Nous soutenons au contraire que pour agir en faveur d'une langue, il faut qu'elle soit enseignée, pratiquée, utilisée pour la création littéraire ou artistique. Or, l'enfermer dans des logiciels d'intelligence artificielle c'est la condamner à n'avoir plus besoin de vecteurs humains pour la faire vivre. À intégrer des fragments de langues dans des machines, on risque surtout d'en faire des langues mortes dont on pourra restituer des ersatz qui n'ont plus rien à voir avec l'usage en cours ou l'usage qui a eu lieu à un moment. C'est le latin de la messe. Automatiser une langue, c'est déposséder à la longue ses locuteur·ices de leur pratique, de leur savoir. Ça revient à dire, pour parler breton je n'ai qu'à cliquer : à quoi bon l'apprendre ? Et c'est d'autant plus cynique que c'est aux locuteur·ices actuel·les que l'on demande de l'aide pour aller saboter leur propre langue ! Tout comme beaucoup de travailleur·euses dans de nombreux domaines se voient incité·es ou contraint·es d'introduire l'IA dans leurs pratiques professionnelles, assurant ainsi la dégradation de leurs conditions de travail et la perte de leurs savoir-faire. Tout ça contre la promesse d'avoir aujourd'hui un GPS en corse ou en alsacien, quand on condamne en même temps ces langues à disparaître. À la logique court-termiste qui propose comme autant de gadgets des « outils » pour tout résoudre tout de suite, nous opposons une pensée globale des langues et des cultures, qui sont des objets à la fois plus précieux et plus complexes que de simples données.