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02.03.2026 à 08:51

A l'ombre de Trump, la chaîne CBS dans la tourmente. Et bientôt CNN?

FRANCE24

De quoi inquiéter la rédaction de la célèbre CNN, qui devrait intégrer le giron de Paramount Skydance, propriétaire de CBS depuis l'été 2025, via le rachat prochain de Warner Bros Discovery. L'absorption de CBS par Skydance, approuvée en 2025 avec la bénédiction de Donald Trump, est en effet allée de pair avec une série de décisions favorables au président. Dernière en date: le blocage de la diffusion de l'interview d'un candidat démocrate réalisée par l'animateur star Stephen Colbert, dans le collimateur de ses nouveaux dirigeants et bête noire de Trump. Il s'agit là d'un "nouvel exemple troublant de la capitulation des entreprises face à la vaste campagne menée par cette administration pour censurer et contrôler ce qu'il se dit", a dénoncé Anna Gomez, la seule des trois commissaires du régulateur des télécoms (FCC) à ne pas avoir été nommée par Donald Trump. Fin 2025, les nouveaux dirigeants de CBS ont placé à la tête de sa rédaction une journaliste connue pour sa fronde contre ce qu'elle considère "woke", ou trop progressiste, Bari Weiss. Ses premières décisions ont soulevé des critiques comme celle, en décembre, de bloquer au dernier moment la diffusion d'un reportage sur les conséquences des expulsions brutales de migrants menées par l'administration Trump. L'autrice du sujet avait alors dénoncé une "décision politique," avant qu'il ne soit finalement diffusé. Refusant la nouvelle ligne éditoriale, ils sont nombreux à avoir choisi de quitter la rédaction de CBS, l'un des trois réseaux historiques de télévision aux Etats-Unis avec NBC et ABC. Et preuve d'un certain climat de peur, plusieurs journalistes ou anciens journalistes de CBS contactés par l'AFP n'ont pas voulu s'exprimer, même anonymement. "Gros pot-de-vin" Ces interventions éditoriales sont "surtout réalisées pour apaiser ou s'attirer les faveurs de l’administration Trump en prévision d'une éventuelle acquisition de Warner Bros Discovery", analyse pour l'AFP Victor Pickard, spécialiste de l'économie des médias à l'université de Pennsylvanie. En 2025, la société de production Skydance - fondée par le fils du milliardaire Larry Ellison, fervent soutien de Donald Trump - fait valider son rachat de Paramount, maison mère de CBS, par la FCC, dirigée par un fidèle du président, Brendan Carr. L'accord inclut la promesse, inédite, que CBS s'attaque à des "biais" dans sa couverture éditoriale. Juste avant, Paramount a accepté de verser 16 millions de dollars à la suite d'une plainte de Donald Trump concernant la couverture de CBS. Un "bon gros pot-de-vin", selon Stephen Colbert. Mais pour le président américain, cette acquisition est "la meilleure chose qui soit arrivée depuis longtemps pour une presse libre et de qualité." "Réel danger" C'est maintenant CNN qui peut trembler. Si elle est confirmée par la FCC, la vente de Warner Bros Discovery à Paramount Skydance, qui s'est dessinée en fin de semaine après le retrait de Netflix, le propriétaire de CBS prendra le contrôle de la chaîne d'information en continu. Depuis longtemps dans le viseur de Donald Trump pour ses positions jugées progressistes, CNN est très connue à l'international, bien que ses audiences américaines soient loin derrière celles de Fox News. Il faut désormais "s'attendre à ce que (la famille) Ellison fasse avec CNN exactement ce qu'elle a fait avec CBS: s'en prendre au véritable journalisme, donner davantage de place aux commentateurs conservateurs et rapprocher le média des éléments de langage de l'administration Trump", assure Victor Pickard. Christopher Terry, de l'université du Minnesota, anticipe lui un possible rapprochement de CNN et CBS, réduisant la diversité éditoriale du paysage médiatique américain. Et surtout, dit-il à l'AFP, l'approbation de la fusion entre des groupes aussi puissants que Warner Bros Discovery et Paramount Skydance va pousser à d'autres manoeuvres similaires dans le secteur, rendues nécessaires "pour faire face" à ce nouveau géant. Une concentration toujours plus importante des groupes de médias aux Etats-Unis, regrette le professeur, "c'est ça, le réel danger."

02.03.2026 à 08:29

La renaissance d'un chef cuisinier syrien, de la guerre civile à une rencontre avec Charles III

FRANCE24

Dans la cuisine de son établissement de Soho, vibrant quartier du coeur de Londres, cet homme de 48 ans explique avoir rencontré le monarque au palais de Buckingham à l'occasion d'un événement humanitaire en 2023. "Je lui ai dit +J'aimerais vraiment que vous veniez visiter notre restaurant un jour+, et il m'a répondu: +J'aimerais beaucoup+", se souvient-il. "J'étais aux anges", dit-il depuis sa cuisine, avec pour fond sonore les casseroles qui s'entrechoquent et l'huile qui grésille. Le roi est finalement venu dans son restaurant aux murs blancs et tables en bois en février 2025. Au milieu des flashs des appareils photos, Charles III n'y a pas déjeuné mais y a conversé avec d'autres membres de la diaspora syrienne. Un honneur inespéré pour Imad Alarnab, qui a dû tout reconstruire en arrivant au Royaume-Uni avec juste 12 livres (13,70 euros) en poche. - Empire culinaire anéanti - A Damas, il était à la tête d'un empire culinaire - restaurants, cafés et bars à jus - anéanti par six jours de bombardements en 2013. Craignant pour sa vie, il a pris le chemin de l'exil, voyageant à travers l'Europe trois mois durant, à l'arrière de camions, en train, à pied et même à vélo. "Je suis parti sans rien", raconte-t-il à l'AFP, au milieu du ballet des serveurs. A son arrivée au Royaume-Uni, où était déjà installée sa soeur, il a notamment travaillé comme laveur et vendeur de voitures, économisant pour faire venir sa femme et ses trois filles au bout de sept mois. En France, même sans domicile, il faisait souvent à manger pour les autres réfugiés. "J'ai toujours voulu revenir en cuisine", commente-t-il. Aidé par des amis, il a lancé son premier restaurant éphémère à Londres en 2017. Il est désormais à la tête de deux restaurants dans la capitale: celui de Soho, à deux pas de Carnaby Street, et un autre dans le centre culturel de Somerset House. Au menu, houmous, falafels, fattouche, ou encore épaule d'agneau et brochettes de bœuf. Il est tombé amoureux de Londres, ville qui lui a permis d'"innover" et d'ajouter une touche de modernité aux plats traditionnels de son pays natal. Retour à Damas Lorsqu'il a fui la Syrie, Imad Alarnab pensait qu'il ne reverrait jamais Damas. Il y est finalement retourné en octobre, presque un an jour pour jour après la chute de Bachar al-Assad, renversé lors d'une offensive rebelle éclair qui a mis fin à près de 14 ans de guerre civile. Il a arpenté les rues de son ancien quartier, où sa mère lui avait appris à cuisiner. "Retourner à Damas sans qu'elle soit là, ça a été extrêmement difficile", dit-il, désormais tiraillé entre deux villes. "J'ai l'impression que Londres fait désormais partie de moi. Je ne sais pas si je pourrais un jour retourner en Syrie et m'y installer", dit-il. Dans son pays natal, Imad Alarnab a déclaré avoir vu "dans les yeux des gens une lueur d'espoir qui avait disparu lorsque je suis parti en 2015". "Le chemin à parcourir est encore très long, et oui, ce n'est que le début, mais il y a de l'espoir".

02.03.2026 à 08:15

Lutte contre les violences: la Maison des femmes, un modèle qui essaime en France

FRANCE24

Un film intitulé "La maison des femmes", qui dénonce les violences sexistes et met en lumière ce projet, sort en salles mercredi, avant le 8 mars, journée internationale des droits des femmes. "Je pense qu'il peut avoir un effet pédagogique très puissant", estime auprès de l'AFP Ghada Hatem. Au fil des scènes drôles ou graves, cette fiction montre à l'aide d'une multitude de personnages "combien la violence est présente partout, dans tous les milieux sociaux et à quel point il est difficile de sortir d'une relation abusive", souligne cette gynécologue-obstétricienne franco-libanaise. La réalisatrice Mélisa Godet colle à la réalité de la Maison des femmes de Saint-Denis, où 4.000 patientes suivent chaque année un parcours de soins spécifique à différentes problématiques (santé sexuelle, violences, mutilations sexuelles). Ces femmes passent d'abord par une évaluation de leur situation, réalisée par un médecin, un psychologue et une assistante sociale. Elles accèdent ensuite à un suivi, à divers ateliers pour améliorer l'estime de soi (art-thérapie, sport, groupes de paroles..) et des services (permanences emploi et juridique, possibilité de porter plainte sur place). Essaimage Plus d'une trentaine de structures existent désormais en France, affiliées à la maison d'origine et son association baptisée "Maisons des femmes Restart". Le projet a suscité l'intérêt de nombreux soignants qui ont souhaité le reproduire, explique Ghada Hatem. Elle n'avait "pas imaginé une seconde" un tel succès et pense avoir bénéficié d'un "effet MeToo", vaste mouvement de dénonciation des violences sexuelles apparu en 2017. Cette trentaine de maisons travaillent "en réseau": "l'intérêt" est d'abord de "s'assurer que tout le monde a la même philosophie et éthique", explique la pionnière. Il s'agit ensuite d'organiser des "séminaires d'équipes" car "on est tous confrontés aux mêmes problématiques". Le modèle a suscité l'intérêt du gouvernement: il a annoncé en 2023 l'objectif d'en avoir une par département. A ce jour, 120 "sont ouvertes ou en projet dans 97 départements", selon des données communiquées à l'AFP par le ministère chargé de l'Egalité femmes-hommes. "Le problème c'est que ces chiffres font référence à des structures très diverses", qui proposent parfois des services incomplets aux victimes de violences, nuance Ghada Hatem. Elle perçoit la multiplication des maisons des femmes "de manière à la fois désespérante et très positive": "on n'a pas fini d'avoir besoin de structures comme ça et il en faut aussi pour les enfants", souligne-t-elle à l'heure où les scandales concernant les violence sexuelles commises sur des mineurs se multiplient (affaire Bétharram, procès du chirurgien Joël Le Scouarnec, violences dans le périscolaire à Paris etc.). Visibilité accrue Depuis une décennie, Ghada Hatem observe une évolution de la prise en compte des violences sexuelles et sexistes: "la société a compris que c'était numériquement bien plus fréquent que ce que les gens pouvaient imaginer". Entre "les femmes qui sont montées fortement au créneau", la reconnaissance du gouvernement et les scandales à répétition, le phénomène est "plus difficile" à ignorer à présent, selon elle. Mais avec cette visibilité accrue, elle craint que "les gens n'en puissent plus" et qu'ils aient "envie de remettre un maximum sous le tapis" parce que "c'est trop violent, ça secoue tout et parce qu'il faut tout repenser". Son message: en priorité "éduquer les garçons à ne pas devenir des agresseurs et éduquer les filles à ne plus accepter ce qu'elles acceptaient comme étant une tradition commune". Les associations féministes, qui défileront dimanche partout en France pour le 8 mars, réclament un budget annuel de trois milliards d'euros ainsi qu'une loi-cadre pour lutter contre ces violences.
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