04.03.2026 à 06:00
Chloé Fraisse-Bonnaud, Tania Racho
Les obligations de quitter le territoire français (OQTF) sont devenues un marqueur récurrent du débat public sur l'immigration en France. Derrière ce sigle se cache une réalité administrative souvent méconnue, propice aux simplifications et aux récupérations politiques. Mais cette mesure est surtout un mécanisme qui conduit à priver des milliers de personnes de leurs droits fondamentaux. L'obligation de quitter le territoire français (OQTF) est une mesure administrative individuelle, (…)
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Les obligations de quitter le territoire français (OQTF) sont devenues un marqueur récurrent du débat public sur l'immigration en France. Derrière ce sigle se cache une réalité administrative souvent méconnue, propice aux simplifications et aux récupérations politiques. Mais cette mesure est surtout un mécanisme qui conduit à priver des milliers de personnes de leurs droits fondamentaux.
L'obligation de quitter le territoire français (OQTF) est une mesure administrative individuelle, délivrée par la préfecture, visant à éloigner une personne du territoire national. Quelque 150 000 de ces mesures sont prononcées chaque année — soit environ 400 par jour —, pour un taux d'exécution estimé entre 10 % et 15 %. Une OQTF est délivrée en cas de séjour irrégulier, notamment lorsqu'une personne est interpellée sans titre de séjour valide, à la suite du rejet d'une demande d'asile, du non-renouvellement d'un titre de séjour — parfois imputable à des dysfonctionnements des démarches administratives dématérialisées —, ou, plus marginalement, au cours d'une incarcération.
Toutefois, les préfectures dépassent parfois ce cadre : il est ainsi arrivé qu'une OQTF soit délivrée à une personne dont la demande d'asile était encore en cours. La mesure a ensuite été annulée par le juge administratif1. C'est d'autant plus le cas à Mayotte, où les demandeurseuses d'asile sont régulièrement arrêtées devant le tribunal administratif et refoulées avant même l'examen de leur demande. C'est d'ailleurs dans ce département que le nombre d'éloignements est le plus élevé, avec environ 25 000 personnes par an, contre quelque 6 500 pour la France métropolitaine.
Cette production quotidienne et massive d'OQTF s'inscrit dans une logique bureaucratique de découragement des personnes étrangères, réduisant des situations humaines singulières à de simples catégories administratives. Le processus d'éloignement relève ainsi souvent d'une routine faisant fi de toute appréciation individuelle, notamment en raison des marges de manœuvre laissées aux préfets. Les pratiques préfectorales hétérogènes sont le fruit d'un droit complexe et de circulaires ministérielles qui, tout en restreignant progressivement les droits des étrangersères, leur permettent d'appliquer les instructions à leur guise. Il en résulte des décisions parfois arbitraires, voire contraires au droit, que les personnes concernées peuvent contester, dans un second temps, devant le juge administratif.
Par exemple, face à une personne étrangère en France depuis de longues années, multipliant les contrats de travail et pacsée à une Française, l'administration ne regarde que le statut administratif et, constatant l'irrégularité de son séjour sur le territoire, délivre l'OQTF. Celle-ci sera annulée par le juge car contraire aux droits fondamentaux — en l'occurrence, le respect de la vie privée et familiale2. Le juge administratif peut dès lors enjoindre à la préfecture de réévaluer la situation des personnes, voire directement lui ordonner la délivrance d'un titre de séjour. Ce levier contentieux demeure le principal recours des étrangersères face à l'État, à condition que les intéressées bénéficient du soutien juridique d'une association ou d'une avocate.
Les OQTF sont devenues un sigle familier propice à l'instrumentalisation politique en France. Il rappelle, à certains égards, la stigmatisation qui entoure les fameuses « fiches S » dont on oublie que la fonction première est le renseignement3. Se pose ainsi la question de savoir quelles sont les motivations politiques de cet usage dans l'espace médiatico-politique ? Celles-ci suivent généralement deux logiques opposées.
D'un côté, les personnalités politiques brandissent le nombre d'OQTF non exécutées, soit 85 % au moins d'entre elles, comme preuve d'un dysfonctionnement étatique ou d'un prétendu laxisme. Le chiffre brut devient l'illustration d'une impuissance supposée face à l'immigration irrégulière. Cette rhétorique occulte délibérément les raisons juridiques, diplomatiques et pratiques qui expliquent ce faible taux d'exécution. Parmi celles-ci figurent l'impossibilité d'organiser un retour vers un pays instable — en Afghanistan, Soudan ou Ukraine, par exemple —, l'illégalité des OQTF constatée par le juge administratif, et parfois des difficultés à obtenir un laissez-passer consulaire. Ce dernier, que les médias évoquent régulièrement, notamment au sujet de l'Algérie, est nécessaire pour une personne qui n'a pas de papier prouvant sa nationalité. L'État d'origine doit alors d'abord reconnaître qu'il s'agit de l'une de ses ressortissantes pour permettre l'exécution (forcée) de l'OQTF. La délivrance de laissez-passer consulaire, tout comme celle des visas, varie selon l'état des relations diplomatiques de la France avec les pays de destination. La question a par exemple donné lieu à diverses tensions avec le Maroc.
Il faut de surcroît noter que presque 50 % des éloignements réalisés ont pour destination un autre pays de l'Union européenne en vertu du règlement Dublin III. Celui-ci a pour objectif de déterminer quel État va étudier la demande d'asile d'une personne, à partir d'une liste de critères, dont celui du premier pays d'arrivée, vérifié par la consultation de la base de données Eurodac. En 2025, environ 7 000 personnes ont été concernées par cette procédure.
De l'autre côté, les pouvoirs publics utilisent le volume d'OQTF prononcées comme indicateur d'un volontarisme politique, démontrant une action administrative intensive de lutte contre l'immigration et de prévention de la menace à l'ordre public. Ce volontarisme affiché a tendance à glisser vers une logique sécuritaire, souvent sans fondement, amorcée dès 2015, année de la « crise des réfugiés syriens » et des attentats parisiens.
Outre les motifs d'irrégularité du séjour sur le territoire, une OQTF peut être prononcée en raison d'une « menace à l'ordre public ». L'article L. 611-1 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (Ceseda) permet ainsi au préfet d'éloigner un étranger dont la présence constitue une menace pour l'ordre public, la sécurité publique ou la sûreté de l'État. Or, la notion de « menace à l'ordre public » n'étant pas définie, elle peut faire l'objet d'interprétations variables selon les préfectures et les juges administratifs, mettant à mal le principe de l'égalité devant la loi. Elle peut englober des comportements très divers, allant de la commission d'infractions pénales — contraventions incluses —, à des comportements jugés non respectueux des « symboles fondamentaux de la République » comme l'hymne national ou le drapeau. Les entorses supposées à la laïcité et à l'égalité femme-homme, par exemple, peuvent également servir de justification, légitimant ainsi des préjugés islamophobes. Une conduite avec un permis étranger ou un défaut d'assurance, tout comme une simple mention au fichier TAJ (Traitements d'antécédents judiciaires), même pour une garde à vue sans poursuites ou un classement sans suite, peuvent aussi suffire à déclencher une OQTF pour menace à l'ordre public.
L'exemple récent d'une jeune femme ivoirienne fuyant un mariage forcé, arrivée sur le territoire en 2023 et établie à Avignon, illustre bien l'utilisation de la « menace à l'ordre public ». Après la reconnaissance de sa minorité par plusieurs juges des enfants et sa prise en charge par l'Aide sociale à l'enfance (ASE), elle a été convoquée dès sa majorité pour fraude de document d'identité concernant son passeport ivoirien présenté pour établir qu'elle était mineure. Ce simple fait a motivé une OQTF, en décembre 2025, fondée sur la menace à l'ordre public.
Depuis la loi Darmanin de 2024, la durée d'exécution des OQTF est passée d'un an à trois ans suivant leur édiction. La préfecture peut, passé ce délai, adopter une nouvelle OQTF, l'objectif étant simplement de forcer l'administration à revoir sa motivation.
Les OQTF peuvent également être assorties d'une interdiction de retour sur le territoire français (IRTF). Cette mesure, prise par la préfecture, consiste à bannir un étranger du territoire pour une durée de cinq ans au maximum, portée à dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. Ce délai ne commence à courir qu'à partir du départ effectif du territoire européen, et empêche, par conséquent, de solliciter un visa pour l'ensemble de l'espace Schengen. Tout retour avant son échéance expose la personne à des sanctions pénales pouvant aller jusqu'à trois ans de prison. La loi Darmanin a renforcé le recours aux IRTF en complément des OQTF.
Dans le cas où la situation de la personne a évolué — vie privée et familiale, état de santé, réexamen de la demande d'asile, contrat de travail, contrat jeune majeur, etc. —, et qu'elle peut bénéficier d'un titre de séjour, il est possible d'entamer des démarches de régularisation. Cependant, depuis la loi Darmanin, l'existence d'une OQTF peut fonder un refus de séjour. La mise en place de cette consigne a eu pour effet de bloquer les demandes de titres de séjour de nombreuses personnes sans que les préfectures en expliquent concrètement les raisons. Par ailleurs, une personne demandant un titre de séjour est en situation irrégulière tant que son dossier n'est pas considéré comme complet, ce qui ouvre la voie à la délivrance d'une OQTF, bloquant ainsi la demande en cours. Le parcours administratif des étrangersères relève dès lors d'une situation kafkaïenne.
Derrière les enjeux administratifs, cette politique affecte très concrètement des vies entières, sans jamais remplir son objectif affiché. La violence administrative que ces mesures représentent pour les personnes concernées est rarement évoquée. Une OQTF, même non exécutée, place la personne dans une précarité juridique et sociale extrême : interdiction de travailler légalement, impossibilité de se loger normalement, risque permanent d'interpellation4.
Ce fut le cas, par exemple, pour Yaya Bah, arrivé mineur de Guinée et apprenti dans une boulangerie de Bourg-en-Bresse, qui a fait l'objet d'une OQTF à sa majorité. Son encadrante a entamé une grève de la faim pour protester contre cette décision. C'est aussi le cas d'un architecte libanais, marié à une Française, père d'un enfant français et travaillant dans une agence répondant à des marchés publics, qui s'est vu refuser l'octroi d'un titre de séjour alors qu'il demandait un changement de statut « salarié » pour un titre « vie privée et familiale ». Il a été licencié le temps de son recours devant le juge administratif sans savoir s'il sera réembauché à l'issue de la procédure.
Ces effets peuvent en outre grandement affecter la santé mentale des personnes concernées. Comme l'indique le Centre Primo Levi dans ses nombreux rapports5, la souffrance psychique des personnes exilées est une urgence de santé publique que la France se doit de prendre au sérieux, ne serait-ce que pour préserver l'ordre public qui l'obsède tant.
1L'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme interdit aux États de pratiquer la torture, ou de soumettre une personne relevant de leur juridiction à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants. Il s'agit d'une des rares dispositions de la Convention qui ne soit pas assortie d'exceptions.
2L'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme énonce le droit de toute personne au respect « de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ».
3NDLR. Les personnes fichées S peuvent être soupçonnées de visées terroristes ou d'atteinte à la sûreté de l'État, ou de complicité, sans pour autant qu'elles aient commis de délit ou de crime. C'est d'abord un outil d'alerte. Il s'agit d'un mécanisme de remontée d'informations, et non d'un placement sous surveillance active d'une personne. Cet outil est susceptible de concerner un grand nombre de personnes.
4Voir le rapport « À la merci d'un papier » d'Amnesty International (décembre 2025).
5Voir notamment les rapports « Santé mentale des personnes exilées : une souffrance invisible » (juin 2024) et « La Souffrance psychique des exilés : une urgence de santé publique » (juin 2018).
03.03.2026 à 06:00
Eran Tzidkiyahu
Autrefois délogé de la Knesset, le kahanisme, ce courant extrémiste religieux suprémaciste, irrigue désormais le champ politique dominant. En portant la promesse de l'exclusivité juive, cette idéologie ne se conçoit pas sans la violence — une violence d'État dont les Palestiniens sont les victimes fondamentales et dont les Israéliens, demain, seront les cibles collatérales. La loi, en Israël, émane-t-elle des citoyens, via des institutions représentatives, ou bien l'autorité est-elle (…)
- Magazine / Israël, Cisjordanie, Extrême droite, Occupation, Colonialisme
Autrefois délogé de la Knesset, le kahanisme, ce courant extrémiste religieux suprémaciste, irrigue désormais le champ politique dominant. En portant la promesse de l'exclusivité juive, cette idéologie ne se conçoit pas sans la violence — une violence d'État dont les Palestiniens sont les victimes fondamentales et dont les Israéliens, demain, seront les cibles collatérales.
La loi, en Israël, émane-t-elle des citoyens, via des institutions représentatives, ou bien l'autorité est-elle conçue comme divine, ethno-religieuse, au point que l'État et ses citoyens deviennent les instruments d'une volonté sacrée ? À mesure que cette fracture s'intensifie, elle se manifeste moins dans les textes juridiques que sur le terrain – en Cisjordanie d'abord –, là où se décide concrètement qui est protégé, qui est abandonné, et qui a le droit d'exercer la force.
Israël traverse une mutation idéologique et institutionnelle qui menace de transformer la nature même de sa souveraineté. Pendant des décennies, la religion a été une composante, certes centrale, mais partielle, de l'identité israélienne. Même au sein du sionisme religieux historique, une forme de responsabilité à l'égard de l'État (mamlakhtiyout) et de ses institutions maintenait une tension entre sacré et profane. Or, ces dernières années, cette vision recule au profit d'une autre logique : une souveraineté juive nationale-religieuse absolue, où l'égalité devant la loi, les droits humains et l'existence de mécanismes constitutionnels de limitation du pouvoir ne sont plus perçus comme des garanties démocratiques, mais comme des obstacles à la rédemption et à la pleine souveraineté juive. Dans ce cadre, la loi civile et les normes universelles cessent d'être des bornes : elles deviennent des obstacles à contourner, à neutraliser ou à corriger.
Ce basculement n'est pas propre à Israël. Il s'inscrit dans une vague mondiale de nationalismes religieux et de populismes identitaires qui fragilisent les démocraties libérales : droite chrétienne aux États-Unis, nationalismes chrétiens en Europe centrale, hindutva1 en Inde, nationalisme bouddhiste au Myanmar. En Israël, il prend une forme particulièrement explosive, car il s'associe à une politique expansionniste en Cisjordanie, où sont développées des pratiques de pouvoir et d'impunités qui gangrènent l'ensemble d'un système de double régime : l'un civil pour les colons israéliens, relevant du droit israélien, l'autre militaire pour les Palestiniens, soumis au droit militaire.
Pour comprendre la dynamique actuelle, il faut rappeler la trajectoire d'une partie du sionisme religieux : des rabbins Kook à nos jours, à travers les conséquences de la guerre de 1967.
Dans la pensée du rabbin Abraham Isaac Kook (Grïva [Lettonie] 1865-Jérusalem, 1935), le sionisme laïc était l'instrument historique, parfois inconscient, d'un processus rédempteur : le profane précédait le sacré, l'État pouvait être imparfait sans être illégitime. Son fils, le rabbin Zvi Yehuda Kook, transforma cette vision en programme politico-messianique plus explicite après 1967 : revendication de la « terre d'Israël » intégrale – c'est-à-dire de toute la Palestine historique –, sacralisation de l'armée et de l'État, centralité de la colonisation comme accomplissement. Mais cette sacralisation était l'objet d'une tension interne : que devient un État sacré lorsqu'il signe des retraits, négocie des compromis, ou limite l'expansion territoriale ?
À partir des années 1980 et surtout de ce qu'il a perçu comme des chocs successifs – le retrait du Sinaï en 1982, les accords d'Oslo de 1993, le retrait du Sud-Liban en 2000, le désengagement de l'armée et la fin des colonies à Gaza en 2005 –, une partie du camp religieux-national glisse de l'idée d'État imparfait mais légitime vers une défiance radicale envers la logique démocratique elle-même. Lorsque la majorité gouvernementale peut décider d'un compromis territorial, certains en concluent que le problème ne concerne plus une certaine politique, mais le principe même de souveraineté civique. Dès lors, l'État de droit devient un champ de bataille : non un cadre à habiter, mais une structure à subordonner, à conquérir ou à remplacer.
C'est ce terreau qui a permis à l'idéologie kahaniste de s'implanter dans les institutions de l'État d'Israël, non comme une déviation accidentelle, mais comme une continuité aiguë, cohérente et parfois plus visible, de cette logique. Le kahanisme, d'après le nom de son fondateur, le rabbin Meir Kahane (1932 1990), est fondé sur l'idée qu'un État juif authentique ne peut tolérer une égalité civique pleine avec des non-juifs et que les normes universelles sont des importations menaçant la souveraineté juive. Cette négation de l'égalité civique est souvent présentée comme une position marginale ou extrême, mais, dans les faits, elle s'inscrit dans une continuité plus large du système politique israélien et a trouvé une consécration juridique dans la Loi fondamentale de 2018, dite « Israël, État-nation du peuple juif ». Dans la logique kahaniste, l'expulsion, la marginalisation systématique, la coercition et l'usage de la violence ne sont pas des dérives, mais des outils légitimes de rédemption nationale.
Historiquement, l'establishment israélien a reconnu la charge subversive de cette idéologie. Dans les années 1980, Meir Kahane fut boycotté à la Knesset et empêché de se présenter à nouveau en raison du caractère raciste de son programme. Après le massacre de 1994 perpétré à Hébron par Baruch Goldstein – issu de ce milieu idéologique –, le mouvement – incarné par le parti Kach – fut interdit en Israël. Autrement dit : le kahanisme fut longtemps identifié comme un tabou et une menace par le régime.
Un tabou politique ne disparaît pas du jour au lendemain. Il s'érode. Or le kahanisme ne s'est pas émoussé, c'est le système qui s'est déplacé vers lui. Et le kahanisme a pu pénétrer le courant dominant par deux affluents.
Le premier est politique. Alliances électorales, fusions de listes, accords et stratégies de « bloc » ont progressivement normalisé des forces kahanistes en les faisant passer du statut d'infréquentables à celui de partenaires indispensables. La banalisation n'est pas qu'arithmétique : elle redessine la frontière du dicible et du faisable. Lorsqu'Itamar Ben Gvir, un acteur naguère perçu comme extrémiste, devient un ministre central, l'écosystème institutionnel apprend à traiter son idéologie comme une opinion parmi d'autres – alors qu'elle porte un projet de transformation des règles du jeu.
Le second affluent est culturel et religieux. La normalisation passe par des gestes symboliques : reconnaissance publique, invitations, cérémonies, légitimités académiques ou religieuses. Ainsi, l'attribution en 2019 d'un prix d'étude de la Torah au rabbin Itshak Ginsburgh illustre cette logique de légitimation. Considéré comme une figure centrale du courant messianique proche des courants kahanistes, il est souvent présenté comme une autorité spirituelle de référence pour des groupes de jeunes colons impliqués dans des violences et des attaques contre des Palestiniens en Cisjordanie. La cérémonie a eu lieu en présence du ministre de l'éducation de l'époque et ancien grand-rabbin militaire Rafi Peretz, ainsi que du député Bezalel Smotrich.
Cet événement culturel rabbinique en apparence marginal constitue en réalité un moment symbolique de grande portée dans le processus de normalisation de l'extrémisme kahaniste. Quand une figure radicale est présentée comme une déclinaison du monde de la Torah – soit l'ensemble des milieux religieux, y compris leurs institutions, autorités rabbiniques, réseaux éducatifs et publics, qui se définissent par une centralité de l'étude de la Torah et par une légitimité interne reconnue – plutôt qu'en rupture avec celui-ci, le message envoyé à la base militante est décisif : la frontière morale s'efface, l'autorisation implicite s'élargit. Dans les deux cas, le résultat est identique : le suprémacisme cesse d'être stigmatisé, il devient un langage possible – et, sur le terrain, un permis d'agir.
La forme la plus visible de cette souveraineté sacrée apparaît dans le façonnage concret de l'espace en Cisjordanie, où s'est imposé un double régime : droits, protections et infrastructures pour les colons ; régime militaire, restrictions, absence de droits politiques, et vulnérabilité structurelle pour les Palestiniens. Quand deux régimes coexistent dans un même espace et que l'un domine l'autre, la violence cesse d'être exceptionnelle : elle est un outil de gouvernance.
La violence des colons fonctionne comme un mécanisme de transformation territoriale : intimidations, attaques, incendies, destructions, vols, blocages d'accès, présence armée, et parfois usage direct ou indirect de structures liées à l'État. Le mécanisme est bien connu : un avant-poste apparaît ; le harcèlement quotidien commence ; l'accès à l'eau, aux pâturages ou aux vergers devient dangereux ; les familles cessent d'envoyer les enfants aux champs ; les moyens de subsistance s'effondrent ; puis le départ est présenté comme un choix ou comme une migration. En réalité, il s'agit le plus souvent d'expulsions par l'usure : il suffit de rendre la vie impossible pour que la géographie humaine se modifie.
Dans cette dynamique, la saison de la récolte des olives constitue un révélateur : c'est un moment où la présence palestinienne dans l'espace rural devient visible, organisée, familiale – donc symboliquement et matériellement vulnérable. Lorsque l'accès aux vergers est empêché, les cueilleurs, menacés, les arbres, brûlés, les récoltes, volées, c'est le lien social qui est attaqué, une mémoire, une continuité qui sont visées. Détruire ou rendre impraticable la récolte, c'est fragiliser le tissu économique et culturel qui attache une communauté à sa terre. Les conséquences sont durables : moins de revenus, moins de stabilité, davantage d'endettement, plus de pression migratoire, et une sensation que l'avenir s'est fermé.
Dans cette logique, la violence n'est pas un bruit autour de la politique : elle est la politique. Elle produit des faits accomplis, puis des justifications : la terre n'est plus cultivée, le village se vide, l'avant-poste devient permanent, et ce qui fut imposé par la force finit par apparaître comme naturel.
Si l'objectif est une suprématie ethno-religieuse, le droit constitue un obstacle majeur : il porte la promesse d'une égalité de principe, et il maintient l'idée que la puissance doit rendre des comptes. Réduire le contrôle judiciaire, affaiblir les mécanismes d'application de la loi, neutraliser les contre-pouvoirs sont une condition du projet.
L'occupation a longtemps fourni un modèle : gouverner durablement une population sans droits politiques pleins, sous un régime où l'exception devient la norme. Et ce modèle est reproductible : si la loi devient un outil et non un principe en Cisjordanie, il est plus facile de traiter de la même façon d'autres groupes perçus comme non loyaux à l'intérieur d'Israël. La violence politique, une fois normalisée, finira par être mobilisée contre des journalistes, des militants, des opposants, voire contre des institutions elles-mêmes.
Le problème est aussi structurel : un État qui remplace la citoyenneté par la loyauté idéologique, qui banalise une théologie de la suprématie, et qui laisse la violence devenir un langage de gouvernance sape ses propres fondations. La population palestinienne paie le prix direct : expulsions, peur, pertes économiques, rupture de la continuité sociale. En parallèle, cette logique de domination, qui fonctionne comme un dispositif de pouvoir, peut s'étendre aux « ennemis de l'intérieur » : démantèlement des contre-pouvoirs, polarisation interne, fuite des compétences, érosion de la confiance, fragilisation stratégique.
Le kahanisme, lorsqu'il devient une force institutionnelle, propose une transformation du régime. Et c'est précisément ce qui rend la violence des colons si centrale : elle n'est pas un excès périphérique, elle est l'expression pratique d'une souveraineté qui se fabrique par la force, sur le terrain, contre l'idée même d'égalité et d'universalité.
La question posée à Israël n'est donc pas seulement de « gagner » contre des ennemis extérieurs, mais de savoir si l'État peut encore empêcher l'idéologie de supériorité et les pratiques de domination de devenir son cœur fonctionnel. Quand l'épée est présentée comme instrument de rédemption, le passage de la puissance à l'effondrement peut être rapide : parce que la violence, une fois légitimée, n'obéit plus à des limites stables – et parce qu'un État qui gouverne par la peur finit toujours par se décomposer de l'intérieur.
1NDLR. Mouvement nationaliste hindoue qui considère l'identité religieuse hindoue comme inextricablement liée à l'identité nationale indienne.
03.03.2026 à 06:00
Armin Messager
Les médias dominants utilisent souvent l'expression « régime des mollahs » pour désigner le régime politique iranien. Cette périphrase simplifie à l'extrême un pouvoir bien plus ramifié. En réalité, le pouvoir de la République islamique n'est pas uniquement concentré entre les mains d'une partie du clergé, mais se répartit entre plusieurs institutions et acteurs, y compris non religieux. Au sommet de la pyramide, le bureau du Guide Jusqu'au 28 février 2026, le véritable centre (…)
- Va comprendre ! / Iran, Constitution, Gardiens de la révolution islamique d'Iran
Les médias dominants utilisent souvent l'expression « régime des mollahs1 » pour désigner le régime politique iranien. Cette périphrase simplifie à l'extrême un pouvoir bien plus ramifié. En réalité, le pouvoir de la République islamique n'est pas uniquement concentré entre les mains d'une partie du clergé, mais se répartit entre plusieurs institutions et acteurs, y compris non religieux.
Jusqu'au 28 février 2026, le véritable centre névralgique du pouvoir se trouvait au sein du bureau du Guide, Ali Khamenei. Il s'agissait d'un complexe vaste et opaque réunissant des centaines de conseillers : de hauts clercs religieux, des responsables militaires et du renseignement, d'anciens ministres et des proches du Guide. Au sein du bureau, un cercle restreint disposait d'un accès véritable au Guide. Ces membres agissaient comme des passeurs d'informations. Ils conseillaient Khamenei, influençaient ses décisions et assuraient la liaison avec les institutions chargées de mettre en œuvre ses orientations. Peu médiatisés, leur poids exact dans le processus décisionnel restait difficile à évaluer.
La plupart de ces figures étaient issues des rangs actifs de la Révolution et du premier cercle de fidèles de Khamenei, qui l'ont notamment soutenu lors de la mort de l'ayatollah Khomeini (1902–1989), en jouant un rôle central dans les luttes internes contre d'autres segments de l'appareil d'État.
Cet appareil décisionnel autonome pouvait court-circuiter le gouvernement et le Parlement grâce au contrôle d'institutions clés : le Conseil des gardiens de la constitution, l'appareil juridique, les renseignements, le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), les fondations parapubliques, la radio-télévision d'État, la haute bureaucratie et la police2. Il nommait les postes clés de ces réseaux regroupant plusieurs milliers d'individus.
À la suite de la mort d'Ali Khamenei, tué lors de frappes conjointes des États-Unis et d'Israël le 28 février 2026, la continuité du pouvoir suprême est assurée par le mécanisme constitutionnel prévu en cas de vacance. Les fonctions du Guide sont temporairement exercées par un conseil composé du président de la République, du chef du pouvoir judiciaire et d'un juriste religieux membre du Conseil des gardiens désigné par le Conseil de discernement. Cette direction collégiale assure la transition jusqu'à la désignation d'un nouveau Guide par l'Assemblée des experts.
Le président de la République est élu au suffrage universel, mais son autorité réelle est structurellement restreinte. Il n'exerce ses fonctions qu'à l'intérieur d'un périmètre balisé par le sommet du système politico-sécuritaire. Sa marge de manœuvre dépend moins de la légitimité que lui confère le vote populaire que de sa relation personnelle avec le Guide et des rapports de force entre tendances politiques : principalistes, réformateurs et pragmatiques3.
En pratique, le président assume une responsabilité politique majeure, notamment économique et sociale, mais sans disposer de leviers décisifs dans les secteurs stratégiques : défense, sécurité, nucléaire, politique internationale.
Le Parlement propose et vote des lois dans tous les domaines de la gouvernance. Celles-ci peuvent toutefois être rejetées par le Conseil des gardiens de la constitution, organe composé de religieux-juristes nommés par le Guide, chargé de contrôler la conformité des textes à la constitution, à leur interprétation de l'islam et aux principes de la Révolution. De même, les secteurs stratégiques échappent au contrôle direct des députés. Ainsi, des milliards de dollars sont engagés chaque année sans contrôle parlementaire effectif, comme c'est le cas du budget du CGRI4.
S'il y a bien une omniprésence d'un clergé salarié dans les universités, administrations et entreprises publiques suscitant un fort mécontentement au sein de la population — ces mollahs-fonctionnaires assurant une surveillance idéologique, morale et politique —, le pouvoir iranien repose avant tout sur des structures oligarchiques et militaro-sécuritaires organisées autour de logiques de patronage, de contrôle coercitif et d'intérêts économiques.
Le bureau du Guide et ses relais ont constitué l'un des principaux pôles oligarchiques, structurant la captation et la redistribution de la rente via ses fondations, monopoles et institutions clés. Ils coexistaient avec des oligarques commerciaux actifs dans les circuits de contournement des sanctions. L'ensemble de ce système est largement composé et protégé par les Gardiens de la révolution, armée idéologique en charge de la répression et de la défense de la République islamique.
L'expression « régime des mollahs » est donc réductrice et jette en outre un discrédit indistinct sur les acteurs religieux et les citoyens croyants, dont beaucoup ont subi la répression, connu l'exil ou exprimé une opposition claire au régime. On constate également la forte augmentation de l'usage de cette expression à partir de 2001, avec la « guerre contre le terrorisme », où l'islamisme devient la grille de lecture dominante des analyses, occultant les enjeux politiques plus complexes.
1Le mot mollah vient de l'arabe mawlān (« maître » ou « seigneur ») et est lié à la racine trilittérale w-l-y (wilāya, « autorité » ou « proximité »). Il désigne un religieux musulman chargé de l'enseignement coranique et de l'interprétation des textes sacrés.
2C'est à partir de 2021 que le contrôle de la haute bureaucratie et de la police par le bureau du Guide croît considérablement. Auparavant, les liens entre le gouvernement et ces institutions étaient plus forts
3Les principalistes défendent une ligne idéologique stricte, fidèle aux principes de 1979, les réformateurs cherchent à faire évoluer le système de l'intérieur vers plus d'ouverture politique, et les pragmatiques privilégient la stabilité et la gestion technocratique.
4Pour l'année budgétaire 1404 (se terminant en mars 2026), on estime qu'environ 30 % des exportations pétrolières iraniennes seraient allouées aux forces armées, dont près de 24 % pour le CGRI (soit 7,6 % des exportations totales). La répartition exacte reste cependant opaque en raison de l'influence des Gardiens sur des entreprises publiques, semi‑étatiques et réseaux parallèles de trafiquants, ainsi que de paiements en cryptomonnaies.
02.03.2026 à 06:00
Sarra Grira
Pour la deuxième fois en moins d'un an, Israël et les États-Unis attaquent l'Iran. Pour la deuxième fois, ils le font alors que des négociations étaient en cours en vue d'arriver à un accord entre Washington et Téhéran. « Dernière chance pour éviter le scénario de la guerre », répétaient ces derniers jours certains confrères, laissant penser qu'une guerre serait légitime en cas d'échec des pourparlers. Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou et le président étatsunien Donald Trump (…)
- Magazine / Iran, Israël, Oman, Nucléaire militaire, États-Unis, Gaza 2023-2025, Éditorial, Impérialisme
Pour la deuxième fois en moins d'un an, Israël et les États-Unis attaquent l'Iran. Pour la deuxième fois, ils le font alors que des négociations étaient en cours en vue d'arriver à un accord entre Washington et Téhéran. « Dernière chance pour éviter le scénario de la guerre », répétaient ces derniers jours certains confrères, laissant penser qu'une guerre serait légitime en cas d'échec des pourparlers. Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou et le président étatsunien Donald Trump n'auront même pas pris la peine d'attendre jusque-là.
Pourtant, la veille de ces offensives, le ministre omanais des affaires étrangères Badr Albusaidi, invité de l'émission « Face the Nation » sur la chaîne étatsunienne CBS News, se disait « confiant dans la manière dont les négociations se déroulent »1. Celui dont le pays assure la médiation entre la République islamique et les États-Unis assurait qu'un « accord de paix est à notre portée si l'on permet à la diplomatie d'y arriver ». Il évoquait alors les concessions historiques faites par l'Iran, notamment le renoncement définitif à la détention de matériel nucléaire pouvant servir à fabriquer une bombe — chose qui n'avait pas été acquise dans l'accord signé sous Barack Obama, en 2015 et que Trump avait unilatéralement abandonné. Cela n'a pas empêché Israël — qui n'est pas signataire du traité de non-prolifération et qui détient, quant à lui, effectivement, l'arme nucléaire — d'attaquer dès le lendemain. Quel message cela envoie-t-il, si ce n'est de dire que, à l'image du droit international, la diplomatie est, elle aussi, une voie sans issue ? Albusaidi, pourtant peu bavard et habituellement soucieux de l'image de neutralité que cultive son pays, s'est dit « consterné » par les bombardements contre l'Iran.
On le sait depuis la « guerre contre le terrorisme » de George W. Bush déclenchée en 2001, mais encore davantage depuis le génocide à Gaza : le droit international n'est même plus un principe dans lequel se drapent les puissances occidentales. Les réactions des chancelleries européennes face à l'agression israélo-étatsunienne ne sont pas d'ailleurs sans rappeler ce qu'il en est depuis le lendemain du 7 octobre 2023 : la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le président français Emmanuel Macron, s'affichent en professionnels de l'inversion accusatoire. L'une est prompte à condamner « les attaques injustifiées de l'Iran contre [nos] partenaires dans la région », sans un mot à l'adresse de Tel-Aviv et Washington ; l'autre somme le régime iranien « d'engager une négociation de bonne foi », dans une négation totale de tout ce qui se déroulait entre Mascate et Genève ces dernières semaines. « La guerre c'est la paix », proclamait Big Brother2. Comme pour Gaza aussi, de rares pays européens — les mêmes — ont parlé d'une voix courageuse et dissonante, à l'image de l'Espagne qui a condamné « l'usage de la force » par Israël et les États-Unis, ou la Norvège qui a critiqué le discours israélien parlant d'une « attaque préventive », alors qu'il n'y avait, rappelle Oslo, « aucune menace imminente » de la part de l'Iran.
Le nouvel ordre mondial qui s'implante depuis la guerre contre Gaza ne se limite pas au champ politique. Médiatiquement aussi, le cortège accompagne la propagande officielle, et les mêmes procédés sont à l'œuvre : remise en question du nombre de victimes iraniennes avec un « selon le régime iranien », qui rappelle le « selon le Hamas » ; tentatives de justification et d'inversion de la réalité quand une école pour filles est bombardée dans le sud du pays, faisant plus de 100 morts. Comme au moment du bombardement de l'hôpital Al-Ahli en octobre 2023 à Gaza, des chroniqueurs se transforment en experts militaires sur les plateaux de télévision pour expliquer que ce sont des missiles iraniens qui ont provoqué la tragédie. Comme pour Gaza, les mêmes chroniqueurs sont aux abonnés absents quand Israël bombarde des hôpitaux, comme les trois établissements ciblés à Téhéran. Sans doute nous dira-t-on bientôt qu'ils abritaient des membres des Gardiens de la révolution, comme ceux de Gaza abritaient ceux du Hamas. Nous devrons alors les croire sur parole, malgré tous leurs mensonges précédents, et tant pis, encore une fois, si le droit international interdit cela en toute circonstance.
Quel destin attend l'Iran ? Sera-t-il à son tour livré au chaos qui a accompagné toutes les tentatives de « changement de régime » dans la région ? Et quelles répercussions l'inconséquence israélo-étatsunienne aura-t-elle sur la région ? Sur X, Bernard-Henri Lévy, qui en sait quelque chose quand il s'agit de semer le chaos, ordonne de ne pas faire le parallèle avec l'invasion de l'Irak en mars 2003, car il n'est pas question ici pour Donald Trump et Benyamin Nétanyahou de « parachuter la démocratie » (sic !), mais de répondre aux appels à l'aide des Iraniens. Outre que nous pouvons, sans trop prendre de risque, douter que le bien-être des Iraniennes soit au cœur de l'entreprise israélo-étatsunienne, BHL a raison sur un point : ce qui se passe aujourd'hui n'est pas comparable à l'Irak 2003. Certes, les tentatives de recouvrir une opération impérialiste du vernis de la libération des femmes et de la démocratie — avec le succès que l'on connaît en Afghanistan — font encore florès chez une partie de la classe politique, notamment la droite pro-israélienne. Mais le subterfuge qu'avait été le recours au Conseil de sécurité des Nations unies, dont avait usé George W. Bush pour se donner une caution — même si c'est pour se passer de son accord —, est désormais superflu. Pourquoi s'encombrer de formalités quand on peut agir en toute impunité ?
Comme à chacune des interventions étatsuniennes dans la région, celle-ci ne peut porter aucune promesse de lendemains meilleurs pour la population iranienne. En Afghanistan, les talibans sont revenus au pouvoir. En Irak, le peuple paye, plus de deux décennies après le déclenchement de la guerre, un lourd tribut à la kleptocratie confessionnelle mis en place par Washington. Et, comme à chacune des opérations israéliennes, l'on sait que le seul souci de Tel-Aviv est de semer le chaos autour de lui pour s'assurer une hégémonie régionale, comme il continue à le faire au Liban et en Syrie, en dépit des tous les cessez-le-feu qu'il signe. Quant à ceux qui font de la haine du régime iranien, oppresseur et massacreur de son peuple, la grille de lecture exclusive des événements, il est bon de se rappeler que la mort d'un dictateur ne peut être réjouissante quand elle est l'œuvre d'un criminel de guerre inculpé par la Cour pénale internationale.
27.02.2026 à 06:00
Khalid Lyamlahy
Dans son dernier essai, La Mort est en train de changer, l'essayiste et romancière franco-libanaise interroge l'effondrement de l'humanité après la guerre génocidaire et explore les chemins possibles pour faire émerger un nouvel espoir. Pourquoi écrire en pleine guerre génocidaire à Gaza ? D'emblée, l'essayiste et romancière franco-libanaise Dominique Eddé donne un début de réponse : « Écrire pendant ce temps est une épreuve à la limite de l'obscénité. Ne pas écrire, alors qu'on peut (…)
- Lu, vu, entendu / Israël, Résistance, Essai , Génocide, Gaza 2023-2025
Dans son dernier essai, La Mort est en train de changer, l'essayiste et romancière franco-libanaise interroge l'effondrement de l'humanité après la guerre génocidaire et explore les chemins possibles pour faire émerger un nouvel espoir.
Pourquoi écrire en pleine guerre génocidaire à Gaza ? D'emblée, l'essayiste et romancière franco-libanaise Dominique Eddé donne un début de réponse : « Écrire pendant ce temps est une épreuve à la limite de l'obscénité. Ne pas écrire, alors qu'on peut donner du fil à retordre à la haine, est encore moins glorieux. Je vais donc essayer d'écrire. » La Mort est en train de changer réussit à réhabiliter la pensée comme quête de sens et mode de résistance. Si Gaza est le point de départ et d'articulation, l'ambition de l'autrice est plus large : saisir les ressorts de la défaite générale et esquisser des chemins d'éveil collectif.
Pour Eddé, l'interdiction de nommer le génocide à Gaza révèle un aveuglement indigne auquel elle oppose une lucidité politique ancrée dans la nécessité de reconnaître le mal historique infligé aux Palestiniens : « Israël est un État qui n'a pas attendu Nétanyahou pour humilier, coloniser, déposséder le peuple palestinien. » En dix-huit chapitres, l'autrice s'emploie à déchiffrer cette réalité politique tout en dénonçant la complicité et l'hypocrisie des régimes arabes.
Partant de Gaza, « le point culminant de l'inconcevable accepté », l'essai a pour objectif majeur de « ramener la dimension mentale, la dimension psychique dans l'appréhension des conflits ». Il s'agit d'interroger un monde piégé dans une « lâcheté du raisonnement » qui sacrifie le sens de l'altérité. En s'appuyant sur l'exemple de Vladimir Jankélévitch, « blessé à vie par l'antisémitisme et le nazisme », mais signataire en 1982 d'une tribune dénonçant l'invasion israélienne du Liban1, Eddé appelle à « résister contre ceux qui prennent le temps en otage » et à pratiquer une pensée en mouvement, à la fois courageuse et inventive.
L'analyse d'Eddé investit d'abord le lien entre la sexualité et la guerre : « Le nœud psychotique du politique est sexuel et métaphysique, il tient à la capacité de l'être à payer le prix de la finitude, à consentir à la disparition, à l'adieu. » Ainsi, l'invasion du territoire perpétue souvent celle du corps. Estimant que les slogans illusoires des droits humains ont déresponsabilisé une humanité toujours livrée à ses instincts de destruction, Eddé nomme « perte de l'être » le processus de désintégration, à la fois individuel et collectif, qui autorise tous les crimes.
L'essai éclaire les conséquences dévastatrices de la politique israélienne qui, en programmant l'effacement de la Palestine, favorise la montée de l'antisémitisme à la faveur du « pire des amalgames dans l'esprit de ceux que l'on humilie, que l'on dresse ainsi contre soi ». Par ailleurs, le refus de comprendre la souffrance palestinienne en temps réel et le réveil survenu après l'irréparable trahissent une « mort clandestine de la conscience », comme si cette dernière avait besoin d'un « temps de récupération et d'absence ». Eddé appelle donc à réinscrire la pensée dans l'exigence et le temps long : « L'humanisme n'a de sens que s'il se fonde sur une conscience rigoureuse de l'histoire, de ses dettes accumulées. »
Ce souci d'historicisation n'empêche pas l'autrice de penser le présent, comme dans le chapitre consacré au « trumpisme ». Pour elle, le président étatsunien est à la fois le résultat et le raccourci d'un monde dissocié de la réalité, guidé seulement par la puissance de l'image et la logique de la toute-puissance et du court terme : « Il n'incarne pas l'accident, il en est le triomphant et charismatique survivant. Il est le peu qui reste de la langue une fois le langage écrasé. »
En écho au titre de l'essai, l'autrice examine notre rapport à la mort et la manière dont il a infiltré le langage et le temps : « De point final qu'elle était, la mort s'est muée en point-virgule, en virgule. Elle a perdu de son caractère implacable. » L'analyse de ce déplacement épistémique se prolonge avec le questionnement du besoin d'un dieu omniprésent dans le langage quotidien et sommé de pallier la défaite de la pensée dans le monde arabe. Néanmoins, un échange avec Imane, une brodeuse syrienne réfugiée au Liban et fidèle à sa religion, amène Eddé à revoir sa pensée : « Quand j'écrivais que Dieu est un recours permanent, une excuse, je passais à côté du dieu qui sauve, du dieu intime de la foi. » Grâce à la rencontre de l'autre, l'autrice mesure l'importance de la circulation de la parole, seul moyen de libérer le savoir.
Deux autres questions essentielles traversent l'essai : le rapport au temps et la tension entre l'individu et la communauté. Dénonçant la faillite des élites intellectuelles, mais saluant la liberté des jeunes générations, Eddé appelle à rompre avec cette « esthétique de l'intelligence » qui isole le savoir derrière une parole hermétique. Une relecture critique des écrits du philosophe et romancier Emil Cioran lui permet notamment de souligner le risque d'une essentialisation « du juif » et, plus généralement, de toute « vision indifférenciée d'une communauté au détriment de l'individu, qui contribue à l'antisémitisme d'un côté, à l'abus d'identité de l'autre ».
Eddé voit dans les manuscrits de Kafka, sauvegardés par Max Brod contre la volonté de l'auteur, un écho à cette Palestine destinée à survivre malgré les tentatives d'anéantissement. Pour Eddé, l'avenir passera par « une nouvelle conception de la citoyenneté », une utopie active débordant les normes religieuses et nationalistes. Dans ce contexte, la lutte antiraciste doit combattre les « différents visages, strates, mécanismes du racisme » en s'appuyant sur la narration partagée et le refus de « l'avilissement de la souffrance ».
Hanté par l'actualité, mais libre dans son cheminement, l'essai est le reflet d'une pensée en reconstruction. La fin prend la forme d'un journal qui suit les soubresauts de la guerre tout en continuant d'interroger l'effacement de l'Europe, le mépris du droit international, la « tyrannie des intérêts » ou encore le rôle des réseaux sociaux, devenus parfois « de formidables fournisseurs de contre-mensonges ».
Sans surprise, le rapport au langage hante la pensée de l'autrice. Car comment écrire aujourd'hui avec un « vocabulaire déshabité » ? Dans quelle mesure peut-on manier des mots au « potentiel criminel » ? Quelle place pour l'écriture et la pensée à l'âge de l'IA, cette « machine à calculer et à penser sans s'encombrer de l'être » ? Selon Eddé, il faut cultiver l'obsession de la vérité, lutter contre ses conflits intérieurs et reconnaître la beauté qui résiste à l'horreur. La seule écriture possible est celle qui travaille le texte dans le sens du vécu : « Je voudrais que mes nerfs malades participent à mes phrases de manière à les faire trembler comme je tremble. »
Il y a dans cet essai quelque chose de l'ordre de la mise à nu de soi et du monde, adossée à une ouverture lumineuse sur l'autre et sur l'avenir. Pour sortir de la crise, Eddé appelle à évacuer « la pression des non-dits » et à « troquer le miroir contre la fenêtre ». Ce double mouvement se décline tout au long de l'essai, notamment dans la critique simultanée des ravages du sionisme et de la « panne de pensée » dans des sociétés arabes qui souffrent encore de la perte de la présence juive.
Eddé écrit et pense en présence du monde, seule manière d'en saisir les blessures. Par-delà son Liban natal, qui revient régulièrement comme « laboratoire utile » à la pensée critique et « formidable poste d'observation » des maux de l'époque, l'essai est parsemé de voix et d'images qui éclairent ou prolongent « le vécu de la pensée » : le souvenir ému d'une marche au Yémen, la voix précieuse de Rami Abou Jamous, ou encore le visage obsédant d'une petite fille mourante. Pour creuser les sillons de sa pensée dialogique, Eddé convoque plusieurs figures littéraires et intellectuelles, dont les écrivains Marcel Proust, John Steinbeck, Fiodor Dostoïevski et Charlotte Delbo, l'islamologue Louis Massignon, la philosophe Anne Dufourmantelle et les historiens Sophie Bessis et Ilan Pappé.
Certes, quelques réflexions de l'autrice gagneraient à être nuancées ou complétées. Ainsi, l'attention portée à la dimension mentale et psychique ne doit pas occulter les agendas géopolitiques et économiques, notamment ceux du président Trump. Par ailleurs, plusieurs travaux, comme ceux de l'historien Todd Shepard sur la décolonisation et la révolution sexuelle en France2, montrent que le sexuel est loin d'être « quasi absent dans l'écriture de l'histoire ». Enfin, l'idée que les sociétés arabes auraient en commun « une même addiction à la fatalité » et « au transfert des responsabilités » ne peut que freiner l'élan de pensée actif et responsable que l'autrice appelle de ses vœux.
L'essai de Dominique Eddé n'en demeure pas moins original et bouleversant, surtout dans sa manière implacable de soumettre les failles du monde, du langage et de l'autrice elle-même à un considérable effort d'analyse et de compréhension, loin des discours convenus. En s'acharnant à parler « de personne à personne », Eddé nous révèle ce que peut la pensée exigeante et sincère en ces temps de faillite morale.
1« Des intellectuels juifs français dénoncent la politique de Jérusalem », Le Monde, 17 juin 1982.
2Voir Todd Shepard, Mâle décolonisation. L'homme arabe et la France, de l'indépendance algérienne à la révolution iranienne, (Payot & Rivages, 2024) et Sex, France, and Arab Men, 1962–1979 (University of Chicago Press, 2021, non traduit).
27.02.2026 à 06:00
Rami Abou Jamous
Rami Abou Jamous écrit son journal pour Orient XXI. Fondateur de GazaPress, un bureau qui fournissait aide et traduction aux journalistes occidentaux, il a dû quitter en octobre 2023 son appartement de Gaza-ville avec sa femme Sabah, les enfants de celle-ci, et leur fils Walid, trois ans, sous la menace de l'armée israélienne. Ils se sont réfugiés à Rafah, ensuite à Deir El-Balah et plus tard à Nusseirat. Après un nouveau déplacement suite à la rupture du cessez-le-feu par Israël le 18 mars (…)
- Dossiers et séries / Israël, Palestine, Bande de Gaza, Témoignage , Focus, Gaza 2023-2025
Rami Abou Jamous écrit son journal pour Orient XXI. Fondateur de GazaPress, un bureau qui fournissait aide et traduction aux journalistes occidentaux, il a dû quitter en octobre 2023 son appartement de Gaza-ville avec sa femme Sabah, les enfants de celle-ci, et leur fils Walid, trois ans, sous la menace de l'armée israélienne. Ils se sont réfugiés à Rafah, ensuite à Deir El-Balah et plus tard à Nusseirat. Après un nouveau déplacement suite à la rupture du cessez-le-feu par Israël le 18 mars 2025, Rami est rentré chez lui avec sa famille le 9 octobre 2025.
Jeudi 26 février 2026.
Aujourd'hui, c'est le neuvième jour du ramadan. Et le troisième ramadan de guerre. C'est un peu différent des deux précédents.
Le ramadan est un mois sacré pour les musulmans. C'est aussi un mois de rassemblement familial. Un mois spirituel et un mois social, de joie, où tout le monde se rend visite. On le prépare deux semaines à l'avance. Chaque maison est décorée de ces lampes spéciales, qu'on appelle les fawaniss. Il s'agit de lampions à l'ancienne, faits de papiers colorés et sur lesquels il est écrit « joyeux ramadan », et d'autres messages du genre. On les voit partout, dans les rues, sur les marchés, dans les maisons.
Mais avec le prétendu cessez-le-feu, nous sommes maintenant dans une non-guerre/non-paix, mais surtout dans la non-vie. Cette fois encore, comme lors des deux précédents ramadans, on ne voit pas beaucoup de fawaniss. En revanche, cette année, on trouve presque de tout sur les marchés et dans les rayons des épiceries. Malheureusement, c'est loin d'être à la portée de tout le monde, parce qu'Israël ne laisse entrer que des importateurs du secteur privé. Les denrées sont moins chères qu'au pic de la guerre, mais toujours trop chères pour la plupart des Gazaouis. Toute cette nourriture s'étale sous leurs yeux, sans qu'ils aient les moyens de se l'offrir.
Pendant les autres ramadans, on souffrait de malnutrition, voire de famine. Ceux qui avaient les moyens et ceux qui ne les avaient pas mangeaient la même chose, un peu de riz ou un peu de lentilles. Cette fois, ceux qui ont de l'argent mangent bien et ceux qui n'en ont pas font toujours la queue devant les tekiya, les cuisines communautaires.
Ce ramadan est aussi d'une grande tristesse. Une tristesse plus forte que les années précédentes parce que nous avons le temps de la ressentir. Jusqu'ici, nous étions tous emportés dans ce mixeur, dans cette tornade qui tournait à toute vitesse, et dont étaient régulièrement éjectés ceux qui étaient tués par les Israéliens. Aujourd'hui, le mixeur tourne encore, mais moins vite. Les gens commencent à ressentir la tristesse, la douleur, les cœurs brisés.
Un petit exemple : d'habitude, quand arrive le ramadan, Sabah, mon épouse, prépare les décorations, à l'intérieur comme à l'extérieur de la maison. Elle fait le tour du marché pour acheter les fawaniss. Mais elle a perdu trop de parents — son père, même s'il n'est pas mort directement dans un bombardement, des oncles, des cousins, des neveux. La mort de son frère Mohammed, le 2 décembre 2025, a achevé de lui briser le cœur. D'habitude, je ne suis pas vraiment porté sur les décorations, je considère le ramadan plutôt comme un événement spirituel et familial. Mais c'est la tradition, et je la respectais autant que possible. J'aurais pu, cette année, trouver des lampes à accrocher, mais je n'ai même pas osé en parler à Sabah. Je savais que le temps n'était pas encore venu pour les lumières.
Ce ramadan ravive pour elle le souvenir des visites de sa famille, selon l'usage qui veut que la famille de l'épouse lui rende visite dans la maison qu'elle partage avec son mari. Elle se rappelle son papa qui venait avec ses frères, apportant cadeaux et gâteaux. Elle était toujours fière de ces visites, comme toutes les femmes mariées qui attendent ce moment de réunion. Cette année, ses frères survivants sont venus, mais le poids des absents se faisait sentir. Encore Sabah a-t-elle pu recevoir ses frères : ce n'est plus le cas pour la majorité de la population.
Les relations sociales se sont brisées à cause de la pauvreté, de la misère et des déplacements forcés. Les familles ne sont plus regroupées, comme avant, dans un même immeuble, où chaque homme marié avait son étage. Maintenant, les gens sont dispersés sous des tentes de fortune, souvent dans différentes villes. Et ils n'ont pas d'argent pour se payer un transport.
Les pères de famille sont les premiers à souffrir de ce sentiment d'impuissance, incapables de satisfaire les besoins de leurs fils et de leurs filles, privés de leurs petits-enfants. Je connais des gens qui n'arrivent même pas à téléphoner à leurs enfants, car ils ne veulent pas avoir à leur promettre de « venir dans quelques jours pour le ramadan » en sachant bien que c'est impossible, ou qu'ils n'auront pas les moyens d'apporter des cadeaux et des gâteaux.
Un des événements sociaux les plus importants du ramadan, c'est bien sûr l'iftar, le repas de rupture du jeûne, au moment du coucher du soleil. On se lance des invitations, la belle-famille invite la famille ou l'inverse, les frères invitent les sœurs et réciproquement, et tout le monde invite ses voisins. Aujourd'hui, malheureusement, ce n'est plus le cas. Les Gazaouis attendent devant les tekiyas pour recevoir un peu de riz avec, s'ils ont de la chance, du poulet, du veau ou autre chose. Comment pourraient-ils inviter leur famille à un iftar ? Nous avons perdu cette tradition qui se transmettait de père en fils depuis des siècles. Aujourd'hui, le tissu social s'est défait, il ne reste que la famille nucléaire, même s'il y a quelques tentatives de regroupement de la famille élargie.
Le pire, ce sont ces images que l'on voit sur les réseaux sociaux, ces grandes tablées d'iftar où tout le monde est servi, financées par des bienfaiteurs privés ou des associations. C'est que ces tablées ne rassemblent qu'une partie infime des Gazaouis. Pour quelques centaines d'invités, il y a des centaines de milliers qui regardent ces dîners sans y avoir accès. Bien sûr, ces associations sont pleines de bonne volonté, mais la conséquence est terrible pour ceux qui sont laissés de côté. Et la douleur est la même quand les gens voient sur les marchés des denrées et des cadeaux qu'ils ne peuvent pas offrir à leurs enfants.
Au niveau spirituel, là aussi, ce n'est plus du tout comme avant. Les mosquées étaient pleines de fidèles, surtout pendant la nuit, pour la prière de tarawih1. Les gens passaient entre une heure et une heure et demie à la mosquée, à prier et à écouter des prêches. Mais 90 % des mosquées sont désormais détruites. Sur leurs emplacements, le Hamas a érigé des mosquées de fortune sous des bâches. Mais les gens savent que la guerre n'est pas finie, et ils craignent que les Israéliens prétextent la présence d'un membre du Hamas dans ces assemblées pour les bombarder.
Malgré le prétendu cessez-le-feu, les Gazaouis savent que les Israéliens peuvent frapper où ils veulent et quand ils veulent. Ce sentiment d'insécurité influence leur attitude durant le ramadan, que ce soit envers la pratique spirituelle, la famille ou la société. Quand on était bombardés vingt-quatre heures sur vingt-quatre, Sabah ne sentait pas la perte de son père, parce que l'adrénaline était très élevée, et la peur était toujours là ; parce qu'on était occupés à se déplacer d'un endroit à l'autre.
Aujourd'hui que nous pouvons souffler un peu, les blessures et les plaies sont en train de s'ouvrir. C'est le cas pour Sabah et pour des dizaines de milliers de personnes, surtout ceux qui ont perdu la totalité de leur famille, et dont les parents sont, souvent, toujours enfouis sous les décombres. Une psychologue que j'ai interviewée m'a raconté que des personnes allaient sur ces lieux pour parler à leurs morts enterrés sous des tonnes de gravats. Elle m'a dit que, pendant ce ramadan, de plus en plus de gens vont observer cette nouvelle coutume. Et que des Gazaouis vont même faire leurs maigres iftar sur les ruines de ces maisons détruites, pour dire aux disparus : on est en train de manger ensemble, on va bientôt vous sortir de là et vous donner une sépulture digne. Ils parlent aux morts, au vide, à des maisons détruites. Nous sommes toujours sous le choc, traumatisés par cette guerre qui n'est pas terminée.
Voilà le « sociocide ». Notre sentiment en tant que survivants se mêle à la tristesse, à la peur, à l'insécurité, à l'incertitude, à l'instabilité. Ces problèmes psychologiques, que nous avons tous, apparaissent clairement pendant ce ramadan. Tout a changé à Gaza. Mais j'espère que ce sera le dernier ramadan de souffrance. Que pour le prochain, il y aura un vrai cessez-le-feu et une meilleure vie pour les Palestiniens, surtout à Gaza, avec la libération de la Palestine à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, avec la présence des Palestiniens que les Israéliens veulent déporter pour prendre leur place, dans les territoires occupés.
Peut-être qu'il y a un peu plus de joie en Cisjordanie à l'occasion du ramadan. Mais là-bas, les villages sont attaqués tous les jours par les colons, les mosquées sont brûlées dans une impunité totale, et sous la protection de l'armée d'occupation. Si le projet de déportation fonctionne à Gaza, il fonctionnera aussi en Cisjordanie. Les Israéliens et leurs soutiens disent qu'Israël « a le droit de se défendre ». Mais il a surtout, à leurs yeux, le droit de s'étendre. Et pour s'étendre, il faut expulser la population palestinienne. Cela commence par Gaza et la Cisjordanie, puis ce sera le tour des Palestiniens de 48, c'est-à-dire les Palestiniens citoyens d'Israël. Eux aussi seront expulsés, pour qu'il ne reste que les Israéliens de confession juive en Palestine.
Benyamin Nétanyahou et ses ministres l'ont dit clairement. Même l'ambassadeur américain a parlé du « Grand Israël » qui pourrait englober tout ou une partie de l'Égypte, du Liban, de la Syrie, de l'Arabie saoudite et de l'Irak. Mais le monde ferme les yeux.
J'espère néanmoins que tous ces projets coloniaux de déportation vont tomber à l'eau, que les Palestiniens résisteront et resteront toujours sur leurs terres, et que la Palestine sera libre.
1NDLR. Prières surérogatoires accomplies par les fidèles chaque soir pendant tout le mois du ramadan.
26.01.2026 à 06:00
Sylvain Cypel
Longtemps, Téhéran a été le grand allié de Tel-Aviv dans la région. Avec les crises à répétition qui fragilisent le régime d'Ali Khamenei, le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou oscille entre « changement de régime » et tentation du chaos, sous l'œil attentif de Washington qui dépêche une armada dans la région. Et il mise – sans trop d'illusions – sur Reza Pahlavi, le fils du dernier Chah. « Mais que faisait donc Reza Pahlavi en Israël ? », s'interrogeait, au printemps 2023, (…)
- Magazine / Iran, Israël, Géopolitique, États-Unis, Guerre Israël-Iran 2025
Longtemps, Téhéran a été le grand allié de Tel-Aviv dans la région. Avec les crises à répétition qui fragilisent le régime d'Ali Khamenei, le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou oscille entre « changement de régime » et tentation du chaos, sous l'œil attentif de Washington qui dépêche une armada dans la région. Et il mise – sans trop d'illusions – sur Reza Pahlavi, le fils du dernier Chah.
« Mais que faisait donc Reza Pahlavi en Israël ? », s'interrogeait, au printemps 2023, l'historien irano-étatsunien Arash Azizi1. Lors d'une tournée en Europe, le fils en exil du défunt chah d'Iran passait quatre jours en Israël. Il y visitait le musée de la Shoah, passage obligé de tout hôte étranger, mais allait aussi prier au mur des Lamentations, à Jérusalem. Il y rencontrait le président de l'État et son premier ministre, Benyamin Nétanyahou, ainsi que plusieurs ministres — en particulier celui du renseignement. Tous lui donnaient du « Son Altesse Impériale ». À aucun moment, Pahlavi n'a prononcé le mot « palestinien ». Voilà qui ne pouvait que plaire à ses interlocuteurs.
S'il est un pays où l'on a aimé l'Iran, c'est bien Israël. Longtemps, les deux États ont filé le parfait amour. Pour David Ben Gourion (1886-1973), le fondateur de l'État d'Israël, l'ennemi principal, c'était les États arabes sunnites — surtout les nationalistes anticolonialistes. Contre eux, il fallait chercher à bâtir dans la région des alliances avec ceux qui le voudraient, États ou minorités ethniques ou religieuses, et préserver avec les autres les meilleures relations possibles. Dès les années 1950, l'alliance d'Israël avec la monarchie iranienne a été la plus importante de toutes ses alliances régionales. Elle n'a connu ses premières difficultés qu'en 1975 lorsque le monarque iranien Mohammed Reza Pahlavi et le baasiste Saddam Hussein, alors vice-président de l'Irak, mirent fin à un long litige sur le tracé des frontières du Chatt El-Arab2. La confiance s'était alors un peu érodée entre Tel-Aviv et Téhéran, mais le Chah restait un allié considérable, fournissant notamment du pétrole par l'oléoduc à travers Eilat, dans le sud d'Israël.
La révolution de 1979 et l'instauration de la République islamique en Iran bouleversèrent la donne. Pour Israël, l'Iran ne pouvait plus être perçu comme un allié fiable. Pour autant, pendant deux décennies, cela ne modifia pas les fondements de la vision israélienne quant à son environnement régional. Ainsi les services spéciaux israéliens allaient se fourvoyer dans l'Irangate, cette aide militaire étatsunienne secrète qui contournait les décisions étatsuniennes officielles d'embargo sur les armes dans la guerre Iran-Irak (1980-1988), qui faisait rage. En réalité, Washington livrait des armes à Bagdad. Et bientôt, elle en fournissait indirectement aussi à l'Iran. Israël prit sa part dans cette entreprise. Ezer Weizman, ex-chef de l'armée de l'air israélienne et futur président d'Israël (1993-2000), s'enrichit gentiment dans ces trafics. Ces relations irano-israéliennes entre chien et chat se sont maintenues jusqu'à la fin du siècle dernier. Israël était perçu par les dirigeants iraniens comme un ennemi, mais pas vraiment prioritaire. À la fin de la décennie 1990, les délicieuses pistaches iraniennes arrivaient encore, via Chypre, sur les marchés israéliens. De mauvaises langues assuraient que le fournisseur masqué n'était autre que l'ayatollah Hachemi Rafsandjani, premier producteur de pistaches en Iran, grand propriétaire terrien et président de l'Iran de 1989 à 1997.
Le grand bouleversement dans la relation israélo-iranienne intervint avec la montée en puissance de la fraction néoconservatrice du parti républicain aux États-Unis, dans cette même décennie 1990. Celle-ci avait, dès le début, considéré que l'Iran était devenu le cœur de tous les maux au Proche-Orient. Elle était également la plus active pour appeler à venger l'humiliation subie par Washington dans l'affaire des otages de l'ambassade étatsunienne en Iran, au lendemain de la révolution islamique. Après le 11 septembre 2001 et la création par l'équipe du président George W. Bush du concept de l'« axe du mal », formé de l'Irak, de l'Iran et de la Corée du Nord, Téhéran entrait, aux yeux des Étatsuniens, dans la catégorie des États « terroristes ». Depuis, Benyamin Nétanyahou, lui-même néoconservateur acharné, a transféré l'incarnation du mal aux yeux des Israéliens des nationalistes arabes vers la République islamique iranienne. Et il a entrepris de se rapprocher de ses adversaires en exil, surtout ceux restés fidèles à l'ex-monarchie Pahlavi.
Quatre jours avant le 7 octobre 2023, le journal israélien Haaretz et sa filiale économique The Marker publiaient une enquête très fournie sur une opération menée conjointement par le gouvernement israélien, des financiers étatsuniens et l'entourage de Reza Pahlavi3. Il en ressortait qu'une « opération d'influence numérique » de grande envergure avait été lancée pour réinstaller Reza Pahlavi comme chah d'Iran le moment venu. Celle-ci était « menée depuis Israël et financée par une entité privée bénéficiant de subventions publiques ». Une Israélienne y jouait un rôle clé : Gila Gamliel-Demri, alors députée du Likoud et aujourd'hui ministre des sciences et de la technologie, et qui a aussi été, précédemment, ministre du renseignement. Cette campagne, indique l'enquête soutenue par le laboratoire interdisciplinaire canadien Citizen Lab, a mis au jour « des centaines de faux comptes présumés » sur X faisant la promotion de Pahlavi, partageant des messages et utilisant des hashtags tels que #KingRezaPahlavi. Gila Gamliel-Demri est aujourd'hui « l'interlocutrice israélienne privilégiée de Reza Pahlavi », écrivent les enquêteurs. Plus largement, les liquidations ces dernières années sur le territoire iranien de hauts dirigeants militaires et scientifiques, celles, spectaculaires, d'alliés proches du Hezbollah ou du Hamas et enfin les frappes contre les sites nucléaires iraniens en 2024-2025 (lesquelles n'ont visiblement pas eu les résultats qu'Israël leur avait initialement attribués), ont montré combien Israël disposait d'informations de première main provenant de l'intérieur même de l'Iran.
La plupart des spécialistes israéliens de l'Iran sont toutefois circonspects. Ils jugent que Reza Pahlavi, parti aux États-Unis à 18 ans un an avant la chute de son père, est resté très loin de son pays depuis bientôt un demi-siècle. Ils doutent qu'il soit capable de rallier un soutien significatif dans la population iranienne. Mais à défaut d'autre partenaire fiable en Iran, c'est bien lui qui, aujourd'hui, émerge en Israël comme son interlocuteur privilégié pour diriger un régime « post-mollahs ». Est-ce aussi l'avis de Trump ?
Jusqu'ici, il s'est plusieurs fois abstenu de manifester son soutien à Reza Pahlavi. Mais celui-ci est bien le chouchou des néoconservateurs à Washington. Et il existe une importante communauté iranienne pro-royaliste aux États-Unis qui, comme en France, a pris le parti d'Israël depuis le début de la guerre à Gaza, invoquant le soutien du régime iranien au Hamas.
Dans un entretien donné à Fox News le 15 juin 2025, en pleine phase de bombardements israélo-étatsuniens sur les sites nucléaires iraniens, Benyamin Nétanyahou a expliqué son soutien à un « changement de régime » en Iran. Le gouvernement de Téhéran, jugeait-il, est « très faible », et si l'occasion se présentait « 80 % de la population chasseraient ces voyous théologiques ». Évoquant les attaques israéliennes en cours, il n'excluait pas leur possible élargissement au QG des Gardiens de la révolution, à celui de la police et à la télévision d'État.
Le journal The Guardian rapportait la réaction de « militants pro-démocratie à Téhéran », disant qu'« une guerre israélienne ne leur serait d'aucune utilité ». À leurs yeux, Israël considère la destruction du régime « comme une fin en soi, sans aucun intérêt pour l'avenir de l'Iran au-delà de l'affaiblissement et de la déstabilisation d'un rival régional »4. De fait, à l'été 2025, même à Washington, l'enthousiasme de Nétanyahou pour un changement de régime suscitait déjà « un certain scepticisme », indiquait le journal britannique. C'était il y a sept mois, et, sur ce point, il semble que le scepticisme de Donald Trump se soit accru.
D'où les divergences que l'on constate ponctuellement entre Trump et Nétanyahou sur le sujet iranien. Depuis le 2 janvier 2026, où le président étatsunien a déclaré que les États-Unis sont prêts à intervenir — « Continuez à protester, l'aide arrive »,5 lançait-il aux Iraniens — jusqu'à ses récents propos moins belliqueux, Israël tente de s'adapter à ses volte-faces successives. Aux dernières nouvelles, le président étatsunien aurait accepté les promesses iraniennes de renoncer aux exécutions publiques de manifestants, et aussi résisté aux pressions de la partie de son entourage qui soutient publiquement Pahlavi. Le 14 janvier, dans un entretien à Reuters, il déclarait : « Nous n'en sommes pas encore là, nous examinons beaucoup de choses. » Il ajoutait ne pas être sur la longueur d'onde des « impatients » d'entrer en guerre contre l'Iran.
On peut légitimement penser que Trump, ce faisant, ne prend pas seulement en considération sa base MAGA (Make America great again), qui rejette les guerres étatsuniennes « inutiles ». Il espère aussi que sa théorie fondamentale — l'idée que la menace outrancière est plus efficace et moins coûteuse que l'action et les risques qu'elle inclut — s'appliquera à l'Iran. Et que Nétanyahou doit s'adapter. Ainsi, le 12 janvier dernier, alors que la presse étatsunienne évoquait de proches attaques contre l'Iran, Karoline Leavitt, porte-parole de la Maison Blanche, affirmait : « La diplomatie restait la première option pour le président. » Le lendemain, Téhéran s'annonçait « disposé à reprendre le dialogue » avec l'administration étatsunienne, et indiquait que « des canaux s'étaient ouverts » entre Abbas Araghchi, son chef de la diplomatie, et le missi dominici de Trump, Steve Witkoff. Très clairement, Trump mène sa politique iranienne sans trop se préoccuper des positions profondes de Nétanyahou.
C'est que, sur le fond, États-Unis et Israël ne portent pas le même regard sur l'Iran. Trump y pense prioritairement en termes économiques internationaux, face à la Chine, qui l'obnubile. Nétanyahou, lui, porte d'abord un regard politique régional. Il ne cherche pas particulièrement d'accord avec l'Iran et il ne tient certainement pas à un Iran rétabli retrouvant une place de premier plan dans la région. À défaut d'un improbable régime royaliste qui restaurerait son lien lointain avec Israël, il privilégie un Iran affaibli et en proie au chaos.
Dès lors, à la conférence du Conseil israélien américain (Israeli American Council, IAC), tenue à Miami les 15, 16 et 17 janvier, et à laquelle Nétanyahou avait envoyé David Barnéa, son directeur du Mossad, Witkoff a mis les points sur le « i » : « J'espère qu'une solution diplomatique sera trouvée. Vraiment. » Il y affirmait qu'un accord diplomatique avec l'Iran devrait résoudre quatre enjeux : « Un, l'enrichissement nucléaire ; deux, les missiles balistiques [réduire leur arsenal] ; trois, le matériel nucléaire dont il dispose, soit environ 2 000 kg enrichis entre 3,67 % et 60 % ; et quatre, les intermédiaires [les affidés de l'Iran, à commencer par le Hezbollah]. » Et il clôturait son exposé en assurant : « Nous pouvons régler ces quatre problèmes par la voie diplomatique, ce serait une excellente solution. L'alternative [entendre : une guerre] serait désastreuse. » Évidemment, dans cette liste, le sujet le plus chaud, tant pour les Iraniens que pour les Israéliens, est celui des missiles balistiques. Et il est très difficile d'imaginer que Téhéran soit disposé à faire des concessions importantes, si ces missiles constituent sa seule arme de dissuasion dans l'avenir.
À partir de là, on peut tout imaginer. Une nouvelle bouderie entre le Donald et « Bibi », dont on ne sait jamais à l'avance qui en sort vainqueur ? Un coup fourré de la Maison Blanche, qui endort Téhéran pour le surprendre avec une nouvelle attaque si la diplomatie s'étiole ? Une opération visant à pousser de l'intérieur le Guide de la révolution vers la sortie sans avoir besoin d'opération militaire ? Une pause dans les offensives des Israéliens qui peinent désormais à couvrir leurs multiples fronts ?
L'analyste israélien Barak Ravid, bête noire de Nétanyahou, qui officie sur le site étatsunien Axios, note que ce dernier aurait demandé à Trump de reporter toute action militaire contre l'Iran. Motif : « Donner à Israël plus de temps pour se préparer à d'éventuelles représailles iraniennes après une attaque d'Israël »6. Il serait donc trop tôt pour porter une attaque décisive. Mais Ravid indique aussi que l'armée étatsunienne déployait des « moyens défensifs et offensifs » supplémentaires dans la région, en particulier le porte-avion Abraham Lincoln. « Davantage de défense aérienne, d'avions de chasse et peut-être même de sous-marins devraient également arriver », ajoute-t-il. Enfin, « certains responsables » israéliens estiment que la crise actuelle pourrait « convaincre le régime iranien à faire des concessions qu'il avait précédemment refusé d'envisager ». Autant dire, Israël pourrait se passer d'une guerre avec l'Iran. Bref, chacun envoie concomitamment des signes guerriers et d'ouverture.
Mais sur le fond, les Israéliens seront-ils capables de céder à une possible évolution diplomatique ou politique tant que la République islamique reste en place ? Seront-ils capables de se dégager d'une pensée où l'hégémonie régionale garantit la pérennité de son existence ? Dans un article qui reflète l'avis d'une grande partie des experts israéliens en affaires sécuritaires — une engeance très volumineuse dans ce pays —, le principal analyste militaire du journal The Jerusalem Post imagine que, même sans viser un changement de régime en Iran, « Nétanyahou et Trump peuvent encore remodeler le Proche-Orient. »7 Il suffirait pour cela de « réduire quasiment à zéro le programme de missiles balistiques » de l'Iran et de faire de même « considérablement avec son potentiel de menace régionale ». La guerre, quoi d'autre ?
1Arash Azizi, « What was the son of the last Shah of Iran doing in Israel ? », Haaretz, 19 avril 2023.
2Principal chenal du delta commun du Tigre et de l'Euphrate. Sur une partie de son parcours, il constitue la frontière entre l'Irak et l'Iran.
3Gur Megiddo et Omer Benjakob, « The Israeli influence operation aiming to install Reza Pahlavi as Shah of Iran », Haaretz, 3 octobre 2023.
4Peter Beaumont, « Netanyahu speaks of regime change in Iran. What it means is regime destruction », The Guardian, 17 juin 2025.
5Ben Samuels, « Is Trump's bluff powerful enough to stop the US, Iran and Israel from sliding into war ? », Haaretz, 15 janvier 2026.
6Barak Ravid, « Mossad director visits U.S. for Iran consultations », Axios, 16 janvier 2026.
7Yonah Jeremy Bob, « Even without regime change in Iran, Netanyahu and Trump can still reshape the Middle East », The Jerusalem Post, 13 janvier 2026.