Les deux hommes déférés vendredi devant la justice, âgés de 22 et 26 ans, avaient été arrêtés mercredi matin dans la région lyonnaise et dans l'Aube, deux semaines après une première vague d'interpellations, selon des sources policières.
"On pense désormais avoir tous ceux qui ont participé directement aux coups portés à Quentin Deranque", avait alors précisé l'une de ces sources à l'AFP.
Les deux hommes, arrêtés sur commission rogatoire des trois juges d'instruction chargés d'une information judiciaire ouverte pour "meurtre, participation à une association de malfaiteurs et violences aggravées", ont été placés en détention provisoire.
"Nous dénonçons fermement la qualification juridique de meurtre, c'est-à-dire d'homicide volontaire, ajoutée sous la pression par un parquet qui avait lui-même exclu cette qualification initialement", ont commenté dans un communiqué Mes Camille Vannier et Raphaël Kempf, avocats des deux mis en examen.
"Il est évident qu'il n'existe aucune intention de donner la mort dans ce dossier", poursuivent ces conseils qui attendent de "l'information judiciaire qu'elle ne cède pas à cette présentation tronquée des faits et que soient considérées les responsabilités des militants fascistes dans le déclenchement des violences".
Quentin Deranque, jeune militant de 23 ans, qui évoluait dans la galaxie des groupuscules de l'ultradroite lyonnaise, a été violemment frappé au sol le 12 février par plusieurs personnes encagoulées, en marge d'une conférence de l'eurodéputée LFI Rima Hassan à Sciences Po Lyon, où il était venu assurer la sécurité de militantes du collectif identitaire Némésis. Souffrant d'un grave traumatisme crânien, il est décédé deux jours plus tard à l'hôpital.
Les 17 et 18 février, onze personnes avaient été interpellées dans plusieurs départements, dont sept soupçonnées d'avoir participé aux violences contre le militant d'extrême droite radicale, survenues après un affrontement entre militants d'ultradroite et d'ultragauche.
Six hommes ont été mis en examen pour "homicide volontaire" et un pour "complicité". Ils sont actuellement tous les sept en détention provisoire.
Jeune Garde
Quelques-uns ont reconnu avoir frappé Quentin Deranque ou "d'autres victimes", mais tous nient avoir eu l'intention de le tuer, selon le procureur de Lyon.
Âgés de 20 à 26 ans, ils sont, selon une source proche du dossier, "connus pour être soit membres, soit proches" de la Jeune Garde Antifasciste, un mouvement d'ultragauche fondé en 2018 à Lyon par le député LFI Raphaël Arnault et dissous en juin.
Parmi eux figurent Adrian Besseyre, 25 ans, qui travaillait dans l'équipe du député Arnault jusqu'à quelques jours avant les faits, et qui a été mis en examen pour homicide volontaire, et Jacques-Elie Favrot, 25 ans, assistant parlementaire du député et qui a été mis en examen pour complicité.
Parmi les onze premiers interpellés se trouvaient également trois femmes et un homme, soupçonnés d'avoir aidé certains suspects à se cacher. Ils ont été remis en liberté et seront ultérieurement convoqués pour s'expliquer sur les faits, avait indiqué le parquet de Lyon.
Parmi eux figure un troisième collaborateur du député LFI Raphaël Arnault, soupçonné d'avoir aidé Adrian Besseyre à se soustraire à la justice.
L'extrême droite -- Jordan Bardella en tête -- et la droite ont accusé les Insoumis au pire d'être "responsables" ou "complices" du drame et, au mieux, d'avoir créé, par leurs propos, un climat favorable à la violence de groupes d'ultragauche. Et de réclamer un "cordon sanitaire" politique pour barrer la route à LFI aux élections municipales.
A gauche, le soutien renouvelé apporté par Jean-Luc Mélenchon à la Jeune Garde et à un Raphaël Arnault muet et invisible depuis la mort de Quentin Deranque, ont attisé les divisions dans l'optique du second tour des municipales, pour lequel le Parti socialiste et les écologistes pourraient avoir cruellement besoin de LFI.
Les propos récents du leader des Insoumis jugés par certains "antisémites" ont également creusé le fossé.