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23.10.2026 à 10:17

Enfouissement – Désenfouissement

Régis Portalez

Tout est parti de Mayotte. À partir du 31 août, le lycée du Nord, à Acoua, a été bloqué pendant 5 semaines par élèves, parents et professeurs. Seulement voilà : … Continuer la lecture de Enfouissement – Désenfouissement

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Texte intégral (2481 mots)

Crédits : taranis news
Tout est parti de Mayotte. À partir du 31 août, le lycée du Nord, à Acoua, a été bloqué pendant 5 semaines par élèves, parents et professeurs. Seulement voilà : Mayotte, la République « Une et Indivisible » s’en fout. Si bien que les journaux, les télévisions de cette République s’en foutent aussi. Si le Telegram du ministère ne leur a pas envoyé de notification, pourquoi les journalistes iraient-ils parler d’un territoire enfoui sous des décennies (quasi deux siècles) de silence colonial ?

Puis c’est parti aux Antilles et dans d’autres territoires ultra-marins. La République, toujours « Une et Indivisible », s’en fout aussi. Quand elle s’occupe de « là-bas », c’est pour envoyer la CRS8 en goguette tester les nouveaux blindés centaures et, bien sûr, enfouir les revendications (pollution, eau, coût de la vie, etc.) sous des orages de lacrymogène.
C’est ensuite arrivé à Créteil (pendant que ça continuait outre-mer). C’est très près de Paris mais trop loin de l’Elysée et du siège de France Info pour qu’on en parle. Sans doute une dépêche AFP a-t-elle été traitée par IA.

Avec l’extension à toute l’Ile-de-France puis à toute la France, dans un contexte déjà marqué de tension sociale, les journalistes ont enfin parlé des blocages et des premières dégradations de poubelles. Mais ils ont surtout présenté l’analyse du ministre de l’Éducation et celles de ses prédécesseurs, tous autant qu’ils sont responsables de la situation.
Les revendications elles (remplacement des professeurs absents, remise en état du bâti, suppression de Parcoursup, etc.), ont été opportunément enfouies sous une épaisse couche de paternalisme bourgeois : « ce sont des fainéants », « ils ont le droit de se taire en classe », puant la lacrymogène et la matraque.

Arrive donc le 17 octobre (auquel les gilets jaunes appelaient depuis un mois, dans la foulée des appels lycéens et étudiants à une journée nationale). Après donc presque deux mois de silence du ministre de l’Éducation et de répression par celui de l’Intérieur. Après surtout 9 ans de mandats de Macron.

Mandats qui auront vu les pétitions ignorées, les grandes conférences pour le climat piétinées, les grandes causes du quinquennat oubliées, les grandes manifestations pacifiques méprisées, les grands débats étouffés et les législatives bafouées par la nomination de ministres issus des partis perdants.

Mandats qui auront vu l’inflation, 1000 milliards de dette supplémentaire, la dégradation des services publics, la baisse des salaires, l’augmentation des loyers, la baisse des embauches, l’enrichissement indécent des riches, l’humiliation internationale, les morts et mutilations policières, la collaboration génocidaire…
Un tel bilan devrait être répété par les journalistes à chaque fois qu’un membre du gouvernement prend la parole.

Le 17 octobre donc, sans surprise, se passe de la seule façon possible dans un contexte pareil : violemment. Quand rien ne va nulle part ni pour personne et que toutes les options institutionnelles ont été épuisées, il ne reste que la rage.
Rage à laquelle le pouvoir répond systématiquement par la surenchère.

D’un côté : deux morts et plusieurs mutilés.

De l’autre : des vitrines brisées, de la marchandise volée, des poubelles renversées, une mairie brûlée.

Chacun choisira son indignation.

Les journalistes et les politiciens conservateurs ont choisi la leur : les vitrines et la mairie. Quel meilleur moyen d’enfouir TOUT le reste ? Tout le monde aime les « petits commerçants », ergo : personne n’aime les vilains casseurs.
Alors on oublie le prix de l’essence, le prix de l’alimentation, le montant des loyers, les canicules, les tempêtes et les inondations, les revendications lycéennes et étudiantes, les mutilés, les morts. On oublie tout et on parle des vitrines. Enfouissement global dans la réponse sécuritaire préparée depuis des années sur Cnews. Alors aussitôt on à l’Intérieur, on prépare le RAID et la BRI pendant qu’à la Justice les parquets embastillent à tour de bras (« quatorze mois de prison ferme requis contre un homme qui a ramassé une boîte de lait infantile en passant devant une pharmacie en cours de pillage » nous apprend Lisa Guillemin au milieu d’un nombre incalculable de tels exemples arbitraires).

Et puis il y a l’Ultra-Gauche. On ne sait pas trop ce que c’est (à tout casser 5000 autonomes, antifascistes – quel mal à ça ? et autres situationnistes aux dires même du ministère de l’Intérieur). Alors on y met LFI. Et on ordonne aux renseignements territoriaux de dire que LFI pilote les émeutes (cf. l’enquête Mediapart). Enfouissement sous une avalanche de fake news reprises par des journalistes incompétents, complices ou excessivement bêtes, trumpisme en VF.

Et puis il y a le racisme. Ce bon vieux réflexe sur lequel on sait pouvoir compter en période de crise. Les vilains casseurs étaient (pour partie) issus des banlieues « donc » (pour partie) issue de l’immigration « donc » (pour partie) racisés : « les noirs et les arabes dehors » ont chanté ceux que les antifascistes n’aiment pas. En plus des « petits commerçants », deuxième raison de durcir la réponse sécuritaire. Troisième enfouissement.

Sous le verre brisé des vitrines et les manipulations politiques fascistoïdes, on peut encore voir dépasser un petit bout des revendications des lycées et de celles de tout le reste de la société. Les désenfouissant, on pourrait les tirer et tirer tout ce qui leur est rattaché, encore plus profondément enfoui par 40 ans de néolibéralisme et 400 de capitalisme. Enfouissement, désenfouissement.

Mais non. Les « petits commerçants » et les « méchants casseurs ».

Les « petits commerçants ». On pourrait en parler pour commencer. Déjà, essayer de savoir si ce sont vraiment des « petits commerçants » qui ont été visés. De ce que je vois dans les comptes-rendus de procès ou sur les réseaux sociaux, il y en a peu et majoritairement des enseignes de grands groupes internationaux : Apple, Foot Locker, Vuitton, etc. Pas vraiment des petits indépendants. Enfouissement par la médiocrité journaliste.

Il y aurait aussi à dire sur les conditions matérielles des authentiques « petits commerçants » qui payent chaque année 36 milliards d’euros de pure rente (foncier, construction et entretien du bâti déduits du loyer) à leurs bailleurs. De quoi payer de belles vitrines. Sans oublier les coûts bancaires (emprunts, transactions) et assuranciels (assureurs qui ne remboursent jamais rien qu’aux riches – ceux qui ont le temps de mener la procédure à son terme). Ni oublier la concurrence des oligopoles du e-commerce, leur surface capitalistique, leur force de frappe publicitaire et leur domiciliation fiscale étrangère (qui ont par ailleurs fait fermer la moitié des commerces de centre-ville dans le plus grand silence de ceux qui aujourd’hui appellent à l’armée pour des vitrines). En mentionnant le coût d’autres oligopoles : les importateurs-grossistes qui contrôlent les prix et la disponibilité des stocks. Et puis la concurrence des grands groupes, précisément ceux qui chouinent le plus à la télévision sur les « petits commerçants » et trustent les emplacements prime car seuls eux peuvent se les permettre. Et enfin la rente publicitaire captée unilatéralement par Facebook et Google, indispensables si on veut être référencés, donc visités. Le tout dans un tableau d’appauvrissement de la population, donc de raréfaction de la demande.
Mais non, enfouissement par la moyenne (qui cache les rapports de classe comme disait Lénine), enfouissement par la praticité d’associer Carrefour à l’épicier du coin comme on associe Bernard Arnault au garagiste de campagne ou le propriétaire de sa résidence principale à la foncière cotée. Faisant ça, on fabrique une solidarité là où devrait exister un antagonisme. Car l’épicier du coin ne voit pas toujours qu’il est d’abord exploité par son bailleur (dans des proportions épiques), par sa banque, son assureur et ses fournisseurs, qu’il est concurrencé inégalement voire illégalement par Amazon, et que ses clients sont appauvris par la politique de Macron. Et tout ceci bien avant de voir sa vitrine brisée.

Les « casseurs » par ailleurs, on pourrait en parler aussi. L’Humanité le fait dans un article à lire absolument et intitulé « la faim a pris le dessus ». Lundi Matin l’avait fait pendant les Gilets Jaunes en donnant la parole à l’un d’entre eux, a priori le « casseur » idéal, ayant incendié gratuitement des voitures dans Paris. Il dit lui-même dans cet article : « Pourquoi ce type a cassé ? – Parce que c’est un casseur, c’est évident. » Logique qui suffit amplement à un tribunal bourgeois, à un journaliste de cour, à un politicien conservateur.
Dans les deux cas : la pauvreté sinon la misère, la lassitude.

On pourrait parler de ces conditions sociales. Du fait que la société n’offre aucun avenir autre que le remboursement de la dette publique (dont personne ne sait ce qu’elle peut financer vu que rien ne marche – si : les dividendes des grandes entreprises qui, eux, marchent très bien) ou la matraque si vous n’êtes pas d’accord. Enfouissement par l’économie de la « raison » aka la dette-ça-se-rembourse.

On pourrait parler à nouveau des lycéens qui n’ont aucune certitude sur les études qu’ils feront (même en travaillant bien). Ou des étudiants qui ne savent pas si ces mêmes études déboucheront sur quelque chose : professeur mal payé ? Intérimaire au SMIC ? Chômage ? À vous de choisir. Les taux d’embauche des jeunes s’effondrent, l’IA n’y étant sans doute pas pour rien. Et, se demandent-ils : travailler pour quoi faire ? Enrichir des riches qui détruisent le climat et leurs conditions de vie future ? Enfouissement par le mythe de la « méritocratie républicaine » d’un côté, par celui du « capitalisme vert » de l’autre.

On pourrait aussi parler des gens insérés dans l’emploi, comme la majorité des Gilets Jaunes. Aucune perspective professionnelle, salaire qui stagne qu’on accepte par peur du chômage pendant que tout augmente : essence, alimentation, loyer, etc. Qui aujourd’hui peut acheter sa résidence principale dans une grande ville, même en y travaillant ? Les héritiers. Se loger, c’est la condition primaire pour vivre, donc un droit fondamental. Pourtant ce n’est plus possible. Les gens se ruinent littéralement pour le simple fait d’habiter que ce soit par un loyer ou un emprunt. Pour le seul bénéfice d’une minorité de privilégiés héritiers et multi-propriétaires. Le coût de cette rente est de l’ordre de 130 milliards par an (déduction faite du foncier, de la construction et de l’entretien). Enfouissement par le « droit à la propriété », par « laisser quelque chose à ses enfants ».

On pourrait alors parler de la désindustrialisation qui a détruit une grande part des emplois intermédiaires, ne laissant comme choix que partir d’en bas pour y rester ou partir d’en haut pour en descendre à mesure des plans de licenciements (pardon : de sauvegarde de l’emploi) ou d’érosion salariale par l’inflation. Cette même désindustrialisation qui a vidé les banlieues de leurs bassins d’emplois : le nord de Marseille, de Lyon, de Paris ; mais qui a augmenté les marges des grands groupes, lesquels ont délocalisé. Immense ruissellement vers le haut, fiscalement et politiquement accompagné et encouragé. Enfouissement par l’économie orthodoxe et le mythe de la « destruction créatrice ».
On en arriverait alors à la question, non du « partage des richesse » mais du contrôle des moyens de production. Pourquoi tout est parti ? Parce que les gens le voulaient ? Non : parce qu’une caste de capitalistes parasitaires souhaitait voir ses profits croître. Parce que leur « propriété » est « sacrée » dans la déclaration des droits de l’Homme alors que la vie des travailleurs n’est qu’une variable d’ajustement. Si ceux-ci s’appauvrissent, l’Etat mettra en place le minimum d’aide sociale (obtenu ou accordé magnanimement par une quelconque mise en scène démocratique) pour éviter la misère donc le mécontentement. Et quand celui-ci surgira, l’Etat y mettra bon ordre par la police. Voilà le contrat social capitaliste, poussé à son extrême dans le néolibéralisme. Aux capitalistes : profits et subventions. Aux travailleurs : miettes et matraque. Enfouissement sous des décennies d’anticommunisme. Être contre ça (et pour le contrôle travailleur du travail), c’est être pour la Kolyma.

Bref, enfouissement par l’hégémonie du capital, ses curés journalistes et ses grands prêtres économistes. Farouchement gardée par police et justice. Tous étant d’ailleurs parfaitement confiants sur le fait qu’ils défendent le juste puisqu’ils défendent le « naturel » – propre de l’hégémonie – ce qui les autorise donc à tous les extrêmes.

Les lycées, les étudiants, les travailleurs et même les « vilains casseurs », eux, désenfouissent. Ils remettent en question ce « naturel ». Ils font de la politique. Qu’ils aillent aussi loin que possible dans ce sens à condition d’y aller politiquement. Car L’Etat bourgeois pourrit sur pied et son hégémonie avec lui. C’est le moment de tirer toutes les chaînes logiques possibles, de tout remettre en question, de proposer mieux, de changer pour de bon.

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29.08.2026 à 17:30

Mesures d’urgence

Régis Portalez

Ce texte présente les mesures d’urgence que pourrait présenter un gouvernement révolutionnaire communiste. Préambule L’été 2026 a mis en évidence, en réalité, les alarmes que la communauté scientifique s’épuise à … Continuer la lecture de Mesures d’urgence

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Texte intégral (3220 mots)

Ce texte présente les mesures d’urgence que pourrait présenter un gouvernement révolutionnaire communiste.

Préambule

L’été 2026 a mis en évidence, en réalité, les alarmes que la communauté scientifique s’épuise à détailler depuis les années 70. Depuis le rapport Meadows, le rapport Shell, les innombrables rapports du GIEC, nous savons que les émissions de CO2 dues au capitalisme nous condamnent à la destruction environnementale, finalement à la récession démographique, et ce quelles que soient les avancées technologiques. Rien n’a été fait par les gouvernements bourgeois sinon le pire : confier encore plus de responsabilité au marché via les crédits carbone, subventionner des illusions technologiques vaines et désespérer le peuple en reportant la responsabilité sur les autres nations du monde.

En conséquence, les soviets de tout le territoire métropolitain et ultramarin, ainsi que de toutes les républiques soviétiques nouvellement fédérées, se sont réunis et ont proposé des mesures d’urgence. Ces réunions ont produit quantité de propositions qui ont toutes été mises au vote en réunions publiques. Elles sont disponibles, ainsi que l’intégralité des débats et les résultats des votes sur la plate-forme open source démocratie.soviet.rfsf. Le Conseil suprême des soviets, conformément à ses prérogatives constitutionnelles et après débat formel télévisé en direct, a déclaré ces propositions lois.

En conséquence, le Comité de salut public, organe exécutif de la révolution, les proclame effectives par décret et donne tout pouvoir aux soviets locaux pour les faire appliquer.

Le Comité de salut public, organe exécutif de la révolution, en vertu des lois déclarées par le Conseil suprême des soviets, décrète ce qui suit :

Chapitre I. Du luxe et de la plaisance

Article 1er. Les yachts, bateaux de plaisance à propulsion thermique d’une longueur supérieure à 10 mètres, sont interdits de navigation dans les eaux territoriales. Les navires contrevenants, nationaux ou étrangers, seront considérés comme navires hostiles et coulés sans sommation par la marine ou toute force disponible.

Article 2. Les bateaux de croisière sont considérés comme terroristes et seront coulés sans sommation.

Article 3. Les hélicoptères sont réservés aux secours (pompiers, sécurité civile ou autre organisme) et à la garde nationale. Tout autre usage d’un tel appareil, n’ayant pas expressément fait publiquement demande de vol motivée et reçu publiquement réponse favorable, sera considéré comme un appareil hostile et abattu sans sommation.

Article 4. Les activités de plaisance sont non motorisées. Sont ainsi immédiatement interdits jet-skis, avions privés à moteur, navires à moteur, drones, ULM motorisés, motocross, motoneiges et autres appareils similaires. Ceux-ci doivent être immobilisés et placés sous scellés, en attendant réemploi ou mise au rebut. Les contrevenants seront spoliés et soumis à une contravention forfaitaire de 15 % de leur revenu annuel net. La récidive est punie d’un an de réinsertion par le travail.

Article 5. Les canons à neige et remontées mécaniques de toute sorte sont interdits et doivent être démantelés.

Article 6. Les golfs sont transformés en espaces verts arborés.

Article 7. Les piscines privatives sont limitées à 20 m³.

Article 8. Les compétitions de sports mécaniques (Formule 1, 24 Heures du Mans, rallyes, courses motonautiques et aériennes) sont interdites. Les circuits sont fermés ; leurs terrains sont rendus à la culture ou reboisés.

Article 9. Le tourisme spatial et les lancements de satellites à finalité commerciale ou publicitaire sont interdits. Les lanceurs sont réservés à la science et aux besoins de la Nation, sur décision publique du Conseil suprême des soviets.

Article 10. Les résidences secondaires, locations de vacances et logements vacants depuis plus de six mois sont réquisitionnés et remis aux soviets des communes, qui les attribuent aux travailleurs qui en manquent ou au logement des mobilisés de l’article 39.

Article 10 bis. Les justificatifs de domicile sont transformés en titres inaliénables de propriété d’usage. Les précédents propriétaires ne sont pas indemnisés et les emprunts immobiliers sont considérés comme nuls. La nue-propriété est transmise aux communes qui fixent un loyer correspondant strictement au coût de construction et d’entretien après délibération publique.

Chapitre II. Des transports aériens et ferroviaires

Article 11. Les vols commerciaux sont interdits si une alternative en train ou en bateau existe en moins de 8 heures.

Article 12. Air France et toutes les infrastructures aériennes nationales et des républiques fédérées sont expropriées sans contrepartie et remises aux soviets de leurs travailleurs respectifs sous contrôle politique.

Article 13. Chaque citoyen des républiques fédérées n’a droit qu’à 4 vols commerciaux dans sa vie. Exception pour force majeure (deuil, visite familiale annuelle en république fédérée d’outre-mer, soins…) à dûment justifier.

Article 14. La SNCF et autres entreprises ferroviaires sont confiées sans contrepartie pour les actionnaires actuels aux soviets de leurs travailleurs. Obligation leur est faite de pratiquer un tarif kilométrique à prix coûtant. Obligation leur est faite de développer les transports en commun.

Article 15. Les chantiers du Lyon-Turin, de l’A69 et autres projets absurdes de la société bourgeoise sont immédiatement arrêtés et les terres doivent être remises en état.

Article 16. Le fret aérien est interdit, hors secours, greffons et médicaments. Les marchandises voyagent par rail, par voie d’eau ou à la voile.

Article 17. Les aéroports rendus inutiles par les articles précédents sont fermés ; leurs pistes sont démantelées et leurs terres rendues à la culture ou reboisées.

Article 18. Les lignes ferroviaires et les gares fermées par la société bourgeoise sont rouvertes. Les soviets des travailleurs du rail en établissent le calendrier dans les six mois et rendent compte de son exécution.

Chapitre III. De l’automobile

Article 19. Les véhicules individuels thermiques ou électriques nouvellement mis en circulation devront respecter la norme de 650 kg pour le premier membre du foyer et 200 kg par membre supplémentaire.

Article 20. Les véhicules anciennement mis en circulation et ne respectant pas ces nouvelles normes seront taxés annuellement à hauteur de 10 % du revenu fiscal du foyer jusqu’à remplacement. Les véhicules non professionnels ne justifiant pas de traction ni de transport de charge lourde et pesant plus de 1,5 tonne sont interdits de circulation.

Article 21. Est créée, par expropriation sans contrepartie des actifs nationaux et fédérés de Renault, Stellantis et autres constructeurs opérant sur le territoire, une « régie soviétique automobile » en charge de produire des véhicules simples, légers, peu polluants et réparables.

Article 22. La publicité pour les véhicules individuels et le crédit à la consommation destiné à leur achat sont interdits.

Article 23. Les autoroutes sont arrachées et leurs terres sont rendues à la nature ou à l’agriculture. Aucune route nouvelle n’est ouverte, aucune n’est élargie ; les crédits routiers sont transférés au rail, aux voies d’eau et aux voies cyclables. Les routes existantes sont entretenues.

Article 24. Dans les communes de plus de 20 000 habitants, la moitié de la voirie automobile est rendue aux tramways, aux autobus, aux cycles et aux piétons dans un délai de deux ans.

Chapitre IV. De l’industrie, de l’énergie et des objets

Article 25. Sont créées, en tant que filiales de la « régie soviétique automobile », une « régie soviétique de mécanique industrielle » et une « régie soviétique de machines agricoles ». La première est en charge de produire les machines-outils dont la Nation a besoin, la seconde les tracteurs, moissonneuses et autres engins nécessaires au travail mécanisé du sol.

Article 26. EDF est nationalisée ainsi que toutes les infrastructures de ses concurrents et réintégrée en groupe vertical de monopole public en charge de la production et distribution d’électricité.

Article 27. L’emploi d’électronique doit être spécialement justifié. Son usage est interdit dans les appareils électroménagers. Dans les véhicules, elle ne peut être utilisée qu’à des fins de sécurité.

Article 28. Tous les appareils de toute sorte nouvellement produits doivent être garantis 5 ans et être réparables indéfiniment.

Article 29. Il n’existe plus que 4 types de bouteilles en verre, 0,25, 0,5, 0,75 et 1,5 litre. Elles sont toutes consignées et servent à tous les liquides alimentaires.

Article 30. Total, Engie, les raffineries, dépôts et réseaux de distribution de combustibles fossiles sont expropriés sans contrepartie et réunis en une « régie soviétique des combustibles », chargée de planifier la décroissance de leur extraction, de leur importation et de leur consommation. Toute recherche de nouveaux gisements est interdite.

Article 31. Les marchés de quotas d’émission, les crédits carbone et tout mécanisme de compensation sont abolis. Les contrats en cours sont nuls ; les sommes versées sont confisquées au profit de la dépollution.

Article 32. Le minage de cryptomonnaies est interdit. Les centres de données ne peuvent être construits ou exploités que sur autorisation publique et motivée du soviet local, qui en fixe la consommation maximale d’électricité et d’eau. Les centres de données et de calcul des entreprises étrangères sont transférés au CNRS et aux autres agences publiques de recherche.

Article 33. Les plans, schémas et pièces détachées de tout appareil vendu sur le territoire sont publiés et mis à disposition de tous les ateliers de réparation. Les brevets portant sur les techniques d’économie d’énergie, de réparation et de recyclage sont abolis.

Article 34. Le sous-sol, les mines et carrières, les forêts et les eaux sont propriété inaliénable de la Nation. Leur exploitation est confiée aux soviets locaux, qui rendent compte chaque année de ce qu’ils y prélèvent.

Article 35. Les emballages en plastique à usage unique sont interdits. Les emballages sont en verre, papier, bois ou métal, consignés lorsque la chose le permet.

Chapitre V. De la terre et de l’agriculture

Article 36. Les terres des propriétaires terriens des anciennes colonies, devenues républiques fédérées (de Martinique, de Kanaky, etc.), sont expropriées sans contrepartie et distribuées à parts égales entre les travailleurs paysans de ces républiques. Les anciens propriétaires sont condamnés à payer pour la dépollution des terres en question, par l’argent d’abord mais aussi par le travail, que leurs moyens suffisent ou non.

Article 37. Les « exploitations » agricoles de plus de 150 ha sont démantelées et les terres réparties entre soviets de travailleurs paysans. Ils doivent s’organiser en coopératives par bassin versant.

Article 38. Les infrastructures de transformation et de distribution de produits agricoles sont remises à leurs travailleurs et aux coopératives paysannes de l’article 37.

Article 39. L’usage de produits phytosanitaires dans les cultures est strictement limité à la nécessité. S’il manque de travailleurs pour désherber ou travailler la terre d’une quelconque façon, les gardes rouges se chargeront de mobiliser les masses inutiles de consultants, assureurs et autres personnels de la société bourgeoise résiduelle.

Article 40. L’élevage de poulets et volailles doit laisser un mètre carré d’espace libre par animal.

Article 41. Un maximum du prix des denrées de première nécessité (pain, farine, légumes, lait, œufs, huile, sel, bois et combustible de chauffage) est fixé chaque mois par les soviets de chaque bassin versant. Qui vend au-dessus du maximum est inscrit sur la liste des suspects et ses marchandises confisquées.

Article 42. Les retenues d’eau destinées à l’irrigation privée sont interdites et démantelées. L’eau est attribuée dans l’ordre : à la boisson, aux bêtes, aux cultures vivrières, puis au reste ; les coopératives de bassin versant en tiennent le registre.

Article 43. Les élevages hors-sol sont interdits. L’espace prévu à l’article 40 est étendu, dans les proportions fixées par les coopératives de bassin versant, aux porcs, bovins et ovins. Le cheptel est réduit à ce que les prairies de chaque bassin versant peuvent nourrir.

Article 44. L’importation de fruits et légumes hors saison est interdite ; l’importation de denrées ayant voyagé par avion est interdite en toute saison.

Article 45. Les coupes rases sont interdites. Les forêts sont gérées en futaie irrégulière par les soviets locaux, qui n’y prélèvent pas plus que l’accroissement annuel.

Chapitre VI. Du commerce extérieur et de la finance

Article 46. Est instaurée une taxe kilométrique à l’importation de 1 millième d’unité monétaire par kilogramme et par kilomètre parcouru.

Article 47. Les traités de libre-échange sont tous considérés comme nuls. Les soviets se chargeront de négocier de nouveaux traités avec les peuples libres non encore fédérés.

Article 48. Les banques et compagnies d’assurance sont nationalisées sans contrepartie et fusionnées en une banque unique de la Nation. La dette publique contractée auprès des banques et fonds bourgeois, nationaux ou étrangers, est répudiée.

Article 49. Les capitaux ne sortent pas du territoire. Les avoirs des personnes qui ont quitté le territoire depuis la proclamation de la République, ou qui le quittent sans autorisation du soviet local, sont confisqués.

Article 50. L’importation de vêtements et de textiles produits hors des républiques fédérées est interdite. Les vêtements sont produits sur le territoire, garantis dix ans et réparables ; les filatures et ateliers sont remis aux soviets de leurs travailleurs.

Chapitre VII. De la publicité et de l’information

Article 51. Les cookies tiers sont interdits ainsi que tout ce qui permet le tracking sur internet à des fins publicitaires. De fait, la publicité en ligne devenant inutile, elle est également interdite.

Article 52. La publicité sur panneaux lumineux, par boîtage, par démarchage téléphonique est également interdite.

Article 53. Les espaces publicitaires privés sont confisqués et remis aux communes pour espace de libre expression politique et artistique.

Article 54. Le parrainage par des entreprises des manifestations sportives, culturelles et scolaires est interdit.

Article 55. Les agences de publicité, de marketing et de relations publiques sont dissoutes. Leurs personnels sont mobilisés au titre de l’article 39.

Article 56. L’état des émissions, des prélèvements et des stocks de la Nation est publié chaque décade sur la plate-forme démocratie.soviet.rfsf, par bassin versant, par régie et par soviet.

Chapitre VIII. Des ennemis du peuple et des sanctions

Article 57. Les cadres exécutifs, membres des comités de direction, membres des conseils d’administration des entreprises ou filiales françaises de Monsanto, Bayer, Total, Nestlé (liste non exhaustive) sont condamnés aux travaux forcés à perpétuité.

Article 58. Toute infraction au présent décret qui n’est pas autrement punie est sanctionnée par la confiscation de l’objet de l’infraction, une amende de 15 % du revenu annuel net du foyer et, en cas de récidive, un an de travail obligatoire. Les biens des condamnés servent d’abord à la réparation du dommage.

Article 59. Il est créé dans chaque soviet local un comité de vigilance écologique de douze membres, tiré au sort, renouvelé par moitié tous les six mois, chargé de constater les infractions, de dresser la liste des suspects et de saisir le tribunal révolutionnaire.

Article 60. Il est créé dans chaque république fédérée un tribunal révolutionnaire écologique, composé de travailleurs tirés au sort et renouvelés chaque année, qui juge sans appel les crimes contre la terre et le climat.

Article 61. Sont réputés suspects, et mis hors la loi s’ils persistent, ceux qui, par leurs discours, leurs écrits ou leur conduite, entravent l’exécution du présent décret, dissimulent des engins, des stocks ou des terres, ou organisent la fuite des capitaux.

Article 62. Toute personne valide de dix-huit à soixante ans qui ne justifie pas d’un travail utile à la Nation (ce qui comprend évidemment les études ou la garde des enfants) est mobilisée par les gardes rouges pour les travaux agricoles, forestiers, de dépollution et de réparation. Qui ne travaille pas ne mange pas ! Entendre : les rentiers au travail.

Chapitre IX. Dispositions finales

Article 63. Les soviets locaux rendent compte chaque décade au Comité de salut public de l’exécution du présent décret ; le Comité publie ces comptes rendus sans délai et rend compte lui-même chaque mois au Conseil suprême des soviets.

Article 64. Le présent décret est exécutoire dès sa proclamation. Il sera imprimé, affiché dans toutes les communes, lu dans toutes les assemblées de soviets et publié sur la plate-forme démocratie.soviet.rfsf. Toute disposition contraire est abrogée.

Fait à Paris, le … 2026.

Pour le Comité de salut public : …

Le président du Conseil suprême des soviets : …

Les secrétaires : …

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29.08.2026 à 17:02

Construire une planification industrielle à partir des besoins – Episode 2 : trois étapes et dix jalons pour une politique industrielle de demain

admin

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Depuis quelques années, la réindustrialisation de la France est devenue une préoccupation transpartisane sous l’effet d’une double mutation :
– Longtemps synonyme d’une économie du passé, l’industrie a montré son caractère actuel, en particulier au moment du Covid quand la France a été incapable de se fournir en respirateurs ou masques.
– Longtemps associée à la pollution, un consensus émerge sur le caractère indispensable de certaines filières industrielles pour la transition écologique (véhicules électriques, pompes à chaleur, industries lourdes pour les infrastructures de la bifurcation écologique, etc.)

Le groupe X-Alternative et le laboratoire d’idées Intérêt Général publient une note intitulée « Construire une planification industrielle à partir des besoins ». Organisée en deux épisodes, elle présente une description inédite de la situation industrielle française et de ses politiques en remettant au centre de l’analyse la question de la réponse aux besoins. Des propositions sont formulées pour bifurquer vers une industrie tournée vers la réponse aux besoins et aux défis actuels de souveraineté et de transition écologique.

L’épisode 1 « Repenser l’industrie et ses politiques » (décembre 2024) montre comment des décennies de politiques néo-libérales ont considérablement affaibli l’industrie française. Il propose une analyse inédite basée sur le taux de couverture (rapportant la production intérieure et la consommation par branche), montrant que l’industrie française est de moins en moins capable de répondre aux besoins. La couverture de la demande des branches industrielles françaises s’est considérablement dégradée entre 1980 et 2010 et entre 2010 et 2022, en particulier dans la métallurgie ou le bois et plus encore dans le textile, les machines et équipements. La quasi-totalité des branches industrielles françaises avait un taux de couverture supérieur à 100 % en 1980.

Les politiques industrielles sont désorganisées et entravées par une logique inefficace de soutien unilatéral à l’offre et d’accroissement de l’autonomie des acteurs privés. Ce premier pan des travaux propose de bâtir de nouvelles politiques industrielles guidées par quatre grands principes :
1. Partir des besoins du pays et de sa population et prioriser les plus “stratégiques”
2. Garantir des productions accessibles et de bonnes conditions de travail
3. Mettre la démocratie au cœur des politiques industrielles
4. Respecter les limites planétaires et en particulier maîtriser la consommation des ressources

Une fois ces principes posés, que faire concrètement ? Comment mener dans le détail de telles politiques industrielles ? Ce deuxième épisode, intitulé « Méthode en trois étapes et dix jalons pour une politique industrielle de demain », propose dix points de méthode pour réussir cette planification industrielle.

Les quatre premiers jalons décrivent les pré-requis à l’établissement d’une industrie capable de répondre aux besoins à la fois maintenant mais aussi à venir et futurs :
– Refuser la logique verticale dans les entreprises et développer les droits des salariés
– Planifier les besoins de compétences et restructurer l’enseignement et la formation
– Structurer les recherches fondamentales et appliquées pour développer une capacité d’innovation sociale-écologique
– Sortir de la spirale du financement lucratif, en diversifiant les outils de financement des entreprises et en renforçant les aides publiques sous conditions

Les trois points suivants proposent un nouveau cadre institutionnel basé sur les filières industrielles. Il s’agit aussi de s’appuyer sur un nouveau cadre d’analyse systématisant le raisonnement « en nature » :
– Planifier écologiquement les politiques industrielles, en redonnant à l’Etat des compétences techniques et en alignant les objectifs industriels avec les objectifs écologiques
– Systématiser le raisonnement « en nature » en complément du raisonnement économique, pour répondre aux besoins exprimés en tonnes, en quantité d’énergie, en mètres, en un certain degré de qualité, en plus des unités de PIB
– Planifier filière par filière, en priorisant les plus stratégiques vis-à-vis des besoins du pays et de ses habitant-es

Enfin, les trois derniers jalons pensent les interactions entre la planification industrielle nationale et les autres échelons géographiques :
– Associer les collectivités locales à la planification industrielle pour construire des politiques « situées » qui ont des effets directs sur des usines et des travailleur-ses
– Transformer le cadre européen … ou le dépasser pour en finir avec la « libre-concurrence » et la rigueur budgétaire afin de renforcer les investissements publics industriels
– Mettre en place un « gouvernement des échanges » commerciaux et entraver le libre-échange en passant des accords d’échanges solidaires avec d’autres pays et en assumant le protectionnisme écologique et social

Cette note n’est pas un manifeste de plus. Chaque jalon de la méthode débouche sur des propositions concrètes prêtes à nourrir les programmes de la gauche et les plateformes présidentielles. Et la précision va jusqu’aux filières elles-mêmes ! Neuf encadrés-filières, rédigés avec des expert·es des secteurs concernés, descendent jusqu’au cas pratique et visent à montrer à quoi peuvent ressembler les premières pierres de la planification industrielle par les besoins : de l’aéronautique, à la défense, en passant par l’intelligence artificielle, les matériaux, les métaux stratégiques et les machine-outils. De la doctrine à l’usine, la boîte à outils est complète.

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29.07.2026 à 21:29

Rouge Total

Régis Portalez

Cet été 2026, tous les records sont battus : canicules, vagues de chaleur, sécheresse, incendies. On a connu 2003, 2019 et d’autres mais là c’est autre chose. Dans mon village … Continuer la lecture de Rouge Total

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Texte intégral (1215 mots)

Cet été 2026, tous les records sont battus : canicules, vagues de chaleur, sécheresse, incendies.

On a connu 2003, 2019 et d’autres mais là c’est autre chose. Dans mon village dans le sud-ouest, les arbres meurent, les poules meurent, les haricots ne fleurissent plus et les tomates ne murissent plus. Les paysans arrêtent d’irriguer des parcelles de maïs car les fleurs sont tombées d’hyperthermie. Arroser, quand on peut, vu le niveau des rivières, maintient seulement les plantes en vie pour du fourrage ou jusqu’à l’année prochaine pour les arbres.

Les feux démarrent d’une cigarette ou d’un coup de meuleuse. En Gironde, la forêt brûle et les habitations avec. Dans le Var, à Poitiers et jusqu’en Bretagne : ça brûle.

Les vieux, même les vieux, si prompts d’habitude à rappeler qu’à leur époque c’était plus dur, finissent par reconnaître qu’en leur temps, certes on travaillait aux champs mais qu’à l’époque un été chaud c’était 32 degrés, pas 42. Dix degrés d’écart entre ce qu’on a connu et ce qu’on a maintenant. Et ce n’est que dans un monde à +1.5 degrés.

Tout le monde finit ENFIN par le voir : le changement – la destruction – climatique, est réel et en grande part irréversible. Les conséquences seront déjà immenses dès cette année : rendements agricoles en baisse majeure (y compris aux Etats-Unis et en Amérique du Sud qui attend un gigantesque El Niño), inflation alimentaire sur le maïs, donc sur la viande.

Il ne s’agit plus d’avoir « trop chaud » et d’acheter une clim. Il s’agit d’avoir de quoi manger. Sans cultures : rien. Et contrairement au fer (sans lequel il n’y a rien non plus) : personne. Ce qui, vous en conviendrez, est nettement plus embêtant. On peut certes facilement se passer d’une tablette, difficilement d’un frigo, se passer de nourriture, c’est une autre dimension parce qu’en fait c’est la mort.

Et ce n’est, encore une fois, que +1.5 degrés. Macron et ses sbires « préparent la France à un monde à +4 ». Quelle fumisterie ! D’une part parce qu’ils encouragent cette trajectoire par leur politique de subvention au capital, d’autre part parce que ça risque bien d’être plus si le méthane du permafrost est libéré, enfin parce qu’on ne peut pas adapter l’économie et la vie telles qu’elles sont à des conditions pareilles.

L’agriculture intensive : c’est fini. La bagnole : c’est fini. Le logement construit à bas coût et vendu hors de prix : c’est fini, la consommation frénétique de biens de mauvaise qualité pour satisfaire une pulsion d’achat : c’est fini. Bref tout ce qui fait l’économie capitaliste : c’est fini.
Et ça, ça commence à se voir.

Certes il y a encore des dégénérés techno-solutionnistes qui pensent qu’avec des méga-bassines (détenues par quelques actionnaires à leur unique profit) ou du nucléaire (pour quoi faire ?) ou de la fusion (aux mains de capitalistes qui n’en feront que plus de produits inutiles), tout ira bien.

Non. Rien n’ira bien, qu’on le veuille ou non. Mourrions tous et le CO² de l’air mettra encore 10000 ans à se résorber. Nous ne mourrons pas et donc on émettra encore. Et donc le méthane de l’arctique sortira. Et donc, inévitablement, nous irons vers les +4, au minimum.

Ce qui est affreux, c’est qu’on sait tout cela depuis les années 70 et le rapport Meadows. La science de l’époque avait déjà tout prévu, certes avec moins de précision que les rapports successifs du GIEC, mais avec assez de certitude pour qu’il y ait eu à l’époque toutes les raisons d’arrêter tout cela. Mais rien ne s’est arrêté. Rien.
Le capital (Exxon en tête – qui avait en interne un de ses fameux rapports et qu’ils ont enterré), a préféré « dégager du profit ». Profit qu’on nous vend comme des gains de « qualité de vie ». La belle machine à laver connectée ! La belle Tesla ! Le beau week-end en Antarctique !

Il faut la voir, la « qualité de vie », maintenant qu’on vit enfermés pendant deux mois volets fermés et que les cultures ne poussent plus. On en est à avoir une pétition « pas de volets pas de loyers ». Et qu’en parallèle, il faut surtout travailler pour « rembourser la dette » — qui n’a servi qu’à renflouer ces mêmes capitalistes quand ils se prenaient un retour de bâton avec leurs propres jeux : subprimes, dotcom, bientôt IA et crédit privé.

Alors que faire ? Il faut tenter de vivre !

Et tenter de vivre, c’est commencer par savoir dans quoi, ensuite quoi changer, ensuite comment.

Dans quoi, c’est : trop chaud, affamés, exploités jusqu’à la moelle. J’en viens à craindre pour mes propres enfants.

Quoi changer c’est : les capitalistes qui brûlent la terre et les travailleurs pour accroître leur monstrueux tas de fric. Je ne le dirai jamais assez. Ils sont coupables. Ils savaient. Ils ont continué et un jour, quand on aura le temps, il faudra les juger dans un grand Nuremberg du climat, en attendant saisir tous leurs biens et refonder complètement la production, le logement, la terre, la société. Leur retirer tout et le distribuer. Fonder enfin la démocratie qui aura de quoi faire : assurer notre propre survie plutôt que savoir s’ils sont assez riches et nous pas trop pauvres.

Comment : c’est la partie compliquée. Mais il n’y a pas 50 options : il n’y a qu’une alternative : extinction capitaliste ou révolution communiste internationale. Dans un premier temps, la carte électorale française (nous avons particulièrement souffert cette année), doit ressembler en couleur à celle de la météo du mois de juin : ROUGE. Et pas un rouge à ramolli : un rouge pétard. Un rouge qui claque. Un rouge qui dans sa seule couleur annonce qu’il veut tout renverser parce qu’il n’a pas le choix, que c’est pour le bien commun et que ce sera ainsi, par un moyen ou un autre. Un rouge violent, qui crache aux yeux des journalistes complices, qui fait peur aux oligarques, qui fait vomir dans le 11ème, parce qu’un rouge conséquent, déterminé et sûr de lui.

Donc jeunes gens, moins jeunes, plus vieux et très vieux : battez vous par tous les moyens. Ecriture, parole, syndicalisme, vote, réunions publiques, production artistique, ou autre chose. Faites tout ce qui est possible pour nous sauver : « Envolez-vous, pages tout éblouies » !

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17.04.2026 à 21:36

La société du riendutouple

Membres Anonymes

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Texte intégral (2558 mots)

Il y a une chose qui tracasse les conservateurs, et les fascistes en tête : les mœurs. Bobonne doit être à la maison après une journée dans un travail inutile, tout gérer et être fraîche et dispose pour une éventuelle levrette bâclée quand monseigneur rentrera d’un autre travail inutile, si le coucher tardif des enfants ne les a pas déjà propulsés au lit, leur évitant à tous les deux cette corvée et remettant à demain l’engueulade prévue.

Ceci est la société du couple. Plus précisément celle du couple patriarcal, et encore plus précisément celle du couple patriarcal capitaliste.

Il est envisagé de se débarrasser des qualificatifs, et nombre de personnes luttent avec raison et courage en ce sens. Rarement de se débarrasser du concept. Un couple patriarcal non capitaliste serait libéré du travail inutile. Un couple non patriarcal le serait de la levrette bâclée et de l’hétéronormativité. Mais aucun ne serait libéré du régime affectif qui les engendre et les nourrit : la prison sentimentale, l’obligation que Lacan résumait d’un mot — « offrir quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas » — l’obligation d’accepter, de patienter, de changer, de pardonner. L’obligation de l’amour — injonction suprême d’une institution suprême : le couple lui-même.

Il faut appeler cela par son nom. Ce n’est pas une illusion qu’il suffirait de dissiper par la lucidité. C’est une composition d’affects tristes — ceux qui, disait Spinoza, diminuent notre puissance d’agir et de comprendre. Dépendance, peur de perdre, jalousie, réduction de soi à ce qu’on croit que l’autre attend. Le sentiment qu’on ressent là est parfaitement réel. C’est sa composition qui est servile.

Toutes les tentatives de dépassement de cette institution semblent perdues d’avance. Subversion ou opposition, les deux souvent se recouvrent. La subversion — libertinage, échangisme, leurs avatars — n’existe que comme exception jouée sur fond de norme : personne n’imagine le libertinage comme société, et c’est même sa saveur, d’être l’écart d’« esprits éclairés » qui présupposent ce qu’ils transgressent. L’opposition — polyamour, relations anarchistes, queer communities — a davantage de sérieux. Elle travaille la jalousie, les contrats explicites, le soin mutuel, et parfois en tire de vraies inventions. Mais elle se heurte à un obstacle qui n’est pas moral mais structural : tant qu’on ne change pas la façon dont les affects se composent, changer le nombre des partenaires ne change pas le régime. On se retrouve à vouloir être la préférée, à craindre de ne pas l’être, à gérer des jalousies qu’on se reproche d’éprouver. Ce n’est pas un échec des personnes. C’est que changer de cellule ne fait pas sortir de prison.

Il faut donc renverser, non dépasser. Et pour ce faire, renverser non pas l’amour comme expérience possible — qui n’a besoin de personne pour exister — mais l’amour comme norme sociale et comme exigence.

Si la race n’existe pas mais est un continuum non ordonné (tant de luttes pour le montrer), s’il en va de même des préférences sexuelles ou du genre (tant encore à faire), il en va de même de l’amour en tant que catégorie stable et absolue. Non qu’aucun affect, aucune force d’attraction n’existe — mais ces forces sont composites, variables, déterminées par tout ce qu’on est et tout ce qu’on a vécu. Ce que la société nomme « l’amour » fige arbitrairement un point dans un espace en mouvement perpétuel et prétend y construire une demeure éternelle.

« Je t’aime » est un opérateur social puissant. Opérateur : la phrase fait quelque chose (au locuteur comme à l’auditeur), elle ne décrit réellement rien. Sitôt qu’on la prononce, elle a changé de sens. Sitôt qu’on l’entend, on change de nature, et la relation avec nous. D’une composition d’affects singulière, spontanée, mobile, on passe d’un coup à un régime codifié : si on est aimé, il faut aimer et aimer autant. Le montrer. Faire des cadeaux. Le dire à son tour. Être assez beau, assez jeune, assez féminine, assez viril, assez ce qu’on pense que l’autre attend, au vu de ce qu’on croit comprendre de son regard et au vu des normes sociales qui nous formatent.

Il faut dire que tout le paysage culturel est là pour nous y formater. Qui n’a jamais pleuré devant Roméo et Juliette ? Qui n’a jamais applaudi à un mariage ? On se grise d’un sentiment devenu construction — hétéro, lesbien ou polyamoureux, peu importe la forme si la composition reste la même. Une façon d’assouvir le besoin de regard de l’autre, et de regard des autres. Quel accomplissement qu’être marié, même si c’est d’une absurdité totale.

La version hollywoodienne avec ses mariages en blanc et ses corbeilles de roses ne vaut guère mieux que la version romantique avec ses vers si beaux qu’on ne les écrira ni ne les entendra jamais. L’amour conjugal tel qu’il est codifié n’est pas l’inverse d’un amour véritable. Il en est un rabattement : une forme historiquement située qui capture une puissance plus vaste et la fait rentrer dans le format contractuel du couple bourgeois.

Dans les Évangiles (Marc 12:30-31), Jésus dit : « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée, de toute ta force. […] Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » On peut le prendre littéralement, ou avoir lu Spinoza entre-temps. Pour Spinoza, Dieu est la création : le monde, la nature, l’humanité comme ses modes. C’est cela qu’il faut aimer : la création d’abord, et ton prochain en tant qu’il en est part. C’est là que l’amour atteint sa dimension active, joyeuse, augmentant notre puissance de comprendre et de créer. La première épître aux Corinthiens — « l’amour supporte tout, fait confiance en tout, espère tout, endure tout » — lue à un mariage sur deux, dit la même chose et ne peut se dire que de cet amour-là : celui qui nous rapporte à la nature et à l’humanité dont nous sommes modes.
L’amour conjugal n’est pas l’étranger de cet amour : il en est un moment possible, une forme incarnée. Mais seulement quand il augmente la puissance de ceux qui s’y trouvent. Exiger d’un amour envers une personne l’absolu qui ne convient qu’à la création, l’ancrer dans des sacrements, des littératures, des filmographies, des versets — c’est proprement anti-humain. Cela transforme une composition d’affects qui pourrait augmenter la puissance en son contraire : dépendance, rétrécissement de soi à ce que l’autre attend, peur de perdre, possession. Le problème n’est pas que l’affect soit faux. Les passions tristes sont aussi réelles que les joyeuses. Mais l’institution fabrique systématiquement les premières et disqualifie les secondes dès qu’elles n’entrent pas dans ses cadres.

L’amour interpersonnel est variable en temps et en espace. C’est une donnée d’un espace à grande dimension. Lacan a dit ça autrement, d’une formule : il n’y a pas de rapport sexuel. Comprendre : pas de complémentarité programmée, pas de « moitié » qui attendrait quelque part qu’on la trouve, pas de rencontre qui viendrait enfin vous compléter. Seulement des compositions singulières, et « la bonne personne » est toujours une fiction qui vient saturer cette absence. On peut aimer une voix, un visage, un sexe, des caresses, une odeur, une idée, tout cela à la fois, puis ne plus, pour l’un ou l’autre de ces aspects, ou tous. On peut vivre une relation sexuellement formidable avec quelqu’un pour qui on ne ressent rien, et inversement : être amoureux de quelqu’un pour lequel on n’a pas le moindre désir. On peut trouver une personne très belle mais ne rien envisager avec. On peut avoir des enfants avec quelqu’un pour qui on ne ressent plus rien, voire qu’on déteste, et n’en pas vouloir avec un autre. Tendresse, affection, désir, admiration, entente, amitié : autant de modes de relations non-orthogonaux mais non-colinéaires, et surtout non-réflexifs, qui toutes fabriquent des relations individuelles différentes selon leur composition. Composition qui varie en quantité et en qualité au cours du temps, fabriquant des distillations parfois étranges d’amour-haine ou de passion-ennui.

Louise Michel disait « Ni dieu, ni maître, ni mari ! », critiquant le mariage comme forme de propriété : « Le mariage est souvent la tombe de la femme. » Marx et surtout Engels ne manquent pas de critiquer le mariage en tant qu’institution bourgeoise et hypocrite. Mais, XIXème siècle obligeant peut-être, ils continuent de l’envisager. Engels, dans L’origine de la famille, de la propriété et de l’État : « Le mariage sera alors fondé uniquement sur l’amour. »

Comme si, débarrassé des questions matérielles de propriété et de la domination structurelle d’un sexe sur l’autre, le mariage serait débarrassé de toute domination. Comme si le mariage était une fatalité à libérer, plutôt qu’une forme qui, par elle-même, fabrique de la prison. Engels a raison contre son époque : abolir la propriété privée et l’oppression de la femme libère le mariage de sa fonction de reproduction du capital et du patriarcat. Il a tort contre la nôtre : il reste quelque chose après, et ce qui reste est encore une institution qui exige l’amour obligé. Une prison plus douce. On s’accoutume à toutes les prisons.

Un siècle plus tard, même mouvement chez un auteur qu’on n’attendait pas là. Bourdieu, qui a passé sa vie à montrer qu’il n’y a pas une interaction sociale sans domination, pas un choix sans stratégie, pas un goût sans violence symbolique, écrit dans le post-scriptum de La domination masculine un éloge stupéfiant de l’amour comme « exception miraculeuse » — un « îlot enchanté » où la violence s’arrêterait, où deux êtres se reconnaîtraient hors champ, dans une « trêve » soustraite au marché des biens symboliques. Celui qui démasquait tout concède à la fin de sa vie un sanctuaire pour son propre couple. On n’est jamais si faible que sur soi-même. Car enfin : l’homogamie sociale, le marché matrimonial, le capital érotique, tout ce qu’il a démontré partout ailleurs — ça s’arrêterait à la porte du foyer ? L’« îlot » bourdieusien est exactement le fantasme qu’il était censé décrire : le couple comme refuge contre le monde, c’est-à-dire sa fonction idéologique la plus pure. La « trêve miraculeuse » n’est pas une exception à la domination. C’est sa récompense — ce qu’elle offre à ceux qui la servent assez bien pour se croire à l’abri.

Il ne s’agit pas d’interdire d’aimer (cela n’aurait pas de sens), ni de nier les attachements (encore moins), ni même d’empêcher qui que ce soit de vivre en couple (sa très particulière forme de couple). Il s’agit de défaire leur statut de norme, et donc d’en libérer les formes.

Je prône la société du riendutouple : ni dieu, ni maître, ni mari, ni mariage, ni amour exclusif, ni enfants exclusifs. Pas de « je t’aime » à dire comme on arriverait enfin sur la lune et dont on ne pourrait plus repartir sans souffrance. Pas de promesses infinies, d’enfants qui seraient « à la fois toi et moi », pas de « pour toujours ». Mais, en revanche : la liberté d’être amoureux de qui on veut, en vain ou pas, quand on veut, de la façon qu’on veut ; la liberté de dire et de faire, car plus rien ne serait honteux sinon la honte elle-même. Que l’institution ne soit plus une norme amoureuse mais la connaissance publique de son danger. Quelque part, un peu les hippies.
Car bien sûr, cela pose des problèmes dans la société actuelle : transmission du patrimoine (de qui ?) aux enfants (de qui ?), aux conjoint(s) (de qui ?) ; sécurité économique ; garde des enfants malades ; soin des personnes âgées ; logement. Et donc cela ne peut tenir que dans une société où l’on s’occupe collectivement des enfants (à des degrés divers), où la sécurité économique est garantie, où la propriété lucrative n’existe pas, et où la propriété se transmet seulement par l’usage. Une société communiste, donc — ce qui est une façon de dire que le couple n’est pas une question de mœurs privées mais une institution de régulation économique, à transformer au même titre que le salariat ou le bail.

Cela suppose, à terme, une transformation radicale des conditions matérielles. Mais les institutions affectives ne suivent pas les institutions économiques : elles les précèdent autant qu’elles les accompagnent, parce qu’elles en sont une. Elles ne seront pas minées par la lucidité privée de quelques individus qui se seraient promis de ne plus rien promettre. C’est un des pièges où le capitalisme nous attend : l’émancipation intime qui ne coûte rien à l’ordre. Elles seront minées partout où des collectifs inventent concrètement d’autres compositions : coparentalités multiples qui cessent de se cacher, logements partagés qui ne sont plus l’antichambre d’un couple à venir, soins mutuels qui ne passent plus par le contrat matrimonial, enfants élevés par plus que leurs géniteurs, réseaux d’entraide qui assument juridiquement ce que le couple assumait hier par défaut. Surtout : tout cela démarchandisé.

Ces lieux existent. Ils sont peu, ils sont fragiles, ils sont souvent raillés ou criminalisés. C’est à eux, pas à une pureté éthique individuelle, qu’il revient de commencer à faire exister la société du riendutouple. On n’attend pas la révolution pour vivre autrement. Mais on ne la remplace pas non plus par la seule invention lexicale. C’est dans la construction matérielle de formes de vie collectives qui désarment en acte les fonctions économiques du couple que la révolution des mœurs est déjà en cours — et qu’elle arme, en retour, la révolution des rapports de production.

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05.02.2026 à 19:27

Démission subie – startdown nation II

Régis Portalez

En mai 2022, j’écrivais “Startdown Nation”. J’y parlais de démission, de désertion, de comment s’engager dans les luttes sociales et environnementales quand on est cadre qualifié et diplômé. Je battais … Continuer la lecture de Démission subie – startdown nation II

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Texte intégral (2334 mots)

En mai 2022, j’écrivais “Startdown Nation”. J’y parlais de démission, de désertion, de comment s’engager dans les luttes sociales et environnementales quand on est cadre qualifié et diplômé. Je battais en brèche certaines idées, en proposais d’autres, notamment celle de s’engager à sa mesure et surtout d’avoir conscience de la mesure des actes qu’on peut fournir. Quand on est diplômé, écrivais-je, il est facile de partir car on peut toujours rebondir. Et tant qu’à partir, partir pour le meilleur et fonder à son échelle une société aussi proche que possible de l’idéal, car nous, nous le pouvons.

Après 4 ans à avoir suivi mes propres recommandations à la lettre, il s’avère que c’est difficile et que nous sommes toujours plongés dans le capitalisme, qu’on le veuille ou non. J’ai créé une entreprise de fabrication de tours de potier. Celle-ci était, et est toujours malgré moi, grandement dépendante de mon activité d’extraction des liquidités des grandes entreprises parisiennes via mon ancienne activité d’ingénieur informatique.

Pendant 4 ans, là-haut, j’ai facturé, ici bas, j’ai investi. Et travaillé sans compter mon temps ni ma rentabilité (au grand dam de mon comptable). J’ai investi dans du matériel, des formations, si bien qu’aujourd’hui je suis capable de produire des tours de potier de qualité équivalente, voire supérieure à ceux du marché, à des prix similaires. Mais il me manque quelque chose : le capital. Beaucoup de capital. Pour la publicité, le réseau de revendeurs, le SAV. Autant de choses qui ne peuvent être financées qu’à l’échelle.

En effet les attentes des clients sont celles de personnes habituées au capitalisme. A ses désagréments, comme payer un loyer ou travailler trop et trop dur pour un salaire trop faible, mais aussi à ses avantages : la consommation instantanée et ses promesses.

Certes, on paye les biens manufacturés trop cher et ils sont de qualités juste suffisante, le SAV est mauvais, mais la promesse est là. Et rien ne vaut une promesse. On achète le désir commun mais aussi la promesse d’un accomplissement social. Un tour de potier Shimpo est un excellent tour. S’il tombe en panne, personne ne viendra et on en sera pour 700 euros de réparations, mais on a un Shimpo, la « référence ».

Dans les 1000 ou 2000 euros payés, 40 % iront au distributeur européen. Combien au producteur chinois (qui fait bien attention à garder l’identité « japonaise » de la marque) ? Zéro ou presque. Entre temps, plusieurs importateurs, des assureurs, bureau veritas, des publicitaires, facebook, d’autres importateurs, des transporteurs, chacun avec son travail, sa marge, son monopole pour certains. Un tour équivalent en Chine, c’est entre 50 et 100 euros, soit à peine le prix du moteur (importé) ici.

Voilà face à quoi nous devons faire concurrence : certes la capacité de production chinoise, mais aussi le monopole de distribution des capitalistes et leur emprise sur le marché et la fabrication des prix.

Pour mes camarades démissionnaires qui sont partis dans le maraîchage, la menuiserie ou la poterie, vous le savez aussi bien que moi : il nous reste trois options : le marché de niche, la survie ou la compromission.

Le marché de niche c’est réussir à se trouver un petit segment local de production où l’on peut vendre pour en vivre. Marché par définition tout petit, les places y sont très chères. Ainsi pourrais-je vendre aux lycées pro ou aux producteurs « engagés ». Mais ils sont peu nombreux et cela nous force à osciller en permanence avec la deuxième option :

La survie c’est vendre peu, produire peu, et ne gagner que peu. C’est possible. Mais. Mais les loyers. Mais le prix de l’électricité. Mais les loyers. Mais le prix des matières premières. Mais les loyers. Mais le prix des composants. Mais les loyers. Mais le prix des outils. Mais les loyers. Mais les délais de livraison. Mais les loyers. Mais le prix des transporteurs. Mais les loyers. Toutes choses ou presque dont les prix (et les profits) appartiennent à vous-savez-qui : les capitalistes.

Je ne parlerai pas de la troisième option : vendre ce qui nous reste. Ce n’est pas honteux. Quand il faut nourrir ses enfants, il ne faut hésiter en rien. Personne ne vous en voudra de retourner chez Total si c’est pour cette raison. Fantine meurt sainte.

Ainsi il paraît illusoire de suivre mes recommandations de mai 2022. Ce serait courir au suicide (au moins financier) et nous n’aurions plus qu’à déprimer dans nos bureaux, attendant l’écocide et la catastrophe +5 degrés.

Pourtant il se passe quelque chose qui risque de changer les choses, voire de les renverser : l’IA. Celle-ci absorbe une immense quantité de capital, des centaines, voire des milliers de milliards par an. Pour le pire certes (générer des images de chat faisant du vélo – c’est rigolo mais ça ne vaut pas l’argent ni le sacrifice écologique) mais aussi pour le meilleur, et d’une façon que je n’attendais pas jusqu’il n’y a pas un mois.

Tout ceci se comprend par une anecdote personnelle. Il y a à peine un an, six mois peut être, je croyais l’IA à peine capable de remplacer les tâches subalternes qu’un junior confie au stagiaire – scripts bash simples, correction d’e-mails, traduction simple… Et puis il y a deux semaines, j’ai demandé à l’une d’entre elles d’écrire entièrement un programme que j’envisageais de mettre un jour et demi à écrire :

« Écris moi un exemple de code en C#, adapté pour tel produit propriétaire – dont la base de code n’est pas disponible – orienté IA, qui ne soit pas une simple convolution ni une simple multiplication matricielle. Fais en sorte que ce code mette en valeur le produit en question en montrant les gains de performances sur GPU, notamment en utilisant wmma (des instructions nvidia complexes). Teste le code vis-à-vis d’une librairie de référence de ton choix et affiche les résultats des tests et les gains de performance ».

Ainsi une tâche libre (choisis l’exemple) donc entre guillemets créative, mais très contrainte par la technique. L’an dernier, toutes auraient écrit un truc insuffisant, mal testé, mal écrit, qui ne compile ni ne s’exécute. Cette année, en une minute trente à peine, j’avais un code qui compile et qui s’exécute, testé, documenté et fonctionnel.

Entre temps : des centaines de milliards de capital investi.

L’année prochaine : encore plus.

Nul doute que mon travail va (à peu près) disparaître. Non je ne serai pas « prompt engineer, surtout que d’autres IA le sont déjà, et sont meilleures que moi dans ce domaine. Non le besoin d’ingénieurs informatique (en ETP), ne va pas être multiplié d’autant que la productivité va croître grâce à l’IA. Et ainsi en va-t-il dans tous les domaines similaires : conseil, finance, immobilier, publicité, organisation… L’IA va permettre des gains de productivités tels, dans un contexte de croissance structurellement faible, que la destruction d’emplois au profit de capital fixe va être fantastique (au sens : monstrueuse).

Historiquement, le progrès technique et son corrélat : la transformation de capital circulant en capital fixe, amenait à une hausse globale des qualifications. Le porteur devenait charron qui devenait ouvrier en manufacture puis ajusteur puis fraiseur puis programmateur. Car les besoins suivaient, humains comme capitalistes. Il fallait des trains, des machines à laver, donc des gens pour les produire, de plus en plus qualifiés à mesure que ces machines devenaient complexes et produites en masse. Quand les gains étaient acquis ici, les capitalistes allaient chercher ailleurs : en europe de l’est, en Chine. Et ceux-ci profitaient (60 heures par semaine), de l’horizon capitaliste que nous perdions ici au profit de celui du remboursement de la dette et du chômage de masse. Tout ceci était « accompagné » par l’état et sa police à coup de matraque, mais globalement (très très globalement) les choses « progressaient » et les gens pouvaient croire que leurs enfants verraient un monde plus facile que le leur, permis par leurs propres sacrifices – reconversion capitaliste du mythe chrétien de la Jérusalem céleste : souffrance éternellement reconduite.

Ce mouvement a commencé à s’inverser avec l’uberisation. Livreurs à vélo à la place d’ouvriers. Mais maintenant nous sommes dans un mouvement plus large : un besoin de décroissance, voire un désir de décroissance, en fait une nécessité de décroissance. Et l’IA ne permet pas de produire plus de biens utiles ni désirés mais plus vite des biens inutiles voire nuisibles. Pourtant le capital n’a pas d’autre choix face à sa propre gorafisation. L’accroissement de productivité étant fini, le monde étant rempli (de ce que peut lui offrir le capital), il faut inventer du besoin par-ci et de la productivité par là : là où on l’on n’avait jamais touché : la bourgeoisie culturelle.

Ainsi nous arrive ce miracle que personne, de Lénine à Robespierre, n’a jamais pu imaginer voir venir : la destitution de la bourgeoisie culturelle.

Programmeurs, assureurs, agents immobiliers, journalistes, personnel bancaire, une bonne partie de la médecine, de la pharmacie, tout ce qui constitue la classe moyenne va se faire laminer. Ils (nous) l’auront certainement bien mérité après avoir savouré le massacre ouvrier des délocalisations.

Chose nouvelle : l’IA est un phénomène mondial car purement virtuel. Quand une machine à vapeur était installée en Auvergne, elle ne détruisait ni ne créait d’emploi en Prusse et il était impossible aux uns ou aux autres d’en bénéficier. Le temps de mise à l’équilibre, dans des marchés protégés et distants, se comptait en années. Une IA, à l’heure d’internet globalisé et concentré, « bénéficie » virtuellement à tous, quelle que soit la localisation.

Ainsi vont périr ensemble les bourgeoisies culturelles françaises, américaines, brésiliennes, russes, et de tous les pays capitalistes du monde dans le plus grand mouvement de remplacement d’animaux par des machines depuis l’invention du moteur. Fini la rente de savoir écrire un programme en C, de savoir faire des mathématiques niveau master, de savoir organiser une équipe de vendeurs d’assurance, d’organiser une réunion « high stakes », … Et encore, il ne s’agit là que de conséquences relativement mineures, voire parfois souhaitables, en tout cas par rapport à ce qu’entrevoit Dario Amodei, fondateur d’Anthropic.

Et donc, pour en revenir au titre, la démission/désertion dont il s’agissait il y a peu de convaincre les jeunes gens de sa nécessité, ne sera plus courageuse mais inévitable et subie.

Ainsi le geste que je proposais en 2022 n’est plus un geste politique héroïque mais un geste logique de survie. Aujourd’hui il faut apprendre, et vite. Devenez zingueur, plombier, maçon, soudeur. Ce n’est pas demain qu’il sera rentable pour un grand groupe d’envoyer un robot remplacer un siphon ou souder un pot d’échappement.

Pour moi ce sera l’usinage. La série est inaccessible depuis les machines à commande numérique. Avec l’IA, l’intensité en capital va encore augmenter dans tous les domaines, au détriment de l’intensité salariale. La pièce unitaire, le prototype, ça restera accessible à investissement limité.

Vos compétences d’ingénieur, de consultant etc, y seront utiles, d’une façon que vous ne pouvez pas imaginer. Vous apprendrez des ouvriers (ce que je fais en étant aujourd’hui professeur d’usinage en CAP), ils apprendront de vous.

De la sorte, l’essence de mon message de 2022 reste vraie : il y a pire que l’IA, il y a la destruction environnementale. Mais celle-ci pouvait encore rester quelque chose de lointain contre lequel s’offusquer depuis son salon (en y gagnant des galons de moralité). La perte de son emploi, comme les capgemini, c’est une autre affaire. C’est immédiat, c’est concret, bref c’est douloureux mais efficace.

Quelque part, dans sa fuite en avant pour préserver ses marges, le capitalisme va peut être se couper de sa base fondamentale : ceux qui sont à l’aise sans avoir trop. Ceux qui peuvent (pouvaient) espérer avoir plus sans craindre d’avoir moins. Ceux qui croyaient encore à sa promesse de progrès, en recevaient assez sans en trop payer le prix. Ceux qui soutenaient les exploiteurs en espérant secrètement en faire partie un jour (mais on-ne-sera-jamais-comme-ça). Ceux qui pouvaient moquer l’ouvrier « beauf », trouver l’immigré « romantique », le rural « pittoresque ». Ceux-là vont goûter bientôt au « beauf », au « romantique » et au « pittoresque ».

Alors peut-être rejoindront-ils ceux qui y ont goûté avant eux. Et pourvu que survienne la compréhension d’un devenir commun de condition, les choses pourraient changer.

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