15.10.2026 à 08:00
Le Seum est un journal pour la révolution ici et partout dans le monde. Les articles sont rédigés et discutés de manière collective. La parution est un peu chaotique. Ce journal est un outil d'agitation et de propagande révolutionnaire anarchiste-communiste. Il est gratuit et imprimé à des milliers d'exemplaires... Et peut-être bien plus, si vous nous aidez à répandre le Seum, l'imprimez et le distribuez autour de vous !
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On sort ce nouveau numéro à chaud, tandis que le mouvement parti des lycées s'amplifie et ça nous réjouit de ouf ! Ci-dessous, vous trouverez le lien vers le numéro en PDF, puis une tentative de panorama des dynamiques et perspectives du mouvement, comme part d'un cycle de lutte en cours.
Cette nouvelle saison commence fort. En quelques semaines, nous voilà face à toutes les dynamiques et les limites du paysage actuel de la lutte dans ce pays.
On l'écrivait dans SEUM #11 : le niveau de la lutte des classes dans ce cycle ouvert en 2016/18, est resté longtemps figé le jeudi 6 décembre 2018.
Ce jour-là, des flics filmaient des lycées de Mantes la jolie, mains sur la têtes, en s'exclamant « voilà une classe qui se tient sage ». C'était en plein mouvement des gilets jaunes et ce moment était le symbole d'un tournant crucial. Celui de la contre-attaque du Pouvoir.
La semaine entre le premier et le 8 décembre, trop de celles et ceux qui se tâtaient à rejoindre le mouvement, ont été refroidis devant la violence déployé quotidiennement par l'État, dans la rue face à nous et les menaces répétées dans les médias, d'amplifier encore cette violence policière jusqu'au meurtre.
Le mouvement GJ a dû faire avec la fin de son extension et peu à peu, nous somme sortis de l'offensive. Depuis, une grande partie de la classe est restée hantée par la répression des gilets jaunes.
En clair : l'État se fout des manifs
Alors beaucoup se sont précipités sur la manif de masse et en 2023 elles ont été immenses, éléphantesques, ces manifs. Tout cela dans le déni le plus aveugle d'un fait que pourtant les gouvernements de Macron, comme ceux d'avant lui, nous ont balancé avec le mépris qu'il charrient : ils s'en foutent complètement des manifs de masse, autant que des pétitions en ligne, c'est d'ailleurs au fond un peu la même chose.
Jusqu'à ce que ce mépris éclate à coup de 49.3, que le déni craque et que la rue se radicalise au bout de deux mois d'un mouvement des retraites très passif.
Mais presque aussitôt, il y a eu Sainte Soline, la manif contre les mégabassines, où la répression s'est refermée comme un piège sur toute une fraction, parmi les plus à l'offensive, du mouvement des retraites. Et là aussi, à Sainte Soline et face au mouvement des retraites, le spectacle de la répression autant que ses conséquences pour les blessés, ont joué le rôle attendu par l'État : le retour à l'ordre.
Et la révolte pour Nahel a surgi
Pourtant, à peine quelques mois plus tard, l'offensive a repris. Et elle est partie des jeunes prolétaires, des quartiers périphériques. Ils et elles se sont reconnus en Nahel et se sont soulevés contre la police et son État, contre le racisme et l'oppression, poussant le curseur de la lutte des classes peut-être plus haut encore que durant les premières semaines du mouvement GJ. Des centaines, des milliers de pillages, d'attaques de bâtiments... Mais le mouvement est resté isolé. Et cette offensive n'a duré que quelques jours de flammes. Comme durant les émeutes 2023, la dynamique de la lutte part des jeunes, et en particulier des jeunes prolétaires de l'enseignement professionnel et techniques, celles et ceux promis à l'auto-entreprise, à l'apprentissage, méprisée par le pouvoir et ses flics, sous la chape de plomb d'une répression toujours plus violente et raciste. Et comme un incendie, la colère se répand ensuite a l'ensemble des lycées, des universités, jusqu'à faire trembler l'État et c'est beau.
Bien sûr, il y a un contexte.
L'été 2026 fut étouffant, comme une fenêtre sur un futur où l'on suffoque, chez soi, au taf ou dans les établissement scolaire et jusqu'aux prisons et aux Ehpad. La répression s'accroît toujours d'avantage. L'État interdit toujours plus et cible les jeunes pour leur « apprendre la vie » à sa manière sadique. Car il pue fort tout de même, ce sadisme, dans les médias, chez les politiciens et les flics.
Ces gens-là bandent de joie mauvaise en promettant les pires traitements à toutes celles et ceux qui osent braver un tant soit peu l'ordre social. Voici une composante fondamentale d'une ambiance fasciste et autoritaire contre laquelle cette révolte se lève. La classe dirigeante n'a plus à offrir que des coups, en particulier à la génération qui vient. C'est la matraque comme seule réponse tandis qu'autour de nous tout se dégrade.
La répression est leur seule langage
Nous n'avons pas donné de chiffres encore, car ils ont beaucoup circulé et sont amenés à évoluer vite. Mais ceux-ci sont brutaux et témoignent que refermer le couvercle de l'ordre demande à l'État d'accroître toujours plus le niveau de sa violence. Les milliers d'arrestations, les centaines de blessés, c'est le pouvoir qui nous crie en boucle depuis bientôt 10 ans qu'il ne reculera que contraint par la force.
Et cela prend une résonance particulière en ce moment précis où l'État boucle son budget. Car il faut bien comprendre que du point de vue des dirigeants, l'enjeu c'est d'accroître encore l'austérité. D'attaquer encore les allocations chômage, les retraites, la sécu, l'hôpital. De nous appauvrir encore tout en préparant l'armée à la guerre. Que pour ces gens, il n'y a pas d'alternative, d'autant qu'une crise de la dette menace.
Et il ne faut pas s'y tromper. Comme on l'a vu suite au soulèvement au Chili en 2019, à celui en Colombie en 2022, aux USA après Georges Floyd : l'espoir, la confiance en la gauche, l'idée que son arrivée au pouvoir puisse être une solution après l'échec d'un cycle de lutte, ne fait partout que préparer le terrain à l'extrême droite en désarmant la rue, en aspirant une partie des forces des mouvements tout en réprimant les irrécupérables.
Et cela doit nous préoccuper car on l'a vu mardi 6 octobre lors des grandes manifs, le réflexe de la canalisation du mouvement vers la mobilisation encadrée et balisée semble fonctionner encore.
En persistant à ne proposer qu'une sortie de crise au pouvoir, la gauche démontre une fois de plus qu'elle n'a aucune volonté réelle de s'y confronter. Et ce qui est vrai alors qu'elle est dans l'opposition le sera aussi si elle arrive pouvoir. Elle nous demandera aussi de manifester dans les clous, de ne pas nous défendre et plutôt de laisser faire… la police.
Encadrer c'est aussi réprimer
Les « jolies images » de chaînes humaines, de casques et de brassards blancs, ne sont pas qu'un spectacle « bon enfant ». Il s'agit surtout d'un encadrement réel, qui se joue dans les négociations avec les préfectures comme dans l'injonction à ce que les familles fasse un travail de pacification.
Et ça marche, du fait de la sidération qu'induit la hausse du niveau de violence des flics, toute une partie de la population y est sensible. Et il n'est pas impossible que ce bloc de l'impuissance sorte renforcé du mouvement actuel.
Plus de cartes dans les organisations, plus de likes, plus de follows et demain de suffrages. Et pendant ce temps, les enragées, qui sont le cœur et la dynamique de ce mouvement comme de tous les autres, continuent à être réprimés.
Alors à toutes celles et et ceux qui doutent, à toutes celle et ceux qui sont prêts à l'entendre, disons-le : on ne fera pas cesser la répression en nous tenant sage, cela ne fera qu'encourager l'État à continuer. Ils continueront tant que ça nous « calme ». Seule la force de la rue peut empêcher la catastrophe capitaliste et son évolution fasciste de s'abattre sur nous.
Mais ce que montre aussi et surtout le mouvement en cours, c'est une ambiance, un air du temps, qui tranche avec la résignation. Face à cette catastrophe qui s'étend et qui s'appelle le capitalisme, la lutte existe, vit, se répand et avec elle la drôlerie et la joie.
Comme durant la révolte pour Nahel, malgré la cruauté de la répression, malgré les blessures, malgré tout, les vidéos hilarantes de ce mouvement sont légions et en montre l'immense vitalité.
La résignation n'est tout simplement pas une option.
Face à ce présent capitaliste invivable et sans avenir, une génération de lutte est en train de se construire politiquement, portant en elle une dynamique autonome et révolutionnaire conséquente.
14.10.2026 à 20:00
En début de semaine, nous avons partagé sur Paris Lutte Infos un compte rendu de la répression de ces dernières semaines. Nous pensons qu'il est important de compléter ce compte rendu par une proposition stratégique pour la suite. En effet, la répression ne va sûrement pas diminuer car la lutte non plus !!!
En début de semaine, nous avons partagé sur Paris Lutte Infos un compte rendu de la répression de ces dernières semaines. Nous pensons qu'il est important de compléter ce compte rendu par une proposition stratégique pour la suite. En effet, la répression ne va sûrement pas diminuer car la lutte non plus !!!
Depuis 2 semaines la legal team de Paris IDF est aux côtés des lycéens.ne.s qui subissent la répression policière, judiciaire et administrative.
Selon nous ces répressions ont un objectif commun : traumatiser les jeunes et les isoler pour les empêcher de recommencer. Pourquoi ? Car la justesse de leur engagement et sa spontanéité inquiète le pouvoir.
Pour éviter que cet isolement ne fonctionne la Legal Team Paris IDF utilise la défense collective. Qu'est ce que c'est ? Tout simplement le fait qu'on ne laisse personne solo face à la répression (caisse de solidarité qui prend en charge les frais d'avocat.e) et qu'on ne se tape pas entre nous pour se défendre (principe de non différenciation, autrement dit on fait pas de différence entre un.e « gentil/le manifestant.e pacifique » et un.e « grand méchant black bloc » pour reprendre les termes du pouvoir ;) !)
Depuis la création de la Legal Team Paris IDF en 2016 nous soutenons que la défense collective doit impérativement désacraliser le rôle des professionnel.le.s du droit dans sa pensée et son application. C'est la raison pour laquelle des militant.e.s sont présent.e.s tout au long de la procédure pour que les stratégies de défense soient pensées collectivement avec la personne réprimée, lae militant.e et l'avocat.e.
La situation actuelle nous rappelle cette nécessité de ne pas dépendre des professionnel.le.s du droit.
En effet, depuis deux semaines les avocat.e/s de confiance avec lesquel.le.s on travaille donnent tout ce qu'iels peuvent pour accompagner judiciairement les personnes réprimées et nous sommes très heureux.se.s de militer à leurs côtés. Iels se sont déplacé.es dans toute l'Ile-de-France pour des gardes à vue et des déferrements.
Mais aujourd'hui, compte tenu de l'ampleur de la répression et du nombre historique d'interpellations, iels ne sont pas suffisamment pour être présent.e.s sur chaque GAV et chaque déferrement pour lesquel.le.s le numéro de téléphone de la Legal Team est appelé.
Nous sommes à chaque fois honnêtes sur nos forces numériques. Nous informons les proches qui appellent si aucun.e avocat.e ne pourra se déplacer et nous conseillons de tenter auprès d'autres collectifs qui appliquent la non différenciation et les mêmes principes de base (le silence) si iels veulent absolument désigner un.e avocat.e pour la GAV.
Cette situation de fait nous pousse donc à rappeler que l'antirépression n'est pas conditionnée aux professionnel.le.s du droit et qu'il est impératif de se former collectivement pour s'autonomiser en la matière.
Ainsi on souhaite mettre l'accent sur l'importance de diffuser au maximum les conseils antirépression en garde à vue :
Il est primordial que ces réflexes soient le plus possible connus de toustes. En effet si on a toustes les bons réflexes en GAV l'avocat.e n'est plus indispensable. Le recours à un.e professionnel.le du droit est toujours possible en cas de poursuite de la procédure évidemment, devant lae procureur.e ou le tribunal.
Nous tenons à bien préciser que le numéro de téléphone de la legal team reste disponible et nous vous conseillons toujours de l'appeler si vous êtes témoin d'une interpellation (et non en garde à vue !) : 07 52 95 71 11. Des militant.es vous répondront et seront là pour vous accompagner et vous aiguiller.
Continuez de désigner Alice BECKER et Alexis BAUDELIN (barreau de Paris) si vous êtes placé.e en GAV, iels et tous.te.s les avocat.e.s mobilisé.e.s feront le maximum pour être présent.e.s pour chaque désignation.
Nous restons toustes engagé.e.s dans la lutte contre la répression du mouvement et les avocat.e.s feront le maximum pour venir vous défendre au stade de la GAV, du déferrement, d'un procès ultérieur ou, pour les personnes étrangères d'une OQTF et/ou d'un placement en Centre de Rétention Administrative.
Seulement il nous paraissait important de rappeler que stratégiquement il est primordial de mettre l'accent sur l'autoformation et l'intégration collective des bons réflexes pour se défendre !
Solidairement,
La LT
Rubrique «À LIRE AILLEURS»