Yuval Abraham et Rachel Szor ont pu faire parler vingt-quatre soldats et officiers de Tsahal, pour beaucoup issus du renseignement, qui décrivent les procédures en vigueur à Gaza. Collecte des données, surveillance des téléphones, désignation des cibles par l'intelligence artificielle, bombardements télécommandés organisent en séquences les témoignages recueillis. Les cartons du film (« Lavender », « Where's Daddy ? ») racontent aussi cette chose : l'extermination a pris la langue du bureau et les noms de l'enfance. La guerre est racontée comme une gestion de l'assassinat collectif, glissée dans une sémantique de coton. Le film, comme les enquêtes précédentes, ne révèle pas des crimes commis en marge des règles mais décrit les règles qui en font un objectif. Il documente l'horreur par le bout de la douceur : douceur de l'ordinaire, onction du quotidien où les criminels viennent loger leur irresponsabilité, comme le faisait – sur le terrain de la fiction – La zone d'intérêt de Jonathan Glazer qu'on retrouve ici en producteur du projet.