Un pétrolier déjà attaqué vendredi a été de nouveau pris pour cible samedi par un drone naval au large des côtes turques en mer Noire, après une explosion intervenue à bord d'un autre navire servant également aux exportations de pétrole russe, ont indiqué les autorités turques.
« Le navire Virat, attaqué par des engins sans équipage à environ 35 milles nautiques (environ 65 kilomètres, ndlr) des côtes de la mer Noire, a de nouveau été attaqué ce matin par des véhicules marins sans équipage », a annoncé le ministère turc des Transports dans un communiqué.
Le pétrolier, battant pavillon gambien et considéré comme appartenant à la flotte fantôme russe, « a subi des dommages mineurs sur son flanc tribord, au-dessus de la ligne de flottaison », a précisé le ministère, soulignant qu' « aucun incendie ne s'est déclaré à bord et (que) l'équipage est sain et sauf ».
« Les équipes de secours maintiennent une distance de sécurité avec le navire, faute d'appels d'urgence », ajoute le ministère, sans attribuer la responsabilité de l'attaque, non revendiquée à ce stade.
Un deuxième pétrolier battant lui aussi pavillon gambien, en route pour la Russie, avait déjà pris feu vendredi soir à 28 milles (52 km environ) des côtes turques à la suite d'une explosion survenue dans les eaux territoriales turques, selon les autorités d'Ankara.
Vingt-cinq membres d'équipage de ce navire, le Kairos, ont été évacués sains et saufs, a indiqué samedi le ministre turc des Transports, Adbulkadir Uraloglu.
Les deux pétroliers font l'objet de sanctions occidentales en raison de leur transport de pétrole depuis les ports russes, malgré l'embargo décrété après l'invasion russe de l'Ukraine en février 2022. La Direction turque des affaires maritimes (DGM) avait publié vendredi soir des images du Kairos en proie aux flammes et surmonté d'une épaisse fumée noire.
La DGM avait précisé que les cales du pétrolier étaient vides - hormis son propre carburant- et qu'il était en route pour le port russe de Novorossiïsk, situé sur la côte nord-est de la mer Noire près de l'entrée de la mer d'Azov, dans le sud de la Russie.
L'important terminal pétrolier situé près du port de Novorossiisk a également interrompu ses activités tôt samedi après qu'une attaque de drone naval a endommagé l'un de ses trois points d'amarrage, a annoncé son exploitant en dénonçant une « attaque terroriste ciblée ».
Les autorités turques, qui n'ont pas constaté à ce stade de pollution aux abords du Kairos, ont indiqué qu'une équipe d'experts en environnement et de plongeurs serait déployée une fois l'incendie éteint à bord du navire. Selon le site spécialisé Vesselfinder, le Kairos date de 2002 et le Virat de 2018. Les deux bâtiments sont visés par des sanctions européennes et du Commonwealth, mais aussi des Etats-Unis pour le Virat.
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Veuillez vous connecter pour visualiser les résultatsLe bilan des inondations provoquées par des pluies torrentielles en Indonésie, Thaïlande et Malaisie s'élève à plus de 350 morts samedi, selon les derniers chiffres des autorités locales. Dans les trois pays, les mêmes images de villes inondées, de populations piégées par les eaux, et de glissements de terrain entraînés par le déluge qui s'abat depuis plusieurs jours.
L'agence des catastrophes indonésienne a fait état de plus de 200 morts ; le gouvernement de la Thaïlande a rapporté que 162 personnes ont été tuées dans le sud du pays ; les autorités malaisiennes ont recensé deux victimes.
En Indonésie, la province du Sumatra du Nord est la plus endeuillée, avec 116 morts. Dans le Sumatra occidental, le bilan a presque triplé, de 23 à 61 décès, avec « 90 personnes toujours introuvables », selon le porte-parole de l'agence de gestion des catastrophes régionale, Ilham Wahab. Et dans la province d'Aceh, au moins 35 personnes ont péri. Samedi, les secours s'efforçaient de rallier les zones de l'île de Sumatra les plus gravement touchées.
En Thaïlande, « le total des morts dans les sept provinces (concernées) s'établit à 162, dont 126 à Songkhla », la plus durement frappée, a indiqué samedi en conférence de presse le porte-parole du gouvernement, Siripong Angkasakulkiat.
Les eaux sont montées jusqu'à trois mètres dans cette région, qui a connu l'un de ses pires épisodes d'inondations de la décennie. Afin de suppléer des morgues surchargées, des camions frigorifiques ont été mobilisés pour entreposer les corps des victimes.
Vendredi, le Premier ministre thaïlandais Anutin Charnvirakul s'est rendu dans un refuge du district de Hat Yai, sévèrement touché. « Je dois vraiment présenter mes excuses pour avoir laissé cela se produire alors que je suis au gouvernement », a-t-il dit sur la chaîne AmarinTV. « La prochaine étape est d'éviter que la situation se détériore », a ajouté le dirigeant, expliquant que les opérations de nettoyage dans le district prendraient deux semaines.
Le gouvernement a annoncé des compensations s'élevant jusqu'à 62.000 dollars pour les familles endeuillées par ces catastrophes. La grogne publique monte en Thaïlande face à la gestion de la situation. Deux responsables locaux ont été suspendus pour manquements présumés. En Malaisie voisine, deux personnes ont été tuées par des inondations dans l'Etat de Perlis (nord).
La saison de la mousson, qui s'étend généralement de juin à septembre, est souvent synonyme de fortes précipitations dans la région, avec des risques de glissements de terrain et de crues subites. En Indonésie et en Thaïlande, les bilans humains sont parmi les pires de ces dernières années pour des inondations. Par ailleurs, en Asie du Sud, le Sri Lanka a lui aussi subi des pluies diluviennes cette semaine, apportées par le cyclone Ditwah, qui progresse vers l'Inde.
Le Centre de gestion des catastrophes de l'île a communiqué samedi un bilan d'au moins 123 morts dans des inondations et des glissements de terrain, avec près de 44.000 déplacés. Le gouvernement a sollicité une aide internationale et appelé ses ressortissants à l'étranger à faire des dons pour soutenir les près de 500.000 personnes touchées. Les pires inondations du siècle au Sri Lanka, en 2003, avaient fait 254 morts.
Selon les scientifiques, le réchauffement climatique engendré par l'activité humaine rend les phénomènes météorologiques extrêmes plus fréquents, plus meurtriers et plus destructeurs. Pour chaque degré supplémentaire, l'atmosphère peut contenir 7% d'humidité en plus, avec des retombées hydriques plus lourdes, préviennent les experts.
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Veuillez vous connecter pour visualiser les résultatsDepuis un an, l'armée pakistanaise n'a cessé d'accroître son pouvoir à coups de réformes constitutionnelles, accordant l'immunité à son chef et tirant profit des tensions régionales, jusqu'à faire de l'ombre au gouvernement civil. L'armée a dirigé le Pakistan grâce à plusieurs coups d'État pendant près de la moitié de son histoire, depuis son indépendance en 1947.
Mais seul un dictateur, le général Pervez Musharraf, arrivé au pouvoir en 1999 et à la tête du pays pendant près d'une décennie, a été jugé pour « trahison ». Ces poursuites ne pourraient plus s'appliquer à l'actuel chef d'état-major, le maréchal Asim Munir : déjà considéré comme l'homme le plus puissant du pays, il s'est vu accorder, grâce à une réforme constitutionnelle controversée adoptée en novembre, l'immunité à vie.
Selon ce texte, le président ainsi que toute personne se voyant décerner le grade de maréchal, attribué à Asim Munir après le conflit meurtrier qui a opposé en mai le Pakistan à son voisin et rival historique indien, deviennent intouchable.
« Si Asim Munir venait à imposer la loi martiale demain, il ne pourrait jamais être jugé pour trahison. Donc théoriquement, un coup d'État est possible », pointe auprès de l'AFP la politologue et spécialiste de l'armée Ayesha Siddiqa. « Ces amendements auront des conséquences considérables sur les principes de démocratie et d'Etat de droit », a mis en garde vendredi le porte-parole du Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'Homme (HCDH), Jeremy Laurence.
Principale ONG de défense des libertés, la Commission pakistanaise des droits humains (HRCP) s'est aussi inquiétée de la possibilité que « l'immunité à vie accordée à des responsables de la fonction publique concentre un pouvoir illimité entre les mains d'une poignée de personnes ». « La Constitution est bafouée sous un gouvernement civil, et non pas sous une loi martiale imposée », s'est également alarmé le juriste Osama Malik.
Contactés par l'AFP, ni le gouvernement, ni l'armée n'ont commenté. Si l'opposition a dénoncé un « coup de grâce porté à la démocratie », aucune manifestation massive n'a été organisée et seuls quelques journaux et internautes ont osé critiquer ouvertement ces changements.
L'opinion publique, autrefois hostile à l'armée, lui est beaucoup plus favorable depuis le conflit armé avec l'Inde, vu, du Pakistan, comme une victoire d'Asim Munir, et en plein contexte d'escalade avec l'Afghanistan.
Dans le cinquième pays le plus peuplé au monde, jamais un Premier ministre n'a achevé un mandat et le gouvernement reconnaît de plus en plus ouvertement le rôle central de l'armée dans la gestion des affaires de l'État.
Le ministre de la Défense, Khawaja Asif, a même qualifié en septembre le modèle pakistanais d' « hybride ». Auprès du média Zeteo, il a assuré que les décisions « sont prises par consensus entre dirigeants civils et militaires », tout en affirmant qu'Asim Munir n'a pas plus de pouvoir que les ministres du gouvernement.
L'armée, de longue date accusée d'interférer en politique et dans les élections, s'en défend. Des experts soulignent que même Imran Khan, ancien Premier ministre et bête noire du pouvoir actuel, avait contribué à renforcer le pouvoir militaire.
Il « avait prolongé le mandat du chef d'état-major de l'armée », avant M. Munir, et « d'autres Premiers ministres ont accordé plus de pouvoirs à l'armée », souligne l'analyste Ahmed Mahboob. Mais en 2022, Imran Khan a limogé Asim Munir, alors chef des puissants services secrets, et, estiment les experts, perdu le soutien de l'armée avant d'être destitué peu après, à la suite d'un vote de défiance.
Son successeur, Shehbaz Sharif, a promu Asim Munir chef d'état-major des armées. Imran Khan croupit aujourd'hui en prison, mis en cause dans plus de 200 affaires de corruption que ses soutiens estiment « politiques ».
Le ressentiment des partisans d'Imran Khan avait débouché, après des élections législatives entachées d'allégations de fraude, sur de nombreuses manifestations en 2023 et 2024, et de violents affrontements avec les autorités. Mais la rhétorique anti-armée qui se propageait dans le pays a connu une tendance inverse cette année.
« Tout ce qui se passe au Pakistan, notamment les modifications de la Constitution, est motivé par la crainte d'Imran Khan et de sa popularité », assure auprès de l'AFP Zulfi Bukhari, porte-parole de son parti, le Pakistan Tehreek-e-Insaf (PTI).
La dernière réforme constitutionnelle, aussi accusée de remettre en cause l'indépendance de la justice, confère au maréchal Munir le titre de « chef des forces de défense », lui donnant le contrôle des armées de l'air et de la marine, en plus de l'armée de terre, bouleversant toute la chaîne de commandement.
Alors qu'il devait quitter ses fonctions en 2027, il pourra maintenant rester à la tête de l'armée jusqu'en 2030, ce qui lui « permettra de superviser les prochaines élections » de 2029, note Ayesha Siddiqa. En quête de légitimité à l'international, il a renforcé son prestige en participant à deux visites officielles aux Etats-Unis. Sur plusieurs photographies à la Maison Blanche, il a troqué son habituel uniforme pour arborer cette fois un costume bleu foncé, et se tient fièrement aux côtés de Shehbaz Sharif et de Donald Trump. Celui-ci l'a appelé « son maréchal préféré ».
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