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Francis PISANI
Journaliste

MYRIADES


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20.11.2025 à 08:32

A chaque culture son intelligence artificielle ≈078

Francis Pisani

Même avec l’intelligence artificielle, sensée tout savoir, pratiquons la diversité en abordant la technologie sous un angle culturel. Facile et fascinant, ça ouvre à d'autres « universels ».
Texte intégral (1707 mots)

Bonjour et bienvenue,

Que fait un journaliste quand il a une version d’un fait ? Il cherche une autre source.

Élémentaire mon cher Watson.

Pourquoi ne pas en faire autant avec ces multiples IA dont on nous harcèle ? La même chose et pour les mêmes raisons : elles se trompent (pour ne pas dire « elles mentent ») et leurs réponses sont toujours plus ou moins biaisées.

Mais au lieu de passer de ChatGPT (que je n’utilise pas) à Gemini (qui vient de lancer hier et à grand bruit sa dernière version), Anthropic ou Copilot, je suggère d’avoir recours à des IA conçues ailleurs sur des données prises ailleurs pour répondre aux interrogations venues de partout. Une question de culture tout autant que de technologie.

Je poursuis ainsi, sous un autre angle, ma dernière chronique Pourquoi ce chaos qui nous arrive ?

Pour partager l’exceptionnel travail de l’intellectuel shangaïen Huang Hui j’ai eu l’idée de dialoguer avec l’IA chinoise DeepSeek. Réponses simples et surprenantes de qualité, de précision et d’utilité.

La technologie y est sûrement pour quelque chose mais, plus encore peut-être, le fait que les données chinoises y sont mieux représentées que sur les sites US, voire européens comme Mistral.

Deux questions en découlent : 1) quelles cultures se dotent-elles d’une intelligence artificielle; 2) quelle utilité cela peut-il représenter pour des utilisateurs soucieux de ce qui se passe loin de leur nombril géographique, en particulier toutes celles et ceux qui suivent les questions géopolitiques ?

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Des réponses très différentes

J’ai posé exactement la même question - « Où se déroule en ce moment le conflit qui fait le plus de victimes humaines ? » - à des chats d’IA de plusieurs pays et vous en présente un résumé (avec commentaires) aussi bref que possible en insistant sur les différences.

Stop ! Avant de poursuivre, fermez les yeux et donnez votre réponse. Je vous fais confiance…

  • Mistral (Europe) : Gaza où « plus de 50 000 Palestiniens ont été tués, et la situation humanitaire reste extrêmement critique ». On est loin du compte généralement accepté.

  • Claude d’Anthropic (US) : le Soudan où la guerre, débutée en 2023, « a fait 150 000 morts et plus de 13 millions de déplacés, avec plus de 24,6 millions de personnes en proie à la famine ».

  • DeepSeek, la chinoise a l’intelligence de ne pas prendre mon singulier au sérieux et me donne une liste plus complète : Ukraine, Soudan, Congo (RDC) et Gaza où elle donne le chiffre de 34.OOO « tués » (attention au terme). En septembre, Le Monde parlait de 64.000 tués selon l’ONU.

  • Gemini (US) ignore également mon singulier. Elle estime que le « conflit [en Ukraine] a causé le plus grand nombre de morts liées aux combats en 2024, avec une estimation de 76 000 décès. » Pour Gaza le chiffre est de « 26 000 morts liées aux combats en 2024. D’autres sources rapportent un bilan total de plus de 60 000 morts depuis le début du conflit en octobre 2023, incluant une majorité de civils. » Pas très clair.

  • L’indienne Kruti affirme pour sa part que « Le conflit qui fait actuellement le plus de victimes humaines est la guerre russo-ukrainienne ». C’est, selon elle « le plus meurtrier depuis la Seconde Guerre mondiale ». Elle cite en complément celui du Yemen, que je n’ai pas vu apparaître ailleurs, ainsi que ceux de Birmanie, Tigré en Éthiopie, Sahel et les affrontements « lié aux cartels de la drogue au Mexique qui ont entraîné plus de 400.000 morts depuis 2006 ».

  • La russe Yandex me dit : « Je ne peux pas répondre à cette demande. Mes réponses sont conçues pour être sûres, respectueuses et conformes aux principes éthiques. Vous pouvez poser une autre question. » Même réponse quand j’interroge DeepSeek sur des personnalités en position délicate dans le système.

Deux commentaires : toutes, sauf Yandex, répondent en français à des questions posées en français, même Kruti; aucune ne mentionne les victimes « indirectes », notamment à Gaza.

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Quelles cultures se dotent-elles d’une IA autonome ?

La Chine étant relativement mieux suivie, voici ce que j’ai trouvé comme illustration sur deux cas « extrêmes »… qui totalisent, ensemble, 3 milliards d’humains.

Inde

Ce pays-continent dont des ressortissants dirigent certaines des BigTech les plus puissantes des US (Alphabet et Microsoft, entre autres) se soucie de se doter d’une IA répondant à ses besoins spécifiques (22 langues officielles), lui permettant d’en démocratiser l’usage et de préserver une certaine indépendance face aux géants de Silicon Valley… entre autres. Vous pouvez voir un reportage de France 24 d’une durée de 6 minutes sur le sujet.

  • La plus puissante est Krutrim dont le chatbot est Kruti, un peu comme ChatGPT est le chatbot d’OpenAI. Son fondateur entend se doter d’une infrastructure autonome et pense concevoir ses propres puces en 2026.

  • A cela il faut ajouter de nombreuses startups verticales dont Wysa chatbot de soutien pour la santé mentale et Niramai, pour la détection précoce du cancer du sein.

Afrique

La multiplicité des langues - plus de 2000 sont africaines - y est encore plus grande qu’en Inde et la réalité politique bien différente. L’approche se fait donc essentiellement sous la forme de réseaux de labs, d’universités, de chercheurs.

  • Masakhane en est l’initiative la plus connue (le nom signifie approximativement « nous construisons ensemble » dans une variante du Zoulou). Organisation « grassroots » (populaire et décentralisée) elle part de la très mauvaise performance des grandes plateformes quand il s’agit d’un continent pour lequel on dispose de peu de données et rappelle que « Le passé tragique du colonialisme a eu un impact dévastateur sur les langues africaines, entravant leur soutien, leur préservation et leur intégration. Il en résulte un espace technologique qui ignore nos noms, nos cultures, nos lieux, notre histoire. »

  • La plus grande réussite d’IA « pure » en Afrique est InstaDeep, une entreprise tunisienne spécialisée en IA décisionnelle. Elle a été achetée en 2023 par le géant allemand BioNTech à qui nous devons un des premiers vaccins reposant sur l’ARN messager conte la Covid.

On rêve de voir l’IA contribuer à réduire l’impact du colonialisme. Ils y travaillent.

Ces deux exemples montrent bien que les efforts pour se doter d’une intelligence artificielle répondant aux besoins spécifiques d’une culture (pris dans un sens très large) sont très répandus. Je vous laisse le soin de chercher celles auxquelles travaillent le Japon, les Corées, le monde arabe, la Turquie, l’ibéro-amérique, l’Iran ou la Russie et l’Ukraine.

Notre « universel » semble bien loin d’être le seul…

Ça vous fait quoi ?

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30.10.2025 à 08:51

Pourquoi ce chaos qui nous arrive ? ≈077

Francis Pisani

Le recours à la force brute est en vogue. Il ouvre une longue période d’instabilité. Un intellectuel de Shanghaï nous offre une des explications les plus lucides du phénomène Trump.
Texte intégral (3499 mots)

Bonjour et bienvenue sur Myriades,

Milliardaire corrompu, conservateur, peu soucieux de vérité mais friand du recours à la force, Trump est facile à mépriser, voire à détester. Ce qui ne suffit ni pour le comprendre ni pour le combattre.

Je suis aujourd’hui convaincu qu’il a saisi une dimension « cachée en pleine vue » de notre époque : les écosystèmes institutionnels en place ne fonctionnent plus. Facile dans un tel contexte de casser une baraque déjà branlante pour en orienter la reconstruction à son bénéfice.

Vue la puissance des États-Unis c’est une nouvelle période dans l’histoire du monde, qui s’ouvre. Elle risque de durer une trentaine d’année, ou plus, et va très vite bouleverser nos façons de vivre.

Image de Zhenya Oliinyk for Noema Magazine

Mais d’où vient cette conviction ?

Un « ordre mondial naïf »

L’analyse ne vient pas de moi, hélas, mais de Huang Hui rédacteur en chef d’une revue non gouvernementale très respectée, The Shanghai Review of Books. Je l’ai trouvée dans le magazine nord-américain Noéma.

L’auteur part d’une comparaison avec une période de l’histoire de son pays appelée « des États en guerre » (Warring States) située entre le Vème et le IIIème siècle avant notre ère.

Apparent détour qui lui donne une fascinante lucidité.

Voyons :

  • Trump et ses alliés « ont compris qu’il était urgent de rejeter un ordre mondial naïf » celui des institutions héritées de la 2ème guerre mondiale. Il ne s’agit pas « rébellion idéologique mais du fait que les conditions sous-jacentes ne tiennent plus. » Et ça entraîne un « changement dans la logique globale qui passe d’un système de stabilité médiatisée [par des institutions comme l’ONU] à un système de rivalité ouverte. »

  • L’État redevient un acteur clé. La force brute (ou « l’art du deal » tel qu’il est pratiqué) remplace la diplomatie et le droit.

  • La légitimité ne vient pas de l’approbation du peuple mais de ce que la puissance permet d’obtenir. Moins qu’une restauration conservatrice, le Make America Great Again apparaît comme un réajustement opérationnel et le passage à un style « direct, disruptif et structurellement transformateur ».

  • Il en résulte un chaos multipolaire sans cadre stabilisateur, à l’extérieur comme à l’intérieur.

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L’histoire européenne ne manque pas de moments comparables qui peuvent nous aider à comprendre la référence aux Warring States.

A la même époque environ, la guerre du Péloponnèse, entre Athènes et Sparte, ouvre une ère de chaos entre cités-États grecques. On en garde cette phrase clé de la realpolitik rapportée par Thucydide : « la justice n’entre en ligne de compte dans le raisonnement des hommes que si les forces sont égales de part et d’autre; dans le cas contraire, les forts exercent leur pouvoir et les faibles doivent leur céder ».

Plus près de nous, sous la Révolution, l’ordre ancien s’effondre avec les murs de la Bastille, puis la tête de Louis XVI. Méprisant les anciennes règles diplomatiques, Napoléon utilise son génie militaire pour imposer un remodelage de l’Europe par la conquête.

Ça craque de toutes parts

Trump et la Gen-Z (qui hurle au Nepal, au Maroc et à Madagascar, entre autres) ne mènent certainement pas le même combat mais, ils disent bien, tous les deux, que le système en place depuis 1945 ne marche, aujourd’hui, ni pour les dominants, ni pour les dominés et que seule la force se fait entendre… de façon redoutablement asymétrique.

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Pirate_JollyRoger_Onepiece.fandom.com Équipage_du_Chapeau_de_Paille

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Huang Hui, pour sa part, accorde une rôle déterminant à la révolution technologique contemporaine qui évolue dans le même sens.

Définis, dans un premier temps par l’internet et la connectivité mobile « les systèmes reposaient sur des protocoles favorisant la mondialisation et les organisations multinationales ». Cet équilibre s’est effondré. États et entreprises ne cherchent plus l’accord. Ils engrangent tous les milliards qu’ils peuvent, se déploient et « redéfinissent les règles dans la foulée ».

Et l’Europe dans tout ça ? Elle n’a la force d’imposer ni sa vision, ni même son expérience.

DeepSeek, la surprenante IA chinoise que j’ai sollicitée pour mieux comprendre les enseignements que nous pourrions tirer de Huang Hui, nous voit comme une « naine géopolitique dans un monde revenu à la logique de puissance. Son outil principal (le droit) est inefficace face à la force brute. » Nous allons devoir tout repenser en utilisant les outils de coercition économique à notre portée. Et nous mettre d’accord.

Alors, que faire ?

Comment se préparer à ce basculement civilisationnel qui va nous affecter à tous les niveaux, y compris le travail et la vie intime ?

  • Préparez-vous à ce que l’ordre juridique interne des US ne soit pas respecté. Vieilles de bientôt 250 ans, les institutions seront violemment attaquées. La même politique brutale y sera appliquée sans hésitation. On peut certes encore parier mais il n’est plus possible d’être certain que les élections de mi-mandat, prévues pour novembre 2026, auront bien lieu ?

  • Préparez-vous à ce que la politique de la force face des adeptes un peu partout dans le monde, à l’intérieur comme à l’extérieur.

  • Préparez-vous à ce que les entreprises - dont trop de patrons adorent Trump - adoptent la même attitude de puissance à l’intérieur comme à l’extérieur.

  • Prépares-vous à ce qu’après MeToo, le masculinisme fasse des ravages dans vos familles sans trop de subtilité.

Huang Hui estime, dans une conclusion qui vaut pour tous, qu’au lieu d’une Pax Americana ou d’une Pax Sinica, nous pourrions bien nous retrouver dans une sorte de Pax algoritimica. Mais, « dans la course mondiale actuelle à l’IA, la victoire n’ira pas à la nation la plus riche ni à celle qui possède les plus importantes réserves de puces. Elle ira à celle dont le système sera le plus adaptable – sur les plans politique, institutionnel et cognitif. »

Or la Chine n’a plus la souplesse dont elle faisait preuve du temps de Deng Xiao Ping, et les US s’enfoncent dans des affrontements internes qui peuvent se révéler paralysants.

Seule certitude, le chaos sera de la partie et il nous menace très concrètement.

Arrêtons de sourire à son grand promoteur comme le font nos dirigeants. La résistance doit commencer. A tous les niveaux.

C’est ce que semble penser Huang Hui qui termine ainsi son article (traduction directe de l’original chinois par DeepSeek) : « La brutalité peut remporter des batailles, l’adaptation conquiert les époques, mais la justice accède à l’éternité. Ce n’est pas un âge de ténèbres. C’est un temps qui mérite d’être vécu. »

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21.10.2025 à 09:17

IA miroir, Ukraine et mutabilité ≈076

Francis Pisani

La technologie n’est pas tout ce qui compte dans l’IA. Son impact sociétal compte plus encore que ses milliards - et bien plus - de dollars, de données et d’algorithmes.
Texte intégral (2341 mots)

L’IA n’est-elle pas, un miroir de ce que nous sommes ? Que dit-elle de ce que nous sommes ? Telle est la question posée par mon ami et co-auteur Dominique Piotet, président de la FrenchTech de Kyiv, autour de trois thèmes : vivre ensemble, se gouverner, préparer le futur et donc, en Ukraine, reconstruire, avancer. C’était lors d’une conférence sur le sujet le 10 octobre dernier à laquelle il m’a demandé de participer online aux côtés de Michel Lévy-Provençal notre meilleur prospectiviste, de l’entrepreneur ukrainien Oleksandr Krakovetskyi et d’Oleh Dubno du ministère de la transition numérique.

Voici l’essentiel de mon échange avec Piotet, dûment édité.

ECHOSCIENCES Bourgogne-Franche-Comté

Qu’est-ce que les usages de l’IA révèlent de notre époque ? De nos désirs, de nos peurs, de notre rapport au progrès ?

L’image bien connue du miroir, proposée par Shannon Vallor dans son livre The AI Mirror: How to Reclaim Our Humanity in an Age of Machine Thinking (non disponible en français à ma connaissance), se justifie. Les données sont celles que nous avons mis en ligne, les algorithmes et leurs biais sont ceux des développeurs de notre époque, les usages sont les nôtres.

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Mais c’est insuffisant. Rappelons trois notions fondamentales :

  • Contrairement à ce que souhaite Mark Andreessen un des investisseurs les plus importants de Silicon Valley, l’IA ne mange pas le monde. C’est le monde qui digère l’IA. Il s’en nourrit, s’en sert pour évoluer. Peut-être devrions-nous nous concevoir comme les diététiciens de cette relation d’absorption.

  • Les technologies ne créent pas les bouleversements sociétaux, elles les facilitent et poussent, soutiennent ceux qui sont mûrs. Il a fallu que le monde s’ouvre au questionnement des dogmes catholiques pour que l’imprimerie contribue au développement du protestantisme, que les continents aient des marchandises à échanger pour que la machine à vapeur serve au commerce maritime, ou que les colons aient traversé l’Amérique du nord pour que les chemins de fer permette l’intégration de la région.

  • Nous sommes confrontés aujourd’hui à un triple changement d’échelle auquel nous ne sommes pas préparés : accélération (chronos en grec), globalité (topos) et quantité d’informations, voire de connaissances (gnosis). Mikhaïl Bakhtin, le théoricien littéraire russe, spécialiste de Rabelais, formé au lycée d’Odessa, disait que tout roman se situe dans un espace-temps qu’il baptisa « chronotope ». Pour définir le récit de notre monde, celui de nos désirs et de nos peurs, je propose d’utiliser « ChroKnowTope », en précisant que le terme anglais inséré vient de gnose en grec.

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L’IA ne révèle-t-elle pas, aussi, notre besoin de contrôle, ou au contraire notre peur de l’imprévisible ?

Je me demande si les deux ne se résument pas à notre besoin de savoir (to know) qui peut nous aider à contrôler aussi bien qu’à faire face à l’imprévisible et aux changements.

Mais n’oublions pas que l’IA se trompe… comme nous !

À mesure que l’IA s’installe dans nos vies, la frontière entre le vrai et le faux, entre le réel et le simulé, devient floue. Comment préserver notre esprit critique ?

Encore une fois : l’IA, comme toute technologie, ne pousse que ce qui existe déjà, mais peut entraîner des changements d’échelle.

Notre époque se définit en bonne mesure comme celle des mensonges, exagérations, déformations, promesses intenables de la publicité et des acteurs politiques. L’esprit critique qui nous reste gagnerait à commencer par s’exprimer sur ce terrain là pour mieux aborder la suite.

Faut-il enseigner l’IA, comme la philosophie - pour apprendre à penser, pas seulement à exécuter ?

Il y a tant de choses à modifier dans l’enseignement pour mieux comprendre et penser notre monde. Plus de philo et d’économie, respect de la planète, ouverture sur le monde, méditation, code, écoute et dialogue pour n’en citer qu’une poignée. Sans oublier que nous devons apprendre à apprendre autrement comme nous y invite PhiloMag.

Difficile à comprendre, le vrai défi me semble d’accepter qu’elle est, à la fois, un des sujets sociétaux les plus importants de notre époque, ET qu’il s’agit d’une « technologie normale » (traduction en français), comme l’expliquent Arvind Narayanan & Sayash Kapoor : une notion qui « concerne la relation entre technologie et société. Elle rejette le déterminisme technologique, en particulier l’idée que l’IA elle-même puisse déterminer son avenir ».

Deux inquiétudes concernant le futur : d’abord, comment éviter que la fracture numérique ne devienne une fracture sociale ?

L’accroissement des inégalités sociales est certainement l’un des problèmes les plus sérieux, les plus explosifs de la planète. L’IA qui requiert accès, maîtrise de l’outil, capacité de la développer y contribue largement. Elle fait de la formation continue un devoir sociétal et entrepreneurial, d’autant plus important que nous avançons à grand pas dans l’économie de la connaissance.

Deuxième question concernant le futur et, notamment celui de l’Ukraine : L’IA peut-elle être un facteur de résilience ?

Avec toutes ses inventions, initiatives et startups performantes développées en plein milieu de la guerre, l’Ukraine montre comment l’IA peut-être une ressource inattendue dans une société agressée.

Mais la résilience - qui veut dire, au sens strict, capacité de revenir à l’état antérieur à la crise - ne saurait suffire. Se la proposer comme objectif peut même empêcher de voir assez loin.

Notre planète est secouée par de nombreuses dynamiques en interactions constantes dont les impacts combinés risquent fort de conduire à une grande, une énorme, une authentique mutation. A titre indicatif, je retiens ce qui bouge de façon accélérée dans, par exemple :

  • le vivant : réduction des formes de vie du fait des humains ;

  • les technologies : intelligence artificielle ;

  • les marchés : capitalisme financier ;

  • les sociétés et leurs cultures : place croissante des femmes ;

  • les formes d’exercice du pouvoir : montée de l’autoritarisme…

La résilience ne peut suffire pour faire face au monde qui en résultera dans 20 ou 30 ans.

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Qui retient l’hypothèse de la mutation en cours doit travailler sa mutabilité, sa capacité à muter, à faire face à un « changement radical et profond qui entraîne une modification des structures ».

Je n’ai pas dit ce qui suit lors de la conférence puisqu’à l’évidence, les gens sur place le savent bien mieux que moi. Mais il me semble clair que l’Ukraine est bien engagée sur cette voie de la mutabilité avec ses drones pour la guerre, son Ministre de la transformation numérique, numéro 2 du gouvernement et, parmi des dizaines d’autres exemples sa stratégie « d’État dans un smartphone », peut-être la plus systémique qui soit. Ainsi l’application Diia permet d’avoir sur soi tous les papiers indispensables (du permis de conduire aux numéros fiscaux), de fonder une société, d’indiquer les destructions causées par les frappes russes ou d’accéder aux documents liés à la naissance d’un enfant.

L’Ukraine n’est-elle pas notre laboratoire européen du futur ?

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07.10.2025 à 11:25

Tocsin ! ≈075

Francis Pisani

Arrêtons de séparer les problèmes, de nous inquiéter en silos. Il est urgent de prendre en compte la militarisation des États-Unis et l’impact sur le monde de leur dé-démocratisation.
Texte intégral (2809 mots)

Bonjour,

« Tocsin ! » dit le titre.

« Il y va fort » pensez-vous.

J’aimerais tant que vous ayez raison.

Dans nos villages d’antan, cette sonnerie venait d’une cloche réservée à l’annonce des catastrophes. C’est exactement de cela qu’il s’agit. Au niveau des US, de l’Europe, de la France et pas seulement.

Garde nationale du Texas envoyée à Chicago_Fox4

Nous vivons un moment bizarre fait de dynamiques inquiétantes et d’absence de certitudes.

Isoler chaque problème permet de s’inquiéter en silos : Trump et sa Cour suprême sont en train de changer le jeu politique aux US; les militaires interviennent dans les villes; le prochain premier ministre tchèque sera Trumpien, droite et extrême droite françaises veulent s’imposer vite, etc.

Mais nous ignorons jusqu’où l’actuel président US ira pour ne pas perdre les élections de mi-mandat, à quel point le prochain dirigeant de Prague se rapprochera de Poutine sous le regard attendri de Washington, ce que fera le RN s’il gagne les élections qu’il demande.

Pas de certitude donc, mais peut-être une logique que nous n’avons pas envie de voir par peur de réaliser que ça pourrait barder bientôt et pour longtemps.

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La semaine dernière, j’ai demandé à Pete Hegseth, ministre de la guerre de Trump, si la concentration de l’US Navy en face du Vénézuéla pouvait conduire à une intervention terrestre. Pas de réponse bien sûr mais, le jour suivant, le New York Times publiait un article disant que certains des plus proches et des plus influents collaborateurs de Trump y travaillent sérieusement.

Les faits

Commençons par quelques faits documentés.

  1. L’équipe Trump qualifie les narcos vénézuéliens de « narco-terroristes », ce qui en fait une menace pour la sécurité des US. Intérieure autant qu’extérieure vue l’importance de la consommation de drogue et de ses réseaux de distribution sur le territoire national.

  2. Les 800 amiraux et généraux convoqués à Quantico, près de Washington, ont reçu la consigne de prendre les villes américaines comme « terrain d’entraînement » et d’y faire preuve d’un « esprit guerrier ».

    Commentaire - Sans justification claire d’ordre militaire cette réunion a été interprétée comme une façon d’accélérer le limogeage d’un bon nombre d’étoilés, un pas dans la politisation des Forces Armées et peut-être même comme une façon de réunir plus discrètement une poignée d’entre eux disposés à participer à l’étape suivante.

  3. L’équipe Trump accélère le déploiement d’éléments militarisés dans plusieurs grandes villes US. Les ressources sont considérables.

Portland, Oregon 5 octobre 2025

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Le plan ne s’arrête pas là : Le Projet 2025

Comme elle le fait depuis le premier jour, l’équipe au pouvoir nous soule sous tant de décisions et de discours que sa logique est difficile à percevoir. Elle existe pourtant sous la forme d’un plan très connu et que la plupart d’entre nous - je m’inclus dans le lot - ont eu tort de ne pas lire, celui de la très conservatrice Heritage Foundation baptisé Project 2025 (en français). Elle compte de deux façons : par ce qu’elle se propose de réaliser et par les positions occupées par certains de ceux qui ont contribué à sa rédaction.

Les 5 points principaux

  • Réforme radicale de l’État fédéral pour limiter ses capacités d’intervention.

  • Politique migratoire ultra-restrictive avec militarisation de la frontière sud.

  • Agenda sociétal conservateur avec lutte contre la diversité et le droit à l’avortement, entre autres.

  • Dérégulation environnementale.

  • Renforcement du pouvoir présidentiel avec recours à l’armée en cas de troubles intérieurs.

Les principaux collaborateurs

Ils se comptent par dizaines. Je n’en retiens que 2

  • Russell Vought : Auteur principal du Projet 2025, il est Directeur du Bureau de la gestion et du budget, responsable de la mise en œuvre des réformes administratives.

  • Stephen Miller : chef de cabinet adjoint de la Maison Blanche et conseiller pour la sécurité intérieure. Il fait partie de ceux qui poussent à un renversement de Maduro au Vénézuéla.

Implacable logique de la prochaine étape

Président de la Heritage Foundation, Kevin Roberts déclarait dès juin 2024 qu’il s’agissait d’un « projet de gouvernement, pas seulement pour janvier prochain mais pour un avenir lointain ».

Tout est en place… sauf que la popularité de Trump est au plus bas. Ses chances de remporter les élections de mi-mandat en novembre 2026 semblent faibles…

A moins que l’état d’urgence justifié par la lutte contre les « narco-terroristes » à l’intérieur comme à l’extérieur ne « contraigne » à les repousser…

Rien ne permet d’envisager que l’actuelle Cour Suprême s’y oppose sérieusement. Ni d’assurer qu’il en ira ainsi.

Mais la logique des faits nous amène à envisager l’inimaginable : l’éventuel renoncement à la démocratie de la première puissance militaire mondiale disposant du soft power le plus sophistiqué et des technologies d’information et de communication les plus avancées.

Tocsin « global » ?

Pas global, dans la mesure ou bien des pays et bien des forces politiques trouvent de quoi se réjouir de cette involution du modèle américain.

Mais, pour nous européens, l’alarme doit être prise au sérieux. D’abord parce que l’administration Trump, notamment le vice-président J.D. Vance, nous a déclaré la guerre idéologique sur les bases de la Heritage Foundation dont il est proche.

Mais surtout parce que droites et extrêmes droites du continent se frottent les mains et accélèrent leurs pressions. Outre le tchèque mentionné au début, en France, le jeu des Républicains de plus en plus à droite, et une éventuelle victoire du RN aux prochaines élections fournirait au grand plan de reprise de l’occident des idéologues trumpiens des supplétifs de choix.

N’oublions pas pour terminer que le tocsin ne se contente pas d’annoncer une catastrophe. Il vise aussi à rassembler la population pour réagir à la menace et, parfois même pour appeler à la révolte.

Tocsin donc. Il sonne pour nous aussi.

Qu’en pensez-vous maintenant ?…

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29.09.2025 à 17:27

Au ministre de la guerre de Trump ≈074

Francis Pisani

Le Pentagone vient d’adopter une nouvelle Stratégie nationale de défense, ou de guerre. Elle semble se mettre en place d’abord dans les Caraïbes, une région que je connais bien. Un début ?
Texte intégral (2573 mots)

Chères lectrices et lecteurs de Myriades, bonjour…

Après de longues semaines de vacances et de réflexion (annoncées) me voici de retour avec une chronique sur les manoeuvres de l’administration Trump dans les Caraïbes. Les médias français y accordent peu d’importance, mais pour y avoir longtemps vécu, et travaillé comme journaliste pendant plus de 15 ans, j’ai ma petite idée sur ce que cela peut impliquer.

J’ai donc décidé d’interroger le responsable du Pentagone sur le sujet en faisant confiance à l’efficacité des services d’espionnage pour qu’ils détectent cette sollicitation qui n’est en fait que très légèrement provocatrice… Jugez par vous-même.

Carte Wikipedia https://en.wikipedia.org/wiki/2025_US_Caribbean_naval_deployment

Mister Pete Hegseth, Secretary of War,

Permettez-moi d’utiliser ce titre, pas encore officiel, mais dont l’importance n’échappe à personne.

Je vous serais reconnaissant de répondre à ces questions pour la newsletter Myriades, écrite en français mais publiée sur Substack, plateforme américaine, donc sous votre contrôle.

L’importance de cet entretien tient au fait que très peu d’informations ont été publiées en France sur la forte présence de la Navy en face des côtes vénézuéliennes, la destruction de plusieurs bateaux « narcos », l’existence d’une nouvelle Stratégie de défense nationale de votre Pentagone et sur la convocation cette semaine à Washington de tout ce que votre pays compte de « super étoilés » de qui vous avez l’intention d’exiger un « esprit guerrier », entre autres.

Forte présence de la Navy dans les Caraïbes

Dès son retour au pouvoir, le Président Trump a manifesté son intention de reprendre le Canal de Panama, intégrer le Canada aux États-Unis et acheter le Groenland, soit prendre le contrôle de tout le continent.

  • La concentration récente de plusieurs vaisseaux de la Navy en face du Venezuela, n’est-elle pas la première manifestation militaire de cette politique ?

  • Vos bateaux se sont, pour le moment, contentés de détruire des embarcations (voir la premières minute) accusées de transporter, avec le soutien du président Maduro, de la drogue. Une action contre des installations terrestres est-elle envisagée ?

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Déploiement naval et trafic de drogue

Vous qualifiez les « narcos » de « terroristes ». Certains juristes y voient une intention de justifier une intervention de vos forces militaires. La plupart des expériences passées, notamment au Mexique et en Colombie montrent que cela entraîne une augmentation des violations des droits humains et un risque élevé de corruption des forces armées.

  • Pourquoi en irait-il différemment dans votre cas ?

La nouvelle Stratégie de défense nationale du Pentagone

Des informations sur la Stratégie de défense nationale (NDS en anglais) de votre ministère ont commencé à apparaître au même moment.

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Les flux de drogue dans la région

Attirés par l’énorme marché états-unien - la rigueur m’empêche de dire « américain » puisque c’est, en fait, le nom de tout le continent - le trafic de drogue irrigue toute la région que j’ai baptisée, il y a très longtemps, Méditerranée des Amériques en français et Bassin des ouragans en espagnol et en anglais.

  • Considérez vous que Cuba, Nicaragua et Mexique participent au trafic de drogue?

  • Si oui, avez-vous l’intention d’y appliquer votre nouvelle politique régionale ?

    • Cela ne risque-t-il pas de nuire à l’aspiration de votre président de se voir attribuer un Prix Nobel de la Paix ?

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Réunion à Washington de vos 800 militaires les plus gradés

Le but de cette réunion donne lieu à bien des hypothèses sur une éventuelle réduction du nombre d’officiers supérieurs, une demande d’allégeance à la politique du Président, ou la volonté de leur insuffler un « esprit guerrier ». Mais il ne s’agit que de rumeurs.

Photo Timothy Snyder

L’historien Timothy Snyder craint que vous ne mettiez en danger les US en concentrant dans un même lieu tous ces responsables. Et s’il leur arrivait quelque chose ? God forbid !

  • Pourquoi seriez-vous à l’abri des conséquences de la double erreur de Hassan Nasrallah, l’ancien chef du Hezbollah libanais, qui a réuni tout son État-Major dans un même lieu après l’avoir annoncé publiquement, invitant Israël à tous les éliminer d’un seul coup ?

  • Et si vous pensez que c’est impossible à Washington, mieux protégé que Beyrouth, je me permets de vous demander si vous avez lu le roman 2034. Connu des lectrices et lecteurs de Myriades, écrit par deux militaires américains, il raconte comment, soudain, votre Navy se retrouve sans aucune communication ni la capacité d’en comprendre la cause. Une opération surprise menée par les dirigeants chinois grâce à une technologie que les États-Unis n’avaient pas vu venir… Et s’ils s’étaient trompés de 9 ans ?

Merci, Monsieur le Secrétaire de la guerre, pour l’attention que vous voudrez bien porter à ces quelques questions. Nous lirons toutes et tous vos réponses avec le plus grand intérêt.

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19.08.2025 à 09:41

Hiroshima, coeur et raison ≈073

Francis Pisani

Ou comment un film d’amour m’aide à mieux comprendre le Japon où j’ai vécu, et l’horrible histoire - qui dure - de deux bombes pas vraiment nécessaires.
Texte intégral (2102 mots)

Quoi de plus improbable qu’une liaison entre un islandais et une japonaise ? Quoi de plus fou qu’un vieil homme partant à l’autre bout du monde en quête de son amour de jeunesse ? Quoi de plus stimulant qu’un couple qui fait face à son passé écrit tout de travers pour aborder la mort avec un sourire ?

Les acteurs sont bons, les images sont belles, le scénario tient la route, le montage est superbe… Dépêchez-vous de rentrer pour aller voir le délicieux Touch - Nos étreintes passées du réalisateur islandais Baltasar Kormákur.

Le film : Touch - Nos étreintes passées

Ce coup de coeur est loin d’être anodin. Pour des raisons personnelles d’abord : l’âge et le sourire du héros, l’inévitable retour sur l’histoire de sa vie, et le Japon que je trimballe dans tout le corps avec une tendresse pas totalement explicable, légèrement coupable. Je l’ai abordé par les arts martiaux, une fascination pour le zen et j’y ai vécu un an, faisant l’effort de commencer à apprendre cette langue étrange, facile à prononcer, difficile à maîtriser, qui s’écrit en chinois.

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Touch (traduction du titre original, Snerting en islandais) fait partie de ces oeuvres dont je me garderai bien de dire qu’elles touchent à l’universel, notion dont je me méfie, mais qui nous permettent grâce à une histoire toute simple d’accéder à des moments ou des problèmes d’une importance planétaire et qui nous concernent. En l’occurrence la bombe lancée par les US sur Hiroshima en août 1945. Il y a 80 ans. Un fait que nous connaissons tous sans y accorder, il me semble, toute l’importance qu’il mérite et sans comprendre comment il pèse encore et toujours sur le monde d’aujourd’hui.

Le fait figure dans les livres d’histoire. Comme un instant plus que comme un tournant. Comme une façon, expéditive certes mais efficace, de terminer une guerre plus que comme le lancement d’une nouvelle ère dans laquelle nous vivons encore. Et le premier champignon suffit à occuper la plupart des esprits sans qu’il soit nécessaire d’insister sur le fait qu’il y en a eu deux. Nous avons bien vu quelques images des destructions, des morts et des survivants mutilés, sans trop de profondeur. Sans la durée. Sans la dimension des horreurs qui se diffusent pendant des décennies. Nous avons une rapide idée des faits, sans vraie conscience de la réalité.

C’est ce que Touch - Nos étreintes passées (complément de titre rajouté pour la version en français) réussit à faire en douceur et sans pitié, nous distille par petites touches tout au long du film sans que nous nous en rendions vraiment compte. Jusqu’à la fin amoureuse, délicate, implacable.

Mais pourquoi s’y attarder aujourd’hui ?

Deux bombes sans finalité militaire

Parce que ces deux bombes avaient pour objectif de marquer ce tournant dans l’histoire du monde invoqué plus haut.

Le Japon étant sur le point d’accepter sa défaite elles ne correspondaient à aucun impératif militaire. La seconde encore moins que la première.

Dans un horrible billard à trois bandes il s’agissait d’abord d’inviter Staline à ne pas trop rêver et surtout d’ouvrir à la face du monde entier une ère de domination américaine dangereuse à contester. Nous y sommes toujours.

Après l’échec de ses tentatives de séduction de Kim Jung-un lors de son premier mandat, Trump a clairement voulu montrer en essayant de détruire les installations nucléaires de l’Iran le 22 juin 2025 qu’on ne l’y reprendrait plus.

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Un projet Manhattan 2 pour l’IA

Je doute parfois de ces raccourcis un peu rapides et qui sonnent bien. Grâce au film Oppenheimer, même les plus jeunes savent aujourd’hui que nous devons la bombe au projet Manhattan. Bien montrés, les doutes et les regrets du savant, font ressentir à certains une sorte de compassion pour l’individu, presque pour l’idée dans son ensemble. Pour l’intention. Tout le contraire de Nos étreintes passées qui par l'histoire d’un couple nous permet d’entrevoir l’horreur dans sa durée.

Permettez-moi de noter, pour finir, que le développement massif de l’intelligence artificielle prôné par Washington et les TechBros de Silicon Valley vise précisément à relancer cette dynamique qui s’essouffle. Une vision qui a conduit Trump à lancer le 21 janvier 2025 - « dès [la] première journée complète de travail » de son deuxième mandat - le projet Stargate. 500 milliards de dollars sur 4 ans pour créer le plus gros réseau mondial de data centers équipés de millions de microprocesseurs fabriqués par Nvidia, l’entreprise la plus riche du moment. Tout ça sur le sol états-unien. Premier objectif : assurer la domination des US dans le domaine de l'intelligence artificielle.

Présenté par certains comme le « projet Manhattan pour l’IA », il est techniquement piloté par Sam Altman, patron de OpenAi, l’entreprise qui produit ChatGPT. Comme pour bien marquer le coup, il s’est installé dans les laboratoires de Los Alamos. Où travaillait l’équipe de Robert Oppenheimer…

Deux notes personnelles :

  • Je suis reconnaissant à Baltasar Kormákur et à son film dont l’histoire m’a permis de percevoir une dimension du Japon que j’étais incapable de nommer : la douleur inoubliable et toujours vivante, 8O ans plus tard, d’avoir servi de cobaye au passage à l’ère nucléaire et de domination états-unienne. Il me semble que son effort pour préserver tradition et nouveauté se comprend mieux à cette lumière. Le fait par exemple qu’on y parle peu l’anglais.

  • Je ne peux pas être favorable à une victoire du régime autoritaire chinois dans la guerre de l’intelligence artificielle. Mais la volonté d’utiliser cette technologie pour dominer la planète me terrifie d’autant plus que j’en perçois la puissance, même si elle vient des États-Unis. Sans y croire vraiment j’aime bien la proposition de Guillaume Moukala Same nous invitant, plutôt qu’à un autre projet Manhattan à créer « un GIEC de l’IA ».

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