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QG – Le média libre
 
Directrice de publication : Aude Lancelin

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09.06.2026 à 21:10

« Natalité : et si le problème ne venait pas des femmes ? » avec Anne-Cécile Mailfert

Alors que la France connaît un déclin démographique inédit depuis la Seconde Guerre mondiale, politiques, experts et médias tirent la sonnette d’alarme. Emmanuel Macron a appelé au « réarmement démographique » en 2024, néanmoins les ventres se sont aujourd’hui plus que jamais mis en grève. On nous annonce une « catastrophe civilisationnelle ». Certains anticipent … Continued
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Alors que la France connaît un déclin démographique inédit depuis la Seconde Guerre mondiale, politiques, experts et médias tirent la sonnette d’alarme. Emmanuel Macron a appelé au « réarmement démographique » en 2024, néanmoins les ventres se sont aujourd’hui plus que jamais mis en grève. On nous annonce une « catastrophe civilisationnelle ». Certains anticipent une « bombe démographique », voire un « effondrement du modèle social ». Est-ce la bonne façon de comprendre les choses? À la veille des élections présidentielles, ne risque-t-on pas ainsi d’alimenter un projet réactionnaire et patriarcal fondé sur une panique générale ? Pour répondre à ces interrogations, Louison Lecourt a reçu Anne-Cécile Mailfert, présidente et fondatrice de la Fondation des Femmes, association de référence nationale dans la lutte contre les violences faites aux femmes. Elle est l’auteure de « La Panique démographique : une réponse féministe », paru aux éditions Les Petits Matins le 16 avril dernier

09.06.2026 à 11:08

Marlène Benquet: « Le libertarianisme autoritaire est en rupture avec la démocratie »

« Je ne crois plus que la liberté et la démocratie soient compatibles ». Ces propos du milliardaire états-unien Peter Thiel en 2009 illustrent la distanciation en cours d’une fraction toujours plus importante des détenteurs du capital mondial avec le néolibéralisme. Auteure de La Finance aux extrêmes, la sociologue Marlène Benquet revient pour QG sur … Continued
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« Je ne crois plus que la liberté et la démocratie soient compatibles ». Ces propos du milliardaire états-unien Peter Thiel en 2009 illustrent la distanciation en cours d’une fraction toujours plus importante des détenteurs du capital mondial avec le néolibéralisme. Auteure de La Finance aux extrêmes, la sociologue Marlène Benquet revient pour QG sur le profil des acteurs de la seconde finance – gestion d’actifs, capital investissement, etc. – et leur rapprochement depuis au moins une décennie avec l’extrême-droite en France, entraînant une partie des grands patrons vers une logique libertarienne-autoritaire où la liberté d’accumuler prime sur tout le reste. Interview

En quoi ce livre La Finance aux extrêmes poursuit le travail que vous avez mené précédemment, notamment avec Théo Bourgeron dans La Finance autoritaire où vous analysiez le rôle d’une fraction de la finance dans l’événement du Brexit ?

Avec Théo Bourgeron, nous avions décidé d’essayer de comprendre un événement politique, de comprendre les liens entre le monde financier, le monde économique et le monde politique, en en prenant comme point de départ un événement politique majeur.

Ce livre adopte une autre démarche. Il part des acteurs eux-mêmes, de l’histoire du développement de ces acteurs financiers pour essayer de comprendre comment ils se repositionnent politiquement. C’est un livre qui parle principalement de la France et du développement du secteur financier en France, pour aboutir à ses orientations politiques.

Au fil des dizaines de personnes que vous avez rencontrées pour ce livre, quels sont les profils-types des gens travaillant dans la seconde finance ? Forment-ils un entre-soi économique et social ?

Bonne question. J’ai réalisé une soixantaine d’entretiens ces 10 dernières années. J’ai observé différents événements organisés par différentes associations professionnelles du secteur de la finance. Les acteurs de la seconde finance n’ont pas un profil très différent de ceux de la première finance en général. Ce sont des individus issus de la classe moyenne supérieure, ou supérieure. Les enfants d’ouvriers ou de classes moyennes sont sous-représentés. Ce sont principalement des hommes. Il y a une sur-représentation des hommes blancs.

Forment-ils un entre-soi ? Oui, comme la plupart des milieux patronaux. Ils ne sont pas très différents, là-dessus. Leur entre-soi est lié à des rémunérations très élevées. Ils ont des pratiques de consommation qui ne concernent qu’une minorité d’individus. Ils ont des loisirs qui sont onéreux. Ils partent en vacances dans des endroits qui coûtent cher. Ils ont des logements dans des quartiers qui sont inaccessibles pour la majorité de la population. Et puis le monde de la finance, notamment la seconde finance, en France, c’est un monde qui est très concentré sur Paris, et dans quelques arrondissements seulement de la capitale. En l’occurrence, les 7ème et 8ème arrondissements. Géographiquement, ce sont des acteurs qui travaillent dans un petit périmètre de quelques kilomètres.

Peut-on dire qu’à partir de la crise de 2008-2009, la seconde finance, adoptant une ligne libertarienne, tend à prendre le dessus sur la première finance, adepte d’une pensée néolibérale ? Si oui, quelles ont été les étapes de cette crise ?

On ne peut pas dire que la seconde finance soit devenue dominante par rapport à la première finance. En termes de capitaux sous gestions, c’est la première finance qui est la plus importante. Par contre, la seconde croît le plus vite.

Politiquement, les acteurs de la seconde finance font partie des milieux d’affaires qui ont pris leurs distances depuis le milieu des années 2010 avec des orientations politiques dites néolibérales pour se tourner vers des orientations politiques plus inspirées du libertarianisme, notamment de sa version autoritaire.

Il y a eu plusieurs étapes dans cette prise de distance avec le milieu néolibéral classique. La première date importante est la crise de 2007-2008, où une partie du secteur financier a considéré que l’Union européenne et l’État avaient adopté des mesures trop réglementaristes à leur encontre; que les États ne soutenaient plus suffisamment leur développement et leur faisaient payer trop cher le coût de la crise financière. Notamment à travers la directive AIFM (Alternative Investment Fund Managers, NDLR) qui émanait de l’Union européenne. Le deuxième moment important a été la crise des Gilets jaunes en 2018-2019, où une part des milieux d’affaires a considéré que les gouvernements néolibéraux en place n’étaient plus suffisamment légitimes auprès de la population pour maintenir l’ordre et pour garantir un ordre social nécessaire au développement serein des affaires. Un troisième moment a été la crise Covid, où les milieux d’affaires ont développé une critique des États néolibéraux, jugés trop interventionnistes, trop protectionnistes. Une part des milieux d’affaires a considéré qu’ils aveint trop soutenu la demande, trop fait marcher la planche à billets, trop menacé l’équilibre budgétaire du pays.

Cela a aussi participé à une accusation de dévoiement étatiste du néolibéralisme, avec des États néolibéraux devenus trop gros, trop interventionnistes, trop réglementaristes, qui menaceraient les capacités d’accumulation d’une partie des milieux d’affaires français.

Dans quelle mesure le milieu des affaires se détache progressivement de la pensée néolibérale pour adopter un positionnement libertarien-autoritaire, comme vous l’écrivez dans La Finance aux extrêmes?

C’est difficile de savoir la proportion exacte des milieux d’affaires qui se rapprochent d’un modèle libertarien-autoritaire. On ne peut pas le chiffrer car on ne peut pas interroger tous les entrepreneurs sur leurs orientations politiques. Et quand bien même on pourrait le faire, pas sûr qu’ils répondraient.

Par contre, on observe une évolution très importante via l’attitude des représentants patronaux envers l’extrême droite en France. Le 21 avril 2002, quand le Front National est arrivé au deuxième tour de l’élection présidentielle, les représentants de la première et de la seconde finance ont fait front commun pour critiquer l’extrême droite. De la même manière, Ernest-Antoine Seillière, alors président du Medef, et son numéro deux Denis Kessler, un patron issu du secteur des assurances, ont publié une tribune pour dire que le FN avait « des idées dangereuses et honteuses » et qu’il était un « danger pour la France ». 20 ans plus tard, la situation est très différente. En février 2022, le Medef a rencontré les représentants du Rassemblement National. Les associations professionnelles du secteur financier aussi. Le 20 juin 2024, à la salle Gaveau, les représentants du Medef et de la CPME ont reçu les leaders du Rassemblement National.

Jordan Bardella, président du RN, et Eric Ciotti (LR) lors d’une réunion organisée par le MEDEF avant les élections législatives, à Paris le 20 juin 2024 (Photo par JULIEN DE ROSA / AFP)

C’est difficile à mesurer mais on voit bien des prises de position des associations professionnelles des secteurs financiers et patronaux. Pas forcément de plus en plus favorables au Rassemblement National, mais qui normalisent toutefois les rencontres avec les représentants de cette ligne politique.

Puis il y a eu des prises de positions politiques de certains patrons financiers. Le plus connu est Pierre-Édouard Stérin, président d’Otium capital, un fonds d’investissement qui gère 1,2 milliards d’euros. Mais aussi des gens comme Charles Beigbeder, qui dirige la société financière Audacia ; Jean-Claude Gruffat, qui vient aussi du milieu de la finance; des gens comme Charles Gave, qui dirige une société de gestion d’actifs qui s’appelle Gavekal. Ces gens sont des figures importantes du secteur financier qui ont pris des positions politiques favorables à une ligne libertarienne-autoritaire, en faveur du Rassemblement national, ou de Reconquête, le parti d’Éric Zemmour.

Il y a 10-15 ans, on disait que le Rassemblement National avait comme base sociale les petits patrons. Aujourd’hui, ce n’est absolument plus le cas. Cette orientation politique a aussi une base sociale parmi les grands patrons et parmi les milieux d’affaires centraux dans le capitalisme français.

Peut-on dire que le libertarianisme est une phase d’accumulation totalitaire du capitalisme, sacralisant la propriété privée et l’individualisme ?

Il y a plusieurs formes de libertarianisme. C’est un mouvement de pensée qui est partiellement issu des États-Unis, qui a été proche des démocrates au moment de la guerre du Vietnam, où une partie des libertariens était contre cette guerre au motif que c’était une forme d’interventionnisme étatique. Mais depuis les années 1970, le libertarianisme s’est réconcilié avec le conservatisme et on a vu apparaître le libertarianisme autoritaire autour de gens comme Murray Rothbard, un économiste états-unien qui était passionné par la génétique, qui justifiait les inégalités sociales par des dispositions biologiques, qui était fasciné par le monde médiéval par ailleurs, qui a participé à fonder des institutions importantes pour le libertarianisme comme le Cato institute et le Mises institute.

Cette forme de libertarianisme est autoritaire et en rupture avec la démocratie. Elle considère que la liberté d’accumuler ne doit pas avoir de limites. Les droits civils, civiques et démocratiques ne doivent pas pouvoir réduire la liberté d’accumuler. C’est cette idée qui a inspiré à Peter Thiel sa phrase de 2009.

Chez les libertariens, il y a l’idée que la possibilité d’accumulation infinie du capital ne doit, en aucun cas, être limitée par le projet des Lumières, par des projets démocratiques, par quelque progrès que ce soit; et que cette liberté d’accumuler, cette liberté de propriété doit être défendue, quoi qu’il en coûte.

Propos recueillis par Jonathan Baudoin

Marlène Benquet est sociologue au CNRS, directrice adjointe de l’Institut de recherche interdisciplinaire en sciences sociales (Irisso) de Paris Dauphine. Elle est l’auteure de : La Finance aux extrêmes. Enquête sur le capitalisme autoritaire en France (La Découverte, 2026); La Finance autoritaire. Vers la fin du néolibéralisme (avec Théo Bourgeron, Raisons d’Agir, 2022); Encaisser. Enquête en immersion dans la grande distribution (La Découverte, 2015) et Les Damnés de la caisse (éditions du Croquant, 2011)

03.06.2026 à 21:15

« L’appli qui veut faire voter la France » avec Alexandre et Robinson Jardin

Le référendum, outil de démocratie directe, permet aux citoyens de se prononcer, sans passer par l’intermédiaire de représentants élus. Aujourd’hui, les nouvelles technologies offrent de nouvelles possibilités pour moderniser cette méthode. Alexandre Jardin, auteur de nombreux best-sellers et fondateur du collectif « Les Gueux », et son fils Robinson Jardin, spécialiste en cybersécurité, lancent le … Continued
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Le référendum, outil de démocratie directe, permet aux citoyens de se prononcer, sans passer par l’intermédiaire de représentants élus. Aujourd’hui, les nouvelles technologies offrent de nouvelles possibilités pour moderniser cette méthode. Alexandre Jardin, auteur de nombreux best-sellers et fondateur du collectif « Les Gueux », et son fils Robinson Jardin, spécialiste en cybersécurité, lancent le 10 juin 2026 « Référendum Citoyen », une application sécurisée permettant aux Français de s’exprimer directement sur des questions concrètes qui les concernent. Leur ambition: installer durablement la pratique référendaire dans la culture politique française et offrir une alternative aux sondages et aux pétitions grâce à un outil capable de faire émerger une véritable volonté populaire. Pour les deux fondateurs, si des millions de Français participent, ces référendums pourraient créer un rapport de force inédit entre le peuple et les décideurs. Pour présenter en détail ce projet ils étaient les invités de David Libeskind sur QG

28.05.2026 à 21:20

« L’IA contrôle-t-elle déjà nos vies? » avec Loïc Hecht et Aude Lancelin

Et si le réel n’existait pas ? Si nous étions en train d’évoluer dans le monde tels les Sims du fameux jeu vidéo ? Si nos impressions, nos souvenirs, nos émotions, notre sentiment d’exister lui-même n’étaient que les éléments d’une immense simulation informatique ? Cette hypothèse, popularisée par des fictions comme Matrix, fascinerait aujourd’hui de … Continued
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Et si le réel n’existait pas ? Si nous étions en train d’évoluer dans le monde tels les Sims du fameux jeu vidéo ? Si nos impressions, nos souvenirs, nos émotions, notre sentiment d’exister lui-même n’étaient que les éléments d’une immense simulation informatique ? Cette hypothèse, popularisée par des fictions comme Matrix, fascinerait aujourd’hui de grandes figures de la Silicon Valley : ingénieurs, chercheurs, spécialistes de l’IA et des neurosciences. Loïc Hecht, journaliste-reporter, connaît bien le monde de la Tech, qu’il explore depuis son premier roman, Le Syndrome de Palo Alto, paru en 2020. Dans un nouveau récit, La Simulation, fruit de six années d’enquête, de voyages, de méditations en tout genre, il part d’une rumeur étonnante : des milliardaires américains auraient secrètement engagé des scientifiques pour vérifier si oui ou non nous vivons dans une simulation. De cette rumeur, Loïc Hecht tire une enquête vertigineuse, entre technologie, physique quantique, spiritualité et philosophie.

26.05.2026 à 22:18

« Peut-on encore gagner la guerre culturelle ? » avec Francis Dupuis-Déri et Harold Bernat

Harold Bernat a reçu Francis Dupuis-Déri, politiste auteur de « L’art de la guerre culturelle » aux éditions Textuel. Au programme de cette émission, guerre culturelle, combat des idées, engagement politique et résistance à la bêtise satisfaite. Ce qui est en jeu n’est autre qu’une lutte, inégale et souvent peu visible, contre les assauts de la … Continued
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Harold Bernat a reçu Francis Dupuis-Déri, politiste auteur de « L’art de la guerre culturelle » aux éditions Textuel. Au programme de cette émission, guerre culturelle, combat des idées, engagement politique et résistance à la bêtise satisfaite. Ce qui est en jeu n’est autre qu’une lutte, inégale et souvent peu visible, contre les assauts de la pensée réactionnaire. Que faut-il entendre par là ? Des dominants qui se victimisent sur les plus gros canaux médiatiques, des puissants qui dénigrent et méprisent des exploités, un déni de réalité qui fonctionne par amplification et amputation de la complexité réelle. Derrière la critique du « politiquement correct », nous assistons à une véritable guerre contre la nuance vécue et l’intelligence sociale. Trop souvent perdus dans des querelles de valeurs mises en spectacle cyniquement, nous finissons par oublier la réalité désespérante d’une offensive qui refuse d’être critiquée.

22.05.2026 à 18:26

Manon Rousselot-Pailley: « L’agriculture, dans son ensemble, va souffrir »

Le salon de l’agriculture 2026 a connu une baisse de fréquentation de 27,9% par rapport à l’an dernier, en lien avec l’absence de bovins dans le contexte de l’épidémie de dermatose nodulaire. De quoi renforcer une extrême morosité dans le monde agricole, qui va subir le traité de libre-échange entre l’Union Européenne et le Mercosur, … Continued
Texte intégral (2327 mots)

Le salon de l’agriculture 2026 a connu une baisse de fréquentation de 27,9% par rapport à l’an dernier, en lien avec l’absence de bovins dans le contexte de l’épidémie de dermatose nodulaire. De quoi renforcer une extrême morosité dans le monde agricole, qui va subir le traité de libre-échange entre l’Union Européenne et le Mercosur, avec notamment l’importation de bœuf sud-américain. Pour QG, Manon Rousselot-Pailley, présidente du Mouvement rural de jeunesse chrétienne, alerte sur le risque de voire une agriculture française ne plus être en mesure d’être protégée avec ce traité, suivant une trajectoire analogue à celle de l’industrie hexagonale depuis plus de 40 ans, fustigeant au passage le « double jeu » du gouvernement par rapport aux négociations sur le traité avec le Mercosur. Interview par Jonathan Baudoin

Quel est votre regard sur la signature du traité de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur ?

Au MRJC, on était opposé à la signature de ce traité. On fait partie du collectif Stop UE-Mercosur. Même si on s’est préparé, on est atterré, déçu par la signature. Ce qui nous inquiète le plus dans les conséquences que cela va avoir pour les paysans en France, mais aussi en Amérique du Sud, c’est le fait que cet accord qui faisait office de digue, retenant d’autres accords de libre-échange un peu partout dans le monde, notamment avec l’Union Européenne, qui vont désormais aller bon train. C’est un peu le dernier rempart qui est tombé.

Et puis bien sûr, on est hyper déçus de la position de la France, qui a prétendu se positionner contre mais qui n’a rien fait diplomatiquement, à Bruxelles et ailleurs, pour entraver les négociations.

Quelles vont être les conséquences les plus immédiates, puis les plus durables, de l’application de ce traité sur l’agriculture française, selon vous ?

On parle de 99.000 tonnes de bœuf importées d’Amérique du Sud par an. Forcément, il y a le risque assez certain de voir la production française supplantée. En revanche, cela favorisera les exportations de voitures, de pesticides, de produits pharmaceutiques, qui ressortiront très clairement gagnantes, elles, de ce deal.

Le problème, c’est que cette manière de voir les choses est similaire aux calculs faits au moment de la désindustrialisation dans les années 1980. On voit les conséquences que cela a aujourd’hui, et l’incapacité pour les États de légiférer sur ces questions-là parce que le principe de concurrence s’applique, qu’on ne peut pas aller contre ça. L’agriculture, qui était un des derniers bastions à n’être pas complètement tombé dans le libre-échange, va finalement tomber comme les autres. On va être les spectateurs impuissants des conséquences que cela va avoir, qui seront les mêmes que pour l’industrie.

De nombreux agriculteurs en France s’opposent au Mercosur car ils craignent une concurrence déloyale avec des produits moins chers et moins réglementés, menaçant leurs revenus et l’agriculture locale. Ils pointent aussi le risque environnemental lié à la déforestation et aux pratiques intensives

En quoi ce traité pourrait signer pour l’agriculture française une situation analogue à celle que connaît l’industrie hexagonale depuis les années 1980 ?

Ce qui porte profondément atteinte aux agriculteurs en France, c’est la pression exercée sur les prix, l’impossible régulation publique. Ce qu’on peut observer dans le monde industriel, en conséquence des politiques menées dans les années 1980, c’est qu’il est quasi impossible de mettre en place des politiques publiques qui favorisent la production locale.

Une fois qu’on a démantelé tout un tas de protections dont on dispose, comme le font des accords comme celui du Mercosur, il est très difficile de revenir dessus ensuite. Cela ne veut pas dire que l’agriculture, dans son ensemble, va souffrir. Des filières comme Lactalis, en mettant la main sur marché du lait brésilien, sont très clairement gagnantes. Cela veut-il dire pour autant que l’agriculture est gagnante ? C’est une question de curseur à mettre.

Il y a aussi des filières qui vont être un peu protégées parce qu’elles bénéficient d’un degré de protection important. La filière Comté va pouvoir résister par rapport à d’autres filières de lait qui ne bénéficient pas du même degré de protection. C’est la question des petits producteurs et de la manière dont ça vient complexifier la possibilité d’un mode d’agriculture qui ne s’inscrit pas dans une logique industrielle.

Comment jugez-vous la position du gouvernement sur l’agriculture hexagonale, par rapport au traité de libre-échange UE/Mercosur et par rapport à l’épidémie de dermatose nodulaire contagieuse des bovins ?

Sur la question du Mercosur, ce que je reproche principalement au gouvernement, c’est son double jeu. Officiellement, c’est afficher une position critique sur l’accord du Mercosur. Mais la France n’a jamais demandé, ces cinq dernières années, à revoir le mandat de négociation qui a été donné, il y a 25 ans, à la Commission européenne. Au moment même où l’Assemblée nationale se prononçait contre l’accord, demandant à Macron de ne rien valider, ce dernier recevait, au ministère des Affaires étrangères, JBS, une filière brésilienne. On avait un double jeu politique insupportable mais qui est assez classique de la part de la France. Notamment sur les enjeux agricoles. À savoir passer son temps à se cacher derrière l’Union européenne comme la cause des problèmes, comme si la France ne jouait pas un rôle prédominant au niveau européen sur ces questions-là, comme si elle ne participait pas aux politiques décidées qui ont des conséquences désastreuses dans l’agriculture. J’ai travaillé à Bruxelles. J’ai vu cela de près. La France a une vraie capacité d’influence. Ensuite, le discours qui est tenu aux Françaises et aux Français est le suivant : « c’est pas de notre faute, c’est l’Union européenne ».

D’une certaine manière, la même rhétorique est appliquée concernant la DNC. Une espèce de discours « c’est pas nous, c’est l’ordre des vétérinaires. C’est pas nous, c’est les normes européennes« . Se déresponsabiliser en permanence du manque de démocratie qui a été appliquée dans la manière de gérer la situation. Il y avait plein d’organisations agricoles qui proposaient des situations alternatives, mais qui ont été d’office écartées.

À chaque fois, peu importe la situation, la DNC, le Mercosur, la PAC, le fait est que le ministère de l’Agriculture est en cogestion avec la FNSEA, qui est le syndicat majoritaire. Il n’y a pas de place pour des discussions qui sortiraient de l’agenda de la FNSEA. Elles sont automatiquement écartées.

On a vu une vraie mobilisation des agriculteurs, très forte, qui a fait bouger les lignes entre les divers syndicats. Mais la position du ministère n’a pas bougée, restant dans la lignée de celle de la FNSEA.

La ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire Annie Genevard, aux cotés d’Arnaud Rousseau, président de la FNSEA le jeudi 27 mars 2025 à Grenoble pour participer au 79ème congres national de la Federation nationale des syndicats d exploitants agricoles (FNSEA).(Photo de Benoît Pavan / Hans Lucas via AFP)

Quelles solutions seraient les plus adéquates pour une agriculture française en mesure de nous fournir une souveraineté alimentaire ?

Pour répondre à cette question, il faut d’abord définir le terme souveraineté alimentaire. À l’origine, ce terme a été travaillé par la Via campesina (mouvement altermondialiste international qui coordonne des organisations de petits et moyens paysans, d’ouvriers agricoles, de fermes rurales, de communautés indigènes d’Asie, des Amériques, d’Europe et d’Afrique : NDLR). Il a été repris ensuite, en étant un peu vidé de sa substance. À la base, le concept de souveraineté alimentaire est présenté comme une alternative aux politiques néolibérales. Depuis qu’il est devenu un thème majeur, il a été réapproprié dans le débat public puis vidé de sa substance. Dans l’idée de souveraineté alimentaire, il y a une part importante qui est donnée à la question de la démocratie. La souveraineté est une question de droit, à la base. Le droit des paysans et paysannes à pouvoir produire des aliments; le droit des consommateurs et consommatrices à décider de ce qu’ils veulent consommer de ce qui est produit chez eux et pourquoi; puis le droit des États à se protéger des importations agricoles et alimentaires qui sont à bas prix, avec un coût certain pour les agriculteurs.

La première solution, pour moi, serait déjà de se réapproprier le concept, tel qu’il a été pensé à l’origine et de le décorréler de l’imaginaire d’après-guerre (« iI faut produire beaucoup pour pouvoir nourrir l’Europe ») parce qu’on est dans des politiques qui ne s’intéressent pas aux conséquences environnementales et sociales de la manière dont on produit. Ce qui signifie: revoir la manière dont on gère le libre-échange, la mondialisation de manière plus large, qui ne serait ni le scénario de l’Union Européenne qui veut continuer le « business as usual », ni celui de l’extrême droite à la Trump qui décide tout seul s’il reste, s’il sort, de ce qu’il laisse, de ce qu’il garde.

Ce serait plutôt un scénario de régulation, où la question n’est pas de s’extraire du commerce international, mais de le réguler avec une visée de solidarité internationale, où on n’est pas là pour appauvrir les paysans du Sud afin d’enrichir les agriculteurs chez nous. Puis, il serait question de redéfinir la PAC. Il y a différentes propositions travaillées par diverses organisations agricoles et paysannes. Il faudrait aussi reprendre un débat démocratique autour de cette question et la manière dont elle est censée protéger les agriculteurs, permettre l’implantation des jeunes.

Au MRJC, on défend la question d’arrêter la course à l’agrandissement. Cela ne veut pas dire arrêter toutes les grandes fermes, mais simplement enrayer ce système qui fait qu’il est impossible pour les jeunes de s’installer, ni d’avoir des fermes familiales à taille humaine. Un de nos slogans est: « 10 petites fermes valent mieux qu’une grande ! »

La question posée est très large. Il y a 1.000 volets de réponses possibles, nécessitant des jours de discussion. Mais les enjeux autour de la PAC, du libre-échange, des pouvoirs de décision des agriculteurs et de ce qu’ils peuvent penser pour leur ferme, avec une certaine autonomie et un accompagnement de l’ordre de ce qui est proposé par Solidarité paysans, qui les aide souvent à sortir de situations intenables, en pensant leur modèle autrement que celui soufflé par les prestataires de différentes filiales de l’agro-business.

Propos recueillis par Jonathan Baudoin

20.05.2026 à 21:15

« Pédocriminalité : une impunité française » avec Laurence Beneux et Itzel Marie Diaz

En France, 160.000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année. Pourtant, 75 % des plaintes pour inceste sont classées sans suite et 99 % des pères incestueux ne sont jamais condamnés. Ces dernières années, plusieurs affaires comme celle de Joël Le Scouarnec ont brutalement remis ce sujet au premier plan, et choqué l’opinion. Qui … Continued
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En France, 160.000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année. Pourtant, 75 % des plaintes pour inceste sont classées sans suite et 99 % des pères incestueux ne sont jamais condamnés. Ces dernières années, plusieurs affaires comme celle de Joël Le Scouarnec ont brutalement remis ce sujet au premier plan, et choqué l’opinion. Qui sont ceux qui commettent ces crimes ?  Comment s’organisent-ils et se protègent-ils ?  C’est ce que Laurence Beneux explore depuis des années. Journaliste d’investigation, elle a consacré une partie importante de son travail à documenter ces zones d’ombre, ces dysfonctionnements, mais aussi les mécanismes sociaux et institutionnels qui permettent à ces violences de rester, trop souvent, invisibles ou impunies. Auteure de « Pédocriminalité, l’hypocrisie française » (Cherche Midi), elle était l’invitée d’Itzel Marie Diaz sur QG

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