31.08.2026 à 17:30
Tristan Nitot
Lecture super intéressante de cette interview de Paul Klotz, essayiste : « La solitude est devenue une ressource délibérément recherchée et exploitée par les acteurs du numérique ».
En substance, pour maximiser leurs revenus, basés sur la publicité ciblée, les réseaux sociaux (mais pas que, les Youtube et Tiktok & co aussi) ont compris qu’il fallait que les gens restent scotchés à leurs écrans le plus possible, pour consommer le plus de pub possible. C’est ce qu’on a appelé l’économie de l’attention. Comme cela fonctionne sur la captation de données personnelles (plus on capte de données personnelles, plus on sait ce qui vous intéresse et plus vous cliquez sur les pubs), on a aussi appelé cela le capitalisme de surveillance. Des astuces pour vous garder captif, comme le scroll infini ont été développées. Au final, cela crée une addiction, et c’est bon pour les affaires (mais pas pour les gens). Et plus on subit cette addiction, plus on est dans la solitude. Miracle du capitalisme, on peut faire plus de business avec les gens souffrant de solitude (qui empire à cause des réseaux sociaux) : on leur vend plus de choses en ligne pour alléger leur misère, et maintenant, avec l’IA, on peut aussi leur vendre des compagnons virtuels (des genres d’amis imaginaires, mais à base d’IA). Mais Paul Klotz l’explique mieux que moi (j’ai ajouté le gras) :
Extraits :
Je définis le « capitalisme de la solitude » comme un système économique dans lequel la solitude est passée du statut de phénomène non intentionnel à celui de ressource délibérément recherchée et exploitée. Il est principalement le fait des acteurs du numérique dont les services produisent de la solitude, l’entretiennent et en tirent profit, notamment avec les réseaux sociaux ou les « compagnons IA ». Ce système n’est pas le fruit du hasard ou des circonstances : même s’il est formellement impossible d’établir une intentionnalité, plusieurs indices convergents démontrent qu’il y a un intérêt économique à la création et à l’alimentation de l’isolement. Le modèle économique des plateformes, on le sait, repose sur le temps d’usage de l’utilisateur. Plus il passe de temps à surfer et à scroller sur un réseau, plus il livre de données personnelles qui seront revendues à des annonceurs voulant acheter son attention. Or, pour maximiser ce temps d’usage, il faut mettre en place des mécanismes addictifs qui éloignent l’utilisateur de ses sociabilités réelles. Ainsi, le premier maillon du système produit de l’isolement, puisque l’utilisateur est littéralement captivé : à mesure qu’il scrolle, ses compétences relationnelles s’atrophient, et le coût de sortie de la plateforme devient de plus en plus élevé. Ensuite, une personne seule a davantage de valeur sur le « marché de l’attention », et cela pour deux raisons : elle produit un volume de préférences plus dense, donc davantage d’annonceurs se la disputent, et son isolement prédit également une consommation matérielle future plus grande. L’utilisateur seul est donc celui qui génère le plus de revenus pour la plateforme. Enfin, troisième canal : la tech vend des services payants contre la solitude, promettant aux utilisateurs de sortir de l’isolement qu’elle a elle-même créé. C’est le rôle des applications de rencontre, des sites pour se faire des amis, ou plus récemment des compagnons IA, ces agents conversationnels spécifiquement conçus pour créer et entretenir des relations affectives. Le fonctionnement de ces « compagnons », dont le modèle économique repose sur l’aspiration d’un maximum de données de l’utilisateur, est élaboré pour créer un véritable verrou émotionnel dont il est difficile de sortir. L’impact est considérable : aux Etats-Unis, 20 % des adolescents disent préférer passer du temps avec une intelligence artificielle (IA) plutôt qu’avec un camarade. En France, selon le Baromètre du numérique − cité dans une note du Crédoc de juin intitulée « L’IA émotionnelle, un ami qui vous veut du bien ? » −, 23 % des moins de 40 ans disent recourir à une IA comme « soutien psychologique », « ami », ou « amoureux ».
31.08.2026 à 16:56
Tristan Nitot
29.06.2026 à 11:24
Tristan Nitot

31.05.2026 à 20:22
Tristan Nitot
28.05.2026 à 17:00
Tristan Nitot
Question lancinante (avec l’introduction en bourse dans quelques jours de SpaceX) s’il en est, avec un nouveau papier : Will We Really Put Data Centers in Space? (va-t-on mettre des datacenters dans l’espace ?). Ledit papier dit en gros oui, on pourrat mettre à court terme (2030) des datacenters dans l’espace. Mais le nombre de conditions assorties est tout simplement vertigineux. En voici quelques unes :
Si on accepte que tout le datacenter soit jetable après une durée de vie de 5 ans (même approche que Starlink, dont les satellites sont jetables au bout de 3 à 5 ans). Donc mettre des panneaux solaires jetables, des GPU jetables etc. Et quand c’est fini, on le jette où ? Dans l’atmosphère terrestre. Et c’est catastrophique. Ou bien le satellite reste en place et devient une menace pour les autres.
Il y a quantité de problèmes non mentionnés :
le coût environnemental et carbone des très nombreux lancements ;
Bref, 5 mois plus tard, même si Elon Musk parie que cela va être la plus grosse introduction en bourse, d’après moi c’est toujours non : Mettre un datacenter dans l’espace n’a pas de sens. Par contre on pourrait y envoyer les plus gros baratineurs. Ça, ce serait possible.
30.04.2026 à 09:48
Tristan Nitot
Le Shift project publie un nouveau rapport pour réussir la transition écologique. Réussir la transition dans l’incertitude : la méthode Shift en 20 chantiers. Extrait :
Une vingtaine de chantiers prioritaires ont été sélectionnés pour leur rôle central dans la réussite de la transition bas-carbone de la France. Chaque chantier explore les conditions indispensables de succès comme les points de fragilité (main d’œuvre, dépendances énergétiques ou matérielles, faisabilité) susceptibles de compromettre nos objectifs climatiques nationaux.
14.04.2026 à 10:21
Tristan Nitot

Il y a quelques jours, dans le cadre de la conférence Duck Conf’, organisée par mon employeur, OCTO, où Decathlon, par la voix de son global CTO, a annoncé déployé EROOM auprès de leur 2000 développeurs. Cela a donné plusieurs articles :
Cela fait quelques années déjà que m’est venue l’idée d’EROOM et que j’en parle, mais voir l’idée devenir ainsi réalité alors qu’elle est adoptée et déployée à une telle échelle est une immense fierté pour moi !
29.03.2026 à 19:30
Tristan Nitot
L’IA, quatrième “blessure narcissique“ de l’humanité ? Alain Damasio en est convaincu. On rappellera que les blessures narcissiques (au sens collectif par l’histoire des sciences, pas psychanalytique) concernent des découvertes qui s’opposent à l’anthropocentrisme