
13.03.2026 à 17:47
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Dans un monde marqué par le retour des rivalités entre puissances, la multiplication des conflits et l’intensification des interdépendances économiques, l’économie s’impose désormais comme un instrument de puissance mais aussi de dépendance dans les rapports de force internationaux.Comment l’économie est-elle devenue un outil central pour analyser les enjeux géopolitiques contemporains ? De quelle manière les conflits et les tensions internationales influencent-ils les dynamiques économiques mondiales ? Quel rôle jouent les acteurs économiques non étatiques sur la scène internationale ? Et en quoi le changement climatique constitue-t-il un défi économique susceptible de transformer les équilibres internationaux ? À l’occasion de la réédition de son livre « Géopolitique de l’économie » (Eyrolles, février 2026), Sylvie Matelly, directrice de l’Institut Jacques Delors, répond à nos questions :
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Dans un monde marqué par le retour des rivalités entre puissances, la multiplication des conflits et l’intensification des interdépendances économiques, l’économie s’impose désormais comme un instrument de puissance mais aussi de dépendance dans les rapports de force internationaux.
Comment l’économie est-elle devenue un outil central pour analyser les enjeux géopolitiques contemporains ? De quelle manière les conflits et les tensions internationales influencent-ils les dynamiques économiques mondiales ? Quel rôle jouent les acteurs économiques non étatiques sur la scène internationale ? Et en quoi le changement climatique constitue-t-il un défi économique susceptible de transformer les équilibres internationaux ?
À l’occasion de la réédition de son livre « Géopolitique de l’économie » (Eyrolles, février 2026), Sylvie Matelly, directrice de l’Institut Jacques Delors, répond à nos questions :
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13.03.2026 à 17:37
admn_iris
Les guerres ne détruisent plus seulement des territoires ou des infrastructures. Elles perturbent désormais les systèmes écologiques dont dépend la stabilité des sociétés. La guerre en Iran illustre cette évolution. Les frappes visant des installations pétrolières, les incendies industriels et les atteintes aux infrastructures énergétiques ont provoqué d’importantes pollutions atmosphériques et hydriques, exposant les populations à des risques sanitaires immédiats et à long terme. Dans un monde déjà soumis à de fortes pressions environnementales, ces destructions écologiques liées aux conflits peuvent fragiliser durablement les écosystèmes, les ressources naturelles et les conditions de vie des populations civiles. Des incendies industriels aux effets atmosphériques majeurs Les frappes qui ont touché plusieurs dépôts pétroliers situés à proximité de Téhéran ont généré d’importants panaches de fumée noire au-dessus d’une agglomération de près de dix millions d’habitants. Les impacts atmosphériques de ce type d’événement peuvent aujourd’hui être observés et documentés par satellite. Les instruments embarqués sur le satellite Sentinel-5P du programme européen Copernicus permettent notamment de mesurer plusieurs polluants atmosphériques, tels que le dioxyde d’azote, le dioxyde de soufre ou le monoxyde de carbone, et de cartographier les panaches générés par des incendies industriels ou des infrastructures énergétiques endommagées. Les conflits contemporains deviennent ainsi de plus en plus observables dans leurs dimensions environnementales depuis l’espace, contribuant à objectiver les dommages écologiques associés aux opérations militaires. Ces panaches contiennent notamment du benzène, du formaldéhyde, des hydrocarbures aromatiques polycycliques et autres particules fines. Ces dernières peuvent pénétrer profondément dans les voies respiratoires et aggraver des pathologies préexistantes, notamment respiratoires et cardiovasculaires[1]. Lorsque l’exposition se prolonge, ces atteintes s’inscrivent dans la durée et peuvent s’accompagner d’une augmentation du risque de cancers, ainsi que de certains troubles neurologiques. Dans un contexte où la qualité de l’air constitue déjà l’un des principaux problèmes environnementaux en Iran[2], ces incendies industriels viennent […]
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Les guerres ne détruisent plus seulement des territoires ou des infrastructures. Elles perturbent désormais les systèmes écologiques dont dépend la stabilité des sociétés. La guerre en Iran illustre cette évolution. Les frappes visant des installations pétrolières, les incendies industriels et les atteintes aux infrastructures énergétiques ont provoqué d’importantes pollutions atmosphériques et hydriques, exposant les populations à des risques sanitaires immédiats et à long terme.
Dans un monde déjà soumis à de fortes pressions environnementales, ces destructions écologiques liées aux conflits peuvent fragiliser durablement les écosystèmes, les ressources naturelles et les conditions de vie des populations civiles.
Les frappes qui ont touché plusieurs dépôts pétroliers situés à proximité de Téhéran ont généré d’importants panaches de fumée noire au-dessus d’une agglomération de près de dix millions d’habitants.
Les impacts atmosphériques de ce type d’événement peuvent aujourd’hui être observés et documentés par satellite. Les instruments embarqués sur le satellite Sentinel-5P du programme européen Copernicus permettent notamment de mesurer plusieurs polluants atmosphériques, tels que le dioxyde d’azote, le dioxyde de soufre ou le monoxyde de carbone, et de cartographier les panaches générés par des incendies industriels ou des infrastructures énergétiques endommagées. Les conflits contemporains deviennent ainsi de plus en plus observables dans leurs dimensions environnementales depuis l’espace, contribuant à objectiver les dommages écologiques associés aux opérations militaires.
Ces panaches contiennent notamment du benzène, du formaldéhyde, des hydrocarbures aromatiques polycycliques et autres particules fines. Ces dernières peuvent pénétrer profondément dans les voies respiratoires et aggraver des pathologies préexistantes, notamment respiratoires et cardiovasculaires[1]. Lorsque l’exposition se prolonge, ces atteintes s’inscrivent dans la durée et peuvent s’accompagner d’une augmentation du risque de cancers, ainsi que de certains troubles neurologiques.
Dans un contexte où la qualité de l’air constitue déjà l’un des principaux problèmes environnementaux en Iran[2], ces incendies industriels viennent ainsi renforcer l’exposition de millions d’habitants à des niveaux élevés de pollution atmosphérique.
Au-delà des incendies ou autres destructions spectaculaires, les explosions de munitions et les débris militaires peuvent également contaminer durablement les sols. Des analyses menées dans plusieurs zones de conflit ont mis en évidence la présence de métaux lourds[3] tels que le plomb, le cadmium, le nickel ou le chrome dans les zones bombardées. Ces contaminants peuvent être persistants dans les sols et pénétrer progressivement les chaînes alimentaires.
Les destructions urbaines constituent une source majeure de contamination, à travers les débris pouvant contenir amiante, produits chimiques industriels et/ou des restes de munitions non explosées. La gestion de ces matériaux représente souvent l’un des principaux défis environnementaux de l’après-guerre.
Les conflits récents illustrent l’ampleur de ces phénomènes. En Ukraine, les bombardements d’infrastructures industrielles et de zones urbaines ont entraîné la dispersion de nombreux polluants dans l’environnement. Dans la bande de Gaza, les destructions massives d’immeubles et d’infrastructures ont généré des millions de tonnes de décombres, qui vont fortement compliquer les opérations de dépollution et de reconstruction.
Ces formes de contamination, souvent moins visibles que les destructions immédiates, peuvent prolonger les impacts environnementaux et sanitaires d’un conflit pendant des décennies, bien après la fin des combats.
Les risques environnementaux liés à la guerre en Iran concernent également les ressources hydriques.
Les explosions et les incendies ont provoqué des écoulements d’hydrocarbures dans les systèmes de drainage urbains et dans certains cours d’eau, pouvant contaminer les sols et les nappes phréatiques. Une pollution susceptible d’altérer durablement la qualité de l’eau.
Cette dégradation intervient dans un pays déjà confronté à une crise de l’eau particulièrement sévère. L’Iran connaît depuis plusieurs années une combinaison de sécheresses plus fréquentes, de surexploitation agricole et de politiques hydrauliques contestées. La surexploitation des nappes phréatiques[4] constitue une autre vulnérabilité majeure.
Dans ce contexte de stress hydrique extrême, les infrastructures liées à l’eau deviennent des éléments particulièrement sensibles. Des accusations d’attaques contre une usine de dessalement sur l’île de Qeshm ont également émergé au cours du conflit, révélant la vulnérabilité croissante des infrastructures hydriques dans les guerres contemporaines.
Dans un contexte de stress hydrique extrême, ces atteintes aux infrastructures de l’eau illustrent la manière dont les conflits peuvent transformer des vulnérabilités environnementales préexistantes en facteurs de déstabilisation sanitaire et sociale.
Le conflit iranien révèle une transformation progressive de la nature des affrontements contemporains. Les infrastructures environnementales deviennent des cibles stratégiques.
Les installations énergétiques, les systèmes hydriques, les réseaux d’assainissement ou les routes maritimes constituent aujourd’hui des points névralgiques dont la destruction peut provoquer des perturbations systémiques dans les sociétés.
Les incidents impliquant plusieurs pétroliers dans le Golfe et la mer d’Oman illustrent cette vulnérabilité. Chaque attaque fait planer le risque de marées noires dans une région qui concentre des routes énergétiques majeures et des écosystèmes marins sensibles.
Dans des sociétés fortement dépendantes d’infrastructures complexes pour l’accès à l’eau, à l’énergie ou à l’alimentation, ces installations deviennent des leviers stratégiques majeurs. Leur destruction ne vise pas seulement à affaiblir les capacités militaires de l’adversaire, mais aussi à exercer une pression sur les conditions de vie des populations et sur la stabilité des États.
Le ciblage d’infrastructures environnementales s’inscrit ainsi de plus en plus dans les logiques contemporaines de coercitions et de dissuasions indirectes. En menaçant l’accès à des ressources essentielles comme l’eau ou l’énergie, les belligérants peuvent chercher à fragiliser durablement les équilibres économiques, sanitaires et sociaux de leur adversaire.
Cependant, les atteintes aux écosystèmes dans les zones de conflit ne produisent pas uniquement des effets locaux. Dans un monde déjà confronté aux limites planétaires, ces destructions peuvent fragiliser des systèmes écologiques dont dépend la stabilité globale, transformant certains conflits en perturbations environnementales susceptibles de dépasser largement les zones de combat.
Les guerres ne se déroulent plus dans des espaces isolés, loin des infrastructures et des populations. Les affrontements se déroulent désormais au cœur de territoires densément urbanisés et industrialisés, ce qui amplifie leurs impacts environnementaux et sanitaires.
La dimension écologique des conflits n’est pourtant pas nouvelle. Lors de la guerre du Golfe en 1991, les forces irakiennes avaient incendié plus de six cents puits de pétrole au Koweït[5], provoquant pendant plusieurs mois d’immenses panaches de fumée qui avaient obscurci le ciel de la région et généré l’une des plus grandes catastrophes environnementales liées à un conflit.
Plus récemment, l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022 a entraîné de multiples pollutions industrielles. Les bombardements d’infrastructures énergétiques et d’installations industrielles ont contaminé l’air, les sols et les ressources hydriques. La destruction du barrage de Kakhovka en 2023 a provoqué des inondations massives dans le bassin inférieur du Dniepr, submergeant de vastes zones naturelles et agricoles. La vidange du réservoir a perturbé les écosystèmes aquatiques et dispersé des polluants industriels ainsi que des sédiments contaminés, avec des impacts environnementaux susceptibles de se prolonger pendant de nombreuses années.
Ces exemples montrent que les conflits contemporains ne détruisent pas seulement des infrastructures ou des territoires : ils peuvent également provoquer des perturbations environnementales durables.
La guerre en Iran s’inscrit dans un contexte géopolitique marqué par des pressions environnementales croissantes. Plusieurs limites planétaires identifiées par le Stockholm Resilience Centre sont aujourd’hui dépassées ou fortement perturbées, notamment celles liées au climat, à la pollution, à la biodiversité et aux cycles biogéochimiques.
Dans ce contexte, les conflits armés peuvent agir comme des accélérateurs de dégradation environnementale : incendies industriels, contaminations des sols, pollutions maritimes ou atteintes aux ressources hydriques viennent amplifier des pressions écologiques déjà existantes.
Les conflits armés constituent également une source directe d’émissions de gaz à effet de serre. En 2022, les forces armées et leurs chaînes d’approvisionnement représentaient 5,5 % des émissions mondiales[6]. Un niveau comparable, voire supérieur, à celui de certains secteurs civils fortement médiatisés comme l’aviation. Dans un contexte de réarmement accéléré et de multiplication des conflits, cette empreinte carbone est probablement aujourd’hui encore plus élevée.
Pourtant, ces dimensions restent largement absentes des débats publics sur les responsabilités environnementales. La stabilité des sociétés dépend pourtant de plus en plus du bon fonctionnement des systèmes écologiques qui soutiennent la vie humaine. Lorsque ces systèmes sont dégradés, les conséquences sont multiples : crises sanitaires, pénuries d’eau, insécurité alimentaire, déplacements de population… mettant en péril la résilience de l’après-conflit.
Dans un monde déjà contraint par les limites planétaires, les destructions environnementales liées aux conflits constituent ainsi un facteur supplémentaire d’instabilité globale. Elles rappellent que la sécurité humaine ne dépend pas uniquement de l’équilibre des puissances ou des capacités militaires, mais aussi de la préservation des systèmes écologiques dont dépendent les sociétés.
Dans ce contexte, la guerre apparaît de plus en plus comme un facteur de crise écologique à part entière.
À l’heure où l’on débat des responsabilités écologiques et sanitaires des secteurs aérien, agricole ou routier, le coût environnemental des conflits et de l’incapacité persistante de nos sociétés à résoudre leurs différends autrement que par la violence reste largement sous-estimé.
[1] WHO, Air pollution and health risk assessment, 2021.
[2] Taghizadeh, F., Mokhtarani, B. & Rahmanian, N. “Air pollution in Iran: The current status and potential solutions”. Environ Monit Assess 195, 737 (2023). https://doi.org/10.1007/s10661-023-11296-5
[3] Altahaan, Z.; Dobslaw, D. “The Impact of War on Heavy Metal Concentrations and the Seasonal Variation of Pollutants in Soils of the Conflict Zone and Adjacent Areas in Mosul City”. Environments 2024, 11, 247. https://doi.org/10.3390/environments11110247
[4] Jasechko, S., Seybold, H., Perrone, D. et al. “Rapid groundwater decline and some cases of recovery in aquifers globally”. Nature 625, 715–721 (2024). https://doi.org/10.1038/s41586-023-06879-8
[5] UNEP, Desk Study on the Environment in Iraq, 2003.
[6] Conflict and Environment Observatory, Estimating the Military’s Global Greenhouse Gas Emissions, 2022.
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13.03.2026 à 12:23
Déborah Yapi
En juin 2026, les États-Unis, le Canada et le Mexique accueilleront la Coupe du monde de football la plus géopolitique de l’histoire. Entre les menaces de Donald Trump, les restrictions de visas pour certains spectateurs et délégations ainsi que les silences embarrassés de la FIFA, cette compétition s’annonce comme un véritable casse-tête diplomatique. Ce jeudi, des tensions sont apparues sur la question de la participation de la sélection Iranienne. Donald Trump a remis en question sa participation en invoquant des risques pour leur « propre sécurité ». Dans ce contexte inédit, comment les membres des pays en conflit avec Washington seront-ils accueillis ? Pourquoi Gianni Infantino, président de la FIFA, semble-t-il si docile face à Trump ? Et si cette Coupe du monde révélait bien plus que des enjeux sportifs, mais aussi les limites du pouvoir américain et les contradictions du football mondial ? Mon analyse dans cette vidéo.
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En juin 2026, les États-Unis, le Canada et le Mexique accueilleront la Coupe du monde de football la plus géopolitique de l’histoire.
Entre les menaces de Donald Trump, les restrictions de visas pour certains spectateurs et délégations ainsi que les silences embarrassés de la FIFA, cette compétition s’annonce comme un véritable casse-tête diplomatique.
Ce jeudi, des tensions sont apparues sur la question de la participation de la sélection Iranienne. Donald Trump a remis en question sa participation en invoquant des risques pour leur « propre sécurité ».
Dans ce contexte inédit, comment les membres des pays en conflit avec Washington seront-ils accueillis ? Pourquoi Gianni Infantino, président de la FIFA, semble-t-il si docile face à Trump ? Et si cette Coupe du monde révélait bien plus que des enjeux sportifs, mais aussi les limites du pouvoir américain et les contradictions du football mondial ?
Mon analyse dans cette vidéo.
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12.03.2026 à 19:11
admn_iris
« Nous ne sommes pas un pays qui se laisse facilement provoquer. Dieu merci, nous n’avons aucune difficulté à défendre notre propre sécurité. Mais nous savons aussi très bien ce que signifie céder à la provocation et être entraîné dans une guerre ». C’est par ces mots que le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a exprimé, le 7 mars 2026, la position d’Ankara face à la guerre au Moyen-Orient, laquelle a bouleversé les équilibres déjà fragiles dans toute cette région. Une position réitérée le 10 mars par le président turc Recep Tayyip Erdoğan lors d’un appel téléphonique avec son homologue iranien Massoud Pezeshkian. Le président turc a souligné lors de l’entretien que la Turquie était affectée négativement par des conflits auxquels elle n’est pas partie et que la violation de l’espace aérien ne saurait être tolérée. Depuis près de deux semaines et les débuts de la guerre opposant les États-Unis et Israël à l’Iran, la Turquie observe ce conflit depuis une position délicate : géographiquement proche, politiquement et économiquement concernée, mais militairement en dehors de l’opération. Les autorités turques ont multiplié les appels à la retenue depuis le 28 février, tout en surveillant attentivement les effets collatéraux du conflit dans toute la région. Un incident récent illustre cette tension. Un missile iranien a été intercepté le 9 mars alors qu’il est entré dans l’espace aérien turc. Ankara affirme avoir immédiatement pris contact avec les autorités iraniennes pour clarifier l’incident. Les Iraniens ont précisé que la Turquie n’était nullement ciblée, et les responsables turcs ont semblé accepter la possibilité d’une erreur de trajectoire. Le message envoyé par Ankara est clair : la Turquie ne souhaite pas être entraînée dans cette guerre, mais elle ne tolérera aucune atteinte à sa souveraineté. Cette prudence stratégique reflète la position traditionnelle d’Ankara dans les crises […]
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« Nous ne sommes pas un pays qui se laisse facilement provoquer. Dieu merci, nous n’avons aucune difficulté à défendre notre propre sécurité. Mais nous savons aussi très bien ce que signifie céder à la provocation et être entraîné dans une guerre ». C’est par ces mots que le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a exprimé, le 7 mars 2026, la position d’Ankara face à la guerre au Moyen-Orient, laquelle a bouleversé les équilibres déjà fragiles dans toute cette région. Une position réitérée le 10 mars par le président turc Recep Tayyip Erdoğan lors d’un appel téléphonique avec son homologue iranien Massoud Pezeshkian. Le président turc a souligné lors de l’entretien que la Turquie était affectée négativement par des conflits auxquels elle n’est pas partie et que la violation de l’espace aérien ne saurait être tolérée.
Depuis près de deux semaines et les débuts de la guerre opposant les États-Unis et Israël à l’Iran, la Turquie observe ce conflit depuis une position délicate : géographiquement proche, politiquement et économiquement concernée, mais militairement en dehors de l’opération. Les autorités turques ont multiplié les appels à la retenue depuis le 28 février, tout en surveillant attentivement les effets collatéraux du conflit dans toute la région.
Un incident récent illustre cette tension. Un missile iranien a été intercepté le 9 mars alors qu’il est entré dans l’espace aérien turc. Ankara affirme avoir immédiatement pris contact avec les autorités iraniennes pour clarifier l’incident. Les Iraniens ont précisé que la Turquie n’était nullement ciblée, et les responsables turcs ont semblé accepter la possibilité d’une erreur de trajectoire. Le message envoyé par Ankara est clair : la Turquie ne souhaite pas être entraînée dans cette guerre, mais elle ne tolérera aucune atteinte à sa souveraineté.
Cette prudence stratégique reflète la position traditionnelle d’Ankara dans les crises régionales impliquant l’Iran : éviter l’escalade directe tout en préservant sa capacité de réaction. Dans ce conflit déjà riche en risques d’extension, la Turquie est pourtant un acteur clé dont l’implication pourrait modifier profondément la suite des événements.
Depuis des siècles, la Turquie entretient avec l’Iran une relation faite à la fois de rivalité et de coopération. Les deux pays partagent une frontière terrestre de 550 km, et même si l’affirmation selon laquelle cette frontière n’aurait pas bougé depuis le traité de Qasr-i Chirin (1639) tient plutôt de la légende, savamment entretenue par les deux parties, il est vrai qu’il n’y a pas eu de guerre entre eux depuis 1823. Actuellement, avec un volume d’échanges commerciaux d’environ 6 milliards de dollars par an, la Turquie et l’Iran partagent des intérêts économiques importants, notamment dans les domaines énergétique et commercial. L’Iran fournit 13 % du gaz naturel consommé par la Turquie, alors que cette dernière est une destination touristique importante pour les Iraniens (3,5 millions de visiteurs en 2025), lesquels n’ont pas besoin de visa pour franchir la frontière. Une liaison ferroviaire entre Van et Téhéran avait même été relancée en mars 2025 afin de soutenir ces flux touristiques, suspendue dans le contexte actuel. Sur le plan géopolitique, malgré leurs désaccords sur plusieurs dossiers régionaux ces dernières années, en Syrie ou dans le Caucase, Ankara et Téhéran ont systématiquement cherché à éviter une confrontation directe.
L’extension du conflit actuel oblige cependant la Turquie à un véritable funambulisme diplomatique. D’une part, les relations entre la Turquie et Israël, fortement dégradées depuis le début de la guerre à Gaza, rendent politiquement impossible tout alignement d’Ankara sur l’opération en cours. D’autre part, la Turquie entretient un partenariat stratégique très étroit avec l’Azerbaïdjan, pays qui s’est considérablement rapproché d’Israël ces dernières années, et qui a été à son tour frappé par l’Iran. Bakou hausse le ton en évoquant son droit à la légitime défense et compte sur le soutien de la Turquie. Les effets du conflit commencent à se faire sentir en Méditerranée orientale aussi : Chypre, qui abrite deux bases militaires souveraines britanniques, a été touchée par des frappes et Ankara a décidé de renforcer sa présence militaire sur la partie turque de l’île en envoyant notamment six avions F-16, alors que l’Union européenne (UE) se montre solidaire du gouvernement chypriote en déployant des forces navales. À Ankara, la visite d’Emmanuel Macron, le 9 mars, a aussi été observée avec attention, dans la crainte que la crise actuelle ne soit utilisée comme prétexte pour modifier l’équilibre militaire dans la région.
La Turquie se montre par ailleurs préoccupée par les conséquences potentielles d’un enlisement du conflit et les effets déstabilisateurs d’une dégradation durable de la situation intérieure iranienne. Sur le plan humanitaire et migratoire, Ankara redoute notamment l’émergence de nouveaux flux de réfugiés et de migrants transitant par l’Iran ou en provenance de ce pays, venant s’ajouter aux pressions migratoires déjà existantes dans la région. Sur le plan sécuritaire, une fragilisation des structures étatiques iraniennes pourrait également créer des espaces favorables à la résurgence ou à la reconfiguration de réseaux terroristes et de groupes armés non étatiques, notamment kurdes, susceptibles d’exploiter le désordre. Par ailleurs, les autorités turques craignent qu’un affaiblissement prolongé des capacités de contrôle de l’État iranien ne facilite l’expansion de routes illicites, notamment celles liées au narcotrafic depuis l’Afghanistan. En effet, la déstabilisation profonde de l’Iran ne constituerait pas seulement un problème interne pour ce pays, mais un facteur de perturbation majeur pour l’ensemble de la sécurité régionale, avec des effets en chaîne.
Enfin, facteur supplémentaire, la Turquie est un pays membre de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et accueille des bases militaires de l’Alliance atlantique, notamment celle d’Incirlik près de la frontière syrienne qui abrite des armes nucléaires américaines. L’armée turque est la deuxième en effectifs de l’OTAN, appuyée par une industrie de défense de plus en plus robuste, donc nul doute que si l’Iran venait à cibler directement la Turquie, Ankara possède les moyens militaires de riposter durement. Mais surtout, en tant que membre de l’OTAN, elle pourrait invoquer l’article 5 du traité de l’Atlantique Nord, afin de déclencher les mécanismes de la défense collective.
Une telle évolution aurait pour effet immédiat de faire basculer ce conflit dans une tout autre dimension stratégique, en le transformant en une crise susceptible d’impliquer directement l’ensemble des 32 pays membres de l’OTAN. Dans ce scénario, la logique d’escalade dépasserait le cadre régional pour s’inscrire dans une tout autre dynamique. Autrement dit, la position de la Turquie face à la guerre en Iran ne relève pas uniquement d’un calcul de politique moyen-orientale ou d’un positionnement diplomatique vis-à-vis des acteurs régionaux : elle s’inscrit dans l’architecture de sécurité euro-atlantique. La posture turque apparaît ainsi comme un paramètre susceptible de transformer une crise régionale en une épreuve pour l’ensemble de l’Alliance.
Pour l’instant, même si Ankara s’efforce de rester en dehors de cette guerre, et jouer plutôt un rôle d’apaisement et de médiation, une éventuelle décision de la Turquie d’y entrer, volontairement ou par escalade, constituerait le véritable tournant stratégique de cette crise.
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12.03.2026 à 17:16
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« Nous ne sommes pas un pays qui se laisse facilement provoquer. Dieu merci, nous n’avons aucune difficulté à défendre notre propre sécurité. Mais nous savons aussi très bien ce que signifie céder à la provocation et être entraîné dans une guerre ». C’est par ces mots que le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a exprimé, le 7 mars 2026, la position d’Ankara face à la guerre au Moyen-Orient, laquelle a bouleversé les équilibres déjà fragiles dans toute cette région. Une position réitérée le 10 mars par le président turc Recep Tayyip Erdoğan lors d’un appel téléphonique avec son homologue iranien Massoud Pezeshkian. Le président turc a souligné lors de l’entretien que la Turquie était affectée négativement par des conflits auxquels elle n’est pas partie et que la violation de l’espace aérien ne saurait être tolérée. Depuis près de deux semaines et les débuts de la guerre opposant les États-Unis et Israël à l’Iran, la Turquie observe ce conflit depuis une position délicate : géographiquement proche, politiquement et économiquement concernée, mais militairement en dehors de l’opération. Les autorités turques ont multiplié les appels à la retenue depuis le 28 février, tout en surveillant attentivement les effets collatéraux du conflit dans toute la région…
L’article La Turquie face à la guerre en Iran : un acteur clé qui pourrait changer l’équation est apparu en premier sur IRIS.
« Nous ne sommes pas un pays qui se laisse facilement provoquer. Dieu merci, nous n’avons aucune difficulté à défendre notre propre sécurité. Mais nous savons aussi très bien ce que signifie céder à la provocation et être entraîné dans une guerre ». C’est par ces mots que le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a exprimé, le 7 mars 2026, la position d’Ankara face à la guerre au Moyen-Orient, laquelle a bouleversé les équilibres déjà fragiles dans toute cette région. Une position réitérée le 10 mars par le président turc Recep Tayyip Erdoğan lors d’un appel téléphonique avec son homologue iranien Massoud Pezeshkian. Le président turc a souligné lors de l’entretien que la Turquie était affectée négativement par des conflits auxquels elle n’est pas partie et que la violation de l’espace aérien ne saurait être tolérée.
Depuis près de deux semaines et les débuts de la guerre opposant les États-Unis et Israël à l’Iran, la Turquie observe ce conflit depuis une position délicate : géographiquement proche, politiquement et économiquement concernée, mais militairement en dehors de l’opération. Les autorités turques ont multiplié les appels à la retenue depuis le 28 février, tout en surveillant attentivement les effets collatéraux du conflit dans toute la région…
L’article La Turquie face à la guerre en Iran : un acteur clé qui pourrait changer l’équation est apparu en premier sur IRIS.
12.03.2026 à 16:34
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Le Pakistan a bombardé l’Afghanistan le 27 février dernier, accusant Kaboul notamment d’abriter les combattants du Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP), responsables d’attaques contre l’armée pakistanaise. Cette guerre ouverte vient ainsi rouvrir un contentieux historique entre l’Afghanistan et le Pakistan le long de la ligne Durand qui sépare les deux États. Quels sont les facteurs à l’origine de l’escalade entre Islamabad et Kaboul et quel est l’impact de ce conflit sur la situation humanitaire afghane ? Dans quelle mesure cette guerre ouverte s’inscrit-elle dans un environnement régional d’ores et déjà fragilisé ? Le point avec Georges Lefeuvre, chercheur associé à l’IRIS. Quel est le point de départ de cette escalade des tensions entre Islamabad et Kaboul et dans quelle mesure le différend frontalier reste un enjeu majeur dans ce conflit entre l’Afghanistan et le Pakistan ? Le point de départ de tensions entre le Pakistan et l’Afghanistan réside dans la question frontalière et du rapport du pouvoir pakistanais aux talibans[1]. Fondé en 1947, le Pakistan est un État-nation qui ne dispose pourtant pas de frontières intangibles. À l’Est, la frontière avec l’Inde est d’emblée conflictuelle dès la première guerre indo-pakistanaise du Cachemire en 1947-48. Entre l’Iran et le Baloutchistan, la ligne Goldsmid n’est plus un sujet de conflit, car elle a été reconnue par Téhéran et Islamabad en 1954. À l’Ouest, Islamabad a hérité de la ligne Durand, aux confins de l’Empire britannique de l’époque, mais qui demeure contestée depuis son établissement en 1893. Pour quelles raisons ? Si les empires n’ont pas de frontières qui limiteraient leur expansion, un État nation comme le Pakistan en a besoin. Islamabad décide ainsi en 1947, au nom de l’héritage des traités, de faire de la ligne Durand sa frontière internationale (au sens de « border »). Cependant, aucun régime en Afghanistan[2], depuis la création du Pakistan, ne l’a jamais […]
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Le Pakistan a bombardé l’Afghanistan le 27 février dernier, accusant Kaboul notamment d’abriter les combattants du Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP), responsables d’attaques contre l’armée pakistanaise. Cette guerre ouverte vient ainsi rouvrir un contentieux historique entre l’Afghanistan et le Pakistan le long de la ligne Durand qui sépare les deux États. Quels sont les facteurs à l’origine de l’escalade entre Islamabad et Kaboul et quel est l’impact de ce conflit sur la situation humanitaire afghane ? Dans quelle mesure cette guerre ouverte s’inscrit-elle dans un environnement régional d’ores et déjà fragilisé ? Le point avec Georges Lefeuvre, chercheur associé à l’IRIS.
Quel est le point de départ de cette escalade des tensions entre Islamabad et Kaboul et dans quelle mesure le différend frontalier reste un enjeu majeur dans ce conflit entre l’Afghanistan et le Pakistan ?
Le point de départ de tensions entre le Pakistan et l’Afghanistan réside dans la question frontalière et du rapport du pouvoir pakistanais aux talibans[1].
Fondé en 1947, le Pakistan est un État-nation qui ne dispose pourtant pas de frontières intangibles. À l’Est, la frontière avec l’Inde est d’emblée conflictuelle dès la première guerre indo-pakistanaise du Cachemire en 1947-48. Entre l’Iran et le Baloutchistan, la ligne Goldsmid n’est plus un sujet de conflit, car elle a été reconnue par Téhéran et Islamabad en 1954. À l’Ouest, Islamabad a hérité de la ligne Durand, aux confins de l’Empire britannique de l’époque, mais qui demeure contestée depuis son établissement en 1893. Pour quelles raisons ? Si les empires n’ont pas de frontières qui limiteraient leur expansion, un État nation comme le Pakistan en a besoin. Islamabad décide ainsi en 1947, au nom de l’héritage des traités, de faire de la ligne Durand sa frontière internationale (au sens de « border »). Cependant, aucun régime en Afghanistan[2], depuis la création du Pakistan, ne l’a jamais acceptée. Or, une frontière internationale ne peut fonctionner que si les deux États qui la partagent la reconnaissent comme telle, et non comme une simple « bordure » (« frontier » en anglais) d’empire[3]. Cette condition n’ayant jamais été remplie, la ligne Durand demeure à ce jour une zone de conflit.
Le refus afghan s’explique par le fait que cette ligne coupe l’espace pachtoune en deux parties inégales. Un tiers seulement des Pachtounes vivent du côté afghan, alors qu’ »Afghanistan » signifie étymologiquement le « pays des Pashtounes », et les deux tiers du côté pakistanais. Cette division nourrit depuis longtemps la rancœur des mouvances nationalistes qui considèrent les zones tribales pachtounes du Pakistan comme des « territoires usurpés », selon l’expression de l’ancien président afghan Mohammad Daoud Khan.
Pour Islamabad, l’enjeu est majeur. Le Pakistan redoute qu’une remise en cause de la ligne Durand encourage des dynamiques séparatistes susceptibles de fragiliser l’intégrité du pays. L’État pakistanais est en effet un ensemble très composite. Au-delà de la question pachtoune figure également celle du Baloutchistan, où l’insurrection indépendantiste demeure active. Dans cette perspective, la sécurisation de la frontière afghane apparaît comme une priorité stratégique.
C’est dans ce contexte qu’il faut replacer le soutien pakistanais aux talibans dès leur entrée en scène en 1994 pour mettre fin à la guerre civile afghane. Islamabad a même favorisé leur prise du pouvoir à Kaboul en 1996, parce que les talibans sont tous des pachtounes de la frontière et que le gouvernement pakistanais espérait qu’ainsi, et par reconnaissance, ils accepteraient finalement de reconnaître la ligne Durand comme frontière internationale. Et pourtant, malgré le soutien indéfectible du Pakistan, ils ne se sont jamais soumis à cette exigence, jusqu’à la chute de leur régime, suite à l’intervention américaine de 2001.
À cette dimension historique s’ajoute, à partir de 2005, la montée en puissance du Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP), un acteur supplémentaire et décisif dans la dégradation des relations entre les deux pays. À ne pas confondre avec les talibans afghans, le TTP est né au Pakistan sous la forme d’un conglomérat de tribus pachtounes révoltées, dont la tribu Mehsud du Waziristan, des organisations terroristes bannies en 2002 par le président pakistanais Musharraf, ainsi que des groupes armés d’Al-Qaïda[4].
De 2005 à 2014, le TTP plonge le Pakistan dans une violence extrême. Le mouvement s’implique dans des attaques d’une ampleur inouïe contre l’État pakistanais, visant à la fois les hauts responsables politiques et militaires, le grand quartier général de l’armée, des bases navales, des convois de l’OTAN, ainsi que la population civile. Le TTP est aussi l’auteur revendiqué de l’assassinat de l’ancienne Première ministre pakistanaise Benazir Bhutto, en décembre 2007. Entre décembre 2007 et décembre 2008, les attentats du TTP et les représailles aéroportées de l’armée causent la mort de 12 600 personnes au Pakistan, selon le comptage du South Asia Terrorism Portal, soit 35 morts par jour ! Face à un tel déchaînement, l’armée pakistanaise déclenche en juin 2014 l’opération Zarb-e-Azb, une force de 30.000 soldats contre les combattants du TTP du Waziristan qui se réfugient alors en Afghanistan, où ils rejoignent les talibans « historiques » afghans, engagés contre les armées d’occupation, une coalition de 38 pays dirigés par les Américains.
Lorsque les talibans reprennent le pouvoir à Kaboul en 2021, ils tiennent compte du seul engagement vraiment contraignant qu’ils avaient pris en signant les accords de Doha, le 29 février 2020 : rompre toute relation avec les partis terroristes qui pourraient menacer la sécurité des États-Unis. Aujourd’hui encore, les talibans afghans mènent une guerre sans merci contre l’État islamique au Khorassan parce qu’ils sont concurrents, porteurs d’une théologie et d’objectifs politiques différents. Quant au TPP dont les combattants ont été invités par Kaboul à retourner dans la région frontalière d’où ils viennent, il reprend ses attaques contre le Pakistan. Convaincu que l’exemple afghan peut être reproduit, il pense pouvoir mettre en échec l’État pakistanais de la même manière que les talibans afghans ont mis en échec l’État soutenu par la plus puissante armée du monde, celle des États-Unis et leurs alliés. Face à la recrudescence des attaques et attentats tout le long de la Ligne Durand, les forces aériennes pakistanaises frappent régulièrement des positions du TTP à l’intérieur de l’Afghanistan, mais vont beaucoup plus loin les 9 octobre et 27 février derniers en bombardant la capitale Kaboul.
Ainsi les épisodes récents ne constituent pas un conflit nouveau, mais réactivent un contentieux ancien dont la Ligne Durand demeure le noyau dur. Le différend frontalier qui a fait 4 000 morts en 2025, continue d’empoisonner toutes les tentatives de médiation. Le Qatar et la Turquie s’y sont essayés en vain malgré trois sessions de conciliations à Istanbul, après le bombardement du 9 octobre sur Kaboul.
Or, de nombreuses déclarations de ministres du gouvernement taleb à Kaboul expriment la réelle crispation du régime au sujet de la ligne Durand, chaque fois que l’armée pakistanaise frappe, et ces déclarations sont donc reçues comme autant de soutiens aux actions du TTP sur la frontière ! Déjà le ministre taliban de l’Information, Zabihullah Mujahid, avait déclaré le 3 janvier 2022 dans le quotidien pakistanais Dawn que la ligne Durand était une « question non résolue ». Beaucoup plus tard, quelques jours après le premier bombardement de Kaboul le 9 octobre, le vice-ministre de l’Intérieur Nabi Omari compare la Ligne Durand à une « ligne imaginaire » et déclare le 18 octobre à Ariana Television Network : « Les vieilles terres d’Afghanistan qui restent encore du côté pakistanais pourraient être un jour récupérées. Par la volonté de Allah, ces terres vont nous revenir ».
De son côté, Mohammad Yaqoub, fils du mollah Omar et ministre taleb de la Défense, affirme que l’Afghanistan ne dispose pas de technologie sophistiquée pour répondre à des offensives aériennes, mais que les Afghans n’avaient jamais perdu une guerre au sol. En effet, champions des guerres « asymétriques », les Afghans l’ont toujours emporté sur des puissances bien supérieures : les Britanniques au XIXe siècle, les Soviétiques au XXe siècle, et les États-Unis et leurs alliés au XXIe siècle.
Dans quelle mesure ce conflit ouvert sur la ligne Durand a-t-il des répercussions sur la situation humanitaire en Afghanistan ?
Les répercussions sont directes et immédiates : excédées, les autorités pakistanaises ont décidé en 2014 de renvoyer chez eux tous les réfugiés afghans. Cette politique de « déportation » concerne non seulement les personnes en situation irrégulière, mais également les réfugiés disposant d’un statut officiel.
En deux ans, 2,5 millions d’Afghans vivant au Pakistan auraient été renvoyés de force en Afghanistan, selon l’Office international des migrations (office de l’ONU). Environ 10 000 personnes franchissent chaque semaine les principaux points de passage frontaliers, notamment à Chaman et Torkham. Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), près de 1,5 million de réfugiés afghans se trouvent encore au Pakistan.
La brutalité de ces expulsions tient aussi au fait qu’une partie de ces réfugiés n’a plus, ou presque plus, de liens concrets avec l’Afghanistan, tant leur installation au Pakistan est ancienne, plus de quarante ans parfois, c’est-à-dire depuis l’invasion soviétique de 1979. Leur retour forcé se passe donc dans des conditions de très grande vulnérabilité.
Or, ces rapatriements forcés aggravent une situation humanitaire déjà extrêmement fragile. Selon les données de la Mission d’assistance des Nations unies en Afghanistan (MANUA), environ la moitié de la population afghane dépend aujourd’hui de l’aide humanitaire. Un Afghan sur cinq souffre de la faim et près de 3,5 millions d’enfants sont en situation de malnutrition aiguë.
La réponse internationale reste insuffisante. Les programmes humanitaires destinés à l’Afghanistan ne sont financés qu’à hauteur de 21 %. Ce faible niveau s’explique par les difficultés de la communauté internationale à organiser l’aide dans un pays dirigé par les talibans, un régime qu’aucun pays de l’ONU (hormis la Russie en juillet dernier) n’a encore reconnu.
À cette crise alimentaire et sociale s’ajoute une crise environnementale majeure. Selon des données récentes des Nations unies, les nappes phréatiques de Kaboul ont baissé d’environ trente mètres en dix ans. La capitale afghane pourrait ainsi devenir l’une des premières grandes villes au monde à épuiser ses réserves d’eau.
Quels sont les acteurs impliqués à l’échelle régionale dans le conflit entre Islamabad et Kaboul et quels sont leurs intérêts stratégiques ?
Le conflit entre le Pakistan et l’Afghanistan s’inscrit dans un environnement régional particulièrement complexe. Le Pakistan se trouve pris entre deux foyers de tensions majeures : à l’Est, le conflit avec l’Inde autour du Cachemire ; à l’Ouest, les tensions persistantes avec l’Afghanistan le long de la ligne Durand.
L’Inde suit attentivement l’évolution de la situation en Afghanistan. New Delhi cherche à développer des corridors économiques lui permettant d’accéder à l’Asie centrale sans passer par le Pakistan. Dans cette perspective, l’Inde a investi dans le port iranien de Chabahar. Situé à environ cent kilomètres du port pakistanais de Gwadar, Chabahar constitue pour l’Inde une alternative stratégique. Des infrastructures routières ont été développées afin de relier ce port à l’Afghanistan puis à l’Asie centrale, notamment vers l’Ouzbékistan. L’actuelle déstabilisation de l’Iran met toutes ces perspectives indiennes en suspens.
La Chine joue également un rôle majeur dans la région. Pékin soutient le Pakistan et développe un projet d’infrastructures ambitieux dans le cadre des Nouvelles routes de la soie. Ce projet comprend notamment le corridor économique Chine-Pakistan (CPEC) reliant la ville chinoise de Kashgar au port pakistanais de Gwadar sur la mer d’Oman. L’investissement chinois dans ce projet est estimé à environ 65 milliards de dollars. Cependant, ce corridor reste confronté à de nombreux obstacles sécuritaires, car il est censé traverser les zones les plus insurrectionnelles qui soient : la ceinture tribale pachtoune, fief du TTP, et le Baloutchistan.
Les grands enjeux régionaux apparaissent ainsi étroitement imbriqués. L’hostilité entre l’Inde et le Pakistan, les tensions entre Kaboul et Islamabad, l’alternative iranienne qui ne fonctionnera peut-être plus en raison de la guerre qui la frappe aujourd’hui, l’instabilité persistante en Afghanistan et les désastres climatiques (fonte ultra rapide des plus grands glaciers de montagne du monde, inondations annuelles, etc.) contribuent à maintenir un environnement régional extrêmement précaire.
[1] Pluriel de « taleb », « les talibans » est un terme faisant initialement référence aux étudiants des madrasas de la frontière.
[2] La ligne Durand n’est successivement pas reconnue par le roi Zaher Shah (1933-73) ni par le président Daoud (1973-78) ni par les quatre dirigeants communistes de 1978 à 1992, ni même par les talibans de 1996 à 2001.
[3] Cité in Dupree 1994, 427, la Lettre n°77, 1896 entre le F.O. de Londres et l’administration du Raj : « The tribes between the administrative border and the Durand Line were buffer to a buffer, and the line had none of the rigidity of other international borders ».
[4] Parmi ces groupes armés d’Al-Qaïda, on retrouve le Mouvement islamique d’Ouzbékistan et le Parti islamique de l’Est-Turkestan (ouïghour).
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12.03.2026 à 11:13
Déborah Yapi
Douze jours après le début des frappes massives américano-israéliennes, l’Iran résiste toujours, malgré des infrastructures militaires détruites et une population civile durement touchée. Le régime iranien, dos au mur, mise sur ses capacités de nuisance, notamment au travers du blocage du détroit d’Ormuz. Face à lui, Donald Trump et ses alliés voient l’opinion publique s’impatienter, les prix du pétrole s’envoler et les pays du Golfe réclamer un retour à la normale. Qui capitulera en premier ? Téhéran, prêt à tout pour que le régime tienne, ou Washington, pris en étau entre ses intérêts économiques et l’absence de victoire claire ? Cette guerre pose des questions cruciales : jusqu’où peut aller la résistance iranienne ? Les États-Unis accepteront-ils une sortie de conflit sans changement de régime ? Et si la vraie force n’était plus la puissance militaire, mais la capacité à faire durer la crise ? Mon analyse dans cette vidéo.
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Douze jours après le début des frappes massives américano-israéliennes, l’Iran résiste toujours, malgré des infrastructures militaires détruites et une population civile durement touchée. Le régime iranien, dos au mur, mise sur ses capacités de nuisance, notamment au travers du blocage du détroit d’Ormuz. Face à lui, Donald Trump et ses alliés voient l’opinion publique s’impatienter, les prix du pétrole s’envoler et les pays du Golfe réclamer un retour à la normale. Qui capitulera en premier ? Téhéran, prêt à tout pour que le régime tienne, ou Washington, pris en étau entre ses intérêts économiques et l’absence de victoire claire ?
Cette guerre pose des questions cruciales : jusqu’où peut aller la résistance iranienne ? Les États-Unis accepteront-ils une sortie de conflit sans changement de régime ? Et si la vraie force n’était plus la puissance militaire, mais la capacité à faire durer la crise ? Mon analyse dans cette vidéo.
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11.03.2026 à 17:44
Déborah Yapi
Pascal Boniface · La guerre en Iran vue de Russie et d'Ukraine. Avec Hugues Pernet | Entretiens géopo La guerre en Iran aura des répercussions à l’échelle internationale, et notamment indirectement sur le conflit russo-ukrainien. En s’engageant dans cette guerre, les États-Unis risquent d’accroître la vulnérabilité de l’Ukraine puisqu’ils ne seront pas en mesure d’assurer un approvisionnement simultané en matière d’armement pour les deux conflits. Or après plus de quatre années de guerre, le bilan de la guerre en Ukraine ne cesse de s’alourdir. D’une part, si l’Ukraine a fait preuve de résistance et de résilience face à une armée russe bénéficiant d’un avantage démographique considérable, les coûts humains et économiques de ce conflit sont conséquents. D’autre part, la Russie a subi des pertes importantes, n’a pas atteint les objectifs qu’elle s’était fixés, et a connu un isolement relatif sur la scène internationale. En ce qui concerne les perspectives de paix, celles-ci semblent aujourd’hui encore lointaines. L’Europe n’a pas su pleinement s’imposer comme médiateur du conflit et la tentative états-unienne de résolution du conflit en 24h n’a pas porté ses fruits. Ainsi, quel bilan peut dresser à propos de la guerre en Ukraine ? La Russie sortira-t-elle affaiblie ou renforcée de ce conflit ? Quel rôle les États-Unis et l’Europe ont-ils réellement joué dans l’évolution de la guerre ? L’Ukraine a-t-elle encore les moyens de restaurer son intégrité territoriale ? À quels enjeux le pays risque-t-il d’être confronté à la fin de la guerre ? Autant d’enjeux abordés dans ce podcast aux côtés d’Hugues Pernet, ancien ambassadeur de France en Ukraine.
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La guerre en Iran aura des répercussions à l’échelle internationale, et notamment indirectement sur le conflit russo-ukrainien. En s’engageant dans cette guerre, les États-Unis risquent d’accroître la vulnérabilité de l’Ukraine puisqu’ils ne seront pas en mesure d’assurer un approvisionnement simultané en matière d’armement pour les deux conflits. Or après plus de quatre années de guerre, le bilan de la guerre en Ukraine ne cesse de s’alourdir. D’une part, si l’Ukraine a fait preuve de résistance et de résilience face à une armée russe bénéficiant d’un avantage démographique considérable, les coûts humains et économiques de ce conflit sont conséquents. D’autre part, la Russie a subi des pertes importantes, n’a pas atteint les objectifs qu’elle s’était fixés, et a connu un isolement relatif sur la scène internationale. En ce qui concerne les perspectives de paix, celles-ci semblent aujourd’hui encore lointaines. L’Europe n’a pas su pleinement s’imposer comme médiateur du conflit et la tentative états-unienne de résolution du conflit en 24h n’a pas porté ses fruits. Ainsi, quel bilan peut dresser à propos de la guerre en Ukraine ? La Russie sortira-t-elle affaiblie ou renforcée de ce conflit ? Quel rôle les États-Unis et l’Europe ont-ils réellement joué dans l’évolution de la guerre ? L’Ukraine a-t-elle encore les moyens de restaurer son intégrité territoriale ? À quels enjeux le pays risque-t-il d’être confronté à la fin de la guerre ?
Autant d’enjeux abordés dans ce podcast aux côtés d’Hugues Pernet, ancien ambassadeur de France en Ukraine.
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11.03.2026 à 10:53
Déborah Yapi
La séquence ouverte le 28 février 2026 restera dans les livres d’histoire comme une nouvelle rupture de ce qui subsistait des règles régissant le rapport entre les États. Outre l’illégalité que constitue cette agression caractérisée au regard du droit international qui ne reconnait pas le « concept » de guerre préventive, il est de plus impossible de connaitre précisément les buts de guerre supposés du tandem Trump-Netanyahou tant ils apparaissent contradictoires, et finalement jamais véritablement revendiqués. Prétendre affirmer que des tirs balistiques iraniens de longue portée auraient pu atteindre le sol étatsunien ? Aucun spécialiste militaire digne de ce nom ne prête ne serait qu’une once de crédibilité à cette affirmation. Nous sommes ici de plain-pied dans le monde des vérités alternatives désormais endossées par nombre de responsables politiques de premier plan. Stopper le programme nucléaire iranien ? Cela avait déjà été le prétexte avancé lors de la guerre des douze jours au mois de juin 2025, avec les résultats que l’on connait… puisque ce sont environ 440 kilos d’uranium enrichi à 60 % qui ont été cachés et sur lesquels l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) n’a plus désormais aucun moyen de contrôle. Abattre le régime iranien ? C’est sous-estimer la résilience et la complexité de l’organisation de la République islamique d’Iran ainsi que l’interférence multiscalaire des réseaux d’influence qui la structurent. Le pouvoir des Pasdaran sera affaibli, mais pas éradiqué, car il se trouve dans une logique de survie existentielle. Couper la société iranienne de ses dirigeants et la pousser à la révolte contre ces derniers ? C’est méconnaitre le patriotisme iranien qui dans les périodes d’agression a maintes fois prouvé qu’il resserrait les rangs en défense du pays. En outre, la société civile iranienne est, malheureusement, habituée à souffrir et a déjà souvent vécu des périodes d’économie de guerre en serrant les dents. Apporter […]
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La séquence ouverte le 28 février 2026 restera dans les livres d’histoire comme une nouvelle rupture de ce qui subsistait des règles régissant le rapport entre les États.
Outre l’illégalité que constitue cette agression caractérisée au regard du droit international qui ne reconnait pas le « concept » de guerre préventive, il est de plus impossible de connaitre précisément les buts de guerre supposés du tandem Trump-Netanyahou tant ils apparaissent contradictoires, et finalement jamais véritablement revendiqués.
Prétendre affirmer que des tirs balistiques iraniens de longue portée auraient pu atteindre le sol étatsunien ? Aucun spécialiste militaire digne de ce nom ne prête ne serait qu’une once de crédibilité à cette affirmation. Nous sommes ici de plain-pied dans le monde des vérités alternatives désormais endossées par nombre de responsables politiques de premier plan.
Stopper le programme nucléaire iranien ? Cela avait déjà été le prétexte avancé lors de la guerre des douze jours au mois de juin 2025, avec les résultats que l’on connait… puisque ce sont environ 440 kilos d’uranium enrichi à 60 % qui ont été cachés et sur lesquels l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) n’a plus désormais aucun moyen de contrôle.
Abattre le régime iranien ? C’est sous-estimer la résilience et la complexité de l’organisation de la République islamique d’Iran ainsi que l’interférence multiscalaire des réseaux d’influence qui la structurent. Le pouvoir des Pasdaran sera affaibli, mais pas éradiqué, car il se trouve dans une logique de survie existentielle.
Couper la société iranienne de ses dirigeants et la pousser à la révolte contre ces derniers ? C’est méconnaitre le patriotisme iranien qui dans les périodes d’agression a maintes fois prouvé qu’il resserrait les rangs en défense du pays. En outre, la société civile iranienne est, malheureusement, habituée à souffrir et a déjà souvent vécu des périodes d’économie de guerre en serrant les dents.
Apporter la démocratie au peuple iranien ? Que le régime de Téhéran soit rejeté par une grande partie de la population est une certitude, la brutalité inouïe de la répression contre les manifestants au mois de janvier 2026 le rappelle. Pour autant jamais la démocratie n’a été amenée dans les soutes des bombardiers ou à cheval sur les missiles. Certes, des infrastructures militaires sont prises pour cibles, mais c’est avant tout la population civile qui est visée jour après jour et qui est donc considérablement affaiblie. Comment imaginer dans ces conditions un mouvement de révolte qui mettrait le régime à bas ?
Il est donc raisonnablement impossible de prêter crédit à ces fumeuses tentatives de justifications. Pour autant, les résultats catastrophiques des décisions israélo-étatsuniennes sont déjà à l’œuvre :
La liste n’est pas exhaustive… pour des buts de guerre qui ne sont pas explicités ou qui changent au gré des déclarations erratiques de Donald Trump. Benyamin Netanyahou semble pour sa part plus cohérent, car ce n’est pas tant le régime iranien qu’il veut abattre que la volonté de ramener l’Iran au niveau le plus faible qu’il le peut.
L’État d’Israël se comporte tel un forcené ivre de violences se déchaînant sur les populations civiles sans distinction ni retenue comme il l’a déjà fait durant des mois dans son entreprise génocidaire contre la bande de Gaza. Nous avons la confirmation d’une fuite en avant dont nul ne sait où elle s’arrêtera à l’heure ou des membres du gouvernement de Tel-Aviv évoquent de plus en plus fréquemment la perspective d’un grand Israël. Rêve halluciné de suprémacistes juifs pour lesquels seule la force militaire brute semble devoir s’imposer.
Jouissant depuis des années d’une impunité complète dans leurs multiples exactions, les dirigeants israéliens se sentent légitimes à poursuivre leur œuvre mortifère. Si les États-Unis peuvent concevoir d’éventuelles divergences avec ce projet, il n’en demeure pas moins qu’ils agissent à ce stade pleinement aux côtés d’Israël sans exprimer la moindre critique.
Ce sont peu à peu les quelques règles du droit international prétendant réguler les relations entre les États qui sont méthodiquement battus en brèche sans que finalement les « maîtres du monde » s’en émeuvent véritablement. Le droit international n’a certes en aucun temps été parfait et n’est en réalité jamais parvenu à s’affranchir de la dure réalité des rapports de force, mais nous sommes désormais dans une autre séquence. Plus rien ne paraît juguler ou ralentir les politiques promus par les États expansionnistes et leurs soutiens.
En ce sens, la diplomatie du « en même temps » est non seulement inefficiente, mais apporte de facto une caution aux entreprises impérialistes. On ne peut affirmer du bout des lèvres que l’attaque du 28 février est une entorse au droit international, mais ne prendre aucune initiative tangible pour tenter d’en juguler les effets. Il est certes loisible de condamner la décision du Hezbollah de lancer missiles et drones sur Israël le 2 mars, mais alors pourquoi n’avoir pas fait de même à propos des bombardements israéliens quasi quotidiens sur le Liban et l’occupation d’une partie du territoire national en contravention absolue des dispositions du cessez-le-feu de novembre 2024 ? Deux poids – deux mesures.
De manière plus générale, l’Union européenne est une nouvelle fois spectatrice et complice devant l’indicible. Elle a visiblement abandonné pour longtemps toute velléité de tenter d’influer sur les désordres du monde pour contribuer à réactiver quelques principes structurants de la vie internationale. Seul l’État espagnol sauve l’honneur et ne baisse pas la tête.
Nous sommes dans un moment de bascule et la situation apparait pour le moins préoccupante. Un sursaut s’avère nécessaire avant qu’il ne soit trop tard. La France s’honorerait en multipliant les initiatives diplomatiques, notamment en direction des États du Sud qui comprennent mieux que quiconque les dangers de la désagrégation du droit international et de la généralisation de la loi du plus fort. La partie est infiniment complexe, mais il n’y a que les batailles non engagées qui sont sûres d’être perdues.
On peut malheureusement craindre que ce souhait ne soit qu’un vœu pieux.
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10.03.2026 à 16:26
Déborah Yapi
Malgré la guerre, l’Ukraine a préservé une capacité de production agricole remarquable, réinventé ses routes logistiques et maintenu son rôle clé dans la sécurité alimentaire internationale. À la croisée des dynamiques géopolitiques, agricoles et énergétiques, le pays incarne bien plus qu’un simple fournisseur de matières premières. À l’heure où l’UE repense son autonomie, où les États-Unis réévaluent leurs priorités et où la Russie mobilise son influence via le blé et les engrais, l’Ukraine s’affirme comme un espace décisif pour les équilibres agricoles, diplomatiques et économiques du XXIᵉ siècle. À l’occasion de la sortie du Déméter 2026, Arthur Portier, consultant senior chez Agritel – Argus Media France, agriculteur, répond à nos différentes questions :
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Malgré la guerre, l’Ukraine a préservé une capacité de production agricole remarquable, réinventé ses routes logistiques et maintenu son rôle clé dans la sécurité alimentaire internationale. À la croisée des dynamiques géopolitiques, agricoles et énergétiques, le pays incarne bien plus qu’un simple fournisseur de matières premières. À l’heure où l’UE repense son autonomie, où les États-Unis réévaluent leurs priorités et où la Russie mobilise son influence via le blé et les engrais, l’Ukraine s’affirme comme un espace décisif pour les équilibres agricoles, diplomatiques et économiques du XXIᵉ siècle.
À l’occasion de la sortie du Déméter 2026, Arthur Portier, consultant senior chez Agritel – Argus Media France, agriculteur, répond à nos différentes questions :
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