26.05.2026 à 10:52
Viciss Hackso
Vaste question ! Et pourtant la réponse pourrait être très simple : en étant suffisamment sympathique à autrui – au point qu’il trouverait sympa de partager un repas avec nous – et en formulant le message d’une façon qui le transporte, comme on peut être pris dans un roman, une histoire, et qu’on oublie tout autour.
C’est ce qu’on voit dans l’étude de Nisbett, G. S., & Schartel Dunn, S. (2021), notamment dans un de leurs résultats :

Le parasocial, c’est à dire la sympathie envers la figure médiatique (ici c’était Taylor Swift qui était étudiée) prédit davantage de transport – c’est à dire être immergé dans le récit (ici c’était un de ces post instagram où elle appelait à voter) qui prédit à son tour moins de réactance, c’est-à-dire un rejet du message voir l’envie de faire le contraire.
On a parlé ici de la réactance :
Le parasocial seul ne produit pas cet effet, ainsi, la priorité si on souhaite convaincre ou moins ne pas générer de réactance, c’est de travailler son texte et son message ; un bon texte qui transporte, avec auteur inconnu, peut avoir une forte puissance sur le changement des croyances (Green et Brook 2013)
Ce ne sont pas les seuls résultats, et je suis actuellement en finalisation d’un dossier de plus 100 pages sur la question parasociale tant il y a dire sur ses puissances cachées. Mais je trouvais utile de vous partager d’ors et déjà ce petit résultat, puisque cela peut être utile en tant que militant, engagé, enseignant, voire parent : comment rendre ce qu’on veut transmettre aussi passionnant qu’un roman, une histoire ? Comment se rendre sympathique à l’autre pour accroître cet effet ? Qu’est-ce qui s’oppose à cela, et comment le surmonter ? Est-ce que ce qui nous rebute dans le fait de formuler sous forme d’histoire est justifié ? Est-ce que ce qui nous fait préférer prendre des comportements antipathiques sert réellement nos buts ? Où sont les éléments les plus transportants à mettre en valeur dans notre communication ?
25.04.2026 à 13:54
Viciss Hackso
Je vous avais déjà rapidement évoqué le besoin de démystifier les mythes au sujet de la dopamine dans le dossier sur l’addiction aux jeux vidéo (si vous l’avez loupé, il est ici :
Comment ne plus être « accro » aux jeux-vidéo… [AJV1] – Hacking social ). Or ces mythes ont une emprise que je n’imaginais pas à ce point délétère !
Et pour comprendre le phénomène médiatique autour de la dopamine, il y a d’abord l’excellente vidéo de Sabine :
Je vous invite à la voir, mais si vous voulez un résumé, ici Sabine enquête ici sur la dopamine détox, une méthode de développement personnel visant à restreindre les plaisirs immédiats pour accroître la productivité. Elle explique que ce concept repose sur une interprétation simpliste des neurosciences, transformant un neurotransmetteur complexe en un simple levier de motivation. Derrière tout cela se cache souvent une morale puritaine héritée de valeurs religieuses, valorisant l’effort constant au détriment du repos. Bien que s’éloigner des écrans puisse être bénéfique, Sabine souligne l’absence de preuves scientifiques quant à une réelle réinitialisation du cerveau et que cela risque de générer une culpabilité inutile face aux loisirs non productifs.
Et si vous voulez pousser un peu plus loin pour comprendre facilement au niveau neuro ce qu’est la dopamine, pourquoi les compléments vendus sont carrément dangereux et à quel point on devrait penser plutôt à la noradrénaline pour nos problèmes d’attention, pourquoi le développement personnel n’en parle pas, je vous conseille cette excellente vulgarisation de Za :
En résumé, Za nous explique comment des compléments alimentaires sont vendus sans régulation malgré des risques psychiatriques graves, cerné par des mythes faux autour de la dopamine. La Dopamine n’est pas « molécule du plaisir » que ces mythes laissent entendre et en réalité orchestre le désir et l’action, tandis que la noradrénaline gère la concentration et la vigilance. Cette confusion est entretenue par un discours néolibéral du développement personnel, qui transforme des enjeux sociaux et environnementaux en problèmes de gestion individuelle, occultant les causes structurelles de notre épuisement. Et c’est pour ça, que malgré beaucoup de discussions sur l’attention, le champ du développement personnel ne parle jamais de la noradrénaline qui elle, pointe du doigt les problèmes structurels, les conditions de vie surmenantes qu’on subit.
Et voilà ! J’espère que ça permettra de déconstruire ces idées fausses autour de la dopamine et chercher davantage dans l’environnement ce qui nous plombe ou nous envahit de trop de noradrénaline 
Bon week-end à tous !
23.04.2026 à 15:14
Chayka Hackso
Hier, on a fait un live pour vous révéler nos projets cachés… mais finalement refusés.
On résume rapidement ce qui a été dit et montré.
Vous pouvez découvrir directement les pitchs des projets ici :
Début 2025, on rencontre Marie Camier, qui a accepté de nous aider à faire financer la suite des autoritaires et d’autres vidéos complémentaires sur la psycho politique : le projet est extrêmement ambitieux et demande des moyens que nous ne pouvions pas engager, il y a besoin de pouvoir embaucher d’autres personnes. Nous avons la chance considérable de pouvoir continuer notre activité habituelle grâce à vos tips, mais l’embauche est impossible. De plus, nous nous refusons, comme vous le savez peut-être déjà, à nous faire monétiser par la publicité ou par sponso. Ainsi l’aide du CNC nous est apparue pertinente.
Marie nous a accompagné pour préparer le dossier, et nous l’avons déposé avec nos scripts et un pitch vidéo :
Le CNC refuse : ils n’ont pas apprécié qu’on fournisse trop d’éléments (les scripts), n’ont pas compris notre univers, ni le lien entre les deux vidéos.
En conséquence il n’a pas été possible de relancer de suite des Autoritaires, sa production est condamnée à être lente en raison de l’absence de moyens matériels et du fait que Chayka y travaille seule. Ceci étant dit, le projet n’est pas abandonné, c’est juste plus lent.
Avec Marie, on décide donc de faire une nouvelle tentative au CNC, en préparant l’après Autoritaires avec une série qui serait une réponse à la première : Les autodéter’
Les remarques du CNC nous ont poussé à peaufiner notre concept, et vu qu’ils n’avaient pas compris notre univers, on a misé sur une esthétique assumée, claire, et sur un pitch dynamique montrant notre direction artistique.
Depuis plusieurs années, Chayka souhaite explorer les univers cyber, c’est à la fois conforme à la philosophie du Hacking Social, mais c’est aussi une excellente esthétique pour vulgariser les sciences humaines et sociales en utilisant le monde informatique comme analogie des interactions humaines.
Désireuses de travailler avec des artistes, de mélanger les genres, nous avons voulu travailler avec des musiciens de la scène électro, tel que Scorch qui nous a fait l’honneur de nous autoriser à utiliser ses compositions et à travailler avec nous.
Prenant en compte le fait que le CNC ne voulait pas trop d’éléments, nous avons fait un dossier synthétique, rapide à lire, pour que d’un coup d’œil on comprenne notre visée.
Ainsi, l’été 2025, nous avons développé ce pitch :
Et déposé ce dossier : Les Autodéter’ – V2
Les relecteurs ont très bien reçu le dossier, et nous ont vraiment porté avec de bonnes évaluations pour maximiser nos chances d’être validé par le jury final. Nous les remercions.
Malheureusement, c’est au niveau du jury que ça a bloqué. Voici les principaux arguments qui font que le dossier a été retoqué :
Suite à ce nouveau refus, nous avons décidé d’abandonner toute tentative d’aide au CNC talent. De toute évidence, notre univers semble incompatible avec les attentes d’une telle commission.
Mais nous n’avons pas abandonné pour autant.
Grâce à Marie, nous avons tenté de nous approcher d’un diffuseur. Nous ne le citerons pas par soucis professionnel, d’autant que nous sommes en bonne entente avec eux et nous nous sentons proches de leurs valeurs.
Nous avons repris des éléments des Autodéter’, en gardant l’aspect cyber mais en plus “doux”, et en développant le concept de simulateur social.
Dossier : Hub 404 – V4
Le diffuseur a été intéressé, mais le projet était trop proche d’un projet interne qu’ils développent de leur côté. Ils n’ont ainsi pas voulu donner suite à l’accompagnement de cette série.
Même si nous avons abandonné l’idée de soutien public ou par diffuseur pour le moment, ce n’est pas pour autant que nous tirons un trait sur ces projets.
HUB 404 est le projet qui cristallise le plus ce que nous avons envie de faire, mais nous allons le fusionner avec celui des Autodéter’, et nous lâcher plus dans l’aspect politique et engagement, y joindre possiblement Gull et technicien (c’est encore en discussion collective ).
La serie s’inscrirait dans le contexte de la montée de l’autoritarisme et des échéances 2027, visant notre empuissantement collectif, notre esprit critique prosocial (debunker pour le bien être et la force des gens et pas les mettre six pied sous terre), plus d’autodétermination et de résistance altruiste.
C’est pour cela que Hub 404 devient notre priorité, et qu’on est prête à prendre des risques matériels pour le concrétiser ( une partie auto financée).
On explore actuellement avec Marie et d’autres personnes des pistes de financements, un calendrier de production, les moyens requis, etc.
L’une de nos pistes, c’est le financement participatif. C’est aussi la raison pour laquelle on vous donne la genèse de ce parcours de plus d’un an, savoir ce que vous en pensez, et si vous seriez motivés à nous aider à porter ce projet ?
Il y a pas mal de mystifications autour du CNC, notamment par l’extrême-droite qui diffuse l’idée fausse que l’argent du CNC proviendrait des impôts sur les gens : c’est faux. Cet argent provient en partie des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, et Microsoft )
On est très clairement à gauche et pourtant cela ne nous a pas aidé, nous avons bien été refusé deux fois.
Il y a un véritable besoin de continuer à soutenir l’autonomie des créations françaises, pour que les createurices ne soient plus à la merci des algorithmes, de sponsors et autres dépendances extérieures. En ces temps d’ingérence, c’est même plus que nécessaire de conserver des moyens autonomisant de création. Nous estimons qu’il y a un besoin de soutenir les createurices par un financement public vertueux.
Harceler des gens n’est pas tolérable.
Pour comprendre mieux la situation nous vous renvoyons à ce qui a été dit par le collectif du 11 avril ici :
À Morlaix, au 2D, le 1er mai, nous aurons la joie de venir à votre rencontre pour échanger autour des autoritaires :

et à Brest, le 24 mai après-midi, au Patronage laïque de Guérin. Nous proposerons un atelier pour décortiquer les problèmes dans les mouvements militants et chercher, ensemble, des pistes de solutions :

En raison des tensions qu’il peut y avoir sur les réseaux sociaux, on a été de plus en plus frileuses à y partager des découvertes ou discuter ; on imagine aussi que c’est plus difficile pour vous de vous exprimer. Ainsi, on va maintenant communiquer davantage via la page Tipeee et Patreon, ici :
L’énorme avantage c’est qu’ici, des trolls et autres haters ne devraient pas vous tomber dessus si vous vous exprimez, il sera donc beaucoup plus facile de communiquer entre nous et d’échanger peut-être même plus. De notre côté, on s’est beaucoup autocensuré et cela va peut-être permettre de progressivement effacer cette autocensure qui ne relève parfois même pas de sujets à polémique, mais simplement positif (par exemple “cacher” des enthousiasmes pour des œuvres qu’on aurait voulu vous partager).
On va y aller progressivement le temps de prendre nos marques, mais l’idée serait même d’y partager plus ou différemment.
Un immense merci à vous, pouvoir partager en live ces refus dont on ne pouvait pas parler jusqu’à présent a été en soi un grand soulagement, et votre soutien formidable. Merci encore !
05.03.2026 à 13:37
Viciss Hackso
Suite à nos lives sur les comportements toxiques dans les mouvements politiques (et notre quête pour découvrir s’il existe une conception solide de l’autoritarisme à gauche), nous vous partageons comme promis le schéma temporaire qui a été construit avec vous :
[vous pouvez cliquer sur le schéma pour le voir mieux et zoomer ; flèches en rouge, corrélations négatives ; flèches en vert, corrélations positives ]

On publiera des articles à ce sujet plus tard. En attendant, tous les lives sont disponibles dans cette playlist :
https://www.youtube.com/watch?v=W97h3tLyi24&list=PLTVDuoFsInfL8OR4rpN5UyWHqVitJS2K7
A noter qu’on précise que non, ce ne sont pas que des comportements, dispositions, styles, attitudes, croyances qu’on ne retrouverait qu’à gauche. Des centristes, des gens de droite, d’extrême droite et des apolitiques peuvent les porter.
Dans certains cas, il y a même des éléments de ce schéma qui ont des corrélations très connues avec les caractéristiques autoritaires de l’extrêmes droite. Je vous laisse comparer avec ce résumé en image de ce qu’on sait des autoritaires de droite :

[MQC] Le potentiel fasciste, l’autoritaire et le dominateur. – Hacking socialAttention, comme on l’a dit dans les live, ce n’est pas parce que c’est de la psychologie sociale que cela « psychologiserait », « psychiatriserait », « pathologiserait » les autoritaires : rien dans ce schéma n’est en soi pathologique, ni appelant à mettre sur un divan ou à soigner. Ici si les caractéristiques individuelles sont regardées, c’est pour y voir le reflet de la société et ce qu’elle fait au gens, et en regardant la société on voit aussi ce qu’elle fait aux individus. Autrement dit, si des gens développent ces éléments toxiques, c’est parce que pour diverses raisons, les environnements sociaux de ces personnes, valorisent, encouragent, récompensent ces comportements et attitudes, ils y gagnent quelque chose (psychologiquement, matériellement, socialement, etc ).
Ceux qui diffuserait une psychologie qui exclue la causalité sociale de leur pensée, de leurs explications, de leurs recherches (pour à la place tout rejeter sur la faute de l’individu) le ferait davantage pour des raisons idéologiques, culturelles, par biais d’attribution (internalité allégeante par exemple), ou par méconnaissance de la psychologie actuelle. Ceci ne s’alignerait absolument pas au professionnalisme et sérieux de la discipline et des recherches actuelles. Même en clinique, donc une psychologie qui s’occupe du soin de l’individu, il y a toujours une prise en compte des problèmes sociaux ; on sait depuis des décennies que des pathologies ne sont en fait que le résultats de méfaits causés par des environnements sociaux maltraitants (par exemple la question des TDI ) et pas un manque d’efforts individuel.
A noter que le sujet n’est pas encore terminé, mais nous sommes en pause pour des raisons de santé (pas d’inquiétudes tout va bien !).
Si vous avez loupé un des lives je les remets ici aussi :
09.02.2026 à 10:00
Viciss Hackso
Ceci est la suite (et fin) de cet article qui explique le Darvo : Darvo : une manipulation mentale cauchemardesque
Un témoignage de Chayka concernant un darvo qu’elle a subie : Ce DARVO n’est pas le mien ! 
L’excellente nouvelle apportée par les études est que connaître la méthode du DARVO permet aux spectateurs de ne pas tomber dans le panneau : dans une étude de Harsey et Freyd, on présentait à des personnes des récits d’agression avec ou sans Darvo. Les personnes ont moins cru la cible, l’ont rendue plus responsable de la violence qu’elle avait subie. Puis ils ont renouvelé l’expérience, mais cette fois en informant certains participants de ce qu’était la méthode du DARVO : ceux qui avaient reçu cet enseignement croyaient davantage la cible et l’auteur de violence était perçu comme moins crédible1.
Cependant, vous voyez le coup venir : des agresseurs ou leurs soutiens actifs pourraient informer de la méthode du Darvo pour accuser les cibles de le faire, alors qu’elles essayent juste d’alerter sur la violence qu’elles reçoivent. Et je n’expose pas cette idée saugrenue par hasard : la première fois que j’ai entendu parler du Darvo, c’était parce que je faisais des recherches sur le Gamergate, donc un contexte où des cibles de harcèlement étaient accusées d’être de méchantes manipulatrices utilisant le Darvo, donc « méritant » selon les agresseurs encore plus de harcèlement violent. Le serpent se mord la queue. Cependant, dès lors qu’on cherche des faits sur ces personnes accusées de Darvo, leur narratif manipulatoire ne tient pas : on ne trouve que des mensonges, des inventions totales, des centaines d’étiquetages violents voire indécents et pervers. Par contre pour eux, il y a au contraire des tonnes de faits, de structures élaborées spécifiquement pour harceler et des traces de dizaines de manœuvres perverses menées par les agresseurs, sourcées solidement, que les cibles ont à peine pu canaliser. C’est vraiment prendre les gens pour des idiots, y compris leurs propres « alliés » que d’avoir tenté de faire passer ce harcèlement massif pour une critique des médias légitimes.
Ainsi, c’est à cause de ce genre d’affaires sur Internet que j’ai insisté sur l’importance de distinguer les faits des étiquettes. Les agresseurs ou soutiens de l’agresseur ont des versions des faits peu solides et visant un jugement de la personne comme étant une mauvaise personne. L’idée est de pourrir les réputations, tout simplement, et ils ne voient pas vraiment l’intérêt de travailler les faits puisque — et malheureusement ils ont raison — les gens ne cherchent pas nécessairement à savoir quels faits concrets se cachent derrière la mauvaise réputation, ou se contentent de croire ce que dit leur groupe, sans chercher à comprendre le phénomène.
Ainsi sur Internet, la simple demande de faits permet de révéler les Darvo et autres tentatives de manipulation, puisque l’agresseur n’en a pas et que ces accusations sont totalement gratuites, voire complètement mensongères. Il va tourner autour du pot en changeant de sujet, tenter de faire croire qu’on a mal compris et qu’il parlait d’autre chose, insulter de nouveau avec une virulence renouvelée. On peut le faire en tant que spectateur ou cible, par exemple en demandant qu’est-ce qu’on a fait de mal qui justifie l’étiquette de *insérer ici une insulte ou une accusation* : si la personne n’a rien à donner de concret, c’est qu’elle voulait juste s’en prendre à vous gratuitement. Si au contraire elle peut expliquer des faits concrets qui sont totalement cohérents avec l’accusation (par exemple vous accuser de racisme et vous rapporter vos propos racistes), c’est légitime de sa part au vu des offenses que vous avez commises. Attention quand même à ne pas jouer au juge et à l’enquêteur exigeant un niveau de preuve indécent : si on une personne rapporte un viol de la part de celui qu’elle traite de connard par exemple, le terme « viol » renvoie déjà à une forme de fait contrairement à juste connard qui est une étiquette qui est floue sur les comportements problématiques.
Comprendre qu’un militantisme, un engagement pour une cause n’a pas un besoin viscéral de s’acharner sur une personne sans pouvoir politique important, étant donné que les causes pour lesquelles on s’engage sont généralement des problèmes structurels qui ne seront pas réglés par la punition, la correction, le contrôle sur cette personne.
J’en ai parlé déjà de long en large dans le dossier sur le militantisme déconnant et récemment en live ici :
Par exemple s’acharner sur le carnivore si votre cause est l’antispécisme ne va pas protéger les animaux, vous acharnez sur l’influenceur qui utilise des outils ou consomme des produits peu écologiques ne va pas résoudre la question du réchauffement planétaire, harceler la créatrice ou le créateur que vous ne trouvez pas assez politisé ne va pas augmenter le taux de vote et d’engagement politique. Au contraire, toutes ces façons de faire ça pourrait avoir l’effet inverse à cause de la réactance.
Sur la réactance :
Les nouveaux auront alors peur de s’exprimer mal ou de partager leur engagement, et les motivations à cet engagement ne reposeront que sur des motivations de piètre qualité (peur d’avoir honte par exemple) qui n’aident pas. Attaquer des gens lambdas au nom d’une cause est connu pour être une tactique de sabotage de mouvement, par des infiltrés2. C’est donc à éviter si vous tenez à votre cause et que vous ne cherchez pas à la saboter. Ce n’est pas de la force de faire ça, et une cause honnête et réfléchie n’exige en principe pas de ses membres ce niveau de violence pour qu’elle soit reconnue et acceptée, sauf à être d’extrême droite (donc validant la violence), avoir des mécaniques sectaires ou de gang.
La violence contre un individu est une méthode qui n’a de l’utilité que dans des contextes d’urgence où l’employer pourrait arrêter le problème, comme réussir à maîtriser un terroriste qui s’apprête à tuer des centaines de personnes, stopper des plans de meurtres, empêcher des violences. Par exemple la potentielle violence que pourrait déployer les blacks panthers pourrait être tout à fait légitime, car ils ne vont pas l’initier, mais l’employer en légitime défense pour protéger les gens des milices violentes que sont ICE :
Ainsi il n’est pas inutile de se rappeller ce qu’est une légitime défense :
Pour éviter de se faire instrumentaliser par le Darvo, se rappeler qu’on est toujours responsable de nos actes n’est pas inutile. Les agresseurs menant du Darvo tente d’avoir des alliés-pions qu’ils vont convertir à la violence contre une cible, ce qui est pratique pour eux, car ils ont la violence, mais sans se salir les mains et être inquiétés. Vous pouvez être utilisé comme un pion et cela ne peut que vous desservir parce que, quelles que soient les configurations, participer à des comportements préjudiciables sera jugé de votre responsabilité devant un tribunal, qu’importe les raisons qui vous ont influencé à le faire, la liste des violences reste une violence dans tous les cas.
Et même si nous avions des structures de justice différentes, telles que la justice réparatrice ou transformatrice, cela ne change pas la nature de ce qui est considéré comme une violence : par exemple, dans l’article x on voyait des personnes accusées d’inceste qui ont été prises en charge par leur communauté à toutes les étapes en justice transformatrice. Et la première étape était de les sortir du déni pour qu’elles puissent mesurer en pleine conscience la violence injustifiable, intolérable de leurs actes. Ce processus de responsabilisation, d’endosser ses actes comme de sa responsabilité et endosser le devoir de réparation vise à éviter toute récidive. Ces justices alternatives n’excusent pas les violences, bien au contraire, et le travail qu’il y a de compréhension des éléments sociologiques, psychologiques, politiques et culturels alimentant la violence est fait en plus de cette responsabilisation, justement pour tenter d’apprendre à dépasser des conditionnements et des déterminations qui mèneraient à la violence. Par exemple, les offenseurs dans l’article x apprenaient comment la colonisation avait participé à détruire des structures culturelles dont il aurait eu besoin pour développer des interactions pacifiques et hors de la violence, et ils se sont attelés à dépasser tous ensemble ce problème pour que la violence ne se reproduise plus, travaillant individuellement comme socialement. Bref tout ça pour dire que non, les éléments explicatifs sociologiques, psychologiques, politiques, culturels relevés ne sont pas là pour tracer une destinée sordide, mais pour relever tous les problèmes à surmonter en même temps, ou travailler individuellement et collectivement à la fois pour résoudre les problèmes. Un agresseur qui se cache derrière les déterminations sociales, psychopathologiques, politiques pour se déresponsabiliser a un chemin de prise de conscience à faire pour endosser ces actes en même temps qu’une transformation collective de la société, qu’on soit en faveur d’une justice classique, réparatrice ou transformatrice, de droite ou de gauche. Par exemple dans l’ouvrage « L’Homme qui voulait cuire sa mère », Magali Bodon-Bruzel, une psychiatre s’occupant de personnes ayant commis des crimes sous l’impulsion de délires travaillent en premier lieu à faire émerger de façon sécurisante la prise de conscience de l’acte de crime, afin que la personne puisse s’engager dans tous le travail qu’il y a à faire pour ne plus recommencer. Il est particulièrement validiste et psychophobe d’associer les troubles à d’implacables et inévitables comportements antisociaux, parce que de nombreuses personnes à fort troubles n’emploieront jamais la violence, même dans des conditions de vie délétères. Ainsi les agresseurs qui mettent sur la responsabilité de leur comportement antisocial sur leur trouble révèlent en fait un manque de prise de conscience pour les effets de leurs actes, et opèrent par là même une association trouble-antisocialité très injuste pour les autres personnes pacifiques ayant les mêmes troubles.
Cette vidéo de spécialiste de la justice transformatrice est assez parlante : la plupart des agresseurs n’avaient pas d’idée de comment se connecter aux autres d’une façon qui n’employait pas différentes violences, et iels travaillaient à leur apprendre différentes possibilités. Ainsi, si vous agressez et que vous vous sentez fort de l’avoir fait, factuellement c’est juste vos croyances qui vous fournissent ce sentiment de force illusoire. Extérieurement et quand on regarde les faits, ce qui est visible ce sont vos limitations, votre manque de contrôle, car pour les personnes qui n’ont pas besoin de la violence pour résoudre des problèmes ou être en relation, cette violence est l’échec manifeste d’avoir perçu les dizaines voire les centaines d’autres possibilités non violentes qui n’ont pas été prises en compte. Ainsi, tout le monde gagnerait à se demander s’il n’y a pas d’autres possibilités à tester pour atteindre un but avant d’aller piocher dans la liste des violences, ne serait-ce que pour sa propre dignité et son propre honneur, si vous avez du mal à vous mettre à la place d’autrui. Si la violence vous motive intrinsèquement, elle peut être pratiquée dans des conditions qui vont davantage vous honorer et vous développer, par exemple dans les sports de combat, ou pour l’aspect relationnel dans le BDSM. Ainsi, il y a à se rappeler qu’en être réduit au Darvo en permanence a un aspect pathétique à dépasser, parce que c’est se priver de tester d’autres possibilités.
En tant que cible cette fois, il s’agit d’éviter ou réparer les conséquences du Darvo (se sentir complètement coupable de notre agression, être honteuse, déprimé, en PTSD), voire réussir à fuir les terrains du Darvo quand on sent qu’il peut advenir. Les milieux militants disent souvent que la honte doit changer de camp, mais c’est un « devoir » qui ne devrait pas être une responsabilité de plus sur le dos des cibles qui ont déjà trop à faire, d’autant plus dans le cas des Darvo où elles sont rendues coupables en permanence. Faire changer la honte de camp est un devoir qui appartient aux structures ayant les pouvoirs suffisants pour enquêter, encadrer les agresseurs, les éduquer, prévenir ces phénomènes dans la société.
Ainsi, il n’est clairement pas facile d’arrêter la honte de soi quand le Darvo a été sans cesse pratiqué sur nous : avoir eu honte, ou être à terre parce que traumatisé, déprimé, permettrait potentiellement de diminuer voire faire s’arrêter les agressions, puisque l’agresseur y voyait une victoire. Il estimait alors que la victime et sa vérité n’est plus un problème le menaçant vu que ces tentatives de faire éclater la vérité sont alors étouffées avec succès avec ce gaslight et ces nouvelles attaques. On en vient à force à avoir le réflexe des hontes en amont des attaques préventives pour se protéger, même dans des situations de non-agression, mais dont on sent qu’il pourrait y avoir un risque d’attaque et de jugement (par exemple le fait très commun et classique de s’excuser auprès des invités de l’état de la maison même si on vient de ranger, ce n’est pas de l’hypocrisie, c’est de la crainte et une tentative d’éviter son jugement négatif). La honte est un sentiment complexe et il faudrait tout un dossier pour en parler donc je ne peux pas vous fournir de solutions miracles dissolvant les hontes dont on vous a chargé sur les épaules, mais quelque petits trucs provenant de la justice transformative peuvent aider à réparer tout ça.
Tous les moyens sont bons du moment que vous vous assurez de les sécuriser surtout si vous vivez avec l’agresseur ou qu’il a accès à vos affaires. Tout ce qui est collecté pourrait être déposé dans un lieu sécurisant (par exemple un syndicat, chez un ami/voisin de confiance qui ne connaît pas l’agresseur, un cloud qu’il ne connaît pas, sécurisé au maximum avec des mots de passe qu’il ne peut pas deviner). Durant l’agression, je pense par exemple à un harcèlement, effectivement cela peut être une torture que de prendre les captures d’écran violentes à votre encontre (parce que c’est revoir les horreurs), et si vous pouvez trouver une personne de confiance qui peut le faire à votre place c’est encore mieux ». Cette collecte de preuves peut d’une part bloquer la phase de déni du Darvo, ou les techniques de gaslight parce que vous avez un dossier plein de faits qui démontrent les différentes violences que vous pouvez observer. Par exemple, sur Reddit des enfants de parents narcissiques très agressants racontent parfois que même s’ils ont réussi à couper les ponts, ils ont des sentiments de culpabilité qui peuvent revenir à cause des normes sociales de devoir s’occuper de ses parents. C’est à ce moment-là que le dossier de preuves des agressions a toute son utilité, ils le reconsultent et voient que non, leur décision était plus que justifiée. Je pense qu’on peut s’aider de la même manière pour des histoires de couple, de travail, d’environnement sociaux qu’on a décidé de ne plus fréquenter. Se garder des preuves à consulter permet d’éviter des gaslights. Le faire matériellement a un effet encore plus fort, puisque ça prend de la place. Par exemple, si une institution affirme à quel point elle a tout fait pour vous et est si vertueuse, qu’à côté vous voyez un classeur plein à craquer de rapports de toutes les fois où ces actions étaient catastrophiques, sa propagande mensongère est annulée. Cela peut être un travail tant individuel que collectif, aidé par des groupes syndicaux ou militants.
Cela peut aider à contrer l’envahissement des ruminations et le mal être injecté par l’offenseur : voir la situation posée sur papier ou dans un fichier permet de pouvoir dire que ça, au moins c’est en quelque sorte archivé. Ce n’est pas magique, mais parfois ça aide d’écrire et de poser les fardeaux dans un autre lieu que dans notre tête. Parfois même en anticipation, activer des enregistrements rassure vraiment, car quoi qu’il se passe en termes de Gaslight et même si on n’arrive pas à tenir, les faits sont enregistrés et peuvent être observés par des témoins capables de vous humaniser, ce qui leur permet de voir potentiellement à quel point c’est un cauchemar injustifiable qu’on vous fait subir, puisque les Darvo répétés vous ont peut-être habitués à ne plus voir comme des violences à votre encontre des tas d’éléments.
Si le problème est d’ordre institutionnel, quand vous le pouvez, préférez les communications écrites et demandez à ce que les demandes soient écrites et pas juste orales.
Évidemment, au niveau judiciaire c’est potentiellement très précieux.
Dans la mesure du possible, ne restez pas seul ou ne cédez pas à l’isolement installé sciemment par l’agresseur qui va vous séparer de ceux qui peuvent savoir et croire les faits ou veulent vous aider. Il est possible qu’ils détruisent la réputation de ceux qui ont le pouvoir de révéler ces manigances ou tout simplement d’offrir un environnement social sûr, puisqu’il peut chercher à contrôler votre vie parce que la vérité que vous portez sur lui peut le mettre en défaut. Il y a donc à vraiment évaluer par vous-même les relations avant de croire à sa propagande. Le contact ou tout simplement l’information entre personnes ciblées par le même agresseur peuvent aussi faire fondre les méthodes du Darvo parce que vous vous rendez compte que ce n’est pas vous le problème, car c’est la même dynamique à l’œuvre. Là encore, il peut empêcher ça en pourrissant les réputations des personnes impliquées, voire même en attaquant comme étant une faute grave toute connexion : sur Internet, ça va être le simple follow ou like, irl ça pourrait être d’avoir un numéro de téléphone, d’avoir été à tel endroit, de connaître untel qui connaît telle autre personne, etc. Méfiez-vous des placardisations injustifiées par des faits, qui empêchent aussi des échanges aidants.
Rien ne justifie la violence dans une relation, couple ou famille, qu’on vous force à la subir ou à l’employer. Vous avez le droit de prendre vos distances, d’arrêter d’être agressé et de vivre en paix. Si vous avez des doutes, des remords et de la culpabilité à avoir coupé les ponts, rouvrez le dossier de preuves qui vous montrera que l’enfer devait être fui. Ce qui peut aider à fuir c’est d’avoir déjà un pied dans des environnements sociaux qui ne fonctionnent pas de la même manière : par exemple dans ETP on voyait l’exemple d’une personne en restauration rapide qui a arrêté de marcher dans les combines et la propagande de son entreprise à mesure qu’elle était en université. Dans la question du harcèlement scolaire on a vu aussi que les activités extrascolaires pouvaient être un lieu alternatif qui permet à la fois de se ressourcer et de révéler à la personne que ce n’est pas normal ce qu’elle subit ailleurs, puisque les politiques à l’œuvre y sont différentes. Le défi quand on est la cible est de croire à l’existence d’alternatives où il pourrait y avoir une meilleure vie, parce que les agresseurs à force de contrôle, de propagande ont réussi à se rendre exclusif. Il en résulte une peur d’être totalement isolé, seul, privé de relation sociale satisfaisante (ou potentiellement « pire ») ou une peur de perdre des accès au travail militant, professionnel dont on aurait besoin car il nous offre des ressources pour vivre, pour donner du sens à nos vies, etc. C’est faux. On peut toujours retrouver des environnements sociaux avec lesquels se connecter et retrouver du sens, et parfois on a du mal à se rendre compte d’à quel point cela pourrait même être mieux et plus sensé. On peut aussi créer cette alternative, mais ça, j’en ai déjà beaucoup parlé dans ETP.
Tout le processus est décrit là, et je trouve cela utile même sans avoir une association de justice transformative à dispo, car c’est déjà combattre le sentiment d’infériorité que nous a refilé l’agresseur et faire naître des possibilités qu’on pourra peut-être mettre en œuvre. Ça peut valoir pour les tiers assistant à des affaires : on aperçoit une injustice, un darvo et la tentation est grande de « punir » l’agresseur en retour pour restaurer la justice. Seulement ce n’est peut-être pas ce que souhaite la cible, ni ce dont elle a besoin, à cause des risques de faire escalader la violence. À la place on peut proposer son aide à la cible (par exemple l’aider à collecter les preuves), affirmer notre soutien, restaurer son image. Une attaque a toujours détruit quelque chose, alors il y a besoin de reconstruire : par exemple dans le livre « Tiny habit » de BJ Foggs, il rapporte l’histoire d’une femme qui était en instance de divorce et devait encore subir des attaques de son ex. Pour s’aider à tenir, à chaque insulte ou maltraitance, elle s’offrait un bon moment, une sortie dans un bon café, une bonne balade. L’idée n’est pas que de s’acheter des choses, il s’agit surtout de s’offrir de bons moments pour soi pour contrer les mauvais. On peut faire ça à d’autres échelles, par exemple si vous vous énervez de voir des discours racistes sur les réseaux sociaux, partager encore plus de contenus de personnes racisées ou antiracistes avec enthousiasme pour restaurer l’équilibre général. Attention, je ne dis pas de les partager aux racistes, ce serait la pire idée. L’idée est de restaurer un équilibre de justesse et de justice : ainsi on peut aussi viser directement le fait de construire le monde juste dont tout le monde a besoin, et pas seulement réagir aux injustices.
D’autres idées peuvent aider, issues de la justice restauratrice :
Toujours sur la justice transfo, un énorme guide récemment traduit en français pour aider à mettre fin aux violences interpersonnel (qu’on soit cible, allié, agresseur, facilitateur, etc) : https://www.creative-interventions.org/wp-content/uploads/2025/04/CI-Toolkit-French-CI-Boite-a-Outils-Francaise-May-2024.pdf
On peut aller encore plus loin pour reconstruire des environnements sociaux où les Darvo ne sont pas acceptés ni acceptables :
Pour s’aider à reconnaître les situations inacceptables de violence :
Les roues de Duluth (http://www.duluth-model.org) qui font le point sur ce que sont les violences :
— La violence dans le couple :

La violence envers l’enfant :

La violence durant le divorce/séparation :

Et aussi ce qu’est une relation qui n’est pas fondée sur la violence, mais l’égalité ; ici c’est davantage écrit à destination des couples, mais clairement c’est assez applicable entre collègues, que ce soit dans un groupe militant, professionnel, associatif, etc. :

Dans le même ordre d’idée, le livre de psykocouak donne aussi beaucoup d’astuces : https://nouveautes-editeurs.bnf.fr/accueil?id_declaration=10000001235473&titre_livre=Ce_ne_sera_plus_toi_la_victime_ !
Concernant la légitime défense et le fait de se solidifier face aux attaques notamment sexistes, ce livre est très empuissantant et donne des conseils très pertinent : https://www.editions-zones.fr/livres/non-cest-non/
Comme on l’a vu des étapes du Darvo ressemble au gaslight et le fait de ré-attaquer peut aussi s’apparenter à ce qu’on appelle une seconde victimisation, donc connaître ces notions n’est pas inutile : Gaslighting — Wikipédia
Chayka parle de la seconde victimisation ici aussi :
La notion de victimisation compétitive ressemble elle aussi à un Darvo, c’est lorsqu’un groupe dominant a un sentiment de menace, se victimise et apporte du soutien à des politiques de violence envers un groupe qu’il domine. C’est par exemple Israël s’attaquant violemment à la Palestine. Une recherche très intéressante à ce sujet : Threatened, hence justified: Jewish Israelis’ use of competitive victimhood to justify violence against Palestinians.
Le site de Freyd, la chercheuse qui a initié cette notion de Darvo, résume la notion et présente différents articles à ce sujet, y compris les mesures du darvo : https://www.jjfreyd.com/darvo

Image d’entête : œuvre de Michalina Janoszanka, Zima (Winter), ca. 1920s https://publicdomainreview.org/collection/michalina-janoszanka/
Adams-Clark, A. A., Harsey, S., & Freyd, J. J. (2024). Factors of Institutional Betrayal Associated with PTSD Symptoms and Barriers to Service Use Among Campus Sexual Assault Survivors.
Bordaberry (2025), Ce ne sera plus toi la victime.
Campbell, R., & Raja, S. (1999). Secondary victimization of rape victims. Violence and Victim
Deny, Attack, Blame : The Prosecution of Women Reporting Rape—Ms. Magazine. (s. d.). Consulté 27 janvier 2026, à l’adresse https://msmagazine.com/2022/11/28/darvo-deny-attack-blame-prosecution-women-report-rape/
Fogg, B. J. (2019). Tiny Habits: The Small Changes That Change Everything.
Freyd, DARVO https://www.jjfreyd.com/darvo
Freyd, J. J. (1997). Betrayal trauma: The logic of forgetting childhood abuse. Harvard University Press
From book bans to affirmative action : DARVO as a political tool against Critical Race Theory https://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1080/10852352.2024.2398898
Gaslighting. (s. d.). Wikipédia. https://fr.wikipedia.org/wiki/Gaslighting
Halabi, Noor, Topaz, Zizov (2020). Threatened, hence justified: Jewish Israelis’ use of competitive victimhood to justify violence against Palestinians.
Harsey, S. J., & Freyd, J. J. (2022). Defamation and DARVO. Journal of Trauma & Dissociation, 23(5), 481–489. https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/15299732.2022.2111510
Harsey, S. J., & Freyd, J. J. (2023). The Influence of Deny, Attack, Reverse Victim and Offender and Insincere Apologies on Perceptions of Sexual Assault.
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Ingram ( 1989), THE IMPACT OF INSTITUTIONAL BETRAYAL AND DARVO ON THE MENTAL HEALTH OF SURVIVORS OF CLERGY-PERPETRATED SEXUAL ABUSE https://openresearch.okstate.edu/entities/publication/67e55b9e-f2a5-4650-bb92-3ba54994aa84
Korben. (s. d.). Techniques secrètes pour contrôler les forums et l’opinion publique. https://korben.info/techniques-secretes-controler-forums-opinion-publique.html
Linguisticae (2025) Vos vidéastes sont-ils trop ou trop peu engagés ? Vos vidéastes préférés sont-ils TROP ou TROP PEU engagés ?
Ministère de la Justice. (s. d.). Fiches pratiques juridiques. https://www.justice.fr
Nations Unies. (1948). Déclaration universelle des droits de l’homme.
Rosenthal, M. N., & Freyd, J. J. (2022). From DARVO to Distress : College Women’s Contact with their Perpetrators after Sexual Assault.
Semelin et Mellon (1994), la non violence.
World Health Organization. (2002). World report on violence and health. WHO.
Zeillinger (2011), Non c’est non.
1https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/10926771.2020.1774695#abstract
2Voir par exemple https://korben.info/techniques-secretes-controler-forums-opinion-publique.html
3https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F1766#:~:text=La%20l%C3%A9gitime%20d%C3%A9fense%20est%20l,interdits%20dans%20une%20autre%20situation.
06.02.2026 à 11:06
Chayka Hackso
A la lecture du dossier de Viciss sur le Darvo, ses mots sont venus faire écho à un vécu personnel récent dont les effets ont profondément chamboulé ma vie, altéré ma santé mentale et même mon travail. Je me suis mise à écrire ce texte en parallèle de ma lecture de son dossier. Si vous lisez ceci, c’est que j’ai finalement décidé de le publier.

Il s’agit là d’un témoignage personnel, aucunement « pour régler des comptes », convaincre, prouver, et encore moins pour susciter du soutien. Du soutien, j’ai le privilège immense d’en avoir ; et à l’heure actuelle, je vais bien.
J’écris ce témoignage pour donner à voir que certaines violences ne se limitent pas à l’acte initial, mais se déploient dans le temps, à travers le déni, le silence, la disqualification et l’ostracisation. Et que ces mécanismes quand ils s’exercent dans un cadre familial sont souvent invisibilisés, normalisés, voire entièrement inversés.
Ce témoignage est un vécu singulier, situé, mais qui s’inscrit dans des dynamiques plus vastes et largement documentées: le rejet de la parole des victimes de violences intrafamiliales, le recours au DARVO (Deny, Attack, Reverse Victim and Offender), la psychiatrisation comme outil de disqualification et, dans mon cas, leur articulation probable à la transmisogynie.
J’écris ce témoignage dans l’espoir de sortir d’une confusion si souvent entretenue qui consiste à réduire de telles situations à de simples conflits entre personnes, à des malentendus, à des fragilités individuelles, alors qu’il s’agit bien de mécanismes de pouvoir, de tentative de maintien du statut quo, d’un rappel à l’ordre social.
En ce sens, le DARVO que je vais décrire ne renvoie pas tant à mon histoire personnelle comme phénomène isolé, singulier, mais bien à des dynamiques récurrentes, structurelles, particulièrement présentes dans les récits de violences sexuelles et sexistes.
C’est en cela que ce DARVO n’est pas le mien.
C’est pour cela que je veux témoigner.
Quand j’étais enfant, autour de mes 8 ans, j’ai été agressée sexuellement par un membre de ma famille, que j’appellerai « X ».
A l’époque, je n’ai pas compris. Le souvenir ne s’est pas effacé en tant que tel, pas d’amnésie traumatique, il s’est plutôt comme encodé d’une étrange manière dans ma mémoire, comme une VHS de piètre qualité, sans couleur, qu’on laisse traîner quelque part mais qu’on ne souhaite pas visionner.
Je n’en ai parlé à personne. Je me revois enfant après cet évènement, me souvenant qu’il ne fallait pas que j’en parle. Était-ce une consigne que X m’avait donnée ? Ou une règle que je m’étais moi-même imposée ? Je n’en sais rien.
Une seule fois, adolescente, j’ai dérogé cette règle. Lors d’un échange en présence de mes parents, X se vantait de sa première « expérience » avec une fille. Sans réfléchir, j’ai pris alors la parole et j’ai dit spontanément : « non, la première fois c’était avec moi ». X est devenu rouge de colère, m’a foudroyé du regard, affirmant que je racontais n’importe quoi.
Je n’ai pas insisté, j’étais moi-même surprise de ce que je venais de dire et de sa réaction. Je me suis dit en mon fort intérieur « s’il réagit ainsi, c’est que ça doit être vrai : je dois dire n’importe quoi ». Mon étrange VHS a dès lors été jetée derrière la bibliothèque de mon histoire personnelle, comme la séquence d’un film qui ne fera pas partie du montage final.
Je n’en ai plus jamais parlé.
Je précise que par la suite, X n’a pas été ouvertement malveillant avec moi, pas plus en tout cas qu’on ne le trouverait dans tout relation familiale classique. J’ai d’ailleurs pu plus ou moins construire un lien avec lui une fois adulte.
Affaire classée donc.
Jusqu’à ma trentaine.
Un soir, en échangeant avec Viciss autour d’anecdotes d’enfance, voilà que je lui partage cette étrange VHS. Je lui en parle sans émotion, comme si j’évoquais un fait banal sans véritable lien avec moi, comme si je parlais de quelqu’un d’autre.
Puis, je croise le regard de Viciss. Choquée. Quelque chose ne va pas.
Elle vient comme me tendre un miroir de ce que je viens de décrire.
Je ne veux pas restaurer cette VHS, je ne veux pas la replacer dans mon armoire personnelle. Cette VHS qui reprend des couleurs, retrouve une bande son, de la texture émotionnelle. C’est insupportable.
Quelque chose se fissure en moi. Je suis prise d’un vertige. Je panique. Comme pour me raccrocher à une prise pour empêcher ma chute, je nie, j’atténue, je rejette. Rire nerveux. Il doit y avoir malentendu.
Je refuse de nommer cette VHS « agression sexuelle ». Un combat se fait rage en moi entre mon esprit qui tente de minimiser, et mon corps qui me tient un tout autre discours.
Trop tard. Quelque chose s’est déverrouillé.
Des souvenirs d’enfance sont revenus ou se sont reconnectés à la VHS : l’état de sidération après les faits, cet état de zombie, comme coupé de moi-même, mes pensées d’alors et mes questionnements («suis-je adulte maintenant ? », « vais-je-attraper le sida ? »).
Suite à cet échange avec Viciss, j’ai été dans un état flottant, sans émotion, comme absente de moi-même. Exactement comme l’enfant que j’étais après les faits. Dissociation intense pendant plusieurs jours. Je redeviens zombie.
La dissociation est un mécanisme de survie face à un stress insupportable, elle génère un état qui peut paraître contre-intuitif : absence d’émotions, déconnexion de soi, impression d’irréalité.
Durant cette période, j’ai eu un suivi psychologique. Pas forcément pour cette raison initialement, mais j’ai logiquement mené un travail sur tout cela. Du moins, j’ai tenté, notamment en explorant ces souvenirs difficiles. Plusieurs tentatives ont échoué, cela pouvait déclencher de vives émotions, crises d’angoisse. On ne pousse pas davantage, on n’insiste pas quand le psychisme dit stop.
Je me rends compte à quel point mon propre esprit possède des zones qui me sont quasiment interdites.
Durant ce travail, même si cela peut paraître étrange, je n’en voulais pas à X. Car à l’époque des faits, bien que plus âgé que moi, il était mineur. Je ne pouvais me résoudre à accabler l’ado qu’il était, à réduire X à cet évènement, et ce même si je prenais davantage conscience que d’autres comportements inquiétants de sa part avait jalonné mon enfance et mon adolescence : mises en scène terrifiantes et traumatisantes alors que j’étais toute petite, mensonges et manipulations, jeux anxiogènes répétés, etc.
J’ai voulu croire à ce moment que je pourrais travailler sur moi, sans avoir besoin d’en parler à ma famille. Je croyais que tout cela n’était qu’une question de gestion personnelle : c’est du passé, c’était durant l’enfance, X a changé entre temps. De plus, j’avais bien réussi à maintenir des relations avec lui jusqu’ici, jusqu’à ma trentaine, pourquoi ça devrait changer ?
En somme, je travaillais à maintenir une sorte de statu quo.
J’ai même été plus loin que ça, en tentant d’invalider ce souvenir. Et si c’était un « faux souvenir » ? J’en ai beaucoup parlé à ma psychologue, je voulais qu’elle me dise : oui, tout pousse à croire que c’est un faux souvenir. Ça aurait été plus simple pour moi. Sauf que rien ne collait en ce sens, ni mes réactions involontaires, ni mes PTSD, ni mes crises dissociatives.
C’est le plus inconfortable je crois, ne pas pouvoir accéder à des preuves extérieures, matérielles. C’est une lutte intérieure déchirante. Je ne cherchais pas à confirmer ce souvenir, mais à l’invalider coûte que coûte. Cependant, toutes mes entreprises en ce sens ne fonctionnaient pas. « Le corps se souvient », je ne sais plus qui m’a dit ça, ni où je l’ai entendu, mais oui, certaines choses ne peuvent s’inventer, comme des sensations qu’une enfant de 8 ans n’est pas sensée connaître.
J’ai fait quelques séances d’EMDR, une technique thérapeutique permettant entre autres de réparer des traumas, en les reconnectant, permettre de les digérer en quelque sorte. Lors d’une séance, alors que je me revoyais dans ma chambre d’enfance, une crise d’angoisse majeure inattendue m’a fait perdre pied. C’est l’une des expériences psychologiques les plus étranges que j’ai jamais vécu. Je suis devenue comme spectatrice de moi-même. J’étais redevenu l’enfant que j’étais avec ses propres émotions et pensées. Cette enfant était terrifiée, un état de terreur que je n’imaginais pas possible. Elle voulait fuir, mais ne pouvait pas. Elle ne pouvait pas bouger. Mais surtout, elle refusait de croiser son regard, persuadée qu’elle allait disparaître définitivement si elle faisait cela. Le regard de qui ? De X. Je ne crois pas, je ne sais pas. La psychologue tente de me ramener, elle me demande de la regarder, je ne veux pas. C’est le moi-enfant qui est à la barre, pas moi, qui ne peut qu’observer ce qui se passe sans parvenir à agir, comme si j’étais dédoublée.
Finalement, je reprends les rênes, l’enfant s’estompe. Encore maintenant, je le remarque en écrivant, je parle de cette enfant à la troisième personne. J’ai du mal à rendre compte de cette expérience autrement.
Qu’est-ce qui s’est-il passé ?
J’étais sûre d’une chose : je n’irais pas plus loin. J’ignore le pourquoi de ce phénomène que j’ai vécu, à quoi cela correspond, ni même si cela correspond à quelque chose de précis, c’en était juste terrifiant. Et je ne veux pas en savoir plus. J’ai arrêté là. J’ai choisi de ne pas aller plus loin. Par nécessité de survie psychique. Encore aujourd’hui, je me refuse à continuer l’exploration. J’essaye de me rassurer en me disant que c’était juste une énorme crise d’angoisse généré par l’ensemble des émotions que j’ai subi ces derniers temps. Suis-je en train de me mentir ? Possible. Mais je m’en contente. J’ai déjà suffisamment à faire avec ce souvenir de mes 8 ans, l’idée qu’il y en ait peut-être d’autres, je ne peux juste pas.
Depuis, il m’arrive parfois de faire des crises d’angoisses soudaines du même ordre, comme si l’enfant terrifiée que j’étais refaisait surface et prenait les rennes. C’est moins intense que lors de l’EMDR, mais cela reste fort, très déstabilisant. Viciss a pu me voir flancher lors de certains triggers. J’ai appris à identifier ces triggers, et à défaut de comprendre, je veille à ne pas les rencontrer, à faire attention pour ne pas tomber dessus.
Vers mes 37 ans, j’ai réalisé une émission avec Meta-Choc. La discussion portait sur mon enfance, puis sur l’homophobie, puis sur « ce membre de ma famille » dont je parlais [c’est dans la troisième de l’émission]. Et là, sans l’avoir prémédité, j’ai dit que c’était aussi la personne qui m’avait agressée sexuellement enfant. Je suis restée vague, j’ai anonymisé, je ne suis pas entrée dans les détails. J’ai beaucoup pleuré. Au montage, je n’ai pas demandé que ce passage soit coupé. j’aurais pu. Je ne le regrette pas, car d’une certaine manière cela faisait partie de mon processus de reconstruction.
Le premier épisode de l’émission :
Un gros regret tout de même, je n’en avais pas encore parlé à ma famille, à mes parents, et je ne voulais pas qu’ils le découvrent par l’émission. Il fallait que je leur en parle, sans trop tarder.
Quelques mois plus tard, l’été 2023, je leur confie ce souvenir de mes 8 ans et d’autres éléments de mon enfance que j’avais tû jusqu’ici.
Je n’attendais pas d’eux qu’ils agissent. Je ne voulais pas justice, je n’en ai jamais voulu. Je voulais juste qu’ils entendent, et qu’ils m’aident à maintenir une distance temporaire avec X, le temps que je puisse digérer tout cela.
Au début, ils semblaient me croire. Puis quelque chose a basculé.
Ils se sont mis sur la défensive. Ils réagissaient comme s’ils étaient directement accusés, alors que je ne les accusais de rien. Je cherchais à les rassurer, à éviter qu’ils culpabilisent. Mon père est subtilement devenu plus froid, distant.
Fin août – début septembre 2023, je suis en session de tournage des Autoritaires 5 qui a lieu chez mes parents. Je repasse seule chez eux pour ranger mes affaires. La maison est vide. Ils ne sont pas là. Ils ne reviennent pas.
J’apprends alors via une autre personne de ma famille que X, qui a été mis au courant, affirme que tout ce que je dis n’est que mensonge, que tout cela relève “de la folie”, et que mes parents, apparemment, le croient.
Mon cœur fait un bond. Je refuse de croire dans un premier temps que mes parents, soudainement, pensent que j’ai tout inventé, ou que je serais « folle » pour reprendre le terme de X.
Pourtant, la maison familiale dans laquelle je suis est vide. Personne. Je décide d’attendre. Mes parents ne reviennent pas. Idée absurde: est-ce qu’ils m’évitent volontairement ? Je n’y crois pas. Je finis par partir.
Impossible de les contacter par la suite. Au bout d’une semaine, je parviens finalement à leur parler au téléphone. Ils me disent qu’ « ils s’inquiètent pour moi ». Ca vire en une sorte d’interrogatoire de police de leur part, avec des questions du type « pourquoi ça n’est que maintenant que tu en parles ? Pourtant jusqu’ici tu parvenais à fréquenter X sans problème, c’est étrange ?» Ils déforment mes propos, le sujet se déplace vers une remise en cause d’autres pans de mon enfance, y compris mes épisodes de harcèlement scolaire, jusqu’à me dire finalement : « Tu as réécrit ta vie. » Il me parle d’un pouvoir de « nuisance» qui s’exercerait sur la famille, contre eux.
Si vous avez lu le dossier de Viciss sur le DARVO, vous reconnaissez sans doute le mouvement : Deny. Attack. Reverse victim and offender.
Il ne s’agit plus de discuter du contenu de ce que j’ai révélé, mais de s’en éloigner en allant sur d’autres pans de mon vécu personnel, afin de me disqualifier, de me faire porter le rôle de la menace, pendant qu’eux deviennent victimes de ce pouvoir « de nuisance » (ce sont leurs mots).
Je suis sidérée. Nouvelles dissociations. Mon cerveau ne parvient plus à gérer émotionnellement ce qui se passe.
Je dois mettre de la distance pour me préserver. Je laisse une porte ouverte, espérant qu’ils reviendront sur leur attitude, dans le cas contraire je les recontacterai plus tard quand j’aurais moi-même digéré ce qui venait de se passer.
Il n’y aura aucun retours de leur part. Silence complet. J’essaye finalement de reprendre contact avec eux. Rien. Même pour leur proposer de pouvoir échanger avec ma fille, leur petite fille. Ghosting total.
Avec le temps, les mots de mes parents s’insinuent en moi : « On s’inquiète pour toi», « pipeau », « Tu réécris ta vie », « nuissance». Une pensée s’installe : « Et si c’était vrai ? ». Mon esprit devient un tribunal intérieur permanent, essayant de valider leur dire. Comme lorsque j’essayai de me prouver à moi-même que j’avais des faux-souvenirs, cette fois je suis dans le même mouvement, mais de manière plus dévastatrice car c’est quasiment toute mon enfance et mon adolescence que je remets en cause.
J’ai vécu des épisodes de dissociation marqués sur cette période. J’ai continué à consulter. On m’a expliqué qu’un discrédit parental de cette ampleur pouvait provoquer un choc psychique majeur, que c’est ce que je vivais.
Ma compagne, mes amis, certains membres de ma famille que je voyais encore, et le soutien psy, m’ont permis de ne pas sombrer, notamment en me rappelant les faits, en m’aidant à ne pas laisser leur narratif m’empoissonner de l’intérieur.
Niveau travail, je n’ai plus réussi à travailler sur Les Autoritaires, car j’avais associé le tournage (non abouti) à cette violence parentale. Dès que j’ouvrais la table de montage, que je travaillais sur les rushs tournés chez mes parents, tout remontait. Trop difficile pour moi. J’ai changé de cap. Travailler sur le harcèlement scolaire m’a aidée à transformer quelque chose de destructeur en quelque chose d’utile, comme pour retrouver un sens à mon vécu.
Plus d’un an plus tard, j’apprendrais qu’une ancienne erreur de diagnostic psychiatrique de mon adolescence est ressortie pour me disqualifier de la part de ma famille, narratif apparemment propagé par X. Ce narratif: Chayka est schizophrène.
Si vous avez écouté l’émission de Méta de Choc, vous savez d’où ça sort. Pour le dire rapidement, vers mes 16 ans, une psychiatre s’est trompée lourdement sur mon compte : alors que je souffrais de PTSD, dysphorie de genre, anxiété généralisée, cette dernière m’a mise rapidement sous neuroleptique. Elle dira à mes parents qu’elle suspectait la schizophrénie. Ce n’était pas le cas.
Ce traitement médicament m’a fait énormément de mal. Cela a failli littéralement me détruire (je pèse mes mots). Mes parents le savent. A l’époque ils m’ont soutenu lors de l’arrêt du traitement, et l’arrêt de mon suivi auprès de cette psychiatre.
Adulte, une psychiatre invalidera officiellement ce diagnostic, présentant ses excuses en tant que représentante de la psychiatrie.
Je n’ai jamais souffert de pathologie touchant à des troubles schizophréniques, ni apparentés ; aucun trouble de la personnalité ; aucune psychose. Par contre, anxiété forte, PTSD sous des formes complexes, lié à de nombreux traumas d’enfance, oui.
Vous imaginez alors la violence que c’est que d’apprendre que cette faute de diagnostic, qui m’a tant coûté adolescente, soit exploitée dans le narratif de ma famille pour invalider mon propre vécu, mes propos, eux qui pourtant sont les premiers placés pour savoir à quelle point cela m’a sacrément amoché et que ça aurait pu mal se finir.
A noël 2024, j’apprends que ma grand-mère est décédée… il y a deux mois de cela. Personne de ma famille ne m’en a rien dit. Je n’ai pas été conviée aux obsèques. J’ai été comme déchirée. Je ne pensais pas que cela irait aussi loin.
Cette entreprise de mise à l’écart ne s’est pas arrêtée au cercle parental. Elle s’est progressivement étendue à la famille élargie, produisant un climat de gêne, de silence et de refus de contact, comme si un récit préalable s’était imposé en amont de toute rencontre. Certaines tentatives de reprise de lien ont abouti à des échanges extrêmement malaisants, laissant entendre que des propos très négatifs circulaient sur moi, sans que personne ne puisse ou ne veuille me dire précisément lesquels.
J’ai également constaté un phénomène particulièrement révélateur : le retrait progressif de la reconnaissance de mon identité. Des membres de ma famille, dont X, qui respectaient jusque-là mon genre et mon prénom se sont mis à me mégenrer, à utiliser mon deadname, parfois même publiquement. Comme si cette reconnaissance n’était pas un droit, mais une faveur révocable. Ce retour en arrière fonctionne comme une sanction symbolique : retirer à une personne son nom et son genre, c’est la ramener à un statut d’erreur, d’objet, ou de symptôme.
Ce mécanisme me rappelle de nombreux travaux, notamment de Beaubatie, sur la question du transfuge. En tant que personne trans, je suis perçue comme ayant quitté un camp, une classe sociale, rompu une assignation, trahi un ordre implicite. Et comme toute transfuge, je deviens suspecte. Ma parole est disqualifiée, mon récit relu à travers le prisme du mensonge ou de la manipulation, mon identité redéfinie par d’autres. Dans ce cadre, le mégenrage et l’usage du deadname ne sont pas des maladresses : ce sont comme des rappels à l’ordre. Des manières de dire « tu n’es ce que tu prétends être que tant que nous l’acceptons ».
Cette précarité de la reconnaissance m’évoque fortement la logique de la déchéance de nationalité. Ce n’est pas une comparaison que je suis en train de faire, mais davantage une analogie. Certaines personnes vivent sous la menace permanente de se voir retirer une appartenance pourtant reconnue, là où d’autres n’ont jamais à s’en soucier (les personnes cis). Être trans, c’est souvent vivre sous une forme de déchéance de genre latente : le genre n’est pas un droit inaliénable, mais une autorisation conditionnelle, révocable en cas de conflit. Le simple fait que ce retrait soit possible suffit à discipliner, à isoler, à faire taire.
Je crois que cette dynamique est renforcée par un imaginaire transmisogyne profondément ancré dans la société. Les femmes trans ne sont pas seulement perçues comme des personnes ayant « changé » de genre ; elles sont fréquemment construites comme des figures fausses, artificielles, irrationnelles, voire dangereuses. Leur parole est plus facilement pathologisée, assimilée au délire, à la confusion mentale ou à la malveillance. Dans ce contexte, il devient socialement acceptable et même rassurant pour certains de ressortir de vieux récits psychiatriques, de réactiver des diagnostics erronés, de parler d’« inquiétude » ou de « maladie » pour disqualifier ce qui dérange.
La femme trans qui témoigne d’une violence n’est alors plus perçue comme une victime crédible, mais comme une menace potentielle. Ce renversement permet de justifier l’ostracisation, le silence, l’exclusion, au nom de la protection des autres. Il s’inscrit pleinement dans les logiques de DARVO observées dans les contextes de violences intrafamiliales : quand la parole ne peut être niée frontalement, on s’attaque au statut même de celle qui parle, à son identité, à sa santé mentale supposée. Il ne s’agit plus seulement de ne pas croire, mais d’empêcher toute possibilité d’être crue.
J’ignore à quel point ma transidentité a été retournée contre moi dans ma famille. Je ne peux que constater que quelque chose sur ce point à aussi changé, et je ne peux m’empêcher d’y voir l’un des ressorts de ma psychiatrisation.
Lors de mon dernier échange mail avec X, le seul depuis que ma famille m’a éjecté, il me disait notamment : « […] tu t’es permis de mettre tout le monde en pâture. Diviser, détruire des relations, des parents, potentiellement des enfants ? de cette manière : c’est inacceptable. », « Ce que tu racontes, si ce n’est pas de la folie, c’est de la malveillance »,
J’étais devenue un danger, pour tout le monde, dont les enfants (difficile pour moi de ne pas faire de lien avec de la transphobie), et si je ne suis pas « folle », c’est que je suis « malveillante ». C’est soit l’un, soit l’autre, peut être les deux à fois. Ma parole est définitivement invalidée.
Témoigner de ces mécanismes n’est pas un acte anodin. Cela expose, fragilise, peut coûter des relations, des appuis. Mais le silence coûte aussi. Il coûte en santé mentale, en isolement, en perte de repères, en doute de soi. Ce doute de soi est l’un des poisons les plus mortifères du Darvo, car cela détruit notre estime personnelle, jusqu’à un effondrement identitaire où on se met soi-même à douter de ses propres souvenirs. Même les preuves tangibles (anciens écrits, photos, témoignages d’autres membres de la famille qui confirment mes dires) deviennent quasi inopérantes.
La violence de l’exclusion mène parfois à être tentée de s’auto-saborder, de se nier, d’accepter le narratif mensonger de ses proches, dans l’espoir d’être à nouveau accepter. Car j’ai tenté, malgré tout ce qu’ils disaient, pensaient, de garder un lien. Ce sont mes parents, psychologiquement je ne pouvais pas supporter ce ghosting, ce rejet complet, touchant aussi ma propre fille qui, la pauvre, n’avait rien à voir avec tout ça, et ne comprenait pas pourquoi ses grands-parents du jour au lendemain ne voulaient plus lui parler.
Longtemps, j’ai cru que ce qui m’arrivait relevait d’un échec personnel : une incapacité à « faire lien avec ma famille », à utiliser les mots quand je témoigne, à apaiser, à réparer. Je me vivais comme principale responsable de toutes ces conséquences, charge à moi de les assumer ou de trouver des solutions. J’ai compris progressivement que cette lecture faisait partie du problème. Quand une parole dérange un ordre établi, ce n’est pas la parole qui est jugée, mais celle qui la porte. Cette surcharge de responsabilité, et de culpabilité, est un effet du Darvo. Cette autodisqualification que j’ai pu porter, aussi.
Nommer le DARVO, l’ostracisation, la déchéance symbolique, la transmisogynie, ce n’est pas accuser indistinctement. C’est refuser que ces violences restent sans mots. C’est placer des balises dans le brouillard. C’est refuser que le doute, la peur et la culpabilité continuent de se loger uniquement du côté de celles et ceux qui parlent.
Dans son article, Viciss vous parlera bien mieux que moi du Darvo et vous présentera des possibilités pour s’en sortir. Je ne peux que vous inviter à le lire.
Ce Darvo n’est pas le mien, c’est une dynamique courante, tristement banale, que bien des personnes concernées par des VSS subissent. Ces Darvo vise le maintien du statu quo, de l’ordre établi, du contrôle sur celles et ceux qui brisent un déni.
Ma famille m’a niée, pas juste ma parole, mais mon identité, mon vécu, ainsi que ma fille. Elle m’a psychiatrisée, a fait de moi une menace, une maladie à enrayer, à confiner socialement ainsi que toute personne me soutenant.
En écrivant ce témoignage, il y a bien une visée réparatrice personnelle, écrire cela me permet de redevenir un sujet parlant, pensant, légitime, précisément ce qu’on a tenté de me retirer. Cela me permet aussi, je crois, de diminuer ma honte.
Et si ce texte peut aider ne serait-ce qu’une personne à reconnaître ce qu’elle vit, à comprendre qu’elle n’est ni « folle », ni seule, ni coupable, alors il aura rempli sa fonction première.
Prenez soin de vous,
Chayka