16.05.2023 à 02:00
Communiqué de presse commun avec les Amis de la Terre France, Notre Affaire à Tous et Oxfam France.
Après avoir largement alerté sur les risques liés aux soutiens de BNP Paribas au développement des énergies fossiles, des représentants de la communauté scientifique, le collectif Scientifiques en rébellion et les associations de L’Affaire BNP ont demandé des comptes au Conseil d’administration de la banque, réuni pour son Assemblée générale annuelle ce matin à Paris. Face au manque d’ambition climatique de BNP, des scientifiques dont 10 co-auteurs du GIEC (1) ont en effet remis en question la stratégie climatique de la banque, l’appelant à renoncer à alimenter les nouveaux projets pétroliers et gaziers. En réponse, le CA de BNP n’a pas fait de nouvelles annonces et poursuit son déni de la science ; les actionnaires, eux, ont accueilli les questions des scientifiques et activistes avec des huées et des insultes.
Le 23 février dernier, les Amis de la Terre France, Notre Affaire à Tous et Oxfam France assignaient BNP Paribas en justice pour non-respect de son devoir de vigilance climatique (2). Le lendemain, 600 scientifiques publiaient une lettre ouverte au Conseil d’administration de la banque, lui demandant de cesser urgemment de soutenir financièrement, directement ou indirectement, les nouveaux projets pétroliers et gaziers (3).
Face aux alertes qui se sont multipliées au cours des derniers mois, concernant les pratiques de BNP Paribas, la banque a annoncé fin janvier de nouveaux engagements qui restent largement insuffisants (4). En témoignent ses nouveaux financements significatifs accordés en février 2023 à deux entreprises parmi les plus agressives dans le développement de projets fossiles : la major britannique BP et le géant saoudien Saudi Aramco (5). Si BNP Paribas a précisé ses engagements en communiquant jeudi dernier sur la fin de ses financements dédiés aux nouveaux champs pétroliers ou gaziers, le soutien financier aux entreprises qui portent ces projets et donc le développement de nouveaux projets fossiles peut hélas perdurer (6).
« Les annonces récentes et les réponses du PDG de BNP ce matin sont insuffisantes pour répondre aux exigences scientifiques élémentaires. Est-ce que la banque demande à ses entreprises clientes de cesser de développer de nouveaux projets de pétrole et gaz ? Non. Est-ce qu’elle demande aux entreprises d’avoir un plan de sortie progressif en dehors du pétrole et gaz d’ici 2040-50 au plus tard ? Non. » déclare Justine Ripoll, responsable de campagnes pour Notre Affaire à Tous.
BNP est un poids lourd dans le financement de nouvelles bombes climatiques : comme l’a récemment révélé un rapport international publié par 624 organisations (7), BNP Paribas a même augmenté ses financements aux énergies fossiles l’année dernière, et est désormais le quatrième financeur mondial du développement des énergies fossiles avec 64,2 milliards de dollars de financements depuis 2016.
BNP Paribas est le premier financeur mondial des 9 grandes majors pétro-gazières européennes et américaines depuis 2016, et le deuxième plus gros financeur de Total (7). « Sa connivence avec Total, qui défendra encore une stratégie délétère autant pour le climat que pour les droits humains la semaine prochaine à l’occasion de sa propre assemblée générale, ne s’arrête pas là. Jean Lemierre qui s’est aujourd’hui fait réélire président de BNP continue dans le même temps de siéger au Conseil d’administration du géant des énergies fossiles », poursuit Lorette Philippot, chargée de campagne aux Amis de la Terre France.
C’est pourquoi plusieurs scientifiques ont décidé cette année de s’inviter à l’Assemblée générale de la banque afin de questionner et interpeller directement son Conseil d’administration. Olivier Aumont, chercheur en océanographie et membre du collectif Scientifiques en rébellion, explique : « Alors que les scientifiques tirent la sonnette d’alarme depuis des décennies, BNP Paribas, qui se prétend une banque verte, n’a même pas pris la peine de répondre à notre lettre ouverte signée par 600 scientifiques. Pour tenter de faire entendre le consensus scientifique concernant la catastrophe climatique en cours, nous avons dû acheter des actions de BNP Paribas pour intervenir lors de son Assemblée générale, quelques jours après que des collègues scientifiques ont mené des actions de désobéissance civile contre cette banque (8). Que faut-il faire de plus ? ».
Plusieurs questions ont été posées à l’écrit (1) et à l’oral au nom des 600 scientifiques ayant signé la lettre ouverte (2), dont dix co-auteurs de rapports du GIEC — parmi lesquels Jean Jouzel, Christophe Cassou ou Céline Guivarch. Leurs auteurs ont rappelé le consensus scientifique univoque et reconnu par l’Agence internationale de l’énergie sur la nécessité de cesser tout investissement dans de nouvelles ressources d’énergies fossiles. Ils ont appelé BNP Paribas à prendre acte de cette réalité physique en s’engageant dès ce jour à ne plus soutenir directement et indirectement de nouveaux projets de pétrole et de gaz.
Des représentants de communautés victimes en Argentine et aux Philippines de projets pétroliers et gaziers soutenus par BNP Paribas étaient également présentes à l’Assemblée générale. Ces communautés ont mis la direction de la banque face à ses responsabilités concernant les violations des droits humains et les ravages environnementaux causés par les investissements de clients clés de BNP Paribas comme Shell et Total (9).
Alexandre Poidatz, responsable de plaidoyer chez Oxfam France, conclut : « La désobéissance est du côté des actionnaires de BNP cette année. Ils n’ont pas laissé les scientifiques poser leurs questions. Ils ont même hué et insulté (« go back home », « cállate ») les activistes venus témoigner de l’impact dramatique des projets pétro-gaziers sur leurs territoires. »
(1) Une série de questions a été rédigée et soumise au Conseil d’administration de BNP Paribas par des membres de Scientifiques en rébellion et plusieurs co-auteurs de rapports du GIEC : Christophe Cassou (climatologue, co-auteur du 6e rapport du GIEC), Jean-Pierre Gattuso (océanographe, co-auteur du 5e rapport et de deux rapports spéciaux du GIEC), Céline Guivarch (économiste, co-autrice du 6e rapport du GIEC), Jean Jouzel (climatologue, ex-vice-président du groupe scientifique du GIEC), Wolfgang Cramer (écologue, co-auteur du 6e rapport GIEC), Jean-Baptiste Sallée (climatologue, co-auteur du 6e rapport GIEC), Julia Steinberger (économiste, co-autrice du 6e rapport GIEC), Gonéri Le Cozannet (géographe, co-auteur du 6e rapport GIEC).
Elles sont portées au nom des 600 scientifiques ayant signé la lettre ouverte du 24 février 2023. Les questions posées par les scientifiques sont disponibles sur le Club de Mediapart. Les questions des associations de « L’Affaire BNP » sont disponibles en ligne, ainsi que les réponses de BNP Paribas.
(2) Communiqué de presse et dossier de presse de l’assignation de BNP Paribas par les trois associations (février 2023).
(3) Lettre ouverte de 600 scientifiques adressée au Conseil d’administration de BNP Paribas (février 2023).
(4) Les Amis de la Terre France, Notre Affaire à Tous et Oxfam France (janvier 2023). L’Affaire BNP : Menacée d’une action en justice, BNP Paribas communique mais ne répond pas aux demandes des ONG.
(5) L’ONG Reclaim Finance a identifié ces deux transactions. BNP Paribas a aidé BP à émettre une obligation d’une valeur de 2,5 milliards de dollars le 9 février. Cette transaction a eu lieu alors la major a récemment revu à la baisse sur ses objectifs de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre et de sa production de pétrole et gaz. BNP également participé à l’émission d’un ensemble d’obligations d’une valeur totale de 4,5 milliards de dollars le 23 février pour Saudi Aramco, l’entreprise développant le plus de nouveaux projets pétro-gaziers au monde.
(6) Les Amis de la Terre France, Notre Affaire à Tous et Oxfam France (mai 2023). Climat : BNP fait un petit pas mais ne répond toujours pas au consensus scientifique.
(7) Données issues du rapport annuel et international « Banking On Climate Chaos » (avril 2023).
(8) Scientifiques en rébellion (mai 2023). Les scientifiques en rébellion dénoncent le financement de nouveaux projets d’énergie fossile par BNP Paribas. Des dizaines d’actions dans toute la France.
(9) Étaient présents : Edwin Garigue, prêtre catholique et un militant écologiste philippin qui est actuellement au cœur du mouvement de résistance contre les plans d’expansion massive du GNL dans le passage de l’île Verde ; Fernando Barraza, représentant de la communauté Mapuche de Neuquén en Argentine qui lutte contre l’accélération de l’exploitation des pétrole et gaz de schiste dans le bassin de Vaca Muerta. En savoir plus dans le dossier de presse de Reclaim Finance.
16.05.2023 à 02:00
Après avoir largement alerté sur les risques liés aux soutiens de BNP Paribas au développement des énergies fossiles, des représentants de la communauté scientifique, le collectif Scientifiques en rébellion et les associations de L’Affaire BNP ont demandé des comptes au Conseil d’administration de la banque, réuni pour son Assemblée générale annuelle le 10 mai 2023 à Paris.
12.05.2023 à 02:00
Le 12 mai, les Scientifiques en rébellion, en coalition avec d’autres mouvements (ANV-COP21, Extinction Rebellion, Stop Eacop et Dernière Rénovation) ont ciblé TotalEnergies et son projet d’installation d’un terminal méthanier flottant au Havre. Ce projet, qui doit permettre d’importer du gaz naturel liquéfié (GNL) par bateau dès septembre 2023, va à l’encontre des engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre pris par la France. Le consensus scientifique montre en effet la nécessité de stopper immédiatement le développement de toute nouvelle infrastructure fossile.
Cette action s’est concentrée sur trois zones distinctes : le pont mobile du Havre, les locaux de l’entreprise Haropa Port, et une bombonne de GNL dans une station service. Elle avait pour objectif de rappeler que le gaz – et en particulier le GNL – n’est en aucun cas une énergie propre ou « de transition », mais bel et bien une énergie fossile qui contribue fortement au réchauffement climatique. Elle survient deux jours après une journée d’action des mêmes collectifs dans plus de 20 villes de France ciblant la banque BNP Paribas, un des principaux financeurs de TotalEnergies et premier financeur d’énergies fossiles en Europe (précédent communiqué de presse ici).
Douze scientifiques et une vingtaine d’activistes ont tout d’abord déployé des banderoles et pris la parole devant les locaux de Haropa Port, grand port fluvio-maritime de l’axe Seine, pour condamner le soutien du port au projet de terminal méthanier flottant. Des scientifiques ont pris la parole, une scénographie artistique sur le projet d’oléoduc EACOP de TotalEnergies a eu lieu, des banderoles et des posters ont été déployés et des articles scientifiques collés sur les vitrines.
Une dizaine de scientifiques en blouses blanches et plusieurs membres des autres collectifs ont ensuite bloqué le pont mobile situé sur l’écluse François Ier qui assure le passage du fret maritime, constitué en grande partie de carburant fossile. Certain.es d’entre elles et eux se sont pour cela enchaîné.es au pont. Ce pont est symbolique car il est situé à côté du chantier de construction du projet FSRU (Floating Storage and Regasification Unit) visé. Ce navire, amarré en permanence, a pour fonction de recevoir du GNL transbordé depuis des bateaux méthaniers, de le stocker, de le ramener à l’état gazeux et de l’injecter dans le réseau de transport de gaz naturel.
Enfin, cinq scientifiques et autant de militant.es ont visé un réservoir de GNL implanté dans une station essence TotalEnergies située près du port du Havre. Ils et elles ont projeté de la peinture sur le réservoir, et y ont collé des messages de la campagne internationale de Scientist Rebellion.
Le but de ces actions était de souligner l’incompatibilité de tout nouveau projet d’extraction fossile avec l’accord de Paris sur le climat, ainsi que les impacts environnementaux et humains considérables de ces infrastructures. Ainsi, 188 scientifiques, dont des co-auteur.es du GIEC, ont récemment demandé dans Le Monde que TotalEnergies abandonne l’ensemble de ses projets fossiles. Comme l’ont affirmé 1100 scientifiques, il nous faut faire le choix maintenant d’une décroissance planifiée, adaptée, durable et équitable, et non pas attendre qu’elle nous soit imposée de manière brutale par le dérèglement du climat.
Les études scientifiques ont montré qu’en l’état actuel des technologies et réseaux, le gaz, et en particulier le GNL, contribue presque aussi fortement au changement climatique que le charbon (voir détails ci-dessous). Les scientifiques perçoivent sa croissance avec une grande inquiétude en constatant que les décisions prises par les entreprises et les États vont à l’encontre de ce qui serait nécessaire pour limiter le réchauffement climatique en-dessous de +2 °C comme le prévoit l’accord de Paris de 2015. Ces investissements dont la durée de vie se compte en décennies vont au détriment d’une véritable transition énergétique. Ce constat est partagé par le GIEC, les Nations unies ou encore l’Agence internationale de l’énergie. En développant massivement l’utilisation du gaz au prétexte de la crise énergétique actuelle, les États et l’Union européenne réfléchissent uniquement à court terme et engagent sciemment nos sociétés vers un réchauffement de plus de 2 °C. Pourtant, sécheresses, famines, feux de forêt et inondations nous donnent actuellement un aperçu des conséquences catastrophiques qu’aurait un tel réchauffement incontrôlé : déplacements de populations, conflits pour l’accès aux ressources, guerres…
Cette seconde journée d’action s’est inscrit dans le cadre d’une campagne internationale menée par le collectif Scientist Rebellion, dont le slogan est « The science is clear – but the world is still ignoring it ». Dans tous les pays du monde, les scientifiques ont porté le même message : il nous faut arrêter les nouveaux projets liés aux énergies fossiles et entamer une politique de décroissance, la seule compatible avec le respect de l’accord de Paris sur le climat. La mobilisation des scientifiques continue : en France, lors de l’Assemblée générale de BNP Paribas qui aura lieu le 16 mai, les scientifiques poseront des questions sur le financement des énergies fossiles par la banque.
Le méthane est une énergie fossile qui est souvent présentée par ses promoteurs comme « une énergie de transition », voire peu polluante (jouant parfois pour cela de son appellation de « gaz naturel »). En effet, l’utilisation de méthane dans une centrale électrique émet lors de la combustion environ deux fois moins de CO2 que le charbon pour une énergie équivalente. Dans le monde, la principale source d’énergie pour les centrales électriques reste le charbon1 (37 % de la production) : le remplacer par du gaz pourrait paraître vertueux pour diminuer les émissions. La réalité est plus complexe.
Tout d’abord, le méthane est lui-même un gaz à effet de serre extrêmement puissant : son pouvoir réchauffant est entre 30 et 80 fois plus élevé que celui du CO2, la valeur exacte dépendant de la fenêtre temporelle sur laquelle on considère le réchauffement (à 20 ans ou 100 ans). En conséquence, si tout au long du cycle de vie du méthane (extraction, éventuelle liquéfaction ou compression, transport, pipeline, etc.), il y a des fuites de méthane de l’ordre de 2,7 %, le pouvoir réchauffant du méthane peut devenir similaire à celui du charbon (!) si on prend tout son cycle de vie en compte et pas sa seule combustion2.
Le premier problème est que de telles fuites existent, et qu’elles ont été jusqu’à présent sous-estimées. Ainsi, dans un récent article paru dans la revue scientifique Science, Alverez et al. montrent que les fuites dans les exploitations aux États-Unis représente 2,3 % de la production, une valeur qui est 60 % plus élevée que ce qui était auparavant rapporté dans les inventaires officiels3. Avec ces valeurs, le bénéfice du changement de combustible (charbon vers gaz) est quasi-nul. Certaines zones ont même montré des fuites de 3,7 % au Texas et Nouveau Mexique4.
Le rapport du GIEC le dit clairement : « Compte tenu des effets potentiels de verrouillage (lock-in) des infrastructures d’approvisionnement en énergie, le passage d’un combustible fossile à un autre est une stratégie limitée et potentiellement dangereuse, à moins qu’elle ne soit utilisée avec beaucoup de précautions et de manière limitée »5.
La situation est pire dans le cas du gaz naturel liquéfié (GNL, ou LNG en anglais pour liquified natural gas). Le GNL est du méthane qu’on liquéfie pour pouvoir le transporter sur d’énormes bateaux. Tout d’abord, la liquéfaction et le transport du GNL est extrêmement énergivore. Dans un terminal d’export, entre 10 et 20 % du gaz est utilisé pour fournir l’énergie nécessaire à la liquéfaction6. Mais surtout, en raison des étapes supplémentaires nécessaires à sa fabrication et son transport, les taux de fuite observés sont plus élevés dans le cas du gaz naturel liquéfié que dans du transport classique de gaz par pipeline. Les études montrent des émissions de CO2 environ 25 % plus élevées lorsqu’on utilise du GNL que lorsqu’on utilise du gaz non liquéfié. Pour une application en tant que combustible dans les transports maritimes, une étude récente montre que, dans l’immense majorité des cas, le GNL conduirait à davantages d’émissions que si l’on utilisait le classique diesel marine7. Une autre étude récente trouve qu’entre le charbon et le GNL, la différence d’émission se situe entre 29 % plus faible et 16 % plus fort, pour une application en production d’énergie8. Bien loin donc de « l’énergie de transition » vantée !
Dans les dernières années, le GNL a suivi un développement sans précédent, poussé notamment par une politique américaine d’exportation de son gaz dans de nombreuses régions du monde, y compris l’Europe. Il y a actuellement en Europe 8 terminaux de GNL en construction et 38 autres proposés ; ces terminaux, s’ils sont construits, émettront plus de 950 Mt CO2eq chaque année9. La France a été, en 2022, le principal importateur de GNL américain en Europe (y compris le Royaume-Uni) avec 24 % des importations totales10.
En conclusion le GNL, en l’état actuel des technologies et réseaux, ne présente pas d’avantage significatif par rapport au charbon. Investir dans cette énergie aujourd’hui revient donc à détourner les financements et l’attention des véritables priorités que sont la décroissance de la consommation énergétique et le développement des énergies renouvelables, pour un progrès quasi nul.
Ces actions ont été réalisées dans le cadre d’une campagne internationale organisée par Scientist Rebellion, un collectif international regroupant plus d’un millier de scientifiques mobilisés dans une trentaine de pays. Scientifiques en rébellion étant désormais la branche française de Scientist Rebellion, les campagnes internationales bénéficient de financements de la part du Climate Emergency Fund. Scientifiques en rébellion dispose également de financements provenant de dons de citoyen·nes soutenant sa démarche et qui sont utilisés pour des actions indépendantes des campagnes internationales de Scientist Rebellion.
1 https://www.iea.org/reports/world-energy-balances-overview/world
2 IPCC, AR6 WGIII, section 6.4.2.7 (2022)
3 « Assessment of Methane Emissions from the U.S. Oil and Gas », Alverez et al., Science 2018. Supply Chain
4 « Gaz bubble-tracking global LNG infrastructure », (2020)
5 IPCC, AR6 WG3, section 11.3.5 (2022)
6 « Assessment of the fuel cycle impact of liquefied natural gas – as used in international shipping », ICCT (2013)
7 « The climate implications of using LNG as a marine fuel », N. Pavlenko et al., ICCT (2020)
8 « Gaz bubble-tracking global LNG infrastructure », (2020)
9 Global Energy Monitor, Europe gas Tracker Report (2023) et Rapport Greenpeace « A qui profite la guerre ? » (2023)
12.05.2023 à 02:00
Le 12 mai 2023, les scientifiques en rébellion, en coalition avec d’autres mouvements (ANV-COP21, Extinction Rebellion, Stop Eacop et Dernière Rénovation) ont ciblé TotalEnergies et son projet d’installation d’un terminal méthanier flottant au Havre, dans le cadre de la campagne internationale de Scientist Rebellion The Science is Clear.
Douze scientifiques et une vingtaine d’activistes ont tout d’abord déployé des banderoles et pris la parole devant les locaux de Haropa Port, grand port fluvio-maritime de l’axe Seine, pour condamner le soutien du port au projet de terminal méthanier flottant. Une dizaine de scientifiques en blouses blanches et plusieurs membres des autres collectifs ont ensuite bloqué le pont mobile situé sur l’écluse François Ier qui assure le passage du fret maritime, constitué en grande partie de carburant fossile. Enfin, cinq scientifiques et autant de militant·es ont visé un réservoir de GNL implanté dans une station essence TotalEnergies située près du port du Havre.
Suite à l’occupation du pont, 18 activistes dont 5 scientifiques ont passé la nuit en garde à vue. Un procès s'est tenu le 16 décembre 2024. Le 10 février 2025, le tribunal a prononcé une relaxe générale au nom de l'état de nécessité face au dérèglement climatique et de la liberté d'expression.
10.05.2023 à 02:00
Ce 10 mai, des dizaines de scientifiques à travers la France ont participé à des actions visant à alerter sur la nécessité de ne plus ouvrir et financer de nouveaux sites et infrastructures liées à l’extraction de pétrole et de gaz. Il y a en effet un consensus scientifique sur le fait que ces projets ne sont pas compatibles avec le respect de l’Accord de Paris sur le climat, dont l’objectif est de limiter le réchauffement de la planète à beaucoup moins que +2°C, si possible +1.5°C. En raison du nombre de morts que vont causer ces nouveaux projets d’extraction d’énergies fossiles, ils ont reçu l’appellation de « bombes climatiques » dans la littérature scientifique. Cette journée, à l’initiative de Scientifiques en rébellion dans le cadre d’une campagne internationale de Scientist Rebellion, a réuni également Extinction Rebellion, ANV-COP21, Dernière Rénovation et STOP EACOP. Les actions ont visé l’un des principaux financeurs mondiaux des énergies fossiles : la banque française BNP Paribas. Cette journée prend tout son sens alors que 600 scientifiques – dont plusieurs co-auteur·es du GIEC – ont publié en février dans L’Obs une lettre ouverte demandant au conseil d’administration de BNP Paribas de ne plus financer directement ou indirectement de nouveaux projets fossiles, et qu’ils et elles n’ont obtenu aucune réponse. La date de l’assemblée générale de BNP Paribas (le 16 mai) approche, et les scientifiques entendaient rappeler à BNP Paribas que des réponses à la hauteur des enjeux sont attendues.
Des actions de nature diverse ont eu lieu dans dix villes de France (voir le détail plus bas), ce qui fait de cette journée la plus grosse action coordonnée visant les énergies fossiles et leurs financeurs, ainsi que la plus large mobilisation de scientifiques en France. A Nice, Toulouse, Paris, Blois, Nancy, Tours, Montpellier et Metz, scientifiques et militants étaient réuni·es autour d’actions communes. A Blois, la façade de l’agence BNP a été aspergée de peinture. A Nice, un distributeur de billets a été neutralisé par de la peinture noire, et la façade recouverte de tracts. A Toulouse, c’est une bombe factice de deux mètres de diamètre qui a été posée et allumée devant deux agences BNP. Sur la bombe était inscrit « bombes climatiques, qui sont les éco-terroristes ?? ». A Paris, la vitrine d’une agence a été recouverte d’articles scientifiques en lien avec les émissions des énergies fossiles, et des tracts ont été distribués aux passants et clients. A Nancy l’une des agences a été investie pour diffuser des tracts ; les scientifiques ont interpellé directement des client·es et des employée·es, faisant suite à un courrier envoyé préalablement à plusieurs directeurs et directrices d’agence de la ville. A Tours, les façades et distributeurs de plusieurs agences ont été aspergés de ont liquide visqueux et noir simulant le pétrole.
Enfin, plusieurs actions de soutien à cette journée ont été menées par des membres d’Extinction Rebellion dans la nuit du 9 au 10 mai. Dans une quinzaine de villes, des distributeurs de BNP Paribas, de la Société générale et du Crédit agricole ont été neutralisés, dans le cadre de la campagne « Banque Trop Crade » du collectif. Dans une dizaine d’autres, ce sont des façades des banques qui ont été repeintes dans le cadre de la campagne « Carnage Total » du collectif, rappelant leurs liens avec l’entreprise TotalEnergies, qui entend poursuivre ces projets d’extraction d’énergies fossiles.
A Toulouse, Paris, Nancy et Montpellier, les scientifiques ont pris publiquement la parole pour expliquer leur démarche, et les raisons qui les poussent à interpeller aujourd’hui BNP Paribas. Aude Carreric, climatologue, a souligné que « Malgré ses belles déclarations, BNP Paribas est la banque française qui investit le plus dans les énergies fossiles. Elle a par exemple été entre 2016 et 2022 la quatrième au niveau mondial pour le financement de l’expansion des énergies fossiles, et la première au niveau mondial en 2022 pour le financement du pétrole et du gaz offshore ». Julian Carrey, physicien, a dénoncé la poursuite de l’investissement dans les énergies fossiles : « 425 “bombes climatiques” ont été répertoriées dans le monde. Chacune de ces infrastructures fossiles émettra plus d’1 milliard de tonnes de CO2, et elles nous empêcheront de respecter l’accord de Paris. Le GIEC l’a encore rappelé : chaque tonne de CO2 augmente la fréquence et l’intensité des événements climatiques extrêmes, mais aussi leurs victimes. Qui sont les éco-terroristes ? ». Kévin Jean, épidémiologiste, a ajouté : « En 2023, après un 6e rapport du GIEC, des sécheresses historiques, des records climatiques qui tombent les uns après les autres, on ne peut plus se contenter des belles déclarations de principes des acteurs financiers. Les banques, et la BNP Paribas, doivent être mises devant leur responsabilité ». Fabienne Barataud, géographe, a également souligné que « selon le dernier rapport du GIEC 3,3 milliards de personnes vivent aujourd’hui dans des régions avec un haut niveau de vulnérabilité humaine au changement climatique, soit environ 40% de la population mondiale. Cette vulnérabilité est évidemment façonnée par les évolutions passées, telles que le colonialisme et son héritage actuel, et elle est socialement différenciée. Elle est donc particulièrement marquée dans les Pays du Sud. Les groupes les plus pauvres, les populations autochtones, les communautés agricoles, les femmes et les membres de groupes minoritaires sont les personnes qui subissent en premier et continueront à subir de manière plus importante, sans voie de recours, les impacts en termes de santé, de sécurité alimentaire ou d’accès à l’eau ».
Cette première journée est organisée dans le cadre d’une campagne internationale menée par le collectif Scientist Rebellion. De nombreuses actions ont lieu ce même jour dans plusieurs pays du monde, avec comme slogan « The science is clear – but the world is still ignoring it ». Dans tous les pays du monde, le message des scientifiques est le même : il nous faut arrêter les nouveaux projets liés aux énergies fossiles et entamer une politique de décroissance, la seule compatible avec le respect de l’accord de Paris sur le climat. Cette journée sera suivie par une action nationale à fort impact le 12 mai, qui visera la production d’énergies fossiles. Lors de l’AG de BNP Paribas qui aura lieu le 16 mai, les scientifiques poseront des questions sur le financement des énergies fossiles par BNP Paribas.
Le reste du document donne des détails sur les constats scientifiques justifiant ces actions et fournit le discours prononcé par certain·es scientifiques lors des actions.
A Grenoble, les actions avaient commencé plus tôt : c’est le 3 mai que les Scientifiques en rébellion, soutenu·es par Extinction Rebellion, ont pris pour cible une agence BNP Paribas, en centre ville. Affublée d’une banderole « Banque Trop Crade » suspendue par des grimpeurs à son fronton, l’entrée de la banque a été bloquée, le croisement routier occupé, les vitres « nettoyées » afin de dénoncer le financement « très crade » des énergies fossiles par la BNP. Plusieurs prises de paroles, un die-in, et une opération de sensibilisation (tracts) ont émaillé les trois heures de l’opération.
À Blois, le 9 mai à 20h, des activistes de Scientifiques en rébellion et Extinction Rebellion ont aspergé de peinture la façade de l’agence BNP. Ils ont aussi collé des affiches rappelant d’une part que limiter le réchauffement climatique nécessite de ne plus financer de nouveaux projets d’extraction d’énergie fossile, et d’autre part la responsabilité qui incombe aux membres du conseil d’administration de la banque. Enfin, les rues du centre ville ont vu fleurir des ballons de baudruche noirs, symbolisant des « bombes climatiques », et suggérant des ressources en ligne sur la campagne en cours des Scientifiques en rébellion et sur le mouvement Stop-EACOP.
A Metz, le 9 mai à 22h30, des activistes d’Extinction Rebellion et Scientifiques en rébellion ont projeté de la peinture à l’eau à l’aide de vaporisateurs sur les façades du Crédit Agricole situé rue des Clercs, lors d’une action coup de poing qui a duré moins de deux minutes. Ils et elles ont également réalisé des inscriptions à la bombe de peinture portant le message « Stop EACOP » et placardé des affiches expliquant le caractère délétère du projet EACOP ainsi que l’implication du Crédit Agricole et de sa filiale Amundi.
A Nice, le 10 mai à l’aube, des scientifiques et des militant·es d’ANV-COP21 et Extinction Rebellion ont neutralisé un distributeur de billets avec de la peinture noire rappelant le pétrole. Des tracts et des stickers soulignant la responsabilité de BNP Paribas dans le financement de projets d’extraction d’énergies fossiles et notamment les projets qualifiés de « bombes climatiques » ont été affichés sur la façade de l’agence.
À Lyon, le 10 mai au petit matin, la responsabilité de BNP Paribas a été condamnée par des scientifiques sur des pancartes attachées à des ballons noirs symbolisant les bombes climatiques financées par la banque, accrochées à plusieurs agences situées en centre ville. Des lettres ont aussi été posté dans plusieurs agences de la métropole, rappelant aux responsables d’agences BNP la responsabilité de leur banque dans le financement des énergies fossiles et leur demandant d’interpeller ses dirigeants sur leur inaction climatique.
A Tours, le 10 mai au petit matin, des activistes d’Extinction Rebellion ont projeté du liquide visqueux et de la peinture noire, simulant le pétrole, et placardé des affiches sur les façades de 4 agences de banques finançant TotalEnergies : une agence BNP, deux agences Crédit Agricole ainsi qu’une de la Société Générale.
À Toulouse, le 10 mai à 10h, les scientifiques et des membres d’ANV-COP21 ont déambulé dans les rues de la ville rose avec une bombe factice noire de deux mètres de diamètre, sur laquelle était inscrit « Bombes climatiques : qui sont les vrais éco-terroristes ?? ». Les participant·es se sont installé·es devant une première agence BNP Paribas, ont allumé la mèche de la bombe et l’ont symboliquement fait exploser, avant de jouer une scène théâtrale rappelant le greenwashing de la banque. Ensuite, devant une deuxième agence, les scientifiques ont pris la parole à côte de la bombe, et expliqué le sens de leur démarche, rappelant notamment le concept de « bombe climatique » et les millions de morts qui vont être causés par la poursuite des projets fossiles.
A Nancy, le 10 mai à 10h, des scientifiques ont pénétré dans une agence du centre-ville en demandant à s’entretenir avec un·e responsable suite au courrier d’interpellation qui avait été envoyé quelques jours plus tôt à l’ensemble des agences de la ville. L’occupation du hall de l’agence et le tractage en cours auprès des client.e.s pendant plus d’une heure et demi ont obligé différents responsables à sortir de leur bureaux alors qu’ils avaient été initialement annoncés absent·es. La responsabilité de leur banque dans la poursuite du financement des énergies fossiles, la nécessité de porter ces questions au CA du 16 mai et l’ensemble des arguments en faveur d’un arrêt immédiat de tout nouveau projet d’extraction a ainsi pu être répété encore et encore devant personnels, clients et passants, en présence également d’un journaliste de France 3 Lorraine.
A Marseille, le 10 mai à 11h, des scientifiques en blouse blanche sont entré·es dans l’agence BNP Paribas de la rue Saint-Ferréol pour parler au directeur qui les a reçu·es très cordialement. L’action était couverte par une journaliste et un photographe de La Provence. Ensuite les scientifiques ont distribué des tracts aux client·es et ont continué dans la rue. A midi, l’agence BNP de la place Castellane a été visitée mais sans possibilité d’échange avec la directrice, absente. L’action s’est donc terminée par du tractage devant l’agence et de nombreuses discussions avec un public réceptif et soutenant.
À Paris, le 10 mai à 12h, une quinzaine de scientifiques en blouse blanche et des membres d’Extinction Rebellion ont visé l’agence BNP Paribas de la place d’Alésia. Elles et ils ont recouvert ses vitres d’affiches appelant BNP Paribas à cesser ses investissements dans les énergies fossiles et d’articles scientifiques. Ils et elles ont distribué des tracts d’explication aux clients de la banque. Dans leur prise de parole, les scientifiques ont rappelé le rôle de BNP Paribas dans le financement des fossiles. Aude Carreric, climatologue, a rappelé : « Malgré ses belles déclarations, BNP Paribas reste profondément lié à l’expansion des énergies fossiles, dans toutes ses activités : prêts, émissions d’obligations, gestions d’actifs... ». Kévin Jean, épidémiologiste, a ajouté : « En 2023, après un 6e rapport du GIEC, des sécheresses historiques, des records climatiques qui tombent les uns après les autres, on ne peut plus se contenter des belles déclarations de principes des acteurs financiers. Les banques, et la BNP Paribas, doivent être mises devant leur responsabilité ».
A Montpellier, le 10 mai à 17h30, des scientifiques et des militants d’Alternatiba ont déposé une lettre à l’intention de la direction de l’agence Université de BNP Paribas. Des tracts et des banderoles ont été déployés à l’extérieur pour sensibiliser la clientèle de l’agence et les passant·es pendant qu’une prise de parole avait lieu.
Dans le Grand Est, un courrier a été envoyé à 16 agences BNP Paribas pour informer et interpeller les responsables d’agence sur l’urgence climatique et les financements de leur banque pour les énergies fossiles.
Les actions et protestations ont ciblé BNP Paribas, car la banque française est classée première au rang des banques européennes qui financent le plus les énergies fossiles1. Entre 2016 et 2022, elle a investi 166 milliards de dollars dans le charbon, le pétrole et le gaz, ce qui la place 11e au classement des banques mondiales qui financent le plus ces secteurs. En 2022, elle a été la première banque au niveau mondial pour le financement du pétrole et du gaz offshore ; et entre 2016 et 2022, elle a été la quatrième banque mondiale pour le financement de l’expansion des énergies fossiles.
En avril 2021, BNP Paribas a rejoint la Net Zero Banking Alliance (NZBA), un programme lancé par les Nations unies pour inciter les banques à participer à la sortie des énergies fossiles. Pourtant, un mois après, alliée à d’autres banques, BNP Paribas a consenti un prêt de 10 milliards de dollars à Saudi Aramco, la société ayant les plus grands projets d’expansion pétrolière et gazière au monde. Près d’un an plus tard, un nouveau prêt de 14 milliards de dollars a été octroyé à la même compagnie. De plus, alors que le groupe BNP Paribas affirmait lors de son assemblée générale de 2022 ne pas soutenir EACOP (East Africain Crude Oil Pipeline), le gigantesque projet pétrolier de TotalEnergies en Afrique de l’Est, elle participait au même moment à un prêt de 8 milliards de dollars à TotalEnergies avec le Crédit Agricole et la Société Générale.
Les engagements de BNP Paribas portent sur une réduction de leur prêts à des projets pétroliers. Néanmoins, les émissions d’obligations et la gestion d’actifs, qui constituent des volumes financiers considérables, sont exclus de ces engagements. De plus, la politique de BNP Paribas sur le gaz, qui est également une énergie fossile très émettrice de CO2, est opaque.
Les actions et protestations menées par le collectif Scientifiques en Rébellion font suite à une première interpellation de BNP Paribas sur ces investissements dans les énergies fossiles. Dans une lettre ouverte publiée le 24 février 2023 dans le magazine L’Obs, 600 scientifiques, dont plusieurs co-auteurs et co-autrices des rapports du GIEC, avaient demandé aux membres du Conseil d’administration de BNP Paribas de prendre leurs responsabilités en cessant tout soutien à l’ouverture de nouveaux gisements pétroliers et gaziers. Ils et elles demandaient à BNP Paribas « d’être à l’écoute des scientifiques, et non pas d’acteurs qui continuent contre vents et marées leur politique de fabrique du doute afin de maintenir le statu quo ». Les scientifiques y interpellaient les membres du CA de BNP Paribas qui se sont engagé·es publiquement pour la sauvegarde de l’environnement, et les appelaient à démissionner si BNP Paribas continuait à soutenir directement ou indirectement l’ouverture de nouveaux gisements d’énergies fossiles. Lors de l’AG de BNP Paribas qui aura lieu le 16 mai, les scientifiques poseront à nouveau au CA des questions à ce sujet, qu’ils ont rendues publiques.
La lettre ouverte des scientifiques venait appuyer la plainte à l’encontre de BNP Paribas déposée le 23 février par trois associations (Les Amis de la Terre France, Notre Affaire à Tous et Oxfam France), pour non-respect de la loi sur le devoir de vigilance des multinationales. Cette plainte déposée est le premier contentieux climatique mettant en cause une banque.
Différents collectifs militent contre le financement des énergies fossiles en raison de l’urgence climatique à laquelle nous faisons actuellement face. Pour respecter l’Accord de Paris et ne pas dépasser une élévation de la température à + 1.5°C, il faut drastiquement réduire nos émissions de gaz à effet de serre (GES). Actuellement, les chercheurs estiment par exemple que pour avoir une forte probabilité de respecter l’Accord de Paris, une quantité limitée de CO2 doit être rejetée dans l’atmosphère. Plus précisément, ce « budget carbone restant » s’élève à environ 300 Gt de CO2 pour rester en-dessous de +1.5°C de réchauffement et environ 900 Gt de CO2 pour espérer rester en deçà de 2°C2.Au rythme actuel d’émissions de CO2 (40 Gt CO2 par an), ce budget s’amenuise très rapidement année après année.
Les scientifiques utilisent aujourd’hui le terme de « bombes climatiques » pour qualifier les infrastructures fossiles en projet qui vont émettre plus d’un milliard de tonnes de CO2 au cours de leur existence. Pourquoi ? Parce que les énergies fossiles sont la première cause de libération de CO2 dans l’atmosphère, et que ces émissions vont causer des dizaines ou centaines de millions de morts à cause de la hausse de température résultante. 425 « bombes climatiques » ont été répertoriées dans le monde3. Du fait de la hausse de température qu’elles généreront et en utilisant nos connaissances actuelles sur le taux de mortalité associé, on peut estimer que chaque bombe climatique causerait au minimum la mort de 200 000 personnes entre maintenant et la fin du siècle. 200 000 ! Le projet EACOP émettrait par exemple à lui seul 34,3 millions de tonnes de CO2 par an pendant au moins 20 ans, ce qui pourrait causer 150 000 morts d’ici à la fin du siècle4.
Face à ces constats, les multinationales des énergies fossiles sont appelées à réduire leur extraction d’hydrocarbures et de charbon, dont la combustion contribue massivement aux émissions de GES5. Pourtant, elles adoptent la tendance inverse : par exemple, TotalEnergies, qui depuis les années 1970 cherchait à dissimuler l’impact des énergies fossiles sur le réchauffement climatique6, prévoit aujourd’hui d’augmenter de 25 % ses extractions gazières d’ici 2030 et d’allouer toujours 70 % de ses investissements aux hydrocarbures sur la période 2022-20257.
En plus de représenter une source importante d’émissions de GES, les énergies fossiles ont d’autres conséquences dramatiques sur l’environnement. L’exploitation et le transport des hydrocarbures et du charbon se fait tout d’abord au détriment des populations locales, qui subissent les dégradations de leur milieu de vie. Le projet EACOP en est un exemple révélateur. Ce projet porte notamment atteinte aux ressources en eau et aux moyens d’existence des agriculteurs, des pêcheurs et de toutes les personnes tributaires de la richesse des ressources naturelles de la région. Une résolution d’urgence du parlement européen indique que près de 118 000 personnes seront affectées par ce méga-projet pétrolier, que plus de 100 000 personnes courent le risque imminent d’être déplacées par suite du projet EACOP (privées du libre usage de leurs terres, et donc de leurs moyens de subsistance).
L’exploitation et le transport des énergies fossiles représentent aussi une menace importante pour les écosystèmes et la biodiversité. Les accidents pendant le transport maritime d’hydrocarbures s’accompagnent de lourds dégâts, avec comme exemple récent la marée noire survenue en janvier 2022 sur plus de 40 km du littoral de la côte centrale péruvienne. Les douze mille barils de pétrole échappés, soit 1,9 millions de litres de pétrole, ont pollué durablement deux réserves naturelles protégées, entraînant la mort de milliers d’animaux – dont certains en voie d’extinction – et laissent sept mille pêcheurs artisanaux et commerçants sans travail. Un dernier exemple d’impact concerne les risques de fuites sur les oléoducs de transports terrestres. En 2022, l’oléoduc de Keystone (Etats-Unis) a déversé 2,2 millions de litres de pétrole dans les cours d’eau, tandis qu’un oléoduc en Équateur a déversé 1 million de litres de pétrole dans la forêt amazonienne.
Depuis le rapport Meadows8, dont les enseignements généraux font largement consensus aujourd’hui, nous savons qu’une décroissance marquée et continue de la production matérielle est inévitable pour assurer la viabilité de nos sociétés modernes. La production matérielle est fortement couplée à la combustion d’énergies fossiles et donc à la production de GES. Les tenants de la croissance dite « verte » (aussi qualifiée de « développement durable »), plaident qu’un découplage entre croissance économique et dégradation planétaire pourrait être rendu possible dans le futur. Ce dogme et les solutions technologiques qu’il propose sont à la fois réfutés empiriquement9 par l’analyse historique10, actuellement inopérants, et, face à l’urgence d’une transition rapide et mondiale, impossibles à mettre en œuvre à grande échelle quand bien même de telles solutions de décarbonation existeraient. Les cas de la géo-ingénierie et du captage du CO2 sont en cela des archétypes de ce mirage technosolutionniste. Ces solutions sont considérées au mieux comme immatures, au pire comme extrêmement dangereuses et contre-productives. Le captage du CO2 n’est par exemple efficace qu’à la sortie d’une source fortement émissive : il ne règle ainsi aucunement le problème du CO2 déjà présent dans l’atmosphère et induit par effet rebond une incitation à la perpétuation de la consommation d’énergies fossiles. Il est également à noter que l’investissement massif des majors pétrolières dans le captage du CO2 vise prioritairement la technologie CCUS (Carbone Capture Usage and Storage) qui consiste à capturer le CO2 afin de le réinjecter dans la roche mère dans le but d’extraire plus d’hydrocarbures : il va sans dire que cet usage est absolument contre-productif et délétère11.
Face à l’urgence, face à l’évidence, une forme de décroissance matérielle choisie – plutôt qu’une récession subie – est le seul avenir viable et donc souhaitable à ce jour. Cette direction vers la décroissance économique, vue comme une croissance des services écosystémiques et non plus du PIB (qui n’évalue en rien le bien-être d’une société mais seulement ses flux financiers), a été longuement documentée, théorisée et expérimentée12. Elle consiste notamment à réduire le travail productif (par exemple semaine de 4 jours, journées de 4h) afin de libérer du temps au bénéfice de services écosystémiques (bénévolat en crèches, dans les maisons de retraites, à l’hôpital, dans les écoles), dans un cadre par exemple similaire à celui des pompiers volontaires. Décroître impose également une rationalisation des besoins (mobilisation agro-écologique, reprises de savoirs et savoir-faire, génération de communs), et une transformation — voire une fermeture — des structures modernes dont nous héritons13 mais qui sont incompatibles avec les objectifs de neutralité carbone à horizon 2050, pour se focaliser sur les besoins nécessaires (désengagement de l’agriculture 4.014, « low-technicisation » du numérique15, déprogrammation de la 6G et arrêt du déploiement de la 5G16, etc.). Enfin la décroissance passe nécessairement par une relocalisation et une remise en commun des pouvoirs décisionnels17, ainsi qu’une reconstruction du lien au vivant, pour pouvoir prendre réellement soin de notre environnement comme un sujet à part entière de nos sociétés18.
Afin de mettre en place au plus vite cet engagement en direction de la décroissance économique, nous, Scientifiques en rébellion, appelons TotalEnergies à stopper immédiatement tout financement de nouveaux gisements d’hydrocarbures, appelons BNP Paribas, le Crédit Agricole et la Société Générale à désinvestir immédiatement leurs actifs de TotalEnergies, et appelons enfin à une concertation citoyenne et démocratique pour la mise en place d’un plan commun de sortie rapide des énergies fossiles.
Ces actions ont été réalisées dans le cadre d’une campagne internationale organisée par Scientist Rebellion, un collectif international regroupant plus d’un millier de scientifiques mobilisés dans une trentaine de pays. Scientifiques en rébellion étant désormais la branche française de Scientist Rebellion, les campagnes internationales bénéficient de financements de la part du Climate Emergency Fund. Scientifiques en rébellion dispose également de financements provenant de dons de citoyen·nes soutenant sa démarche et qui sont utilisés pour des actions indépendantes des campagnes internationales de Scientist Rebellion.
Le discours ci-dessous a été déclamé par les scientifiques le 10 mai à Toulouse , devant des agences BNP Paribas.
On devrait être dans nos labos, dans nos bureaux, en réunions ou en colloque. Mais on est là !
On pourrait avoir pris quelques congés, être avec nos familles, nos amis, bavarder, bouquiner, se promener, rêver ou bricoler. Mais on est là !
On est là parce que le déni de l’urgence climatique nous l’impose.
En science, il y a des controverses, des incertitudes, des connaissances qui évoluent et des changements de paradigmes ; ça fait partie de la méthode scientifique et c’est ce qui contribue à la construction des savoirs.
Mais il y a aussi des preuves, des constats, des démonstrations. Et des certitudes !
Et s’il y en a une aujourd’hui, c’est celle de la catastrophe climatique en cours. Le changement climatique est un fait et les activités humaines en sont responsables. Il n’y a plus de doute sur ce point.
Les travaux scientifiques le prouvent et le dernier rapport du GIEC l’énonce sans équivoque. À l’heure actuelle, la planète connaît déjà +1.1 C de réchauffement par rapport à l’ère pré-industrielle, réchauffement qui est entièrement dû aux émissions anthropiques.
Que va-t-il se passer ensuite ?
Les études scientifiques démontrent qu’il existe une relation directe entre le total des émissions de gaz à effet de serre accumulées dans l’atmosphère depuis l’ère pré-industrielle et l’augmentation de température. Pour stabiliser la température globale, il est donc nécessaire d’arrêter cette accumulation.
Si on se focalise sur le CO2, le principal gaz à effet de serre, on peut estimer la quantité maximale de CO2 qu’on peut se permettre d’émettre si l’on souhaite rester sous une augmentation donnée de température. C’est ce que nous appelons le budget carbone restant. Par exemple on peut calculer le budget carbone +1.5, c’est-à-dire la quantité de CO2 qui « peut » encore être émise et accumulée dans l’atmosphère avant d’atteindre +1.5.
Au rythme actuel, notre budget va être très rapidement dépensé : 4 à 7 ans pour le budget +1.5 C, 20 à 25 ans pour le budget +2 C.
La fonte des glaciers ou la montée des océans ont une lente dynamique, qui peut se poursuivre des centaines voire des milliers d’années après la stabilisation du climat, et dépendent de la trajectoire exacte suivie : il est donc capital de suivre une trajectoire suivant laquelle les émissions sont réduites au plus vite.
Si on ne fait rien très vite maintenant, les conséquences seront massives, désastreuses et hors de contrôle
3,3 milliards de personnes … c’est selon le dernier rapport du GIEC le nombre de personnes qui vivent aujourd’hui dans des régions avec un haut niveau de vulnérabilité humaine au changement climatique. Environ 40% de la population mondiale !
20 millions ! 20 millions de personnes qui, depuis 2008, sont, chaque année, déplacées pour cause d’événements climatiques extrêmes.
Cette vulnérabilité est évidemment façonnée par les évolutions passées, telles que le colonialisme et son héritage actuel, et elle est socialement différenciée. Elle est donc particulièrement marquée dans les Pays du Sud. Les groupes les plus pauvres, les populations autochtones, les communautés agricoles, les femmes et les membres de groupes minoritaires sont t les personnes qui subissent en premier et de manière plus importante, sans voie de recours, les impacts en termes de santé, de sécurité alimentaire ou d’accès à l’eau.
Les scientifiques utilisent aujourd’hui le terme de « bombes climatiques » pour qualifier les infrastructures fossiles existantes ou en projet qui vont émettre plus d’un milliard de tonnes de CO2 au cours de leur existence. Pourquoi ? Parce que les énergies fossiles sont la première cause de libération de CO2 dans l’atmosphère, et que ces émissions vont causer des dizaines ou centaines de millions de morts à cause de la hausse de température résultante. 425 « bombes climatiques » ont été répertoriées dans le monde. Du fait de la hausse de température qu’elles généreront et en utilisant nos connaissances actuelles sur le taux de mortalité associé, on peut estimer que chaque bombe climatique causera la mort de 200 000 personnes entre maintenant et la fin du siècle. 200 000 ! Qui sont les éco-terroristes ?
Plusieurs études ont évalué les émissions de CO2 des infrastructures fossiles existantes ou en projet, dans l’objectif de les comparer à notre budget carbone restant. Et on peut aussi comparer notre budget carbone avec ce qu’on a en sous-sol.
Les résultats sont là : pour un réchauffement limité à +2 C, par exemple, plus aucune ressource de l’Arctique ne devrait être brûlée. Pour un réchauffement limité à +1.5 , une majeure partie des réserves, pourtant économiquement rentables, ne devraient pas être exploitées : 58% du pétrole rentable... dans le sous-sol ! 56% du gaz naturel rentable... dans le sous-sol ! 89% du charbon rentable ... dans le sous-sol.
Pour respecter l’objectif +1.5 C, le pic de la production de pétrole et de gaz aurait dû avoir lieu déjà en2020 et avoir été suivi d’un décrue d’environ 3% par an. Pour limiter le réchauffement à +1.5, on ne doit même pas continuer à exploiter l’intégralité des infrastructures existantes de combustion fossile :
il faudrait fermer certaines infrastructures avant la fin de leur durée de vie !!! L’exploitation de nouveaux gisements d’énergies fossiles est inenvisageable.
Inenvisageable aussi parce qu’au changement climatique, s’ajoute la dégradation des milieux de vie en raison des marées noires et des fuites.
Ainsi la liste des accidents pendant le transport maritime des hydrocarbures ne cesse de s’allonger.
2022, Pérou, 2 millions de litres de pétrole échappés, des millions de m2 de terre et de mer souillée dont deux réserves naturelles protégées, mort de milliers d’animaux – dont certains en voie d’extinction, sept mille pêcheurs artisanaux et commerçants sans travail. La responsabilité du groupe Repsol a été reconnue dans un rapport de la commission parlementaire péruvienne.
La poursuite des extractions fossiles ce sont aussi des fuites sur les oléoducs de transport terrestre des hydrocarbures bruts : Fuite à Varsovie en 2022 ; Fuite en Angleterre en 2023. Grosse fuite à Keystone, États-Unis en 2022, 2,2 millions de litres dans les cours d’eaux ! Fuite en Équateur en 2022 : 1 million de litres de pétrole brut en forêt amazonienne, touchant une zone importante pour l’approvisionnement en eau de milliers d’habitants de la région. Ce dernier exemple est particulièrement choquant car prévisible : les fuites des oléoducs dans la région sont récurrentes du fait des glissements de terrain et des chutes de pierres: 15000 barils en 2020, 11000 barils en 2013, 14000 barils en 2009.
La poursuite des extractions fossiles c’est le recours parfois à la technique du fracking, comme en Argentine, entraînant non-respect des droits des communautés autochtones, répression de groupes d’opposants, secret sur les contrats conclus avec les entreprises et sur les produits chimiques utilisés lors des opérations de fracturation hydraulique, fuites et accidents, pollution des eaux souterraines, maladies et malformations tant sur les populations humaines que sur leurs troupeaux, absence de consultations publiques et déplacement des activités agricoles, fructicoles et d’élevage.
La poursuite des énergies fossiles, c’est également présenter le gaz comme une énergie verte ou de transition. C’est ce que fait la BNP : ses engagements portent sur le pétrole, mais elle continue d’investir massivement dans le gaz.
En fait, le méthane est lui-même un gaz à effet de serre extrêmement puissant, et s’il y a des fuites de méthane de plus 3% lors de son extraction, sa compression ou son transport, le pouvoir réchauffant du méthane devient similaire à celui du charbon si on prend tout son cycle de vie en compte et pas sa seule combustion.
De telles fuites existent, et elles ont été jusqu’à présent sous-estimées. On vient de montrer que les fuites dans les exploitations aux Etats-Unis représentent 2,3% de la production, une valeur 60% plus élevée que celle des inventaires officiels jusqu’à présent.
Et pire que le gaz naturel et ses fuites, il y a le gaz naturel liquéfién le GNL ! En raison des étapes supplémentaires nécessaires à sa fabrication et son transport, les taux observés de fuite sont encore plus forts. Pour une application en tant que combustible dans les transports maritimes, une étude récente montre que, dans l’immense majorité des cas, le GNL conduirait à d’avantages d’émissions que si l’on utilisait le carburant standard !!
Or dans les dernières années, le GNL a suivit un développement sans précédent, poussé par une politique américaine d’exportation de son gaz dans de nombreuses régions du monde, y compris vers l’Europe et la France. Ceci nous enferme donc dans un futur fossile qui n’a rien à envier au charbon en termes de ravages environnementaux et climatiques.
Le rapport du GIEC le dit clairement « Compte tenu des effets potentiels de verrouillage (lock-in) des infrastructures d’approvisionnement en énergie, le passage d’un combustible fossile à un autre est une stratégie limitée et potentiellement dangereuse, à moins qu’elle ne soit utilisée avec beaucoup de précautions et de manière limitée ».
Au contraire, on assiste à un développement non contrôlé, non précautionneux, et sans garde-fous.
En dépit de tout ce que nous venons de dire sur les énergies fossiles, certaines entreprises poursuivent le développement de leurs projets écocidaires.
TotalEnergies, que la BNP finance massivement, fait partie de ces entreprises.
TotalEnergies ce sont des émissions de gaz à effet de serre dues à ses activités d’extraction, de production, et à ses produits vendus équivalentes à l’intégralité des émissions territoriales françaises.
TotalEnergies ce sont des émissions restées quasiment constantes depuis vingt ans, avec une moyenne égale à 360 millions de tonnes de CO2eq par an, et ce malgré les différents accords en faveur du climat qui ont été signés.
TotalEnergies c’est un plan d’investissement qui flèche 66% des millions de $ d’investissement sur ses nouveaux projets de pétrole et de gaz et sur la maintenance des infrastructures d’hydrocarbures.
TotalEnergies ce sont de nouveaux projets d’exploitation comme ceux de Tilenga ou d’EACOP en Ouganda et Tanzanie. Ces projets sont non seulement de véritables bombes climatiques mais aussi des atteintes graves aux populations locales et à leur environnement, dénoncées comme telles par le Parlement européen, qui a dénoncé les violations des droits humains et les risques majeurs pour l’environnement et le climat causés par ces projets. Les phases de construction et d’exploitation auront des incidences graves et délétères pour les populations situées dans les zones d’extraction pétrolière et dans celles de l’oléoduc, portant atteinte aux ressources en eau et en portant un coup irrémédiable aux moyens d’existence des agriculteurs, des pêcheurs et de toutes les personnes tributaires de la richesse des ressources naturelles de la région. La résolution indique que près de 118 000 personnes seront impactées par ce méga-projet pétrolier, et que plus de 100 000 personnes courent le risque imminent d’être déplacées par suite du projet EACOP, privées du libre usage de leurs terres, et donc de leurs moyens de subsistance.
Alors qui sont les éco-terroristes ?
L’exemple de TotalEnergies est révélateur du cynisme de l’industrie fossile vis à vis du changement climatique. TotalEnergies est au courant de l’impact de ses produits sur le changement climatique depuis les années 1970. Elle a mis en place un travail de sape systématique de toute réglementation contraignante avec l’aide de lobbies des autres grandes entreprises fossiles internationales.
Aujourd’hui l’entreprise cherche à se faire considérer comme faisant partie des solutions : elle a recours à des mensonges éhontés ou bien à des techniques plus subtiles afin de « verdir » ses plans d’investissement aux yeux du grand public.
Parmi les mensonges éhontés, l’entreprise a tenté d’instrumentaliser les rapports du GIEC, en affirmant « le rapport du GIEC de 2022 ne dit pas qu’il ne faut plus développer de nouveau champs de pétrole ou de gaz ». Cette affirmation mensongère a été dénoncée par certain·es co-auteur·es du GIEC qui y ont répondu par une tribune en février dernier. TotalEnergies justifie également sa poursuite des projets d’extraction en misant sur le développement futur de techniques de captage et de stockage du CO2, alors que ces dernières seront incapables d’atténuer significativement les émissions de CO2 et ne pourront jamais gérer que des émissions « résiduelles ».
Les ordres de grandeur sont sans appel. La croissance verte ou les solutions technologiques qui permettraient de ne pas remettre en question notre modèle de croissance sont des mythes. Seule une politique de décroissance peut actuellement permettre de respecter l’accord de Paris.
Un des arguments principaux du discours de Total Energie est de reporter sciemment la responsabilité sur les utilisateurs et d’affirmer que l’entreprise ne ferait que « répondre à la demande ». Cet argument est fondé sur une série d’assertions fallacieuses : D’abord, depuis la révolution industrielle, l’offre énergétique a très largement créé sa propre demande en permettant le développement de technologies et d’activités qui ne constituaient aucunement des besoins préalables. Or ce qui compte ce sont bien les besoins et non pas la demande. Assimiler demande et besoins est une confusion majeure, sciemment entretenue. Cela met à égalité le carburant d’un jet privé et celui d’une voiture utilisée pour aller consulter un médecin en zone rurale. Cela évacue un enjeu absolument central quand on recherche la sobriété énergétique : faire l’inventaire des activités essentielles et de celles dont on pourrait – et devrait – se passer pour limiter le désastre climatique.
Aucune transition écologique sérieuse n’aura lieu si l’on ne met pas au coeur des débats politiques la question des modes de vie. Et puis la demande ne légitime pas tout ! Tout ce qui est à vendre n’est pas acceptable ! En effet, lorsqu’un bien ou une activité sont reconnus comme dangereux, il est normal qu’une société en interdise ou en encadre le commerce. Considérerait-on légitime l’argumentation d’un dealer clamant qu’il ne fait que répondre à la demande ?
Enfin, il est souvent affirmé que l’arrêt des exploitations fossiles par telle ou telle compagnie serait inutile puisqu’une autre prendrait aussitôt sa place. Si le constat est juste, il ne doit pas justifier le business-as-usual mais inviter à une réflexion d’ampleur sur une sortie mondiale et coordonnée des fossiles. Par exemple, en s’inspirant des traités de nonprolifération des armes chimiques ou nucléaires ou encore en s’inspirant de l’arrêt concerté de l’utilisation des CFC qui détérioraient la couche d’ozone, et ce en dépit de la résistance de certains industriels concernés.
Alors qui sont les éco-terroristes ?
Et avec l’appui de qui ces entreprises continuent-elles à menacer l’habitabilité de notre planète ?
En fait, alors qu’elles mettent en péril les conditions de vie de milliards d’humains et de non-humains, les énergies fossiles restent très généreusement subventionnées par les États et les collectivités.
Le rapport du groupe 3 du GIEC recommande clairement de réorienter les financements du problème (les énergies fossiles) vers les solutions (actions d’atténuation et d’adaptation). C’est pourtant loin d’être le cas. Alors même que les dégâts du changement climatique (canicules, sécheresses, incendies, ouragans) ont été ressentis dans de larges pans du globe, en 2022, les subventions publiques aux énergies fossiles ont atteint le record de 1 000 milliards de dollars à l’échelle mondiale, d’après un rapport de l’Agence International de l’énergie. Dans la seule Union européenne, ces aides ont atteint 350 milliards de dollars. A titre de comparaison, le fond vert pour le climat - initiative portée par les Nations unies visant à transférer des fonds des pays les plus riches vers les pays les plus vulnérables au changement climatique - peine à atteindre les 10 milliards de dollars pour la période 2020-2023.
Et dans ce triste panorama, la France trouve le moyen de se distinguer : c’est le seul pays européen membre du G20 à avoir, entre 2015 et 2021, augmenté d’un quart son soutien financier au secteur. Lors de la crise énergétique récente, les mesures d’aide mises en place, comme l’aide à la pompe, n’ont pas été ciblées, et ont dans les faits bien plus profité aux tranches les plus aisées de la population. Par ailleurs, ce même rapport souligne encore que ces aides d’urgence ne sont pas allées de pair avec des changements structurels nécessaires.
En présence de faits scientifiques robustes et de leviers d’action identifiés depuis deux à trois décennies, l’inaction n’est plus un défaut de prise de conscience ou d’information : c’est un choix politique.
Ne parlons donc plus d’inaction climatique de la part des États: il semble bien qu’il y ait une action climatique des États, une action climaticide !
Après, les industriel et les Etats, il nous manque le troisième rouage de cette mécanique infernale : les banques qui financent ces projets écocides.
Les banques peuvent injecter de l’argent dans des entreprises fossiles par plusieurs mécanismes. 1. Le prêt pour un projet particulier. 2. L’émission d’obligations, l’obligation étant une fraction de la dette d’une entreprise. 3. L’achat pour des tiers des actions et des obligations d’entreprises déjà émises et échangées sur les marchés financiers. C’est ce qu’on appelle la gestion d’actifs ou asset management dans le milieu. Alors, quand vous ouvrez une assurance-vie, un plan d’épargne en action, la banque fait tout cela avec votre argent. Les montants en jeu sont considérables. Par exemple, BNP Paribas possède des actifs financiers équivalents au PIB de la France.
En France, trois banques se distinguent : BNP Paribas, 10eme rang au niveau mondial pour l’investissement dans les énergies fossiles, 141 milliards $ investis entre 2016 et 2021. Société générale, 21ème rang, 87 milliards $ dans les énergies fossiles. Crédit Agricole, 23ème rang, 76 milliards $ dans les énergies fossiles.
BNP Paribas est la banque française qui investit le plus dans les énergies fossiles.
Elle a par exemple été entre 2016 et 2021 la première au niveau mondial pour le financement du pétrole et du gaz en Arctique et la première au niveau européen pour le financement de l’expansion des énergies fossiles.
En avril 2021, BNP Paribas a rejoint la Net Zero Banking Alliance (NZBA), un programme lancé par les Nations unies pour inciter les banques à participer à la sortie des énergies fossiles. Pourtant, un mois après, alliée à d’autres banques, BNP Paribas a consenti un prêt de 10 milliards de dollars à Saudi Aramco, la société ayant les plus grands projets d’expansion pétrolière et gazière au monde. Près d’un an plus tard, un nouveau prêt de 14 milliards de dollars a été octroyé à la même compagnie. Entre 2016 et 2022, elle a investi 166 milliards de dollars dans le charbon, le pétrole et le gaz : c’est la 11ème au classement des banques mondiales les plus émettrices.
Dans une lettre ouverte publiée le 24 février 2023 dans le journal L’Obs, 600 scientifiques, dont plusieurs co-auteures et coautrices des rapports du GIEC, ont demandé aux membres du Conseil d’administration de BNP Paribas de prendre leurs responsabilités en cessant tout soutien à l’ouverture de nouveaux gisements pétroliers et gaziers. Ces scientifiques demandent à BNP Paribas « d’être à leur écoute, et non pas à l’écoute d’acteurs qui continuent contre vents et marées leur politique de fabrique du doute afin de maintenir le statu quo ». Les scientifiques y interpellaient les quelques membres du CA de BNP Paribas qui se sont engagé·es publiquement pour la sauvegarde de l’environnement, et les appelaient à démissionner si BNP Paribas continuait à soutenir directement ou indirectement l’ouverture de nouveaux gisements d’énergies fossiles.
L’assemblée générale de BNP Paribas aura lieu le 16 mai. Nous, scientifiques, poseront à nouveau au CA de BNP Paribas des questions à ce sujet, et nous en attendons des engagements concrets et à la hauteur des enjeux, et pas un sempiternel greenwashing !
Rappelons aussi qu’une plainte a été déposée le 23 février par trois associations (Les Amis de la Terre, Notre Affaire à Tous et Oxfam), pour non-respect de la loi sur le devoir de vigilance des multinationales.
Il s’agit du premier contentieux climatique mettant en cause une banque commerciale : les banques, comme les entreprises et les Etats, doivent être tenues pour responsables pénalement des millions de morts que leurs décisions vont causer.
Nous scientifiques continuerons à apporter des preuves avec rigueur, à nourrir la réflexion commune, avec méthode, en croisant nos sources, en débattant, en enquêtant, comme nous avons été formés à le faire.
Mais parce qu’à l’évidence cela ne suffit pas à infléchir la trajectoire de notre société, nous nous interposerons aussi. Nous sommes de plus en plus nombreuses et nombreux à le faire.
Aujourd’hui même, dans de nombreuses villes de France, BNP Paribas est ciblée pour dénoncer sa collusion avec TotalEnergies et les autres entreprises fossiles dont elle finance les activités.
Dans deux jours, nous convergerons pour une action nationale contre les entreprises qui ouvrent ces nouveaux projets fossiles ou les financent.
Le 16 mai, nous irons à l’AG de BNP Paribas pour écouter les réponses du conseil d’administration à nos questions et à nos demandes d’arrêter de financer les énergies fossiles.
Le 26 mai, nous appelons, comme de nombreux collectifs, à bloquer l’AG de Total Energies. Nous ne pouvons plus tolérer que des décisions mettant en péril l’habitabilité de notre planète soient prises dans l’ambiance feutrée de salons, entre champagne et petits fours.
D’autres dates suivront ; d’autres actions ; encore et encore. Parce que nous n’avons plus ni le choix, ni le temps. Parce que nous ne nous résignons pas à assister à la destruction systématique de cette planète et à l’injustice fait à ses hôtes sans réagir.
1 Banking On Climate Chaos, 2023 : Rainforest Action Network, BankTrack, Indigenous Environmental Network, Oil Change International, Reclaim Finance, Sierra Club, Urgewald. Banking On Climate Chaos 2023 report.
2 Rapport GIEC, WG1 section TS.3.3.1, Table TS.3 (2021).
3 Kühne et al, « Carbon Bombs - Mapping key fossil fuel projects », Energy Policy, 2022.
4 « Uganda’s pipeline plans face stiff opposition », Oxford Analytica, 2022.
5 Rapport GIEC, AR6, WG1 Box TS.5 (2021).
6 Bonneuil et al., Global Environnement Change, 2021.
7 TotalEnergies, « Plus d’énergies, moins d’émissions », mars 2023. Voir aussi son communiqué de presse
8 Meadows, D., Meadows, D., Randers, J., & Behrens III, W. W. (2012). Les limites à la croissance. Rue de l’échiquier, Paris.
9 Parrique, T., Barth, J., Briens, F., Kerschner, C., Kraus-Polk, A., Kuokkanen, A., & Spangenberg, J. H. (2019). Decoupling debunked. Evidence and arguments against green growth as a sole strategy for sustainability. A study edited by the European Environment Bureau EEB.
10 Bonneuil, C., & Fressoz, J. B. (2013). L’événement Anthropocène: la Terre, l’histoire et nous. Média Diffusion.
11 Sekera, J., & Lichtenberger, A. (2020). Assessing carbon capture: Public policy, science, and societal need: A review of the literature on industrial carbon removal. Biophysical Economics and Sustainability, 5, 1-28.
12 Parrique, T. (2022). Ralentir ou périr: l’économie de la décroissance. Seuil.
13 Bonnet, E., Landivar, D., & Monnin, A. (2021). Héritage et fermeture: une écologie du démantèlement. Éditions divergences.
14 L’Atelier Paysan (2022), Reprendre la terre aux machines. Manifeste pour une autonomie paysanne et alimentaire. Paris: Le Seuil, coll.«Anthropocène», 2021. Revue d’anthropologie des connaissances, 16(16-4).
15 Nova, N., & Roussilhe, G. (2020). Du low-tech numérique aux numériques situés. Sciences du Design, 11(1), 91-101.
16 Collectif Atécopol (2022) Débrancher la 5G ? Enquête sur une technologie imposée. Écosociété.
17 Le Goff, J. (2015). Alain Supiot. La gouvernance par les nombres. Cours au Collège de France (2012-2014) Fayard, 2015, 512 (6), 90-91.
18 Descola, P., & Pignocchi, A. (2022). Ethnographies des mondes à venir. Editions Seuil.
10.05.2023 à 02:00
Le 10 mai 2023, des dizaines de scientifiques ont participé à des actions dans dix villes de France visant à alerter sur la nécessité de ne plus ouvrir et financer de nouveaux sites et infrastructures liées à l’extraction de pétrole et de gaz. Cette journée, à l’initiative de Scientifiques en rébellion dans le cadre de la campagne internationale de Scientist Rebellion The Science is Clear, a réuni également Extinction Rebellion, ANV-COP21, Dernière Rénovation et STOP EACOP.
À Nice, Toulouse, Paris, Blois, Nancy, Tours, Montpellier et Metz, scientifiques et militants étaient réuni·es autour d’actions communes. À Blois, la façade de l’agence BNP a été aspergée de peinture. À Nice, un distributeur de billets a été neutralisé par de la peinture noire, et la façade recouverte de tracts. À Toulouse, une bombe factice de deux mètres de diamètre sur laquelle était inscrit « bombes climatiques, qui sont les éco-terroristes ?? » a été posée et allumée devant deux agences BNP. À Paris, la vitrine d’une agence a été recouverte d’articles scientifiques en lien avec les émissions des énergies fossiles, et des tracts ont été distribués aux passants et clients. À Nancy l’une des agences a été investie pour diffuser des tracts. A Tours, les façades et distributeurs de plusieurs agences ont été aspergés de ont liquide visqueux et noir simulant le pétrole.
07.05.2023 à 02:00
... mais le monde continue de l'ignorer. Le collectif Scientifiques en rébellion, en collaboration avec d’autres associations de désobéissance civile (Extinction Rebellion, Alternatiba - ANV-COP21, Stop Eacop), organise une campagne d'actions du 07 au 13 mai, dans le cadre d'une campagne internationale de Scientist Rebellion.
Si vous voulez plus de détails sur la campagne française en cours, c'est par ici.
10.04.2023 à 02:00
Pour la quatrième semaine consécutive, les Scientifiques en rébellion ont bandé les yeux de statues, et accroché à leurs cous des panneaux indiquant « Ne mentez plus », « Ouvrez les yeux » ou « Ceci est une urgence climatique ». Des statues à Nice, Toulouse, Paris, Montpellier, Blois, Nantes et Marseille ont été choisies pour leur côté symbolique. Il s’agit d’une action internationale, et plus d’une centaine de statues ont été affectées dans le monde, dans une quarantaine de villes réparties sur une douzaine de pays. Les scientifiques à l’origine de ces actions exigent que les personnes au pouvoir ne détournent pas le regard des résultats de la science. Le dernier rapport du GIEC montre clairement que la crise climatique et le désastre écologique menacent notre existence même, et exigent des mesures immédiates qui vont bien au-delà de ce qui est fait actuellement.
Scientist Rebellion a lancé l’action Statue Sunday dimanche 26 mars. L’opération a été renouvelée, essentiellement les dimanches 2, 9 et 16 avril, sur de nouvelles statues. « Les statues sont des symboles emblématiques que l’on trouve partout dans le monde. Si nos dirigeants mondiaux espèrent un jour mériter une statue, ils doivent changer radicalement leur ligne de conduite », a déclaré Spencer Heijnen, un porte-parole de l’action internationale. Les scientifiques tirent la sonnette d’alarme sur la crise climatique depuis des décennies. Ils et elles ont écrit des lettres, signé des pétitions et donné des conférences. Mais les gouvernements n’ont pas tenu compte de ces avertissements et, année après année, les émissions de gaz à effet de serre ont continué à augmenter. Pour reprendre les termes du secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, « nous roulons sur l’autoroute de l’enfer climatique en appuyant à fond sur l’accélérateur », tandis qu’Emmanuel Macron osait demander, encore en ce début d’année 2023, « qui aurait pu prédire la crise écologique » dont nous subissons déjà les conséquences.
A Toulouse, quatre statues ont été prises pour cible :
Le buste de Jean Jaurès rend hommage à l’« Apôtre de la paix ». Cette référence illustre la convergence entre les luttes pour la justice sociale (particulièrement d’actualité), pour la paix et pour les enjeux climatiques : le GIEC a reçu en 2007 le Prix Nobel de la Paix.
La sculpture de Toutain : « Mère et enfant ». Dans la mise en scène des scientifiques, l’enfant s’adresse à sa mère pour lui demander d’ouvrir les yeux et de prendre ses responsabilités, comme les jeunes s’adressent à la génération aujourd’hui au pouvoir : quelle Terre leur laisserons-nous ?
Sur une statue représentant Antoine de Saint-Exupéry avec le Petit Prince dans un globe, les scientifiques ont accroché une citation de l’écrivain : « Pour ce qui est de l’avenir, il ne s’agit pas de le prévoir, mais de le rendre possible ». Cette citation a été placée en exergue d’un Rapport Spécial du GIEC en 2019.
La sculpture « L’Attrape Cœur » de James Colomina. Le street artist humaniste toulousain installe sans autorisation dans les grandes villes du monde ses œuvres de « poésie politique » évoquant entre autres la fragilité de la planète, la violence et l’exclusion.
A Paris, trois statues ont été prises pour cible :
La statue de la Liberté, statue iconique, connue dans le monde entier : notre liberté de respirer de l’air pur et notre liberté de vivre sont mises à rude épreuve.
Une statue de lion a été décorée, pour sa proximité avec le Sénat, qui doit aider à la mise en place de mesures respectueuses de l’environnement.
La statue Ile-de-France aux Tuileries, pour son côté central, donne de la visibilité aux alarmes des scientifiques.
À Nice, c’est la statue de Jacques Chirac qui a été choisie pour cible. En 2002, il prononçait sa fameuse phrase « Notre maison brûle, et nous regardons ailleurs ». Vingt ans plus tard, rien n’a changé, et le dernier rapport du GIEC sort dans l’indifférence générale.
À Montpellier, c’est la statue de Jacques Cœur qui a été choisie pour cible. Grand argentier et commerçant réputé. Jacques Cœur incarne ici notre alerte sur la nécessaire transformation de notre modèle économique dans le contexte du changement climatique. Trois statues d’intellectuels de la place de la Révolution française ont également été ciblées, évoquant l’urgence d’une vraie révolution écologique face aux périls croissants qui pèsent sur le climat et la biodiversité.
À Blois, trois statues ont été prises pour cible :
Jeanne d’Arc, symbole de courage et de résistance, qualités nécessaires pour s’opposer aux forces du statu quo et du business-as-usual.
Louis XII, sur la façade du château royal, un monarque considéré modéré et à l’écoute du peuple. Ceci contraste avec les dérives autoritaires de nos dirigeants actuels.
Denis Papin, que l’on crédite pour avoir inventé la machine à vapeur ; c’est le symbole de la révolution industrielle, qui signe le début de l’augmentation considérable des émissions de CO2 dans les pays occidentaux.
À Nantes, il s'agit d'Anne de Bretagne, qui fut Reine de France, en particulier épouse de Louis XII dont les yeux ont été bandés à Blois.
À Marseille, il s'agit de l'Allégorie de la Durance au Palais Longchamp, point d'arrivée du canal de la Durance. La question de l'eau et de sa rareté concerne depuis longtemps la Provence mais a une actualité aussi très récente avec les méga-bassines de Sainte-Soline. Une conférence de presse a eu lieu devant la bannière pour apporter son soutien aux Soulèvements de la terre qui subit une répression policière violente de la part du gouvernement français : la Durance fait donc face aux conséquences du changement climatique cette fois-ci avec les yeux grands ouverts.
Scientist Rebellion est un mouvement international de scientifiques alarmé.es par la crise climatique et écologique. Le groupe estime que la communauté scientifique a la responsabilité d’agir et de rejoindre l’avant-garde du mouvement climatique.
Scientifiques en rébellion est la branche française de Scientist Rebellion. Ses membres exercent une pression sur les gouvernements – par des actions pacifiques, créatives et perturbatrices – pour s’assurer qu’ils prennent des mesures contre la crise climatique et écologique.
Le 20 mars, un nouveau rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a été publié. Ce rapport tire des conclusions extrêmement alarmantes. En suivant la voie actuelle, nous mettons en péril un avenir vivable et durable pour tous les habitants de la planète, écrit le GIEC. Le groupe d’experts montre que les mesures prises actuellement pour réduire les émissions sont largement insuffisantes pour respecter l’accord de Paris.
10.04.2023 à 02:00
Trois dimanches de suite, à l’occasion de la sortie du dernier rapport du GIEC et dans le cadre d’une action internationale de Scientist Rebellion, nous avons bandé les yeux de statues, et accroché à leurs cous des panneaux indiquant « Ne mentez plus », « Ouvrez les yeux » ou « Ceci est une urgence climatique », à Nice, Toulouse, Paris, Montpellier et Blois. Plus d’une centaine de statues ont été affectées dans le monde, dans une quarantaine de villes réparties sur une douzaine de pays, pour exiger que les personnes au pouvoir ne détournent pas le regard des résultats de la science, alors que le dernier rapport du GIEC montre clairement que la crise climatique et le désastre écologique menacent notre existence même, et exigent des mesures immédiates qui vont bien au-delà de ce qui est fait actuellement.
31.03.2023 à 02:00
Le collectif Scientifiques en rébellion publie deux textes aujourd’hui sur son blog dans le Club de Mediapart. Le premier, « Les méga-bassines sont une maladaptation aux sécheresses et aux enjeux agricoles » est co-signé de plus de soixante hydrologues et spécialistes de l’eau, et dénonce l'inadéquation des méga-bassines aux enjeux hydrologiques, écologiques et agricoles, soulignant au contraire les multiples problèmes liés à leur installation. Ce texte est une version plus longue et détaillée d’une tribune parue dans Le Monde le 25 mars (voir le communiqué de presse du 26 mars). Le second texte, plus vindicatif, s’intitule « En soutien de la résistance, nous sommes les Soulèvements de la Terre ». Les scientifiques y affirment être complètement atterré·es par le traitement politique de la question écologique et climatique et critiquent de manière cinglante l’action du gouvernement et la « violence démesurée » dont il a fait preuve. Ils et elles considèrent que la menace de la dissolution des Soulèvements de la Terre est « le symbole d'un pouvoir qui perd les pédales dans un délire sécuritaire », alors que ce collectif écologiste propose « un autre monde, un projet de société différent et réaliste où le soin (care), le respect, la tolérance, la justice sociale sont réellement réfléchis et mis en place au quotidien. »
30.03.2023 à 02:00
Nous, scientifiques, soutenons les mouvements de résistances aux projets de méga-bassines. Sans utilité réellement prouvée, ces retenues à ciel ouvert menacent la préservation de l’eau et des écosystèmes, et freinent la transformation de notre modèle agro-économique face aux sécheresses actuelles et à venir. Plus de dialogue est nécessaire entre agriculteur·ice·s, citoyen·ne·s et institutions.
Ce texte publié sur notre blog dans le Club de Mediapart est une version longue de notre tribune publiée dans Le Monde le 26 mars 2023.
« Il est possible d’assurer un avenir durable et équitable dans le domaine de l’eau. Il faut pour cela changer radicalement la façon dont nous apprécions, gérons et utilisons l’eau. Cela commence par traiter l’eau comme ce qu’elle est : notre bien collectif mondial le plus précieux, essentiel à la protection de tous les écosystèmes et de toutes les formes de vie ». Ces écrits ouvrent le rapport de synthèse sur l’économie de l’eau publié à l’occasion du sommet sur l’eau des Nations Unies en cette première semaine de printemps 2023. Ce printemps succède à un hiver exceptionnellement peu pluvieux en France, où les restrictions d’eau apparaissent déjà. La crise qui s’installe et les restrictions associées soulignent l’importance de la gestion des stockages naturels fournissant une grande partie de l’eau dont nous dépendons.
Car l’eau n’est une ressource renouvelable que si la consommation n’est pas excessive ; un équilibre en phase d’être rompu à mesure que les effets combinés du changement climatique et de la surconsommation d’eau se font sentir. Que l’on regarde dans les lacs, les rivières, les sols ou les nappes phréatiques, les quantités d’eau se réduisent en France. Contrairement à l’argent, il n’y pas d'"eau magique », il est donc très probable que la compétition entre les principaux usages de l’eau du territoire (industrie, eau potable et sanitaire, refroidissement des centrales électriques, géothermie, loisirs et évidemment agriculture) augmente.
L’agriculture utilise actuellement 45 % de l’eau consommée en France, principalement via l’irrigation. Cela représente plus de 90 % de la consommation estivale dans certaines régions. Dans un contexte de raréfaction de l’eau disponible, il est donc crucial de (re)penser notre système agricole ; une adaptation est indispensable, mais laquelle ?
Les méga-bassines, qui sont des retenues à ciel ouvert remplies en hiver par pompage des nappes phréatiques et qui alimentent ensuite l’irrigation, sont souvent présentées comme nécessaires pour « nourrir la France ». Les projets se multiplient en Nouvelle Aquitaine, Pays de la Loire, Centre, Bretagne et Auvergne, entre autres. D’un point de vue hydrologique, agronomique et économique, les méga-bassines sont pourtant une sérieuse attaque envers la préservation de l’eau et notre souveraineté alimentaire.
Les méga-bassines sont une mal-adaptation aux sécheresses présentes et à venir, qui nous rendront probablement plus vulnérables tout en fragilisant des écosystèmes entiers. Les eaux de surface et les eaux souterraines forment un continuum, elles sont les deux faces d’une même pièce qui interagissent fortement, il est donc vain de les traiter séparément dans la gestion de l’eau. Et comme les bassines dépendent par définition de la recharge souterraine, elles ne permettent pas de faire face à une sécheresse prolongée, où un déficit de pluie se “propage” dans l’assèchement des sols et laisse finalement les nappes à des niveaux trop bas. Même à une échelle saisonnière, un remplissage de méga-bassines (qui dure entre 2 et 3 mois) mise sur une recharge phréatique satisfaisante à la fin de l’hiver, un véritable pari quand on sait que les prévisions hydrogéologiques ne peuvent dépasser 6 mois.
Les nappes phréatiques sont de véritables tampons hydrologiques dans les paysages, amortissant les variations météorologiques vers un transit souterrain plus lent et stable. Par contraste, les méga-bassines « court-circuitent » une partie de ce cycle, exposant au passage l’eau remise en surface à une évaporation importante (7 % selon la FNSEA, plutôt 10 % voire 60 % selon les sources scientifiques) et une eutrophisation (cyanobactéries) affectant les eaux stagnantes. Plus généralement, cette mise à disposition artificielle de la ressource peut créer des « sécheresses anthropiques » directes amplifiant l’impact des sécheresses météorologiques et hydrologiques en aval des prélèvements d’eau. Ces sécheresses d’origine humaine, observées dans les dernières décennies dans la péninsule ibérique et au Chili, proviennent d’une dépendance accrue aux infrastructures d’approvisionnement en eau, et peuvent créer un cercle vicieux : les impacts des sécheresses alimentent une demande pour plus de dispositifs de stockage d’eau, accroissant par effet rebond les usages, qui causera de nouveaux déficits en eau et ainsi d’autres dégâts socioéconomiques. Et au-delà de l’hydrologie locale et aval, les retenues d’eau ont un impact sur la biodiversité des zones humides et les systèmes aquatiques avec des effets cumulés encore largement inconnus. On sait en revanche que les zones humides, havres de biodiversité, ont connu une régression massive en Europe en particulier en France, tandis que la biodiversité aquatique a globalement décru à un tiers de celle estimée en 1970.
Face à ces risques, aucune étude d’impact n’existe pour affirmer un effet positif local des bassines sur la ressource en eau. En Deux-Sèvres où les projets de méga-bassines avancent, une étude fournie par un organisme public (le BRGM) en 2022 a modélisé l’effet régional du pompage de la nappe pour le remplissage hivernal de 16 de ces réservoirs à ciel ouvert. Une contre-expertise et plusieurs collègues spécialistes ont relevé que la méthodologie utilisée ne parvient pas à décrire les dynamiques locales des nappes phréatiques, à prendre en compte les effets d’évaporation, ni enfin à intégrer les effets de sécheresses comme celles de la dernière décennie et encore moins celles – plus fréquentes et plus intenses en été – à venir. Nous ne mettons pas en cause nos collègues du BRGM, qui n’ont répondu qu’à une commande émise par la Coopérative de l’eau des Deux-Sèvres avec des scénarios précis sur une période 2000-2011 peu représentative du futur, comme admis dans un communiqué de presse et plus récemment expliqué au Sénat.
Il est inacceptable que l’instrumentalisation de résultats scientifiques sortis de leur contexte, justifie des politiques de gestion de la ressource sourdes à l’intérêt collectif et à l’évaluation scientifique rigoureuse. En effet, le déploiement de dispositifs tels que les méga-bassines freine la transformation de notre modèle socio-économique et de nos modes de vie, nécessaire et urgente pour la préservation de la ressource en eau. La recherche scientifique doit contribuer à cette transformation, et non être mise au service de projets qui ne font qu’aggraver la situation ou détourner les efforts des véritables priorités.
N’oublions pas qu’à travers l’utilisation de l’eau, il s’agit aussi de notre capacité de production agricole locale pour nourrir la population française. Les méga-bassines alimenteront en fait une minorité d’exploitations (12 à 15 % en Sèvre Niortaise – Mignon, dont la moitié initialement raccordée aux bassines), avec pour effet de fragiliser l’accès à l’eau souterraine des autres producteurs (et évidemment les autres usages). Dans cette mise en concurrence, il n’est pas question de stigmatiser les agriculteurs et agricultrices, mais d’engager le dialogue. Diverses dynamiques mettent les professions agricoles sous pression : baisse du nombre de paysans, agrandissement des exploitations, et dépendance aux importations (engrais, pétrole) réduisent la souveraineté alimentaire et la résilience du système agricole. Nous conseillons de nouvelles orientations politiques et économiques pour l’agriculture afin de réellement soutenir les paysan.nes pratiquant une agriculture plus sobre en eau, plutôt que de subventionner des méga-bassines (à hauteur de 70 % des 76 M€ pour le projet en Deux-Sèvres, via l’Agence de l’eau) sans réelle contrepartie.
Au final, on peut se poser la question de l’utilité réelle des bassines, qui consiste plutôt en une « rustine hydro-sociale » (voire du « greenwashing hydrologique ») alimentant la culture du déni de l’urgence de changer de modèle de société, et où l’argent public bénéficie à un petit nombre au détriment de tous les autres. L’éthique scientifique nous impose de susciter et d’éclairer un débat démocratique, pour que soient prises des décisions collectives à la hauteur des enjeux. Pour conclure, les mobilisations contre les projets de méga-bassines nous paraissent légitimes, et les Scientifiques en rébellion estiment nécessaire d’agir pour replacer les débats scientifiques et la gestion des ressources au cœur d’une prise de décision égalitaire entre tous les acteurs.
Ce texte a été écrit collectivement par : Sylvain Kuppel (hydrologie), Odin Marc (géomorphologie), Stéphanie Mariette (génétique des populations), Laurent Lassabatère (hydrologie), Pascal Houillier (médecin, physiologie), Julien Lefèvre (informatique), et Lara Elfjiva (anthropologie sociale), membres du collectif Scientifiques en rébellion.
Avec le soutien de chercheur.se.s spécialistes :
Christian Amblard (hydrobiologie, CNRS, Clermont-Ferrand)
Sandrine Anquetin (hydroclimatologie, CNRS, Université Grenoble Alpes)
Luc Aquilina (biogéochimie des eaux souterraines, Université de Rennes 1)
Sébastien Barot (écologue, IRD, Paris)
Annette Bérard (écologie et écotoxicologie microbienne, INRAE, Centre PACA)
Gilles Billen (biogéochimie, CNRS, Sorbonne Université, Paris)
Camille Bouchez (hydrogéologie, CNAP, Université de Rennes)
Brice Boudevillain (hydrométéorologie, Institut des Géosciences de l’Environnement, Université Grenoble Alpes)
Pierre Brigode (hydrologie, Université Côte d’Azur)
Yvan Caballero (hydrogéologie, Montpellier)
Nadia Carluer (hydrologue, INRAE, Lyon)
Aude Carreric (climatologie, Barcelona Supercomputing Center)
Simon Carrière (hydrogéologie, Sorbonne Université)
Jérémie Cavé (sciences de la durabilité, IRD, Géosciences Environnement Toulouse)
Guillaume Chagnaud (hydro-climatologie, Institut des Géosciences de l’Environnement (Grenoble)
Jean-Baptiste Charlier (hydrogéologie, BRGM, G-Eau Montpellier)
Diego Chavez (hydrologie, Aix-Marseille Université)
Nicole Claverie (environnements géo-naturels & anthropisés, Université de Toulouse III)
Wolfgang Cramer (géographie, directeur de recherche CNRS, Aix-en-Provence)
Florian Debras (astrophysique, CNRS, Toulouse)
Bertrand Decharme (hydrologie & climatologie, CNRS, Toulouse)
Marc Deconchat (écologie des paysages, INRAE, Toulouse)
Valérie Demarez (écologue, Professeure à l’Université Toulouse III)
Agnès Ducharne (hydroclimatologue, CNRS, METIS-IPSL, Paris)
Marc Dumont (hydrogéologie, Université de Liège, Belgique)
Véronique Durand (hydrogéologie, Université Paris Saclay)
Sylvain Ferrant (agronomie et hydrologie, IRD, Toulouse)
Jérôme Gaillardet (géochimie, Institut de Physique du Globe, Paris)
Rémy Garçon (hydrométéorologie et gestion de l’eau, retraité)
Josette Garnier (biogéochimie des eaux et des sols, CNRS, Paris)
Marina Gillon (hydrogéologie, Avignon Université)
Yves Goddéris (surfaces continentales et interfaces, CNRS, Toulouse)
Marielle Gosset (hydrométéorologie, IRD, Toulouse)
Youen Grusson (hydrologie, Université de Toulouse III)
Joël Guiot (paléoclimatologie, directeur de recherche émérite CNRS, Aix Marseille Université)
Vivien Hakoun (hydrogéologie, BRGM, G-Eau Montpellier)
Basile Hector (hydrologie, IRD, Institut des Géosciences de l’Environnement, Grenoble)
Benoit Hingray (hydroclimatologie, Institut des Géosciences de l’Environnement, Grenoble)
Laurent Husson (géologie & géophysique, ISTerre, Grenoble)
Pierre-Alain Jayet (économie de l’environnement, INRAE, Saclay)
Aglaé Jézéquel (climatologie, LMD-IPSL, Paris)
Damien Jougnot (hydrogéophysique, CNRS, Paris)
Hervé Jourde (hydrogéologie, Université de Montpellier)
Yann Kerr (hydrologie spatiale, CNES, CESBIO, Toulouse)
David Labat (hydrologie, Université de Toulouse III)
Francois Lafolie (modélisation sol et agro-hydrosystèmes, INRAE, Avignon)
Michel Lang (hydrologie, INRAE, Lyon)
Claire Lauvernet (mathématiques appliquées, hydrologie & qualité de l’eau, INRAE, Lyon)
Corinne Le Gal La Salle (hydrogéochimie, Université de Nîmes)
Patrick Le Moigne (hydrométéorologie, Météo-France, CNRM, Toulouse)
Christophe Le Roux (géochimie, CNRS, Géosciences Environnement Toulouse)
Thierry Lebel (hydroclimatologie, IRD, Institut des Géosciences de l’Environnement, Grenoble)
Mathieu Lucas (Doctorant en Hydrologie, INRAE, Lyon)
Christelle Marlin (hydrogéologie, Université Paris-Saclay)
Vincent Marc (hydrogéologie, Avignon Université)
Nicolas Massei (hydrologie, Université de Rouen Normandie)
Laurence Maurice (hydrogéochimie, IRD, Géosciences Environnement Toulouse)
Naomi Mazzilli (hydrogéologie, Université d’Avignon)
Florentina Moatar (hydrologie environnementale, INRAE)
Malo Mofakhami (sciences économiques, Université Sorbonne Paris Nord)
Jean-Marie Mouchel (sciences de l’eau, Sorbonne Université, Paris)
Claude Mugler (hydrogéologie, Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement, Saclay)
Simon Munier (hydrométéorologie, CNRM, Toulouse)
Nathalie de Noblet-Ducoudré (bioclimatologie, CEA, LSCE-IPSL, Ile-de-France)
Catherine Ottlé (hydroclimatologie, CNRS, Université Paris Saclay)
Ludovic Oudin (hydrologie, Sorbonne Université, Paris)
Sébastien Pouchoulin (hydrologie, INRAE, Lyon)
Gérémy Panthou (hydroclimatologie, Institut des Géosciences de l’Environnement, Université Grenoble Alpes)
Aura Parmentier Cajaiba (Organisation systèmes agroécologiques, Université Côte d’Azur)
Jean-Luc Peiry (hydrologie, Université Clermont Auvergne)
Christophe Peugeot (hydrologie, IRD, Hydrosciences Montpellier)
Marie-Claire Pierret (géochimie, physicienne CNAP, Université de Strasbourg)
Séverin Pistre (hydrogéologie, Université Montpellier)
Xavier Poux (agroéconomie, AScA-IDDRI, Paris)
Agnès Rivière (hydrogéologie, MinesParis – PSL)
Antoine Séjourné (hydrogéomorphologie, GEOPS, Université Paris-Saclay)
Adrien Selles (hydrogéologie, BRGM, Montpellier)
Yves Tramblay (hydrologie, IRD, Hydrosciences Montpellier)
Christine Vallet-Coulomb (hydrologie, Maîtresse de conférences Aix-Marseille Université)
Rémi Valois (hydrogéologie et géophysique, Université d’Avignon)
Théo Vischel (hydroclimatologie, Institut des Géosciences de l’Environnement, Université Grenoble Alpes)
Sylvain Weill (hydrologie, ENGEES / Université de Strasbourg)
Nikola Zsolnay (Géoécologie, ENSAT-INP, Toulouse)
30.03.2023 à 02:00
Les Soulèvements de la Terre font partie de ces collectifs qui se substituent à l’État là où ce dernier échoue à répondre à l’intérêt général. Ils proposent un autre monde, un projet de société différent et réaliste où le soin, le respect, la tolérance, la justice sociale sont réellement réfléchis et mis en place au quotidien. Nous, scientifiques en rébellion, les soutenons sans réserve.
Ce texte a été publié sur notre blog dans le Club de Mediapart.
Nous sommes des scientifiques de toutes disciplines, pour beaucoup documentant directement les bouleversements écologiques et climatiques en cours, leurs causes et leurs responsables. Nous sommes atterré·es de voir le traitement politique appliqué a la question écologique et climatique, en complète déconnexion avec les enjeux qui menacent directement nos sociétés et la majorité des écosystèmes sur Terre.
L’adaptation, la bifurcation ou l’abandon complet des projets aggravant la mise sous tension de notre environnement sont perçues comme des opinions politiques, souvent attaquées ad hominem, plutôt que comme les conséquences logiques de travaux scientifiques solides sur lesquels ces propositions légitimes s’appuient. Cela s’appliquait à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, maintenant au projet d’autoroute Castres-Toulouse et bien-sûr aux projets de méga-bassines. Celles-ci sont une maladaptation au réchauffement climatique et au manque d’eau. Autrement dit, une réponse court-termiste qui finira par aggraver le mal qu’elle prétend résoudre. Ce constat qui dépasse l’idéologie est largement partagé, et nous l’avons argumenté dans Le Monde et plus longuement ensuite dans ce blog, avec le soutien de nombreux spécialistes du domaine.
Des dizaines de milliers de personnes l’ont compris et ont convergé au cours d’un week-end, pour s’opposer à un projet pourtant parfois bien loin de leur domicile. Quelques milliers sont même allés jusqu’à prendre des risques – allant au moins jusqu’à la mutilation et le coma – pour tenter d’occuper symboliquement ce « trou » absurde. Face à cela, le gouvernement a répondu par une violence démesurée, ayant recours à des armes de guerre telles que les grenades GM2L. Le pouvoir a tenté de détourner l’attention, pointant la colère plutôt que d’en reconnaitre les causes : le refus de la destruction de notre habitat par les forces destructrices du business-as-usual.
De ce refus construit sur les faits, découle la résistance.
Les Soulèvements de la Terre font partie de ces collectifs qui se substituent à l’État là où ce dernier échoue à exister dans l’intérêt de celles et ceux qui le constituent. Leur désobéissance s’inscrit dans les traces de nombreux mouvements pour faire progresser l’état de droit, un mouvement issu des citoyen·nes et agissant dans l’intérêt du plus grand nombre.
Les Soulèvements de la Terre proposent un autre monde, un projet de société différent et réaliste où le soin (care), le respect, la tolérance, la justice sociale sont réellement réfléchis et mis en place au quotidien. Ils et elles défendent concrètement une planète vivable et vivante, dans un contexte d’écocide et de crise climatique mondiale niés, ignorés ou instrumentalisés à des fins de greenwashing par les gouvernements des pays les plus riches dont la France. A Sainte-Soline, cette envie bienveillante et joyeuse de monde meilleur était portée, partagée et vécue par les 30,000 personnes présentes.
Ce modèle de société, exemple désirable de monde où nous pourrions vivre, fait face à une diabolisation systématique par le gouvernement, allant jusqu’à vouloir réduire à néant cette « organisation » qui n’en est pas une, et entraver les individus qui y contribuent ou font exister ce projet. Nous nous interrogeons : qu’est-ce qui fait si peur au gouvernement ? Peut-être le fait que les Soulèvements puissent réussir à rendre tangible et plausible une alternative au monde capitaliste, néolibéral et écocidaire que le gouvernement défend, en rassemblant toujours plus de citoyen·ne·s dans des actions pouvant mener à un basculement.
La menace de dissolution des Soulèvements est le symbole d’un pouvoir qui perd les pédales dans un délire sécuritaire. Au déni d’écoute du peuple qu’il prétend représenter – toujours plus flagrant à chaque étape du projet de réforme des retraites – s’ajoute la caricature d’un musèlement de mouvements progressistes. Une dynamique vue dans le passé avec d’autres gouvernements aux étiquettes politiques bien moins libérales.
Si des dissolutions doivent avoir lieu pour rétablir l’« ordre » et la démocratie, commençons par celles de la BRAV-M et du gouvernement.
26.03.2023 à 01:00
Des membres du collectif Scientifiques en rébellion publient dans le journal Le Monde un texte d’analyse scientifique et de dénonciation des projets de méga-bassines. Ce texte, écrit et soutenu par des scientifiques spécialistes du sujet, dénonce l’inadéquation des méga-bassines aux enjeux hydrologiques, écologiques et agricoles et souligne au contraire les multiples problèmes liés à leur installation. Le collectif Scientifiques en rébellion réaffirme son soutien aux mouvements d’opposition à de tels projets en France et sera présent le weekend du 24-26 mars lors du grand rassemblement dans les Deux-Sèvres.
Les méga-bassines, qui sont des retenues d’eau à ciel ouvert remplies en hiver par pompage des nappes phréatiques et qui alimentent ensuite l’irrigation, sont souvent présentées comme nécessaires pour « nourrir la France ». Les scientifiques du collectif jugent que « sur le plan hydrologique et économique, les méga-bassines menacent la préservation de l’eau et notre souveraineté alimentaire ». Ils et elles jugent ainsi que de multiples données scientifiques font douter des bénéfices de tels dispositifs face aux sécheresses actuelles et à venir, tandis que d’importants risques hydrologiques, écologiques et agro-économiques demeurent.
Ces scientifiques considèrent que les méga-bassines sont une mal-adaptation aux sécheresses présentes et à venir, qui nous rendront probablement plus vulnérables, tout en fragilisant des écosystèmes entiers. Comme ces réservoirs dépendent par définition de la recharge souterraine, ils ne permettent pas de faire face à une sécheresse prolongée laissant les nappes à des niveaux trop bas. Plus grave, ces retenues de substitution « court-circuitent » une partie du transit lent des nappes phréatiques et peuvent contribuer à créer des « sécheresses anthropiques » amplifiant l’impact des sécheresses météorologiques en aval des prélèvements d’eau, comme déjà observé dans la péninsule ibérique et au Chili. Au-delà de l’hydrologie locale et aval, les retenues d’eau ont un impact sur la biodiversité des zones humides et systèmes aquatiques, dont les effets cumulés restent encore largement inconnus. On sait en revanche que les zones humides, havres de biodiversité, ont connu une régression massive en Europe et en particulier en France, tandis que la biodiversité aquatique a globalement fortement décru.
Face à ces risques, il n’existe selon les scientifiques du collectif aucune étude d’impact permettant d’affirmer un effet hydrologique positif local des bassines sur la ressource en eau. En Deux-Sèvres, où les projets de méga-bassines sont très avancés, la médiatisation de l’étude de modélisation par un organisme public (le BRGM) en 2022 est donc très problématique ; si la probité du BRGM n’est pas en doute, leur étude répond à une commande déconnectée des réalités climatiques et d’hydrologie locale, comme mis en évidence par une contre-expertise et certain·e·s scientifiques. Dans leur texte, ces spécialistes jugent inacceptable « l’instrumentalisation de résultats scientifiques, sortis de leur contexte, qui justifie des politiques de gestion de la ressource sourdes à l’intérêt collectif et à l’évaluation scientifique rigoureuse », et estiment que « le déploiement des méga-bassines freine la transformation de notre modèle socio-économique et de nos modes de vie, nécessaire et urgente pour la préservation de la ressource en eau ».
Une utilisation réfléchie de l’eau est centrale pour la capacité de production agricole locale visant à nourrir la population française. Les méga-bassines alimenteront en fait une minorité d’exploitations, le plus souvent de grande taille et pouvant se permettre les investissements nécessaires, avec pour effet de fragiliser l’accès à l’eau souterraine des autres producteurs. Les scientifiques jugent que « dans cette mise en concurrence, il s’agit alors d’engager le dialogue » et conseillent « de nouvelles orientations politiques et économiques pour l’agriculture afin de soutenir les paysan.nes pratiquant une agriculture plus sobre en eau, plutôt que de subventionner des méga-bassines ». A l’occasion de la mobilisation internationale des 25-26 Mars dans les Deux-Sèvres pour la défense de l’eau, des membres de Scientifiques en rébellion, et notamment certain.es auteur.ices du texte, seront présent.es pour les manifestations. Ils et elles pourront répondre en détail aux questions des journalistes.
26.03.2023 à 01:00
Des membres du collectif Scientifiques en rébellion publient dans le journal Le Monde un texte d’analyse scientifique et de dénonciation des projets de méga-bassines. Ce texte, écrit et soutenu par des scientifiques spécialistes du sujet, dénonce l’inadéquation des méga-bassines aux enjeux hydrologiques, écologiques et agricoles et souligne au contraire les multiples problèmes liés à leur installation. Le collectif Scientifiques en rébellion réaffirme son soutien aux mouvements d’opposition à de tels projets en France et des membres du collectif sont présents le weekend du 24-26 mars lors du grand rassemblement dans les Deux-Sèvres.
Une version longue, publiée sur notre blog dans le Club de Mediapart est disponible ici.
Ce texte a été écrit collectivement par : Lara Elfjiva (anthropologie sociale), Sylvain Kuppel (hydrologie), Odin Marc (géomorphologie), Stéphanie Mariette (génétique des populations), Laurent Lassabatère (hydrologie), Pascal Houillier (médecin, physiologie), Julien Lefèvre (informatique), membres du collectif Scientifiques en rébellion.
Avec le soutien de chercheur.se.s spécialistes :
Christian Amblard (hydrobiologie, CNRS, Clermont-Ferrand)
Sandrine Anquetin (hydroclimatologie, CNRS, Université Grenoble Alpes)
Luc Aquilina (biogéochimie des eaux souterraines, Université de Rennes 1)
Sébastien Barot (écologue, IRD, Paris)
Annette Bérard (écologie et écotoxicologie microbienne, INRAE, Centre PACA)
Gilles Billen (biogéochimie, CNRS, Sorbonne Université, Paris)
Camille Bouchez (hydrogéologie, CNAP, Université de Rennes)
Brice Boudevillain (hydrométéorologie, Institut des Géosciences de l’Environnement, Université Grenoble Alpes)
Pierre Brigode (hydrologie, Université Côte d’Azur)
Yvan Caballero (hydrogéologie, Montpellier)
Nadia Carluer (hydrologue, INRAE, Lyon)
Aude Carreric (climatologie, Barcelona Supercomputing Center)
Simon Carrière (hydrogéologie, Sorbonne Université)
Jérémie Cavé (sciences de la durabilité, IRD, Géosciences Environnement Toulouse)
Guillaume Chagnaud (hydro-climatologie, Institut des Géosciences de l’Environnement (Grenoble)
Jean-Baptiste Charlier (hydrogéologie, BRGM, G-Eau Montpellier)
Diego Chavez (hydrologie, Aix-Marseille Université)
Nicole Claverie (environnements géo-naturels & anthropisés, Université de Toulouse III)
Wolfgang Cramer (géographie, directeur de recherche CNRS, Aix-en-Provence)
Florian Debras (astrophysique, CNRS, Toulouse)
Bertrand Decharme (hydrologie & climatologie, CNRS, Toulouse)
Marc Deconchat (écologie des paysages, INRAE, Toulouse)
Valérie Demarez (écologue, Professeure à l’Université Toulouse III)
Agnès Ducharne (hydroclimatologue, CNRS, METIS-IPSL, Paris)
Marc Dumont (hydrogéologie, Université de Liège, Belgique)
Véronique Durand (hydrogéologie, Université Paris Saclay)
Sylvain Ferrant (agronomie et hydrologie, IRD, Toulouse)
Jérôme Gaillardet (géochimie, Institut de Physique du Globe, Paris)
Rémy Garçon (hydrométéorologie et gestion de l’eau, retraité)
Josette Garnier (biogéochimie des eaux et des sols, CNRS, Paris)
Marina Gillon (hydrogéologie, Avignon Université)
Yves Goddéris (surfaces continentales et interfaces, CNRS, Toulouse)
Marielle Gosset (hydrométéorologie, IRD, Toulouse)
Youen Grusson (hydrologie, Université de Toulouse III)
Joël Guiot (paléoclimatologie, directeur de recherche émérite CNRS, Aix Marseille Université)
Vivien Hakoun (hydrogéologie, BRGM, G-Eau Montpellier)
Basile Hector (hydrologie, IRD, Institut des Géosciences de l’Environnement, Grenoble)
Benoit Hingray (hydroclimatologie, Institut des Géosciences de l’Environnement, Grenoble)
Laurent Husson (géologie & géophysique, ISTerre, Grenoble)
Pierre-Alain Jayet (économie de l’environnement, INRAE, Saclay)
Aglaé Jézéquel (climatologie, LMD-IPSL, Paris)
Damien Jougnot (hydrogéophysique, CNRS, Paris)
Hervé Jourde (hydrogéologie, Université de Montpellier)
Yann Kerr (hydrologie spatiale, CNES, CESBIO, Toulouse)
David Labat (hydrologie, Université de Toulouse III)
Francois Lafolie (modélisation sol et agro-hydrosystèmes, INRAE, Avignon)
Michel Lang (hydrologie, INRAE, Lyon)
Claire Lauvernet (mathématiques appliquées, hydrologie & qualité de l’eau, INRAE, Lyon)
Corinne Le Gal La Salle (hydrogéochimie, Université de Nîmes)
Patrick Le Moigne (hydrométéorologie, Météo-France, CNRM, Toulouse)
Christophe Le Roux (géochimie, CNRS, Géosciences Environnement Toulouse)
Thierry Lebel (hydroclimatologie, IRD, Institut des Géosciences de l’Environnement, Grenoble)
Mathieu Lucas (Doctorant en Hydrologie, INRAE, Lyon)
Christelle Marlin (hydrogéologie, Université Paris-Saclay)
Vincent Marc (hydrogéologie, Avignon Université)
Nicolas Massei (hydrologie, Université de Rouen Normandie)
Laurence Maurice (hydrogéochimie, IRD, Géosciences Environnement Toulouse)
Naomi Mazzilli (hydrogéologie, Université d’Avignon)
Florentina Moatar (hydrologie environnementale, INRAE)
Malo Mofakhami (sciences économiques, Université Sorbonne Paris Nord)
Jean-Marie Mouchel (sciences de l’eau, Sorbonne Université, Paris)
Claude Mugler (hydrogéologie, Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement, Saclay)
Simon Munier (hydrométéorologie, CNRM, Toulouse)
Nathalie de Noblet-Ducoudré (bioclimatologie, CEA, LSCE-IPSL, Ile-de-France)
Catherine Ottlé (hydroclimatologie, CNRS, Université Paris Saclay)
Ludovic Oudin (hydrologie, Sorbonne Université, Paris)
Sébastien Pouchoulin (hydrologie, INRAE, Lyon)
Gérémy Panthou (hydroclimatologie, Institut des Géosciences de l’Environnement, Université Grenoble Alpes)
Aura Parmentier Cajaiba (Organisation systèmes agroécologiques, Université Côte d’Azur)
Jean-Luc Peiry (hydrologie, Université Clermont Auvergne)
Christophe Peugeot (hydrologie, IRD, Hydrosciences Montpellier)
Marie-Claire Pierret (géochimie, physicienne CNAP, Université de Strasbourg)
Séverin Pistre (hydrogéologie, Université Montpellier)
Xavier Poux (agroéconomie, AScA-IDDRI, Paris)
Agnès Rivière (hydrogéologie, MinesParis – PSL)
Antoine Séjourné (hydrogéomorphologie, GEOPS, Université Paris-Saclay)
Adrien Selles (hydrogéologie, BRGM, Montpellier)
Yves Tramblay (hydrologie, IRD, Hydrosciences Montpellier)
Christine Vallet-Coulomb (hydrologie, Maîtresse de conférences Aix-Marseille Université)
Rémi Valois (hydrogéologie et géophysique, Université d’Avignon)
Théo Vischel (hydroclimatologie, Institut des Géosciences de l’Environnement, Université Grenoble Alpes)
Sylvain Weill (hydrologie, ENGEES / Université de Strasbourg)
Nikola Zsolnay (Géoécologie, ENSAT-INP, Toulouse)
04.03.2023 à 01:00
Une centaine de scientifiques et de citoyen.nes de diverses disciplines venus de toute la France (Paris, Montpellier, Toulouse, Nice, Lyon, Marseille, Grenoble, Rennes, etc.) se sont rassemblé.es samedi 4 mars à Paris devant le Muséum National d’Histoire Naturelle, pour dénoncer les conséquences catastrophiques du recours massif aux pesticides et promouvoir un autre modèle agricole. Cette action est menée par Scientifiques en rébellion et Extinction Rebellion, avec les ONG Pollinis, Générations futures, Avenir Santé Environnement et Alerte des Médecins sur les Pesticides.
Une centaine de personnes, dont une majorité de scientifiques, soutenu.es par des représentant.es d’ONG, ont formé un cortège funèbre sous la bannière « Printemps silencieux : les pesticides tuent » lors d’une action organisée au Muséum National d’Histoire Naturelle.
Des prises de parole se sont succédé sur fond de die-in et au rythme du slogan « Non à l’écocide – Stop aux pesticides » et de coups de gong. Les artistes Red rebels, vêtues de rouge pour symboliser le sang des espèces éteintes, ont déambulé parmi les participant.es vêtu.es de noir et les scientifiques en blouses blanches.
Cette action, qui s’est déroulée en parallèle du Salon de l’Agriculture, fait référence au célèbre livre Printemps silencieux de la biologiste nord-américaine Rachel Carson, première lanceuse d’alerte en 1962 sur la dangerosité des pesticides de synthèse.
60 ans après la publication de cet ouvrage, les preuves scientifiques sur les ravages des pesticides s’accumulent, comme le rapportent notamment les expertises collectives menées par les instituts publics français : sur la santé humaine (INSERM 2013, 2021) et sur la biodiversité et les écosystèmes (INRAE-IFREMER, 2022).
En infiltrant les sols, l’air et les milieux aquatiques, les pesticides contaminent l’environnement et participent à l’extinction de masse des populations d’insectes et d’oiseaux. Cette extinction dramatique constitue une menace majeure qui risque de provoquer l’effondrement des écosystèmes et de la production agricole dont nos sociétés dépendent (United Nations Report, 2019).
« Les études scientifiques montrent une chute fulgurante d’abondance des insectes, dont certains pollinisateurs, qui atteint de 60 à 80% en Europe depuis 30 ans (Wagner et al., 2021 ; Goulson, 2023) ainsi qu’un déclin massif de 30% des populations d’oiseaux d’habitats agricoles en 30 ans en France (Fontaine et al., 2020) » alerte Kaïna Privet, écologue, pour Scientifiques en rébellion.
Les dommages des pesticides sur l’environnement se doublent du drame de leur toxicité sur la santé humaine, qui touche en premier lieu les professionnel.les du monde agricole.
« Les scientifiques documentent, encore et encore, que les pesticides neurotoxiques favorisent effectivement les troubles cognitifs et les maladies neurodégénératives, que les pesticides ressemblant à des hormones naturelles exercent bien des effets perturbateurs endocriniens sur tous les êtres vivants dont l’humain, ou encore que les pesticides épandus à moins de 1,5 km des habitations augmentent les risques de troubles du neuro-développement chez l’enfant (Gunier et al, 2017). » rappelle Laurence Huc, toxicologue, au nom de Scientifiques en rébellion.
Malgré ce constat scientifique accablant, la France figure parmi les principaux pays consommateurs de pesticides en Europe, avec plus de 70 000 t/an, et n’a respecté aucun de ses plans successifs de réduction de l’usage des pesticides (plans Ecophyto). Pire, les centaines de millions d’euros investis dans cet objectif ont abouti à une hausse de plus de 20% de l’utilisation de pesticides, une contradiction qui a été épinglée par la Cour des comptes en 2020.
Alors qu’un nouveau plan Ecophyto 2030 vient d’être annoncé par le gouvernement, sans aucun objectif de réduction des produits phytosanitaires, il est urgent que les responsables politiques prennent la mesure des constats scientifiques et engagent un changement radical de modèle agricole.
« Fort.es des résultats des recherches et scénarios d’agronomes et économistes, nous demandons des politiques publiques urgentes pour la transition radicale de nos modèles agricoles, vers l’agroécologie, une agriculture valorisant la biodiversité végétale et animale, avec une réduction de 60% des pesticides pour 2030 et de 90% d’ici 2050. Cela implique d’augmenter massivement les aides pour l’agroécologie et, en particulier l’agriculture biologique, développer l’agroforesterie, doubler les haies, augmenter les bandes enherbées, réduire de moitié l’élevage intensif en divisant par quatre les cultures fourragères annuelles (maïs, ensilage) au profit des prairies et cultures de légumineuses. Cela requiert une réduction de moitié de la consommation de viande. Stopper l’artificialisation des sols et les restaurer sont également essentiels pour stocker le carbone (Billen et al, 2021 ; Tibi et al., 2022 ; Solagro, 2022, Jacquet et al, 2022). », explique Florence Volaire, écologue, au nom de Scientifiques en rébellion.
Les dégâts dus à l’utilisation massive de pesticides ne sont qu’un des problèmes écologiques majeurs engendrés par l’agriculture intensive. La destruction des habitats, avec notamment la suppression de 70% des haies depuis 70 ans, aggrave la perte de biodiversité. De plus, l’agriculture est responsable de 20 à 25% des émissions mondiales de gaz à effet de serre.
En remettant le vivant au cœur des choix de société, sa restauration et sa préservation au centre des politiques agricoles, il est démontré qu’un cercle vertueux est possible, avec des agriculteur.rices qui ne tombent plus malades, des écosystèmes diversifiés et dynamiques, une eau et un air plus sains pour tous les êtres vivants !
« Les sciences sociales décrivent comment les lobbies de l’agrochimie usent de moyens colossaux pour dénigrer la science, produire du doute, instrumentaliser les institutions et influencer les autorités sanitaires françaises et européennes pour que rien ne change (Thébaud-Mony A, 2014 ; Jas N, 2017 ; Dedieu F, 2022 ; Jouzel JN, 2020) » déclare Laurence Huc, toxicologue, pour Scientifiques en rébellion.
Le mouvement Extinction Rebellion (XR), via sa campagne Changement de régime, fustige « l’influence de la FNSEA dans les prises de décisions politiques. Ce syndicat majoritaire défend le statu quo et l’agrobusiness, et encourage les agriculteurs à manifester pour la réintroduction des néonicotinoïdes. XR, qui a fait des actions au Salon de l’Agriculture, devant le ministère de l’Agriculture, au Conseil National de l’Alimentation, devant le siège de la FNSEA et les chambres d’agriculture, va continuer à lutter activement contre ce lobbying mortifère et pour un réel changement de régime agricole et politique ».
Nicolas Laarman, délégué général de POLLINIS rappelle que : « L’effondrement de la biodiversité nous privera à terme de ce qu’on appelle aujourd’hui les services écosystemiques indispensables, assurés par les organismes vivants : la pollinisation de nos cultures alimentaires et de 85% des plantes à fleurs connues à travers le monde, par les abeilles et les insectes pollinisateurs. C’est donc un sentiment d’urgence qui nous pousse donc à agir aujourd’hui aux côté de Scientifiques en rébellion, et le poids écrasant de la responsabilité morale vis-à-vis des jeunes générations auxquelles nous nous apprêtons à léguer un monde silencieux, vidé d’une part essentielle de la diversité et de la beauté qui enchantent l’humanité depuis des millénaires. »
Nadine Lauverjat, Déléguée générale de l’association Générations futures, a souligné que : « Les victimes des pesticides, méprisées par un trop grand nombre de décideurs pendant des décennies, ne peuvent plus être ignorées. Si nous n'agissons pas vite, nos enfants nous accuseront et ils auront raison. Nous devons sortir au plus vite de notre dépendance aux pesticides, il en va de notre survie et aussi de celle de tout le vivant. Il n'est plus question d'optimisme ou de pessimisme mais d'une détermination immense que nous portons toutes et tous ce jour ».
Pierre-Michel Perinaud, d’Alerte des médecins sur les pesticides, explique : « Nous devons mettre en parallèle l’expertise de l’Inrae sur l’impact des pesticides sur la biodiversité (2022) avec la seconde expertise de l’Inserm (2021) concernant les effets sur la santé humaine. On voit bien que sur les professionnels, les populations riveraines et en population générale, ces effets sont de mieux en mieux documentés sur un nombre toujours plus grand de pathologies. Mais que la perte de biodiversité associée à l’usage des pesticides représente une menace au moins aussi importante sur la santé que les effets directs. »
Franck Rinchet-Girollet, porte parole de Avenir Santé Environnement, témoigne du combat que mène l’association : « En Charente-maritime, sur un secteur impacté par un cluster de cancers pédiatriques, nous luttons contre tous types de pollution pouvant aggraver ou déclencher des pathologies. Depuis quelques années les résultats en matière de pesticides sont alarmants. 41 molécules dans l’air, des CMR dans l’eau, la contamination est systémique : tous les milieux sont touchés, l'impact sur la santé est sous-évalué car l'effet cocktail des pesticides présents dans l'environnement n'est pas pris en considération. Nous ne pouvons plus entendre que les impératifs de production et d'exportation doivent primer sur la santé, et nous ne supporterons plus que nos enfants et ceux qui viendront après eux soient exposés à ces produits ! »
EFFONDREMENT DE 80% DES POPULATIONS D’INSECTES EN 30 ANS
Hallmann CA, Sorg M, Jongejans E, Siepel H, Hofland N, et al. (2017) More than 75 percent decline over 27 years in total flying insect biomass in protected areas. PLOS ONE 12(10): e0185809. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0185809
PERTE DE 30% DES POPULATIONS D’OISEAUX AGRICOLES EN 30 ANS
Fontaine B., Moussy C., Chiffard Carricaburu J., Dupuis J., Corolleur E., Schmaltz L., Lorrillière R., Loïs G., Gaudard C. 2020. Suivi des oiseaux communs en France 1989-2019 : 30 ans de suivis participatifs. MNHN- Centre d'Ecologie et des Sciences de la Conservation, LPO BirdLife France - Service Connaissance, Ministère de la Transition écologique et solidaire. 46 pp.
1 PLANTE SUR 5 EST MENACÉE D’EXTINCTION
Willis, K.J. (ed.) 2017. State of the World’s Plants 2017. Report. Royal Botanic Gardens, Kew.
40% DES INSECTES DANS LE MONDE SONT MENACÉS D’EXTINCTION
Sanchez-Bayo (Sánchez-Bayo, Wyckhuys, 2019. Worldwide decline of the entomofauna: A review of its drivers.Biological Conservation)
31% DES ESPÈCES DE PAPILLONS DE JOURS EN DÉCLIN EN EUROPE
Van Swaay, C., Cuttelod, A., Collins, S., Maes, D., López Munguira, M., Šašić, M., Settele, J., Verovnik, R., Verstrael, T., Warren, M., Wiemers, M. and Wynhof, I. 2010. European Red List of Butterfies Luxembourg: Publications Office of the European Union.
PLUS D’1 MILLION D’ESPÈCES EN DANGER D’EXTINCTION DANS LES PROCHAINES DÉCENNIES
United Nations Report, Nature’s Dangerous Decline ‘Unprecedented’; Species Extinction Rates ‘Accelerating’ (2019),. Accessed 15 November 2020.
Expertises collectives
Leenhardt S. Mamy L., Pesce S., Sanchez W. (coord) et al. (2022). Impacts des produits phytopharmaceutiques sur la biodiversité et les services écosystémiques, Synthèse du rapport d’ESCo, INRAE - Ifremer (France), 124 pages, https://www.inrae.fr/actualites/impacts-produits-phytopharmaceutiques-biodiversite-services-ecosystemiques-resultats-lexpertise-scientifique-collective-inrae-ifremer
Tibi A., Martinet V., Vialatte A. (coord.) et al. (oct. 2022). Protéger les cultures en augmentant la diversité végétale des espaces agricoles., Synthèse du rapport d’ESCo. INRAE, 86 pages
Inserm. Pesticides et effets sur la santé : Nouvelles données. (2021) Collection Expertise collective. Montrouge : EDP Sciences, 2021.1 036 pages
https://www.inserm.fr/expertise-collective/pesticides-et-sante-nouvelles-donnees-2021/
Fontaine B., Moussy C., Chiffard Carricaburu J., Dupuis J., Corolleur E., Schmaltz L., Lorrillière R., Loïs G., Gaudard C. 2020. Suivi des oiseaux communs en France 1989-2019 : 30 ans de suivis participatifs. MNHN- Centre d'Ecologie et des Sciences de la Conservation, LPO BirdLife France - Service Connaissance, Ministère de la Transition écologique et solidaire. 46 pp https://www.mnhn.fr/fr/actualites/pres-de-30-d-oiseaux-en-moins-en-30-ans-dans-les-villes-et-les-campagnes-francaises
Solagro (2022) Afterres 2050 Biodiversité. Un scénario fondé sur la nature et pour la nature. Pointereau P. (coord). https://solagro.org/afterres2050-biodiversite
Jacquet Florence, Jeuffroy Marie-Hélène, Jouan Julia, Le Cadre Edith, Malausa Thibaut, Reboud Xavier, Huyghe Christian (coord) (2022) Zéro pesticide. Un nouveau paradigme de recherche pour une agriculture durable. Éditions Quae. 9782759233106, 244 pages.
Gunier RB, Bradman A, Harley KG, Eskenazi B. (2017) Will buffer zones around schools in agricultural areas be adequate to protect children from the potential adverse effects of pesticide exposure? PLoS Biol. https://journals.plos.org/plosbiology/article?id=10.1371/journal.pbio.2004741
Jas N,(2017) Millefeuilles institutionnels et production d’ignorance dans le « gouvernement » des substances chimiques dangereuses Raison présente 2017/4 (N° 204).
Billen et al. (2021) Reshaping the European agro-food system and closing its nitrogen cycle: The potential of combining dietary change, agroecology, and circularity, One Earth, Volume 4, Issue 6,2021,Pages 839-850, https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S259033222100289X?via%3Dihub
Wagner et al. (2021) Insect decline in the Anthropocene: Death by a thousand cuts. PNAS, https://doi.org/10.1073/pnas.2023989118
Carson Rachel (1962) Printemps silencieux. Editions Wildproject (2020) 978-2-918-490-999, 352 pages
Dedieu François (2022) Pesticides – Le confort de l’ignorance. Editions Seuil, 978-2-02-147349-0, 369 pages
Foucart Stéphane (2019) Et le monde devint silencieux - Comment l’agrochimie a détruit les insectes, Editions Seuil, 9782021427424, 336 pages
Goulson Dave (2023) Terre silencieuse – Empêcher l’extinction des insectes, Editions du Rouergue, 9782812624070, 388 pages
Jouzel Jean-Noël (2019) Pesticides. Comment ignorer ce que l’on sait , Presses de Sciences po,
Thébaud-Mony Annie (2014) La Science asservie, Editions La Découverte, 978-2-7071-7369-0, 305 pages
04.03.2023 à 01:00
Le 4 mars 2023, une centaine de scientifiques et de citoyen·nes venu·es de toute la France ont formé un cortège funèbre à Paris pour dénoncer les conséquences catastrophiques du recours massif aux pesticides et promouvoir un autre modèle agricole. Cette action, qui s’est déroulée en parallèle du Salon de l’Agriculture, était intitulée Printemps silencieux en référence au célèbre livre de la biologiste nord-américaine Rachel Carson, première lanceuse d’alerte en 1962 sur la dangerosité des pesticides de synthèse. Elle a été menée avec Extinction Rebellion, et les ONG Pollinis, Générations futures, Avenir Santé Environnement et Alerte des Médecins sur les Pesticides.
Des prises de parole se sont succédé sur fond de die-in et au rythme du slogan « Non à l’écocide – Stop aux pesticides » et de coups de gong. Les artistes Red Rebels, vêtues de rouge pour symboliser le sang des espèces éteintes, ont déambulé parmi les participant·es vêtu·es de noir et les scientifiques en blouses blanches.
24.02.2023 à 01:00
Dans une tribune publiée dans L’Obs à l’initiative du collectif Scientifiques en rébellion, 600 scientifiques, dont des co-auteur·es des rapports du GIEC, demandent aux membres du Conseil d’administration de BNP Paribas de prendre leurs responsabilités face à la catastrophe écologique en cours en cessant tout soutien à l’ouverture de nouveaux gisements pétroliers et gaziers. BNP Paribas est actuellement l’un des premiers financeurs mondiaux des énergies fossiles et ses engagements sont clairement incompatibles avec l’objectif de limiter le réchauffement climatique à 1,5°C.
Mesdames et messieurs,
Nous sommes des scientifiques alarmé·es par la catastrophe écologique en cours et plus encore de la faiblesse des actions mises en place pour en limiter l’ampleur, alors que les risques sont connus, clairement évalués et menacent l’ensemble des sociétés humaines et des écosystèmes. Certain·es parmi nous ont contribué aux rapports du GIEC ou sont spécialistes des questions climatiques. Nous vous écrivons aujourd’hui pour vous rappeler solennellement qu’un grand pouvoir implique une grande responsabilité : vous occupez un poste où vous pouvez jouer un rôle majeur face au changement climatique.
La synthèse des études scientifiques est très claire : respecter l’Accord de Paris impose de laisser la majorité des énergies fossiles encore disponibles dans le sol, et de ne plus ouvrir de nouveaux gisements en dehors de ceux déjà en exploitation. Ainsi, l’Agence internationale de l’énergie a annoncé en 2021 qu’ « il n’y a aucun besoin d’investir dans des nouvelles sources d’énergies fossiles dans notre trajectoire Net zéro »1 ; le groupe d’experts de haut niveau des Nations unies affirme dans son rapport de novembre 2022 que le « Net zéro est incompatible avec la poursuite des investissements dans les énergies fossiles »2 ; le dernier rapport du GIEC va également dans le même sens3. Les arguments déployés par les compagnies pétro-gazières pour contester ce consensus scientifique sont légion, mais aucun d’entre eux n’est recevable : nous vous demandons d’être à l’écoute des scientifiques, et non pas d’acteurs qui continuent contre vents et marées leur politique de fabrique du doute afin de maintenir le statu quo, comme cela a été clairement relevé dans les rapports du GIEC4.
Les rapports traitant du financement bancaire des énergies fossiles le montrent clairement : BNP Paribas fait partie des établissements qui ont financé et continuent de financer massivement de nouveaux projets pétroliers et gaziers. Elle a par exemple été entre 2016 et 2021 la première au niveau mondial pour le financement du pétrole et du gaz en Arctique et la première au niveau européen pour le financement de l’expansion des énergies fossiles5. En avril 2021, BNP Paribas a rejoint la Net Zero Banking Alliance (NZBA), un programme lancé par les Nations unies pour inciter les banques à participer à la sortie des énergies fossiles. Pourtant, un mois après, alliée à d’autres banques, BNP Paribas a consenti un prêt de 10 milliards de dollars à Saudi Aramco, la société ayant les plus grands projets d’expansion pétrolière et gazière au monde6. Près d’un an plus tard, un nouveau prêt de 14 milliards de dollars a été octroyé à la même compagnie7. Globalement, ces rapports montrent que les financements de BNP Paribas ne sont pas en ligne avec l’Accord de Paris car ils verrouillent la société dans l’utilisation des énergies fossiles et rendent la neutralité carbone chaque jour plus difficile à atteindre.
Le dernier rapport sur la responsabilité sociale entreprise (RSE) de votre banque n’apporte aucun élément montrant un changement d’orientation à la hauteur des enjeux8. BNP Paribas s’est engagée à réduire ses encours de financement à l’extraction et la production de pétrole et gaz, de 80 % et 30 % respectivement à horizon 2030. Ces engagements n’empêchent pas le maintien de soutiens financiers aux entreprises développant de nouveaux projets d’extraction d’énergies fossiles et ne portent que sur les prêts octroyés par BNP Paribas, oubliant l’émission d’actions et d’obligations. Faut-il encore rappeler que le gaz est une énergie fossile ? Les mentions qui sont faites dans ce rapport concernant le développement de produit financiers prétendument durables restent malheureusement bien vagues comparativement aux sommes, bien concrètes elles, récemment engagées dans des projets fossiles. BNP Paribas a récemment publié un communiqué de presse9 dans lequel elle prétend que sa « trajectoire s’inscrit pleinement dans le scénario de l’Agence Internationale de l’Énergie, y compris dans ses développements les plus récents ». Au vu des éléments fournis ci-dessus, cette affirmation est indiscutablement un mensonge éhonté.
Pour tout financeur des activités d’extraction, une seule décision s’impose face à l’urgence climatique : il faut vraiment arrêter de financer directement ou indirectement de nouveaux projets, et non pas continuer tout en laissant croire le contraire. Les financements octroyés et les actifs gérés par votre groupe représentent un incommensurable levier d’action qu’il faut mettre au service de la sortie des énergies fossiles. L’ampleur du pouvoir dont vous disposez vous interdit de vous dédouaner de vos responsabilités sur d’autres acteurs comme les États ou les citoyen·ne·s, une stratégie classique pour entretenir l’inaction, comme cela a été souligné dans le dernier rapport du GIEC10. Vous comme nous constatons que nous n’avons pas le temps d’attendre. Nous vivons d’ores et déjà les conséquences du réchauffement climatique. Ce sont entre 3,3 et 3,6 milliards de personnes qui vivent dans des contextes à forte vulnérabilité vis-à-vis de ce changement et tout doit être mis en œuvre pour le contenir de manière urgente.
Nous comptons sur votre sens des responsabilités, la loi française11 faisant obligation aux administrateurs et administratrices de prendre en compte les enjeux environnementaux depuis 2017. Certain·es membres du Conseil d’administration sont engagé·es publiquement pour la sauvegarde de l’environnement et la défense des droits humains, que ce soit à travers des fondations, des travaux scientifiques ou encore des mandats électifs. Nous les appelons solennellement à demander en Conseil d’administration que BNP Paribas cesse de soutenir directement ou indirectement toute ouverture de nouveaux gisements d’énergies fossiles, et à en démissionner si cette mesure n’était pas adoptée.
Cette lettre ouverte a été écrite par le collectif Scientifiques en rébellion. Sa signature est ouverte à l’ensemble de la communauté scientifique. La plupart des signatures de soutien ne sont donc pas membres de ce collectif.
Notes :
1. « Net Zero by 2050 », International Energy Agency, mai 2022.
2. « Integrity matters : net-zero commitments by businesses, financial institutions, cities and regions », United Nations High-Level Expert Group, novembre 2022.
3. « Si les investissements dans le charbon et les autres infrastructures fossiles se poursuivent, les systèmes énergétiques seront verrouillés à des niveaux d’émissions plus élevés, ce qui rendra plus difficile de limiter le réchauffement à 2°C ou 1,5°C », Technical Summary, AR6 WG3, GIEC (2022).
4. « De nombreuses entreprises ont tenté de faire échouer l’atténuation du changement climatique par un lobbying ciblé et des stratégies médiatiques instillant le doute. Les sociétés intervenant dans la chaîne d’approvisionnement (en amont comme en aval) des entreprises productrices de combustibles fossiles constituent la majorité des organisations opposées à l’action climatique », paragraphe 5.4.3, AR6 WG3, GIEC (2022).
5. Entre 2016 et 2021, BNP Paribas a été, au niveau mondial, la première banque pour le financement de Shell et de BP, la cinquième pour l’expansion des énergies fossiles et la première encore pour le pétrole et le gaz en Arctique ainsi que pour les forages ultra-profonds [« Banking on Climate Chaos », Fossil fuel finance report (2022)].
6. « Banking on Climate Chaos », Fossil fuel finance report (2022).
7. Depuis son entrée dans NZBA, BNP Paribas a financé à hauteur de plus de 7 milliards d’euros des entreprises poursuivant l’expansion des énergies fossiles, la plaçant ainsi au 14e rang mondial de ce point de vue [« Throwing fuel on fire: GFANZ financing of fossil fuel expansion », Reclaim Finance (2023)].
8. « Document enregistrement universel et rapport financier annuel 2021 », BNP Paribas (2021).
9. « BNP Paribas, leader affirmé du financement de la transition énergétique, engage une nouvelle étape de forte accélération », BNP Paribas, 24 janvier 2023.
10. « Les stratégies de communication et de construction de marque des entreprises tentent également de détourner la responsabilité des entreprises vers les individus, et/ou de s’approprier les sentiments en faveur du climat pour construire leur propre marque ; l’atténuation du changement climatique est envisagée uniquement sous l’angle du choix des produits et de la consommation, évitant la notion de sphère d’action collective politique.», Technical Summary, AR6 WG3 (2022).
11. Code du commerce, article L225-35.
Premièr·es signataires :
Olivier Aumont (océanographe), Milan Bouchet-Valat (sociologue), Aude Carreric (climatologue), Julian Carrey (physicien), Kévin Jean (épidémiologiste), Stéphanie Mariette (généticienne), Jérôme Santolini (biologiste)
Avec le soutien de près de 600 scientifiques, dont :
Christophe Cassou (climatologue, co-auteur du GIEC)
Wolfgang Cramer (écologue, co-auteur du
GIEC)
Jean-Pierre Gattuso (océanographe, co-auteur du GIEC)
Céline Guivarch (économiste, co-autrice du
GIEC)
Jean Jouzel (climatologue, ex-vice-président du GIEC)
Jean-Baptiste Sallée (climatologue, co-auteur
du GIEC)
Sophie Szopa (chimiste de l’atmosphère, co-autrice du GIEC)
Julia Steinberger (économiste,
co-autrice du GIEC)
Yamina Saheb (économiste et docteure en énergétique, co-autrice du GIEC)
Gonéri Le
Cozannet (géographe, co-auteur du GIEC)
Magali Reghezza (géographe, membre du Haut Conseil pour le climat)
Ainsi que de :
Jean-Jacques Achache, Médecine, Anesthésiste-réanimateur, Centre Hospitalier de Millau
François Aguillon,
Physique, Professeur émérite, ISMO
Aurélie Albert, Océanographie, Ingénieur de recherche, CNRS
Sarah
Albertin, Chimie atmosphérique, Doctorante, Sorbonne Université
Victor Altmayer, Neurosciences cognitives,
Doctorant en neurosciences / docteur en neurologie, Institut du Cerveau, Paris
Katherine Alvino, Energie
photovoltaïque, Doctorante/ingénieure de recherche, Mines Paris
Anne-Claude Ambroise-Rendu, Histoire,
Professeure des universités, Université de Versailles St Quentin-en-Yvelines
François André, Biophysicien,
Chercheur, Université Paris-Saclay
Stéphane André, Sciences de l’ingénieur, Enseignant-chercheur, Université
de Lorraine
Sandrine Anquetin, Hydroclimatologie, Directrice de recherche, CNRS
Marie Charlotte Anstett,
Écologie, Chargée de recherches, CNRS
Claire Antoine, Physique du solide, Chercheuse senior, Université
Paris-Saclay -CEA
Guillemette Antoni, Santé publique, Ingénieure de recherche, INSERM
Cecile
Appert-Rolland, Physique, Directrice de recherche, CNRS
Stephane Arnouts, Astrophysique, Directeur de
recherche, CNRS
Marie-Anne Arrio, Physique-chimie, Chercheuse, CNRS
Jean-Luc Atteia, Astrophysique,
Enseignant chercheur, Université Paul Sabatier
Christine Aubry, Agronomie, Ingénieure de recherche
retraitée/professeure consultante à agroparistech, INRAE/AgroParisTech
Christophe Audouard, Biologie,
Ingénieur, CNRS
Yildiz Aumeeruddy-Thomas, Ethnoécologie, Directrice de recherche, CNRS
Philémon Autin,
Glaciologie, Post doctorant, institut de recherche pour le développement IRD
Sakina-Dorothée Ayata, Écologie,
Maîtresse de conférences, Sorbonne Université / LOCEAN-IPSL
Virginie Baby-Collin, Géographie, Professeure des
universités, Aix Marseille université
Jean-Baptiste Bahers, Géographie, Chercheur, CNRS, UMR ESO
Raphaelle
Bailhache, Physics, Post doc, Goethe-University Frankfurt
Anne Baillot, Etudes germaniques et humanités
numériques, Professeure des universités, Le Mans Université
Viviane Baladi, Mathématiques, Directeur de
recherches, CNRS
Jean Ballet, Astrophysique, Chercheur, CEA Saclay
Albane Barbero, Chimie atmosphérique,
Ingénieur de recherche, CNRS
Estelle Barbot, Écologie, Post-doctorante, Université de
Montpellier
Pierre-Luc Bardet, Biologie, Enseignant-chercheur, Sorbonne Université
Pascal Barla,
Informatique, Chercheur, Inria
Ligia Barna, Génie des procédés et environnement, Professeur, INSA
Toulouse
Nicolas Barnier, Informatique, Enseignant chercheur, ENAC
Sébastien Barot, Écologie, Chercheur,
IRD
Camille Baudoin, Informatique, Enseignante, INSA CVL
Jérôme Baudot, Physique, Professeur, Université
de Strasbourg
Anne Baudouin, Chimie, Ingenieure de recherche, CNRS
Térence Baugé, Spatial, Stagiaire,
GIS
Arnaud Beck, Physique, Ingénieur de recherche, CNRS
Denis Becquet, Biologiste, Chercheur,
INSERM
Matthias Beekmann, Climatologie, Directeur de recherche, CNRS
Joana Beigbeder, Science des
matériaux, Enseignant chercheur, IMT Mines Alès
Fabien Bellet, Énergétique, Enseignant-chercheur,
CentraleSupélec
Philippe Belleudy, Hydrologue, Professeur émérite, Institut des Géosciences de
l’Environnement, Université Grenoble-Alpes
Simon Benhamou, Eco-ethologie, Directeur de recherche,
CNRS
Wakinyan Benhamou, Biologie, Doctorant, Université de Montpellier – CEFE/CNRS
Marc Benoit,
Agronomie-économie-environnement, Ingénieur de recherche, INRAE
Luc Béraud, Géosciences de l’environnement,
Doctorant, Institut des Géosciences de l’Environnement
Nicolas Berger, Mécanique, PRAG, Université de
Bordeaux
Aurélien Berlan, Philosophie, Maître de conférences, Université de Toulouse
Jérémy Bernard,
Climatologie, Chercheur contractuel, Université de Göteborg (Suède)
Patrick Bernard, Mathématiques,
Professeur des universités, PSL
Harry Bernas, Physicien, Directeur de recherche émérite, CNRS
Etienne
Berthier, Glaciologie, Directeur de recherche, CNRS
Carmen Bessa-Gomes, Écologie, Enseignant-chercheur,
AgroParisTech
Mireille Besson, Neurosciences cognitives, Directrice de recherce, CNRS & Aix-Marseille
Université
Laurent Bétermin, Mathématiques, Maître de conférences, Université Claude Bernard Lyon 1
Manuel
Bibes, Physique, Directeur de recherche, CNRS
Alexis Bienvenüe, Mathématiques appliquées, Maître de
conférences, ISFA / Université Lyon 1
Frédérique Bienvenüe, Mathématiques, Maîtresse de conférences,
Université Lyon 1
Nicolas Bierne, Biologie évolutive, Directeur de recherche, CNRS
Aurélien Bigo,
Transition énergétique des transports, Chercheur indépendant, Chaire Energie et Prospérité
Jean Francois
Bissonnette, Sociologie, Professeur adjoint, Université de Montréal
Guillaume Blanc, Physique, Maître de
conférences, Université Paris Cité
Lilian Blanc, Environnement, Chercheur, Cirad
Alain Blanchard,
Astrophysique, Professeur, Université Paul Sabatier
Cyrille Blanchard, Instrumentation astrophysique spatiale
et sol, Assistant ingénieur, CNRS
Marianne Blanchard, Sociologie, Maître de conférences, Université Toulouse
2
Juliette Blanchet, Hydroclimat, Chargée de recherche, CNRS
Michel Blay, Histoire et philosophie des
sciences, Directeur de recherche honoraire, CNRS
Thomas Blon, Physique, Maître de conférences, INSA
Toulouse
Jacques Blondel, Biologie évolutive, Directeur de recherche émérite, CNRS
Christine Blondel,
Histoire des sciences, Chercheuse cnrs retraitée, CNRS
Géraldine Bocquého, Économie, Chercheur,
INRAE
Isabelle Boisse, Astrophysique, Astronome-adjoint, LAM
Samuel Boissier, Astrophysique, Directeur de
recherche, CNRS
Jordi Bolibar, Glaciologie, Chercheur postdoc, Institute for Marine and Atmospheric Research,
Utrecht University
Thomas Bolognesi, Économie, Professeur associé, Grenoble Ecole de Management
Alberte
Bondeau, Géoscience, Chargée de recherche, CNRS
François Bonhomme, Evolutionniste, Directeur de recherches
émérite, CNRS
Jeremie Bonneau, Hydrologie, Ingénieur de recherche, INRAE
Mathilde Bonnefond,
Neurosciences, Chargée de recherche, INSERM
Mylène Bonnefoy, Risque naturels, Ingénieure, IGE
Frédéric
Boone, Astrophysique, Enseignant-chercheur, Université de Toulouse
Philippe Borsa, Génétique des populations,
Directeur de recherche, Institut de recherche pour le développement
Sara Bosshardt, Agronomie, Doctorante,
INRAE
Pascal Boubert, Physique, Enseignant-chercheur, Université de Rouen
Alix Boulouis, Biologie,
Maîtresse de conférences, Sorbonne Université
Romain Bourboulou, Neurosciences, Postdoc, UCL
Dominique
Bourg, Philosophie, Professeur honoraire, Université de Lausanne
Francois Bousquet, Sciences humaines et
sociales, Chercheur, Cirad
Rémi Boutonnet, Mathématiques, Chargé de recherches, CNRS
Bétina Boutroue,
Science politique, Doctorante, Cirad
Jean Bouyer, Santé publique, Directeur de recherche émérite,
Inserm
Martin Bowen, Physique, Directeur de recherche, CNRS-IPCMS
Julien Brevier, Physique,
Enseignant-chercheur, Université de Limoges
Catherine Brézard, Généticienne, Ingénieur, INRAE
Carine
Briand, Astrophysique, Astronome, Obseratoire de Paris
Francois Briens, Prospective, Chercheur,
Indépendant
Antoine Brochet, Géographie – sciences sociales de l’eau, Chercheur contractuel, CNRS
Annie
Brossas, Chimie, Maître de conférences, Sorbonne Université
Fanny Brun, Glaciologie, Chargée de recherche,
IRD
Thomas Brunet, Chimie, PhD, Université Claude Bernard Lyon 1
Mireille Bruyere, Sciences economiques,
Maîtresse de conférences, Université de Toulouse Jean Jaurès
Quentin Brzustowski, Géodiésie spatiale,
Ingénieur de recherche, GET (Geoscience Environnement Toulouse), CNRS
Louisiane Burkart, Éco-épidémiologie,
VSC TAAF, Institut polaire français (IPEV)
Yvan Caballero, Hydrogéologie, Chercheur, BRGM
Francesca
Calore, Physique, Chercheur, CNRS
Stéphanie Camazon, Agriculture, Conseillère agricole, Chambre
d’agriculture
Julie Camman, Biogéochimie de l’atmosphère, Doctorante, AMU
Alain Campargue, Physique,
Directeur de recherche, CNRS
Guillaume Carbou, Sciences de l’information et de la communication, Maître de
conférences, Université de Bordeaux
Estelle Carde, Sociologie, Professeure, Université de Montréal
Damien
Cardinal, Chimie marine et biogéochimie, Professeur, Sorbonne Université
Louise Caron, Sociologie, Chargée de
recherche, INED
Marion Casagrande, Agronomie, Ingénieure de recherche contractuelle, INRAE
Jérémie Cavé,
Sciences de la durabilité, Chercheur, IRD
Catherine Cesarsky, Astrophysique, Conseiller scientifique,
CEA
Guillaume Chagnaud, Hydro-climatologie, Post-doctorant, Institut des Géosciences de
l’Environnement
Jean Chamel, Anthropologie, Post-doctorant, Université de Lausanne
Patrick Chames, Inmuno
oncologie, Directeur de recherche, CNRS
Olivier Champagne, Climatologie, Post-doctorant, Université Grenoble
Alpes
Aurélie Charron, Pollution de l’air, Chercheure, Université Gustave Eiffel
Mathieu Chassé,
Geosciences, Enseignant-chercheur, Sorbonne Université
Marie-T Chateau, Microbiologie, biologie cellulaire,
Maître de conférences, UMR 5237 CRBM (Université de Montpellier, CNRS)
Claire Chatelain, Histoire, Chargée de
recherches, CNRS
Bruno Chaudret, Chimie, Cherecheur émérite, Laboratoire de Physique et Chimie des
Nano-Objets (INSA, CNRS, UPS, Toulouse)
Hélène Chauveau, Géographie, Chercheuse associée, Laboratoire
d’Etudes Rurales – Université Lumière Lyon 2
Brigitte Chauvin, Mathématiques, Professeur émérite, université
de Versailles
Claire Chenu, Science du sol, Chercheur, INRAE
Sophie Chevalier, Anthropologie, Professeure
des universités, Université de Picardie Jules Verne
Pierre Chevallier, Hydrologie, Directeur de recherche
emérite, IRD
Arnaud Chiffaudel, Physique des systèmes complexes, Indépendant, Chercheur CNRS de 1988 à
2012
Rémi Chipaux, Physique, Ingénieur-chercheur, CEA/DRF/IRFU
Delphine Clauss, Chimie des matériaux,
Doctorante, Université Grenoble Alpes
Léo Clauzel, Météorologie, Doctorant, IGE
Floriane Clément,
Géographie humaine, Chargée de recherche, INRAE
Solange Coadou, Océanographie, Doctorante, ENS
Yann
Coadou, Physique des particules, Chercheur, Centre de physique des particules de Marseille
Virginie Cogez,
Biologie, Maître de conférences, Faculté des Sciences et Technologies, Université de Lille
François Colas,
Océanographe, Chercheur, LOCEAN
Jean Colcombet, Biologie végétale, Responsable d’équipe, INRAE
Morgane
Colombert, Génie urbain, Chercheure associée, Université Gustave Eiffel
Yannick Copin, Astrophysique,
Enseignant chercheur, Université Lyon 1 Claude Bernard
Olivier Coq, Neurosciences, Chargé de recherche,
CNRS
Mickael Coriat, Astrophysique, Enseignant-chercheur, CNAP
Veronique Cornet, Océanologie, Ingénieur de
recherche, CNRS
François Couchot, Physique, Directeur de recherche, CNRS
Vincent Coudé du Foresto,
Astrophysique, Astronome, Observatoire de Paris – PSL
Christel Cournil, Droit, Professeurd de droit public,
Sciences Po Toulouse
Régis Courtin, Astrophysique, Retraité, Observatoire de Paris
Sarah Cubaynes,
Écologie, Maitre de conferences, EPHE
Amelia Curd, Ecologiste, Chercheur, IFREMER
Francesco d’Ovidio,
Océanographie, Directeur de recherche, CNRS
Marion Dalmais, Génomique, Ingénieure d’étude, INRAE
Alexandre
Danjou, Climat, Doctorant, Université Paris-Saclay
Anne-Marie Daré, Physique, Enseignante chercheuse, Aix
Marseille Université
Sylvain Davidson, Microbiologie, Ingénieur, IRD
Alice de Lapparent, Agronomie,
Doctorante, INRAE
Arnaud de Mesmay, Informatique, Chargé de recherche, CNRS
Louise de Palaminy,
Archéométrie, Doctorante, Géoscience Environnement Toulouse
Pascale de Philip, Microbiologie, Enseignant
chercheur, Université
Florian Debras, Astrophysique, Chargé de recherche, CNRS
Marc Deconchat, Écologie
des paysages, Directeur de recherche, INRAE
Gilles Delaygue, Climatologie, Enseignant-chercheur, Université
Grenoble-Alpes
Magali Deleuil, Astrophysique, Professeur, Laboratoire d’Astrophysique de Marseille
Nicolas
Delpierre, Écologie, Professeur, Université Paris-Saclay
Marie-Paule Demolin, Documentation, Retraitée,
Université de Lille
Karine Demyk, Astrophysique, Directeur de recherche, CNRS
Marc Denis, Physique,
Retraité, Ex CNES
Philip Dervis, Sciences humaines, Docteur, Education nationale
Dominique Desclaux,
Agronomie, Directeur de recherche, INRAE
Julie Deshayes, Océanographe climatologue, Chargé de recherche,
CNRS
Monique Desmet, Physique, Directeur de recherches, CNRS
Antoine Detaille, Mathématiques, Doctorant,
Université Claude Bernard Lyon 1 – Institut Camille Jordan
Vincent Devictor, Écologie, Directeur de
recherche, CNRS
Jeanne Devolder, Mathématiques, Maîtresse de conférences honoraire, Université de
Lille
Sarah Dijols, Mathématiques, Post-doctorante, University of Calgary
Arache Djannati-Atai,
Astrophysique, Directeur de recherche, CNRS
Michel Dobrijevic, Atmosphères planétaires, Enseignant-chercheur,
Laboratoire d’Astrophysique de Bordeaux – Université de Bordeaux
Laurent Drapeau, Mathématiques appliquées,
Ingénieur de recherche, IRD
Agnès Ducharne, Hydro-climatologue, Directrice de recherche, CNRS
Frédéric
Dufaux, Géographie, Maître de conférences, Université Paris Nanterre
Carine Duffaut, Santé publique,
Ingénieur chef de projet, Inserm
François Dulac, Environnement et climat, Chercheur-ingénieur cea,
Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement
Patrick Duncan, Écologie, Directeur de recherche
retraité, Ex-CNRS
Louis Dupaigne, Mathématiques, Professeur, Université Claude Bernard Lyon 1
Laure
Dupeyrat, Sciences de la terre, Enseignante chercheuse, Université Paris Saclay
Fabrice Duponchelle,
Ecologue, Directeur de recherche, IRD
Anaëlle Durfort, Écologie, Doctorante, Université de
Montpellier
Cyril Dutech, Pathologie forestière, Chargé de recherches, INRAE
Marie Dutreix, Biologiste,
Directeur de recherche émérite, CNRS/Institut Curie
Vincent Echevin, Océanographe, Chargé de recherche,
IRD
Lara Elfjiva, Anthropologie, Doctorante, LAP EHESS CNRS
Philippe Enclos, Droit, Maître de conférences
retraité, Université de Lille
Benoit Epinat, Astrophysique, Astronome adjoint, Laboratoire d’Astrophysique de
Marseille – Université Aix Marseille
Nathalie Escaravage, Écologie, Enseignante chercheuse, Université
Toulouse 3
Océane Espin, Agronomie, Junior scientist, CMCC (Centre Euro-Mediterranéen sur les changements
climatiques)
Jean-Philippe Estingoy, Sciences physiques, PRAG, IUT Paul Sabatier
Juliette Fabre, Gestion
de données d’observation environnementales, Ingénieure de recherche, CNRS
Xavier Faïn, Paléoclimatologue,
Chercheur, CNRS
Jean-Sébastien Fallu, Psychoéducation, Professeur agrégé, Université de Montréal
Matthieu
Falque, Génétique, Ingénieur de recherche, INRAE
Véronique Fargal, Économie gestion, PRCE, IUT TC Paul
Sabatier Toulouse
Eric Faudry, Biologie, Chercheur, Institut de Biologie Structurale
Marie Fauré,
Histoire, Doctorante, Université Bordeaux Montaigne
Guillaume Feger, Météorologie, Docteur, LAERO
Claire
Feierstein, Mécanique, Dessinateur conception mécanique, CNRS
Sylvie Ferrari, Économie écologique,
Professeur, Université de Bordeaux
Guillaume Ferriere, Mathématiques, Post-doctorant, Université de
Strasbourg
Jochen Fick, Physique, Directeur de recherche, CNRS
François Flahault, Anthropologie sociale,
Directeur de recherches émérite, CNRS
Mathieu Florence, Mathématiques, Maître de conférences, Sorbonne
Université
Juliane Floury, Génie des procédés, Enseignante-chercheur, Institut Agro
Rennes-Angers
Anne-Laure Fougères, Mathématiques, Professeure des universités, Université Claude Bernard Lyon
1
Marie-Alice Foujols, Sciences du climat, Ingénieure de recherche, IPSL
Marine Fourrier, Océanographie,
Post-doctorante, LOV – Sorbonne Université
Xavier Frank, Physique, Chercheur, INRAE
Emmanuelle Frenoux,
Informatique, Maîtresse de conférences, Université Paris-Saclay
Gilles Frison, Chimie, Directeur de
recherche, CNRS
Nathalie Fromin, Écologue, Chargée de recherche, CNRS
Boris Fumanal, Écologie,
Enseignant-chercheur, Université Clermont Auvergne
Elie Gaget, Ecology, Chercheur postdoctorant, University
of Turku
Rémi Gaillard, Sciences du climat/biogéochimie, Doctorant, ENS
Antoine Gaillard, Physique,
Post-doctorant, Université d’Amsterdam
Caroline Galland, Histoire, Maître de conférences, Université Paris
Nanterre
Hubert Gallée, Modélisation du changement climatique, Directeur de recherche émérite, CNRS
Alexis
Gamelin, Physique, Physicien, Synchrotron SOLEIL
Fabrice Gangneron, Sociologie, Ingénieur, CNRS
Patrick
Ganster, Sciences des matériaux, Enseignant-chercheur, Institut Mines Télécom
Luis Garcia Alles, Biochimie,
Chercheur, CNRS
Iñaki Garcia de Cortazar Atauri, Agroclimatologie, Ingénieur de recherche, INRAE
Philippe
Garnier, Astrophysique, Enseignant-chercheur, Université Toulouse 3
Cédric Gaucherel, Écologie, Directeur de
recherche, INRAE
Florence Gaunet, Psychologie cognitive, Chercheur, CNRS
Franck Gauthier,
Bio-imformatique, Ingénieur, INRAE
Olivier Gauwin, Informatique, Maïtre de conférences, Université de
Bordeaux
Ivan Gentil, Mathématiques, Professeur, Université Lyon 1
Nathalie George, Neurosciences,
Directrice de recherche, CNRS
Pierre Gerard, Biologie de l’évolution, Maître de conférences,
AgroParisTech
Muriel Gerbault, Geophysique, Chargé de recherche, IRD
Magali Gerino, Écologie, Professeur,
Université Toulouse 3
Jacopo Ghiglieri, Physique, Chargé de recherche, SUBATECH (CNRS/IN2P3)
Gianni
Giardino, Physique / histoire culturelle, Enseignant-chercheur, Université Versailles
Saint-Quentin-en-Yvelines
Corentin Gibert Bret, Paléontologie de la conservation, Postdoctorant, Georgia
Institute of Technology (Georgia Tech)
Sylvain Glémin, Biologiste de l’évolution, Directeur de recherche,
CNRS
Sophie Godin-Beekmann, Climatologie, Directrice de recherche, CNRS
Isabelle Goldringer, Agroécologie,
Directrice de recherche, INRAE
Lionel Gourdeau, Océanographe, Directeur de recherche, IRD
Audrey Goutard,
Glaciologie, Doctorante, Université Grenoble Alpes
Adeline Grand-Clément, Histoire, Professeure des
universités, Université Toulouse Jean Jaurès
Aurore Grandin, Sciences cognitives, Doctorante, Ecole Normale
Supérieure
Nicolas Gratiot, Vulnérabilité littorale, Directeur de recherche, IRD
Thierry Grenet, Physique,
Chercheur, CNRS
Jim Grisillon, Chimie de l’atmosphère, Doctorant, Aix-Marseille Université
Julien Gros,
Sociologie, Chargé de recherche, CNRS
Pascal Guénel, Epidémiologie santé-environnement, Directeur de
recherches, INSERM
Eric Guilbert, Écologie tropicale, Enseignant chercheur, MNHN
Martin Guillemet,
Écologie evolutive, Doctorant, Université de Montpellier
Pierre Guillon, Informatique, Chargé de recherche,
Institut de Mathématiques de Marseille (CNRS)
Michel Habib, Informatique, Professeur émérite, Université
Paris Cité
Marine Haddad, Sociologie, Chercheuse, INED
Cynthia Hadjidakis, Physique subatomique, Chargée
de recherche, IJCLab/IN2P3/CNRS
Isabelle Hajek, Sociologie, Maître de conférences, Université de
Strasbourg
Jean-Christophe Hamilton, Cosmologie, Directeur de recherches, CNRS/IN2P3
Thais Hautbergue,
Santé, Ingénieure, CEA
Christelle Hély, Écologie, Directrice d’etudes, Ecole Pratique des Hautes
Etudes
Valeria Hernandez, Anthropologie, Chargée de recherche, IRD
Nicolas Hervé, Sciences de l’éducation
et de la formation, Maître de conférences, ENSFEA, Université de Toulouse
Gabriel Hes, Géosciences,
Doctorant, Université de Toulouse
Benoit Hingray, Hydroclimatologie, Chargé de recherche, CNRS
Daniel
Hirst, Linguistique et phonétique, Directeur de recherche émérite, CNRS & Aix-Marseille University
Laure
Hossard, Agronomie, Chercheure, INRAE
Eric Hueber, Sciences de l’ingénieur, Enseignant chercheur,
UHA
Virginie Hugouvieux, Physique, Chercheuse, INRAE
Bertrand Huneau, Science des matériaux,
Enseignant-chercheur, GeM
Jean-Michel Hupé, Écologie politique, Chercheur, CNRS
Laurent Husson, Sciences
de la terre, Directeur de recherche émérite, CNRS
Gwenaël Imfeld, Biogéochimie, Directeur de recherche,
CNRS
Philippe Ivaldi, Mathématiques, Enseignant, Éducation nationale
Marie Jacquet, Physique, Chercheuse,
CNRS
Eliot Jager, Glaciologie, Doctorant, CNRS
Joelle Jammes, Gestionnaire financier, Fonctionnaire
catégorie A, IRAP CNRS
Serge Janicot, Climatologie, Directeur de recherche, IRD
Emilie Jardé, Géosciences,
Chercheuse, CNRS
Marion Javal, Écologie, Postdoctorante, CNRS
Pierre Jay-Robert, Biologie des populations
et écologie, Enseignant-chercheur, Université Paul-Valéry Montpellier 3
Catherine Jeandel, Océanographie,
Directrice de recherches, CNRS
Laurent Jeanneau, Biogéochimiste, Chargé de recherche, CNRS
Florence Joly,
Immunologie, Indépendant,
Etienne-Pascal Journet, Agronomie, Chargé de recherche, CNRS
Yanis Jugie,
Matériaux, Stagiaire, IGE
Elise Julien, Histoire, Maître de conférences, Sciences Po Lille
Céline Julliot,
Sciences physiques, Enseignante, Education nationale
Alice Karsenti, Paléoclimatologie, Doctorante,
Université Paris-Saclay
Guillaume Kerdoncuff, Biologie, Doctorant, CNRS – Centre d’écologie fonctionnelle et
évolutive
Yoann Kermaïdic, Physique des particules, Chargé de recherche, CNRS
Marc Knecht, Physique,
Chercheur, CNRS
Jürgen Knödlseder, Astrophysique, Directeur de recherche, CNRS
Alice Krieg-Planque,
Sciences de l’information et de la communication, Maîtresse de conférences, Université Paris Est Créteil
(UPEC)
Vincent Koulinski, Hydraulicien, Ingénieur, ETRM
Sylvain Kuppel, Hydrologue, Chercheur,
IRD
Laurent Labrot, Sociologie, Enseignant chercheur, Iepg
Sébastien Lachaize, Chimiste, Maître de
conférences, INSA Toulouse
Daniel Lacour, Physique, Directeur de recherches, CNRS
Lise-Marie Lacroix,
Physique, Enseignant-chercheur, Université Toulouse III Paul Sabatier
Bertrand Laforge, Physique, Professeur,
Sorbonne Université
Sandrine Laguerre, Statistiques, Ingénieure de recherche, INRAE
Yasmine Lalau,
Energie, Enseignante chercheuse, IMT Mines Albi
Stéphane Lambert, Geosciences, Ingénieur de recherche,
inrae
Amaury Lambert, Mathématiques/biologie, Professeur, Ecole Normale Supérieure (Paris)
Alexis Lamothe,
Glaciologie, PhD, Institut des Géosciences de l’Environnement
Claudine Lamotte, Hydrogéologue, Chef de
projet, BRGM
Olivier Langella, Génétique, écologie, évolution, Ingénieur de recherche, CNRS
Sandra Lanini,
Hydrogéologie, Chercheuse, BRGM
Jean-Philippe Lansberg, Physique des particules, Directeur de recherche,
CNRS
Laurent Lassabatere, Hydrologue, Chercheur, ENTPE
Benjamin Lassagne, Physicien, Maître de
conférences, INSA
Marie Launay, Agroclimatologue, Ingénieur de recherche, INRAE
Christine Lauzeral,
Écologie/mathématiques, Docteur/PRAG, Université Toulouse III
Anniet Laverman, Biogéochimie, Chercheur,
CNRS
Elisabeth Laville, Biologie, Chercheuse, INRAe
Jacques Le Bourlot, Astrophysique, Professeur,
Université Paris Cité & Observatoire de Paris
Julie Le Gallo, Économie, Professeure, L’Institut Agro
Dijon
Cécile Le Lann, Écologie, Maître de conférences, Université de Rennes
Inès Le Mao, Chimie,
Ingénieure de recherche, Université de Bordeaux
Alexandre Le Tiec, Astrophysique, Chercheur, Observatoire de
Paris
Thierry Lebel, Hydro-climatologie, Directeur de recherche émérite, IRD – IGE
Antoine Leblois,
Économie de l’environnement, Chercheur, INRAE
Arthur Leblois, Neurosciences, Chargé de recherche,
CNRS
Raphael Leblois, Écologie évolution, Chargé de recherche, INRAE
Fabienne Ledroit, Physique, Directeur
de recherche, CNRS
Julien Lefevre, Informatique, Maitre de conférences, Aix-Marseille Université
Julie
Lefort, Neurosciences, Chercheuse post-doctorante, University College London
Nicolas Legay, Écologie, Maitre
de conférences, INSA CVL
Roland Lehoucq, Astrophysique, Chercheur, CEA
Philippe Léna, Geographe, Directeur
de recherche émérite, IRD
Jean-Philippe Lenain, Astrophysique, Chargé de recherche, CNRS
Morgane Léon,
Océanographie, Doctorante, LEGOS – Toulouse
Frédérique Lerbet-Sereni, Sciences de l’education et de la
formation, Professeur des universités, Université de Pau et des Pays de l’Adour
Benoît Leroux, Sociologie,
Maître de conférences, Université de Poitiers/GRESCO
Françoise Lescourret, Agroécologie, Directrice de
recherche, INRAe
Marine Letertre, Métabolomique, Post-doctorante, CEISAM
Stéphane Letz, Informatique,
compilation, traitement du signal, Chercheur, GRAME
Léa Lévy, Géophysique, Assistant professor, Lund
University
Claire Lévy, Océanographe, Ingénieure de recherche retraitée, CNRS
Anne-Laure Ligozat,
Informatique, Enseignante-chercheuse, ENSIIE
Michel Lintz, Astrophysique, Chercheur, CNRS
Bruno Locatelli,
Sciences de l’environnement, Chercheur, Cirad, Univ Montpellier
Olivier Losson, Informatique industrielle,
Enseignant-chercheur, Université de Lillé
Pierre Lutz, Physique des particules, Directeur de recherches,
CNRS
Marion Luu, Physique de la matière, Doctorante, LPCNO
Olivier Magand, Sciences de l’univers,
atmosphère, Ingénieur de recherche, CNRS
Géraud Magrin, Géographie, Professeur, Université Paris 1
Panthéon-Sorbonne
Fabien Malbet, Astronomie et astrophysique, Directeur de recherche, CNRS
Pierre Mancini,
Ingénierie logicielle, Ingénieur d’étude, CNRS
Mathieu Mangeot, Sciences de la soutenabilité,
Enseignant-chercheur, INRIA
Laurent Manivel, Mathématiques, Directeur de recherches, CNRS
Claude Maranges,
Biotechnologies, Professeur des universités, INSA Toulouse
Odin Marc, Géophysique, Chargé de recherche,
CNRS
Lou-Anne Marchadour, Chute de blocs, Stagiaire, INRAE
Aurélie Marchaudon, Astrophysique, Chercheuse,
IRAP/CNRS
Gilles Maréchal, Économie, Chercheur associé, CNRS
Dominique Marguerie, Environnement, Directeur
recherche, CNRS
Arthur Marguerite, Physique, Chargé de recherche, CNRS, ESPCI, Sorbonne Université, PSL
Université
Jérôme Mariette, Bioinformatique / biostatistique, Ingénieur d’études, INRAE
Guilhem Mariotte,
Mobilités transports, Ingénieur R&D, Neovya
Valentin Maron, Didactique de la physique du climat,
Enseignant chercheur, Laboratoire EFTS
Veronique Martin-Jezequel, Biologie, Chercheuse retraitée,
CNRS
Killian Martineau, Physique, Chargé de recherche, CNRS
Gines Martinez, Physique, Chercheur,
CNRS
Raia Silvia Massad, Biogeosciences – agronomie, Chercheuse, INRAE
Cyril Masselot, Information et
communication, Maître de conférences, Université Bourgogne Franche-Comté
Méril Massot, Biologie, Chercheuse
postdoctorale, CNRS
Valentin Mathieu, Mathématiques appliquées, Doctorant, CEA
Pascal Maugis, Changement
climatique et ressources en eau, Chercheur, LSCE
Florian Maumus, Biologie de l’évolution, Directeur de
recherche, INRAE
Thierry Menand, Sciences de la terre, Maître de conférences, Université Clermont
Auvergne
Ewen Menguy, Agronomie, Ingénieur agronome, IRD
Manuel Mercier, Neurosciences cognitives,
Chercheur, INS, Inserm UMR1106, Inserm
Elodie Merlot, Agronome, Directrice de recherche, INRAE
Nicole
Meyer-Vernet, Astrophysique, Directrice de recherches émérite, CNRS-Observatoire de Paris
Nathalie Michel,
Physique, Agrégée détachée dans le supérieur, Université de Nantes
Elisabeth Michel, Climat, Chercheure,
Laboratoire des Sciences du climat et de l’Environnement, CEA, CNRS, UVSQ
Françoise Mignon, Sciences du
langage, Maître de conférences, Université de Perpignan / laboratoire CRESEM
Julien Milanesi, Économie,
Maitre de conférences, Université Toulouse 3 Paul Sabatier
Sylvain Milanesi, Bioinformatique, Ingénieur
d’études, CNRS
Macéo Milanesi-Giraudo, Génie mécanique, Élève normalien, Ecole Normale Supérieure
Paris-Saclay
Mathieu Milhé, Sciences de l’ingénieur, Enseignant-chercheur, IMT Mines Albi
Régis Missire,
Linguistique, Enseignant-chercheur, Université Toulouse 2
Malo Mofakhami, Sciences économiques, Maître de
conférences, Université Sorbonne Paris Nord
Sophie Molia, Socioépidémiologie, Chercheuse, CIRAD
Loïs
Monnier, Géologie, Post-doc, Université Toulouse III Paul Sabatier
Pierre Monnier, Sciences de gestion,
Doctorant, Université PSL : Mines Paris et Paris Dauphine
David Montagne, Sciences des sols – pédologie,
Maître de conférences, AgroParisTech
Stéphane Monteil, Physique, Professeur, Université de Clermont
Jerome
Morville, Physique, Maitre de conférence, Université Claude Bernard Lyon1 / CNRS
Cécile Moulin, Biologie des
systèmes, Post-doctorante, INRAE
Vincent Moulin, Écologie forestière, Doctorant, Laboratoire
Ecodiv
Florence Mougel, Biologie évolutive, Enseignant chercheur, Université Paris-Saclay
Anne-Sophie
Mouronval, Mécanique des structures, Ingénieur de recherche, CentraleSupélec
Delphine Moussard,
Mathématiques, Maître de conférences, Aix-Marseille Université
Thierry Moutin, Océanographie, Professeur
classe exceptionnelle, MIO Aix-Marseille-Université
Thierry Mulochau, Biologie marine, Directeur, Bureau
d’études BIORECIF
Simon Munier, Hydrologie, Chercheur, Météo-France
Facundo Muñoz, Biostatisticien,
Chercheur, Cirad
Philippe Nabonnand, Histoire des sciences, Enseignant-chercheur, Université de
Lorraine
Marwan Naciri, Écologie, Doctorant, CEFE, Université de Montpellier
Laurent Nadolski, Physicien,
Coordinateur des accélérateurs, Synchrotron SOLEIL
Philippe Nahmias, Physique, Professeur de lycée, Éducation
nationale
Mireille Navarrete, Agronomie, Directrice de recherche, INRAE
Philippe Naveau, Climatologie
statistique, Directeur de recherche, CNRS
Erwan Negre, Instrumentation optique & suivi des ges, Ingénieur
de recherche, Institut des Géosciences de Grenoble
Noémie Neverre, Économie de l’environnement, Economiste de
l’environnement, BRGM
Noel Nguyen, Sciences du langage, Professeur, Aix-Marseille Université
Ghislain
Nicaise, Biologie cellulaire, Professeur émérite, Université Côte d’Azur
Marc-Hubert Nicole, Mathématiques,
Professeur des universités, Université de Caen
Martine Olivi, Mathématiques appliquées, Chargée de recherche,
Inria
Guillaume Ollivier, Sociologie, Ingénieur d’etude, INRAE
Julien Onno, Sociologie, Post-doc,
Unversité de Montréal
Clément Outrequin, Géosciences, Docteur, AMU
Laurent Pagani, Astrophysique,
Directeur de recherche, Observatoire de Paris & CNRS
Philippe Paillou, Planétologie, Professeur,
Université de Bordeaux
Cyril Pannetier, Astrophysique, Post-doctorant, Observatoire de la Côte
d’Azur
Geremy Panthou, Climatologie / hydrologie, Enseignant-chercheur, Université Grenoble Alpes
Claude
Paraponaris, Économie, Professeur, Aix Marseille Université
Christian Paroissin, Mathématiques appliquées,
Maître de conférences, Université de Pau et des Pays de l’Adour
Léa Pascal, Santé publique, Doctorante,
Université Lyon 1
Guillaume Patanchon, Physique, Maître de conférences, Université Paris Cité
Laure
Pecquerie, Écologie marine, Chargée de recherche, IRD
Jean-Luc Peiry, Géographie physique, Professeur des
universités, Université Clermont Auvergne
Thierry Pellarin, Hydrologue, Directeur de recherche,
CNRS
Sylviane Pellenq, Histoire des sciences, Retraitée, Universcience
Juliette Penicaud, Oceanographie,
Doctorante, LEGOS
Marie-Elodie Perga, Environnement, Professeure, Unil
Laurence Perotto, Cosmologie,
Chercheuse, CNRS
Laurent Perrin, Biologiste, Directeur de recherche, CNRS
Nicolas Perry, Génie mécanique,
Professeur des universités, Arts et Métiers
Renaud Person, Océanographie, Ingénieur, IRD
Muriel Petident,
Agriculture, Paysanne, ferme
Patrick Petitjean, Astrophysique, Astronome émérite, Institut d’Astrophysique de
Paris
Christophe Peugeot, Hydrologue, Chercheur, IRD
Véronique Peyrache-Gadeau, Socioéconomie, Maître de
conférences, Université Savoie Mont-Blanc
Gabriela Pfeifle, Sciences de gestion/sciences de l’info-com,
Professeure agrégée, Université Toulouse Jean Jaurès
Armelle Philip, Glaciologie, Enseignant-chercheur,
IGE-UGA
Hervé Philippe, Biologie évolutive, Directeur de recherche, UAR CNRS 2029
Cédric Piolot, Santé,
Cadre, IFMS du LOT
Guillaume Piton, Géoscience, Chargé de recherche, INRAE
Eric Plaige, Électronique,
Ingénieur, CNRS
Bertrand Plez, Astrophysique, Professeur, LUPM, Université de Montpellier
Olivier Poirot,
Bioinformatique, Ingénieur d’études, CNRS
Martin Poncelet, Mécanique, Maître de conférences, ENS
Paris-Saclay
Cristel Portes, Linguistique, Maîtresse de conférence, Aix-Marseille Université
Arnaud
Poublan, Neurosciences, Post-doctorant, INSERM
Delphine Pouchain, Sciences économiques, Maître de
conférences, Sciences Po Lille
Alexis Poulhès, Aménagement, Ingénieur de recherche, ENPC
Marie-Lazarine
Poulle, Écologie, Ingénieure de recherche, Université de Reims Champagne-Ardenne
Margaux Pouyfaucon, Médecin,
Médecin, Centre de rééducation
Olivier Praud, Physique, Maître de conférences, INPT
Thomas Proslier,
Physique, Chercheur, CEA
Dominique Py, Informatique, Professeur, Le Mans Université
Cécile Quantin,
Sciences du sol, Professeure d’université, Université Paris Saclay
Gaelle Quinquet, Biologie, Prce, IUT
Auch
Hugo Raguet, Informatique, Maître de conférences, INSA Centre Val-de-Loire et Université de
Tours
Cyrille Rathgeber, Écologie, Directeur de recherche, INRAE
Olivier Réchauchère, Agronomie, Ingénieur
de recherche, INRAE
Frédéric Rees, Science du sol, écophysiologie végétale, Chargé de recherche,
INRAE
Steven Rendon Restrepo, Astrophysique, Post-doctorant, Leibniz Institute for Astrophysics
Potsdam
Marion Reveillet, Glaciologie, Chargée de recherche, IGE
Noa Rigoudy, Écologie, Doctorant.e,
Universite de Montpellier – CEFE CNRS – CEFS INRAE
Sylvie Rimsky, Microbiologie, Directrice de recherche,
CNRS
Laurent Riou, Recherche en physique, Ingénieur, IP2I
Isabelle Ripp-Baudot, Physique, Directrice de
recherche, CNRS
Carlos Robles Rodriguez, Génie de procédés et de l’environnement, Chargé de recherche,
INRAE
Soizic Rochange, Biologie, Maître de conférences, Université Toulouse 3
Segolene Rocher, Audiovisuel
cinéma, Décoratrice, Production audiovisuelle et cinématographique
Francisco Xavier Rodrigues do Amaral,
Hydrology, Doctorant, Institut des Géosciences de l’Environnement
Charlotte Roemer, Écologie et conservation,
Post-doctorante, MNHN
Pauline Roignant, Analyse du cycle de vie et éco-conception, Cadre, EVEA
Jeanne
Rolland, Écologie, Doctorante, CEFE – EPHE
Matthieu Romagny, Mathématiques, Professeur, Université de
Rennes
Isabelle Roman, Ingénieure agronome, Libérale, Libérale
Daniele Romanini, Physique, Directeur de
recherche, CNRS
Josyane Ronchail, Climatologie, Enseignante-chercheuse retraitée et bénévole,
LOCEAN
Françoise Roques, Astrophysique, Astronome, Observatoire de Paris
Camille Rossignol, Géologie,
RTDB, Université de Cagliari (Italie)
Daniel Rouan, Astrophysique, Directeur de recherche émérite,
Observatoire de Paris
Mathias Rouan, Informatique, Ingénieur de recherche, CNRS
Claire Rougeulle,
Biologie, Directrice de recherche, CNRS/ Université Paris Cité
Sylvain Rubenthaler, Mathématiques, Maître de
conférences, Université Nice-Sophia Antipolis
Mathieu Rué, Géoarchéologue, Chargé d’étude,
Paléotime
Lucile Rutkowski, Physique, Chargée de recherche, CNRS – Institut de Physique de Rennes
Bastien
Sanglard, Science des matériaux, Doctorant, INSA Toulouse
Xavier Sarazin, Physique, Directeur de recherche,
CNRS IN2P3
Géraldine Sarret, Géochimie, Directrice de recherche, CNRS
Julien Sarron, Agronomie, Chercheur,
CIRAD
Jean-Pierre Sarthou, Agronomie-agroécologie, Professeur des universités, Université de
Toulouse
Adrien Saurety, Géologie, Doctorant, IPGP
Olivier Saut, Mathématiques, Directeur de recherche,
CNRS
Emmanuel Sauvan, Physique des particules, Directeur de recherche, CNRS
Bernard Schéou, Économie,
Enseignant-chercheur, Université de Perpignan
Pascale Scheromm, Géographie, Ingénieur de recherche,
INRAE
Carlo Schimd, Cosmologie, Maître de conférences, Aix-Marseille Université
Frédéric Schmidt,
Planétologie, Professeur, Université Paris-Saclay
Daniele Schön, Neuroscientifique, Directeur de recherche,
CNRS
Antoine Séjourné, Sciences de la terre, Maitre de conférence, Université Paris Saclay
Adrien Selles,
Hydrogéologie, Chercheur hydrogéologue, BRGM
Rémi Servien, Biostatistique, Chargé de recherche,
INRAE
Guillaume Sescousse, Neurosciences, Chargé de recherche, INSERM
Jean-Charles Sicard, Biostatistique,
Ingénieur, CIRAD
Kamila Sieja, Physique, Chercheur, CNRS
Jean-Marc Siffre, Physique, Ingénieur de
recherche retraité, CNRS
Thérèse Six, Médecine, Médecin, Hôpital
Etienne Snoeck, Physique, Directeur de
recherche, CNRS
Laura Sourp, Hydrologie, Doctorante, CESBIO
Arnd Specka, Physique, Chercheur,
CNRS
Danièle Steer, Physique, Professeur, Université Paris Cité
Adrien Stella, Océanographie, Ingénieur
d’études, Institut des Géosciences de l’Environnement (Grenoble)
Caroline Strube, Ethique et intégrité
scientifique, Directrice de recherche, CNRS
Cédric Sueur, Écologie comportementale et éthique animale,
Enseignant-chercheur, Université de Strasbourg
Matthieu Sylvander, Sismologie, Enseignant-chercheur,
Observatoire Midi-Pyrénées
Mathilde Taghon, Psychologie du travail, Doctorante, Université de
Lorraine
Cécile Tannier, Géographie, Directrice de recherche, CNRS
Charling Tao, Cosmologie et physique
des particules, Directrice de recherche émérite, CNRS
Bruno Tassin, Sciences de l’environnnement, Directeur
de recherche, Ecole des ponts ParisTech
Keyla Teixeira Santos, Electrochemistry, PhD, Grenoble INP
Eva
Ternon, Oceanographie, Postdoc, Sorbonne université
Jacques Testart, Biologie, Directeur de recherche
honoraire, Inserm
Laure Teulières, Historienne, Maitresse de conférences, Université Toulouse Jean
Jaurès
Gilles Theureau, Astrophysique, Chercheur, Observatoire de Paris
Alexandre Thibodeau,
Ecotoxicologie, Doctorant, CNRS
Isabelle This Saint-Jean, Économie, Professeure des universités, Université
Sorbonne Paris Nord
Joelle Thollot, Informatique, Professeure des universités, laboratoire Jean
Kuntzmann
Anthony Thomas, Energétique, Maitre de conférences, Université de Poitiers
Antoine Tiberj,
Physique, Maître de conférences, Université de Montpellier
Denyze Toffoli, Linguistique appliquée,
Professeure des universités, Université de Toulouse III
Samuel Toucanne, Paléoclimatologie, Chercheur,
IFREMER
Romain Tramoy, Sciences de l’environnement, Chercheur, Laboratoire Eau Environnement et Systèmes
Urbains
Sébastien Triqueneaux, Physique, Ingénieur de recherche, CNRS
Théophile Truchis, Physique,
Doctorant, Ecole Polytechnique
Raphael Trujillo, Sciences industrielles de l’ingénieur, Enseignant, Education
nationale
Constance Valentin, Physique, Titulaire, CNRS
Dorothée Vallot, Glaciologue, Postdoctorante,
Université Grenoble Alpes
David Valls-Gabaud, Astrophysique, Astrophysicien, CNRS
Marieke Van
Lichtervelde, Géosciences, Chercheur, IRD
Louise Van Oudenhove, Écologie, Chercheuse, INRAE
Olivier
Vanderhaeghe, Géologie, Professeur, Université de Toulouse
Mélanie Vay, Science politique, Chargée de mission
recherche, GIP Institut des études et de la recherche sur le droit et la justice
Gatien Verley, Physique,
Maitre de conférences, IJClab, Université Paris Saclay
Joséphine Veron, Biochimie des sols, Assistante
ingénieure, INRAE
Bruno Viaris, Physique, Maître de conférences, Université Paris-Saclay
Jean-Philippe
Vidal, Hydroclimatologue, Directeur de recherche, INRAE
Laure Vieu, Informatique et linguistique, Directeur
de recherche, CNRS
Christophe Vieu, Physique, Professseur, INSA Toulouse
Étienne Vignon, Physique de
l’atmosphère, Chercheur, CNRS LMD
Eric Villenave, Chimie atmosphérique, Professeur, Université de
Bordeaux
Margot Violon, Psychologie, Psychologue clinicienne, Université Paris Descartes
Théo Vischel,
Hydro-climatologie, Maître de conférences, Université Grenoble Alpes
Fabienne Vo Van, Anglais, Enseignante,
Université Toulouse III
Florence Volaire, Écologie, Chargée de recherche, INRAE
Michel Volovitch,
Biologie, Professeur émérite, Ecole Normale Supérieure, Paris
Béatrice Von Hirschhausen, Géographie,
Directrice de recherche, CNRS
Eric Voutier, Physique, Directeur de recherche, CNRS/IN2P3/IJCLab – Université
Paris-Saclay
Stéphane Vuilleumier, Microbiologie, Professeur des universités, Université de
Strasbourg
Claire Waelbroeck, Climatologie, Directrice de recherche, CNRS
Sophie Wahnich, Histoire et
science politique, Directrce de recherche, CNRS
Grégoire Wallenborn, Sciences de l’environnement, Professeur,
Université Libre de Bruxelles
Nadège Wallet, Dermatologie, Médecin, Centre hospitalier de
Luxembourg
François Warlop, Agronome, Ingénieur, GRAB
Anna Warnet, Chimie, Enseignant, Upmc
Dror
Warschawski, Biophysique, Chargé de recherche, CNRS / Sorbonne Université
Eric Watier, Arts plastiques,
Professeur, Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Montpellier
Martine Watrelot, Lettres modernes,
Chercheuse retraitée, ENS Ifé de Lyon
Sylvain Weill, Hydrologie, Maître de conférences, Ecole Nationale du
Génie de l’Eau et de l’Environnement de Strasbourg – Institut Terre et Environnement de Strasbourg
Jonathan
Wille, Climatologue, Chercheur postdoctoral, ETH Zurich
Paul Windey, Physique, Professeur, Sorbonne
Université
Thierry Winkel, Agroécologue, Chercheur, IRD
Marion Wirth, Agronome, Cadre, RijkZwaan
Romain
Yvinec, Mathématiques, Directeur de recherche, INRAE
Philippe Zarka, Astrophysique, Chercheur, CNRS –
Observatoire de Paris
Nikola Zsolnay, Geoécologie, Assistante d’ingenieur, ENSAT-INP
24.02.2023 à 01:00
Dans une lettre ouverte publiée le 24 février 2023 dans le journal L’Obs, 600 scientifiques, dont plusieurs co-auteures et coautrices des rapports du GIEC, demandent aux membres du Conseil d’administration de BNP Paribas de prendre leurs responsabilités en cessant tout soutien à l’ouverture de nouveaux gisements pétroliers et gaziers. Cette lettre ouverte a été écrite à l’initiative de Scientifiques en rébellion, collectif de scientifiques qui considèrent que, face à l’urgence écologique, la désobéissance civile est nécessaire et légitime. Elle vient appuyer la plainte à l’encontre de BNP Paribas, déposée le 23 février par trois associations (Les Amis de la Terre France, Notre Affaire à Tous et Oxfam France), pour non-respect de la loi sur le devoir de vigilance des multinationales.
Dans leur lettre, les scientifiques rappellent qu’il y a actuellement un consensus scientifique sur le fait que l’ouverture de nouveaux gisements d’énergie fossile est incompatible avec le respect de l’Accord de Paris, et donc avec la limitation du réchauffement climatique bien en-dessous de 2°C. Ils et elles demandent à BNP Paribas « d’être à l’écoute des scientifiques, et non pas d’acteurs qui continuent contre vents et marées leur politique de fabrique du doute afin de maintenir le statu quo ».
Les scientifiques relèvent que BNP Paribas fait partie des établissements qui ont financé et continuent de financer massivement de nouveaux projets pétroliers et gaziers, rappelant notamment qu’elle a été entre 2016 et 2021 « la première au niveau mondial pour le financement du pétrole et du gaz en Arctique et la première au niveau européen pour le financement de l’expansion des énergies fossiles ». Les récentes annonces de BNP Paribas sont largement insuffisantes. Notamment, l’affirmation par BNP Paribas que sa trajectoire s'inscrit pleinement dans le scénario de l’Agence internationale de l’énergie est considérée comme « un mensonge éhonté ».
Les scientifiques interpellent les membres du CA de BNP Paribas qui se sont engagé·es publiquement pour la sauvegarde de l’environnement, et les appellent à démissionner si BNP Paribas continuait à soutenir directement ou indirectement l’ouverture de nouveaux gisements d’énergies fossiles. On peut effectivement noter que, parmi les administrateurs et administratrices, se trouvent Marion Guillou (scientifique membre du Haut conseil pour le climat), Rajna Gibson Brandon (professeure de finance membre du Comité de stratégie et de surveillance de Sustainable Finance Geneva, qui appelle dans ses travaux les entreprises et leurs administrateurs à agir pour la soutenabilité), Pierre-André de Chalendar (qui a publié un ouvrage sur l’engagement des entreprises pour le climat), Jacques Aschenbroisch (vice-président de Institut de la Finance durable) ou Jean-Laurent Bonnafé (vice-président de l’Association des entreprises françaises pour l’environnement). On pourrait aussi attendre d’autres membres du CA qu’ils et elles soient particulièrement attentifs et attentives aux conséquences néfastes des activités de BNP Paribas et à leur soutenabilité à long terme : Daniela Schwarzer (directrice de l’Open Society Foundation pour l’Europe) ainsi que Sandrine Verrier et Hugues Epaillard (représentant.es CFE-CGC élues par les salarié.es de BNP Paribas).
La plainte déposée par les trois associations le 23 février est le premier contentieux climatique mettant en cause une banque commerciale, et vise à mettre fin à son soutien financier aux nouveaux projets d’énergies fossiles et d’adopter un plan de sortie du pétrole et du gaz. La banque a également fait l’objet le 6 février d’actions coordonnées visant à mettre ses distributeurs automatiques hors d’usage. Ces actions organisées par Extinction Rebellion ont eu lieu dans une trentaine de villes en France.
Le collectif Scientifiques en rébellion propose en outre quelques éléments de contexte supplémentaires au sujet de cette lettre ouverte : « Tout d’abord, s’il faut saluer le grand nombre de signatures qui ont été recueilles auprès de la communauté scientifique, et remercier celles et ceux qui l’ont fait, il faut également s’interroger sur celles et ceux qui n’ont pas signé, et des raisons pour cela. En particulier, un certain nombre de scientifiques ont des liens forts avec BNP Paribas, notamment via le financement par cette banque de projets de recherche ou de formations. Lorsque nous avons sollicité spécifiquement des scientifiques ayant des liens avec cette banque (Comité scientifique de la Climate & Biodiversity initiative de la Fondation BNP Paribas, Fonds Bruno Latour...), nous avons dans l’immense majorité des cas reçu une fin de non-recevoir. Visiblement, on ne mord pas la banque qui vous nourrit. Ceci, au-delà du cas spécifique de cette lettre ouverte, permet d’éclairer la politique de BNP Paribas – mais également de TotalEnergies – qui vise à acheter le silence des scientifiques via le financement de l’enseignement supérieur et de la recherche et au travers d’une communication abondante et trompeuse sur leur politique RSE.
Ensuite, cette lettre vient rappeler qu’il y a actuellement une opposition claire entre les recommandations des scientifiques et les décisions prises par les personnes qui contrôlent les multinationales fossiles. Ces personnes ont le pouvoir et le devoir de changer la stratégie les entreprises qu’elles dirigent pour limiter la catastrophe climatique, et pourront être tenues responsables si elles ne font rien. L’inaction n’est plus tenable, car il en va de l’avenir de l’humanité. La question de la manière dont on peut, dès aujourd’hui, arrêter l’ouverture de nouveaux gisements fossiles devrait être au centre de l’agenda politique et des discussions citoyennes.
Au vu de ce constat, nous appelons tous les citoyens, les associations, les institutions publiques et les scientifiques à augmenter la pression sur BNP Paribas par tous les moyens à leur disposition. »
02.02.2023 à 01:00
Aujourd’hui 2 février 2023, 17 rebelles d’Extinction Rebellion et 7 scientifiques de Scientifiques en Rebellion ont associé leurs forces pour interrompre une conférence de désinformation sur le glyphosate, donnée par l’AFIS, l’Association Française pour l’Information Scientifique, et plus particulièrement Hervé Le Bars, membre pro-glyphosate de celle-ci, à la Mairie du 5e arrondissement de Paris, avec la complaisance de celle dernière.
Les scientifiques et rebelles ont interrompu à plusieurs reprises l’intervenant sur des thématiques telles que le lobby du glyphosate, ses effets sur la biodiversité et les problèmes de déontologie/éthique scientifique de l’intervenant de l’AFIS, dénonçant les dangers d’une telle désinformation sur une thématique de santé publique, à laquelle une cinquantaine de citoyen.nes ont assisté. Cette action prend part à la campagne « Changer de régime » d’Extinction Rebellion et la campagne « Biodiversité et agriculture » de Scientifiques en rébellion.
Etsuki, professeure en économie et membre de scientifiques en rébellion nous parle de l’économie politique du glyphosate avant de se faire arracher son micro : « Le glyphosate est une composante essentielle au service d’un modèle d’agriculture intensive caractérisé par de très grandes exploitations en monoculture. La dépendance des agriculteurs et agricultrices aux semences transformées et aux produits phytosanitaires associés, est un fond de commerce sans égal pour les sociétés agrochimiques. La FNSEA fait front commun avec le lobby de l’agrochimie pour orchestrer la désinformation et capturer la décision publique. La FNSEA tire profit de la vente de ces produits dans les coopératives. Des alternatives existent mais demandent de renoncer au modèle dominant ce qui va à l’encontre des intérêts de l’agrochimie et des syndicats qui en profitent. »
Elodie Vercken, directrice de recherche à l’INRAe, alarme sur l’effet du glyphosate sur la biodiversité « Quand elle est utilisée en agriculture, la molécule de glyphosate se retrouve dans tous les compartiments de l’environnement et affecte les espèces animales et végétales sur un large spectre taxonomique. Le glyphosate affecte les voies métaboliques de nombreux micro-organismes, et a, en conséquences, des impacts généralisés sur les autres organismes via leur microbiote. De très nombreux effets ont été documentés sur les insectes, les vers de terre, les poissons. Il est à noter que de plus en plus d’espèces-cibles développent une résistance au glyphosate, ce qui résulte en l’augmentation des doses pour maintenir « l’efficacité » des traitements et montre un fois de plus la non-durabilité de cette méthode. »
Olivier Aumont, chercheur en biogéochimie marine et membre scientifique en rébellion, a interpellé l’intervenant, Hervé Le Bars, sur son intégrité scientifique et son respect de la déontologie de scientifique: « Vous présentez une opinion personnelle comme un consensus scientifique qui dans l’état actuel des connaissances n’existe pas. En faisant cela, vous trompez le public qui vous écoute en affirmant être un expert scientifique qui respecte les valeurs de la démarche scientifique. », se référant au Code de conduite européen pour l’intégrité en recherche.
On ne le présente plus, le glyphosate est un rouage mortifère au service d’une agriculture intensive caractérisée par d’immenses exploitations en monoculture. La dépendance des agriculteur.ices aux semences et produits phytosanitaires est le fond de commerce des sociétés agrochimiques telles que Monsanto. Interdire le glyphosate, c’est priver ces industries de plusieurs centaines de millions d’euros de chiffre d’affaires. La FNSEA, syndicat agricole majoritaire fait front commun avec le lobby de l’agrochimie pour orchestrer la désinformation. Des alternatives existent mais demandent de renoncer à ce modèle toxique.
Les études scientifiques sont formelles : l’impact de l’agriculture intensive, cause majeure du dérèglement climatique et de l’effondrement de la biodiversité, n’est plus à prouver. Ce système délétère ne profite qu’à quelques multinationales. Un système pourtant soutenu par la FNSEA et le gouvernement qui n’a toujours pas engagé de réelle stratégie prenant en compte l’urgence écologique.
Le rythme d’extinction des espèces dans le monde est 10 à 100 fois plus élevé que dans les 10 derniers millions d’années : ne laissons pas une poignée de personnes perpétuer cet écocide !
Nous sommes malades d’une alimentation toxique produite par un système agricole à bout de souffle. Il est temps de Changer de Régime !
Découvrez la campagne Changement de Régime

02.02.2023 à 01:00
Le 2 février 2023, 17 rebelles d’Extinction Rebellion et 7 scientifiques de Scientifiques en rébellion ont associé leurs forces pour interrompre une conférence de désinformation sur le glyphosate, donnée par l’Association française pour l’information scientifique (AFIS), à la Mairie du 5e arrondissement de Paris, avec la complaisance de cette dernière.
Les scientifiques et rebelles ont interrompu à plusieurs reprises l’intervenant pour prendre la parole sur des thématiques telles que le lobby du glyphosate, ses effets sur la biodiversité et les problèmes de déontologie scientifique de l’intervenant de l’AFIS, dénonçant les dangers d’une telle désinformation sur une thématique de santé publique.
05.12.2022 à 01:00
En soutien à la campagne « Stopp oljeletinga! » (« Stop aux prospections pétrolières »), deux scientifiques, dont une française, Emilie Gios, ont été arrêté.es ce matin à Trondheim pour avoir mené une action de désobéissance civile et demandé la fin de toute nouvelle prospection pétrolière dans les eaux territoriales norvégiennes.
Les scientifiques dénoncent l’absence de prise en compte sérieuse de l’urgence de la situation climatique. La science est formelle depuis des décennies : nous devons choisir entre une planète vivable ou la poursuite de l’extraction de combustibles fossiles. Si le monde veut rester en dessous de la limite de +1.5°C fixée par l’accord de Paris en 2015, il ne peut y avoir de nouveaux investissements dans les énergies fossiles.
La Norvège est le plus gros producteur de pétrole en Europe de l’Ouest. A l’occasion des accords de Paris, elle s’engageait à réduire ses émissions de CO2 d’au moins 40% d’ici 2030, position renforcée en 2021 par le 1er ministre Norvégien, Jonas Gahr Stoere, qui disait vouloir mettre fin à toute exploration pétrolière et soutenue ce mois-ci par le Parlement Norvégien qui a décidé de ne plus accorder de nouvelles licences de prospection pétrolière pour les zones vierges jusqu’en 2025. Arrêter de rechercher de nouveaux gisements pétrolifères est une décision évidente que le gouvernement norvégien doit prendre pour garantir que notre planète reste véritablement habitable. Or l’économie du pays dépend de l’industrie pétrolière (14% du PIB, 7% des emplois). Il est urgent que le gouvernement Norvégien trouve des solutions fiables à la sortie du pays des énergies fossiles, pour sa survie et la nôtre. Nous n’avons plus de temps à perdre !
Des décennies de rapports scientifiques, de pétitions et tribunes de milliers de scientifiques appelant à l’action climatique n’ont pas eu d’effet suffisant. Le débat de la semaine dernière sur la chaîne de télévision norvégienne NRK a montré combien il était facile de détourner la position des scientifiques : les appels à plus de prudence et d’action ont été transformés en gros titre du type « Verdict des climatologues : le monde restera habitable ». Les scientifiques sont maintenant préoccupés par le peu d’honnêteté et de sérieux avec lesquels la crise climatique est traitée par les médias et voient en conséquence les actes de désobéissance civile pour dernière alternative.
Emilie Gios, chercheure post-doctorale en écologie microbienne à l’Institut norvégien des sciences de la nature (NINA) est une des scientifiques arrêté.es : « Aujourd’hui j’ai décidé de prendre position parce que je suis en colère contre l’inaction des décideurs publics face à la crise climatique. Faire de la recherche dans mon laboratoire n’est plus suffisant, les faits concernant la situation critique à laquelle nous sommes confrontés ont été ignorés depuis des décennies. La science est formelle : les conséquences du changement climatique sont déjà là et ne vont qu’empirer. Je ne peux pas rester sans réagir et regarder des gens souffrir et mourir parce qu’une poignée de personnes guidées par leur avidité ont décidé en conscience d’ignorer les scientifiques. »
Myranda Murray, doctorante en biologie évolutive à l’Université norvégienne des sciences et technologies (NTNU), explique : « Aujourd’hui je m’éloigne de mes recherches parce que l’exploration des combustibles fossiles continue toujours davantage alors que les scientifiques avertissent que c’est imprudent et dangereux. Les scientifiques ont tiré le signal d’alarme depuis des décennies, mais nous sommes David contre Goliath quand on compare les ressources dépensées en greenwashing et en désinformation sur la réalité de la crise climatique. Les gouvernements et les industriels qui ont le pouvoir d’arrêter l’exploration pétrolière continuent à profiter de l’inaction climatique. Il devient difficile d’ignorer la cruauté de leurs décisions alors que le coût humain des événements météorologiques extrêmes de plus en plus fréquents ne cesse de s’alourdir à l’échelle de notre planète. Je suis désespéré de savoir que cela va continuer à empirer si nous continuons dans ce statu quo et je me sens complice si je reste silencieuse face à ce système injuste et détraqué. »
Andreas Kamp, chercheur à l’Université Roskilde, a été arrêté ce matin en bloquant la circulation : « Je fais cela parce que les responsables politiques ne prennent pas les faits scientifiques au sérieux. Ne pas prendre en compte les véritables coûts d’un effondrement écologique dans les décisions publiques est complètement irrationnel et extrêmement égoïste. A ceux qui me lisent ou m’entendent : les décisions que nous prenons maintenant auront des impacts décisifs pour nous-mêmes, nos enfants et petits-enfants et tous ceux après nous ! Je veux être clair pour mes enfants et mes proches : TOUT LE MONDE a la responsabilité de faire en sorte que l’humanité trouve un équilibre avec le reste de la nature. »
Baptiste Giroux, assistant de recherche en écologie industrielle au NTNU : « Je fais cela parce que je suis terrifié par la situation climatique actuelle. La cible de +1.5°C est maintenant hors d’atteinte et les décisions de nos responsables politiques nous conduisent vers une trajectoire de +3.2°C. Cela entraînera une souffrance et une violence massive, et pourtant les médias et les politiciens ne semblent pas comprendre la gravité de la situation. Les nouveaux projets pétroliers et gaziers ne sont pas compatibles avec l’accord de Paris, et c’est mentir que de prétendre le contraire. En tant que chercheur, je crois qu’il est illusoire de croire que publier davantage de rapports scientifiques puisse changer quoi que ce soit si les responsables ne les lisent pas ou ne les prennent pas au sérieux. Les actions de désobéissance civile directe peuvent obtenir bien plus en diffusant ce message et cette mobilisation. »
L’exploitation pétrolière en Norvège nous concerne toutes et tous car, comme le disait déjà Manuel Pulgar-Vidal, Responsable climat et énergie au WWF, en 2021 : « La position de la Norvège va accroître le risque que le monde atteigne des points de bascule climatiques, qui à leur tour auront des effets dévastateurs sur la nature dont nous dépendons ».
Dossiers publics pour les photos et vidéos : https://drive.google.com/drive/folders/1orTUtObIgQ0TuI5PMTP1H4ufd_TyG5MR?usp=sharing
14.11.2022 à 01:00
Cette action internationale demandait l’interdiction des jets privés et la taxation des grands voyageurs pour financer l’adaptation au changement climatique et l’indemnisation des pays vulnérables.
Ces derniers jours, des scientifiques et des militants de Scientist Rebellion et Extinction Rebellion ont bloqué plusieurs aéroports d’affaires et protesté contre les jets privés dans onze pays. Les aéroports d’affaires de Farnborough et de Londres Luton (Royaume-Uni), de Berlin (Allemagne), de Milan (Italie), de Stockholm (Suède), d’Ibiza (Espagne), de Teterboro, de Charlotte, de Los Angeles et de Seattle (États-Unis) ont été bloqués le jeudi 10 novembre, tandis que celui de Schiphol (Pays-Bas) l’a été le samedi 5 novembre dans le cadre d’une manifestation plus large. Les aéroports d’affaires de Melbourne (Australie), Trondheim (Norvège), Cascais (Portugal), le troisième constructeur mondial de jets privés Dassault (Paris, France), et le ministère néerlandais des infrastructures ont également été visés. Près de 200 personnes ont pris part aux protestations, dont 129 scientifiques de diverses disciplines. Les manifestants ont eu recours à toute une série de tactiques pour bloquer les entrées des aéroports, s’accrochant avec des tubes d’acier et des chaînes, se collant aux portes et aux fenêtres et déclenchant des alarmes incendie. Dans d’autres cas, les militants ont utilisé les arts et la musique. À Ibiza, ils ont mis en scène un numéro de théâtre pour représenter le mépris et l’arrogance des plus riches alors que les moins nantis sont en difficulté. 31 manifestants ont été arrêtés par la police puis relâchés, tandis que 58 ont subi un contrôle d’identité.
Ces journées d’action s’inscrivaient dans le cadre de la campagne internationale « Make Them Pay ». Les militants ont appelé les dirigeants mondiaux actuellement réunis à Sharm el Sheikh, en Égypte, pour la COP27, à interdire les jets privés, qui consomment environ 10 fois plus d’énergie par passager que les avions commerciaux et 50 fois plus que les trains. Les militants ont également demandé une taxe sur les personnes qui prennent fréquemment l’avion. La taxation permettrait à la fois de réduire les émissions et de payer pour les pertes et dommages, de contribuer aux fonds pour le climat et d’annuler la dette financière des pays les plus vulnérables au dérèglement climatique. Ces demandes intègrent une proposition faite par le groupe des pays les moins avancés – représentant les pays les plus vulnérables au changement climatique lors de la COP27 – et ont été soutenues par des assemblées citoyennes dans de nombreux pays.
Le climatologue Peter Kalmus fait partie des personnes arrêtées pour sa participation au blocus de Charlotte (États-Unis). « Aujourd’hui, j’ai été arrêté pour la deuxième fois alors que j’essayais de sensibiliser le public à l’urgence de l’effondrement de la Terre », a déclaré le Dr Kalmus. « Nous sommes du bon côté de l’histoire, mais nous avons l’impression d’échouer terriblement. Nous avons besoin de renforts, nous avons besoin de plus de scientifiques et de plus de personnes qui s’engagent dans la désobéissance civile non violente. À l’heure actuelle, il n’est pas nécessaire d’être un scientifique pour savoir que, tant que nous ne mettrons pas fin aux combustibles fossiles, chaque été sera plus chaud que le précédent et que nous risquons de tout perdre en conséquence. Le mépris général de notre société pour ce fait fondamental me stupéfie. »
Le Dr Gianluca Grimalda, chercheur en sciences sociales, parmi les personnes arrêtées à Milan, a déclaré : « Pour éviter une catastrophe climatique, les sociétés doivent passer en mode d’urgence. Cela implique de réduire les émissions de luxe d’une élite fortunée, dont l’empreinte carbone est plusieurs fois supérieure à celle du reste d’entre nous. Il est inacceptable que les super-riches continuent de sillonner le monde alors que des millions de personnes souffrent des effets désastreux du dérèglement climatique. »
La Dr Rose Abramoff, écologiste spécialiste du changement global, également arrêtée, a déclaré : « Pendant cette période critique, chaque tonne de combustibles fossiles émise endommage les écosystèmes essentiels pour notre vie et nous rapproche de points de basculement dévastateurs. Une première étape essentielle pour une transition énergétique sûre consiste à interdire les voyages aériens privés, à taxer les grands voyageurs et à obliger les personnes et les nations riches à payer leur dette climatique aux populations du Sud, autochtones ou qui sont en première ligne. »
Finlay Asher, ingénieur aérospatial, a déclaré : « L’aviation représente le summum de l’injustice climatique et de l’inégalité des émissions. Seulement 1 % de la population mondiale produit plus de la moitié des émissions totales de l’aviation, alors que 80 % de la population mondiale n’a jamais mis les pieds dans un avion. Je ne peux pas rester sans rien faire alors que les émissions de mon secteur continuent de croître et de contribuer au carnage climatique qui fait des ravages dans le monde. Le fait que les ventes de jets privés soient en plein essor montre que nous échouons totalement en matière de justice économique et climatique. »
10.11.2022 à 01:00
Le collectif Scientist Rebellion a organisé jeudi 10 novembre une journée internationale d’actions contre les jets privés cordonnée dans 11 pays. 30 militant·es de sa branche française Scientifiques en rébellion, en collaboration avec Extinction Rebellion, ont participé à cette journée avec une action à Paris devant le siège de Dassault Aviation, troisième fabricant mondial de jets privés avec les fameux Falcon, sur le Rond-Point des Champs-Élysées dans le 8e arrondissement. Parmi les scientifiques mobilisés, se trouvaient plusieurs personnes ayant été incarcérées suite à des actions de désobéissance civile en Allemagne il y a quelques jours.
D’autres actions ont été menées simultanément dans 11 pays : États-Unis, Royaume-Uni, Pays-Bas, Italie, Suède, Allemagne, Belgique, Norvège, Portugal et Australie. Un communiqué de presse international sera publié ultérieurement. Une première action avait déjà eu lieu le week-end dernier à l’aéroport Schiphol d’Amsterdam, où des centaines d’activistes ont été arrêté·es pour s’être introduit·es sur le tarmac (parfois à vélo), bloquant les décollages de jets privés pendant plus de 6 heures.
À Paris, les scientifiques, habillés de blouses blanches siglées Scientist Rebellion, ont déployé trois banderoles reprenant les revendications de la campagne internationale menée intitulée Make Them Pay : interdire les jets privés ; taxer les grands voleurs ; faire payer les ultrariches pollueurs. Dénonçant plus particulièrement le rôle irresponsable de Dassault Aviation dans la promotion de l’aviation d’affaires, ils/elles portaient aussi des pancartes « Dassault Falcon : l’avion des criminels climatiques » et « Dassault Falcon : l’avion de l’injustice climatique » et scandaient « Dassault Falcon, criminel climatique ; État Français complice de l’injustice » ainsi que « Sobriété pour les lobbies, les jets privés doivent être taxés ». Ces phrases sonnent d’autant plus juste que Politico a récemment mis en évidence des liens étroits et problématiques entre le gouvernement français et le groupe Dassault, ce dernier étant propriétaire du logement de la ministre de la Transition énergétique Agnès Pannier-Runacher. Cela vient s’ajouter aux révélations de fraude fiscale organisée par Dassault Aviation pour éviter à ses riches clients de payer des taxes.
Parallèlement, les participant·es ont recouvert les grilles dorées de l’hôtel particulier abritant le siège du groupe Dassault de reproductions d’articles scientifiques traitant de l’impact environnemental de l’aviation. Symboliquement, les membres de Scientifiques en rebellion et d’Extinction Rebellion ont ensuite plié ces articles scientifiques pour en faire des avions en papier, et les ont propulsés dans la cour de l’hôtel particulier.
Cinq scientifiques ont pris la parole durant l’action.
Élie Oriol, doctorant en physique, a déclaré : « Pour agir, ce n’est malheureusement pas de science que nous manquons. C’est un problème de volonté politique. Certaines et certains de nos aîné·es, au cours de leurs carrières, ont vainement essayé de faire prendre conscience à nos gouvernants de l’urgence de tous ces sujets. Jeune scientifique, moi aussi j’aimerais faire de la science comme mes aîné·es, pour aider le monde à évoluer dans la bonne direction. Mais comment espérer encore aujourd’hui que ce serait suffisant ? Une fois fait le constat de cette impuissance, nous ne voyons plus que la rébellion. »
Kaïna Privet, chercheuse en écologie à Rennes ayant participé aux actions en Allemagne, a déclaré : « Les jets privés sont 10 fois plus polluants que les avions commerciaux et 200 fois plus polluants que les trains grandes lignes français. En tant que scientifique, je suis particulièrement scandalisée par le greenwashing développé par Dassault Aviation, qui prétend promouvoir une aviation « durable ». Leurs prétendus « carburants d’aviation durables » sont une escroquerie scientifique, leur utilisation à grande échelle consommerait bien trop de ressources. Ils utilisent cet argument pour justifier le fait qu’ils continuent à développer le secteur de l’aviation malgré l’urgence de la crise climatique à laquelle nous faisons face. Ils doivent être tenus pour responsables de cette crise et être taxés en conséquence. » Une publicité pour le Falcon a notamment été jugée contraire à la déontologie publicitaire en 2021 car elle laissait entendre que cet avion était « vert » malgré son énorme impact sur l’environnement.
Jérôme Guilet, astrophysicien ayant passé 4 jours en prison en Allemagne début novembre pour s’être collé à une voiture de luxe dans un showroom BWM, et participant à l’action, a relevé que « l’État protège les vrais criminels climatiques en réprimant de plus en plus les scientifiques et citoyens qui lancent l’alerte par des actions non-violentes. ».
En dépit du caractère totalement pacifique de leur action, les participant·es ont été encerclé·es par une cinquantaine de membres des forces de l’ordre (principalement des BRAV-M) au bout d’une heure. Elles et ils ont subi un contrôle d’identité et ont reçu l’ordre de se disperser en prenant le métro.
Les émissions annuelles de gaz à effet de serre des jets privés représentent autour de 400 kt CO21, ce qui est énorme étant donné le nombre très restreint de personnes qui les utilisent et le service rendu. Surtout, cela sape tout espoir d’aller vers la sobriété en donnant le pire exemple qui soit et en donnant aux citoyen·nes le sentiment justifié que les efforts ne sont pas répartis équitablement.
Les jets privés sont en moyenne 10 fois plus polluants par passager que les avions commerciaux et 200 fois plus polluants que les trains grandes lignes français2. Un vol privé de quatre heures génère autant d’émissions qu’un·e européen·ne moyen·ne en un an. Entre 2005 et 2019, les émissions de GES liées aux jets privés ont augmenté de 31 % en Europe. La moitié des vols parcourent moins de 500 km et correspondent donc à des trajets qui sont maintenant interdits pour les liaisons commerciales (car prenant moins de 2h30).
Les villes les plus desservies (Nice fait partie des destinations les plus prisées) et l’augmentation du trafic en été indiquent bien que l’utilisation de ces jets privés est plus motivée par le plaisir que par les affaires, ce qui la rend d’autant plus inacceptable.
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1 D’après le rapport « Private jets : can the super rich supercharge zero-emission aviation? », les émissions de CO2 des jets privés au départ de la France représentent 400 kt CO2, à comparer avec les 436 MtCO2 des émissions territoriales
2 Les avions privés émettent 1300 gCO2 /passager.km contre 128 gCO2 /passager.km pour des avions commerciaux et 5,92 gCO2 / passager.km pour les trains grandes ligne en France, selon le même rapport.

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10.11.2022 à 01:00
Le 10 novembre 2022, une trentaine de scientifiques ont manifesté devant le siège de Dassault Aviation, troisième fabricant mondial de jets privés avec les fameux Falcon, sur le Rond-Point des Champs-Élysées dans le 8e arrondissement de Paris, pour dénoncer l’impact climatique des jets privés. Cette action visait à défendre les revendications de la campagne internationale Make Them Pay menée simultanément dans 11 pays : interdire les jets privés ; taxer les grands voleurs ; faire payer les ultrariches pollueurs. Les participant·es ont recouvert les grilles dorées de l’hôtel particulier abritant le siège du groupe Dassault de reproductions d’articles scientifiques traitant de l’impact environnemental de l’aviation et lancé ces articles sous forme d’avions en papier.
Crédits photo : Akwa & Lyuba - XR France
05.11.2022 à 01:00
Une tribune en solidarité avec les scientifiques ayant été placé.es en détention à Munich pour avoir alerté sur la crise climatique vient d’être publiée par France TV. Signée par plus de 1300 scientifiques, incluant des co-auteurs du GIEC et plusieurs chercheur.es de renom, elle appelle à « ne pas se tromper de coupables », estimant que « le problème n’est pas la protestation, mais l’inaction générale et le désespoir de la jeunesse mondiale dont 3 sur 4 se disent « effrayés » par leur avenir ».
La tribune rappelle pourquoi ces actions ont été menées et pourquoi elles sont légitimes. L’action est justifiée par la crise climatique et ses effets catastrophiques qui sont déjà là, comme l’illustre l’été 2022 en France et dans le monde. De plus, l’ONU vient de déclarer que la fenêtre d’action pour rester à un réchauffement global en dessous de +1,5°C « était en train de se refermer rapidement », démontrant l’inaction des gouvernements et mettant à nu leur double-discours vis à vis de la crise climatique. Les signataires estiment « il est de moins en moins possible de faire preuve de patience et d’accorder aux décideurs politiques et économiques le crédit de la bonne foi. » Désespérés devant cette inertie, consternée par l’indifférence générale devant la catastrophe en cours, en conflit avec leur mission de service public qu’ils voient ainsi désavouée, les scientifiques sont donc conduits à de nouveaux moyens de faire passer leurs messages.
Les signataires considèrent que la cible choisie – une voiture de luxe BMW – est justifiée car « émettre pour la gloriole un surcroît de carbone, et le promouvoir sur un salon constituent une participation active et inutile (…) à la destruction en cours du climat ». Enfin cette tribune rappelle que ces scientifiques ne sont ni des extrémistes ni des originaux mais sont largement soutenus dans la communauté scientifique qui partage leur inquiétude, et considère que le monde va au-devant de catastrophes écologiques majeures.
Pour nous, Scientifiques en rébellion, la frustration de ne pas être entendu.es par les pouvoirs politiques est immense : ces derniers sont les premiers à prétendre baser leurs décisions sur les sciences et pourtant, en même temps, ils réduisent au silence les scientifiques lanceurs d’alerte, en les jetant en prison et en cherchant à intimider toute notre communauté. Face à cette duplicité, la majorité scientifique silencieuse pourrait bien d’un jour à l’autre se rebeller et choisir une façon plus disruptive d’exprimer ses alertes et ses protestations. L’entreprise BMW estime les dommages causés aux voitures à plusieurs dizaines de milliers d’euros et a porté plainte contre les auteurs pour dégradation de biens et violation de domicile. C’est une honte : émettre de façon puérile et stupide une telle quantité de gaz à effet de serre pour une voiture de luxe, s’en vanter et le promouvoir publiquement constituent non seulement une participation active et néfaste aux bouleversements climatiques mais une injure aux scientifiques, politiques et citoyens qui luttent quotidiennement pour le futur de l’humanité, ainsi qu’aux personnes qui aujourd’hui déjà en souffrent et en meurent. Cela illustre que cette entreprise, comme beaucoup d’autres – et à l’image des gouvernements – refuse de prendre ses responsabilités face aux ravages écologiques.
Alors, allons-nous continuer à nous tromper de coupables ? Ou verrons-nous des décisions politiques ambitieuses et immédiates, un débat public à la hauteur organisé par les médias, et une réorganisation dans un cadre juste et démocratique de nos sociétés, de nos productions et de nos consommations ? La réponse pourrait dépendre de la mobilisation des scientifiques et des citoyens, autant que de la mobilisation de médias et d’institutions engagés.
04.11.2022 à 01:00
Tribune publiée sur France Info.
Une quinzaine de scientifiques ont été arrêtés, le 29 octobre, lors d’une action de désobéissance civile contre BMW à Munich. Ils protestaient contre l’impact climatique de l’industrie automobile et réclamaient des mesures fortes pour lutter contre le réchauffement climatique.
Des scientifiques en prison. Seize chercheurs, dont cinq Français, ont été arrêtés, samedi 29 octobre, pour s’être collé la main à une voiture de sport BMW exposée dans un showroom de Munich (Allemagne). Une action symbolique du collectif Scientist Rebellion, un mouvement international de scientifiques contre l’inaction climatique. Fatigués de chroniquer rapport après rapport une catastrophe écologique annoncée, ils ont décidé de se lancer dans des actions de désobéissance civile.
La justice allemande a placé ces scientifiques en détention provisoire, jusqu’au 4 novembre pour certains. Leur arrestation et la durée de cette détention a choqué dans la communauté scientifique. Des personnalités comme les climatologues Jean Jouzel et Christophe Cassou, l’économiste Thomas Piketty et les philosophes Dominique Bourg et Dominique Méda témoignent de leur soutien dans ce texte publié par franceinfo.fr et signé par plus de 950 scientifiques. Ils s’expriment ici librement.
Samedi, plusieurs scientifiques de divers pays se sont pacifiquement installé·e·s dans une voiture de sport en exposition au salon BMW à Munich, symbole du système consumériste qui condamne notre monde aux malheurs. Pourquoi cette action à cet endroit ?Il n’y a pas à redouter quelque catastrophisme, nous sommes déjà confrontés à des catastrophes : des milliers de morts en France cet été sous les canicules répétitives, un mégafeu en Gironde, des agriculteurs à la peine face à la sécheresse, plus de dix millions de personnes jetées sur les chemins au Pakistan après la destruction de leurs habitats par une mousson hors norme… Des types d’événements auxquels on s’attendait plutôt vers la moitié du siècle.
Non seulement nous ne sommes pas parvenus à respecter l’objectif assigné par la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CNUCC) signée en 1992 – à savoir éviter toute « perturbation anthropique dangereuse du système climatique » – mais nous avons déjà atteint un degré élevé de perturbation du système.
Pourquoi ce type d’action ? Est-ce que les scientifiques n’ont pas d’autres façons de s’exprimer ? Depuis 30 ans, la communauté scientifique effectue patiemment son travail de documentation des changements en cours dans le climat et les écosystèmes de la Terre, dans l’économie. Patiemment, elle parle, sur les supports qui lui sont habituels (les revues, les colloques, les rapports commandés à des experts), sur un ton policé, de choses aussi effrayantes qu’un changement climatique de grande ampleur en quelques décennies (les précédents s’étalaient sur des millénaires), qu’une sixième extinction de masse, qu’une désagrégation des sociétés humaines. Ce type de communication est pleinement légitime, mais ne touche pas assez le grand public… Or la mobilisation d’un large public autour des enjeux climatiques contraindrait les pouvoirs publics à agir à la mesure des enjeux. C’est une condition de réussite de la CNUCC et des COP qu’elle organise annuellement.
Pourquoi ce changement de ton cette année et ces actions de « scientifiques en rébellion » ? Nous arrivons à un tournant, et il est de moins en moins possible de faire preuve de patience et d’accorder aux décideurs politiques et économiques le crédit de la bonne foi. Le sixième rapport du Giec a expliqué il y a à peine plus d’un an que le respect de l’objectif de limiter le réchauffement climatique à 1,5°C était encore possible sur le papier, mais qu’il nécessitait des changements radicaux dès les prochains mois. Depuis, les Etats n’ont rien fait. Pire, la guerre en Ukraine a remis en selle les projets pétroliers et gaziers les plus polluants. L’ONU a déclaré la semaine dernière que la fenêtre d’action pour respecter 1,5°C « était en train de se refermer rapidement ».
Peut-on dissocier les scientifiques qui prennent part à ce type d’action (qui se discréditeraient en révélant une nature d’activiste plus que de chercheur) du reste de la communauté académique ? Les scientifiques qui ont participé à ce type d’actions ne sont pas des extrémistes. Ils ne sont pas sortis de leur confort pour faire cela par goût de l’action et de la visibilité médiatique. Ils ont, pour beaucoup d’entre eux, une pratique professionnelle à travers laquelle ils essayent aussi d’agir sur le monde. Si certains d’entre eux ont, en outre, décidé d’agir de manière plus démonstrative, c’est parce qu’ils sont désespérés d’être entendus.
Mais une majorité d’universitaires et de chercheurs est consternée par l’indifférence générale devant la catastrophe en cours : les trois quarts des personnels de la recherche pensent que si les choses continuent au rythme actuel, le monde va connaître une catastrophe écologique majeure. Cette majorité pourrait bien d’un jour à l’autre rejoindre le camp de celles et ceux qui protestent de manière de plus en plus disruptive. Ne nous trompons pas de coupables. Le problème n’est pas la protestation, mais l’inaction générale, le désespoir de la jeunesse mondiale dont 3 sur 4 se disent « effrayés » par leur avenir.
Les premiers signataires :
Dominique Bourg, Université de Lausanne
Pascal Vaillant, Université Paris Nord
Jean Jouzel, Institut Pierre Simon Laplace
Julia Steinberger, Université de Lausanne
Christophe Cassou, CNRS, Toulouse
Wolfgang Cramer, CNRS – Institut Méditerranéen de la Biodiversité et d’Écologie
François Gemenne, Université de Liège
Timothée Parrique, Université de Lund
Éloi Laurent, OFCE (Sciences Po) / Stanford
Jean-Baptiste Fressoz, CRH, EHESS
Christophe Bonneuil, CNRS, Paris
Johann Chapoutot, Sorbonne Université
Dominique Méda, Université Paris Dauphine-PSL
Thomas Piketty, Centre d’Histoire Économique et Sociale François-Simiand
Isabelle Stengers, Université de Bruxelles
Jacques Testart, INSERM
Kévin Jean, Conservatoire National des Arts et Métiers, Paris
Jérôme Santolini, Commissariat à l’Energie Atomique
Milan Bouchet-Valat, Institut National d’Études Démographiques, Aubervilliers
Florence Volaire, Centre d’Écologie Fonctionnelle et Évolutive, Montpellier
Anne Baillot, Le Mans Université
Stéphanie Mariette, INRAE, Bordeaux
Sophie Gerber, INRAE, Bordeaux
Victor Altmayer, Institut du Cerveau, Paris
Julian Carrey, INSA Toulouse
Odin Marc, CNRS Géosciences Environnement Toulouse
Alexandre Rambaud, AgroParisTech
Yves Goddéris, CNRS Géosciences Environnement Toulouse
Xavier Capet, CNRS, LOCEAN, Institut Pierre Simon Laplace
Pierre-Henri Gouyon, Muséum National d’Histoire Naturelle
Jérémie Cavé, IRD, Géosciences Environnement Toulouse
Joan Cortinas, Centre Emile Durkheim, inovador
Gabriel Malek, président Alter Kapitae
Marie-Antoinette Mélières, Université Grenoble
Thibaud Griessinger, chercheur indépendant
Philippe Abecassis, Université Sorbonne Paris Nord
Davide Faranda, Institut Pierre Simon Laplace
Lara Elfjiva, CNRS – Laboratoire Anthropologie Politique – EHESS
Annalisa Lendaro, CNRS – Certop
Sylvia Becerra, CNRS, GET
Joan Cortinas, CED, Université Bordeaux
Rémi Douvenot, ENAC, Toulouse
Alice Meunier, CNRS, Paris
Laure Vieu, CNRS, Toulouse
Laure Teulières, Université de Toulouse Jean Jaurès
Olivier Aumont, LOCEAN, Institut Pierre et Simon Laplace
Pierre Mathieu, Université d’Aix-Marseille
Céline Marty, Université de Franche-Comté
Jean-Christophe Poully, Université de Caen
Soizic Rochange, Université de Toulouse
Liste complète des signataires sur le site de France Info.
02.11.2022 à 01:00
Les trois dernières semaines ont été marquées par un engagement de plus en fort des scientifiques dans la lutte contre le dérèglement climatique, sous la forme d’actions de désobéissance civile non violente, de conférences dans l’espace public, ou d’actions visant à interpeller les décideurs. Ces actions ont été organisées par le collectif international Scientist Rebellion et sa branche française Scientifiques en rébellion. Des scientifiques de toute l’Europe ont dans un premier temps convergé vers l’Allemagne, et ont mené à partir du 16 octobre plusieurs actions de blocage ou d’interpellation, s’engluant devant des bâtiments officiels (ministère des Transports, ministère des Finances), déclenchant l’alarme incendie lors du discours du chancelier allemand au Sommet mondial de la santé, ou occupant le pavillon Porsche d’un centre de loisirs dédié à l’automobile. Leurs actions étaient accompagnées de demandes auprès de l’État allemand de prendre des mesures visant à décarboner le transport, annuler la dette des pays du Sud, et reconnaître l’échec de sa politique climatique. En parallèle et en soutien aux actions en Allemagne, une centaine de scientifiques ont mené en France des actions les 14 et 15 octobre. À Nice et Montpellier des conférences ont été organisées sur des places publiques, rappelant que les politiques actuelles ne sont pas à la hauteur des enjeux. À Toulouse, une table ronde organisée par la métropole et à laquelle était convié Total Énergies fut interrompue et une conférence interpellant les protagonistes fut donnée. À Paris, des scientifiques en rébellion se sont invité·es à Sorbonne Université à l’occasion de la Fête de la science.
Cette semaine, les scientifiques européens ont convergé vers Munich. Ils et elles se sont englué·es dans les locaux de la banque d’investissement Black Rock le 25 octobre, ont bloqué un axe routier majeur le lendemain, et se sont englués à des automobiles de luxe dans un showroom BMW le 29 octobre. Pour cette dernière action, 16 membres de Scientist Rebellion ont été placés en détention provisoire jusqu’au 4 novembre. Parmi les scientifiques actuellement en prison, se trouvent les Francais Sylvain Kuppel, spécialiste toulousain des ressources hydriques, Jérôme Guilet, astrophysicien à Saclay et Hugo Raguet, chercheur en informatique à Blois, et Marceau Minot, docteur en écologie de l’université de Rouen. Manua, coordinateur de Scientist Rebellion pour la France, fait également partie des personnes incarcérées. Les scientifiques qui ont mené cette action avaient conscience que cette dernière risquait de les conduire en prison, mais étaient prêt·es à cela pour dénoncer l’inaction climatique.
Le collectif Scientist Rebellion a également rendu public cette semaine un texte signé par plus de 1000 scientifiques, dont plusieurs co-auteurs ou co-autrices du GIEC, affirmant que l’objectif de contenir le réchauffement climatique en-dessous de 1.5°C est désormais hors d’atteinte, illustrant ainsi l’échec des politiques climatiques mondiales. Ils demandent à l’ensemble de leurs collègues de le reconnaitre également, et de dire la vérité sur l’ampleur de l’effort nécessaire pour rester « bien en-dessous de 2°C » comme le prévoit l’accord de Paris de 2015. Cette lettre a été suivie par la publication d’un rapport de l’ONU constatant qu’il n’y a, en effet, plus de trajectoire possible pour maintenir le réchauffement en dessous de 1,5°C et que seulement un changement urgent et drastique du système peut encore éviter un désastre climatique.
Dans un texte de 4 pages, disponible en ligne, les scientifiques français ayant participé aux actions expliquent leurs motivations, leur positionnement et leurs interrogations. Ces scientifiques considèrent que, tant que la trajectoire du business-as-usual continue, « [leurs] actions de désobéissance civile seront légitimes », rappelant que « cinq décennies d’alertes sans résultat, c’est bien trop ! ». Selon eux, « loin de ternir [leur] crédibilité, (…) [se] lancer dans ces actions ne peut que renforcer la confiance que les citoyen·nes auront dans le contenu de [leurs] messages ».
En solidarité avec leurs collègues en détention, ces scientifiques appellent à se réunir le mercredi 2 novembre 2022 à 18h devant l’ambassade d’Allemagne à Paris (13/15 Av. Franklin Delano Roosevelt, Paris 8ème, Métro Champs-Elysées-Clémenceau, plan) et devant le consulat d’Allemagne à Montpellier (14 Dsc. en Barrat, en face du Corum, plan) pour appeler le gouvernement allemand, et ceux des autres pays européens, à prendre leurs responsabilités : c’est-à-dire reconnaître l’échec et l’insuffisance radicale de leur politique climatique actuelle, et commencer une politique à la hauteur des enjeux, plutôt que de placer en détention des scientifiques et de continuer à nier l’ampleur de la crise en cours.
Informations complémentaires.
Les communiqués de presse de Scientist Rebellion, relatant chaque action menée en Allemagne, peuvent être trouvés ici.
Le communiqué de presse de Scientifiques en rébellion concernant les actions en France peut être trouvé ici.
01.11.2022 à 01:00
En octobre-novembre 2022, des scientifiques de toute l’Europe ont convergé vers l’Allemagne pour la campagne Unite Against Climate Failure à l'appel de Scientist Rebellion, Leszte Generation, Debt for Climate et End Fossil Occupy. Elles et ils ont mené à partir du 16 octobre plusieurs actions de blocage ou d’interpellation à Berlin, s’engluant devant des bâtiments officiels (ministère des Transports, ministère des Finances), déclenchant l’alarme incendie lors du discours du chancelier allemand au Sommet mondial de la santé, ou occupant le pavillon Porsche d’un centre de loisirs dédié à l’automobile. Leurs actions étaient accompagnées de demandes auprès de l’État allemand de prendre des mesures visant à décarboner le transport, annuler la dette des pays du Sud, et reconnaître l’échec de sa politique climatique.
La semaine suivante, les scientifiques européens ont convergé vers Munich. Ils et elles se sont englué·es dans les locaux de la banque d’investissement Black Rock, ont bloqué un axe routier majeur, et se sont englués à des automobiles de luxe dans un showroom BMW le 29 octobre. Pour cette dernière action, 16 membres de Scientist Rebellion ont été placés en détention provisoire jusqu’au 4 novembre. Parmi les scientifiques mis en prison, se trouvaient les Francais Sylvain Kuppel, spécialiste toulousain des ressources hydriques, Jérôme Guilet, astrophysicien à Saclay et Hugo Raguet, chercheur en informatique à Blois, et Marceau Minot, docteur en écologie de l’université de Rouen. Manua, coordinateur de Scientist Rebellion pour la France, faisait également partie des personnes incarcérées.
1300 scientifiques ont signé une tribune de soutien publiée sur France TV Info. Des rassemblements de soutien ont eu lieu le soir du 2 novembre 2022 devant l’ambassade d’Allemagne à Paris et le consulat d’Allemagne à Montpellier.
Crédits photo : Greenpeace Montpellier
27.10.2022 à 02:00
Communiqué de presse international de Scientist Rebellion
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Plus de 1 000 scientifiques de 47 pays ont signé une lettre ouverte appelant leurs pairs à « partager avec le public ce qu’ils et elles se disent entre eux concernant la réponse mondiale au changement climatique et à la perte de biodiversité ».
La lettre ouverte, initiée et auto-publiée par le groupe d’action climatique Scientist Rebellion, a été signée par d’éminents scientifiques et par certains des auteurs principaux du GIEC. Une liste complète des signataires couvrant de nombreuses disciplines académiques, dont les sciences physiques, l’économie, les mathématiques, les sciences sociales et la psychologie, est consultable ici.
Signataire de la lettre, la professeure Marta Guadalupe Rivera Ferre, spécialiste des systèmes alimentaires et auteur principal du GIEC, déclare : « Il s’agit d’une déclaration historique de la communauté scientifique. Elle souligne qu’il est urgent que les experts disent clairement au grand public, aux politiciens et au mouvement écologiste qu’il n’y a plus de trajectoire crédible pour limiter le réchauffement planétaire en dessous de 1,5°C. ».
Signataire de la lettre, la Dr Stella Nyambura Mbau, post-doctorante en développement durable au Kenya, déclare : « Il est essentiel que les scientifiques des pays du Nord reconnaissent publiquement que la limitation du réchauffement en dessous des 1,5 °C a échoué. Nous, scientifiques des pays du Sud, avons besoin que nos pairs d’Europe et d’Amérique du Nord s’expriment à ce sujet car ils sont beaucoup plus proches des centres de pouvoir politique et économique qui entravent l’action en faveur du climat. Cela n’a jamais été aussi urgent, alors que nous approchons d’un monde au-dessus des 1.5°C de réchauffement. »
La lettre déclare : « Les scientifiques s’accordent sur le fait qu’il n’y ait pas de voie crédible vers un réchauffement limité à 1,5°C. Cela nécessiterait que les émissions mondiales atteignent leur pic avant 2025 et soient réduites de 43 % d’ici 2030. Et même ce scénario conduirait probablement à dépasser le seul des +1,5 °C au cours des dix prochaines années. Le scénario le plus optimiste présenté par le GIEC repose sur le déploiement hypothétique de technologies d’élimination du dioxyde de carbone à grande échelle, afin de faire baisser les températures d’ici la fin du siècle.
Continuer d’affirmer publiquement qu’il est toujours possible de limiter le réchauffement planétaire à 1,5°C n’est plus acceptable. Pourtant, des politiciens, des scientifiques de premier plan et des figures du mouvement pour le climat persistent à le faire. En conséquence, les industries polluantes et les décideurs politiques sont involontairement encouragés à s’opposer à une décarbonation rapide ».
Signataire de la lettre, Bill McGuire, professeur émérite des risques géophysiques et climatiques à l’University College de Londres, a déclaré : « Il est dangereux, trompeur, et tout simplement faux, de donner au public l’impression que nous pouvons encore rester de ce côté du garde-fou du changement climatique qu’est le seuil des 1,5°C. Non seulement cela suggère que nous pouvons encore éviter l’effondrement climatique généralisé, mais cela fournit une excuse aux politiciens pour continuer à tergiverser, et aux pollueurs pour continuer à polluer. »
En réponse, la lettre ouverte appelle la communauté des scientifiques travaillant sur tous les aspects du changement climatique à faire une déclaration publique avant la COP27, affirmant les éléments suivants :
À propos de Scientist Rebellion :
Nous sommes un groupe d’action climatique regroupant plus d’un millier de membres dans 32 pays.
Nos membres sont des scientifiques d’horizons divers, des étudiants en sciences jusqu’aux
chercheur.euses titulaires. Nous partageons la conviction selon laquelle les scientifiques doivent mettre en place des actions de désobéissance civile non violente pour renforcer leur crédibilité. Lors d’actes de résistance civile, nous nous identifions en portant des blouses de laboratoire. Le Climate Emergency Fund soutient les efforts de recrutement, de formation, de renforcement des capacités et d’éducation de Scientist Rebellion.
Plus d’informations sur : https://scientistrebellion.com
23.10.2022 à 18:37
« Scientists’ Warning: A Second Notice » : avertissement de 15 000 scientifiques du monde entier dans BioScience 25 ans après le premier appel, décembre 2017.
« Scientists’ Warning of a Climate Emergency » : avertissement de 11 000 scientifiques du monde entier dans BioScience, novembre 2019.
« Climat : "Nous en appelons aux décideurs politiques" » : tribune de 700 scientifiques français dans Libération, 7 septembre 2018.
« Facts about our ecological crisis are incontrovertible. We must take action » : appel de 94 scientifiques britanniques dans The Guardian, 26 octobre 2018.
« Act now to prevent an environmental catastrophe » : appel de 94 scientifiques, politiciens et activistes de tous pays dans The Guardian, 9 décembre 2018.
« Nous, scientifiques, ferons aussi la grève scolaire du 15 mars » : tribune de 260 universitaires suisses, français et belges dans Le Monde et Le Temps, 20 février 2019.
« La mobilisation mondiale du 15 mars, lancée par la jeunesse, doit nous interpeller et nous faire réagir » : tribune d'universitaires membres de l'Atécopol dans Le Monde, 5 mars 2019.
« Nous déclarons notre soutien à Extinction Rebellion » : lettre ouverte de 81 scientifiques suisses et 220 citoyens suisses dans Le Temps, 21 octobre 2019.
17.10.2022 à 02:00
À l’attention de :
Mme Christine Noiville, Directrice du Comité d’éthique du CNRS
M. Nicolas Arnaud, Directeur de l’Institut national des sciences de l’Univers du CNRS
M. Alain Schuhl, Directeur général délégué à la science et Président du Comité développement durable du CNRS
Objet : Lettre ouverte de demande de clarification du CNRS : campagnes polaires – Compagnie du Ponant
Madame, Messieurs,
En avril dernier, le collectif Scientifiques en rébellion appelait à saturer de fausses réponses un questionnaire initié par un ancien directeur de l’Institut Paul Émile Victor, Jérôme Chappellaz. À travers ce sondage, ce chercheur interrogeait la communauté des glaciologues, et au-delà, sur l’opportunité de campagnes scientifiques aux pôles financées par un opérateur de tourisme de luxe privé, la Compagnie du Ponant.
Par cette campagne de déstabilisation, le collectif Scientifiques en rébellion souhaitait dénoncer cette opération menée avec le consentement de l’Institut national des sciences de l’Univers (INSU) du CNRS et consistant, selon ce collectif, en une marchandisation des pôles sous couvert d’aide à la science. Pour l’armateur : une opération de « greenwashing » savamment orchestrée (puisque le navire prévoit des espaces dédiés à la recherche dès sa conception) avec une communication toujours tournée vers des records en inadéquation avec un faible impact environnemental. Pour les chercheur·euses : un « baiser de la mort ». En effet, soit par manque de moyens de la recherche publique1, soit par simple effet d’aubaine, ces dernier·es en viennent à cautionner, presque comme un mal nécessaire, les émissions de 250 tonnes équivalent CO2 par jour en mer ! Ces émissions étant principalement dues aux 245 croisiéristes privilégiés et riches (au minimum 10 000 € pour 10 nuits à bord), et aux 215 membres de l’équipage à leur service.
Depuis, le sujet a fait l’objet d’un article dans la revue Reporterre qui reprend une partie de nos arguments et prend également le temps de questionner des chercheur·euses, la direction du CNRS et le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Le témoignage de M. Chappellaz en dit long sur l’état d’esprit d’une partie de la communauté de recherche française, bien au-delà du seul domaine de la glaciologie : « Soyons pragmatiques, dit-il à Reporterre. Le Commandant Charcot naviguera vers les pôles avec ou sans scientifiques. Sa clientèle aisée est le cœur de cible et elle s’y rendra de toute façon. Alors, tant que la science ne devient pas le prétexte pour organiser des expéditions avec des touristes, utilisons ce vecteur. » L’INSU, qui a donné son consentement à cette démarche, peut-il par son silence cautionner de tels propos ? Et quid du comité d’éthique et du comité développement durable du CNRS ?
Cette posture nous semble en effet largement condamnable d’un point de vue éthique. Reprendre un argument à courte vue, déjà éculé à propos des vols en avion, du type « de toute façon il décollera sans moi » comme justification à l’inaction climatique nous semble erroné, inacceptable voire complice2. Aller jusqu’à nier que la science soit un prétexte alors qu’elle est justement au cœur de l’approche marketing de la Compagnie du Ponant (comme en témoigne un croisiériste dans le reportage) confine au cynisme. La recherche publique sur les pôles attendra-t-elle que toute la glace de l’Arctique ait fondu, et que sa crédibilité auprès du public ait connu le même sort, pour cesser de s’associer à des opérations aussi irresponsables du point de vue climatique ? Commencera-t-elle alors seulement à se questionner sur la pertinence de ces recherches et missions, sur le rapport entre l’état actuel des connaissances, celles qui sont indispensables pour comprendre l’évolution de l’Antarctique et le « coût carbone » de ses activités ?
On serait en droit d’attendre du CNRS une posture ferme sur l’exploitation de la science à des fins de « greenwashing ». On serait en droit d’attendre que le CNRS questionne le bien-fondé d’une science à plus de 60 tonnes de CO2 par jour et par chercheur·euse3. On serait en droit d’attendre que le CNRS s’interroge sur le risque de conflit d’intérêt, dans la mesure où il semble que ces chercheur·euses bénéficient de conditions de résidence exceptionnelles à bord, voire d’une rémunération pour les conférences qu’ils ou elles peuvent y donner. L’intervention de Mme Daphné Buiron, médiatrice scientifique à bord du navire, indiquant que la compagnie « était aux petits soins pour chacun d’entre eux » ne lève pas ces doutes, bien au contraire.
Sur la plupart de ces questions, le CNRS n’apporte pas de réponse (voir annexe de l’article de Reporterre) et reste dans une stature faussement académique et distanciée. Quand bien même la science qui s’y fait à bord serait irréprochable et de très haut niveau, quand bien même les chercheur·euses n’y bénéficieraient d’aucun avantage spécifique, le CNRS peut-il pour autant cautionner de telles campagnes ? En ce sens, nous vous adressons la question posée par Reporterre au ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (dont la réponse est, à proprement parler, inadmissible) : « Est-il acceptable [pour le ministère] que des chercheurs français fassent de la recherche sur un navire de tourisme, et que la présence des scientifiques à bord puisse participer à la communication de la compagnie de croisière qui l’opère ? ». Au-delà, peut-on faire de la recherche à n’importe quel impact carbone ? Si, après un examen rigoureux, transparent et éthique des impacts, il est jugé que l’intérêt scientifique des activités de recherche polaires justifie ses émissions carbone, c’est alors au CNRS et au ministère d’investir de manière conséquente pour leur financement.
Sur tous ces éléments, nous souhaiterions recevoir et transmettre à nos membres, et plus largement au public sensible à l’intégrité de la recherche publique française, une clarification de la part de l’INSU, du comité d’éthique et du Comité développement durable. L’INSU pourrait d’ailleurs utiliser le cadre de travail du groupement de recherche Labos1point5 (soutenu par l’INRAE et le CNRS) et les réflexions menées par de nombreux chercheur·euses pour clarifier sa position et avancer dans la formulation d’une éthique environnementale de la recherche.
Pour votre information, notre opération a été un succès avec l’interruption du questionnaire quelques heures à peine après le lancement de l’opération. Suite à cette interruption, finalement temporaire, nous avons mis en place une pétition pour que le monde de la recherche puisse continuer à manifester sa désapprobation. Malgré la durée de la campagne, quelques jours seulement, nous avons recueilli plus de 300 soutiens, dont nous pouvons vous faire suivre la liste sur simple demande. Cette campagne s’est par ailleurs étendue au grand public puisqu’elle a été relayée par Extinction Rebellion France.
Dans l’attente de vos retours, nous vous adressons nos respectueuses salutations,
Le collectif Scientifiques en rébellion
1 Voir à ce propos la récente tribune dans Le Monde : « Le futur de la recherche polaire en Antarctique est mis en danger par le projet de la loi de finances pour 2023 ».
2 Voir le point 3 de l’article de la revue Bon Pote pour le contre-argumentaire et cet article scientifique pour sa justification.
3 À titre d’illustration, l’Institut polaire Français (IPEV) a estimé des émissions à 32 tonnes de CO2 équivalent par scientifique et par an pour les missions polaires.
15.10.2022 à 02:00
Communiqué de presse international de Scientist Rebellion
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#UniteAgainstClimateFailure
Plus de 100 scientifiques et universitaires de 12 pays risqueront l’arrestation et l’emprisonnement en Allemagne à partir de ce week-end pour demander au gouvernement d’admettre qu’il n’est plus possible de limiter le réchauffement climatique en dessous de +1,5 °C.
Ces scientifiques sont membres du groupe d’action contre le dérèglement climatique Scientist Rebellion. Sous la bannière « Unite-Against-Climate-Failure », ces scientifiques prévoient une campagne de désobéissance civile non violente à Berlin et en Bavière à partir du 16 octobre.
L’Allemagne a été choisie en tant que pays influent au sein de l’Union européenne et l’un des pays les plus riches du monde. L’économie allemande a bénéficié plus que d’autres de la combustion d’énergies fossiles et de l’exploitation des ressources, mais elle n’arrive pas à respecter ses objectifs en matière de climat et de biodiversité.
La Dr Stella Nyambura Mbau, post-doctorante en développement durable et membre de Scientist Rebellion au Kenya, déclare : « L’action mondiale visant à réduire les émissions conformément à la trajectoire de 1,5 °C n’a jamais été suffisante. Et maintenant, il est trop tard. Refuser de l’admettre revient à ignorer les souffrances qui affectent déjà les pays du Sud. Plus de 20 millions de personnes (dont 10 millions d’enfants) risquent de mourir de faim dans la corne de l’Afrique à cause de l’une des pires périodes de sécheresse. »
Le Dr Peter Kalmus, climatologue américain et membre de Scientist Rebellion, déclare : « Je ne vois aucun signe que les dirigeants mondiaux se préparent à opérer les changements radicaux nécessaires pour limiter le réchauffement à 1,5 °C degrés. Il est temps de reconnaître devant au public qu’il n’y a pas de voie crédible pour rester en dessous de 1,5 °C, même si en termes scientifiques, cela reste géophysiquement possible. »
Promesses non tenues
Les gouvernements ne respectent pas l’engagement inscrit dans l’Accord de Paris de poursuivre les efforts pour rester en dessous de 1,5 °C de réchauffement. Les émissions mondiales atteindront un niveau record en 2021, alors que les gouvernements dépenseront davantage pour subventionner les combustibles fossiles en 2021 qu’en 2015, année de la signature de l’Accord de Paris.
Les chercheurs reconnus admettent qu’il n’existe pas de voie crédible vers les +1,5 °C. Le scénario le plus optimiste du GIEC pour rester sous la barre des +1,5 °C exige que les émissions mondiales atteignent un pic avant 2025 et soient réduites de 43 % d’ici 2030. Même dans ce cas, le seuil de +1,5 °C serait probablement dépassé au cours des dix prochaines années.
Avant sa campagne en Allemagne, Scientist Rebellion a sollicité près de 2 000 scientifiques, universitaires et personnalités reconnues dans l’étude du changement climatique. Tous et toutes ont été encouragé·es par Scientist Rebellion à contribuer à sensibiliser le public au fait que limiter le réchauffement à +1,5 °C est désormais peu plausible.
Descendre dans la rue
En Allemagne, Scientist Rebellion se mobilisera en collaboration avec les groupes d’action climatique Last Generation, Debt for Climate et End Fossil Occupy, sous la bannière Unite-Against-Climate-Failure. Cette coalition mènera dans une action de désobéissance civile non violente jusqu’à la fin du mois d’octobre. Les participants exigent du gouvernement allemand qu’il admette l’échec à limiter le réchauffement climatique en dessous de 1,5 °C et qu’il passe en mode d’urgence.
Au niveau mondial, Unite-Against-Climate-Failure demande au gouvernement allemand d’écrire immédiatement à la Banque mondiale et au Fonds monétaire international pour demander l’annulation de toute la dette des pays du Sud, alors que le monde s’approche des +1,5 °C et au-delà. Cela faciliterait grandement leur transition vers un monde plus durable, contribuant à prévenir une nouvelle dégradation du climat.
En Allemagne, la coalition exige des mesures immédiates pour la décarbonation des transports, à travers i) l’introduction d’une limitation de vitesse sur les autoroutes allemandes, célèbres pour leur absence de limitation ; et ii) la pérennisation sans limite de durée du ticket à 9 € pour les transports publics, qui connaît un grand succès.
Des photos d’actions passées sur : https://drive.google.com/drive/folders/1Z7_qjEdmiC6f-rFkrr_WRG1iw3V1PDcj
À propos de Scientist Rebellion
Nous sommes un groupe d’action contre le dérèglement climatique qui compte plus de mille membres dans 32 pays. Nos membres vont de l’étudiant en sciences au professeur des Universités, dans des domaines scientifiques variés. Nous pensons tous que les scientifiques doivent mener des actions directes non violentes pour gagner en crédibilité. Lors des actions de désobéissance civile, nous nous identifions en portant des blouses de laboratoire.
Plus d’informations : https://scientistrebellion.com
15.10.2022 à 02:00
Dans plusieurs villes de France (Montpellier, Nice, Paris et Toulouse), des scientifiques ont participé ce weekend à des actions d’information du public et de désobéissance civile, au nom de la lutte contre la catastrophe environnementale et humaine en cours et à venir. Dans un texte de 4 pages, disponible sur le site du collectif Scientifiques en rébellion, ils expliquent leurs motivations, leur positionnement et leurs interrogations. Certaines de ces actions ont été menées en collaboration avec les collectifs citoyens ANV-COP21 – Alternatiba et Extinction Rebellion. Cette mobilisation des scientifiques en France s’est faite dans le sillage d’une tribune parue en Une du journal Le Monde en 2020, dans laquelle mille scientifiques appelaient à la désobéissance civile. En parallèle, en Allemagne, des scientifiques venu·es de toute l’Europe (dont certain.es de France) participent à l’appel du collectif Scientist Rebellion à une campagne d’actions de désobéissance civile intitulée « Unite Against Climate Failure » qui se déroulera jusqu’au 4 novembre. Les scientifiques appellent tout·es leurs collègues qui ont pris conscience de l’urgence climatique à les rejoindre pour amplifier la mobilisation.
À Nice, les scientifiques ont organisé samedi 15 octobre matin avec les collectifs ANV-COP 21, Extinction Rebellion et Alternatiba 06 une conférence-occupation festive et populaire sur le thème « Urgence climatique, inaction politique », devant la Maison des Grands Projets de la Ville de Nice. Une banderole « Climat, biodiversité : écoutons les scientifiques » a été déployée. Le but de l’action était de rappeler que l’atteinte des objectifs de réduction d’émissions de CO2 nécessitera des changements en profondeur de nos modes de vie, et qu’une priorité est de renoncer aux grands projets d’un autre temps fortement émetteurs de carbone. À Nice, l’extension du terminal 2 de l’aéroport et l’urbanisation massive de terres fertiles dans la plaine du Var représentent des symboles de l’aveuglement des politiques territoriales qui affichent des objectifs ambitieux de réduction d’émissions sans mettre en place de leviers efficaces de décarbonation et de sobriété. La conférence a réuni une cinquantaine de personnes, et des débats ont ensuite été menés avec le public pour faire émerger des propositions citoyennes alternatives pour une métropole neutre en carbone.
À Toulouse, vendredi 14 octobre matin, dix scientifiques, soutenus par les militants d’ANV-COP21, ont perturbé un événement co-organisé par Toulouse Métropole et le journal La Tribune : « Toulouse Zéro Carbone » (vidéo disponible en ligne; temps forts de l’action indiqués dans les commentaires de la vidéo). Les scientifiques ont demandé à pouvoir prendre la parole avant une table ronde à laquelle participait entre autres TotalEnergies et l’élu responsable du PCAET (Plan Climat Air Energie Territorial) de la ville. Une dizaine de diapositives ont été projetées, en rappelant notamment que les politiques mises en place actuellement, à toutes les échelles (internationale comme territoriale) nous conduisent vers une catastrophe environnementale. Les scientifiques ont souligné que l’une des priorités est d’arrêter les projets qui ne vont pas dans la bonne direction, pointant du doigt certains programmes d’aménagement locaux (routier, artificialisation des sols), et la politique de TotalEnergies d’ouvrir de nouveaux gisements fossiles. L’ouverture de nouvelles exploitations est en effet incompatible avec les budgets carbone permettant de limiter le réchauffement à +1,5 ou 2°C, et représente autant de « bombes climatiques », selon une expression utilisée dans des publications scientifiques. Les scientifiques ont conclu leurs interventions en demandant que trois questions soient posées au cours de la table ronde. Ils et elles ont notamment demandé aux intervenants de justifier leur maintien de projets incompatibles avec les objectifs climatiques et environnementaux. Les scientifiques ont également demandé à TotalEnergies de se positionner par rapport au soutien qu’il apporte à un Master dirigé par un scientifique contestant ouvertement la légitimité du GIEC, une affaire révélée dans le Canard enchaîné du 12 octobre 2022. Le représentant de TotalEnergies a contesté les conclusions du Canard Enchainé et affirmé travailler avec le scientifique en question « depuis 15 ans ». Après quelques minutes de table ronde, les scientifiques, considérant que les propos tenus par le représentant de TotalEnergies n’étaient pas sincères et ne répondaient pas à la problématique centrale de la poursuite de l’exploitation des énergies fossiles, se sont placé·es devant la scène avec des affiches indiquant « greenwashing », et ont quitté la salle.
À Paris, une conférence sauvage intitulée « Inaction climatique : défaite de la science» s’est tenue samedi 15 octobre à 14h au village des sciences de Sorbonne Université organisé pour la Fête de la science 2022. En s’invitant dans le programme, les scientifiques mobilisé·es voulaient dénoncer le décalage entre le thème choisi par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, « Réveil climatique », et l’insuffisance criante des mesures prises par le gouvernement pour répondre à l’urgence climatique. Kévin Jean, l’un des scientifiques organisateurs de cette action estime qu’« après plus de 40 ans d’alertes scientifiques ignorées par les décideurs, et alors que l’État français a été condamné en justice pour le non-respect des objectifs climatiques, mettre en avant le partage des connaissances comme réponse au défi climatique est scandaleux, on ne peut plus laisser passer ». Les scientifiques mobilisé·es ont détaillé cette incohérence au cours d’une série de prises de paroles de chercheur.es de différentes disciplines. Les scientifiques ont profité d’une table ronde pour interpeller les présentateur.ices météo Laurent Romejko (France 3) et Karine Durand (CNews) sur la responsabilité des médias ainsi qu’un collègue climatologue à propos de partenariats entre la recherche publique et TotalEnergies.
À Montpellier, une conférence sauvage samedi 15 octobre à 11h sur la place de la Comédie a mobilisé une quarantaine de scientifiques et une vingtaine de militant·es d’ANV-COP21 – Alternatiba, toutes et tous uni·es pour dénoncer l’inaction climatique. Les scientifiques, menant pour la plupart des recherches en écologie, évolution et agronomie, ont pris la parole pour rappeler les principaux résultats du GIEC et les chiffres de plus en plus alarmants sur l’effondrement de la biodiversité, avec le slogan « Alerte scientifique, crise climatique, urgence action publique ». Les militants d’ANV-COP21 – Alternatiba, sous la banderole « Urgence climatique : Écoutez les scientifiques » ont rejoint ce rassemblement après une action de désobéissance civile ciblant une agence BNP Paribas, en raison du financement par cette banque de nouvelles exploitations d’énergies fossiles.
Ces actions coordonnées entre scientifiques et autres citoyen·nes à l’échelle européenne visent à interpeller les dirigeants politiques afin que ces questions cruciales pour l’avenir de l’humanité et du vivant ne puissent plus être éludées.
Toulouse (Crédits : ANV-COP21 Toulouse)
Nice
Montpellier
Paris
14.10.2022 à 02:00
À Toulouse, dix scientifiques, soutenus par les militants d’ANV-COP21, ont perturbé un événement co-organisé par Toulouse Métropole et le journal La Tribune : « Toulouse Zéro Carbone », à laquelle participait entre autres TotalEnergies.
À Nice, une conférence-occupation festive et populaire s’est tenue sur le thème « Urgence climatique, inaction politique », devant la Maison des Grands Projets de la Ville de Nice, pour dénoncer notamment l’extension du terminal 2 de l’aéroport et l’urbanisation massive de terres fertiles dans la plaine du Var. Une banderole « Climat, biodiversité : écoutons les scientifiques » a été déployée.
À Montpellier, le 15 octobre, une conférence sauvage sur la place de la Comédie a mobilisé une quarantaine de scientifiques et une vingtaine de militant·es d’ANV-COP21 – Alternatiba, toutes et tous uni·es pour dénoncer l’inaction climatique, avec le slogan « Alerte scientifique, crise climatique, urgence action publique ».
À Paris, une conférence sauvage intitulée « Inaction climatique : défaite de la science » s’est tenue le 15 octobre au village des sciences de Sorbonne Université organisé à l’occasion de la Fête de la science 2022 pour dénoncer le décalage entre le thème choisi par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, « Réveil climatique », et l’insuffisance criante des mesures prises par le gouvernement pour répondre à l’urgence climatique.
Crédits photo : ANV-COP21 Toulouse
13.10.2022 à 02:00
Texte publié dans Le Club de Mediapart.
Nous sommes des membres de la communauté scientifique extrêmement alarmé·es par la catastrophe écologique en cours. C’est la raison pour laquelle nous avons décidé d’initier ou participer à des actions de désobéissance civile en France en tant que scientifiques. Certain·es parmi nous ont décidé de participer aux actions du collectif international Scientist Rebellion, qui ont lieu en ce moment-même en Allemagne. D’autres ont décidé de mener des actions en France avec des collectifs citoyens comme Extinction Rebellion (XR) et ANV-COP21, que nous soutenons et avec qui nous collaborons activement. Nous appelons tous nos collègues scientifiques à nous rejoindre dans le cadre du collectif Scientifiques en rébellion pour amplifier ce mouvement de désobéissance qui ne cesse de se développer depuis quelques années dans le sillage de la tribune en Une du journal Le Monde signée en 2020 par plus de 1 000 scientifiques.
Les raisons de notre mobilisation
Les premières alertes des climatologues concernant les risques du réchauffement datent de plus de 50 ans déjà. Cependant, l’inquiétude de nos collègues s’est amplifiée ces dernières décennies au fur et à mesure que le consensus actuel sur l’origine anthropique du réchauffement se renforçait, que les conséquences du réchauffement devenaient plus clairement visibles, et que l’absence de réactions des puissances publiques hypothéquaient nos capacités d’atténuation et d’adaptation. Nous ne développerons pas ici l’argumentaire sur l’urgence climatique : tout est déjà décrit depuis longtemps dans les rapports du GIEC. Nous nous contenterons d’illustrer notre inquiétude par la figure présentée au gouvernement par notre collègue Valérie Masson-Delmotte le 31 août dernier. Ce graphique illustre le décalage entre les politiques publiques actuelles et la trajectoire de réduction des émissions de gaz à effet de serre nécessaire pour respecter l’accord de Paris de 2015. Ce décalage contredit tous les discours d’auto-satisfaction qu’on retrouve à toutes les échelles (internationale, nationale, et locale), affirmant que tout est mis en œuvre pour réduire significativement nos émissions de gaz à effet de serre. Il en va de même pour les tentatives de préservation de la biodiversité, qui ne cesse d’être dégradée et détruite par les activités humaines : les objectifs sur la réduction des pesticides ou le « Zéro artificialisation nette des sols » ne sont pas plus respectés. Pire, les ravages qu’ils sont censés corriger se sont amplifiés.

Figure SPM.4 du 6e rapport du GIEC : Émissions mondiales de GES des trajectoires socio-économiques.
Face au chaos environnemental possible, et aux décennies d’inertie ou d’échec, la désobéissance civile s’impose pour des raisons qui ont déjà été exposées dans une récente tribune du journal Le Monde, à la suite de publications dans des revues scientifiques de premier plan comme Nature Climate Change ou The Lancet. Nous souhaitons ici développer plus spécifiquement certains aspects liés à la désobéissance civile de scientifiques. Notre décision « d’entrer » en désobéissance civile ne va pas de soi : elle soulève des questions complexes et génère au sein de notre mouvement des discussions et des débats, que nous préférons exposer publiquement. En effet, le statut de scientifiques nous impose une déontologie dont nous ne saurions nous défaire, fut-ce dans le cadre de la désobéissance civile : appuyer nos réflexions et analyses sur des connaissances et des études solides, questionner et éprouver ces savoirs, et surtout dire la vérité à nos concitoyen·nes qui nous font confiance et financent nos travaux et salaires par leurs impôts.
Comment parler avec justesse de la situation ?
Nos premiers doutes concernent la manière de parler à nos concitoyen·nes de la situation présente. Pas plus que n’importe qui, nous ne sommes capables de prévoir l’avenir. Néanmoins, beaucoup parmi nous ont passé ces dernières années à essayer d’appréhender la situation présente dans toute sa complexité et ses multiples dimensions (climatique, écologique, énergétique, technologique, sanitaire, sociale, politique, historique, …), tentant d’assembler patiemment une lanterne suffisamment puissante pour percer un tant soit peu le brouillard des futurs possibles. Les incertitudes restent nombreuses, en particulier en ce qui concerne de possibles points de bascule (tipping points) climatiques, écologiques et bio-géo-chimiques, ouvrant la possibilité d’événements encore plus catastrophiques que ceux actuellement anticipés. Mais l’incertitude « sociale » est peut-être encore plus forte : les choix politiques qui seront faits ou l’éventuelle montée de mouvements citoyens sont non modélisables et difficilement anticipables.
Beaucoup parmi nous pensent que nous allons tout droit vers un réchauffement climatique de +3°C ou plus dès la fin de ce siècle et que l’accord de Paris ne sera pas respecté, et de loin. Nous savons bien que ces chiffres ne sont pas suffisamment parlants pour la plupart de nos concitoyen·nes. Pour comparaison, la différence de température moyenne entre aujourd’hui et la dernière ère glaciaire (il y a plus de 10 000 ans) est de 6°C. Le réchauffement depuis s’est fait de manière très lente et progressive ce qui a permis à la biodiversité et à l’humanité de s’adapter. Les projections scientifiques permettent de mieux appréhender ce que +3°C en un temps si court signifient : une série de catastrophes qui mettront en péril les bases de nos sociétés et résulteront en des centaines de millions de morts. Peut-être plus, espérons-le moins, peut-être beaucoup plus. Peut-être le chaos et l’effondrement, qu’anticipent les trois quarts de nos collègues si nous continuons sur la trajectoire présente. Le pire n’est pas certain, mais il devient malheureusement de plus en plus probable au fur et à mesure que les années d’inaction passent.
Face à cela, que dire et que faire ? Nos collègues de Scientist Rebellion ont décidé d’axer leur campagne en Allemagne spécifiquement sur ce point : demander que les scientifiques spécialistes du climat reconnaissent publiquement qu’il est maintenant presque certain que le réchauffement dépassera largement les +1.5 °C. Le positionnement habituel des scientifiques serait plutôt de tourner les choses ainsi : « il nous reste une toute petite fenêtre pour réussir à rester en dessous de +1.5°C ». Cette phrase est techniquement juste car, si par une expérience de pensée, nous arrêtions de suite d’émettre tout gaz à effet de serre, nous respecterions probablement l’accord de Paris. Elle est néanmoins socialement et politiquement bien loin de ce qui se profile car il n’y a actuellement aucun signe que les différents acteurs se mettent subitement à jouer pleinement la partition qui devrait être la leur pour respecter l’accord de Paris. Les rapports du GIEC insistent sur la nécessité d’une transformation rapide, d’ampleur inédite et impliquant l’ensemble des acteurs dans une même direction. Pourtant nous n’assistons pas à un infléchissement à la hauteur : États et entreprises continuent une politique de croissance économique à tout prix sur fond de compétition internationale. Ce qui signifie que, en l’état, cette politique nous maintient sur une trajectoire menaçant clairement l’habitabilité de la planète.
Quelles propositions ?
Le deuxième point de discussion qui nous anime concerne des mesures politiques concrètes à envisager. Nous nous attendons à ce que, suite à nos actions passées et à venir, citoyen·nes et journalistes nous demandent quelles sont nos éventuelles « revendications » ou « mesures proposées ». Ce qui nous met dans une situation délicate. D’abord parce que, en tant que scientifiques, nous ne sommes pas habitué·es à prescrire. Nous pouvons essayer de comprendre des phénomènes, de restituer leur complexité, nous pouvons montrer les limites et les impasses de certaines pratiques, ou encore vérifier si des mesures sont alignées avec des ambitions, mais nous ne sommes pas en position de dire ce qu’il faudrait faire. Ensuite, parce que nous pensons que les transformations sociétales dont nous avons besoin pour limiter la catastrophe écologique doivent être débattues publiquement et démocratiquement, et qu’afficher une liste de mesures pourrait laisser penser que nous avons une appétence pour la technocratie, pour une « démocratie des expert·es », pour un modèle politique où les scientifiques murmurent à l’oreille des Princes·ses ou encore pour une société dans laquelle les scientifiques détiendraient un pouvoir politique spécifique. Ce qui, en l’occurrence, est loin d’être notre vision. Enfin parce que la question de ce qu’il faut faire est une question fondamentalement éthique et politique, c’est-à-dire qu’elle implique d’abord un débat sur les valeurs : à quoi tenons-nous vraiment et de quoi pouvons-nous nous passer ? Quelles sont nos conceptions de l’équité, de la justice, de la démocratie, du bien vivre ? Quelle place souhaitons-nous accorder au marché, à la propriété privée, à l’État, à la liberté de consommer ? De telles questions n’ont évidemment pas de réponse scientifique mais relèvent d’une délibération collective que nous appelons de nos vœux.
Prenons un exemple concret qui est régulièrement mis sur le devant de la scène : le transport aérien. Les spécialistes du sujet affirment qu’il est peu probable de pouvoir respecter l’accord de Paris sans une baisse plus ou moins forte du trafic (différente pour un objectif de +1.5°C ou de +2°C), à moins de décider de consacrer à l’avenir une part très importante de notre électricité au transport aérien, et de faire baisser plus vite que la moyenne d’autres activités. Mais cette baisse du trafic peut être induite par des mesures diverses en termes d’équité, de moyens nécessaires, d’impact économique, d’organisation, de philosophie, etc. Si nous dressions une liste de mesures possibles, piochées dans les propositions de différents acteurs de toutes sensibilités, nous pourrions y trouver par exemple i) une taxation élevée du kérosène, ii) l’arrêt de la publicité pour les voyages en avion, iii) un quota de production d’avions, iv) un quota des mouvements d’avions dans les aéroports, iv) la limitation des voyages aux raisons humanitaires et/ou d’affaire, v) des campagnes de communication gouvernementale appelant les citoyen·es à ne plus utiliser l’avion, vi) un quota de voyages par personne, vii) l’inclusion des voyages dans un projet global de quota carbone, viii) un voyage international offert par l’Etat à tous les citoyen·nes une fois dans leur vie, accompagné d’une année sabbatique, mais interdiction au-delà, ix) une nationalisation des compagnies aériennes et des constructeurs, l’aviation devenant un bien commun… et bien d’autres. Il n’est pas de notre ressort de choisir quelles sont les mesures adaptées. Il est par contre de notre devoir d’affirmer que, sans aucune mesure ciblée, le trafic ne baissera pas, rendant le respect de l’accord de Paris encore plus difficile, et que cela est suicidaire au vu de la situation. Il est également de notre ressort d’aider nos concitoyen·nes et les responsables politiques à comprendre pourquoi – par exemple – une baisse du trafic aérien est indispensable (ce qui est un peu technique à comprendre, mais pas du tout inaccessible), et d’aider à chiffrer ou estimer les conséquences d’éventuelles mesures. L’exemple que nous venons de prendre peut bien entendu être étendu à toutes les activités humaines : transport routier, logement, alimentation, industrie, et nos propres activités de recherche…
Tester de nouvelles formes démocratiques ?
Il est possible que des mesures à la hauteur des enjeux arrivent à être prises dans le cadre politique actuel, par exemple en se donnant les moyens d’appliquer les décisions, en faisant vivre les principes constitutionnels de la Charte pour l’environnement, etc. Néanmoins, nous constatons que les structures démocratiques et les modes de décision actuels sont en l’état inadaptés pour prendre les mesures qui permettraient de respecter nos objectifs climatiques et environnementaux. Cela tient notamment au décalage de temporalité entre les processus électoraux centrés sur le court terme et les enjeux qui concernent le long terme ou le très long terme. Ou encore à l’influence néfaste des intérêts particuliers qui favorisent dans chaque domaine le business as usual contre l’intérêt de la majorité des citoyen·nes, comme l’illustre le poids du lobby des énergies fossiles. Il est donc peut-être nécessaire d’imaginer et tester de nouvelles formes démocratiques qui seraient adaptées à la gravité de la crise à surmonter.
En tant que scientifiques, nous avons été fortement intéressé·es par le travail fourni par la Convention citoyenne sur le climat (CCC), bien que les mesures proposées, même si elles avaient été mises en place sérieusement (ce qui est loin d’être le cas), ne s’avéraient pas être suffisantes. Une possibilité à envisager pourrait être la création d’assemblées représentatives des citoyen.nes par tirage au sort, qui auraient pour mission, après un temps de formation suffisamment long pour pouvoir appréhender les enjeux dans toutes leur complexité, de décider quelles mesures concrètes doivent être mises en place pour respecter les objectifs européens de réduction des émissions, stopper la chute de la biodiversité et, plus généralement d’assurer une vie décente sur cette planète sur le long terme. Le précédent de la CCC a d’ailleurs bien illustré la pertinence de ce dispositif pour proposer des mesures largement acceptées par la population. De telles conventions pourraient avoir lieu à tous les échelons de décision politique. Inclure des représentant·es des générations futures ou des autres espèces vivantes au sein de telles conventions, pourrait également être une piste intéressante. Dans de telles assemblées, nous serions prêt·es à assumer un rôle de présentation la plus pédagogique et objective possible de l’état actuel des connaissances scientifiques, mettrions au service des citoyen·nes nos capacités de calcul et projections, et tenterions de répondre au mieux à leurs interrogations.
En en attendant ?
Tant que, d’une manière ou d’une autre, les États n’auront pas pris des mesures permettant d’éviter un cataclysme climatique, nos actions de désobéissance civile seront légitimes. Certes, mener une action précise, c’est prendre le risque de ne pouvoir parler que d’un aspect des enjeux en négligeant tous les autres et de passer à côté de leur complexité. Le risque existe également que le sens de notre action soit caricaturé ou déformé, ou que nous soyons attaqués et dénigrés. Mais même si nous préférerions rester tranquillement dans nos laboratoires, ce risque doit être pris. Cinq décennies d’alertes sans résultat, c’est bien trop ! Nous appelons tous nos collègues scientifiques conscient·es de l’urgence de la situation à nous rejoindre : loin de ternir notre crédibilité, nous considérons que nous lancer dans ces actions ne peut que renforcer la confiance que les citoyen·nes auront dans le contenu de nos messages.
Ce texte a été écrit collectivement par les membres de Scientifiques en rébellion ayant participé aux actions d’octobre 2022. Rejoignez-nous si vous êtes intéressé·e. Plus d’informations sont disponibles sur scientifiquesenrebellion.fr.
09.09.2022 à 02:00
Kévin Jean, Julia Steinberger, Jérôme Santolini
Tribune publiée dans le journal Le Monde le 9 septembre 2022.
L’image en a ébranlé plus d’un : le 6 avril dernier, le climatologue américain Peter Kalmus, enchainé à la porte d’une banque JP Morgan (premier investisseur dans les énergies fossiles), fond en larmes au cours d’un discours expliquant les motivations de son action. Devant le sentiment de voir les alertes scientifiques ignorées, il a décidé de s’engager dans une action de désobéissance civile. Dans les jours qui ont suivi, plus de 1200 scientifiques avaient participé à des actions de ce type dans 26 pays.
Depuis quelques années, la désobéissance civile est devenue un mode d’action auquel prennent part de plus en plus de scientifiques, en France comme ailleurs. Au point qu’il est devenu l’objet d’un nombre croissant de travaux académiques qui en ont interrogé la légitimité, les fondements éthiques, mais aussi l’efficacité.
En 2019, un article de la revue Lancet avait questionné les critères éthiques selon lesquels les actions de désobéissance civile de scientifiques pouvaient être légitime [1]. En se basant sur la théorie de la justice de Rawls, ses auteurs considèrent que cette tactique est justifiée dès lors qu’elle dénonce une situation injuste, si elle est utilisée en dernier recours, si elle est efficace, et si elle représente la forme d’action la moins dommageable compte tenu de la menace. La question de l’injustice du dérèglement climatique est aisée à trancher, tant on sait que ce sont les moins responsables du problème qui en subiront les pires conséquences. La notion de dernier recours fait elle non plus peu débat, tant les formes de mobilisation classique semblent épuisées : rapports scientifiques s’accumulant, marches climat se succédant sans traduction politique, plaidoyer auprès des décideurs faisant bien maigre poids face aux moyens colossaux des lobbies…
Le troisième critère mentionné dans l’article questionne l’efficacité de la désobéissance civile. Sur ce point, le dernier rapport du GIEC a souligné que les formes d’engagement tenant de la confrontation directe (boycott, manifestations, désobéissance civile) devenaient de plus en plus communes, et contribuaient à façonner les politiques climatiques [2]. Des travaux récents ont rapporté que des luttes contre des projets fossiles étaient plus fréquemment victorieuses lorsqu’elles reposaient sur la désobéissance civile [3]. Dans ce type d’actions, les scientifiques ont un rôle spécifique à jouer : c’est ce qu’une équipe de chercheur.es a récemment affirmé dans la revue Nature Climate Change [4]. Jouissant d’une position associée à un bon niveau de confiance au sein de la société, les scientifiques confèrent respectabilité et confiance à des demandes de changements de trajectoires. Loin de menacer leur crédibilité, de telles revendications pourraient même l’accroitre: plusieurs études suggèrent que les scientifiques apparaissent plus crédibles en agissant en accord avec les alertes écologiques qu’ils peuvent lancer. Il semble enfin que des messages portés par des actions à finalité altruiste présentant un certain risque personnel (de l’inconfort au risque physique) reçoivent un écho favorable auprès du public.
Le mauvais procès en rupture de neutralité
Or, selon un argument fréquemment opposé, un certain principe de neutralité requerrait que les scientifiques s’abstiennent d’intervenir dans le débat public, au risque de menacer leur intégrité. Cette interprétation du principe de neutralité repose bien souvent sur une lecture trop rapide de Max Weber. Il a été largement remis en question par l’épistémologie récente, qui considère que des sciences dépourvues de valeurs constituent un idéal illusoire, mais également peu désirable lorsque les savoirs produits peuvent avoir des implications sociales importantes. Plutôt que d’en appeler à une neutralité inaccessible – bien souvent mise en avant pour défendre un certain statu quo -, mieux vaut reconnaître que les valeurs sont inévitablement présentes dans le processus de recherche, et qu’elles peuvent et doivent être encadrées par la rigueur méthodologique. Allant même plus loin, le groupe de travail sur la recherche et l’engagement de l’université de Lausanne soulignait récemment les risques d’ un manque d’engagement pour la crédibilité des scientifiques [5].
Caractère injuste de la situation dénoncée, épuisement des autres modes d’action, efficacité au vu des risques et dommages engendrés : les critères justifiant la désobéissance civile semblent bien remplis. Reste qu’un 5ème critère était mis en avant dans l’article mentionné plus haut: la prise en compte de la différence dans les risques encourus. La désobéissance civile implique bien des risques différents en fonction du contexte social, professionnel et personnel. Ainsi, des personnes jouissant d’un statut social et professionnel favorisé, comme c’est le cas pour les scientifiques (du moins pour les non-précaires), auraient même un devoir de s’engager en première ligne pour le bien commun, quand d’autres, ne jouissant pas du même statut, s’exposeraient bien d’avantage par les mêmes actions.
Il est notable qu’en quelques années, un mode d’action jusque-là perçu comme radical ait été si rapidement accepté et légitimé par la communauté scientifique dans le cadre de l’urgence écologique et climatique, au point que certaines revues, comme la très sérieuse Lancet Planetary Health, en soient venues à appeler explicitement les scientifiques à rejoindre ce type de mobilisation [6], ou que certains articles appellent ouvertement les institutions scientifiques à reconnaître et à encourager cette forme d’expression [7].
Aujourd’hui, l’ensemble de la communauté académique, des scientifiques les plus engagés aux institutions les plus prestigieuses, s’accorde pour considérer que la situation exceptionnellement grave appelle des actions à la mesure des crises auxquelles nos sociétés sont confrontées. La désobéissance civile semble donc mériter sa place au sein de l’éventail des modes d’actions à mobiliser pour répondre sans délai à cet appel.
Kévin Jean est épidémiologiste, maître de conférences au Conservatoire national des arts et métiers (laboratoire MESuRS).
Julia Steinberger est chercheuse en sciences sociales du climat, professeure à l’Université de Lausanne.
Jérôme Santolini est biochimiste, directeur de recherche au CEA, responsable du Laboratoire Stress Oxydant et Détoxication au sein de l’Institut de Biologie Intégrative de la Cellule (UMR 9198).
RÉFÉRENCES
1. Bennett H, Macmillan A, Jones R, Blaiklock A, McMillan J. Should health professionals participate in civil disobedience in response to the climate change health emergency? The Lancet. 2020;395: 304–308. doi:10.1016/S0140-6736(19)32985-X
2. AR6 Climate Change 2022: Mitigation of Climate Change — IPCC. [cited 8 Sep 2022]. Available: https://www.ipcc.ch/report/sixth-assessment-report-working-group-3/
3. Thiri MA, Villamayor-Tomás S, Scheidel A, Demaria F. How social movements contribute to staying within the global carbon budget: Evidence from a qualitative meta-analysis of case studies. Ecological Economics. 2022;195: 107356. doi:10.1016/j.ecolecon.2022.107356
4. Capstick S, Thierry A, Cox E, Berglund O, Westlake S, Steinberger JK. Civil disobedience by scientists helps press for urgent climate action. Nat Clim Chang. 2022; 1–2. doi:10.1038/s41558-022-01461-y
5. Groupe de travail sur la recherche et l’engagement. L’engagement public des universitaires: Entre liberté académique et déontologie professionnelle. UNIL – Université de Lausanne; 2022 May. Available: https://www.unil.ch/centre-durabilite/fr/home/menuinst/recherche/recherche-et-engagement.html
6. The Lancet Planetary Health Editorial team. Walking the talk? The Lancet Planetary Health. 2022;6: e380. doi:10.1016/S2542-5196(22)00099-7
7. Gardner CJ, Thierry A, Rowlandson W, Steinberger JK. From Publications to Public Actions: The Role of Universities in Facilitating Academic Advocacy and Activism in the Climate and Ecological Emergency. Frontiers in Sustainability. 2021;2. Available: https://www.frontiersin.org/articles/10.3389/frsus.2021.679019
26.04.2022 à 02:00
Le 26 avril 2022, des scientifiques en blouse blanche et des activistes déguisé·es en insectes ont participé à une murder party place Massena à Nice pour dénoncer la sixième extinction de masse.
11.04.2022 à 02:00
Dans la continuité de l’appel à la désobéissance civile face à la crise écologique lancé il y a deux ans par 1000 scientifiques à la une du journal Le Monde et de la mobilisation internationale de la semaine dernière largement reprise dans les médias, Scientifiques en rébellion a lancé une nouvelle action ce lundi 11 avril pour dénoncer la marchandisation des pôles sous couvert d’aide à la recherche scientifique.
Cette action, intitulée « Trollons massivement le questionnaire », consistait à répondre massivement à une consultation proposant à des chercheurs effectuant des missions aux pôles de servir de caution scientifique à des pratiques écologiquement néfastes et socialement inégalitaires en s’embarquant sur un yacht de luxe proposant des croisières à une poignée de privilégiés.
En tant que personnels de la recherche sensibilisés aux questions climatiques, nous nous devions de réagir. Cette association opportuniste entre un croisiériste et des chercheurs doit être vivement dénoncée. D’abord, elle souligne la défaillance de l’État pour financer des recherches qui sont pourtant fondamentales pour la compréhension des phénomènes climatiques. Des chercheurs se laissent donc tenter par des partenariats privés afin de pouvoir exercer leur métier.
Ensuite, parce qu’elle constitue une énorme opération de greenwashing : le croisiériste s’offre et offre à ses passagers un paravent de vertu en se faisant passer pour un contributeur à la recherche et indirectement à la lutte contre le dérèglement climatique alors que la pollution de ses navires y contribue largement. Le navire « Commandant Charcot », opéré par la Compagnie du Ponant, est un mastodonte des mers qui emporte à son bord 9 millions de litres de gaz naturel liquéfié. Il va en brûler en moyenne 200 000 litres par jour soit environ 260 tonnes de CO2 émises par jour ! En 2 jours, chacun·e des 245 passagers aura brûlé autant que le budget carbone annuel total qu’un·e Français·e aura le droit de dépenser en 2050 (2 tonnes : objectif des accords de Paris). Et en 10 jours, chacun·e aura brûlé l’équivalent de l’empreinte carbone actuelle d’un·e Français·e. Le tout pour un coût par passager de 10 000 €, qui en fait un loisir réservé à une petite élite écologiquement irresponsable.
L’opération a fonctionné au-delà de nos attentes puisqu’après à peine 1 heure, le formulaire a été clos. Nous poursuivons néanmoins l’action en demandant aux scientifiques rebelles de signer une pétition de soutien. Nous ferons alors remonter aux instances de la recherche (Ministère, CNRS, etc.) le nombre de participant·e·s.
Au-delà de cette opération coup de poing, il est grand temps de dénoncer le tourisme polaire, ainsi que l’avait fait le géographe Rémy Knafou dans une tribune au Monde en août 2021, et d’y mettre fin afin de protéger ces milieux fragiles déjà extrêmement affectés par le dérèglement climatique !
11.04.2022 à 02:00
Le 11 avril 2022, nous avons mené une action en ligne pour dénoncer la marchandisation des pôles sous couvert d’aide à la recherche scientifique. Cette action consistait à répondre massivement à une consultation proposant à des chercheurs effectuant des missions aux pôles de servir de caution scientifique à des pratiques écologiquement néfastes et socialement inégalitaires en s’embarquant sur un yacht de luxe proposant des croisières à une poignée de privilégiés. Ce faisant, la compagnie du Ponant s’offre et offre à ses passagers un paravent de vertu en se faisant passer pour un contributeur à la recherche et indirectement à la lutte contre le dérèglement climatique alors que la pollution de ses navires y contribue largement.
Le formulaire a été fermé rapidement après notre action, et notre pétition a reçu plus de 300 soutiens. Suite à notre lettre ouverte, le Comité d’éthique du CNRS s’est saisi de la question des « missions d’opportunité ».
09.04.2022 à 02:00
La nuit du 9 au 10 avril 2022, une trentaine de scientifiques ont occupé le Muséum national d’histoire naturelle à Paris et donné douze présentations pour que des mesures urgentes, radicales et nécessaires soient prises afin de limiter les conséquences des crises climatique et écologique en cours et à venir.
Des procès se sont tenus le 30 novembre 2023 et le 17 juin 2024 et ont abouti à une relaxe générale. Suite au second procès le tribunal a reconnu l'état de nécessité face au changement climatique, mais le parquet a fait appel.
06.10.2021 à 02:00
Tribune publiée dans Reporterre le 6 octobre 2021.
Jeudi 7 octobre, 7 activistes d’Alternatiba seront en procès à Bobigny suite à leur intrusion sur le tarmac de Roissy lors de la marche sur les aéroports du 3 octobre 2020. Parmi eux figure Jérôme Guilet, un scientifique engagé membre du Collectif de la rébellion scientifique. Lui aussi risque jusqu’à 5 ans d’emprisonnement et 18 000 € d’amende.
Pour dénoncer l’inaction politique face à la catastrophe écologique qui nous menace, notre collègue Jérôme Guilet a, comme nous, rejoint en février 2020 l’« Appel de 1 000 scientifiques à la désobéissance civile et au développement d’alternatives ». Comme nombre d’entre nous, mais sans doute avec encore plus de détermination, Jérôme a fait le choix d’incarner cet appel en s’exposant juridiquement et physiquement sur le terrain.
Le 13 mars 2020, suite à une action avec les Décrocheurs de portraits visant à faire le vrai bilan du quinquennat d’Emmanuel Macron en matière de climat, Jérôme a été interpellé en même temps que deux autres scientifiques signataires de l’appel et d’autres activistes, et a passé vingt-quatre heures en garde à vue, sans qu’aucune charge ne soit finalement reconnue contre lui.
Le 3 octobre 2020, Jérôme a participé à la Marche sur les Aéroports, organisée dans toute la France. Il a fait partie de l’équipe ayant fait irruption sur le tarmac de Roissy-CDG pour dénoncer l’absurdité du projet d’extension du Terminal 4, et plus largement pour inviter à remettre en question un secteur dont les prévisions de croissance sont incompatibles avec l’objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050. Pour cette dernière action, Jérôme sera en procès le 7 octobre prochain, avec six autres activistes. Ils et elles sont poursuivis pour « troubles aux fonctionnement des immeubles ou installations destinés à assurer le contrôle de la circulation des aéronefs […]» et risquent jusqu’à 5 ans d’emprisonnement et 18 000 € d’amende.
Cet engagement, Jérôme l’a pris en sa qualité de scientifique. Certes, Jérôme n’est pas climatologue – pas plus que la grande majorité d’entre nous – mais astrophysicien. Pour autant, en tant que scientifique, Jérôme peut apprécier pleinement la robustesse des preuves synthétisées par plusieurs milliers de ses collègues dans le dernier rapport du Giec ou le rapport de 2019 de l’IPBES. En tant que scientifique, il mesure pleinement le péril que nous font courir les gouvernant.es, qui ne misent actuellement que sur d’hypothétiques ruptures technologiques pour répondre à l’urgence climatique ; et le cynisme de secteurs industriels s’employant à retarder le plus possible l’action climatique pour maintenir des profits de court terme. Comme nous, Jérôme a fini par questionner le sens de travailler à construire des constats scientifiques, à documenter les effets des catastrophes en cours, si ce travail est ostensiblement ignoré par ceux et celles qui sont aux commandes, en dépit des mobilisations citoyennes.
Quel que soit le verdict du jugement du 7 octobre, nous nous tiendrons aux côtés de Jérôme et des six autres activistes qui sont poursuivis pour leur action en faveur du climat. Par ses actions, Jérôme a su incarner une forme de responsabilité des scientifiques que nous devrons continuer à faire vivre. Nous resterons mobilisé.es et présent.es pour de futures actions, en dépit des tentatives croissantes de judiciariser – voire criminaliser – les formes d’expression du mouvement climat. Nous continuerons, par notre travail scientifique, et en lien étroit avec la société civile, à mettre nos compétences aux services des transformations nécessaires à un avenir viable et désirable, afin de mettre les sciences au service d’une transition juste.
03.10.2020 à 02:00
Le 3 octobre 2020, des scientifiques ont participé aux Marches sur les aéroports dans plusieurs villes de France visant à dénoncer l’impact climatique du transport aérien au bénéfice d’une petite minorité. Cinq d’entre eux ont été arrêtés puis mis en garde à vue en même temps qu’une centaine de militant·es pour s’être introduit·es sur le tarmac et avoir empêché le décollage d’un avion. Notre collègue Jérôme Guilet a fait partie des personnes poursuivies en justice. Dans une tribune publiée dans Reporterre, près de 300 scientifiques ont déclaré leur solidarité avec son action.
Pendant que Jérôme était sur le tarmac, ses collègues déclaraient depuis l’aérogare occupée : « L’aviation prétendue verte par la magie de la compensation carbone ou de progrès techniques futurs est un mythe. Un mythe qui relève du dangereux mensonge s’il prétend nous dispenser de la nécessité de faire décroître le trafic aérien. À moins bien sûr de faire passer les trajets aériens d’une petite minorité avant les besoins fondamentaux de la majorité. »
Crédits photo : Alternatiba
15.03.2020 à 01:00
Angesichts der Tatenlosigkeit der Regierungen gegenüber der ökologischen undklimatischen Notlage rufen mehr als 1.000 Wissenschaftlerinnen und Wissenschaftler aller Disziplinen in der französischen Zeitung Le Monde die Bürgerinnen und Bürger zum zivilen Ungehorsam und zur Entwicklung von Alternativen auf. Sie fordern die politisch Verantwortlichen auf, unser Wirtschafts- und Produktionsmodell radikal zuändern und die Vorschläge des Bürgerkonvents zum Klimawandel ernst zu nehmen.
Dieser Aufruf ist von ähnlichen Erklärungen in The Guardian und Le Temps inspiriert.
Wir, die Unterzeichnenden, vertreten verschiedene Disziplinen und akademische Bereiche. Die Ansichten, die wir hier zum Ausdruck bringen, sind unsere eigenen und binden nicht die Institutionen, für die wir arbeiten. Was auch immer unsere Fachgebiete sind, wir alle teilen die gleiche Beobachtung: Jahrzehntelang waren die aufeinander folgenden Regierungen nicht in der Lage, starke und schnelle Maßnahmen zur Bewältigung der Klima- und Umweltkrise zu ergreifen, die sich von Tag zu Tag verschärft. Diese Trägheit kann nicht länger toleriert werden.
Die wissenschaftlichen Beobachtungen sind unbestreitbar, und vor unseren Augen spielen sich Katastrophen ab. Wir erleben das 6. Massenaussterben, mehrere Dutzend Arten verschwinden täglich, und die Umweltverschmutzung ist in jeder Hinsicht alarmierend (Kunststoffe, Pestizide, Nitrate, Schwermetalle ...).
Um nur vom Klima zu sprechen: Wir haben bereits einen Temperaturanstieg von mehr als 1°C gegenüber der vorindustriellen Zeit zu verzeichnen, und die CO2-Konzentration in der Atmosphäre war seit mehreren Millionen Jahren noch nie so hoch. Nach dem Bericht des Umwelt- und Entwicklungsprogramms der Vereinten Nationen (UNEP) 2019 zur Überwachung der Emissionen werden die Verpflichtungen der Länder im Rahmen des Pariser Abkommens von 2015 zu einer Erhöhung von mindestens 3°C bis 2100 führen.
Das Ziel, die Erwärmung auf unter 1,5°C zu begrenzen, ist nur dann erreichbar, wenn die globalen Emissionen um 7,6% pro Jahr reduziert werden, wohingegen sie in den letzten zehn Jahren um 1,5% pro Jahr gestiegen sind. Jedes zusätzliche Grad erhöht das Risiko, dass die Kipppunkte überschritten werden, was eine Kaskade irreversibler Folgen (Rückgang des Packeises, Auftauen des Permafrostes, Verlangsamung der Meeresströmungen usw.) zur Folge hätte. Die vorbereitenden Studien für den nächsten IPCC-Bericht (CNRS-CEA-Météo France) deuten darauf hin, dass frühere Berichte das Ausmaß der bereits im Gang befindlichen Veränderungen unterschätzt haben. Eine globale Erwärmung von mehr als 5°C kann nicht mehr ausgeschlossen werden, wenn der derzeitige rasante Anstieg der Treibhausgasemissionen anhält. Bei diesen Temperaturniveaus würde die Bewohnbarkeit Frankreichs durch Temperatur- und Feuchtigkeitsniveaus in Frage gestellt, die zum Tod durch Hyperthermie führen. Menschliche Gesellschaften können nicht weiterhin die Folgen ihrer Aktivitäten auf dem Planeten ignorieren, ohne die Folgen zu erleiden, wie viele Studien, die den wissenschaftlichen Konsens widerspiegeln, schon vor langer Zeit und jeden Tag deutlicher gezeigt haben. Wenn wir auf diesem Weg weitermachen, ist die Zukunft unserer Spezies düster.
Unsere Regierung macht sich in dieser Situation mitschuldig, indem sie das Vorsorgeprinzip vernachlässigt und nicht erkennt, dass unendliches Wachstum auf einem endlichen Planeten schlichtin eine Sackgasse führt. Die von ihr verteidigten Ziele des Wirtschaftswachstums stehen in völligem Gegensatz zu dem radikalen Wandel des Wirtschafts- und Produktionsmodells, der unverzüglich eingeleitet werden muss. Die derzeitige französische Politik in Bezug auf den Klimawandel und denSchutz der biologischen Vielfalt ist weit davon entfernt, den Herausforderungen und der Dringlichkeit, mit denen wir konfrontiert sind, gewachsen zu sein.
Weit davon entfernt, eine angebliche Opposition zwischen Ökologie und sozialer Gerechtigkeit zu bestätigen, hat die Bewegung der Gelbwesten zutreffend die Inkonsequenz und Heuchelei einer Politik kritisiert, die einerseits den Bürgerinnen und Bürgern Verzicht auferlegen will, während sie andererseits einen ungezügelten Konsumismus und einen ungerechten wirtschaftlichen Raubtierliberalismus fördert. Die weitere Förderung überflüssiger und energieintensiver Technologien wie 5G oder des autonomen Autos ist unverantwortlich in einer Zeit, in der sich unsere Lebensweise in Richtung größerer Genügsamkeit entwickeln muss und unsere kollektiven Anstrengungen auf den ökologischen und sozialen Übergang konzentriert werden müssen.
Das Fehlen von Ergebnissen dieser Politik liegt auf der Hand: Wie der Hohe Rat für Klimafragen feststellte, wurde das in der französischen nationalen Strategie für niedrige Kohlenstoffemissionen festgelegte Budget für Treibhausgasemissionen zwischen 2015 und 2018 nicht eingehalten. Trotz der guten Absichtserklärungen liegt der Pro-Kopf-Fußabdruck Frankreichs (einschließlich der importierten Emissionen) heute mit 11 Tonnen CO2-Äquivalent pro Einwohner und Jahr immer noch über dem Niveau von 1995, während er bis 2050 auf 2 Tonnen sinken dürfte.
Das nächste Jahrzehnt wird entscheidend dafür sein, das Ausmaß künftiger Störungen zu begrenzen. Wir lehnen es ab, dass die jungen Menschen von heute und zukünftige Generationen für die Folgen der beispiellosen Katastrophe, die wir vorbereiten und deren Auswirkungen bereits spürbar sind, bezahlen müssen. Wenn eine Regierung wissentlich ihre Verantwortung für den Schutz ihrer Bürger aufgibt, hat sie in ihrer wesentlichen Rolle versagt.
Daher rufen wir zur Teilnahme an den Aktionen des zivilen Ungehorsams auf, die von den Umweltbewegungen durchgeführt werden, seien es etablierte Organisationen (Amis de la Terre, Attac, Confédération paysanne, Greenpeace...) oder jüngst entstandene (Action non violente COP21, Extinction Rebellion, Youth for Climate...).
Wir rufen alle Bürgerinnen und Bürger, einschließlich unserer Kolleginnen und Kollegen aus der Wissenschaft, zu Engagement auf, um von der Politik Taten zu fordern und das System ab heute von unten zu verändern. Durch individuelles Handeln, durch Zusammenschlüsse auf beruflicher oder lokaler Ebene (z.B. in Nachbarschaftskomitees) oder durch den Beitritt zu bestehenden Verbänden oder Bewegungen (Alternatiba, Cities in Transition, Territoriale Alternativen...) wird derSpielraum dafür geschaffen werden, Barrieren abzubauen und Alternativen zu entwickeln.
Wir fordern die Regierung auch auf, die Wahrheit über den Ernst und die Dringlichkeit der Situationzu sagen: Unser gegenwärtiger Lebensstil und das Wirtschaftswachstum sind nicht mit einer Begrenzung des Klimawandels auf ein akzeptables Niveau vereinbar. Wir fordern die nationalen und lokalen Politiker auf, unverzüglich Maßnahmen zu ergreifen, um den Kohlenstoff-Fußabdruck Frankreichs wirklich zu reduzieren und die Erosion der biologischen Vielfalt zu stoppen. Wir fordern auch die Exekutive und das Parlament auf, Umwelterfordernisse vor private Interessen zu stellen, indem sie die Vorschläge des Bürgerkonvents zum Klimawandel tatkräftig umsetzen, sein Mandat verlängern und ihm die Befugnis erteilen, ihre Umsetzung zu überwachen.
Joana Beigbeder, Enseignant-chercheur en science des matériaux, Institut Mines-Télecom – Mines Alès (IMT Mines Alès)
Frédéric Boone, Chercheur en astrophysique, Institut de recherche en astrophysique et planétologie (IRAP)
Milan Bouchet-Valat, Chercheur en sociologie, Institut national d’études démographiques (Ined)
Julian Carrey, Enseignant-chercheur en physique, Institut national des sciences appliquées de Toulouse (INSA Toulouse)
Agnès Ducharne, Chercheuse en climatologie, CNRS – Institut Pierre-Simon-Laplace (IPSL)
Tanguy Fardet, Chercheur post-doctorant en neurosciences computationnelles, Max Planck Institutefor Biological Cybernetics – Université de Tübingen
Kévin Jean, Enseignant-chercheur en épidémiologie, Conservatoire national des arts et métiers (Cnam)
Jérôme Mariette, Ingénieur d’études en bioinformatique, Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE)
Françoise Roques, Chercheuse en astrophysique, Observatoire de Paris
(Vielen Dank an Attac Deutschland für die Übersetzung.)
28.02.2020 à 01:00
Recognising governmental inaction in the face of the ecological and climatic emergency, more than 1,000 scientists from all disciplines call for citizens' civil disobedience and their development of alternatives in (top French newspaper) Le Monde. They urge political leaders to radically change our economic and production model and to take the proposals of the Citizens' Convention on Climate Change seriously.
This call is inspired by similar initiatives in The Guardian and Le Temps.
We, the undersigned, represent different disciplines and academic fields. The views we express here are our own and do not necessarily reflect those of the institutions for which we work. Whatever our areas of expertise, we all share the same observation: for decades, successive governments have been unable to implement strong and rapid action to address the climate and environmental crisis, which is becoming more urgent every day. This inertia can no longer be tolerated.
Scientific observations are indisputable and disasters are unfolding before our very eyes. We are experiencing the 6th mass extinction, several dozen species are disappearing every day, and pollution levels from all points of view are alarming (plastics, pesticides, nitrates, heavy metals...).
To speak only of the climate, we have already exceeded 1°C of additional temperature compared to the pre-industrial era and the concentration of CO2 in the atmosphere has never been so high for several million years. According to the United Nations Environment and Development Program's (UNEP) 2019 Emissions Gap Report, countries' commitments under the 2015 Paris Agreement put us on a trajectory of at least +3°C by 2100, assuming they are met. The objective of limiting warming below +1.5°C is now out of reach unless global emissions are reduced by 7.6% per year, whereas they have increased by 1.5% per year over the last ten years. Each additional degree increases the risk of exceeding tipping points, causing a cascade of irreversible consequences (ice pack collapse, thawing permafrost, slowing of ocean currents, etc.). The preparatory studies for the next IPCC report (CNRS-CEA-Météo France) suggest that previous reports have underestimated the extent of the changes already underway. Global warming of more than 5°C can no longer be excluded if the current runaway increase in greenhouse gas emissions continues. At these temperature levels, France's habitability would be called into question by temperature and humidity levels causing death by hyperthermia. Human societies cannot continue to ignore the consequences of their activities on the planet without suffering the consequences, as many studies reflecting the scientific consensus have shown long ago and more clearly every day. If we continue down this path, the future of our species is bleak.
Our government is complicit in this situation by neglecting the precautionary principle and failing to recognize that infinite growth on a finite planet is simply a dead end. The economic growth objectives it advocates are in total contradiction with the radical change that our economic and productive model must undergo without delay. Current French policies on climate change and biodiversity protection are far from being up to the challenges and urgency we are facing. Far from confirming an alleged opposition between ecology and social justice, the yellow vest movement has rightly denounced the inconsistency and hypocrisy of policies that would impose sobriety on citizens on the one hand, whilst promoting unbridled consumerism and unequal and predatory economic liberalism on the other. Continuing to promote superfluous and energy-intensive technologies such as 5G or the autonomous car is irresponsible at a time when our lifestyles must evolve towards greater frugality and when our collective efforts must be focused on the ecological and social transition.
The lack of results from this policy is obvious: as the High Council for Climate noted, the greenhouse gas emissions budget set by the French National Low Carbon Strategy was not respected between 2015 and 2018. Despite declarations of good intentions, France's per capita carbon footprint (including imported emissions) is still higher today than at its 1995 level, 11 tonnes of CO2 equivalent per inhabitant per year, whereas it is expected to fall to 2 tonnes by 2050.
The next decade will be decisive in limiting the scale of future disruptions. We refuse to let the young people of today and future generations pay for the consequences of the unprecedented disaster we are preparing for and whose effects are already being felt. When a government knowingly abdicates its responsibility to protect its citizens, it has failed in its essential role.
Consequently, we call for participation in the civil disobedience actions of environmental movements, whether historical (Friends of the Earth, Attac, Peasant Confederation, Greenpeace...) or more recently formed (Non-Violent Action COP21 (ANV-COP21), Extinction Rebellion, Youth for Climate...). We invite all citizens, including our scientific colleagues, to mobilise to demand action from our political leaders and to change the system from the bottom up today. By acting individually, by coming together at professional or local citizen levels (e.g. in neighbourhood committees), or by joining existing associations or movements (Alternatiba, Transition Network, Territorial Alternatives...), there will be room for manoeuvre to break down barriers and develop alternatives.
We also ask the public authorities to tell the truth about the gravity and urgency of the situation: our current lifestyle and economic growth are not compatible with limiting climate change to acceptable levels. We call on national and local politicians to take immediate action to truly reduce France's carbon footprint and stop the erosion of biodiversity. We also urge the executive power and Parliament to put environmental issues ahead of private interests by ambitiously implementing the proposals from the Citizens' Convention for Climate and extending its mandate to give it the power to monitor their implementation.
Joana Beigbeder, Associate professor in materials science, Institut Mines-Télecom - Mines Alès (IMT Mines Alès)
Frédéric Boone, Researcher in astrophysics, Institute for Research in Astrophysics and Planetology (IRAP)
Milan Bouchet-Valat, Researcher in sociology, National Institute for Demographic Studies (Ined)
Julian Carrey, Professor in physics, National Institute of Applied Sciences of Toulouse (INSA Toulouse)
Agnès Ducharne, Researcher in climatology, CNRS - Institut Pierre-Simon-Laplace (IPSL)
Tanguy Fardet, Post-doctoral researcher in computational neuroscience, Max Planck Institute for Biological Cybernetics - University of Tübingen
Kévin Jean, Associate professor in epidemiology, Conservatoire national des arts et métiers (Cnam)
Jérôme Mariette, Engineers in bioinformatics, National Research Institute for Agriculture, Food and the Environment (INRAE)
Françoise Roques, Researcher in astrophysics, Paris Observatory
20.02.2020 à 01:00

Février 2020
Faisant le constat de l’inaction des gouvernements face à l’urgence écologique et climatique, plus de 1000 scientifiques de toutes disciplines, parmi lesquels une trentaine de médaillé·e·s du CNRS ou de l’Académie d’agriculture et plus de cent (ancien·ne·s) directrices ou directeurs d’unité, appellent dans Le Monde les citoyens à la désobéissance civile et au développement d’alternatives. Ils exhortent les responsables politiques à changer radicalement notre modèle économique et productif et à prendre au sérieux les propositions de la Convention citoyenne sur le climat.
Cet appel s’inspire de tribunes similaires dans The Guardian et Le Temps. Avec plus de 2000 signataires, il a donné lieu à la création du collectif Scientifiques en rébellion.
Nous, soussignés, représentons des disciplines et domaines académiques différents. Les vues que nous exprimons ici nous engagent et n’engagent pas les institutions pour lesquelles nous travaillons. Quels que soient nos domaines d’expertise, nous faisons tous le même constat : depuis des décennies, les gouvernements successifs ont été incapables de mettre en place des actions fortes et rapides pour faire face à la crise climatique et environnementale dont l’urgence croît tous les jours. Cette inertie ne peut plus être tolérée.
Les observations scientifiques sont incontestables et les catastrophes se déroulent sous nos yeux. Nous sommes en train de vivre la 6e extinction de masse, plusieurs dizaines d’espèces disparaissent chaque jour, et les niveaux de pollution sont alarmants à tous points de vue (plastiques, pesticides, nitrates, métaux lourds…).
Pour ne parler que du climat, nous avons déjà dépassé le 1°C de température supplémentaire par rapport à l’ère préindustrielle, et la concentration de CO2 dans l’atmosphère n’a jamais été aussi élevée depuis plusieurs millions d’années. Selon le rapport de suivi des émissions 2019 du Programme des Nations unies pour l’environnement et le développement (PNUE), les engagements pris par les pays dans le cadre de l’accord de Paris de 2015 nous placent sur une trajectoire d’au moins +3°C d’ici 2100, et ce à supposer qu’ils soient respectés. L’objectif de limiter le réchauffement sous les +1,5°C est désormais hors d’atteinte à moins de diminuer les émissions mondiales de 7,6% par an, alors qu’elles ont augmenté de 1,5% par an au cours des dix dernières années. Chaque degré supplémentaire renforce le risque de dépasser des points de basculement provoquant une cascade de conséquences irréversibles (effondrement de la banquise, dégel du pergélisol, ralentissement des courants océaniques...). Les études préparatoires au prochain rapport du GIEC (CNRS-CEA-Météo France) suggèrent que les rapports précédents ont sous-estimé l’ampleur des changements déjà enclenchés. Un réchauffement global de plus de 5°C ne peut plus être exclu si l’emballement actuel des émissions de gaz à effet de serre se poursuit. À ces niveaux de température, l’habitabilité de la France serait remise en question par des niveaux de température et d’humidité provoquant le décès par hyperthermie.
Les sociétés humaines ne peuvent continuer à ignorer les conséquences de leurs activités sur la planète sans en subir les conséquences, comme l’ont montré de longue date et chaque jour plus clairement de nombreuses études reflétant le consensus scientifique. Si nous persistons dans cette voie, le futur de notre espèce est sombre.
Notre gouvernement se rend complice de cette situation en négligeant le principe de précaution et en ne reconnaissant pas qu’une croissance infinie sur une planète aux ressources finies est tout simplement une impasse. Les objectifs de croissance économique qu’il défend sont en contradiction totale avec le changement radical de modèle économique et productif qu’il est indispensable d’engager sans délai. Les politiques françaises actuelles en matière climatique et de protection de la biodiversité sont très loin d’être à la hauteur des enjeux et de l’urgence auxquels nous faisons face. Loin de confirmer une prétendue opposition entre écologie et justice sociale, le mouvement des gilets jaunes a dénoncé à juste titre l’inconséquence et l’hypocrisie de politiques qui voudraient d’un côté imposer la sobriété aux citoyens tout en promouvant de l’autre un consumérisme débridé et un libéralisme économique inégalitaire et prédateur. Continuer à promouvoir des technologies superflues et énergivores comme la 5G ou la voiture autonome est irresponsable à l’heure où nos modes de vie doivent évoluer vers plus de frugalité et où nos efforts collectifs doivent être concentrés sur la transition écologique et sociale.
L’absence de résultats de cette politique est patente : comme l’a relevé le Haut Conseil pour le climat, le budget d’émissions de gaz à effet de serre fixé par la Stratégie nationale bas carbone française n’a pas été respecté entre 2015 et 2018. En dépit des déclarations de bonnes intentions, l’empreinte carbone par habitant de la France (incluant les émissions importées) reste aujourd’hui encore supérieure à son niveau de 1995, à 11 tonnes d’équivalent CO2 par habitant et par an, alors qu’elle doit descendre à 2 tonnes d’ici 2050.
La prochaine décennie sera décisive pour limiter l’ampleur des dérèglements à venir. Nous refusons que les jeunes d’aujourd’hui et les générations futures aient à payer les conséquences de la catastrophe sans précédent que nous sommes en train de préparer et dont les effets se font déjà ressentir. Lorsqu’un gouvernement renonce sciemment à sa responsabilité de protéger ses citoyens, il a échoué dans son rôle essentiel.
En conséquence, nous appelons à participer aux actions de désobéissance civile menées par les mouvements écologistes, qu’ils soient historiques (Amis de la Terre, Attac, Confédération paysanne, Greenpeace...) ou formés plus récemment (Action non-violente COP21, Extinction Rebellion, Youth for Climate...). Nous invitons tous les citoyens, y compris nos collègues scientifiques, à se mobiliser pour exiger des actes de la part de nos dirigeants politiques et pour changer le système par le bas dès aujourd’hui. En agissant individuellement, en se rassemblant au niveau professionnel ou citoyen local (par exemple en comités de quartier), ou en rejoignant les associations ou mouvements existants (Alternatiba, Villes en transition, Alternatives territoriales...), des marges de manœuvre se dégageront pour faire sauter les verrous et développer des alternatives.
Nous demandons par ailleurs aux pouvoirs publics de dire la vérité concernant la gravité et l’urgence de la situation : notre mode de vie actuel et la croissance économique ne sont pas compatibles avec la limitation du dérèglement climatique à des niveaux acceptables. Nous appelons les responsables politiques nationaux comme locaux à prendre des mesures immédiates pour réduire véritablement l’empreinte carbone de la France et stopper l’érosion de la biodiversité. Nous exhortons également l’exécutif et le Parlement à faire passer les enjeux environnementaux avant les intérêts privés en appliquant de manière ambitieuse les propositions issues de la Convention citoyenne pour le climat et en prolongeant son mandat pour lui donner un pouvoir de suivi de leur mise en œuvre.
Joana Beigbeder, Enseignant-chercheur en science des matériaux, Institut Mines-Télecom – Mines Alès (IMT Mines Alès)
Frédéric Boone, Chercheur en astrophysique, Institut de recherche en astrophysique et planétologie (IRAP)
Milan Bouchet-Valat, Chercheur en sociologie, Institut national d’études démographiques (Ined)
Julian Carrey, Enseignant-chercheur en physique, Institut national des sciences appliquées de Toulouse (INSA Toulouse)
Agnès Ducharne, Chercheuse en climatologie, CNRS – Institut Pierre-Simon-Laplace (IPSL)
Tanguy Fardet, Chercheur post-doctorant en neurosciences computationnelles, Max Planck Institute for Biological Cybernetics – Université de Tübingen
Kévin Jean, Enseignant-chercheur en épidémiologie, Conservatoire national des arts et métiers (Cnam)
Jérôme Mariette, Ingénieur d’études en bioinformatique, Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE)
Françoise Roques, Chercheuse en astrophysique, Observatoire de Paris
13.01.2020 à 01:00
Le 13 mars 2020, un mois après l’appel de 1000 scientifiques à la désobéissance civile, un groupe de signataires a joint les actes à la parole en participant à l’action Le vrai bilan de Macron organisée par ANV-COP21. Tout au long de la journée, des personnalités se sont rendues de l’Élysée et ont brandi des portraits du président Macron réquisitionnés dans des mairies pour dénoncer le décalage entre les discours d’Emmanuel Macron concernant l’écologie et les actes de son gouvernement.
« Quand les décideurs continuent à ignorer le mur vers lequel ils nos propulsent, les scientifiques ne peuvent plus se permettre de rester silencieux face à l’urgence et la gravité de la menace. Quel sens y a-t-il à travailler à construire des constats scientifiques, à documenter les effets des catastrophes en cours, si ce travail est ostensiblement ignoré par celles et ceux qui sont aux commandes ? Aujourd’hui, les scientifiques sortent de leurs laboratoires pour rejoindre la rébellion » ont déclaré Kévin Jean et Milan Bouchet-Valat avant d’être interpellés avec leur collègue Jérôme Guilet et de passer 24h en garde à vue, de même que d’autres personnalités.
Crédits photo : ANV-COP21