10.04.2026 à 07:30
Une salle de bal très politique. Le New York Times révèle que l'entreprise présidée aujourd'hui par Lakshmi Mittal, qui a son siège au Luxembourg, a fait une donation d'acier – pour une valeur estimée à 37 millions de dollars – pour le projet de construction d'une nouvelle salle de bal à la Maison Blanche. Quelques jours après ce don, Donald Trump a annoncé une série d'ajustements sur ses tarifs douaniers bénéficiant à ArcelorMittal et à d'autres entreprises du secteur. Le coût de ce projet (…)
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Une salle de bal très politique. Le New York Times révèle que l'entreprise présidée aujourd'hui par Lakshmi Mittal, qui a son siège au Luxembourg, a fait une donation d'acier – pour une valeur estimée à 37 millions de dollars – pour le projet de construction d'une nouvelle salle de bal à la Maison Blanche. Quelques jours après ce don, Donald Trump a annoncé une série d'ajustements sur ses tarifs douaniers bénéficiant à ArcelorMittal et à d'autres entreprises du secteur. Le coût de ce projet mégalomaniaque, estimé à 400 millions de dollars, devrait être entièrement couvert selon la Maison Blanche par des entreprises et des donateurs privés. Le nom d'une partie d'entre eux a été rendu public : on y retrouve de nombreuses multinationales américaines dont les géants de la tech Palantir, Microsoft, Apple, Meta, Google et Amazon, ou encore des entreprises d'armement, de tabac, ou de cryptomonnaies.
(Non-)cordon sanitaire. Le Nouvel Obs raconte comment un aréopage de grands patrons a reçu Marine Le Pen au restaurant Chez Drouant dans le cadre du club « Entreprise et cité ». Autour de la table, notamment, les dirigeants de TotalEnergies, Engie, Capgemini, Renault, Accor et LVMH. Selon le magazine, c'est la première fois que Bernard Arnault rencontre officiellement le Rassemblement national, même si ses fils ont déjà noué des contacts avec Jordan Bardella. À lire ici.
Optimisation fiscale et « superprofits ». Alors que les appels à taxer les superprofits réalisés par les majors de l'énergie du fait de la guerre en Iran se multiplient, une étude de l'Observatoire international de la fiscalité tombe à point nommé. Elle documente comment les multinationales du secteur extractif, dont celles du pétrole, tendent à loger leurs bénéfices dans des paradis fiscaux. Ce qui explique que les fruits de la précédente taxation des superprofits, mise en place en 2022 suite à l'invasion russe de l'Ukraine, aient été si maigres : elle était imputée sur une base nationale, très loin de la réalité économique de ces groupes. Le think tank propose des approches alternatives pour une taxation plus efficace. À lire ici.
Optimisation fiscale encore. Une autre étude à verser au dossier de l'optimisation fiscale des multinationales nous vient du CEPII. Les chercheurs du centre d'études ont cherché à quantifier, à partir des données de 2018, les mécanismes de l'évitement fiscal des multinationales aux dépens de la France. Ils soulignent l'importance des prix de transfert, autrement dit l'optimisation réalisée grâce aux transactions entre filiales d'un même groupe : en utilisant des prix différents des prix de marché normaux, les multinationales peuvent faire en sorte de baisser artificiellement leurs bénéfices là où ils seraient le plus imposés. Sur les 40 milliards de profits qui auraient été déplacés hors de France cette année-là (par des multinationales françaises ou étrangères), environ le quart l'aurait été via des prix de transfert différents des prix de marché. Les auteurs insistent aussi sur la part importante des profits déplacés hors de France via des mécanismes encore mal connus et identifiés. À lire ici.
Porta giratòria (« porte tournante » en catalan). Après son éphémère retour au gouvernement en tant que ministre des Outre-mer, Manuel Valls repart dans les affaires. C'est-à-dire qu'il réactive la société de conseil, baptisée Binidali, que, comme beaucoup d'autres ex ministres, il a créée en quittant ses fonctions (lire notre enquête à ce sujet). Auprès de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique, il a précisé qu'il comptait notamment monnayer ces fameux conseils à Veolia. On ne sait pas si le géant de la privatisation de l'eau faisait déjà appel à ses services auparavant. Selon La Lettre, Manuel Valls serait mobilisé pour aider Veolia sur ses contrats en Espagne, devenue une pièce maîtresse du groupe depuis la prise de contrôle de Suez et de sa filiale espagnole Agbar. L'entreprise originaire de Barcelone – ville où Manuel Valls a été candidat malheureux aux municipales – a fait face ces dernières années à la perte de nombreuses concessions du fait d'un mouvement de remunicipalisation, mais a réussi à garder la main sur le marché de l'eau de la capitale catalane, que l'équipe de la maire « rebelle » Ada Colau voulait remunicipaliser.
Parce que le débat démocratique mérite mieux que la com' du CAC 40.
Faites un donCorruption pétrolière en Gambie. La filiale de négoce de TotalEnergies basée à Genève – la même dont les traders se sont livrés à la spéculation très lucrative sur des cargaisons de pétrole évoquée plus haut – est sous le coup d'une enquête du Parquet national financier portant sur des soupçons de corruption d'agent public étranger en Gambie. Public Eye a mené l'enquête sur cette affaire qui comporte encore des zones d'ombre. Pendant une dizaine d'années, de 2004 à 2014, le groupe français a été le fournisseur exclusif de produits pétroliers dans le pays, en association avec des sociétés détenues par un proche de l'ex président Yahya Jammeh.
Vers un désinvestissement européen de Palantir ? Le principal fonds de pension néerlandais a revendu toutes ses actions dans Palantir, l'entreprise fondée par Peter Thiel et dirigée par Alex Karp. Sur la sellette pour ses liens avec l'extrême droite américaine et son implication dans la croisade anti-migrants de Trump et dans le conflit dans le Golfe, le groupe spécialisé dans l'analyse de données a vu son cours en bourse multiplié par cinq dans les mois qui ont suivi la réélection de Donald Trump. Follow the Money avait révélé il y a quelques semaines que de nombreux acteurs financiers européens détenaient des actions dans Palantir, la France étant particulièrement bien placée avec des investisseurs comme Amundi ou BNP Paribas. Ce n'est pas le cas, en revanche, des investisseurs publics pour lesquels des informations sont disponibles, comme la Caisse des dépôts ou le Fonds de réserve pour les retraites. Les Néerlandais feront-ils des émules ?
Enquête en Italie sur les pratiques commerciales de Sephora. L'autorité de concurrence italienne a lancé une enquête sur le marketing de deux enseignes de produits cosmétiques détenues par LVMH, Sephora et Benefit. Elles sont accusées de cibler des jeunes filles, y compris en dessous de 10 ans, par des pratiques déloyales destinées à créer une obsession malsaine pour les produits de beauté, baptisée désormais « cosméticorexie ». Parmi les griefs adressés au groupe, l'absence d'information ou de mise en garde sur le fait que les produits sont destinés aux adultes, et le recours à des influenceuses ciblant des audiences très jeunes. Affaire à suivre.
09.04.2026 à 16:39
Olivier Petitjean
Les dépenses de lobbying de TotalEnergies aux États-Unis ont explosé en 2025 avec le retour de Donald Trump à la Maison Blanche. En jeu : le soutien financier de l'administration américaine au projet du groupe au Mozambique, et un intérêt partagé sur le développement des exportations de gaz naturel liquéfié vers l'Europe.
C'est ce que l'on pourrait appeler sauter sur une opportunité. Selon les données réglementaires récoltées par l'administration étatsunienne, le groupe français (…)
Les dépenses de lobbying de TotalEnergies aux États-Unis ont explosé en 2025 avec le retour de Donald Trump à la Maison Blanche. En jeu : le soutien financier de l'administration américaine au projet du groupe au Mozambique, et un intérêt partagé sur le développement des exportations de gaz naturel liquéfié vers l'Europe.
C'est ce que l'on pourrait appeler sauter sur une opportunité. Selon les données réglementaires récoltées par l'administration étatsunienne, le groupe français TotalEnergies a multiplié par quatre ses dépenses de lobbying outre-Atlantique depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche. Sur l'année 2025, ces dépenses s'élèvent à presque deux millions de dollars (1,86 million pour être précis), contre 500 000 dollars en 2024. Les années précédentes, elles tournaient autour de 250 000 dollars. Il y a quinze ans, elles étaient inexistantes.
Une partie de l'explication de ce bond spectaculaire réside dans le contrat à 770 000 dollars passé par TotalEnergies avec le cabinet Ballard Partners pour défendre son projet d'exploitation de gaz naturel liquéfié au large du Mozambique. Ce projet, baptisé Mozambique LNG, a été suspendu pendant plusieurs années suite à un conflit armé dans la région, et le groupe français vient tout juste d'annoncer sa relance. Les affrontements et la présence de l'armée sur le site occupé par TotalEnergies dans la province de Cabo Delgado ont donné lieu à des accusations d'exactions contre la population locale, pour lesquelles le groupe est aujourd'hui poursuivi en justice.
Dès mars 2025, l'administration Trump a débloqué un prêt crucial de 5 milliards de dollars – via l'Export-Import Bank, agence de crédit à l'export – pour Mozambique LNG. Accordé en 2020 durant le premier mandat du président américain, il avait été gelé sous Joe Biden. Fin 2025, en revanche, le Royaume-Uni et les Pays-Bas ont mis fin à leur soutien au projet. Sans qu'il y ait soutien financier direct de la France, la diplomatie tricolore s'est démenée pour faciliter l'arrivée dans le pays de TotalEnergies puis la relance de Mozambique LNG [1].
C'est la première fois que TotalEnergies fait appel à un cabinet de lobbying étatsunien et le choix de Ballard Partners n'a rien d'un hasard. Son patron Brian D. Ballard est lié depuis longtemps au parti Républicain. Il a fait partie de la première équipe de transition de Donald Trump en 2016-2017 et, dans la foulée, son cabinet de lobbying est devenu l'un des plus importants de Washington. En 2025, avec le second mandat de son protecteur, il a vu son chiffre d'affaires plus que quadrupler avec de nombreux clients désireux d'obtenir les faveurs de Trump et de son administration.
Ballard indique n'avoir effectué ses actions de lobbying pour le groupe français qu'auprès d'une seule cible : la Maison Blanche.
Parmi eux : Palantir, l'entreprise de données fondée par Peter Thiel et dirigée par Alex Karp, qui est devenue le symbole de la fusion entre la Silicon Valley, le complexe militaro-industrielle et l'extrême droite américaine (lire Comment Palantir, le géant de la « big data », collabore à la chasse aux migrants aux États-Unis). Mais aussi de nombreux gouvernements étrangers et entreprises non américaines comme ByteDance, la maison mère de TikTok, ou Shein. D'autres groupes français ont fait appel aux services de Ballard Partners en 2025 : Pernod Ricard, Orano, et Biomérieux.
À tous, Brian D. Ballard monnaie son accès personnel direct à Donald Trump – souvent très cher, comme en témoigne la somme versée par TotalEnergies. Dans ses déclarations, le cabinet indique d'ailleurs n'avoir effectué ses actions de lobbying pour le groupe français qu'auprès d'une seule cible : la Maison Blanche. Mais avec 5 milliards de dollars débloqués, le retour sur investissement reste appréciable.
« Le cabinet Ballard est un cabinet de représentation d'intérêts réputé aux États-Unis, nous a précisé un porte-parole de TotalEnergies, et est intervenu pour le compte de la Compagnie concernant le financement du projet Mozambique LNG. »
Reste 1,09 million de dollars de dépenses de lobbying déclarées pour 2025 par TotalEnergies en propre, sans passer par un cabinet. Dans sa déclaration, l'entreprise liste toute une série de sujets sur lesquels elle a tenté d'influencer l'administration Trump : l'hydrogène, le biogaz, la capture-stockage du carbone, les règles de transparence sur les émissions, les subventions aux renouvelables, et surtout le soutien au gaz naturel liquéfié.
Le pari massif de TotalEnergies sur les États-Unis et sur le GNL date d'avant le retour du président MAGA à la Maison Blanche.
Il y a quelques jours, le groupe français s'est retrouvé sous le feu des critiques en acceptant d'abandonner deux projets éoliens en mer aux États-Unis (du fait de la politique anti-renouvelables du gouvernement Trump) et de réinvestir le milliard de dollars reçu en guise de compensation dans le pétrole et le gaz. Une transaction dans laquelle Ballard « n'a joué aucun rôle », assure le porte-parole de TotalEnergies.
Au-delà du symbole désastreux de soumission à l'agenda anti-climat de Trump (confirmée quelques jours plus tard avec l'abandon officiel de l'objectif de neutralité carbone), cette décision s'inscrit aussi dans un pari massif de TotalEnergies sur les États-Unis et sur le GNL. Un pari qui date d'ailleurs d'avant le retour du président MAGA à la Maison Blanche. Le groupe se revendique fièrement comme le premier exportateur de GNL américain avec 19 millions de tonnes en 2025 . En plus de posséder des parts dans des gisements gaziers dans le pays, il a investi ces dernières années dans plusieurs projets de terminaux d'exportation et a signé des accords d'approvisionnement avec d'autres entreprises propriétaires de terminaux pour irriguer les marchés européen et asiatique de gaz « made in USA ».
Parce que le débat démocratique mérite mieux que la com' du CAC 40.
Faites un donC'est un peu comme si TotalEnergies, après avoir vu ses investissements massifs des années 2010 en Russie remis en cause par le conflit autour de l'Ukraine, avait choisi de reporter ses efforts sur les États-Unis. Le développement du gaz naturel liquéfié est central dans la stratégie à long terme du groupe français, totalement aligné sur ce point avec les souhaits de l'administration américaine. Ce qui explique peut-être les appels du pied de Patrick Pouyanné auprès de Donald Trump depuis début 2025, comme lorsqu'il avait appelé le golfe du Mexique « golfe d'Amérique » comme le souhaitait le président étatsunien.
Cependant, contrairement à d'autres entreprises françaises comme Airbus, Sanofi, Thales ou EDF (lire notre enquête), TotalEnergies ne contribue pas significativement au financement de campagnes électorales via le système des « political action committees ». « La Compagnie ne soutient pas - et n'a jamais soutenu - ni ne contribue, financièrement à des organisations, partis, personnes ou campagnes politique. », confirme son porte-parole.
Depuis le 1er janvier 2026, le groupe pétrogazier fait l'objet d'une cotation croisée à New York et à Paris, officiellement pour des raisons financières et sans perspective officielle de se délocaliser davantage outre-Atlantique. C'est grâce à cette cotation outre-Atlantique que l'on a pu découvrir que l'État français détenait une part significative du capital de TotalEnergies (lire notre article) via la Caisse des dépôts et consignations. Combien de temps le groupe réussira-t-il à tenir ce grand écart entre ses attaches françaises et américaines ?
D'autres groupes du CAC40 ont vu leurs dépenses de lobbying aux États-Unis augmenter considérablement en 2025. C'est le cas notamment pour ArcelorMittal (multiplication par quatre par rapport à 2024) L'Oréal (multiplication par deux et demi), Veolia (multiplication par six), ou encore Axa et BNP Paribas (presque un doublement dans les deux cas). Des chiffres qui reflètent les risques et les incertitudes de la politique trumpiste pour les entreprises françaises, notamment en matière commerciale, mais aussi parfois – comme dans le cas de TotalEnergies – leur opportunisme.
[1] L'autre pays à part les États-Unis à avoir apporté un soutien financier à TotalEnergies pour son projet au Mozambique est l'Italie, en raison de l'implication d'entreprises transalpines, notamment Saipem.
08.04.2026 à 12:16
Anne-Sophie Simpere
Dans les deux semaines qui ont suivi les attaques américano-israéliennes contre l'Iran, les six principales majors pétrolières occidentales - ExxonMobil, Chevron, Shell, BP, Eni et la française TotalEnergies – ont vu leur capitalisation boursière augmenter de pas moins de 130 milliards de dollars.
Les marchés financiers anticipent les « superprofits » réalisés grâce à la hausse des cours du pétrole et du gaz, comme après l'invasion russe en Ukraine. Depuis le début de l'année, le cours de (…)
Dans les deux semaines qui ont suivi les attaques américano-israéliennes contre l'Iran, les six principales majors pétrolières occidentales - ExxonMobil, Chevron, Shell, BP, Eni et la française TotalEnergies – ont vu leur capitalisation boursière augmenter de pas moins de 130 milliards de dollars.
Les marchés financiers anticipent les « superprofits » réalisés grâce à la hausse des cours du pétrole et du gaz, comme après l'invasion russe en Ukraine. Depuis le début de l'année, le cours de l'action de TotalEnergies, par exemple, a augmenté de plus de 40%.
Cette hausse est nettement supérieure à celle du cours en bourse des entreprises d'armement, qui ont elle aussi. connu un bond depuis le début du conflit dans le Golfe persique, avant de se tasser.
Selon le cabinet d'étude Rystad Energy, les producteurs de pétrole états-uniens pourraient engranger 63 miliiards de dollars de profits supplémentaires cette année grâce à la hausse du prix du baril.