Au moins neuf personnes ont été tuées mardi lors d'affrontements entre forces gouvernementales et kurdes à Alep, parmi les plus meurtriers depuis des mois entre les deux parties.
Devant ces violences qui se poursuivaient dans la soirée, les autorités ont décidé de suspendre pour 24 heures tous les vols de l'aéroport de cette grande ville du nord du pays, et de fermer mercredi les écoles, universités et services gouvernementaux. Les affrontements ont éclaté alors que les discussions patinent pour la mise en oeuvre d'un accord signé en mars, qui était censé intégrer d'ici fin 2025 les Forces démocratiques syriennes (FDS, à majorité kurde) au sein de l'Etat syrien.
Les FDS ont d'abord annoncé que des groupes pro-gouvernement avaient ciblé le quartier de Cheikh Maqsoud, tuant un habitant et en blessant deux autres. Elles ont ensuite révisé le bilan à quatre civils morts, dont deux femmes et un enfant, victimes de « tirs d'artillerie et de missiles aveugles » à Cheikh Maqsoud et Achrafieh. Ces deux quartiers à majorité kurde d'Alep sont restés sous le contrôle d'unité kurdes liées aux FDS, malgré un accord de retrait conclu en avril.
« Compromettre » l'accord
Cité par l'agence de presse officielle Sana, le ministère de la Défense a pour sa part accusé les FDS d'avoir pris pour cible « un certain nombre de quartiers » d'Alep proches « des zones sous leur contrôle ». Sana a fait état de cinq personnes tuées par les tirs des FDS: un soldat et quatre civils parmi lesquels un enfant.
« Les FDS prouvent une fois de plus qu'elles ne reconnaissent pas l'accord du 10 mars et tentent de le compromettre », a dénoncé le ministère. Deux employés d'un centre de recherche figurent parmi les victimes, a précisé le ministère de l'Agriculture.
Le gouverneur d'Alep, Azzam al-Gharib, a invoqué « la situation actuelle et le ciblage de plusieurs hôpitaux et institutions par des tirs d'artillerie indiscriminés des FDS » pour justifier la fermeture des services scolaires et gouvernementaux mercredi, et l'annulation des événements publics. Les vols suspendus sur Alep seront redirigés sur Damas, a précisé l'Aviation civile.
« Déposer les armes »
Le dirigeant des Kurdes syriens Mazloum Abdi, qui commande les FDS, a mené dimanche à Damas de nouvelles discussions sur l'intégration de ses forces au pouvoir central, mais sans avancées significatives, selon les médias d'Etat. Les Kurdes, une importante minorité ethnique en Syrie, y contrôlent de vastes étendues dans le nord-est, riches en pétrole et en blé.
Proche alliée des nouvelles autorités syriennes, la Turquie a pour sa part appelé mardi le PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) à déposer les armes, « y compris en Syrie » pour se conformer à sa décision prise en mai de renoncer à la lutte armée. « Nous ne permettrons à aucune organisation terroriste (...) de s'implanter dans la région », a-t-il ajouté, citant les FSD ainsi que les Unités de protection du peuple kurde (YPG), qui en constituent l'épine dorsale.
Les FDS ont par ailleurs accusé des groupes affiliés à l'armée d'avoir attaqué la ville de Deir Hafer à environ 50 km à l'est d'Alep, près du barrage stratégique de Tishreen. Elles ont affirmé avoir le droit de « répondre légitimement à ces attaques ». Soutenues par les Etats-Unis, les FDS ont été le fer de lance de la lutte contre le groupe jihadiste Etat islamique, défait en Syrie en 2019. Depuis le renversement du président Bachar el-Assad en décembre 2024, les Kurdes ont des relations tendues avec le pouvoir central au sujet de leur avenir dans la nouvelle Syrie. Fin décembre, cinq personnes avaient été tuées dans des précédents affrontements entre les deux parties à Alep, la Turquie appelant alors les FDS à ne pas faire obstacle à la stabilisation de la Syrie.
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