Deux jours après l’annonce de l’accord préliminaire entre l’Iran et les États-Unis, devant ouvrir la voie à des discussions sur une paix durable dans la région, les attaques israéliennes au Liban ont globalement diminué en intensité, tandis que de plus en plus de monde s’est rué sur les routes menant au Liban-Sud pour rejoindre les régions qu’ils avaient dû fuir à cause de la guerre.
Selon notre correspondant Mountasser Abdallah, la circulation était mardi plus dense que la veille sur la route principale reliant Rmeilé à Saïda, tandis que de nombreux témoignages de résidents découvrant leur maison détruite par les bombardements israéliens ont été diffusés par les médias et les agences de presse. Dans une vidéo relayée par notre correspondant, des habitants du village de Maaroub, dans le caza de Tyr, ont retrouvé un imposant obus non explosé encastré dans le plafond de l’un des étages de leur habitation.
À Hadatha, dans le caza de Bint Jbeil, où l’armée israélienne a dynamité des maisons lundi, l’armée libanaise a établi plusieurs points de contrôle après avoir inspecté la route principale reliant Haris à cette localité. Dans la matinée, une frappe de drone israélien a forcé des habitants à rebrousser chemin.
Dans le caza de Nabatiyé, ce sont très souvent des ruines méconnaissables que les habitants ont retrouvées à la place de leur maison, comme à Kfar Sir ou à Jebchit, selon des clichés pris par l'agence Reuters.
Outre un bilan humain qui frôle les 3 800 morts au Liban, selon le dernier bilan du ministère de la Santé, les dégâts de la guerre se chiffrent en milliards de dollars.
Ghalibaf parle à Berry
Les drones israéliens ont continué de survoler plusieurs régions du pays, sur fond de flou quant à l’avenir de la guerre au Liban après un accord salué par le président Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam, qui ont emboîté le pas au président du Parlement Nabih Berry, premier des trois principaux dirigeants à s’être exprimé sur le sujet lundi. Mais tandis que le chef du législatif avait directement remercié Téhéran d’avoir inclus le Liban dans le protocole d’accord, les deux têtes de l’exécutif se sont contentées d’évoquer un « facteur positif pour la réduction des tensions dans la région », tout en évoquant la poursuite des négociations directes avec Israël.
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a, lui, déclaré lundi soir que l’État hébreu comptait rester au Liban, en Syrie et à Gaza aussi longtemps que nécessaire, faisant écho aux propos de son ministre de la Défense, Israel Katz. Côté iranien, le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi a affirmé mardi que « toute attaque israélienne » contre le Liban ou « tout maintien (de forces israéliennes) sur le territoire libanais » constituerait désormais une violation du protocole d’accord conclu avec les États-Unis.
Pour sa part, M. Nabih Berry s’est entretenu avec son homologue iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, au sujet du mémorandum d’accord entre Téhéran et Washington. Les deux hommes ont souligné la nécessité pour les États-Unis, les parties garantes du mémorandum d’accord, ainsi que pour la communauté internationale, de contraindre Israël à mettre fin à sa campagne militaire, à arrêter la destruction des villages libanais, à respecter la souveraineté du Liban et à se retirer immédiatement des territoires qu’il occupe. Enfin, s’exprimant depuis le sommet du G7 en France, le président Donald Trump a appelé Benjamin Netanyahu à se montrer « responsable » au Liban.
Affrontements nocturnes
Sur le terrain, le Hezbollah et Israël se sont affrontés pendant la nuit de lundi à mardi au niveau du passage de Kfar Tebnite, dans le caza de Nabatiyé. Le parti-milice a indiqué dans un communiqué qu’après avoir « repoussé une tentative d’avancée d’une unité ennemie vers ce secteur », l’armée israélienne y a renforcé son déploiement en y acheminant une force blindée composée de cinq chars Merkava et de quatre véhicules militaires. Notre correspondant a indiqué que vers 4 h du matin, un véhicule de l’armée israélienne a été pris pour cible alors qu’il tentait d’avancer depuis les abords de Kfar Tebnite en direction des hauteurs de Ali Taher.
Pendant la même nuit, des tirs d’artillerie israéliens ont visé les collines de Ali Taher ainsi que les abords de Kfar Remmane et Wadi Slouki en direction de Touline (Marjeyoun), tandis qu’une dizaine d’obus se sont abattus sur le secteur de Mansouri et Majdel Zoun, dans le caza de Tyr. Huit autres obus ont visé le Jabal el-Rafih, dans les hauteurs de Aaramta (Jezzine). Dans la journée, un drone a largué une grenade assourdissante à proximité d’habitants à Beit Yahoun (Bint Jbeil), sans faire de blessés. En milieu d’après-midi, la violence est remontée de plusieurs crans.
Un drone de l’armée israélienne a d’abord frappé une zone entre Nabatiyé et Nabatiyé el-Faouqa, sans faire de blessés, avant que l’artillerie israélienne ne pilonne ce dernier village. Plus de vingt-cinq obus au total ont été tirés sur Nabatiyé el-Faouqa, Kfar Tebnit et les hauteurs de Ali al-Taher. Il s’agit du bombardement le plus intense depuis l’annonce de l’accord entre les États-Unis et l’Iran dans la nuit de dimanche à lundi. À ce moment, l’armée israélienne progressait vers cette région du caza de Nabatiyé, à proximité de la ville du même nom. Les bombardements ont provoqué plusieurs incendies dans les bois de Ali al-Taher, d’où s’élèvent des colonnes de fumée. L’armée israélienne progressait vers cette zone avant l’annonce de l’accord entre les États-Unis et l’Iran lundi.
Dans la journée de lundi, des drones de l’armée israélienne avaient visé trois localités du Liban-Sud, tandis que les abords de huit villages ont été la cible de tirs d’artillerie. L’armée israélienne a également procédé à des opérations de dynamitage dans cinq localités du Sud, dont trois occupées. À Baraachit (Bint Jbeil), des maisons situées à la périphérie du village ont été détruites.