17.10.2026 à 06:00
Mauricette Baelen
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine. 1. Les lycéens défient le gouvernement et dénoncent les violences policières Des milliers de lycéens et d’étudiants ont manifesté à Paris en direction de Matignon, déterminés à poursuivre leur mobilisation jusqu’à aujourd’hui. Ils dénoncent notamment […]
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Des milliers de lycéens et d’étudiants ont manifesté à Paris en direction de Matignon, déterminés à poursuivre leur mobilisation jusqu’à aujourd’hui. Ils dénoncent notamment le manque d’enseignants et la répression policière : des affrontements ont éclaté avec les forces de l’ordre, qui ont utilisé des gaz lacrymogènes et des canons à eau. L’intersyndicale de la jeunesse revendique 480 000 manifestants en France, contre 161 500 selon le ministère de l’Intérieur. (StreetPress)
Des collectifs de parents appellent à soutenir les lycéens mobilisés et à répondre à leurs revendications : des bâtiments scolaires fonctionnels, davantage d’enseignants, des emplois du temps moins chargés et une orientation moins dépendante d’algorithmes opaques. Dans cette tribune, ils dénoncent aussi les violences policières contre les jeunes, les conséquences des canicules dans les établissements et la réduction des moyens destinés à rafraîchir les écoles. Ils appellent à des rassemblements aujourd’hui et le 14 novembre, ainsi qu’à la création d’un réseau de solidarité pour protéger les élèves mobilisés. (Vert)
Entre 2009 et 2013, Rachida Dati a perçu 900 000 euros dans le cadre d’un contrat de conseil lié à Renault-Nissan, alors qu’elle était députée européenne. Au procès, le Parquet national financier soupçonne des activités de lobbying dissimulées, tandis que la défense affirme qu’il s’agissait de missions de conseil pour développer Renault au Moyen-Orient et au Maghreb. (Le Média)
L’Assemblée nationale a rejeté l’article 62 d’une proposition de loi dite « intégrale » contre les violences sexistes et sexuelles, qui visait à protéger les femmes étrangères victimes de violences. Cette décision a suscité la colère des associations de terrain, qui dénoncent l’exclusion de ces femmes d’un texte censé lutter contre les violences sexistes et sexuelles. (Politis)
Greta Thunberg s’est rendue devant le lycée Paul-Éluard, à Saint-Denis, bloqué depuis plus de trois semaines pour dénoncer la vétusté des bâtiments, les classes surchargées et le manque d’enseignants et d’infirmières. La militante pour la justice climatique a salué la mobilisation des jeunes, dénoncé une répression policière qu’elle juge « extrêmement violente » et appelé à unir les luttes étudiantes, sociales, pour les droits des personnes migrantes et pour le climat face à un système qu’elle estime incompatible avec les droits humains. (Reporterre)
Oxfam a engagé un recours en justice contre l’État, lui reprochant de ne pas garantir une imposition juste et égale. Alors que le gouvernement présente un nouveau projet de budget marqué par des économies, l’organisation dénonce une répartition inéquitable de l’effort fiscal, estimant que les ultra-riches échappent largement à l’impôt tandis que les classes populaires et moyennes risquent de subir le gel de certaines prestations sociales.(L’Humanité)
Les autorités finlandaises ont ordonné l’arrêt temporaire de travaux sur deux sites de data centers à Muhos et Kajaani, où environ 530 hectares de forêt avaient été abattus avant l’achèvement de l’étude d’impact environnemental obligatoire. Google doit fournir des explications et se conformer aux exigences environnementales. Les projets ne sont pas annulés et pourront reprendre une fois l’étude terminée. L’entreprise prévoit notamment de replanter 130 hectares à Muhos, une mesure jugée insuffisante par une spécialiste du droit de l’environnement, qui rappelle que de jeunes arbres ne remplacent pas une forêt mature. (La Relève et La Peste)
Des milliers de personnes ont manifesté à Lisbonne, ainsi qu’à Aveiro, Braga et Porto, contre la hausse du coût de la vie et les difficultés d’accès au logement. La mobilisation vise notamment la réforme de la loi sur les locations proposée par le gouvernement de Luís Montenegro, qui prévoit entre autres de faciliter les expulsions pour impayés, de supprimer un plafond de hausse des loyers pour certains nouveaux contrats et d’élargir les garanties demandées aux locataires. (El Salto)
Depuis le 25 septembre, un puits exploité par CNPC Niger Petroleum, filiale du groupe chinois CNPC, projette du pétrole brut et du gaz à plus de dix mètres de hauteur, déversant des hydrocarbures sur des centaines de mètres. Selon les autorités nigériennes, deux employés ont été hospitalisés, la plateforme est fortement dégradée et deux puits voisins sont menacés. Une enquête indépendante a été ouverte pour établir les causes de l’accident, tandis que les pistes criminelle et terroriste ont été écartées. (L’Humanité)
Réunis à Bruxelles hier, les dirigeants de l’Union européenne ont réaffirmé leur soutien à Volodymyr Zelensky et refusé d’envisager la levée des sanctions contre la Russie tant que la guerre se poursuit. Sur le front, l’état-major ukrainien a recensé 304 affrontements jeudi, tandis que de nouvelles attaques russes ont fait deux morts à Kharkiv et plusieurs blessés dans les régions de Rivne et de Tcherkassy, selon les autorités locales. (Le Monde)
* Photo de couverture : Flicker
– Mauricette Baelen
The post Lycéens, Dati et VSS : les 10 infos de la semaine first appeared on Mr Mondialisation.16.10.2026 à 06:00
Mauricette Baelen
Lancée en 2024, l’Opération Milliard veut réorienter les flux financiers vers les associations et entreprises qui répondent aux besoins essentiels tout en préservant le vivant. Mr Mondialisation a échangé avec Alice Rahmoun, autrice de l’association, sur ce projet ambitieux. [Temps de lecture estimé : ~ 10 min] Face aux crises écologiques et sociales, l’argent ne […]
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[Temps de lecture estimé : ~ 10 min]
Face aux crises écologiques et sociales, l’argent ne manque pas toujours : il est aussi question de savoir où il va.
Alors que les initiatives qui renforcent le lien social, réduisent les inégalités et préservent le vivant, peinent souvent à trouver des financements à la hauteur de leurs besoins, d’autres modèles économiques continuent d’attirer des capitaux considérables. Depuis 2024, l’Opération Milliard entend inverser cette logique en redirigeant les flux financiers vers les organisations qui construisent concrètement une société plus juste et respectueuse des limites planétaires.
« Son ambition : faire en sorte que ces structures puissent, elles aussi, accéder à des financements à l’échelle du milliard. »
Car pour ses membres, la transition écologique ne peut se faire sans justice sociale, ni sans remettre en question les critères qui déterminent aujourd’hui où va l’argent. De la responsabilité des banques et des pouvoirs publics au rôle de l’épargne citoyenne, en passant par une collecte solidaire organisée dans Minecraft, l’association défend une conviction : les alternatives existent déjà, mais elles ont besoin de moyens pour changer d’échelle.

Alice Rahmoun : « Notre société fait face à de nombreuses crises sociales, environnementales et démocratiques. Notre système économique est à bout de souffle, tout comme les écosystèmes auxquels nous appartenons.
Nous avons collectivement besoin d’une société et d’une économie capables de satisfaire dignement les besoins humains, tout en préservant le vivant et en respectant les limites planétaires. Pour y parvenir, nous devons faire advenir une transition juste.
« Face à ces crises, on entend souvent qu’il faut créer de nouveaux modèles et de nouveaux récits. Or, ces modèles économiques et ces récits existent déjà. »
Ils sont portés par des entreprises et des associations qui, partout en France et au quotidien, renforcent le lien social, réduisent les inégalités et répondent aux besoins humains dans la dignité, tout en respectant les limites planétaires. Pourtant, les modes de financement dominants, construits pour servir la rentabilité à court terme, ne reconnaissent pas suffisamment leur valeur et freinent leur développement. »
Alice Rahmoun : « Nous parlons principalement des financements qui alimentent une économie extractiviste et capitaliste traditionnelle, dont l’objectif est avant tout de faire de l’argent avec l’argent.
La recherche de rendements élevés à court terme, tout comme l’attractivité de modèles de start-up dans la tech ou l’intelligence artificielle, permet à certaines activités d’accéder facilement aux financements, même lorsqu’elles ne remettent pas en question des modèles économiques aux impacts sociaux ou environnementaux importants.
Alice Rahmoun : « Nous sommes partis du constat qu’il faudrait au minimum 60 milliards d’euros par an pour réaliser la transition environnementale, selon le rapport Pisani-Ferry.
Or, les entreprises et les associations de la transition juste parviennent à se financer à hauteur de quelques milliers, de dizaines de milliers, parfois de millions d’euros, mais rarement de milliards.
« À l’inverse, les grandes entreprises technologiques, par exemple, peuvent lever des sommes considérables. »
Pour réussir la transition, les organisations qui transforment nos façons de vivre, de travailler, de consommer, de produire et de créer du lien doivent pouvoir accéder à des financements à l’échelle du milliard. »
« Les milliards existent, mais la transition n’en récolte que les miettes. »
Alice Rahmoun : « Le premier, c’est la recherche de rendements élevés du capital. Même lorsqu’un particulier souhaite placer son argent, le réflexe est souvent de rechercher les rendements les plus importants. On vise parfois des rendements à deux chiffres, alors que les organisations commerciales de la transition juste, par exemple, redistribuent les bénéfices à leurs salarié·es, les réinvestissent et ne rémunèrent pas le capital à de tels niveaux.
Le deuxième mécanisme, c’est la méconnaissance de ces modèles. L’économie sociale et solidaire et la transition juste restent peu connues. Ces modèles, qui ne sont pas toujours enseignés dans les écoles de commerce ni suffisamment conseillés aux personnes qui créent leur entreprise, sont pourtant de véritables modèles entrepreneuriaux qui fonctionnent.
Il est même possible d’entreprendre dans le monde associatif. Entreprendre ne signifie pas nécessairement détenir du capital et diriger une entreprise : c’est aussi mettre en œuvre une idée au sein d’une organisation.
Alice Rahmoun : « C’est une question qui concerne l’ensemble des flux financiers ! Les investisseurs privés comme institutionnels devraient faire évoluer leurs stratégies d’investissement.
Les associations dont les modèles mêlent des enjeux sociaux et environnementaux rencontrent également des difficultés pour obtenir des dons. Les financeurs ont souvent l’habitude de soutenir des projets qui entrent dans des catégories précises : uniquement le social, uniquement le climat, ou encore des actions destinées à des bénéficiaires directs. Les initiatives qui croisent plusieurs enjeux peinent alors à trouver leur place.
Et, bien évidemment, il y a l’épargne ! Des milliards d’euros d’épargne ne sont aujourd’hui pas orientés vers la transition, parfois sans que les personnes qui la détiennent le sachent ou sachent qu’elles peuvent choisir des produits plus vertueux. Pourtant, ces produits existent. »
Alice Rahmoun : « Nous avons défini une liste de critères à partir de plusieurs éléments. D’abord, l’activité de l’association ou de l’entreprise doit répondre à un besoin essentiel : se nourrir, se déplacer, se loger, créer du lien, se former ou apprendre, par exemple – tout en garantissant la dignité des personnes, le respect du vivant et celui des limites planétaires.
Ensuite, sa gouvernance doit être participative et démocratique. Enfin, lorsqu’il s’agit d’une organisation commerciale, sa lucrativité doit être limitée. Le partage de la valeur avec les salarié·es ou les bénéficiaires doit également être mis en place.»
Alice Rahmoun : « Nous essayons de mettre en avant des organisations qui respectent ces critères, tout en nous efforçant de les appliquer à nous-mêmes. Il arrive toutefois que certains contextes nous obligent à déroger à des pratiques que nous souhaiterions voir évoluer.
C’est notamment le cas du financement NoPlanetB, que nous avons cofinancé avec l’ONG ACTED. Les fonds provenant de l’Union européenne, un appel à projets devait être organisé.
Pour le prochain financement via le Fonds de dotation, nous financerons l’Opération Milliard et les lieux représentés dans le jeu, qui avaient déjà candidaté à NoPlanetB. Cela leur évitera de déposer un nouveau dossier, une démarche longue et fastidieuse. C’est aussi un changement de pratique que nous voulons défendre.
Alice Rahmoun : « L’argent est un levier majeur : c’est le nerf de la paix. Sans argent, il n’y a pas de projet, pas de salaire, pas d’équipe.
Aujourd’hui, les structures économiques qui produisent des inégalités et aggravent la crise écologique n’ont pas toujours à rendre des comptes sur leurs impacts, et pourtant, elles sont financées. À l’inverse, celles qui limitent leurs impacts et redistribuent la valeur manquent de financements.
Il existe aussi d’autres leviers, culturels, éducatifs ou liés à la gouvernance. Mais eux aussi peuvent être activés à grande échelle lorsqu’on leur donne les moyens financiers nécessaires ! »
Alice Rahmoun : « Notre objectif est de construire d’autres modèles économiques. Ou plutôt, de les valoriser, car beaucoup existent déjà ! Certaines des organisations que nous mettons en avant et que nous souhaitons voir financées sont présentes depuis plusieurs dizaines d’années. Nous voulons que leurs modèles deviennent majoritaires dans l’économie de demain. »
Alice Rahmoun : « Non, notre initiative ne peut pas compenser, par exemple, la baisse des subventions publiques. L’objectif n’est pas de faire reposer le financement des associations uniquement sur le secteur privé.
Concernant le financement des entreprises de la transition, nous souhaitons également que l’État puisse créer un fonds de garantie destiné aux fonds d’investissement qui soutiennent ces organisations. Cela permettrait de sécuriser ces financements et de leur donner davantage d’ampleur. »
Alice Rahmoun : « L’argent collecté par le Fonds de dotation pour la transition juste lors de l’événement caritatif Cité Solidaire, organisé sur Minecraft, financera l’Opération Milliard et les lieux représentés dans le jeu, en fonction des sommes récoltées.

Ces lieux sont des démonstrateurs de la transition juste sur leurs territoires. Ils ont été sélectionnés dans le cadre de l’appel à projets NoPlanetB, porté avec ACTED, mais n’avaient pas pu bénéficier du premier financement.
Les critères retenus portent sur la transition juste : gouvernance partagée, réponse aux besoins essentiels, dignité humaine, respect du vivant et des limites planétaires. L’implication de ces lieux dans leur territoire a également été étudiée.
Ces critères ont été définis par les membres de l’Opération Milliard, en lien avec son conseil scientifique, composé de chercheur·euses et d’économistes spécialistes de la transition juste. »
Alice Rahmoun : « Nous voulions montrer que la transition juste est partout ! Elle peut se vivre aussi bien en ligne, dans un jeu vidéo, que dans la vraie vie, au sein des lieux qui la font avancer et de l’Opération Milliard.
Nous voulions aussi montrer que les notions de ressources, d’entraide et de coopération peuvent trouver leur place dans un jeu qui semble opposer quatre équipes pendant trois jours.
Minecraft repose notamment sur l’utilisation des ressources, leur limitation et la construction. Pour nous, le monde qui suivra la transition juste reste à bâtir. Cette symbolique nous semblait donc particulièrement cohérente avec notre démarche. »
Alice Rahmoun : « On entend souvent qu’il faut inventer de nouveaux modèles ou de nouveaux récits, comme s’il fallait tout créer de zéro. Pourtant, ces 14 lieux existent déjà, parmi des centaines, voire des milliers d’autres. Ils fonctionnent et démontrent que la transition est en cours. Elle a simplement besoin d’être soutenue et financée ! »
Alice Rahmoun : « Le changement que nous cherchons est systémique. D’un côté, nous appelons les citoyennes et les citoyens à se rassembler pour peser collectivement sur les banques, les entreprises et les pouvoirs publics, afin de faire évoluer les choses. Chacune et chacun doit agir à la hauteur de ses responsabilités.
« Les pouvoirs publics dépendent notamment des élu·es que nous choisissons. Notre système économique est également lié à ce que nous achetons et aux endroits où nous travaillons. »
De notre côté, à l’Opération Milliard, nous menons des actions de plaidoyer auprès des financeurs, des banques et des pouvoirs publics pour les inciter à repenser la répartition de leur argent au profit de la transition juste.
Il est essentiel de montrer que d’autres modèles existent et qu’ils permettent de construire une vie plus digne et plus juste pour toutes et tous. »
– Mauricette Baelen
Photo de couverture : l’équipe de l’Opération Milliard
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Benjamin Remtoula
Publié en 2023, le rapport de synthèse du GIEC compile l’ensemble de ses travaux, dont les rapports de 2022 ont reçu une attention médiatique encore limitée. Jamais la responsabilité humaine dans la crise climatique n’avait fait l’objet d’un consensus scientifique aussi large. Au-delà des scénarios d’effondrement écologique, le GIEC insiste sur l’interdépendance des écosystèmes et […]
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Bien que le GIEC n’affirme fondamentalement rien de nouveau – la crise climatique étant connue de longue date – un consensus scientifique aussi massif, accompagné de rapports détaillés, en font un outil puissant : il scelle le caractère irréfutable de l’urgence climatique, mais aussi de l’impact destructeur de nos modes de vie, ou encore de la criminelle inaction climatique de nos dirigeants.
« Chaque dixième de degré compte » : c’est l’un des principaux enseignements du GIEC. En effet, chaque dixième de degré supplémentaire a des conséquences importantes voire irréversibles sur le climat, la santé et l’activité humaine.
L’objectif n’est donc pas de limiter le réchauffement à +1,5°C ou à +2°C dans le cas échéant, mais à +1,6°C à partir du moment où rester sous le seuil des +1,5°C est devenu inatteignable. Cette approche permet également de couper court aux discours fatalistes du type « de toute façon c’est trop tard » ou « on est déjà foutu ». Il n’est jamais trop tard pour agir, mais chaque jour passé sans le faire est périlleux pour notre avenir.
« Il n’est jamais trop tard pour agir, mais chaque jour passé sans le faire est périlleux pour notre avenir. »
Les conséquences néfastes du réchauffement climatique sur les écosystèmes et les sociétés humaines présentées par le GIEC sont déjà réelles : intensification des évènements climatiques extrêmes (sécheresses, canicules, incendies, inondations, etc.), menace de disparation d’une grande partie de la biodiversité, insécurité alimentaire, chute du rendement agricole, ou encore raréfaction de l’eau potable.

Et injustement, ce sont les pays les plus pauvres et historiquement les moins responsables qui subissent en premier les conséquences de l’effondrement climatique. En effet, les populations les plus vulnérables sont celles qui ont le moins de ressources pour s’adapter.
Les pays du Sud global cumulent souvent les risques climatiques entre zones géographiques vulnérables, conflits et inégalités structurelles, aggravant l’insécurité alimentaire, énergétique et la dégradation des habitats. Les populations autochtones, habitant·es de bidonvilles ou de périphéries urbaines, sont aussi davantage vulnérables face aux évènements climatiques extrêmes.
De leur côté, nombre d’agriculteur·rices se retrouvent endêté·es derrière les promesses du technosolutionnisme. Les gains de productivité profitent aux multinationales alors que les paysan·nes perdent en autonomie, en indépendance et ne sortent pas pour autant de la précarité (20 % des agricultrices et agriculteurs en France vivraient aujourd’hui sous le seuil de pauvreté). Une productivité d’ailleurs discutable à long-terme avec une perte de la biodiversité des sols et des monocultures rendant les parcelles de plus en plus vulnérables face aux aléas climatiques de plus en plus fréquents.
Plus connu pour son inaction climatique, ses cadeaux faits aux plus riches et aux plus pollueurs, et au mieux pour son greenwashing, le gouvernement Macron a t-il à minima agit dans le sens des recommandations du GIEC ?
« la France n’est pas prête à faire face aux impacts du changement climatique. »
« Dans la France de Macron », les engagements climatiques subissent au contraire un inquiétant recul selon le média Bon Pote, qui s’appuie sur un rapport de 2025 du Haut Conseil pour le Climat. Le HCC conclut en effet que « la France n’est pas prête à faire face aux impacts du changement climatique. »

Tout d’abord, Bon Pote rappelle la corrélation entre précarité et dépendance aux énergies fossiles. Or la précarité énergétique s’aggrave pour 1,2 millions de ménages français, qui ont subi en 2024 des limitations de fourniture d’énergie, soit une hausse de +24% en un an. La précarité alimentaire est quant à elle passée de 9 à 12% entre 2016 et 2024.
Le HCC déplore l’inaction politique du gouvernement Macron en matière de baisse de l’empreinte carbone. Les émissions de gaz à effet de serre sont toujours en grande partie issues de la combustion des énergies fossiles. Chaque année, ce sont 70 milliards d’investissements fossiles qui sont effectués en France, dont 40 dans les voitures thermiques et hybrides.
Bon Pote affirme que ces dépenses ont des conséquences désastreuses à la fois sur le réchauffement climatique et la santé des Français. Pas de baisse du trafic aérien non plus à l’horizon, et l’usage du jet privé continue d’être défendu par la majorité présidentielle à l’Assemblée Nationale.
Ces chiffres qui pointent la responsabilité du gouvernement Macron dans l’aggravation de la crise climatique, résonnent avec la criminalisation des mouvements écologistes depuis la prise de pouvoir de « Jupiter » en 2017. Reporterre rappelle que la ZAD de Notre-Dame-des-Landes a été fortement réprimée à coup de bulldozers et de gendarmes mobiles.
N’oublions pas non plus l’abandon des engagements du président à appliquer les propositions de la Convention Citoyenne pour le Climat (149 propositions formulées par 150 citoyens tirés au sort). Finalement, seules 10% des propositions ont été reprises par le gouvernement, alors que Reporterre recense une majorité de mesures – prises par le gouvernement – nuisibles à la planète dans le domaine de l’écologie (entre 2017 et 2021).
L’une des répressions les plus violentes fut celle du mouvement contre les mégabassines à Sainte-Soline, où le collectif des Soulèvements de la Terre sera qualifié d’« écoterroriste » et menacé de dissolution par le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin. La répression policière aura été extrêmement violente et traumatisante avec pas moins de 200 blessé·es, dont plusieurs manifestant·es qui ont frôlé la mort.

Les dernières années de macronisme ne feront qu’aggraver le bilan écologique et les passages en force antidémocratiques. Pour preuve, le budget 2025 de François Bayrou, adopté après un recours au 49.3, contient 2,1 milliards d’euros de coupes budgétaires sur la mission écologie. L’éphémère mandat de Bayrou se termine sur la même note, avec une série de décrets de reculs écologiques.
« à force de dire que “nous sommes tous sur le même bateau”, nous avons tendance à croire que d’autres finiront bien par agir à notre place. »
Envisager un monde écologique, la sobriété ou la décroissance n’a rien d’irréaliste ni d’indésirable. Au contraire, nos prouesses techniques et notre organisation sociale productiviste, qui engendrent un réchauffement climatique de plusieurs degrés, constituent un scénario absolument délirant – un scénario que l’on aurait jugé improbable il y a quelques siècles, voire quelques décennies.
Quelle société pleinement démocratique, où les citoyen·nes choisiraient librement et en pleine conscience les contours du monde dans lequel iels souhaitent vivre, planifierait l’aliénation au travail, l’intoxication alimentaire par les produits chimiques, le massacre quotidien de milliards d’animaux, des modes de vie favorisant les maladies physiques et mentales, la détresse psychologique – le tout en menaçant gravement l’existence même de notre espèce ?

Affirmer aujourd’hui qu’il est « trop tard pour agir » relève davantage d’une volonté de laisser faire et d’une indifférence vis-à-vis des jeunes générations, que d’une réelle certitude. De plus, à force de dire que « nous sommes tous[tes] sur le même bateau », nous avons tendance à croire que d’autres finiront bien par agir à notre place.
Les efforts individuels – trier ses déchets, réduire sa consommation de protéines animales, se déplacer à pied, à vélo ou en transports en commun lorsque c’est possible, acheter de seconde main, privilégier le bio et le local, diminuer sa consommation d’énergie – ne suffisent guère.
Ils restent limités si nous recyclons moins que nous ne produisons d’emballages, si les produits carnés continuent de remplir les supermarchés sans révéler la souffrance animale qui se cache derrière, si les villes ne sont pas pensées pour les alternatives à la voiture individuelle, ou si les banques et les fournisseurs d’énergie recourent aux énergies fossiles ou les financent.
On peut se dire alors que « les actions individuelles n’ont pas de sens », qu’elles ne seront jamais suffisantes, car l’humain – et, par extension, les sociétés humaines – sont égoïstes par « nature ». Or, cette affirmation relève davantage d’un biais ethnocentré que d’un constat biologique : elle projette sur l’ensemble de l’humanité des représentations propres à certaines sociétés contemporaines. Au-delà d’être scientifiquement infondée, elle nourrit le pessimisme et l’inaction, précisément parce qu’on choisit d’y croire.
Certes, les actions individuelles sont insuffisantes et ne susciteront que de la frustration si la société refuse d’accompagner et d’organiser les changements nécessaires à la transition écologique. Cette frustration devient néfaste lorsqu’elle mène au désespoir et à l’abandon des efforts individuels. Elle peut toutefois nourrir le besoin d’agir collectivement, de lutter pour obtenir des changements institutionnels et de dépasser la sphère privée. C’est cette dynamique qui semble la plus favorable à la politisation et au renforcement des luttes sociales et écologistes.
Benjamin Remtoula (Fsociété).
Photo de couverture : Adoption du rapport limitant le réchauffement à 1,5°C, IPCC, 2018 / WikimediaCommons
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mondialisation
Octobre 2026. En France, la jeunesse se soulève et la gauche de rupture est créditée d’environ 19-20 % des intentions de vote au premier tour de la présidentielle de 2027. Cette dynamique est l’occasion d’une rétrospective sur la victoire, en Espagne, du mouvement Podemos. Les Indignés avait fait, en 2015, de la démocratie participative, de […]
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Le dimanche 24 mai 2015, la politique espagnole connait une petite révolution : Podemos et ses alliés sont arrivés en tête aux élections municipales à Barcelone et pourraient remporter Madrid, fief des conservateurs depuis 1991.
Créé seulement un an auparavant, dans la lignée du mouvement des Indignés, le jeune parti anti-austérité allié aux listes citoyennes insuffle l’espoir de mettre fin au bipartisme espagnol, le Parti populaire (PP) et le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), qui dirige tour à tour l’Espagne depuis la fin de la dictature, empêtré dans les scandales financiers et les affaires de corruption.
Ils étaient attendus, ils en sont sortis grands gagnants : Podemos et ses alliés, des listes citoyennes regroupant collectifs et militants associatifs, ont fait basculer la scène politique espagnole, malgré l’opposition des grands médias acquis aux partis traditionnels. Ada Colau, militante anti-expulsions tête de liste à Barcelone, a remporté la ville avec 25,21 % des suffrages aux élections municipales.
À Madrid, la candidature de « Ahora Madrid », soutenue par Podemos et emmenée par la juge Manuela Carmena, arrive en deuxième position derrière le Parti Populaire (PP) de Esperanza Aguirre, elle aussi empêtrée dans plusieurs scandales de corruption, à l’image de son parti. Si Podemos décide de s’allier avec les « socialistes » du PSOE arrivés troisième, ils pourraient ravir la mairie de la capitale au Parti Populaire, dans des terres historiquement conservatrices.

D’autres villes ont vu les plateformes citoyennes arriver en tête ou légèrement derrière le PP : Saragosse, Corogne, Santiago… La particularité de ces plateformes est d’avoir regroupé des acteurs d’horizons divers se tenant habituellement à l’écart de la politique dite « professionnelle » et surtout des partis traditionnels.
La future maire de Barcelone, Ada Colau, est une activiste du droit au logement depuis les années 2000, après avoir milité dans les mouvements antilibéraux dénonçant le G8. Suite à la crise financière et immobilière qui frappa durement l’Espagne, elle fonda en 2009 la plateforme anti-expulsion PAH (Plataforma d’Afectats per la Hipoteca) afin d’apporter une aide juridique aux expulsés ou menacés d’expulsion immobilière.
La liste qu’Ada Colau a menée à la tête de Barcelone, « Barcelona en Comu », est composé de membres de Guanyem (ex-Indignés présents localement en Catalogne), d’indépendantistes catalans, de syndicalistes, de militants associatifs, d’écolos, de membres de Podemos et de divers mouvements sociaux catalans.
« De cette crise, personne ne sortira comme avant. Ce qui nous attend, c’est, au choix, un horizon féodal, avec une augmentation brutale des inégalités, une concentration sans précédent des richesses, de nouvelles formes de précarité pour la majorité des citoyens. Ou alors, une révolution démocratique, où des milliers de personnes s’engagent, pour changer la fin du film. Cette opportunité, certains, comme Podemos, l’ont saisie à l’échelle nationale. Nous, il nous a semblé que Barcelone était le cadre idéal pour lancer cette démocratisation », expliquait Ada Colau, dans un entretien à Mediapart en novembre 2014.
Membre de Guanyem, Ada Colau a pu notamment compter sur le soutien de Joan Subirats, un universitaire spécialiste des questions d’exclusion sociale à Barcelone, et celui de l’avocat des droits humains, Jaume Assens, très critique envers ce qu’il nomme le « clan Pujol » en référence à Jordi Pujol, ex-président de la Catalogne aujourd’hui empêtré dans un vaste scandale de corruption. La force de Guanyem fut d’organiser de nombreuses rencontres et débats dans les quartiers de Barcelone afin de connaitre les souhaits, les problèmes et attentes des habitants.

Encore plus surprenant que la victoire de « Barcelona en Comu », l’ex-juge anti-corruption Manuela Carmena pourrait remporter la mairie de Madrid, acquise aux conservateurs depuis 24 ans et siège du PP. Ancienne juge du Tribunal suprême et fondatrice de l’association Juges pour la démocratie, l’ex-magistrate a toujours voulu rester en dehors de la politique traditionnelle, jusqu’à ce qu’elle prenne la tête de la liste citoyenne Ahora Madrid. Sur le même modèle que celle de Barcelone, cette liste regroupe des membres des partis de gauche et écolos, ainsi que des citoyens, des ex-Indignés, des acteurs des mouvements sociaux et des militants associatifs.

Arrivée juste derrière le PP au premier tour (32% / 34%), cette militante de longue date pour les droits humains, ancienne avocate soutenant les victimes du franquisme, pourrait prendre la tête de la ville si elle reçoit le soutien du PSOE. Face à elle, la candidate du PP, l’aristocrate Esperanza Aguirre, réputée pour ses positions très conservatrices et ultralibérales, qui représente pour beaucoup la caste au pouvoir en Espagne depuis des décennies, gangrenée par les scandales de corruption.
Admiratrice de Margaret Thatcher, opposée à l’avortement, ex-ministre et ex-présidente du Sénat, Esperanza Aguirre fut présidente de la région de Madrid entre 2003 et 2012, période durant laquelle se succédèrent les affaires de corruption. Surnommée par les Indignés la « comtesse de la corruption », Esperanza Aguirre est soupçonnée d’avoir couvert les membres de son parti visés dans les scandales de corruption. De son coté, Manuela Carmena propose notamment de lutter…contre la corruption, d’ouvrir la gestion de la mairie aux citoyens et de diviser par deux son salaire de maire.
Le 13 juin 2015, Manuela Carmena est devenue maire de la capitale espagnole grâce au soutien du PSOE. Mais cette dynamique ne va pas suivre une trajectoire linéaire. En 2019, la droite reprend la mairie de Madrid, tandis qu’Ada Colau est réélue à Barcelone avant de perdre son mandat en 2023. Sur le plan national, Podemos est entré au gouvernement en 2020 aux côtés des socialistes. Mais les rivalités internes, les désaccords stratégiques et la concurrence entre les différentes composantes de la gauche ont affaiblit le mouvement.

Onze ans après les élections municipales qui avaient fait souffler un vent d’espoir sur l’Espagne, le bilan est donc contrasté. Podemos n’a pas réussi à remplacer durablement le bipartisme qu’il combattait, mais il a contribué à bouleverser le paysage politique espagnol et à imposer au débat public des questions longtemps reléguées au second plan : le droit au logement, les inégalités sociales, l’austérité et la corruption. Son passage au pouvoir a également montré qu’une force issue des mouvements sociaux pouvait obtenir des avancées concrètes, tout en révélant les difficultés liées aux compromis gouvernementaux.
À l’heure où une partie de la jeunesse française exprime sa défiance envers le libéralisme et où la gauche de rupture pourraient gagner en 2027, l’histoire de Podemos résonne particulièrement. Car si le plus difficile est parfois de gagner une élection, le véritable défi reste de transformer l’espoir suscité par cette victoire en un changement politique durable.
– Mr Mondialisation
Photo de couverture : Ada Colau lors de la nuit électorale de Barcelona en Comú de lors des élections de 2015. Wikimedia.
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Mr Mondialisation
Huit ans après son adoption, la loi EGalim peine à s’imposer dans la restauration collective. Cette législation de 2018 exige pourtant 50 % de produits durables, dont 20 % de bio, ainsi que 100 % de viandes et poissons durables. Malgré ces obligations, les seuils sont loin d’être atteints. Face à cette inertie, une coalition […]
The post Pesticides, cancers : l’État loin des 20 % de bio dans les cantines publiques first appeared on Mr Mondialisation.Plus de bio dans la restauration collective – cantines, hôpitaux, restaurants universitaires, restauration d’entreprise, c’est pour quand ? Pas tout de suite, apparemment. Et pour cause : les chiffres dévoilés par l’analyse des déclarations faites sur le site gouvernemental « Ma Cantine » révèlent que l’État lui-même ne fait pas vraiment preuve d’exemplarité. Dans les ministères, les CROUS, les prisons ou les entreprises publiques comme la SNCF et EDF, seuls 35,4 % des produits déclarés sont considérés comme durables, avec à peine 12,8 % issus de l’agriculture biologique. Ces données montrent un écart significatif par rapport aux 20 % de bio exigés par la loi.
Mais alors, qu’est-ce qui bloque ? On se le demande, surtout que l’approvisionnement en aliments bios et locaux n’est pas le problème, comme l’admet elle-même l’administration, qui reconnaît ce retard comme « incompréhensible ». L’exemple n’est donc pas donné par l’État, dont l’inaction s’inscrit dans une tendance plus large au niveau national : sur l’ensemble de la restauration collective, moins de 7 % des achats sont en bio, loin de l’objectif légal. En d’autres termes, sans mécanisme de contrôle effectif ni de sanctions au niveau national, la loi risque de rester un vœu pieux plutôt qu’un outil de transformation.
Au-delà du simple respect administratif, l’application d’EGalim porte des enjeux majeurs. Pour la santé publique, augmenter la part de bio permet de réduire l’exposition aux pesticides et aux polluants chimiques comme les PFAS, particulièrement importants pour les enfants qui consomment chaque jour les repas servis à la cantine.
Cette question de santé publique résonne particulièrement en ce mois d’Octobre rose. Mathilde Panot a récemment dénoncé les liens historiques entre l’industrie à l’origine de la campagne et le géant des pesticides Syngenta, qu’elle accuse également d’être « étroitement lié au projet d’expansion coloniale d’Israël » via sa filiale Adama. Le 3 octobre 2026, des milliers de personnes, parmi lesquelles des malades du cancer, des agriculteur·ices et des militant·es, se sont mobilisées devant un site de Syngenta pour dénoncer les ravages des pesticides ; une partie du cortège a été exposée aux gaz des forces de l’ordre.
Sans oublier la loi Duplomb, votée en juillet 2025 par la majorité de l’Assemblée nationale après une alliance entre la droite et l’extrême droite, c’est une succession d’épisodes qui interroge, une fois de plus, les priorités d’un gouvernement davantage prompt à réprimer les mobilisations qu’à protéger la santé publique, alors même que la jeunesse se mobilise dans les lycées.
Pour le monde agricole, l’enjeu est majeur et trace la voie vers la transition écologique et agricole. En effet, les producteurs qui s’engagent dans la transition ont besoin de débouchés stables et rémunérateurs. La commande publique représente un marché considérable (près de 4 milliards de repas servis annuellement) qui pourrait sécuriser leurs revenus et structurer durablement les filières biologiques et locales. Refuser d’utiliser ce levier, c’est freiner la transition en ne garantissant pas les conditions économiques nécessaires à sa réussite. Une vision défendue aujourd’hui par les associations qui œuvrent pour la défense d’une alimentation et d’une agriculture plus respectueuse des paysan·nes et du vivant.
Face à cette inertie, cinq associations – Notre Affaire à Tous, Générations Futures, Bio Consom’acteurs, Agir pour l’environnement et le Collectif Les Pieds dans le Plat – ont décidé d’agir. Elles ne demandent pas une nouvelle loi, mais l’application stricte de celle qui existe déjà. Leur demande préalable vise à obtenir de l’État qu’il respecte ses propres objectifs dans ses cantines, qu’un contrôle effectif soit mis en place et que la commande publique serve enfin les filières locales et biologiques.
Si le gouvernement ne donne pas suite sous deux mois, la coalition prévoit de saisir la justice administrative. Cette démarche rappelle que la loi n’est pas facultative et que l’exemplarité de l’État est indispensable pour crédibiliser les politiques, qu’elles soient alimentaires ou touchent à d’autres enjeux sociétaux. Car, comme le rappellent les associations engagées dans cette procédure, derrière chaque assiette servie se dessine un choix de société : celui de continuer sur un modèle industriel ou de construire une agriculture soutenable face à l’urgence climatique et écologique.
– Emilie Fenaughty
Photo de couverture : Mathilde Panot. Wikimedia.
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Simon Verdiere
La suppression de Parcoursup figure en bonne place des revendications majeures des mobilisations de l’automne 2026. Créé en 2018 par Emmanuel Macron, ce dispositif en ligne était censé optimiser l’orientation des bacheliers vers l’enseignement supérieur. Huit ans plus tard, Parcoursup est largement dénoncé par les élèves, les parents, les professionnels de l’éducation et du supérieur. [Temps […]
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Chaque année, des centaines de milliers de lycéens se trouvent sous la pression de Parcoursup. Pendant des mois, les étudiants subissent l’angoisse des résultats et sont déjà soumis à une âpre mise en concurrence dès leur plus jeune âge. La plateforme s’est, en outre, transformée en véritable outil de ségrégation, reproduisant, sans ambiguïté, les inégalités. Zoom sur un échec absolu, symbole d’un séparatisme social institué par le macronisme.

Depuis ses débuts, Parcoursup n’a cessé d’être critiqué pour la pression qu’il engendre. Certains lycéens peuvent ainsi passer des mois à scruter leurs vœux, leurs rangs et d’interminables listes d’attente.
L’outil était censé mettre fin au tirage au sort qui avait parfois lieu auparavant lorsqu’une formation avait plus de demandes que de places et que d’autres critères avaient été épuisés (académie, niveau de préférence, situation familiale…).
Frédérique Vidal, ministre de l’Éducation de l’époque, promettait même qu’aucun bachelier ne « recevrait un non » sur le portail. Et pourtant, tous les ans, des milliers d’étudiants peinent à trouver une issue. En juillet 2026, ils étaient près de 100 000 sans affectation.
Dès ses débuts, le système était déjà contesté, accusé d’opérer un tri entre les lycéens. Si le procédé précédent était loin d’être parfait, il installait néanmoins l’idée que l’obtention du baccalauréat offrait un droit aux études supérieures. Avec Parcoursup, l’entrée n’est plus garantie, et la sélection entre postulants reste opaque.
Il existe certes un algorithme national qui classe les élèves en fonction de leurs résultats au lycée et au bac. Mais d’autres critères viennent s’ajouter au niveau local. Et à ce petit jeu, chaque université dispose d’une liberté de discrétion. Impossible alors de ne pas y voir une sorte de tri social déguisé.
Dans ce contexte, les lycéens ne disposent évidemment pas tous des mêmes cartes. L’établissement d’origine joue d’abord un rôle prépondérant. Ainsi, dans certaines filières prestigieuses, un bachelier issu d’une banlieue défavorisée aura nettement moins de chances qu’un élève des beaux quartiers parisiens, y compris si ses résultats sont brillants. Le défenseur des droits a d’ailleurs déjà été saisi sur cette question.
Ces inégalités sociales sont aussi trahies par les lettres de motivation ou par certains documents que doivent produire les lycéens et qui laissent parfois transparaître leur milieu social. Là encore, les adolescents venant de familles privilégiées disposeront, en outre, d’appuis beaucoup plus solides pour construire leur dossier grâce au bagage culturel ou professionnel de leurs parents. Ceux-ci seront, de surcroît, plus en mesure d’indiquer à leurs enfants les parcours à choisir pour atteindre leur but et d’expliquer comment multiplier les stratégies.
Lors du passage de la licence au master, une autre plateforme du même type a aussi été mise en place. Mais ici, les noms des candidats ne sont plus anonymisés, comme c’est le cas pour les bacheliers. De ce fait, une étude a ainsi démontré que les personnes avec des patronymes à consonances « africaines » avaient moins de chances d’être retenues.
Au-delà de l’injustice soulevée par ce système opaque, c’est aussi le logiciel de pensée instillé par la macronie qui pose question. Dans une société déjà de plus en plus basée sur l’individualisme, les lycéens sont placés en concurrence les uns avec les autres avant même d’arriver à l’âge adulte.
Cette ambiance installe un stress permanent avec l’enjeu suivant : la moindre note au lycée pourrait influencer toute une vie. Comme si un jeune de 17 ans était tenu de construire un projet professionnel tout tracé.
Mais plus loin encore, les adolescents ne sont pas seulement sommés de trouver un avenir, il leur faudra aussi se battre entre eux pour être certains de voir leur vœu se réaliser. Cette philosophie brise dès le plus jeune âge toute idée de solidarité et installe la croyance qu’il est nécessaire « d’écraser les autres pour réussir ».
En somme, le gouvernement libéral d’Emmanuel Macron a déjà tenté pendant près de dix ans de soumettre les nouvelles générations à son dogme du « tous contre tous », comme si l’université devait former de futurs travailleurs corvéables et prêts à surpasser tout le monde. Assujettir les lycées à une immense charge de labeur et à une pression constante s’inscrit d’ailleurs également dans ce mode de pensée.
Cette sélectivité accrue va, en outre, conduire certains étudiants à renoncer à leurs véritables aspirations pour bifurquer vers des choix « raisonnables ». La décision de l’orientation peut même devenir une sorte d’auto-censure. Là où plusieurs filières et universités resteront pratiquement intouchables, d’autres ouvriront plus largement leurs portes, mais ne seront pas valorisées pour une entrée en master.
De quoi décourager bon nombre de jeunes et tout simplement les pousser à abandonner leurs cursus pour se tourner directement vers le milieu du travail ou des secteurs moins « ambitieux » et moins en phase avec leurs rêves. Parcoursup et son système de compétition installent aussi une forme de résignation et de soumission au monde capitaliste.
Ce système met également en place une logique de rentabilité : les élèves doivent choisir des études pour espérer en tirer un emploi et un revenu. Les filières sont alors hiérarchisées, à l’instar des établissements, et un certain prestige prend même le dessus sur le droit à l’éducation, la culture, la formation et l’émancipation intellectuelle.
L’alternative à ce système ne consiste donc pas seulement à créer un Parcoursup plus « humain » ou plus « transparent ». Le problème est plus profond et plus simple à la fois : il n’y a pas assez de places pour tout le monde aux endroits où les jeunes veulent étudier.
Là encore, la logique austéritaire interdit d’investir et le sous-financement de l’enseignement supérieur est directement responsable de la situation. Plutôt qu’instaurer une concurrence sans pitié, il conviendrait donc de rendre au baccalauréat son statut de sésame pour l’université.

Si une faculté n’a plus assez de places pour ses étudiants, alors elle doit en ouvrir des supplémentaires plutôt que trier les gens. Pour ce faire, il est indispensable de rénover et d’agrandir les installations, de faciliter l’accès au logement et renforcer les équipes enseignantes.
De facto, les jeunes n’ont pas à porter la responsabilité de pénuries organisées par un manque de volonté politique. C’est au contraire à l’État d’assumer cette charge pour mettre fin à un système aussi inégalitaire que Parcoursup. Parce qu’à 18 ans, chacun devrait pouvoir choisir ce qu’il veut apprendre sans avoir l’impression de jouer son avenir à la loterie.
– Simon Verdière
Paris le 6 février 2018. Journée de grève et d’action contre la réforme du lycée et de l’université. Pour le maintien du bac comme diplôme national et pour l’abandon du plan Étudiant (projet de loi Vidal). Flickr.
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