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INSTITUT DE RELATIONS INTERNATIONALES ET STRATÉGIQUES
Think tank français spécialisé sur les questions géopolitiques et stratégiques

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29.04.2026 à 19:28

Quelques réflexions à propos des récentes interventions médiatiques de Frédéric Martel

Coline Laroche              

Frédéric Martel vient de publier un livre intitulé Occidents – Enquête sur nos ennemis, dont le moins que l’on puisse constater est qu’il bénéficie d’une vaste promotion puisqu’on a pu lire ou écouter son auteur dans d’innombrables médias ces dernières semaines. La perplexité germe rapidement à l’écoute de l’émission Quotidien du 13 avril animée par Yann Barthès, lorsque l’auteur explique avec force détails qu’il a participé à une réunion de tous les chefs politiques et militaires du Hezbollah au 4e sous-sol d’un immeuble sécurisé sis dans la banlieue sud de Beyrouth[1]. OSS 117 n’en aurait pas demandé tant… En lisant la transcription du podcast géopolitique de L’Express daté du 16 avril, le doute se transforme en suspicion quand Frédéric Martel explique sans sourciller qu’il a « infiltré des réseaux du Hezbollah ». Toute personne s’intéressant au Moyen-Orient sait que le Hezbollah est l’une des organisations les plus cloisonnées de la région et les événements de ces dernières années ont prouvé que seuls les agents des services de renseignement israéliens étaient parvenus à pénétrer cette organisation, avec la redoutable efficacité que l’on connait. On peut alors légitimement douter qu’un journaliste français, préparant un essai sur les ennemis de l’Occident, puisse ainsi avoir ses entrées au plus haut niveau d’un mouvement dont une partie de l’appareil vit dans la clandestinité. Mais visiblement aucun de ses confrères ne lui a demandé plus de précisions sur cette folle aventure… plus c’est gros plus cela passe et cela impressionne sûrement beaucoup dans les chaumières de constater un tel courage. La surprise passée, d’innombrables questions se posent à la lumière des interventions de Frédéric Martel. Comme il l’affirme à de maintes reprises, il s’agit pour lui d’expliquer la logique de tous ceux qui affirment lutter contre l’Occident. Nous reviendrons sur l’utilisation du pluriel du titre de son livre. […]

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Texte intégral (2107 mots)

Frédéric Martel vient de publier un livre intitulé Occidents – Enquête sur nos ennemis, dont le moins que l’on puisse constater est qu’il bénéficie d’une vaste promotion puisqu’on a pu lire ou écouter son auteur dans d’innombrables médias ces dernières semaines.

La perplexité germe rapidement à l’écoute de l’émission Quotidien du 13 avril animée par Yann Barthès, lorsque l’auteur explique avec force détails qu’il a participé à une réunion de tous les chefs politiques et militaires du Hezbollah au 4e sous-sol d’un immeuble sécurisé sis dans la banlieue sud de Beyrouth[1]. OSS 117 n’en aurait pas demandé tant… En lisant la transcription du podcast géopolitique de L’Express daté du 16 avril, le doute se transforme en suspicion quand Frédéric Martel explique sans sourciller qu’il a « infiltré des réseaux du Hezbollah ».

Toute personne s’intéressant au Moyen-Orient sait que le Hezbollah est l’une des organisations les plus cloisonnées de la région et les événements de ces dernières années ont prouvé que seuls les agents des services de renseignement israéliens étaient parvenus à pénétrer cette organisation, avec la redoutable efficacité que l’on connait. On peut alors légitimement douter qu’un journaliste français, préparant un essai sur les ennemis de l’Occident, puisse ainsi avoir ses entrées au plus haut niveau d’un mouvement dont une partie de l’appareil vit dans la clandestinité. Mais visiblement aucun de ses confrères ne lui a demandé plus de précisions sur cette folle aventure… plus c’est gros plus cela passe et cela impressionne sûrement beaucoup dans les chaumières de constater un tel courage.

La surprise passée, d’innombrables questions se posent à la lumière des interventions de Frédéric Martel. Comme il l’affirme à de maintes reprises, il s’agit pour lui d’expliquer la logique de tous ceux qui affirment lutter contre l’Occident. Nous reviendrons sur l’utilisation du pluriel du titre de son livre. La méthode est de prime abord simple, mais empreinte d’un raisonnement binaire dont la rigueur intellectuelle est sujette à caution. Les bons, défenseurs et incarnations du système libéral, contre les méchants, dictateurs ou illibéraux. L’auteur range ainsi dans la même catégorie des responsables politiques et des systèmes dont les origines, les histoires et les dynamiques sont radicalement différentes et ne peuvent pas être simplement superposées pour les besoins d’une démonstration empirique. Jamais ne sont par exemple évoquées les classes sociales et les intérêts économiques défendus par ces dernières, qui semblent pourtant déterminantes pour en saisir les logiques. Qui peut considérer sérieusement que les politiques défendues par Fidel Castro, Hugo Chavez, Vladimir Poutine, Xi Jinping, Viktor Orbán ou Hassan Nasrallah sont réductibles l’une à l’autre ?

Pour l’auteur, le terme d’Occident est « une construction brandie par nos adversaires pour nous dénoncer ». Pour lui, c’est la haine partagée de l’Occident qui serait le dénominateur commun et relie l’ensemble de ces responsables politiques. D’ailleurs lui-même ne se caractérise pas comme occidental, mais avant tout comme Européen, et considère que l’Occident est peut-être une métaphore, une caricature et non pas une réalité. Un mythe utilisé par ses ennemis.

Très bien. Il admet donc que le terme d’Occident n’est en l’occurrence pas lié à la géographie mais ne comprend pas qu’il incarne plus fondamentalement une alliance stratégique et militaire ainsi que des systèmes politiques mis en place pour défendre le mode de production économique dominant.

Le raisonnement de Frédéric Martel renvoie à la question qu’il juge fondamentale des valeurs supposées être incarnées par les démocraties libérales. Le simplisme fait cependant rarement bon ménage avec l’histoire telle qu’elle existe et non pas telle que l’on voudrait qu’elle soit. Eriger la défense des valeurs démocratiques comme principe cardinal des convictions qui semblent inspirer l’auteur est un axiome séduisant et respectable. Il faut dans ce cas pousser la logique à son terme et admettre que les « États démocratiques » incarnent des principes à géométrie variable. L’histoire des cruautés de la colonisation – le fameux fardeau de l’homme blanc développé par Rudyard Kipling – le prouve amplement, les exemples abondent. Comment aussi expliquer les multiples coups d’État organisés par de soi-disant respectables démocraties (Iran 1953, Chili 1973…), comment justifier les guerres engagées et menées par les mêmes États impérialistes au mépris du droit international ? Ces quelques rappels historiques sont loin d’être exhaustifs tant les exemples pullulent de ces États démocratiques qui n’hésitent pas à utiliser les moyens les plus opposés aux valeurs qu’ils prétendent défendre.

Mais ces situations ne se trouvent pas que dans l’histoire, l’actualité nous les rappelle quotidiennement. Chacun peut constater le deux poids-deux mesures caractérisant la politique des États occidentaux dans leur traitement respectif de la guerre en Ukraine ou dans celui du génocide en cours à Gaza. Dans le deuxième cas le silence est en effet assourdissant et les initiatives concrètes pour mettre fin au massacre planifié quasi inexistantes… Visiblement la vie d’un Palestinien a beaucoup moins de valeur que celle d’un Ukrainien.

Non, décidément, l’analyse de la situation internationale ne dépend pas d’idées généreuses, mais en l’occurrence singulièrement désincarnées et donc en bonne part inopérantes. Pour Frédéric Martel la méfiance et la détestation à l’encontre de l’Occident s’expliquerait parce que cet Occident est devenu synonyme de démocratie, donc la haine à son encontre « représente d’abord une haine de la démocratie »[2]. Ce n’est pas une haine à l’encontre de l’Occident que les États du Sud conçoivent mais bien une défiance, justifiée, quant à la propension des dirigeants occidentaux à défendre des principes uniquement quand ils correspondent à leurs intérêts matériels bien compris. Comment, dans cette situation, les dirigeants du Sud pourraient-ils spontanément et le cœur léger adopter des principes tant de fois bafoués ?

Pour autant, rien ne justifie un hypothétique soutien à des régimes autoritaires ou dictatoriaux qui oppriment les peuples de nombreux États du Sud et nul progressiste ne peut se dispenser des nécessaires critiques à leur égard. Le piège en la matière serait de tomber dans une sorte de retour du campisme de la guerre froide, non plus aligné cette fois-ci sur l’URSS mais comme un soutien direct ou indirect à des régimes mis sous pression par les États-Unis. Comme le décrit Gilbert Achcar : « En d’autres termes, il y eut passage d’une logique de “L’ennemi de mon ami (l’URSS) est mon ennemi” à une logique de “L’ennemi de mon ennemi (les États-Unis) est mon ami” ». Ce raisonnement n’est pas non plus opérant, parce que binaire.

Le pendant de cette position est un « campisme inversé » dicté par les puissances occidentales qui constitue le fondement de la thèse de Frédéric Martel. Un clivage entre les « démocraties » et les « régimes autoritaires » traduit en termes de confrontation entre pays « libéraux » et « illibéraux », les premiers promouvant un monde de paix, de droits, de libertés, de valeurs universelles, les seconds un monde autoritaire, de force brute. Ces clivages poursuivent un objectif idéologique et stratégique : nous enjoindre à choisir notre camp en fonction d’une grille de lecture simpliste, moralisante, instrumentalisée et singulièrement artificielle. Mais dans le domaine des relations internationales, les partisans d’une transformation progressiste et d’une rupture avec le système capitaliste ne peuvent raisonner en termes campistes d’« amis/ennemis »[3].

La prétention de Frédéric Martel à avoir infiltré le Hezbollah fait sourire, mais au-delà du grotesque l’essentiel n’est pas là. Ses réflexions sont développées en défense de l’occidentalisme dont une partie des soi-disant élites politiques et médiatiques sont biberonnées depuis des décennies et qui constatent avec effroi que le sol se dérobe sous leurs pieds. Non seulement les États du Sud, dans leur grande diversité, revendiquent leur droit à décider par eux-mêmes sans plus subir les exigences des États occidentaux, mais, de plus, le pays qui incarnait jusqu’alors l’occidentalisme pour ses thuriféraires est en train de saper méthodiquement les bases sur lesquelles était édifiée leur domination. La politique mise en œuvre par Donald Trump n’est probablement pas une courte parenthèse et contribue à reconfigurer les relations internationales. Avec son insupportable arrogance il contribue à affaiblir l’Occident et ses prétendues valeurs si chers à Frédéric Martel. Au-delà du cas états-unien nous assistons en effet à une prolifération et à un renforcement des régimes autoritaires à travers le monde qui tentent de juguler à leur manière les effets de la crise généralisée qui affecte le système international.

Ainsi, à la question de savoir si Israël est la pointe avancée de l’Occident comme le prétend Benyamin Netanyahou, Frédéric Martel, y constatant la domination des ultraorthodoxes et des ultranationalistes, feint de s’interroger et explique « ce qui pose la question de l’appartenance d’Israël aux pays occidentaux, disons aux démocraties libérales ». La formule est savoureuse. Toute interrogation est légitime mais certaines apparaissent néanmoins comme superfétatoires, et le syndrome de l’indignation sélective semble bien avoir affecté notre auteur. Il explique en outre à propos du Liban qu’une solution s’impose pour parvenir à la paix : ce pays doit démanteler le Hezbollah et reconnaitre Israël. Il ajoute sans sourciller « L’Égypte et la Jordanie l’ont fait. Il n’y a plus de guerres depuis longtemps avec ces deux pays ». Pour Frédéric Martel, le tour est joué. C’est ne rien comprendre à la centralité de la question palestinienne sans résolution de laquelle il est vain d’escompter une stabilisation de la région. À moins qu’il considère cette question comme désormais nulle et non avenue et qu’il suffirait in fine de faire preuve de bonne volonté pour ramener la paix, comme par un coup de baguette magique. Ce positionnement est, a minima, inquiétant en ce qu’il fait écho aux positions défendues par l’establishment israélien.

Il s’agit certes de construire des alternatives pour faire face aux défis d’un monde en crise systémique. Pour ce faire il s’agit de ne pas se tromper de combat et surtout s’appuyer sur les résistances sociales et politiques qui existent à travers grand nombre de pays. Pour y parvenir il est alors préférable de ne pas considérer les citoyens comme des crétins en prétendant avoir infiltré le Hezbollah…


[1] À partir de 16’59

[2] Frédéric Martel, Occidents – Enquête sur nos ennemis, Paris, Plon, 2026, p. 587.

[3] Voir à ce propos Didier Billion et Christophe Ventura, Désoccidentalisation – Repenser l’ordre du monde, Marseille, Agone, 2023.

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29.04.2026 à 17:54

Mali : vers la fragmentation ? Avec Fatou Élise Ba

Déborah Yapi

Le 25 avril 2026, des attaques ont été menées par des groupes armés au Mali, notamment à proximité de la capitale Bamako. Les combats ont opposé les Forces armées maliennes (FAMa), soutenues par l’organisation paramilitaire russe Africa Corps, à une alliance inédite entre deux groupes armés aux objectifs distincts. D’un côté, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), une organisation djihadiste affiliée à Al-Qaïda, et de l’autre, les indépendantistes touareg du Front de libération de l’Azawad (FLA). Les rebelles sont parvenus à prendre le contrôle de plusieurs villes, dont Kidal, sous contrôle de l’État malien et des mercenaires russes depuis 2023. Ces affrontements particulièrement violents ont fait au moins seize morts, dont le ministre de la Défense, Sadio Camara. Ces événements s’inscrivent dans un contexte déjà extrêmement fragile. Depuis plus d’une décennie, le Mali est confronté à une crise profonde, marquée par une instabilité politique et de fortes difficultés économiques. Dès lors, comment expliquer le rapprochement de deux groupes armés aux objectifs pourtant divergents ? S’agit-il d’une alliance durable ou d’une coalition de circonstance contre l’État malien ? Cette dynamique annonce-t-elle une fragmentation du pays ? Dans quelle mesure la junte au pouvoir est-elle en capacité de contrôler la situation ? Et comment interpréter l’absence de réaction de la Russie et les acteurs régionaux face à cette situation ? Autant d’enjeux abordés avec Fatou Élise Ba, chercheuse à l’IRIS, responsable du Programme Sécurité humaine et spécialiste des questions de développement et de l’Afrique, qui analyse les dynamiques de ces affrontements et les risques d’évolution de cette crise.

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Le 25 avril 2026, des attaques ont été menées par des groupes armés au Mali, notamment à proximité de la capitale Bamako. Les combats ont opposé les Forces armées maliennes (FAMa), soutenues par l’organisation paramilitaire russe Africa Corps, à une alliance inédite entre deux groupes armés aux objectifs distincts. D’un côté, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), une organisation djihadiste affiliée à Al-Qaïda, et de l’autre, les indépendantistes touareg du Front de libération de l’Azawad (FLA). Les rebelles sont parvenus à prendre le contrôle de plusieurs villes, dont Kidal, sous contrôle de l’État malien et des mercenaires russes depuis 2023. Ces affrontements particulièrement violents ont fait au moins seize morts, dont le ministre de la Défense, Sadio Camara.

Ces événements s’inscrivent dans un contexte déjà extrêmement fragile. Depuis plus d’une décennie, le Mali est confronté à une crise profonde, marquée par une instabilité politique et de fortes difficultés économiques.

Dès lors, comment expliquer le rapprochement de deux groupes armés aux objectifs pourtant divergents ? S’agit-il d’une alliance durable ou d’une coalition de circonstance contre l’État malien ? Cette dynamique annonce-t-elle une fragmentation du pays ? Dans quelle mesure la junte au pouvoir est-elle en capacité de contrôler la situation ? Et comment interpréter l’absence de réaction de la Russie et les acteurs régionaux face à cette situation ?

Autant d’enjeux abordés avec Fatou Élise Ba, chercheuse à l’IRIS, responsable du Programme Sécurité humaine et spécialiste des questions de développement et de l’Afrique, qui analyse les dynamiques de ces affrontements et les risques d’évolution de cette crise.

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28.04.2026 à 17:47

Is U.S. Power Declining or Transforming? American Democracy and Its Global Role

stagiaire-comm@iris-france.org

On the eve of the 250th anniversary of the United States Declaration of Independence, many debates are emerging over the evolution of American politics and the country’s role on the international stage. In a context marked by deep internal divisions, growing geopolitical tensions, and intensifying rivalries between powers, one question persists: is the country at a turning point in its history? America at 250: At Home and Beyond approaches this question from this perspective, offering an analysis of political, social, and international dynamics, while also reflecting on the transformations and challenges facing the United States as this symbolic milestone approaches. On this occasion, Gideon Rose, professor at Columbia University, former editor of Foreign Affairs, and author of the book’s postscript, answers our questions:

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On the eve of the 250th anniversary of the United States Declaration of Independence, many debates are emerging over the evolution of American politics and the country’s role on the international stage. In a context marked by deep internal divisions, growing geopolitical tensions, and intensifying rivalries between powers, one question persists: is the country at a turning point in its history? America at 250: At Home and Beyond approaches this question from this perspective, offering an analysis of political, social, and international dynamics, while also reflecting on the transformations and challenges facing the United States as this symbolic milestone approaches.

On this occasion, Gideon Rose, professor at Columbia University, former editor of Foreign Affairs, and author of the book’s postscript, answers our questions:

  • How has American democracy evolved since independence? Can the United States still be considered as a democratic model?
  • What role does the United States currently play on the international stage? Are we witnessing a decline in U.S. power, or is it undergoing a transformation?
  • How does the perception of democratic decline in the United States shape public opinion and the way opposition movements organize themselves?

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28.04.2026 à 12:30

Violence et vie politique aux États-Unis : phénomène inéluctable ? | Les mardis de l’IRIS

Déborah Yapi

Chaque mardi, Pascal Boniface reçoit un membre de l’équipe de recherche de l’‪IRIS‬ pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec Romuald Sciora, chercheur associé à l’IRIS et directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis, autour du climat de violence qui secoue la vie politique américaine, notamment après une nouvelle tentative d’assassinat visant le président Donald Trump, samedi 25 avril, lors du dîner des correspondants de la presse.

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Chaque mardi, Pascal Boniface reçoit un membre de l’équipe de recherche de l’‪IRIS‬ pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec Romuald Sciora, chercheur associé à l’IRIS et directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis, autour du climat de violence qui secoue la vie politique américaine, notamment après une nouvelle tentative d’assassinat visant le président Donald Trump, samedi 25 avril, lors du dîner des correspondants de la presse.

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28.04.2026 à 09:17

Integration of the European Capability Process in Member States’ Administration : The Estonian Case

Coline Laroche              

This paper explores the degree to which, and how, Estonia has used the Capability Development Plan (CDP), the Coordinated Annual Review on Defence (CARD), Permanent Structured Cooperation (PESCO), and the European Defence Fund (EDF) in its national defence planning and acquisition policies and practices. Consistent with its view of the respective roles of NATO and the EU in defence, Estonia largely disregards the outputs of the CDP and CARD in its defence planning, focusing instead on national and NATO-derived requirements. Estonia is, however, a strong advocate for the role that EU support and funding can play in building Europe’s defence capabilities. It is a willing participant in PESCO and strongly encourages its defence industry to participate in EDF projects, where Estonian entities have achieved relatively high levels of success in fields such as cyber, robotics, sensors, and surveillance technologies.

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This paper explores the degree to which, and how, Estonia has used the Capability Development Plan (CDP), the Coordinated Annual Review on Defence (CARD), Permanent Structured Cooperation (PESCO), and the European Defence Fund (EDF) in its national defence planning and acquisition policies and practices. Consistent with its view of the respective roles of NATO and the EU in defence, Estonia largely disregards the outputs of the CDP and CARD in its defence planning, focusing instead on national and NATO-derived requirements. Estonia is, however, a strong advocate for the role that EU support and funding can play in building Europe’s defence capabilities. It is a willing participant in PESCO and strongly encourages its defence industry to participate in EDF projects, where Estonian entities have achieved relatively high levels of success in fields such as cyber, robotics, sensors, and surveillance technologies.

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27.04.2026 à 17:30

Liban : une situation très volatile

Déborah Yapi

Vendredi dernier, Donald Trump a annoncé une prolongation de trois semaines du cessez-le-feu entre Israël et le Liban. Un accord encore imparfaitement respecté, mais qui accorde aux populations libanaises un peu de répit après des semaines de bombardements. Ce cessez-le-feu apparait comme imposé par Washington au Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, fragilisé par une contestation croissante au sein de l’opinion israélienne. Parallèlement, ces discussions marquent un tournant : il s’agit des premières négociations directes entre Israël et le Liban depuis plus de 40 ans, alors même que les deux États ne se reconnaissent pas officiellement. Ces échanges pourraient-ils ouvrir la voie à une reconnaissance d’Israël par le Liban, comme le souhaitent les États-Unis ? La question reste entière, alors que près de 6 % du territoire libanais demeure occupé par l’armée israélienne. Autre élément marquant : la France, pourtant alliée historique du Liban, a été écartée des négociations sans réelle réaction. Que révèle cette mise à l’écart sur l’état réel du partenariat entre Paris et Beyrouth ? En réalité, l’issue du conflit dépasse largement le cadre bilatéral. Elle dépendra en grande partie des discussions entre les États-Unis et l’Iran, notamment autour du détroit d’Ormuz, toujours sous tension. Dans ce contexte, quelles perspectives pourraient se dessiner pour le Liban, alors que ce dernier est confronté à une crise politique profonde, à l’affaiblissement de ses institutions et à des déplacements massifs de population ? Mon analyse dans cette vidéo.

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Vendredi dernier, Donald Trump a annoncé une prolongation de trois semaines du cessez-le-feu entre Israël et le Liban. Un accord encore imparfaitement respecté, mais qui accorde aux populations libanaises un peu de répit après des semaines de bombardements.

Ce cessez-le-feu apparait comme imposé par Washington au Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, fragilisé par une contestation croissante au sein de l’opinion israélienne. Parallèlement, ces discussions marquent un tournant : il s’agit des premières négociations directes entre Israël et le Liban depuis plus de 40 ans, alors même que les deux États ne se reconnaissent pas officiellement.

Ces échanges pourraient-ils ouvrir la voie à une reconnaissance d’Israël par le Liban, comme le souhaitent les États-Unis ? La question reste entière, alors que près de 6 % du territoire libanais demeure occupé par l’armée israélienne. Autre élément marquant : la France, pourtant alliée historique du Liban, a été écartée des négociations sans réelle réaction. Que révèle cette mise à l’écart sur l’état réel du partenariat entre Paris et Beyrouth ?

En réalité, l’issue du conflit dépasse largement le cadre bilatéral. Elle dépendra en grande partie des discussions entre les États-Unis et l’Iran, notamment autour du détroit d’Ormuz, toujours sous tension.

Dans ce contexte, quelles perspectives pourraient se dessiner pour le Liban, alors que ce dernier est confronté à une crise politique profonde, à l’affaiblissement de ses institutions et à des déplacements massifs de population ?

Mon analyse dans cette vidéo.

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27.04.2026 à 09:11

Somaliland : longue route vers la reconnaissance

Coline Laroche              

Autoproclamé indépendant depuis 1991, le Somaliland, situé au nord de la Somalie entre Djibouti et l’Éthiopie, s’est affirmé comme un acteur relativement stable dans une région marquée par les crises. Bien qu’il ne soit pas reconnu officiellement par la communauté internationale, le territoire entretient depuis des années des relations avec plusieurs acteurs étrangers, à travers des projets de coopération ou des partenariats économiques. En décembre 2025, sa reconnaissance par Israël a ravivé l’attention portée à ce territoire. Si cette décision peut apparaître comme une étape importante pour la légitimité du Somaliland, elle s’inscrit dans un contexte régional marqué par des tensions anciennes, des rivalités entre États et une recomposition des équilibres dans la Corne de l’Afrique. Dans quelle mesure la reconnaissance du Somaliland par Israël marque-t-elle un véritable changement pour ce territoire ? Quelle pourrait être ses répercussions dans une région déjà instable ?  Le point avec Géraldine Pinauldt, chercheuse associée à l’IRIS, spécialiste de la Corne de l’Afrique. Dans quelle mesure la reconnaissance du Somaliland par Israël constitue-t-elle un tournant diplomatique pour ce territoire ? L’annonce de la reconnaissance complète et réciproque du Somaliland par Israël le 26 décembre dernier a fait éclater une crise diplomatique et médiatique mondiale (non sans le précédent de janvier 2024) et a remis le Somaliland sur le devant de la scène mondiale. Pour autant, malgré le passage d’un État de facto à un État reconnu, il est difficile de qualifier cette reconnaissance de rupture diplomatique, en ce qu’il n’y avait de fait et depuis 1991, aucune présence des institutions somaliennes au Somaliland. De plus, de très nombreux partenaires internationaux y avaient déjà des représentations, des bureaux ou des actions. En effet, outre les bureaux de liaison des États voisins – Éthiopie depuis 25 ans, pour laquelle le représentant a un rang d’ambassadeur, et Djibouti – Hargeisa […]

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Dans quelle mesure la reconnaissance du Somaliland par Israël constitue-t-elle un tournant diplomatique pour ce territoire ?

L’annonce de la reconnaissance complète et réciproque du Somaliland par Israël le 26 décembre dernier a fait éclater une crise diplomatique et médiatique mondiale (non sans le précédent de janvier 2024) et a remis le Somaliland sur le devant de la scène mondiale. Pour autant, malgré le passage d’un État de facto à un État reconnu, il est difficile de qualifier cette reconnaissance de rupture diplomatique, en ce qu’il n’y avait de fait et depuis 1991, aucune présence des institutions somaliennes au Somaliland. De plus, de très nombreux partenaires internationaux y avaient déjà des représentations, des bureaux ou des actions. En effet, outre les bureaux de liaison des États voisins – Éthiopie depuis 25 ans, pour laquelle le représentant a un rang d’ambassadeur, et Djibouti – Hargeisa est depuis une quinzaine d’années le siège d’un certain nombre de projets des coopérations européenne, allemande, britannique ou danoise. La coopération française, arrivée tardivement, y mène d’ailleurs un projet de valorisation du patrimoine, mais on peut rappeler que la France fut le premier État à aider l’armée somalilandaise naissante au début des années 1990 en lui fournissant ponctuellement vivres et uniformes. L’autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), dont la Somalie est le fondateur, opposée à la reconnaissance du Somaliland, y réalise toutefois des projets dans le cadre de l’intégration régionale et le Somaliland accueille une école vétérinaire de rang régional, faisant cohabiter son drapeau et celui de l’IGAD. Un certain nombre d’institutions onusiennes ont également bureau et actions au Somaliland, certes souvent dans des projets de portée « nationale », c’est-à-dire à l’échelle de la Somalie, ce qui leur a parfois valu d’être suspendus par le Somaliland.

Plus que de facto, c’est peut-être statu quo qui pourrait caractériser une période antérieure, notamment avec deux dates : 2010 et 2012. En 2010, les États-Unis ont autorisé le financement direct des « régions somaliennes » permettant ainsi à la Banque mondiale de financer des projets au budget de la République du Somaliland. En 2012, le passage de la Somalie d’un gouvernement de transition à un gouvernement fédéral a laissé libre interprétation du terme « Somaliland » rapidement « reconnu » par Mogadiscio comme l’un des États fédérés, entérinant un statu quo, chacun pouvant voir le Somaliland comme il le souhaitait. Depuis Hargeisa toutefois, on était bien loin de Mogadiscio.

Si ces présences étrangères ne constituent pas une reconnaissance et qu’elles ont bénéficié de la confusion possible, leurs arrivées progressives à partir du milieu des années 2000 ont été autant de validation des progrès significatifs réalisés par la République du Somaliland en 35 ans. 35 ans, cela signifie qu’une première génération d’enfants nés somalilandais est pleinement engagée dans les responsabilités, suivie de près par une seconde génération. Aussi, on peut dire que la reconnaissance n’a pas pour l’instant d’impact direct sur le quotidien des Somalilandais.

La seule conséquence concrète a porté sur les relations entre Djibouti et le Somaliland, avec la rupture des liens diplomatiques et la rupture de la connexion aérienne entre les deux capitales. La relation entre les deux voisins se caractérise toutefois depuis l’ouverture de représentations réciproques, par des épisodes de rupture et de rapprochements, et des séquences d’ouverture et de fermeture de leur frontière commune. L’Éthiopie, qui a des accords bilatéraux formels depuis le début des années 2000 avec le Somaliland et qui constitue un partenaire constant depuis lors, a gardé le silence sur cette reconnaissance.

Dans quelle mesure cette reconnaissance pourrait-elle bouleverser les équilibres géopolitiques dans la Corne de l’Afrique ?

La reconnaissance du Somaliland par Israël est à la fois un évènement géopolitique majeur et un non-évènement en soi pour la géopolitique de la Corne de l’Afrique. L’analyse globalement admise qui tend à dénoncer la République du Somaliland comme étant la cause, par sa reconnaissance, de la dégradation sécuritaire dans la Corne de l’Afrique semble relever d’une communication certes réussie mais qui résiste mal à l’observation des faits. Aussi convient-il de rappeler que sévit depuis 2023 une guerre sans nom au Soudan, qui est en train de déborder de ses frontières, que le Soudan du Sud est en guerre civile depuis son indépendance en 2011, que l’Éthiopie multiplie les conflits dans toutes les parties de son territoire depuis 2015 et que la Somalie du Sud, dont le conflit a changé d’habits au gré des problématiques internationales, atteint sa 37e année de guerre civile.La Corne de l’Afrique est instable, car des processus profonds sont en cours touchant les constructions nationales territorialisées de tous ses États, et que ces processus sont aggravés par la corridorisation de la région, accentuant les rentes de situations et aggravant les déséquilibres territoriaux alors que sont rarement mis en œuvre des mécanismes de compensation.

Aussi, face au commentaire de l’actualité, il convient de considérer les évènements actuels avec une profondeur historique allant un peu au-delà de décembre 2025 ou de janvier 2024, de constater le progressif raidissement de la Somalie qui voit l’activisme somalilandais pour sa reconnaissance internationale se réveiller à partir de 2017 et bousculer le statu quo, certes inconfortable pour tous, mais relativement fonctionnel depuis 1991.

Les observateurs internationaux s’interrogent sur les raisons propres à Israël pour cette reconnaissance, alors qu’elles sont d’une grande évidence (présence de Houthis au Yémen, proximité de l’Iran, contrôle de la mer Rouge et processus engagé par les accords d’Abraham). Mais la véritable interrogation porte à mon sens beaucoup plus sur les raisons pour lesquelles le Somaliland, à ce moment précis, pouvait accepter une reconnaissance d’Israël. En effet, Israël, représenté en Éthiopie et y ayant initié un certain nombre d’investissements, notamment agricoles dans l’État régional somali d’Éthiopie, a montré un intérêt pour le Somaliland dès sa reprise d’indépendance. Au début des années 2000, une forme de diplomatie sanitaire est mise en place avec l’organisation d’évacuations sanitaires vers Israël d’enfants somalilandais atteints de pathologies cardiaques. Depuis, les tentatives de rapprochement en haut lieu ont été nombreuses.

Au début des années 2020, Abiy Ahmed échoue à établir une « pax arabico-aethiopica » sur une grande Corne de l’Afrique qu’il aurait souhaité unifier. Devant l’accélération du renversement du monde, chacun des deux États, Somalie et Somaliland, en marge de pourparlers qui ne parviennent pas à s’installer, utilisent les cartes régionales et mondiales à leur portée et leurs rentes de situation respectives afin d’arriver à leur fin : la reconnaissance pour le Somaliland et l’intégrité territoriale pour une Somalie qui, avant même d’arriver à la question du Somaliland, peine à faire cohabiter un gouvernement central et des États fédérés qui ne le reconnaissent pas, ce dans un contexte où une immense partie du territoire est administrée par Al-Shabaab, un mouvement terroriste islamiste contre lequel les troupes de l’Union africaine, l’armée turque et les troupes d’élites états-uniennes appuyent l’État somalien

Le Somaliland signe un premier partenariat tripartite avec l’Éthiopie et DPWorld en 2016 pour l’utilisation et la gestion du port de Berbera et du corridor. Le jeune État dont la stratégie de recherche d’une reconnaissance semblait timide depuis plusieurs années, se dote, à partir de 2017, d’un comité en charge de travailler à la reconnaissance et d’établir de nouvelles relations diplomatiques, notamment avec un tour d’Afrique. Les relations avec Taïwan, débutée en 2009, ont abouti en 2019 à leur affirmation et en 2020 à l’échange de représentants et ambassadeurs alors que la Chine avait rétabli une ambassade à Mogadiscio en 2013. Sur fond de conflit frontalier maritime et d’une guerre du khat avec la Somalie, le Kenya se rapproche du Somaliland en 2019, qui ouvre une représentation officielle à Nairobi en 2024. À partir de 2022, les États-Unis effectuent plusieurs visites à Berbera.

Devant cet activisme qui vient brusquer l’histoire, la Somalie se dote d’outils inédits et offensifs : accords militaires bilatéraux avec la Turquie en 2017 puis en 2024 et enfin avec l’Égypte en 2024 et 2025, outils numériques, mise en œuvre d’une loi sur le e-visa exigeant des compagnies aériennes qu’elles ne reconnaissent pas le visa somalilandais en septembre 2025, et instrumentalisation des dynamiques centripètes au Somaliland, ce alors que le fondement de l’État somalilandais repose sur l’allégeance initiale des clans au projet national.

La profonde crise politique entre le Somaliland et la Somalie s’intensifiant depuis plusieurs années, dans le contexte d’une Corne de l’Afrique en mouvement, il devenait urgent pour le Somaliland de se protéger face à un État somalien très appuyé.

Il serait plus juste de lire que ce sont les bouleversements des équilibres géopolitiques de la Corne de l’Afrique et dans le monde depuis 2015 qui ont présidé à la reconnaissance du Somaliland par Israël.

Est-ce la « mauvaise reconnaissance » ?

Depuis l’adoption de sa Constitution en 2001, la République du Somaliland misait sur la reconnaissance incontestable de ses avancées démocratiques pour obtenir une reconnaissance qui lui semblait méritée. Par ailleurs, faisant valoir son indépendance du protectorat britannique du 26 juin 1960 et de ce fait le respect de la Charte de l’Union africaine attachée à l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation, ainsi que la non-ratification de l’acte d’Union avec la Somalie et le non-respect par Mogadiscio des principes de l’Union entre 1960 et 1991, le Somaliland estimait sa recherche d’indépendance suffisamment légitime au regard du droit international pour être reconnu. Il est vite apparu évident qu’être un bon élève ne suffirait pas à obtenir la reconnaissance des Nations unies attendant celle des organisations régionales dont la Somalie est membre : l’IGAD et la Ligue arabe. Pour des raisons tenant à leur géopolitique interne et au grand jeu régional, aucun État membre de l’IGAD, particulièrement l’attendue Éthiopie n’allait le reconnaitre. Pour des raisons tenant aux relations entre l’Égypte et l’Éthiopie la Ligue arabe s’est, dès les années 1990, positionnée pour une Somalie réunifiée et forte face à l’Éthiopie. Dès lors, la reconnaissance ne pouvait arriver que d’une puissance internationale pour ses intérêts propres. Et une telle reconnaissance n’allait intervenir que dans un contexte de crise internationale – tel que les crispations autour de la mer Rouge. Dans cette configuration, toute reconnaissance l’aurait été « pour de mauvaises raisons », c’est-à-dire pour les raisons de l’autre et dans un jeu géopolitique déjà engagé dans la région.

Il faut se méfier des raisonnements par « axes internationaux » : il y a de la part des Somalilandais un profond sentiment de souveraineté et la certitude qu’ils maîtrisent leur destin et qu’une alliance n’est jamais une allégeance. C’est une vision de la souveraineté très partagée dans la Corne de l’Afrique, où les alliances à des blocs ont toujours été opportunistes et jamais idéologiques, et où d’autres États parviennent à gérer des alliances contraires, et ont d’ailleurs réussi à préserver des relations tant avec la Somalie qu’avec le Somaliland.

Ainsi, dans la configuration actuelle de la Corne de l’Afrique et de ses alliances, le Somaliland avait-il une alternative à cette reconnaissance ?

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23.04.2026 à 17:29

L’Indo-Pacifique face à la guerre au Moyen-Orient : entre inquiétude et résignation

stagiaire-comm@iris-france.org

L’espace Indo-Pacifique est profondément bouleversé, tant sur le plan économique que diplomatique, par la guerre au Moyen-Orient. Fortement dépendante des routes commerciales et des approvisionnements énergétiques extérieurs, la région fait face à une pression accrue sur ses économies. Cette crise révèle également la complexité des jeux d’alliances dans la région, tiraillés entre intérêts économiques, attachement au respect du droit international et rivalités entre grandes puissances. Elle révèle enfin la perte l’influence américaine dans la région, dont l’implication dans la guerre affecte sa crédibilité auprès de ses partenaires. Dans quelle mesure les économies indopacifiques ont-elles été affectées par la guerre au Moyen-Orient ? Quelles réactions les pays de la région ont-ils adoptées sur le plan diplomatique face à ce conflit ? Enfin, en quoi ces positionnements sont-ils susceptibles de fragiliser l’équilibre des alliances avec les États-Unis dans la région ? Le point avec Marianne Péron-Doise, directrice de recherche à l’IRIS, co-responsable du programme Asie-Pacifique et directrice de l’Observatoire géopolitique de l’Indo-Pacifique. Dans quelle mesure la guerre au Moyen-Orient a-t-elle affecté les économies des pays asiatiques ? Quelles dispositions ont été prises pour répondre à ce choc exogène ? Les frappes israélo-américaines sur l’Iran et les ripostes de Téhéran sur Israël et plusieurs pays du Golfe, combinées au blocage du détroit d’Ormuz, se sont traduites par un choc économique exogène important pour les pays de l’ensemble Indo-Pacifique. Les conséquences sociopolitiques de long terme du conflit portent un potentiel de déstabilisation significatif pour de nombreux gouvernements, particulièrement en Asie du Sud-Est et du Sud. Le coût du transport et des denrées alimentaires pèse déjà lourdement sur le quotidien et le bien-être des populations. On le sait, le détroit d’Ormuz est un point de passage stratégique par lequel transite environ un cinquième de la production mondiale de pétrole, un quart des échanges de gaz […]

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Texte intégral (2633 mots)

Dans quelle mesure la guerre au Moyen-Orient a-t-elle affecté les économies des pays asiatiques ? Quelles dispositions ont été prises pour répondre à ce choc exogène ?

Les frappes israélo-américaines sur l’Iran et les ripostes de Téhéran sur Israël et plusieurs pays du Golfe, combinées au blocage du détroit d’Ormuz, se sont traduites par un choc économique exogène important pour les pays de l’ensemble Indo-Pacifique. Les conséquences sociopolitiques de long terme du conflit portent un potentiel de déstabilisation significatif pour de nombreux gouvernements, particulièrement en Asie du Sud-Est et du Sud. Le coût du transport et des denrées alimentaires pèse déjà lourdement sur le quotidien et le bien-être des populations.

On le sait, le détroit d’Ormuz est un point de passage stratégique par lequel transite environ un cinquième de la production mondiale de pétrole, un quart des échanges de gaz naturel liquéfié (GNL), et dont dépendent de nombreux pays asiatiques. Le Japon et la Corée du Sud importent plus de 70 % de leur pétrole brut depuis cette région et ont été confrontés à une hausse immédiate des coûts énergétiques, renchérissant la production industrielle et pesant sur la compétitivité des entreprises. L’Inde, également très dépendante des hydrocarbures moyen orientaux a vu son déficit commercial s’aggraver ce qui exerce une forte pression sur la roupie et l’inflation domestique. Dans les pays de l’ASEAN non producteurs (Thaïlande, Philippines), les hausses de prix du carburant ont affecté directement le pouvoir d’achat des ménages et les finances publiques. L’Australie, qui a largement externalisé sa sécurité énergétique et qui est tributaire des voies maritimes internationales, est particulièrement touchée. Les conséquences macroéconomiques immédiates se sont traduites par une accélération de l’inflation importée, le ralentissement de la croissance, la détérioration des balances courantes et la montée de tensions sociales liées à la hausse du coût de la vie.
Les conflits au Moyen Orient impactent également la vaste région Indo-Pacifique via la désorganisation du transport aérien, la hausse du coût du kérosène, et un climat géopolitique anxiogène qui constituent autant de freins à la mobilité et aux échanges régionaux comme aux déplacements internationaux. Des économies très liées au tourisme comme la Thaïlande, l’Indonésie, le Viêtnam ou encore les Maldives subissent une chute des arrivées internationales. Les compagnies aériennes asiatiques font face à une double contrainte : une augmentation des coûts (carburant, assurances) et une baisse de la demande. Les effets économiques sont hétérogènes et se traduisent entre autres par des pertes d’emplois dans les services, l’hôtellerie et la restauration, où le secteur informel (emplois non déclarés et activités ponctuelles) est important et une baisse significative des recettes en devises. Des analystes évoquent un ralentissement de la croissance et les difficultés d’une reprise, même à court terme, semblables aux effets postpandémie enregistrés après le Covid-19 pour certains pays.

Les gouvernements asiatiques ont mis en œuvre plusieurs dispositifs de court et de long termes afin d’atténuer les effets amplificateurs de la flambée des prix. Une première réponse, supposant cependant un minimum de planification, a été la mobilisation des réserves stratégiques : le Japon, la Corée du Sud et l’Inde disposent de stocks qu’ils peuvent libérer temporairement pour lisser les effets des dépenses des carburants et du gaz. Une autre initiative a consisté en des subventions et des aides ciblées pour préserver le pouvoir d’achat comme à Taiwan et en Thaïlande. D’autres économies plus fragiles ont dû recourir à un rationnement strict comme aux Philippines et au Bangladesh. Faute de stock, l’Australie fait face à une pénurie énergétique préoccupante. La situation a relancé les politiques de diversification des approvisionnements afin de réduire la dépendance au Moyen Orient. L’Indonésie et l’Inde se sont rapidement tournées vers la Russie. On note également une accélération de la transition énergétique. Le Japon investit dans l’hydrogène, la Corée du Sud développe les énergies nucléaires et renouvelables, l’Inde accélère son virage vers le solaire et l’éolien domestiques. Quant au secteur touristique, il tente de se réorganiser en s’adaptant à une offre régionale et nationale, notamment en Chine, en Thaïlande ou au Japon.

Quelles réactions la guerre au Moyen-Orient a-t-elle suscité auprès des pays de l’Indo-Pacifique sur le plan diplomatique ?

La guerre au Moyen Orient a provoqué des réactions diplomatiques contrastées de la part des pays de la région. Ceci s’explique par des intérêts géopolitiques divergents, notamment la dépendance énergétique, les alliances stratégiques, le positionnement vis à vis des grandes puissances (Chine, États-Unis) et la volonté de préserver la stabilité régionale et les échanges internationaux.
De façon générale, les réactions diplomatiques se sont révélées prudentes. De nombreux pays ont adopté une attitude attentiste, évitant de prendre parti clairement dans le conflit afin de préserver leurs relations à la fois avec les pays du Moyen Orient et avec leurs alliés occidentaux. L’Inde a appelé à la désescalade et au dialogue, tout en évitant de condamner explicitement certaines parties du conflit. Cette prudence s’explique par ses relations énergétiques avec les pays du Golfe et par sa coopération stratégique avec les États Unis et Israël. Le Sri Lanka entend se tenir à une stricte neutralité. Plusieurs pays de l’ASEAN (Singapour, l’Indonésie, la Malaisie et le Viêtnam) ont insisté sur le respect du droit international et la protection des civils, privilégiant un discours multilatéral et consensuel.

Bien sûr, les positionnements ont été plus ou moins affirmés selon les proximités politico-militaires. Les pays alliés des États Unis dans la région ont généralement exprimé un soutien politique modéré, tout en cherchant à éviter une escalade. Le Japon, qui a toujours privilégié une relation stable avec l’Iran, a largement insisté sur la nécessité de protéger les routes maritimes commerciales et énergétiques, vitales pour son économie. La Corée du Sud s’est alignée sur les appels à la sécurité régionale, mais sans engagement direct, afin de rester concentrée sur la menace nord coréenne. Séoul a notamment vu avec crainte Washington prélever certains équipements de défense antimissiles sur son territoire pour les déployer au Moyen-Orient. Ni Tokyo ni Séoul n’ont d’ailleurs répondu à l’appel de Donald Trump à participer à une opération navale de sécurisation du détroit d’Ormuz. Le Pakistan tire habilement son épingle du jeu en s’imposant comme un médiateur entre l’Iran et les États-Unis. Il renforce ainsi son rôle de garant de la sécurité des monarchies du Golfe (déploiement de troupes au Qatar, mise en place de F16 en Arabie saoudite) avec lesquelles il entretient de nombreuses coopérations de défense. Quant à l’Inde, qui vient de signer un partenariat stratégique spécial avec Israël lors de la visite de Narendra Modi à Tel-Aviv en février 2026, elle reste silencieuse, prise au piège de sa politique de multi-alignement.

Sans surprise, la Chine a dénoncé l’instabilité provoquée par les initiatives militaires américaines et s’est présentée comme un acteur diplomatique alternatif, appelant à des solutions politiques. Pékin cherche ainsi à renforcer son image de puissance médiatrice et à consolider ses relations avec les pays du monde arabe. Cette posture n’est pas sans ambiguïté. Partenaire de l’Iran au sein de l’Organisation de Coopération de Shanghai que Téhéran a rejoint en 2021, la Chine a régulièrement participé à des manœuvres navales conjointes avec les marines russe et iranienne dans l’océan Indien depuis 2022, participant ainsi au renforcement des capacités de cette dernière.

En tout état de cause, la sécurité des approvisionnements énergétiques et des routes maritimes a fortement influencé les réactions diplomatiques. Plusieurs pays asiatiques, comme la Corée du Sud et le Pakistan, ont renforcé leur coopération diplomatique et sécuritaire avec les États du Golfe. Ils ont également soutenu les initiatives, dont celles de l’Organisation maritime internationale, visant à garantir la liberté de navigation et la sécurité des flux commerciaux internationaux. De fait, la guerre au Moyen Orient pousse les pays asiatiques à adopter une diplomatie économique, centrée sur la stabilité plutôt que sur des considérations idéologiques ou normatives.

L’attaque contre le Venezuela, les crises du Proche-Orient et les frappes israélo-américaines sur l’Iran s’inscrivent dans une dynamique plus large de diplomatie transactionnelle et d’un durcissement de la politique étrangère conduit par un Donald Trump sans retenue. Dans quelle mesure ce positionnement est-il susceptible de fragiliser les alliances et les partenariats stratégiques des États-Unis ?

La dimension conflictuelle de la diplomatie américaine actuelle illustre un retour assumé à une politique de hard power avec un Donald Trump s’exprimant et agissant avant tout comme un « commander in Chief ». Cette ligne belliqueuse tous azimuts, présentée comme la défense de la primauté de l’intérêt national américain immédiat, America First, ne peut que fragiliser la confiance stratégique des alliés traditionnels de l’Indo-Pacifique, région pourtant au cœur de la rivalité systémique entre la Chine et les États-Unis. Confrontés à l’interventionnisme grandissant de la politique étrangère américaine, le Japon, la Corée du Sud et l’Australie se sont sentis marginalisés. Les frappes contre l’Iran ont été décidées sans consultation approfondie avec eux, alors même qu’elles ont des effets directs sur leur sécurité énergétique et économique. Le Japon a exprimé ses préoccupations quant à l’absence de coordination stratégique, tout en soutenant formellement l’alliance avec Washington. La Corée du Sud redoute que l’engagement militaire américain au Moyen-Orient ne détourne des ressources essentielles de la péninsule coréenne, face à la menace nord coréenne. Taïwan s’inquiète de la poursuite des livraisons d’armements américaines à son bénéfice.

Cette situation fragilise les principes fondamentaux de l’alliance : la prévisibilité et la fiabilité du protecteur américain. Sous la nouvelle présidence de Donald Trump, les alliances sont de plus en plus perçues comme des relations conditionnelles, dépendantes des contributions financières ou de l’alignement politique des partenaires. Le discours américain sur le « partage du fardeau » (burden sharing) inquiète fortement Tokyo, Séoul, Manille et Canberra, qui redoutent une protection et un soutien variables selon les priorités de Washington. L’éventuelle réduction ou le redéploiement d’actifs militaires américains vers le Moyen-Orient a ravivé la crainte d’un désengagement progressif de l’Indo-Pacifique.

Cela alimente une logique de doute stratégique chez certains alliés, les incitant à diversifier leurs partenariats et à s’engager davantage dans un processus d’autonomisation stratégique via la hausse conséquente des budgets de défense et des programmes d’acquisitions d’armements. Le Japon renforce ses coopérations avec l’Australie, les États européens (Royaume-Uni, France), l’OTAN tout en accélérant sa montée en puissance militaire. Des débats sur le tabou de l’acquisition de capacités nucléaires militaires se font jour en Corée du Sud. Les pays de l’ASEAN, traditionnellement non alignés, redoublent de prudence et évitent de s’associer ouvertement aux actions américaines au Moyen Orient, privilégiant le dialogue et le multilatéralisme.

On soulignera que ce durcissement américain crée également des opportunités géopolitiques pour Pékin, qui se présente comme une puissance plus prévisible et favorable à la stabilité. La Chine a condamné les frappes israélo-américaines tout en appelant à une solution politique, renforçant son image de médiateur responsable, notamment auprès des pays du Sud global. Certains États asiatiques, sans rompre avec Washington, adoptent une posture d’équilibrage stratégique (hedging) entre les États-Unis et la Chine. Ce qui à terme affaiblit la capacité des États Unis à fédérer un front asiatique uni contre Pékin.

Malgré ces tensions, il serait excessif de parler d’une remise en cause des alliances asiatiques des États-Unis que ce soit par Washington ou ses partenaires. Les garanties de sécurité américaines restent indispensables face au front mouvant que présentent la Chine, la Corée du Nord et la Russie. Les grandes manœuvres et exercices d’entrainements conjoints comme Balikatan, Cobra Gold en Asie du Sud-Est ou Ulchi Freedom Shield en Asie du Nord menés sous l’égide américaine se poursuivent avec la même ampleur. Les forums et dialogues de sécurité dont ceux organisés autour de l’ASEAN et des cadres de coopération comme le Quad, rassemblant les États-Unis, le Japon, l’Inde et l’Australie, continuent d’exister, bien que sur un mode plus pragmatique. Toutefois, la guerre au Moyen-Orient agit comme un révélateur des limites du leadership américain et accélère une évolution vers des partenariats et des formats plus transactionnels, moins idéologiques et plus conditionnels. À terme, la principale menace pour Washington n’est donc pas la fin des alliances, mais leur érosion normative et leur désenchantement stratégique.

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23.04.2026 à 17:07

La Chine dans la Caraïbe : enjeux, risques ?

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La présence chinoise et son influence dans la région caraïbe ne datent pas des évolutions géopolitiques récentes, mais s’inscrivent dans un processus continu depuis le XIXe siècle. Tout d’abord l’abolition de l’esclavage a conduit entre 1853 et 1866 à chercher une main-d’œuvre de substitution qui a essaimé dans tous l’espace caribéen à partir de Trinité-et-Tobago, de la Jamaïque, de Cuba et du Guyana, de travailleurs sous contrat. Il en a résulté la création de communautés sino-caraïbéennes structurées, souvent commerçantes. Ces communautés contribuent encore aujourd’hui à la diplomatie d’influence chinoise.

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La présence chinoise et son influence dans la région caraïbe ne datent pas des évolutions géopolitiques récentes, mais s’inscrivent dans un processus continu depuis le XIXe siècle. Tout d’abord l’abolition de l’esclavage a conduit entre 1853 et 1866 à chercher une main-d’œuvre de substitution qui a essaimé dans tous l’espace caribéen à partir de Trinité-et-Tobago, de la Jamaïque, de Cuba et du Guyana, de travailleurs sous contrat. Il en a résulté la création de communautés sino-caraïbéennes structurées, souvent commerçantes. Ces communautés contribuent encore aujourd’hui à la diplomatie d’influence chinoise.

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22.04.2026 à 22:59

The Geopolitics of Infrastructure

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No longer does global power rest only on alliances, military might, currency dynamics, and effective control of multilateral institutions. The new geopolitical contest is between competing infrastructure blocs: packages of finance, contractors, standards, and data systems that create long-term dependencies. For most of the postwar era, global power was defined by alliances, aircraft carriers, and reserve currencies. But we are now entering an era defined by critical infrastructure and those who finance, build, and operate it. Ports, power grids, rail corridors, data centers, and critical-mineral supply chains are no longer just “projects.” They are the operating system of sovereignty. Infrastructure—networks that move energy, goods, and data—is the industry of industries. Whoever shapes it through contracts, standards, currency denomination, and long-term maintenance (much of which is increasingly guided by data and AI-driven systems) will achieve enduring global influence. Debates about “de-dollarization” often focus on reserve currencies. In the International Monetary Fund’s Currency Composition of Official Foreign Exchange Reserves data, the US dollar accounted for roughly 57% of global reserves in 2025, with the euro a distant second. But official reserves are a lagging indicator. The more relevant shift concerns infrastructure. China recognized this early. Between 2000 and 2023, it extended approximately $2.2 trillion in official loans and grants as part of its Belt and Road Initiative, much of which was invested in transportation and energy infrastructure. This model was never just about capital. By bundling finance, contractors, equipment, and digital systems, China was exporting state capacity and embedding long-term dependence. Projects like the Chancay mega-port in Peru—which is majority-owned by a Chinese operator and backed by billions in investment—illustrate how infrastructure can reconfigure trade routes and other dependencies. Likewise, the Addis Ababa–Djibouti Railway, financed largely by Chinese lending, dramatically reduced freight times between Ethiopia and the Red Sea. The geopolitical implications […]

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Texte intégral (1120 mots)

No longer does global power rest only on alliances, military might, currency dynamics, and effective control of multilateral institutions. The new geopolitical contest is between competing infrastructure blocs: packages of finance, contractors, standards, and data systems that create long-term dependencies.

For most of the postwar era, global power was defined by alliances, aircraft carriers, and reserve currencies. But we are now entering an era defined by critical infrastructure and those who finance, build, and operate it. Ports, power grids, rail corridors, data centers, and critical-mineral supply chains are no longer just “projects.” They are the operating system of sovereignty. Infrastructure—networks that move energy, goods, and data—is the industry of industries. Whoever shapes it through contracts, standards, currency denomination, and long-term maintenance (much of which is increasingly guided by data and AI-driven systems) will achieve enduring global influence.

Debates about “de-dollarization” often focus on reserve currencies. In the International Monetary Fund’s Currency Composition of Official Foreign Exchange Reserves data, the US dollar accounted for roughly 57% of global reserves in 2025, with the euro a distant second. But official reserves are a lagging indicator. The more relevant shift concerns infrastructure.

China recognized this early. Between 2000 and 2023, it extended approximately $2.2 trillion in official loans and grants as part of its Belt and Road Initiative, much of which was invested in transportation and energy infrastructure. This model was never just about capital. By bundling finance, contractors, equipment, and digital systems, China was exporting state capacity and embedding long-term dependence. Projects like the Chancay mega-port in Peru—which is majority-owned by a Chinese operator and backed by billions in investment—illustrate how infrastructure can reconfigure trade routes and other dependencies. Likewise, the Addis Ababa–Djibouti Railway, financed largely by Chinese lending, dramatically reduced freight times between Ethiopia and the Red Sea.

The geopolitical implications of infrastructure investment are increasingly top of mind for policymakers. The prospect of Chinese involvement in airport construction in Greenland raised security concerns in both Denmark and the United States. The new contest is not simply between currencies but between competing infrastructure blocs.

For decades, US influence rested on military power, the dollar, and multilateral institutions. But while this architecture still matters, it is rapidly being supplemented—and in some cases challenged—by infrastructure strategies.

Political tensions reflect this shift. In 2024, US President-elect Donald Trump threatened severe tariffs against countries pursuing alternatives to dollar-based invoicing and payments. At the same time, Western economies have scaled up their own infrastructure initiatives. The G7’s Partnership for Global Infrastructure and Investment, for example, aims to mobilize $600 billion by 2027; the European Union’s Global Gateway pledges up to €300 billion ($353 billion); and the Blue Dot Network (launched by Australia, Japan, and the US) seeks to certify high-quality infrastructure standards.

Yet many countries perceive these efforts as slow and overly conditional. In a world facing climate shocks, demographic pressures, and urgent development needs, the ability to deliver infrastructure quickly often outweighs governance concerns.

Various middle powers are redefining their own strategies accordingly. India, for example, is pursuing “corridor diplomacy” by supporting projects like the Chabahar Port and the India–Middle East–Europe Economic Corridor. Rather than aligning exclusively with one bloc, it is leveraging infrastructure to hedge, diversify, and expand its own strategic autonomy.

There is also another critical shift underway. Far from being confined to steel and concrete, infrastructure geopolitics increasingly extends into compute, data, and AI. Corporate filings reveal the scale of this transition. Technology firms such as Microsoft, Alphabet, Meta, and Amazon are investing tens of billions of dollars annually in AI infrastructure, including data centers and specialized hardware. Their capital expenditures and associated depreciation now resemble those of traditional infrastructure sectors.

Semiconductor manufacturing has become a strategic chokepoint in this system. Facilities costing tens of billions of dollars anchor global supply chains and define access to advanced compute capabilities. But AI is not just another layer of infrastructure. It is meta-infrastructure that will shape how all other systems are planned, operated, and optimized. If infrastructure defines geopolitical power, AI is increasingly defining infrastructure. It can improve grid efficiency, extend the life of transport networks, and enable more precise climate-adaptation strategies.

But AI also introduces new forms of vulnerability. Remote control over optimization systems can function as a “kill switch” for critical infrastructure, and opaque or biased algorithms can systematically determine which regions or communities receive investment. In this context, infrastructure is no longer only about physical assets, but also about who controls the intelligence layer that governs them.

Nowhere are the stakes more visible than in Gaza. According to UN and World Bank assessments, by late 2025, roughly 90% of homes and infrastructure had been damaged or destroyed, and nearly the entire population of 2.1 million people had been displaced. Reconstruction will require tens of billions of dollars, but without a durable political settlement, the enclave’s new infrastructure could become an instrument of control rather than recovery. Infrastructure geopolitics is not inherently emancipatory. Transit corridors, energy systems, and housing can be designed to enable mobility and growth; but they can also be used to constrain people.

The world is moving toward overlapping infrastructure ecosystems: a US-centered system built on open capital markets and legal enforcement; a China-centered system combining state finance, contractors, and embedded standards; and a diverse set of regional and middle-power strategies.

The decisive question is not which system is largest, but which will ultimately be accepted as the default. Even when decisions about ports, energy systems, and data networks are framed in purely technical or financial terms, an underlying political logic is at work. Such decisions are increasingly mediated by AI systems that were trained on historical data and designed to optimize for efficiency, thus narrowing the range of perceived alternatives.

George Orwell famously warned about the control of language. Today, we are witnessing an even more subtle form of power. Infrastructure, increasingly guided by algorithmic systems, risks making certain potential futures appear inevitable, and others unthinkable.

The greatest danger is not that one power dominates, but that societies gradually lose the ability to choose among competing paths. The new world order is being built in concrete and encoded in silicon. The last sovereign act may not be to build or to resist, but to recognize that these choices remain open, before the systems we construct begin to optimize us in return.

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