08.06.2026 à 17:06
Nils Solari
Des « élections dont tout le monde se fout royalement ».
Des élections ont eu lieu fin mai dans l'indifférence médiatique. Visant à désigner 77 délégués consulaires et 443 conseillers des Français de l'étranger répartis dans 130 circonscriptions à travers le monde, les élections consulaires se sont tenues du 22 au 31 mai. Au total, ce sont près de 1,7 million de Français résidant à l'étranger qui étaient appelés aux urnes afin d'élire leurs représentants auprès des ambassades et consulats, pour un mandat de six ans. Les conseillers prendront part à l'élection des 12 sénateurs représentant les Français établis hors de France lors des élections sénatoriales de septembre.
Le scrutin n'est donc pas sans enjeu politique… mais les médias n'en ont quasiment pas parlé. Hormis, notamment, LCP (05/04), l'AFP (22/05) [1] ou La Croix (22/05), les rares articles sur le sujet paraissent surtout la veille ou le dernier jour du vote… voire après le scrutin : La Croix, le JDD (30/05), Le Monde, Mediapart (31/05), Le Républicain Lorrain, Libération, Les Échos (04/06), Marianne (05/06)…
« Peu médiatisées en France » (Le Monde), « scrutin discret » (Les Échos), « quasi-indifférence médiatique » (JDD), ou, même, des élections « dont tout le monde se fout royalement » (« Quotidien », 28/05) : au moins les grands médias font-ils preuve de lucidité les concernant.
Iront-ils jusqu'à se remettre en question ? Avec leur pouvoir de mise à l'agenda, les médias jouent un rôle déterminant dans la sélection des informations ; ils constituent, en tant qu'animateurs du débat public, une médiation clé pour que les électeurs et électrices connaissent les modalités de vote, les enjeux qui lui sont liés, les choix politiques qui s'offrent à eux. Mais dès qu'ils se trouvent privés de sondages, de « punchlines » et des principaux éléments constitutifs de la « course de petits chevaux », les médias regardent ailleurs.
Nils Solari
[1] Dépêche reprise entre autres pas Les Échos ou le HuffPost.
05.06.2026 à 10:49
Communiqué de l'intersyndicale.
- Actes et actions
Acrimed soutient l'initiative de l'intersyndicale pour une journée de mobilisation « pour combattre les dangers qui menacent l'information, pour refuser les plans sociaux et défendre une information de qualité ». Nous reproduisons ci-dessous leur communiqué.
Toutes et tous à Paris le 18 juin pour défendre les métiers de l'information, piliers de la démocratie
Le jeudi 18 juin, les syndicats SNJ, SNJ-CGT, CFDT-Journalistes, le SGJ-FO, la Filpac-CGT, le SNPEP-FO, Info'Com-CGT appellent l'ensemble des salariés des médias à rejoindre ce cortège et à se mobiliser collectivement pour combattre les dangers qui menacent l'information, pour refuser les plans sociaux et défendre une information de qualité.
Depuis le début de l'année, les tempêtes se succèdent dans le monde des médias : des suppressions de postes par centaines, une précarisation croissante des métiers de l'information, des salarié·es remplacé·es par l'intelligence artificielle, des émissions arrêtées en raison des restrictions budgétaires, des pressions de toutes parts mettant en cause l'indépendance des rédactions, notamment de la part d'éditeurs milliardaires, d'extrême droite entre autres…
Ces difficultés doivent inquiéter l'ensemble des citoyens. Car elles mettent gravement en danger l'information de qualité que tout citoyen et citoyenne est en droit d'attendre dans une démocratie.
Lecteur et lectrice, internaute, auditeur et auditrice, téléspectateur et téléspectatrice, vous ne trouvez plus votre village dans les pages de votre quotidien régional, vous constatez que votre magazine est moins épais et avec des articles tous écrits de la même façon, que les flashs infos sont moins nombreux, les reportages vidéo moins développés par manque de temps… Ce n'est pas qu'une impression : les conditions de travail se sont fortement dégradées. Elles mettent désormais en péril la qualité de l'information.
Ces plans menacent désormais les emplois de journalistes, infographistes, documentalistes, correcteurs, monteurs vidéo, caméramans, rotativistes, techniciens ou personnels administratifs…
À travers les dangers qui menacent l'information, c'est une question de vie ou de mort pour la démocratie en France.
Le 18 juin, mobilisons-nous pour revendiquer :
– L'arrêt des plans de suppressions d'emplois, des effectifs nécessaires pour un journalisme de qualité, la titularisation des précaires ;
– Que l'intelligence artificielle ne serve pas de prétexte à la suppression de métiers et d'emplois ;
– Un encadrement de l'utilisation de l'intelligence artificielle pour préserver l'emploi et la qualité de l'information ;
– Des rémunérations à la hauteur de nos qualifications, l'arrêt de la baisse continue des budgets piges et le respect strict de la loi Cressard ;
– Le respect de notre statut professionnel permettant de résister aux pressions d'où qu'elles viennent, ce qui suppose de refuser que les médias d'information se transforment en officines de propagande ou de désinformation ;
– Des moyens nécessaires pour que l'audiovisuel public puisse mener sa mission correctement ;
– Une véritable bataille menée contre les géants du numérique qui pillent nos informations et conservent les retombées financières ;
– Un renforcement des moyens de régulation du monde des médias : limiter la concentration des médias, inclure les organisations syndicales dans la CPPAP ;
– Un maintien des imprimeries ;
– Un véritable plan national pour lutter contre les déserts informationnels ;
– Un réel renforcement et une plus grande collecte des droits voisins, et l'extension de leur répartition ;
– Un droit à l'information libre et indépendante, socialement garanti ;
– Une révision en profondeur de la loi contre les concentrations de 1986 et une mise à niveau avec le droit européen, sur la protection des sources, l'indépendance de l'audiovisuel public, etc.
Les employeurs des médias et le ministère de la Culture, chargé de l'information, doivent nous répondre.
Un appel à la grève sera déposé par les syndicats SNJ, SNJ-CGT, SGJ-FO et le SNPEP-FO. Les sections d'entreprises sont libres de définir les modalités de leur mouvement de grève.
Le jeudi 18 juin, rendez-vous à 11 heures à Paris (lieu à définir) pour défiler jusqu'au ministère de la Culture. À partir de 14 heures : tables rondes revendicatives à la Bourse du travail, rue du Château d'eau.
Organisée par : le Syndicat national des journalistes (SNJ), le SNJ-CGT, la CFDT-Journalistes, le SGJ-FO, la Filpac-CGT, le SNPEP-FO, et Info'Com-CGT.
Premiers soutiens : Union des clubs de la presse de France et francophones (UCP2F), Association des journalistes scientifiques de la presse d'information (AJSPI), Association des journalistes du tourisme (AJT), Prenons la Une, Club de la presse Occitanie, Profession:Pigiste, FEC-FO.
Paris, 4 juin 2026.
04.06.2026 à 07:49
Maxime Friot
« Quotidien », TMC, 1er juin.
- Télévisions / Jean-Michel Aphatie, « Quotidien », Violences policières, Journalisme de préfecture
« Quotidien », TMC, 1er juin.
Deux jours après la victoire du PSG en Ligue des champions et les célébrations qui ont suivi à Paris (et ailleurs), l'émission de Yann Barthès disserte sur « les émeutiers qui ont gâché la fête » (01/06). C'est depuis le plateau de « Quotidien » que le chroniqueur Jean-Michel Aphatie glisse qu'on « ne note aucune violence policière » et qu'il faut par conséquent « rendre hommage aux policiers » [1] :
Jean-Michel Aphatie : Il faut noter – je suis tout à fait du côté du ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez – que la police a agi avec beaucoup de professionnalisme. 890 personnes arrêtées mais on ne note aucune violence policière. Tout ça se fait… c'est quand même un travail difficile, là il faut y aller ! En plus, un journaliste de chaîne info le notait, la journée a été quand même caniculaire, c'est lourd, ces CRS passent des heures à attendre, ils sont harnachés, ça transpire un peu, donc quand même il faut rendre hommage aux policiers.
Aucune violence policière ? Un constat pour le moins inexact – pour preuves cet article de Mediapart sur les « méthodes violentes des forces de l'ordre » ; cette interview d'une avocate dans L'Humanité ; ou encore ce témoignage d'un étudiant face aux procureurs de BFM-TV (03/06).
L'assurance avec laquelle Aphatie livre son verdict erroné rappelle que pour un éditorialiste de plateau, il est possible et permis de rendre compte d'événements depuis un talk show sans connaître le dossier. C'est même le principe des émissions de bavardage. Par défaut, ce sont donc des préjugés et une vision du monde qui serviront de base argumentative. Et voici comment, malgré l'évidence, « aucune violence policière » devient tout à fait plausible. Il faut dire que les médias dominants ont un mal endémique à traiter cette question… y compris quand ça se passe devant leurs caméras.
Maxime Friot
[1] Passage repéré par @Achabussuspendu sur X.