Des frappes d'une ampleur inédite ont eu lieu jeudi soir sur la banlieue sud de Beyrouth après qu'un ordre d'évacuation a été émis par l'armée israélienne en début d'après-midi. Cet ordre incluait l'ensemble des quartiers de la banlieue, de Ghobeiry à Hadath, en incluant Chiyah et Burj el-Brajné, ainsi que des consignes aux résidents sur les itinéraires à emprunter pour évacuer. Jamais depuis la guerre de l’automne 2024 au Liban, l’armée israélienne n’avait ordonné une évacuation aussi massive - près de 300 000 personnes auraient ainsi fui selon des chiffres de l'armée israélienne repris par des médias libanais -, après celle exigée le matin-même du sud du Litani au Liban-Sud, y compris les villes de « Tyr et Bint Jbeil », a précisé le porte-parole arabophone de l'armée israélienne Avichay Adraee.
Comptant quelque 700 000 habitants, selon un rapport récent du Beirut Urban Lab de l'Université américaine de Beyrouth, cette banlieue, surnommée la « Dahiyé », est le fief chiite du Hezbollah au sein de la capitale libanaise et la cible de l'aviation israélienne depuis la guerre ouverte contre le parti chiite et l'escalade que connaît le Liban depuis lundi dans un contexte de guerre régionale. C'est notamment là qu'ont été assassinés l'ancien leader du Hezbollah, Hassan Nasrallah, le 27 septembre 2024, et son successeur, Hachem Saffieddine, le 4 octobre suivant.
Après l'émission de l'ordre d'évacuation jeudi, le ministre israélien d’extrême-droite Bezalel Smotrich a affirmé dans une vidéo sur les réseaux sociaux que « Dahiyé ressemblera bientôt à Khan Younès », en référence à la ville du sud de la bande de Gaza, largement rasée après plus de deux ans d’offensive israélienne contre l’enclave palestinienne suite au 7-Octobre. Certains médias libanais ont dans la soirée relayé des conseils de sécurité aux habitants de Beyrouth et des régions avoisinantes de garder les fenêtres et portes ouvertes par précaution face aux frappes israéliennes à venir.
Après une attente insoutenable pour les Beyrouthins, un premier tir de sommation vers 21h20 et un second vers 22h30, les frappes israéliennes sur la banlieue ont finalement démarré vers 22h45, soit près de huit heures après l'ordre d'évacuation. L'armée israélienne a ainsi déclaré avoir commencé à bombarder des « infrastructures du Hezbollah » dans la banlieue sud. Trois frappes ont ensuite visé le quartier de Ghobeiri. Puis, deux frappes consécutives ont ensuite touché celui de Haret Hreik. Peu avant 1h, une frappe a ciblé le quartier de Bourj el-Brajné.
En parallèle, l’armée israélienne a mené des frappes à Brital et Douris, dans la Békaa, rapporte notre correspondante dans la région, Sarah Abdallah. Vers 20h, l’armée israélienne avait appelé à l’évacuation des villages de Douris, Brital et Majdaloun.
Vous avez déjà un compte? Connectez-vous ici
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultatsPlusieurs séries d'explosions ont été entendues en deux phases peu après 21h00 GMT à Tel-Aviv, où les sirènes d'alerte ont été activées pour appeler la population à gagner les abris après la détection par l'armée israélienne de nouveaux tirs de missiles iraniens.
Les explosions ont été entendues jusqu'à Jérusalem par d'autres journalistes de l'AFP. Certains projectiles ont fait des dégâts dans le centre du pays sans faire de victimes, ont indiqué les services de secours et la police israélienne.
A Téhéran, plusieurs médias iraniens, dont la radio-télévision d'État (Irib), avaient auparavant annoncé le début d' »une nouvelle salve de tirs de missiles » vers Israël. Dans un communiqué publié par l'Irib, les Gardiens de la Révolution iraniens ont déclaré avoir lancé une opération conjointe de drones et de missiles sur « des cibles au cœur de Tel-Aviv ».
Vous avez déjà un compte? Connectez-vous ici
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultatsLes autorités libanaises ont mis à jour jeudi soir le bilan des frappes israéliennes sur les civils, annonçant notamment au moins 123 morts — soit 21 de plus que lors du précédent bilan — et 683 blessés. Plus tôt dans la journée, le ministère de la Santé avait également fait part de 95 773 personnes prises en charge dans les 442 abris mobilisés jusqu’à présent — sans compter celles qui ont fui le Liban-Sud et se sont relocalisées par leurs propres moyens ou chez leurs proches.
Les chiffres concernant les déplacés risquent d’augmenter au vu de l'ordre d’évacuation lancé jeudi après-midi par l’armée israélienne, englobant plus de 20 km² dans la banlieue sud de Beyrouth et ayant poussé des centaines de milliers de personnes à fuir. Des frappes contre la banlieue ont commencé vers 23h jeudi.
Jeudi soir, la ministre des Affaires sociales, Hanine Sayed, a assuré que « les institutions de l’État sont en état d’alerte maximale et de mobilisation pour apporter la réponse possible ». « Aujourd’hui, nous sommes confrontés à une scène terrible après la grande alerte adressée à nos concitoyens dans la banlieue sud (...) En ce moment, nous avons besoin du plus haut degré de solidarité nationale et de responsabilité collective », a déclaré la ministre.
Mme Sayed a ensuite listé les mesures prises :
La ministre Sayed a rappelé que le Centre de gestion des catastrophes diffuse toutes les informations nécessaires sur sa chaîne WhatsApp, dont le lien a été relayé par SMS aux Libanais.
« Je souhaite également adresser un grand remerciement à nos concitoyens dans les régions qui ont accueilli les déplacés, aux familles qui ont ouvert leurs maisons, ainsi qu’aux municipalités et aux communautés locales qui se sont mobilisées pour aider et soutenir les gens (...) Nous n’épargnerons aucun effort pour mettre fin à cette guerre destructrice et permettre à nos concitoyens déplacés de rentrer chez eux en toute sécurité », a conclu la ministre.
Selon le Centre de gestion des catastrophes dans le Akkar, relayé par notre correspodnant Michel Hallak, le nombre de familles déplacées arrivées au Akkar depuis le début de la crise s’élève à 921 familles, pour la plupart originaires du Sud et de la banlieue sud de Beyrouth, réparties dans 56 villes et villages. Quelque 181 familles ont été placées dans les centres d’accueil désignés par les autorités officielles compétentes, principalement des écoles publiques, et 740 familles en dehors des centres d’accueil, qui sont soit hébergées chez des amis ou des proches, soit logées dans des maisons louées.
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