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30.05.2026 à 10:11

En Colombie, des habitants traumatisés par le conflit armé s'apprêtent à voter

FRANCE24

Cette semaine, en arrivant comme d'habitude au centre de réunions du village, ce dirigeant communautaire de 73 ans a trouvé le toit en tôle du bâtiment éventré par une nouvelle attaque de drones chargés d'explosifs, fréquentes dans la commune de Suarez. La Colombie traverse la pire flambée de violence de la dernière décennie: de nombreux dirigeants communautaires ont été assassinés, des civils ont péri dans des attentats, l'armée et la police sont la cible d'attaques à répétition et un prétendant à la présidence a été tué l'an dernier sur une place publique. C'est dans ce contexte que les habitants de Suarez, 34.000 âmes, choisiront dimanche le successeur de Gustavo Petro, premier dirigeant de gauche de l'histoire du pays, qui a tenté en vain de négocier la paix avec les groupes armés. "Les enfants, dès qu'ils voient un hélicoptère (…) qu'ils entendent le moindre bruit, s'écrient immédiatement +la guerre arrive, la guerre arrive !+", constate tristement M. Moran, interrogé par l'AFP. "Ils sont traumatisés", se désole-t-il. Entourée de montagnes couvertes de nuages et de végétation tropicale, cette petite ville rurale du département du Cauca se trouve à proximité d'une base militaire régulièrement prise pour cible par des guérilléros dissidents qui se sont écartés de l'accord de paix signé en 2016 entre l'Etat et les Farc. Peuplée majoritairement d'afro-descendants et d'indigènes, Suarez est sous la menace constante des membres de l'organisation dirigée par Ivan Mordisco, le guérillero le plus recherché du pays. Plusieurs organisations criminelles s'affrontent dans cette zone pour le contrôle de l'exploitation minière illégale et du narcotrafic, dans un pays qui est le premier producteur mondial de cocaïne. "Le problème, c'est que nous, nous sommes coincés au milieu", déplore M. Moran. Violence "hors de contrôle" Lors de la présidentielle de dimanche s'affronteront deux visions opposées sur la manière d'en finir avec un conflit armé vieux de six décennies en Colombie. Le favori des sondages pour le premier tour, le sénateur de gauche Ivan Cepeda, mise sur la poursuite de la politique de "paix totale" de Petro, critiquée par l'opposition qui la juge trop indulgente envers les groupes armés. Son principal rival, l'avocat de droite Abelardo de la Espriella, s'engage au contraire à affronter les organisations d'une main de fer. Il prévoit notamment de supprimer le tribunal issu de l'accord avec les Farc, qui juge les pires crimes du conflit avec des peines alternatives à la prison pour ceux qui avouent la vérité. Quel que soit le vainqueur du scrutin, Flor Valencia, espère que "qu'il puisse apporter un peu de paix et de tranquillité". Quand les explosions "commencent à retentir, on a envie de pleurer de désespoir" et "les enfants ont très peur", explique cette employée de l'école, qui raconte comment elle essaie de protéger les élèves des balles. L'année dernière, Suarez a subi 77 attaques à l'explosif et au drone, visant principalement la base militaire et le commissariat de police même si les civils sont régulièrement touchés, assure le maire César Ceron. La violence est "hors de contrôle", ajoute‑t‑il. Dans un hôtel face au commissariat, les employés sont désespérés par les attaques à la voiture piégée et au drone. "Les touristes, par peur de la violence, ne veulent pas séjourner chez nous", se plaint Tania Cervantes, gérante de l'établissement. "Que la paix arrive, s'il vous plaît", implore la jeune femme de 25 ans. C'est à Suarez qu'est née Francia Marquez, vice‑présidente de Petro et lauréate en 2018 du prix Goldman, considéré comme le Nobel de l'environnement. Elle a survécu à une attaque au fusil et à la grenade en 2019 en représailles à son opposition à l'exploitation minière. Pour le maire de la ville, "le prochain président (…) doit vraiment nous garantir une sécurité totale". Il estime toutefois que la paix ne s'obtient pas "uniquement avec la botte militaire", mais aussi avec des politiques sociales qui "offrent des garanties économiques aux familles".

30.05.2026 à 10:11

Les studios hollywoodiens et les acteurs trouvent un terrain d'entente sur l'IA

FRANCE24

Bien que les négociations sur cet accord - qui entrera en vigueur en juillet s'il est approuvé par les membres du syndicat - aient été "très intenses", le ton des discussions s'est révélé "beaucoup plus collaboratif", a assuré le responsable lors d'un entretien avec l'AFP. Duncan Crabtree-Ireland est le négociateur en chef du très influent syndicat américain des acteurs, qui compte plus de 160.000 membres issus du cinéma, de la télévision ou des jeux vidéo. "Je pense vraiment que les grèves de 2023, bien qu'elles aient été difficiles pour chacun de nous, ont contribué à relancer la relation entre les studios et les syndicats en général", ajoute-t-il. Les scénaristes américains, rejoints par les acteurs, s'étaient mis en grève pour demander une meilleure rémunération et un encadrement de l'IA. Cette action collective avait paralysé pendant plusieurs mois la production de films et séries américains. Les studios et les plateformes disent désormais mieux comprendre l'importance que revêt l'IA pour les membres du syndicat, et s'accordent sur le fait que la majeure partie du travail doit être réalisée par un humain. - Protection contre l'IA- Mais l'IA suscite "toujours beaucoup d'inquiétudes", affirme Duncan Crabtree-Ireland. Cela s'explique par les progrès technologiques réalisés ces trois dernières années, affirme-t-il citant en exemple le personnage généré par IA, Tilly Norwood. Créée par la société Particle6, elle a fait sensation lors de ses débuts dans un court-métrage diffusé sur les réseaux sociaux en 2025. Le nouvel accord ne ferme pas la porte à l'IA, mais met en place de nouvelles protections contre l'utilisation de certaines formes de cette technologie, que Duncan Crabtree-Ireland classe en deux catégories. D'abord, les répliques numériques où l'IA est utilisée "pour reproduire un artiste vivant ou ayant vécu par le passé". Cette technologie doit avoir "le consentement et une rémunération juste", précise Duncan Crabtree-Ireland. Puis, les répliques synthétiques qui englobent des personnages créés par l'IA "sans se fonder sur une personne réelle qui existe dans le monde, mais sur l'information sur laquelle a été entraînée l'IA", décrit-il. Dans ce cas, la technologie ne représente pas une personne en particulier donc aucun besoin de consentement ou de rémunération. L'accord stipule que les répliques synthétiques ne devront être "utilisées que dans des cas exceptionnels ou des circonstances inhabituelles". Sans aller jusqu'à l'interdiction totale, l'accord crée des conditions "très dissuasives" à leur recours. Une autre mesure de protection concerne le doublage, afin d'empêcher que la voix d'un acteur principal d'un film soit reproduite dans d'autres langues sans son accord.

30.05.2026 à 10:09

L'UE veut se sevrer des technologies américaines

FRANCE24

La Commission européenne dévoilera mercredi un grand plan pour la "souveraineté technologique", au risque de déclencher un nouveau bras de fer avec les Etats-Unis de Donald Trump. Des propositions qui s'inscrivent dans la volonté de l'UE de "reconquérir sa place dans la course mondiale à la puissance géoéconomique", affirme un document de synthèse consulté par l'AFP. L'UE s'inquiète tout particulièrement de sa dépendance écrasante aux géants américains des services informatiques à distrance ou "cloud", Amazon, Microsoft et Google, qui contrôlent 70% du marché européen. En effet, les gouvernements européens redoutent de plus en plus que les services numériques reposant sur des fournisseurs américains, notamment dans la défense, puissent être désactivés via un mécanisme d'arrêt d'urgence (ou "kill switch" en anglais), en cas de crise ouverte avec l'administration Trump. Les responsables européens ont pris soin de ne pas cibler ouvertement les fournisseurs américains, mais ces derniers dominent l'écosystème numérique en Europe à pratiquement tous les niveaux, des services informatiques aux réseaux sociaux en passant par le commerce en ligne. "Nous devons développer nos propres capacités, pour que nos décisions, nos valeurs et notre économie ne puissent plus être influencés par d'autres", a plaidé ce mois-ci Teresa Ribera, une des responsables de la Commission. leçon cuisante Les Européens gardent en tête une leçon cuisante : les sanctions prononcées l'an dernier par Washington contre les juges de la Cour pénale internationale (CPI). L'un d'entre eux, le magistrat français Nicolas Guillou, avait frappé les esprits en racontant s'être retrouvé privé de carte bancaire, car les réseaux de paiement hexagonaux dépendent des groupes américains Visa, Mastercard et American Express. Les Etats-Unis ont déjà mis en garde l'UE contre toute vélléité protectionniste, et les champions technologiques américains affirment que l'Europe aurait tout à perdre à vouloir se passer de leurs services. Dans un entretien à l'AFP en avril, l'ambassadeur américain auprès de l'UE, Andrew Puzder, avait fait valoir qu'entraver les activités des fournisseurs américains dans l'IA ou le cloud ne ferait que priver les Européens "de l'expérience et des innovations développées aux Etats-Unis". Les propositions attendues mercredi vont inclure un texte "sur le développement du cloud et de l'IA", devant faciliter la création dans l'UE d'infrastructures clés, comme les centres de données. Ainsi qu'un "règlement sur les puces électroniques", qui vise à sécuriser l'approvisionnement en semi-conducteurs en réduisant la dépendance aux fournisseurs étrangers. Et enfin, des dispositions pour un recours accru aux logiciels en open source dans les administrations et les services publics. Il ne s'agit pas "de s'attaquer à nos partenaires commerciaux ou de fermer notre marché", assure l'eurodéputé allemand Oliver Schenk, partisan de telles mesures. "L'Europe veut éviter d'être structurellement dépendante de tout acteur extérieur", dit cet élu du PPE (droite). "Pas qu'une question de frontières" Le document consulté par l'AFP, susceptible d'être modifié d'ici mercredi, précise que les 27 pays de l'UE devront conduire des "évaluations des risques en matière de souveraineté" dans le cloud et l'IA, pour "améliorer leur résilience" et identifier les alternatives européennes aux prestataires étrangers. En ce qui concerne les puces électroniques, la Commission veut obtenir le pouvoir d'intervenir dans les chaînes de production en cas de crise. Elle pourrait ainsi obliger les fabricants à suspendre leurs contrats pour "produire en priorité des composants critiques", selon un autre document consulté par l'AFP. Elle propose aussi un système d'achat en commun, pour aider les Etats membres souffrant de "pénuries sévères" à s'approvisionner. Les géants américains de la tech, eux, cherchent à montrer patte blanche. "Il n'y a aucun +kill switch+", a assuré à l'AFP Aaron Cooper, de la Business Software Alliance, une des principales organisations défendant les intérêts du secteur technologique. "La souveraineté numérique n'est pas qu'une question de frontières", insiste également Ana Paula Assis, responsable d'IBM pour l'Europe, ajoutant que son entreprise aide ses clients à "conserver l'autorité sur l'ensemble de leur parc informatique". Et Ben Brake, dirigeant de DOT Europe, organisme qui compte Amazon et Apple parmi ses adhérents, estime que "s'en prendre aux entreprises américaines (...) n'aidera pas l'Europe à se redresser en matière d'innovation et de compétitivité".
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