"Certains membres ont fait de l'anorexie, des dépressions, des tentatives de suicide, ils s'automutilaient", a déclaré la magistrate, Cécile Nainani, au dernier jour du procès de la Famille missionnaire de Notre-Dame (FMND) et de son supérieur, le père Bernard.
Pour elle, l'abus de faiblesse est manifeste au vu "des techniques de persuasion et de manipulation", "de dépersonnalisation", "d'enfermement psychique", du "fonctionnement autoritaire, qui passe par un système de surveillance des membres, par la délation", le tout "couplé à une dévotion des fondateurs".
Pour autant, a-t-elle poursuivi, "je ne requiers ni la dissolution de la personne morale ni la fermeture définitive" de la communauté: "je considère que la question de l'existence de la communauté, ce n'est pas à la justice de la trancher, c'est la responsabilité de l'Eglise".
Pour laisser "le temps à l'institution ecclésiale de se saisir de la question", la procureure a requis la fermeture pour un an du siège de la FMND, à Saint-Pierre-de-Colombier, dans le sud de l'Ardèche, qualifié d'"épicentre des abus des symptômes sectaires", tout en réclamant une amende de 100.000 euros.
A l'encontre de son supérieur, Gérard Pinède dans la vie civile, 74 ans, Céline Nainani a requis deux ans de prison avec sursis et une interdiction d'exercer la prêtrise pendant 5 ans.
"Les signalements pleuvent depuis de nombreuses années, mais les supérieurs (...) restent hermétique à toute remise en question", a ajouté la procureure, en écartant un mobile financier. Pour elle, "l'objectif c'est la captation des esprits et des vocations et d'étouffer la dissidence."
"Fourre-tout idéologique"
"Je n'ai pas de délit à me reprocher", a réagi le père Bernard, qui a toujours nié avoir exercé une quelconque emprise sur les quelque 160 missionnaires de la FMND, répartis sur une quinzaine de sites.
Cinq anciens membres, âgés de 25 à 55 ans, se sont constitués parties civiles dans le dossier, et deux ont témoigné mercredi de leurs souffrances à la barre du tribunal correctionnel de Privas "au nom de toutes les victimes qui ne peuvent pas parler".
Mais la FMND compte aussi des partisans, qui ont assisté aux audiences depuis lundi. Elle avait publié sur son site internet une pétition d'une centaine de familles de membres assurant que leurs enfants étaient "heureux" et "libres" en son sein.
"On a quoi? Cinq plaignants et 10 accusateurs sur 200 membres et anciens membres", a relevé l'avocat de la Défense, Jérôme Triomphe, dans sa plaidoirie. "Alors évidemment, il va y avoir un frère ou une sœur, qui peut faire une dépression, avoir un problème psychologique... mais comme dans la société", a-t-il balayé.
Listant ce qu'il a appelé les incohérences du dossier, il a dénoncé une "enquête à charge" et "l'inculture crasse des différents intervenants" de la Police judiciaire en matière de religion.
"Dans ce fourre-tout, avec un prisme idéologique, on essaie de faire une infraction. (...) Vous relaxerez parce qu'il n'y a pas de faits", a-t-il plaidé.
L'avocat a conclu sa plaidoirie de trois heures, en regrettant la saisie de la justice dans un dossier qui, pour lui aussi, concerne avant tout l'autorité ecclésiastique.
"C'est la ligne de crête, il n'appartient pas au tribunal civil de juger les faits religieux. Vous êtes le dernier maillon par lequel on tente d'attaquer une œuvre d'église.
Le jugement sera prononcé le 24 mars à 13h30.