Le président libanais Joseph Aoun a réaffirmé jeudi, depuis Ankara où il effectue une visite officielle, l’attachement du Liban à sa souveraineté, tandis que son homologue turc Recep Tayyip Erdogan a estimé que le pays serait parmi les premiers à bénéficier d’un retour à la stabilité régionale. Il a également assuré que « le soutien de la Turquie aux forces armées libanaises dans le domaine sécuritaire se poursuivra sans interruption » et que son pays était « tout à fait prêt à contribuer à la reconstruction et à la réhabilitation du Liban-Sud ».
« Nous avons passé en revue les développements régionaux, notamment à la lumière de la poursuite de l’occupation israélienne au Liban-Sud, et nous réaffirmons notre soutien fort et ferme à la souveraineté du Liban, à son peuple frère avec lequel nous entretenons des liens solides, ainsi qu’à son intégrité territoriale », a déclaré M. Erdogan, s’adressant à la presse aux côtés de M. Aoun.
Revenant sur le lourd tribut payé par le Liban depuis le début des attaques israéliennes, le président turc a présenté ses « sincères condoléances au peuple libanais frère » et souhaité « un prompt rétablissement aux blessés ». Il a rappelé que la Turquie avait été, « dès le premier jour (...) parmi les pays ayant exprimé les réactions les plus fortes » face à ces attaques, affirmant qu’Ankara avait « constamment mis en lumière les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité commis par Israël ».
Saluant les initiatives diplomatiques visant à mettre fin « à cette agression et à cette occupation », M. Erdogan a également assuré que son pays était « pleinement prêt à apporter tout le soutien et l’assistance possibles dans le cadre de la reconstruction et de la réhabilitation du Liban-Sud, gravement affecté par les attaques israéliennes ».
Aoun : le Liban « ne renoncera pas à sa dignité nationale »
Alors que l’armée israélienne occupe plus de 600 km² dans le Sud et y mène presque chaque jour des opérations de dynamitage de bâtiments ainsi que des bombardements, un mois après la signature entre Beyrouth et Tel-Aviv d’un accord-cadre parrainé par les États-Unis, le chef de l’État libanais a fait valoir que son pays « ne renoncera pas à sa dignité nationale » et « ne se soumettra pas à une force tyrannique ».
M. Aoun a également rejeté « toute ingérence unilatérale » dans les affaires intérieures ou souveraines du Liban, soulignant que le pays était « plus déterminé que jamais à restaurer la souveraineté de l’État, à reconstruire et à bâtir un avenir sûr et stable pour tous les Libanais ». Il a réaffirmé les priorités de son mandat : « le retrait israélien de l’ensemble du territoire libanais, le retour des déplacés dans leurs villages, la reconstruction, la reprise économique et la souveraineté exclusive de nos forces légitimes sur les armes ».
Au sujet de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), dont la mission doit officiellement s’achever fin 2026, Recep Tayyip Erdogan a estimé que cette échéance « constituera une évolution importante ». Il a assuré que la Turquie souhaitait « participer à toutes les initiatives » destinées à soutenir la sécurité de la région et à garantir la souveraineté du Liban après le retrait de la force de l'ONU, ajoutant que « le soutien de la Turquie aux forces armées libanaises dans le domaine sécuritaire se poursuivra sans interruption ». Plusieurs pays contributeurs, dont la France et l'Italie, entendent d'ores et déjà préparer le relais post-Finul.
« Une nouvelle étape » des relations libano-turques
Les deux dirigeants ont également mis l'accent sur le développement des relations bilatérales. M. Erdogan a indiqué avoir examiné avec son homologue « la nature de l'aide que la Turquie pourrait apporter » au Liban, ainsi que les moyens de renforcer la coopération dans différents domaines. Pour sa part, Joseph Aoun a estimé que sa visite intervenait « à un moment charnière, alors que notre région redessine les contours de son avenir ». Rappelant qu'il n'était que le troisième président libanais à effectuer une visite officielle en Turquie en 70 ans, il a jugé que les relations bilatérales « méritent d'être plus soutenues et plus ambitieuses ». Il a salué chez son homologue turc « une vision claire et une volonté sincère de porter les relations entre nos deux pays à un nouveau niveau de coopération », estimant que cette visite marquerait « le début d'une nouvelle étape dans les relations libano-turques, fondée sur le partenariat, la confiance et l'action commune à la hauteur de l'histoire de nos deux pays et des aspirations de nos deux peuples ».
Le chef de l'État a jugé qu'il était de « notre responsabilité de veiller à ce que le partenariat libano-turc participe à la construction de cet avenir, plutôt que d'en être un simple spectateur », estimant avoir trouvé chez son homologue turc « un homme d'État qui appréhende la région avec profondeur et comprend que la stabilité du Liban n'est pas seulement une affaire libanaise, mais un élément essentiel de la stabilité de toute la région ». L'homme fort de la Turquie a de son côté estimé que « le Liban figure parmi les premiers pays qui bénéficieront du climat de stabilité de paix et de coopération dans la région » puis que le « pays frère » a « longtemps été le plus durement touché par le fait d'avoir servi de terrain de rivalités et de conflits entre certaines puissances de la région ».
Le dirigeant libanais a en outre exprimé sa gratitude envers la Turquie pour son soutien au Liban « dans ses moments les plus difficiles », citant notamment l'aide apportée après l'explosion au port de Beyrouth en 2020, ensuite durant la dernière guerre et « chaque fois que le Liban a eu besoin d'un pays ami ». Il a également salué « le soutien continu » d'Ankara à l'armée libanaise ainsi que sa « participation active » à la Finul, « un engagement que nous apprécions et dont nous espérons la poursuite ».
Joseph Aoun s'est dit « heureux d'effectuer cette visite », qu'il a présentée comme « une étape qui reflète la solidité des relations entre nos deux pays, ainsi que notre volonté commune de renforcer la coopération au service des intérêts de nos deux peuples et de la stabilité de notre région ». Évoquant la récente guerre au Liban, le président libanais a dit être animé par « un profond sentiment de responsabilité » en venant « d'un pays qui souffre, mais qui, dans le même temps, continue de lutter, de tenir bon, d'espérer et de rêver ». Rappelant « le lourd tribut » payé par le Liban, il a affirmé que « ce que la guerre n'a pas réussi à détruire, c'est la volonté des Libanais ». Il a enfin déclaré qu' il « ne devrait y avoir aucune provocation contre un voisin, un ami ou un frère, et il ne devrait y avoir aucune ingérence unilatérale dans nos affaires intérieures ou souveraines. C'est à cela que ressemblent les relations de la Turquie et du Liban depuis la création de leurs États modernes », a-t-il dit.
Erdogan plaide pour un renforcement des relations entre Beyrouth et Damas
Si le Liban et la Syrie ont ouvert une nouvelle page de leurs relations après la chute en décembre 2024 du régime de Bachar el-Assad, après des années de tensions liées à la tutelle syrienne sur le Liban jusqu'en 2005, puis la guerre civile en Syrie dans laquelle s'était impliqué le Hezbollah, M. Erdogan a estimé que « la poursuite et le développement du dialogue » entre les deux pays seraient « bénéfiques et fructueux ». Il s'est également dit « pleinement disposé à fournir toute l'assistance nécessaire pour renforcer les relations entre ces deux États, qui ont traversé une période difficile ». M. Erdogan a par ailleurs assuré que son pays suivait « de près » les récentes initiatives diplomatiques entreprises par le président Aoun. Il a indiqué que la Turquie évaluait « la nature de l'aide et des contributions » qu'elle pourrait apporter pour accompagner ces démarches, tout en examinant les perspectives de développement des relations bilatérales dans différents domaines. « Nous poursuivrons notre soutien au renforcement des capacités institutionnelles du Liban et continuerons à lui fournir une aide humanitaire et technique », a-t-il ajouté. Il a enfin remercié Joseph Aoun pour sa visite.
Arrivé jeudi à 14h30 heure locale, Joseph Aoun a été accueilli par le ministre turc de l'Énergie et des Ressources naturelles, Alparslan Bayraktar, le vice-gouverneur d'Ankara, Cem Afşin Akbay, le commandant par intérim de la garnison d'Ankara, le général de brigade Ayhan Kalender, le vice-maire d'Ankara, Faruk Köylüoğlu, ainsi que par l'ambassadeur du Liban en Turquie, Mounir Anouti.
La première étape de la visite a conduit Joseph Aoun au mausolée de Mustafa Kemal Atatürk, fondateur de la République de Turquie, où il a déposé une gerbe de fleurs et observé une minute de silence. Il a ensuite laissé un message dans le livre d'or du mausolée, dans lequel il a affirmé que « l'expérience du président Atatürk, marquée par sa détermination et sa fidélité à son idéal malgré toutes les difficultés, demeure une source d'inspiration pour tout peuple aspirant à bâtir un véritable État », ajoutant que « le peuple libanais, ami du peuple turc, voit dans cette expérience un modèle pour consolider un État de droit et des institutions, un État fondé sur la justice et l'égalité ».
En parallèle, le leader druze et ancien chef du Parti socialiste progressiste (PSP), Walid Joumblatt, a accordé un entretien depuis la rue Clemenceau à Beyrouth à « Turkey Today », dans lequel il a souligné l’importance du rôle de la Turquie dans la région. Il a estimé qu’Israël « utilisera tous ses outils politiques pour créer des problèmes à la Turquie » et appelé les dirigeants turcs à faire preuve d’une grande prudence face aux développements régionaux. M. Joumblatt a également affirmé que le Liban avait besoin de la Turquie en tant que pays ami et puissance régionale capable de contribuer au renforcement de la stabilité politique et sécuritaire, ainsi qu’au développement de la coopération économique et à l’ouverture de nouvelles perspectives dans les relations entre les deux pays.