01.07.2025 à 02:00
Alors que la canicule s’abat sur l’Europe, les Scientifiques en rébellion et la communauté scientifique se sont de nouveau mobilisé·es pour redire haut et fort leur opposition à l’A69 lors d’une action qui s’est tenue en bord de Garonne le mardi 1er juillet en fin d’après-midi.
Deux équipages en canoë ont descendu le courant pour déployer le slogan du jour, « Pour nous, scientifiques, l’A69 c’est toujours non », en le déposant sur du gazon synthétique flottant sur la Garonne, métaphore de la prétendue compensation des terres détruites par l’A69, quai de la Daurade au son de cornes de brume. Pendant ce temps une vingtaine de scientifiques ont tracté pour alerter les passant·es au sujet des dérives anti-démocratiques et écocides du projet et pour annoncer la prochaine mobilisation du mouvement d’opposition à l’A69, du 4 au 6 juillet prochain dans le Tarn. Une tribune rédigé par Scientifiques en rébellion sera publiée dans Reporterre le mercredi 2 juillet pour détailler les raisons de cette mobilisation.
Les scientifiques présent.es sur les bords de la Garonne sont d’abord venu.es rappeler que l’opposition à l’autoroute A69 est largement partagée dans la communauté, comme l’atteste une tribune parue en octobre 2023 dans Le Nouvel Obs signée par plus de 1500 scientifiques. Un des arguments portés alors était que cette autoroute aurait un impact négatif en terme d’émissions de gaz à effet de serre, tout en maintenant la population dans un mode de vie développé autour de la voiture individuelle associée à la vitesse excessive des autoroutes. Dans un contexte de climatoscepticisme porté depuis la sphère politique d’extrême droite, les scientifiques ont rappelé dans leur tract que le consensus est bien que les activités humaines, émettant des gaz à effet de serre, sont la cause du réchauffement climatique observé. Une étude publiée le 19 juin 2025 montre que limiter le réchauffement planétaire à +1.5°C est d’ailleurs désormais inatteignable. Aussi, la cohérence politique d’un pays qui a organisé la COP 21 de 2015 devrait être de renoncer à des projets aussi anachroniques que celui de l’A69.
Ensuite, les scientifiques sont venu·es alerter à propos de la séquence politique en cours autour de ce projet, qui mêle altération de la séparation des pouvoirs et non respect de l’État de droit. Le 27 février dernier, le tribunal administratif de Toulouse a déclaré illégale l’autorisation environnementale de l’autoroute A69 délivrée par les préfectures du Tarn et de la Haute-Garonne en indiquant que la Raison impérative d’intérêt public majeur (RIPM) n’était pas remplie pour cette autoroute. En effet, l’article L411-1 du code de l’environnement interdit la destruction, l’altération ou la dégradation d’espèces protégées et de leurs habitats naturels, sauf si une RIIPM peut être argumentée. Face à ce jugement, l’État a obtenu en Cour d’appel de Toulouse le sursis à exécution du jugement le 28 mai dernier, ce qui explique que les travaux pourraient reprendre sous peu. Par ailleurs, une proposition de loi a été soumise aux chambres parlementaires pour déclarer de facto la RIIPM de l’A69, dans un atteinte grave à la séparation des pouvoirs. Le texte poursuit son cheminement ubuesque après un vote de rejet par les porteurs de la loi qui l’a envoyé en commission mixte paritaire où il a été voté le mercredi 25 juin dernier. Il y a un peu plus d’un an, des milliers de scientifiques avaient appelé à se mobiliser contre l’extrême droite. Le front républicain avait permis d’écarter son accession au pouvoir en juillet 2024. Les pratiques politiques illibérales en cours sont propres à favoriser une pratique autoritaire de l’extrême droite, si elle arrivait au pouvoir.
Enfin, les Scientifiques en rébellion expriment leur colère face à l’instrumentalisation des sciences faite dans ce texte de loi. En effet, la proposition de loi prétend s’adosser à une légitimité scientifique en affirmant faussement que « ces projets sont réputés répondre, en l’état des connaissances scientifiques disponibles [...] à une raison impérative d’intérêt public majeur ». Les élu·es sont libres de mépriser le consensus scientifique et les engagements internationaux de la France en matière de réduction de gaz à effet de serre. Mais cela ne peut se faire en arguant de connaissances scientifiques disponibles. Cela revient à pratiquer une inversion des arguments. Les données scientifiques disponibles ne vont pas dans le sens d’un intérêt public majeur à faire l’A69.
En conclusion, pour les scientifiques réuni·es sur les bords de la Garonne ce mardi 1er juillet, l’A69, c’est encore et toujours non.
11.06.2025 à 02:00
Le 23 mai dernier ont eu lieu deux actions de désobéissance civile non violente à Paris, à l’occasion de l’Assemblée générale de TotalEnergies. Des membres de Scientifiques en rébellion ont contribué à cette journée. Ce texte publié dans Le Club de Mediapart vise à relater ces évènements et à interroger le rôle répressif de la police.
En premier lieu, l’action « craquage total » [1] a débuté au siège de BNP Paribas. Il s’agissait de pointer une nouvelle fois la responsabilité des banques et des assureurs dans le financement de projets destructeurs comme l’oléoduc EACOP en Tanzanie et en Ouganda. Au matin, des militant·es ont investi le siège de la BNP, boulevard Haussmann, et une performance artistique a pu être donnée dans le hall d’entrée. La brigade de répression de l’action violente (nous soulignons) motorisée (BRAV-M) est intervenue rapidement. Plusieurs vidéos [2] indiquent clairement que son rôle a consisté à attendre les militant·es non violent·es (nous soulignons) à la sortie de la banque pour les molester, projeter au sol, etc.
En second lieu, une contre-Assemblée générale de Total [3] a commencé à s’organiser en début d’après-midi au square Louise Michel, juste au pied de la basilique Montmartre. L’objectif était de proposer une rencontre-débat citoyenne sur l’avenir énergétique. Là encore, la police, incarnée par la BRAV-M, en a décidé autrement. Les militant·es ont été nassé·es et le matériel confisqué ou détruit. Plusieurs camarades, en particulier les porte-paroles, ont été placé·es en garde à vue. Pendant plusieurs heures, de nombreux·ses touristes ont assisté à l’étrange scène d’une vingtaine de militant·es assis·es calmement à côté de la fontaine Paul Gasq et entouré·es par des policiers vêtus de noir et casqués. « La France est bien le pays des droits de l’Homme ? » a-t-on pu entendre.
La répression policière au travers de ces deux actions suscite plusieurs commentaires :
Il est clair une fois de plus que la police, incarnation du pouvoir gouvernemental, n’hésite pas à utiliser la violence sur des militant·es non violents. L’intervention à deux reprises de la BRAV-M l’atteste, de même que ses modalités plus que musclées. Nous avons été choqué·es par ces images ou par les témoignages de camarades brutalisé·es sans raison. Rappelons qu’en 2022, l’ONU, au travers de son rapporteur spécial Michel Forst, avait dénoncé la France comme étant le « pire pays d’Europe concernant la répression policière des militants environnementaux » [4].
Plus généralement il est notable que l’action de la police s’est inscrite dans cette stratégie visant à faire de l’ « espace des manifestations et de la contestation démocratique [...] une zone d’exception » [5]. L’intervention disproportionnée de forces policières avec un « impact visuel » a plusieurs effets, à commencer par décourager les manifestant·es mais aussi par donner au public l’impression que son intervention est nécessaire face à des contestations qui seraient illégitimes.
La police est intervenue de façon extrêmement rapide, ce qui laisse à penser qu’une vigilance particulière existait en ce jour de la 101e Assemblée générale de Total. Si on songe aux dispositifs de vidéo-surveillance, désormais omniprésents, et aux déplacements motorisés de la BRAV-M, le résultat n’est pas étonnant. Par contre, on pourra s’étonner d’un pareil déploiement policier dans un contexte d’Assemblée générale d’une entreprise privée. Les touristes de Montmartre nous ont posé une question importante. L’article 12 de la Déclaration des droits de l’Homme de 1789 nous rappelle ainsi que « La garantie des droits de l’homme et du citoyen nécessite une force publique : cette force est donc instituée pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée. » [6]
Alors que l’avantage de tou·tes et l’intérêt général consisteraient à redoubler d’effort pour affronter les bouleversements écologiques majeurs en cours, le gouvernement préfère museler les voix qui encouragent la discussion et la construction commune d’un avenir soutenable. Nous ne nous laisserons pas intimider par les nouvelles stratégies policières : nous tenons à réaffirmer notre attachement à la désobéissance civile non-violente et à souligner que cette voie a, dans l’histoire, souvent permis aux causes légitimes de s’imposer.
[1] L’action du matin de « Craquage total ».
[2] Par exemple la vidéo de cet article.
[3] Le récit de la contre AG Total.
[5] Lucas Lévy-Lajeunesse, « Police vs État de droit », AOC, 7 avril 2025.
[6] La déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen de 1789.
05.04.2025 à 02:00
À deux jours de la Journée internationale de la santé, et alors que le Parlement s’apprête à adopter un texte visant à réintroduire des pesticides hautement toxiques, notamment les néo-nicotinoïdes, près de 2000 personnes ont marché pour demander l’interdiction des pesticides, le samedi 5 avril à Paris, au départ du Muséum National d’Histoire Naturelle, en direction du ministère de la Santé.
Cette mobilisation était organisée par Scientifiques en rébellion et Extinction Rebellion, rejoints par des dizaines de collectifs venus de la France entière. Plusieurs prises de parole ont dénoncé les ravages des pesticides sur l’effondrement de la biodiversité, et leurs impacts croissants et avérés sur l’explosion des pathologies humaines.
Selon Pierre-Henri Gouyon, chercheur au MNHN : « l’agriculture intensive ne se maintient qu’en détruisant la vie sur terre et les puissants lobbies de l’agrochimie emploient de nombreux marchands de doute pour le cacher. ll est urgent de lever le voile sur le massacre en cours ». Les pesticides contaminent tous les milieux, sols, air, eau, partout sur la planète et participent à l’extinction de masse des nombreuses populations animales, notamment les insectes, dont les pollinisateurs mais aussi les populations d’oiseaux des habitats agricoles (Inrae, Ifremer, 2022).
Les dommages des pesticides sur l’environnement se doublent du drame de leur toxicité sur la santé humaine. Dr Pierre-Michel Perinaud (Alerte des Médecins contre les Pesticides) souligne que l’expertise de l’Inserm Pesticides et santé (2022) confirme « une augmentation inquiétante des pathologies liées aux pesticides chez les professionnels agricoles, mais aussi dans la population générale. Les perturbateurs endocriniens, dont beaucoup sont des pesticides, sont responsables de troubles de la fertilité, de cancers précoces (dont le cancer du sein), de l’obésité, du diabète et de troubles immunitaires, et, plus largement, d’un nombre considérable de pathologies chez l’humain dont un nombre croissant de clusters de cancers pédiatriques dans certaines régions ».
C’est aussi le constat de Dr Mélanie Popoff (Alliance santé planétaire) qui pointe « l’explosion des maladies chroniques en lien avec l’exposition aux polluants, les effets des pesticides sur la santé humaine via leur activité cancérigène, mutagène, reprotoxique (CMR), perturbateurs endocriniens ou leurs propriétés de PFAS. »
Le drame de la contamination au chlordécone dans les pays de la Karayib (Antilles « françaises ») est un scandale sanitaire, environnemental, sociétal et économique emblématique de l’histoire coloniale française comme le rappelle Lilith du COAADEP (Collectif des Ouvriers Agricoles et de leurs Ayants Droit Empoisonnés par les Pesticides) : « Alors que des milliers de personnes sont contaminées par le chlordécone, que le crime est reconnu par l’État responsable avec les lobbies, de ce désastre, la justice n’a pas été rendue : les crimes restent impunis ». Pour le président de la COAADEP, Mr Yvon Sérénus : « C’est au-delà du scandale, un mépris des plus ignobles commis par l’État en continuité de la traite transatlantique sur laquelle la France s’est développée de manière exponentielle. Nos malades sont laissés pour compte, au nom d’une agriculture coloniale : la monoculture de la banane. »
Michel Daviet (Collectif des victimes des pesticides de l’ouest), témoigne de son lymphome, reconnue maladie professionnelle suite à la manipulation des pesticides et dénonce leur toxicité, tout comme Monique Savatier (Riverains ensemble) : « les 22 millions d’habitants des campagnes françaises sont en première ligne face à la pollution des pesticides et des collectifs de riverains, de plus en plus nombreux, s’organisent pour défendre des campagnes vivantes et soutenir les petits paysans qui œuvrent pour un modèle agricole respectueux de l’environnement ».
L’Union européenne est la première région productrice de pesticides dans le monde ; elle exporte dans les pays du sud les pesticides les plus toxiques interdits sur son sol. Il s’agit d’un véritable colonialisme chimique qui doit cesser. « La démocratie des lobbys phytosanitaires, dont l’influence sur les décisions politiques passe avant celle des scientifiques, n’est pas la démocratie que nous souhaitons. Mais nous défendons celle de la défense de l’intérêt général, de la santé publique et de la lutte contre les inégalités en France et à l’international », souligne Dr Jean-François Corty (Médecins du monde).
Pourtant les solutions existent, la prospective Inrae (2023) montre que l’agriculture européenne peut s’affranchir des pesticides chimiques, tout en restaurant les écosystèmes, en limitant les émissions de gaz à effets de serre et en préservant la souveraineté alimentaire. Il faut donc de la volonté politique comme le soulignent Aline Aurias et Gaspard Manesse (Confédération paysanne) : « L’agriculture consomme 95 % des pesticides en France, épandus par des paysans pris dans l’engrenage mortifère d’un modèle agroindustriel de concurrence. Pourtant des solutions tangibles existent, et doivent être mises en œuvre par des politiques courageuses ».
En juin 2023, le tribunal administratif de Paris condamnait la France pour inaction face à l’effondrement du vivant et la sommait de réduire sa consommation de pesticides, conformément à ses obligations nationales et européennes. En dépit de cette injonction, nos politiques proposent de voter la réintroduction des néonicotinoïdes, et de sacrifier les normes environnementales protectrices dans la loi Duplomb !
Face aux reculades politiques scandaleuses, au détriment de tous les êtres vivants, cette mobilisation appelait à changer de toute urgence de modèle agricole. Un investissement massif est demandé pour accompagner les agriculteurs et agricultrices vers des méthodes agronomiques biologiques et agro-écologiques.
L’action était co-organisée par Extinction Rebellion, Scientifiques en rébellion, Agir pour l’Environnement, Alerte des Médecins contre les Pesticides, le Collectif des Ouvriers Agricoles et de leurs Ayants Droit Empoisonnés par les Pesticides, #NousToutes, Peuples Solidaires ActionAid, Secrets toxiques, et SUD Recherche. Près de 80 autres organisations nationales ou locales se sont jointes à l’appel.
Tribune publiée dans Mediapart le 3 avril 2025 : « Les pesticides tuent : santé et biodiversité en danger »
INRAE-IFREMER – Leenhardt S. Mamy L., Pesce S., Sanchez W. (coord) et al. (2022). Impacts des produits phytopharmaceutiques sur la biodiversité et les services écosystémiques, Synthèse du rapport d’ESCo, INRAE – Ifremer (France), 124 pages. https://www.inrae.fr/actualites/impacts-produits-phytopharmaceutiques-biodiversite-services-ecosystemiques-resultats-lexpertise-scientifique-collective-inrae-ifremer
INRAE – Tibi A., Martinet V., Vialatte A. (coord.) et al. (2022). Protéger les cultures en augmentant la diversité végétale des espaces agricoles., Synthèse du rapport d’ESCo. INRAE, 86 pages. https://www.inrae.fr/actualites/expertise-scientifique-collective-diversite-vegetale-solution-agroecologique-protection-cultures
INRAE – Mora O., Berne J.A, Drouet JL, Le Mouël C, Meunier C. et al. (2023) Prospective : Agriculture européenne sans pesticides chimiques en 2050. Rapport intégral, 643 p. DOI 10.17180/ca9n-2p17 https://www.inrae.fr/actualites/agriculture-europeenne-pesticides-2050
INSERM - Pesticides et effets sur la santé : Nouvelles données. (2021) Collection Expertise collective. Montrouge : EDP Sciences, 2021. 1 036 pages. https://www.inserm.fr/expertise-collective/pesticides-et-sante-nouvelles-donnees-2021/
Fontaine B., Moussy C., Chiffard Carricaburu J., Dupuis J., Corolleur E., Schmaltz L., Lorrillière R., Loïs G., Gaudard C. 2020. Suivi des oiseaux communs en France 1989-2019 : 30 ans de suivis participatifs. MNHN – Centre d' Ecologie et des Sciences de la Conservation, LPO BirdLife France – Service Connaissance, Ministère de la Transition écologique et solidaire. 46 pages. https://www.mnhn.fr/fr/actualites/pres-de-30-d-oiseaux-en-moins-en-30-ans-dans-les-villes-et-les-campagnes-francaises
Solagro (2022) Afterres 2050 Biodiversité. Un scénario fondé sur la nature et pour la nature. Pointereau P. (coord). https://solagro.org/afterres2050-biodiversite
Jacquet Florence, Jeuffroy Marie-Hélène, Jouan Julia, Le Cadre Edith, Malausa Thibaut, Reboud Xavier, Huyghe Christian (coord) (2022) Zéro pesticide. Un nouveau paradigme de recherche pour une agriculture durable. Éditions Quae. 9782759233106, 244 pages.
EFFONDREMENT DE 80 % DES POPULATIONS D’INSECTES EN 30 ANS
Hallmann CA, Sorg M, Jongejans E, Siepel H, Hofland N, et al. (2017) More than 75 percent decline over 27 years in total flying insect biomass in protected areas. PLOS ONE 12(10) : e0185809. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0185809
PERTE DE 30 % DES POPULATIONS D’OISEAUX AGRICOLES EN 30 ANS
Fontaine B., Moussy C., Chiffard Carricaburu J., Dupuis J., Corolleur E., Schmaltz L., Lorrillière R., Loïs G., Gaudard C. 2020. Suivi des oiseaux communs en France 1989-2019 : 30 ans de suivis participatifs. MNHN – Centre d' Ecologie et des Sciences de la Conservation, LPO BirdLife France – Service Connaissance, Ministère de la Transition écologique et solidaire. 46 pp.
1 PLANTE SUR 5 EST MENACÉE D’EXTINCTION
Willis, K.J. (ed.) 2017. State of the World’s Plants 2017. Report. Royal Botanic Gardens, Kew.
40 % DES INSECTES DANS LE MONDE SONT MENACÉS D’EXTINCTION
Sanchez-Bayo (Sánchez-Bayo, Wyckhuys, 2019. Worldwide decline of the entomofauna : A review of its drivers. Biological Conservation)
31 % DES ESPÈCES DE PAPILLONS DE JOURS EN DÉCLIN EN EUROPE
Van Swaay, C., Cuttelod, A., Collins, S., Maes, D., López Munguira, M., Šašić, M., Settele, J., Verovnik, R., Verstrael, T., Warren, M., Wiemers, M. and Wynhof, I. 2010. European Red List of Butterfies Luxembourg : Publications Office of the European Union.
PLUS D’1 MILLION D’ESPÈCES EN DANGER D’EXTINCTION DANS LES PROCHAINES DÉCENNIES
United Nations Report, Nature’s Dangerous Decline ‘Unprecedented’; Species Extinction Rates ‘Accelerating’ (2019),. Accessed 15 November 2020.
Gunier RB, Bradman A, Harley KG, Eskenazi B. (2017) Will buffer zones around schools in agricultural areas be adequate to protect children from the potential adverse effects of pesticide exposure? PLoS Biol. https://journals.plos.org/plosbiology/article?id=10.1371/journal.pbio.2004741
Jas N (2017) Millefeuilles institutionnels et production d’ignorance dans le « gouvernement » des substances chimiques dangereuses Raison présente 2017/4 (N° 204).
Billen et al. (2021) Reshaping the European agro-food system and closing its nitrogen cycle : The potential of combining dietary change, agroecology, and circularity, One Earth, Volume 4, Issue 6,2021, Pages 839-850, https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S259033222100289X?via%3Dihub
Wagner et al. (2021) Insect decline in the Anthropocene : Death by a thousand cuts. PNAS, https://doi.org/10.1073/pnas.2023989118
Ouvrages
Carson Rachel (1962) Printemps silencieux. Editions Wildproject (2020) 978-2-918-490-999, 352 pages
Dedieu François (2022) Pesticides – Le confort de l’ignorance. Editions Seuil, 978-2-02-147349-0, 369 pages
Foucart Stéphane (2019) Et le monde devint silencieux — Comment l’agrochimie a détruit les insectes, Editions Seuil, 9782021427424, 336 pages
Goulson Dave (2023) Terre silencieuse – Empêcher l’extinction des insectes, Editions du Rouergue, 9782812624070, 388 pages
Jouzel Jean-Noël (2019) Pesticides. Comment ignorer ce que l’on sait, Presses de Sciences Po.
05.04.2025 à 02:00
À deux jours de la Journée internationale de la santé, et alors que le Parlement s’apprêtait à adopter un texte visant à réintroduire des pesticides hautement toxiques, notamment les néo-nicotinoïdes, près de 2000 personnes ont marché pour demander l’interdiction des pesticides, le samedi 5 avril à Paris, au départ du Muséum National d’Histoire Naturelle, en direction du ministère de la Santé. Plusieurs prises de parole ont dénoncé les ravages des pesticides sur l’effondrement de la biodiversité, et leurs impacts croissants et avérés sur l’explosion des pathologies humaines.
Face aux reculades politiques scandaleuses, au détriment de tous les êtres vivants, cette mobilisation appelait à changer de toute urgence de modèle agricole. Un investissement massif est demandé pour accompagner les agriculteurs et agricultrices vers des méthodes agronomiques biologiques et agro-écologiques.
L’action était co-organisée par Extinction Rebellion, Scientifiques en rébellion, Agir pour l’Environnement, Alerte des Médecins contre les Pesticides, le Collectif des Ouvriers Agricoles et de leurs Ayants Droit Empoisonnés par les Pesticides, #NousToutes, Peuples Solidaires ActionAid, Secrets toxiques, et SUD Recherche. Près de 80 autres organisations nationales ou locales se sont jointes à l’appel.
Tribune publiée dans Mediapart : « Les pesticides tuent : santé et biodiversité en danger »
03.04.2025 à 02:00
« Nous devons changer de toute urgence de modèle agricole par un investissement massif pour accompagner les agriculteurs et agricultrices vers des méthodes agronomiques biologiques et agroécologiques. » Face aux reculades politiques, des dizaines de collectifs avec des scientifiques et des élu·es appellent à un arrêt au plus vite de l’usage des pesticides en France, en Europe et dans le monde.
Tribune publiée sur Mediapart.
Nous ne pouvons plus ignorer que les pesticides ont des effets délétères massifs sur la biodiversité et la santé.
En juin 2023, la France a été condamnée par le tribunal administratif de Paris pour inaction face à l'effondrement du vivant et est sommée de réduire sa consommation de pesticides conformément à ses obligations nationales et européennes. Malgré cette injonction, nos politiques proposent de voter la réintroduction des néonicotinoïdes et de sacrifier les normes environnementales protectrices dans la loi Duplomb visant à lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur !
Face à ces reculades politiques scandaleuses, des dizaines de collectifs avec des scientifiques et des élu·es, appellent à un arrêt au plus vite de l’usage des pesticides en France, en Europe et dans le monde.
Nous devons changer de toute urgence de modèle agricole par un investissement massif pour accompagner les agriculteurs et agricultrices vers des méthodes agronomiques biologiques et agro-écologiques.
Car les alertes scientifiques se multiplient.
L'effondrement de la biodiversité est précipité par l'agriculture intensive industrielle qui répand 70 000 tonnes de pesticides par an en France contaminant tous les milieux (sols, air, eau, biote), avec des conséquences sur toutes les chaînes alimentaires (IFREMER-INRAE, 2022). Les études scientifiques montrent une chute fulgurante en Europe depuis 30 ans, de 60 à 80% de l’abondance des insectes (Halmann et al., 2017) ainsi que de 30% des populations d’oiseaux dont le déclin est lié notamment aux pesticides (Rigal et al., 2023). Cette extinction dramatique menace de provoquer l’effondrement des écosystèmes et de la production agricole dont nos sociétés dépendent (Nations Unies, 2019).
Les conséquences de l'utilisation de pesticides sont également catastrophiques pour la santé humaine. Les pesticides ont des effets neurotoxiques, perturbateurs endocriniens et cancérigènes avérés (INSERM, 2021). La santé des personnes vivant en milieu rural est particulièrement affectée. Après les ouvriers agricoles de l'industrie de la banane en Guadeloupe et Martinique, c'est maintenant l'ensemble des Antillais adultes qui sont frappés massivement par des cancers de la prostate du fait de la contamination généralisée de la population au chlordécone. Des agriculteur·ices des régions viticoles sont malades de cancer dès l'âge de 50 ans. Chez les enfants de Charente-Maritime, des clusters de leucémies pédiatriques ont été détectés à l'adolescence.
Mais ces produits chimiques nous contaminent tous et toutes car des résidus de pesticides sont retrouvés dans 73% des fruits et 46% des légumes cultivés non bio en France (Générations Futures, 2024). Des pesticides sont retrouvés dans 80% des masses d'eau souterraines avec 40% de substances actuellement interdites (Info.gouv, 2019) conduisant à la fermeture de 13 000 captages d’eau potable depuis 1980 en France (Igas, 2024) . Certaines familles d’agrotoxiques, notamment les PFAS soit 12% des substances actives de pesticides, pourraient perturber la santé du système reproducteur féminin en favorisant l’endométriose – maladie associée à l’infertilité féminine et touchant 5 % à 10 % des femmes en âge de procréer (INSERM, 2021). Les cancers, les pathologies chroniques et auto-immunes explosent.
L’Union européenne est la première région productrice de pesticides dans le monde, et exporte dans les pays du sud, les pesticides les plus toxiques interdits en Europe. Il s’agit d’un véritable colonialisme chimique avec effet boomerang, puisque ces substances chimiques très toxiques reviennent ensuite dans nos assiettes en Europe, par l’importation de produits traités avec ces mêmes pesticides. Regroupés au sein de “Croplife International”, les plus grands fabricants de pesticides comme BASF, Bayer, Corteva et Syngenta, dominent les deux tiers du marché mondial et enregistrent des milliards de chiffre d'affaires. Ce sont les mêmes géants de l'industrie chimique, qui vendent les semences qui doivent nourrir l'humanité mais aussi les produits qui empoisonnent la terre et les êtres vivants.
Nous défendons l'agriculture biologique ainsi que la souveraineté alimentaire, en tant que ‘droit des peuples à une alimentation saine et culturellement appropriée, produite par des méthodes écologiquement saines et durables, et leur droit de définir leurs propres systèmes alimentaires et agricoles’ (Via Campesina). Ces alternatives existent partout dans le monde. La prospective INRAE (2023) montre que l’agriculture européenne peut s’affranchir des pesticides chimiques, tout en restaurant les écosystèmes, en limitant les émissions de gaz à effets de serre et en préservant la souveraineté alimentaire.
Il faut donc de la volonté politique. Des mesures d'accompagnement du secteur agricole sont nécessaires, notamment par une refonte de la politique agricole commune (PAC) européenne, pour prendre en charge les coûts liés à la transition vers une agriculture sans pesticides. L’UE doit aussi cesser l’exportation de pesticides dangereux et interdits sur son territoire, vers le reste du monde.
Rappelons que l’utilisation des pesticides coûte près de deux fois plus à l’Europe - coûts sanitaires des maladies liées aux pesticides, dépollution de l’eau… - que ce secteur ne rapporte. A l’inverse, la transition agro-écologique a un coût qui resterait accessible. Tripler les fermes bio d’ici 2030, un des objectifs de la stratégie « De la ferme à la fourchette » de l’UE, coûterait 1,85 milliard d’euros par an soit moins que le coût annuel des impacts négatifs des pesticides en Europe, estimé à 1,9 milliard d’euros (Le Basic, 2021).
Nous demandons donc une sortie urgente des pesticides dont les modalités sont à débattre dans une conférence citoyenne pour une agriculture conciliant production, revenu décent, santé et respect de l’environnement, présent et avenir.
Scientifiques en rébellion
Extinction rebellion
Action Justice Climat Paris
ActionAid France
Agir pour l'environnement
Alerte des Médecins sur les pesticides
Alerte Pesticides Haute-Gironde
Alliance santé planétaire
Alter Kapitaee
Avenir Santé Environnement
Cantine sans plastique
COAADEP 'Collectif des ouvriers agricoles et de leurs ayant droits empoisonnés par les pesticides'
Coquelicots de Paris
Défense des milieux aquatiques
Fridays for future
Génération futures
Indecosa-cgt 'Information Défense des Consommateurs Salariés'
La Fabrique des Soignants
Les Ecologistes
LPO 'Ligue pour les oiseaux'
Médecins du Monde
Miramap ‘Mouvement inter-régional des AMAP’
Notre affaire à tous
Nous Toutes Paris sud
Pollinis
Riverains ensemble
Secrets toxiques
SOS MCS ‘Aide et défense des personnes atteintes d'hypersensibilité chimique multiple'
Stop aux cancers de nos enfants
Terre d'Abeilles
Victoires populaires
03.03.2025 à 01:00
Scientifiques en rébellion affirme sa solidarité avec la campagne « Stand Up for Science » lancée aux USA et condamne les violentes attaques contre les universitaires et chercheur·euses et contre plusieurs agences fédérales scientifiques, médicales, humanitaires et environnementales menée par le tandem Donald Trump – Elon Musk aux États-Unis. L’histoire nous rappelle que l’obscurantisme est un outil stratégique des régimes d’extrême-droite, qui muselle l’expression de l’esprit critique et bride l’autonomie des communautés scientifiques et intellectuelles (journalisme, enseignement, art, militantisme, syndicalisme…). C’est le danger que représentent ces régimes qui avait déjà amené notre collectif à se mobiliser lors de la campagne des législatives de 2024 en France.
Aux États-Unis, le pouvoir en place montre sa volonté de faire disparaître des pans entiers de savoirs, de museler certains domaines scientifiques et de dénaturer les faits jusqu’à les ré-écrire. Cela passe par l’effacement de données, un lexique de termes proscrits pour toute demande de financement de projets de recherche, l’interdiction pour les collègues d’accéder à leurs bureaux et de communiquer avec des collaborateur·rices d’autres pays et avec les media, ou encore l’incitation à la dénonciation des collègues qui ne se plient pas aux diktats. En bref, la mise au pas d’instituts de recherche, d’enseignement, de santé et autres organismes publics. En France, les offensives contre les chercheur·euses et les institutions scientifiques, souvent alimentées par le gouvernement lui-même, se multiplient. Elles sont à ce stade moins spectaculaires mais procèdent d’une logique similaire et se déploient avec une violence d’autant plus déstabilisante qu’elle est plus sournoise : menaces sur l’Office français de la biodiversité (OFB) et l’Agence nationale de la sécurité sanitaire de l’alimentation (ANSES) pour ne citer qu’eux, reculs multiples sur les normes environnementales et de santé, disqualification des universités, interdiction d’évènements académiques destinés à éclairer le contexte de la guerre à Gaza... Comme toutes les formes de violences, ces attaques nous éloignent d’une société apaisée et lucide, apte à débattre de manière constructive et éclairée, et capable de se mobiliser pour relever les défis qui permettront de maintenir une planète vivable pour toutes et tous.
Le récit obscurantiste d’extrême-droite parvient malheureusement aujourd’hui à séduire à partir d’une recette nauséabonde, déjà éprouvée dans l’histoire : 1. Valorisation de la soumission à un pouvoir autoritaire, 2. Discriminations des minorités et rejet de tous les mouvements d’entraide, de solidarité et d’inclusion, 3. Négationnisme scientifique et criminalisation des lanceur·euses d’alerte – écologistes, scientifiques, féministes, etc., 4. Déni de l’action anthropique dans le changement climatique et l’effondrement de la biodiversité, allié à un techno-solutionnisme dystopique, destiné à préserver les intérêts économiques court-termistes d’une oligarchie.
Scientifiques en rébellion revendique la nécessité pour nos sociétés de mobiliser des connaissances scientifiques plurielles, pour comprendre et accompagner avec prudence, précaution et humilité les transformations majeures et inédites que nous devons dès maintenant engager. Nous défendons avec force le dialogue entre sciences et société et refusons de nous laisser réduire à la caricature d’une caste de scientifiques arc-boutée sur un privilège symbolique et matériel menacé. Pour cela, en tant que scientifiques, il nous faut interagir plus et mieux avec la société civile, pour allier justice sociale et respect des limites planétaires et du vivant, en nous démarquant résolument des intérêts misanthropiques et écocidaires de quelques milliardaires de la tech, de l’agro-industrie ou du luxe… Ceux-ci ont des noms. Aux États-Unis, on trouve Elon Musk et d’autres patrons des GAFAM rangés derrière Donald Trump. En France, l’ambiance plus feutrée ne saurait dissimuler la menace. Elle est portée par un Vincent Bolloré ou un Pierre-Édouard Stérin, et par leurs soutiens politiques, qu’ils appartiennent à l’extrême-droite d’opposition comme Jordan Bardella, à ce qu’on peut qualifier d’extrême-droite de gouvernement comme Bruno Retailleau, ou encore aux libéraux de droite autoritaire comme Emmanuel Macron.
Solidaires des scientifiques états-unien·nes et de toutes les personnes attaquées par un ordre néo-fasciste, nous appelons toutes les communautés scientifiques et celles qui les environnent (syndicats, établissements publics scientifiques, etc.) à entrer ensemble en résistance, pour garantir notre capacité à produire des connaissances, pour et en tant que bien commun, et endiguer la peste obscurantiste.