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28.09.2026 à 08:18

Présidentielle au Brésil: pour sa dernière bataille, Lula affronte le fils Bolsonaro

FRANCE24

"Bora Lula" (Allez Lula) contre "Fora Lula" (Lula dehors). Rouge (couleur du Parti des travailleurs, formation du chef de l'Etat sortant) contre le jaune et le vert du drapeau national adoptés par la droite: la polarisation est bien réelle. La campagne a toutefois été moins électrique que le duel de 2022 entre Lula et Jair Bolsonaro, détenu pour tentative de coup d'État pour avoir voulu s'accrocher au pouvoir après sa défaite. Mais elle a été empoisonnée par les scandales et les accusations de corruption, qui ont atteint le fils Bolsonaro lui-même. "Je suis encore indécis. La corruption est tellement flagrante. C'est difficile", dit à l'AFP Joel da Silva, 42 ans, portier à Rio de Janeiro. Nombre de Brésiliens sont lassés de voir les mêmes acteurs en lice: Lula brigue un quatrième mandat et les Bolsonaro se présentent pour la troisième fois consécutive. Les quelque 160 millions d'électeurs devront probablement départager les deux favoris lors d'un second tour le 25 octobre. Les enquêtes d'opinion les donnent pratiquement à égalité. L'ombre de Trump Lula a brandi l'étendard de la souveraineté face à ce qu'il dénonce comme l'interventionnisme de Donald Trump, après la victoire de candidats de droite soutenus par le président américain au Chili, en Colombie ou au Pérou. "Le Brésil n'est dans l'arrière-cour de personne", a-t-il lancé à l'Assemblée générale des Nations unies. Jusqu'à présent, Donald Trump n'a pas apporté son soutien formel au fils aîné de son allié Jair Bolsonaro, bien qu'il ait reçu le sénateur cette année à la Maison Blanche. Lula, qui a fait campagne coiffé du panama qu'il porte depuis un cancer de la peau, se dit en meilleure forme que jamais. Son troisième mandat s'achève sur un taux de chômage historiquement bas, une inflation maîtrisée, mais aussi un ralentissement économique et une insécurité rampante. Pour tenter de s'assurer le soutien des classes populaires, il a revalorisé son programme d'aide sociale Bolsa Familia et interdit les paris sportifs en ligne, sources d'endettement pour des millions de Brésiliens. "Sans vouloir l'idolâtrer, il est l'un des plus grands présidents que ce pays ait jamais connus", dit Israel Gomes, 52 ans, dans l'hôtel qu'il dirige à Brasilia, devant un portrait de Lula plus jeune. Mais le champion de la gauche n'a jamais réussi à se débarrasser de l'étiquette de "voleur". Une condamnation pour corruption l'a conduit en prison en 2018-2019, avant d'être annulée pour motifs de procédure. Modèle Bukele Flavio Bolsonaro a été lancé par son père comme candidat après la condamnation de ce dernier à 27 ans de prison. Peu connu du grand public jusque récemment, il se présente comme une version "plus modérée" de son géniteur. Sa principale promesse est d'importer la manière forte face à la criminalité adoptée par Nayib Bukele, le président du Salvador, très décriée par les défenseurs des droits humains. Elias Camisero, tailleur de 74 ans, votera pour lui dans l'espoir d'en finir avec les puissants groupes criminels qui gagnent du terrain. "Il faut que ça cesse. Aujourd'hui, au Brésil, le crime organisé est aux commandes", explique-t-il dans la capitale économique Sao Paulo. Le fils Bolsonaro affirme vouloir tourner la page de la "corruption" des gouvernements Lula. Mais il fait l'objet d'une enquête pour corruption dans le cadre de la production d'un film sur son père, en partie financé par un banquier accusé d'une énorme fraude, Daniel Vorcaro. Le candidat nie toute malversation. Les supposés liens du banquier avec un juge de la Cour suprême, responsable du procès de Jair Bolsonaro, ont déclenché une crise sans précédent au sein de la plus haute juridiction. Et affecté la campagne de Lula, qui avait souvent loué le magistrat. "Il y a une certaine lassitude chez les électeurs, qui pensent que tout le monde est corrompu", relève le professeur Joscimar Silva, de l'Institut de sciences politiques de l'Université nationale de Brasilia.

28.09.2026 à 08:02

Champion historique de la gauche brésilienne, Lula court contre le temps

FRANCE24

"On ne peut pas empêcher la Terre de tourner et les années de passer", philosophe de sa voix rauque Luiz Inacio Lula da Silva, dans l'une des vidéos où il met en scène ses exercices physiques sur les réseaux sociaux. Après 12 ans cumulés au pouvoir, l'homme du peuple devenu homme d'Etat brigue un quatrième et dernier mandat. Il a survécu aux défaites, survécu à la prison - 580 jours en 2018-2019 - et à une condamnation pour corruption. Annulée pour motifs de procédure et pour cause de partialité du juge, elle suscite toujours à droite les lazzis "Lula voleur". Le champion de la gauche a survécu aussi aux problèmes de santé. Selon son médecin, il avait frôlé "le pire" fin 2024 en raison d'une hémorragie près du cerveau, conséquence d'une chute. Après un cancer de la peau, il porte depuis quelques mois un panama sur ses cheveux jadis noirs et drus, désormais gris et plus clairsemés, tout comme sa barbe emblématique. Mais il le jure: il se sent plus en forme que jamais. Et veut "vivre jusqu'à 120 ans". "Epique" Lancé dans sa dernière bataille, il ne perd pas une occasion de mettre en avant sa biographie - sa "trajectoire épique", dixit son ex-ministre Fernando Haddad, un proche. Lula est né le 27 octobre 1945 dans une famille de paysans pauvres du Pernambouc (nord-est). Fuyant la faim, sa famille s'installe dans la région industrielle de Sao Paulo (sud-est). Ouvrier à 14 ans - il perd un doigt à l'usine -, il devient leader syndical et dirige de grandes grèves à la fin des années 1970, en pleine dictature militaire. Après trois candidatures infructueuses, l'ancien métallo entre en 2003 au palais présidentiel à Brasilia. Réélu en 2006, il quitte le pouvoir avec une popularité au zénith, portée par les programmes sociaux financés grâce au boom des matières premières. Et fort d'une aura internationale de leader du Sud et défenseur du multilatéralisme. Mais les énormes scandales de corruption qui ont éclaboussé son camp laissent des traces profondes, alimentant la polarisation de la scène politique. Sans portable En 2022, Lula l'emporte de peu face au sortant Jair Bolsonaro. Le chef de l'extrême droite sera plus tard condamné à la prison pour tentative de coup d'Etat contre son tombeur. De retour aux affaires, l'éternel patron du Parti des travailleurs paraît d'abord en décalage avec un Brésil qu'il semble redécouvrir: à couteaux tirés et saturé de désinformation. Comme un symbole, il persiste à vivre sans téléphone portable, alors que ses 213 millions de concitoyens sont massivement connectés. Il est crédité d'avoir rétabli les politiques sociales abîmées par son prédécesseur, et freiné le saccage de l'Amazonie. Son troisième mandat a toutefois des airs de remake, sans guère d'idées nouvelles, tout comme sa campagne pour un quatrième bail. Comme un aveu, ce père de cinq enfants a dit récemment ne pas vouloir "être seulement le président de la Bolsa Familia". Cette allocation aux foyers les plus pauvres reste son legs le plus marquant - mais est vieille de plus de 20 ans. Match de trop ? Pourquoi ce supporter fanatique des Corinthians, club de foot de Sao Paulo, prend-il le risque du match de trop ? Lula, qui s'est bien gardé de pousser un héritier, explique qu'il entend empêcher l'extrême droite de revenir "détruire" la première puissance d'Amérique latine. Fils de son meilleur ennemi, son rival Flavio Bolsonaro a hâte de tourner la page: "Quand on regarde Lula, on ne voit pas d'avenir". "Il est en pleine forme", affirme à l'AFP un diplomate étranger sous couvert d'anonymat, impressionné par la vitalité du président brésilien. Aux dires de l'intéressé, sa troisième épouse, Rosângela da Silva, dite "Janja", y est pour quelque chose. Cette féministe de 60 ans est omniprésente et fait mouche auprès du camp progressiste. S'il perd en octobre, Lula sortira par la petite porte. Mais sa place dans l'Histoire est garantie: aucun autre président démocratiquement élu n'a dirigé aussi longtemps le Brésil. Il le disait avec une tranquille assurance en 2024 devant des médias étrangers, dont l'AFP, dans sa résidence de l'Alvorada: "Il n'y a personne dans ce pays qui ait plus d'expérience de président que moi."

28.09.2026 à 07:50

Flavio Bolsonaro, l'héritier politique à l'ombre du père

FRANCE24

Cela ne l'empêche pas d'être au coude à coude avec Lula dans la course présidentielle. Ce sénateur de 45 ans était peu connu au niveau national avant que l'ex-président (2019-2022), aujourd'hui emprisonné pour tentative de coup d'Etat, ne le désigne comme son héritier politique. Bien qu'il soit visé par une enquête pour des soupçons de corruption, son patronyme lui a suffi pour s'imposer comme un sérieux concurrent face au candidat de gauche Luiz Inacio Lula da Silva, qui brigue un quatrième mandat à 80 ans. Dans ses entretiens, il se décrit comme un "Bolsonaro plus modéré", mais affirme que son père restera sa "boussole". "Il est difficile de comparer le fils de Pelé à Pelé", a-t-il reconnu lors d'un meeting à Rio de Janeiro. Si les provocations, invectives et défis aux institutions lancés par Jair Bolsonaro ont fait de lui un épouvantail pour certains, le tempétueux capitaine reste la référence incontournable du camp conservateur. Ses partisans sont prêts à transférer leur vote sur celui qu'il a choisi. "Moi, j'aurais préféré Jair. Mais comme Jair n'est pas là, je vote pour Flavio", a déclaré à l'AFP Marco Antonio da Rosa, un étudiant en droit de 21 ans présent au meeting de Rio. "Rééduqué" Né dans l'État de Rio de Janeiro, Flavio est l'aîné des quatre fils de l'ancien chef d'Etat, et celui qui lui ressemble physiquement le plus, jusque dans ses manières décontractées. Il laisse parfois couler quelques larmes lorsqu'il parle du sort de son père. Il l'avait même convoqué sous forme de deepfake plus vrai que nature lors du lancement de sa candidature. Jair Bolsonaro purge chez lui une peine de 27 ans de prison pour avoir cherché à se maintenir au pouvoir après sa défaite face à Lula en 2022. Avocat de profession, Flavio Bolsonaro est devenu député de l'État de Rio à 21 ans, puis sénateur à 37 ans. Père de deux filles, il cultive l'image d'un homme de famille dévoué. Dans une vidéo où il se montre en famille chez lui, son épouse Fernanda s'attribue en souriant le mérite des manières posées de son mari: "Je l'ai rééduqué". "Mon frère" Flavio Bolsonaro n'a pas perdu pied malgré une campagne secouée par des crises. Il s'est retrouvé au coeur d'une querelle avec sa belle-mère, Michelle Bolsonaro, qui l'a accusé de l'avoir "maltraitée", sur fond de rivalités de pouvoir. L'ancienne première dame a fini par accepter ses excuses. Surtout, un enregistrement audio a fuité dans lequel on entend Flavio Bolsonaro demander au banquier Daniel Vorcaro - accusé dans une retentissante affaire de fraude - de financer un film sur son père. Le fils Bolsonaro, qui avait nié tout contact avec le financier, conteste toute irrégularité, mais fait l'objet d'une enquête pour des soupçons de corruption et blanchiment. Interrogé sur les raisons pour lesquelles il appelait à plusieurs reprises Daniel Vorcaro "mon frère", il a répondu que c'était la manière familière de parler des Cariocas. Le poursuit aussi un vieux scandale: député de Rio, il avait été accusé d'avoir prélevé une partie des salaires de ses assistants dans le cadre d'un système de rétrocommissions. L'affaire a été classée sans suite. - Avion de chasse - Sur les réseaux sociaux, Flavio Bolsonaro mise sur des spots de campagne léchés, générés par intelligence artificielle. Il y apparaît quelquefois en combinaison de vol et lunettes d'aviateur, aux commandes d'un avion de chasse en mission pour le Brésil. Il se vante d'entretenir de bonnes relations avec le président américain Donald Trump – allié de son père –, qui l'a reçu à la Maison Blanche. Partisan de la ligne dure face au crime, dans un pays exaspéré par le niveau de violence, il vante les politiques de sécurité du président salvadorien Nayib Bukele, vilipendées par les défenseurs des droits humains. "Comparé à son père, il est plus affable et sociable (...) mais cela ne veut pas dire qu'il n'est pas idéologiquement d'extrême droite", estime l'analyste politique Thomas Traumann. S'il l'emporte en octobre, Flavio Bolsonaro s'est engagé à ne pas briguer la réélection dans quatre ans.
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