
20.10.2026 à 17:51
Coline Laroche
Si l’on peut relever quelques avancées positives du Conseil européen (CE) des 15 et 16 octobre 2026 à Bruxelles, concernant en particulier l’affirmation du soutien à l’Ukraine, l’intégration du marché unique, l’adoption du 28e régime pour les sociétés ou la volonté d’une réponse coordonnée à la crise énergétique, aucun accord politique n’a pu être dégagé sur le Cadre financier pluriannuel (CFP) permettant à l’Union européenne (UE) d’assurer la continuité de ses missions de 2028 à 2034. La messe n’est pas dite, cependant, et les chefs d’État et de gouvernement ont chargé le président du CE, Antonio Costa, de poursuivre ses consultations en vue d’aboutir à un accord, si possible avant la fin de 2026 (un CE extraordinaire a été convoqué fin novembre). L’enjeu politique est en effet d’adopter un texte dans le contexte de forte incertitude politique liée aux élections prévues dans plusieurs pays en 2027 (France, Italie, Pologne, Grèce, etc.), sachant que l’adoption du CFP, indispensable pour assurer la continuité financière de l’UE au 1er janvier 2028, requiert l’unanimité des États membres avant d’être approuvé par le Parlement européen. Le point avec Pierre Jaillet, chercheur associé à l’IRIS et conseiller à l’Institut Jacques Delors. La solution de compromis proposée par la présidence irlandaise du CE En juillet 2025, la Commission européenne avait proposé un CFP 2028-2034 portant sur un peu plus de 2 000 milliards d’euros, soit (1,26 % du revenu national brut (RNB) de l’UE, en augmentation de plus de 60 % en prix courants par rapport au CFP 2021-2027 de 1 214 milliards, justifiée par l’accroissement des besoins financiers liés à la sécurité, la compétitivité, la transition climatique et la cohésion territoriale[1]. Il convient toutefois de préciser qu’au CFP 2021-2027 s’est ajouté la Facilité pour la reprise et la résilience (FRR), pilier central du programme NextGenerationEU (NGEU), pour un […]
L’article Le budget pluriannuel de l’Europe sous tensions financières et pressions politiques est apparu en premier sur IRIS.
Si l’on peut relever quelques avancées positives du Conseil européen (CE) des 15 et 16 octobre 2026 à Bruxelles, concernant en particulier l’affirmation du soutien à l’Ukraine, l’intégration du marché unique, l’adoption du 28e régime pour les sociétés ou la volonté d’une réponse coordonnée à la crise énergétique, aucun accord politique n’a pu être dégagé sur le Cadre financier pluriannuel (CFP) permettant à l’Union européenne (UE) d’assurer la continuité de ses missions de 2028 à 2034. La messe n’est pas dite, cependant, et les chefs d’État et de gouvernement ont chargé le président du CE, Antonio Costa, de poursuivre ses consultations en vue d’aboutir à un accord, si possible avant la fin de 2026 (un CE extraordinaire a été convoqué fin novembre). L’enjeu politique est en effet d’adopter un texte dans le contexte de forte incertitude politique liée aux élections prévues dans plusieurs pays en 2027 (France, Italie, Pologne, Grèce, etc.), sachant que l’adoption du CFP, indispensable pour assurer la continuité financière de l’UE au 1er janvier 2028, requiert l’unanimité des États membres avant d’être approuvé par le Parlement européen.
Le point avec Pierre Jaillet, chercheur associé à l’IRIS et conseiller à l’Institut Jacques Delors.
En juillet 2025, la Commission européenne avait proposé un CFP 2028-2034 portant sur un peu plus de 2 000 milliards d’euros, soit (1,26 % du revenu national brut (RNB) de l’UE, en augmentation de plus de 60 % en prix courants par rapport au CFP 2021-2027 de 1 214 milliards, justifiée par l’accroissement des besoins financiers liés à la sécurité, la compétitivité, la transition climatique et la cohésion territoriale[1]. Il convient toutefois de préciser qu’au CFP 2021-2027 s’est ajouté la Facilité pour la reprise et la résilience (FRR), pilier central du programme NextGenerationEU (NGEU), pour un montant initialde 807 milliards d’euros (financé par un emprunt commun sur les marchés) portant le total des concours à 2 021 milliards .
Anticipant le rejet de la proposition initiale de la Commission, la présidence irlandaise du CE a proposé un nouveau CFP réduit à 1 825 milliards d’euros comme nouvelle base de négociation, intégrant une progression des financements par ressources propres, afin d’alléger la pression sur des budgets nationaux eux-mêmes fortement contraints. Rappelons que les ressources du budget européen (hors NGEU) se fondent pour environ les deux tiers sur les contributions versées par chaque État membre en proportion de leur revenu national brut (RNB), le reste provenant de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), des droits de douane et de diverses autres ressources propres (mécanisme d’ajustement carbone aux frontières – MACF -, taxe sur le plastique non recyclé, produit de la vente de quotas d’émission de gaz à effet de serre, etc.).
Du côté des dépenses, la présidence irlandaise propose de préserver (sinon « sanctuariser ») les deux postes de la « Cohésion, résilience et valeurs » et des « Ressources naturelles et environnement » (dont 96 % sont dévolus à la politique agricole commune (PAC)), qui représentent à eux seuls les deux tiers du total des dépenses, pour faire porter l’essentiel des économies sur l’aide extérieure (-17 %), le Fonds européen compétitivité (-10,5 %) et le Fonds de solidarité (-55 %).
Cette proposition de compromis a été rejetée par le CE et l’on retrouve le clivage récurrent opposant un groupe d’États dits « frugaux » (Allemagne, Pays-Bas, Autriche, Suède, Finlande), préconisant le gel du budget de l’UE et conditionnant le financement de nouveaux objectifs (transition écologique, compétitivité, essor de capacités industrielles, etc.) à une réallocation des dépenses existantes, et un second groupe (France, Italie, Espagne, Pologne, etc.), dits « dépensiers ». Ces derniers s’estiment surtout plus ambitieux quant au rôle futur de l’UE, tout en souhaitant sécuriser les politiques existantes, à la fois pour des enjeux politique intérieure (cf. la PAC) et pour préserver, grâce aux fonds structurels, la dynamique de rattrapage des zones de l’UE dont le revenu par tête reste inférieur à la moyenne communautaire. Cette dynamique s’est sensiblement ralentie à la suite de la crise de la zone euro de 2010-2012, en particulier dans les pays du sud, même si la mise en œuvre de la Facilité pour la reprise et la résilience (FRR) du NGEU, dont ils ont été les grands bénéficiaires, lui a redonné de l’élan à partir de 2021[2].
Un point de blocage dans la discussion sur le CFP a trait à l’essor attendu des ressources propres. Les États « frugaux » doutent en effet qu’il garantisse à l’horizon de 2028 la maitrise effective des contributions nationales (alors que la Cour des comptes européenne estime qu’il permettrait de réduire de 67 % à 55 % la part des contributions nationales au même horizon). Leurs arguments concernent en particulier le rendement incertain de la taxe sur le marché carbone, (supposée rapporter 10 milliards d’euros par an), fonction du prix des quotas et du volume des enchères, eux-mêmes dépendants de la conjoncture industrielle, ou de celui de la taxe sur les entreprises multinationales (rendement attendu de 7 milliards d’euros par an) dont l’assiette (le chiffre d’affaires et non la rentabilité) reste sujette à contournements et distorsions de concurrence.
En résumé, il reste beaucoup de chemin à parcourir à la présidence irlandaise (et à la présidence lituanienne qui prendra le relais au 1er janvier 2027) pour rapprocher des positions aujourd’hui encore très éloignées sur cette question épineuse du rendement incertain des recettes programmées dans le CFP, face à des dépenses clairement identifiées, auxquelles s’ajoutera à compter de 2028 la charge du remboursement de l’emprunt NGEU, évaluée à environ 25 milliards d’euros par an.
Comptes (et mécomptes) à propos du « coût » de l’Europe pour les États membres
Dans le contexte tendu des discussions sur le budget européen (mais aussi de la préparation des projets de loi de finances nationaux), beaucoup de chiffres, souvent contradictoires et parfois instrumentalisés par certains responsables politiques, circulent au sujet de la contribution des États membres. Un petit exercice de clarification s’impose. Prenons le cas de la France : en 2025, elle a réglé une contribution 25 milliards d’euros au budget européen, soit moins de 1 % de son produit intérieur brut (PIB). Mais il s’agit d’un chiffre brut dont il convient de retrancher les versements effectués par l’UE à la France (dont une grande part au titre de la PAC) pour aboutir à une contribution nette de 9,5 milliards, soit 0,31 % de son PIB[3], chiffre qui peut paraitre anecdotique au regard d’autres données (la charge de la dette publique approchera les 80 milliards d’euros en 2026). Notons que la contribution nette de l’Italie est en proportion similaire, alors que l’Allemagne ou les Pays-Bas contribuent deux fois plus.
Mais ce n’est pas tout. Il faut aussi prendre en compte les versements de l’UE aux États-Membres au titre de la FRR du NGEU. La France a ainsi perçu 34 milliards d’euros entre 2021 et 2025, certes beaucoup moins que l’Italie, l’Espagne, en particulier, mais suffisamment pour aboutir à un solde net positif de 1,8 milliard d’euros. En résumé, l’Europe a au total plus versé à la France sur cette période qu’elle ne lui a coûté (alors que la contribution nette de l’Allemagne s’est élevée à près de 50 milliards d’euros).
Dans le cadre de la pré-campagne des élections présidentielles de 2027, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélanchon ont inclus dans leurs programmes respectifs une réduction de 11 milliards d’euros et 5,6 milliards d’euros de la contribution de la France au budget. Une « économie » marginale au regard des masses budgétaires en jeu et surtout du coût politique d’une telle exigence vis-à-vis de nos partenaires. Rappelons qu’un pays ne peut décider unilatéralement de réduire ses versements au budget de l’UE sans s’exposer à des sanctions financières. Un rabais, même négocié, devrait en outre être approuvé par l’ensemble des États membres, hypothèse hautement improbable. La solution ultime en cas de désaccord serait alors de déclencher la procédure de retrait de l’UE, avec toutes les conséquences systémiques imaginables sur la pérennité de l’Union économique et monétaire (UEM).
Les propositions visant à réduire les contributions nationales au budget de l’UE nous renvoie à l’exigence formulée en 1979 par Madame Thatcher à ses partenaires (« I want my money back ») illustrant une conception étriquée du « juste retour » contraire au principe même de la solidarité communautaire, qui suppose que chaque pays contribue au financement des politiques et objectifs de l’UE en fonction de ses capacités. Cette conception est aussi économiquement infondée. Le budget de l’UE ne peut être un jeu à somme nulle et remplit, parmi d’autres, une fonction redistributive. C’est naturellement le cas des fonds de cohésion, qui aident au rattrapage des économies les moins développées, contribuent à une meilleure homogénéité de l’UE et favorisent le bon fonctionnement du marché unique (et de l’UEM). Observons en outre que les fonds alloués à certains pays bénéficient à tous, via les effets d’externalité. Ainsi, les gains macroéconomiques indirects liés à la mobilisation de la FRR – NGEU en faveur des pays du Sud et de l’Est, ont pu être estimés à 40 milliards d’euros pour l’Allemagne et 18 milliards d’euros pour la France (s’ajoutant aux concours directs reçus par ces deux pays)[4].
En conclusion, sortir de l’impasse où se trouvent aujourd’hui les discussions sur le CFP suppose de dégager un consensus sur les divers points évoqués, dans un contexte de forte incertitude politique favorisant moins la dynamique communautaire que le repli sur soi. L’enjeu est pourtant de renforcer les capacités d’action collective de l’UE, dans une phase critique de tensions géoéconomiques et géopolitiques, où elle doit concilier solidarité communautaire, financement des investissements d’avenir (et de la transition climatique) tout en préservant son autonomie stratégique face aux blocs hégémoniques des États-Unis et de la Chine.
[1] Pour une analyse complète sur cette proposition : Cinzia Alcidi et Eulalia Rubio, « Navigating the European Commission’s MFF Proposal for 2028-2034 », rapport au Parlement européen, mars 2026.
[2] Pierre Jaillet et Eulalia Rubio, « Les brillantes performances post-Covid du sud de l’Europe : quel impact des fonds européens de relance dans la dynamique de reprise ? », note Décryptage, Institut Jacques Delors, mai 2026.
[3] Commission européenne, Rapport financier 2025, 2026 ; FIPECO, « Le budget européen », note, 16 octobre 2026.
[4] Commission européenne, Report from the Commission to the European Parliament and the Council on the Implementation of the Recovery and Resilience Facility, COM(2025) 637 final, Bruxelles, 8 octobre 2025.
L’article Le budget pluriannuel de l’Europe sous tensions financières et pressions politiques est apparu en premier sur IRIS.
20.10.2026 à 13:01
Déborah Yapi
Chaque mardi, Pascal Boniface reçoit un membre de l’équipe de recherche de l’IRIS pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec Jean-Pierre Maulny, conseiller scientifique à l’IRIS et responsable du Programme Défense, stratégie, armement et d’ARES Group, autour du rôle de l’aide européenne à l’Ukraine, fragilisée par le rapprochement entre les États-Unis et la Russie.
L’article L’Ukraine peut elle tenir avec la seule aide européenne ? | Les mardis de l’IRIS est apparu en premier sur IRIS.
Chaque mardi, Pascal Boniface reçoit un membre de l’équipe de recherche de l’IRIS pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec Jean-Pierre Maulny, conseiller scientifique à l’IRIS et responsable du Programme Défense, stratégie, armement et d’ARES Group, autour du rôle de l’aide européenne à l’Ukraine, fragilisée par le rapprochement entre les États-Unis et la Russie.
L’article L’Ukraine peut elle tenir avec la seule aide européenne ? | Les mardis de l’IRIS est apparu en premier sur IRIS.
19.10.2026 à 12:57
admn_iris
Dans une récente pièce de doctrine, intitulée « l’Europe peut se défendre seule », le général d’armée aérienne, Eric Autellet, qui a occupé le poste de Major général des armées, deuxième plus haute fonction militaire des forces armées françaises de 2021 à 2023, affirmait de façon éclairante et qui mérite d’être rapportée intégralement que : « Le premier problème de la défense européenne n’est pas un problème d’argent mais de cohérence. Or la cohérence, contrairement à un budget, ne peut pas être votée tous les ans. (…) si l’Europe veut être capable de se défendre en 2050, elle ne doit pas uniquement y consacrer un budget hors norme, mais aussi aligner sa recherche, son équipement, ses ressources humaines, sa doctrine et sa volonté stratégique de façon à former un tout cohérent et crédible. (…) Les budgets de la défense européenne ont beau augmenter dans tous les pays, ils ne donneront lieu qu’à des capacités fragmentées et des chaînes de production qui feront double emploi, le tout sans vision politique coordonnée.». De fait, la capacité d’une entité politique à se défendre dépend d’abord et avant tout de la cohérence militaire de ses forces, laquelle ne dépend qu’en partie de ses « capacités militaires » au sens propre (les équipements), mais aussi de leurs performances, de leur quantité, de la capacité de l’industrie à les renouveler après le premier choc, de l’entrainement et de la discipline de ceux qui les opèrent, de la façon dont ils sont utilisés, de la stratégie déployée par ceux qui les commandent, de la capacité de cette entité à les transporter sur le champ de bataille (à supposer qu’on puisse encore parler de « front » et « d’arrière » dans la guerre qui se déroule sous nos yeux) et encore d’une multitude d’autres facteurs que n’enferme que partiellement l’acronyme DORESE utilisé dans les armées françaises (Doctrine, […]
L’article De la guerre hybride et du sexe des anges (2/2). Aller vers davantage de cohérence militaire est apparu en premier sur IRIS.
Dans une récente pièce de doctrine, intitulée « l’Europe peut se défendre seule », le général d’armée aérienne, Eric Autellet, qui a occupé le poste de Major général des armées, deuxième plus haute fonction militaire des forces armées françaises de 2021 à 2023, affirmait de façon éclairante et qui mérite d’être rapportée intégralement que :
« Le premier problème de la défense européenne n’est pas un problème d’argent mais de cohérence. Or la cohérence, contrairement à un budget, ne peut pas être votée tous les ans. (…) si l’Europe veut être capable de se défendre en 2050, elle ne doit pas uniquement y consacrer un budget hors norme, mais aussi aligner sa recherche, son équipement, ses ressources humaines, sa doctrine et sa volonté stratégique de façon à former un tout cohérent et crédible. (…) Les budgets de la défense européenne ont beau augmenter dans tous les pays, ils ne donneront lieu qu’à des capacités fragmentées et des chaînes de production qui feront double emploi, le tout sans vision politique coordonnée.».
De fait, la capacité d’une entité politique à se défendre dépend d’abord et avant tout de la cohérence militaire de ses forces, laquelle ne dépend qu’en partie de ses « capacités militaires » au sens propre (les équipements), mais aussi de leurs performances, de leur quantité, de la capacité de l’industrie à les renouveler après le premier choc, de l’entrainement et de la discipline de ceux qui les opèrent, de la façon dont ils sont utilisés, de la stratégie déployée par ceux qui les commandent, de la capacité de cette entité à les transporter sur le champ de bataille (à supposer qu’on puisse encore parler de « front » et « d’arrière » dans la guerre qui se déroule sous nos yeux) et encore d’une multitude d’autres facteurs que n’enferme que partiellement l’acronyme DORESE utilisé dans les armées françaises (Doctrine, Organisation, Ressources humaines, Equipement , Soutien des forces, Entraînement) et son équivalent à l’OTAN : DOTMLPF-I. (Doctrine- Organization – Training – Materiel – Leadership and education – Personnel – Facilities – Interoperability).
Une telle cohérence militaire s’établit dans le temps long par la répétition de deux types d’exercices.
L’article De la guerre hybride et du sexe des anges (2/2). Aller vers davantage de cohérence militaire est apparu en premier sur IRIS.
19.10.2026 à 11:50
stagiairedecomm@iris-france.org
Le 17 octobre, Bernard Baudoux, maire communiste d’Aulnoye-Aymeries, âgé de 78 ans, a été violemment agressé en Cisjordanie occupée. Il participait à une délégation européenne venue à Taybeh, un village palestinien chrétien, pour soutenir les habitants pendant la récolte des olives et officialiser un accord de jumelage, lorsqu’un raid a été lancé par des colons israéliens. La veille, la photojournaliste américaine Heidi Levine avait elle aussi été rouée de coups par des colons israéliens alors qu’elle couvrait les violences en Cisjordanie. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a condamné l’agression et appelé les autorités israéliennes à arrêter et sanctionner les responsables. Benyamin Netanyahu, a de son côté, contesté les circonstances de cette visite et accuse l’élu de mener une « campagne de diffamation » à l’encontre d’Israël. Ces attaques s’inscrivent dans un contexte de multiplication des violences contre les Palestiniens et les journalistes dans les territoires occupés. Au-delà de l’indignation diplomatique, sans sanctions concrètes, les condamnations symboliques se succèdent et l’impunité perdure. Mon analyse dans cette vidéo.
L’article Un maire français agressé en Palestine est apparu en premier sur IRIS.
Le 17 octobre, Bernard Baudoux, maire communiste d’Aulnoye-Aymeries, âgé de 78 ans, a été violemment agressé en Cisjordanie occupée. Il participait à une délégation européenne venue à Taybeh, un village palestinien chrétien, pour soutenir les habitants pendant la récolte des olives et officialiser un accord de jumelage, lorsqu’un raid a été lancé par des colons israéliens. La veille, la photojournaliste américaine Heidi Levine avait elle aussi été rouée de coups par des colons israéliens alors qu’elle couvrait les violences en Cisjordanie.
Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a condamné l’agression et appelé les autorités israéliennes à arrêter et sanctionner les responsables. Benyamin Netanyahu, a de son côté, contesté les circonstances de cette visite et accuse l’élu de mener une « campagne de diffamation » à l’encontre d’Israël.
Ces attaques s’inscrivent dans un contexte de multiplication des violences contre les Palestiniens et les journalistes dans les territoires occupés. Au-delà de l’indignation diplomatique, sans sanctions concrètes, les condamnations symboliques se succèdent et l’impunité perdure.
Mon analyse dans cette vidéo.
L’article Un maire français agressé en Palestine est apparu en premier sur IRIS.
16.10.2026 à 17:47
Coline Laroche
La légende raconte que, pendant que les troupes du sultan Mehmed II assiégeaient la ville de Constantinople, les théologiens byzantins se seraient absorbés dans un débat théologique sur le sexe des anges, négligeant la défense de la ville qui est finalement tombée le 29 mai 1453. D’où le sens donné à l’expression « discuter du sexe des anges » : se perdre en discussions futiles pendant qu’une situation urgente s’aggrave. La question de savoir si nous, Européens, sommes vraiment en guerre avec la Russie relève du même ordre d’idées. Le nier et continuer de parler de « guerre hybride » comme naguère les Byzantins du sexe des anges ne nous sera d’aucun secours. La seule vraie question est : comment s’y préparer ?
L’article De la guerre hybride et du sexe des anges (1/2). Paix impossible, guerre imminente est apparu en premier sur IRIS.
La légende raconte que, pendant que les troupes du sultan Mehmed II assiégeaient la ville de Constantinople, les théologiens byzantins se seraient absorbés dans un débat théologique sur le sexe des anges, négligeant la défense de la ville qui est finalement tombée le 29 mai 1453. D’où le sens donné à l’expression « discuter du sexe des anges » : se perdre en discussions futiles pendant qu’une situation urgente s’aggrave.
La question de savoir si nous, Européens, sommes vraiment en guerre avec la Russie relève du même ordre d’idées. Le nier et continuer de parler de « guerre hybride » comme naguère les Byzantins du sexe des anges ne nous sera d’aucun secours.
La seule vraie question est : comment s’y préparer ?
L’article De la guerre hybride et du sexe des anges (1/2). Paix impossible, guerre imminente est apparu en premier sur IRIS.
16.10.2026 à 17:11
admn_iris
Dans les prochaines semaines, un – ou une – nouveau Secrétaire général de l’ONU sera nommé dans une atmosphère de résignation, voire de crise concernant l’avenir de l’Institution. Au-delà des Nations unies, c’est toute l’architecture du multilatéralisme et de la coopération internationale mise en place depuis 1945 en vue d’assurer la paix, le développement et le respect des droits humains qui est sérieusement remise en cause par trois menaces distinctes. La première bien sûr, est le retour de la force, le mépris des règles du droit international, la loi du plus fort dans les relations entre États, exercée notamment par plusieurs membres du Conseil de sécurité des Nations unies, qui devraient pourtant être les garants du système. Les violations du principe fondamental d’intégrité territoriale des États et le recours à la force en Ukraine, à Gaza, au Venezuela, en Iran, sont l’illustration de cette brutalisation des relations internationales. Même si elles révèlent, par leur enlisement, l’impuissance de la puissance. La seconde menace est d’une tout autre nature, plus ancienne, qui mine la confiance et l’adhésion aux institutions internationales traditionnelles et qui résulte de la montée en puissance du « Sud global » dans les relations internationales : c’est celle de leur manque de légitimité et de représentativité. Imaginées et créées au lendemain de la deuxième guerre mondiale dans un monde dominé par la pensée occidentale, l’ONU et les institutions de Breton Woods – Banque mondiale et FMI – ont un mode de gouvernance et le plus souvent un agenda qui laissent peu de place au « reste » du monde qui les conteste désormais. Il s’agit pour les BRICS de créer un « monde post-occidental », caractérisé par son caractère multipolaire et les solidarités Sud-Sud. Il est révélateur à ce sujet de constater que le Président Xi, en voyage officiel à Washington en septembre dernier, n’a pas […]
L’article Un nouveau Secrétaire général de l’ONU : pour quoi faire ? est apparu en premier sur IRIS.
Dans les prochaines semaines, un – ou une – nouveau Secrétaire général de l’ONU sera nommé dans une atmosphère de résignation, voire de crise concernant l’avenir de l’Institution. Au-delà des Nations unies, c’est toute l’architecture du multilatéralisme et de la coopération internationale mise en place depuis 1945 en vue d’assurer la paix, le développement et le respect des droits humains qui est sérieusement remise en cause par trois menaces distinctes.
La première bien sûr, est le retour de la force, le mépris des règles du droit international, la loi du plus fort dans les relations entre États, exercée notamment par plusieurs membres du Conseil de sécurité des Nations unies, qui devraient pourtant être les garants du système. Les violations du principe fondamental d’intégrité territoriale des États et le recours à la force en Ukraine, à Gaza, au Venezuela, en Iran, sont l’illustration de cette brutalisation des relations internationales. Même si elles révèlent, par leur enlisement, l’impuissance de la puissance.
La seconde menace est d’une tout autre nature, plus ancienne, qui mine la confiance et l’adhésion aux institutions internationales traditionnelles et qui résulte de la montée en puissance du « Sud global » dans les relations internationales : c’est celle de leur manque de légitimité et de représentativité. Imaginées et créées au lendemain de la deuxième guerre mondiale dans un monde dominé par la pensée occidentale, l’ONU et les institutions de Breton Woods – Banque mondiale et FMI – ont un mode de gouvernance et le plus souvent un agenda qui laissent peu de place au « reste » du monde qui les conteste désormais. Il s’agit pour les BRICS de créer un « monde post-occidental », caractérisé par son caractère multipolaire et les solidarités Sud-Sud. Il est révélateur à ce sujet de constater que le Président Xi, en voyage officiel à Washington en septembre dernier, n’a pas jugé utile de faire le déplacement jusqu’à New York pour s’exprimer devant l’Assemblée générale des Nations unies qui se tenait au même moment.
La troisième menace vise le manque d’efficacité du fonctionnement des institutions internationales, particulièrement au regard de la complexité des défis globaux auxquels nous sommes confrontés. Le système westphalien qui prévaut, fondé sur l’État-nation comme acteur principal et suprême de la scène internationale, n’est à l’évidence plus adapté pour établir une gouvernance globale de l’IA et faire face à un monde confronté à la déferlante du numérique et le réchauffement climatique. L’établissement de nouveaux modes de fonctionnement et de décision associant les entreprises, la société civile, le monde de la recherche et des sciences, est devenu urgent. Il faut saluer à ce titre la France qui, en tant que Présidente, a pris l’initiative d’inviter Sam Altman et Dario Amodei, patrons d’OpenAI et d’Anthropic à intervenir le 23 septembre 2026 lors d’une réunion du Conseil de sécurité des Nations unies. L’objectif de cette réunion était de mesurer l’échelle des risques des agents IA et de discuter de la nécessité d’une coordination mondiale. Altman et Amodei ont formulé devant le Conseil de sécurité plusieurs requêtes et pistes concrètes pour encadrer les modèles d’IA de pointe, avec notamment l’adoption de normes internationales communes, de protocoles d’alerte et de transparence et des interdictions ciblées et mondiales, suggérant notamment d’interdire purement et simplement l’utilisation de l’IA pour la conception ou la fabrication d’armes biologiques. Même si les États-Unis ont opposé un non catégorique à toute idée de supervision ou de régulation contraignante, ce type de dialogue au sein de l’instance suprême de l’ONU entre gouvernements et acteurs privés constitue une innovation notable qui va dans la bonne direction. Tout comme le Fashion Pact, lancé au moment du sommet du G7 à Biarritz, une coalition d’une trentaine des plus grandes marques de la mode et du vêtement – comprenant notamment Kering, Ralph Lauren, H&M, Armani – qui se sont regroupées et s’engagent à utiliser cent pour cent d’énergies renouvelables d’ici à 2030 et atteindre l’objectif zéro émission carbone à l’horizon 2050. Quand on sait que la mode est le deuxième secteur industriel le plus polluant au monde et que sa production crée plus de gaz à effet de serre que le cumul des transports aériens et maritimes, on mesure combien les coalitions public-privé peuvent devenir déterminantes dans la mise en oeuvre des engagements internationaux face à l’inertie des processus intergouvernementaux traditionnels. On peut même imaginer à terme une redéfinition des rôles : les acteurs privés, le monde de la recherche, les ONG devront être pleinement associés aux organisations internationales dans l’établissement de la connaissance et l’expertise, mais aussi la fixation des objectifs et des normes quantifiés à atteindre, et à leur phase de mise en oeuvre. Il s’agit d’une nouvelle approche, de co-construction qui favorise l’établissement de consensus et l’appropriation par l’ensemble des acteurs.
Pour faire face à ces trois menaces, comment agir ? À l’évidence, la seconde et la troisième menace peuvent être traitées si une volonté sincère d’aboutir de l’ensemble des parties, tant publiques que privées, des dirigeants du monde occidental et du Sud global, parvient à se mobiliser. Il en va de l’intérêt de tous. Le nouveau secrétaire général de l’ONU pourrait dans les semaines qui suivent sa nomination appeler à la tenue d’une grande « conférence de la refondation », dans l’esprit de la conférence de San Francisco au printemps 1945 qui avait abouti à la rédaction et l’adoption à l’unanimité des cinquante États présents de la Charte des Nations unies. Un immense chantier qui, s’il est mené avec leadership et dans un esprit de dialogue inclusif avec des objectifs bien précis, peut ramener la communauté internationale sous la même tente, et servir de levier pour agir sur les États partisans du retour de la force et de la puissance, la première menace énoncée plus haut.
La France peut jouer un rôle déterminant, comme elle l’a fait avec succès ces dernières années, notamment avec l’initiative franco-mexicaine exigeant des cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies de renoncer volontairement à l’usage de leur droit de veto en cas d’atrocités de masse, génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre à grande échelle. Depuis le 26 avril 2022, l’Assemblée générale des Nations unies impose un débat obligatoire dans les 10 jours ouvrables suivant l’utilisation du droit de veto par un membre permanent du Conseil de sécurité. De même, la France a co-parrainé avec le Togo et l’Union africaine la résolution adoptée en septembre dernier recommandant l’abandon progressif de la projection de Mercator au profit de la projection cartographique Equal Earth, donnant une représentation du monde plus fidèle à la réalité du monde.
Cela montre bien que des avancées sont possibles et que le moment est venu pour cette conférence de la refondation, comme le montre le Sommet des partenaires pour le multilatéralisme ( P4M) qui s’est tenu à New York en septembre dernier en marge de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies à l’initiative de l’Union européenne et de pays aussi variés que l’Australie, le Brésil, le Canada, l’Inde et le Kenya. Dans un monde de plus en plus fracturé, un fort attachement à la coopération subsiste sur l’ensemble des continents, des régions et des traditions politiques.
Si cette conférence de la refondation parvient à établir de nouveaux modes de fonctionnement justes, équitables et efficaces, elle pourra ramener les pays partisans du recours à la force et la puissance à un esprit de coopération, plutôt que de poursuivre une course éperdue à la domination qui conduit l’humanité au bord du précipice. Les grandes puissances sont bien parvenues à s’entendre dans les années 60, face au péril de l’anéantissement nucléaire en adoptant sous l’égide de l’ONU en 1968 le salutaire Traité de non-prolifération (TNP). Pourquoi ne serait-il pas possible d’adopter aujourd’hui une réglementation mondiale de l’Intelligence artificielle, nouvelle menace existentielle ?
Si les États-Unis et la Russie avaient utilisé les centaines de milliards engloutis en Ukraine, Gaza et Iran – avec les résultats calamiteux que l’on sait – pour financer la lutte contre la pauvreté, le réchauffement climatique ou l’éducation pour tous, ils seraient devenus les pays les plus acclamés de la planète. Les États-Unis se sont honorés au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale en créant une ébauche de justice pénale internationale avec le tribunal de Nuremberg, alors même qu’ils rejettent aujourd’hui l’existence de la cour pénale internationale.
L’Europe doit comprendre que même après le départ de Trump, on ne reviendra pas à une alliance transatlantique forte et sereine. « You can’t put the genie back in the bottle », pour reprendre l’expression consacrée. Tout en maintenant la meilleure relation possible avec les États-Unis, l’Europe doit désormais et très rapidement s’affirmer comme une puissance majeure d’équilibre et donner corps à la vision du Premier ministre Mark Carney de création d’alliances de puissances moyennes, associant les pays de la coalition des volontaires et des pays du sud déterminés à rétablir les règles de coopération et du droit international, seules garantes de paix et de développement.
Ce soutien et cette détermination seront indispensables au nouveau Secrétaire général des Nations unies et à la survie de l’institution.
L’article Un nouveau Secrétaire général de l’ONU : pour quoi faire ? est apparu en premier sur IRIS.