
06.09.2026 à 19:19
Nigel Gould-Davies
Les Russes en exil qui veulent en finir avec le régime de Poutine réclament aussi moins de sanctions, davantage d’ouverture et déjà un « plan Marshall » pour l’après-guerre.
<p>Cet article Les dissidents soviétiques avaient compris ce que l’opposition russe en exil a oublié a été publié par desk russie.</p>
Chercheur senior spécialiste de la Russie et de l’Eurasie à l’Institut international d’études stratégiques (IISS) de Londres, Nigel Gould-Davies critique l’opposition russe actuelle qui s’est exilée en Europe et aux États-Unis. Cette opposition, menée par des figures publiques comme Ilia Iachine et plusieurs autres, condamne la guerre en Ukraine, mais demande d’alléger les sanctions contre la Russie, de faciliter l’installation des Russes en Europe et de prévoir un plan Marshall pour la Russie, laissant de côté la question bien plus importante de la reconstruction future de l’Ukraine. Les dissidents soviétiques, eux, exigeaient des sanctions sévères contre le Kremlin.
Dans un récent article publié dans le Moscow Times, Ilia Iachine, éminent représentant de l’opposition russe, a prétendu que j’avais soutenu que « les intérêts de l’opposition russe en exil sont fondamentalement incompatibles avec la sécurité de l’Europe ».
Je n’ai rien dit de tel, et les lecteurs peuvent en juger par eux-mêmes ici. Mais je me réjouis de l’occasion qu’il m’offre de poursuivre le débat sur ces questions importantes.
Le point essentiel est que la stratégie de l’opposition russe semble en proie à une contradiction entre ses moyens et ses fins. Son objectif est de « liquider » le régime de Vladimir Poutine. Mais, à cette fin, des personnalités de premier plan exhortent tour à tour l’Europe à limiter les sanctions, à assouplir les restrictions en matière d’immigration en provenance de Russie et à financer la future reconstruction de la Russie. Il est difficile de voir comment une telle stratégie – plus radicale dans ses fins, mais plus limitée dans ses moyens que les propres politiques de l’Europe – pourrait fonctionner. Elle cherche à saper un régime en guerre tout en préconisant des mesures visant à protéger les citoyens des coûts que cela implique. C’est un cercle qui ne peut être carré.
Prenons l’exemple des sanctions. La plupart des dirigeants de l’opposition critiquent toutes les mesures, à l’exception très limitée des sanctions personnelles contre les responsables du régime. Il faut reconnaître à Iachine le mérite d’appeler à « cibler la machine de guerre de Poutine ». Mais alors que le régime consacre des ressources toujours plus importantes au champ de bataille, cette machine de guerre devient de plus en plus indissociable de l’économie qui l’alimente et la finance.
La vérité dérangeante est que priver la Russie de matériel de guerre exige de saper l’ensemble de sa capacité de production. Les grandes guerres d’usure se livrent toujours aussi sur le front intérieur. Des sanctions systémiques, et non pas simplement personnelles ou sectorielles, constituent une nécessité incontournable.
Prenons l’exemple de l’immigration en provenance de Russie. Des exilés persécutés, dont certains comptent parmi mes amis, ont pris des décisions qui ont bouleversé leur vie en quittant leur pays et ont consenti d’énormes sacrifices personnels pour ce faire. Ils méritent toute notre admiration. Mais c’est une chose pour l’Europe d’accueillir de véritables dissidents – comme j’ai clairement indiqué que nous devrions le faire – et c’en est une autre d’admettre sur son territoire un grand nombre de spécialistes qui, jusqu’à présent, sont restés en Russie et dont le travail a peut-être même contribué à la guerre.
Les risques pour la sécurité européenne sont évidents. Iachine et d’autres les nient en arguant que les services de renseignement russes opèrent déjà en Europe. Mais cela revient à dire : « Nous avons une force de police, et pourtant la criminalité existe ; il faut donc supprimer la police. » Les contrôles actuels sur l’immigration en provenance de Russie limitent la capacité d’acteurs hostiles à infiltrer nos sociétés, même s’ils ne peuvent pas l’empêcher totalement. Qui douterait que leur assouplissement ouvrirait de vastes possibilités d’infiltration hostile ? L’expérience récente de la pénétration du FSB dans les milieux de l’exil le confirme malheureusement.
Enfin, il est indécemment prématuré de planifier la reconstruction de la Russie alors que celle-ci tire tous les jours des missiles sur l’Ukraine. Pourtant, certains cherchent déjà à s’assurer que l’Occident proposera un jour un généreux « plan Marshall » pour reconstruire le pays, plutôt que d’imposer un « plan Morgenthau » punitif visant à affaiblir Moscou au point qu’elle ne puisse plus constituer une menace.
Là encore, des contradictions apparaissent. L’aide d’après-guerre accordée à l’Allemagne de l’Ouest a fait suite à la capitulation inconditionnelle du pays, à son occupation et à la partition de son territoire. Ce ne sont pas là des mesures que les exilés soutiennent, ni que l’Europe envisage pour la Russie.
Un précédent plus récent n’est pas non plus de bon augure. Les milliards de dollars d’aide financière que l’Occident a fournis à la Russie au cours des turbulentes années 1990 n’ont pas empêché la résurgence ultérieure de la Russie en tant que puissance révisionniste agressive. Quelle garantie avons-nous que cela ne se reproduira pas ? Ceux qui prônent un nouveau plan Marshall semblent moins préoccupés par ces questions que par la nécessité d’éviter de retourner en Russie « les mains vides ».

Iachine a tout à fait raison de dire qu’une Russie démocratique servirait la sécurité européenne – à condition qu’il s’agisse également d’une Russie post-impériale. Que fait la communauté des exilés pour faire avancer cet objectif, au-delà de formuler des revendications à l’égard de la politique occidentale ? Des médias remarquables – Verstka, Mediazona, The Insider, iStories, Proekt, le Moscow Times et bien d’autres – apportent une contribution précieuse. Dans des conditions difficiles et avec des ressources limitées, ils nous aident à mieux comprendre la Russie. Nous devrions tous les soutenir.
Qu’en est-il de l’opposition politique ? En tant que voix, ou plutôt voix multiples venues de Russie, elle a un rôle unique à jouer pour présenter aux Russes ordinaires un argumentaire audacieux et convaincant en faveur d’un pays démocratique, prospère et pacifique, respectueux de la souveraineté de ses voisins. Gary Kasparov est sans équivoque à ce sujet, tout comme l’était Boris Nemtsov, ce qui lui valut d’être abattu en 2015.
Mais parmi certaines autres figures de l’opposition, même celles qui ont signé la Déclaration de Berlin de 2023 appelant au retour de la Russie à ses frontières internationalement reconnues, on observe parfois encore une certaine réticence à définir ce que signifie concrètement « vaincre la Russie » et « soutenir l’Ukraine ». Peut-être craignent-elles de s’aliéner l’opinion publique russe chez elles. Si tel est le cas, cela nous indique sans aucun doute que cette opinion doit être interpellée et remise en question. Le leadership consiste à persuader et à façonner l’opinion publique, et non à tourner autour du pot.
Les dissidents soviétiques l’avaient bien compris. Malgré leurs divergences, des personnalités de premier plan ont exhorté l’Occident à imposer des sanctions à leur propre pays. Après l’invasion soviétique de l’Afghanistan en 1979, ils ont critiqué les politiques occidentales de détente qui encourageaient les échanges avec le bloc soviétique. Andreï Sakharov a appelé la communauté internationale à « élaborer un programme général de mesures économiques, idéologiques et militaires supplémentaires et à le mettre en œuvre avec détermination ». Vladimir Boukovski a insisté sur le fait qu’il n’y avait aucune distinction entre le bon et le mauvais commerce : Moscou en tirerait profit, quelle que soit l’intention. Alexandre Soljenitsyne a dénoncé les ventes de céréales occidentales, dont dépendait l’économie soviétique, affirmant qu’elles ne profitaient qu’à l’armée. Plutôt que de dire à l’Occident de construire « des ponts, pas des murs », eux-mêmes et d’autres exilés, tels qu’Alexandre Ginzburg et Avital Sharansky, menèrent avec succès une campagne en faveur du boycott des Jeux olympiques de Moscou de 1980.
Cette intelligentsia soviétique se considérait comme une conscience morale plutôt que comme un groupe de futurs politiciens. Sa position de principe, selon laquelle le pouvoir soviétique devait être affaibli et isolé pour que le régime change, s’est avérée juste sur le plan stratégique. Moins d’une décennie après l’invasion de l’Afghanistan, le système communiste se dirigeait vers l’effondrement.
L’opposition d’aujourd’hui aurait tout intérêt à réfléchir à ce précédent et aux leçons qu’il contient. Le problème n’est pas qu’elle se soucie des intérêts du peuple russe, mais qu’elle les interprète peut-être de manière trop restrictive et trop tactique pour atteindre les objectifs qu’elle s’est fixés.
Traduit de l’anglais par Desk Russie
Lire l’original ici
<p>Cet article Les dissidents soviétiques avaient compris ce que l’opposition russe en exil a oublié a été publié par desk russie.</p>
06.09.2026 à 19:19
Konstantin Akincha
Comment un dessin intime représentant Anna Akhmatova s’est-il retrouvé entre les mains de Vladimir Poutine ?
<p>Cet article Un dessin de Modigliani, un trust mystérieux et l’art de faire des affaires dans la Russie de Poutine a été publié par desk russie.</p>
Historien de l’art et journaliste d’investigation, Akincha raconte ici une histoire édifiante : un exemple parfait qui illustre comment le grand business européen cherche des arrangements avec le régime de Poutine, nonobstant la guerre sanguinaire que celui-ci mène contre l’Ukraine.
Nous savons tous qu’il existe des admirateurs de Poutine. Le terme même de Putinversteher – littéralement, « celui qui comprend Poutine » – est d’origine allemande, ce qui laisse deviner le terreau naturel de ce groupe particulier. Sa présence ne se limite toutefois pas à la République fédérale allemande. On trouve des Putinversteher en abondance en France – bien que, malheureusement, les Français n’aient pas inventé de terme aussi pertinent pour désigner cette disposition particulière –, occasionnellement en Grande-Bretagne, généralement à la Chambre des lords, et aujourd’hui aux États-Unis. Tucker Carlson en est un exemple remarquable.
Jusqu’à récemment, je n’en avais jamais rencontré personnellement, et j’avais encore moins échangé avec l’un d’entre eux. Toutes mes connaissances allemandes qui, avant 2022, se disputaient le titre de Putinversteher Light ont été « guéries » par Boutcha, le bombardement du théâtre de Marioupol, la brutalité de l’occupation russe et d’autres atrocités. Beaucoup d’entre elles soutiennent désormais l’Ukraine non seulement en paroles, mais aussi en actes.
La magie de LinkedIn m’a toutefois récemment donné l’occasion de rencontrer un admirateur du président russe dans un endroit inattendu : la Suède. Je dois admettre que j’ai moi-même attisé la polémique.
Au début de l’un de mes articles intitulé « Vérification de la provenance de la “collection Poutine” », j’ai écrit :
« Vladimir Poutine est coupable de nombreux crimes… Il remplit pleinement les conditions pour comparaître à la barre devant un tribunal international. »
Je maintiens ces propos. Si quelqu’un souhaite contester cette analyse, je suis prêt à examiner des arguments étayés par des preuves. Au lieu de cela, ma déclaration a suscité la réponse suivante :
« En tant que donateur d’œuvres d’art à la Fédération de Russie, actuellement exposées au public, je m’insurge contre l’introduction politique ridiculement partiale et déplacée de ce “rapport”, clairement conçu pour dénigrer le pays et son Président [sic !], alors qu’il ne parvient qu’à se dénigrer lui-même. »
Ce commentaire a été publié par un certain Albert Isequilla, qui se présente sur LinkedIn comme le directeur général d’Arts Finans Trust et indique résider à Karlstad, en Suède.
J’ai répondu :
« Je suppose que M. Isequilla, le généreux donateur d’œuvres d’art à la Fédération de Russie, ignore que le pays qu’il admire tant mène une guerre d’agression contre l’Ukraine et que son président – j’ai apprécié la majuscule du mot dans le commentaire de M. Isequilla – fait l’objet d’un mandat d’arrêt délivré par la Cour pénale internationale. Il semble également méconnaître la politique de la Suède à l’égard de la Fédération de Russie. Si, toutefois, il a connaissance de ces faits, sa position est difficile à distinguer de celle de la cinquième colonne de Poutine. »
Ma réponse a suscité une réaction quasi immédiate :
« […] En Suède, d’une manière générale, nous ne sommes pas si naïfs quant aux motivations politiques et financières qui sous-tendent les politiques officielles de notre pays envers la Fédération de Russie, notamment l’abandon d’une politique de neutralité vieille de 220 ans qui a bien servi le pays, et ce sans aucune consultation de ses citoyens. Nous ne sommes pas aussi stupides que M. Akincha voudrait nous le faire croire, et nous ne faisons donc partie de la “cinquième colonne” de personne si nous désapprouvons les politiques de notre gouvernement. Pas plus, d’ailleurs, que le peuple ukrainien, qui aspire à la fin de ce conflit insensé dans lequel il a été plongé contre son gré. Si M. Akincha est réellement spécialiste de l’art russe, il ferait mieux de s’en tenir à ce sujet et de rester en dehors des questions politiques, qui ne peuvent que nuire à ses efforts professionnels. »
Après avoir lu cet échantillon classique d’arguments du Kremlin, je me suis intéressé à M. Isequilla et à Arts Finans Trust. Ma curiosité n’était pas tout à fait injustifiée : mon adversaire suédois avait manifesté un intérêt peu scrupuleux pour mon propre domaine d’expertise. Il me semblait raisonnable d’examiner le sien.
Les premières tentatives visant à établir le parcours de M. Isequilla et à trouver en ligne des informations fiables sur Arts Finans Trust se sont avérées décevantes. L’IA Claude a indiqué n’avoir rien trouvé ni sur « Albert Isequilla » ni sur « Arts Finans Trust » : aucune inscription au registre du commerce suédois, aucune couverture médiatique, aucune mention auprès des autorités de régulation financière, et pratiquement rien d’autre qu’un profil LinkedIn.
La seule photo de ce mystérieux PDG que j’ai trouvée en ligne montrait M. Isequilla au milieu d’un groupe de personnalités du monde de l’art new-yorkais, d’origine suédoise et russe, lors du salon inaugural de printemps de l’Art and Antique Dealers League of America.
Une fois les capacités de recherche de ChatGPT et de Claude épuisées, j’ai poursuivi les recherches par moi-même et j’ai presque immédiatement trouvé une preuve irréfutable de la supériorité de l’intelligence humaine sur son homologue artificiel. La piste dont j’avais besoin était facilement accessible en ligne : un article publié dans The Southland Times, un journal basé à Invercargill, en Nouvelle-Zélande, le 6 juillet 2007.
Intitulé « Des étrangers font don d’œuvres d’art », cet article rendait compte de la manière dont des entreprises étrangères utilisaient des œuvres d’art de grande valeur pour nouer des relations avec la Russie de Poutine. Son introduction était d’un lyrisme inattendu :
« Voici l’histoire d’une passion amoureuse, d’un événement marquant de l’histoire de l’art et de la réalité des affaires dans la Russie du président Vladimir Poutine – le tout contenu dans un simple dessin.
C’est en 1911 à Paris que le célèbre artiste italien Amedeo Modigliani (1884–1920) a esquissé le portrait de son amoureuse Anna Akhmatova (1889–1966), qui allait devenir l’une des poétesses les plus connues de Russie.
Le mois dernier, une société immobilière suédoise, RURIC, a fait don de l’un de ces dessins à l’État russe, rejoignant ainsi la liste croissante des entreprises qui soutiennent la culture russe, alors même que le climat se durcit à l’égard des investisseurs étrangers. »
L’article expliquait également le rôle attribué au PDG d’Arts Finans Trust :
« RURIC est membre de Cultural Patrimony of the Russian Federation, une fondation créée cette année en Suisse qui prévoit d’encourager les grands investisseurs étrangers en Russie à faire don d’un plus grand nombre d’œuvres d’art.
“C’est une excellente opération de relations publiques”, a déclaré Albert Isequilla, directeur général d’Arts Finans Trust, l’un des principaux sponsors d’une récente exposition Modigliani au musée Pouchkine de Moscou, qui dirige également la fondation. »
Les relations publiques ont en effet été très réussies. Nils Nilsson, président de RURIC AB, a remis en personne le dessin de Modigliani à Vladimir Poutine le 9 juin 2007, lors du Forum économique international de Saint-Pétersbourg.
Quelques jours avant cette remise, RURIC et Arts Finans Trust avaient annoncé la création de la Fondation pour le patrimoine culturel de la Fédération de Russie. L’acquisition du Modigliani a été présentée comme le premier projet de la fondation.
Le don avait initialement été présenté comme destiné à la Russie et, plus précisément, au musée Pouchkine de Moscou. La remise solennelle s’est toutefois faite directement à Poutine. En 2008, Kommersant a rapporté que le dessin restait la propriété personnelle de Poutine et qu’il avait simplement été confié à titre temporaire au musée Anna Akhmatova de Saint-Pétersbourg. Son statut juridique actuel n’est pas clair.
C’était le bon vieux temps. Les œuvres d’art pleuvaient sur Poutine telle une pluie d’hommages dorés. Le dessin de Modigliani était un geste modeste comparé à l’achat et au don par Alicher Ousmanov à l’État russe de la collection Rostropovitch-Vichnevskaïa. Cette collection fut par la suite installée au palais Konstantinovski à Strelna, un complexe d’État qui sert également de résidence présidentielle.
En 2007, l’âge d’or de l’affairisme occidental en Russie atteignait son apogée. Mais, comme dans tous les contes de fées, le carrosse doré finit par se transformer à nouveau en citrouille.

En 2005, RURIC aurait investi 250 millions de couronnes suédoises dans l’immobilier à Saint-Pétersbourg. En 2008, la société annonça des projets de développement immobilier colossaux dans la ville et prévoyait un bénéfice supérieur à 900 millions de couronnes suédoises. À la suite d’un conflit entre actionnaires et créanciers, RURIC a toutefois été placée en redressement judiciaire en 2009.
En 2012, la nouvelle direction de la société a affirmé que 6,7 millions de dollars américains avaient été transférés à une société chypriote contrôlée par Nils Nilsson, décédé subitement à son domicile en Suisse en 2011. Selon la nouvelle direction, cet argent aurait pu être utilisé à des fins autres que celles auxquelles il était destiné.
Le partenaire d’Arts Finans Trust n’était donc pas un simple donateur suédois. RURIC affichait ouvertement ses liens avec Poutine et ses relations avec la gouverneure de Saint-Pétersbourg, Valentina Matvienko. En 2022, le magazine immobilier suédois Fastighetsvärlden a également rapporté que la société avait entretenu des contacts étroits avec plusieurs hauts responsables du FSB.
Il semble que les grands projets de la Fondation pour le patrimoine culturel de la Fédération de Russie n’aient jamais abouti. Je n’ai trouvé aucun article dans la presse russe ou européenne faisant état de réalisations ultérieures de l’organisation. Je ne l’ai pas non plus localisée dans les registres suisses des sociétés accessibles au public.
J’espère que cet exercice d’archéologie en ligne aidera à expliquer pourquoi M. Isequilla écrit le mot « Président » avec une majuscule lorsqu’il fait référence à Poutine.
Il est difficile de décrire ce que j’ai ressenti après avoir découvert tout cela. La connaissance engendre bel et bien la tristesse. Contrairement à certains écrivains ukrainiens contemporains, je ne considère pas Anna Akhmatova comme une chantre de l’impérialisme russe. Je l’imagine se retourner dans sa tombe en voyant qu’un croquis intime réalisé par un Modigliani épris a été transformé en un instrument de séduction d’entreprise et offert à un despote russe.
L’idée que ce dessin soit devenu (et reste peut-être) la propriété personnelle de Poutine me remplit de dégoût. L’accumulation de trophées issus de la « grande culture russe », exposés comme des bois de cerf dans un pavillon de chasse pour orner les résidences du dirigeant, a contribué à vider cette culture de sa substance et, finalement, à l’immoler dans les flammes de la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine.
Traduit de l’anglais par Desk Russie
<p>Cet article Un dessin de Modigliani, un trust mystérieux et l’art de faire des affaires dans la Russie de Poutine a été publié par desk russie.</p>
06.09.2026 à 19:19
Christophe Solioz
Lecture de Nicolas Werth, Adieu ma Russie : Mémoires orphelines. Les Belles Lettres, 2026.
<p>Cet article L’odyssée russe de Nicolas Werth. À la recherche du père perdu a été publié par desk russie.</p>
Lecture de Nicolas Werth, Adieu ma Russie : Mémoires orphelines. Paris, Les Belles Lettres, 2026, 379 p.
Mai 1943. À quelque cinq cents kilomètres de Moscou, Voronej tout juste libérée par l’Armée rouge : « L’Union soviétique sera-t-elle un État européen comme un autre ? Sans doute pas. Mais savons-nous à quoi ressemblera l’Europe de demain ? » (p. 296) Questions du soviétologue réputé Nicolas Werth ? Non point, mais de son père, le journaliste, correspondant de guerre britannique et historien de l’URSS Alexander Werth (1901-1969).
Au fil des pages d’Adieu ma Russie, un siècle défile. Ce récit émouvant d’histoire et de filiation retrace les parcours poignants d’un fils et de son père retrouvé, tous deux ayant consacré leur vie à l’écoute de l’histoire d’un pays impossible qui ne leur est pas étranger, tant s’en faut. Les Werth sont des Allemands des pays baltes russifiés, installés d’abord en Lettonie puis, à partir du début du XIXe siècle, à Saint-Pétersbourg, où Alexander Werth a vu le jour. Un fil rouge traverse le livre : l’attachement de l’un et de l’autre pour un même pays.
Au seuil du livre, le prologue révèle un roman familial ignoré de beaucoup. Désespéré par l’entrée des chars soviétiques à Prague en août 1968, Alexander Werth met fin à ses jours en mars 1969. Pour seul testament, « une demi-feuille A4, avec ces deux mots : Prochtchaï Rossia ! – Adieu la Russie ! Pas un mot pour ma mère, ni pour moi, son fils unique. » (p. 10) Chez le fils, l’amertume prend le pas sur la douleur : « J’en ai longtemps voulu à mon père de m’avoir quitté de la manière la plus brutale et définitive qui soit – et la plus incompréhensible pour le jeune homme, à peine sorti de l’adolescence, que j’étais alors. J’ai longtemps interprété son acte désespéré comme le signe que l’écriture avait, à ses yeux, plus de valeur que son propre fils. Aussi ai-je longtemps éprouvé une forme de ressentiment vis-à-vis des livres de mon père. » (p. 10)
En mars 2023, alors que Nicolas Werth sent que le moment est venu pour lui aussi de faire ses adieux à ce pays qu’il a parcouru de long en large, tout vacille. Il perd pied et est sur le point de répéter le geste de son père. Rétrospectivement, la question fuse : « Comment pourrais-je, moi – fils de suicidé dont tout le cours de la vie a été canalisé, déterminé par cet abandon du père, un père dont j’étais à la fois très fier – à l’âge où j’avais sans doute un grand besoin de père – et très honteux, comment ai-je pu, même une seconde, envisager [d’]infliger [à mes proches] pareille souffrance jusqu’à la fin de leurs jours ? » (p. 11)
En guise de réponse, l’aveu tombe dans les dernières pages. Père et fils partagent un espoir déçu qui les lie au-delà de la mort : « Mon refus d’anticiper l’invasion de l’Ukraine par la Russie me rappelle, immanquablement, celui de mon père lorsqu’il refusa d’envisager l’invasion de la Tchécoslovaquie par l’URSS en 1968. Les circonstances historiques sont, certes, différentes ; mais lui et moi nous nous sommes trompés malgré notre connaissance intime de ce pays auquel tant de fils nous reliaient. » (p. 387)
Dans ce moment de bascule convergent « le suicide de mon père après l’écrasement du “Printemps de Prague” par les chars soviétiques ; mais aussi les événements traumatisants plus récents qui ont provoqué le séisme du 27 juin : mon renoncement public, le 11 mai, lors de l’Assemblée générale de Mémorial France, à me rendre deux jours plus tard à Genève au Congrès constitutif de la nouvelle entité Mémorial International comme représentant de Mémorial France, renoncement vécu comme une terrible humiliation et une perte d’estime de moi-même ; la panne d’écriture sur les sujets qui m’avaient occupé toute ma vie ; le désespoir de ne plus revoir mes amis russes, de ne plus pouvoir retourner en Russie, pays à la dérive, une dérive dont je me suis refusé à voir l’aboutissement – l’invasion de l’Ukraine. » (p. 15)
Suivent dépression, séjour en hôpital psychiatrique, et ce constat inéluctable : « Il y a tant de nœuds, de traumatismes, tant de strates de non-dit et de non-reconnu, tant d’enfoui en moi que commencer à démêler cette histoire personnelle, de surcroît à mon âge, me paraît dangereux et mortifère. » (p. 15) Cette autobiographie intellectuelle restitue le cheminement d’une guérison, marque les retrouvailles avec un père omniprésent au fil des pages, tout en retraçant le parcours de Nicolas Werth tour à tour étudiant à Leningrad, enseignant à Minsk puis à Moscou, attaché culturel pendant la Perestroïka, chercheur au CNRS enfin, à partir de 1989, en tant que soviétologue scrutant les métamorphoses d’un empire défunt.

La disparition de l’URSS en 1991 est pour Nicolas Werth l’occasion de mettre en perspective la période soviétique de l’histoire russe. On lira, simultanément à Adieu ma Russie, le volume Histoire de l’URSS (Que sais-je ?, 2026), qui réunit avantageusement dans une édition revue et augmentée quatre études publiées d’abord séparément : Les Révolutions russes, Histoire de l’Union soviétique de Lénine à Staline (1917-1953), Les Grandes Famines soviétique1, Les Histoire de l’Union soviétique de Khrouchtchev à Gorbatchev (1953-1991). Trois quarts de siècle sont scrutés au prisme d’une approche à la fois politique et sociale, dont Adieu ma Russie nous dévoile les coulisses.
Ce livre-testament tient de la Lettre au père. Un regard bienveillant mais critique expose le parcours et l’œuvre d’Alexander Werth toujours au bon endroit au bon moment. Retenons ici, de la seule période 1941-1948, qu’il est en septembre 1943 le premier journaliste étranger autorisé à visiter Leningrad encore assiégé par les Allemands – séjour dont il rend compte dans Leningrad, 1943. Inside a City under Siege (1944)2. En octobre 1943, il couvre la Conférence tripartite des ministres des Affaires étrangères de l’URSS, des États-Unis et de la Grande-Bretagne qui se tient à Moscou. Début 1944, il suit la progression de l’Armée rouge et visite les zones libérées – notamment Ouman, Odessa, Sébastopol, Leningrad, puis Lublin (Pologne) et Berlin, où il assiste à la réunion interalliée de Wendenschloss le 5 juin 1945. Il rencontre à cette occasion les quatre acteurs majeurs de la bataille de Stalingrad. Des entretiens menés avec le colonel Zamiatine, les généraux Talanski et Tchouïkov, ainsi que le maréchal Sokolovski, naîtra Year of Stalingrad (1946)3.
Adieu ma Russie, deux livres en un. Celui inachevé du père qui évoque « la Russie combattante, souffrante et héroïque de “la Grande Guerre patriotique”, puis la Russie apaisée, confiante et optimiste des années 1960 » ; et celui du fils centré sur l’Union soviétique décrite comme « un régime criminel responsable de décennies de terreur et de répressions, celle d’un “État contre son peuple” » (p. 321). S’il s’agit du même pays, le regard est différent.
Le père privilégie l’histoire immédiate et le reportage sur le vif4, alors que le fils a le goût des livres universitaires et de l’archive. Tous deux partagent cependant la même empathie pour un peuple dont ils se sentent proches. La démarche est souvent la même : être régulièrement sur le terrain, témoigner de moments charnières de l’histoire, et privilégier une lecture endogène. Comme le souligne l’auteur : « pour comprendre le fonctionnement de l’État-Parti communiste, il ne suffisait pas de l’analyser comme une “idéocratie” […] ; il fallait entreprendre une véritable histoire sociale de l’État, étudier ses acteurs, et pas seulement le cercle dirigeant » (p. 142).
Tout comme son père, Nicolas Werth vit l’histoire en marche aux avant-postes. Ainsi assiste-t-il en juin 1988 au premier rassemblement organisé par Memorial à Moscou5. Il vit de l’intérieur les bouleversements de 1989 : « En tant qu’historien, j’avais l’impression de revivre l’année 1917, marquée, on le sait, non seulement par une grave crise économique, une montée irrésistible du mouvement ouvrier, une formidable libération de la parole mais aussi et surtout par un effondrement de toutes les structures d’autorité. Certes, il y avait aussi une différence majeure : l’URSS de 1989 n’était pas en guerre comme la Russie de 1917. […] L’essentiel, c’était d’être là, avec mes amis qui m’aideraient à comprendre ce qui se passait, ce qui se jouait dans ce tumulte de l’Histoire. » (p. 204)
Il faudrait raconter les amitiés russes de l’auteur, à commencer par celle le liant indéfectiblement à Claire Zawadovskaïa et à Valeri Volkov, rencontrés en 1981. Le texte change de registre pour devenir autobiographique et dévoiler les dessous d’études scientifiques enlevées. Ambiance : « Que de soirées à déguster, dans la minuscule cuisine de mes hôtes, le savoureux plov ouzbek préparé par Valeri, ou les traditionnels plats russes – borchtch, pirojki aux choux ou à la viande, pelmeni, koulebiaka, mitonnés avec amour par Claire ! Que de rencontres surtout, dans ce bain d’hospitalité intense, ce lieu permanent d’échanges où l’on passait sans cesse du russe au polonais, du français à l’anglais, de l’espagnol à l’italien, de l’allemand à l’arabe – toutes langues que la maîtresse de maison maîtrisait à la perfection ! Les jours de fête, cinquante à soixante personnes défilaient dans le petit appartement bondé comme un wagon de métro en heure de pointe. » (p. 126)
Cette approche privilégiant une « vue par le bas » permet à l’historien du social de « prendre la mesure d’une des failles majeures de la théorie du totalitarisme, qui néglige l’évolution propre des sociétés prises dans l’étau totalitaire, postulant que l’emprise idéologique “totale” y fait disparaître toute velléité d’inertie, de dissidence, voire de résistance » (p. 349). Si son travail porte sur la question de la violence comme élément central de l’exercice du pouvoir en URSS, il explore à la fin des années 1990 avec autant d’attention les résistances sociétales au régime stalinien.
La typologie que Werth propose6 identifie les multiples formes insoupçonnées d’insubordination sociale, notamment « les innombrables déviances (petits trafics, “fausses coopératives”, marché noir, etc.) induites par “l’économie parallèle” et “l’économie du déficit”, qualifiées par les autorités par le terme générique de “spéculation” » (p. 350). Werth prend soin de préciser que celles-ci « n’impliquaient pas un rejet global du système politique et de l’ordre social, mais reflétaient plutôt des stratégies de contournement des contrôles, des limitations et des interdictions mis en place par le régime dans les sphères les plus diverses de la vie économique et sociale » (p. 350).
Là où le père édulcore les pratiques révoltantes du NKVD7, le fils voit la réalité du Goulag. Dans les mots d’un fils qui ne lit les livres de son père qu’une fois devenu un historien confirmé de l’Union soviétique, son père est « passé à côté – comme tant d’autres contemporains, il est vrai – de la tragédie de la collectivisation des campagnes (présentée comme une “lutte des classes” au sein de la paysannerie) et de ses conséquences funestes (les grandes famines du début des années 1930), passé à côté de l’ampleur de la Grande Terreur de 1937-1938 qui fut bien autre chose qu’une simple “purge” de prétendus “opposants” au sein du parti communiste et, plus généralement, de la dureté de la répression “non politique” dont furent victimes, tout au long de la période stalinienne, les citoyens soviétiques “ordinaires” issus, pour l’essentiel, des couches populaires » (p. 359).
Si le père passe donc souvent sous silence la « face sombre » de l’histoire et peine à présenter un examen lucide du régime stalinien8, le regard du fils est significativement plus critique, grâce au dévoilement complet et à l’analyse exhaustive de ces crimes de masse si longtemps occultés. Il bénéficie pour cela de l’accès presque illimité aux archives, rendu possible à partir du début des années 1990 : archives qui lui permettent de reconstituer l’ensemble du mécanisme des « opérations répressives secrètes de masse », en fait, un massacre d’État illustré entre autres par la Grande Terreur de 1937-1938.
Pour ses recherches et publications, Werth bénéficie de l’accès à une consistante documentation dont il importe de prendre la mesure : « les résolutions secrètes, signées de Staline et de Iejov, le chef du NKVD, lançant ces opérations ; les “ordres opérationnels secrets du NKVD” fixant les “quotas” de condamnations “en 1re catégorie” (peine de mort) et en “2e catégorie” (dix ans de camp de travail forcé) et détaillant le déroulement de ces opérations ; la correspondance, très éclairante, entre Iejov et les responsables régionaux du NKVD permettant de comprendre pourquoi et comment les “quotas” d’arrestation, de condamnation et d’exécution furent “pulvérisés” par ces derniers, soucieux de “faire du zèle” pour ne pas être eux-mêmes “purgés” ; les “bilans mensuels” de la direction du NKVD mesurant, semaine après semaine, les progrès des “opérations répressives de masse”, région par région » (p. 359).
L’analyse minutieuse de ces archives permet de corriger la représentation de la Grande Terreur en identifiant sa structuration à deux niveaux : « d’une part, en effet, une purge, largement publique – et abondamment publicisée, à l’image des grands procès de Moscou – des responsables communistes de la “génération léniniste” aussitôt remplacés par de jeunes cadres staliniens ; d’autre part, des “opérations répressives de masse” secrètes, à l’origine de 90 % des arrestations, condamnations et exécutions, visant à éliminer un vaste ensemble “d’éléments socialement nuisibles” et “ethniquement suspects” perçus par Staline comme autant de recrues potentielles d’une mythique “cinquième colonne de terroristes à la solde des Puissances étrangères hostiles à l’URSS” à la veille d’un nouveau conflit mondial » (p. 358-359).
Adieu ma Russie est le récit émouvant d’un fils à la recherche d’un père d’abord perdu puis retrouvé. Le livre fait dialoguer deux passions intellectuelles pour un empire défunt et introduit aux principales publications tant du père que du fils. Arrivé au terme de cette odyssée, Nicolas Werth se retrouve lui-même renouant avec son père et faisant, lui aussi, ses adieux à un pays pourtant chéri. Comme si la guérison était à ce prix : « Je le sais. Je ne retournerai plus en Russie, ce pays dont le régime aura commis, au cours des dernières années, tant et tant de crimes : crime d’agression, crimes de guerre, crimes contre l’Humanité… » (p. 389)
Cet article s’est ouvert sur les mots du père, il convient de le terminer avec ceux du fils, qui résume ainsi cet adieu : « L’écriture de ce livre a été aussi l’occasion de dresser le bilan de mon parcours depuis un demi-siècle, de comprendre comment l’historien que je suis devenu au fil des années s’est formé – s’est fait – en symbiose avec l’histoire récente de la Russie. Mes sujets d’étude, ma méthode de travail ont été, davantage sans doute que pour d’autres historiens du contemporain, intimement liés aux bouleversements historiques qui ont marqué la fin de l’ère soviétique et les débuts d’une Russie nouvelle. J’ai eu la grande chance d’être présent sur place lors de la révolution documentaire et historiographique qui a suivi la chute de l’URSS. J’ai pu bénéficier des immenses opportunités de recherche permises par l’ouverture des archives jusqu’alors fermées tout comme des conseils et de l’aide inestimable de tous ces amis russes qui m’ont aidé à mieux comprendre leur pays, sa culture et son histoire. Ces amis aujourd’hui presque tous disparus auxquels j’ai essayé de rendre hommage dans ce livre. Pas un qui ne me manque cruellement. » (p. 389)
Notes : L’auteur tient à remercier les Éditions Les Belles Lettres, PUF et Tallandier pour avoir facilité l’accès aux ouvrages cités et, tout particulièrement, à celui du photographe Tomasz Kizny.
Être communiste en URSS sous Staline, Gallimard, coll. Archives, 1981 ; nouvelle édition revue et complétée, Gallimard, Folio-Histoire, 2017.
La Vie quotidienne des paysans russes de la Révolution à la collectivisation, Hachette, 1984 ; nouvelle édition revue et complétée, Le communisme au village, Les Belles Lettres, 2023.
Les Procès de Moscou, 1936-1938, Éd. Complexe, 1986 ; nouvelle édition revue et complétée, Les Belles Lettres, 2022.
Histoire de l’Union soviétique. De l’Empire russe à la CEI, PUF, coll. Themis, 1991 ; 8e édition, revue et complétée, PUF, coll. Quadrige, 2021.
Rapports secrets soviétiques. La société russe dans les documents confidentiels, 1921-1991, Gallimard, 1994 (en collaboration avec Gaël Moullec).
Le Livre noir du communisme (en collaboration avec Stéphane Courtois, Jean-Louis Margolin & al.), Robert Laffont, 1997.
1917. La Russie en révolution, Gallimard, 1997.
Histoire de l’Union soviétique, de Lénine à Staline, PUF, coll. Que sais-je ?, 1997.
Histoire de l’Union soviétique, de Khrouchtchev à Gorbatchev, PUF, coll. Que sais-je ?, 1998.
L’Île aux cannibales. Une déportation-abandon en Sibérie, 1933, Perrin, 2006.
La Terreur et le Désarroi. Staline et son système, Perrin, 2007.
Les Années Staline, Le Chêne, 2007 (en collaboration avec Marc Grosset).
L’Ivrogne et la Marchande de fleurs. Autopsie d’un meurtre de masse, URSS, 1937-1938, Tallandier, 2009.
L’État soviétique contre les paysans, 1918-1941, Tallandier, 2011 (en collaboration avec Alexis Berelowitch).
La Route de la Kolyma. Voyage sur les traces du Goulag, Belin, 2013.
Le Goulag. Témoignages et archives, Robert Laffont, coll. Bouquins, 2017 (en collaboration avec Luba Jurgenson).
Les Révolutions russes, PUF, coll. Que sais-je ?, 2017.
Le Cimetière de l’espérance. Essais sur l’histoire soviétique, Perrin, 2019.
Les Grandes Famines soviétiques, PUF, coll. Que sais-je ?, 2020.
Le Goulag. Une histoire soviétique, Le Seuil, 2020 (en collaboration avec François Aymé et Patrick Rotman).
Poutine, historien en chef, Gallimard, coll. Tracts, 2022.
Un État contre son peuple. De Lénine à Poutine, Les Belles Lettres, 2025.
<p>Cet article L’odyssée russe de Nicolas Werth. À la recherche du père perdu a été publié par desk russie.</p>