Ce film, qui marque aussi ses débuts en tant que réalisateur, ressuscite Ali G, né à la télévision britannique et héros de la série "Da Ali G Show". Cet imposteur blanc, adepte de hip-hop et de reggae, avait conquis le public au début des années 2000 grâce à ses interviews de personnalités publiques, comme Donald Trump ou Buzz Aldrin.
Le faux documentaire, qui arrive vendredi dans les cinémas américains et n'a pas encore de date de sortie en France, suit cet hurluberlu, amateur de tenues voyantes et de chaînes en or. Il tente d'obtenir une seconde chance à la télévision, car il a besoin d'argent parce que sa petite amie Julie (Morgana Robinson) est enceinte.
Dans une tentative de montrer la polarisation actuelle, Baron Cohen interprète également son ennemi juré, le Dr Nira Cain-N'Degeocello, un professeur tellement à gauche qu'il "fait passer Alexandria Ocasio-Cortez pour MAGA", et le colonel Morad, à l'extrême opposé.
Mais pour certains, Ali G est un personnage coupable d'appropriation culturelle, totalement dépassé.
"Le film comporte quelques rires isolés, mais il est lent et maladroit, et bien moins +pertinent+ qu'il ne le croit", tacle le magazine Variety.
"Le ressort comique d'Ali G était qu'il s'agissait d’un Blanc qui se donnait des airs de connaisseur sans rien y comprendre. (...) Son aspect le plus drôle était celui de faire-valoir dans les émissions de débats", ajoute la publication.
Mais Sacha Baron Cohen assure comprendre que l'époque a changé. Selon lui, c'est précisément ce qui l'a inspiré à ressortir ce personnage du placard.
"J'ai ressuscité Ali G parce que c'est un dinosaure problématique", a déclaré l'acteur lors d'une conférence de presse.
"Il me semblait que c'était le moment parfait pour ramener un personnage resté coincé dans les années 2000", a-t-il ajouté. "Je voulais montrer à quel point la société s'est polarisée."
– "Plus riche qu'Elon" –
Il y a vingt ans, le Britannique a utilisé un autre personnage, le reporter kazakh Borat, pour réaliser un documentaire satirique sur la société américaine.
Son travail a été comparé à celui de l'humoriste canadien Nathan Fielder, dont le documentaire "You Can See Everything", sur l'ex-star déchue des biotechnologies Elizabeth Holmes, fait actuellement des débuts remarqués au box-office américain.
Sacha Baron Cohen a salué Fielder et estimé que le comédien "a fait quelque chose de complètement différent".
L'acteur de 55 ans est arrivé à l'avant-première de son film à Los Angeles, grimé en Ali G.
Tout de jaune vêtu, de la tête aux pieds, il est descendu d'une décapotable aux côtés de Julie et a interprété une chanson où il se dit "plus riche qu'Elon" Musk, avec laquelle il tourne en dérision le patron de SpaceX, l'homme le plus riche du monde.
Ali G a déclaré à l'AFP que "le monde est parti en vrille. Tu sais, il y a des guerres, il y a le Covid, les gens écoutent Ed Sheeran plus qu'avant. Coldplay existe toujours, c'est (...) assez déprimant".
Lors de sa conférence de presse, donnée cette semaine sans son costume, Sacha Baron Cohen a défendu la satire comme le format par excellence pour "provoquer des débats" de société.
"Nous traversons un moment vraiment dangereux pour la société, où une poignée de milliardaires contrôlent l'information qui circule, et les sociétés, et les démocraties en particulier, reposent sur des faits partagés", a estimé l'acteur.
"Nous glissons vers ces autocraties qui se nourrissent de mensonges partagés, et maintenant nous avons l'intelligence artificielle", a-t-il ajouté. "Qui décide quelles informations y sont introduites ?".