Les « négociations directes » entre le gouvernement libanais et Israël sont « la seule voie » pour rétablir la paix au Liban, a estimé mercredi le ministre libanais des Affaires étrangères lors d'une audition devant l'Assemblée nationale française.
« Le Hezbollah fait tout ce qu'il peut pour empêcher ces négociations directes », a déploré Youssef Raggi, entendu par la Commission des Affaires étrangères. « Mais pour l'Etat libanais, pour le gouvernement, c'est la seule voie pour essayer de voir comment régler le problème dans sa globalité », a-t-il ajouté, appelant au pragmatisme et soulignant que l'option militaire avait « prouvé son inefficacité ».
« La prétendue résistance menée par le Hezbollah (pro-iranien) n'a ni libéré Jérusalem, ni pu sauver Gaza, n'a même pas pu défendre le Liban », a également affirmé le ministre libanais, violemment hostile au Hezbollah et à son parrain iranien. « Au contraire, ça nous a précipité dans encore plus de violence, encore plus d'occupation (israélienne) ».
Il a en outre jugé « absurde » l'argumentaire du Hezbollah qui dit défendre « le pays contre l'invasion et contre l'occupation israélienne » puisque Israël a assuré n'avoir « aucune ambition territoriale sur le Liban ».
Israël occupe une partie du sud du Liban le long de sa frontière, et a avancé en profondeur dans le Liban comme jamais en près de 30 ans depuis le début de cette nouvelle guerre. « Il faut que les Israéliens se retirent, il faut désarmer le Hezbollah et il faut reconstruire. Dans cet ordre là », a également estimé Youssef Raggi, demandant à la France de mettre la pression à la fois sur Israël et sur l'Iran.
Le ministre libanais a enfin avancé qu'il ne s'agissait pas de désarmer le Hezbollah « pour faire plaisir aux Etats-Unis, ni aux Arabes, ni à la communauté internationale. C'est une demande, c'est une exigence purement libanaise ». Israël demande également ce désarmement avec force. « Nous voulons que le Hezbollah, comme toutes les autres petites organisations qui lui sont alliées (...) soient désarmées pour que nous puissions enfin vivre dans un pays normal », a-t-il ajouté, tout en reconnaissant la difficulté de la tâche.
« Ca fait 40 ans que le Hezbollah est en train de noyauter toutes les institutions, dans l'administration, dans le secteur économique, dans les services de sécurité, dans la justice », a-t-il dit, dénonçant en outre les « intimidations publiques » des juges, des élus.
Le Hezbollah a entraîné le 2 mars le Liban dans la guerre pour soutenir l'Iran attaqué par les Etats-Unis et Israël. Les frappes israéliennes ont depuis fait 3.666 morts, selon le dernier bilan des autorités libanaises. Interrogé par ailleurs sur la présence de réfugiés syriens au Liban, il a estimé que ceux-ci n'avaient « plus de raison de rester au Liban ».
Près d'un demi-million de réfugiés sont retournés en Syrie, mais environ un million restent au Liban. « On a beau les comprendre, leur poids devient énorme. Le Liban ne peut plus le supporter », a-t-il dit, exhortant la communauté internationale à aider les réfugiés en Syrie et non plus au Liban.