Jeudi après-midi, un peu plus d’une centaine de manifestants se sont regroupés devant l’ambassade d’Iran à Bir Hassan, dans la banlieue sud de Beyrouth, pour protester contre le retrait par le Liban de l’accréditation de l’ambassadeur iranien, Mohammad Reza Shibani. La foule, essentiellement masculine et jeune, brandissait des drapeaux iraniens, libanais et du Hezbollah.
Parmi les manifestants, Diana, habitante du quartier, tient un drapeau libanais et dénonce ce qu’elle considère comme une humiliation pour le pays. « Cette décision n’est pas libanaise. C’est une décision d’humiliation », assure-t-elle à notre journaliste sur place, Lyana Alameddine.
« Je suis avec l’Iran qui défend tout le monde sans distinction, peu importe la religion », assure Hassan, originaire de Baalbeck et résident de la banlieue sud de Beyrouth. Eux nous défendent et on leur fait ça ? Vers où veulent-ils que le pays aille ? (Le chef de la diplomatie libanaise Joe) Raggi, n'est pas mon ministre ». « Si notre commandement nous demande d’agir, on fera tomber le président et le Premier ministre, dit encore le jeune homme, drapeau iranien a la main. Mais notre commandement est patient : il ne veut pas de guerre civile. Notre cœur brûle. L’État ne nous regarde pas. Seule la résistance aide et des gens bien ».
Les Forces de sécurité intérieure (FSI) et l’armée libanaise sont présentes sur place, ainsi que des secouristes du Comité islamique de secours du Hezbollah. Une grande pancarte représentant l'ancien guide suprême iranien Ali Khamenei donnant le drapeau iranien à son fils et successeur Mojtaba Khamenei est sur les lieux. Le Hezbollah est entré dans la guerre au Moyen-Orient le 2 mars pour venger la mort de Khamenei, tué au premier jour des frappes israélo-américaines sur l'Iran le 28 février. Depuis, Israël mène des représailles massives à travers une vaste campagne de frappes aériennes sur le Liban et d'avancées terrestres dans une zone tampon le long de la frontière. Le Hezbollah continue de lancer des salves de roquettes de l'autre côté de la frontière.
Mardi, le ministère libanais des Affaires étrangères a convoqué le chargé d’affaires iranien, Toufic Samadi Khoshkhou, pour lui notifier que le Liban avait retiré l’accréditation de l’ambassadeur iranien, Mohammad Reza Shibani. Cette décision a été prise alors que l'État libanais tente de se distancier autant que possible de l'Iran et de ses gardiens de la révolution, afin de se tenir à l'écart de la guerre opposant ce pays et le parti-milice pro-iranien du Hezbollah aux États-Unis et à Israël, et au lendemain d'une frappe ciblée israélienne à Hazmieh, une banlieue de Beyrouth, visant un membre « de la force al-Qods » des gardiens de la révolution, son unité d'élite. Le Hezbollah avait vivement critiqué la décision, estimant qu’elle est « dépourvue de tout fondement légal » et constitue une « soumission manifeste à des pressions et diktats extérieurs ». De son côté, le mouvement chiite Amal, allié du Hezbollah, avait également appelé l'État à revenir sur sa décision pour « éviter au pays de sombrer dans une crise politique et nationale ».
Des slogans ponctuent le rassemblement : « Mort aux États-Unis ! », « Mort à Israël ! », ou encore « Labayka ya Nasrallah ! », dans le sens de 'Nous voici Nasrallah', l'ancien chef du Hezbollah tué par Israël en 2024.
Leila, 56 ans, brandissant le portrait de de l'ayatollah Ruhollah Khomeini, fondateur de la République islamique, d'Ali Khamenei et de Mojtaba Khamenei assure : « Nous n’avons pas peur. Israël doit avoir peur de nous. Je suis venue pour défendre notre présence et notre position. Ce sont eux qui se sont tenus pour nous dans toutes les guerres. On vient leur dire merci. L’ambassadeur ne partira pas du Liban ». Un autre homme prend le micro et insiste : « Revenez sur votre décision. Nous allons sortir victorieux de cette guerre. Le peuple libanais veut que Shibani reste ».
Vous avez déjà un compte? Connectez-vous ici
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultatsL'armée israélienne avance toujours plus en profondeur au Liban-Sud, et principalement dans le caza de Marjeyoun, dans le secteur-est, en tentant de prendre le contrôle des villages de Deir Seriane et Qantara, à plus de neuf kilomètres de la Ligne bleue. Une invasion qui se poursuit sous couvert de frappes israéliennes intenses sur la zone et ses environs, notamment avec des obus au phosphore blanc, et fait face à des attaques répétées du Hezbollah, qui a revendiqué la destruction d'une vingtaine de chars Merkava depuis la nuit.
De son côté, l'armée israélienne a annoncé qu'un soldat de sa brigade Golani, relevant d'une « unité de reconnaissance », a été tué au Liban-Sud dans un « échange de tirs » vers 2h du matin. Il s'agit du troisième militaire israélien tué au Liban depuis début mars. Outre ce soldat tué, identifié comme étant Ori Greenberg, âgé de 21 ans, des éclats provenant de tirs israéliens ont légèrement blessé un officier israélien au Liban-Sud, tandis que 14 autres militaires ont dû être évacués « en raison d'une hypothermie » et souffrent de « blessures légères liées au froid. » L'armée avait en outre fait état de deux autres soldats grièvement blessés dans des tirs d'obus de mortier et de roquette au Liban-Sud.
De rares reconnaissances de pertes dans les rangs israéliens publiées alors que la nuit de mercredi à jeudi a été marquée par le début de violents affrontements terrestres entre le Hezbollah et l’armée israélienne, notamment au niveau de nouveaux villages dans le viseur des Israéliens, Qantara et Deir Seriane. La formation chiite a affirmé avoir détruit, dans la nuit et la journée, au moins une vingtaine de chars Merkava et fait plusieurs blessés dans les rangs de l’armée israélienne. Une embuscade a notamment été tendue par le parti-milice, qui dit avoir également étruit dans des tirs, dont de missiles guidés, deux bulldozers D9. Dans une autre opération nocturne, le Hezbollah a également indiqué qu’un hélicoptère de l’armée israélienne, qui tentait d’évacuer les blessés issus des affrontements, a été visé par un missile de défense aérienne et contraint de battre en retraite. Tout au long de la journée, des tirs sporadiques continuaient d'être entendus sur cet axe Taybé – Deir Seriane – Qantara, rapporte notre correspondant au Liban-Sud, Mountasser Abdallah. Parallèlement, des localités situées en face de cet axe sont soumises à un bombardement d’artillerie israélien intense, dont certains avec des obus au phosphore blanc, visant plusieurs villages du caza de Nabatiyé, notamment Arnoun, Yohmor et Zaoutar el-Charkiyé et el-Gharbiyé.

Le mouvement chiite a par ailleurs indiqué avoir ciblé ce matin à l’aube, un rassemblement de soldats et de véhicules de l’armée israélienne à Kaouzah (Bint Jbeil), par une salve de roquettes.
Outre les attaques menées sur des soldats israéliens en territoire libanais, le Hezbollah a revendiqué dans la nuit puis tout au long de la journée, des dizaines d'attaques sur le nord d'Israël. Il a notamment dit avoir visé Tel-Aviv, et notamment sur le siège du ministère israélien de la Défense, ainsi qu'une base relevant du renseignement militaire au nord de Tel-Aviv, visés par des missiles de précision, selon les différents communiqués du Hezbollah. Selon un recensement effectué par le Haaretz, les sirènes d’alerte ont retenti 48 fois hier en Israël, en raison des tirs distincts provenant de l’Iran et du Hezbollah, envoyant 6,6 millions d’Israéliens aux abris. Plusieurs sites dans le nord d’Israël, jusqu’à Haïfa et Tel Aviv, ont subi des dégâts à la suite d’impacts de roquettes. Le parti-milice a en outre revendiqué des tirs de roquettes et des attaques de drones kamikazes sur une série de bases et villages du nord d'Israël, qui ont notamment fait deux blessés légers à Liman.
De nombreuses frappes aériennes se sont abattues sur le Sud, dont les villes de Nabatiyé et Bint Jbeil mais également plusieurs villages. Trois personnes ont, selon nos informations et les bilans du ministère de la Santé, été tuées à Kounine, trois à Bint Jbeil et deux sur un complexe commercial de Kfar Remmane, dans le caza de Nabatiyé. En milieu d'après-midi, l’armée israélienne a lancé de nouveau un avertissement aux habitants du Liban-Sud se trouvant au sud du fleuve Zahrani, les appelant à évacuer immédiatement leurs domiciles et à se diriger vers le nord du fleuve. En parallèle, elle aurait contacté la Défense civile à Tyr pour lui demander d’évacuer les habitants encore présents dans plusieurs localités des environs de la ville, notamment Deir Kanoun el-Nahr, Tayr Felsay, Maaroub, Bourj el-Chemali et Kfardounine, selon une source au sein de l’organisation de secours citée par notre correspondant dans le Sud, Mountasser Abdallah.
Le lieutenant-colonel Nadav Shoshani, porte-parole de l'armée israélienne, a indiqué en outre avoir tué environ 700 membres du Hezbollah depuis le début de son offensive au Liban, le 2 mars.
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Veuillez vous connecter pour visualiser les résultatsAlors que la guerre régionale se poursuit depuis presque quatre semaines, le mot « annulé » reste celui qui apparaît le plus sur le tableau des arrivées et des départs de vols du site de l’Aéroport international de Beyrouth.
Jusqu’à présent, seules la Middle East Airlines (MEA), qui n’a jamais interrompu ses vols au prix d’un réaménagement massif de sa grille, et la Royal Jordanian, qui a réactivé de manière hésitante sa liaison Beyrouth-Amman depuis le 21 mars, tentent d’assurer des liaisons quotidiennes depuis le 24, non sans mal. Le vol de la compagnie nationale jordanienne attendu à 11h40 jeudi matin a été décalé d’au moins une heure, selon le standard de l’AIB que nous avons contacté, et était marqué comme annulé sur le site de l’infrastructure.
Les autres compagnies aériennes ont toutes prolongé la suspension de leurs vols vers et à destination de Beyrouth jusqu’à au moins avril. L’Orient-Le Jour fait le point sur les mises à jour les plus récentes.
À noter d’abord qu’il n’y a pas de changement majeur à signaler au niveau de l’ouverture des espaces aériens au Moyen-Orient et dans le Golfe par rapport à la semaine dernière et que, dans la majeure partie des cas, les compagnies aériennes qui suspendent leurs vols vers Beyrouth font de même – avec certaines différences de dates – pour leurs liaisons vers Israël et les autres pays de la région les plus exposés à la guerre.
À noter aussi que plusieurs compagnies du Golfe ne venaient plus au Liban bien avant la guerre, en raison du contexte global de tensions entre certains pays de la région et Beyrouth. Une situation qui concerne principalement l’Arabie saoudite, Bahreïn et le Koweït, comme nous l’ont rappelé et confirmé deux sources au sein d’agences de voyages que nous avons contactées pour croiser nos informations.
Enfin, les compagnies qui décident de suspendre leurs vols sur de longues périodes sont généralement celles qui parviennent à réaffecter leurs avions sur d’autres trajets pour limiter les pertes – si l’on exclut les facteurs liés à l’assurance ou à la rentabilité. Un luxe que n’ont pas les compagnies du Golfe, qui ont vu la quasi-totalité de leur flotte clouée au sol pendant les premiers jours du conflit et qui reprennent depuis difficilement leur rythme d’avant la guerre. Selon les données de Flightradar24.com reprises par Reuters, Qatar Airways ne fonctionne qu’à un cinquième de ses capacités pour l’instant, contre les trois quarts pour Emirates, un tiers pour Flydubai ou encore la moitié pour Air Arabia et Etihad.
Selon une source au sein des agences, la majorité des compagnies reverront rapidement leur décision de suspendre leurs vols si la situation s’améliore de manière significative. « Mais il faudra que les signes soient concrets et que les prix du carburant se stabilisent », indique la source. Une autre insiste sur le fait qu’il existe toujours un moyen de répondre à la demande, avec des escales et la MEA pour assurer le dernier segment ralliant Beyrouth.
Quant aux transporteurs qui ont suspendu leurs vols vers le Liban pour des périodes précises :
Turkish Airlines : la compagnie nationale turque, qui évaluait la situation chaque semaine, a annoncé mercredi à ses partenaires au Liban qu’elle suspendait ses vols entre Istanbul et Beyrouth jusqu’au 9 avril « en raison de la situation dans la région ».
Pegasus : la low-cost turque indique sur son site internet que ses vols vers Beyrouth sont suspendus jusqu’au 12 avril, « en raison des restrictions des espaces aériens et des développements récents ».
SunExpress : le transporteur turco-allemand, qui relie Beyrouth à Antalya ou Izmir, n’envisage pas de reprendre ses vols avant le 1er mai.
Air France et Transavia : la compagnie aérienne du groupe Air France-KLM a prolongé cette semaine la suspension de ses vols du 28 mars au 4 avril, selon un message transmis aux agences de voyages, offrant la possibilité aux voyageurs d’être redirigés vers d’autres vols de ses partenaires MEA, Royal Jordanian et Delta Airlines – pour les segments à partir de Paris. Ce délai s’applique a priori également à Transavia, la low-cost du groupe.
Egypt Air : le transporteur égyptien a annoncé mardi à ses partenaires qu’il prolongeait la suspension de sa liaison Beyrouth-Le Caire jusqu’au 15 avril inclus, invoquant des « raisons de sécurité ».
Groupe Lufthansa : le groupe aérien allemand a annoncé mardi que les vols vers Beyrouth de ses différentes compagnies seraient suspendus jusqu’au 30 avril. La décision concerne Lufthansa, SWISS, Austrian Airlines, Brussels Airlines, ITA Airways, Edelweiss, Eurowings et la filiale de transport de marchandises Lufthansa Cargo.
Qatar Airways : la compagnie qatarie avait un temps suspendu tous ses vols en raison de la fermeture de l’espace aérien du pays, qui partage une frontière maritime avec l’Iran. Elle a repris progressivement ses opérations au début de la première semaine de mars, mais n’a toujours pas inscrit le Liban dans la liste de ses destinations desservies publiées sur son site.
Emirates, Flydubai et Etihad : Emirates et sa low-cost Flydubai ne devraient pas reprendre les vols vers et depuis le Liban avant le 15 avril au mieux, selon nos sources au sein des agences de voyages. Etihad n’envisage pas de revenir au Liban non plus avant le 15 avril au mieux.
Aegean Airlines : la compagnie grecque, qui espérait revenir à Beyrouth à partir du 29 mars, a repoussé cette date au 23 avril, selon une annonce publiée sur son site.
LOT : la compagnie polonaise a annoncé sur son site avoir prolongé d’un mois, soit jusqu’au 30 avril, la suspension de ses vols vers le Liban, qui ne reprendront pas avant début mai.
Cyprus Airways : dans un communiqué repris par certains médias internationaux, la compagnie chypriote a annoncé suspendre ses vols vers Beyrouth, Dubaï et Tel-Aviv jusqu’au 31 mars.
Sundair : la compagnie allemande a suspendu ses vols vers Beyrouth jusqu’au 12 avril, sauf amélioration notable de la situation d’ici là.
Ethiopian Airlines : la compagnie africaine n’a toujours pas communiqué de date pour la suspension ou la reprise de ses vols vers Beyrouth.
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