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09.04.2026 à 16:39

Lobbying : comment TotalEnergies a payé 770 000 dollars pour s'acheter l'accès à Trump

Olivier Petitjean

Les dépenses de lobbying de TotalEnergies aux États-Unis ont explosé en 2025 avec le retour de Donald Trump à la Maison Blanche. En jeu : le soutien financier de l'administration américaine au projet du groupe au Mozambique, et un intérêt partagé sur le développement des exportations de gaz naturel liquéfié vers l'Europe.
C'est ce que l'on pourrait appeler sauter sur une opportunité. Selon les données réglementaires récoltées par l'administration étatsunienne, le groupe français (…)

- Trumpisme et complicités / , , , , ,
Texte intégral (1786 mots)

Les dépenses de lobbying de TotalEnergies aux États-Unis ont explosé en 2025 avec le retour de Donald Trump à la Maison Blanche. En jeu : le soutien financier de l'administration américaine au projet du groupe au Mozambique, et un intérêt partagé sur le développement des exportations de gaz naturel liquéfié vers l'Europe.

C'est ce que l'on pourrait appeler sauter sur une opportunité. Selon les données réglementaires récoltées par l'administration étatsunienne, le groupe français TotalEnergies a multiplié par quatre ses dépenses de lobbying outre-Atlantique depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche. Sur l'année 2025, ces dépenses s'élèvent à presque deux millions de dollars (1,86 million pour être précis), contre 500 000 dollars en 2024. Les années précédentes, elles tournaient autour de 250 000 dollars. Il y a quinze ans, elles étaient inexistantes.

Une partie de l'explication de ce bond spectaculaire réside dans le contrat à 770 000 dollars passé par TotalEnergies avec le cabinet Ballard Partners pour défendre son projet d'exploitation de gaz naturel liquéfié au large du Mozambique. Ce projet, baptisé Mozambique LNG, a été suspendu pendant plusieurs années suite à un conflit armé dans la région, et le groupe français vient tout juste d'annoncer sa relance. Les affrontements et la présence de l'armée sur le site occupé par TotalEnergies dans la province de Cabo Delgado ont donné lieu à des accusations d'exactions contre la population locale, pour lesquelles le groupe est aujourd'hui poursuivi en justice.

Dès mars 2025, l'administration Trump a débloqué un prêt crucial de 5 milliards de dollars – via l'Export-Import Bank, agence de crédit à l'export – pour Mozambique LNG. Accordé en 2020 durant le premier mandat du président américain, il avait été gelé sous Joe Biden. Fin 2025, en revanche, le Royaume-Uni et les Pays-Bas ont mis fin à leur soutien au projet. Sans qu'il y ait soutien financier direct de la France, la diplomatie tricolore s'est démenée pour faciliter l'arrivée dans le pays de TotalEnergies puis la relance de Mozambique LNG [1].

Accès monnayé à Trump

C'est la première fois que TotalEnergies fait appel à un cabinet de lobbying étatsunien et le choix de Ballard Partners n'a rien d'un hasard. Son patron Brian D. Ballard est lié depuis longtemps au parti Républicain. Il a fait partie de la première équipe de transition de Donald Trump en 2016-2017 et, dans la foulée, son cabinet de lobbying est devenu l'un des plus importants de Washington. En 2025, avec le second mandat de son protecteur, il a vu son chiffre d'affaires plus que quadrupler avec de nombreux clients désireux d'obtenir les faveurs de Trump et de son administration.

Ballard indique n'avoir effectué ses actions de lobbying pour le groupe français qu'auprès d'une seule cible : la Maison Blanche.

Parmi eux : Palantir, l'entreprise de données fondée par Peter Thiel et dirigée par Alex Karp, qui est devenue le symbole de la fusion entre la Silicon Valley, le complexe militaro-industrielle et l'extrême droite américaine (lire Comment Palantir, le géant de la « big data », collabore à la chasse aux migrants aux États-Unis). Mais aussi de nombreux gouvernements étrangers et entreprises non américaines comme ByteDance, la maison mère de TikTok, ou Shein. D'autres groupes français ont fait appel aux services de Ballard Partners en 2025 : Pernod Ricard, Orano, et Biomérieux.

À tous, Brian D. Ballard monnaie son accès personnel direct à Donald Trump – souvent très cher, comme en témoigne la somme versée par TotalEnergies. Dans ses déclarations, le cabinet indique d'ailleurs n'avoir effectué ses actions de lobbying pour le groupe français qu'auprès d'une seule cible : la Maison Blanche. Mais avec 5 milliards de dollars débloqués, le retour sur investissement reste appréciable.

« Le cabinet Ballard est un cabinet de représentation d'intérêts réputé aux États-Unis, nous a précisé un porte-parole de TotalEnergies, et est intervenu pour le compte de la Compagnie concernant le financement du projet Mozambique LNG. »

Pari sur le GNL

Reste 1,09 million de dollars de dépenses de lobbying déclarées pour 2025 par TotalEnergies en propre, sans passer par un cabinet. Dans sa déclaration, l'entreprise liste toute une série de sujets sur lesquels elle a tenté d'influencer l'administration Trump : l'hydrogène, le biogaz, la capture-stockage du carbone, les règles de transparence sur les émissions, les subventions aux renouvelables, et surtout le soutien au gaz naturel liquéfié.

Le pari massif de TotalEnergies sur les États-Unis et sur le GNL date d'avant le retour du président MAGA à la Maison Blanche.

Il y a quelques jours, le groupe français s'est retrouvé sous le feu des critiques en acceptant d'abandonner deux projets éoliens en mer aux États-Unis (du fait de la politique anti-renouvelables du gouvernement Trump) et de réinvestir le milliard de dollars reçu en guise de compensation dans le pétrole et le gaz. Une transaction dans laquelle Ballard « n'a joué aucun rôle », assure le porte-parole de TotalEnergies.

Au-delà du symbole désastreux de soumission à l'agenda anti-climat de Trump (confirmée quelques jours plus tard avec l'abandon officiel de l'objectif de neutralité carbone), cette décision s'inscrit aussi dans un pari massif de TotalEnergies sur les États-Unis et sur le GNL. Un pari qui date d'ailleurs d'avant le retour du président MAGA à la Maison Blanche. Le groupe se revendique fièrement comme le premier exportateur de GNL américain avec 19 millions de tonnes en 2025 . En plus de posséder des parts dans des gisements gaziers dans le pays, il a investi ces dernières années dans plusieurs projets de terminaux d'exportation et a signé des accords d'approvisionnement avec d'autres entreprises propriétaires de terminaux pour irriguer les marchés européen et asiatique de gaz « made in USA ».

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C'est un peu comme si TotalEnergies, après avoir vu ses investissements massifs des années 2010 en Russie remis en cause par le conflit autour de l'Ukraine, avait choisi de reporter ses efforts sur les États-Unis. Le développement du gaz naturel liquéfié est central dans la stratégie à long terme du groupe français, totalement aligné sur ce point avec les souhaits de l'administration américaine. Ce qui explique peut-être les appels du pied de Patrick Pouyanné auprès de Donald Trump depuis début 2025, comme lorsqu'il avait appelé le golfe du Mexique « golfe d'Amérique » comme le souhaitait le président étatsunien.

Cependant, contrairement à d'autres entreprises françaises comme Airbus, Sanofi, Thales ou EDF (lire notre enquête), TotalEnergies ne contribue pas significativement au financement de campagnes électorales via le système des « political action committees ». « La Compagnie ne soutient pas - et n'a jamais soutenu - ni ne contribue, financièrement à des organisations, partis, personnes ou campagnes politique. », confirme son porte-parole.

Depuis le 1er janvier 2026, le groupe pétrogazier fait l'objet d'une cotation croisée à New York et à Paris, officiellement pour des raisons financières et sans perspective officielle de se délocaliser davantage outre-Atlantique. C'est grâce à cette cotation outre-Atlantique que l'on a pu découvrir que l'État français détenait une part significative du capital de TotalEnergies (lire notre article) via la Caisse des dépôts et consignations. Combien de temps le groupe réussira-t-il à tenir ce grand écart entre ses attaches françaises et américaines ?

D'autres groupes du CAC40 ont vu leurs dépenses de lobbying aux États-Unis augmenter considérablement en 2025. C'est le cas notamment pour ArcelorMittal (multiplication par quatre par rapport à 2024) L'Oréal (multiplication par deux et demi), Veolia (multiplication par six), ou encore Axa et BNP Paribas (presque un doublement dans les deux cas). Des chiffres qui reflètent les risques et les incertitudes de la politique trumpiste pour les entreprises françaises, notamment en matière commerciale, mais aussi parfois – comme dans le cas de TotalEnergies – leur opportunisme.


[1] L'autre pays à part les États-Unis à avoir apporté un soutien financier à TotalEnergies pour son projet au Mozambique est l'Italie, en raison de l'implication d'entreprises transalpines, notamment Saipem.

08.04.2026 à 12:16

Iran : les majors pétrolières explosent en bourse

Anne-Sophie Simpere

Dans les deux semaines qui ont suivi les attaques américano-israéliennes contre l'Iran, les six principales majors pétrolières occidentales - ExxonMobil, Chevron, Shell, BP, Eni et la française TotalEnergies – ont vu leur capitalisation boursière augmenter de pas moins de 130 milliards de dollars.
Les marchés financiers anticipent les « superprofits » réalisés grâce à la hausse des cours du pétrole et du gaz, comme après l'invasion russe en Ukraine. Depuis le début de l'année, le cours de (…)

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Dans les deux semaines qui ont suivi les attaques américano-israéliennes contre l'Iran, les six principales majors pétrolières occidentales - ExxonMobil, Chevron, Shell, BP, Eni et la française TotalEnergies – ont vu leur capitalisation boursière augmenter de pas moins de 130 milliards de dollars.

Les marchés financiers anticipent les « superprofits » réalisés grâce à la hausse des cours du pétrole et du gaz, comme après l'invasion russe en Ukraine. Depuis le début de l'année, le cours de l'action de TotalEnergies, par exemple, a augmenté de plus de 40%.

Cette hausse est nettement supérieure à celle du cours en bourse des entreprises d'armement, qui ont elle aussi. connu un bond depuis le début du conflit dans le Golfe persique, avant de se tasser.

Selon le cabinet d'étude Rystad Energy, les producteurs de pétrole états-uniens pourraient engranger 63 miliiards de dollars de profits supplémentaires cette année grâce à la hausse du prix du baril.

01.04.2026 à 08:00

L'influence des multinationales dans les grandes écoles cartographiée

Olivier Petitjean

L'influence des multinationales dans les grandes écoles est souvent montrée du doigt. Quelques cas emblématiques ont suscité des levées de bouclier, comme les tentatives avortées de TotalEnergies et LVMH de s'implanter à Polytechnique. Au-delà de ces controverses, la présence des poids lourds du secteur privé est devenue structurelle dans l'enseignement supérieur.
Quelles sont les entreprises les plus concernées ? Quelles formes prend leur influence, et avec quels objectifs ? Comment leur (…)

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L'influence des multinationales dans les grandes écoles est souvent montrée du doigt. Quelques cas emblématiques ont suscité des levées de bouclier, comme les tentatives avortées de TotalEnergies et LVMH de s'implanter à Polytechnique. Au-delà de ces controverses, la présence des poids lourds du secteur privé est devenue structurelle dans l'enseignement supérieur.

Quelles sont les entreprises les plus concernées ? Quelles formes prend leur influence, et avec quels objectifs ? Comment leur présence affecte-t-elle concrètement la nature de l'enseignement et le fonctionnement des écoles ?

Le travail du collectif d'étudiants EIES (Entreprises illégitimes dans l'enseignement supérieur), disponible sur leur site, permet d'apporter des éléments de réponse plus précis à ces questions. Ses membres ont rassemblé des données sur plus de 8000 liens d'influence de divers types entre multinationales et grandes écoles : présence au conseil d'administration, mécénat, événementiel, financement d'associations étudiantes par exemple.

Parmi les groupes les plus présents dans l'enseignement supérieur, on retrouve sans surprise des fleurons nationaux comme EDF, Orange ou TotalEnergies, mais aussi des firmes du secteur de l'armement comme Thales ou Safran. Un grand nombre d'entre eux sont présents en Israël et dans les colonies illégales, pointe le collectif EIES, voire collaborent activement au génocide encore en cours à Gaza.

Toutes ces données ont fait l'objet d'un travail d'analyse sous forme de cartographie de réseaux qui permet d'identifier les principaux « clusters » de l'influence des multinationales dans les grandes écoles. Le regroupement central - le mieux identifié dans le débat public – associe les grandes écoles d'ingénieur polyvalentes comme Polytechnique ou CentraleSupélec et les grands groupes industriels de l'énergie ou de la défense.

Mais on observe aussi d'autres regroupements autour de la chimie industrielle (où sont très présents des groupes comme Saint-Gobain, Solvay, BASF, L'Oréal ou encore Michelin), de la finance et de l'assurance en Ile-de-France (avec toutes les grandes entreprises du conseil et de la banque), le numérique et les télécoms (avec des groupes français ou étrangers) et enfin un dernier cluster, à Grenoble, autour des industries électroniques.

Source : Base de données EIES - rapports intermédiaires des graphes d'analyses de réseaux

L'analyse complète est à lire ici.

Sur ce sujet, on lira aussi notre rapport Polytechnique, une école d'État sous emprise.

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