L'utopie, à mon sens, n'est pas une représentation mais une opération visant à révéler les limites de notre propre imagination du futur, les lignes que nous ne semblons pas capables de franchir en imaginant des changements dans notre vie et notre monde (sauf dans le sens de la dystopie[2] et de la catastrophe).
S'agit-il alors d'un échec de l'imagination, ou bien d'un scepticisme fondamental quant aux possibilités du changement en tant que tel, indépendamment du caractère désirable des visions de ce vers quoi le changement est censé aboutir ? Plutôt qu'à l'appauvrissement de notre propre sens du futur, ou à l'affaiblissement de la pulsion utopienne, ne touchons-nous pas là à ce qu'il est convenu d'appeler la raison cynique ?