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19:33 Diplomatie   Macron et Chareh souhaitent que la Syrie redevienne un hub énergétique

Le président syrien Ahmad el-Chareh et son homologue français Emmanuel Macron ont exprimé mardi à Damas leur souhait de voir la Syrie redevenir un carrefour énergétique, notamment après le blocage du détroit stratégique d'Ormuz. Au cœur de de leurs échanges figuraient également les violations et la présence de troupes israéliennes dans le sud de la Syrie, ainsi que la situation au Liban, Ahmad el-Chareh réaffirmant son soutien à la souveraineté et aux institutions de l'État libanais. Les deux chefs d’État ont également annoncé l’ouverture d’une nouvelle phase dans les relations entre leurs deux pays, avec la conclusion d’un accord prévoyant la nomination d’ambassadeurs par les deux parties et l’engagement d’élargir la coopération politique, économique et sécuritaire à l’issue de leurs discussions à Damas.

Inaugurant un forum économique au palais présidentiel, aux côtés du président français, M. Chareh a dit espérer que la France devienne « le premier partenaire » de son pays dans ce parcours. La crise d'Ormuz a souligné « l'importance de la géographie de la Syrie, qui recouvre un rôle vital de carrefour incontournable des corridors mondiaux », a affirmé le président syrien.

« Et nous voulons que la France soit notre premier partenaire dans ce parcours ». « Le partenariat stratégique dont nous jetons les bases aujourd'hui avec la France, depuis le développement des ports et de la navigation aérienne jusqu'aux secteurs de l'énergie, de l'eau et de la santé, est le modèle que nous souhaitons pour nos relations avec l'Europe et avec le monde entier », a poursuivi Ahmad el-Chareh. « Après 14 années de guerre, le défi de la Syrie est multiple », en matière de stabilisation et de reconstruction, « et les opportunités, les intérêts des entreprises françaises sont convergents avec ce défi », a soutenu pour sa part Emmanuel Macron, accompagné d'une délégation de plusieurs chefs d'entreprises françaises.

Outre la reconstruction, il a affirmé que l'un des enjeux du partenariat était de « faire de la Syrie dans la durée un hub régional (...) où des chaînes logistiques nouvelles peuvent se construire, des routes énergétiques ou de données peuvent se bâtir, qui d'ailleurs réduisent les risques » liés aux crises géopolitiques comme dans le détroit d'Ormuz, verrouillé par l'Iran durant la guerre avec les Etats-Unis.

Parmi les dirigeants d'entreprises françaises qui accompagnent M. Macron, figurent Rodolphe Saadé du géant mondial du transport maritime CMA-CGM et Patrick Pouyanné de TotalEnergies. Des accords ont été signés. « Ce que nous demandons de vous aujourd'hui, c'est de construire et de développer de véritables partenariats organiques avec le secteur privé syrien », a insisté Ahmad el-Chareh, disant enfin espérer « passer aujourd'hui des protocoles d'intention à des contrats d'exécution assortis de calendriers précis ».

Attaques israéliennes « pas acceptables »

Lors d'une conférence de presse avec son homologue syrien, Emmanuel Macron a jugé « nécessaire qu'à la dictature succède un véritable Etat de droit » en Syrie, où une coalition islamiste est au pouvoir depuis la chute de Bachar el-Assad fin 2024. Cela « permettra la construction d'une nouvelle Syrie et la prospérité de cette dernière », a-t-il ajouté, disant se tenir à ses côtés pour « dire notre confiance dans le peuple syrien, dans votre travail, pour apporter la paix, la sécurité, la prospérité ». Il a par ailleurs affirmé que les deux attentats à la bombe qui ont eu lieu à Damas pendant sa visite ne devaient pas « déstabiliser » la Syrie, appelant à « continuer d'être intraitable en matière de sécurité ». « Je pense qu'il faut à la fois être aux côtés de ceux qui ont été blessés, continuer d'être intraitable en matière de sécurité, vous l'êtes ici », « mais ne pas nous laisser déstabiliser sur l'importance du chemin qui est le nôtre, donc on avance », a déclaré le président français aux côtés de son homologue syrien, qui a salué son « courage » pour avoir maintenu le programme de sa visite malgré les explosions.

Sur le plan régional, le président syrien a appelé la France à jouer un « rôle actif » afin de mettre fin aux « agressions israéliennes systématiques » en Syrie depuis la chute de l'ancien régime. Il a condamné la poursuite des violations israéliennes dans le sud du pays, estimant qu'elles « compromettent la sécurité et la stabilité de l'ensemble de la région », réaffirmant la nécessité pour Israël de se retirer des territoires occupés. Selon lui, une stabilité régionale durable passe par « le respect par Israël de l'accord de désengagement de 1974 ainsi que par son retrait des zones occupées depuis le 8 décembre », après la chute du régime Assad, selon l'agence officielle syrienne Sana Les forces israéliennes avaient traversé la ligne de cessez-le-feu établie en 1974 entre le plateau du Golan occupé et la Syrie, pénétrant dans la zone démilitarisée placée sous surveillance des Nations unies. Elles ont depuis installé neuf bases permanentes sur les hauteurs. Emmanuel Macron a, de son côté, affirmé que les « incursions », « ingérences » et « frappes » israéliennes dans les pays voisins n'étaient « pas acceptables ».

Évoquant le Liban, le président syrien a affirmé que la Syrie et la France partageaient leur soutien à la souveraineté libanaise et aux institutions de l'État. « La stabilité de la Syrie est indissociable de celle du Liban, et inversement », a-t-il déclaré, ajoutant que Damas œuvrait à sécuriser la frontière commune avec le Liban tout en soutenant l'État libanais et ses institutions légitimes afin de leur permettre de renforcer leur autorité et de faire face efficacement aux défis auxquels le pays est confronté.

Le chef de l'Élysée a par ailleurs a annoncé que son pays allait restituer au bénéfice de la population syrienne plus de 50 millions d'euros issus de la saisie par la justice française de biens mal acquis de Rifaat el-Assad, oncle du président déchu Bachar el-Assad. « Plus de 50 millions d'euros de biens mal acquis par la famille de l'ancien dictateur (...) seront rendus au peuple syrien pour financer des projets de développement concret sur le territoire », a annoncé le président français. Le document signé par les ministres des Affaires étrangères des deux pays mentionne la somme de 51 millions d'euros.

Les présidents syrien et français ont enfin annoncé à l'issue de leurs entretiens l'ouverture d'une nouvelle phase dans les relations franco-syriennes. Ils ont convenu de nommer des ambassadeurs dans leurs pays respectifs et se sont engagés à renforcer leur coopération politique, économique et sécuritaire. L'ambassade de France à Damas a fermé en 2012, un an après l'éclatement du conflit en Syrie. Après la chute de Bachar el-Assad et l'arrivée au pouvoir fin 2024 de M. Chareh, Paris a désigné un chargé d'affaires sans que l'ambassade ne rouvre ses portes.

19:22 Liban-Israël   Pour Joumblatt, l’accord-cadre est un document unilatéral imposé par Israël

Le leader druze Walid Joumblatt a affirmé mardi que l’accord-cadre entre le Liban et Israël est un « document unilatéral imposé par l’État hébreu à un pays qui ne dispose que d’une expertise limitée en droit et en diplomatie ».

S'exprimant au cours d'une réunion du conseil communautaire druze, il a estimé que « la paix avec Israël est impossible », ajoutant que « ce traité est une imposition qui ne fait aucune mention d'un retrait des troupes, et c'est ce qui arrive lorsque le sort du pays est confié à des groupes qui manquent d'expérience en politique internationale et dont la seule préoccupation est le pouvoir ». M. Joumblatt a par ailleurs appelé l’État libanais « s’il en a les moyens, à préparer des abris au Liban-Sud, même si cette proposition a été rejetée et continue de l’être ».

Conclu fin juin à Washington entre le Liban et Israël, l'accord-cadre entend mettre un terme au conflit entre le Hezbollah et l’État hébreu et prévoit notamment le retrait des forces israéliennes de deux « zones pilotes » du Liban-Sud occupé et leur transfert à l'armée libanaise. Il ne fixe toutefois aucun calendrier pour ce retrait et le conditionne au désarmement vérifié du Hezbollah. Le parti chiite, lui, a rejeté cet accord. M. Joumblatt appelle régulièrement à un retour à l'accord d'armistice de 1949, qui instaurait une ligne de démarcation et mettait en place un dispositif de maintien de la paix placé sous l'autorité des observateurs de l'ONU, chargés de la surveillance de la trêve (Bérets bleus - ONUST).

18:21 Conflit   Aucun accord Téhéran-Washington ne sera conclu avant le retrait israélien du Liban, assure Abbas Araghchi

Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a affirmé mardi qu'aucun accord entre Téhéran et Washington ne sera conclu avant le retrait des forces israéliennes du Liban, assurant que les négociations avec les États-Unis ne reprendront pas « tant que le premier volet du protocole d'accord consacré au Liban n'aura pas été mis en œuvre ».

Ces propos ont été tenus au cours d'une rencontre à Téhéran avec le vice-président du Conseil supérieur islamique chiite, le cheikh Ali el-Khatib, à la tête d'une délégation proche du Hezbollah venue présenter ses condoléances à la cérémonie officielle en hommage au guide suprême Ali Khamenei, tué dans une frappe israélienne le 28 février.

Selon le chef de la diplomatie iranienne, le protocole d'accord comporte cinq volets, dont le premier concerne le Liban, « le respect de sa souveraineté nationale et de son intégrité territoriale ». Il n'y aura ni reprise des négociations ni accord tant que ce volet n'aura pas été appliqué et que le cessez-le-feu ainsi que la fin de la guerre n'auront pas été obtenus », a-t-il insisté. Il a également affirmé que l'Iran avait toujours refusé d'exclure le Liban des discussions avec Washington. « Nous avons réaffirmé à plusieurs reprises que tout accord devait inclure le Liban », a-t-il dit, assurant que Téhéran « n'abandonnera pas ses amis au Liban », ainsi que le peuple libanais « qui a consenti d'immenses sacrifices durant cette guerre », malgré les demandes américaines de dissocier les deux dossiers.

Le conflit entre le Hezbollah et Israël déclenché le 2 mars avec l’ouverture d'un front de soutien à l’Iran, le Liban a vu une large superficie de sa zone méridionale occupée par Israël, plus d’un million de déplacés et plus de 4 000 tués. Plusieurs cessez-le-feu sont restés sans effet. Celui qui a été inclus, à la demande de l’Iran, dans les pourparlers d’Islamabad avec les États-Unis en juin a réduit l’intensité des combats sans y mettre fin, même si le Hezbollah ne riposte pas – ou peu – depuis quelques semaines aux violations israéliennes.

Au cours de la rencontre, le cheikh Ali el-Khatib a remercié l’Iran pour sa « position honorable à l'égard du Liban », notamment « son insistance à faire de la cessation de la guerre contre le Liban le premier volet du protocole d'accord conclu avec les Américains », estimant que cette position témoignait du respect de Téhéran envers ses engagements à l'égard du peuple libanais. Il a aussi salué « la résilience de l'Iran » face à « l'agression américano-sioniste », avant d'évoquer les conséquences de la guerre au Liban, affirmant que plusieurs villes et localités du Liban-Sud avaient été « entièrement rayées de la carte ».

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