Aujourd'hui libre après 18 ans passés derrière les barreaux, l'ancien employé d'une usine de boucherie doit être fixé à 09H00 sur cet ultime recours dans ce qui constitue le grand combat de sa vie. Un refus de la Cour de révision et de réexamen enterrerait ses espoirs d'être disculpé.
Sans se prononcer sur le fond de l'affaire, cette formation spécifique de la Cour de cassation peut annuler l'arrêt de la cour d'assises si elle estime que des éléments nouveaux faisant naître un doute sur la culpabilité de Dany Leprince sont apparus depuis le procès.
Dany Leprince, 69 ans désormais, clame de longue date son innocence des meurtres de son frère, sa belle-sœur et deux de ses nièces dans leur maison de Thorigné-sur-Dué, voisine de la sienne.
Une position qu'il a réitérée le 7 mai devant les treize magistrats de la Cour au terme de cinq heures d'audience où, voûté sur le micro du fait de sa grande taille, il n'a prononcé que cette unique phrase: "je tiens à vous dire que je suis totalement innocent".
La Cour de révision est susceptible, si elle estime sa requête fondée, d'annuler sa condamnation et d'ordonner la tenue d'un nouveau procès sur le fond de l'affaire - une décision rarissime, que préconise toutefois l'avocat général.
"Nous espérons l'annulation de la condamnation de Dany Leprince tant il y a de faits nouveaux et d'éléments inconnus de la cour d'assises lorsqu'il a été condamné en 1997 et nous sommes convaincus qu'ils sont de nature à faire naître un doute sur sa culpabilité", ont estimé auprès de l'AFP ses avocats Mes Olivier Morice et Missiva Chermak Felonneau.
"Mais nous savons aussi que cette décision, compte tenu de ses enjeux, serait historique. Nous restons donc prudents", ont-il ajouté. Les révisions de condamnations pénales criminelles sont en effet extrêmement rares en France - seulement une douzaine depuis 1945.
"Zones d'ombre"
Le 4 septembre 1994, Christian Leprince, sa femme et deux de leurs filles, âgées de 7 et 10 ans, sont retrouvés tués à l'arme blanche dans leur pavillon. Solène, 2 ans, est la seule rescapée.
"Je suis brisée d'avoir perdu mes parents et mes sœurs, mais aussi en colère qu'il reste des zones d'ombre aujourd'hui", a déclaré, émue, la survivante à la Cour de révision le mois dernier, devant laquelle elle est venue appuyer la demande de son oncle.
Accusé par sa femme Martine Compain - dont il est depuis divorcé - et sa fille aînée Célia, Dany Leprince, 37 ans au moment des faits, avoue le meurtre de son frère aux policiers et au juge d'instruction avant de promptement se rétracter. De "faux aveux" pour ses défenseurs.
La cour d'assises de la Sarthe l'a condamné en décembre 1997 à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une période de sûreté de 22 ans. Dany Leprince ne pouvait pas à l'époque faire appel, ce que la loi n'a rendu possible aux assises qu'à en 2001.
En 2011, la Cour de révision a rejeté une première requête du condamné et ordonné son retour en prison, dont Dany Leprince avait été libéré peu avant.
En 2026, la défense de Dany Leprince estime qu'une cour d'assises doit être saisie pour statuer à nouveau sur son cas.
Dans son rapport introductif à l'audience du 7 mai, la conseillère Dorothée Dard a toutefois relevé que les éléments soulevés devant la Cour de révision ne sont pas les seuls à avoir été retenus à l'époque contre Dany Leprince.
La magistrate a souligné qu'une paire de bottes et un pull beige du suspect n'ont jamais été retrouvés et qu'un écart d'une quinzaine de minutes sur son chemin du travail le lendemain est resté inexpliqué.