Après une longue nuit d’opérations de recherches et de secours dans les décombres de l’immeuble qui s’est effondré dimanche dans le quartier de Bab el-Tebbané à Tripoli, le bilan de ce nouveau drame s'est alourdi à 14 morts, a annoncé la Défense civile, dont le directeur, le général de brigade Imad Khreich, a déclaré lundi matin la fin des recherches.
Toute la nuit, des équipes de la Défense civile, de la Croix-Rouge libanaise et du Haut comité de secours, composées de volontaires de toutes les régions, se sont activées sur place à la recherche de survivants.
En plus des 14 personnes décédées, huit personnes ont été retrouvées vivantes et hospitalisées, dans ce nouveau drame, qui vient prolonger une série noire commencée au début de l’année. Les signes annonciateurs étaient déjà visibles dans la deuxième ville du pays, où l’urbanisme et les infrastructures nécessitent des rénovations depuis des années.
Il s’agit du deuxième effondrement meurtrier en l'espace de quelques jours, après celui d’un autre immeuble dans le quartier de Kobbé fin janvier. Au début du même mois, deux autres immeubles s’étaient effondrés dans la ville sans faire de victimes. Des appels à évacuer d’autres bâtiments fragilisés ou présentant des fissures ont également été lancés, et il n’est pour l’instant pas clair pourquoi le bâtiment de Bab el-Tebbané n’avait pas été évacué avant son effondrement. L’immeuble adjacent, lui, a été évacué depuis hier.
Cet effondrement survient quelques jours seulement après l'évacuation vendredi soir des habitants d'un immeuble de quatre étages situé à proximité, dans le quartier de Dahr al-Maghr, à la suite de craquements dans les fondations du rez-de-chaussée. L'immeuble évacué se trouve en face d'un bâtiment qui s'est effondré le 7 janvier dernier. Selon le dernier recensement municipal de 2024, environ 105 bâtiments encore habités présentent un risque immédiat d’effondrement et nécessitent une évacuation. Mais pour d’autres observateurs, ce nombre serait en réalité beaucoup plus important.
Selon notre correspondant au Liban-Nord, Michel Hallak, cette nouvelle catastrophe a provoqué la colère des Tripolitains, qui dénoncent la négligence de l’État à leur égard. Des manifestations et des défilés de deux-roues ont eu lieu dans la nuit, avec des sit-in organisés devant les domiciles de responsables politiques de la ville. Les manifestants les ont exhortés à la solidarité et à déclarer l’état d’urgence pour régler la question de la vétusté des immeubles et des risques que pose ce phénomène.
Le président de la municipalité de Tripoli, Abdel Hamid Karimé, a quant à lui annoncé dimanche soir avoir remis sa démission dans les mains du ministre de l’Intérieur, Ahmad Hajjar, considérant que la ville est « sinistrée » et que la municipalité n’a pas les moyens de faire face aux risques posés par le nombre très élevé de bâtiments fissurés.
Notre correspondant a indiqué que des funérailles distinctes étaient organisées pour chacun des défunts, selon les premiers faire-parts déjà partagés par les familles. Il ajoute qu'à Bab el-Tabbané, les habitants redoutent l’effondrement d’un complexe résidentiel, certains ont quitté leurs logements pour s’installer dans la rue, tandis que d’autres ont choisi d’y rester.
Cette tragédie humaine et le mécontentement qu’elle génère ont contraint la classe politique à réagir. Sur le compte X de la présidence, Joseph Aoun a affirmé « suivre les développements » et a demandé aux secouristes de tout le pays de se mobiliser pour aider aux opérations de secours et d’assurer des abris pour les personnes évacuées de la zone.
S’exprimant depuis le palais de Baabda lundi matin, le chef de l’État a estimé que « les autorités concernées auraient dû prendre les mesures préventives nécessaires pour éviter ces drames et la mort d’innocents », dont des enfants, et a affirmé sa solidarité avec les familles des victimes. Depuis la cathédrale St-Georges où était célébré une messe en l'honneur de Saint-Maron, le ministre de l’Information, Paul Morcos, a fait écho à ses propos, assurant que le gouvernement n’oubliera pas les victimes de cette catastrophe.
Le Premier ministre, Nawaf Salam, a affirmé avoir demandé au président du Haut comité de secours et au responsable de l’unité des catastrophes à la présidence du Conseil des ministres de coordonner les opérations sur place. « J’ai également appelé le ministre de la Santé, Rakan Nassereddine, afin de mobiliser toutes les capacités de l’État pour faire face aux conséquences de cette catastrophe humanitaire », a-t-il ajouté. Dans un message sur X, Rakan Nassereddine a annoncé que les blessés de Bab el-Tebbané seront entièrement pris en charge par le ministère.
« Le gouvernement est prêt à assurer des solutions d’hébergement pour tous les habitants des immeubles à évacuer et à fournir les fonds nécessaires pour renforcer immédiatement les bâtiments concernés, conformément à ce qui a été convenu lors de la réunion au Grand Sérail il y a deux semaines », a encore rappelé le Premier ministre, ajoutant qu’il incombait aux autorités locales de recenser les bâtiments à risque. Il a également appelé « tous les acteurs politiques, à Tripoli comme ailleurs, à s’abstenir d'exploiter ce drame à des fins politiques. Selon notre correspondant, aucun lieu n'a encore été aménagé pour accueillir les habitants évacués. La direction du port de Tripoli a affirmé dans un communiqué qu’elle était prête à apporter des solutions aux personnes évacuées.
Le président du Parlement, Nabih Berry, a, de son côté, appelé à faire du dossier des immeubles de Tripoli une « question éminemment nationale ». Dans un message publié sur X, l’ambassade de France au Liban a aussi exprimé sa solidarité avec le Liban et les victimes.
Une délégation religieuse, composée du mufti de Tripoli et du Nord, Mohammad Imam, de l’archevêque de l’archidiocèse maronite de Tripoli, Mgr Youssef Soueif, et du nonce apostolique Mgr Paolo Borgia, s’est rendue sur le site et a demandé aux dirigeants la création d’un « conseil spécial pour Tripoli et le Nord, doté des prérogatives nécessaires pour prendre des décisions rapides et efficaces, afin de lever la privation chronique dont souffre la région et de traiter les crises ».
Le chef des Forces libanaises (FL), Samir Geagea, a dénoncé dimanche sur X une « catastrophe nationale majeure », « résultat de décennies d’erreurs cumulées et de négligence ». « Cela nous impose aujourd’hui, à tous, de soutenir le gouvernement afin qu’il prenne l’ensemble des mesures nécessaires, pour éviter — Dieu nous en préserve — de nous réveiller demain face à une nouvelle tragédie », a-t-il ajouté.
Le député tripolitain Achraf Rifi, qui a abordé ce sujet dans les médias à de nombreuses reprises, a estimé, dans un entretien accordé à la MTV dimanche, que « l’état d’urgence doit être déclaré » dans la ville. « Le minimum serait de présenter notre démission du Parlement si nous ne parvenons pas à résoudre ces problèmes à Tripoli », a-t-il ajouté. On ignore encore si le député compte mettre à exécution sa déclaration.
L'ancien Premier ministre Nagib Mikati, lui-même originaire de Tripoli, a appelé sur X « à charger la municipalité de la ville d’obliger les propriétaires à réparer et à consolider les immeubles à risque au plus vite ». « Si les propriétaires ne peuvent financer les travaux, l’État doit intervenir, allouer des fonds pour consolider les immeubles et inscrire des hypothèques pour en empêcher la vente. Un logement provisoire doit aussi être fourni aux habitants pendant les travaux », a-t-il encore réclamé. Le milliardaire est régulièrement critiqué par une partie des habitants de la ville pour son manque d’investissement personnel, qui contraste avec ses prises de position publiques.
L’Uléma chiite Ali Fadlallah a enfin appelé l’État à agir, tout en mettant en garde contre l’utilisation de cette tragédie à des fins politiques pour obtenir des gains personnels ou électoraux.
Cet effondrement survient quelques jours seulement après l'évacuation vendredi soir des habitants d'un immeuble de quatre étages situé à proximité, dans le quartier de Dahr al-Maghr, suite à des craquements dans les fondations du rez-de-chaussée. L'immeuble évacué se trouve en face d'un bâtiment qui s'est effondré le 7 janvier dernier. Fin janvier, deux autres immeubles du quartier avaient été évacués et un autre avait fait l'objet d'une inspection. Plusieurs immeubles du quartier pauvre de Kobbé, à Tripoli, se sont effondrés depuis le début de l'hiver, principalement en raison de la négligence et du manque d'entretien. Le mois dernier, un père et sa fille ont trouvé la mort dans un incident similaire qui avait fait la Une au Liban. Les autorités ont maintes fois mis en garde contre le risque croissant d'effondrements à Tripoli, la ville la plus pauvre du Liban, où les infrastructures se sont fortement dégradées dans un contexte de pénurie chronique de financements.
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Veuillez vous connecter pour visualiser les résultatsL'Iran est disposé à « diluer » son uranium hautement enrichi si les Etats-Unis lèvent « toutes les sanctions », a déclaré lundi le chef de l'Organisation iranienne de l'énergie atomique, après la reprise de pourparlers sur le nucléaire avec Washington.
« En réponse à une question sur la possibilité de diluer l'uranium enrichi à 60% (...), Mohammad Eslami a déclaré que cela dépendait de la levée de toutes les sanctions en contrepartie », a rapporté l'agence officielle Irna, citant M. Eslami sans préciser s'il s'agissait de l'ensemble des sanctions visant son pays ou seulement de celles des Etats-Unis.
Avant les frappes israélo-américaines sur ses sites nucléaires en juin 2025, l'Iran enrichissait l'uranium à 60%, soit bien au-delà de la limite de 3,67% autorisée par l'accord nucléaire de 2015, désormais caduc, conclu avec les grandes puissances. Diluer son stock d'uranium lui permettrait d'abaisser ce taux. Les pays occidentaux, Etats-Unis en tête, et Israël, ennemi juré de la République islamique et considéré par des experts comme la seule puissance nucléaire au Moyen-Orient, soupçonnent Téhéran de vouloir se doter de l'arme nucléaire. L'Iran se défend d'avoir de telles ambitions militaires. Selon l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), l'Iran est le seul Etat non doté de l'arme nucléaire à enrichir l'uranium à hauteur de 60%.
Enrichi entre 3 et 5%, cet uranium sert à alimenter les centrales nucléaires pour la production d'électricité. Jusqu'à 20%, il sert à produire des isotopes médicaux, utilisés notamment dans le diagnostic de certains cancers. Pour fabriquer une bombe, l'enrichissement doit être poussé jusqu'à 90%. Une grande incertitude entoure le sort des réserves de plus de 400 kg d'uranium hautement enrichi que possède l'Iran et vues pour la dernière fois le 10 juin par les inspecteurs de l'AIEA. Le stock, s'il n'a pas été détruit, lui permet en théorie de fabriquer plus de neuf bombes si le taux est porté à 90%.
Le président américain Donald Trump s'est plusieurs fois prononcé pour une interdiction totale d'enrichissement pour l'Iran, une condition inacceptable pour Téhéran et qui serait bien moins favorable que l'accord de 2015. L'Iran, qui défend un droit au nucléaire civil notamment pour l'énergie, considère cette exigence contraire aux dispositions du Traité de non-prolifération (TNP) dont il est signataire.
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Veuillez vous connecter pour visualiser les résultatsLe Centre national de géophysique de Bhannès, rattaché au Conseil national de la recherche scientifique (CNRS-Liban), a indiqué lundi avoir enregistré aujourd’hui, à 12h59, heure locale, une secousse sismique de magnitude 2,6 sur l'échelle de Richter aujourd'hui, avec un épicentre situé à Khiam (caza de Marjeyoun), au Liban-Sud.
Plusieurs épisodes telluriques ont eu lieu le mois dernier. Le 18 janvier, une secousse de magnitude 3,5 sur l’échelle de Richter s’était produite au large du Liban-Nord. Une semaine plus tôt, dans la nuit du 10 au 11 janvier, une série de secousses de faible intensité avait été ressentie par les habitants durant une dizaine de secondes. Selon l’US Geological Survey, agence scientifique américaine, il s’agissait d’un séisme de magnitude 4,1, dont l’épicentre se situait à une soixantaine de kilomètres au large des côtes de la capitale, à une profondeur d’environ dix kilomètres. Cette secousse, qui n’a pas causé de dégâts, avait également été ressentie en Syrie et en Israël.
Dans un entretien à la presse, la directrice du Centre national de géophysique, Marlène Brax, a expliqué que ce type d’événement relève du mouvement sismique naturel dans l’est de la Méditerranée, soulignant qu’« il n’existe actuellement aucun signe inquiétant ».
Le Liban est traversé par la faille de Yammouné, sur près de 200 kilomètres sous le Mont-Liban. Elle fait partie de la grande faille du Levant, qui s’étend du sud de la Turquie à la mer Rouge.
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