Pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le nombre de décès a été supérieur à celui des naissances en 2025, selon les statistiques de l'Insee publiées mardi. Au total 645.000 bébés ont vu le jour dans le pays, soit 2,1% de moins que l'année précédente, une chute de 24% par rapport à 2010.
"A la campagne, des classes et parfois des écoles vont fermer, c'est un constat", pose Jean-Paul Carteret, premier vice-président de l'association des maires ruraux de France et chargé de la présidence par intérim, qui a la "hantise" qu'il n'y ait, à terme, plus qu'une école et un collège par canton. "Ca s'appellerait vider les territoires", alors que la présence d'une école reste un facteur d'attractivité.
A la rentrée de septembre 2025, les effectifs dans les écoles du premier degré (élèves de 3 à 10 ans) ont de nouveau reculé, de 106.900 élèves sur un an (-1,7%), selon une étude de la Direction des études statistiques du ministère français de l'Education (Depp).
Dans les 19.600 écoles primaires publiques rurales, la taille moyenne des classes a encore baissé, avec 21,4 enfants en moyenne en maternelle et 21 en élémentaire.
"Atterrissage en douceur"
"On aura perdu 25% d'élèves en 15 ans dans le premier degré", a souligné à la mi-décembre le ministre de l'Education, Edouard Geffray, sur France 2. "On ne peut pas ne pas en tenir compte".
"Soit on suit la démographie, ce n'est pas ce qu'on a fait, sinon il aurait fallu supprimer 9.000 postes, soit on essaye d'avoir un atterrissage en douceur, c'est-à-dire qu'on tient compte de la démographie et en même temps on essaye de faire en sorte qu'il y ait moins d'élèves par classe", a ajouté le ministre, attendu vendredi près de Lyon pour parler de démographie et ruralité.
Le projet de budget de l'Etat pour 2026, toujours en débat, prévoit 4.000 suppressions de postes d'enseignants, dont environ 1.891 dans le premier degré, déplore Lucas Romain, délégué FO dans l'Yonne, qui craint que des classes de "triple niveau, avec 29 élèves" par exemple ne se multiplient à la rentrée prochaine et promet "une résistance".
Selon plusieurs élus, les nouvelles cartes scolaires ne seront établies qu'après les municipales de mars.
"Tant qu'on n'a pas de budget, on ne sait pas à quelle sauce on va être mangé", souligne Aurélie Gagnier, porte-parole de la FSU-Snuipp, principal syndicat d'enseignants du premier degré.
Pour elle, "il faut profiter de la baisse démographique pour améliorer les conditions de scolarisation des enfants et de travail des enseignants", car "l'école va trop mal pour perdre des postes".
Temps de transport
Une étude de juin 2025 de l'Institut des politiques publiques (IPP) anticipe une baisse des effectifs dans le premier degré (maternelle et élémentaire) de 30 à 35% entre 2024 et 2034, dans plusieurs départements du Grand Est, de Paris et du Cher notamment.
Dans ce département "très rural", "au moins 50% des écoles ont trois classes ou moins, à multiples niveaux", rappelle Jérémie Fabre, responsable départemental de la FCPE, qui "milite pour des regroupements pédagogiques plus importants, mais faits correctement, mieux travaillés, avec les parents dans la boucle".
"Peut-être faut-il admettre qu'on ne puisse plus avoir une école dans chaque village", reconnaît le président des maires ruraux de l'Allier, Jean-Louis Périchon, édile du village de Montaigu-le-Blin. "Il faut anticiper et s'organiser", dit-il, saluant "la réflexion à trois ans" mise en place au sein des observatoires des dynamiques rurales, instances coprésidées par le préfet et l'inspecteur d'académie.
Mais des regroupements pédagogiques intercommunaux (RPI) -- une seule école pour plusieurs communes ou plusieurs sites selon les niveaux -- peuvent augmenter le temps de trajet. Une préoccupation mise en avant notamment par la Convention citoyenne des temps de l'enfant, qui a proposé un plan visant au contraire à limiter les temps de transport.