01.12.2023 à 01:00
Vendredi 1er Décembre, Scientifiques en rébellion a organisé à la base sous-marine de Bordeaux, dans le cadre de l’Alter-COP28, le procès fictif du président de Total Energies. A la base du procès, un changement d’époque : nous sommes en 2035, le réchauffement climatique s’est emballé et a été à l’origine d’une série de catastrophes écologiques et sanitaires qui font vaciller les systèmes sociaux et économiques des sociétés du Nord et du Sud. Les dommages humains et financiers sont sans pareil dans l’histoire de l’humanité et il faudra bien les payer. Mais qui ? De nombreux procès ont eu lieu afin d’établir qui est responsable et comptable de ces catastrophes et qui va en assumer les coûts et les conséquences, en s’appuyant sur une loi d’écocide adoptée en 2032.
C’est un de ces procès fictifs, celui de Total Energies, que Scientifiques en rébellion a voulu mettre en scène. Non pas pour juger Total Energies, mais pour questionner notre dépendance aux énergies fossiles et révéler la complexité d’une situation où les responsabilités sont multiples et liées. Le cadre d’un procès, basé sur les témoignages et les interrogatoires contradictoires des avocats, permet de faire la lumière sur les différentes dimensions de la problématique.
Préalablement au procès, des membres de STOP Total et une membre de Scientifiques en rébellion ont donné des éléments de contexte : budget carbone et bombes climatiques, rôle et responsabilité des financeurs, actions des associations, procès déjà intentés contre Total Energies, nouveaux projets pétro-gaziers de l’entreprise, etc.
Le procès lui-même avait une forme proche du théâtre-forum, et a permis au public de participer au procès, de choisir quels aspects de cette responsabilité il souhaitait aborder et quels témoins il souhaitait entendre. Tout d’abord, les organisateur.ices de l’événement ont joué une première fois la scène du procès : après les prises de parole initiales du président du tribunal et du procureur, les premiers témoins ont été entendus (une représentantes des victimes, une association de protection de l’environnement et finalement Patrick Pouyanné). Le public a ensuite été invité à travailler en petits groupes à différents rôles possibles de nouveaux ou nouvelles témoins. C’est ainsi que se sont succédées à la barre des membres du public prenant le rôle d’une représentante du Crédit Agricole, d’une militante climat, de l’ancienne Ministre de la Transition Ecologique (Madame Déchu !) ou même du lac Victoria lui-même.
Ce procès a permis de s’approprier par le jeu les multiples dimensions de notre addiction aux hydrocarbures et de comprendre la complexité de cette emprise. La forme volontairement ludique du procès fictif a évité les sentiments d’impuissance et de désespoir et a au contraire généré beaucoup de joie, de force et d’envie d’agir.
Le procès était aussi une façon d’interroger l’état de la justice climatique, aujourd’hui en 2023, le jour même où des Scientifiques en rébellion comparaissaient au tribunal correctionnel de Paris pour avoir organisé la Nuit de l’extinction - plusieurs conférences scientifiques sur le climat et la biodiversité dans un lieu de sciences : la galerie de paléontologie du MNHN. Qui sont les vrais criminels climatiques aujourd’hui ? Quel droit et quelle justice à l’heure des crises écologiques et climatiques qui mettent en péril l’existence même de nos sociétés ? Ce sont ces questions que nous avons posées, dans la joie et la bonne humeur.
Photos
Des photos sont disponibles sur un dossier partagé ici, que vous pouvez réutiliser librement, avec crédit photos « Scientifiques en rébellion ».
30.11.2023 à 01:00
La COP alternative de Scientifiques en rébellion s’est ouverte jeudi 30 novembre. Une première table ronde a réuni la spécialiste des COPs Amy Dahan, le co-auteur du GIEC Wolfgang Cramer, les journalistes Paloma Moritz et Fabrice Nicolino, l’essayiste Agnès Sinaï et le fondateur d’Alternatiba et ANV-COP21 Jon Palais. Leurs points de vue sur les COP étaient particulièrement instructifs et ont ouvert un riche échange avec le public. Ensuite, le texte « Agir avec le désespoir environnemental », de l’autrice et militante Joanna Macy a été lu, accompagné d’une performance musicale par la guitariste-chanteuse Maéva Michel. La nuit tombée, les scientifiques ont investi le Pont Jacques Chaban-Delmas et y ont déployé un slogan lumineux « join us » et projeté des visuels, appelant à rejoindre l’alter-COP et plus largement le mouvement de lutte contre le réchauffement climatique. En particulier, le slogan de la campagne internationale de Scientist Rebellion « How much more climate failure can we take ? » était repris.
Pour cette action lançant leur COP alternative, les scientifiques ont choisi le symbole du pont, et celui de la lumière. Le pont comme symbole du lien entre les scientifiques et le grand public, mais aussi entre tous les secteurs de la société, tous les mouvements engagés face aux enjeux écologiques. Dans le noir de la situation actuelle, caractérisée l’inaction généralisée face à l’urgence écologique, cette action nocturne tente humblement d’allumer une petite lumière. Celle qui n’attend pas que les décideurs politiques agissent à notre place, celle qui investit des lieux partout dans le monde pour articuler la cohésion sociale et l’action écologique, celle qui ouvre de nouveaux imaginaires et allume un autre narratif. Cette action nocturne mise en lumière est également une manière d’appeler à un réveil, à un sursaut collectif pour ne pas se laisser écraser par ces rouleaux compresseurs que sont les compagnies pétrolières et gazières, qui tuent littéralement le vivant et, faisant cela, vident le monde de toute sa richesse et sa diversité. Enfin, cette lumière dans le noir est une manière d’incarner notre puissance d’agir et de lutter contre le sentiment d’impuissance et l’engourdissement qui nous menace. C’est aussi dans cette lignée, vendredi après-midi, que sera jouée fictivement, mais de manière très précise et documentée le procès de TotalEnergies.
Les poètes parlent de la nuit comme d’une figure qui engendre le jour. Cette action appelle à faire naitre de nouveaux jours, de nouvelles manières de vivre, de nouvelles actions. Cette action initiale de la COP alternative de Bordeaux est le premier fil d’une toile militante de quatre jours tissée collectivement. Les scientifiques appellent toutes et tous à les rejoindre pour faire rayonner cette toile le plus possible aux yeux du monde. Martin Luther King écrivait : « Ce n’est que lorsqu’il fait assez sombre que vous pouvez voir les étoiles ». Il est temps d’allumer les étoiles.
Photos: Un répertoire contenant les photos de la COP alternative est disponible ici. Les crédits photos sont au nom de Mathis Nicolas. Vous pouvez réutiliser les photos librement.
30.11.2023 à 01:00
La COP28 alternative principale sera à Bordeaux du 30 novembre au 03 décembre 2023. Plusieurs actions sont proposées en amont de cette COP alternative dans plusieurs villes de France:
Le débit du Rhône est-il le même aujourd'hui qu'il y a 50 ans ? Sa température a-t-elle augmentée ? Les poissons et autres espèces aquatiques peuvent-elles encore s'y déplacer librement et vivre dans un environnement sain ? Est-ce que son eau est toujours propice à l'irrigation ou bien est-elle trop polluée ?
Venez participer à cet atelier participatif entre citoyen.nes et expert.es du sujet le 25 novembre de 14h à 17h30 à la Maison de l'Ecologie!
Plus d'informations et inscriptions ici
Vous vous posez des questions sur la pollution de l'eau que vous buvez ou celle de la Loire, les disponibilités en eau dans les 30 ans à venir? Venez échanger avec des expert·es et citoyen·nes concerné·e·s autour des ressources en eaux du territoire. Rendez-vous mercredi 22 novembre à partir de 19h, au Grand Bain, 20 allée maison Rouge, à Nantes !
Vous trouverez plus d'information et un formulaire d'inscription (accès libre) sur la page Facebook de l'évènement
👉 Lors de cet évènement, les participants ont formés une convention citoyenne sur le sujet de la pollution de l'eau. Les propositions issues de cette convention citoyenne sont présentées ici.
Du 18 novembre au 12 décembre, des associations nîmoises organisent leur propre COP ! N'hésitez pas à consulter la page Facebook de ces évenements: La COP d'ici - Nîmes
Depuis presque 30 ans, les COP se succèdent sans aucun effet observable sur la consommation d'énergies fossiles. Pourquoi un tel échec ? Pour en débattre, les Scientifiques en Rébellion organisent des tables rondes au carrefour de l'engagement scientifique, militant et citoyen.
👉 Cette table ronde a eu lieu le dimanche 26 novembre de 14h00 à 17h30 à l'académie du climat. Elle est disponible en replay ici:
30.11.2023 à 01:00
La COP 28 aura lieu cette année à Dubaï. Cette nouvelle COP interroge, tant par le fait que l’événement soit présidé par le patron de la plus grande entreprise d’énergies fossiles des Emirats arabes unis, le Sultan Ahmed Al-Jaber, que par l’annonce d’Abou Dhabi prévoyant d’augmenter sa production de barils de 25 % d’ici à 2027.
La présence massive de lobbyistes des combustibles fossiles dans les COP précédentes a par ailleurs déjà été notée, en particulier lors de la COP 27 où ils étaient plus nombreux que les représentants des 10 pays les plus impactés par le changement climatique. Basé sur les échecs des COP précédentes et sur la composition de cette nouvelle COP, de sérieux doutes pèsent sur l'efficacité de la COP28 à mettre en place les décisions politiques nécessaires et urgentes.
Etant donné le caractère d'urgence et la probabilité d'échec de la COP politique, le collectif international Scientifiques en rébellion (Scientist Rebellion) organise en parallèle des COP alternatives citoyennes. Ces COP alternatives proposeront des conférences, tables rondes, ateliers, animations artistiques basées sur la réflexion et sur l'action contre le changement climatique et pour repenser nos sociétés. Citoyen·nes et scientifiques sont invités à venir participer et à échanger librement lors de ces COP.
En France, nous organisons une COP alternative à Bordeaux à la Base sous-marine sur quatre jours du 30 novembre au 3 décembre.
Vous êtes toutes et tous les bienvenu·es !
Cette conférence sera précédée d'une série d'actions dans différentes villes de France (Nancy, Nîmes, Nantes, Lyon, Paris...) qui aboutiront à notre COP alternative écologique à la fin du mois de novembre au moment même où démarrera la COP28.
📲 N'hésitez pas à suivre et partager ces événèments avec les hash-tags #HowMuchMore #UnitedAgainstClimateFailure sur les réseaux sociaux et à consulter nos fils Mastodon, Twitter, Facebook et Instagram.
L'entrée est gratuite et ouverte à toutes et tous.
Vous pouvez nous aider à préparer l'organisation en remplissant ce formulaire de préinscription, notamment si vous aimeriez venir avec des enfants ou vous joindre à nous pour des actions dans la rue ! Bien sûr la participation sans inscription reste possible ! Merci.
La COP alternative de Bordeaux aura lieu à la base sous-marine au 284, Boulevard Alfred Daney 33300 Bordeaux.
Transports publics pour s'y rendre:
Vous pouvez aussi calculer votre itinéraire ici.
Vous pouvez trouver nos communiqués de presse sur la COP28 alternative et les différentes actions engagées par notre collectif autour de cet événement ici:
29.11.2023 à 01:00
En 1992 tous les pays promettaient de s’engager pour éviter « toute interférence dangereuse d’origine anthropique avec le système climatique ». 27 COP plus tard, les émissions de carbone sont 60% supérieures à ce qu’elles étaient en 1992 et le constat d’échec est patent : les COP se sont succédé sans qu’on ait pu observer la moindre inflexion positive des trajectoires d’émissions de GES (Gaz à effet de serre). Y compris pour les quelques COP dont on aura retenu le titre (par exemple : protocole de Kyoto signé en 1997 lors de la 3e COP, et entré en vigueur en 2005 lors de la 11e COP à Montréal, accord de Paris en 2015 lors de la COP21) et qui ont permis de déboucher sur une résolution ou avancée concrète, aucune n’a fixé aux Etats l’obligation réelle de respecter les engagements pris. A l’inverse, les lobbies industriels ont pris de plus en plus de place dans ces COP au fil des ans et leur « délégation » a aujourd’hui plus de poids que celles des décideurs politiques. Et ce n’est certainement pas la 28e étape de ces COP (qui démarre ce jeudi 30 novembre) qui changera le cours des choses : elle se tient, de façon tout à fait indécente, à Dubaï sous la présidence du magnat du pétrole Ahmed Al Jaber, PDG d’ADNOC, plus grosse entreprise d’hydrocarbures des Emirats Arabes Unis qui annonçait récemment vouloir augmenter de plus de 25% sa production d’énergies fossiles en 5 ans – et utilisera la COP pour légitimer encore d’avantage la production et l’utilisation d’énergies fossiles. Les COP sont empêtrées dans de multiples compromissions avec le secteur des énergies fossiles et plus généralement avec les mondes industriels et financiers qui les empêchent de jouer le rôle qu’elles devraient tenir : celui d’un espace de dialogues pour défendre l’habitabilité de notre planète et assurer un futur digne aux pays du monde entier.
En tant que scientifiques, face au changement climatique et aux bouleversements écologiques d’origine anthropique, nous nous sommes d’abord senti⸱es concerné⸱es. Puis nous avons été alarmé⸱es. Alarmé⸱es face à l’amplification des phénomènes catastrophiques provoquant des milliers de morts et des pertes imminentes des conditions pour une vie digne et sans faim pour un tiers de la population mondiale. Alarmé⸱es face à l’accumulation d’observations et d’analyses documentant leurs causes et leurs conséquences, et l’observation et l’analyse tout aussi documentées des politiques climatiques inadaptées en raison de verrouillages sociotechniques et de collusion entre mondes politiques, industriels et financiers. Nous sommes maintenant terrifié⸱es car en dépit de toutes les alertes, et dans un contexte de crise démocratique croissante, ces mêmes politiques irrationnelles et dévastatrices perdurent.
Nous sommes terrifié⸱es. Mais pas résigné⸱es. Car nous savons aussi que des mobilisations d’ampleur de la société sont capables de faire advenir de grands changements, à l’image des mobilisations pour la justice sociale, les droits civiques, l’égalité de genre… qui ont toutes été gagnées par des mouvements sociaux forts.
Nous entendons jouer notre rôle dans cette partition : ni conseillers du prince, ni au service des pouvoirs technologiques et industriels, nous mettons nos méthodes et nos compétences au service du commun. C’est dans cet esprit que s’inscrit la campagne actuelle de Scientist Rebellion et de Scientifiques en rébellion, sa déclinaison française. Nous voulons proposer autre chose que ces COP impuissantes.
Nous souhaitons amorcer la construction d’un espace de discussion à la hauteur des enjeux. Un espace qui tisse des liens entre les personnes, les associations, les mouvements, les syndicats, différents mondes professionnels. Entre différentes façons d’observer, de comprendre, de percevoir et de ressentir le monde. Entre différentes rationalités et sensibilités dont le socle commun serait le respect du vivant.
C’est cette approche que nous tenterons de faire advenir à Bordeaux, du 30 novembre au 4 décembre avec l’organisation d’une COP alternative, réellement écologique. Cet évènement national a déjà été amorcé par de « mini COP alternatives » dans différentes villes de France : à Nancy le 22 octobre avec une action d’investissement des « Jardins éphémères » place Stanislas, installation de la ville, pour y porter haut et fort un discours critique sur la paralysie politique dominante et engager des discussions avec les visiteurs sur les enjeux climatiques et écologiques dans leur ensemble ; à Nantes, le 22 novembre avec une conférence inversée et une assemblée citoyenne sur la thématique des ressources en eau ; à Lyon, le 25 novembre avec un atelier participatif sur les enjeux du Rhône entre citoyen⸱nes, scientifiques et organisations locales ou encore à Paris le 26 novembre avec une conférence-débat à l’Académie du climat.
A Nancy, à Nantes, à Lyon, à Nice ou à Paris, nous avons proposé des espaces de réflexions autour d’enjeux de territoires. Ces espaces sont connectés à l’évènement de Bordeaux, ainsi qu’à tous ceux qui se jouent au même moment dans des dizaines de pays du monde selon le même état d’esprit dans le cadre de la campagne internationale de Scientist Rebellion, « How much more climate failure can we take ? ». Ces COP alternatives sont des manières d’inviter à faire du lien social, à prendre le temps de faire germer de nouveaux imaginaires et initiatives populaires, et donc d’une certaine manière à « ralentir », pour catalyser l’action contre le réchauffement climatique, la chute de la biodiversité, et de manière générale le dépassement des limites planétaires.
A Bordeaux le programme est ambitieux : il est à la hauteur des enjeux auxquels l’humanité doit faire face. De nombreuses organisations, associations, mouvements ont répondu à notre appel. Ces quatre jours vont constituer un véritable « Quartier général » de résistance climatique, une effervescence de rencontres, de discussions, de débats, de formes artistiques, d’actions de désobéissance civile non violente aussi, car nous jugeons que, face aux pouvoirs qui entrainent le monde à la catastrophe, la résistance et l’action seront des moteurs puissants de changement. Avec ces journées nous entendons contribuer au vaste tissage d’initiatives qui émerge un peu partout, contribuer aussi à rouvrir les imaginaires, et à redonner du pouvoir d’action aux personnes. Scientifiques en rébellion propose donc une main tendue pour mobiliser à Bordeaux, en France (et un lien visio streaming est mis en place à cet effet), à l’internationale aussi dans un désir de créer davantage de ponts entre pays, et de renforcer les groupes Scientist Rebellion internationaux. Des interventions et des témoignages venus de l’étranger enrichiront le programme de Bordeaux : sur l’expérience de référendum populaire en Equateur le vendredi soir, sur les bassines à partir d’une intervention d’un hydrologue italien le samedi matin, lien avec le Portugal aussi autour des questions de l’exploitation minière en haute mer. Nous appelons à décloisonner tous les secteurs au service du vivant, à fédérer les énergies tous ensemble sous le même toit (la Base sous-marine) pour fusionner nos singularités et catalyser l’action.
22.11.2023 à 01:00
Le mercredi 22 novembre 2023, nous, collectif des Scientifiques en Rébellion et d'Extinction Rebellion, avons co-organisé à Nantes une COP28 alternative autour de la thématique des ressources en eau en Pays de la Loire. Trois intervenantes ainsi que divers.e.s participant·e·s du public ont partagé leurs savoirs et expertise sur le sujet. Puis, collectivement, lors d'une convention citoyenne, le groupe a été invité à réfléchir sur les différentes façons de concevoir les ressources en eau dans la région dans un contexte de dérèglement climatique. Il en a émergé ce texte, co-écrit par des membres de Scientifiques en Rébellion, d'Extinction Rebellion et un groupe de citoyen.ne.s concerné.e.s, qui mêle constats et propositions.
L'eau est très présente dans la région Pays de la Loire, recouvrant 13% du territoire selon le rapport du GIEC Pays de la Loire. Cette ressource intervient dans différents aspects de nos vies (consommation, énergie, agriculture, usage quotidien). L'eau est un bien commun aux humains et aux autres êtres vivants, utile et nécéssaire dans les cycles de la vie et de l'écosystème entier. Dès lors, cette ressource ne doit pas être pensée de manière individuelle, segmentée et à petite échelle mais de manière décentralisée et solidaire, à l'échelle des différents bassins versants et de l'ensemble du cycle de l'eau. En effet, l'eau atmosphérique, plus au moins chargée en polluants, va irriguer les terres, remplir les nappes phréatiques et les points d'eau ou participer à la calotte glaciaire et former un stock d'eau douce. Toute l'eau n'est pas utilisée et immobilisée immédiatement, une partie va rejoindre, par ruissellement, les cours d'eau, ruisseaux et rivières, avant de se jeter dans la mer. En conséquence, une eau polluée, trop riche en nutriments (azotes, phosphate...), trop chaude, trop turbide, trop rare (cours d'eau à sec suites aux sécheresses à répétition des dernières années) ou encore trop canalisée, aura de nombreux effets néfastes pour nous, humains, mais aussi pour l'ensemble de l'écosystème en découlant.
Pour pallier cela, plusieurs propositions ont été évoquées comme le renforcement des mesures de renaturation des cours d'eau et des zones humides (débusage, recréation de méandres et degravières, défrichage et arrachage d'arbres, retrait de jussie et myriophylle etc.). Cela fait notamment partie des grands objectifs des documents réglementaires tels que le Schéma Directeur d'Aménagement et de Gestion des Eaux (SDAGE) et Schéma d'Aménagement et de Gestion desEaux (SAGE). À cela devrait venir s'ajouter une part de communication et de sensibilisation de la population à l'importance de ces zones, pour comprendre que l'eau est partout et utile à tous. Par ailleurs, la création d'un statut juridique pour les cours d'eau, tel que la Loire, indépendamment de son classement au patrimoine mondial de l'UNESCO, permettrait des recours juridiques facilités en cas de pollutions avérées, facilitant ainsi sa protection.
Concernant la gestion des ressources en eau, une des préoccupations centrales est l'utilisation de l'eau potable. Est-il pertinent de continuer à l'utiliser à d'autres fins que pour sa consommation (exemple : machine à laver, toilettes) notamment lorsque l'on sait qu'environ 20% de cette eau est perdue à cause des fuites dans le réseau d'alimentation [1]. À ce titre, la Régie de Nantes Métropole est considérée comme moins performante que des opérateurs privés [2]. Une alternative à ces pertes et à l'utilisation abusive d'eau potable serait de repenser le réseau d'alimentation en eau des foyers lors des nouvelles constructions : un réseau d'eau potable pour la consommation et un réseau alimenté par les eaux pluviales pour le reste. Dans les logements déjà construits et occupés, des aides financières de l'État ou de la Région pourraient être mises en place pour repenser ces réseaux d'eau comme pour la rénovation énergétique (MaPrimeRénov', Certificats d'Économie d'Énergie, aides des collectivités locales [3]). On peut également imaginer que les bâtiments publics et les entreprises aient des obligations à installer et/ou convertir leurs réseaux d'eau pour réutiliser les eaux pluviales et participer à une économie de l'eau potable. Par ailleurs, afin de garantir l'accès à l'eau à tou·te·s, de manière équitable il faudrait revoir la tarification de l'eau en adoptant le principe du "pollueur-payeur". Actuellement, elle est proportionnelle et une tarification sociale existe au niveau de Nantes Métropole [4]. À l'heure où la 6ème limite planétaire, celle de l'eau douce, a été dépassée [5] et que les prévisions pour la Loire indiquent une baisse substantielle des ressources en eau pour les années à venir [6], qu'adviendra-t-il du coût de l'eau ? Dans un contexte de raréfaction des ressources pour les foyers, la tendance est à la montée des tarifs (cf. prix de l'essence) et seuls les plus riches pourront se permettre d'utiliser l'eau et de la gaspiller. Nous craignons une tendance à l'accaparement au vu des épisodes de méga-bassines à Sainte-Solines ou du projet, heureusement suspendu, d'une retenue d'eau à la Clusaz [7]. Pour pallier cela, nous proposons de généraliser le système de tarification indexé sur les ressources financières : on paye en fonction de ce que l'on gagne. En outre, pour limiter le gaspillage de l'eau, un système de forfait devra être créé impliquant différents seuils au-delà desquels le tarif global de l'eau sera revu. Ainsi, à revenus identiques, un foyer ne faisant pas attention à sa consommation d'eau devra dépenser plus pour cette ressource qu'un foyer ne gaspillant pas. Cette nouvelle tarification se veut plus juste en prenant en compte les usages de l'eau en grande quantité (remplissage de piscines individuelles, arrosage de terrains de golfs, nettoyage des voitures etc.).
De plus, bien qu'il soit essentiel de repenser individuellement nos usages de l'eau, il faut surtout responsabiliser les industries très aquavores (textile, agroalimentaire, énergie). Nous voulons plus de transparence de la part des industries sur leur utilisation de l'eau. Sur la base du forfait évoqué plus haut, une taxation importante pour les entreprises très consommatrices est exigée. Nous voulons également obliger les diverses industries à ajouter la quantité d'eau utilisée pour leurs produits - notion d'eau virtuelle - en condition d'obtention des diverses aides financières publiques. Ce calcul d'eau virtuelle devra prendre en compte l'eau consommée sur le territoire et hors du territoire Français. Un institut indépendant pourra être chargé d'évaluer la justesse des quantités d'eau virtuelle évoquées. Nous estimons que cela incitera les industries à diminuer ce coût et sensibilisera les consommateurs sur leur impact sur les ressources en eau (exemple : ce jean a nécessité 7 000 à 11 000L d'eau [8]).
Au niveau individuel, diverses idées ont été avancées ayant trait à la sensibilisation et à l'accessibilité des informations. L'éducation des citoyen·ne·s à l'importance du cycle de l'eau est fondamentale et se doit d'être appuyée. Cela peut passer par des campagnes d'affichage, une moindre consommation de viande dans les cantines scolaires (une alimentation plus végétale diminue de 28 à 41% notre consommation d'eau [9]), des ateliers de sensibilisation dans les maisons de quartiers, écoles primaires, collèges et lycées...
Dès lors, il est nécessaire d'avoir conscience de l'effet que peuvent avoir nos actions sur l'eau.
Cela passe certes par des questions individuelles - à quelle part de confort personnel suis-je prêt à renoncer pour économiser l'eau ? - mais surtout par des décisions politiques fortes quant à l'accaparement de l'eau et au gaspillage. Il semble important de retenir que ce n'est qu'en adoptant un système tourné vers la décroissance que l'on aura un impact encore plus réel non seulement sur
notre consommation en eau mais aussi en ressources en tout genre (minerai, énergie, etc.).
Une des grandes inquiétudes mise en lumière lors de cette conférence est la qualité de l'eau. Selon l'Agence de l'eau Loire Bretagne, seules 11,3% des masses d'eau de la région sont en bon état écologique contre 44% des masses d'eau au niveau national [10]. En cause notamment, la présence de divers micropolluants chimiques [6], conséquences des pratiques agricoles et des activités industrielles. L'impact de ces pollutions n'est plus à démontrer : extinction de la biodiversité (-40% d'espèces d'oiseaux [11]), diminution de la production agricole due à la perte de pollinisateurs [12] ou encore toxicité humaine (substances cancérigènes, perturbateurs endocriniens et neuro-toxiques [13]).
Alors que les épisodes de marées vertes ont montré un lien direct entre l'eutrophisation des milieux aquatiques et la pollution des eaux aux nitrates par les effluents d'élevage [14], le changement de paradigme agricole reste très faible. Il est urgent de revoir le modèle d'agriculture intensive pour protéger au mieux les ressources en eau mais aussi repenser nos modèles économiques de production et de consommation. L'utilisation par les cantines scolaires de : i) récoltes bio, au lieu des productions des agro-industriels, participerait à la réduction des produits phytosanitaires, limitant la présence de polluants chimiques et organiques dans les nappes superficielles et profondes ; ii) variétés locales adaptées aux contraintes environnementales de la région, participerait à diminuer l'utilisation d'intrants, le besoin de transport pour les récoltes et ne nécessiterait pas ou peu d'irrigation. Concernant la pollution aux pesticides, nous soulignons l'arrêt de leur utilisation dans l'entretien des espaces verts de la métropole depuis 1999 [15] et invitons dès lors les diverses collectivités à aller au-delà et bannir les phytosanitaires des lieux de restaurations collectives.
Quant aux industries, nombreuses sont celles qui polluent, gaspillent ou accaparent l'eau ; on pense notamment aux industries classées SEVESO présentes au niveau de l'estuaire telle que Yara, régulièrement mise en demeure pour des rejets dans la Loire et qui a préféré fermer plutôt que de se mettre aux normes [16].
Parmi les diverses revendications, la taxation plus importante des gros pollueurs a été unanime.
À ce jour, plus de 70% des redevances pollution (un outil financier utilisé pour protéger la ressource eau) sont à charge des consommateurs domestiques, contre 10% pour les industriels et ce, malgré leur impact bien supérieur sur la ressource [2].
Pour aller en ce sens, un travail de cartographie recensant les industries les plus polluantes et/ou aquavores est nécessaire.
Pour pallier les effets néfastes de la pollution de l'eau, la proposition d'un aquascore, calqué sur le nutriscore alimentaire, permettrait d'informer la population sur la qualité de l'eau au robinet. Si des seuils existent (sulfates, chlorure, potassium, nitrates etc.) pour garantir la potabilité de l'eau, cela n'est pas communiqué de façon claire. À titre d'exemple, un rapport de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) a montré en 2022 que deux tiers de l'eau du robinet des français était contaminée par un dérivé de chlorothalonil, un herbicide interdit depuis 2020 et ce, au-delà du seuil autorisé dans 34% des cas [17].
Dès lors, dans des régions agricoles où le taux de nitrates peut avoisiner le seuil de potabilité, l'eau pourrait être classée B ou C en regard d'une eau peu riche en nitrates ayant un aquascore A. Le cahier des charges pour la création de cet aquascore ainsi que sa diffusion reviendrait à la Régie publique eau de Nantes Métropole et permettrait à la population de se prémunir contre les effets néfastes d'une eau polluée. Cela devrait par ailleurs se généraliser aux autres Métropoles, communauté de communes et aux gestionnaires privés. Dans le cas où l'aquascore ne serait pas disponible, la distribution de kits pour tester soi-même la qualité de l'eau semble être une bonne alternative.
De manière générale concernant la gestion des ressources en eaux et leurs qualités, une mesure importante des pouvoirs publics doit consister à repenser l'aménagement du territoire. La réduction drastique de l'artificialisation des sols en zones urbaine et notamment leur imperméabilisation permet de limiter le ruissellement des eaux pluviales qui se chargent en polluant lors du lessivage des surfaces et dégradent par la suite fortement les milieux aquatiques [18].
En particulier, une étude montre que la pollution est locale pour de nombreuses molécules et ne provient qu'en faibles proportions de la pollution atmosphérique, étant reliée directement au lessivages des surfaces urbaines [19].
Par ailleurs, bien que nous soulignons la mise en place du plan Pleine Terre par la Métropole, ayant pour objectif de déminéraliser les sols et les "renaturaliser" [20], nous sommes nombreux·ses à déplorer l'inertie au vu des espaces encore bitumisés inutilement ; certains et certaines se disent prêts et prêtes à utiliser des marteaux piqueurs.
Il n'est pas sans rappeler que les végétaux en ville participent à de nombreux services écosystémiques favorisant la captation de l'eau ou réduisant de manière significative les îlots de chaleur [21]. Il semble également paradoxal qu'une Métropole encourage à la renaturalisation des sols pour favoriser la biodiversité et dans le même temps participe à la destruction de zones humides très riches en biodiversité dans le très controversé projet Doulon-Gohards.
À ce titre, une réglementation plus dure pour protéger les zones humides et prévenir leur disparition en zone urbaine est essentielle tout comme une réévalution du PHEC (plus haute eau connue) du PPRI (plan prévention risques inondation) pour limiter les inondations. Cette dernière mesure implique également d'éviter les constructions en zones inondables (cf. le projet du nouveau CHU [22]). Parmi les diverses propositions, la création de mares parait rapide à mettre en place et permettrait par ailleurs de favoriser le développement de biocénoses aquatiques.
Le "tout-béton" prôné par une politique attractive de la métropole - objectif de 6000 logements neufs par an indiqué dans le plan de relance du programme local de l'habitat publié en octobre 2023 sur le site de Nantes métropole [23] - a un impact négatif plus vaste sur le territoire ligérien de par la destruction de nombreux paysages et écosystèmes pour l'extraction du sable. Divers collectifs de riverains et riveraines s'opposent notamment aux extensions de carrières (Tahuns, Saint-Colomban etc.) pour protéger des espaces naturels et lutter contre le monde du béton.
Comme évoqué plus haut, l'incitation au changement de paradigme agricole par les pouvoirs publics particperait à une refonte des paysages du territoire (haies, bocages...). Enfin nous souhaiterions que plus de moyens financiers et humains soient accordés à la "police de l'eau", aux protecteurs.ice.s de l'environnement (ONF, OFB) afin de préserver au mieux le vivant.
En conclusion, si les diverses oeuvres dystopiques nous appellent à repenser nos imaginaires, rouages indispensables des politiques de transitions, nous ne sommes pas prêts à vivre avec des distiles - appareil de recyclage de l'eau corporelle présent dans l'univers fictionnel "Dune" de Frank Herbert - ou être dépendants des caravanes de l'eau (convoi d'approvisionnement d'eau potable dans le livre "Les derniers hommes" de Pierre Bordage). Les problématiques de l'eau sont centrales pour les humains et non humains afin d'assurer la subsistance du vivant. Les diverses décisions la concernant se doivent d'être prises collectivement et rapidement.
📣 C'est pourquoi nous appelons à l'organisation d'une convention citoyenne de l'eau au niveau de la Métropole Nantaise, du département et de la Région, et insistons sur le besoin de souverainetés locales. 📣
Un collectif de citoyen.ne.s, Scientifiques en Rébellion et Extinction Rébellion.