06.03.2026 à 08:55
Thomas Beaufils


UPDATE :
Face à la quantité invraisemblable de retournements de situations à Clichy (92), je me devais de caler ici de rapides mises à jour, même si on s'éloigne grandement de la tech.
Primo : Julie Martinez, candidate pour le PS et ancienne salariée du géant techno-sécuritaire Palantir, s'est donc inclinée de justesse au deuxième tour des municipales, face au "Républicain"* Rémi Muzeau.

Secondo : une vidéo de Julie Martinez, filmée le soir des résultats du second tour, la montre déclarant qu'elle est prête à "faire mourir Rémi Muzeau en prison", "parce que c'est là où il appartient (sic)". Du pain bénit pour le candidat LR qui peut donc jouer les victimes apeurées sur les plateaux télés.
Il faut croire que la brutalité des méthodes de Palantir a infusé chez Mme Martinez. Qui l'eût cru ?
Tertio : on apprenait dimanche soir, 29 mars, dans un article du Parisien, que des fraudes ont été constatées durant l'élection :
"Des procurations ne figurant pas sur le registre de la préfecture des Hauts-de-Seine, des électeurs qui se retrouvent nez à nez avec des inconnus votant à leur place… À Clichy, 7 plaintes ont été déposées pour usurpation d’identité. La candidate PS Julie Martinez (PS) a formulé un recours après la réélection de Rémi Muzeau (LR)."
La bataille pour la mairie de Clichy fait donc les prolongations. Et elle compte déjà assez de rebondissement pour en tirer une série Netflix. Disons "House of Clichy" ?
Il y aura un problème, cependant : il sera bien difficile de s'attacher aux personnages, tant ceux-ci ont tous l'air détestables.
*je mettrais dorénavant toujours des guillemets au terme républicain quand il s'agit d'évoquer le partie politique du même nom, tant celui-ci est à mes yeux désormais un parti d'extrême droite, tout à fait sorti de l'axe républicain, si tant est que cette notion est encore un sens en 2026.
ARTICLE ORIGINAL :
Le premier tour des municipales, c'est presque dans une semaine. Déjà 😱
Dans un contexte politique tendu sur tous les fronts, ce scrutin local aura évidemment une importance nationale au vu des thématiques soulevées, et du fait d'une banalisation toujours plus grande de l'extrême droite.
Et voilà qu'une candidature en particulier, au sein d'un parti décidément pas avare en surprises ces temps-ci, ajoute une dimension toute à fait "tech" et internationale au schmilblick.
Je vous présente Julie Martinez, candidate à la Mairie de Clichy (92) pour le Parti Socialiste, et directrice d'un think tank qui a l'air trop sympa : France Positive.
Sur un compte Instagram tout en good vibes, on balance des reels en mode influenceuse cuisine tout en critiquant (à juste titre, je présume) les méthodes du maire sortant ; on propose de "créer du lien" avec de jolis visuels colorés ; on va rendre le logement accessible et construire des pistes cyclables.

Sur le papier, moi, je suis un bobo. Ça me va super bien.
Sauf que quand on regarde le CV de Mme Martinez, il y'a un truc qui saute aux yeux. Elle a au moins le mérite de ne pas le cacher, c'est écrit noir sur blanc sur son compte Linkedin :
Julie Martinez a travaillé pendant trois ans et demi, et jusqu'en octobre dernier, pour Palantir.
Elle a été avocate intégrée à l'entreprise pendant plus de deux ans, avant d'en devenir la "responsable de la protection des données" pendant près d'un an et demi.
Palantir, ça vous dit quelque chose ? Mais siiiiii, cette sympathique entreprise dont on a déjà parlée à plusieurs reprises dans cette infolettre. Une entreprise dédiée à la surveillance de masse, le bras armé technologique de l'administration Trump, comme l'expliquait Olivier Tesquet dans une chronique récente sur France Inter (complété depuis par un papier pour le Grand Continent).
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Le premier client historique de Palantir n'était autre que la CIA, avec un logiciel nommé Gotham, dont le principe était effrayant de simplicité : Palantir ne collecte pas les données, elle les connecte. Le but : pouvoir dire où une "cible" se trouve, et avec qui s'y trouve-t-elle.
Gotham ? Oui, la ville de Batman. Le nom "Palantir" est lui à aller chercher du côté du Seigneur des Anneaux. Olivier Tesquet :
"Dans le folklore du Seigneur des Anneaux, le Palantir est une pierre qui permet de tout voir tout le temps, un outil très puissant et très dangereux. L'omniscience, c'est ce qui est visé dans son nom même. Palantir est une entreprise du XXIe siècle au sens chimiquement pur : ils ont commencé avec les services de renseignement, ils ont été financés par la CIA, et depuis, ils vivent des crises, que ce soit le terrorisme, le Covid ou les guerres en Ukraine et à Gaza."
Et avec le retour de Trump aux affaires, Palantir a pu confirmer son statut de partenaire technologique privilégié du gouvernement états-unien. Il faut dire que l'entreprise représente l'outil idéal pour identifier ces fameuses "cibles", qu'il s'agisse de "terroristes" à éliminer (ce qualificatif étant un brin galvaudé dans la bouche de Trump), ou de migrant·es à expulser via l'ICE.
Mais ces "produits" sont aussi utilisés en France, par la DGSI, par exemple. Ce qui au delà de toute considération éthique, pose aussi des questions de souveraineté assez majeures.

Batman, Lord of the Rings : on est, comme souvent avec la Silicon Valley, dans le royaume des geekos mascus et malsains qui n'ont rien compris au bouquin.
Car Palantir a été créé par un techno-fasciste pur jus. Pas aussi connu que l'autre geeko-facho de service, Elon Musk, mais sans doute plus dangereux encore : Peter Thiel. Son nom vous est sans doute familier, d'autant que sa récente venue à Paris a fait couler pas mal d'encre.
Si vous ne le connaissiez pas, désolé : je vais devoir faire les présentations.
Issu comme Musk de la PayPal Mafia, Peter Thiel est clairement le "techno-fasciste" le plus chaud de ta région. Ses obsessions religieuses pour "l'Antéchrist" et l'extrémisme de ses visées libertariennes l'ont longtemps cantonné à un rôle de "trublion bizarre", dangereux certes, mais surtout isolé au sein de la Silicon Valley.
Pourtant, il a depuis été l'acteur majeur du rapprochement de Trump et des Big Tech 🇺🇸 grâce à son poulain J.D. Vance, dont il a financé l'entrée en politique. Il est désormais au coeur du projet trumpiste, se présentant comme le liant entre les AI-enthusiasts les plus acharnés et la droite religieuse états-unienne la plus dure.
Certes, Thiel ne dirige plus aujourd'hui Palantir, dont il s'éloigne actuellement. Mais il ne reste pas moins le concepteur de la matrice qui a vu naitre cette entité. Surtout, l'actuel PDG de l'entreprise et son co-fondateur aux côtés de Thiel, Alex Karp, n'est pas un joli coeur non plus.
Karp ne cache pas son ambition : faire de l'Amérique de Trump un "Empire Technologique" qui écrase toutes les autres nations, grâce à l'IA et à la maitrise des flux de données. Un nationaliste viriliste parfaitement décomplexé.
Maintenant qu'on a dit tout ça, on peut quand même revenir à nos moutons franchouillards :
Qu'est ce qu'une candidate socialiste aux municipales, qui souhaite "créer du lien" et proposer "des options végétariennes et bio à la cantine", a bien pu faire dans une boîte comme Palantir ?
Au soutien de fascistes libertariens comme Thiel et Karp ?
Julie Martinez a été salariée de l'entreprise jusqu'en octobre dernier. En parallèle, elle était alors porte-parole du PS pour les sujets technologiques, et notamment sur l'IA. Ce qui n'avait pas manqué alors de faire lever quelques sourcils.
Martinez expliquait à l'époque à Libération que «[son] métier était de veiller à ce que la réglementation européenne soit appliquée » par Palantir. Une manière de dire qu'elle aurait donc tenter de rendre le géant de la surveillance "meilleur" ? On s'esclaffe.
On peut plaider la prise de conscience et le pivot éthique. Je veux dire : j'écris ces lignes critiques sur la tech depuis 2 ans alors que j'ai été un salarié de Microsoft quelques années plus tôt. Donc les prises de conscience, je peux piger.
Mais dans le cas de Julie Martinez, pardon, ça ne prend pas. Elle a démissionné de son job chez Palantir seulement en octobre dernier, et encore y a-t-elle été forcée par la polémique. La rapidité du pivot est impressionnante, et on ne change pas de vision sur le monde en 6 mois.
Par la même occasion, elle quittait d'ailleurs son job de porte parole "tech" du PS. On se dit alors qu'il s'agissait là d'une simple erreur de casting. D'un manque de "background check", certes coupable, mais oubliable du parti... et on passe à autre chose. Que nenni : le PS l'intronise donc dans la foulée candidate à Clichy, en connaissance de cause !
En juin dernier, alors pleinement intégrée à la machine Palantir, elle disait ceci dans un papier toujours en ligne sur le site du Parti Socialiste : "La technologie n’est jamais neutre : elle prolonge le projet politique de ceux qui la possèdent".
Julie Martinez sait donc très bien ce qu'elle fait, et ce serait hilarant si ce n'était pas terrifiant. Dr. Jekill et Mr. Hyde.
Comment le Parti Socialiste peut-il présenter une telle candidate aux municipales dans ce contexte politique, technologique, international ?
Comme Julie Martinez peut-elle se sentir crédible quand elle parle de ses "propositions pour l'école publique" quand elle a servit des figures libertariennes comme Thiel ?
Comment peut-elle porter un programme social "créant du lien" quand elle a ramassé les (gros) chèques d'une entreprise dont le métier est la surveillance de masse au bénéfice du programme fasciste de Donald Trump ?
Alors que la défiance de la population française est au plus haut face à ses représentant·es politiques corrompu·es et déconnecté·es de leur réalité, je ne vois pas comment un parti prétendument socialiste peut soutenir la candidature de quelqu'un capable de se dédoubler ainsi.
Julie Martinez redéfinit la notion même de "double casquette", même si cette dernière est au placard (depuis à peine 6 mois). C'est à se taper la tête contre les murs.
Et c'est en même temps tellement symbolique de l'absurdité de 2026.
Bien que je sais qu'il est désormais coutumier, "dans la France de Macron", de faire preuve de mansuétude vis à vis du fascisme, y compris dans les rangs socialistes... là on va quand même dans une direction toute aussi déroutante que, disons, si notre Assemblée Nationale observait des minutes de silence pour des néo-nazis.
Oh, wait.
Pour conclure : merci à Thomas Le Bonniec pour sa lettre ouverte. Si je connaissais déjà le cas Martinez suite à la polémique puis à sa double démission d'octobre dernier... j'avais complètement raté cet épisode municipale lunaire, comme beaucoup de monde, j'ai l'impression. Je l'ai découverte grâce à son alarme.
Juste une parenthèse pour vous dire que je ne parlerais pas du sujet "QuitGPT" dans le détail, pour le moment.
Deux mots cependant : on peut se réjouir d'un départ en masse des utilisateurs et utilisatrices du service d'OpenAI pour protester contre le soutien de son leadership à Donald Trump, puis plus récemment de son intégration à l'outil guerrier états-unien.
M'enfin, évitez à mon humble avis de dresser trop rapidement des lauriers à Anthropic et Dario Amodei, qui se positionne de manière tout à fait marketée en "résistant". Bon après, c'est vous qui voyez. À chacun ses good guys 🤗

On en parle régulièrement ici : le rapport au numérique de nos élu·es est bien souvent tout à fait à côté de la plaque, du cas qui nous intéressait aujourd'hui aux prises de position régulières d'Emmanuel Macron sur le sujet.
Mais il y a aussi de supers initiatives qui peuvent aider la sphère publique française à aller vers le meilleur, et ce sera notre dessert du jour 🍰
Car dans le genre super initiative, on peut parler de "Désascalade numérique", 10 propositions co-écritent par des associations et coopératives françaises de grande qualité, de Commown à Lève les yeux, de Techologie à Génération Lumière.
Le but est d'éduquer les élu·es et futur·es élu·es aux risques posés par le numérique et aux avantages qu'une forme de décroissance numérique pourrait nous offrir en tant que société.
Pourquoi choisir les municipales ? Je les cite :
"Les menaces que fait peser l'industrie numérique sur le vivant, l'emploi ou les libertés fondamentales peuvent sidérer en donnant le sentiment de phénomènes planétaires insaisissables. Pourtant, agir à l'échelle locale, à partir des communautés dans lesquelles nous vivons, est non seulement possible, mais décisif. C'est l'échelle plus efficace pour sortir de l'impuissance et recréer des liens fragilisés par le déferlement technologique. Pour se donner les moyens, progressivement, de reprendre la main sur les objets qui nous entourent et sur nos besoins fondamentaux."
J'ai justement assisté hier soir à Marseille à une réunion très intéressante du collectif "Le nuage était sous nos pieds", qui veut remettre au centre du débat public les installations de centres de données, notamment sur le territoire marseillais. J'en reparlerai forcément, bientôt.
En attendant, je vous laisse découvrir les 10 propositions détaillées du collectif Désescalade Numérique, des directions ultra pertinentes à creuser, et à pousser auprès de vos mairies et de vos élu·es.
Parce que résister localement un peu partout est peut-être le meilleur moyen d'avoir un impact global.
👉 https://www.desescaladenumerique.org
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Thomas ✊
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25.02.2026 à 07:57
Thomas Beaufils


Il est probablement l'auteur de science-fiction francophone le plus révéré. Il est aussi une figure techno-critique majeure du paysage culturel français, depuis une bonne dizaine d'années maintenant.
Il n'était donc pas tout à fait surprenant de voir Alain Damasio invité sur le plateau de l'émission C Ce Soir du 19 février dernier, pour un sujet tape à l'oeil qui n'augurait pas grand chose de bon : "IA : avons-nous perdu le contrôle ?".
Dans un débat au cadrage très discutable mais heureusement rehaussé par les apports de la chercheuse Ophelie Coelho et de la philosophe Anne Alombert, Damasio a déclaré ceci :
"Mon métier c'est de créer des univers imaginaires, des personnages et des trames narratives. L'IA arrive quasiment au même niveau que mon artisanat."
Se faisant, Damasio se tire ainsi une balle de LBD à bout portant dans le pied.
Il démontre, dans cette émission, son incompréhension du fonctionnement même de l'IA générative et des chatbots IA, et le déclin de ses visées techno-critiques et anti-capitalistes. Il admet aussi au passage avoir une bien piètre estime de ses propres écrits, lui qui parle pourtant souvent de son égo.
Sur son incompréhension de l'IA générative, d'abord : ne saisit-il pas que l'IA générative ne créé rien de nouveau et ne fait que remâcher l'existant, c'est à dire le contraire même de ce qui rend l'art intéressant ? De ce qui avait fait de sa Horde du Contrevent un chef d'œuvre pour beaucoup ?
Il semble pourtant comprendre que les LLM ne créent rien et ne sont que des "machines à probabilité" tout à fait mathématiques. Rien de créatif ni de magique là-dedans, mais cela ne force visiblement pas Damasio à se défaire de sa fascination malsaine.
Comme l'exprime la linguiste (atterrée) Laélia Veron, Alain Damasio a, dans nombre de ses écrits, "dénoncé l'automatisation et la privatisation du langage par la technologie". Le voir ainsi vanter et assumer l'utilisation de l'IA générative (et plus précisément le modèle Claude d'Anthropic), soit la forme de privatisation et d'uniformisation du langage la plus extrême qui soit, a de quoi décontenancer. Notamment dans cette période d'actualité orwelienne où les mots sont vidés de leur sens : guerre, paix ; ignorance, force ; fascisme, anti-fascisme.
Tous les discours anti-capitalistes et techno-critiques de l'auteur perdent en conséquence de leur substance. Moi qui avait fait une longue critique de son essai "Vallée du Silicium" dans cette infolettre il y a près de 2 ans, ne peux que refaire saillir avec plus de netteté encore les critiques alors exprimées : sa fascination bien plus que sa répulsion pour certains usages délétères de la technologie, ou son oblitération presque entière de l'enjeu écologique pour ce qui a trait à l'entraînement et développement des chatbots IA, notamment.
Pour quelqu'un se déclarant "bio-punk", c'est tout de même embêtant.
Rappelons d'ailleurs que Damasio a même récemment été jusqu'à fourrer son nez dans la fange des NFT, preuve d'une forme plus large de renoncement.
Alain Damasio, en bonne créature médiatique parlant d'IA qu'il est désormais, ne manque pas de verser dans les poncifs éculés : le plus grand risque qui nous guette avec l'IA est bien sûr la "superintelligence".
Il faut dire qu'il y est bien aidé par un cadrage de l'émission à côté de la plaque, nous le disions, et les interventions d'un journaliste du Point (média en pleine croisade anti-science par ailleurs, c'est à noter). Un cadrage qui ne parle que d'une hypothétique perte de contrôle d'une IA bientôt sentiente, en traitant tout autre risque comme trivial en comparaison.
La "superintelligence", une éventualité qui ne fait pourtant absolument pas consensus. Mais qui fait bien sûr jaser, cliquer. Une théorie à la Terminator qui permet surtout aux acteurs de la tech et de l'IA (comme Dario Amodei, le boss d'Anthropic dont Damasio semble gaga) de minimiser l'importance des autres conséquences concrètes et actuelles de l'IA : impacts écologiques, politiques, sociaux ou économiques, que nous évoquons souvent dans cette infolettre.
À mes yeux, si la machine dépasse un jour l'humain, ce sera parce qu'elle nous a rendu plus bête et dépendant que nous ne le sommes aujourd'hui. Pas parce qu'elle aura développé une "superintelligence" 🤗
Bref, dans le cadre d'une émission titrée "IA : avons-nous perdu le contrôle ?", fallait-il s'étonner de ce focus sur la superintelligence ? Car, si c'est moins sexy, il serait bon de rappeler que reprendre le contrôle du développement de l'IA générative ne serait pas si compliqué si l'on s'en donnait les moyens pour réguler, au niveau européen notamment, les quelques entreprises qui produisent ces modèles.
Il ne faut pas non plus oublier les limites intrinsèques au développement de l'IA, qui me font rire quand j'entends Damasio nous imaginer toutes et tous en balade avec notre "IA personnalisée". Des limites, peu évoquées lors du débat, et qui peuvent être :
À l'heure où Sam Altman démontre que son cerveau tourne moins bien encore que la dernière version de ChatGPT, où on découvre que l'un des plus gros donateurs de Donald Trump n'est autre qu'un des co(n)fondateur d'Open AI, et où les conquistadors sont plus que jamais de sortis, d'Anthropic à Mistral...
...il y a certes autour de l'IA des sujets bien plus importants à évoquer, en ce moment, que la "cyber-épiphanie" d'un auteur courrouçant sa fan base. Alors concluons.
Il ne faudra pas être surpris de voir Claude Damasio mettre moins de temps à publier son prochain roman, quand Les Furtifs lui avait pris 10 ans. Tout ça pour accoucher in fine à l'époque d'un patchwork de sujets assez indigestes, où il en venait à se singer lui-même ; le propre, déjà, d'une IA générative. On comprend donc sa fascination devant le miroir. Et de me rendre compte que le bougre n'a plus rien publié d'excellente facture depuis bientôt 15 ans, malheureusement.
Ne comptez donc plus sur moi pour lire ses prochains "écrits", et son roman à venir, visiblement porté sur l'eau. Combien de litres de flotte absorbés pour pondre ce prochain pavé ?💧
Vous me trouvez dur ?
Boh, ce n'est pas dans mes habitudes culinaires, pourtant, le trop plein de sel.
Surtout : la dureté de cette critique est à la hauteur de ma déception, et du sentiment de traitrise (le mot est lâché) qui m'habite, après avoir aimé et conseillé à tant de gens la lecture de sa Horde du Contrevent.
À croire que son chef d'œuvre virevoltant n'était peut-être, au fond, qu'un (très bel) accident.
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Loin de moi, en vérité, l'idée de vous engager à ne lire aucun bouquin écrit depuis l'avènement de ChatGPT, en 2022, pour éviter toute mauvaise surprise. Vous l'aurez compris, un auteur peut dire n'importe quoi et vous gâcher le goût d'un chef d'œuvre même bien après sa sortie.
Je ne vais pas non plus vous conseiller de ne lire que des auteurs et autrices décédé·es pour avoir l'esprit tranquille, parce qu'un peu de modernité ne fait pas de mal ;)
Non, voici simplement quelques livres francophones que j'ai aimé lire ces derniers mois et années, sans autre règle particulière. Si ce n'est leur qualité à mes yeux, l'émotion tout à fait humaine qu'ils ont éveillé en moi.
Il y a d'abord "L'Art de Perdre", d'Alice Zeniter. Un fresque familiale formidable qui devrait être largement intégrée à notre programme scolaire tant il révèle de choses sur l'histoire commune de la France et de l'Algérie, tant il est pertinent dans la période de troubles nouveaux et en même temps anciens que nous traversons. Tant il est bien écrit, aussi.
Il y a ensuite "Le barman du Ritz", de Philippe Colin. En toute franchise, s'il n'est pas un grand roman (la dimension romantique de l'ouvrage est tout à fait passable), il n'en demeure pas moins un témoignage romancé mais circonstancié de la réalité politique parisienne sous l'occupation. Les séries de podcasts du même auteur chez Radio France, notamment celle sur la trajectoire de Pétain, sont encore davantage à conseiller. Les parallèles entre cette époque et la notre y sont souvent terrifiants.
Il y aussi les géniaux petits bouquins de Florent Oiseau, notamment mon chouchou "Les fruits tombent des arbres". Une lecture de l'ordinaire plutôt que de l'imaginaire, mais pas moins épique dans sa description du quotidien et des petites choses.
Il y a enfin, pour revenir à l'imaginaire, le travail de Jean-Philippe Jaworski. "Gagner la guerre" est notamment une œuvre majeure de la fantaisie francophone, modulo un choix scénaristique franchement discutable au milieu du récit, aussi détestable soit son anti-héros. Tous les ouvrages du cycle des "Récits du vieux royaume" que j'ai pu lire jusqu'ici sont parfaitement exaltants.
J'admets être moins client de son cycle celtique "Chasse Royale". Car, à l'instar de Damasio, l'auteur y frise l'auto-parodie à force de renforcer son style, tout en vocabulaire boueux et bagarreur. Espérons pour Jaworski une suite moins néfaste que celle de notre victime du jour !

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11.02.2026 à 07:08
Thomas Beaufils


En ce 11 février commence le deuxième jour d'une grève qui en comptera trois, chez Ubisoft. Elle fait suite à un appel commun lancé par les syndicats Solidaires-Informatique, STJV (Syndicat des travailleurs et travailleuses du jeu vidéo), CFE-CGC, CGT et Printemps écologique, en réponse à des annonces de suppressions de postes, de réorganisation plus large de l'entreprise et de mise à bas d'accords clés avec les salarié•es.
La grève aurait été suivie par au moins 1200 personne hier, selon le STJV. Elle intervient surtout dans la période de crise la plus intense que l'entreprise ait jamais connue... alors même que la crise est presque quotidienne depuis plusieurs années maintenant pour les quelques 17 000 employé•es d'Ubisoft, dont 4000 en France.
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Quelques éléments de contexte d'abord : Ubisoft, c'est une entreprise menée depuis 40 ans cette année par Yves Guillemot, membre d'une fratrie de morbihannais qui a beaucoup investit dans le jeu vidéo français. Ubi, comme on l'appelle, c'est le plus gros acteur du JV hexagonale et de loin, et l'un des plus gros d'Europe.
Ubisoft, c'était surtout cette grosse boite de jeu vidéo qui faisait les choses différemment, des états-uniens notamment :
Ubi, c'était une boite à l'image de son patron, Yves Guillemot, petit gars avec une certaine bonhomie, qui débarque avec son accent français et sa voix fluette pour parler de l'importance de la créativité et des créatifs, les "joyaux de la couronne" d'Ubisoft.
Dans le même temps, c'est aussi une structure qui résiste aux tentatives de rachats agressives d'Electronic Arts à la fin des années 2000, puis du Vivendi de Bolloré en 2015. Bref, on aime bien Ubisoft, surtout en France, territoire jamais avare de chauvinisme.

Puis la machine s'est enrayée. Résultats en berne, approche créative critiquée, scandales à répétition... Pour enfin en arriver à la crise actuelle, faite de vagues de licenciements et de fermetures de studios (choses que l'on pensait impossibles il n'y pas si longtemps). Faite de promesses brisées et de salarié•es sacrifié•es, aussi.
Tous et toutes les analystes du milieu y vont depuis de leur avis sur les raisons de ce déraillement.
Pour certain•es, c'est surtout lié à la crise plus large que traverse "l'industrie du jeu vidéo".
Une crise auto-infligée, à mon humble avis, pour cette industrie se croyant trop belle et puissante. Notamment pendant et à la suite de la période du covid, mirobolante du point de vue des chiffres, mais qui n’était qu’une anomalie. Mais quand les chiffres sont gros, les vautours rappliquent : tout le monde a voulu sa part du gâteau, des gros acteurs chinois au fond souverain d'Arabie Saoudite, en passant par Amazon ou Netflix.
S'en est donc suivi une crise, où les actionnaires ont récupéré un max, les salarié•es ont trinqué un max, les gros acteurs non-endémiques ont, au choix, retiré leurs billes non sans avoir laissé beaucoup de monde sur le carreau, ou bien remis une très grosse pièce dans la machine... mais pour résumer : c'est le bordel.
Et si là-haut, ça se parachute doré, en bas de la chaîne, il ne fait plus bon être un travailleur du JV.

À mes yeux, cette conjoncture a peut-être accéléré les problèmes d'Ubisoft, mais rien d'autre. La responsabilité repose sur les épaules seules de la direction de l'entreprise.
Et comme d'habitude dans ces cas là : les gaillards veulent sauver leurs sièges, quitte à balancer tous les autres passagers du bateau dans la flotte, quitte à revenir sur toutes leurs promesses.
Je vais en venir à la raison de cette conviction dans un instant. Mais je me dois d'abord d'évoquer mon rapport particulier à Ubisoft.
Ubi a été ma première boîte. J'y ai démarré en stage de fin d'étude, et après quelques péripéties, y ai enchainé quelques CDD avant d'y signer mon premier CDI, tout ça dans les locaux de Montreuil et Saint-Mandé, en bordure de Paris.
Je l'ai rejointe en 2012, juste après une incroyable conférence à l'E3, le plus grand salon du milieu à l'époque. C'était un rêve de gosse, tout simplement. Je rejoignais par la fenêtre (stagiaire attaché de presse) un domaine qui m'avait toujours attiré, parce que rentrer par la porte (devenir développeur) m'avait semblé impossible avec mon niveau misérable en maths (oui, c'est stupide).
J'y ai passé près de 7 années, à divers postes liés à la communication, principalement dans la division EMEA (Europe, Moyen Orient, Asie) de l'entreprise. J'y ai rencontré des gens passionnants, et pas mal d'ami•es conservé•es jusqu'à aujourd'hui, aussi. J'y ai voyagé dans de nombreux studios, j'y ai bossé sur des projets qui sont devenus d'énormes succès quand d'autres n'ont jamais vu le jour in fine. J'ai fait des E3 et des Gamescom, et j'y vivais une fast life tout à fait grisante.
J'y ai croisé Yves Guillemot à quelques reprises. Une personne que j'ai trouvé sympathique, qui m'a semblé s'intéresser véritablement à ses "ouailles". Il prenait souvent la parole devant les employé•es, à l'époque, avec une certaine bonhomie, là encore.
Il n'avait pas la froideur que j'ai pu retrouver chez beaucoup de grands pontes à l'américaine (je vous raconterai un jour ma seule réunion avec Brad Smith, le numéro 2 de Microsoft... Mais pas aujourd'hui).
Guillemot, je me souviens qu'on l'appelait Tonton Yves, avec mes collègues. Il est né la même année que mes parents, ce qui renforçait peut-être cette impression "familiale".

Mais je n'y ai pas vu et vécu que des trucs cools, chez Ubisoft.
Et on va en revenir à ce qui à mon avis est la raison de tout ce merdier.
En 2020 intervient le début des "embrouilles" pour Ubisoft. Libération révèle alors des récits de harcèlements et d'agressions sexuelles menés par certains cadres dirigeants de l'entreprise, notamment au sein de sa toute puissante "équipe éditoriale" basée à Paris, qui a alors le droit de vie ou de mort sur tous les projets menés chez Ubi.
Face à ce scandale, les réactions internes et externes de l'entreprise sont catastrophiques. Les profils mis en cause, protégés par les RH avant les révélations dans la presse, le sont toujours par la suite. Guillemot lui-même fera tout pour maintenir Serge Hascoët (directeur dudit "pôle édito") à son poste, malgré les accusations. Hascoët, qui a depuis été condamné à 18 mois de prison avec sursis et 45 000€ d'amendes.
Ce qui commence à se faire jour, c'est le revers de la médaille des discours d'Yves Guillemot sur les "créatifs" d'Ubisoft : on les protégera quoi qu'il arrive, quoi qu'ils fassent. Les "joyaux" d'Ubisoft sont plus important que tout le reste, peu importe si leurs comportements impactent négativement tout le reste de l'entreprise.
Dans la foulée, les langues se délient et nombre de scandales sont révélés, en France et au Canada notamment. Affaires de harcèlement moral et sexuel, toxicité manageriale généralisée, équipes des ressources humaines qui protègent les auteurs des méfaits et n'écoutent pas les victimes, direction qui ne mesure pas le malaise interne...
La boite sympatoche n'est peut-être pas si sympatoche que ça.
La toxicité et les errements manageriaux et RH d'Ubisoft, j'en ai eu des preuves sous le nez un bon bout de ma carrière dans l'entreprise, au delà du fait que la boite (en France en tout cas) était connue pour payer mal versus la qualité et la quantité de taff demandé ("métier passion", tu connais).
Je n'ai rien vécu de comparable avec ce qui a pu être décrit par d'autres. Pour autant, des boss toxiques, j'en ai eu et j'en ai vu quelques-un•es, chez Ubi.
Cependant, je pense qu'à l'époque, la tête dans le guidon, je ne réalisais pas être confronté à de tels comportements (a contrario, je les ai très bien identifiés sur le coup, ensuite, dans une boite comme Microsoft).
Pourtant il me semble évident aujourd'hui que ces comportements avaient des conséquences désastreuses, sur les gens qui les subissaient bien sûr, mais plus largement sur toute la boite.
À mon époque, la structure de la boîte elle-même était malsaine : le pôle publishing (où j’ai principalement évolué et qui incluait l’édition, le marketing et la communication) était ainsi divisé en deux parties, l'une basée à Paris, l'autre à San Francisco. L'une dirigée par un pote d'enfance d'Yves, l'autre par son cousin. Ça ne s'invente pas.
En substance : les européens contre les ricains, et autant vous dire que ça ne se passait pas dans la joie et la bonne humeur. Une espèce de compétition interne stupide éminemment contre-productive, et productrice de stress et de tensions pour tout le monde.
Ajoutons enfin que, sans arriver partout au niveau décrit dans le cas du "pôle édito", l'ambiance de boys club chez Ubisoft était indéniable. C'était mon premier boulot après l'école, alors ça non plus je ne l'ai pas compris tout de suite.
Mais au bout d'un moment, on se rend compte que ça n'est pas normal d'entendre les mêmes vannes dans un open space de boulot que quand tu traînais au pub avec tes camarades de classe de 20 piges à peine. Protéger les créatifs chez Ubisoft ? Peut-être, m'enfin c'était plus facile si vous étiez un mec.
Précisons sur ce dernier point que j’ai quitté la boite il y a 8 ans, et que l’ambiance aurait pas mal évoluée depuis… dommage qu’il ait fallu en arriver là pour que les choses bougent.
Bref, le plus important pour conclure cette partie : mes pensées aux victimes et toutes celles, tous ceux qui ont eu à subir des comportements déplacés au fil des années.
C'est à la suite de ces scandales que le fonctionnement interne d'Ubisoft, au delà de la toxicité que nous évoquions, est mieux compris à l'externe et notamment par la presse. Elle permet d’expliquer certains errement de l’entreprise.
La fameuse "équipe édito" qui faisait la fierté de l'entreprise n'était ainsi pas seulement dirigée par des individus peu recommandables. Elle est aussi à la source des obsessions stratégiques d'Ubisoft, de son orientation vers les gigantesques "monde ouvert" avec des mécaniques copiées d'une licence à l'autre. Ce qui deviendra la marque de fabrique d'Ubisoft avant de devenir une recette moquée pour sa répétitivité, et précipitera l'entreprise vers ses difficultés actuelles.
Idem avec cette envie, de la part du siège bien plus que des studios eux-mêmes, de suivre les tendances sans en maitriser les tenants et les aboutissants, et toujours avec un temps de retard.
Ou bien de vouloir créer des jeux pouvant plaire à tous les types de joueuses et de joueurs, alors même que celleux-ci sont de plus en plus exigeant•es et segmenté•es, sur un marché plus compétitif que jamais.
De la même manière, les tensions que j’avais pu ressentir en tant que membres des équipes publishing d’Ubi n’était pas un cas isolé. Pour en avoir discuté régulièrement au fil des années avec des gens en place chez Ubisoft, cette idée de « diviser pour mieux régner » reste un leitmotiv pour Yves, et dessine en creux le fonctionnement d’Ubisoft depuis très longtemps.
Europe contre US, mais également siège contre studios (un fonctionnement dont l’existence de l’équipe édito était l’un des symboles les plus forts), ou studios en bisbilles constantes avec le publishing…
Voilà qui permettait à Tonton Yves d’être celui qui tranche in fine, avec un niveau de micro-management qui semble délirant pour une entreprise de cette taille. Difficile ensuite de nous faire croire qu’il ne savait pas ce qu’il se passait lors des divers scandales cités, mais passons.

Depuis 2020, Ubisoft est en tout cas en perte de contrôle complète. La toxicité et les errements d'un leadership créatif hors-sol et imbu de lui-même, doublé du besoin de réunir des sommes importantes pour satisfaire des actionnaires en panique face à un cours de bourse au plus bas, a mené l'entreprise là où elle est aujourd'hui.
Où en est-elle, justement, l'entreprise ? Liste à la Prévert :
Comme d'habitude : ce sont les salarié•es de l'entreprise qui payent pour les décisions d'un leadership de plus en plus népotique (Tonton Yves place de nombreux membres de sa famille dans l'organigramme) et aux visées stratégiques désastreuses.
Pour conclure, je vous dirais tout de même que des solutions, je n'en ai pas. Et qui serais-je pour en avoir. L'avenir va être plus que cahoteux, même si le management déconnecté de l'entreprise (et principalement Yves) prenait enfin une bonne décision, en se retirant.
Il faudra en tout cas du courage aux employé•es d'Ubisoft. Qu'iels soient uni•es dans la crise. Parce que la disparition d'Ubisoft serait une catastrophe pour le jeu vidéo français, mais également bien au delà de nos frontières.
Ubisoft était une belle exception créative française. Une exception, on l'a compris trop tard, construite sur des privilèges en son sein – quoi de plus français, finalement.
Ubisoft était aussi un sanctuaire pour ses employé•es, au sein d’une industrie devenue folle. Mais l’entreprise n'est plus désormais qu'une banale tragédie dans l'industrie du jeu vidéo international : des salarié•es sacrifié•es par un leadership déconnecté alors que la faute lui revient presque intégralement.
Soutien aux grévistes.
Et solidarité avec les petites mains de la boite. Toujours.
Comme dans toutes les boîtes de la tech, du gaming, et du reste.

Tout le monde se pose la question des liens qu'entretient son terrain de prédilection avec les Espstein Files. Côté jeu vidéo, il n'y a qu'un seul article à lire, c'est celui là. ✂️ Après les réseaux sociaux, Macron s'attaque aux JV, en oubliant ses demandes et déclarations passées, et en prenant le problème par le mauvais bout, comme d'hab. ✂️ Suite à l'annonce par Google de sa nouvelle "IA générative d’univers interactifs", Genie 3, les cours des entreprises du JV ont chuté en bourse... alors qu'il n'y a pas besoin de creuser longtemps pour voir que c'est du flan. ✂️ Le retard annoncé par Steam de ses "Steam Machines" pour cause de problèmes d'approvisionnement en composants va peut-être permettre à certain•es de réaliser l'impact de l'IA générative sur nos ressources. ✂️ Discord anticipe les conneries des autres en les faisant siennes. Génies. Heureusement, il y'a des alternatives.
Et une vanne de qualité pour conclure notre partie salée 😇


Par bonheur, le jeu vidéo, ce ne sont pas que des "AAA" et des vagues de licenciements.
Si le jeu vidéo indépendant souffre aussi de la crise que nous avons évoqué plus haut (notamment à cause des gros acteurs qui retirent leurs billes après avoir fait miroiter monts et merveilles), il n'a pour autant jamais été aussi dynamique et porteur de créativité.
Car désormais, et c'est sans doute une preuve de la nouvelle maturité de ce medium, c'est de créateurs et créatrices indépendant•es que vient l'innovation dans la majeure partie des cas.
Dans ce contexte bouillonnant, le jeu vidéo ne pourrait-il pas, de par son interactivité intrinsèque, devenir le meilleur moyen d'éduquer aux nécessaires changements qui arrivent ?
Et si ce medium impulsait sa mue pour sortir des mêmes formules usitées, de Call of Duty (tuer) à Pokémon (chasser) en passant par Civilization (coloniser) ?
Découvrons ensemble quelques douceurs vidéoludiques aux saveurs low-tech, bio-punk et sacrément innovantes, sorties ces derniers mois.
Les jeux de gestion et autres "city builder". Il n'y a pas beaucoup de styles de jeu plus marqué par l'imaginaire colonial. C'est toujours à peu près la même sauce : on arrive sur une carte, on y construit des tonnes de trucs en allant défoncer toutes les ressources d'un petit coin de paradis, en tachant de garder les finances dans le vert et la satisfaction de nos administré•es à un niveau correct.
Mais il y a des exceptions, et c'est le cas de Synergy ! Au delà de son identité visuelle très inspirée par Mœbius, l'idée est ici de développer son village, certes, mais en y respectant et même en s'adaptant un écosystème difficile. Cette quête d'harmonie bio-punk est même constitutive du gameplay : la granularité des mécaniques va jusqu'à nous laisser choisir la méthode de récolte des plantes et ressources naturelles dont nous avons besoin, pour s'assurer d'impacter le moins possible notre environnement.
En promo à 12,49€ sur GOG 🇪🇺
PS : le studio derrière Synergy vient de mettre la clé sous la porte...

Pour rester dans le genre, on peut aussi citer le récent Flotsam, où l'on assemble une ville flottante à partir des déchets abandonnés par une (notre) société de consommation, après une montée des eaux visiblement assez dramatique. Alors, c'est d'une certaine manière du post-apo, m'enfin ce n'est pas Waterworld. Ici, on ne fait pas du jet ski pour harponner des pirates adverses, on part plutôt à la pêche aux composants en naviguant tranquillement d'îles en îles et en récupérant au passage les survivants qui y sont isolé•es.
Y'a un truc tout à fait poétique à voir ses ouailles recycler le plastique et le bois pour en fait la future place de votre village flottant et faire pousser des salades au milieu de l'océan. C'est très détente, et ça donne presque envie que l'eau grimpe un peu pour noyer quelques côtes trop bétonnées 😘
22,99€ sur GOG 🇪🇺
Bonus : dans le genre, on peut aussi citer les castors dépollueurs de Timberborn ou bien la création de village à dos de monstre géant de The Wandering Village.

Passons de l'eau salé à l'eau douce, avec Spilled! Un petit jeu où l'on dirige un bateau sur les eaux polluées d'une rivière. Notre but y est simple : dépolluer ladite rivière ! Développé en solo par une artiste néerlandaise sur son propre bateau (ça ne s'invente pas), Spilled! est une courte (ça se boucle en 1h) mais plaisante expérience, qui pourrait d'ailleurs tout à fait convenir à des enfants.
Avec notre petite embarcation, bardée d’un petit panneau solaire et de divers équipements étonnants, on nettoie donc les eaux fluviales couvertes de déchets et de nappes de pétrole, on y repêche des fûts abandonnés, on éteint des incendies, on sauve des animaux et on restaure la vie sous-marine au passage.
Au fur et à mesure de nos avancées, on ajoute des améliorations à notre bateau pour aller récupérer des déchets sous l’eau ou arroser des cibles à distance. Bon le final en mode Sea Shepherd est un peu moins cohérent, mais cela reste une aventure agréable et originale de par sa thématique, avec un décor un brin solarpunk, convoquant nature et installations renouvelables.
5,89€ sur Steam.

Pour rester dans la dimension dépollution et éducation, on avait déjà parlé du très mignon "Alba" l'été dernier. Voici une autre proposition, gratuite mais surtout utile. C'est Trois Rivières, un jeu à visée éducative qui se boucle en 30 minutes et traite des impacts environnementaux et sociaux de la fabrication des équipements numériques (mine, usine d'assemblage, usine de recyclage) et les conséquences de ces industries sur notre écosystème. Top pour les jeunes ados notamment.
Pour y jouer, rien de plus simple, il suffit d'avoir un navigateur sur son ordi ou son mobile, et c'est parti : https://www.trois-rivieres.net/

Finissons cette liste avec un autre titre made in France. Et ça se voit, avec un environnement fait de calanques et de références au sud de la France, jusque dans les noms des personnages, en variantes de plantes aromatiques. Nous y jouons donc Sauge, qui revient sur sa planète natale de Cigalo, abandonnée par un "Consortium" colonisateur.
Cigalo, on y vit dans une débrouille joyeuse, en bonne intelligence avec les populations natives pourtant grandement éprouvées. On profite du paysage, on répare des machines, on aide des robots à stocker leur data en local... Bref, c'est du perma-computing low-tech sous le soleil, et ça change un peu des thématiques habituelles des jeux d'aventures !
24,99€ sur GOG 🇪🇺


PS : vous trouverez ici une liste Sens Critique que je complète régulièrement avec de nouveaux jeux couvrant l'écologie de manière générale.
Pour conclure, parlons un peu d'autre chose que de jeu vidéo. Parce qu'une création récente m'a donné envie de jouer à un jeu de gestion où il s'agirait d'adapter nos villes au changement climatique : le documentaire "France : il était une fois demain" diffusé récemment par France TV !
Pour certain•es, ce documentaire réduit la transition écologique à un enjeu de désirabilité. Et honnêtement, je ne trouve pas non plus qu'il soit parfait : il verse parfois dans l'optimisme béat et le techno-solutionnisme simpliste : les paquebots nucléaires ou à hydrogène, bon... (même si ça ne va pas aussi loin que Terra Nil, par exemple).
Mais ce docu franchement solarpunk propose surtout d'imaginer un avenir plus positif que ce que l'on voit et entend partout, avec des solutions astucieuses et des explications claires. Et je pense que beaucoup de français ont besoin de ça pour s'engager vers des changements.
La transition écologique ne se limite certes pas à la désirabilité. Mais la désirabilité est importante néanmoins !
À noter : ce docu utilise l'IA générative sur quelques plans, et c'est déjà trop, même si la grande majorité des visuels sont fait par des artistes. Mais ces plans utilisant l'IA générative ont au moins le mérite d'être clairement signalés pour ce qu'ils sont, et ils ne présentent (astucieusement) que les solutions trop couteuses et peu imaginatives (digues géantes devant Etretat, domes au dessus des villes...).

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Thomas ✊
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02.02.2026 à 07:24
Thomas Beaufils
Lundi dernier, il y a tout juste une semaine, l'Assemblée Nationale adoptait l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Un texte qui proscrit également l'utilisation des téléphones mobiles dans l'enceinte des

Lundi dernier, il y a tout juste une semaine, l'Assemblée Nationale adoptait l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Un texte qui proscrit également l'utilisation des téléphones mobiles dans l'enceinte des lycées. Le texte doit également passer au Sénat, mais comme les parlementaires ne s'émeuvent généralement que des restrictions qui les touchent très directement, on se doute déjà de l'issue de leur vote.
La ministre déléguée chargée du numérique, Anne Le Hénanff, souhaite en tout cas que cette interdiction prenne effet dès la rentrée scolaire 2026, pour toute nouvelle inscription sur les réseaux sociaux en question. Mais également que ces plateformes vérifient l'âge de l'intégralité de leur base d'utilisateurs (ça veut dire vous toutes et tous, pas que vos gamin‧es, cher‧es abonné‧es) d'ici au 1er janvier 2027.
Il y a quelque temps, je vous avais parlé d'une annonce initiale sur le sujet par Macron et Catherine Vautrin (qui n'est plus ministre de la santé depuis, mais doit sûrement être ministre d'autre chose désormais), et des réactions qu'elle avait suscité. Je disais à l'époque : "mon point ici, honnêtement, ne va pas être de donner les bons et les mauvais points à chacune des positions. J'ai des convictions, mais je ne pense pas connaitre le sujet assez en profondeur pour trancher de manière claire."
Près de 6 mois plus tard, j'ai eu le temps d'en lire pas mal sur le sujet, et autant vous dire que je peux maintenant trancher :
Si cette décision part probablement de bonnes intentions et n'est donc pas absurde stricto sensu, elle n'en constitue pas pour autant une bonne idée.
Bien au contraire.
Cette décision, aussi attirante soit-elle sur le papier, sera à mon humble avis contre-productive, et même dangereuse. Et cela pour plusieurs raisons... et aussi parce qu'on a des exemples pour s'en persuader.
Déjà, cette décision n'empêchera pas une grande partie des jeunes d'accéder aux réseaux sociaux s'ils ou elles le souhaitent vraiment. Pas besoin de dessiner des conjectures floues : c'est exactement ce qui est en train de se passer en Australie, où une interdiction similaire a été mise en place il y a quelques semaines. Si il est encore tôt pour en tirer des conclusions fermes, les premiers résultats sont parlants :
Surtout, les jeunes qui continueront à se rendre sur les réseaux sociaux le feront donc hors de toute législation, ce qui garantie aux plateformes de maintenir leur politique algorithmique délétère et prédatrice, et de pouvoir se dédouaner sans problème quand les enfants auront accès à du contenu violent ou humiliant, sexualisé voire pornographique... comme c'est déjà le cas aujourd'hui.
De plus, alors que l'on parle beaucoup des failles qui traversent notre société, quoi de pire que d'exclure la jeunesse de l'un des espaces d'échanges principaux de notre époque ? En l'obligeant à se créer de nouveaux espaces invisibles pour le reste de la population, leurs parents y compris ? D'autant plus alors que les espaces en lignes sont attaqués, à l'intérieur comme de l'extérieur, par des acteurs qui souhaitent en modifier l'angle et le ton : Musk avec TwiXter, fermes à bots russes ou iraniennes, "Tik Tokisation" de Bardella, etc.
Pour faire un parallèle qui vaut ce qu'il vaut : la politique française de prohibition et de repression limite-t-elle la consommation de cannabis ? Absolument pas, et au lieu de remplir les caisses de l'état, elle remplit celles de criminels. La comparaison reste bancale, mais elle illustre assez bien les risques auxquels nous nous exposons avec cette loi.
Mais ce n'est pas le pire : on l'a dit, pour mettre en place cette loi, il va falloir contrôler l'âge de TOUS les membres présents sur ces réseaux. Cela en poussera une frange minoritaire et éduquée aux risques à quitter ces réseaux, ce qui est sans doute une bonne chose...
Mais cela posera surtout un grand problème démocratique et de respect de la vie privée. Ce n'est pas moi qui le dit, c'est rien moins que la CNIL (Commission nationale de l'informatique et des libertés), dès 2022.
Concrètement, un tel système va permettre à l'état de disposer d'un relevé très précis de qui fait quoi en ligne, jusqu'à nos informations les plus privées et sensibles, mais aussi de qui critique ses agissements, par exemple. Alors on entendra la rengaine habituelle : "je n'ai rien à me reprocher".
On en reparlera si le RN ou équivalent passe au pouvoir en 2027, cf ce qui se passe actuellement aux États-Unis. Pardon pour le point Godwin, mais c'est d'époque : qu'aurait pu faire l'ICE... pardon la Gestapo en 1930-40, si elle avait disposée d'une telle base de données ?
C'est d'autant plus vrai quand l'on sait que l'ICE utilise justement tous les outils technologiques possibles pour mener à bien sa terrible mission. Ce n'est pas comme si on n'avait pas prévenu.

Un autre point qui me semble important. Macron, à l'issu du vote, s'est fendu d'un tweet (lol) pour dire : "Interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans : c'est ce que préconisent les scientifiques." Vraiment ?
Comme souvent quand on essentialise la parole scientifique, c'est du pipeau. Il n'y a pas de consensus sur le sujet, et on a d'ailleurs vu certains profils, comme Danah Boyd à l'international ou Virginie Sassoon en France, rappeler des faits bien documentés sur les effets des réseaux sociaux : ils mettent au grand jour de réelles difficultés psychologiques, familiales, sociales que l'on avait du mal à identifier et quantifier. Il est plus facile, il est vrai, de couper cette source qui révèle les faillites de notre modèle, plutôt que régler le problème à la racine...
Avec de telles décisions politiques, tout ce que fait l'état, c'est s'acheter une paix auprès du grand public. Nos politiques pourront ainsi dire "on a fait quelque chose", et passer au prochain sujet polémique. Alors que leur décision ne règle pas le problème initial, et en créé de nouveaux.
Mais quelles seraient les solutions les plus efficaces, dans ce cas ?
La principale me paraît évidente : il faut RÉGULER. Les équivalents trumpistes de ce côté-ci de l'Atlantique voudraient nous faire croire que la régulation est une des faiblesse de l'Europe, c'est une force au contraire, cf le RGPD. Une force que les droites européennes sont en effet en train de détricoter par populisme et manque de courage.
Dans n'importe quel autre secteur d'activité, ce sont les fabricants qui doivent prouver que ce qu'ils proposent sur le marché n'est pas dangereux. Pourquoi cela serait différent pour la tech ? Pourquoi ne met-on pas ces entreprises devant leurs responsabilités ?
Cette interdiction des réseaux sociaux aux plus jeunes est un aveu de faiblesse pur et simple. Nous devons réguler les plateformes américaines et chinoises qui ne respectent pas nos idéaux égalitaires et démocratiques pour qu'elles s'y conforment. Nous devons proposer des alternatives européennes et open-sources pour juguler notre dépendance actuelle à ces plateformes, une nécessité que le contexte international nous rappelle désormais chaque jour !
Une régulation et des alternatives qui doivent s'accompagner d'une éducation critique à la tech, on l'a déjà dit ici.
Par ailleurs, la CNIL elle-même esquisse d'autres solutions envisageables.

Pour conclure : c'est une annonce d'opportunité purement politique, qui sera sans doute appliquée de manière lacunaire et inefficace, créant des failles sécuritaires et démocratiques majeures, isolant davantage notre jeunesse à un moment où on ne devrait pas se le permettre.
Il serait beaucoup plus courageux et légitime de légiférer contre les plateformes existantes et leurs méthodes prédatrices, qui touchent aussi bien les jeunes que les moins jeunes.
Politiques de tous bords : commencez donc par interdire les outils de propagande comme TwiXter. Et pas que pour les enfants. Et même s'il s'agit là encore, de manière inexcusable, de votre moyen de communication préféré.
Une question provoc' pour finir. À votre avis, qu'est ce qui fera le plus de bien à notre pays : interdire les réseaux sociaux chez les jeunes, ou Cnews chez les vieux ? 😇
PS : j'en ai vu certains dans la sphère jeu vidéo française s'inquiéter de l'intégration de Roblox (plateforme de jeu massivement utilisée par les enfants et les ados) au pool des "réseaux sociaux" concernés. Si on peut s'inquiéter de la méthode comme je viens de le faire, je pense qu'intégrer Roblox (ainsi que Fortnite pourquoi pas) au groupe des applications posant problème pour leur modèle prédateur visant la jeunesse, est tout à fait légitime.


Même les mairies écolos succombent aux datacenters pour "répondre aux besoins de l’IA", comme à Bordeaux. ✂️ Cette daube de Stérin donne aussi dans l'obstruction climatique. ✂️ Le CNRS lance son blog. L'objectif : "repenser le numérique", et ça devrait être très cool. ✂️ Vous avez vu passer la news stupide qui consistait à vouloir envoyer des datacenters dans l'espace ? C'était pour la façade. ✂️ Aux US, les bibliothécaires sont désemparé.es face aux demandes de livres inventés par l’IA générative, relate Le Monde. ✂️ D'après une étude, ChatGPT utiliserait désormais le "Grokipedia" nazi de Musk comme source principale. ✂️ Les juges de l'affaire Ziad Takieddine ont coincé Carla Bruni grâce à l’application de santé de son téléphone. ✂️ Après avoir "anobli" Bernard Arnault, la voilà qui accueille Peter Thiel : l'Académie des Sciences Morales et Politiques n'a donc aucune morale.
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PS : Tales from the Tech est garanti sans IA générative, pas sans fautes
01.02.2026 à 09:12
Thomas Beaufils
Nous fêtons aujourd'hui les 2 ans de Tales from the Tech, et pour l'occasion... c'est la fin de "Tales from the Tech" ?! 😱
Non, pas vraiment. Mais il était temps, je pense, de renouveler l'identité de

Nous fêtons aujourd'hui les 2 ans de Tales from the Tech, et pour l'occasion... c'est la fin de "Tales from the Tech" ?! 😱
Non, pas vraiment. Mais il était temps, je pense, de renouveler l'identité de cette infolettre, pour plus de cohérence et de fraicheur.
Il y a plusieurs raisons qui m'ont poussé vers ce changement :
Parce que cette infolettre aime à se moquer des absurdités du monde de la tech depuis ses débuts.
Mais le ton a évolué en 2 ans, j'en suis conscient. Je pense donc que ce titre résume mieux mon approche, qui s'apprécie avec une pincée de sel.
Il résume aussi mieux ce que la tech est devenue ces dernières années : c'était déjà un cirque, mais le chapiteau atteint des sommets inattendus. Cf, très littéralement, cet article lunaire du Financial Times encore inimaginable il y a quelques mois 🎪
👉 Bienvenue sur www.absurdi.tech : l'infolettre a désormais son propre domaine, où vous retrouverez les archives, et peut-être d'autres formats prochainement ;)
👉 Finito la numérotation des épisodes : on a désormais dépassé les 20 numéros, et leur format variait trop souvent. Il n'était plus si logique de continuer à faire le compte de cette manière.
👉 Un rythme de publication différent : il ne me semble plus vraiment pertinent de maintenir de très longs numéros, peu digestes. Ils couvraient plusieurs sujets, avec un rythme de publication pas toujours maintenu. Absurditech, ce sera 1 à 2 sujets plus courts par édition, avec plus de récurrence.
👉 En revanche, ça ne change rien pour vous ! Vous continuerez à recevoir la newsletter à votre adresse habituelle. Pour les soutiens (merci !), le système de facturation ne bouge pas. Je continue à utiliser l'outil Ghost, dont je suis satisfait, même si leur nouveau business model va me pousser à réaliser quelques changements.
👉 Une autre nouveauté : ces changements s'accompagnent de la création de pages sur Instagram et Linkedin où je vais poster des formats un peu différentes. Alors, je sais, être sur ces plateformes 🇺🇸, ce n'est pas d'une cohérence folle. Mais je vais là où le public est pour le moment. Et l'après est déjà prêt, via mes comptes Bluesky ou Mastodon (et bientôt Pixelfed), en attendant peut-être de nouveaux réseaux made in 🇪🇺
En conclusion : si vous aimiez Tales from the Tech, je vais tout faire pour que vous aimiez encore plus Absurditech !
Tous ces changements, et le nombre grandissant d'abonné.es que vous êtes (merci 🙏), amènent des frais. Sans compter le temps passé pour vos proposer ces articles, bien sûr. Alors n'hésitez pas à soutenir l'infolettre et mon travail !
Honnêtement, même un soutien régulier à hauteur de 1€ par mois, ou via un don ponctuel, peut vraiment faire la difference.
PS : le sujet de l'indépendance technologique européenne fait enfin parler (on connaît le contexte 🥲), et nous sommes ainsi de plus en plus nombreux.ses à passer aux services numériques européens. Si Proton vous intéresse, foncez, c'est solide (on en avait parlé il y a déjà un moment). Dans ce cadre, utiliser mon lien de parrainage Proton peut-être un autre moyen de soutenir Absurditech 🤗
Encore une fois, merci à toutes et tous pour vos lectures et vos retours !

La suite, c'est... DEMAIN dans vos boites aux lettres ! 🔥
On y reviendra sur l'actu chaude du moment, à savoir l'interdiction d'accès aux réseaux sociaux pour les moins de 15 ans. Il ne sera pas encore dans un format finalisé, mais on devrait se rapprocher du "produit cible".
Cette suite de l'histoire de TFTT, elle s'écrit avec vous : alors n'hésitez pas à me faire part de vos retours, qu'ils soient positifs ou négatifs, comme toujours.
📆 Dernière chose, un point agenda : pour celleux d'entre vous qui sont en région parisienne, j'aurais le plaisir de vous retrouver samedi prochain, le 7 février, en tant qu'intervenant à une table ronde organisée par la Fédération Envie, acteur français clé de l'économie circulaire.
Cette table ronde évoquera un vaste sujet : "repenser notre rapport au numérique". Impacts, enjeux, dans un contexte on ne peut plus particulier... on aura du pain sur la planche et de quoi discuter avec les autres invités, Floriane Didier de l'association "Lève les Yeux" et l'équipe du Garage Numérique.
RDV donc ce samedi 7 février à 15h à Envie Le Labo, 10 Rue Julien Lacroix, dans le 20e arrondissement de Paris. Toutes les infos et le lien d'inscription juste ici !

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À bientôt,
Thomas ✊
14.01.2026 à 08:25
Thomas Beaufils
Chères lectrices, chers lecteurs, je vous souhaite une très bonne année 2026 🤗
Et je vous souhaite, aussi cliché que cela puisse sonner, une année 2026 avec plus d'humanité, et moins d'IA géné

Chères lectrices, chers lecteurs, je vous souhaite une très bonne année 2026 🤗
Et je vous souhaite, aussi cliché que cela puisse sonner, une année 2026 avec plus d'humanité, et moins d'IA générative.
C'est pour cela que j'ai d'ailleurs décidé de lancer l'année de Tales from the Tech avec un numéro qui ne parlera pas (ou si peu) d'intelligence artificielle.
Parce que je n'en peux plus de parler constamment de ça ici, et ailleurs.
Parce que je n'en peux plus de voir des pushs IA partout, même là où je l'attends le moins.
Parce que, pour citer cette comparaison accrocheuse lue ici : "l'IA aujourd'hui, c'est comme l'amiante hier. On en met partout, avec gourmandise. On consacrera demain des sommes folles et des efforts infinis pour dépolluer l'espace informationnel."
Et puis parce que, de toute façon, on arrêtera bientôt de parler d'IA générative pour parler de robots humanoides, paraît-il.
Et enfin parce que ChatGPT va bientôt mourir, d'après certains, et que Grok sera bientôt interdit si Musk continue dans cette direction.
Notez par ailleurs que, pour les 2 ans de cette infolettre (le 1er février prochain, déjà 😱) je vous prépare pas mal de choses... et notamment une nouvelle identité complète.
Se pourrait-il que cette édition de votre newsletter soit donc la dernière dans ce format ? Voilà qui est bien possible !
L'année s'annonce déjà absurde, alors autant se mettre au diapason 👀
Bonne lecture à toutes et tous !
Thomas 😇
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On peut dire que l'année 2026 aura commencé sous des auspices particulièrement tendues : J2, et Trump enlève un Président – qu'on l'aime ou pas, là n'est pas la question. Après quelques mythos de circonstances, lui et son aréopage ont rapidement admis que le but principal de la manoeuvre était depuis le début de mettre la main sur le pétrole vénézuélien. Ce qui ne va d'ailleurs sans doute pas avoir le résultat escompté, mais passons.
Back in the 80s, les états-uniens avaient au moins l'élégance de faire semblant d'en avoir quoi que ce soit à faire du droit international. Ils montaient donc des opérations "discrètes" made by CIA pour prendre le contrôle de pays et/ou renverser les leaders qui ne leur convenaient pas assez.
PS : la France a longtemps fait pareil en Afrique, alors restons humbles sur le sujet. D'autant que l'on reparle d'un "impérialisme américain", que nombre de représentants français, portant Napoléon aux nues, ne rechigneraient pas d'imiter. Back in the 1800s ?
Bref, j'arrive à mon point principal : l'année 2026 sera probablement la première d'une "Guerre Mondiale Extractiviste" qui dit enfin son nom. De l'Ukraine au Groenland, du Vénézuela à Gaza, de la RDC à Taiwan... ce n'est pas un combat pour la "démocratie", la "liberté", ou pour un quelconque système de valeurs sociétales ou religieuses.
Le seul combat qui prévaut est celui des ressources : le pétrole, donc, au Venezuela. Mais pas seulement :
"'C’est vrai que Trump s’illusionne parfois assez largement', confirme Cédric Philibert [chercheur associé à l’Institut français des relations internationales et ancien analyste à l’Agence internationale de l’énergie]. '*Rappelez-vous le cinéma insensé qu’il s’est fait sur les terres rares de l’Ukraine, alors qu’il n’y a pas et qu’il n’y a jamais eu d’exploitation de terres rares en Ukraine !' Le pays compte moins de 1% de ces ressources mondiales et l’institut de géologie des États-Unis ne répertorie même pas l’Ukraine parmi les pays qui ont des réserves de terres rares."
La prédation comme mode de conduite, voilà qui a toujours été la devise du capitalisme conquérant, il faut le dire. C'est vrai pour les ressources physiques, comme pour les ressources numériques. Mais plus on se rapproche de la fin cahotante du modèle capitaliste, plus les ressources à s'accaparer se raréfient, et plus cette guerre extractiviste se fait / se fera intense. Un "néo-colonialisme tech" qui dépasse même le sujet de ressources, d'ailleurs.
Une connexion doit se faire alors : c'est la bulle de l'IA générative et la forme insolente (et en trompe-l'oeil) des "Magnificent 7" en bourse qui maintiennent l'économie américaine piteusement à flot. Voilà qui sauve pour le moment le "bilan" économique de Trump.
On se rend alors compte d'une chose simple : si tous les patrons de la big tech cirent les pompes de Trump pour s'éviter des problèmes, Trump n'est sans doute pas tellement plus indépendant de ces géants, et ira faire ce qu'il faut pour leur donner la matière nécessaire à leur développement, aussi néfaste soit-il.
Cela aurait-il été différent avec les Démocrates institutionnels type Harris ou Biden à la tête du pays ? Pour la méthode, sans doute. Pour le reste ? Je n'en suis pas si sûr.
Cet état de fait doit nous amener à nous poser deux questions :
Si les états-uniens et les russes ont une si grande emprise sur nous, c'est précisément parce que nous dépendons d'eux sur les points susmentionnés.
La souveraineté numérique ? Nous en avons déjà souvent parlé dans TFTT, notamment au moment de la réélection de Trump. Cela reste plus que jamais d'actualité. D'ailleurs, le super guide sur le sujet (en anglais) de Paris Marx a été mis à jour au vu du contexte.
La limitation de nos consommations de matières et de flux énergétiques. Ma foi, cela peut passer par la low-tech. Alors je vous donne...

Et oui, la démarche low-tech (dont on a déjà parlé dans TFTT) est un autre sujet qui me tient à coeur. Et cela notamment au travers du projet Lowreka ; qui vous souhaite d'ailleurs lui aussi une bonne année ;)
Quelles sont les nouvelles de ce côté ?
Je crois vraiment que la low-tech (ou les "technologies douces") va, avec d'autres sujets associés au concept de robustesse dans le contexte que nous connaissons, connaître un grand succès en 2026.
Déjà parce qu'elle fait appelle à des notions astucieuses qui plaisent, alors que plus que jamais les concepts Do-It-Yourself et débrouillards attirent. On peut citer le passage récent des copains de Regenbox au JT de TF1 ; on ne peut pas faire beaucoup plus mainstream que ça, en France. Vous ne connaissez pas la Regenbox ? Pas de panique, mais accrochez-vous, c'est génial.
Ensuite, parce qu'elle monopolise des imaginaires positifs, qui nous permettent d'envisager un avenir plus radieux que ce que le contexte du moment pourrait nous laisser penser. J'ai ainsi eu le plaisir de mener, avec le dessinateur solarpunk Dustin Jacobus, un travail prospectif dont vous trouverez le résultat ci-dessous. Je vous laisse découvrir plus de détails ici, si le sujet vous plaît.

PS : si vous avez besoin de ressources sur la démarche low-tech, on complète ici avec mes acolytes de Lowreka un corpus varié qui couvre, on l'espère en tout cas, la démarche dans sa globalité. N'hésitez pas à jeter un oeil à cette Bibli-lowtech 🤗

Saviez-vous que Christelle Morançais, présidente de la Région Pays de Loire et grande pourfendeuse des dépenses pour la culture, préférait à cette dernière investir dans des médias tous beaux, tous neufs... et surtout très droite-compatible ? Du trumpisme à la française, tout bonnement.
👉 Mon article sur Medium.

Et savez-vous pourquoi Nicolas Sarkozy a choisi Guillaume Pley 💩 pour sa seule interview post-zonzon ? Parce que ce "journaliste" n'allait évidemment lui poser aucune question gênante, certes oui. Mais peut-être aussi parce que derrière son podcast, Legend, il y a l'agence Influx, dirigée par Manuel Diaz. Nul autre que l'ancien responsable numérique de la campagne 2007 de... Nicolas Sarkozy. Que le monde des trouducs est petit, c'est formidable !
👉 Mon (court) thread sur le sujet, inspiré par la vidéo de Blast sur Pley.
Qu'on le veuille ou non, la guerre contre la Russie a déjà commencé. Mais n'en déplaise aux rêves moites de nos généraux, le combat soldat contre soldat sur champ de bataille n'est pas pour demain. La baston sera d'abord numérique, et touchera des structures aussi pacifistes que... La Poste.
Enfin : le techno-solutionnisme se porte bien, merci pour lui. Vous trouverez que le film Geostorm avec Gerard Butler était complètement con ? Vous aviez raison, mais les gars derrière l'entreprise Stardust Solutions le sont peut-être encore plus, comme l'évoque un post du chercheur en sciences du climat Nelson Noumbissi.

Pas de réco ce mois-ci, mais un très beau meme qui pose une question fondamentale :
Si vous avez encore un compte sur X, vous attendez quoi pour le supprimer, en fait ? Que cette plateforme soit devenue une usine à monétiser du deepfake porno ? Oh wait...

Voilà, c'est tout pour ce numéro 22... et c'est déjà pas mal !
On se retrouve dès le 1er février, où je vous en dirai plus sur le futur de cette newsletter :)
D'ici là, n'hésitez pas à partager le format autour de vous (cela me ferait très plaisir) et à me faire part de vos retours (qu'ils me fassent plaisir ou pas).
Vous pouvez le faire en commentant l'article sur tftt.ghost.io, ou directement via mes différents réseaux.
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Merci à toutes et tous,
Thomas ✊
PS : Tales from the Tech est garanti sans IA générative, pas sans fautes