Le porte-parole du Hezbollah, Youssef Zein, a affirmé lundi que son parti était « déçu » par les déclarations tenues au sujet du Hezbollah, lors de l’entretien donné la veille par le président Joseph Aoun à l'occasion du premier anniversaire de son mandat.
Lors de cette interview sur la seule chaîne publique, Télé Liban, M. Aoun avait appelé le parti chiite à être « raisonnable » concernant son désarmement, que les autorités libanaises ont lancé en septembre 2025, conformément à ce qui est réclamé dans plusieurs textes fondateurs de l'Etat et résolutions onusiennes. Cette sortie dénotait un ton plus ferme utilisé par le chef de l'Etat, qui a depuis sa prise de fonctions, réclamé le désarmement tout en prônant le dialogue et refusant de prendre de force l'arsenal du parti.
« Le président ne peut pas nous adresser un tel message, d’autant plus que nous faisons preuve de retenue et nous nous abstenons de répondre aux frappes israéliennes quotidiennes », a confié M. Zein à notre publication. « Nous avons à maintes reprises répété que la balle est désormais dans le camp de l’État » pour réagir face aux attaques israéliennes, a ajouté le responsable, alors que le Liban est engagé dans des négociations avec Israël via le « Mécanisme », le comité de surveillance de la trêve. Il a en outre réitéré la position officielle du parti : « Que personne ne vienne nous parler de la deuxième phase du plan de désarmement avant le retrait israélien des points encore occupés au sud du Liban. »
Au cours de l'entretien, Joseph Aoun avait estimé que « la situation qui avait permis l’existence d’armes (hors du contrôle de l'Etat, ndlr) au Liban n’existe plus », ajoutant que « la présence de ces armes est devenue un fardeau pour [la base du Hezbollah] et pour le Liban dans son ensemble ». Ces propos interviennent trois jours après que le Conseil des ministres a chargé l’armée de préparer la deuxième phase du plan de désarmement, dont les détails devront être présentés en février au gouvernement. Lors de la première phase, le parti chiite ne s'est pas opposé au démantèlement de son arsenal au sud du Litani.
« Un chef de l’État n’a pas le droit de désigner un groupe de Libanais en les appelant “l’autre partie” », a encore indiqué M. Zein. Au cours de l’entretien, Joseph Aoun avait répondu à une question du journaliste Walid Abboud dans laquelle ce dernier opposait l'Etat à « l'autre partie » concernée par le processus de désarmement. Malgré cette déception, Youssef Zein a assuré que les contacts se poursuivaient entre le Hezbollah et Baabda « à travers les canaux de communication officiels », faisant référence au chef du bloc parlementaire du Hezbollah, Mohammad Raad, et à André Rahal, conseiller du président chargé de ce dossier.
La deuxième phase du plan de désarmement concerne les zones situées entre le fleuve Litani et la rivière Awali, au sud du Liban (au nord du Litani). Le Hezbollah a estimé à plusieurs reprises que l’accord de cessez-le-feu, signé en novembre 2024, exigeait du parti qu’il se désarme uniquement au sud du fleuve Litani. La résolution 1701 du Conseil de sécurité de l'ONU, qui se base elle-même sur l'accord de Taëf (1989), et sert de fondation à l'accord de trêve, réclame toutefois bien le désarmement total des milices et groupes non-étatiques.
« Une démarche responsable et réfléchie »
Parallèlement, plusieurs responsables, principalement issus des rangs politiques opposés au Hezbollah, ont salué les propos de Joseph Aoun. Achraf Rifi, député de Tripoli, a ainsi estimé sur X que « par ses positions, M. Aoun a fait preuve de fermeté et de respect des principes de souveraineté, face à l’insistance du Hezbollah à entraîner le Liban dans une nouvelle aventure destructrice ». Pour sa part, le député beyrouthin Fouad Makhzoumi a indiqué que l’intervention du président « reflétait une approche responsable et réfléchie face aux défis du pays ».
Mark Daou, parlementaire issu du mouvement de contestation de 2019, a souligné quant à lui : « Aoun l’a dit hier exactement comme il se doit : les armes du Hezbollah sont devenues un fardeau pour sa propre communauté et pour l’ensemble du Liban. Par conséquent, ce qu’il faut aujourd’hui avant demain, c’est fixer des délais clairs pour la restriction des armes sur tout le territoire libanais. » Enfin, le ministre de l’Information, Paul Morcos, a écrit sur X : « J’ai suivi avec une grande fierté l’entretien dans lequel le [président] s’est adressé aux Libanais avec clarté et franchise à un moment national important, à l’occasion du premier anniversaire de sa prise de fonctions. »
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