des droits humains, fermeté face à la Russie et à la Chine, opposition à Donald Trump mais attachement à l’alliance avec les États-Unis.
Cette ligne s’inscrit dans la filiation intellectuelle de son père, André Glucksmann, et dans une tradition occidentaliste, atlantiste et néoconservatrice. Son engagement passé en Géorgie, aux côtés d’un pouvoir pourtant critiqué par Amnesty International concernant la protection des droits humains, illustre les premières contradictions de son positionnement.
Raphaël Glucksmann défend une diplomatie universaliste, mais celle-ci semble parfois s’appliquer à la carte. Très offensif sur les ingérences russes ou chinoises, il évoque beaucoup moins celles d’autres puissances, comme Israël. De même, très engagé dans la défense des droits humains s’agissant des Ouïghours ou de l’Ukraine, il apparait moins affirmé lorsqu’il est question des Palestiniens, de Gaza ou de la Cisjordanie.
Entre héritage occidentaliste, atlantisme et volonté de s’inscrire dans une tradition de gauche, quelles seront les véritables orientations diplomatiques en cas d’une candidature Glucksmann ? L’universalisme peut-il rester crédible lorsqu’il ne s’applique pas avec la même exigence à toutes les crises ?
Mon analyse dans cette vidéo.
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23.07.2026 à 14:57
Coline Laroche
Le Burkina Faso, le Mali et le Niger, réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), ont annoncé, le 30 juin 2026, leur retrait de la Cour pénale internationale (CPI). Cette décision s’inscrit dans une stratégie plus large de distanciation vis-à-vis de plusieurs organisations régionales et internationales. Après leur départ de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), effectif en janvier 2025, puis celui de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), en mars 2025, les trois États poursuivent dans la voie de la redéfinition de leurs relations avec des institutions qu’ils jugent inféodées à la France et, plus largement, aux puissances occidentales. Pour autant, il serait excessif d’y voir une volonté d’isolement. Le Burkina Faso, le Mali et le Niger demeurent membres de plusieurs organisations africaines, comme la Communauté des États sahélo-sahariens (CEN-SAD)[1], ainsi que d’organisations à vocation continentale comme la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Entretien avec Caroline Roussy, directrice de recherche à l’IRIS, reponsable du programme Afrique/s. Dans quel contexte s’inscrit le retrait de la CPI ? Le 22 septembre 2025, les États membres de l’AES, que sont le Burkina Faso, le Mali et le Niger, ont annoncé leur intention de se retirer « immédiatement » de la Cour pénale internationale (CPI), dénonçant un « instrument de répression néocoloniale aux mains de l’impérialisme ». Comprendre, en intertexte à peine voilé, une dénonciation de ce qu’ils présentent comme l’impérialisme tutélaire de la France et, plus largement, de l’Occident. Toutefois, cette annonce n’avait, à l’époque, pas été suivie d’effets, puisqu’aucune notification n’avait alors été adressée au Secrétaire général des Nations unies. Cette procédure n’a finalement été engagée que le 30 juin 2026. Comment expliquer ce laps de temps de près de neuf mois ? En l’état, seules quelques hypothèses peuvent être avancées. Les difficultés […]
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Le Burkina Faso, le Mali et le Niger, réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), ont annoncé, le 30 juin 2026, leur retrait de la Cour pénale internationale (CPI). Cette décision s’inscrit dans une stratégie plus large de distanciation vis-à-vis de plusieurs organisations régionales et internationales. Après leur départ de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), effectif en janvier 2025, puis celui de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), en mars 2025, les trois États poursuivent dans la voie de la redéfinition de leurs relations avec des institutions qu’ils jugent inféodées à la France et, plus largement, aux puissances occidentales. Pour autant, il serait excessif d’y voir une volonté d’isolement. Le Burkina Faso, le Mali et le Niger demeurent membres de plusieurs organisations africaines, comme la Communauté des États sahélo-sahariens (CEN-SAD)[1], ainsi que d’organisations à vocation continentale comme la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Entretien avec Caroline Roussy, directrice de recherche à l’IRIS, reponsable du programme Afrique/s.
Dans quel contexte s’inscrit le retrait de la CPI ?
Le 22 septembre 2025, les États membres de l’AES, que sont le Burkina Faso, le Mali et le Niger, ont annoncé leur intention de se retirer « immédiatement » de la Cour pénale internationale (CPI), dénonçant un « instrument de répression néocoloniale aux mains de l’impérialisme ». Comprendre, en intertexte à peine voilé, une dénonciation de ce qu’ils présentent comme l’impérialisme tutélaire de la France et, plus largement, de l’Occident.
Toutefois, cette annonce n’avait, à l’époque, pas été suivie d’effets, puisqu’aucune notification n’avait alors été adressée au Secrétaire général des Nations unies. Cette procédure n’a finalement été engagée que le 30 juin 2026. Comment expliquer ce laps de temps de près de neuf mois ? En l’état, seules quelques hypothèses peuvent être avancées. Les difficultés rencontrées par les autorités maliennes face au blocus imposé par le JNIM[2] à l’automne 2025, puis aux offensives coordonnées du JNIM et du Front de Libération de l’Azawad (FLA), ont-elles pesé dans le calendrier ? Les régimes militaires craignent-ils également que certaines exactions documentées au Sahel central puissent, à terme, attirer l’attention de la CPI ? Aucune explication officielle n’a été avancée. Peut-être aussi que, face à la hiérarchie des urgences, ce projet a simplement été reporté. Dans tous les cas, les chefs d’État s’y étaient projetés depuis plusieurs mois.
Quoi qu’il en soit, António Guterres, secrétaire général des Nations unies, a enregistré la notification officielle qui lui a été transmise. Le retrait ne deviendra effectif que dans un an. En effet, en vertu de l’article 127 du Statut de Rome, un État doit notifier officiellement sa décision et le retrait ne prend effet qu’un an après cette notification.
« Affirmer pleinement leur souveraineté », tel est le message politique que les trois chefs d’État souhaitent envoyer. Cependant, par-delà les éléments de langage de communication politique, force est de constater que cette souveraineté, du moins sur le plan sécuritaire, demeure largement tributaire du soutien russe, auquel s’ajoute, au Niger, une coopération croissante avec la Turquie.
Dans leur déclaration commune de septembre 2025, les dirigeants de l’AES estimaient que la CPI « s'[était] montrée incapable de prendre en charge et de juger les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité, les crimes de génocide et les crimes d’agression avérés ». Clairement, ils dénonçaient une politique du « deux poids, deux mesures ». Dans le contexte de la guerre menée par Israël à Gaza, qualifiée de génocide par plusieurs États et organisations internationales, la CPI avait délivré, le 21 novembre 2024, un mandat d’arrêt contre le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou. Pourtant, son exécution demeure, jusqu’à aujourd’hui, lettre morte. Et il convient de le souligner, certains États, dont la France, considèrent qu’Israël, n’étant pas partie au Statut de Rome – texte fondateur de la CPI –, son Premier ministre bénéficie des immunités reconnues par le droit international. Le ministère français des Affaires étrangères a ainsi déclaré dans un communiqué qu’« on ne peut exiger d’un État qu’il agisse en contradiction avec les obligations qui lui incombent en vertu du droit international en ce qui concerne les immunités des États qui ne sont pas parties à la CPI ». De quoi faire grincer des dents et nourrir les rancœurs…
Par ailleurs, la critique de la CPI n’est pas nouvelle sur le continent africain. Depuis de nombreuses années, plusieurs chefs d’État, tout autant que l’Union africaine (UA), dénoncent une institution qui a principalement poursuivi des responsables africains, comme en témoigne l’affaire de Laurent Gbagbo.
Mais considérer que seuls les Africains font l’objet de poursuites internationales, mérite d’être nuancée. Interrogé par RFI, Julien Antouly, maître de conférences en droit international, rappelle que, si la CPI a longtemps été critiquée pour ses enquêtes focalisées sur l’Afrique, elle a depuis élargi son périmètre d’action. Plus de la moitié des situations actuellement examinées concernent désormais des États situés en dehors du continent africain, notamment l’Ukraine, la Palestine, le Bangladesh/Myanmar, le Venezuela ou encore les Philippines. Antouly s’étonne également des accusations formulées par l’AES d’autant que « dans le cas précis des États de l’AES, ces accusations [de partialité] [lui] semblent un tout petit peu abusives puisque la CPI n’a pas mené d’action extrêmement hostile à l’encontre de ces trois États ».
Ce retrait fragilise-t-il la justice pénale internationale ?
Pas tout à fait. D’abord parce que la CPI ne suscite pas l’adhésion de l’ensemble des États. Plusieurs grandes puissances, parmi lesquelles les États-Unis, la Chine et la Russie – soit trois des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU –, mais aussi Israël, ne sont pas parties au Statut de Rome. Depuis son origine, la CPI fonctionne sans la participation de ces États.
Par ailleurs, il convient d’être précis : le retrait des trois États de l’AES n’aura aucune incidence sur les enquêtes et procédures déjà engagées concernant des crimes commis avant la date effective de leur retrait. La Cour conservera sa compétence pour ces faits.
En revanche, cette décision témoigne d’une défiance croissante à l’égard du système international et, plus particulièrement, de la justice pénale internationale, perçue comme appliquant le droit de manière sélective et comme étant incapable de garantir l’exécution effective de ses propres décisions. Si d’autres États venaient à suivre cette voie, la capacité de la CPI à exercer ses mandats, tout autant que sa légitimité, pourraient être écornées.
Cependant, malgré les critiques récurrentes dont la CPI fait l’objet et les menaces de retrait régulièrement brandies par certains États, Julien Antouly souligne que le nombre d’États parties au Statut de Rome est demeuré relativement stable au fil des années. Le retrait des trois États de l’AES constitue, certes, un signal politique fort mais il ne remet ni en cause l’existence ni le fonctionnement de la justice pénale internationale.
Quelles conséquences concrètes ce retrait aura-t-il ?
À court terme, les conséquences juridiques de ce retrait demeurent limitées puisque, comme indiqué précédemment, son entrée en vigueur n’interviendra qu’un an après sa notification. D’ici là, les trois États restent tenus de coopérer avec la Cour et celle-ci conserve sa compétence pour les crimes commis avant la date effective de leur retrait. Le cas du Mali est d’ailleurs particulier puisqu’une enquête est déjà ouverte depuis 2012, à la suite d’un renvoi effectué par les autorités maliennes elles-mêmes et ce après que des crimes ont été commis dans le contexte du conflit armé dans le nord du Mali.
En revanche, le principal enjeu dans les mois à venir sera d’ordre opérationnel : si les États concernés, et en particulier le Mali, décident de ne plus coopérer avec la Cour, sa capacité à poursuivre ses enquêtes et à recueillir des preuves pourrait s’en retrouver fortement altérée.
Les conséquences de ce retrait pour les populations victimes de la déflagration sécuritaire font toutefois l’objet d’appréciations divergentes. Pour Julien Antouly, la fermeture de cette voie de recours ne signifie pas que toute perspective de justice disparaît. La CPI n’intervient, selon lui, qu’en complément des juridictions nationales et d’autres mécanismes régionaux, comme la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples, qui peuvent également être mobilisés. La justice pénale internationale constitue donc une voie parmi d’autres mais n’a jamais été la plus efficace pour les victimes au Sahel[3].
Cette analyse est toutefois loin d’être partagée par plusieurs organisations de défense des droits humains. La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) estime au contraire que « la décision de se retirer de la CPI fragilise la situation des victimes, pour lesquelles la Cour représente souvent le dernier espoir d’obtenir justice. Après leur retrait de la CEDEAO, la perte de la protection de la CPI laisse les victimes au Burkina Faso, au Mali et au Niger sans recours pour les violations des droits humains les plus graves qu’elles continuent de subir », comme l’a déclaré Drissa Traoré, secrétaire général de la FIDH. « Dans ces pays qui subissent une crise multidimensionnelle, les juridictions nationales ne sont toujours pas en mesure de fournir justice et réparations aux victimes, en raison d’un manque de volonté politique et d’une incapacité à enquêter sur les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité ».
Au-delà de ce débat juridique, une douloureuse réalité demeure. Après près d’une décennie de conflits, le Burkina Faso, le Mali et le Niger comptent plusieurs millions de personnes déplacées internes et des milliers de victimes des attaques perpétrées par les groupes djihadistes, mais aussi d’exactions attribuées à certaines forces de défense et de sécurité ainsi qu’aux supplétifs russes de Wagner puis d’Africa Corps.
Dans ce contexte, les questions essentielles qui se posent sont les suivantes : les populations auront-elles, demain, effectivement accès à la justice, qu’elle soit nationale, régionale ou internationale ? Pourront-elles faire prévaloir leurs droits ? Pourront-elles être reconnues dans leur statut de victimes ? Au-delà de la dignité retrouvée, c’est une question de droit, mais aussi, peut-être, de cohésion nationale à l’échelle de chacun des pays concernés.
[1] Les pays membres de la CEN-SAD sont les suivants : Bénin, Burkina Faso, République centrafricaine, Comores, Côte d’Ivoire, Djibouti, Égypte, Érythrée, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Libye, Mali, Maroc, Mauritanie, Niger, Nigeria, Sénégal, Sierra Leone, Somalie, Soudan, Tchad, Togo et Tunisie.
[2] L’acronyme JNIM en langue française est le GSIM soit le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans.
[3] Voir op.cit.
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22.07.2026 à 18:07
Coline Laroche
La progression de la Chine dans l’intelligence artificielle met à l’épreuve la domination américaine et le récit de son « exceptionnalisme financier », qui alimente la bulle spéculative. Elle montre ce qu’il est possible de réaliser en combinant collaboration open source, expertise technique et stratégie industrielle. Plutôt qu’un coup de génie, cette avancée s’appuie sur les compétences d’ingénieur, des investissements raisonnés et une organisation industrielle efficace. La faiblesse de la demande intérieure chinoise signifie également qu’elle intégrera de plus en plus ses modèles et les semi-conducteurs dans sa stratégie d’exportation massive. Dans le même temps, la Chine poursuit une ambition géopolitique. En se posant en championne de l’IA open source, le pays utilise la technologie comme levier d’influence mondiale, proposant une alternative aux systèmes propriétaires fondés sur des financements insoutenables. Ce positionnement est d’autant plus notable que l’open source est en fait omniprésent dans les technologies numériques occidentales, au point d’en constituer le socle. Pourtant, de nombreux fournisseurs américains, comme le mal-nommé OpenAI, s’en sont éloignés, emportés par l’euphorie et les excès financiers. Les progrès actuels s’appuient sur des compétences en ingénierie partagées à l’échelle mondiale. La voie vers la compétitivité technologique reste ouverte à tout pays, y compris en Europe, à condition de soutenir une éducation scientifique ambitieuse, de donner les moyens nécessaires à ses jeunes générations et de récompenser l’innovation plutôt que l’inertie bureaucratique. Avec de la détermination, des ressources et un réalisme industriel, le rattrapage reste à portée de main. Analyse de Rémi Bourgeot, économiste et ingénieur, chercheur associé à l’IRIS. Course à l’innovation et stratégie open source Depuis le « moment DeepSeek »de l’an dernier, le paysage mondial de l’IA a connu un bouleversement bien au-delà des entreprises surcotées de la Silicon Valley. Les États-Unis conservent une avance dans les modèles d’IA de pointe, qui établissent […]
L’article Succès de la Chine dans l’IA : diplomatie open source et culture d’ingénieur est apparu en premier sur IRIS.
La progression de la Chine dans l’intelligence artificielle met à l’épreuve la domination américaine et le récit de son « exceptionnalisme financier », qui alimente la bulle spéculative. Elle montre ce qu’il est possible de réaliser en combinant collaboration open source, expertise technique et stratégie industrielle. Plutôt qu’un coup de génie, cette avancée s’appuie sur les compétences d’ingénieur, des investissements raisonnés et une organisation industrielle efficace. La faiblesse de la demande intérieure chinoise signifie également qu’elle intégrera de plus en plus ses modèles et les semi-conducteurs dans sa stratégie d’exportation massive.
Dans le même temps, la Chine poursuit une ambition géopolitique. En se posant en championne de l’IA open source, le pays utilise la technologie comme levier d’influence mondiale, proposant une alternative aux systèmes propriétaires fondés sur des financements insoutenables. Ce positionnement est d’autant plus notable que l’open source est en fait omniprésent dans les technologies numériques occidentales, au point d’en constituer le socle. Pourtant, de nombreux fournisseurs américains, comme le mal-nommé OpenAI, s’en sont éloignés, emportés par l’euphorie et les excès financiers.
Les progrès actuels s’appuient sur des compétences en ingénierie partagées à l’échelle mondiale. La voie vers la compétitivité technologique reste ouverte à tout pays, y compris en Europe, à condition de soutenir une éducation scientifique ambitieuse, de donner les moyens nécessaires à ses jeunes générations et de récompenser l’innovation plutôt que l’inertie bureaucratique. Avec de la détermination, des ressources et un réalisme industriel, le rattrapage reste à portée de main. Analyse de Rémi Bourgeot, économiste et ingénieur, chercheur associé à l’IRIS.
Depuis le « moment DeepSeek »de l’an dernier, le paysage mondial de l’IA a connu un bouleversement bien au-delà des entreprises surcotées de la Silicon Valley. Les États-Unis conservent une avance dans les modèles d’IA de pointe, qui établissent leurs standards en matière de raisonnement, de programmation et de tâches multimodales. Pourtant, l’émergence de modèles chinois comme Kimi K3 de Moonshot AI ou DeepSeek V4 a introduit une nouvelle donne, avec des performances comparables à celles des modèles américains, mais à un coût bien inférieur.
La façon dont la Chine conteste désormais la domination américaine apparaissait inattendue il y a encore quelques années, si l’on se fiait au récit de l’exceptionnalisme américain. Pourtant, cette progression devient bien plus compréhensible en se basant sur les compétences traditionnelles en mathématiques et en ingénierie. Bien que ne disposant pas des budgets colossaux des géants mondiaux, la startup française Mistral avait d’ailleurs démontré, avant même DeepSeek, qu’il était possible de développer un modèle compétitif avec une équipe alors réduite à quelques dizaines de chercheurs de haut niveau.
La concurrence chinoise bouleverse les équilibres économiques et financiers, au point de remettre en cause les valorisations stratosphériques des géants américains. Par ricochet, elle commence aussi à ébranler les fabricants de semi-conducteurs, notamment en Asie, qui bénéficient des flux financiers massifs en provenance des GAFAM, dépensant sans compter en puissance de calcul et en infrastructures.
L’avantage coût prend une dimension particulièrement convaincante à l’ère des agents IA, où les actions itératives entraînent une consommation exponentielle. Les entreprises orientent de plus en plus leurs tâches vers les modèles chinois pour réduire leurs coûts. Dans la course à l’échelle de l’IA, l’accessibilité financière devient presque aussi cruciale que la performance.
Au-delà des questions de prix, la philosophie et la stratégie politique derrière le développement de l’IA sont déterminantes. Lors de la Conférence mondiale sur l’IA à Shanghai ce mois de juillet, les dirigeants et les responsables technologiques chinois ont présenté leur pays comme le champion mondial de l’IA open source. Contrairement aux États-Unis, où les modèles propriétaires dominent désormais, la Chine présente ses avancées en IA comme ouvertes, accessibles et collaboratives, en opposition aux systèmes fermés et contrôlés par les géants de la Silicon Valley.
En proposant des outils d’IA accessibles et peu coûteux, la Chine conquiert le Sud global et bien au-delà, suivant l’idée que l’IA doit être considérée comme un bien public plutôt que comme un actif privé. Bien sûr, le diable se cache dans les détails, et il sera intéressant d’observer dans quelle mesure les entreprises et les décideurs chinois honoreront cet engagement dans le temps. Il reste frappant de constater que la Chine s’approprie officiellement une approche qui a longtemps été un pilier discret de la scène technologique occidentale, autour de Linux et au-delà. OpenAI avait d’ailleurs été lancé sur cette promesse à l’origine.
La stratégie open source de la Chine sert trois objectifs clés. Elle ébranle la domination technologique américaine en offrant une alternative viable aux systèmes propriétaires. Elle construit une nouvelle alliance technologique, en particulier parmi les pays en développement qui manquent de ressources pour des modèles coûteux. Enfin, elle pose les bases d’un écosystème technologique parallèle, réduisant la dépendance vis-à-vis des États-Unis, avec du matériel national, des plateformes de cloud alternatives, et une influence sur les normes.
Alors que les États-Unis misent sur des systèmes propriétaires et des contrôles à l’exportation pour maintenir leur avance, la Chine parie sur l’ouverture et l’accessibilité pour gagner en influence mondiale. La tentation pour les États-Unis de répondre par une interdiction de ces modèles risque de se retourner contre eux, en coupant leurs propres entreprises des avancées réalisées dans l’IA open source, y compris au niveau national dans une certaine mesure, et en laissant les utilisateurs nationaux à la merci de tarifications dépendant des fluctuations de la bulle.
La révolution de l’IA ne se limite pas aux algorithmes. Elle est indissociable du matériel. Depuis 2022, les États-Unis ont progressivement interdit l’exportation vers la Chine des puces les plus avancées de NVIDIA, invoquant des raisons de sécurité nationale. Ces restrictions ont atteint leur paroxysme lorsque le département du Commerce a bloqué l’accès des ressortissants étrangers aux modèles comme Claude Fable 5 et Mythos 5, forçant leur suspension mondiale et illustrant l’impact étendu des contrôles américains à l’exportation.
La réponse chinoise a suivi une logique stratégique. Bien que la carte graphique Ascend 910B de Huawei reste en retrait par rapport aux H200 ou même H100 de NVIDIA, elle alimente désormais des avancées notables des modèles chinois. Le principal fabricant chinois de semi-conducteurs progresse, même s’il n’a pas encore accès aux techniques de lithographie de pointe (EUV) dominées par l’entreprise néerlandaise ASML. Pour accélérer son autonomie, la Chine a investi des sommes quasi illimitées et consenti des efforts massifs au profit de son industrie des semi-conducteurs, avec pour objectif que la majorité des charges de calcul en IA fonctionnent sur des puces locales d’ici quelques années.
Les restrictions américaines, destinées à contrer les ambitions chinoises, ont en réalité accéléré sa quête d’autosuffisance. Pendant ce temps, des entreprises américaines comme NVIDIA et AMD voient progressivement leur accès au lucratif marché chinois se réduire, comme l’a récemment reconnu Jensen Huang.
Cette course dans les semi-conducteurs ne concerne pas seulement la compétitivité économique, mais aussi la souveraineté technologique. Les États-Unis ont compté sur leur capacité à contrôler les flux de puces avancées pour maintenir leur avance. Mais en construisant son propre écosystème, des puces aux plateformes cloud, la Chine crée un marché parallèle où son industrie technologique peut prospérer avec de moins en moins de composants américains. Cette évolution tend vers un ordre technologique mondial de plus en plus divisé, avec des implications sur les normes, les chaînes d’approvisionnement et les alliances.
Ces stratégies rappellent celles employées par des pays européens, comme la France à l’ère gaullienne, pour rattraper les technologies américaines, jusqu’à ce qu’un changement culturel profond permette aux dépendances critiques de proliférer, aboutissant à l’impasse industrielle actuelle.
La compétition dans les domaines de l’IA et des semi-conducteurs concerne de plus en plus la sphère militaire. Cela se manifeste dans l’essor de la guerre asymétrique, où des pays comme l’Iran ont montré comment des systèmes bon marché et produits en masse peuvent efficacement défier la supériorité militaire américaine et israélienne.
La Chine, elle aussi, tire parti de ses avancées technologiques à des fins militaires. Sa stratégie veille à ce que les percées en IA et en semi-conducteurs profitent à ses capacités de défense. Les missiles hypersoniques, les drones autonomes et les outils de cyberguerre pilotés par l’IA en sont des exemples, illustrant comment la Chine combine technologies commerciales et militaires. Cela constitue un avantage clé dans la nouvelle confrontation par blocs, où la capacité à déployer et à étendre rapidement des systèmes avancés peut déterminer l’équilibre des puissances.
Des décennies de désindustrialisation ont laissé les États-Unis et l’Europe dépendants des chaînes d’approvisionnement mondiales pour les technologies critiques, des terres rares aux semi-conducteurs avancés. Aux États-Unis, et dans une moindre mesure en Europe, les « Chips Acts » tentent de reconstruire une capacité de production nationale. Pourtant, pour l’instant, TSMC à Taïwan reste le maillon central de la chaîne d’approvisionnement mondiale en puces, rendant les clients vulnérables aux perturbations. Pendant ce temps, la capacité croissante de la Chine à produire son propre matériel, même si elle accuse encore un retard sur certains modèles américains les plus récents, lui confère un degré de résilience que les États-Unis ne possèdent pas actuellement.
La démocratisation des technologies militaires, portée par les progrès en IA, drones et missiles, signifie qu’un nombre croissant de pays peuvent défier les superpuissances militaires traditionnelles.
Alors que la compétition en matière d’IA et de semi-conducteurs s’intensifie, le Sud global émerge comme un front politique crucial. La Conférence mondiale sur l’IA à Shanghai n’a pas seulement servi de vitrine à la puissance technologique chinoise, mais aussi de scène pour sa diplomatie technologique. En se positionnant comme leader de l’IA open source, la Chine séduit les pays en développement, avides d’alternatives accessibles et abordables aux systèmes occidentaux.
Pour beaucoup, le choix entre des modèles américains coûteux et propriétaires et des alternatives chinoises open source et moins chères ne se pose pas. Les startups africaines et sud-asiatiques, par exemple, adoptent de plus en plus les modèles chinois d’IA pour des applications dans l’agriculture, la santé et la finance, où le coût et l’accessibilité sont essentiels. En offrant formation, financement et soutien infrastructurel, la Chine cultive un réseau de partenaires qui redessine progressivement le paysage technologique mondial.
La puissance internationale se jouera en grande partie sur la maîtrise de l’IA, des semi-conducteurs, de la robotique et de la production industrielle. L’Europe, en particulier, doit retrouver la culture d’ingénieur qui a porté son succès industriel d’après-guerre, avant que la bureaucratisation, les politiques industrielles manquant d’intuition scientifique, et l’importation de la crise culturelle américaine (sans ses programmes scientifiques d’excellence ni ses financements) ne l’en éloignent.
La puissance se construit aussi par la capacité des pays à proposer le récit le plus convaincant pour l’ordre technologique mondial, en dehors des tendances financières insoutenables. Le pari chinois sur l’open source en est un signal clair. Dans un ordre multipolaire, la capacité à offrir des solutions technologiques accessibles, innovantes et inclusives sera essentielle.
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