07.05.2023 à 02:00
... mais le monde continue de l'ignorer. Le collectif Scientifiques en rébellion, en collaboration avec d’autres associations de désobéissance civile (Extinction Rebellion, Alternatiba - ANV-COP21, Stop Eacop), organise une campagne d'actions du 07 au 13 mai, dans le cadre d'une campagne internationale de Scientist Rebellion.
Si vous voulez plus de détails sur la campagne française en cours, c'est par ici.
10.04.2023 à 02:00
Pour la quatrième semaine consécutive, les Scientifiques en rébellion ont bandé les yeux de statues, et accroché à leurs cous des panneaux indiquant « Ne mentez plus », « Ouvrez les yeux » ou « Ceci est une urgence climatique ». Des statues à Nice, Toulouse, Paris, Montpellier, Blois, Nantes et Marseille ont été choisies pour leur côté symbolique. Il s’agit d’une action internationale, et plus d’une centaine de statues ont été affectées dans le monde, dans une quarantaine de villes réparties sur une douzaine de pays. Les scientifiques à l’origine de ces actions exigent que les personnes au pouvoir ne détournent pas le regard des résultats de la science. Le dernier rapport du GIEC montre clairement que la crise climatique et le désastre écologique menacent notre existence même, et exigent des mesures immédiates qui vont bien au-delà de ce qui est fait actuellement.
Scientist Rebellion a lancé l’action Statue Sunday dimanche 26 mars. L’opération a été renouvelée, essentiellement les dimanches 2, 9 et 16 avril, sur de nouvelles statues. « Les statues sont des symboles emblématiques que l’on trouve partout dans le monde. Si nos dirigeants mondiaux espèrent un jour mériter une statue, ils doivent changer radicalement leur ligne de conduite », a déclaré Spencer Heijnen, un porte-parole de l’action internationale. Les scientifiques tirent la sonnette d’alarme sur la crise climatique depuis des décennies. Ils et elles ont écrit des lettres, signé des pétitions et donné des conférences. Mais les gouvernements n’ont pas tenu compte de ces avertissements et, année après année, les émissions de gaz à effet de serre ont continué à augmenter. Pour reprendre les termes du secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, « nous roulons sur l’autoroute de l’enfer climatique en appuyant à fond sur l’accélérateur », tandis qu’Emmanuel Macron osait demander, encore en ce début d’année 2023, « qui aurait pu prédire la crise écologique » dont nous subissons déjà les conséquences.
A Toulouse, quatre statues ont été prises pour cible :
Le buste de Jean Jaurès rend hommage à l’« Apôtre de la paix ». Cette référence illustre la convergence entre les luttes pour la justice sociale (particulièrement d’actualité), pour la paix et pour les enjeux climatiques : le GIEC a reçu en 2007 le Prix Nobel de la Paix.
La sculpture de Toutain : « Mère et enfant ». Dans la mise en scène des scientifiques, l’enfant s’adresse à sa mère pour lui demander d’ouvrir les yeux et de prendre ses responsabilités, comme les jeunes s’adressent à la génération aujourd’hui au pouvoir : quelle Terre leur laisserons-nous ?
Sur une statue représentant Antoine de Saint-Exupéry avec le Petit Prince dans un globe, les scientifiques ont accroché une citation de l’écrivain : « Pour ce qui est de l’avenir, il ne s’agit pas de le prévoir, mais de le rendre possible ». Cette citation a été placée en exergue d’un Rapport Spécial du GIEC en 2019.
La sculpture « L’Attrape Cœur » de James Colomina. Le street artist humaniste toulousain installe sans autorisation dans les grandes villes du monde ses œuvres de « poésie politique » évoquant entre autres la fragilité de la planète, la violence et l’exclusion.
A Paris, trois statues ont été prises pour cible :
La statue de la Liberté, statue iconique, connue dans le monde entier : notre liberté de respirer de l’air pur et notre liberté de vivre sont mises à rude épreuve.
Une statue de lion a été décorée, pour sa proximité avec le Sénat, qui doit aider à la mise en place de mesures respectueuses de l’environnement.
La statue Ile-de-France aux Tuileries, pour son côté central, donne de la visibilité aux alarmes des scientifiques.
À Nice, c’est la statue de Jacques Chirac qui a été choisie pour cible. En 2002, il prononçait sa fameuse phrase « Notre maison brûle, et nous regardons ailleurs ». Vingt ans plus tard, rien n’a changé, et le dernier rapport du GIEC sort dans l’indifférence générale.
À Montpellier, c’est la statue de Jacques Cœur qui a été choisie pour cible. Grand argentier et commerçant réputé. Jacques Cœur incarne ici notre alerte sur la nécessaire transformation de notre modèle économique dans le contexte du changement climatique. Trois statues d’intellectuels de la place de la Révolution française ont également été ciblées, évoquant l’urgence d’une vraie révolution écologique face aux périls croissants qui pèsent sur le climat et la biodiversité.
À Blois, trois statues ont été prises pour cible :
Jeanne d’Arc, symbole de courage et de résistance, qualités nécessaires pour s’opposer aux forces du statu quo et du business-as-usual.
Louis XII, sur la façade du château royal, un monarque considéré modéré et à l’écoute du peuple. Ceci contraste avec les dérives autoritaires de nos dirigeants actuels.
Denis Papin, que l’on crédite pour avoir inventé la machine à vapeur ; c’est le symbole de la révolution industrielle, qui signe le début de l’augmentation considérable des émissions de CO2 dans les pays occidentaux.
À Nantes, il s'agit d'Anne de Bretagne, qui fut Reine de France, en particulier épouse de Louis XII dont les yeux ont été bandés à Blois.
À Marseille, il s'agit de l'Allégorie de la Durance au Palais Longchamp, point d'arrivée du canal de la Durance. La question de l'eau et de sa rareté concerne depuis longtemps la Provence mais a une actualité aussi très récente avec les méga-bassines de Sainte-Soline. Une conférence de presse a eu lieu devant la bannière pour apporter son soutien aux Soulèvements de la terre qui subit une répression policière violente de la part du gouvernement français : la Durance fait donc face aux conséquences du changement climatique cette fois-ci avec les yeux grands ouverts.
Scientist Rebellion est un mouvement international de scientifiques alarmé.es par la crise climatique et écologique. Le groupe estime que la communauté scientifique a la responsabilité d’agir et de rejoindre l’avant-garde du mouvement climatique.
Scientifiques en rébellion est la branche française de Scientist Rebellion. Ses membres exercent une pression sur les gouvernements – par des actions pacifiques, créatives et perturbatrices – pour s’assurer qu’ils prennent des mesures contre la crise climatique et écologique.
Le 20 mars, un nouveau rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a été publié. Ce rapport tire des conclusions extrêmement alarmantes. En suivant la voie actuelle, nous mettons en péril un avenir vivable et durable pour tous les habitants de la planète, écrit le GIEC. Le groupe d’experts montre que les mesures prises actuellement pour réduire les émissions sont largement insuffisantes pour respecter l’accord de Paris.
10.04.2023 à 02:00
Trois dimanches de suite, à l’occasion de la sortie du dernier rapport du GIEC et dans le cadre d’une action internationale de Scientist Rebellion, nous avons bandé les yeux de statues, et accroché à leurs cous des panneaux indiquant « Ne mentez plus », « Ouvrez les yeux » ou « Ceci est une urgence climatique », à Nice, Toulouse, Paris, Montpellier et Blois. Plus d’une centaine de statues ont été affectées dans le monde, dans une quarantaine de villes réparties sur une douzaine de pays, pour exiger que les personnes au pouvoir ne détournent pas le regard des résultats de la science, alors que le dernier rapport du GIEC montre clairement que la crise climatique et le désastre écologique menacent notre existence même, et exigent des mesures immédiates qui vont bien au-delà de ce qui est fait actuellement.
31.03.2023 à 02:00
Le collectif Scientifiques en rébellion publie deux textes aujourd’hui sur son blog dans le Club de Mediapart. Le premier, « Les méga-bassines sont une maladaptation aux sécheresses et aux enjeux agricoles » est co-signé de plus de soixante hydrologues et spécialistes de l’eau, et dénonce l'inadéquation des méga-bassines aux enjeux hydrologiques, écologiques et agricoles, soulignant au contraire les multiples problèmes liés à leur installation. Ce texte est une version plus longue et détaillée d’une tribune parue dans Le Monde le 25 mars (voir le communiqué de presse du 26 mars). Le second texte, plus vindicatif, s’intitule « En soutien de la résistance, nous sommes les Soulèvements de la Terre ». Les scientifiques y affirment être complètement atterré·es par le traitement politique de la question écologique et climatique et critiquent de manière cinglante l’action du gouvernement et la « violence démesurée » dont il a fait preuve. Ils et elles considèrent que la menace de la dissolution des Soulèvements de la Terre est « le symbole d'un pouvoir qui perd les pédales dans un délire sécuritaire », alors que ce collectif écologiste propose « un autre monde, un projet de société différent et réaliste où le soin (care), le respect, la tolérance, la justice sociale sont réellement réfléchis et mis en place au quotidien. »
30.03.2023 à 02:00
Nous, scientifiques, soutenons les mouvements de résistances aux projets de méga-bassines. Sans utilité réellement prouvée, ces retenues à ciel ouvert menacent la préservation de l’eau et des écosystèmes, et freinent la transformation de notre modèle agro-économique face aux sécheresses actuelles et à venir. Plus de dialogue est nécessaire entre agriculteur·ice·s, citoyen·ne·s et institutions.
Ce texte publié sur notre blog dans le Club de Mediapart est une version longue de notre tribune publiée dans Le Monde le 26 mars 2023.
« Il est possible d’assurer un avenir durable et équitable dans le domaine de l’eau. Il faut pour cela changer radicalement la façon dont nous apprécions, gérons et utilisons l’eau. Cela commence par traiter l’eau comme ce qu’elle est : notre bien collectif mondial le plus précieux, essentiel à la protection de tous les écosystèmes et de toutes les formes de vie ». Ces écrits ouvrent le rapport de synthèse sur l’économie de l’eau publié à l’occasion du sommet sur l’eau des Nations Unies en cette première semaine de printemps 2023. Ce printemps succède à un hiver exceptionnellement peu pluvieux en France, où les restrictions d’eau apparaissent déjà. La crise qui s’installe et les restrictions associées soulignent l’importance de la gestion des stockages naturels fournissant une grande partie de l’eau dont nous dépendons.
Car l’eau n’est une ressource renouvelable que si la consommation n’est pas excessive ; un équilibre en phase d’être rompu à mesure que les effets combinés du changement climatique et de la surconsommation d’eau se font sentir. Que l’on regarde dans les lacs, les rivières, les sols ou les nappes phréatiques, les quantités d’eau se réduisent en France. Contrairement à l’argent, il n’y pas d'"eau magique », il est donc très probable que la compétition entre les principaux usages de l’eau du territoire (industrie, eau potable et sanitaire, refroidissement des centrales électriques, géothermie, loisirs et évidemment agriculture) augmente.
L’agriculture utilise actuellement 45 % de l’eau consommée en France, principalement via l’irrigation. Cela représente plus de 90 % de la consommation estivale dans certaines régions. Dans un contexte de raréfaction de l’eau disponible, il est donc crucial de (re)penser notre système agricole ; une adaptation est indispensable, mais laquelle ?
Les méga-bassines, qui sont des retenues à ciel ouvert remplies en hiver par pompage des nappes phréatiques et qui alimentent ensuite l’irrigation, sont souvent présentées comme nécessaires pour « nourrir la France ». Les projets se multiplient en Nouvelle Aquitaine, Pays de la Loire, Centre, Bretagne et Auvergne, entre autres. D’un point de vue hydrologique, agronomique et économique, les méga-bassines sont pourtant une sérieuse attaque envers la préservation de l’eau et notre souveraineté alimentaire.
Les méga-bassines sont une mal-adaptation aux sécheresses présentes et à venir, qui nous rendront probablement plus vulnérables tout en fragilisant des écosystèmes entiers. Les eaux de surface et les eaux souterraines forment un continuum, elles sont les deux faces d’une même pièce qui interagissent fortement, il est donc vain de les traiter séparément dans la gestion de l’eau. Et comme les bassines dépendent par définition de la recharge souterraine, elles ne permettent pas de faire face à une sécheresse prolongée, où un déficit de pluie se “propage” dans l’assèchement des sols et laisse finalement les nappes à des niveaux trop bas. Même à une échelle saisonnière, un remplissage de méga-bassines (qui dure entre 2 et 3 mois) mise sur une recharge phréatique satisfaisante à la fin de l’hiver, un véritable pari quand on sait que les prévisions hydrogéologiques ne peuvent dépasser 6 mois.
Les nappes phréatiques sont de véritables tampons hydrologiques dans les paysages, amortissant les variations météorologiques vers un transit souterrain plus lent et stable. Par contraste, les méga-bassines « court-circuitent » une partie de ce cycle, exposant au passage l’eau remise en surface à une évaporation importante (7 % selon la FNSEA, plutôt 10 % voire 60 % selon les sources scientifiques) et une eutrophisation (cyanobactéries) affectant les eaux stagnantes. Plus généralement, cette mise à disposition artificielle de la ressource peut créer des « sécheresses anthropiques » directes amplifiant l’impact des sécheresses météorologiques et hydrologiques en aval des prélèvements d’eau. Ces sécheresses d’origine humaine, observées dans les dernières décennies dans la péninsule ibérique et au Chili, proviennent d’une dépendance accrue aux infrastructures d’approvisionnement en eau, et peuvent créer un cercle vicieux : les impacts des sécheresses alimentent une demande pour plus de dispositifs de stockage d’eau, accroissant par effet rebond les usages, qui causera de nouveaux déficits en eau et ainsi d’autres dégâts socioéconomiques. Et au-delà de l’hydrologie locale et aval, les retenues d’eau ont un impact sur la biodiversité des zones humides et les systèmes aquatiques avec des effets cumulés encore largement inconnus. On sait en revanche que les zones humides, havres de biodiversité, ont connu une régression massive en Europe en particulier en France, tandis que la biodiversité aquatique a globalement décru à un tiers de celle estimée en 1970.
Face à ces risques, aucune étude d’impact n’existe pour affirmer un effet positif local des bassines sur la ressource en eau. En Deux-Sèvres où les projets de méga-bassines avancent, une étude fournie par un organisme public (le BRGM) en 2022 a modélisé l’effet régional du pompage de la nappe pour le remplissage hivernal de 16 de ces réservoirs à ciel ouvert. Une contre-expertise et plusieurs collègues spécialistes ont relevé que la méthodologie utilisée ne parvient pas à décrire les dynamiques locales des nappes phréatiques, à prendre en compte les effets d’évaporation, ni enfin à intégrer les effets de sécheresses comme celles de la dernière décennie et encore moins celles – plus fréquentes et plus intenses en été – à venir. Nous ne mettons pas en cause nos collègues du BRGM, qui n’ont répondu qu’à une commande émise par la Coopérative de l’eau des Deux-Sèvres avec des scénarios précis sur une période 2000-2011 peu représentative du futur, comme admis dans un communiqué de presse et plus récemment expliqué au Sénat.
Il est inacceptable que l’instrumentalisation de résultats scientifiques sortis de leur contexte, justifie des politiques de gestion de la ressource sourdes à l’intérêt collectif et à l’évaluation scientifique rigoureuse. En effet, le déploiement de dispositifs tels que les méga-bassines freine la transformation de notre modèle socio-économique et de nos modes de vie, nécessaire et urgente pour la préservation de la ressource en eau. La recherche scientifique doit contribuer à cette transformation, et non être mise au service de projets qui ne font qu’aggraver la situation ou détourner les efforts des véritables priorités.
N’oublions pas qu’à travers l’utilisation de l’eau, il s’agit aussi de notre capacité de production agricole locale pour nourrir la population française. Les méga-bassines alimenteront en fait une minorité d’exploitations (12 à 15 % en Sèvre Niortaise – Mignon, dont la moitié initialement raccordée aux bassines), avec pour effet de fragiliser l’accès à l’eau souterraine des autres producteurs (et évidemment les autres usages). Dans cette mise en concurrence, il n’est pas question de stigmatiser les agriculteurs et agricultrices, mais d’engager le dialogue. Diverses dynamiques mettent les professions agricoles sous pression : baisse du nombre de paysans, agrandissement des exploitations, et dépendance aux importations (engrais, pétrole) réduisent la souveraineté alimentaire et la résilience du système agricole. Nous conseillons de nouvelles orientations politiques et économiques pour l’agriculture afin de réellement soutenir les paysan.nes pratiquant une agriculture plus sobre en eau, plutôt que de subventionner des méga-bassines (à hauteur de 70 % des 76 M€ pour le projet en Deux-Sèvres, via l’Agence de l’eau) sans réelle contrepartie.
Au final, on peut se poser la question de l’utilité réelle des bassines, qui consiste plutôt en une « rustine hydro-sociale » (voire du « greenwashing hydrologique ») alimentant la culture du déni de l’urgence de changer de modèle de société, et où l’argent public bénéficie à un petit nombre au détriment de tous les autres. L’éthique scientifique nous impose de susciter et d’éclairer un débat démocratique, pour que soient prises des décisions collectives à la hauteur des enjeux. Pour conclure, les mobilisations contre les projets de méga-bassines nous paraissent légitimes, et les Scientifiques en rébellion estiment nécessaire d’agir pour replacer les débats scientifiques et la gestion des ressources au cœur d’une prise de décision égalitaire entre tous les acteurs.
Ce texte a été écrit collectivement par : Sylvain Kuppel (hydrologie), Odin Marc (géomorphologie), Stéphanie Mariette (génétique des populations), Laurent Lassabatère (hydrologie), Pascal Houillier (médecin, physiologie), Julien Lefèvre (informatique), et Lara Elfjiva (anthropologie sociale), membres du collectif Scientifiques en rébellion.
Avec le soutien de chercheur.se.s spécialistes :
Christian Amblard (hydrobiologie, CNRS, Clermont-Ferrand)
Sandrine Anquetin (hydroclimatologie, CNRS, Université Grenoble Alpes)
Luc Aquilina (biogéochimie des eaux souterraines, Université de Rennes 1)
Sébastien Barot (écologue, IRD, Paris)
Annette Bérard (écologie et écotoxicologie microbienne, INRAE, Centre PACA)
Gilles Billen (biogéochimie, CNRS, Sorbonne Université, Paris)
Camille Bouchez (hydrogéologie, CNAP, Université de Rennes)
Brice Boudevillain (hydrométéorologie, Institut des Géosciences de l’Environnement, Université Grenoble Alpes)
Pierre Brigode (hydrologie, Université Côte d’Azur)
Yvan Caballero (hydrogéologie, Montpellier)
Nadia Carluer (hydrologue, INRAE, Lyon)
Aude Carreric (climatologie, Barcelona Supercomputing Center)
Simon Carrière (hydrogéologie, Sorbonne Université)
Jérémie Cavé (sciences de la durabilité, IRD, Géosciences Environnement Toulouse)
Guillaume Chagnaud (hydro-climatologie, Institut des Géosciences de l’Environnement (Grenoble)
Jean-Baptiste Charlier (hydrogéologie, BRGM, G-Eau Montpellier)
Diego Chavez (hydrologie, Aix-Marseille Université)
Nicole Claverie (environnements géo-naturels & anthropisés, Université de Toulouse III)
Wolfgang Cramer (géographie, directeur de recherche CNRS, Aix-en-Provence)
Florian Debras (astrophysique, CNRS, Toulouse)
Bertrand Decharme (hydrologie & climatologie, CNRS, Toulouse)
Marc Deconchat (écologie des paysages, INRAE, Toulouse)
Valérie Demarez (écologue, Professeure à l’Université Toulouse III)
Agnès Ducharne (hydroclimatologue, CNRS, METIS-IPSL, Paris)
Marc Dumont (hydrogéologie, Université de Liège, Belgique)
Véronique Durand (hydrogéologie, Université Paris Saclay)
Sylvain Ferrant (agronomie et hydrologie, IRD, Toulouse)
Jérôme Gaillardet (géochimie, Institut de Physique du Globe, Paris)
Rémy Garçon (hydrométéorologie et gestion de l’eau, retraité)
Josette Garnier (biogéochimie des eaux et des sols, CNRS, Paris)
Marina Gillon (hydrogéologie, Avignon Université)
Yves Goddéris (surfaces continentales et interfaces, CNRS, Toulouse)
Marielle Gosset (hydrométéorologie, IRD, Toulouse)
Youen Grusson (hydrologie, Université de Toulouse III)
Joël Guiot (paléoclimatologie, directeur de recherche émérite CNRS, Aix Marseille Université)
Vivien Hakoun (hydrogéologie, BRGM, G-Eau Montpellier)
Basile Hector (hydrologie, IRD, Institut des Géosciences de l’Environnement, Grenoble)
Benoit Hingray (hydroclimatologie, Institut des Géosciences de l’Environnement, Grenoble)
Laurent Husson (géologie & géophysique, ISTerre, Grenoble)
Pierre-Alain Jayet (économie de l’environnement, INRAE, Saclay)
Aglaé Jézéquel (climatologie, LMD-IPSL, Paris)
Damien Jougnot (hydrogéophysique, CNRS, Paris)
Hervé Jourde (hydrogéologie, Université de Montpellier)
Yann Kerr (hydrologie spatiale, CNES, CESBIO, Toulouse)
David Labat (hydrologie, Université de Toulouse III)
Francois Lafolie (modélisation sol et agro-hydrosystèmes, INRAE, Avignon)
Michel Lang (hydrologie, INRAE, Lyon)
Claire Lauvernet (mathématiques appliquées, hydrologie & qualité de l’eau, INRAE, Lyon)
Corinne Le Gal La Salle (hydrogéochimie, Université de Nîmes)
Patrick Le Moigne (hydrométéorologie, Météo-France, CNRM, Toulouse)
Christophe Le Roux (géochimie, CNRS, Géosciences Environnement Toulouse)
Thierry Lebel (hydroclimatologie, IRD, Institut des Géosciences de l’Environnement, Grenoble)
Mathieu Lucas (Doctorant en Hydrologie, INRAE, Lyon)
Christelle Marlin (hydrogéologie, Université Paris-Saclay)
Vincent Marc (hydrogéologie, Avignon Université)
Nicolas Massei (hydrologie, Université de Rouen Normandie)
Laurence Maurice (hydrogéochimie, IRD, Géosciences Environnement Toulouse)
Naomi Mazzilli (hydrogéologie, Université d’Avignon)
Florentina Moatar (hydrologie environnementale, INRAE)
Malo Mofakhami (sciences économiques, Université Sorbonne Paris Nord)
Jean-Marie Mouchel (sciences de l’eau, Sorbonne Université, Paris)
Claude Mugler (hydrogéologie, Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement, Saclay)
Simon Munier (hydrométéorologie, CNRM, Toulouse)
Nathalie de Noblet-Ducoudré (bioclimatologie, CEA, LSCE-IPSL, Ile-de-France)
Catherine Ottlé (hydroclimatologie, CNRS, Université Paris Saclay)
Ludovic Oudin (hydrologie, Sorbonne Université, Paris)
Sébastien Pouchoulin (hydrologie, INRAE, Lyon)
Gérémy Panthou (hydroclimatologie, Institut des Géosciences de l’Environnement, Université Grenoble Alpes)
Aura Parmentier Cajaiba (Organisation systèmes agroécologiques, Université Côte d’Azur)
Jean-Luc Peiry (hydrologie, Université Clermont Auvergne)
Christophe Peugeot (hydrologie, IRD, Hydrosciences Montpellier)
Marie-Claire Pierret (géochimie, physicienne CNAP, Université de Strasbourg)
Séverin Pistre (hydrogéologie, Université Montpellier)
Xavier Poux (agroéconomie, AScA-IDDRI, Paris)
Agnès Rivière (hydrogéologie, MinesParis – PSL)
Antoine Séjourné (hydrogéomorphologie, GEOPS, Université Paris-Saclay)
Adrien Selles (hydrogéologie, BRGM, Montpellier)
Yves Tramblay (hydrologie, IRD, Hydrosciences Montpellier)
Christine Vallet-Coulomb (hydrologie, Maîtresse de conférences Aix-Marseille Université)
Rémi Valois (hydrogéologie et géophysique, Université d’Avignon)
Théo Vischel (hydroclimatologie, Institut des Géosciences de l’Environnement, Université Grenoble Alpes)
Sylvain Weill (hydrologie, ENGEES / Université de Strasbourg)
Nikola Zsolnay (Géoécologie, ENSAT-INP, Toulouse)
30.03.2023 à 02:00
Les Soulèvements de la Terre font partie de ces collectifs qui se substituent à l’État là où ce dernier échoue à répondre à l’intérêt général. Ils proposent un autre monde, un projet de société différent et réaliste où le soin, le respect, la tolérance, la justice sociale sont réellement réfléchis et mis en place au quotidien. Nous, scientifiques en rébellion, les soutenons sans réserve.
Ce texte a été publié sur notre blog dans le Club de Mediapart.
Nous sommes des scientifiques de toutes disciplines, pour beaucoup documentant directement les bouleversements écologiques et climatiques en cours, leurs causes et leurs responsables. Nous sommes atterré·es de voir le traitement politique appliqué a la question écologique et climatique, en complète déconnexion avec les enjeux qui menacent directement nos sociétés et la majorité des écosystèmes sur Terre.
L’adaptation, la bifurcation ou l’abandon complet des projets aggravant la mise sous tension de notre environnement sont perçues comme des opinions politiques, souvent attaquées ad hominem, plutôt que comme les conséquences logiques de travaux scientifiques solides sur lesquels ces propositions légitimes s’appuient. Cela s’appliquait à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, maintenant au projet d’autoroute Castres-Toulouse et bien-sûr aux projets de méga-bassines. Celles-ci sont une maladaptation au réchauffement climatique et au manque d’eau. Autrement dit, une réponse court-termiste qui finira par aggraver le mal qu’elle prétend résoudre. Ce constat qui dépasse l’idéologie est largement partagé, et nous l’avons argumenté dans Le Monde et plus longuement ensuite dans ce blog, avec le soutien de nombreux spécialistes du domaine.
Des dizaines de milliers de personnes l’ont compris et ont convergé au cours d’un week-end, pour s’opposer à un projet pourtant parfois bien loin de leur domicile. Quelques milliers sont même allés jusqu’à prendre des risques – allant au moins jusqu’à la mutilation et le coma – pour tenter d’occuper symboliquement ce « trou » absurde. Face à cela, le gouvernement a répondu par une violence démesurée, ayant recours à des armes de guerre telles que les grenades GM2L. Le pouvoir a tenté de détourner l’attention, pointant la colère plutôt que d’en reconnaitre les causes : le refus de la destruction de notre habitat par les forces destructrices du business-as-usual.
De ce refus construit sur les faits, découle la résistance.
Les Soulèvements de la Terre font partie de ces collectifs qui se substituent à l’État là où ce dernier échoue à exister dans l’intérêt de celles et ceux qui le constituent. Leur désobéissance s’inscrit dans les traces de nombreux mouvements pour faire progresser l’état de droit, un mouvement issu des citoyen·nes et agissant dans l’intérêt du plus grand nombre.
Les Soulèvements de la Terre proposent un autre monde, un projet de société différent et réaliste où le soin (care), le respect, la tolérance, la justice sociale sont réellement réfléchis et mis en place au quotidien. Ils et elles défendent concrètement une planète vivable et vivante, dans un contexte d’écocide et de crise climatique mondiale niés, ignorés ou instrumentalisés à des fins de greenwashing par les gouvernements des pays les plus riches dont la France. A Sainte-Soline, cette envie bienveillante et joyeuse de monde meilleur était portée, partagée et vécue par les 30,000 personnes présentes.
Ce modèle de société, exemple désirable de monde où nous pourrions vivre, fait face à une diabolisation systématique par le gouvernement, allant jusqu’à vouloir réduire à néant cette « organisation » qui n’en est pas une, et entraver les individus qui y contribuent ou font exister ce projet. Nous nous interrogeons : qu’est-ce qui fait si peur au gouvernement ? Peut-être le fait que les Soulèvements puissent réussir à rendre tangible et plausible une alternative au monde capitaliste, néolibéral et écocidaire que le gouvernement défend, en rassemblant toujours plus de citoyen·ne·s dans des actions pouvant mener à un basculement.
La menace de dissolution des Soulèvements est le symbole d’un pouvoir qui perd les pédales dans un délire sécuritaire. Au déni d’écoute du peuple qu’il prétend représenter – toujours plus flagrant à chaque étape du projet de réforme des retraites – s’ajoute la caricature d’un musèlement de mouvements progressistes. Une dynamique vue dans le passé avec d’autres gouvernements aux étiquettes politiques bien moins libérales.
Si des dissolutions doivent avoir lieu pour rétablir l’« ordre » et la démocratie, commençons par celles de la BRAV-M et du gouvernement.