05.11.2022 à 01:00
Une tribune en solidarité avec les scientifiques ayant été placé.es en détention à Munich pour avoir alerté sur la crise climatique vient d’être publiée par France TV. Signée par plus de 1300 scientifiques, incluant des co-auteurs du GIEC et plusieurs chercheur.es de renom, elle appelle à « ne pas se tromper de coupables », estimant que « le problème n’est pas la protestation, mais l’inaction générale et le désespoir de la jeunesse mondiale dont 3 sur 4 se disent « effrayés » par leur avenir ».
La tribune rappelle pourquoi ces actions ont été menées et pourquoi elles sont légitimes. L’action est justifiée par la crise climatique et ses effets catastrophiques qui sont déjà là, comme l’illustre l’été 2022 en France et dans le monde. De plus, l’ONU vient de déclarer que la fenêtre d’action pour rester à un réchauffement global en dessous de +1,5°C « était en train de se refermer rapidement », démontrant l’inaction des gouvernements et mettant à nu leur double-discours vis à vis de la crise climatique. Les signataires estiment « il est de moins en moins possible de faire preuve de patience et d’accorder aux décideurs politiques et économiques le crédit de la bonne foi. » Désespérés devant cette inertie, consternée par l’indifférence générale devant la catastrophe en cours, en conflit avec leur mission de service public qu’ils voient ainsi désavouée, les scientifiques sont donc conduits à de nouveaux moyens de faire passer leurs messages.
Les signataires considèrent que la cible choisie – une voiture de luxe BMW – est justifiée car « émettre pour la gloriole un surcroît de carbone, et le promouvoir sur un salon constituent une participation active et inutile (…) à la destruction en cours du climat ». Enfin cette tribune rappelle que ces scientifiques ne sont ni des extrémistes ni des originaux mais sont largement soutenus dans la communauté scientifique qui partage leur inquiétude, et considère que le monde va au-devant de catastrophes écologiques majeures.
Pour nous, Scientifiques en rébellion, la frustration de ne pas être entendu.es par les pouvoirs politiques est immense : ces derniers sont les premiers à prétendre baser leurs décisions sur les sciences et pourtant, en même temps, ils réduisent au silence les scientifiques lanceurs d’alerte, en les jetant en prison et en cherchant à intimider toute notre communauté. Face à cette duplicité, la majorité scientifique silencieuse pourrait bien d’un jour à l’autre se rebeller et choisir une façon plus disruptive d’exprimer ses alertes et ses protestations. L’entreprise BMW estime les dommages causés aux voitures à plusieurs dizaines de milliers d’euros et a porté plainte contre les auteurs pour dégradation de biens et violation de domicile. C’est une honte : émettre de façon puérile et stupide une telle quantité de gaz à effet de serre pour une voiture de luxe, s’en vanter et le promouvoir publiquement constituent non seulement une participation active et néfaste aux bouleversements climatiques mais une injure aux scientifiques, politiques et citoyens qui luttent quotidiennement pour le futur de l’humanité, ainsi qu’aux personnes qui aujourd’hui déjà en souffrent et en meurent. Cela illustre que cette entreprise, comme beaucoup d’autres – et à l’image des gouvernements – refuse de prendre ses responsabilités face aux ravages écologiques.
Alors, allons-nous continuer à nous tromper de coupables ? Ou verrons-nous des décisions politiques ambitieuses et immédiates, un débat public à la hauteur organisé par les médias, et une réorganisation dans un cadre juste et démocratique de nos sociétés, de nos productions et de nos consommations ? La réponse pourrait dépendre de la mobilisation des scientifiques et des citoyens, autant que de la mobilisation de médias et d’institutions engagés.
04.11.2022 à 01:00
Tribune publiée sur France Info.
Une quinzaine de scientifiques ont été arrêtés, le 29 octobre, lors d’une action de désobéissance civile contre BMW à Munich. Ils protestaient contre l’impact climatique de l’industrie automobile et réclamaient des mesures fortes pour lutter contre le réchauffement climatique.
Des scientifiques en prison. Seize chercheurs, dont cinq Français, ont été arrêtés, samedi 29 octobre, pour s’être collé la main à une voiture de sport BMW exposée dans un showroom de Munich (Allemagne). Une action symbolique du collectif Scientist Rebellion, un mouvement international de scientifiques contre l’inaction climatique. Fatigués de chroniquer rapport après rapport une catastrophe écologique annoncée, ils ont décidé de se lancer dans des actions de désobéissance civile.
La justice allemande a placé ces scientifiques en détention provisoire, jusqu’au 4 novembre pour certains. Leur arrestation et la durée de cette détention a choqué dans la communauté scientifique. Des personnalités comme les climatologues Jean Jouzel et Christophe Cassou, l’économiste Thomas Piketty et les philosophes Dominique Bourg et Dominique Méda témoignent de leur soutien dans ce texte publié par franceinfo.fr et signé par plus de 950 scientifiques. Ils s’expriment ici librement.
Samedi, plusieurs scientifiques de divers pays se sont pacifiquement installé·e·s dans une voiture de sport en exposition au salon BMW à Munich, symbole du système consumériste qui condamne notre monde aux malheurs. Pourquoi cette action à cet endroit ?Il n’y a pas à redouter quelque catastrophisme, nous sommes déjà confrontés à des catastrophes : des milliers de morts en France cet été sous les canicules répétitives, un mégafeu en Gironde, des agriculteurs à la peine face à la sécheresse, plus de dix millions de personnes jetées sur les chemins au Pakistan après la destruction de leurs habitats par une mousson hors norme… Des types d’événements auxquels on s’attendait plutôt vers la moitié du siècle.
Non seulement nous ne sommes pas parvenus à respecter l’objectif assigné par la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CNUCC) signée en 1992 – à savoir éviter toute « perturbation anthropique dangereuse du système climatique » – mais nous avons déjà atteint un degré élevé de perturbation du système.
Pourquoi ce type d’action ? Est-ce que les scientifiques n’ont pas d’autres façons de s’exprimer ? Depuis 30 ans, la communauté scientifique effectue patiemment son travail de documentation des changements en cours dans le climat et les écosystèmes de la Terre, dans l’économie. Patiemment, elle parle, sur les supports qui lui sont habituels (les revues, les colloques, les rapports commandés à des experts), sur un ton policé, de choses aussi effrayantes qu’un changement climatique de grande ampleur en quelques décennies (les précédents s’étalaient sur des millénaires), qu’une sixième extinction de masse, qu’une désagrégation des sociétés humaines. Ce type de communication est pleinement légitime, mais ne touche pas assez le grand public… Or la mobilisation d’un large public autour des enjeux climatiques contraindrait les pouvoirs publics à agir à la mesure des enjeux. C’est une condition de réussite de la CNUCC et des COP qu’elle organise annuellement.
Pourquoi ce changement de ton cette année et ces actions de « scientifiques en rébellion » ? Nous arrivons à un tournant, et il est de moins en moins possible de faire preuve de patience et d’accorder aux décideurs politiques et économiques le crédit de la bonne foi. Le sixième rapport du Giec a expliqué il y a à peine plus d’un an que le respect de l’objectif de limiter le réchauffement climatique à 1,5°C était encore possible sur le papier, mais qu’il nécessitait des changements radicaux dès les prochains mois. Depuis, les Etats n’ont rien fait. Pire, la guerre en Ukraine a remis en selle les projets pétroliers et gaziers les plus polluants. L’ONU a déclaré la semaine dernière que la fenêtre d’action pour respecter 1,5°C « était en train de se refermer rapidement ».
Peut-on dissocier les scientifiques qui prennent part à ce type d’action (qui se discréditeraient en révélant une nature d’activiste plus que de chercheur) du reste de la communauté académique ? Les scientifiques qui ont participé à ce type d’actions ne sont pas des extrémistes. Ils ne sont pas sortis de leur confort pour faire cela par goût de l’action et de la visibilité médiatique. Ils ont, pour beaucoup d’entre eux, une pratique professionnelle à travers laquelle ils essayent aussi d’agir sur le monde. Si certains d’entre eux ont, en outre, décidé d’agir de manière plus démonstrative, c’est parce qu’ils sont désespérés d’être entendus.
Mais une majorité d’universitaires et de chercheurs est consternée par l’indifférence générale devant la catastrophe en cours : les trois quarts des personnels de la recherche pensent que si les choses continuent au rythme actuel, le monde va connaître une catastrophe écologique majeure. Cette majorité pourrait bien d’un jour à l’autre rejoindre le camp de celles et ceux qui protestent de manière de plus en plus disruptive. Ne nous trompons pas de coupables. Le problème n’est pas la protestation, mais l’inaction générale, le désespoir de la jeunesse mondiale dont 3 sur 4 se disent « effrayés » par leur avenir.
Les premiers signataires :
Dominique Bourg, Université de Lausanne
Pascal Vaillant, Université Paris Nord
Jean Jouzel, Institut Pierre Simon Laplace
Julia Steinberger, Université de Lausanne
Christophe Cassou, CNRS, Toulouse
Wolfgang Cramer, CNRS – Institut Méditerranéen de la Biodiversité et d’Écologie
François Gemenne, Université de Liège
Timothée Parrique, Université de Lund
Éloi Laurent, OFCE (Sciences Po) / Stanford
Jean-Baptiste Fressoz, CRH, EHESS
Christophe Bonneuil, CNRS, Paris
Johann Chapoutot, Sorbonne Université
Dominique Méda, Université Paris Dauphine-PSL
Thomas Piketty, Centre d’Histoire Économique et Sociale François-Simiand
Isabelle Stengers, Université de Bruxelles
Jacques Testart, INSERM
Kévin Jean, Conservatoire National des Arts et Métiers, Paris
Jérôme Santolini, Commissariat à l’Energie Atomique
Milan Bouchet-Valat, Institut National d’Études Démographiques, Aubervilliers
Florence Volaire, Centre d’Écologie Fonctionnelle et Évolutive, Montpellier
Anne Baillot, Le Mans Université
Stéphanie Mariette, INRAE, Bordeaux
Sophie Gerber, INRAE, Bordeaux
Victor Altmayer, Institut du Cerveau, Paris
Julian Carrey, INSA Toulouse
Odin Marc, CNRS Géosciences Environnement Toulouse
Alexandre Rambaud, AgroParisTech
Yves Goddéris, CNRS Géosciences Environnement Toulouse
Xavier Capet, CNRS, LOCEAN, Institut Pierre Simon Laplace
Pierre-Henri Gouyon, Muséum National d’Histoire Naturelle
Jérémie Cavé, IRD, Géosciences Environnement Toulouse
Joan Cortinas, Centre Emile Durkheim, inovador
Gabriel Malek, président Alter Kapitae
Marie-Antoinette Mélières, Université Grenoble
Thibaud Griessinger, chercheur indépendant
Philippe Abecassis, Université Sorbonne Paris Nord
Davide Faranda, Institut Pierre Simon Laplace
Lara Elfjiva, CNRS – Laboratoire Anthropologie Politique – EHESS
Annalisa Lendaro, CNRS – Certop
Sylvia Becerra, CNRS, GET
Joan Cortinas, CED, Université Bordeaux
Rémi Douvenot, ENAC, Toulouse
Alice Meunier, CNRS, Paris
Laure Vieu, CNRS, Toulouse
Laure Teulières, Université de Toulouse Jean Jaurès
Olivier Aumont, LOCEAN, Institut Pierre et Simon Laplace
Pierre Mathieu, Université d’Aix-Marseille
Céline Marty, Université de Franche-Comté
Jean-Christophe Poully, Université de Caen
Soizic Rochange, Université de Toulouse
Liste complète des signataires sur le site de France Info.
02.11.2022 à 01:00
Les trois dernières semaines ont été marquées par un engagement de plus en fort des scientifiques dans la lutte contre le dérèglement climatique, sous la forme d’actions de désobéissance civile non violente, de conférences dans l’espace public, ou d’actions visant à interpeller les décideurs. Ces actions ont été organisées par le collectif international Scientist Rebellion et sa branche française Scientifiques en rébellion. Des scientifiques de toute l’Europe ont dans un premier temps convergé vers l’Allemagne, et ont mené à partir du 16 octobre plusieurs actions de blocage ou d’interpellation, s’engluant devant des bâtiments officiels (ministère des Transports, ministère des Finances), déclenchant l’alarme incendie lors du discours du chancelier allemand au Sommet mondial de la santé, ou occupant le pavillon Porsche d’un centre de loisirs dédié à l’automobile. Leurs actions étaient accompagnées de demandes auprès de l’État allemand de prendre des mesures visant à décarboner le transport, annuler la dette des pays du Sud, et reconnaître l’échec de sa politique climatique. En parallèle et en soutien aux actions en Allemagne, une centaine de scientifiques ont mené en France des actions les 14 et 15 octobre. À Nice et Montpellier des conférences ont été organisées sur des places publiques, rappelant que les politiques actuelles ne sont pas à la hauteur des enjeux. À Toulouse, une table ronde organisée par la métropole et à laquelle était convié Total Énergies fut interrompue et une conférence interpellant les protagonistes fut donnée. À Paris, des scientifiques en rébellion se sont invité·es à Sorbonne Université à l’occasion de la Fête de la science.
Cette semaine, les scientifiques européens ont convergé vers Munich. Ils et elles se sont englué·es dans les locaux de la banque d’investissement Black Rock le 25 octobre, ont bloqué un axe routier majeur le lendemain, et se sont englués à des automobiles de luxe dans un showroom BMW le 29 octobre. Pour cette dernière action, 16 membres de Scientist Rebellion ont été placés en détention provisoire jusqu’au 4 novembre. Parmi les scientifiques actuellement en prison, se trouvent les Francais Sylvain Kuppel, spécialiste toulousain des ressources hydriques, Jérôme Guilet, astrophysicien à Saclay et Hugo Raguet, chercheur en informatique à Blois, et Marceau Minot, docteur en écologie de l’université de Rouen. Manua, coordinateur de Scientist Rebellion pour la France, fait également partie des personnes incarcérées. Les scientifiques qui ont mené cette action avaient conscience que cette dernière risquait de les conduire en prison, mais étaient prêt·es à cela pour dénoncer l’inaction climatique.
Le collectif Scientist Rebellion a également rendu public cette semaine un texte signé par plus de 1000 scientifiques, dont plusieurs co-auteurs ou co-autrices du GIEC, affirmant que l’objectif de contenir le réchauffement climatique en-dessous de 1.5°C est désormais hors d’atteinte, illustrant ainsi l’échec des politiques climatiques mondiales. Ils demandent à l’ensemble de leurs collègues de le reconnaitre également, et de dire la vérité sur l’ampleur de l’effort nécessaire pour rester « bien en-dessous de 2°C » comme le prévoit l’accord de Paris de 2015. Cette lettre a été suivie par la publication d’un rapport de l’ONU constatant qu’il n’y a, en effet, plus de trajectoire possible pour maintenir le réchauffement en dessous de 1,5°C et que seulement un changement urgent et drastique du système peut encore éviter un désastre climatique.
Dans un texte de 4 pages, disponible en ligne, les scientifiques français ayant participé aux actions expliquent leurs motivations, leur positionnement et leurs interrogations. Ces scientifiques considèrent que, tant que la trajectoire du business-as-usual continue, « [leurs] actions de désobéissance civile seront légitimes », rappelant que « cinq décennies d’alertes sans résultat, c’est bien trop ! ». Selon eux, « loin de ternir [leur] crédibilité, (…) [se] lancer dans ces actions ne peut que renforcer la confiance que les citoyen·nes auront dans le contenu de [leurs] messages ».
En solidarité avec leurs collègues en détention, ces scientifiques appellent à se réunir le mercredi 2 novembre 2022 à 18h devant l’ambassade d’Allemagne à Paris (13/15 Av. Franklin Delano Roosevelt, Paris 8ème, Métro Champs-Elysées-Clémenceau, plan) et devant le consulat d’Allemagne à Montpellier (14 Dsc. en Barrat, en face du Corum, plan) pour appeler le gouvernement allemand, et ceux des autres pays européens, à prendre leurs responsabilités : c’est-à-dire reconnaître l’échec et l’insuffisance radicale de leur politique climatique actuelle, et commencer une politique à la hauteur des enjeux, plutôt que de placer en détention des scientifiques et de continuer à nier l’ampleur de la crise en cours.
Informations complémentaires.
Les communiqués de presse de Scientist Rebellion, relatant chaque action menée en Allemagne, peuvent être trouvés ici.
Le communiqué de presse de Scientifiques en rébellion concernant les actions en France peut être trouvé ici.
01.11.2022 à 01:00
En octobre-novembre 2022, des scientifiques de toute l’Europe ont convergé vers l’Allemagne pour la campagne Unite Against Climate Failure à l'appel de Scientist Rebellion, Leszte Generation, Debt for Climate et End Fossil Occupy. Elles et ils ont mené à partir du 16 octobre plusieurs actions de blocage ou d’interpellation à Berlin, s’engluant devant des bâtiments officiels (ministère des Transports, ministère des Finances), déclenchant l’alarme incendie lors du discours du chancelier allemand au Sommet mondial de la santé, ou occupant le pavillon Porsche d’un centre de loisirs dédié à l’automobile. Leurs actions étaient accompagnées de demandes auprès de l’État allemand de prendre des mesures visant à décarboner le transport, annuler la dette des pays du Sud, et reconnaître l’échec de sa politique climatique.
La semaine suivante, les scientifiques européens ont convergé vers Munich. Ils et elles se sont englué·es dans les locaux de la banque d’investissement Black Rock, ont bloqué un axe routier majeur, et se sont englués à des automobiles de luxe dans un showroom BMW le 29 octobre. Pour cette dernière action, 16 membres de Scientist Rebellion ont été placés en détention provisoire jusqu’au 4 novembre. Parmi les scientifiques mis en prison, se trouvaient les Francais Sylvain Kuppel, spécialiste toulousain des ressources hydriques, Jérôme Guilet, astrophysicien à Saclay et Hugo Raguet, chercheur en informatique à Blois, et Marceau Minot, docteur en écologie de l’université de Rouen. Manua, coordinateur de Scientist Rebellion pour la France, faisait également partie des personnes incarcérées.
1300 scientifiques ont signé une tribune de soutien publiée sur France TV Info. Des rassemblements de soutien ont eu lieu le soir du 2 novembre 2022 devant l’ambassade d’Allemagne à Paris et le consulat d’Allemagne à Montpellier.
Crédits photo : Greenpeace Montpellier
27.10.2022 à 02:00
Communiqué de presse international de Scientist Rebellion
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Plus de 1 000 scientifiques de 47 pays ont signé une lettre ouverte appelant leurs pairs à « partager avec le public ce qu’ils et elles se disent entre eux concernant la réponse mondiale au changement climatique et à la perte de biodiversité ».
La lettre ouverte, initiée et auto-publiée par le groupe d’action climatique Scientist Rebellion, a été signée par d’éminents scientifiques et par certains des auteurs principaux du GIEC. Une liste complète des signataires couvrant de nombreuses disciplines académiques, dont les sciences physiques, l’économie, les mathématiques, les sciences sociales et la psychologie, est consultable ici.
Signataire de la lettre, la professeure Marta Guadalupe Rivera Ferre, spécialiste des systèmes alimentaires et auteur principal du GIEC, déclare : « Il s’agit d’une déclaration historique de la communauté scientifique. Elle souligne qu’il est urgent que les experts disent clairement au grand public, aux politiciens et au mouvement écologiste qu’il n’y a plus de trajectoire crédible pour limiter le réchauffement planétaire en dessous de 1,5°C. ».
Signataire de la lettre, la Dr Stella Nyambura Mbau, post-doctorante en développement durable au Kenya, déclare : « Il est essentiel que les scientifiques des pays du Nord reconnaissent publiquement que la limitation du réchauffement en dessous des 1,5 °C a échoué. Nous, scientifiques des pays du Sud, avons besoin que nos pairs d’Europe et d’Amérique du Nord s’expriment à ce sujet car ils sont beaucoup plus proches des centres de pouvoir politique et économique qui entravent l’action en faveur du climat. Cela n’a jamais été aussi urgent, alors que nous approchons d’un monde au-dessus des 1.5°C de réchauffement. »
La lettre déclare : « Les scientifiques s’accordent sur le fait qu’il n’y ait pas de voie crédible vers un réchauffement limité à 1,5°C. Cela nécessiterait que les émissions mondiales atteignent leur pic avant 2025 et soient réduites de 43 % d’ici 2030. Et même ce scénario conduirait probablement à dépasser le seul des +1,5 °C au cours des dix prochaines années. Le scénario le plus optimiste présenté par le GIEC repose sur le déploiement hypothétique de technologies d’élimination du dioxyde de carbone à grande échelle, afin de faire baisser les températures d’ici la fin du siècle.
Continuer d’affirmer publiquement qu’il est toujours possible de limiter le réchauffement planétaire à 1,5°C n’est plus acceptable. Pourtant, des politiciens, des scientifiques de premier plan et des figures du mouvement pour le climat persistent à le faire. En conséquence, les industries polluantes et les décideurs politiques sont involontairement encouragés à s’opposer à une décarbonation rapide ».
Signataire de la lettre, Bill McGuire, professeur émérite des risques géophysiques et climatiques à l’University College de Londres, a déclaré : « Il est dangereux, trompeur, et tout simplement faux, de donner au public l’impression que nous pouvons encore rester de ce côté du garde-fou du changement climatique qu’est le seuil des 1,5°C. Non seulement cela suggère que nous pouvons encore éviter l’effondrement climatique généralisé, mais cela fournit une excuse aux politiciens pour continuer à tergiverser, et aux pollueurs pour continuer à polluer. »
En réponse, la lettre ouverte appelle la communauté des scientifiques travaillant sur tous les aspects du changement climatique à faire une déclaration publique avant la COP27, affirmant les éléments suivants :
À propos de Scientist Rebellion :
Nous sommes un groupe d’action climatique regroupant plus d’un millier de membres dans 32 pays.
Nos membres sont des scientifiques d’horizons divers, des étudiants en sciences jusqu’aux
chercheur.euses titulaires. Nous partageons la conviction selon laquelle les scientifiques doivent mettre en place des actions de désobéissance civile non violente pour renforcer leur crédibilité. Lors d’actes de résistance civile, nous nous identifions en portant des blouses de laboratoire. Le Climate Emergency Fund soutient les efforts de recrutement, de formation, de renforcement des capacités et d’éducation de Scientist Rebellion.
Plus d’informations sur : https://scientistrebellion.com
23.10.2022 à 18:37
« Scientists’ Warning: A Second Notice » : avertissement de 15 000 scientifiques du monde entier dans BioScience 25 ans après le premier appel, décembre 2017.
« Scientists’ Warning of a Climate Emergency » : avertissement de 11 000 scientifiques du monde entier dans BioScience, novembre 2019.
« Climat : "Nous en appelons aux décideurs politiques" » : tribune de 700 scientifiques français dans Libération, 7 septembre 2018.
« Facts about our ecological crisis are incontrovertible. We must take action » : appel de 94 scientifiques britanniques dans The Guardian, 26 octobre 2018.
« Act now to prevent an environmental catastrophe » : appel de 94 scientifiques, politiciens et activistes de tous pays dans The Guardian, 9 décembre 2018.
« Nous, scientifiques, ferons aussi la grève scolaire du 15 mars » : tribune de 260 universitaires suisses, français et belges dans Le Monde et Le Temps, 20 février 2019.
« La mobilisation mondiale du 15 mars, lancée par la jeunesse, doit nous interpeller et nous faire réagir » : tribune d'universitaires membres de l'Atécopol dans Le Monde, 5 mars 2019.
« Nous déclarons notre soutien à Extinction Rebellion » : lettre ouverte de 81 scientifiques suisses et 220 citoyens suisses dans Le Temps, 21 octobre 2019.