Des dizaines d'hommes torse nu et le visage recouvert d'un linge ont marché pieds nus dans les rues poussiéreuses de San Fernando, dans la province de Pampanga au nord-ouest de Manille, en se flagellant le dos avec des fouets en bambou sous une chaleur écrasante.
Des journalistes de l'AFP ont pu observer des fidèles se perforant délibérément la peau avec des éclats de verre attachés à une petite planche en bois pour s'assurer de saigner pendant le rituel, une façon de purger ses péchés et d'espérer des miracles.
"Je fais cela pour prier pour la guérison de mon bébé de sept mois, qui souffre d'une pneumonie", a déclaré à l’AFP John David, martinet à la main, au début de la procession.
"Mon grand-père a commencé, puis mon père, et maintenant c’est mon tour", a ajouté cet homme de 49 ans.
Ce spectacle annuel, qui commémore la Passion, la crucifixion et la mort de Jésus-Christ dans ce pays majoritairement catholique, rassemble typiquement 12.000 curieux, touristes et locaux.
Dans la foule, nombreux sont ceux qui ont conduit des kilomètres pour assister au point culminant de l'événement: lorsque les dévoués se font planter des clous d'environ huit centimètres dans la paume avant de se faire hisser sur une croix.
"Sacrifices"
Par souci d'économie, Ricky Margate, 57 ans, a confié à l'AFP qu’il s’était rendu sur place cette année à moto plutôt qu’en voiture.
"Je pense que les prix élevés du carburant que je dois payer pour être ici font simplement partie de mes sacrifices pour cette Semaine sainte," a-t-il assuré.
Le prix du carburant a flambé dans l'archipel, très dépendant des importations, depuis le début de la guerre entre Israël, les Etats-Unis et l'Iran le 28 février, provoquant notamment des manifestations de chauffeurs.
Le président Ferdinand Marcos Jr. en est venu à affirmer la semaine dernière que le pays était en "état d'urgence énergétique".
La seule raffinerie de pétrole des Philippines, Petron, a récemment acheté près de 2,5 millions de barils de pétrole russe par "extrême nécessité".
Gina Villanueva, une femme d'affaires, admet qu’elle a parcouru 70 kilomètres depuis la capitale Manille pour "vivre cette dévotion de ses propres yeux".
"(Je prie) pour une bonne santé et aussi pour que les prix du carburant baissent, parce que beaucoup souffrent déjà", a expliqué la quadragénaire, en essuyant son front en sueur.
Mhekyle Salazar, 22 ans, vend des encas à l'événement. Elle s’est dite soulagée de voir des pèlerins venir.
"J’imagine que les prix du carburant ne font pas le poids face à la force de notre foi et de notre tradition", a-t-elle confié à l’AFP.