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02.11.2026 à 22:35

Fraude fiscale industrialisée : le procès des "Dubaï Papers" s'est ouvert à Paris

FRANCE24

Jusqu'au 3 décembre comparaissent devant le tribunal correctionnel non pas de simples contribuables mais 13 personnes et trois sociétés représentant l'arrière-boutique d'une fraude aussi habile à jongler avec les pays qu'avec les millions : dirigeants de l'organisation, employés, apporteurs d'affaires, prête-noms. Au centre de ce que le parquet national financier (PNF) qualifie d'"officine de fraude fiscale et de blanchiment à grande échelle" se trouve la société suisse Jawer, relocalisée aux Émirats arabes unis à partir de 2007 pour contourner la levée du secret bancaire helvète, et fonctionnant depuis la zone franche de Ras el-Khaïmah, émirat au nord de Dubaï, sous le nom de Helin. Révélée en septembre 2018 par l'hebdomadaire L'Obs, cette affaire entre dans un niveau de détail rarement atteint pour un dossier financier international de cette ampleur. Car la procédure se nourrit d'une manne tombée du ciel : des milliers de documents internes de Jawer/Helin remis anonymement sur une clé USB au PNF en janvier 2019. Cette masse de messages et de documents financiers a jeté une lumière contre-nature sur un monde ayant précisément l'opacité pour fonds de commerce, dans lequel les codes des affaires croisent parfois ceux de la criminalité organisée : échanges avec les clients via une messagerie chiffrée, utilisations d'alias dans les communications internes, argent discrètement remis aux contribuables via des valises de billets ou des cartes prépayées. Jugés pour complicité de fraude fiscale et blanchiment en bande organisée, ainsi qu'association de malfaiteurs, les prévenus sont poursuivis pour avoir permis à plus d'une centaine de contribuables français aisés d'échapper à au moins 54 millions d'euros d'impôts entre 2007 et 2018. D'autres procédures sont en cours en Belgique et en Suisse. Le prince et la mécène Pour les seuls résidents fiscaux français, l'accusation estime que Jawer/Helin a géré plus de 200 millions d'euros d'actifs, dissimulés via 658 sociétés offshore, pour le compte de 322 contribuables. Les fonds étaient éparpillés dans des banques à travers la planète, des Bahamas à l'île Maurice, de Hong Kong à Porto Rico. L'officine proposait également à des entreprises de diminuer artificiellement leur base imposable en leur adressant des factures fictives ou surévaluées d'honoraires ou de sous-traitance. Elle leur permettait ensuite de récupérer par des voies détournées les sommes sorties de leur comptabilité. À la tête de cette structure compartimentée et répartie entre plusieurs pays se trouvait le prince belge Henri de Croÿ, 68 ans, alias "A3" dans les communications internes. Longs cheveux blancs coiffés en arrière, veste passée sur une chemise bleu ciel à carreaux, l'aristocrate a été le premier appelé à la barre pour entendre la lecture des faits qui lui sont reprochés. Pour le PNF, son expertise en fiscalité internationale, ses réseaux mondains dans l'aristocratie et la haute bourgeoisie européennes ainsi que sa connaissance du fonctionnement de la justice, du fait de précédents démêlés judiciaires en Belgique, "permettent d'expliquer en grande partie l'étendue et la pérennité de cette fraude". Henri de Croÿ "ne conteste pas les éléments qui lui sont aujourd'hui opposés. Le point de cette audience sera toutefois d'établir une frontière claire entre ce qu'il savait et ce qu'il ne savait pas, entre ce qui lui est imputable et ce qui ne relève pas de sa responsabilité. À partir de là, le tribunal devra définir une peine adaptée", a déclaré son avocat Me Antoine Vey à l'AFP avant l'audience. Sur les bancs des prévenus figurent également son frère et associé Emmanuel de Croÿ et la respectable mécène britannique Géraldine Whittaker, dont les trusts caritatifs auraient servi à cacher l'argent de certains clients. En plus d'employés de l'organisation, ses apporteurs d'affaires les plus importants - avocats fiscalistes et experts-comptables - comparaissent également devant le tribunal correctionnel. Avant le procès, des mis en cause plus secondaires ont choisi des procédures de plaider-coupable et ont reçu des peines allant jusqu'à trois ans de prison avec sursis et 240.000 euros d'amende.

02.11.2026 à 22:25

Pourquoi les Américains votent-ils toujours un mardi en novembre ?

FRANCE24

Nombreux sont les pays se rendent aux urnes le week-end, comme la France. Mais les Américains, eux, votent... le mardi. Et toujours en novembre. D'où vient cette exception culturelle typique des États-Unis ?

02.11.2026 à 22:23

Le grand magasin BHV placé en redressement judiciaire

FRANCE24

Le tribunal des activités économiques de Paris a décidé d'ouvrir "une procédure de redressement judiciaire" à l'égard de la SEGM BHV, selon un document consulté par l'AFP. La SEGM BHV regroupe notamment l'historique Bazar de l'Hôtel de Ville, institution du cœur de Paris depuis 170 ans, et le BHV Parly 2, au sein de ce centre commercial des Yvelines, en Île-de-France. L'enseigne emploie 660 salariés, selon le document du tribunal. Selon ce document, le chiffre d'affaires annuel du BHV pour 2025 s'est élevé à 170,3 millions d'euros, pour une perte nette de 1,85 million d'euros. L'entreprise "se trouve en état de cessation des paiements, notamment du fait d'une baisse importante de chiffre d'affaires, d'un passif trop élevé et de différends avec le bailleur". Concrètement, un redressement judiciaire permet d'ouvrir une période d'observation de six mois, renouvelable six mois, afin d'étudier si un redressement de la société est possible. À l'issue de cette période, le tribunal peut autoriser la direction à continuer son activité (plan de redressement), choisir un repreneur (plan de cession) ou liquider la société (liquidation judiciaire). L'enseigne traverse de nombreuses turbulences depuis plusieurs années, culminant avec un partenariat très décrié avec le site de mode en ligne asiatique Shein, fin 2025, qui était venu s'ajouter aux impayés dénoncés par de nombreux fournisseurs. Déserté par les marques et les clients, le grand magasin avait été cédé à perte en juin par la SGM du chef d'entreprise Frédéric Merlin, qui l'avait racheté aux Galeries Lafayette en 2023. "Période cruciale" Pendant l'été, la direction du BHV Marais avait dévoilé un plan de relance censé remettre à flot la société, qui s'était heurté à un manque de trésorerie, dû selon la direction à un différend avec le fonds canadien Brookfield, propriétaire des murs. Ce dernier a toutefois démenti catégoriquement "devoir une quelconque somme au BHV à ce jour", évoquant plutôt le défaut de mise en conformité des locaux restitués par BHV. La direction du BHV a "salué" la décision du tribunal, lundi. "La protection du tribunal de commerce devra permettre très rapidement de concrétiser les discussions avec Brookfield, propriétaire des murs, que nous attendons depuis plusieurs mois", a-t-elle fait valoir dans un communiqué, précisant que le magasin resterait ouvert. "Ces enjeux de trésorerie ont mis à mal les meilleurs mois de l'année. Nous avons devant nous une période cruciale", a indiqué le président de l'entreprise, Karl-Stéphane Cottendin, cité dans le communiqué. Tout comme la direction de l'enseigne, les représentants du personnel, réclamaient le placement en redressement judiciaire de la SEGM BHV. Lundi, ils ont rappelé dans un communiqué que "la demande de redressement judiciaire, entendue par le tribunal, ne constitue en aucun cas un soutien à la direction actuelle". "Nous n’avons pas manqué d'indiquer qu’il ne pourra pas y avoir d'avenir au BHV avec cette même direction", ont-ils également dit, affirmant qu'il est "envisagé de façon quasi certaine la fermeture de Parly 2, et vraisemblablement un licenciement collectif pour motif économique au sein du BHV Rivoli". "Mes clients ont indiqué au tribunal qu'ils demandaient le redressement judiciaire avec comme perspective d'écarter la direction par des mécanismes de cession ou par des appels à des repreneurs", a souligné à l'AFP leur avocat, Me Stéphane Kadri. "La Ville de Paris est aux côtés des salariés depuis le début et continuera de se battre pour l'avenir du BHV", a réagi Nicolas Bonnet Oulaldj, adjoint au Maire de Paris en charge de l’emploi. "Nous rencontrerons prochainement Brookfield, propriétaire des murs, pour défendre un projet commercial pérenne, ancré dans la vie parisienne, qui soutienne les créateurs, les marques françaises et les savoir-faire locaux, tout en préservant le plus grand nombre possible d'emplois", indique-t-il.
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