Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a vertement critiqué jeudi ses alliés européens, disant voir une Europe « fragmentée » et « perdue » lorsqu'il s'agit d'influer sur les positions de Donald Trump et manquant de « volonté politique » face à Vladimir Poutine.
Ce discours très offensif à l'égard des principaux soutiens politiques et financiers de Kiev depuis l'invasion russe de l'Ukraine en 2022 intervenait après une rencontre avec Donald Trump à Davos qui a permis, selon M. Zelensky, de parvenir à un accord sur les garanties de sécurité pour l'Ukraine.
Le dialogue avec son homologue américain n'est « pas simple », a admis le dirigeant ukrainien, tout en évoquant une rencontre « positive ». Il a ainsi affirmé que les documents préparés avec Washington pour mettre fin au conflit sont « presque prêts ». Il a plus tard assuré être parvenu à un accord sur les garanties de sécurité qui doivent être offertes par les Etats-Unis à l'Ukraine pour dissuader la Russie d'attaquer à nouveau après une éventuelle fin du conflit.
« Les garanties de sécurité, c'est prêt », a-t-il déclaré, indiquant que « le document doit être signé par les parties, par les présidents, et ensuite il ira aux parlements nationaux ». « La guerre doit prendre fin », a de son côté indiqué Donald Trump après leur rencontre, à des journalistes qui l'interrogeaient sur le message qu'il voulait faire passer au chef de l'Etat russe Vladimir Poutine.
Les émissaires de Donald Trump, Steve Witkoff et Jared Kushner, sont parallèlement attendus jeudi soir à Moscou pour rencontrer Vladimir Poutine. Depuis des mois, les capitales européennes tentent de peser dans les discussions, redoutant que Washington, qui se présente en médiateur, n'impose à Kiev une solution trop favorable à Moscou. Fait rare, les flèches de Volodymyr Zelensky se sont concentrées sur l'Europe.
« Au lieu de devenir une vraie puissance mondiale, l'Europe reste un kaléidoscope beau mais fragmenté de petites et moyennes puissances », a-t-il déploré, évoquant des « querelles internes incessantes et des non-dits » qui « empêchent l'Europe de s'unir ». « L'Europe a l'air perdue lorsqu'elle tente de convaincre le président américain de changer », a-t-il poursuivi, avant de lancer: « L'Europe adore discuter de l'avenir, mais évite d'agir aujourd'hui ».
Après avoir critiqué les Européens pour leur gestion de la crise autour du Groenland et de l'Iran, M. Zelensky a estimé « qu'aucune garantie de sécurité ne peut fonctionner sans les Etats-Unis » en Ukraine et que le soutien de son homologue américain était « indispensable ».
Des discussions « trilatérales » entre l'Ukraine, les Etats-Unis et la Russie doivent se dérouler cette semaine aux Emirats arabes unis, a-t-il aussi dit, ajoutant: « les Russes doivent être prêts à des compromis ». M. Zelensky n'a pas indiqué le format des discussions, ni si les représentants ukrainiens et russes discuteraient directement. Son cabinet n'avait pas répondu dans l'immédiat aux demandes de précisions. La question des territoires de l'est de l'Ukraine revendiqués par Moscou n'est « pas encore résolue », a-t-il déclaré. « Poutine a réussi, malheureusement, à arrêter l'Europe », a encore tancé le président ukrainien, appelant les Européens à « s'unir pour stopper la Russie ».
Vous avez déjà un compte? Connectez-vous ici
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultatsC'est déjà le cas pour l'avortement, mais les Etats-Unis entendent interdire que leur aide étrangère bénéficie aux programmes favorisant la promotion de la diversité et de l'égalité de genre, a-t-on appris jeudi auprès d'un responsable américain.
Le département d'Etat doit rendre publiques vendredi de nouvelles règles élargissant « la politique dite de Mexico », qui interdit de subventionner l'avortement, pour inclure les programmes de genre et de diversité, d'équité et d'inclusion (DEI) et leur « idéologie discriminatoire », a indiqué ce responsable sous couvert de l'anonymat. Cela doit porter non seulement sur les 8 milliards de dollars consacrés annuellement à la santé mondiale, mais aussi sur l'ensemble de l'aide étrangère américaine - soit plus de 30 milliards de dollars - et « s'appliquer aux ONG étrangères » et « aux organisations internationales et aux ONG américaines », selon ce responsable.
La « Mexico City Policy », connue des critiques sous le nom de « règle du bâillon global », interdit aux ONG étrangères d'utiliser l'aide américaine pour soutenir les services ou la défense de l'avortement. L'impact exact reste à déterminer, car l'administration Trump a déjà considérablement réduit l'aide étrangère, notamment en démantelant l'Agence américaine pour le développement international (USAID), qui était le plus grand fournisseur d'aide gouvernementale au monde.
Le président américain Donald Trump s'est insurgé contre les droits des personnes transgenres, utilisant fréquemment des termes péjoratifs pour rappeler le soutien de l'ancien président démocrate Joe Biden à la communauté transgenre. Le secrétaire d'Etat Marco Rubio a également annulé la décision de Biden d'autoriser l'utilisation du symbole « X » pour indiquer le genre sur les passeports. Depuis son retour au pouvoir, Donald Trump a fait la chasse aux programmes DEI au sein du gouvernement fédéral, des universités et des écoles, ainsi que dans le sport. L'ancien président Biden et d'autres présidents démocrates ont, pendant leur mandat, abrogé la politique de Mexico.
Vous avez déjà un compte? Connectez-vous ici
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultatsLe procureur général près la Cour de cassation, Jamal Hajjar, a pris jeudi des mesures judiciaires visant des journalistes accusés d’atteinte au président de la République, Joseph Aoun. Après l’émission d’un mandat d’arrêt à l’encontre du correspondant de la chaîne pro-Hezbollah al-Manar, Ali Berro, selon al-Jadeed, le magistrat a également convoqué le journaliste Hassan Illaik, attendu vendredi pour être interrogé à la suite de la diffusion d’une vidéo très critique à l’égard du chef de l’État.
Dans une première vidéo publiée mercredi soir sur Instagram et tournée sur la route menant au palais présidentiel de Baabda, le journaliste Ali Berro appelle de manière provocatrice les habitants du Sud dont les maisons ont été détruites par les bombardements israéliens à « s’installer au palais de Baabda » même s'il « a besoin d’un peu de nettoyage », selon ses termes. « Vos maisons dans le Sud sont plus propres, mais ça fera l’affaire », lance-t-il.
Dans une autre vidéo partagée sur la même plateforme, au ton encore plus virulent, Ali Berro s'en prend frontalement au chef de l’État, remettant en cause ses déclarations sur les réalisations de sa première année à la tête de l’État libanais. « Au lieu de voir les destructions partout, vous parlez d’accomplissements. Quels accomplissements ? », s'interroge-t-il. «Le Sud était propre par ses armes, et il s'est sali quand l’État y est venu», poursuit-il, dénonçant ce qu’il décrit comme « une humiliation du Liban sur la scène diplomatique ». Le journaliste rejette également le discours de M. Aoun sur la souveraineté et la sécurité, estimant que la protection du pays ne peut être assurée que par « les armes de la résistance ». « Vous parlez d’armes illégales ? S’il y a une légitimité dans ce pays, c’est la nôtre et celle de nos armes », déclare-t-il.
« Vous nous prenez pour des naïfs, voire pour des imbéciles ? », lance encore Ali Berro. « Vous nous parlez d’armes illégales, alors que tout le monde sait comment les arrangements politiques ont été conclus lors de l’élection de Joseph Aoun et de la nomination de Nawaf Salam », poursuit-il, affirmant que ces choix auraient été dictés par des acteurs extérieurs, en passant par l'affaire « Abou Omar », en référence à Moustapha Hessiane qui s’était fait passer auprès de politiciens et d’hommes d’affaires pour un émir saoudien capable de leur garantir un soutien de Riyad en échange de paiements.
Le journaliste accuse enfin « des puissances étrangères - États-Unis, Qatar et Arabie saoudite - d’être à l’origine de l’actuel équilibre politique, affirmant que la « légitimité réelle » viendrait, selon lui, « des habitants de cette terre » et non de décisions prises à l’issue de consultations internationales. Pour rappel, le juge Hajjar avait déjà émis en octobre dernier un mandat d'arrêt à l’encontre de M. Berro, pour avoir refusé de comparaître pour la troisième fois dans le cadre de l'enquête sur l'illumination du rocher de Raouché et pour les propos injurieux qu’il a tenus à l'encontre du chef du gouvernement Nawaf Salam.
« Tu assièges ton peuple et nous nous taisons. Tu empêches la reconstruction et nous nous taisons. Tu exécutes les ordres américains et nous nous taisons… », lance Hassan Illaik dans une vidéo publiée sur la chaîne YouTube Al-Mahatta. « Il semble que vous n’ayez jamais lu un livre d’histoire de votre vie, Monsieur le Président, et jamais consulté un journal au cours des quarante dernières années », ajoute-t-il. Dans cette vidéo, le journaliste réagit au discours prononcé mardi par le chef de l’État devant le corps diplomatique et des représentants internationaux au Liban, à l’occasion du bilan de sa première année. S’adressant directement à Joseph Aoun, il estime que « s’il existait un véritable État, une véritable loi et une véritable justice au Liban », M. Aoun aurait dû être « soumis à une enquête plutôt qu’être élu président ». « Quel dommage que nous ayons un président de la République qui parle de cette manière », dit-il encore.
Hassan Illaik reproche aussi à M. Aoun de ne pas avoir ordonné le déploiement de l’armée, alors qu'il était à la tête de l'institution militaire, dans le Sud le 27 novembre 2024, au moment de l’entrée en vigueur du cessez-le-feu entre le Hezbollah et Israël, affirmant que cela aurait permis d’empêcher les forces israéliennes d’avancer davantage en territoire libanais.
Le journaliste critique en outre les propos du chef de l’État sur le Liban qui aurait accompli « ce qu’il n’avait pas connu depuis quarante ans », rappelant que le Sud était occupé par Israël il y a quarante ans et qu’il a été libéré en 2000. « L’histoire ne commence pas avec vous », affirme-t-il, estimant que le Liban « n’a jamais connu un niveau de souveraineté aussi mauvais qu’aujourd’hui ».
M. Illaik reproche enfin au chef de l’État de ne pas avoir dénoncé, devant les ambassadeurs étrangers, les attaques israéliennes quotidiennes qui coûtent la vie à des Libanais et l’occupation persistante de territoires dans le Sud. Il qualifie de « falsification des faits » et d'« illusion » les déclarations selon lesquelles l’armée libanaise contrôle seule le sud du Litani, accusant le président de « légaliser l’occupation israélienne » et de « faire fi du peuple libanais ». Le journaliste regrette également le ton et le choix de mots de M. Aoun qui « devrait savoir comment s’adresser aux gens ». « Tu n’es pas un roi. Tu n’es pas propriétaire des gens. Tu es un président élu », lance-t-il, en l'appelant à « respecter les Libanais et leur intelligence ».
Ces convocations ont suscité une vague de réactions critiques, tant sur le plan politique que dans la société civile et les milieux médiatiques. Le député Mark Daou, issu de la contestation populaire, a déclaré sur X être «en total désaccord » avec Hassan Illaik - sans le nommer explicitement - « sur le fond, la position, le style et le plan moral», tout en soulignant que « la liberté d’expression est garantie et constitue un droit fondamental, supérieur à toute opinion ou critique, en particulier lorsqu’il s’agit de personnes exerçant le pouvoir ». L’activiste Ibrahim Majed a, pour sa part, estimé que « le Liban passe d’un système démocratique à un système d’intimidation ». Selon lui, « toute personne qui critique un responsable libanais, ou refuse de justifier ou de passer sous silence ce que font Israël et les États-Unis au Liban, est de plus en plus convoquée pour être interrogée ». Le Syndicat des travailleurs de l’audiovisuel a de son côté exprimé, dans un communiqué, son « regret face à la convocation de professionnels des médias pour avoir critiqué certaines personnalités ou simplement exprimé une opinion hostile à Israël, pourtant désigné comme un ennemi dans nos lois ». Le syndicat a également suggéré que « ces journalistes soient entendus au palais présidentiel, afin d’exposer leur point de vue, « plutôt que d’être traduits devant les tribunaux », soulignant qu’« ils expriment l’opinion d’une frange importante de la population libanaise ».
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