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25.11.2025 à 11:56

Mécénat : derrière la manne d'argent, le silence est d'or

Pauline Gensel

Secret des affaires, vie privée, fondations opaques… L'opacité règne sur les dons des entreprises aux établissements culturels ou d'enseignement supérieur, pourtant financés à 60% par de l'argent public, qui échappent de ce fait à tout contrôle.
À la fin du contrat, un dernier article fourre-tout, intitulé « Dispositions diverses ». Premier point, « Confidentialité et non-divulgation » : « Le contenu de la présente Convention est confidentiel et ne peut faire l'objet d'aucune divulgation (…)

- Le mécénat : générosité privée ou cadeau de l'État aux entreprises ? / , , , ,
Texte intégral (3654 mots)

Secret des affaires, vie privée, fondations opaques… L'opacité règne sur les dons des entreprises aux établissements culturels ou d'enseignement supérieur, pourtant financés à 60% par de l'argent public, qui échappent de ce fait à tout contrôle.

À la fin du contrat, un dernier article fourre-tout, intitulé « Dispositions diverses ». Premier point, « Confidentialité et non-divulgation » : « Le contenu de la présente Convention est confidentiel et ne peut faire l'objet d'aucune divulgation à des tiers sans l'accord préalable des autres Parties, sauf si la divulgation est nécessaire en raison d'obligations légales, comptables ou réglementaires échappant au contrôle des Parties. » Ce n'est pourtant pas un contrat comme les autres. Il est signé en novembre 2021 entre une institution publique, le Collège de France, et une entreprise, TotalEnergies.

En échange de deux millions d'euros de mécénat, principalement pour financer la chaire « Avenir commun durable » de 2021 à 2026, le prestigieux établissement d'enseignement supérieur et de recherche s'engage à apposer le logo de la major pétrolière sur ses supports de communication, à organiser des ateliers « sur une thématique choisie par le mécène » ou encore à offrir des visites privées et des conférences, notamment aux élèves de l'école Industreet, fondée par… TotalEnergies. Le Collège de France s'abstient aussi « de faire toute communication directe ou indirecte, écrite ou orale, susceptible de porter atteinte à l'image et à la notoriété » du groupe. Autant de dispositions qui étaient censées rester secrètes.

C'est en lisant une chronique de Stéphane Foucart, journaliste au Monde, que Sebastian Nowenstein apprend l'existence du contrat liant TotaEnergies et le Collège de France. Ce professeur agrégé au lycée Gaston Berger à Lille multiplie les démarches, depuis plusieurs années, pour obtenir une multitude de documents administratifs. En mai 2025, il demande au Collège de France de lui communiquer les conventions signées avec Total ainsi que les échanges entre les membres de la chaire « Avenir commun durable » et le géant pétrolier.

Parcours du combattant

À son plus grand étonnement, l'institution lui transmet la convention de mécénat un mois plus tard. Habituellement, en l'absence de réponse positive, il est obligé de saisir la Commission d'accès aux documents administratifs (Cada), voire le tribunal administratif, pour obtenir gain de cause. « Quasi systématiquement, l'administration refuse de communiquer les documents qu'on lui demande, par mauvaise foi, pour gagner du temps, ou parce qu'elle estime ne pas être liée par les dispositions légales, explique Sebastian Nowenstein. Il y a un réel décalage entre la législation, protectrice des droits des citoyens, et la pratique de l'administration. » La déclaration des droits de l'homme garantit en effet aux citoyens le droit de « demander compte à tout agent public de son administration ». Un principe traduit dans une loi de 1978, qui stipule que les administrations doivent « communiquer les documents administratifs qu'elles détiennent aux personnes qui en font la demande ».

Quasi systématiquement, l'administration refuse de communiquer les documents qu'on lui demande, par mauvaise foi, pour gagner du temps, ou parce qu'elle estime ne pas être liée par les dispositions légales.

En réalité, obtenir ces documents relève bien souvent du parcours du combattant, comme l'a constaté l'association Acadamia. Fondée par d'anciens élèves de l'école Polytechnique, elle milite pour la transparence des financements dans l'enseignement supérieur et a réussi à obtenir plusieurs conventions de mécénat : entre l'Université Paris Sciences et Lettres et L'Oréal pour la création d'une chaire « Beauté(s) » (1,2 millions d'euros entre 2018 et 2022) ; entre l'université Paul-Sabatier de Toulouse et TotalEnergies, qui prévoyait la mise à disposition de « professeurs » de la major pétrolière pour enseigner aux élèves les « enjeux de la transition énergétique » ; entre TotalEnergies et l'Université de Lorraine pour l'organisation d'un camp dans les Alpes de Haute Provence (2000 euros en 2023).

« En plus des informations sur le montant du mécénat, qui peut varier de 2000 à plusieurs millions d'euros, ces documents permettent de savoir comment l'argent est utilisé, quelle marge de manoeuvre est laissée à l'université dans le fléchage des financements, quelles sont les contreparties exigées par l'entreprise, détaille Matthieu Lequesne, cofondateur de l'association. Malheureusement, nous avons beaucoup de mal à accéder à ces contrats. »

Secret des affaires

Car certaines écoles défendent l'opacité bec et ongles. C'est le cas de Polytechnique, qui refuse depuis 2022 de communiquer à Acadamia ses conventions de mécénat. L'association a porté l'affaire devant le tribunal administratif de Versailles, qui lui a donné raison le 26 octobre 2023. Hors de question pour l'institution, qui s'est tourné vers le Conseil d'État. Avec un argument de plus en plus utilisé depuis son inscription dans la loi en 2018 : le secret des affaires. Le 3 octobre 2025, le Conseil d'État a botté en touche. Il considère que les conventions de mécénat sont bien des documents administratifs, « en principe communicables aux personnes qui en font la demande », mais que certains éléments contenus dans le contrat – des données financières ou des informations sur des « aspects techniques » des projets financés par exemple – pourraient relever du secret des affaires. Le dossier a été renvoyé devant le tribunal administratif de Versailles pour être jugé à nouveau.

Les entreprises se retrouvent avec le meilleur des deux mondes : elles peuvent flécher leurs dons en fonction de leurs intérêts, les défiscaliser, et opérer dans le secret le plus total.

« L'argument du secret des affaires peut se discuter dans des situations concurrentielles, dans le cadre de la recherche partenariale par exemple, où l'entreprise finance des chercheurs sur un sujet qui l'intéresse, analyse Matthieu Lequesne. Mais ici, on parle de mécénat, d'une opération désintéressée, décorrélée des transactions marchandes et défiscalisée à 60%. Les entreprises se retrouvent avec le meilleur des deux mondes : elles peuvent flécher leurs dons en fonction de leurs intérêts, les défiscaliser, et opérer dans le secret le plus total. »

Le budget des établissements d'enseignement supérieur, qui conduisent une mission de service public, devient ainsi de plus en plus opaque, à mesure que la part des financements privés augmente : elle est passée de 7,8% en 2010 à 20,8% en 2023.

Atteinte à la vie privée... des entreprises

L'association Anticor a demandé en vain à consulter les comptes de la fondation Louis Vuitton, épinglée par la Cour des comptes

En plus du secret des affaires, les entreprises disposent d'un autre argument juridique encore plus inattendu pour échapper à leurs obligations de transparence : l'atteinte à la vie privée. En 2018, Anticor a demandé à consulter les comptes de la fondation Louis Vuitton, épinglée par la Cour des comptes pour le coût exorbitant de la construction de son musée dans le bois de Boulogne - 790 millions d'euros, dont 518,1 millions payés par le contribuable. Des comptes qui doivent obligatoirement être communiqués au préfet pour les fondations par lesquelles transitent plus de 153 000 euros de dons, et qui constituent donc des documents administratifs.

Le préfet refuse cependant de les transmettre à l'association anticorruption, estimant que cela porterait atteinte à la vie privée de la fondation Vuitton. « De nombreuses entreprises tentent de se protéger en se prévalant de droits inhérents à la personne humaine, observe l'avocate Elise Van Beneden, vice-présidente d'Anticor. Or, le système du mécénat, avec un financement via des fonds publics, repose sur l'exigence d'avoir une activité d'intérêt général, ce qui paraît incompatible avec l'existence de vie privée et d'informations commerciales protégeables. » Des arguments qui n'ont pas convaincu le Conseil d'État. Celui-ci a finalement jugé, le 7 octobre 2022, que les comptes des fondations d'entreprises relevaient de la vie privée et n'étaient donc pas communicables.

« Les fondations rendent très rarement publics leurs comptes, note Anne Bory, maîtresse de conférence à l'Université de Lille et chercheuse au Centre lillois d'études et de recherches sociologiques et économiques (Clersé). Si elles communiquent sur leurs activités via leur site internet, on a rarement une transparence totale sur les montants donnés à telle ou telle association. » Un manque d'informations qui pose question, alors que le nombre de fondations a explosé depuis le début des années 2000. Selon la Fondation de France, il a été multiplié par cinq en vingt ans : on en compte 5300 en 2021, qui détiennent plus de 40 milliards d'euros d'actifs. La moitié appartiennent à des particuliers et des familles, 30% à des entreprises [1].

« C'est un vrai problème démocratique »

La Cour des comptes alertait déjà en 2018 sur ce développement « sans précédent » des fondations et fonds de dotation, qui fait « perdre au secteur sa lisibilité ». Elle appelait à les contrôler, à les suivre plus efficacement, et à doter l'administration d'un véritable pouvoir de sanction en cas d'irrégularités - supprimer les avantages fiscaux attachés aux dons par exemple. L'Inspection générale des finances faisait le même constat un an plus tôt : le contrôle est « fragmenté et peu coordonné, ce qui en limite la portée et ne permet pas d'avoir une vision d'ensemble du secteur ».

60% de ces dons sont financés par les contribuables, les entreprises en retirent des bénéfices symboliques et réputationnels, mais aucune contrepartie, ne serait-ce que la transparence sur la ventilation des dons, n'est exigée par les pouvoirs publics.

« Les conseils d'administration des entreprises et des fondations décident d'octroyer des financements à tel ou tel secteur d'activité, dans des conditions qui échappent en grande partie au contrôle public, pointe Sabine Rozier, chercheuse et maîtresse de conférence en sciences politiques à l'université Paris-Dauphine. C'est un vrai problème démocratique : 60% de ces dons sont financés par les contribuables, les entreprises en retirent des bénéfices symboliques et réputationnels, mais aucune contrepartie, ne serait-ce que la transparence sur la ventilation des dons, n'est exigée par les pouvoirs publics. »

Les règles auxquelles doivent se soumettre les fondations d'entreprise sont extrêmement limitées. Elles doivent s'inscrire dans une mission d'intérêt général et être à but non lucratif. Elles doivent aussi transmettre à l'administration un rapport d'activité, leurs comptes et un rapport du commissaire aux comptes si elles reçoivent plus de 153 000 euros de dons par an. Bien souvent, elles ne prennent pas la peine de se conformer à cette obligation légale. En avril 2015, 56% des fondations et associations n'avaient pas déposé leurs comptes pour l'année 2013, d'après un rapport de l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS). En 2020, l'État ne disposait toujours pas de « levier coercitif pour faire cesser cet état de fait », comme le notait un rapport parlementaire sur la philanthropie.

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« Ce sont des sortes de boîtes noires »

Parmi les fondations qui ne déposent pas leurs comptes : la Fondation Louis Vuitton. Aucune annonce de dépôt de comptes n'est consultable sur le site du journal officiel. La direction de l'information légale et administrative (Dila), chargée de la publication des informations légales, économiques et financières concernant les entreprises et le milieu associatif, nous a confirmé qu'elle n'avait recueilli aucun dépôt de comptes de la Fondation Vuitton. « Néanmoins, la Dila est uniquement en charge de la publication, le contrôle du respect de cette obligation ne relève pas de notre périmètre. Il revient à la Cour des comptes d'assurer la transparence financière des structures concernées. » Cette dernière nous a indiqué prendre « bonne note de cette information », mais ne pas communiquer « sur les contrôles qu'elle entend ou non ouvrir, et qui n'ont pas de caractère automatique dans ce domaine ». Interrogés sur cette non-publication de comptes, ni la Fondation Louis Vuitton ni le groupe LVMH n'ont donné suite.

On n'a aucune vision sur les décisions qui y sont prises, pas de procès verbaux, pas de comptes disponibles.

Dans l'enseignement supérieur aussi, les fondations sont de plus en plus nombreuses, conséquence de la loi Pécresse de 2007. Fondation de l'Université Clermont Auvergne, Fondation Université de Rennes, Fondation Paris-Saclay… Elles fonctionnent comme des intermédiaires qui centralisent les dons des mécènes avant de les redistribuer à l'université. Figure désormais dans les budgets des établissements une ligne “Fondation”, qui englobe des dons de plusieurs entreprises sans donner aucune précision sur l'origine de ces financements. « Ce sont des sortes de boîtes noires qui rajoutent une surcouche d'opacité, dénonce Matthieu Lequesne d'Acadamia. On n'a aucune vision sur les décisions qui y sont prises, pas de procès verbaux, pas de comptes disponibles. Et lorsqu'on leur demande ces informations, elles répondent qu'elles sont des objets de droit privé et qu'elles ne nous doivent rien. Mais quand votre objet social est d'aider au financement d'une université, vous êtes dans la continuité de la mission de service public de votre établissement. Et vous devriez être soumis aux mêmes obligations de transparence. »

« Total ne donne pas deux millions d'euros sans rien attendre en retour »

L'opacité des financements soulève cependant des questions déontologiques dans l'enseignement supérieur et la recherche. Le premier colloque de la chaire « Avenir commun durable » financée par TotalEnergies, qui s'est tenu le 17 novembre 2021, se focalisait sur l'adaptation au changement climatique, à replacer dans « la longue histoire de l'humanité [...] d'adaptation et de résilience », afin de « mieux comprendre l'histoire de notre espèce et la façon dont les différentes populations se sont adaptées au cours du temps aux différents environnements qu'elles ont rencontré ».

Plus récemment, lors d'une table-ronde le 5 juin 2025, le chimiste Marc Fontecave proposait même de « relativiser cette notion d'urgence » liée au changement climatique. Des prises de position dans la lignée de celles du mécène, accusé de s'être évertué à partir des années 1980 à semer le doute sur la réalité du réchauffement climatique. « Une entreprise qui a oeuvré à produire de l'ignorance sur un sujet peut-elle financer de la recherche sur ce même sujet ?, interroge le professeur Sebastian Nowenstein. Total ne donne pas deux millions d'euros sans rien attendre en retour. Cela s'inscrit dans sa stratégie de communication et de crédibilisation. »

« Tout est noyé, tout est mélangé »

Les retombées médiatiques du mécénat, en termes d'image et de notoriété pour les entreprises, ne sont pas mentionnées dans les contrats, alors qu'elles constituent parfois la principale motivation du donateur. Quant aux contreparties qui sont bel et bien inscrites dans les conventions, limitées en théorie à 25% du montant du don, elles sont souvent difficilement chiffrables. Apposer le logo de l'entreprise sur les supports de communication, organiser un événement privé dans les locaux de l'institution, nommer une salle au nom de l'entreprise ou de son dirigeant… Officiellement, c'est le bénéficiaire du mécénat qui leur attribue une valeur. Dans les faits, elles font l'objet d'une intense négociation entre l'entreprise et l'institution. « Les contreparties sont difficiles à mesurer, parce qu'elles ont la valeur qu'on leur donne, explique Jérôme Kohler, conseiller philanthropique et auteur de La main qui donne : Philanthropie, contrat social et démocratie (éditions Charles Léopold Mayer). Pour un don d'un million d'euros, une entreprise a droit à 250 000 euros de contreparties et elle va souvent tenter de les valoriser le plus possible. »

Une entreprise, dans un même musée, peut être cliente en louant un espace, faire sa promotion à travers des bâches publicitaires, proposer du merchandising, construire une exposition clé en main…

La frontière « de plus en plus ténue et perméable » entre mécénat et parrainage rajoute encore une couche d'opacité, comme le pointait la Cour des comptes en 2018. Contrairement au mécénat, où les contreparties sont limitées à 25% du montant du don, le parrainage est une opération commerciale dans laquelle l'entreprise retire des bénéfices équivalents à ce qu'elle a investi. Opération qui, elle, ne bénéficie pas de crédits d'impôts. En l'absence de transparence et de contrôle, difficile de savoir si les « donateurs » sont en réalité des mécènes ou des parrains… et si leurs dons sont défiscalisés ou non. « Tout est noyé, tout est mélangé, on ne connaît plus la nature des opérations, relève Bernard Hasquenoph, journaliste et fondateur du blog d'investigation Louvre pour tous. Une entreprise, dans un même musée, peut être cliente en louant un espace, faire sa promotion à travers des bâches publicitaires, proposer du merchandising, construire une exposition clé en main… On assiste à une véritable hybridation des pratiques. »

Un flou qui rend le mécénat encore plus illisible et qui donne de fait aux entreprises toute liberté pour fixer les conditions de leurs dons, en dehors de tout contrôle, financées à hauteur de plusieurs centaines de millions d'euros par les contribuables.


25.11.2025 à 11:56

Le mécénat : générosité privée ou cadeau de l'État aux entreprises et aux milliardaires ?

La législation sur le mécénat est très favorable aux entreprises, et de plus en plus coûteuse pour l'État. Elle se traduit aussi par une influence croissante du secteur privé sur la culture, la recherche et l'action associative.

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La législation sur le mécénat est très favorable aux entreprises, et de plus en plus coûteuse pour l'État. Elle se traduit aussi par une influence croissante du secteur privé sur la culture, la recherche et l'action associative.

« J'ai un peu de mal avec les grincheux. On donne dix millions, on applaudit. On dit merci. »

« Non, mais est-ce que vous pouvez dire : 'merci Bernard Arnault' ? »

Dans certains médias, la cause est déjà entendue. Sans les dons généreux des entreprises et des milliardaires qui les détiennent, nous ne serions plus capables de reconstruire Notre-Dame, de financer les Restos du cœur ou de garder en France des chefs d'œuvre artistiques qui autrement tomberaient entre les mains de riches étrangers.

Cette générosité supposée est souvent invoquée dans les débats sur le partage des richesses et la fiscalité. Que l'on parle de dividendes excessifs, de suppressions d'emploi, ou de ce que les ultra-riches ne paient pas leur juste part d'impôt – comme récemment autour de la proposition de taxe Zucman –, l'argument est tout trouvé : nous devrions être contents d'avoir des milliardaires et des multinationales florissantes en France, car ils font ce que l'État n'a plus les moyens de faire.

Sauf que l'essor du mécénat ces dernières années en France cache une réalité beaucoup plus ambiguë.

Au-delà des dons très médiatisés, les « partenaires », « soutiens », « donateurs », « bienfaiteurs » et autres « philanthropes » occupent une place croissante dans le fonctionnement et la gestion de nombreuses institutions culturelles, établissements d'enseignement supérieur et de recherche ou associations assurant des missions d'intérêt général.

Cette tendance ne s'explique pas tant par un engagement soudain et massif du monde de l'entreprise sur les sujets de sociétés que par des choix politiques.

Sous couvert d'encourager les dons des entreprises et la philanthropie individuelle s'est mise en place une législation très favorable au secteur privé, qui a modifié sans le dire tout l'équilibre et la logique du financement de ces secteurs – et qui se révèle de plus en plus coûteuse pour l'État.

25.11.2025 à 11:56

Comment LVMH a envahi le Louvre

Pauline Gensel

Depuis vingt ans, le groupe de Bernard Arnault, numéro un mondial du luxe, tisse sa toile dans le premier établissement culturel français. Au nom du mécénat, plusieurs marques de LVMH, de Louis Vuitton à Dior et Bulgari, sont autorisées à s'approprier les lieux et bénéficient de généreux privilèges. Sans résoudre le manque criant d'investissements dans la maintenance et la sécurité du musée, dont a témoigné le cambriolage retentissant du 19 octobre dernier.
30 septembre 2025. Sous les (…)

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Texte intégral (3755 mots)

Depuis vingt ans, le groupe de Bernard Arnault, numéro un mondial du luxe, tisse sa toile dans le premier établissement culturel français. Au nom du mécénat, plusieurs marques de LVMH, de Louis Vuitton à Dior et Bulgari, sont autorisées à s'approprier les lieux et bénéficient de généreux privilèges. Sans résoudre le manque criant d'investissements dans la maintenance et la sécurité du musée, dont a témoigné le cambriolage retentissant du 19 octobre dernier.

30 septembre 2025. Sous les dorures et les fresques, la voix de Cate Blanchett résonne, les mannequins défilent. C'est le deuxième jour de la fashion week, et les stars sont au rendez-vous : Zendaya, Emma Stone, Léa Seydoux... Toutes réunies pour découvrir la collection printemps-été 2026 de Louis Vuitton, qui célèbre « l'art de vivre » et rappelle que « le luxe ultime réside dans le choix de s'habiller pour soi-même, afin de révéler sa personnalité la plus profonde », comme l'écrit la marque. Le défilé prend place dans un lieu unique en plein coeur du musée du Louvre : les appartements d'été d'Anne d'Autriche, fraîchement rénovés. Et c'est peut-être ça, le véritable « luxe ultime » : avoir les moyens de s'approprier le premier établissement public culturel de France.

C'est peut-être ça, le « luxe ultime » : avoir les moyens de s'approprier le premier établissement public culturel de France

Depuis 2020, pas moins de dix défilés Louis Vuitton ont pris place dans l'enceinte du musée, plus d'un tiers des shows organisés par la marque durant cette période. En mars 2021, du fait des restrictions liées à la pandémie, la maison Vuitton présente sa collection à travers une vidéo dans laquelle les mannequins arpentent les couloirs déserts du Louvre, entre les statues, au rythme des tubes des Daft Punk. Puis les défilés s'enchaînent dans la cour Carrée année après année, avec des constructions toujours plus grandioses : une aire de jeu gigantesque pour un défilé en fanfare en juin 2022 ; une immense fleur-chapiteau rouge en octobre de la même année ; un appartement entier en janvier 2023 ; des boules lumineuses futuristes et un podium fabriqué à partir de malles Vuitton l'année suivante. À cette période, Louis Vuitton est l'un des principaux mécènes du Louvre, finançant le réaménagement des salles étrusques et italiques.

Mécénat intéressé

Cette mainmise de LVMH sur le prestigieux musée et ses lieux les plus iconiques date d'il y a près de vingt ans. Au début des années 2000, les défilés de mode sont confinés au Carrousel du Louvre, l'espace commercial souterrain situé entre le musée et le jardin des Tuileries. C'était sans compter sur la pugnacité du groupe de Bernard Arnault, qui obtient pour la première fois en 2007 le droit d'organiser un show dans la cour Carrée. Un privilège octroyé à LVMH en détournant quelque peu la législation sur le mécénat – dite loi Aillagon – adoptée quelques années plus tôt en 2003, comme le raconte Eliette Reisacher, alors étudiante à l'école du Louvre, dans un mémoire publié en 2019. Ce qui n'était pas possible sous la forme d'une simple location de l'espace le devient à titre de « contrepartie » d'un don opportunément accordé par le groupe de luxe.

L'idée première du mécénat est qu'il s'agit d'un soutien matériel sans contrepartie directe

L'étudiante rappelle pourtant que « l'idée première du mécénat est qu'il s'agit d'un “soutien matériel apporté, sans contrepartie directe de la part du bénéficiaire”, donc désintéressé, alloué à un projet spécifique », et constate qu'il s'agit ici d'« un schéma totalement inverse avec un don intéressé, affecté sans grand intérêt à tel ou tel projet ». La location de la cour Carrée étant estimée à l'époque à 100 000 euros et les contreparties du mécénat limitées à 25% du don, LVMH a dû débourser un million d'euros par an pour y réaliser deux défilés chaque année. Sur cette somme, 600 000 euros seront pris en charge par l'État sous forme de réduction d'impôts.

« LVMH a fait tomber tous les tabous »

Depuis, il ne s'est pas passé une année sans défilé LVMH au Louvre. Entre 2014 et 2016, Louis Vuitton se concentre sur les nouveaux espaces de sa Fondation, dans le Bois de Boulogne, et sur la place Vendôme. C'est une autre marque du groupe qui le remplace dans la cour Carrée : Dior. Cette dernière a surtout investi le Jardin des Tuileries, dont elle finance le « réaménagement » et la « revégétalisation » via le mécénat à partir de 2019, aux côtés d'une autre maison LVMH, Moët Hennessy. Dior y réalise son dernier défilé le 1er octobre 2025 lors de la fashion week parisienne, avec comme mise en scène une pyramide inversée qui n'est pas sans rappeler celle du Louvre. Kenzo Parfums, également propriété de LVMH, a de son côté contribué au fleurissement du jardin à travers son mécénat de 2020 à 2023. Pour ses premières compositions florales, à l'été 2020, la marque de luxe a planté plus de 60 000 fleurs, dont 130 m2 de coquelicots, l'emblème de Kenzo.

En 2017, Louis Vuitton pénètre pour la première fois au sein même du musée pour présenter sa collection automne-hiver.

« LVMH, fort de sa puissance financière et politique, a fait peu à peu tomber tous les tabous au Louvre et obtient tout ce qui était auparavant interdit, observe Bernard Hasquenoph, journaliste et fondateur du blog Louvre pour tous, qui a publié une série d'enquêtes sur l'influence de LVMH dans le musée. Défiler dans la cour Carrée ? C'est fait. Organiser un show au sein même des collections ? C'est fait. Dîner au milieu des oeuvres ? C'est fait. »

Le 7 mars 2017, en effet, Louis Vuitton pénètre pour la première fois au sein du musée pour présenter sa collection automne-hiver. Le show se déroule dans la cour Marly, avec sa grande verrière et ses sculptures du XVIIe et XVIIIe siècle. Sept mois plus tard, la marque investit les sous-sols du pavillon de l'Horloge fraîchement rénovés pour un défilé devant le grand Sphinx de Tanis. L'année suivante, ce sera la cour Lefuel, pourtant fermée au public depuis 2007. Encore aujourd'hui, elle n'est accessible que lors de soirées spectacles l'été. En octobre 2021, c'est au tour du passage Richelieu d'accueillir le défilé Vuitton, perturbé par l'irruption de militants d'Extinction Rébellion, coupés au montage.

photo Extinction Rebellion

Soirées privées

D'autres événements encore plus select sont organisés par LVMH au sein du musée. Le 11 avril 2017, 200 invités se réunissent pour le dîner de lancement de « Master », collaboration entre Louis Vuitton et l'artiste Jeff Koons. Quelle salle à manger pour la famille Arnault et ses invités parmi lesquels Jennifer Aniston, Catherine Deneuve ou encore Adèle Exarchopoulos ? Rien de moins que la salle des États, où ils peuvent admirer la Joconde en toute tranquillité. Six mois plus tard, les 126 autres mécènes du Louvre auront finalement eux aussi le droit de manger dans l'une des salles du musée pour leur dîner annuel, mais sans Joconde. Ce sera dans la salle Daru, qui abrite l'immense tableau du Sacre de Napoléon.

Une centaine d'invités ont pu profiter d'un dîner privé dans la salle des Cariatides, au milieu des statues antiques.

Plus récemment, c'est la marque de joaillerie Bulgari, elle aussi propriété de LVMH, qui a bénéficié d'une soirée privée. Le 24 juin 2024, deux jours avant l'ouverture de l'exposition « Chefs d'oeuvres de l'exposition Torlonia », qu'elle a financée à travers son mécénat, une centaine d'invités ont pu profiter d'une visite privée en avant-première, d'une masterclass sur les pièces de haute joaillerie de la marque, puis d'un dîner privé dans la salle des Cariatides, au milieu des statues antiques. L'occasion pour la marque d'apposer son nom en lettres dorées gigantesques devant la façade du musée.

Quant au traditionnel dîner annuel des mécènes, il est financé de 2019 à 2024 par les dons de Moët Hennessy, la holding « Vins et spiritueux » de LVMH. L'événement a pris une toute autre ampleur en 2025 avec le lancement du « Grand dîner » du Louvre, un gala de levée de fonds. « Ils en ont fait un événement extrêmement mondain et médiatisé, fastueux, note Bernard Hasquenoph. Cela se fait beaucoup aux États-Unis, dans l'humanitaire notamment, mais c'est nouveau dans les musées en France. » Plus de 350 invités – dirigeants d'entreprises, créateurs de grandes maisons de mode, acteurs, chanteurs – se sont réunis dans la cour Marly pour un repas concocté par la cheffe étoilée Anne-Sophie Pic. Financé par Visa Infinite, « partenaire fondateur » de l'événement et de l'exposition associée « Louvre Couture. Objets d'arts, objets de mode », le gala a permis de récolter 1,4 million d'euros, et le musée a d'ores et déjà prévu de reconduire l'événement l'année prochaine, le 3 mars 2026. Un « succès » à relativiser tout de même au regard de son coût projeté : 1,1 million d'euros. Là encore, la majorité de l'argent du mécénat profite avant tout... aux mécènes.

L'État passe la main

Ces événements privés ne sont pas sans conséquence sur l'accessibilité du musée. Pour son rapport sur la gestion du Louvre, paru le 6 novembre 2025, la Cour des comptes a interrogé l'établissement sur les raisons qui empêchaient l'extension de ses horaires d'ouvertures, « alors même qu'une fermeture à 19h, voire 20h, permettrait de mieux répartir les flux de visiteurs dans la journée et de tenir compte de l'évolution des habitudes de vie des visiteurs notamment parisiens ou franciliens ». Réponse du Louvre : « Un élargissement des horaires à 19h ne serait pas compatible avec l'organisation des contreparties de mécénat et des locations d'espaces. »

L'importance prise par le mécénat au Louvre s'inscrit dans une dynamique amorcée il y a une vingtaine d'années dans les institutions culturelles, comme l'explique Jérôme Kohler, conseiller philanthropique et auteur de La main qui donne (éditions Charles Léopold Mayer, 2025) : « Pendant longtemps, les établissements culturels fonctionnaient essentiellement grâce aux subventions et à la billetterie. Mais les subventions et dotations publiques baissant, ils ont commencé à recruter du personnel pour accroître le mécénat, élargir leurs cercles d'amis du musée, développer la privatisation d'espaces. Ces pratiques, auparavant très marginales, sont aujourd'hui de plus en plus présentes. »

Le Louvre a préféré flécher ses ressources propres vers des « opérations visibles et attractives », plus à même d'attirer des mécènes, au détriment de l'entretien, de la rénovation des bâtiments et des investissements dans la sécurité.

« La dotation de l'État est censée payer les salaires des fonctionnaires du musée, explique un ancien responsable du Louvre, qui a souhaité garder l'anonymat. Mais aujourd'hui, elle est bien inférieure à la masse salariale, de 130 millions d'euros en 2024. A côté de ça, il y a toutes les charges d'entretien, de surveillance, de fonctionnement, qui représentent plusieurs centaines de millions d'euros. L'établissement se tourne donc de plus en plus vers les financements privés. Plus le Louvre est incité à développer ses ressources propres, plus il est inventif pour obtenir des fonds. »

Cette insuffisance chronique de la dotation publique peut avoir des conséquences dramatiques. Dans son rapport, la Cour des comptes alerte sur le « mur d'investissements immobiliers » auquel est confronté le musée, qui « a pris un retard considérable dans le rythme des investissements nécessaires à l'entretien et la mise à niveau de ses infrastructures, dont la dégradation s'est accélérée au cours des dernières années sous l'effet du haut niveau de fréquentation ». Entre 2018 et 2024, l'établissement a préféré flécher ses ressources propres vers des « opérations visibles et attractives », plus à même d'attirer des mécènes, comme l'acquisition de nouvelles œuvres ou le réaménagement de salles, au détriment de l'entretien, de la rénovation des bâtiments et des investissements dans la sécurité. Ce qui peut avoir des conséquences dramatiques, comme l'a montré le 19 octobre le vol des bijoux de la galerie Apollon.

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Fonds de dotation

En 2024, les charges de fonctionnement du Louvre, personnel compris, s'élevaient à 298,4 millions d'euros. Les 99 millions d'euros de dotation de l'État pour cette année-là ne permettaient que de couvrir un tiers de ces dépenses. Pour rentrer dans ses frais, le musée a dû trouver d'autres sources de financement. En 2015, les ressources propres du musée (billetterie et mécénat) s'élevaient à 105 millions d'euros, un montant quasi égal à celui des subventions publiques. Dix ans plus tard, ces dernières n'ont pas augmenté, tandis que les ressources propres ont doublé pour atteindre 211 millions d'euros. Et ce, avant tout grâce à la billetterie, dont les revenus ont explosé pour atteindre 124,5 millions d'euros en 2024 – mais peut-être au détriment de son accessibilité pour les publics locaux et populaires. Le mécénat à proprement parler représentait cette année-là 20 millions d'euros.

En 2009, le Louvre est le premier musée français à créer un fonds de dotation, alimenté des dons de mécènes comme LVMH et des revenus issus de la location de son nom pour le Louvre Abu Dhabi.

Il y a aussi plus original : en 2009, le Louvre est le premier musée français à créer un fonds de dotation, alimenté des dons de mécènes et des revenus issus de la location de son nom aux Émirats-Arabes Unis pour le Louvre Abu Dhabi. En 2024, son portefeuille s'élevait à près de 279 millions d'euros et a rapporté 23,4 millions d'euros au musée. Parmi les principaux contributeurs, on retrouve sans surprise le groupe de Bernard Arnault. Louis Vuitton y a contribué dès 2013, en apportant 625 000 euros, complétés par 1,1 million d'euros l'année suivante. Christian Dior Couture s'est ajouté en 2015 et 2016 avec deux dotations de 1,25 million d'euros chacune. Au total, le groupe LVMH a donc versé au moins 4,2 millions d'euros au fonds de dotation du Louvre. Dont 2,5 millions d'euros défiscalisables.

Trésors nationaux

Le mécénat hautement médiatisé du groupe de Bernard Arnault en faveur du Louvre ne s'arrête pas là. En 2024, il a contribué à l'acquisition du tableau « Le Panier de fraises des bois », de Jean Siméon Chardin, une nature morte datant de 1761. Sur les 24,3 millions d'euros nécessaires à l'achat de l'œuvre, LVMH a « donné » 15 millions, qui s'ajoutent aux 20 millions d'euros de mécénat comptabilisés dans les ressources propres du musée pour cette année-là. Le tableau étant classé « trésor national », le groupe pourra bénéficier d'une déduction d'impôts exceptionnelle : 90% du montant du don. En réalité, le coût supporté par l'entreprise ne sera donc que d'1,5 million d'euros, le reste étant payé par l'État.

Pour l'État, 90%, c'est toujours un peu moins cher que 100%. Et la rigueur budgétaire est sauve puisque cette opération prend la forme de la renonciation à un impôt et non d'une dépense de crédits.

« C'est un dispositif qui a été mis en place par la France pour éviter que des chefs d'œuvres ne partent à l'étranger, explique Sabine Rozier, chercheuse et maîtresse de conférence en sciences politiques à l'université Paris-Dauphine. Le ministère de la Culture et les grands musées n'ont plus d'argent pour acheter ces trésors nationaux, donc ils contactent les entreprises, qui ont plus de souplesse financière et peuvent plus rapidement débourser plusieurs millions d'euros, en garantissant à ces entreprises qu'elles seront remboursées à hauteur de 90%. Pour l'État, 90%, c'est toujours un peu moins cher que 100%. Et la rigueur budgétaire est sauve puisque cette opération prend la forme de la renonciation à un impôt et non d'une dépense de crédits. Quant à l'entreprise, elle apparaît aux yeux du public comme étant généreuse, en ayant dépensé une fortune pour acheter un bien qui finalement a été en grande partie supporté par la collectivité nationale. » Cerise sur le gâteau : Dior a pu utiliser l'œuvre de Chardin comme décoration pour son défilé de juin 2025.

Dernier signe en date de l'omniprésence du groupe de luxe au sein de l'institution culturelle : Louis Vuitton a annoncé en 2025 devenir mécène de l'École du Louvre, établissement d'enseignement supérieur situé dans l'aile Flore du palais. L'entreprise financera deux bourses de recherche pour des doctorants « dont les travaux explorent de larges thématiques liées aux collections Louis Vuitton, ou à l'histoire de la Maison », ainsi que six bourses pour des étudiants en licence et master. Un partenariat qui, selon LVMH, « met en lumière la vision de Louis Vuitton en tant qu'acteur culturel et éducatif de premier plan », et qui lui permet aussi de s'acheter une place dans la manière dont s'écrira dorénavant l'histoire de l'art.

Pour ce qui est de la maintenance et la sécurité des bâtiments ou de la préservation de la vocation éducative et culturelle du musée du Louvre, ils attendent toujours leurs hypothétiques mécènes.

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