15.01.2026 à 05:00
Mauricette Baelen
13 ans. C’est le nombre d’années qui sépare l’espérance de vie d’un·e français·e riche et l’espérance de vie d’un·e français·e pauvre, chiffre quasiment identique depuis les années 70. La lutte des classes se joue-t-elle aussi sur notre temps de vie ? Selon une étude de l’Insee portant sur la période 2012-2016, l’espérance de vie à […]
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Selon une étude de l’Insee portant sur la période 2012-2016, l’espérance de vie à la naissance des hommes parmi les 5 % les plus aisés est de 84,4 ans, contre 71,7 ans parmi les 5 % les plus pauvres, soit exactement 13 ans d’écart. Quant aux femmes, cet écart est moins élevé mais tout de même de 8 ans. Depuis, l’Insee a mis à jour cette étude et l’écart s’est creusé. La lutte des classes est-elle aussi une lutte pour la vie, comme dans le film Timeless ?
« Entre les périodes 2012-2016 et 2020-2024, l’écart d’espérance de vie entre les personnes modestes et aisées s’accroît. L’espérance de vie des 25 % les plus modestes diminue, sauf pour les 5 % aux plus faibles niveaux de vie ; dans le même temps, celle des personnes plus aisées progresse. » rapporte l’Insee dans cette mise à jour.
Un constat peu surprenant au regard des industriels de l’alimentation qui capitalisent sur la santé des plus pauvres et des politiques sociales qui précarisent les foyers modestes.
Les statistiques sont sans appel : 25 % des français·es les plus modestes sont déjà décédés à 62 ans, contre seulement 5 % des plus aisés. Quant aux 10 % de Français·es les plus pauvres, elles ont 3,5 fois plus de risques de développer du diabète que les 10 % les plus aisées. Dans une étude publiée le jeudi 6 octobre 2022, le service statistique du ministère de la Santé revient sur les causes de ces inégalités.

Et cela se joue dès une augmentation de 100 euros sur le revenu. Selon l’Insee, une augmentation de 100 euros mensuels autour d’un revenu de 1 000 euros correspond à un gain d’espérance de vie de 0,9 an pour les hommes et 0,7 an pour les femmes, bien que l’effet s’atténue pour les revenus plus élevés, ne représentant plus que 0,3 an pour les hommes et 0,2 an pour les femmes autour d’un revenu mensuel de 2 000 euros.
Fait notable, les femmes aisées semblent les gagnantes de cette course à la longévité : 70 % les plus aisées ont une espérance de vie supérieure à celle des hommes faisant partie des 5 % les plus riches. Un diplôme ne suffit pas à rallonger son espérance de vie, c’est véritablement ses revenus qui vont impacter directement votre temps de vie disponible. Selon l’Insee, bien que le niveau d’éducation soit corrélé au niveau de vie, il n’explique que partiellement les disparités d’espérance de vie.
Plusieurs facteurs expliquent cette disparité alarmante entre les plus pauvres et les plus riches. D’abord, le logement : les plus défavorisés sont souvent exposés à des logements de moindre qualité, difficiles à chauffer et parfois humides, ce qui impacte directement leur santé.
Par exemple, selon une étude de l’Observatoire des inégalités, la proportion de ceux qui déclarent que leur logement est difficile à chauffer est 2,5 fois plus importante chez les 20 % les plus pauvres que parmi les 20 % les plus riches ; et près de 20 % des ménages moins aisés ont un logement trop humide, contre seulement 10 % des plus aisés. Selon l’ADEME, en 2022, 3,2 millions de ménages français·ses étaient en situation de précarité énergétique, ce qui représente 10,8 % de la population.
« 15 % de la population française renonce à des soins pour des raisons financières, malgré le système de protection sociale. »
La santé et l’accès aux soins est bien moindre chez les plus pauvres, à cause du prix de celle-ci : selon l’observatoire des inégalités, 15 % de la population française renonce à des soins pour des raisons financières, malgré le système de protection sociale. Selon l’enquête Santé et protection sociale (ESPS) de 2014 révèle des inégalités significatives en matière d’accès aux soins entre les différentes catégories socio-économiques en France.
Les données montrent que 11 % des adultes parmi les 20 % les plus modestes ont renoncé à consulter un médecin pour des raisons financières au cours des 12 derniers mois, contre seulement 1 % des adultes parmi les 20 % les plus aisés. De plus, les cadres, ayant un niveau de vie plus élevé, sont moins exposés aux risques d’accidents, de maladies et de contact avec des produits toxiques que les ouvrier·es.
Le rapport à la santé est différent d’une classe sociale à l’autre, avec des variations de comportements : les personnes moins diplômées ont tendance à adopter des comportements moins favorables à la santé, notamment en ce qui concerne le tabac.
Selon une étude du Baromètre de santé, la prévalence du tabagisme quotidien reste en 2021 nettement plus élevée lorsque le niveau de diplôme est plus faible : elle varie de 32,0% parmi les personnes n’ayant aucun diplôme ou un diplôme inférieur au baccalauréat à 17,1% parmi les titulaires d’un diplôme supérieur au baccalauréat.
Elle ajoute que « plus le revenu est élevé, plus la prévalence du tabagisme quotidien est faible : de 32,3% parmi les personnes dont le revenu correspondait au tercile le plus bas à 17,0% pour le tercile le plus élevé. Enfin, parmi les 18-64 ans, la prévalence du tabagisme quotidien reste nettement plus élevée parmi les personnes au chômage (45,7%), que parmi les personnes actives occupées (26,6%) ».
Les plus pauvres sont davantage touché·es par des maladies graves de longue durée. Par exemple, les 10 % les plus pauvres ont 2,8 fois plus de risques de développer un diabète que les 10 % les plus riches. Les plus pauvres ont aussi une alimentation moins saine et équilibrée que les personnes cadres, comme en témoigne ce dossier de l’INRAE :
Enfin, selon une étude intitulée « Relations causales entre santé et travail, le regard des économistes », il existe une relation bidirectionnelle entre santé et niveau de vie : une mauvaise santé peut ainsi limiter les opportunités d’éducation et d’emploi, conduisant à un faible niveau de vie. Ces inégalités sociales en matière de santé persistent et sont souvent plus marquées en France que dans d’autres pays européens, selon l’Insee.

Malheureusement, ce n’est pas tout : Sous la présidence Macron, la précarité alimentaire est à la hausse, comme en témoigne, l’étude de l’INRAE Manger sain et à sa faim, une question de revenus. En 2022, on estime que 9,1 millions de Français·es sont concernés par cette situation de précarité alimentaire, soit 14,4% de la population.
Résultat ? Le recours à l’aide alimentaire est de plus en plus présent dans le quotidien de nombreux·ses français·es. Entre 2009 et 2019, le nombre de bénéficiaires a plus que doublé, atteignant 5,5 millions de personnes.
La crise sanitaire a encore accentué cette tendance, avec une hausse de 10 % en 2020-2021, suivie d’une augmentation de 6 % au premier semestre 2022. De nouveaux publics, comme les étudiant·es particulièrement touchés par les confinements, ont rejoint les rangs des bénéficiaires.
La crise des gilets jaunes en 2018 a mis en lumière une autre facette de la précarité alimentaire, touchant des personnes qui, bien qu’ayant un emploi et un logement, peinent à s’offrir une alimentation équilibrée. Ces individus, souvent au-dessus des seuils d’éligibilité pour l’aide alimentaire, se voient contraints de faire des choix difficiles, privilégiant par exemple les dépenses de carburant au détriment de produits frais.
Cette réalité complexe souligne l’importance de repenser les politiques de lutte contre la pauvreté et la précarité alimentaire en France, pour mieux répondre aux besoins d’une population de plus en plus diverse et fragilisée.
Déjà en 2022, le gouvernement publiait ironiquement une étude sur la lutte contre la précarité alimentaire, alors qu’inflations et superprofits permettaient à certaines entreprises de l’agroalimentaire, par exemple, d’engranger des millions sur le dos des Français·es.
Fin 2023, le gouvernement a tout de même alloué un budget de 60 millions d’euros contre la précarité alimentaire, ventilés comme suit à travers le programme « Mieux manger pour tous » : distributions de colis ou paniers alimentaires, les distributions de paniers solidaires de produits frais, les distributions de repas, les épiceries sociales et solidaires, les groupements d’achats citoyens, les jardins collectifs, les maraudes alimentaires, les restaurants sociaux et solidaires, les transferts monétaires…
Cela ne permettra pas aux foyers « juste au-dessus des seuils de survivre à une augmentation moyenne de 25 % du prix des denrées alimentaires ».
De même, l’accès aux soins est dans le viseur étatique, avec le plan « Pour des solutions concrètes d’accès aux soins dans les territoires ». Pourtant, le budget 2025 montre une diminution importante des crédits de la mission Santé, avec une baisse de près de 40% par rapport à 2024, des coupes budgétaires affectant le programme 204 « Prévention, sécurité sanitaire et offre de soins ».
Ce n’est certainement pas l’introduction d’une « taxe lapin » de 5 euros pour les rendez-vous médicaux non honorés, visant à récupérer 15 à 20 millions de rendez-vous qui vont aider les plus pauvres à être en meilleure santé.
« Rien sur la santé mentale, qui touche davantage les ENFANTS DES PLUS PAUVRES, dont ceux vivant sous le seuil de pauvreté sont trois fois plus souvent hospitalisés pour des problèmes psychiatriques que les autres enfants. »
La France a mis en place diverses mesures pour lutter contre le mal-logement, un problème qui touche encore de nombreux·ses citoyen·nes. Ces initiatives comprennent le Plan quinquennal pour le Logement, visant à orienter les personnes sans-abri vers des logements durables, et la loi DALO garantissant le droit à un logement décent.
La loi ELAN renforce la lutte contre les copropriétés dégradées et les marchands de sommeil. L’État poursuit également la construction de logements sociaux, avec un objectif de 25 % dans certaines communes d’ici 2025. Parallèlement, le budget global de MaPrimeRénov’ pour 2025, qui s’élève à 2,3 milliards d’euros, s’est amoindri d’un milliard d’euros par rapport à l’année précédente.
– Mauricette Baelen
Photo de couverture de Philippe Léone sur Unsplash
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Elena Meilune
Loin d’être un événement isolé, la mobilisation qui traverse aujourd’hui l’Iran s’inscrit dans une séquence de soulèvements populaires qui dure depuis plusieurs années. Depuis les grandes vagues de protestation de 2017-2018, puis celles de 2019 et les révoltes déclenchées par l’assassinat de Jina Mahsa Amini, la contestation n’a jamais réellement cessé. Elle connaît aujourd’hui un […]
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Partie de revendications sociales, cette mobilisation s’est une nouvelle fois transformée en contestation politique directe d’un régime autoritaire prêt à tuer pour se maintenir. Des manifestations ont éclaté dans les grandes artères de Téhéran, mais aussi à Tabriz, Mashhad, Abadan, Kermanshah et dans de nombreuses régions kurdes de l’ouest du pays. Le slogan « mort à Khamenei », en référence au guide suprême Ali Khamenei, s’est imposé comme un cri de ralliement, exprimant un rejet explicite du pouvoir en place et de son architecture théocratique. Face à cette révolte persistante, la répression s’intensifie, tandis que les tentatives de récupération impérialiste se multiplient.
Dans les zones kurdes, des appels à la grève ont été massivement suivis : commerces fermés, rues désertées, arrêt de l’activité économique locale. Dans le sud du pays, des manifestants ont renversé une statue de Qassem Soleimani, figure centrale du régime et pilier de sa projection militariste régionale. Ce geste, hautement symbolique, illustre une rupture nette avec la propagande officielle et le culte des « martyrs » instrumentalisés par le pouvoir.

Le mouvement est largement décentralisé, sans leadership unifié ni structure hiérarchique identifiable. Cette horizontalité, héritée des soulèvements précédents, rend la contestation plus difficile à neutraliser par la décapitation politique, mais complique aussi la construction d’une alternative politique à court terme. Le mouvement, initialement circonscrit, a très vite débordé les dispositifs de contrôle habituels du régime, tant par son ampleur que par sa composition sociale et géographique. Mais la situation reste extrêmement volatile, avec un risque de multiplication de massacres et d’escalade militaire.
La réponse du régime a été immédiate et d’une extrême brutalité. Selon l’ONG Human Rights Activists News Agency, au moins 2 403 manifestant·es ont été tué·es depuis le début du soulèvement et plus de 18 434 arrêté·es. Parmi les victimes figurent des enfants et des adolescent·es, rappelant le caractère indiscriminé de la violence d’État.
Des milliers de blessé·es ont été recensé·es. Des organisations de défense des droits humains, dont Amnesty International, documentent l’usage de balles réelles, de projectiles métalliques et de gaz lacrymogène tirés à bout portant. Des témoignages concordants font état de raids dans les hôpitaux : portes vitrées brisées, patients et personnels médicaux frappés, arrestations de blessé·es directement sur leurs lits. Ces pratiques, déjà observées lors de précédents soulèvements, constituent de graves violations du droit international humanitaire.
Le procureur général iranien, Mohammad Movahedi Azad, a franchi un seuil supplémentaire en déclarant que toute participation aux manifestations pourrait être assimilée au crime d’« ennemi de Dieu », une qualification pénale passible de la peine de mort. Cette menace explicite révèle la nature profondément théocratique et punitive du régime, où la justice est un instrument de terreur politique.

Signe de la fébrilité du pouvoir, l’accès à Internet a été coupé à l’échelle nationale. L’ONG NetBlocks a confirmé une panne quasi totale du réseau, après des coupures ciblées dans plusieurs régions. L’objectif est clair : empêcher la circulation des images, des témoignages et des preuves de la répression.
Malgré ce blackout, des vidéos continuent de circuler via des connexions satellitaires et des réseaux clandestins. Elles confirment les tirs à balles réelles, les passages à tabac et les arrestations massives. Cette bataille de l’information est devenue un enjeu central : le régime tente d’imposer le silence pendant que la population cherche à documenter sa propre répression.
Il s’agit de la mobilisation la plus importante depuis le soulèvement « Femme, Vie, Liberté » de 2022, déclenché par la mort de Mahsa Amini, tuée par la police des mœurs. À l’époque, plus de 500 personnes avaient été tuées par les forces de sécurité. La répression n’a jamais cessé, et la colère, elle, s’est accumulée.
Ces cycles de révolte mettent en lumière une réalité structurelle : en Iran, les colères sociales, économiques et politiques sont indissociables. Inflation galopante, chômage massif, précarisation généralisée, inégalités abyssales, oppression de genre et répression des minorités nationales se combinent pour produire un rejet global du régime.
Ce regain d’attention internationale ne surgit pas ex nihilo. Depuis l’affaire d’Ahou Daryaei, étudiante arrêtée après s’être dévêtue en public pour dénoncer la police des mœurs, les regards extérieurs se sont de nouveau braqués sur l’Iran, en particulier autour des violences patriarcales.
La séquence actuelle s’inscrit dans cette continuité, tout en l’élargissant : elle révèle une colère sociale et politique bien plus profonde que les seuls symboles médiatisés. Mais cette visibilité accrue comporte un risque politique majeur. Elle ne doit en aucun cas servir de grain à moudre aux discours islamophobes, qui instrumentalisent les luttes des femmes et des peuples pour essentialiser l’islam, nourrir le racisme et légitimer des politiques sécuritaires ou impérialistes.
La répression en Iran ne relève pas d’une religion en soi, mais d’un régime autoritaire qui instrumentalise le religieux pour maintenir un ordre patriarcal, capitaliste et violent. Confondre les deux revient à trahir les luttes iraniennes, tout en renforçant les dominations racistes et coloniales ailleurs.
À l’étranger, plusieurs acteurs politiques tentent de capter médiatiquement un mouvement qui leur échappe, en le détournant de sa réalité sociale et populaire. Parmi eux, Reza Pahlavi, fils du dernier shah. Proche d’Israël et de l’extrême droite américaine, il se présente comme une alternative politique alors qu’il est loin de faire l’unanimité au sein de l’opposition iranienne. Sa visibilité relève davantage d’une tentative de récupération néo-monarchiste que d’une expression réelle des revendications portées dans la rue.
Dans le même registre, Donald Trump a déclaré que les États-Unis pourraient envisager une intervention militaire si le régime iranien continuait à tuer des manifestants. Cette prise de position, présentée comme une posture morale, ne relève en rien d’un soutien à l’émancipation populaire, mais s’inscrit dans une tradition impérialiste bien documentée, où les droits humains servent paradoxalement de prétexte à des stratégies de domination.
Le régime iranien s’est immédiatement saisi de ces déclarations pour alimenter sa rhétorique sur l’ingérence occidentale. Téhéran a ainsi menacé de frapper les États-Unis ou Israël en cas d’attaque, participant à une escalade verbale dont la fonction principale est de délégitimer un mouvement populaire interne en le présentant comme manipulé de l’extérieur.
Pourtant, l’existence d’intérêts économiques, militaristes et géopolitiques occidentaux n’enlève rien à la légitimité des révoltes face à un pouvoir ultra-répressif. Les tentatives de récupération impérialiste n’invalident pas la colère sociale, elles cherchent au contraire à la neutraliser politiquement. L’histoire est constante sur ce point : ni les États-Unis ni Israël n’ont jamais soutenu des peuples pour leur émancipation, mais uniquement lorsque leurs luttes pouvaient être instrumentalisées au service d’intérêts stratégiques.
Ce schéma n’est pas propre à l’Iran. Il rappelle le coup d’État de Donald Trump contre le Venezuela, pays qui, comme l’Iran, possède d’immenses réserves de pétrole. Le Venezuela subit depuis des années sanctions économiques, pressions diplomatiques et tentatives de changement de régime sous couvert de « défense de la démocratie ».
Cela n’absout en rien les responsabilités du pouvoir vénézuélien, ni les colères populaires bien réelles qui s’y expriment. Mais l’histoire récente montre que l’impérialisme étasunien n’intervient jamais pour les peuples, et toujours pour le contrôle des ressources et des équilibres régionaux.
Il est essentiel de préciser que le but ici n’est pas de mettre les régimes de l’Iran et du Venezuela sur le même plan. La situation iranienne relève d’un autre ordre de grandeur (répression systématique incluant exécutions, torture, tirs à balles réelles, arrestations massives, arsenal juridique où les manifestants peuvent être condamnés à mort etc.). Souligner les logiques impérialistes à l’œuvre n’implique en aucun cas de relativiser la violence spécifique du régime iranien, ni l’urgence absolue de soutenir la population qui s’y soulève.
La ligne de fracture est claire : d’un côté, une population iranienne étranglée économiquement, privée de libertés fondamentales et confrontée à une violence d’État systématique ; de l’autre, un régime autoritaire prêt à tuer pour se maintenir, et des puissances étrangères prêtes à instrumentaliser la révolte pour leurs propres intérêts.
Soutenir le soulèvement iranien impose une position sans ambiguïté : solidarité totale avec les manifestant·es, dénonciation ferme de la répression, refus tout aussi ferme des récupérations impérialistes. L’émancipation des peuples ne viendra ni des bombes, ni des sanctions, ni des héritiers de monarchies déchues, mais des luttes populaires elles-mêmes, dans toute leur complexité et leur radicalité.
– Elena Meilune
Photo de couverture : Qassem Soleimani témoigne de son respect à Ali Khamenei en effectuant le salut militaire. 2017. Wikimedia.
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Mr Mondialisation
Une étude publiée sur Carbon Brief en mai dernier a révélé que la Chine a réduit ses émissions de CO₂ au premier trimestre de 2025, malgré une hausse simultanée de sa consommation électrique. Cette baisse des émissions s’explique principalement par les investissements massifs de la Chine dans les énergies renouvelables ces dernières années. Certains experts […]
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Face au climatoscepticisme de Donald Trump, la Chine, guidée par ses intérêts économiques, semble se poser en rempart de la lutte contre le réchauffement climatique mais ses objectifs annoncés pour 2035 manquent d’ambition et le pays reste largement dépendant des énergies fossiles.

Lauri Myllyvirta, spécialiste de la Chine au Centre de Recherche sur l’Énergie et l’Air Pur (CREA) basé en Finlande, a montré dans une étude publiée sur Carbon Brief, que les émissions de la Chine ont baissé de 1,6% au premier trimestre de 2025 comparé à la même période en 2024, se basant sur des statistiques officielles du pays ainsi que des données commerciales. L’analyse du troisième trimestre publiée en novembre démontre que cela faisait alors 18 mois que les émissions de la Chine étaient en baisse, ou du moins s’étaient stabilisées.
Des baisses d’émissions de CO₂ avaient déjà été observées ces dernières années, mais uniquement lors de périodes de récession économique, notamment pendant la crise du COVID-19. Dans ce cas-ci, les baisses d’émissions ont été associées à une hausse de la demande en électricité, de 2,5% au premier trimestre.

Autre fait marquant : cette diminution des émissions est principalement portée par l’évolution du mix énergétique de la Chine, qui repose de plus en plus sur les énergies solaires, éoliennes et nucléaires permettant de réduire la consommation de charbon. C’est précisément cette hausse de production d’énergie qui a permis de compenser l’augmentation de la demande en électricité durant cette année.
Si l’essor du nucléaire peut être présenté comme un levier indispensable de décarbonation, le nucléaire repose sur des choix technologiques lourds, centralisés et socialement contestés, dont les conséquences à long terme restent largement débattues. La gestion des déchets radioactifs constitue un point de tension majeur, sur les projets de stockage nucléaire, qui suscitent une résistance des populations locales face aux risques sanitaires, environnementaux et aux menaces d’expropriation.
Depuis plus de 15 ans, poussée par le mécontentement de la population face à la dégradation de la qualité de l’air et aux scandales sanitaires engendrés par une pollution intense ainsi que par sa volonté de réduire sa dépendance aux importations de pétrole, la Chine a pris le parti d’investir massivement dans les technologies propres pour effectuer son « tournant vert ».
Dans ce contexte, le pays a fortement augmenté sa capacité en énergies renouvelables et cela s’est intensifié ces dernières années avec des installations records de parcs éoliens et solaires. En 2024 seulement, la capacité de production électrique de la Chine en énergie solaire et éolienne a augmenté de 357 GW, soit plus de la moitié de la capacité supplémentaire en énergies renouvelables dans le monde.
Au troisième trimestre de 2025, la production solaire a bondi de 46% par rapport à 2024, tandis que l’éolien progressait de 11%. La Chine concentre désormais la moitié de la capacité installée en énergie solaire dans le monde. Ces déploiements ont permis au pays d’atteindre l’objectif d’une capacité de 1 200 GW en énergie solaire et éolienne avec six ans d’avance sur le plan du gouvernement. Ainsi, la capacité installée en énergies renouvelables a désormais dépassé la capacité en énergie thermique dans le pays.
Grâce à ces efforts, l’analyse publiée sur Carbon Brief démontre que les émissions du secteur de l’électricité ont baissé de 5,8% au premier trimestre de 2025, et de 2% au total pour la période de mars 2024 à mars 2025. Durant le premier semestre de 2025, l’énergie solaire, à elle seule, a permis de compenser la hausse de la consommation électrique. Le secteur du transport a également vu sa part d’émissions de CO₂ baisser grâce à l’utilisation accrue de voitures électriques dans le pays.
Malgré cela, la Chine reste paradoxalement très dépendante de l’industrie du charbon dans laquelle le pays continue d’investir. Durant les six premiers mois de 2025, le pays a réduit son utilisation de charbon mais a simultanément augmenté sa capacité productive via la construction de nouvelles centrales. Cette stratégie répond notamment aux problèmes de réseau et de stockage des énergies renouvelables face auxquels les centrales à charbon « sécurisent » l’apport en électricité. De plus, l’économie et l’emploi de nombreuses provinces chinoises dépendent largement de l’industrie du charbon, et les groupes d’intérêts du secteur y sont très puissants.
La Chine continue donc d’augmenter sa capacité en production d’énergie au charbon, tout en n’exploitant actuellement que 50% de cette capacité. Alors que cette ressource fossile constituait 80% du mix énergétique chinois il y a quelques années, sa part a désormais diminué à environ 60%.
Cette dynamique contrastée, marquée par une accélération spectaculaire des énergies renouvelables tout en maintenant un socle important d’énergies fossiles, ne se limite pas à la Chine et se retrouve également en Allemagne, où la transition énergétique s’accompagne de tensions similaires entre objectifs climatiques et maintien des centrales à charbon.
Si la Chine a prévu d’atteindre son pic d’émissions avant 2030, certains observateurs prédisent qu’il pourrait déjà être atteint cette année. Cependant, Lauri Myllyvirta reste prudent sur cette hypothèse, d’autant que des prévisions similaires avaient déjà été formulées ces dernières années. Les émissions de CO₂ sont restées stables ou ont diminué depuis 18 mois mais cet équilibre reste fragile. Il suffirait de peu pour que les émissions du pays repartent à la hausse, risquant d’atteindre un nouveau record d’émissions.
Les émissions de CO₂ produites par des secteurs tels que l’industrie chimique ou la fabrication de plastique sont encore en augmentation. Pour que le pic soit atteint, il faudrait que les secteurs où les émissions sont en baisse compensent suffisamment, ce qui n’est pas assuré. Sans compter que la consommation électrique continue d’augmenter, compromettant une réduction de gaz à effet de serre durable.
D’autres facteurs viennent nourrir cette incertitude, comme la guerre commerciale des États-Unis avec la Chine qui a également un rôle à jouer dans la balance ou encore la nouvelle politique de tarification des énergies renouvelables en vigueur depuis juin.
Quant aux perspectives pour les années à venir, la président chinois Xi Jinping a présenté ses nouvelles ambitions climatiques lors de la dernière Assemblée Générale des Nations Unies fin septembre, en annonçant que la Chine s’engageait à réduire ses émissions nettes de gaz à effet de serre de 7 à 10 % d’ici 2035. À cet effet, il a précisé que son pays prévoyait de multiplier par six sa capacité en énergies solaires et éoliennes sur une décennie, afin d’intégrer plus de 30% d’énergies renouvelables dans son mix énergétique.
Ces objectifs ont toutefois été considérés comme très insuffisants par la communauté scientifique et de nombreux acteurs internationaux, étant donné qu’une réduction de 30% des émissions chinoises serait nécessaire pour respecter les engagements pris dans le cadre des Accords de Paris. Cela est d’autant plus décevant que la Chine possède largement les moyens technologiques et humains pour y arriver plus rapidement.
Le chercheur a déclaré à cet égard que :
« le désengagement des États-Unis permet à la Chine de paraître sous un jour favorable par comparaison – alors même qu’elle ne fait pas assez pour aider le monde à atteindre ses objectifs climatiques ».
La réduction des émissions du pays, responsable de 30% des gaz à effet de serre mondiaux, jouera un rôle décisif pour l’avenir. Si son pic d’émissions n’est pas encore forcément atteint, la diminution des émissions de CO2 observée depuis plus d’un an apporte un signal positif et démontre l’importance capitale de la transition énergétique dans cette évolution.
Les investissements stratégiques à long terme de la Chine dans les technologies vertes peuvent également contribuer à la transition écologique dans d’autres régions du monde, bien que ses pratiques concurrentielles soient discutables. Dans le domaine des énergies renouvelables, la Chine est le premier producteur mondial d’éoliennes et de panneaux photovoltaïques. Le pays domine également le marché des voitures électriques, maîtrisant l’ensemble de la chaîne de valeur, avec une production représentant 66% du volume mondial.
Si les motivations du régime autoritaire sont largement guidées par des intérêts économiques et politiques, il faut néanmoins reconnaître que la Chine cherche à se distinguer des autres puissances, comme l’a illustré sa décision d’interdire l’importation de déchets étrangers, contrairement aux États-Unis marqués par le climatoscepticisme de Donald Trump ou à l’Union européenne qui réduit progressivement ses ambitions environnementales.

Il est pour autant difficile de présenter la Chine comme un modèle écologique authentique, compte tenu de sa forte dépendance aux énergies fossiles, de projets controversés comme la construction d’un barrage géant au Tibet, ses pratiques extractivistes à l’étranger, notamment la surexploitation des ressources marines au large de l’Afrique et son modèle d’hyperproduction.
– Delphine de H
Évènement sur le climat à Hangzhou, Chine, en 2016. Source : Wikimedia
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Elena Meilune
Le 7 janvier 2026, à Minneapolis, Renee Good est abattue de trois balles dans la tête par un agent de l’ICE. La scène est filmée, massivement diffusée et commentée, et les images disponibles contredisent directement le discours des autorités fédérales. Dans la continuité des rafles racistes à travers le pays, ce meurtre expose, par sa […]
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Présenté par les autorités fédérales comme un acte de « légitime défense », ce meurtre s’inscrit pourtant dans une longue série de violences commises par l’ICE. Les vidéos réfutent le récit officiel, tandis que les réactions politiques, les manifestations et la polarisation de l’opinion révèlent une fracture politique profonde. Car au-delà du meurtre de Renee Good et du récent coup d’État au Venezuela, c’est tout un système qui apparaît : une milice fédérale hors de contrôle, un pouvoir qui ment pour légitimer son monopole de la violence, et une normalisation progressive de la violence institutionnelle comme mode ordinaire de gouvernement.
Le 7 janvier 2026, l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) mène une vaste opération de contrôle migratoire dans plusieurs quartiers de Minneapolis, aux États-Unis. Des milliers d’agents fédéraux, armés et masqués, sont déployés à Minneapolis et dans les villes voisines, opérant des raids, des arrestations et des contrôles approfondis dans l’espace public et résidentiel. Cette opération dépasse de loin toute pratique antérieure de l’ICE, tant par son ampleur que par son intensité.
Renee Good, 37 ans, citoyenne américaine, poétesse primée par l’Académie des poètes américains en 2020 et mère d’un enfant de six ans, se trouve sur place avec sa compagne après avoir déposé leur enfant à l’école. Comme d’autres habitant·es, elles s’arrêtent pour observer et documenter l’intervention. Leur présence relève d’une vigilance citoyenne face à une opération perçue comme intrusive et potentiellement dangereuse, non d’une confrontation violente. Les civil·es sont munis de sifflets ; les agents, d’armes à feu. Renee Good n’est ni armée, ni recherchée, ni visée par l’opération en cours. Rien, dans sa situation, ne justifie l’usage de la force, et encore moins de la force létale.
Les images disponibles montrent une scène brève et brutale. Alors qu’elle repart en voiture et avance pour dépasser un véhicule arrêté devant elle, un agent fédéral ouvre le feu. Aucune sommation. Trois balles sont tirées à bout portant, en plein visage.
La scène est filmée par plusieurs témoins. L’un d’eux, qui se présente comme médecin, supplie les agents de le laisser porter secours à la victime. Sa demande est refusée. L’un des agents répond explicitement qu’il « s’en fout ». L’assistance médicale est empêchée. Renee Good meurt sur place, sous les yeux de sa compagne.
Les forces de l’ICE encerclent ensuite la zone, éloignent les témoins et prennent le contrôle total de la scène. Les secours ne sont pas autorisés à intervenir. Les vidéos captent à la fois les derniers mots prononcés par Renee Good avant d’être abattue (« I’m not mad at you » – « Je ne t’en veux pas ») et ceux de l’agent en cause, dont une insulte sexiste (« F*cking b*tch ») proférée après l’avoir tuée.
Peu après le drame, une déclaration de la compagne de Renee Good, Becca Good, a été publiée, contredisant frontalement le récit des autorités fédérales. Elle y décrit Renee comme une personne profondément bienveillante. Le couple venait de s’installer à Minneapolis pour construire une vie plus stable pour leurs enfants.
« Si vous avez déjà rencontré ma femme, Renee Nicole Macklin Good, vous savez qu’avant tout, elle était d’une grande bonté. en fait, la bonté émanait d’elle. »
La mère de Renee, Donna Ganger, a également pris la parole, affirmant que sa fille n’était pas du tout impliquée dans des actions de protestation violente et réfutant les tentatives du Département de la Sécurité intérieure de la présenter comme une antagoniste ou une provocatrice. Elle l’a décrite comme une femme d’une « compassion exceptionnelle », « l’une des personnes les plus gentilles » qu’elle a jamais connues.
Dès les premières heures suivant le meurtre, les autorités fédérales invoquent la légitime défense pour justifier l’usage de la force létale. Ce réflexe n’est pas nouveau. Il constitue l’un des piliers rhétoriques permettant aux institutions armées de neutraliser toute remise en cause immédiate, avant même qu’une enquête indépendante ne puisse être menée.
Or, la légitime défense repose sur des critères précis : l’existence d’un danger immédiat, réel et proportionné. Dans le cas de Renee Good, les éléments rendus publics contredisent ce cadre. Les vidéos ne montrent ni arme, ni menace directe, ni tentative d’attaque contre les agents. Elles montrent une voiture avançant lentement pour contourner un véhicule immobilisé, sans accélération ni trajectoire dirigée vers un agent : la victime cherche à s’éloigner, pas à percuter. Trois tirs sont néanmoins effectués, visant la tête, une zone létale par définition. Aucun agent n’est blessé, aucun échange de tirs n’a lieu.
Les directives publiées en 2023 par le Département de la Sécurité intérieure, dont dépend l’ICE, interdisent expressément aux agents de tirer sur le conducteur d’un véhicule en mouvement, sauf en cas de légitime défense. Le recours à la force létale est proscrit pour arrêter une personne en fuite, à moins que cette personne ne représente une menace sérieuse pour l’agent ou le public.
La qualification de légitime défense apparaît alors non comme une conclusion fondée sur les faits, mais comme une construction narrative anticipée opérant un renversement classique : ce n’est plus l’acte de tirer qui doit être justifié, mais la présence même de la victime, son refus supposé de se soumettre. Le tout dans un contexte de violences extrêmes perpétrées par l’ICE depuis le début du mandat de Donald Trump, qui entretient une peur largement répandue d’interpellations arbitraires.
Ce type de récit ne vise pas seulement à protéger un agent individuel. Il sert à préserver la légitimité globale d’une institution. En qualifiant immédiatement la violence de défensive, le pouvoir tente d’en fermer le débat politique et moral.

Le sociologue Max Weber définissait l’État comme l’institution revendiquant le monopole de la violence légitime. Ce monopole constitue l’un des ressorts de sa stabilité : la violence d’État n’est tolérée qu’à la condition d’être perçue comme juste, nécessaire et contrôlée. Or, comme l’a montré Pierre Bourdieu, cette légitimité repose aussi sur l’imposition d’un récit dominant, qui naturalise la domination et en masque les effets. Lorsque ce récit est contredit par les faits, la violence d’État cesse de relever du droit et apparaît pour ce qu’elle est dans son essence : l’exercice réussi d’une domination par la force.
Aussi, la fixation de Trump sur la « gauche radicale » comme menace intérieure est d’autant plus mensongère qu’elle ne correspond pas aux données disponibles sur la violence politique aux États-Unis. La grande majorité des meurtres idéologiques sont perpétrés par des individus affiliés à l’extrême droite, bien plus que par des mouvances de gauche ou des militants radicaux non violents. Selon l’organisation Anti-Defamation League, 93 % des meurtres extrémistes identifiables sont attribués à l’extrême droite et à des suprémacistes blancs.
Ce décalage statistique rend encore plus clair que la campagne rhétorique visant la gauche n’est pas un appel à la prudence citoyenne mais une stratégie politique de diversion et d’ennemi fabriqué.
Le meurtre de Renee Nicole Good a immédiatement ouvert une crise politique majeure entre les autorités locales et le gouvernement fédéral. À Minneapolis, le maire Jacob Frey a condamné sans détour cet assassinat, rejetant la version officielle de l’ICE et du département de la Sécurité intérieure. Il a qualifié l’argument de légitime défense de « bullshit » et a exigé que l’ICE quitte la ville, accusant l’agence de semer le chaos plutôt que d’assurer la sécurité des habitants.
Il a également dénoncé la prise de contrôle totale de l’enquête par le FBI et l’exclusion des responsables du bureau d’enquête du Minnesota. Le gouverneur du Minnesota, Tim Walz a lui aussi exprimé sa colère face au meurtre de Renee Good, rappelant que les « opérations sensationnalisées et dangereuses de l’administration Trump sont une menace pour la sécurité publique ».
Au-delà des déclarations, cette rupture reflète une fracture structurelle entre des gouvernants élus et une machine fédérale militarisée. Le maire et le gouverneur ne se sont pas contentés de demander des explications, ils ont exposé de facto un clivage institutionnel profond, où l’usage de la force fédérale dans une ville démocratiquement administrée est désormais contesté.
Cette rupture structurelle s’est traduite juridiquement lorsque l’État du Minnesota a déposé plainte contre l’administration Donald Trump afin de bloquer le déploiement massif d’agents fédéraux, qualifié d’« invasion fédérale inconstitutionnelle » par le procureur général Keith Ellison. La plainte dénonce une opération armée ayant plongé l’État dans le chaos, violé sa souveraineté et exposé la population à des pratiques de profilage racial, tandis que l’administration Trump a répondu par des menaces explicites de représailles et l’annonce d’un renforcement supplémentaire des effectifs de l’ICE.
À Minneapolis, dès le lendemain du meurtre, des manifestations ont rassemblé des milliers de personnes. Des manifestant·es ont exigé la disparition de la présence fédérale armée dans leurs rues, érigeant des barrages et organisant des vigiles en mémoire de Renee Good. Ces premières mobilisations ont dénoncé non seulement le meurtre, mais plus largement l’ensemble des violences d’État perpétrées par l’administration de Donald Trump.
Très rapidement, le mouvement a dépassé le cadre local. En quelques jours, des rassemblements ont émergé dans des dizaines de villes à travers les États-Unis, des grandes métropoles aux localités habituellement peu visibles politiquement. Marches de masse, vigiles, sit-in et blocages ont convergé autour de revendications explicites : justice pour Renee Good, retrait immédiat des forces fédérales armées et remise en cause frontale de l’ICE. L’ampleur, la rapidité et la coordination de ces mobilisations en font l’un des mouvements de contestation les plus importants contre la violence d’État depuis le début du mandat de Donald Trump.
Suite aux mobilisations, la répression à Minneapolis s’est intensifiée. Des témoignages et publications de résidents indiquent qu’ICE mène des opérations « porte à porte » dans des quartiers populaires (mesure qui avait été annoncée par le vice-président J.D. Vance), pour localiser et expulser des populations jugées indésirables, marquant ainsi une rupture nette avec les pratiques précédentes de contrôle migratoire.
On voit là un paradigme de surveillance et de contrainte radicalement nouveau dans l’histoire récente des États-Unis. Là où des États policiers modernes exercent déjà un contrôle social brutal, ce que l’administration actuelle met en place franchit un seuil : il ne s’agit plus de représailles ciblées mais de contrôle social de masse. Historiquement, l’irruption systématique de forces de l’État au domicile des civils est l’un des marqueurs centraux des régimes totalitaires, quels que soient leur contexte idéologique ou national.
De l’Allemagne nazie à l’Italie mussolinienne, de la dictature franquiste à l’URSS stalinienne, l’entrée de l’appareil coercitif dans la sphère domestique a toujours signifié une rupture fondamentale : la fin de la distinction entre espace public et espace privé, et donc la fin de toute zone de relative protection face au pouvoir. Lorsque l’État se donne le droit de frapper aux portes, de pénétrer les foyers, de vérifier, d’interroger, d’arrêter sans justification immédiate ni contrôle judiciaire effectif, il cesse d’être un État de droit, même formellement.
Le meurtre de Renee Good agit symboliquement comme un test de Rorschach à l’échelle d’une société entière. Face aux mêmes images, aux mêmes enregistrements, aux mêmes faits établis, les interprétations divergent radicalement. Ce qui se joue ici ne relève pas d’un désaccord d’opinion, mais d’une fracture morale profonde sur la valeur accordée à la vie humaine et sur la légitimité de la violence d’État.
D’un côté, celles et ceux qui voient dans ces images une exécution, une violation manifeste des droits humains, un usage illégitime et disproportionné de la force par une institution fédérale. Pour ce groupe, le meurtre de Renee Good n’est pas négociable, ni discutable : il constitue une ligne rouge, un effondrement du principe même de protection des civils par l’État.
De l’autre, une partie de la population adopte une lecture radicalement opposée. Elle félicite l’agent, justifie les tirs, blâme la victime. Les commentaires parlent de « danger », de « désobéissance », de « risque assumé », allant jusqu’aux pires des insultes à l’encontre de cette femme assassinée. Dans ce récit, la question n’est plus de savoir pourquoi un agent tire trois balles dans le visage d’une civile, mais pourquoi cette dernière ne s’est pas soumise immédiatement à une milice connue pour ses arrestations arbitraires violentes.
Ce basculement est central. La violence n’est plus perçue par cette fraction de la société comme un échec du système, mais comme une solution. Pire : comme une réponse éthique acceptable à un monde présenté comme menaçant. La mort cesse d’être un interdit et devient un outil de régulation sociale.
Hannah Arendt parlait de la banalité du mal pour décrire l’obéissance routinière à des systèmes meurtriers, exercée non pas par des figures monstrueuses mais par des personnes ordinaires. Dans le cas présent, ces individus ne se contentent pas d’adhérer aux discours dominants, mais vont jusqu’à applaudir le meurtre au nom de la « sécurité ». À ce stade, la violence d’État n’a plus besoin de se justifier par le droit ; elle se justifie par la peur et la haine.
Ces réactions pro-ICE ne relèvent pas d’une simple bêtise individuelle. Elles sont le produit d’une socialisation autoritaire : peur entretenue en continu, discours sécuritaires omniprésents, désignation constante d’ennemis intérieurs, intériorisation de la menace comme horizon permanent. Dans ce cadre, l’identification au pouvoir armé devient une stratégie psychologique de survie. L’adhésion à la violence d’État n’est pas une dérive personnelle, mais un apprentissage collectif, où la soumission est présentée comme condition de sécurité. La violence institutionnelle ne tient pas seulement par les armes, mais par les esprits qu’elle façonne.
Pour comprendre le meurtre de Renee Good, il est indispensable de le replacer dans le cadre institutionnel qui l’a rendu possible. L’ICE n’est ni une police locale, ni une armée régulière. C’est une force fédérale militarisée, dotée de larges pouvoirs, opérant dans l’espace civil, et bénéficiant d’un régime d’exception en matière de contrôle et de responsabilité.
Depuis des années, cette institution est connue pour ses rafles arbitraires, ses détentions sans mandat, ses violences physiques et psychologiques, et la mort de civils lors d’opérations présentées comme « administratives ». Ces violences sont répétées, institutionnellement protégées, et rarement sanctionnées. L’impunité n’est pas un dysfonctionnement du système, elle en est une condition de fonctionnement.
Depuis septembre 2025, les agents de l’ICE ont tiré sur neuf personnes. En outre, 32 personnes sont mortes en 2025 dans des centres de détention ICE, faisant de cette année la plus meurtrière depuis plus de vingt ans. Dans ce contexte, le meurtre de Renee Good ne constitue pas une rupture, mais une manifestation visible d’un régime de violence déjà installé. Ce qui change ici, ce n’est pas la nature de la violence, mais sa visibilité. Les images existent. Elles circulent. Elles empêchent l’effacement immédiat du crime.
Si l’assassinat de Renee Good a été médiatisé à grande échelle, de nombreux meurtres commis lors d’opérations de l’ICE restent largement invisibles. Absence de vidéos. Victimes racisées. Aucun relais médiatique national. Pas de noms retenus, pas de récits construits, pas de débats publics. Ces morts ne deviennent jamais des affaires, encore moins des scandales.
C’est là que se joue une hiérarchie fondamentale. La philosophe Judith Butler a montré que toutes les vies ne sont pas reconnues par la société comme également dignes d’être pleurées. Certaines morts accèdent au statut de tragédie publique ; d’autres restent structurellement inaudibles. La visibilité accordée à Renee Good révèle en creux celles et ceux qui meurent hors caméra, sans indignation collective, sans mémoire.
Si ce meurtre choque autant, ce n’est donc pas parce qu’il serait exceptionnel, mais parce qu’il transgresse une frontière implicite : celle qui séparait jusqu’ici les vies exposées à la violence d’État dans l’indifférence générale, et celles qu’une part de la société accepte encore de reconnaître comme dignes de protection. La violence de l’ICE ne commence pas avec Renee Good. Elle devient simplement, cette fois, impossible à ignorer.
Dans l’affaire Renee Good, les vidéos sont un élément politique central. Sans ces images, le meurtre aurait très probablement suivi le parcours ordinaire des violences d’État : un communiqué laconique, une enquête interne, un classement sans suite, puis l’oubli. La caméra ne change pas la nature de la violence, elle en modifie radicalement le destin social.
Filmer des violences étatiques est devenu un contre-pouvoir minimal et ce, à travers le monde entier. Précaire, imparfait, mais parfois décisif. En enregistrant une intervention de forces armées, les témoins ne produisent pas un spectacle : ils produisent une trace. Une preuve qui empêche l’effacement immédiat, qui conteste le monopole institutionnel du récit, et qui oblige l’État à se justifier là où, d’ordinaire, il ne rend de comptes à personne.
Cette centralité des images explique pourquoi les forces de l’ordre cherchent systématiquement à éloigner les témoins, à encercler les scènes, à confisquer les appareils ou intimider celles et ceux qui filment. Ce n’est pas la violence qui pose problème, mais sa visibilité. Tant qu’un acte n’est pas documenté, il peut être nié, reformulé, administré. Avec des images, le mensonge devient plus coûteux, plus fragile, plus visible. La vidéo ne garantit pas la justice, mais elle rend son effacement plus difficile.
La violence exercée par l’ICE s’inscrit dans une logique structurelle où certaines populations sont historiquement plus exposées que d’autres. Avant tout, les opérations de l’agence ciblent prioritairement des quartiers populaires et racisés, où la présence armée fédérale est devenue routinière. Ce sont ces territoires qui servent de laboratoires à une violence normalisée, rarement médiatisée, presque jamais sanctionnée.
À cette dimension raciale s’ajoute une dimension genrée. L’insulte sexiste proférée par l’agent après les tirs ne relève pas d’un simple débordement émotionnel. Elle fait partie d’un registre de domination bien identifié. Cette violence genrée touche de manière spécifique les femmes qui contestent l’autorité, qui occupent l’espace public, qui refusent la soumission immédiate. Elle s’inscrit dans une longue histoire de répression des femmes perçues comme indisciplinées, trop visibles, trop autonomes.
D’autre part, il y a aussi la dimension biphobe à l’égard de Renee Good. Les identités LGBTQIA+ sont régulièrement effacées des récits officiels, minimisées ou instrumentalisées. Les personnes queer, lorsqu’elles se heurtent à l’appareil répressif, sont perçues comme déviantes, instables ou menaçantes par essence. Cette perception alimente non seulement la violence institutionnelle, mais aussi les réactions sociales qui la légitiment : insultes postérieures au meurtre, justification de la mort, discours affirmant que la victime « l’a mérité ». La violence ne s’arrête pas au tir ; elle se prolonge dans les mots, où la déshumanisation sert à rendre la mort acceptable.
Ce qui rend cette violence particulièrement inquiétante, c’est sa normalisation progressive. Ce qui aurait suscité une indignation unanime il y a encore quelques années est de plus en plus traité comme un fait divers. La tolérance sociale à la violence d’État s’élargit. Et avec elle, le champ de ce qui peut être infligé à certains individus sans que la société ne s’en émeuve durablement.
Pierre Bourdieu montrait que l’ordre social le plus efficace est celui qui parvient à se faire oublier comme ordre, à apparaître comme naturel. Les réactions au meurtre de Renee Good signalent précisément ce basculement. La violence d’État n’est plus seulement exercée : elle est intégrée, rationalisée, parfois revendiquée. Lorsqu’une partie de la société cesse de demander pourquoi l’État tue et commence à expliquer pourquoi il avait raison de le faire, la domination a franchi un seuil décisif.
Cette affaire met en lumière une fascisation galopante du régime américain. Non pas un fascisme surgissant brutalement, mais un fascisme de gouvernement, progressif, normalisé. Ses traits sont désormais visibles : culte de la force, glorification du chef, désignation obsessionnelle d’ennemis intérieurs, attaques aux droits fondamentaux des minorités, réécriture de l’histoire, déploiement de milices fédérales hors de tout contrôle démocratique, criminalisation des opposants et mépris assumé pour les normes juridiques, sans oublier la façon dont le pouvoir désigne les ennemis intérieurs.
La rhétorique officielle et médiatique des États-Unis continue de focaliser sur une menace fantasmée de « gauche radicale » pour détourner l’attention de la violence réelle et mortifère – qu’elle soit extrême-droitière ou étatique – vers une gauche qui, dans les faits, est loin de représenter la majorité des violences idéologiques.

D’autre part, Donald Trump affirme tranquillement qu’il n’a besoin ni du droit international ni d’autre limite que sa « propre moralité ». Ainsi, il énonce la doctrine en place. Celle de son pouvoir personnel sans contre-poids.
Le fascisme commence lorsque l’exception devient la règle, lorsque les exécutions sans procès sont tolérées, lorsque la présence armée dans l’espace public est normalisée, lorsque la violence d’État est présentée comme une nécessité morale. Il s’installe lorsque la haine remplace le droit et lorsque l’obéissance est vendue comme condition de survie.
Le danger n’est pas seulement que l’État tue. Le danger est qu’il tue avec l’assentiment. Ce qui est mis à l’épreuve ici n’est donc pas seulement l’État de droit, mais la conscience collective. Une société qui accepte que certaines vies soient sacrifiables, que certaines morts soient discutables, a déjà intégré les logiques fascistes, même si elle refuse encore de les nommer. Face à cela, de nombreux·ses Américain·es poursuivent leur résistance.
– Elena Meilune
Photo de couverture : Renee Good, filmée par l’agent de l’ICE, quelques instants avant d’être assassinée.
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Mauricette Baelen
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici les 10 bonnes nouvelles de la semaine. 1. Royaume-Uni : interdiction de la publicité pour les produits trop gras, salés ou sucrés Au Royaume-Uni, la publicité pour les produits trop gras, salés ou sucrés est interdite depuis lundi à la télévision avant 21 heures. […]
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Au Royaume-Uni, la publicité pour les produits trop gras, salés ou sucrés est interdite depuis lundi à la télévision avant 21 heures. La mesure vise à lutter contre l’obésité infantile, qui touche 22 % des enfants à l’entrée en primaire et près de 36 % à 10-11 ans. Selon le gouvernement britannique, cette interdiction pourrait éviter 20 000 cas d’obésité par an. En France, des tentatives similaires ont jusqu’ici échoué. (Reporterre)
Dans le bassin minier du Pas-de-Calais, les agglomérations de Lens-Liévin, Hénin-Carvin et Béthune-Bruay ont lancé un vaste réseau de transports publics gratuits. Les bus sont gratuits pour tous les usagers, tandis que le train est gratuit pour les habitants du territoire, sous conditions. Le dispositif concerne près de 650 000 habitants. (Politis)
3. Norvège : près de 100 % de voitures neuves électriques
En Norvège, 95,6 % des voitures neuves immatriculées en 2025 sont électriques, un niveau proche de la généralisation. Cette transition repose sur de fortes incitations publiques financées par la rente pétrolière (avantages fiscaux, malus sur le thermique, réseau de recharge dense). Malgré leurs impacts, les véhicules électriques émettent 2 à 3 fois moins de CO₂ que les voitures thermiques sur l’ensemble de leur cycle de vie. (TV5monde)
4. Congo : des habitants replantent des arbres pour sauver leur île
Sur l’île d’Idjwi, au Congo, des habitants se mobilisent pour replanter des arbres après des années de déforestation liée au charbon de bois et à l’extraction de sable. Portées par des associations de femmes, des écoles, des églises et une radio communautaire, ces initiatives visent à lutter contre l’érosion, les inondations et la perte de terres agricoles. Si la pression économique reste forte, les habitants cherchent à concilier exploitation du bois et reboisement durable. (Reporterre)
Dans la bande de Gaza, les enfants recommencent progressivement à aller à l’école depuis le cessez-le-feu. Les cours se tiennent dans des écoles partiellement détruites, encore occupées par des familles déplacées, ou sous des tentes installées dans les camps. Selon l’ONU, près de 90 % des établissements scolaires ont été visés par des attaques israéliennes depuis octobre 2023, laissant une génération d’enfants lourdement marquée par la guerre. (Politis)
En Bretagne, un martin-pêcheur d’Amérique, jamais observé officiellement auparavant en France hexagonale, a été identifié le long du canal de Nantes à Brest, près de Glomel. Probablement victime d’un accident de migration, l’oiseau attire depuis plusieurs semaines des centaines d’ornithologues venus de toute l’Europe. L’individu, un jeune mâle, semble en bonne santé et s’est adapté à son environnement, mais sa présence suscite aussi des débats sur l’afflux de visiteurs et les dérangements possibles. (Vert)
Au Pérou, deux municipalités d’Amazonie (Nauta et Satipo) ont reconnu aux abeilles sans dard le statut de sujets de droit, une première mondiale. Ces pollinisatrices essentielles obtiennent le droit d’exister, de prospérer, de vivre dans un environnement sain et d’être représentées en justice en cas de menace. La décision s’appuie aussi sur l’importance écologique et culturelle de ces abeilles pour les peuples autochtones. (La Relève et La Peste)
Sur l’atoll de Clipperton, territoire français du Pacifique nord, la LPO alerte sur une crise écologique majeure liée à l’invasion de rats noirs introduits accidentellement. Les rongeurs détruisent œufs et poussins, provoquant l’effondrement de la reproduction de plusieurs espèces d’oiseaux marins, dont certaines sont déjà proches du point de bascule. Une éradication totale des rats est jugée techniquement possible et urgente, mais elle nécessite un fort soutien logistique et politique de l’État français. (La Relève et La Peste)
Aux États-Unis, une entreprise américaine a été condamnée à verser 115 millions de dollars à une ancienne salariée pour discrimination raciale et représailles. La justice a reconnu un environnement de travail hostile et des sanctions professionnelles liées à des dénonciations internes. Cette décision judiciaire est présentée comme exemplaire. (L’Humanité)
En Colombie, le président Gustavo Petro a annoncé une hausse historique de 23,7 % du salaire minimum pour 2026, bien supérieure aux 7,21 % demandés par le patronat. Le chef de l’État affirme vouloir garantir un salaire permettant aux familles de vivre dignement, et non simplement de survivre. Cette décision, prise fin décembre, suscite une vive opposition des employeurs, mais s’inscrit dans la ligne sociale assumée du gouvernement Petro. (L’Humanité)
– Mauricette Baelen
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Mauricette Baelen
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine. 1. Venezuela : un retour à l’ère coloniale à Caracas, au Venezuela, la capture du président Nicolás Maduro par des forces spéciales américaines est qualifiée d’acte colonial pour s’approprier le pétrole du pays qu’elles considèrent […]
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à Caracas, au Venezuela, la capture du président Nicolás Maduro par des forces spéciales américaines est qualifiée d’acte colonial pour s’approprier le pétrole du pays qu’elles considèrent comme le leur. La communauté internationale met du temps à réagir, ce qui fragilise le droit international. Un grand classique des États-Unis, en somme. (Les2rives)
Depuis les manifestations agricoles en France, des contenus sur TikTok, X et d’autres plateformes utilisent des vidéos générées par IA et de faux comptes pour amplifier et déformer le mal-être des agriculteurs. Un phénomène qui nuit au débat public en mélangeant information et manipulation. (Vert)
Le gouvernement Trump a annoncé l’arrêt de tous les projets d’éoliennes offshore aux États-Unis, une décision qui remet en cause les objectifs climatiques nationaux et ralentit le développement des énergies renouvelables en mer. Les acteurs du secteur dénoncent un manque de vision à long terme face aux urgences climatiques. (France culture)
Aux Pays-Bas, le gouvernement a décidé d’interdire les feux d’artifice pour les particuliers afin de protéger les animaux domestiques et sauvages, causant stress et blessures importantes. Les feux d’artifice resteront possibles uniquement via des événements professionnels ou publics contrôlés. L’interdiction est saluée par les associations de protection animale. (Radio Contact)
En France, le programme EVARS (Éducation à la Vie Affective, Relationnelle et Sexuelle) a été discrètement retiré de certaines écoles du fait de pressions politiques et sociales. Le Planning familial, partenaire historique des actions d’éducation sexuelle, a été marginalisé dans ce processus. Des enseignants et des associations dénoncent un affaiblissement de l’accès à une information complète sur les relations, la sexualité et le consentement. (basta)
Trump a signé un décret ordonnant le retrait des États-Unis de 66 organisations internationales, dont plusieurs liées à l’ONU et au climat, comme la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques et le Giec. Son administration justifie ces retraits par la défense de « l’Amérique d’abord » et le rejet de ce qu’elle qualifie d’idéologie progressiste. Des juristes contestent la légalité d’une sortie unilatérale de la CCNUCC sans vote du Sénat. (Vert)
Les ruptures conventionnelles de CDI pourraient disparaître dans la réforme de l’assurance chômage. Le gouvernement souhaite limiter son usage, jugé coûteux pour le régime d’indemnisation et susceptible d’abus, afin de réaliser des économies importantes sur les dépenses sociales. Ce mécanisme, très utilisé et intégré depuis 2008, représente une part notable des fins de contrat en France. (L’humanité)
Deux nouveaux décrets à propos des PFAS : 1/ l’interdiction progressive de certains usages non essentiels de PFAS dans des produits du quotidien comme les cosmétiques, textiles ou emballages. 2/ Surveillance des rejets industriels, en obligeant les sites concernés à mesurer et à déclarer leurs émissions de PFAS. Des mesures encore trop insuffisantes face à l’ampleur et la dangerosité du problème. (Vert)
Depuis lundi, la grève nationale des médecins libéraux touche cabinets privés et consultations de ville. De nombreux cabinets restent fermés et certaines opérations programmées sont reportées, entraînant des perturbations dans l’accès aux soins. Les médecins dénoncent des conditions de travail dégradées et des réformes jugées défavorables, tandis que l’ARS conseille la population sur les alternatives. Soutien ! (Basta!)
Au sommet de la coalition de soutien à l’Ukraine à Paris, la France et le Royaume-Uni ont déclaré être disposés à déployer des troupes pour garantir un éventuel cessez-le-feu avec la Russie, dans l’hypothèse d’un accord futur. Les États-Unis, eux, seraient prêts à assurer une surveillance sans déployer de forces terrestres. L’annonce vise à renforcer la posture de dissuasion dans le cadre de la guerre en Ukraine. (Mediapart)
Mauricette Baelen
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