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Acrimed | Action Critique Médias
 
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05.06.2026 à 10:49

Appel à mobilisation le 18 juin à Paris « pour défendre les métiers de l'information »

Communiqué de l'intersyndicale.

- Actes et actions
Texte intégral (950 mots)

Acrimed soutient l'initiative de l'intersyndicale pour une journée de mobilisation « pour combattre les dangers qui menacent l'information, pour refuser les plans sociaux et défendre une information de qualité ». Nous reproduisons ci-dessous leur communiqué.

Toutes et tous à Paris le 18 juin pour défendre les métiers de l'information, piliers de la démocratie

Le jeudi 18 juin, les syndicats SNJ, SNJ-CGT, CFDT-Journalistes, le SGJ-FO, la Filpac-CGT, le SNPEP-FO, Info'Com-CGT appellent l'ensemble des salariés des médias à rejoindre ce cortège et à se mobiliser collectivement pour combattre les dangers qui menacent l'information, pour refuser les plans sociaux et défendre une information de qualité.

Depuis le début de l'année, les tempêtes se succèdent dans le monde des médias : des suppressions de postes par centaines, une précarisation croissante des métiers de l'information, des salarié·es remplacé·es par l'intelligence artificielle, des émissions arrêtées en raison des restrictions budgétaires, des pressions de toutes parts mettant en cause l'indépendance des rédactions, notamment de la part d'éditeurs milliardaires, d'extrême droite entre autres…

Ces difficultés doivent inquiéter l'ensemble des citoyens. Car elles mettent gravement en danger l'information de qualité que tout citoyen et citoyenne est en droit d'attendre dans une démocratie.

Lecteur et lectrice, internaute, auditeur et auditrice, téléspectateur et téléspectatrice, vous ne trouvez plus votre village dans les pages de votre quotidien régional, vous constatez que votre magazine est moins épais et avec des articles tous écrits de la même façon, que les flashs infos sont moins nombreux, les reportages vidéo moins développés par manque de temps… Ce n'est pas qu'une impression : les conditions de travail se sont fortement dégradées. Elles mettent désormais en péril la qualité de l'information.

Ces plans menacent désormais les emplois de journalistes, infographistes, documentalistes, correcteurs, monteurs vidéo, caméramans, rotativistes, techniciens ou personnels administratifs…

À travers les dangers qui menacent l'information, c'est une question de vie ou de mort pour la démocratie en France.

Le 18 juin, mobilisons-nous pour revendiquer :

L'arrêt des plans de suppressions d'emplois, des effectifs nécessaires pour un journalisme de qualité, la titularisation des précaires ;

Que l'intelligence artificielle ne serve pas de prétexte à la suppression de métiers et d'emplois ;

Un encadrement de l'utilisation de l'intelligence artificielle pour préserver l'emploi et la qualité de l'information ;

Des rémunérations à la hauteur de nos qualifications, l'arrêt de la baisse continue des budgets piges et le respect strict de la loi Cressard ;

Le respect de notre statut professionnel permettant de résister aux pressions d'où qu'elles viennent, ce qui suppose de refuser que les médias d'information se transforment en officines de propagande ou de désinformation ;

Des moyens nécessaires pour que l'audiovisuel public puisse mener sa mission correctement ;

Une véritable bataille menée contre les géants du numérique qui pillent nos informations et conservent les retombées financières ;

Un renforcement des moyens de régulation du monde des médias : limiter la concentration des médias, inclure les organisations syndicales dans la CPPAP ;

Un maintien des imprimeries ;

Un véritable plan national pour lutter contre les déserts informationnels ;

Un réel renforcement et une plus grande collecte des droits voisins, et l'extension de leur répartition ;

Un droit à l'information libre et indépendante, socialement garanti ;

Une révision en profondeur de la loi contre les concentrations de 1986 et une mise à niveau avec le droit européen, sur la protection des sources, l'indépendance de l'audiovisuel public, etc.

Les employeurs des médias et le ministère de la Culture, chargé de l'information, doivent nous répondre.

Un appel à la grève sera déposé par les syndicats SNJ, SNJ-CGT, SGJ-FO et le SNPEP-FO. Les sections d'entreprises sont libres de définir les modalités de leur mouvement de grève.

Le jeudi 18 juin, rendez-vous à 11 heures à Paris (lieu à définir) pour défiler jusqu'au ministère de la Culture. À partir de 14 heures : tables rondes revendicatives à la Bourse du travail, rue du Château d'eau.

Organisée par : le Syndicat national des journalistes (SNJ), le SNJ-CGT, la CFDT-Journalistes, le SGJ-FO, la Filpac-CGT, le SNPEP-FO, et Info'Com-CGT.

Premiers soutiens : Union des clubs de la presse de France et francophones (UCP2F), Association des journalistes scientifiques de la presse d'information (AJSPI), Association des journalistes du tourisme (AJT), Prenons la Une, Club de la presse Occitanie, Profession:Pigiste, FEC-FO.

Paris, 4 juin 2026.

04.06.2026 à 07:49

« Aucune violence policière » : Jean-Michel Aphatie pris en flagrant déni

Maxime Friot

Texte intégral (538 mots)

« Quotidien », TMC, 1er juin.

Deux jours après la victoire du PSG en Ligue des champions et les célébrations qui ont suivi à Paris (et ailleurs), l'émission de Yann Barthès disserte sur « les émeutiers qui ont gâché la fête » (01/06). C'est depuis le plateau de « Quotidien » que le chroniqueur Jean-Michel Aphatie glisse qu'on « ne note aucune violence policière » et qu'il faut par conséquent « rendre hommage aux policiers » [1] :

Jean-Michel Aphatie : Il faut noter – je suis tout à fait du côté du ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez – que la police a agi avec beaucoup de professionnalisme. 890 personnes arrêtées mais on ne note aucune violence policière. Tout ça se fait… c'est quand même un travail difficile, là il faut y aller ! En plus, un journaliste de chaîne info le notait, la journée a été quand même caniculaire, c'est lourd, ces CRS passent des heures à attendre, ils sont harnachés, ça transpire un peu, donc quand même il faut rendre hommage aux policiers.

Aucune violence policière ? Un constat pour le moins inexact – pour preuves cet article de Mediapart sur les « méthodes violentes des forces de l'ordre » ; cette interview d'une avocate dans L'Humanité ; ou encore ce témoignage d'un étudiant face aux procureurs de BFM-TV (03/06).

L'assurance avec laquelle Aphatie livre son verdict erroné rappelle que pour un éditorialiste de plateau, il est possible et permis de rendre compte d'événements depuis un talk show sans connaître le dossier. C'est même le principe des émissions de bavardage. Par défaut, ce sont donc des préjugés et une vision du monde qui serviront de base argumentative. Et voici comment, malgré l'évidence, « aucune violence policière » devient tout à fait plausible. Il faut dire que les médias dominants ont un mal endémique à traiter cette question… y compris quand ça se passe devant leurs caméras.

Maxime Friot


[1] Passage repéré par @Achabussuspendu sur X.

01.06.2026 à 08:44

Habiller le discours dominant en rigueur historique

À propos du documentaire « Palestine, une histoire » (France 5).

- 2023-... : Israël-Palestine, le 7 octobre et après / , , ,
Texte intégral (1494 mots)

Nous reproduisons, sous forme de tribune, ce texte initialement publié par la Coordination française du boycott universitaire, culturel et sportif d'Israël (FRACBI) le 29 avril 2026. Il porte sur le documentaire Palestine, une histoire diffusé sur France 5.

Il existe une forme de malhonnêteté intellectuelle plus redoutable que le mensonge, celle qui emprunte le langage de la rigueur pour mieux maîtriser la conclusion. Le documentaire « Palestine : une histoire », diffusé sur France 5, en offre un exemple particulièrement travaillé. Sur trois épisodes, il convoque le paradigme du colonialisme de peuplement, donne à voir la dépossession historique du peuple palestinien, interroge des témoins, palestiniens notamment, cite des archives, partage des cartes, etc. Tout cela pour aboutir, dans son dernier épisode, à la conclusion la plus convenue qui soit : deux camps, deux extrémismes religieux responsables de manière symétrique. Les Palestiniens seraient finalement tout autant responsables de leur dépossession et du génocide qu'ils subissent actuellement. Le détour historique n'aura servi qu'à habiller d'un vernis de rigueur ce que le discours dominant occidental répète depuis des années.

Les deux premiers épisodes comme construction rhétorique

Les deux premiers épisodes retracent la dépossession coloniale du peuple palestinien, s'inscrivent dans le cadre du colonialisme de peuplement et présentent le projet sioniste comme colonial. Travail utile, en apparence. Mais cette histoire n'est pas là pour comprendre, elle est là pour servir de caution à ce qui vient ensuite. L'épisode 3, le dernier, révèle la fonction des deux premiers ; toute la rigueur historique sur le colonialisme de peuplement était un détour rhétorique. Une fois posée, elle est abandonnée. On bascule vers une autre grille, celle de deux camps, deux extrémismes religieux qui s'affrontent et qui usent de la violence dans le même but.

Un cadrage religieux assumé

Dès les premières minutes de l'épisode 3, le décor est exclusivement religieux. Des hommes qui prient dans la rue. Le Hamas décrit comme mû par une « action idéologique » visant un « État islamique » en Palestine. Le doublement du nombre de mosquées entre 1967 et 1987 cité comme donnée signifiante. On est censé parler de colonialisme, on parle uniquement de religion pendant les trois premières minutes de cet épisode. Ce choix n'est pas anodin. Ancrer la résistance palestinienne dans le religieux plutôt que dans le politique et l'anticolonial, c'est la déshistoriciser. C'est faire du Hamas une aberration idéologique, anachronique, sans ancrage dans l'occupation militaire qui dure depuis plusieurs décennies. La musique d'ambiance suit ; l'appel à la prière revient fréquemment en fond sonore, et en général dès que le Hamas est évoqué. Un choix de montage qui n'est pas neutre.

La disparition progressive des Palestiniens

Les Palestiniens, très présents dans les deux premiers épisodes, s'effacent progressivement dans l'épisode 3. Comme si, au moment où l'histoire rejoint l'actualité, ils cessaient d'être des sujets pour devenir un problème, des victimes uniquement. Ce glissement n'est pas accidentel, il accompagne au contraire le basculement de cadre. On ne parle plus d'une population dépossédée, spoliée, chassée de ses terres, en lutte pour recouvrer ses droits les plus fondamentaux, on parle de deux camps qui s'affrontent.

Les biais lexicaux

Les indices sont aussi dans les mots. En 1948, ce n'est pas un nettoyage ethnique, c'est une « expulsion ». Autre exemple. Les élections de 2006, pourtant reconnues comme démocratiques par les observateurs internationaux, sont décrites comme remportées « à la loyale » et non « démocratiquement » (ce terme n'est jamais employé). Un terme qui introduit subtilement le doute là où les faits sont établis. De même, Oslo est présenté comme un « accord historique », horizon de paix, presque sans réserve initiale. Il faut attendre plusieurs minutes avant qu'une nuance soit émise, le temps que la grille s'installe ; la paix était possible, les extrémistes l'ont tuée, des deux côtés. Cela s'étend jusqu'à la prononciation. En effet, dans la narration, le Hamas devient « Khamas », Haïfa devient « Khaïfa ». Adopter la phonologie israélienne pour prononcer des noms arabes dans un documentaire français n'est pas un détail, c'est choisir, jusque dans la langue, le point de vue de l'un des deux camps.

L'inversion des responsabilités

Sur le fond, le documentaire procède à plusieurs reprises à une inversion des responsabilités. Les autorités israéliennes auraient été « contraintes » de boucler Gaza et la Cisjordanie en réponse aux attentats dans les années 2000. Les guerres à Gaza sont présentées comme des réponses à des prises d'otages israéliens uniquement, sans cadre politique. Une intervenante affirme que le Hamas « a poussé Israël à commettre les pires crimes de guerre au détriment des Palestiniens eux-mêmes ». L'occupant ne ferait donc que réagir, c'est de la légitime défense, une réponse aux provocations palestiniennes. Sur la seconde Intifada, le commentaire atteint un sommet. Du côté palestinien « on est prêt à sacrifier sa vie », du côté israélien « on tient à la vie ». Vieux fantasme orientaliste qui voudrait que les Arabes aient un rapport particulier à la mort. Les autres tiennent à la vie, tandis qu'eux s'y abandonnent.

Ces glissements, surtout ceux dans le troisième épisode, auraient pu être corrigés si l'on avait davantage donné la parole à des spécialistes du sujet – ils sont nombreux à avoir été sollicités pour ne finalement pas être retenus ou très peu au montage, alors même qu'ils sont aujourd'hui reconnus comme les spécialistes de ces sujets. Leur absence est aussi un révélateur de l'objectif que semble s'être fixé le reportage ?

La symétrie comme effacement

C'est là la conclusion du documentaire, annoncée dès la présentation de l'épisode 3 : « Dans les deux camps, c'est le temps des faucons, des extrémistes religieux qui préfèrent la guerre à la paix ». Voilà où mène le détour colonial. À une équivalence entre colonisateur et colonisé. Or le colonialisme de peuplement comme paradigme analytique implique précisément une dissymétrie structurelle. Vous avez d'un côté un État avec une armée, des colons, une administration d'occupation, des soutiens internationaux puissants et de l'autre une population dépossédée, en lutte, qui résiste pour sa survie en tant qu'individu et en tant que peuple. Mettre les deux « camps » au même niveau n'est pas de la nuance. C'est l'effacement de cette dissymétrie, et donc la négation du paradigme que le documentaire prétendait pourtant mobiliser.

Enfin, reste les erreurs historiques, factuelles et juridiques. Il ne s'agit pas ici de faire une recension de l'ensemble de celles-ci, mais seulement de rappeler que la rigueur du documentaire est à interroger. Par exemple, sont confondues deux procédures distinctes devant la Cour internationale de Justice (CIJ) : l'avis consultatif du 19 juillet 2024 sur l'occupation d'un côté (qui ne se prononce jamais sur le génocide) et les ordonnances sur le génocide dans l'affaire Afrique du Sud c. Israël de l'autre, en citant une « Charte des Nations Unies sur le génocide » qui n'existe tout simplement pas. Il existe une Charte des Nations Unies et il existe une Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, ce ne sont pas les mêmes textes et ils ne sont pas mobilisés au même moment devant la CIJ.

En somme, ce documentaire ne déconstruit pas le discours dominant sur la Palestine, il lui offre une façade de rigueur historique pour mieux reconduire ses conclusions : la résistance palestinienne est d'abord religieuse, les responsabilités sont partagées, la paix a été sabordée par les deux extrêmes. Mobiliser des paradigmes critiques pour en vider la portée au moment précis où ils comptent le plus, c'est ce que fait ce documentaire. Et c'est plus dangereux qu'une propagande assumée, parce que ça ressemble à de l'analyse.

Insaf Rezagui, Sbeih Sbeih, Leila Seurat, Stéphanie Latte Abdallah et Abaher El-Sakka, FRACBI, 29 avril 2026.

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