Les autorités irakiennes ont arrêté 47 responsables dimanche dont plusieurs députés, selon l'agence de presse nationale INA, dans le cadre d'une opération anticorruption impulsée par le nouveau Premier ministre Ali al-Zaïdi à l'approche d'une visite à Washington.
Le dirigeant s'est engagé à lutter contre la corruption et la mauvaise gestion qui minent l'Irak depuis des décennies. Convié mi-juillet à la Maison Blanche, il cherche à attirer les investisseurs après des années de conflits qui ont dévasté ses infrastructures. Les forces de sécurité irakiennes se sont déployées tôt dimanche matin à Bagdad, y compris dans la zone verte, enclave sécurisée du centre de la capitale, pour procéder aux arrestations. Des correspondants de l'AFP ont constaté le déploiement d'un important dispositif aux entrées du secteur. Et des vidéos diffusées sur des chaînes Telegram montraient des véhicules blindés pénétrant dans un complexe.
Au total, 47 suspects ont été « arrêtés pour des faits de corruption », dont des membres du Parlement et d'autres responsables, dont au moins un issu du ministère du Pétrole, a précisé l'INA. La zone verte abrite plusieurs missions diplomatiques, dont l'ambassade américaine, ainsi que des institutions internationales et des bureaux gouvernementaux. De nombreux hauts responsables et des personnalités politiques y résident également.
« Le début »
Cette opération, qui se poursuit à Bagdad et dans d'autres provinces, « s'inscrit dans le cadre des préparatifs de la visite du Premier ministre à Washington » et vise à démontrer sa détermination à combattre la corruption, explique un diplomate à l'AFP. Selon l'agence INA, les suspects ont été interpellés sur la base d'aveux livrés par Adnan al-Joumaïli, ministre adjoint du Pétrole chargé du raffinage, arrêté le mois dernier.
Démonstration de cette nouvelle politique, la justice irakienne a récemment saisi plus de 85 millions de dollars (environ 74 millions d'euros), dans l'affaire de corruption impliquant le ministre. Les perquisitions font aussi partie, selon un responsable sécuritaire irakien, « d'une campagne plus large contre le financement des factions et la contrebande de dollars et de pétrole iranien », en référence aux groupes armés soutenus par Téhéran.
Les États-Unis font pression depuis des mois sur Bagdad pour que soient désarmées ces factions, qu'ils ont désignées comme « organisations terroristes ». Cet élément a joué un rôle clé, a ajouté la même source, assurant que cette vague d'arrestations « n'était que le début ».
Elle a coïncidé avec la venue à Bagdad du chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, qui a promis de renforcer la coopération de Téhéran avec le nouveau gouvernement irakien.
L'Irak a longtemps été un terrain d'affrontement par procuration entre les Etats-Unis et l'Iran, les gouvernements successifs négociant un équilibre délicat entre ses deux partenaires, eux-mêmes ennemis. Entré en fonction mi-mai, Ali al-Zaidi a promis de faire en sorte que l'Etat ait le monopole des armes. Les factions sont intervenues en soutien à Téhéran après l'offensive israélo-américaine déclenchée le 28 février contre l'Iran, et ont ciblé des installations américaines en Irak, menant notamment une embuscade contre des diplomates américains à Bagdad. Elles ont également visé des cibles dans les pays du Golfe.
La visite du dirigeant irakien à Washington constituera son premier voyage officiel à l'étranger depuis son arrivée au pouvoir. Le pays a un besoin urgent de relancer son économie, notamment après avoir subi d'importantes pertes de revenus dues à l'arrêt des exportations de pétrole pendant la guerre au Moyen-Orient.