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Scientifiques en Rebellion

Face à la crise écologique, la rébellion est nécessaire.


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13.03.2024 à 01:00

A69 : Scientifiques, soignant·es et militant·es interpellent le groupe Pierre Fabre devant ses locaux à Boulogne-Billancourt pour qu’il retire son soutien au projet

A69 : Scientifiques, soignant·es et militant·es interpellent le groupe Pierre Fabre devant ses locaux à Boulogne-Billancourt pour qu’il retire son soutien au projet

Le 13 mars 2024 au petit matin, des membres du collectif Scientifiques en rébellion, des membres d’Extinction Rébellion et des soignant·es se sont installé·es devant un site du groupe Pierre Fabre de Boulogne-Billancourt pour exiger qu’il cesse son lobbying en faveur de la construction de l’A69 entre Toulouse et Castres et prenne position en faveur d’un moratoire sur les travaux. En attendant cette déclaration publique, les participant·es ont relayé un appel au boycott des produits dermo-cosmétiques du groupe, notamment sa marque phare Avène.

Les militant·es ont déployé des banderoles affichant « A69 : Pierre Fabre complice du scandale », « A69 : scandale sanitaire », ainsi que de nombreuses pancartes dénonçant les conséquences désastreuses de ce projet. Plusieurs prises de parole se sont ensuite succédé : celle de scientifiques, qui ont été près de 2000 à s’opposer publiquement au projet, jugé inutile et anachronique face à l’urgence écologique ; celle de soignant·es, signataires d’une tribune récente de 500 professionnel.les de santé dénonçant le scandale sanitaire à venir ; celle d’Extinction Rebellion, qui a notamment interpellé le groupe il y a un an par une action menée sur son site de Lavaur. Une petite délégation est ensuite allée porter une enveloppe à la direction du site, contenant leurs revendications, les deux tribunes publiées, ainsi que des entretiens des climatologues Christophe Cassou et Valérie Masson-Delmotte parus dans la presse.

Lors de leur prise de parole, les Scientifiques en rébellion ont rappelé quelques faits scientifiques au sujet de l’autoroute, issus de leur tribune : les très fortes émissions de CO2 qui seront générées par la construction et par l’utilisation de l’autoroute ; l’inopérabilité de la compensation carbone et écologique ; la chute vertigineuse de la biodiversité, dont la première cause est l’artificialisation des sols ; la faiblesse de l’argument du développement rural. Ils et elles ont rappelé que leur tribune a été signée par près de 2000 scientifiques, et ont égrené les noms des premiers signataires, parmi lesquels on retrouve un grand nombre de co-auteur·es du GIEC et de spécialistes de la biodiversité. Pour les scientifiques, le constat est sans appel : « Face aux enjeux de notre temps, ce projet d’autoroute est anachronique, inutile, écocidaire et irrationnel ». Au cours de leur prise de parole, il a été déclaré : « il est intenable pour un groupe pharmaceutique dont la raison d’être est officiellement d’améliorer la santé humaine, de soutenir en 2024 la construction d’une nouvelle autoroute, qui participerait d’un désastre sanitaire scientifiquement établi ». Selon les scientifiques, « la seule décision défendable sur le plan éthique et scientifique serait donc que le groupe Pierre Fabre, en cohérence avec sa mission, demande officiellement l’arrêt des travaux de l’A69. Ce serait sortir par le haut d’une crise qui ne fait que s’approfondir au fil des mois ».

Les soignant·es ont rappelé que la pollution de l’air, dont le trafic routier est l’une des principales sources, tue plus que le tabac, et expliqué que cette mortalité est due à l’exposition aux particules fines, qui provoquent des maladies cardiovasculaires et respiratoires, ainsi que des cancers. Ils ont mis en avant le fait que « les enfants sont les premiers touchés par cette pollution. Le ministère de la Santé recommande d’ailleurs de ne pas vivre à moins de 300 mètres d’une autoroute, car cela favorise le développement d’asthme chez les enfants. » Les soignant·es se posent la question du sens de leurs métiers lorsque ils et elles doivent soigner une humanité rendue malade par ses propres activités. Ils et elles considèrent ne plus pouvoir fermer les yeux et leur voix face à cette balance bénéfice/risque défavorable. Après avoir rappelé à Pierre Fabre que « les aménagements de territoire destructeurs d’aujourd’hui seront les scandales sanitaires de demain », les soignant·es ont exhorté l’entreprise à retirer publiquement son soutien au projet, à appeler à un moratoire sur les travaux, et à s’intéresser au projet alternatif porté par La Voie Est Libre.

Une militante d’Extinction Rebellion a ensuite pris la parole et souligné que l’empire Pierre Fabre vient d’atteindre le milliard du chiffre d’affaire pour la seule marque Avène sans avoir eu besoin d’autoroute. La militante a rappelé que depuis leur action menée il y a un an sur le site de Lavaur pour interpeller le groupe, de nombreux avis défavorables ont été prononcés et de nombreuses voix se sont élevées, y compris des syndicats (dont la CGT) sans que géant pharmaceutique ne change de position. Au contraire, Pierre Fabre a continué à soutenir le projet, en intervenant auprès des ministères durant la grève de la soif pour empêcher un moratoire. La militante s’est également indignée d’une « propagande éhontée dans le média local Le Journal d’Ici, propriété exclusive du groupe ». En octobre dernier, cet hebdomadaire avait comparé dans un édito les habitant·es de la région au peuple palestinien « pris en otage par des écoterroristes », eux-mêmes comparés au Hamas. Cet édito, qui s’en prenait aussi aux chaînes publiques et à Sandrine Rousseau, a déclenché un appel à boycott sur les réseaux sociaux porté par diverses personnalités comme Camille Étienne avec #boycottpierrefabre et #pierrefabrecontrelevivant. La militante a également rappelé l’inacceptable répression policière qui s’exerce actuellement contre les défenseurs de l’environnement sur le site de la Crem’arbre, répression condamnée par l’ONU, qui pointe « une menace majeure pour la démocratie », et somme l’État français de respecter les droits humains. Enfin, le greenwashing pratiqué par le géant pharmaceutique a été dénoncé : « On ne peut pas affirmer que "protéger la nature est notre devoir, qu'il nous appartient d’en prendre soin et de tout mettre en œuvre pour protéger les espèces menacées", et soutenir un projet écocidaire. On ne peut pas vanter dans son rapport d'activité d'avoir intégré le programme "Entreprises engagées pour la nature" de l'Office français de la biodiversité et ne pas tenir compte des réserves émises par cette instance sur le projet en cours. On ne peut pas prétendre soigner les personnes des cancers et protéger les peaux des effets de la pollution tout en soutenant un projet polluant aux conséquences multiples directes et indirectes sur la santé humaine, à moins d'être vraiment cynique. »

Les militant·es et les scientifiques ont finalement déclaré : « Si nous n’obtenons pas de réponse rapide de la direction, nous ne nous arrêterons pas là et nous soutiendrons toutes les actions visant à faire pression sur Pierre Fabre en France et à l’étranger ».

Quelques éléments de contexte

Pierre Fabre Groupe est actuellement le deuxième groupe pharmaceutique et parapharmaceutique de France avec des marques comme Avène, Ducray, Klorane, Aderma, Furterer, Nature active, Pierre Fabre Oral Care. C’est Pierre Fabre qui a eu l’idée du projet d’autoroute A69 il y a 30 ans. Selon le groupe, la construction de cette nouvelle autoroute permettrait de développer l’activité économique de ses laboratoires tarnais. Le rôle central du groupe Pierre Fabre pour ce projet d’autoroute est bien connu et documenté (voir ici et ), le lobbying ayant été mené et continuant de l’être auprès des élu·es à tous les niveaux, y compris présidentiel. L’ONG de protection des forêts Envol Vert avait annoncé en novembre 2022 cesser sa collaboration avec Pierre Fabre en raison de son soutien au projet.

Cette action a été menée alors même que l’escalade verbale et les injures à l’encontre des opposants à l’A69 – y compris à l’encontre des scientifiques - atteint des sommets, comme détaillé dans cet article.

Parmi les signataires de la lettre ouverte des scientifiques, Christophe Cassou, climatologue, était entendu le 12 mars dans le cadre d’une commission d’enquête parlementaire sur le montage juridique et financier de l’A69.

Cette action intervient aussi dans un contexte de répression policière démesurée, dénoncé à l’international par le rapporteur de l’ONU Michel Forst et dans un contexte judiciaire scandaleux (zones défrichées en toute illégalité avec l’aval de la préfecture). Le travail des médias sur le sujet est lui-même entravé comme le rappelle le rapporteur ainsi qu’une tribune récente de plusieurs journalistes.

Lettre au groupe Pierre Fabre exhortant à soutenir un moratoire sur les travaux de l'autoroute A69

Remise lors de l'action du 13 mars 2024.

Considérant :

  • Que le changement climatique et l'effondrement de la biodiversité sont deux menaces majeures pour la santé humaine, et que ce fait est scientifiquement établi ;
  • Que l'A69 contribuerait, par les travaux de construction eux-mêmes, les impacts de l’infrastructure sur l’environnement, et par le trafic routier induit, à dégrader la santé humaine, le climat et la biodiversité ;
  • Que le monde scientifique dénonce d’une seule voix et sans ambiguïté l'absurdité d'un projet inutile, anachronique et irrationnel ;
  • Que la répression subie par les défenseurs de l'environnement sur le tracé de l'A69 est dénoncée par l'ONU comme « une menace majeure pour la démocratie » ;
  • Que la parole scientifique est régulièrement bafouée dans les médias, y compris par des personnes directement liées au groupe Pierre Fabre ;
  • Que le groupe Pierre Fabre se donne pour mission de protéger la biodiversité et la santé humaine ;

Nous, soignantes, soignants et scientifiques de toutes disciplines, exhortons le groupe Pierre Fabre à déclarer publiquement qu'il soutient un moratoire sur les travaux de l'A69.

En dépit du soutien historique du groupe au projet de l'autoroute A69, cette décision est aujourd’hui la seule tenable sur le plan éthique et scientifique. Elle permettrait au groupe Pierre Fabre, en cohérence avec sa mission, de sortir par le haut d'une crise qui ne fait que s’approfondir au fil des mois.

En l'attente de cette déclaration, nous appelons à rejoindre et amplifier le boycott des produits dermo-cosmétiques du groupe Pierre Fabre, à commencer par la marque Avène.

Le collectif des Scientifiques en rébellion.

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13.03.2024 à 01:00

13 mars 2024 : Appel au boycott de la marque Avène (Pierre Fabre) contre l'A69

Des membres du collectif Scientifiques en rébellion, des membres d’Extinction Rébellion et des soignant·es ont exhorté le groupe pharmaceutique Pierre Fabre à cesser son lobbying en faveur de la construction de l’autoroute A69 entre Toulouse et Castres, et à prendre position en faveur d’un moratoire sur les travaux. En attendant cette déclaration publique, les participant·es ont relayé un appel au boycott sur les produits dermo-cosmétiques du groupe, notamment sa marque-phare Avène. Une lettre à l'attention de la direction du groupe a été remise expliquant pourquoi il faut renoncer à cette nouvelle autoroute.

Communiqué de presse

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06.03.2024 à 01:00

Des scientifiques jugé.es pour des manifestations en faveur du climat à Munich

Des scientifiques jugé.es pour des manifestations en faveur du climat à Munich

Les accusé.es attendent le juge avant le procès au tribunal de district de Munich.

Six activistes climatiques français.es, dont cinq scientifiques, ont participé le 5 mars à leur procès au tribunal de district de Munich. Ils et elles doivent répondre de plusieurs chefs d'accusation, notamment de dégradation, d’instrusion et de coercition, à la suite d’actions non-violentes dans les bureaux du fond d’investissement BlackRock, à une intersection bloquée au centre de Munich, et dans le salon d’exposition BMW. Ces actions ont été menées au sein du collectif Scientist Rebellion en octobre 2022. Leurs arrestations à ce moment-là, impliquant 20 personnes au total, avait déjà été suivies de détentions préventives durant jusqu’à 6 jours. Le procureur avait requis des amendes individuelles allant jusqu'à 12 800 euros, pouvant être commuées en 5 mois de prison.

Pendant l’audience, les six prévenus ont d’abord refusé de conclure un accord de réduction de peine sans examen approfondi du dossier. Ils et elles ont ensuite pris le temps de faire des dépositions individuelles, saisissant cette occasion pour offrir au juge des éclairages complémentaires sur leur trajectoire personnelle ; l'urgence climatique et de ses conséquences catastrophiques sur les humains et non-humains ; leur détresse face à l'inaction des gouvernements et entreprises ; l'irresponsabilité de BlackRock dans le financement massif et assumé des combustibles fossiles et de BMW dans la production de voitures et d’imaginaires trompeurs sur la mobilité individuelle ; la fausse durabilité et le greenwashing ; ainsi que la légitimité des actions de désobéissance civile non-violentes comme un devoir éthique des scientifiques, protégé par la liberté d'expression.

Les avocats de la défense ont ensuite demandé une expertise approfondie sur les dommages demandés par Blackrock et BMW. En effet, les coûts de plusieurs dizaines de milliers d'euros sont selon la défense exagérés étant donné l’utilisation durant les actions de mélasse et de colle facilement lavables. Le juge a accepté cette demande de preuve, ajournant le procès après 4 heures d’audience. Le tribunal fixera la date d'un nouveau procès requérant la présence des prévenus, qui devrait se tenir à l'automne 2024 ou au printemps 2025.

Manifestation devant le palais de justice en soutien aux accusés, au matin du procès.

A la sortie du tribunal, les activistes ont profité de leur présence à Munich pour se rendre au musée d’exposition BMW en tant que “simples visiteur.ses”, se prenant en photos devant plusieurs modèles, dont la fameuse M8 visée durant leurs actions de 2022 (et remplacée depuis). Au hasard de la présence d’un groupe d’adolescent.es français.es en visite et intriguées par les blouses blanches, les scientifiques leur ont expliqué les raisons de leur action : la température de la terre a déjà dépassé de 1,1°C les températures préindustrielles ; iels ont rappelé la contribution de l'industrie automobile ainsi que la nécessité pour les gouvernements de prendre des mesures d'urgence pour lutter contre le changement climatique. Visiblement alarmés, les agents de sécurité du musée ont rapidement demandé aux scientifiques de quitter les lieux, déclarant qu'il était interdit de porter dans ces lieux des vêtements montrant des logos liés à l'activisme.

Un membre francais de Scientist Rebellion dans la salle d'exposition BMW après le procès.

Lors d'un blocage de rue à Munich en octobre 2022, Hugo Raguet, mathématicien et informaticien, avait plaidé: "Qu'est-ce que je suis censé leur dire [à mes enfants] ? Je le sais, je le documente [les faits concernant la crise climatique]. ... C'est de la p[*]tain de science. ... Mes enfants doivent y faire face. Et ça va être terrible, d'accord ? Il est vraiment important que vous compreniez que c'est vrai. ... D'accord, on vous énerve [avec ce blocage de route], mais on a une très bonne raison pour ça. Des milliards de personnes vivent là-bas [dans des zones rendues inhabitables par la crise climatique], et lorsqu'elles verront qu'elles ne peuvent plus vivre dans leur pays d'origine, que croyez-vous qu'elles feront ? Bien sûr qu'ils vont se tourner vers nous. Et à +2° C nous ne pourrons déjà plus faire face à nos propres problèmes. C'est écrit explicitement dans le résumé du rapport du GIEC à l'intention des décideurs politiques : notre trajectoire actuelle, avec les lois que nous avons, ce n'est pas 2 degrés, c'est 3,2 p[*]tain de degrés. Ce sera la famine et la guerre partout, y compris ici en Bavière".

Les activistes, ainsi que Scientifiques en rébellion, dénoncent par ailleurs les peines très sévères et disproportionnées demandées par la justice bavaroise, participant à la criminalisation des actions non-violentes attirant l’attention sur l’urgence climatique et écologique. Une dynamique dangereuse à laquelle participent plusieurs états européens et une partie du paysage médiatique en France et ailleurs, comme illustré dans un nouveau rapport de Michel Forst, rapporteur spécial des Nations Unies sur les défenseurs de l'environnement, publié le 28 février dernier. Ce texte de positionnement intitulé « Répression par l’État des manifestations et de la désobéissance civile environnementales : une menace majeure pour les droits humains et la démocratie » préconise aux États de veiller à ce que les décisions de justice ne contribuent pas à restreindre la liberté d’expression.


Scientist Rebellion est un mouvement international de scientifiques et d'universitaires de plus de 32 pays qui appellent à la désobéissance civile pacifique face à l'échec politique de la crise climatique. Sa branche française Scientifiques en rébellion comprend plus de 400 membres et 2000 sympathisant.es.

Ressources :

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02.03.2024 à 01:00

Des scientifiques dénoncent les ravages des pesticides sur le vivant

Les scientifiques dénoncent les ravages des pesticides sur le vivant

Alors que s’achève le salon de l’agriculture, salle comble à Paris ce 2 mars à l’académie du climat, en soutien à l’appel du scientifique Joseph Garrigue (conservateur de la réserve nationale de la Massane) qui a traversé la France à pied pour dénoncer les ravages des pesticides sur le vivant :

‘Pour le vivant – stop pesticides – maintenant’

Cet appel est soutenu par de nombreux collectifs, dont Scientifiques en rébellion, Pollinis, Générations futures, Secrets toxiques, Association Francis Hallé pour la forêt primaire, Appel des médecins contre les pesticides, Office pour les insectes et leur environnement, Bioviv’art, Extinction rebellion, Alternatiba… Il se fonde sur des consensus scientifiques bien établis. La science est claire comme l’ont rappelé les scientifiques du muséum national d’histoire naturelle Gilles Bœuf, Emmanuelle Porcher, Marc-André Selosse, ainsi que Francis Hallé (Botaniste), Julie Bertrand (Réserves Naturelles de France), Maud Lelièvre (Union Internationale de Conservation de la Nature) et Charles Sultan (Faculté de Médecine de Montpellier).

Les pesticides contaminent tous les milieux et participent à l’extinction de masse notamment des populations d’insectes et d’oiseaux. Les pesticides ont des effets neurotoxiques, perturbateurs endocriniens et cancérigènes avérés en santé humaine. L’art peut-il mieux nous ouvrir les yeux ? La comédienne Barbara Castin dans des extraits de son spectacle ‘La beauté sauvera le monde’, témoigne aussi de l’indignation devant le déni politique face aux consensus scientifiques sur la gravité des impacts des pesticides.

Et pourtant, la prospective INRAE de mars 2023, démontre qu’une agriculture sans produits phytosanitaires est possible d’ici 2050 tout en maintenant la souveraineté alimentaire de l’Europe. Il est urgent que les responsables politiques prennent la mesure des consensus scientifiques et engagent un changement radical de modèle agricole.

Les preuves scientifiques sur les ravages des pesticides s’accumulent, comme le rapportent notamment les expertises collectives menées par les instituts publics français : sur la santé humaine (INSERM 2013, 2021) et sur la biodiversité et les écosystèmes (INRAE-IFREMER, 2022).  Cette extinction dramatique constitue une menace majeure qui risque de provoquer l’effondrement des écosystèmes et de la production agricole dont nos sociétés dépendent (United Nations Report, 2019).

« Les études scientifiques montrent une chute fulgurante d’abondance des insectes, dont certains pollinisateurs, qui atteint de 60 à 80% en Europe depuis 30 ans ainsi qu’un déclin massif de 30% des populations d’oiseaux d’habitats agricoles en 15 ans en France. Un rapport de l’ONU de février 2024 montre également que les pollutions aux pesticides et plastique contribuent au risque d’extinction de 22% des espèces migratrices » alerte Gilles Bœuf, biologiste et ex directeur du Muséum national d’histoire naturelle.

Les dommages des pesticides sur l’environnement se doublent du drame de leur toxicité sur la santé humaine, qui touche en premier lieu les professionnel.les du monde agricole. Comme le rappelle régulièrement Charles Sultan, professeur émérite à la faculté de médecine de Montpelier et directeur scientifique de Générations Futures. « La contamination par les pesticides a des effets neurotoxiques, perturbateurs endocriniens et cancérigènes. En particulier, l’exposition du fœtus génère de nombreuses pathologies à l’âge adulte. Cette contamination représente un véritable cataclysme sanitaire, psychologique, social, économique et éthique ».

Malgré ces constats scientifiques accablants, la France figure parmi les principaux pays consommateurs de pesticides en Europe, avec selon l'indicateur de consommation utilisé en France depuis le début d'Ecophyto, le NODU, aucune tendance à la baisse et même une augmentation de 3% sur la période 2011-2021. La France n’a respecté aucun de ses plans successifs de réduction de l’usage des pesticides et le prochain plan Ecophyto vient d’être mis en pause par le gouvernement. De même, l’évaluation des risques des pesticides avant leur mise sur le marché comporte de nombreuses failles, que le gouvernement ne cherche pas non plus à corriger.

Il est urgent que les responsables politiques prennent la mesure des constats scientifiques et engagent un changement radical de modèle agricole. La prospective INRAE (mars 2023) démontre qu’une agriculture sans produits phytosanitaires est possible d’ici 2050 tout en maintenant la souveraineté alimentaire de l’Europe.


Photos de l'évenement

Contacts presse :

  • Appel de la forêt : Joseph Garrigue
  • Scientifiques en Rébellion : Florence Volaire
  • Pollinis : Clément Hélary
  • Secrets toxiques et Appel des Médecins contre les pesticides : Dr Pierre Michel Perrinaud
  • Association Francis Hallé pour la forêt primaire : Damien Saraceni

Références à la littérature scientifique:

Expertises collectives:


Les chiffres de l’extinction:

  • Effondrement de 80% des populations d'insectes en 30 ans
    Hallmann CA, Sorg M, Jongejans E, Siepel H, Hofland N, et al. (2017) More than 75 percent decline over 27 years in total flying insect biomass in protected areas. PLOS ONE 12(10): e0185809.
  • Perte de 30% des populations d'oiseaux agricoles en 30 ans
    Fontaine B., Moussy C., Chiffard Carricaburu J., Dupuis J., Corolleur E., Schmaltz L., Lorrillière R., Loïs G., Gaudard C. 2020. Suivi des oiseaux communs en France 1989-2019 : 30 ans de suivis participatifs. MNHN- Centre d'Ecologie et des Sciences de la Conservation, LPO BirdLife France - Service Connaissance, Ministère de la Transition écologique et solidaire. 46 pp.
  • 1 plante sur 5 est menacée d'extinction
    Willis, K.J. (ed.) 2017. State of the World’s Plants 2017. Report. Royal Botanic Gardens, Kew. 
  • 40% des insectes dans le monde sont menacés d'extinction
    Sanchez-Bayo (Sánchez-Bayo, Wyckhuys, 2019. Worldwide decline of the entomofauna: A review of its drivers.Biological Conservation)
  • 31% des espèces de papillons de jours en déclin en Europe
    Van Swaay, C., Cuttelod, A., Collins, S., Maes, D., López Munguira, M., Šašić, M., Settele, J., Verovnik, R., Verstrael, T., Warren, M., Wiemers, M. and Wynhof, I. 2010. European Red List of Butterfies Luxembourg: Publications Office of the European Union.
  • Plus d'1 million d'espèces en danger d'extinction dans les prochaines décennies
    United Nations Report, Nature’s Dangerous Decline ‘Unprecedented’; Species Extinction Rates ‘Accelerating’ (2019),. Accessed 15 November 2020 and 2024  
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02.03.2024 à 01:00

2 mars 2024: Appel ‘Pour le vivant – stop pesticides – maintenant’

Lors d’un rassemblement de plus de 250 personnes à l’académie du climat à Paris, organisé par Scientifiques en rébellion, Pollinis, Générations futures, Secrets toxiques, et Association Francis Hallé pour la forêt primaire, les scientifiques ont soutenu l’appel du naturaliste Joseph Garrigue qui a traversé la France à pied en 45 jours pour dénoncer les ravages des pesticides sur le vivant.

Cet appel se fonde sur des consensus scientifiques bien établis comme l’ont rappelé des chercheur.es du muséum national d’histoire naturelle Gilles Boeuf, Emmanuelle Porcher, Marc-André Selosse, ainsi que Francis Hallé (Botaniste), Julie Bertrand (Réserves Naturelles de France), Maud Lelièvre (Union Internationale de Conservation de la Nature) et Charles Sultan (Faculté de Médecine de Montpellier).

Les pesticides contaminent tous les milieux et participent à l’extinction de masse notamment des populations d’insectes et d’oiseaux. Les pesticides ont des effets neurotoxiques, perturbateurs endocriniens et cancérigènes avérés en santé humaine.

La comédienne Barbara Castin dans des extraits de son spectacle ‘La beauté sauvera le monde’, témoigne aussi de l’indignation devant le déni politique face aux consensus scientifiques sur la gravité des impacts des pesticides.

Alors que la prospective INRAE de mars 2023, démontre qu’une agriculture sans produits phytosanitaires est possible d’ici 2050, il est urgent que les responsables politiques engagent un changement radical de modèle agricole.

Plus d'infos: vidéo de 4 min résumant le rassemblement, le replay du rassemblement (2h), l'interview d'une scientifique de l'INRAE sur le sujet (de 2:55 min à 9:10 min) et notre communiqué de presse.

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01.03.2024 à 01:00

Les Scientifiques en rébellion en procès en Allemagne le 5 mars pour avoir dénoncé l'inaction climatique

Les Scientifiques en rébellion en procès en Allemagne le 5 mars pour avoir dénoncé l’inaction climatique

Six membres de la branche française du collectif Scientist Rebellion seront en procès en Allemagne le 5 mars, pour des actions réalisées en octobre 2022. A cette époque, des dizaines de membres du collectif avaient participé à une série d'actions ciblées de désobéissance civile non-violente à Munich pour dénoncer des pratiques illégitimes et irresponsables en temps de catastrophe écologique. Le constructeur automobile BMW et le gestionnaire d’actifs BlackRock avaient notamment été visés, conduisant à une série d'arrestations et jusqu’à 6 jours de détentions préventives. Au total, les charges pénales et les frais de justice associés avaient été estimés à environ 350 000 euros. Lors du procès du 5 mars, les prévenus et leurs avocats chercheront à faire reconnaître l'état de nécessité et la légitimité des actions, à la fois sur les cibles visées et sur les moyens employés. Le collectif Scientifiques en Rébellion rappelle ainsi que, face aux alertes de plus en plus prégnantes des scientifiques et de la société civile, la réponse des gouvernements ne doit pas être la répression, mais l’adoption de mesures politiques à la hauteur des enjeux.

Pour Sylvain Kuppel, qui figure parmi les prévenus : « La science est suffisamment claire : nous sommes dans une situation d'urgence climatique et écologique, et la responsabilité humaine est indiscutable. Nous, scientifiques, avons pris des risques pour alerter, c’est maintenant au tour de la justice de faire sa part et de reconnaître, plutôt que d’entraver, nos alertes ». À l’approche du procès, Jérôme Guilet relate quant à lui son état d’esprit : « Ce procès nécessite beaucoup de préparation, ce qui va avec son lot de stress. Mais au final nous sommes sereins, confiants d’être du bon côté de l’Histoire ».

Les actions d’octobre 2022, organisées par le collectif international Scientist Rebellion, avaient duré trois semaines et sont décrites dans notre communiqué de presse de l’époque. Au terme d’une semaine d’actions à Munich, les scientifiques avaient alors collé leurs mains à la glue à une automobile de sport de luxe dans le showroom BMW. Ils avaient également collé des publications scientifiques sur plusieurs autres modèles exposés, entraînant leur mise en détention provisoire. Parmi eux se trouvent Sylvain Kuppel, chercheur en hydrologie à Toulouse, Jérôme Guilet, astrophysicien à Saclay, Hugo Raguet, enseignant-chercheur en informatique à l’université de Tours et à l’INSA Centre-Val de Loire, Marceau Minot, docteur en écologie de l’université de Rouen, et Lauranne, docteure en écologie tropicale de l’université de Cambridge. Manua, coordinateur de Scientist Rebellion pour la France, est également inculpé. Leur mise en prison avait provoqué une vive réaction de la communauté scientifique : 1300 scientifiques avaient signé une lettre ouverte en soutien à leurs collègues.


Occupation du showroom BMW par des membres de Scientist Rebellion, octobre 2022.

À l’issue des arrestations, des amendes très élevées avaient été requises (jusqu'à 12 800 euros par personne), ce qui entraînerait des inscriptions au casier judiciaire allemand. Ces amendes ont été systématiquement et formellement contestées, ouvrant ainsi la voie à une série de procès au tribunal fédéral de Munich. Les deux premiers procès ont réussi à réduire certaines amendes, mais il est prévu de faire appel pour tenter d’obtenir la reconnaissance de l'état de nécessité et de la légitimité de ces actions. Le troisième procès concerne donc les 6 français.es membres de Scientifiques en Rébellion qui se rendront à l'audience du mardi 5 mars. Pour soutenir ses membres faisant face à ces dépenses conséquentes, Scientist Rebellion a lancé une collecte de fonds avec un objectif initial de 100 000 euros, dont le quart a été pour l’instant été récolté.

Ce procès intervient dans un contexte national et international de judiciarisation et de répression croissante des actions non-violentes pour la défense de l’environnement. Pour autant, certaines victoires judiciaires ou symboliques ont récemment été obtenues. Le 28 février dernier, le Rapporteur Spécial des Nations Unies sur les Défenseurs de l’Environnement publiait un texte de positionnement intitulé « Répression par l’État des manifestations et de la désobéissance civile environnementales : une menace majeure pour les droits humains et la démocratie ». Parmi ses principales recommandations, le rapport préconise aux États de veiller à ce que les décisions de justice ne contribuent pas à restreindre la liberté d’expression. Le même jour, en France, le tribunal de Paris prononçait la relaxe de deux militants du collectif Dernière Rénovation poursuivis pour avoir projeté de la peinture sur le ministère de la transition écologique. Cette relaxe a été justifiée au motif que leur incrimination pénale constituait « une ingérence disproportionnée dans l’exercice de la liberté d’expression ».

Enfin, en janvier dernier, la justice française a rendu son premier verdict pour un procès concernant le collectif Scientifiques en Rébellion. Ce procès se tenait dans le cadre d’une conférence-occupation que le collectif avait organisé en avril 2022 au Muséum National d’Histoire Naturelle. Le tribunal a finalement signifié la relaxe et annulé les amendes de l’ensemble des prévenu.es sur la justification d’infractions non caractérisés.


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Julien HERVIEUX
Alessandro PIGNOCCHI
Laura VAZQUEZ
XKCD
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