14.09.2023 à 02:00
Alors que l’Académie Vétérinaire de France (AVF) organise une séance « Élevage et société » le jeudi 21 septembre 2023, force est de constater que l’ensemble des interventions prévues ne questionnent que très peu le modèle agricole destructeur que nous connaissons aujourd’hui et envisagent encore moins la réduction nécessaire de l’élevage pour une véritable transition agro-écologique. Les vétérinaires participants ont le droit d’accéder à des discours contradictoires et d’aborder avec transparence et exhaustivité la question de l’élevage et de ses impacts.
L’Académie Vétérinaire de France organise, le 21 septembre 2023, une journée sur « l’expertise scientifique pour une transition agroécologique réussie ».
Dans son programme, l’Académie édifie l’élevage comme source de nutrition, de protection des pays du Sud, constituant des opportunités territoriales et circularités. Cela aurait pu en rester là, car chaque institution, après tout, choisit les histoires qu’elle raconte.
Néanmoins, en se réclamant de la science, l’Académie en appelle à plus large qu’elle. La science n’est pas un parti pris qu’on choisit. Elle porte des valeurs et est au service des citoyens et citoyennes du monde aujourd’hui et pour le futur. Elle suit une éthique de la recherche qui inclut des mots comme intégrité, collégialité, pertinence, responsabilité, exhaustivité.
En donnant la parole uniquement à des intervenants pro-élevages, l’Académie oublie que :
Partout dans le monde, les scientifiques demandent que leurs travaux ne soient pas utilisés pour protéger un agenda politique qui détruit la biodiversité et empêche la diminution des émissions de gaz à effet de serre. Pourquoi aucun des résumés présentés ne fait état des recommandations d’institutions de consensus international comme le GIEC, l’OMS et l’IUCN ?
Selon les alinéas 2, 9, 12 et 15 de l’article R242-33 du code de déontologie vétérinaire, les vétérinaires doivent « prend[re] en compte les conséquences de leur activité professionnelle sur l’environnement » et « acqu[érir] l’information scientifique nécessaire à leur exercice professionnel ». Mais surtout ils ne doivent pas « aliéner [leur] indépendance professionnelle sous quelque forme que ce soit ».
En ne permettant pas un débat ouvert et en ne présentant pas le consensus actuel sur la nécessité de diminution du cheptel de monogastriques et de polygastriques en France, l’Académie Vétérinaire de France va contre le mandat qu’elle prétend avoir, à savoir contribuer à la diffusion des progrès des sciences. Elle va contre les vétérinaires et leur mission de santé publique. Elle entretient aussi un scepticisme scientifique qui ampute les générations futures de la possibilité d’avoir une planète avec un climat stable.
En conséquence :
Nous constatons que la transition fait partie de vos préoccupations et sommes à votre entière disposition pour vous aider à avancer sur le sujet dans le sens du consensus scientifique.
Signataires :
31.07.2023 à 02:00
Scientifiques en rébellion prend acte de la publication le 7 juillet de l’avis 44 du Comité d'éthique du CNRS (COMETS) « Entre liberté et responsabilité : engagement public des chercheurs et chercheuses » qui fait explicitement référence à notre collectif et à nos modalités d’action et de prise de position publique.
Nous nous félicitons de l’avancée majeure que constitue cet avis dans le paysage des rapports entre sciences, société et politique. En effet, l’avis du COMETS rappelle de façon claire et catégorique que :
Cet avis est un écho au Manifeste de Scientifiques en rébellion « Pour la liberté d’engagement des scientifiques » qui a été signé par plusieurs centaines de scientifiques à ce jour.
Nous comprenons que la rédaction d’un tel avis est un exercice difficile. Il n’est donc pas surprenant de rencontrer dans le résumé, les conclusions ou le corps de l’avis un certain nombre de points vagues voire ambigus qui appellent à une certaine vigilance. Ainsi :
L’avis du COMETS ouvre enfin un espace de discussion sur les questions de neutralité, de responsabilité, de liberté et d’engagement des scientifiques en société, et plus généralement sur les rapports entre science et politique. Cet avis offre l’opportunité d’un débat rationnel et serein qui s’oppose de facto à la tentation de criminaliser l’engagement des scientifiques dans un contexte d'intensification des tensions sociales et politiques liées aux crises climatiques et écologiques.
07.07.2023 à 02:00
Face aux questions et critiques que soulève l’engagement croissant des scientifiques dans l’espace public, Scientifiques en rébellion propose un manifeste « Pour la liberté d’engagement des scientifiques ». Ce manifeste a pour but d’expliquer les raisons de cet engagement qui, dans le contexte des crises climatiques et écologiques actuelles, n’est pas simplement un droit, mais une composante essentielle de notre métier de scientifiques. Nous appelons l’ensemble des institutions scientifiques à soutenir la liberté d’engagement des scientifiques en signant ce manifeste. Comme l’ont déjà fait des centaines de scientifiques, vous aussi, signez le manifeste à titre individuel pour soutenir le mouvement.
Cher·e·s collègues,
Nous demandons à votre [conseil/comité/société] de soutenir les scientifiques qui exercent leur liberté d’expression académique en alertant sur les crises écologiques et climatiques à travers l’engagement non-violent de leur choix.
Le changement climatique et l’effondrement de la biodiversité, qui se déroulent à des vitesses jamais observées dans le passé, annoncent des crises sans précédent. Les premiers effets s’en font déjà sentir et augurent un futur dramatique pour l’ensemble des êtres vivants et plus particulièrement l’humanité.
La première mission des institutions et acteurs de l’enseignement supérieur et de la recherche publique (ESR) est de produire des connaissances scientifiques qui sont un bien commun au service de l’intérêt général [1].
Cela fait plus d’un demi-siècle que des dizaines de milliers d’articles scientifiques documentent le changement climatique et l’effondrement de la biodiversité et alertent les décideurs sur l’urgence à agir. Les scientifiques du GIEC [2] et de l’IPBES [3] ont produit et publié des synthèses toujours plus complètes, offrant non seulement aux décideurs des constats scientifiques solides, mais décrivant également des scénarios et des solutions pour prévenir et atténuer les effets des crises à venir. Ces efforts sont globalement restés vains et leurs impacts largement en deçà des enjeux [4,5], ne faisant qu’accentuer l’urgence. La constitution d’un socle de connaissances fiables n’a donc pas suffi à mettre en œuvre des actions adaptées.
La seconde mission de l’ESR, tout aussi importante, consiste à diffuser ces connaissances auprès du public, afin de répondre aux besoins de la société et de permettre à chacun·e de faire des choix éclairés. Or, on ne peut que constater un défaut d’information des populations sur les enjeux qui les concernent. Ce défaut est en partie dû à la difficulté de diffuser la connaissance dans un contexte de crise de la médiation scientifique qui participe à la confusion entre faits scientifiques documentés et opinions.
À cette difficulté se rajoute la fabrique du doute par la propagation de discours contradictoires venant d’acteurs ayant tout intérêt à repousser les changements qu’impliquent les transitions écologiques et sociales [6, 7]. Il est très inquiétant de voir aussi augmenter, à la mesure de l’urgence, des communications publiques ou gouvernementales qui relèvent du greenwashing, à tel point qu’elles sont sujettes à des sanctions judiciaires [8] et à des désaveux d’institutions publiques et de leurs membres [9].
Aujourd’hui, l’accès à ces connaissances scientifiques permettant une appropriation des enjeux écologiques systémiques est nécessaire pour l’ensemble des citoyen·ne·s et notamment les plus vulnérables, qui subissent en premier les effets de ces crises [10].
Dans ce contexte, il est du devoir des scientifiques, au service des citoyen·nes, d’investir de nouveaux moyens d’interagir avec la société, en entrant dans l’espace public et médiatique pour promouvoir les connaissances scientifiques et dénoncer de toutes les manières possibles les entreprises de désinformation dont nous sommes les témoins. Le devoir de neutralité est parfois mis en avant pour discréditer l’engagement des scientifiques dans le débat public. Il est essentiel de rappeler que la neutralité de la science est une utopie : si la méthode scientifique vise à l’objectivité, nos objets de recherche, nos questionnements, nos financements, les applications qui sont faites de nos résultats sont le produit de nos sociétés humaines et en portent les orientations. Quand bien même elle serait atteignable, la neutralité scientifique ne s’oppose de toute façon pas à la mission d’alerte du public, en particulier devant l’accumulation des preuves des crises écologiques et de leurs impacts négatifs sur les populations et les systèmes sociaux et économiques.
Ce rôle de lanceur·se d’alerte des scientifiques s’inscrit dans la notion d’engagement personnel, c’est-à-dire toute prise de position publique sur des enjeux moraux, politiques ou sociaux [11]. Les prises de parole médiatiques, le soutien à des causes, la participation à des manifestations ou à des actions de désobéissance civile non violente en sont différentes modalités, toutes porteuses de cet engagement. Dans le cas particulier des scientifiques, cet engagement relève directement de la liberté académique [12], qui inclut le droit des universitaires « d’exprimer librement leurs opinions sur l’institution ou le système au sein duquel ils travaillent ainsi qu’à diffuser sans restriction le savoir et la vérité » [1, 13].
Pourtant, certain·e·s collègues subissent des pressions ou des sanctions de la part de leurs institutions qui leur reprochent l’exercice de cette liberté académique. Récemment, Rose Abramoff (géologue) a été licenciée de l’Oak Ridge National Laboratory (USA) pour avoir brandi une banderole lors du congrès annuel de l’American Geophysical Union, dans le but d’encourager ses collègues à s’engager dans l’espace public. Le motif de licenciement avancé : s’être livrée à une activité personnelle dans le cadre d’une mission professionnelle [14].
Cet exemple démontre, s’il en était besoin, que les institutions de recherche et d’enseignement supérieur ne sont, pas plus que les universitaires qu’elles emploient, des entités neutres. Les directions de ces établissements sont parfois également soumises à des pressions extérieures venant de financeurs ou d’administrations de tutelle, qui peuvent les inciter à s’écarter de leur vocation initiale et à exercer une censure illégitime sur l’engagement public de leurs agents. À l’inverse, des institutions comme l’Université de Lausanne [11] ont conclu à la nécessité de soutenir et de défendre cette liberté académique et de ne pas entraver la liberté d’expression et d’engagement des universitaires.
Il est désormais crucial que la communauté scientifique dans son ensemble, et notamment les corps intermédiaires que sont les sociétés savantes et les instituts, se positionnent massivement pour défendre l’engagement des chercheur·se·s comme un des piliers de leur liberté d’expression.
Nous invitons votre [conseil/comité/société] à se positionner en faveur de la liberté d’engagement des scientifiques, en vous saisissant de ce texte et en contribuant à sa diffusion dans votre communauté dans sa version originale ou amendée.
[1] UNESCO, Recommandation de l’UNESCO concernant la condition du personnel enseignant de l’enseignement supérieur, 1997.
[2] Sixième rapport d’évaluation du GIEC, 2021-2023.
[3] Rapport d’évaluation mondiale de la biodiversité et des services écosystémiques de l’IPBES, 2019.
[4] I. Stoddard et al., « Three Decades of Climate Mitigation : Why Haven’t We Bent the Global Emissions Curve? », Annual Review of Environmental Resources, vol. 46, 1, pp. 653–689, 2021.
[5] Secrétariat de la Convention sur la Diversité Biologique, Perspectives mondiales de la diversité biologique 5, 2020.
[6] C. Bonneuil, P.-L.s Choquet, B. Franta, « Early warnings and emerging accountability : Total’s responses to global warming, 1971–2021 », Global Environmental Change, vol. 71, 10238, 2021.
[7] N. Oreskes, « The Scientific Consensus on Climate Change », Science, vol. 306, no. 5702, pp. 1686–1686, 2004.
[8] L’Affaire du Siècle, https://laffairedusiecle.net/.
[9] Haut Conseil pour le Climat, Rapport grand public 2022, 2022.
[10] Comité d’Ethique du CNRS (COMETS), « Intégrer les enjeux environnementaux à la conduite de la recherche – Une responsabilité éthique », Avis n°2022-43.
[11] Fragnière A. et al., « L’engagement public des universitaires : entre liberté académique et déontologie professionnelle. Rapport du Groupe de travail sur la recherche et l’engagement », Université de Lausanne, 2022.
[12] Loi Savary, 1984 ; Code de l’Education, 2000 ; Principe fondamental reconnu par les lois de la République ; Cour Européenne des Droits de l’Homme, Mustafa Erdoğan et autres c. Turquie, requêtes no 346/04 et 39779/04, arrêt du 27 mai 2014, p. 40. Cité dans Kaye, D., Rapport du Rapporteur spécial sur la promotion et la protection du droit à la liberté d’opinion et d’expression, Nations Unies, 2020, p. 11.
[13] Cour Européenne des Droits de l’Homme, Sorguç c. Turquie, requête no 17089/03, arrêt du 23 juin 2009, par. 35. Cité dans Kaye, D., Rapport du Rapporteur spécial sur la promotion et la protection du droit à la liberté d’opinion et d’expression, Nations Unies, 2020, p. 11.
[14] « Désobéissance civile : “Les climatologues sont aussi des citoyens et des êtres humains” », Le Monde, 26 Janvier 2023.
Benoit Derijard, Écologue marin, Chercheur CNRS, Université Cote d'Azur, Nice
Benjamin Mauroy, Mathématicien, Directeur de recherche, CNRS, Nice
Odin Marc, Géomorphologue, Chargé de recherche, CNRS, Toulouse
Luc Deneire, Traiteur de signal, Professeur des Universités, Université Côte d'Azur
Elodie Vercken, Écologue, Directrice de Recherche, INRAE, Sophia-Antipolis
Mathias Rollot, Architecte, Maître de conférences à l'ENSAG, Université Grenoble Alpes
Julien Lefevre, Informaticien, Maître de conférences, Aix-Marseille Université
Raphael Seguin, Biologiste marin, Université de Montpellier
Sylvain Weill, Hydrologue, Maître de conférences à l'ENGEES, Université de Strasbourg
Agnès Ducharne, Hydro-climatologue, Directrice de recherche, CNRS, Paris
Camille Baudoin, Informatique, Enseignant, Insa CVL, Blois
Rémi Gaillard, Doctorant en climatologie, ENS-PSL, Paris
Romain Valadaud, Géographe, Post Doctorant, IRD, Montpellier
Guillaume Mandil, Sciences pour l'ingénieur, Maître de conférences, Université Grenoble Alpes
Florence Maraninchi, Informaticienne, Professeure des universités, Université Grenoble Alpes
Fabienne Barataud, Géographe, ingénieure de recherche Inrae, Nancy
Amine Boussejra, Doctorant en physique, IP2I, Université Claude Bernard Lyon 1
Soizic Rochange, Biologiste, Université Toulouse 3
Estelle Barbot, Post-doctorante, ISEM, Montpellier
Laure Teulières, Historienne, Maîtresse de conférence, Université Toulouse Jean Jaurès
Florence Volaire, Écologue, Chargée de recherche, INRAE-CEFE, Montpellier
Romain Couillet, Mathématicien appliqué aux sciences de l'ingénieur, Professeur des Universités, Université Grenoble-Alpes
Océane Foix, Sismologue, Postdoctorante, Géosciences Montpellier, CNRS, Université de Montpellier
Louise Karman-Besson, Doctorante en Géomorphologie, CNRS, Toulouse
Alexis Bienvenüe, Mathématicien appliqué, Maître de conférences, ISFA, Université Lyon 1
Philippe Lesage, Maître de conférences en Sciences de la Terre, Université Savoie Mont Blanc, Chambéry
Victor Altmayer, Neurologue, Doctorant en neurosciences, ICM, Paris
Isabelle Roman, Ingénieure agronome ENSA Rennes, spécialisée en génie de l'environnement, et psychanalyste
Théo Guillerminet, Biologiste spécialisé sur l'étude de la diversité cultivée, CIRAD, Montpellier
Laura Schuft, Sociologue, Maîtresse de conférences, Université Côte d'Azur
Elodie Merlot, Biologiste et ingénieure agronome, directrice de recherche à INRAE, Rennes
Philippe Borsa, Généticien des populations, Directeur de recherche, IRD, Montpellier et Nouméa
Laurent Husson, Géologue, Directeur de recherche, CNRS, Grenoble
Yann Coadou, Physicien, Chargé de recherche, CNRS, Marseille
Marieke Van Lichtervelde, Géologue, Chargée de Recherche, IRD, Toulouse
Celine Scornavacca, Bio-informaticienne, Directrice de Recherche, CNRS, Montpellier
Thomas Hermilly, Océanographe physicien/biogéochimiste, Doctorant, IRD (LOPS et LOV), Brest
Tanguy Fardet, Chargé de recherche, ENPC, Champs-sur-Marne
Ludivine Baguet, Vétérinaire, CVPDCN, Sérifontaine
Solange Coadou, Doctorante en océanographie, ENS-PSL, Paris
Louis Waquier, Doctorant en physique, CNRS, Université Paris Cité, Paris
Yentl Deroche, Doctorante en sociologie, INRAE, Université de Montpellier, Montpellier
Sylvain Kuppel, Hydrologue, Chargé de recherche, IRD, Toulouse
Viviane Baladi, Mathematicienne, Directrice de recherche, Paris
Pierre Mathieu, Mathématicien, Professeur des universités, Université d'Aix-Marseille
Isabelle Goldringer, Ingénieure agronome et généticienne des populations, Directrice de recherche, INRAE, Université Paris-Saclay
Laurent Riou, Ingénieur mécanicien, CNRS, Villeurbanne
Constance Valentin, Physicienne, Chargée de recherche, CNRS, Université de Bordeaux
Damien Cartron, Sociologue, Ingénieur de recherche, CNRS, Paris
Julien Milli, Astronome adjoint, Observatoire des Sciences de l'Univers de Grenoble, Université Grenoble Alpes
Hugo Trentesaux, Physicien, Ingénieur de recherche, CESBIO, Toulouse
Noam Bloch, Hydraulicien, Doctorant, LEGI - CNRS, Université Grenoble Alpes
Aude Carreric, Climatologue, Post-doctorante, BSC-CNS, Barcelone
Marwan Naciri, Doctorant en écologie, CEFE, Université de Montpellier
Arache Djannati-Ataï, Astrophysicien, Directeur de recherche, CNRS, Paris
Xavier Bodin, Géographe, Chargé de recherche, CNRS, Le Bourget-du-Lac
Stéphanie Mariette, Généticienne des populations, INRAE, Bordeaux
Valérie Sion, Mathématicienne, Informaticienne, Paris
Pascal Houillier, Néphrologue, physiologiste, Professeur des Universités, Université Paris Cité, INSERM, Paris
Louise van Oudenhove, Écologue, Chargée de recherche, INRAE, Sophia-Antipolis
Théophile Truchis, Physicien-écologue, Doctorant, PCPHT, Polytechnique, Palaiseau
François Warlop, Agronome, GRAB, Avignon
Bruno Locatelli, Chercheur en sciences de l'environnement, Cirad, Université de Montpellier
Bertrand Isidor, Généticien, INSERM, Nantes
Hugo Raguet, Maître de conférences en informatique, INSA Centre-Val de Loire et Université de Tours
Gilles Frison, Chimiste, Directeur de recherche, CNRS, Paris
Mickael Coriat, Astrophysicien, Université Toulouse 3, Toulouse
Charlène Bouchaud, Archéobotaniste, Chargée de recherche CNRS, Muséum national d'histoire naturelle
Jonah Jaubert, Élève-ingénieur en science des données, EFREI, Paris
Jérôme Guilet, Chercheur en astrophysique, CEA Saclay
Miriam Beck, Post-doctorante en océanographie/écologie, LOV/Sorbonne Université
Arnaud Legrand, Informaticien, Directeur de recherche, CNRS, Grenoble
Wim Burmeister, Professeur de biophysique, Université Grenoble Alpes, Grenoble
Arnaud Poublan-Couzardot, Neuroscientifique, Post-doctorant, INSERM, Lyon
Loic Salmon, Biophysicien, Chercheur, CNRS, Lyon
Florian Debras, Astrophysicien, Chercheur CNRS, Toulouse
Frédérique Bienvenüe, Mathématicienne, Maîtresse de conférences, Université Lyon 1, Lyon
Laurent Bétermin, Mathématicien, Maître de conférences, Université Lyon 1, Lyon
Ivan Gentil, Mathématicien, Enseignant-chercheur, Université Lyon 1, Lyon
Julian Carrey, Physicien, Enseignant-chercheur INSA Toulouse
Frank Wagner, Mathématicien, Professeur, Université Lyon 1, Lyon
Louis Dupaigne, Mathématicien, Enseignant-chercheur, Université Lyon 1, Lyon
Thomas Blossier, Mathématicien, Enseignant-chercheur, Université Lyon 1, Lyon
Florian Simatos, Enseignant-chercheur en mathématiques appliquées, ISAE SUPAERO, Toulouse
Lara Elfjiva, Anthropologue, Doctorante, CNRS EHESS, Paris
Méril Massot, Post-doctorante en microbiologie, CEFE, CNRS, Montpellier
Jean-Marie Madiot, Informaticien, chargé de recherche, INRIA, Paris
Marine Beneat, Doctorante, IFREMER
Christian Léonard, Mathématicien, Professeur, Université Paris Nanterre
Steve Hagimont, Historien, Maître de conférences, Université de Versailles-Saint-Quentin
Mathieu Chassé, Géochimiste, Maître de conférences, Sorbonne Université
Geoffroy Aubry, Physicien, Chargé de recherche, CNRS, Nice
Sophie André, Pharmacien
Camille Lepoittevin, Ingénieure de recherche en génétique des populations, INRAE, Bordeaux
Ariane Lambert-Mogiliansky, Professeure associée à l'Ecole d'Economie de Paris (PSE)
Pascal Maugis, Chercheur hydro-climatologue, LSCE
Chiara Pistocchi, Maîtresse de conférences en sciences du sol, Institut Agro Montpellier
Alexandre Le Tiec, Astrophysicien, chargé de recherche CNRS, Observatoire de Parisu
Laurent Riou, Ingénieur mécanique CNRS, IP2I de Lyon
Jérôme Santolini, Directeur de recherche, CEA, Saclay
Matthieu Moy, Maître de conférences, UCBL, Lyon
Julien Gros, Sociologue, Chargé de recherche CNRS, LISST, Toulouse
Laetitia Tuffery, Économiste, Enseignante-chercheure associée à PSAE, Saclay
Zoé Berenger, Doctorante en informatique, Télécom Paris, Palaiseau
Titouan Montheil, Docteur en chimie et physico-chimie des Matériaux, Université de Montpellier, Montpellier
Isabeau Bertrix, Doctorante, Modélisation de végétation dynamique, Laboratoire des Sciences du Climat et de l'Environnement, Université Paris-Saclay
Élodie Millan, Doctorante, Modélisation numérique du mouvement brownien confiné, Laboratoire d'onde et matière d'Aquitaine, Université de Bordeaux
Olivier Saut, Mathématicien, Directeur de recherche CNRS, Bordeaux
Michel Dobrijevic, Astrophysicien, Enseignant-chercheur, Université de Bordeaux
Juliette Bessette, Historienne de l'art, Aix-Marseille Université
Pierre Salou, Ingénieur CEA, Grand Accélérateur National d'Ions Lourd, Caen
Christine Blondel, Historienne des sciences et des techniques, chercheuse CNRS retraitée, Paris
Malo Mofakhami, Chercheur en sciences économiques, Maître de conférences, Université
Gaëlle Letort, Ingénieure de recherche en analyse d'images biologique, CNRS, Institut Pasteur, Paris
Jean-Baptiste Charlier, Chercheur hydrogéologue, UMR G-Eau, Montpellier
Timothée Chabot, Sociologue, Postdoctorant au CRIS, Sciences Po - CNRS, Paris
Alexis Tantet, Climatologue, Professeur assistant au LMD, École Polytechnique, Palaiseau
Léa Bonnefoy, Astrophysicienne, postdoctorante au LERMA, Observatoire de Paris, Paris
Alice Meunier, Biologiste, CNRS, Institut de biologie de l'Ecole Normale Supérieure, Paris
Jean-Luc Gouzé, Mathématicien, Directeur de recherche, Inria, Sophia-Antipolis
Sébastien Triqueneaux, Ingénieur de Recherche, CNRS, Institut Néel, Grenoble
Anne-Sophie Masson, Écologue, post-doctorante, INRAE, Montpellier
Aurélien Berlan, Docteur et agrégé en philosophie, maître de conférence en Sciences économiques et gestion, ancien élève de l'ENS, Toulouse 2
Milan Bouchet-Valat, Sociologue, Chargé de recherche, Ined, Aubervilliers
Matthieu Latapy, Directeur de recherche, CNRS, Paris
Ewa Zlotek-Zlotkiewicz, Chercheuse alter-académique, Nantes
Alain Mille, Professeur Émérite, Université Lyon1
Philippe Marquet, Enseignant-chercheur en informatique, université de Lille
Jacques Testart, Biologiste, Directeur de recherches honoraire, inserm
Juliette Anglade, Ingénieur de recherche Sc. de l'environnement et Sc. de l'éducation, INRAE, Nancy
Catherine Aubertin, Directrice de recherche, IRD,
François Millet, Directeur des programmes sciences et société, Le Dôme - Caen Normandie
Bernard Ancori, Professeur émérite, Université de Strasbourg
Sakina-Dorothée Ayata, Maîtresse de conférences en écologie marine, Sorbonne Université
Frédérique Lerbet-Sereni, Professeur, UPPA
Benoît Parrein, Informatique, Enseignant-Chercheur, Polytech Nantes
Simon Benhamou, Éco-éthologiste, Directeur de recherche CNRS, CEFE, Montpellier
Natacha Coquery, Historienne, professeure des universités, Université Lumière Lyon 2
Alexis Roy, Doctorant, Laboratoire Écologie Systématique Évolution, Université Paris-Saclay
Gwenaël Rabut, Biologiste, Chargé de recherche, INSERM, Rennes
Pascale Scheromm, Géographe, INRAE, Montpellier
Sabine Girard, Géographe, Inrae, Grenoble
Klask ! Docteur·e·s et innovation sociale, Association interdisciplinaire de chercheur·se·s, Nantes
Marie Fauré, Doctorante en histoire, Laboratoire Ausonius, Université Bordeaux-Montaigne
Laurent Pagani, Astrophysicien, directeur de recherche CNRS, Observatoire de Paris
Jacques Louis, Doctorant en physico-chimie, CNRS, Collège de France, Paris
François Briens, Ingénieur et docteur en économie, actuellement sans institution de recherche, Marseille
Catherine Even, Maîtresse de conférences en physique, Université Paris-Saclay, Orsay
Vincent Pradier, Doctorant en sciences de gestion, IAE de Paris - Sorbonne, Paris, et OCCAH, Montréal
Arnaud Beck, Ingénieur de recherche en physique numérique, CNRS, Palaiseau
Ghislain Nicaise, Biologiste, Professeur émérite, Université Nice Côte d'Azur
Patrick Chames, Biologiste, Directeur de recherche CNRS, Marseille
Irénée Frérot, Physicien, Postdoc à l'Institut Néel, Grenoble
Arnaud Chiffaudel, Physicien des systèmes complexes, Chargé de recherche CNRS 1988-2012
Jean-Marie Firdio, Sociologue, Ingénieur de recherche retraité, Paris
Antoine Tiberj, Maître de conférences physique et microélectronique, Université de Montpellier
Fabien Malbet, Directeur de recherche CNRS en Astronomie et Astrophysique, Université Grenoble Alpes
Anne Blondeau Da Silva, Maître de Conférences en Ecologie, Université Limoges
Pierre Stassart, Professeur de Sociologie de l'environnement, Université de Liège
Antoine Amarilli, Maître de conférences en informatique, Palaiseau
Eric Debuire, Praticien Hospitalier, CHU Guadeloupe
Delphine Clauss, Chimiste, Doctorante, Grenoble INP UGA
François Flahault, Directeur de recherche honoraire au CNRS
Floriane Clément, Chercheure en géographie/sciences politiques, INRAE, Toulouse
Jacques Blondel, Directeur de recherche émérite au CNRS
Thérèse Six, Médecin
Mariette Gerber, Cherheur Honoraire INSERM
Mireille Navarrete, Directrice de recherche agronome, INRAE
Martine Watrelot, Chercheuse retraitée IHRIM CNRS ENS lyon
Daniel Perrier, Artiste, Enseignant-chercheur
Philippe Nabonnand, Enseignant-chercheur, Histoire des sciences, Université de Lorraine
Anne Pacquelet, Biologiste, Chargée de recherche, INSERM, Rennes
Eric Faudry, Biologiste, Directeur de recherche CEA, Grenoble
Valentin Geslin, Biologiste, Doctorant, Université de Stavanger, Norvège
Thomas Colcombet, Informaticien, Directeur de recherches CNRS, Paris,
Heidi Charvin, Enseignante-chercheure, Psychologie, Université de Rouen
Michel Raymond, Directeur de recherche CNRS, Montpellier
Maud Hallin, Doctorante en sociologie de l'environnement, Université de Liège et INRAE, Toulouse
Joelle Thollot, Professeure des universités, Grenoble INP, Grenoble
Félix Garnier, Doctorant en économie écologique, Université de Bordeaux
Cécile Tannier, Géographe, Directrice de recherche au CNRS
Sylvie Rimsky, Biologiste, Directrice de recherche CNRS
Corinne Nativel, Politiste et angliciste, Enseignante-chercheure, Université Paris-Est Créteil
Daniel Beretz, Ingénieur physicien retraité du CEA Grenoble et Cadarache
Matthieu Salpeteur, Anthropologue, IRD, Paris
Christine Lauzeral, PRAG en mathématiques, Docteur en écologie, Université Toulouse III
Virginie Cogez, Maître de conférences en biologie, Université de Lille
Laurent Marsan, Maître de conférences en informatique, Univ. Toulouse 1
Mélanie Vay, Responsable d'études et de recherche, Institut des études et de la recherche sur le droit et la justice
Brigitte Chauvin, Mathématicienne, Professeur émérite, LMV, Université de Versailles Saint-Quentin
Théophile Bastian, Doctorant en informatique, Université Grenoble Alpes
Pascal Vaillant, Maître de conférences en informatique, Université Paris Nord
Simon Munier, Chercheur en hydrométéorologie, Centre National de Recherches Météorologiques
Vincent Leblan, Chargé de recherche en anthropologie, IRD
Louis Tomczyk, Doctorant en télécommunications optiques, Télécom Paris
Nathalie George, Directrice de recherche au CNRS
Thierry Lepage, Directeur de recherche CNRS
Bernard Drobenko Professeur émérite des Universités - Université du Littoral Côte d'Opale
Bruno Robert, Biophysicien, Directeur de recherche, I2BC
Isabelle George, Biologiste, Chargée de recherche au CNRS, Rennes
Fanny Rybak, Maîtresse de conférence en biologie, Université Paris-Saclay
Nicolas Giret, Biologiste, Chargé de recherche CNRS, Saclay
Thierry Moutin, Océanographe, Professeur, Aix-Marseille Université
Philippe Ciblat, Professeur, Telecom Paris
Chloé Huetz, Ingénieure de recherche, Université Paris Saclay
Joana Beigbeder, Enseignante-chercheuse, IMT Mines Alès, Pau
Océane Foix, Postdoctorante, Géosciences Montpellier, Montpellier
Jean Chamel, Anthropologue, Université de Lausanne
Hugo Vanneuville, Mathématicien, chargé de recherche, CNRS, Université Grenoble Alpes
Guillaume Salagnac, Maître de conférences en informatique, INSA de Lyon
26.06.2023 à 02:00
Le 26 juin 2023, une table ronde sur « l’interdisciplinarité dans le cadre de la transition énergétique » était organisée à l’Université Paul Sabatier. A son début, vers 11h45, des membres de Scientifiques en rébellion et des étudiant·es l’ont interrompu en raison de la présence de TotalEnergies. Ils ont déployé une banderole sur laquelle était écrit « Qui sont les vrais éco-terroristes ? » et ont dénoncé à l’oral la présence de TotalEnergies.
Les liens troubles entre l’Université et la multinationale fossile avaient déjà été dévoilés par le Canard enchaîné, dans deux articles publiés le 12 octobre 2022 et le 9 novembre 2022, et également dans un article de Reporterre. On y apprenait l’intervention d’employé·es de TotalEnergies dans un master sur la transition énergétique dirigé par un enseignant qui n’a rien contre le climatoscepticisme. On y apprenait également la signature d’un contrat de 3000 € entre TotalEnergies et l’Université Paul Sabatier dans lequel cette dernière affirme qu’elle « s’abstiendra de faire toute communication directe ou indirecte, écrite ou orale, susceptible de porter atteinte à l’image et à la notoriété de TotalEnergies ».
Au cours de leur intervention, les scientifiques ont rappelé que TotalEnergies refuse d’arrêter l’ouverture de nouveaux gisements fossiles, condition sine qua non pour respecter l’accord de Paris de 2015. Ils et elles ont également listé les stratégies passées ou présentes de l’entreprise pour justifier la poursuite de sa politique, et notamment celle sur le gaz : «Total investit massivement dans le gaz en le présentant comme une alternative au charbon pour une transition bas carbone. C’est faux ! Les dernières études montrent qu’il suffit de 3% de fuites entre l’extraction du gaz et sa combustion pour que son impact climatique soit pire que celui du charbon. Or de telles fuites existent et dépassent parfois ce seuil de 3%, surtout dans le cas du gaz liquéfié pour lequel Total développe de nouvelles infrastructures en France. Total le sait et continue dire que le gaz diminue les émissions de moitié par rapport au charbon. C’est faux !! ».
Les scientifiques ont également critiqué la communication consistant à mettre en avant le développement des énergies renouvelables : « Enfin Total, met en avant ses projets d’énergie renouvelable, qui sont une bonne chose. Mais avoir des projets d’énergie renouvelable n’empêche pas les émissions de CO2 des projets fossiles – les fameuses bombes climatiques – dans l’atmosphère. Le groupe se conduit comme un alcoolique auquel on diagnostiquerait une cirrhose du foie, et qui répondrait : « OK, donc je double ma consommation d'alcool, mais tout va bien puisque ma consommation d'eau, je la triple ! » ».
Les scientifiques ont également dénoncé avec vigueur l’accord signé entre l’Université Paul Sabatier et TotalEnergies. « Pour 3000 €, on achète le silence d’une institution !!! Bravo TotalEnergies ! Après la signature, vous avez sabré le champagne et bien dû vous moquer, avec raison, des personnes irresponsables qui ont proposé et signé un pareil accord. »
Les scientifiques et les étudiant·es ont ensuite assisté à la table ronde, qui était animée par Jean-Francois Georgis, l’enseignant de l’Université mis en cause dans les articles du Canard enchaîné. La table ronde a été ponctuée par quelques échanges vigoureux, l’animateur de la table ronde qualifiant l’intervention des scientifiques et étudiant·es « d’intervention minable ». Face au rappel par les scientifiques que leur intervention s’appuie sur les rapports du GIEC, l’animateur a répondu que « le GIEC, c’est la nouvelle Bible », rappelant ainsi aux yeux de toutes et tous le peu de cas qu’il fait du contenu de ces rapports. Au cours de la table ronde, plusieurs intervenant·es ont insisté sur la responsabilité des consommateurs et de « la demande », un argument classique de TotalEnergies qui a déjà été débunké ici.
Scientifiques en rébellion est un collectif national de scientifiques révoltés par l’inaction face à l’urgence écologique. Le collectif a réalisé plusieurs actions au cours du mois de mai ciblant spécifiquement les multinationales fossiles et leurs financeurs, afin de rappeler le constat scientifique actuel : respecter l’accord de Paris nécessite de ne plus ouvrir de nouveaux gisements d’énergie fossile.
26.05.2023 à 02:00
Plusieurs scientifiques ont participé au blocage de l’Assemblée générale de Total le 26 mai à Paris. Cette action était organisée par Alternatiba Paris, les Amis de la Terre France, Attac, et avec le soutien de Greenpeace France, 350.org, et bien sûr Scientifiques en rébellion. Elle faisait suite à une tribune que nous avions co-signée qui annonçait que « l’Assemblée générale de Total n’aura[it] pas lieu ». Malgré la répression policière dès le petit matin (gaz lacrymogènes notamment), 700 activistes ont fortement perturbé la tenue de cette assemblée. Plusieurs d’entre nous ont pris la parole et contribué à légitimer les revendications. En ligne, nous avons participé à la Twitter Storm organisée par Alternatiba : le mots-clé #BlocageTotal est a occupé le haut de l’affiche pendant les 2h de l’action, avec plus de 45 000 tweets.
25.05.2023 à 02:00
Le 16 mai, trois membres du collectif Scientifiques en rébellion ont participé à l’Assemblée générale des actionnaires de BNP Paribas, aux côtés des ONG de l’Affaire BNP, afin de questionner publiquement la banque sur ses engagements climatiques. Les scientifiques y ont interpellé le Conseil d’Administration de BNP Paribas sur la base de questions rédigées collectivement avec plusieurs co-auteur·es de rapports du GIEC, pour faire suite à une lettre ouverte publiée dans L’Obs en février dernier et co-signée par plus de 600 scientifiques. Du fait de l’absence de réponse de la banque, les scientifiques n’ont eu d’autre choix que d’acheter des actions BNP Paribas pour s’inviter à son rendez-vous annuel. Elles et ils ont reçu des réponses relativement vagues de la part du Conseil d’administration, et leurs interventions ont été perturbées par des huées et des sifflets, tout comme celles des représentant·es d’ONG ou de peuples autochtones venus interroger la banque sur sa participation à des projets les affectant directement.
Malgré les allégations répétées de BNP Paribas sur sa politique climatique, les faits sont têtus. En 2022, BNP Paribas restait le premier financeur de TotalEnergies, et la première banque au niveau mondial pour le financement du pétrole et du gaz en Arctique. Cette Assemblée générale a renouvelé le mandat de deux administrateurs de la banque par ailleurs membres du Conseil d’administration de TotalEnergies, dont le président du CA de BNP Paribas, Jean Lemierre. En février 2023, BNP Paribas avait été assignée en justice par 3 ONG (Les Amis de la Terre, Oxfam, Notre Affaire à Tous) pour non respect de son devoir de vigilance environnemental. Le 10 mai dernier, des actions de désobéissance civile dans une dizaine de villes avaient été conduites par le collectif Scientifiques en rébellion, en lien avec plusieurs autres organisations, en soutien à cette action en justice.
Vidéos disponibles sur Twitter : ici et ici.
Suite à la mise en demeure et au lancement d’une action en justice contre BNP Paribas par trois ONG dans le cadre de l’Affaire BNP, puis à la lettre ouverte de 600 scientifiques au CA de BNP Paribas, la banque a annoncé le 24 janvier puis le 11 mai de nouveaux engagements concernant la diminution de ses financements aux énergies fossiles. Ces mesures représentent un pas dans la bonne direction : en stoppant tout financement direct à de nouveaux projets d’extraction de pétrole et de gaz, BNP Paribas acte que ce type de projet ne doit plus avoir lieu pour respecter l’accord de Paris sur le climat. Malheureusement, de manière incohérente, BNP Paribas ne s’engage nullement à cesser de soutenir des entreprises qui lancent de tels projets (que ce soit via des prêts, l’émission d’obligations, ou la gestion d’actifs), comme c’est le cas de TotalEnergies. Or, d’après les calculs des ONG, les obligations représentent 37 % des financements de la banque à l’industrie des énergies fossiles. BNP Paribas s’en tient aussi à un objectif très modeste de -30 % d’exposition de crédit à l’exploration-production de gaz d’ici à 2030, et assume d’investir dans de nouvelles centrales à gaz et de nouvelles infrastructures de transport, dont la durée de vie s’étalera pourtant bien au-delà de 2050.
Face à l’absence de réaction à la lettre ouverte, le collectif Scientifiques en rébellion avait soumis à la banque des questions écrites avant l’Assemblée générale. Elles ont été publiées dans le Club de Mediapart. La réponse apportée par BNP Paribas a été mise en ligne après la tenue de l’AG. La banque se contente de rappeler ses engagements récents, tout en se gardant bien de répondre de manière formelle sur les points les plus gênants pour elle. En particulier, nous avons posé explicitement la question suivante, à laquelle BNP Paribas n’a pas apporté de réponse : « Reconnaissez-vous qu’actuellement BNP Paribas continue à soutenir le développement des énergies fossiles à travers des prêts directs, les émissions d’actions et d’obligations, et via la gestion d’actifs notamment pour des tiers ? Si oui, pouvez-vous donner explicitement quels sont les montants qui financent directement ou indirectement l’expansion des énergies fossiles via les différents mécanismes ? ». Cette question était claire, et appelait une réponse simple et chiffrée.
BNP Paribas s’est également gardée de confirmer ou d’infirmer le fait que les financements qu’elle accorde à des entreprises d’énergie fossile comme TotalEnergies peuvent servir à mettre en exploitation de nouveaux gisements pétroliers ou gaziers, ce qui est en contradiction flagrante avec la prétention de la banque à être alignée sur le scénario Zéro émission nette de l’Agence internationale de l’énergie.
Cette présence des scientifiques à l’AG de BNP Paribas avait été précédée, le 10 mai, par une vague d’actions des scientifiques en rébellion dans plusieurs villes de France. Dans deux villes, des agences ont été dégradées, que ce soit en l’aspergeant de peinture (Blois) ou en recouvrant de tracts et de peinture un distributeur de billets (Nice), suivant le mode opératoire de la campagne Banque Trop Crade du collectif Extinction Rebellion, qui a mené simultanément des actions dans une vingtaine de villes. Dans d’autres villes, les scientifiques avaient recouvert d’articles scientifiques une agence (Paris), interpellé les clients et responsables d’agence (Nancy), ou recouvert d’affiches des distributeurs. Les scientifiques avaient également rappelé symboliquement le concept de « bombes climatiques » en décorant des agences de bombes factices (Lyon) ou en déposant une grosse bombe factice à proximité d’agences (Toulouse). Les scientifiques appellent en effet les nouveaux projets d’extraction fossile « bombes climatiques » car ils vont empêcher le respect de l’accord de Paris et entraîner des millions de morts.
Si le Conseil d’administration a pris le temps d’écouter et de répondre aux questions des scientifiques et des ONG présent·es à l’AG, il n’en a pas été de même dans la salle. Les interventions des scientifiques ont vite été huées, tout comme celles d’autres ONG (Reclaim Finance, ShareAction). Les représentants venus de pays du Sud (Argentine et Philippines) pour exposer les dommages pour leurs territoires et communautés de projets pétro-gaziers financés indirectement par BNP Paribas, ont quant à eux été accueillis par des huées parfois mêlées d’insultes aux relents racistes (« Go Home », « Callate », « Parlez en français »). Cette scène d’une grande violence a été une des rares occasions où les responsables des pratiques extractivistes et du dérèglement climatique se retrouvent directement face aux victimes des catastrophes qu’ils provoquent.
Kévin Jean : « Je suis scientifique et je prends la parole au nom des 600 scientifiques, dont plusieurs co-auteurs et co-autrices de rapports du GIEC, qui ont adressé en février dernier une lettre ouverte au Conseil d’administration de BNP Paribas pour lui demander de cesser de financer de nouveaux projets pétroliers et gaziers. Le consensus scientifique est en effet parfaitement clair : pour conserver une chance de limiter le réchauffement climatique en dessous de 2 °C comme le prévoit l’accord de Paris de 2015 sur le climat, il faut laisser la majorité des énergies fossiles encore disponibles dans le sol et ne plus ouvrir de nouveaux gisements. Le GIEC et l’Agence internationale de l’énergie l’affirment sans détour. Vous avez entre vos mains le pouvoir de limiter la catastrophe qui s’annonce et son cortège de canicules, de sécheresses, de méga-feux, de famines, et leurs dizaines voire centaines de millions de victimes prévues. En réponse à notre interpellation et à l’action en justice lancée par plusieurs ONG pour non respect de devoir de vigilance, BNP Paribas semble reconnaître ce consensus scientifique, puisque ses nouveaux engagements pris le 11 mai dernier prévoient de ne plus financer directement l’ouverture de nouveaux champs pétroliers et gaziers. Pourtant BNP Paribas continuera à les financer via les prêts généraux aux entreprises et l’émission d’obligations jusqu’en 2030 et au-delà. Contrairement à ce qu’elle affirme, BNP Paribas n’est pas alignée sur le scénario Zéro émissions nettes de l’Agence internationale de l’énergie. Pouvez-vous vous engager à stopper immédiatement ces financements indirects ? »
Milan Bouchet-Valat : « Je m’appelle Milan Bouchet-Valat, je suis chercheur en sociologie. Je prends aussi la parole au nom des 600 scientifiques qui vous ont adressé en février dernier une lettre ouverte pour vous demander de cesser de financer de nouveaux projets pétroliers et gaziers. Les nouveaux engagements de BNP Paribas prévoient une réduction de seulement 30 % à l’horizon 2030 de son exposition de crédit à la production-exploration de gaz. Pourtant, le gaz reste une énergie fossile qui contribue fortement au dérèglement climatique. Par ailleurs, aucun engagement n’est pris concernant le financement de nouvelles centrales thermiques et d’infrastructures d’approvisionnement de gaz naturel conventionnel. Au contraire, votre banque a même affirmé dans ses engagements pris en janvier de cette année qu’elle « pourra contribuer au financement de centrales thermiques de nouvelle génération à bas taux d’émission ainsi que, le cas échéant, d’infrastructures nécessaires à la sécurité d’approvisionnement (terminaux gaziers, flotte de transport de gaz…) ». Cette déclaration est donc un soutien explicite au développement de l’industrie gazière. La durée de vie de ces infrastructures est d’au moins 30 ans : investir maintenant c’est être responsable des émissions de gaz à effet de serre au-delà de 2050. Pour que les États respectent l’accord de Paris sur le climat, ces infrastructures devront être arrêtées avant leur fin de vie. N’est-il pas économiquement risqué de continuer à investir dans un secteur sans avenir ? Pourquoi ne pas adopter une politique plus ambitieuse dans ce domaine ? Quand arrêterez-vous complètement tout financement direct ou indirect aux secteurs amont et aval du gaz ? »
Christine Blondel : « Je suis Christine Blondel, chercheuse en physique et grand-mère de huit petits-enfants, inquiète pour leur avenir. Quelle position portera BNP Paribas lors de l’Assemblée générale de TotalEnergies le 26 mai prochain vis-à-vis de la « stratégie climat » que la major soumettra au vote, et vis-à-vis de la résolution climat déposée par 17 de ses actionnaires ? »