15.10.2026 à 18:02
Louis Derrac

(Je mets ici la vidéo Youtube parce que ça aidera le média et la chaîne d'avoir des vues sur ce canal, surtout au début, mais vous pouvez aussi accéder à la même vidéo sur Peertube 😇 Lire notre politique médias sociaux)
Ce qui suit est une retranscription de l'interview réalisée en visio le vendredi 9 octobre avec Agnes Crepet et Gaël Duval. Cette retranscription a été éditée pour plus de lisibilité. Merci à Agnes et Gaël, deux actrices et acteurs clés de l'écosystème alternumériste d'avoir consacré du temps pour répondre à mes questions. Bonne lecture !
Alternatives numériques : Commençons par vous présenter. Vous êtes l'une et l'autre deux voix fortes de l'écosystème alternumériste francophone, et je suis ravi et honoré de m'entretenir avec vous pendant une heure, qui plus est de manière croisée. Je vous pose des questions, mais n'hésitez pas à vous répondre entre vous, il y a une part d'informel dans notre échange. Agnès, tu commences ?
Agnes Crepet : Je m'appelle Agnes Crepet, je travaille chez Fairphone depuis à peu près huit ans, où je suis Head of Software Engineering : je gère toutes les activités d'ingénierie logicielle. L'objectif de l'activité logicielle chez Fairphone, c'est de faire durer le téléphone, ce qui est un vrai challenge dans l'industrie mobile actuelle. On fait aussi beaucoup d'open source, on y reviendra. J'ai quelques activités à côté de Fairphone : je siège au conseil d'administration de Commown, une coopérative qui fait de la location de matériel électronique pour le faire durer plus longtemps, et au conseil d'administration du Mouton Numérique, une association qui travaille autour des notions technocritiques, et pas qu'avec des informaticiens et informaticiennes.
Gaël Duval : Je suis Gaël Duval, un ancien informaticien. J'ai commencé dans l'open source, mais c'était au siècle dernier. Il y a huit ans, j'ai créé /e/OS, un système d'exploitation mobile qui respecte par défaut les données personnelles et professionnelles, ainsi que la société Murena, qui porte ce projet sur le plan commercial. Ce qu'on porte, c'est une nouvelle manière de voir la tech et les produits numériques : nous proposons qu'elle soit par défaut vertueuse et au service de l'humain, et pas avant tout et essentiellement au service de la finance. Ce qui ne veut pas dire qu'on ne souhaite pas de succès commercial, au contraire : un projet qui marche bien commercialement va généralement plus loin et marque davantage son écosystème. On veut avoir cette empreinte positive sur le monde et pour nos enfants. Je dirige donc la e.foundation, la partie non lucrative du projet, et Murena, sa partie commerciale.
Alternatives numériques : Vous travaillez respectivement chez Fairphone et Murena, deux structures de pays et de tailles différentes, qui travaillent ensemble et évoluent dans le champ des « alternatives numériques ». Vous revenez tout juste du Fairtech Summit, qui s'est tenu ce mardi. On peut dire sans trop se tromper que l'événement est encore peu connu du grand public. C'est l'occasion de le présenter, de dire ses objectifs et le retour que vous en faites. Qui veut commencer ?
Gaël Duval : Je peux présenter l'événement, on a participé à son organisation de manière très active. Le Fairtech Summit, c'est nouveau, c'est le premier, et ce n'est pas le dernier, puisqu'on a déjà prévu au moins les deux prochaines éditions, en 2027 et 2028. L'idée, c'est de réunir les acteurs européens qui portent cette manière plus positive de concevoir la tech. On passe notre temps derrière les écrans, on se connaît tous, Fairphone, mais plein d'autres, dans plein de pays européens, et l'idée est de se retrouver, de mettre des visages sur des noms et des identifiants de messagerie, manger ensemble, prendre des cafés, discuter, et faire des progrès en anglais, parce qu'il faut bien communiquer dans une langue commune. Cette année, c'était au Luxembourg. On va essayer de changer de ville européenne chaque année, pour montrer que ce n'est pas un truc franco-français, allemand ou anglais, mais un projet vraiment pan-européen. Je crois que c'est un marqueur de nos projets aujourd'hui : on est une génération qui arrive enfin à travailler ensemble, de provenances différentes, ce qui était sans doute plus compliqué avant, ne serait-ce qu'à cause de la langue. On voit des gens beaucoup plus à l'aise en anglais, même si on a tous notre accent pourri et qu'on se comprend plus ou moins bien, et ça me rend très optimiste pour la suite.
Agnes Crepet : Je complète par ma propre expérience. Je n'étais pas dans l'organisation comme Murena, j'étais au programme committee, la sélection des talks. Il y avait une forte diversité. Même si l'événement n'est pas encore très connu, ça a permis à plein d'acteurs de l'industrie mobile alternative de se retrouver. On se voit beaucoup en ligne, beaucoup moins en vrai, donc c'était chouette. L'anecdote, c'est Shift, une boîte allemande assez similaire à Fairphone, qui essaie de faire un téléphone plus durable et qui fait beaucoup d'open source. Je ne les avais jamais vraiment croisés en vrai sur une longue période : deux jours, mais on a eu deux dîners ensemble. En quelques heures, on a pu parler de beaucoup de problèmes communs et de comment les résoudre. C'est un peu toute l'ambition du Fairtech. D'ailleurs, le talk du CTO de Shift était vraiment chouette : il parlait très peu de son projet, c'était un appel à bosser ensemble. Ça paraît naïf, on croit que ça se fait tout le temps, mais pas forcément : il y a aussi des boîtes en compétition, et il faut dépasser ça pour porter un projet à plus fort impact.
Alternatives numériques : Les talks ont-ils été enregistrés, y aura-t-il des retransmissions ou des comptes rendus ?
Gaël Duval : A priori non, je ne crois pas que ça a été filmé et ce n'est pas prévu. On peut l'envisager pour les prochaines éditions, mais déjà, réussir à faire ce premier événement, que ça existe sans trop de problèmes, c'est un challenge.
Alternatives numériques : Combien de personnes étaient présentes ?
Gaël Duval : Une centaine, non ?
Agnes Crepet : Oui, une centaine. La salle était bien pleine, un peu trop petite.
Alternatives numériques : Ce salon sert aussi à tisser des liens entre acteurs de l'écosystème alternumériste, ou « Fair Tech ». L'un des coorganisateurs est d'ailleurs Fairtec, un collectif qui regroupe, à date, quatre acteurs : /e/OS, Fairphone, TeleCoop, un opérateur mobile coopératif, et Commown. Son mot d'ordre, que j'aime beaucoup, c'est « Et si vous preniez part au numérique du monde d'après ? »
Agnes Crepet : Il y a plus d'acteurs que ça en réalité. TeleCoop, c'est en France, mais il y a leurs équivalents en opérateurs MVNO alternatifs, comme Wetell en Allemagne, ou Neibo aux Pays-Bas et en Belgique. Il y a aussi Shift qui a rejoint l'initiative. En fait, selon la langue que tu sélectionnes sur le site, tu vois les acteurs correspondant au pays. Le collectif a grossi, une petite dizaine d'acteurs, en gros.
Alternatives numériques : C'est réjouissant de voir que le partenariat initié en 2020 perdure et même se bonifie. Sur le site de Fairphone, pour chaque modèle, on peut choisir le mode standard avec Android by Google, ou, de façon très ergonomique et bien mise en valeur, le même Fairphone avec /e/OS préinstallé. Comment ça a commencé ?
Gaël Duval : On connaît tous les deux l'histoire, on verra si c'est la même. De mon point de vue, dès 2019, on cherchait une solution côté matériel. Nous, on est une boîte de logiciel : on ne fait pas de matériel, ou très peu, et ce n'est pas notre but. À l'époque, on vendait essentiellement du reconditionné, et on n'arrivait pas à répondre à la demande, on avait plus de demandes que l'offre ne permettait de couvrir, et on commençait à toucher les limites du reconditionné sur les téléphones de l'époque. Et puis un jour, par hasard, là, je deviens un peu mystique, je crois au destin même si je ne peux pas le prouver, je vais à un workshop open source à Bruxelles. C'est sans doute la première fois que je rencontre Agnes physiquement. On discute, et un ou deux mois plus tard on se retrouve à Amsterdam pour parler d'un éventuel partenariat. Ça a grossi, avec une convergence très forte en termes de valeurs. Pour nos utilisateurs, cette complémentarité entre le matériel et l'OS est excitante : beaucoup sont fiers d'avoir un Fairphone avec /e/OS, parce que ça répond à une demande croissante d'une tech plus européenne, plus vertueuse, plus durable, qui respecte les données personnelles. Aujourd'hui, l'aboutissement de tout ça, c'est le Fairphone avec /e/OS. On a plein d'autres versions avec d'autres fabricants, mais c'est avec Fairphone que ça va le plus loin.
Agnes Crepet : Je suis assez d'accord. Et effectivement, c'est dans cet événement à Bruxelles qu'on s'est rencontrés, d'où l'importance de se voir en physique, ça fait accélérer les choses. L'initiative Fairtec n'a pas créé cette collaboration entre Murena et Fairphone, mais c'est une belle illustration de ce que peut être Fairtec : la même chose existe avec Commown, quand le site renvoie vers la location. On voulait mettre ça en avant pour inspirer d'autres initiatives. C'est là que Shift a rejoint un peu plus tard, parce que Shift peut aussi s'associer à Commown, par exemple. L'idée, c'est que la personne qui ne connaît que Murena se dise : « tiens, je peux être encore plus vertueux en achetant le matériel chez eux ou en le louant chez Commown ».
Alternatives numériques : Je l'avais noté dans l'article de septembre sur le test du combo Fairphone 6+ et /e/OS 4. En tant qu'acteur extérieur, je salue cette collaboration : sur le site de Fairphone on achète directement un Fairphone sous /e/OS, on peut passer chez Commown ; sur le site de Murena (lien affilié) on achète aussi des Fairphone ; chez Commown on peut louer son Fairphone en ajoutant la préinstallation d'/e/OS. Dans tous ces parcours, on reçoit un téléphone où /e/OS est préinstallé : la partie un peu technique de départ disparaît, on allume le téléphone comme n'importe quel autre. Une dernière chose sur ce partenariat : a-t-on le droit de parler chiffres, ne serait-ce que des ordres de grandeur ou des pourcentages ?
Agnes Crepet : Non, je ne peux pas donner ces chiffres. Est-ce qu'on est plus gros que Murena ? Ça dépend ce qu'on appelle « plus gros ». En volume de clients, peut-être. Mais si l'idée était de dire que Fairphone apporte à Murena, je pense que l'inverse est tout aussi vrai, et je veux le souligner même sans donner de chiffres. Je croise tout le temps des gens qui sont venus à Fairphone parce qu'il y avait l'alternative /e/OS pré-flashée.
Alternatives numériques : C'est important à souligner : il y a une vraie différence entre rendre un OS alternatif disponible en disant « débrouille-toi pour le flasher », et le fait de pouvoir l'acheter pré-flashé. Ça compte beaucoup, et c'est vertueux dans ce sens-là.
Gaël Duval : J'ai juste un chiffre de mon côté : cet été, on a dépassé les 100 000 utilisateurs réguliers de smartphones /e/OS. Ça donne une idée d'un volume qui devient significatif. Et sur l'année 2025, le marché du smartphone était en déclin en volume, de plusieurs pourcents, 4, 5, 6 ou 7, je ne sais plus. Sans divulguer de secret, je pense que Fairphone a fait une excellente année, et nous aussi, en très forte progression. Et en 2026, on continue sur une année en très forte progression, sur un marché globalement atone. Ça donne une idée. Aujourd'hui, pour te différencier sur ce marché, tu as intérêt à avoir quelque chose à raconter à tes utilisateurs, et ce n'est pas le nombre de mégapixels en plus qui fera la différence, tout le monde fait la course à l'échalote là-dessus. Ce qui différencie, c'est que ton téléphone est plus vertueux, plus durable, qu'on peut en changer la batterie, qu'il a un OS qui ne pompe pas tes données et ne viole pas ta vie numérique en permanence. Ce genre de discours intéresse les utilisateurs et fait la différence, et on le voit très bien.
Alternatives numériques : Gaël, comment ça va chez la e.foundation et chez Murena ? Combien êtes-vous, combien de développeurs et développeuses, où en êtes-vous de vos objectifs, quelles sont vos récentes actualités ?
Gaël Duval : Sur Murena, on est une soixantaine de personnes à travailler tous les jours sur le projet, en plus d'une communauté assez large qui contribue, traductions, rapports de bugs, et surtout beaucoup de tests de l'OS. Côté actualité, il y a la nouvelle version 4, cette année, qui intègre pas mal de nouveautés dont un backup complet. On a aussi le workspace, parce qu'on ne fait pas que l'OS mobile : l'espace de travail en ligne se développe énormément, avec une forte traction, et on va y investir de plus en plus, en particulier sur le B2B. On était plutôt sur un marché de particuliers, et on va de plus en plus vers le monde professionnel, pas par goût particulier, mais parce qu'on a une demande importante, liée au contexte géostratégique et à la recherche de solutions plus européennes, qu'on maîtrise davantage. Ce qu'on fait est européen, et open source, donc sans surprise sur ce qui se passe dedans. De plus en plus d'entreprises, de collectivités territoriales et d'agences d'État nous contactent. On développe donc des produits dans ce sens : un workspace plus professionnel, un MDM [ndr : mobile device management ou gestion de terminaux mobiles] pour gérer des flottes de smartphones, et on adapte /e/OS pour qu'il s'intègre dans des contextes IT professionnels avec un existant déjà en place. On est en train de pas mal grossir : d'ici un an, on ne sera peut-être pas une centaine, mais pas loin, parce qu'on recrute beaucoup. On a accès à du financement privé et public, avec un soutien très fort de l'Union européenne. On est dans une phase ascendante et très excitante, avec plein de projets, un peu trop sans doute.
Alternatives numériques : J'aimerais que tu reclarifies les liens entre la e.foundation et Murena, parce que ce n'était pas tout à fait clair pour moi : qui fait quoi, qui travaille où, qui finance quoi ? Le code de /e/OS, qui est open source, est-il plutôt géré par la e.foundation ?
Gaël Duval : Historiquement, j'avais créé la e.foundation au début pour gérer la campagne Kickstarter, qui a été le déclencheur du projet, il fallait une structure. Je me suis dit que ça suffirait ; en fait, non, et c'est pour ça que j'ai créé Murena, pour développer la partie commerciale, parce que tout ça coûte cher à développer. Les deux subsistent. La e.foundation reste en non-profit, et je pense que c'est une garantie forte pour les utilisateurs et le monde de l'open source que le produit aura toujours un cœur open source, inaliénable, qu'on ne peut pas acheter. C'est une promesse importante. Il n'y a pas de salariés à la e.foundation, mais il peut y avoir des prestataires, et un budget propre qui vient de dons, donations, subventions. Murena vit sa propre vie, avec ses propres financements. Et le lien entre les deux, il n'y en a pas vraiment, pas d'accord commercial. C'est juste un socle commun : l'open source. Des licences libres permettent aux deux de contribuer à hauteur de leurs moyens, sans friction sur la propriété intellectuelle. Et dans l'open source, si tu n'es pas content d'un produit et que tu ne te mets pas d'accord avec celui qui le maintient, tu peux forker, en respectant les licences. C'est ce qui permet aux deux entités de vivre quasi indépendamment. C'est un peu abusé de le dire, puisque je dirige les deux, mais c'est ce qui maintient la cohérence. Ce ne sont pas tout à fait les mêmes objets : la e.foundation a aussi vocation à évangéliser sur les problématiques de collecte des données personnelles, elle a par exemple créé un jeu de cartes pour aborder ces questions de manière ludique.
Alternatives numériques : Agnes, même question : comment ça va chez Fairphone ? Combien êtes-vous ? Quelles actualités ? Votre arrivée aux États-Unis ?
Agnes Crepet : C'est super de voir que les deux structures se portent bien, sur un marché qui décline. Pour Fairphone, 2026, c'est plutôt bien. On n'a pas encore les résultats du deuxième semestre, mais si tu compares le premier semestre 2026 à celui de 2025, on a augmenté nos ventes de 75 %, et même de 116 % au premier trimestre. C'est assez incroyable de voir la demande augmenter. On a aussi passé cette année la barre du million de devices vendus depuis le début de Fairphone, et 500 millions de revenus cumulés. Mais je tourne toujours ça du côté de l'impact : l'idée originelle de Fairphone n'a pas changé d'un poil, c'est de maximiser l'impact et de montrer aux autres qu'on peut faire les choses différemment. Cette croissance est au service de ça. Le million de devices et les 500 millions de revenus, ça sert quand tu es en négociation avec un fabricant de puces, pour obtenir des licences ou discuter avec d'autres acteurs : ça montre que tu es légitime, que l'électronique durable sur dix ans, ça marche. C'est plutôt chouette. Par rapport à mon arrivée il y a huit ans, je ne dirais pas que c'est simple de bosser chez Fairphone, Gaël dirait pareil, c'est toujours compliqué d'être dans un David contre Goliath, et la majorité des acteurs de l'électronique ne font pas comme nous. Mais c'est plaisant de voir cette pente ascendante, avec le soutien des consommateurs, de plus en plus nombreux, et du marché B2B, qui s'intéresse à arrêter d'acheter un device neuf tous les deux ou trois ans pour ses employés, et à passer sur du trois à cinq ans. Et puis il y a l'influence européenne : je ne dirais pas que c'est Fairphone qui a fait les réglementations dans le sens de la durabilité, mais des acteurs comme Murena, Fairphone et d'autres y ont contribué. L'Eco-design directive ou l'indice de réparabilité européen pourraient être mieux, mais ils existent, et c'est grâce à des acteurs comme nous. En termes d'effectifs, on est à peu près 200. Dans mon équipe, j'ai entre 20 et 30 personnes. C'est chouette parce qu'on a plus de moyens qu'à mon arrivée, où on était trois ingénieurs en développement. Ça change plein de choses : on peut s'organiser pour faire plus de R&D. Le plus difficile, c'est que le reste du marché ne va pas dans le sens de la réparabilité. Il y a un mouvement positif du côté des consommateurs et des lois européennes, mais c'est toujours aussi dur de convaincre certains acteurs de l'industrie de faire de la longue durée. Heureusement qu'on grossit, parce que c'est le fait d'être un peu plus gros qui nous donne du poids.
Alternatives numériques : Précise un peu, parce que ma compréhension, c'est que le marché du smartphone est saturé, presque toute la population mondiale qui pourrait en vouloir en a un, donc votre croissance signifie que vous grignotez des parts de marché à d'autres, ce qui montre que des gens sont séduits par des smartphones plus durables. Et puis, pour rebondir sur les annonces de Google qui passe à sept ans de suivi logiciel : ça va dans le bon sens, ou c'est de la poudre aux yeux ?
Agnes Crepet : Le support logiciel long terme, ça va dans le bon sens. Mais c'est la réglementation européenne. Le 26 juin 2025, l'Eco-design directive est sortie et interdit à tout fabricant de mettre sur le marché un téléphone sans cinq ans de support logiciel après la fin des ventes. Comme les téléphones restent en vente environ deux ans en général, devine quoi : 5 + 2 = 7. Donc de plus en plus d'acteurs, pas que Google, proposent un support long. Il y avait déjà de grands fabricants qui le faisaient, notamment Apple, mais ce n'était pas la majorité. Je pense que c'est cette réglementation qui a insufflé ça, pour être très honnête. Après, quand je dis que le reste ne va pas dans mon sens : si tu lèves le capot de ton téléphone, prenons le capteur d'empreintes. Chez Fairphone comme chez Murena, on n'est pas sur des dumb phones : ce sont des téléphones grand public, avec une connectivité et des composants standards. Quand tu intègres un capteur d'empreintes, il faut le choisir pour que son firmware soit maintenu plusieurs années, que tu récupères le code source. Et là, c'est toujours très difficile, et il n'y a aucune réglementation : aucune loi n'oblige le fabricant du capteur à fournir le code une fois le support terminé, ni à faire du support long terme. La réglementation européenne n'a pas encore atteint les composants du téléphone. C'est à nous, fabricants, de faire le boulot. Je ne suis pas pessimiste, mais c'est le fait d'être un peu plus gros qui nous donne du poids. Là, je vais passer du temps en Chine prochainement, en octobre, et c'est toujours compliqué avec certains composants. Il y a le stress général de la mémoire, le prix de la mémoire augmente, notamment à cause de l'IA, et ça stresse toute l'industrie électronique. Chaque fabricant réagit différemment. Nous, on ne se base pas sur l'ODM, l'Original Design Manufacturer, c'est-à-dire la société qui assemble nos téléphones : on a notre propre vision du choix des composants. La plupart des fabricants de taille moyenne contractualisent avec un ODM en lui disant « je veux un écran OLED, un processeur avec un peu de support long », et l'ODM choisit tous les composants. Nous, depuis le début, grâce à notre politique sur les matériaux, avec des fair materials minés de manière plus équitable, recyclés, sans financement de conflits armés, et notre exigence de revenu décent pour les gens de toute la chaîne d'approvisionnement, on s'intéresse à la chaîne d'approvisionnement et à tous les composants. On ne se contente pas de la liste de fournisseurs de notre ODM. Et donc on voit bien que ça ne va pas dans le bon sens, que c'est toujours aussi dur, voire plus, parce qu'ils sont stressés. Pour caricaturer, sur le capteur d'empreintes, le fournisseur va te dire : « je te donne le firmware pour deux ans et c'est fini, et non, je ne donnerai pas le code après ». Je ne dirais pas que c'était mieux avant, mais il y avait plus de failles dans le système, ou des fabricants qui laissaient le code plus facilement.
Gaël Duval : D'où l'intérêt d'avoir des firmwares open source, idéalement.
Agnes Crepet : Exactement. Et ça, c'est extrêmement compliqué à obtenir. La grosse subvention européenne qu'on a eue avec Murena et 36 autres acteurs va dans le sens de développer cette stack, bien souvent beaucoup trop propriétaire. Il y a vraiment de l'ingénierie là-dedans, ce n'est pas simple, sur tous les composants liés à l'obsolescence rapide. L'écran, un peu moins, mais tout ce qui est NFC, capteur d'empreintes, processeur, caméra, beaucoup plus.
Alternatives numériques : Et ce sont des composants qui peuvent donner lieu à des failles de sécurité, donc c'est particulièrement sensible.
Alternatives numériques : Vous avez sorti en septembre le Fairphone 6+, celui que j'ai testé en avant-première. Mon précédent Fairphone testé était un Fairphone 4, donc j'ai pu voir la différence. Au delà de mon propre test, les avis sur le Fairphone 6 sont très positifs. Mais du coup, un peu pour te titiller : le FP6+ sort avec un peu plus de RAM et un processeur un peu plus récent. D'un point de vue écologique, on peut se demander pourquoi sortir un FP6+, et comment vous gérez cette tension entre suivre le marché (où la tendance c'est de sortir un smartphone tous les ans) et respecter vos valeurs ?
Agnes Crepet : C'est une bonne question. Je rigole, parce que quand je suis arrivée chez Fairphone avec mon Fairphone 2, un gamin qui livrait de la nourriture à la cantine m'a dit : « c'est génial, vous avez un téléphone vintage, j'adore », et on était quatre ans après la sortie du 2. Ça reflète bien ce que je vais te répondre. D'abord, on l'a déjà fait : le Fairphone 2.5, le Fairphone 3+ un an après le 3. Ce n'est pas la première fois qu'on sort un téléphone un an après.
Alternatives numérique : Mais le 3+ avait une meilleure caméra et un meilleur audio.
Agnes Crepet : C'est vrai. Sur le 4, on avait même préparé une version avec une meilleure stack logicielle de caméra, sans la vendre. On s'interroge toujours sur ce rythme de sortie de téléphone, ça c'est vrai. Personnellement, je ne pense pas que ce soit une mauvaise idée, parce que l'idée c'est que les gens qui ont déjà un Fairphone le gardent, mais il y a une énorme marge de manœuvre sur les autres : beaucoup de gens ne connaissent pas notre démarche et n'ont pas de Fairphone. Il faut donc un produit assez attrayant pour ceux qui veulent acheter un nouveau téléphone en faisant attention, tout en préservant les anciens. D'ailleurs on a des chiffres, ceux-là je peux en parler : ceux qui achètent un Fairphone 6 n'ont pas acheté le 5. Très souvent, les utilisateurs du 6 qui avaient déjà un Fairphone venaient du 3. On fait donc tout pour que les gens gardent leur téléphone : programmes de fidélité, batterie proposée moins chère, c'est souvent elle qui rend le téléphone plus lent, donc on encourage à la changer. Et pour revenir aux gamins dans l'ascenseur, c'est compliqué d'acheter un téléphone un peu vieillissant, surtout sur un public grand public. Mon père, par exemple : ce n'est pas un gros tech, mais quand il achète un téléphone, il en veut un qui soit un peu récent. Et il n'est pas seul, c'est un public important. Si le téléphone est trop ancien, c'est dur de convaincre quelqu'un qui n'a jamais acheté de Fairphone. Ce qu'on a fait sur le 6+, c'est réutiliser un maximum de la stack existante : le processeur est un Snapdragon identique à celui du 6, mais un peu plus puissant, donc on garde la même stack logicielle et on ne remultiplie pas tout le travail logiciel. On s'est appuyé au maximum sur le 6, en améliorant ce qui pouvait déplaire. Et sur la RAM, malgré les problèmes mondiaux autour de la mémoire, on avait réussi à sécuriser une quantité un peu plus importante. Et surtout, on n'a pas retiré le 6 du marché : l'ambition, c'est d'offrir une option à celui qui dit « je suis un gros gamer, les 8 Go ne me suffisent pas », lui, il a l'offre à 12. C'est dans ce sens qu'on le voit : répondre aux gens sensibles aux spécifications techniques. Pourquoi avoir mis autant de temps sur la caméra ? Parce que, tout durable que tu sois, si la caméra ne marche pas, beaucoup de gens ne prendront pas le téléphone. Les dernières R&D de Fairphone, sur trois ou quatre ans, ont beaucoup porté sur la caméra. Ça permet d'attirer des gens un peu moins « verts », qui ne sont pas prêts au compromis sur le confort.
Alternatives numériques : Gaël, à toi. Vous êtes passés à la version 4 de /e/OS cette année. Le Fairphone 6 a été vécu comme l'année de maturité de Fairphone ; est-ce pareil pour /e/OS ? Qu'est-ce qui est stabilisé, qu'est-ce qui reste compliqué, quelles sont vos priorités ? Et comment vous projetez-vous dans un moment où Android se resserre, où on s'est même demandé si Google ne préparerait pas une séparation d'Android et de Google avec sa propre surcouche ? Espérez-vous être un jour affranchis d'AOSP, la sous-couche sur laquelle reposent LineageOS et /e/OS ?
Gaël Duval : Sur /e/OS 4, les principales nouveautés, c'étaient le backup et la restauration : si tu perds ton téléphone ou s'il se fait voler, tu peux réinstaller facilement un nouveau téléphone depuis un backup et retrouver tes applications, bien arrangées à l'écran, tes configurations. C'est une belle avancée. Il y a aussi un gestionnaire de mots de passe, très demandé et ultra pratique. Et des choses plus mineures mais cohérentes avec ce qu'on développe, comme la dictée vocale qui devient hors-ligne, sur le téléphone, alors qu'avant elle passait par une API externe, ce qu'on nous avait beaucoup reproché. Ensuite, on a énormément de projets : si j'en parle, on remet un jeton pour une heure. On ne veut pas se limiter à l'OS, et de toute façon on ne peut pas. Le workspace Murena fait d'ailleurs le succès de /e/OS : si tu adoptes un OS mobile mais que tu continues à utiliser Gmail, ton calendrier Google et tes contacts Google, ça n'a aucun sens, autant rester chez Google. Notre workspace propose tout ça avec la même promesse de non-collecte des données. La dictée hors-ligne va dans ce sens. On va donc sortir des produits complémentaires, le navigateur web, la suite Office, etc., dans l'esprit open source et utilisables par tous. C'est comme quand je faisais Mandrake et que j'essayais de rendre Linux accessible : avec /e/OS, la mission de Murena, c'est de rendre un OS open source plus vertueux, avec une promesse forte sur la vie privée, accessible à tout le monde. Et il faut que ce soit acceptable : si au bout de dix minutes ta mise en page casse dans tous les sens avec ta suite Office, la personne retourne chez Microsoft et on n'en parle plus. On a l'opportunité de proposer une gamme de services et de produits cohérents, ce qui va aussi dans le sens du B2B.
Sur Google et l'environnement, je tiens à préciser un point important, parce qu'il y a un énorme malentendu sur le mot « Android ». Dans un téléphone « Android », il y a deux parties : le socle open source, AOSP, l'Android Open Source Project, et par-dessus un énorme bloc propriétaire, pas du tout open source, fait par Google. Les deux ensemble, c'est Android, vendu comme Android commercial. Nous, on ne fait pas Android : /e/OS est un fork d'AOSP [NDR : plus précisément, /e/OS est un fork de LineageOS qui est lui-même un fork d'AOSP]. On prend AOSP, on le modifie, et par-dessus on ajoute ce qu'on trouve dans l'open source et nos propres développements, comme Advanced Privacy (lire mon test d'/e/OS à ce sujet). Il y a plus de différence entre un Fairphone avec /e/OS et un téléphone avec Android de Google qu'entre un Fairphone avec /e/OS et une autre marque avec /e/OS. L'expérience utilisateur et la promesse produit sont totalement différentes.
Sur l'écosystème, effectivement, ça se resserre. Google essaie toujours de couper la concurrence et de réduire l'ouverture, la plupart du temps sur des arguments de sécurité. Ça va devenir très compliqué d'installer des applications tierces sur Android de Google [ndr : voir la campagne Keep Android Open pour en savoir plus]. Nous, ça ne nous concerne pas directement, on pourra toujours utiliser sur /e/OS des applications faites pour Android. Mais il reste de gros morceaux, et aujourd'hui le gros morceau, c'est l'attestation. Quand une application s'exécute sur /e/OS, elle vérifie, via des mécanismes liés à Google, que le téléphone est légitime et que l'application peut s'exécuter dessus. C'est un très gros challenge, parce que Google essaie de faire en sorte que ça ne fonctionne plus chez nous et chez les équivalents. Pour l'instant, ça fonctionne toujours, et de mieux en mieux, mais il y a ce sujet sur l'attestation. Il va falloir créer une nouvelle proposition d'attestation pour le mobile qui ne dépende pas de Google, d'autant que c'est totalement hors des clous au niveau du DMA [ndr : Digital Market Act, le gros règlement européen sur les marchés numériques]. Il faut convaincre tout le monde qu'il y a un sujet, dire à Google d'arrêter, mais aussi proposer. Il y a plein d'acteurs qui bossent sur ce sujet : Volla en Allemagne, nous, d'autres. Il y a une première proposition, Unified Attestation, dont on fait partie, mais on veut aller plus loin. C'est un truc à faire connaître : en France, on nous demande des solutions plus souveraines, et que fait une application comme France Identité ? Elle repose sur Google pour décider si le téléphone est légitime. C'est une espèce de paresse totale à regarder vraiment ce qu'on fait : les équipes de France Identité mettent du Play Integrity dans leur application, et ça pose des problèmes à plein d'éditeurs, souvent les banques, et les solutions de paiement. Le message qu'on veut faire passer, c'est qu'aujourd'hui, sur un Fairphone ou un Murena officiels vendus sur Murena.com, les téléphones fonctionnent très bien avec 99 % des applications bancaires et des applications courantes. Par contre, la version community fonctionnera moins bien, pour plein de raisons : l'attestation, mais aussi parce que le bootloader n'est généralement pas refermé, et c'est typiquement le genre de chose que les applications bancaires vérifient et qui les empêche de fonctionner. Donc il y a une tension : on la résout très bien sur les appareils officiels, c'est plus compliqué sur la version community. Mais au fond, il faut qu'on travaille tous ensemble pour qu'en Europe on ait une réglementation beaucoup plus coercitive vis-à-vis de Google, pour qu'ils arrêtent, sous des prétextes de sécurité fallacieux, d'imposer des choses qu'on ne maîtrise pas. C'est aujourd'hui notre principale dépendance, celle dont on veut s'affranchir.
Agnes Crepet : Et je rajouterais un truc sur l'identité numérique : il y a une recommandation européenne qui arrive, avec une mise en place obligatoire dans chaque pays. À la base, l'ambition était de se passer des Big Tech, en disant que chaque pays fasse son truc à lui, pour que ce soit souverain. Or des pays l'ont fait correctement, mais pas la France. Les concepteurs des outils de chaque pays, comme si le message n'était pas passé, s'appuient sur ce qu'il y a de plus facile ou de moins coûteux, les solutions enclaves d'Apple, le Play Integrity, pour aller vite, parce que les délais étaient courts. Résultat : pour plein d'OS alternatifs, ça devient compliqué. C'est fou.
Gaël Duval : C'est fou. Et pour aller plus vite, c'est sans doute une raison, mais pas la seule. On discute avec pas mal d'acteurs dans différents pays là-dessus, et on est obligés de leur expliquer. Dès qu'on leur dit « vous avez vu ce que vous êtes en train de faire ? », gentiment, ils regardent et ils te disent : « ah oui, effectivement, qu'est-ce qu'on fait, qu'est-ce que vous proposez ? » Ils n'ont pas conscience. Le Play Integrity, c'est le problème de base : c'est perçu comme un simple aspect technique et fonctionnel, et si tu ne regardes pas de près, tu ne vois pas à quel point ça peut être un verrou pour empêcher la concurrence de s'exprimer librement. Ce n'est pas écrit dans le SDK Android : « attention, si vous faites ça, vous n'êtes plus un produit européen et vous avez une dépendance forte à une entreprise américaine qui peut vous couper l'accès », comme ils l'ont fait à Guillaume, le juge de la CPI, et d'autres, et comme ils continueront à le faire. Il faut parler de tout ça, prendre conscience, dire à Google « stop, on n'en veut plus ».
Agnes Crepet : D'ailleurs, je fais la pub d'un partenaire rencontré au Fairtech Summit, Yivi, qui propose une identité digitale via une application, entièrement open source et sans Play Integrity. J'ai demandé à la personne qui a fait le talk quelle était leur relation avec les gouvernements : c'est compliqué aussi pour eux, ils démarchent des États, mais ça n'a pas l'air simple. En tout cas, ça vaut le coup de promouvoir leur solution.
Alternatives numériques : Vous trouvez que les oreilles sont plus attentives en ce moment, à une époque où on n'a jamais autant parlé de souveraineté ou d'indépendance stratégique ? Est-ce plus simple de faire comprendre vos arguments ?
Gaël Duval : Sur la partie logicielle, oui, ça va plutôt dans le bon sens. Il y a eu le DMA, il y a le paquet sur la souveraineté numérique sorti en juin. Au niveau européen, il y a un soutien fort. Je ne dirais pas autant au niveau national : en France, c'est catastrophique. Mais la Commission européenne bouge dans le bon sens. Il faut garder la tête froide, parce qu'entre les textes, le DMA, les directives, et leur application, il y a une marge colossale. En face, tu as Google, Microsoft, Apple, les gatekeepers, qui ont les utilisateurs en main, essayent d'être moins-disants, de restreindre le périmètre d'application, de négocier, de tordre le bras, surtout sur le DMA, et très souvent avec des arguments de sécurité : « il faut garantir la sécurité de nos utilisateurs, c'est notre priorité ». C'est très compliqué. Il faut se mettre à la place des gens de la Commission, qui doivent en même temps dire aux régulateurs « il y a des enjeux, il faut faire comme ça » et faire face à des géants qui disent oui et puis font moins, ou autre chose que ce qui était prévu. C'est contre ça qu'il faut lutter. Il y a des choses qui vont dans le bon sens : quand tu ouvres un téléphone Google pour la première fois, tu dois désormais choisir ton navigateur web. Ce n'est pas parfait, mais c'est dans le bon sens. Il faut aller beaucoup plus loin, et l'attestation en fait partie, mais pas seulement.
Alternatives numériques : Dernière question, un peu plus philosophique. Comment vivez-vous la période que nous vivons, et quelle est la juste place de la tech dans cette période ? Réponse ouverte, mais le challenge est de la faire en une minute chacun.
Agnes Crepet : Je peux démarrer. J'ai un côté assez enthousiaste au quotidien, au regard du travail que je fais : j'ai l'impression qu'il y a un impact possible, qui résulte en actions dans le bon sens, comme celles qu'on a évoquées. Mais si je fais un pas de côté et que je regarde l'état de la tech dans le monde, et ce qu'elle a pu renforcer dans un état mondial qui n'est pas au beau fixe, là, oui, je suis forcément un peu plus inquiète. Mais je pense que la prise de conscience est déjà une bonne chose. Il y a un bouquin sorti la semaine dernière de Thibaut Prévost, qui avait écrit Les prophètes de l’IA, que j'avais bien aimé. Son dernier livre s'appelle Technologies du coup d'État. Il y parle justement du rôle de la tech, on parle aussi beaucoup de technofascistes aujourd'hui, du rôle de la tech dans certains gouvernements, par exemple le gouvernement Trump, pour prendre le pouvoir et confisquer beaucoup de droits liés à la citoyenneté dans son pays. Bref, ce sont des choses qui me questionnent, qui sont assez éloignées de Fairphone dans mon quotidien, mais qui, en tant que techniciens et techniciennes, sont importantes à évoquer. Parce qu'on est aussi les représentants de cette tech, quelque part. Et c'est d'autant plus important qu'on essaie de montrer qu'il y a des alternatives possibles, pas seulement sur la durabilité, mais aussi sur ce que peut faire cette tech dans le monde, au regard du poids qu'ont ces acteurs au niveau géopolitique. Et aussi de continuer à répéter que la tech peut parfois ne pas devoir exister sur certains problèmes sociaux. La tech ne va pas tout résoudre. Il faut avoir ce techno-discernement. Je pense qu'on est tous enthousiastes de ce qu'on fait, l'open source, j'adore, tout ce que Gaël a évoqué sur son projet. Vous avez senti l'enthousiasme qui nous anime, mais il ne faut pas oublier qu'on est des techniciens et techniciennes et qu'on représente ce truc-là, et que parfois, c'est bien de ne pas être présent. De continuer à dire que ce sera toujours en mettant plus de profs et en chauffant les écoles que les gamins apprendront mieux, plutôt qu'en mettant des tablettes. Pareil pour les hôpitaux.
Alternatives numériques : Merci Agnès. Gaël, tu as eu un peu de temps de réflexion, c'est à toi.
Gaël Duval : J'ai un espèce de truc assez bizarre en ce moment : je suis terrifié et sidéré de voir ce qui se passe aux États-Unis depuis quelques années. Je ne pensais pas qu'on en arriverait là, franchement, c'est vraiment dingue. Et à la fois, c'est une telle opportunité pour nous de enfin nous reprendre en main et nous dire que, bon, on ne peut plus compter sur nos anciens maîtres, donc on va peut-être reprendre notre destin en main et voir ce qu'on peut faire avec tous les talents qu'il y a en Europe, et franchement ça n'en manque pas. Donc c'est une période absolument excitante, terrifiante d'un côté, très excitante et presque... moi, j'ai un côté qui devient presque optimiste sur notre futur européen. C'est peut-être stupide, peut-être que dans quelques années je me dirai quelle naïveté j'avais, c'est possible aussi, mais en tout cas c'est mon état d'esprit en ce moment, assez bizarre. Et j'ai aussi, en toile de fond, tous les jours, l'IA : je l'utilise beaucoup et elle est incroyablement puissante. Tous les jours, je me dis qu'il va y avoir un impact sur la société et sur le monde. Peu de personnes en ont conscience. Je me dis qu'il va y avoir un impact d'une brutalité comme on n'a jamais connue, en termes d'impact social, de réorganisation de la société. Ce que l'IA permet aujourd'hui n'est qu'un aperçu de ce qu'elle saura faire dans un an, deux ans, trois ans. Et c'est d'une puissance sans limite. Donc, premièrement, il faut s'en emparer absolument, sinon on passe à côté du train et on n'aura plus qu'à accepter ce qu'on nous dira de faire. Autant avoir un peu de poids et de pouvoir pour convaincre qu'on n'a pas forcément la même manière de voir les choses, et pour créer une idée un peu plus vertueuse. Mais pas seulement : l'impact dépasse la tech, c'est l'impact sur nos sociétés, et comment on va réussir ou pas à se réorganiser par rapport à cet outil d'une puissance colossale, mais qui va anéantir des pans entiers de métiers dans le monde actuel. Tous les jours, j'y pense. Là, pour le coup, je ne suis pas super optimiste sur ce côté-là.
Alternatives numériques : On avait quasiment fait tout l'entretien sans parler d'IA, ce qui, par les temps qui courent, n'est pas banal. Ce n'était pas calculé de ma part ! Mais c'est une conclusion qui se comprend, on aurait pu faire un épisode entier là-dessus : existe-t-il une IA alternumériste ? C'est une question que je me pose aussi beaucoup, le sujet d'un autre échange. En tout cas, merci beaucoup à tous les deux d'avoir accepté de passer un peu de temps avec moi pour cet échange. Je trouvais chouette de vous avoir tous les deux, et de voir les liens entre Fairphone et /e/OS, un combo vertueux que je recommande totalement. Merci beaucoup, et à très bientôt.
Gaël Duval : Merci, à bientôt.
Agnes Crepet : À bientôt, salut.
Le Fairphone 6+ sous /e/OS 4 propose une expérience d'un smartphone Android dégooglisé, le tout clés en main. Si vous êtes lassé·es de trimballer un mouchard dans votre poche, si vous ne supportez plus l'écosystème Google imposé (et toutes ses applications), si vous redoutez l'intégration annoncée de Gemini, l'IA de Google, alors /e/OS est peut-être l'alternative que vous recherchez. De son côté, les Fairphone 6 et 6+ sont deux smartphones parfaitement capables, avec une réparabilité (et donc une durabilité) assurée. C'est donc un très grand oui pour ce combo FP6 + /e/OS.
L'avantage d'acheter un Fairphone avec /e/OS préinstallé, c'est que vous n'avez strictement aucune manipulation à faire. Vous recevez, vous démarrez, et tout fonctionne ! Enfin, presque, comme on l'a vu. Pour faire un tel achat (/e/OS préinstallé), plusieurs options :
Enfin, si vous n'avez pas d'achat de téléphone prévu (et tant mieux, n'oublions pas que l'achat de matériel personnel constitue le gros de l'impact du numérique), vous pouvez regarder si /e/OS peut s'installer sur votre smartphone existant. Sur certains appareils, l'installation est largement facilitée par l'outil /e/OS Installer, et peut être réalisée par des non-experts et expertes. La documentation de /e/OS liste et filtre ces appareils. Si votre appareil n'est pas géré par l'installeur, mieux vaut se faire accompagner. Cherchez des install party ou des GULL (groupes d'utilisatrices et d'utilisateurs de logiciels libres) autour de vous, il y aura toujours des gens pour vous aider.
Si vous avez des questions ou retours d'expériences, écrivez-les en commentaire ou dans la communauté Framateam. Bonnes explorations !
Vous avez apprécié cet échange ? Au total, il aura nécessité un jour de travail entre la préparation de l'interview, la retranscription (assistée par IA), le montage de la vidéo, etc. Si vous le pouvez, soutenez Alternatives numériques, ou partagez l'article autour de vous. Un grand merci 🙏
07.10.2026 à 15:37
Louis Derrac

Si vous aimez les livres audio, et que vous ne voulez plus donner d'argent à Audible, détenue par Amazon, j'ai déniché l'alternative parfaite pour vous : Libro.fm
Libro.fm est une « petite » boîte américaine, basée à Seattle. Pour le caractère européen, on repassera. Mais en dehors de cette dimension géographique, cette boite coche toutes les cases de l'alternative numérique crédible.
D'abord, parce que son modèle repose sur un partenariat avec plus de 5 000 librairies indépendantes, présentes dans 95 pays. En cela, le système fait penser à Librairie Indépendantes. Lorsque vous créez votre compte sur Libro.fm, il vous est demandé de choisir une librairie indépendante. L'offre est encore limitée en Europe, mais on trouve quelques librairies (anglophones) en France. Une fois votre librairie choisie, elle sera liée à votre compte et recevra un pourcentage sur tous vos achats et abonnements pris chez Libro.fm. C'est plutôt sympa comme modèle.

Libro.fm se distingue largement de sa concurrence (à commencer par Audible) par un engagement très prononcé en soutien des communautés LGBTQI+, contre le bannissement des livres aux USA, contre l'usage irréfléchi de l'IAgen, etc. En tant qu'entreprise à but social, Libro publie un rapport d'impact annuel. Bref, une entreprise de passionné·es du livre, qui essaye de proposer un service engagé et en partenariat avec les librairies locales, c'est pas mal non ?
Mais là où Libro fait même mieux que ses concurrents, c'est lorsqu'il vous redonne la maîtrise de vos livres audios. Contrairement à la plupart des plateformes qui vous enferment dans leur écosystème, Libro vous laisse totalement libre. Vous pouvez ainsi écouter vos livres audio dans l'application web et smartphone dédiée (cette dernière est compatible Android Car et Apple Carplay, bon à savoir), mais aussi les télécharger sous des formats standard. À savoir en mp3 pour obtenir une série de fichiers son (en général une piste par chapitre) ou en m4b pour obtenir un fichier de livre audio complet. Sur Linux, un logiciel comme Cozy vous permettra alors de le lire en local. Génial !

Assez logiquement, l'essentiel du catalogue de Libro est anglophone. Mais pas que, vous trouverez aussi une offre hispanophone, germanophone, de quoi travailler vos langues étrangères. Pour explorer l'offre francophone, c'est par ici, plus de 18 000 livres de tous genres vous attendent.
Libro repose sur un modèle mixte d'abonnement et d'achat à la carte de livres audio. Vous pouvez ainsi vous abonner à partir de 10 € par mois, ce qui vous donnera droit à un ou deux crédits. Chaque crédit vous permet ensuite d'acheter (presque) n'importe quel livre audio, et ce quel que soit son coût. C'est très intéressant, car certains livres audio peuvent vite coûter 20 ou 30 €, surtout les gros livres (comme celui-ci, ou celui-là). En plus de votre crédit mensuel, l'abonnement vous permet d'acheter d'autres livres audio avec une réduction de 30%. Dans les trucs qu'on apprécie, le fait que les crédits n'expirent pas, on n'est pas poussé à la consommation. Je peux en attester, j'ai 3 ou 4 crédits qui traînent depuis plusieurs mois sans le moindre problème.

Si vous n'avez pas envie de vous engager avec un abonnement (qui en réalité est très peu engageant, puisque vous pouvez le couper quand vous voulez), vous avez aussi la possibilité d'acheter les livres audio à la carte.
Vous l'aurez compris, je suis assez fan de Libro. Bien sûr, je serais encore plus content si cette boîte était française ou européenne, chauvinisme oblige. Mais ne boudons pas notre plaisir, on est devant une belle entreprise qui fait les choses bien à la fois sur le plan des valeurs, du modèle tarifaire et économique, et sur le plan technique. Sur leur blog, l'entreprise a annoncé en août que les ebooks rejoindraient prochainement leur plateforme, introduisant Librosync, une synchronisation de lecture entre livre audio et ebook. Si on reste à ce niveau éthique et technique (des ebooks sans drm), ça promet du très lourd.
En tout cas, je souhaite à Libro le meilleur, et surtout de rester sur cette lancée, tout en travaillant avec de plus en plus de librairies indépendantes en France et en Europe. Si vous voulez tester Libro (et me faire gagner un crédit), n'oubliez pas d'utiliser mon lien affilié.
16.09.2026 à 16:25
Louis Derrac

Avez-vous déjà joué au jeu du « pire GAFAM » ? C'est un jeu très simple, à jouer en petit groupe. Il suffit de poser cette question : quel est selon vous le pire GAFAM (aujourd'hui on peut d'ailleurs étendre à toutes les big tech), et pourquoi ? Ça parait trivial, mais vous réaliserez collectivement que les controverses (sociale, fiscale, politique, écologique, éthique, économique) s'accumulent chez les big tech. Que tout le monde n'a pas le même niveau d'information. Et que chacun réagit différemment à ces controverses. Bref, c'est toujours un exercice très intéressant.
Pour moi, le pire acteur a longtemps été Amazon. Aujourd'hui, j'aurais du mal à le départager de Tesla/SpaceX et de Palantir. Mais dans tous les cas, Amazon, c'est du lourd. Commençons par rappeler pourquoi, avec un petit top 10, avant de passer aux alternatives.
Franchement, on pourrait aller jusqu'à 100, facile ! Si vous voulez vous documenter sur Amazon, deux références : la BD Le Monde merveilleux d’Amazon et le livre En Amazonie, de Jean-Baptiste Malet.
Bref, comme je l'ai vu passer récemment, « the wrong Amazon is burning ». Mais attention, pas d'appel à la mise mise à feu dans cet article ! En revanche, voici plusieurs alternatives grand public pour boycotter Amazon et son monde pourri (oui, on assume ce jugement de valeur).

Voici quelques-unes des meilleures alternatives à Amazon. Certains liens sont affiliés et indiqués comme tels par l'émoji 🔖 L'affiliation est un des moyens de soutenir Alternatives numériques, mais cela n'oriente en rien notre jugement.
Cette liste est bien sûr subjective et non exhaustive. Il existe d'autres alternatives, lâchez-vous dans les commentaires !
N'oublions jamais. Les alternatives c'est bien. Mais le meilleur achat, c'est celui qu'on ne fait pas. Alors pensez reconditionné, seconde main, et pensez méthode BISOU !

14.09.2026 à 22:44
Louis Derrac

Toutes les semaines, je vous propose une sélection d'actualités alternuméristes. Les sources sont francophones et anglophones, le plus souvent sans paywall. Pensez à activer votre traducteur si besoin.
Deux articles publiés cette semaine sur Alternatives numériques, dont un gros morceau, le test du FP6 sous /e/OS !

13.09.2026 à 13:50
Louis Derrac

(Je mets ici la vidéo Youtube parce que ça aidera le média et la chaîne d'avoir des vues sur ce canal, surtout au début, mais vous pouvez aussi accéder à la même vidéo sur Peertube 😇 Lire notre politique médias sociaux)
Ces dernières semaines, j'ai eu le plaisir de tester le Fairphone 6+, tout juste sorti, propulsé par /e/OS 4 de Murena.
Voici mon avis après un test en profondeur, en article et en vidéo. N'hésitez pas à commenter si vous avez des questions et autres retours d'expérience.
Pour simplifier, le monde des smartphones est bâti sur un duopole composé d'iOS, le système d'exploitation qui fait fonctionner les iPhone d'Apple, et Android, celui qui fait tourner les smartphones des autres constructeurs (Samsung, Xiaomi, Fairphone, Google, Motorola, etc.).
La particularité d'Android, sans trop rentrer dans les détails techniques, est d'être largement développé et contrôlé par Google, mais d'être distribué en open source. La licence autorise les constructeurs qui intègrent Android dans leurs appareils à y apporter des modifications (des surcouches) leur permettant de se distinguer de leurs concurrents. C'est pour ça que si vous avez un Samsung, votre interface sera différente de celle de collègues et amis équipés d'un Fairphone ou d'un Xiaomi. Les trois tournent pourtant bien sous Android. Là où Google a été très malin, c'est qu'ils ont développé, au-dessus d'Android, les Services Google Play, indispensables pour faire fonctionner les applications. Là où Android est open source, les Services Google Play sont propriétaires. C'est par ce biais que Google verrouille l'écosystème Android.

Si l'on revient à notre duopole de départ, il n'est donc pas éloigné de la réalité de dire qu'il est en réalité composé d'Apple et de Google. Au niveau mondial, Android représente environ 70 % du marché, et Apple 30 %. Évidemment, un tel duopole est problématique, surtout que Google a progressivement transformé Android en un immense mouchard, alimenté par toutes les données qu'on peut récupérer sur un smartphone.
C'est l'une des raisons pour lesquelles sont apparus, à partir de 2013, des systèmes d'exploitation alternatifs. LineageOS, GrapheneOS, ou encore /e/OS, chacun se développe avec ses objectifs et priorités propres. Tous sont basés sur Android, mais aucun ne propose les Services Google Play par défaut. /e/OS a été créé en 2017 par Gaël Duval, acteur pionnier du logiciel libre. Techniquement, il est dérivé de LineageOS et est livré avec les services microG (une alternative libre aux fameux Services Google Play).
/e/OS est développé par la e.foundation, une organisation à but non lucratif (association loi 1901) financée par les dons des particuliers et des entreprises.
Murena est quant à elle une entreprise à but lucratif, de droit français. Elle porte la marque grand public qui commercialise des smartphones prééquipés d'/e/OS (comme les Murena Smartphones) ainsi que les services en ligne associés (Murena Cloud / Murena Workspace).
Le point de départ d'/e/OS, c'est le respect de la vie privée, et la lutte contre la captation de données personnelles par Android et Google. /e/OS, c'est donc un Android dégooglisé au maximum. Pas de services Google, ils sont tous remplacés par des alternatives, notamment MicroG. C'est évidemment très louable, mais il faut aussi être conscient des inconvénients sur la compatibilité avec certaines applications. Nous y reviendrons.
La seconde particularité de Murena, c'est de proposer un écosystème complet autour de /e/OS : Murena Workspace. Cet espace de travail en ligne est basé sur plusieurs logiciels libres (Nextcloud, SnappyMail, etc.). On y retrouve une offre d'outils généreuse : des classiques comme le mail, l'agenda, les contacts ou les fichiers. Mais aussi une galerie de photos qui se synchronise automatiquement avec votre smartphone, un gestionnaire de mots de passe, ou encore Murena Vault (basée sur Cryptpad), une suite de collaboration totalement chiffrée.

Côté tarifs, Murena propose une offre gratuite limitée à 1 Go. Il faudra ensuite compter 20 €/an pour monter à 20 Go et 40 € pour 64 Go. J'ai vraiment trouvé abouti le niveau d'intégration de Murena Workspace avec l'environnement smartphone. Par exemple, la synchronisation des fichiers et des photos est vraiment réussie. Mais si vos besoins en stockage sont plus élevés, difficile de ne pas comparer les prix avec la kSuite d'Infomaniak (20 € / an pour 1 To). Évidemment, les deux acteurs n'ont pas la même taille, Infomaniak est un gros hébergeur orienté TPE/PME qui peut se permettre ces tarifs. N'oublions pas non plus que s'abonner à Murena Workspace soutient Murena et par ricochet, /e/OS.
En un mot : oui ! Comme je l'ai montré avec le déballage du Fairphone 6+, l'avantage d'acheter un smartphone chez Murena, c'est qu'il arrive avec /e/OS préinstallé. Dès le premier lancement, tout fonctionne, il n'y a rien de compliqué à faire. On se retrouve avec un smartphone fonctionnel, sans services et applications Google, quel plaisir !
(Je mets ici la vidéo Youtube parce que ça aidera le média et la chaîne d'avoir des vues sur ce canal, surtout au début, mais vous pouvez aussi accéder à la même vidéo sur Peertube 😇 Lire notre politique médias sociaux)
Mon premier test d'/e/OS remonte à avril 2022. Je testais à l'époque la toute première version d'/e/OS sur un Fairphone 4. Certaines choses n'ont pas changé, à commencer par le plus important : /e/OS est toujours aussi stable et fonctionnel. À peine le premier démarrage est-il terminé qu'on peut se rendre dans l'App Lounge pour télécharger (connecté à son compte Google ou encore mieux, de manière anonyme) des applications provenant du Play Store, mais aussi de F-Droid, le dépôt de téléchargement d'applications libres. Pour le grand public, cette simplicité est précieuse !
L'inspiration d'Apple reste prégnante dans /e/OS, avec ce que ça a de positif comme de négatif. Cela se ressent dans la volonté de proposer un écosystème complet (OS + cloud) et cohérent, ou dans les choix de design du lanceur d'application par défaut de /e/OS, nommé Bliss Launcher. Ainsi, les utilisatrices et utilisateurs avancés d'Android seront sans doute frustrés par la simplicité de Bliss Launcher et par le peu de personnalisations offertes pour l'instant. Par un système de widget au design relativement daté. Ou encore par l'impossibilité de supprimer les applications proposées par défaut par Murena. Pour le grand public, on se doute que ce sera moins problématique. Dans tous les cas, rassurez-vous, /e/OS reste fondé sur Android et Android (contrairement à iOS) permet la personnalisation. En l'occurrence, si vous n'êtes pas satisfait par Bliss Launcher, rien ne vous empêche de télécharger un autre lanceur, comme Lawnchair, dont l'expérience utilisateurice se rapproche au plus près de celle d'un Google Pixel.
La plupart des autres applications par défaut proposées par /e/OS sont très satisfaisantes. C'est le cas du téléphone, des SMS, de l'agenda, de la musique, du magnétophone, de la calculatrice, de l'horloge, de la galerie. La plupart proposent un design moderne et cohérent. D'autres, comme l'application de tâches ou de notes, sont un peu plus rustiques, mais elles fonctionnent et peuvent se synchroniser avec Murena Workspace. Dans certains cas, je suis moins convaincu. Ainsi, je doute de l'intérêt de proposer une application Mail, dérivée de K9mail, devenu Thunderbird sur mobile et dont le développement a accéléré. Je continue aussi à me demander pourquoi Firefox (ou une variante) n'est pas proposé par défaut, à la place du navigateur d'/e/OS, basé sur Cromite, donc sur Chromium et le moteur Blink de Google. De la même façon, je suis perplexe quant au choix de Magic Lane pour l'application Maps proposée par défaut. Notons que Murena travaille sur sa propre application, Murena Maps, annoncée début 2026 et désormais téléchargeable en bêta.






Dans l'ordre, application Téléphone, SMS, Agenda, Calculatrice, Horloge, Magnétophone
Dans la catégorie des applications par défaut que j'ai remplacées, il y a aussi le clavier. J'ignore si ce sont mes gros doigts ou mon manque d'expérience d'écriture sur smartphone, mais je n'arrive à rien avec le clavier proposé par défaut par /e/OS. Pas de swipe, un texte rapidement inintelligible si je me mets à écrire vite, une correction du texte franchement limitée, etc. J'ai fini par trouver le compromis que je cherchais avec Futo Keyboard. Ce clavier est encore en développement actif, mais il fonctionne très correctement chez moi.
Enfin, une petite mention pour quelques applications proposées par défaut par /e/OS et qui sont franchement de belles réussites. Il y a bien sûr Advanced Privacy, l'espace permettant de contrôler et de bloquer les pisteurs d'application (indispensable), de falsifier sa position (pourquoi pas), ou de masquer son adresse IP (sans doute pas pour tout le monde). Mon petit regret est que cette application reste réservée à l'environnement /e/OS, alors que j'ai le souvenir très net qu'elle était promise à tout l'écosystème Android (ce qui au passage ferait une très bonne pub pour /e/OS et Murena 😇). Mention très bien également pour le contrôle parental inclus dans /e/OS, pour le gestionnaire de mots de passe et pour la fonctionnalité Find my Device, intelligemment intégrée par défaut et qui permet de localiser son appareil en cas de perte.



L'application Advanced Privacy, au coeur de /e/OS. J'adore l'idée du mur de la honte. Radio France : honte à vous !
Comme je l'ai déjà évoqué dans l'article, avec toutes ces applications proposées par défaut, on sent vraiment chez /e/OS la volonté de créer un écosystème d'applications cohérentes, avec des noms reconnaissables, faciles à appréhender et à prendre en main. Cette volonté d'uniformisation, voire de contrôle (impossible de désinstaller ces applications par défaut) ne plaira pas à tout le monde. Mais il ne faut pas oublier que la cible première de /e/OS, c'est le grand public, habitué à une expérience clé en main sur iOS ou Android et Google. Sans surprise, l'expérience de l'écosystème /e/OS devient complète quand on se connecte à un compte Murena Workspace. Bien sûr, les plus geeks pourront tout à fait faire fonctionner leur Nextcloud, leur DAVx⁵ ou leur Syncthing. Mais pour les gens normaux, le plus fort avec Murena Workspace, c'est que tout fonctionne « out of the box » : les photos, les fichiers, les agendas, les contacts, les mots de passe, tout se synchronise sans histoire. Vous pouvez même sauvegarder vos fichiers en local sur votre PC avec l'application proposée par Nextcloud (puisque Murena Workspace est en bonne partie basé sur Nextcloud). Bref, tout fonctionne déjà bien, et ça ne va aller qu'en s'améliorant !
J'expliquais en introduction de l'article que les Services Google Play permettent, sur Android, de faire tourner la plupart des applications. Sur /e/OS, ces services sont remplacés par MicroG, une alternative libre et respectueuse de vos données. Pour la plupart des applications, ce remplacement est totalement indolore. Mais pour certaines, notamment celles qui vous pistent ou qui sont particulièrement sécurisées, c'est plus compliqué.
C'est le cas des banques. En France, pour l'instant, la plupart des banques fonctionnent sous /e/OS. Mais pas toutes. Par exemple, impossible pour moi d'utiliser l'application de Boursobank. À l'inverse, pas de difficultés avec celle de la Caisse d'Épargne. Il vaut mieux le savoir en amont, chaque mise à jour de ce genre d'application est susceptible de la rendre inutilisable. Pour s'y retrouver, une liste complète des banques est maintenue sur le forum de /e/OS.
On m'a demandé de tester France Identité, l'application de gestion de l'identité numérique de l'État. Je n'ai eu aucun problème à me connecter et à récupérer ma carte d'identité et mon permis. J'ai ensuite pu m'identifier avec France Connect + sur le site MaPrimeRenov. Aucun problème dans ma configuration (FP6+ et /e/OS 4.2).

Je n'ai en revanche pas réussi à venir à bout d'Android Auto. Pour celles et ceux qui l'ignorent, Android Auto est développé sous licence propriétaire… par Google. Et dépend fortement (pour mieux vous pister) des Services Google Play 🥳 Faire fonctionner Android Auto sur un système débarrassé de ces services est donc une gageure. Ce qui est certain, c'est que ça ne marche pas par défaut au démarrage de /e/OS. La documentation propose un tutoriel à ce sujet, mais les manipulations sont trop techniques pour le grand public. Je vais tenter de réaliser ces opérations, et si mes essais sont concluants, j'écrirai un article dédié. Mais même si j'arrive à faire démarrer Android Auto, rien ne garantit que le système soit fluide, tant il est arrimé aux Services Google Play... dont le remplacement par MicroG est une des raisons d'être de /e/OS (puisque l'objectif est de limiter la captation de données personnelles et protéger votre vie privée). Android Auto est donc un bon exemple de fonctionnalité qui a un coût important pour votre vie privée. Le bénéfice est-il suffisamment important pour justifier ce coût ? À vous de décider.
La plupart des tests convergent : le Fairphone 6 était déjà une réussite, et Fairphone a passé un cap de maturité sur la qualité de ses smartphones. Le Fairphone 6+ offre un léger boost par rapport au FP6 : un processeur de génération supérieure, et 12 Go de RAM versus 8 Go. Il y a aussi un nouveau coloris « exclusif ». Vous pouvez accéder à la fiche complète sur le site.

Comme je l'ai écrit plus haut, mon précédent test s'était déroulé avec un Fairphone 4. C'est le jour et la nuit, particulièrement sur ce qui ne se voit pas du premier abord.
Les performances du Fairphone sont tout à fait correctes pour un usage « normal » de son smartphone (comprendre : pas de jeux gourmands, pas d'IA en local sic, etc.). C'était déjà mon ressenti avec le FP4, on est sur un processeur milieu de gamme, et c'est très bien pour la plupart des gens. La caméra fait en revanche un bond sensible. On le voit très vite sur les photos et les vidéos. Voici un exemple de photos, la première prise avec le FP6+, la seconde avec un Google Pixel 8. Une partie de l'appréciation est subjective mais personnellement, je trouve le Fairphone très convaincant.


À gauche, photo prise par le FP6+. À droite, photo prise par un Google Pixel 8
Voici maintenant un exemple de vidéo réalisée avec le FP6+ (et significativement compressée avant importation). Avouez-le, vous ne vous attendiez pas à la visite d'un poulailler ?
Là où le FP6 et le FP6+ font un bond, je trouve, c'est sur la qualité du microphone. Je me souviens que pendant mes tests du FP4, je réalisais des entretiens collectifs que j'enregistrais pour m'aider à la retranscription. À l'écoute, ces enregistrements étaient à peine audibles. Alors certes, les conditions d'enregistrement n'étaient pas optimales, environnement bruyant et tout, mais ma collègue, équipée d'un très vieil iPhone, obtenait des enregistrements largement supérieurs. On pense peu à la qualité du micro d'un smartphone au premier abord. Pourtant, c'est un aspect essentiel pour les appels, les vidéos, sans parler d'éventuels enregistrements perso ou pro. Voilà donc une des caractéristiques sur laquelle Fairphone a fait un bond notoire, et c'est bienvenu.
Pour les amateurs de dual SIM et d'eSIM, attention : le FP6+ ne permet d'activer qu'une seule eSIM à la fois. J'ai personnellement deux eSIM, donc si j'utilisais un Fairphone au quotidien, je devrais convertir l'une des deux en SIM physique (ce qui est faisable évidemment).
Dernière chose concernant le combo /e/OS et FP6+ : Fairphone a introduit avec le FP6 Fairphone Moments, un lanceur d'application minimaliste pour les temps calmes. Avec un Fairphone sous Android, le bouton de côté permet de switcher sur ce mode. Sous /e/OS, le comportement par défaut est de désactiver le micro et la caméra. J'ai pu changer le paramètre pour utiliser Fairphone Moments à la place, avec succès. Ce mode « ne pas déranger avancé » est simple mais bien conçu. D'ailleurs, même si vous n'êtes pas sur Fairphone mais que vous voulez tester Fairphone Moments, on peut le télécharger depuis F-Droid.



Trois lanceurs d'applications sur /e/OS 4, de gauche à droite : Bliss Launcher, Lawnchair, Fairphone Moments
Réunis au sein de FairTEC, le néerlandais Fairphone travaille main dans la main avec les français Murena et Commown. Ainsi, sur le site officiel du constructeur, vous pouvez acheter un Fairphone avec /e/OS préinstallé, et vous pouvez louer un Fairphone avec Commown. C'est très positif que Fairphone visibilise ces deux initiatives vertueuses. On remarquera que la location Commown n'est pas proposée lors de l'achat d'un Fairphone avec /e/OS. Si vous voulez le maxi combo, à savoir louer chez Commown un Fairphone avec /e/OS préinstallé, c'est possible directement chez Commown. Pour votre forfait, pensez aussi à Télécoop.


Le Fairphone 6+ vient de sortir, et avec l'option /e/OS, il coûte 700 €, versus 650 € pour le FP6. Dans les deux cas, le choix de /e/OS s'accompagne d'un surcoût de 50 €, permettant en partie de financer l'OS alternatif. Ce positionnement tarifaire fait objectivement du Fairphone un smartphone assez cher, pour du milieu de gamme. Cela dit, il faut considérer trois aspects essentiels dans le calcul du prix.
Le premier, c'est que Fairphone est encore une entreprise jeune, ses volumes de vente ne sont pas comparables à ceux de ses concurrents. Difficile donc de proposer les mêmes niveaux de prix, à caractéristiques techniques comparables. Le second, c'est que Fairphone est une entreprise engagée, pionnière des smartphones modulables, attentive à améliorer les conditions de travail (salaires plus élevés, meilleures conditions de travail, etc.) sur tout le cycle de vie du smartphone. Là aussi, cet engagement a un coût. Le troisième aspect à considérer, c'est la durabilité et la réparabilité des Fairphones (score 10/10 chez iFixit). Changer la batterie vous demandera un tournevis TORX et 40 €, remplacer l'écran vous coûtera 90 €. Le choix d'un Fairphone, c'est un investissement dont vous sortirez gagnants et gagnantes sur la durée.
Le Fairphone 6+ sous /e/OS 4 propose une expérience d'un smartphone Android dégooglisé, le tout clés en main. Si vous êtes lassé·es de trimballer un mouchard dans votre poche, si vous ne supportez plus l'écosystème Google imposé (et toutes ses applications), si vous redoutez l'intégration annoncée de Gemini, l'IA de Google, alors /e/OS est peut-être l'alternative que vous recherchez. De son côté, les Fairphone 6 et 6+ sont deux smartphones parfaitement capables, avec une réparabilité (et donc une durabilité) assurée. C'est donc un très grand oui pour ce combo FP6 + /e/OS.
L'avantage d'acheter un Fairphone avec /e/OS préinstallé, c'est que vous n'avez strictement aucune manipulation à faire. Vous recevez, vous démarrez, et tout fonctionne ! Enfin, presque, comme on l'a vu. Pour faire un tel achat (/e/OS préinstallé), plusieurs options :
Enfin, si vous n'avez pas d'achat de téléphone prévu (et tant mieux, n'oublions pas que l'achat de matériel personnel constitue le gros de l'impact du numérique), vous pouvez regarder si /e/OS peut s'installer sur votre smartphone existant. Sur certains appareils, l'installation est largement facilitée par l'outil /e/OS Installer, et peut être réalisée par des non-experts et expertes. La documentation de /e/OS liste et filtre ces appareils. Si votre appareil n'est pas géré par l'installeur, mieux vaut se faire accompagner. Cherchez des install party ou des GULL (groupes d'utilisatrices et d'utilisateurs de logiciels libres) autour de vous, il y aura toujours des gens pour vous aider.
Si vous avez des questions ou retours d'expériences, écrivez-les en commentaire ou dans la communauté Framateam. Bonnes explorations !
Vous avez apprécié cet article ? Au total, il aura nécessité 3 jours de travail (facile) entre la période de test du FP6+ avec /e/OS, les nombreuses recherches, la rédaction et la captation/montage de la vidéo. Si vous le pouvez, soutenez Alternatives numériques, ou partagez l'article autour de vous. Un grand merci 🙏
09.09.2026 à 18:14
Louis Derrac

Les PDF ont beau ne pas être le format le plus ergonomique ou le plus pratique (lire cette excellente publication du regretté collectif Praticable), ils n'en ont pas moins envahi les mondes numériques. Il ne se passe guère de temps avant que je ne sois invité à signer un PDF par ci, à en fusionner plusieurs par là. Ou encore en compresser un ou deux pour réduire la taille des pièces jointes de mes mails un peu rigolo (la référence si vous ne l'avez pas).
Longtemps, ces tâches étaient fastidieuses, très fastidieuses. Avec l'apparition d'outils dédiés comme iLovePDF ou Smallpdf, elles sont devenues simples et rapides. Le seul problème de ces solutions, comme souvent, c'est la confiance qu'on veut bien leur donner concernant des documents qui peuvent être sensibles (documents bancaires) voire très sensibles (ordonnances de santé, résultats de prises de sang). Par ailleurs, ces outils sont freemium, et après un certain usage, il faut payer (ce qui n'est pas en soi problématique).
C'est donc avec un grand intérêt que j'ai vu l'arrivée de FramaPDF, annoncée par la célèbre association Framasoft en décembre 2025 dans le cadre de sa campagne de dons annuelle.
FramaPDF propose la plupart des fonctionnalités recherchées dans des outils de traitement des PDF : complétion, signature et paraphage (y compris à plusieurs), compression, fusion/suppression de pages, etc.



Captures d'écran issues de l'article du Framablog
Le tout, comme d'habitude, sans publicités, sans captation de données, et gratuitement. En revanche, pensez à soutenir l'association si vous le pouvez.
Sur le plan technique, FramaPDF est basé sur deux logiciels libres, Signature PDF et BentoPDF. Pour l'essentiel des usages (compression, fusion, rotation, OCR), FramaPDF ne fait rien transiter par ses serveurs. Le traitement se fait directement dans le navigateur. Vous pouvez le vérifier vous-même : chargez votre fichier, coupez votre connexion internet, et le traitement continue de fonctionner. C'est un très bon point côté sécurité des données.
En revanche, il est important de rappeler que Framasoft ne prétend pas à l'invulnérabilité (ce serait de toute façon une promesse intenable). Interrogé sur la possibilité de confier des documents sensibles à FramaPDF, pyg, le coordinateur des services, a été sans détour : Framasoft ne s'est jamais positionné comme un hébergeur visant à préserver à tout prix la vie privée de ses usagers à haut risque (lire cette réponse de FAQ pour Framaspace, un autre service proposé par Framasoft). Même si FramaPDF traite la plupart du temps vos PDF dans le navigateur, soyez donc vigilants avec vos données les plus sensibles.
Pour l'immense majorité des besoins, FramaPDF sera suffisant tout en étant gratuit, sans publicité et sans cookies ni pisteurs. N'hésitez plus, gardez cet outil dans vos favoris, il vous fera gagner un temps précieux, à vous et à vos proches. Merci Framasoft !
| FramaPDF | iLovePDF | Smallpdf | |
|---|---|---|---|
| Statut | Association à but non lucratif (Framasoft - France) | Entreprise privée (Espagne) | Entreprise privée (Suisse) |
| Prix | Gratuit (dons) | $4-9/mois | $12-15/mois |
| Publicité | Aucune | Oui | Oui |
| Outils standards* | Sur ton ordi | Sur leurs serveurs (2h) | Sur leurs serveurs (1h-14j) |
| Signatures multiples | Upload temp, suppression immédiate | Sur leurs serveurs (2h) | Sur leurs serveurs (1h-14j) |
| Vie privée | ⭐⭐⭐⭐⭐ | ⭐⭐⭐⭐ | ⭐⭐⭐ |
| Fonctionnalités | Bonnes | Excellentes | Excellentes |
| Idéal pour | Autonomie maximum | Bon compromis prix/sécurité | Fonctionnalités avancées |
07.09.2026 à 21:47
Louis Derrac

Toutes les semaines, je vous propose une sélection d'actualités alternuméristes. Les sources sont francophones et anglophones, pensez à activer votre traducteur si besoin.
Firefox redesign will arrive in v157 release
GrapheneOS plans to overhaul the bundled AOSP apps, including messaging with RCS support
Audacity 4.0 fait peau neuve et le plein de nouveautés
Linux Distros I Recommend for Those Switching from Windows
Utopie (3/3) – Un chemin vers l'e.utopie | Cybernetruc #22
L’illusion de maîtrise : redonner du sens à la littératie numérique en classe
Tiny Awards. Depuis 2023, les Tiny Awards célèbrent le meilleur du web petit, poétique, créatif et fait main.
Kagi Small Web. Une chouette initiative de Kagi (un moteur de recherche payant) pour rendre plus visible l'indieweb
Pas d’antenne 5G, pas d’internet : communiquer sous les radars avec les réseaux mesh
Alternatiba : Inscription au webinaire de rentrée Piratons Microsoft le 14 septembre à 19h.
Durant ce temps, on te donne toutes les clés pour participer à l'organisation d'une install party, un évènement au cours duquel les personnes peuvent changer le système d’exploitation de leur ordinateur, de Windows à Linux. Pas besoin d’être une personne experte en Linux pour organiser une install party : on a besoin de toutes les forces, on compte sur toi !
04.09.2026 à 09:40
Louis Derrac

L’alternumérisme radical vise à développer un numérique acceptable : soutenable socialement et écologiquement, émancipateur et non aliénant, choisi et non subi.
L’alternumérisme radical intègre dans sa vision la nécessité de l’arrêt de la numérisation effrénée du monde, et la dénumérisation de certain⋅e⋅s technologies, outils, équipements et processus. Un « autre numérique », c’est parfois pas de numérique du tout.
L’alternumérisme radical vise à concevoir et à mettre en place des processus démocratiques (consultations, débats, discussions, convention citoyenne, processus de vote) permettant de décider collectivement des futurs numériques acceptables, en lien avec les limites écologiques et sociales du monde. C’est seulement à l’échelle politique qu’un numérique acceptable, de même qu’une société plus sobre et résiliente, peut se décider et réellement voir le jour.
L’alternumérisme radical se défie de tout solutionnisme technologique. Ce n’est pas le numérique qui résoudra quoi que ce soit, ni les problèmes actuels du numérique, ni la crise écologique, ni la démocratie, ni les conflits entre les pays.
L’alternumérisme radical a conscience que le numérique amplifie les inégalités sociales multiples, mais pour autant, ne confond pas l’amplificateur et la cause. Le numérique n’a pas créé la violence, les inégalités sociales ou les rapports de pouvoir. Mais il les amplifie, et parfois, les transforme. Par ailleurs, comme beaucoup d’autres industries, le numérique repose sur toute une filière qui exploite méticuleusement et délibérément le vivant.
L’alternumérisme radical aspire à une critique profonde des technologies numériques sans pour autant verser dans un discours réactionnaire qui laisserait croire notamment que « tout était mieux avant ».
L’alternumérisme radical n’est pas technocentré, il se pense et se définit à l’entrecroisement et au service de nombreuses autres luttes : anticapitalisme, féminisme, antiracisme (et toutes les luttes pour l’égalité et contre les discriminations), justice sociale, écologisme… De la même manière, l’alternumérisme n’adviendra pas sans une profonde transformation de systèmes politiques et économiques.
03.09.2026 à 16:29
Louis Derrac

Il était temps. Depuis le 11 août 2026, « le démarchage téléphonique est interdit à l’ensemble des secteurs, sauf accord préalable du consommateur » (source : economie.gouv.fr). C'est la théorie en tout cas. Hélas, il est fort probable que ça n'arrête pas des entreprises peu scrupuleuses du droit. Et c'est également sous-estimer les tentatives de phishing (ou hameçonnage en bon français) qui se multiplient avec les fuites presque quotidiennes de nos données (recensées avec sérieux par Bonjour la fuite, que nous saluons au passage).
Bref, les appels indésirables et autres SMS frauduleux ne sont pas prêts de disparaître. Face à cette nuisance, plusieurs bloqueurs ont émergé ces dernières années. Voici un tour d'horizon de trois d'entre eux : Callfilter, Spam Blocker et Saracroche.


Présentation
Créée par un développeur français excédé par les appels indésirables (lire son interview dans le Framablog), Saracroche est une application open source disponible sur iOS et Android. Elle s'appuie sur une base de données collaborative alimentée par les utilisateurs et des listes publiques.
Avantages
Inconvénients
Verdict
Une solution équilibrée, qui a l'avantage d'être présente à la fois sur iOS et Android, et qui est particulièrement intéressante pour les utilisateurs francophones. Son modèle collaboratif tout en restant open source en fait un choix pertinent pour ceux qui veulent à la fois efficacité et transparence. Bref, c'est notre chouchou du moment, on ne va pas se le cacher !
Téléchargement
Présentation
Spam Blocker (Call & SMS) est une application Android open source disponible sur F-Droid et GitHub. Elle combine blocage d'appels et de SMS avec une approche modulaire et configurable.
Avantages
Inconvénients
Verdict
Un excellent compromis entre fonctionnalités, transparence et respect de la vie privée. Recommandé pour les utilisateurs Android souhaitant une solution libre et maîtrisée.
Téléchargement
Présentation
Callfilter est une application disponible sur iOS et Android qui se positionne comme un filtre intelligent contre les appels et SMS indésirables. Elle s'appuie sur une base de données collaborative et des algorithmes de détection pour identifier les numéros suspects.
Avantages
Inconvénients
Verdict
Pratique pour les utilisateurs grand public, mais peu recommandée pour les personnes soucieuses de leur vie privée en raison de son modèle fermé et de l'opacité de sa gestion des données.
Téléchargement
Saracroche offre selon nous le meilleur compromis efficacité/transparence avec une base collaborative tout en restant open source et respectueuse des données. Disponible sur iOS et Android. Pour la vie privée absolue : optez pour Spam Blocker, leur modèle 100 % local et open source garantit qu'aucune donnée ne quitte votre appareil. Seulement sur Android.
Des retours d'expérience ? D'autres pépites ? Parlez-en dans les commentaires, ou rejoignez la communauté Alternatives numériques !
02.09.2026 à 15:08
Louis Derrac

Saviez-vous qu'il existe, sur Android, une alternative plus respectueuse de vos données que Shazam d'Apple ou Listen now de Google ?
Elle se prénomme Audile, et vous la trouverez sur F-Droid ou ses variantes (Droidify, App lounge sur /e/OS, etc.).
D'après sa fiche, l'application utilise « les services de AudD, ACRCloud et Shazam pour l'identification des chansons, et utilise Odesli pour récupérer des liens supplémentaires vers le titre sur diverses plateformes ». Il faut donc être bien clair, de l'info transite vers Shazam et l'application en dépend en grande partie pour fonctionner. On appelle ça un "frontend", comme Newpipe l'est pour Youtube par exemple.
Mais cela reste une application open source, bien pensée et bien plus respectueuse de vos données. Et si vous êtes sur Linux, sachez qu'il existe une autre application très bien foutue, Mousai.
Des retours d'expérience ? D'autres pépites ? Parlez-en dans les commentaires, ou rejoignez la communauté Alternatives numériques !
31.08.2026 à 18:12
Louis Derrac

(Je mets ici le lien Youtube parce que ça aidera la chaîne d'avoir des vues sur ce canal, surtout au début, mais vous pouvez aussi accéder à la vidéo sur Peertube)
J'ai déballé le nouveau Fairphone 6+ avec l'OS alternatif /e/OS embarqué. À quoi ressemble le premier lancement ? Vous pourrez vous en rendre compte dans cette vidéo. Je publierai rapidement un retour complet sur le combo Fairphone 6+ et /e/OS v4. Si vous avez des questions ou des retours d'expérience, n'hésitez pas à les poser en commentaire.
L'idée principale de cette première vidéo, c'est de montrer qu'un smartphone acheté avec /e/OS préinstallé (en l'occurrence un Fairphone) est fonctionnel dès l'allumage.
Et un smartphone avec /e/OS préinstallé, on peut le trouver, entre autres :
17.04.2026 à 16:13
Louis Derrac

Nous le disions dans un précédent article : le web dominant (comprenez le web marchand) est devenu un véritable enfer pour ses utilisateurices. Voyez plutôt. Des pisteurs par milliers, des bannières qui vous harcèlent pour arracher votre « consentement » à vous faire pister, de la publicité agressive partout. Plus d'infos sur ce site dédié, porté par plusieurs associations dont RAP et la Quadrature du Net.
En attendant qu'on arrive collectivement à influer sur la régulation, voici un court tutoriel pour vous expliquer comment configurer au mieux Firefox ou Mozilla pour bloquer un maximum de ces nuisances.
Firefox ne possède pas de bloqueur de publicité natif complet, l'installation de l'extension Ublock Origins est donc indispensable.
Installation de Ublock Origins : Ouvrez Firefox, et allez sur la page d'extension de Ublock Origins. Cliquez sur « Ajouter à Firefox » puis confirmez l'installation. Assurez-vous de choisir la version développée par Raymond Hill (icône rouge avec un bouclier), et non les copies nommées simplement « uBlock » ou « uBlock Plus ».
Paramétrage de Ublock Origins : pour supprimer les bannières de cookies, les boutons « J'aime », « Partager » et autres traceurs de réseaux sociaux qui ralentissent la navigation, cliquez sur l'icône uBlock Origin dans votre barre d'outils, puis sur l'engrenage (Tableau de bord). Allez dans l'onglet « Listes de filtres », et déroulez les sections « Bannières de cookie », « Widgets de réseaux sociaux » et « Nuisances ». Pour chacune, cochez la liste d'Easylist ou d'Adguard, voire les deux. Cliquez sur « Appliquer » en haut de la page. Les listes seront mises à jour.
Bravo, le tour est joué !
Vivaldi intègre nativement un moteur de blocage puissant qui ne nécessite aucune extension supplémentaire. Mais ici aussi, quelques petits réglages sont nécessaires pour un fonctionnement optimal.
Paramétrage du bloqueur intégré à Vivaldi : Ouvrez Vivaldi, cliquez sur l'icône d'engrenage (Réglages) dans la barre latérale. Dans le menu de gauche, sélectionnez « Sécurité et vie privée ». Repérez la section « Blocage des traqueurs et des publicités ». Assurez-vous que l'option « Bloquer traqueurs et publicité » est activée. Pour une protection complète incluant bannières de cookies, les réseaux sociaux et autres nuisances, cliquez sur « Gérer les sources ». Puis, dans « Sources de blocage des publicités, » décochez « Autorisez les publicités de nos partenaires », et cochez les sources suivantes : « Français (Liste FR) », « Supprimer les alertes de cookies » et « Supprimer les éléments gênants ».

Bravo, le tour est joué !
Certains sites peuvent détecter les bloqueurs de publicité et vous demander de les désactiver. D'autres ne vont pas bien fonctionner (ou pas du tout) avec le bloqueur activé, ce qui montre bien d'ailleurs à quel point ils sont agressifs dans leur pistage de nos données, sic. Dans ces deux cas, il vous suffit de cliquer sur l'icône de l'extension (sur Firefox) ou le bouclier (dans la barre d'url de Vivaldi) et de désactiver le bloqueur sur ce site en particulier.
Notez également que vous pouvez réaliser les mêmes configurations que ce soit sur votre PC ou sur smartphone. Sur Android, Firefox permet d'installer des extensions, dont Ublock Origins. Et le bloqueur intégré à Vivaldi pourra être configuré exactement comment sur PC. Sur iOS, j'aurai tendance à vous conseiller Vivaldi et son bloqueur intégré, puisque vous ne pourrez pas installer l'extension Ublock Origins sur Firefox (à cause des blocages nombreux d'Apple, re-sic).
13.08.2025 à 15:29
Louis Derrac

Depuis trois ans maintenant que je travaille exclusivement sous Linux (plus précisément sous Fedora et l'environnement de bureau Gnome), j'ai découvert, testé et approuvé des dizaines de logiciels que j'utilise désormais quasi quotidiennement. Parfois dans un cadre personnel, parfois professionnel, souvent les deux.
Et globalement, qu'on se le dise, le niveau d'ergonomie des applications Linux a fait un vrai bond ces dernières années. Voici une sélection de 10 applications Linux qui n'ont plus rien à envier à celles d'Apple en terme d’ergonomie.

Newsflash est un agrégateur de flux RSS. Il se distingue par son interface épurée et ses fonctionnalités avancées, telles que la gestion des abonnements, la lecture hors ligne et de l'« article complet », des options de partage (par mail, sur les réseaux sociaux, mais aussi sur des outils plus poussés, par exemple je peux partager directement sur mon outil de veille). Il peut fonctionner en local, ou avec les agrégateurs de flux suivant : Miniflux, FreshRSS, NewsBlur.
Newsflash est idéal pour ceux qui souhaitent rester informés sans être submergés par les informations. Il est activement maintenu et mis à jour.

Eloquent est un logiciel de correction ultra-basique et minimaliste, mais puissant car basé sur LanguageTool. Il corrige plus de 20 langues dont le français, l'anglais et l'espagnol. Ultra pratique d'autant qu'il fonctionne hors ligne.

Gradia est une application qui permet de réaliser des captures d'écran, de les annoter, et de les partager simplement avec vos amis, collègues, communautés. L'interface est très léchée, le rythme de mise à jour impressionnant, et les nouvelles fonctionnalités, régulières.

Apostrophe est un éditeur de texte markdown minimaliste. Il se concentre sur la simplicité et l'efficacité, offrant une expérience de rédaction fluide et sans distractions. Apostrophe est idéal pour les écrivains, les blogueurs et tous ceux qui ont besoin d'un outil de rédaction rapide et efficace. Personnellement, j'adore, et mention spéciale pour les modes hemingway et concentration.

Foliate est un lecteur de livres électroniques pour Linux qui se distingue par son design épuré et ses fonctionnalités riches. Il prend en charge une large gamme de formats de fichiers, offre des options de personnalisation avancées et permet une lecture confortable grâce à son mode nuit et ses polices ajustables. Une appli d'excellente facture, très régulièrement mise à jour.

Geary est un client de messagerie électronique pour Linux qui mise sur la simplicité et l'efficacité. Il offre une interface conviviale, une gestion intuitive des courriels et des fonctionnalités de recherche performantes. Geary est parfait pour ceux qui cherchent un client de messagerie léger et facile à utiliser. Une alternative très séduisante à l'usine à gaz que peut parfois représenter Thunderbird.

Un éditeur d'images tout ce qu'il y a de plus basique. Il permet de redimensionner, recadrer ou faire pivoter une image, d'appliquer des filtres simples, d'insérer ou de censurer du texte, et de manipuler une partie sélectionnée de l'image (couper/copier/coller/glisser/…). Bref, c'est Gimp, l'alternative libre bien connue de Photoshop, mais en beaucoup beaucoup plus simple !

Gapless est un lecteur de musique pour Linux. Il offre une interface épurée, une gestion facile de votre bibliothèque musicale et des fonctionnalités de lecture avancées. Encore un must, très régulièrement mis à jour. Mentionnons également son « concurrent » Amberol.

Podcast est comme son nom l'indique une application de gestion de podcasts pour Linux qui permet de découvrir, de télécharger et d'écouter vos émissions préférées. Là encore, une interface très conviviale et les fonctionnalités qu'il faut pour rechercher (via les moteurs de recherche de Fyyd ou Itunes), s'abonner et écouter ses podcasts préférés (il faut que j'actualise les miens d'ailleurs).

Impossible pour moi de survivre sans outil de gestion des tâches. Errands est donc venu remplacer l'application de tâches d'Apple, sans friction. Je synchronise avec mon smartphone Android grâce au protocole (ouvert) Caldav auquel j'ai accès avec ma kSuite (lien sponsorisé).
J'espère que cet article vous aura montré qu'il existe déjà de très nombreuses applications sur Linux dont l'ergonomie, le niveau apporté au détail, la fiabilité égalent, voire surpassent leurs alternatives sur Apple (sans parler de Windows, toujours deux niveaux en dessous). J'aurais pu ajouter Tuba (parcourir le fédivers), Kooha (réaliser des captures d'écran vidéo), Cozy (écouter des livres audio), Shortwave (écouter la radio), Pitivi (éditer des vidéos), Déjà Dup (automatiser ses sauvegardes), Pipeline (regarder des vidéos Youtube sans fioriture) et plein d'autres !
Les plus connaisseur·ses de Linux noteront que beaucoup de ces applications proviennent de l'écosystème Gnome, et il y a deux explications à cela. D'abord un biais assumé de ma part, puisque j'évolue sous cet environnement de bureau. Ensuite le fait, à mon sens, que l'environnement Gnome est celui qui travaille le plus, et depuis le plus longtemps, sur la cohérence des applications de son écosystème (avec ce que ça peut comporter comme limites, mais ce n'est pas du tout le sujet de l'article). Toutes ces applications fonctionnent bien entendu sur toutes les distributions Linux, et peuvent être téléchargées sur Flathub.
Si vous voulez installer Linux sur votre PC, c'est très certainement à votre portée ! Essayez Linux Mint, Fedora ou Ubuntu. Au besoin, faites-vous aider par un groupe local d'utilisateurices de Linux. Et si vous ou votre proche prévoyez un achat de PC, épargnez-vous du temps (et de l'argent), et achetez le directement avec Linux préinstallé !
19.11.2024 à 21:42
Louis Derrac

Quand j'ai écrit que Le web progressiste aurait intérêt à migrer sur Mastodon, pas sur Bluesky, j'ai tout de suite senti qu'il y avait un problème. Ou une limite à mon raisonnement. En réalité, il y en a plein, et je voudrais vous en partager une.
Pour faire simple, je suis en train de me demander si le problème, c'est TwitterX (dans le cas présent, je suis certain que demain ou après-demain, ce sera Bluesky), ou si ce n'est pas plutôt un certain type de réseaux sociaux numériques.
Dominique Cardon, dans l'illustration ci-dessous, issue de son incontournable Culture numérique, typologise quatre familles de relations en ligne. Parmi elles, il y a la famille des réseaux « phares ». Ce sont eux qui m'empêchent de dormir en ce moment.

Les caractéristiques d'un réseau phare sont les suivantes : des réseaux affinitaires, où l'on suit potentiellement de très nombreuses personnes, sans que ce ne soient des ami⋅e⋅s ou même des connaissances. Ce type de réseau favorise donc structurellement l'émergence d'influenceur⋅se⋅s, qui capitalisent (car il s'agit bien d'un capital social) plusieurs milliers (millions) de followers. C'est également un réseau qui encourage la valorisation de soi, puisque chaque publication a pour objectif (conscient ou inconscient) de générer de l'engagement (de nouveaux abonnés, un like, une republication, etc.). C'est enfin un réseau qui peut devenir une incroyable (et déformée) chambre d'écho, quand elle attire à elle deux profils particuliers d'influenceur⋅se⋅s : les journalistes et les politiques. Notons que ce sont ces derniers qui ont le plus d'intérêt à rester sur ces réseaux sociaux, y compris quand ceux-ci sont toxiques.
Mon interrogation est simple : ce type de réseau social est-il encore utile, désirable, acceptable ? Est-il émancipateur, quand on voit les logiques algorithmiques qui viralisent le buzz au détriment de la qualité, ou quand on liste les fonctionnalités qui génèrent de l'égo (y compris sur Mastodon) ? Est-il soutenable, quand on voit ce qu'il génère comme fatigue mentale (l'infobésité en partie), ou encore quand on se pose sur la question, insoluble en réalité, de la modération d'un très gros réseau ? Et que penser de cette logique d'influenceur⋅se⋅s (les « phares » du réseau) : est-ce désirable, soutenable ? Est-ce pérenne, pour les influenceur⋅se⋅s et les influencé⋅e⋅s ? On voit bien que ce sont les gros comptes de X qui n'arrivent pas à quitter le réseau, même si quelques exceptions sont notables.
Cette interrogation m'a ensuite fait réaliser que nous n'avons en réalité pas été très « radicaux », ou audacieux en matière de design de réseaux sociaux alternatifs. C'est peut-être le plus gros reproche que je ferais au Fédivers : celui de répliquer (en moins bien, puisqu'on préfère toujours l'original à la copie) des réseaux sociaux dominants comme TwitterX, Instagram, Reddit, etc.
Quand on lit des articles sur la fin des réseaux sociaux tels qu'on les a connus. Que des études montrent que deux tiers des influenceurs américains sont des hommes, très majoritairement conservateurs (et on voit difficilement pourquoi ce serait différent chez nous). Que nos vies sociales sont limitées biologiquement à 150 interactions en moyenne. On peut se poser la question : et si le problème des réseaux sociaux, c'étaient les phares ?
Et si on essayait de construire des bistrots à la place ? De plus petits réseaux, où l'on retrouverait quelques amis après le boulot, mais aussi des inconnus, favorisant les rencontres imprévues. Des petits réseaux dont on changerait régulièrement, parce que chacun nous réserve une ambiance particulière. Des petits réseaux où on se ficherait bien du nombre de followers qu'on a, du nombre de republications que notre dernier post a reçu. Des petits réseaux où les influenceur⋅se⋅s retrouveraient un périmètre plus raisonnable, et préserveraient ainsi leur égo. Est-ce que ce ne serait pas plus sain pour tout le monde ?
Soyons créatifs. Arrêtons d'essayer de construire des phares. (Re)construisons et (ré)investissons plutôt des bistrots. Ou des cafés. Ou des salons de thé. Ou des marchés couverts.
21.10.2024 à 12:32
Louis Derrac

Pour partager des fichiers (images, sons, pdf, etc.) dans l'écosystème Apple, il y a Airdrop qui fonctionne (très) bien. Mais évidemment, si on a le malheur d'avoir un PC sous Linux ou Microsoft... rien ne va plus. Idem si notre ami⋅e n'est pas équipée d'un appareil de la pomme. Bref, comme toujours chez Apple, c'est bien fait, mais c'est aussi terriblement fermé. Même problème chez Google, où il existe un service, « Quick Share », cantonné cette fois à l'univers Google et Windows. Rien de très interopérable donc, rien de très libre, rien de très... acceptable.
Vous serez donc ravi⋅e⋅s d'apprendre qu'il existe une excellente alternative, multiplateforme sur smartphone ET sur PC, open-source, et ultra-efficace. J'ai nommé LocalSend. Chez moi, entre smartphones d'OS différents, entre mon smartphone et mon PC sous Linux, c'est testé et approuvé !
