Peu après avoir planté son drapeau sur les ruines endommagées du château de Beaufort au terme d’une nuit de combats intenses, marquant ainsi un « tournant décisif » dans le conflit en cours contre le Hezbollah selon les mots du Premier ministre Benjamin Netanyahu, l’armée israélienne a exaucé le vœu de son ministre de la Sécurité nationale, la figure de l’extrême droite Itamar Ben Gvir, en lançant un ordre d’évacuation à l'adresse de tous les Libanais habitant dans la zone située au sud du fleuve Zahrani.
Publié en milieu de matinée sur le compte X du porte-parole arabophone de l’armée israélienne Avichay Adraee, l’ordre a été donné dans le prolongement d’une opération de grande envergure à Chebaa et Wadi Slouki, dans le cadre de l'élargissement de l’opération israélienne demandé par Benjamin Netanyahu et approuvé par le chef d’état-major israélien, le général Eyal Zamir. Le Zahrani prend sa source sur les hauteurs de Jezzine et se jette dans la Méditerranée au sud de Saïda, à environ 40 kilomètres de la frontière avec Israël. La nouvelle zone que l’État hébreu compte envahir pour exercer son « contrôle opérationnel », toujours selon les termes de Benjamin Netanyahu, est donc considérablement plus grande que les 600 km² qu’il occupe déjà.
Tout indique à ce stade que cet élargissement de l’offensive n’est que le début, en dépit des négociations directes en cours entre le Liban officiel et Israël, qui n’ont jusqu’ici donné qu’une période de cessez-le-feu renouvelée depuis le 17 avril, mais qui ne s’est absolument pas traduite sur le terrain.
La chaîne 12 israélienne a indiqué que le gouvernement de Benjamin Netanyahu compte demander une extension de l’appel des forces de réserve jusqu’au 31 juillet, tandis que la chaîne 14 a affirmé que le Premier ministre et son ministre de la Défense Israël Katz envisagent des bombardements d’envergure dans tout le Liban.
Séquence infernale
L’ordre d’évacuation a en tout cas marqué le début d’une nouvelle séquence infernale pour les habitants du Liban-Sud et d’une partie de la Békaa.
Plusieurs localités, dont Bourj Chemali (Tyr), Arzay (Saïda), Loubié (Nabatiyé) et Sarafand (Saïda), ont reçu des appels israéliens leur ordonnant d’évacuer les lieux, tandis que les bombardements provoquaient les premières victimes du jour, pour un bilan qui est désormais de 3 412 tués et 10 269 blessés, selon le ministère de la Santé. Une frappe près de l’hôpital Hiram à Tyr a fait treize blessés. Une autre frappe sur la même ville, la quatrième et dernière d’une série, est tombée non loin de l’hôpital Jabal Amel, selon notre correspondant Mountasser Abdallah. Outre Tyr, les localités de Nabatiyé, Yohmor el-Chaqif, Babliyé, Touline, Ghassaniyé, Debel, Jebchit, Maaraké ou encore Qalaouiyé font partie de la très longue liste des villes et villages meurtris au Liban-Sud.
Dans la Békaa, les habitants de Sohmor et de plusieurs villages ont aussi été appelés à fuir et le mohafez de la Békaa, Kamal Abou Jaoudé, a appelé à l’ouverture de davantage d’abris pour accueillir les déplacés. Une frappe de drone a également atteint la chaîne montagneuse orientale aux alentours de Nabi Chit, dans la Békaa, selon notre correspondante dans la région Sarah Abdallah. En fin de journée, ce fut au tour de Machghara, qui a déjà été pilonnée à plusieurs reprises par Israël ces derniers jours, de subir de nouveaux bombardements.
En fin de journée et jusqu’à 18h dimanche, des avions de chasse israéliens ont effectué 65 frappes touchant 35 villes et villages à travers le Liban-Sud, sans compter 13 autres frappes ciblant des sites dans 10 localités différentes. Les cazas de Bint Jbeil, Tyr, Nabatiyé, Saïda et Jezzine ont été touchés.
En réponse, le Hezbollah a lancé neuf attaques au cours de la journée, selon le décompte de notre correspondant. La veille, Israël avait bombardé 45 localités du Sud, tandis que le parti chiite avait effectué 24 opérations contre des cibles israéliennes dans le sud et le nord d’Israël, allant jusqu’à toucher Safed, près du lac de Tibériade. Dimanche, Le Hezbollah a affirmé avoir bombardé une position d’artillerie de l’armée israélienne à Adaïssé et tiré sur des soldats à Metula. Tout au long de la journée, l'armée israélienne a affirmé avoir intercepté plusieurs projectiles lancés depuis le Liban. Dans la matinée, elle a confirmé la mort d'un 25e soldats tué par un drone explosif lancé par le Hezbollah.
Nabih Berry monte au créneau
L’élargissement de l’offensive israélienne s’est fait dans un silence presque total de la classe politique. Le député du Hezbollah Ali Fayad a pris la parole au cours de la journée pour affirmer que l’absence de résultats concrets des récentes discussions directes à Washington entre les responsables libanais était la preuve de « l’échec du pari sur l’option des négociations directes avec l’ennemi ». Son collègue Hassan Fadlallah a pour sa part considéré que hisser le drapeau israélien sur le château de Beaufort « doit remuer les sentiments de tout patriote sincère » et assuré que le site n'était pas utilisé en tant que position militaire. En fin de journée, le président du Parlement Nabih Berry est à son tour monté au créneau. « Je garantis que la résistance s’engage pleinement, sans réserve et sans délai en faveur d’un cessez-le-feu. Mais la question est la suivante : qui obligera Israël à mettre fin à son agression par voies terrestre, maritime et aérienne, et à cesser de démolir des villages et des maisons ? » a-t-il déclaré sur la chaîne NBN.
La France a de son côté décidé de convoquer le Conseil de sécurité de l’ONU pour une réunion d’urgence, selon le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, qui en a informé son homologue libanais Joe Raggi. Cette réunion aura normalement lieu lundi. Le chef du Quai d'Orsay a réaffirmé à M. Raggi la solidarité de son pays avec le Liban et son engagement ferme à respecter sa pleine souveraineté. Il a aussi souligné le soutien de Paris aux négociations directes comme seule voie pour parvenir à une solution durable à la crise.
Des partisans du Hezbollah se sont enfin rassemblés dimanche après-midi sur la place des Martyrs à Beyrouth pour un sit-in dénonçant la direction politique du Liban et les institutions officielles, et les accusant de ne pas protéger le pays et ses citoyens, selon le correspondant de L’Orient-Le Jour.