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07.03.2026 à 09:07

"Me signifier que je n'ai pas ma place": le racisme jusqu'au Palais Bourbon

FRANCE24

"A un moment, je voulais faire la collection de tous les messages racistes que je recevais, et puis je me suis dit que ça allait prendre trop de temps". À 50 ans, la députée de La France insoumise dit s'être "blindée". Mais l'impunité affichée par l'auteur du message, signe d'une libération de la parole raciste, l'a décidée à saisir la justice. Au-delà de ces attaques, elle décrit aussi un racisme plus diffus, fait de "micro-agressions", jusque dans les couloirs du Palais Bourbon. Par exemple des journalistes qui la confondent avec d'autres élues noires, ou cette agente de l'Assemblée la prenant pour une assistante. Ces derniers mois, l’AFP a interrogé une dizaine de députés non blancs, de La France insoumise jusqu'au Rassemblement national, sur le racisme dont ils pourraient être victimes. Certains assurent en souffrir davantage qu'ailleurs, d'autres au contraire s'y sentent protégés. Leurs témoignages révèlent nombre de situations discriminatoires. Pour certains, dès leur premier jour, comme Steevy Gustave, député écologiste, qui s'est entendu dire par un collègue "Coupe tes dreadlocks". Pour Aly Diouara et Carlos Martens Bilongo (LFI), une photo d'eux prise au Palais Bourbon au lendemain de leur élection et publiée sur X a suscité des centaines de messages haineux. Des insultes racistes, des "sale noir", "sale musulman", visant à "me signifier que je n'ai pas ma place à l'Assemblée", témoigne Aly Diouara. Plus de deux siècles après l'élection en 1793 de Jean-Baptiste Belley pour représenter Saint-Domingue à la Convention sous la Révolution, la présence d'élus non blancs n'a rien de rare à l'Assemblée. Longtemps circonscrits aux territoires ultramarins, plusieurs députés racisés sont élus dans l'Hexagone, des Côtes-d'Armor à la Seine-Saint-Denis. "Il y a quelque chose de profondément raciste dans le fait de rendre exceptionnelle leur présence, alors que celle des députés blancs est considérée comme naturelle", analyse la politologue Françoise Vergès, également militante décoloniale. Avec les journalistes Ainsi lorsqu'Aly Diouara doit montrer à de nombreuses reprises son badge pour attester de son statut. En juillet, il a écrit à la présidente Yaël Braun-Pivet pour que ces situations cessent. La plupart des députés interrogés affirment n'avoir jamais eu d'incidents avec les agents, signe que les expériences diffèrent d'un élu à l'autre, en fonction de leur couleur de peau, mais aussi de leur genre ou leur origine sociale. "Je ne dirais pas que les agents sont racistes, mais certains ont des biais. Ce n'est pas seulement le fait que je sois noir, c'est aussi l'image qu'on se fait d'un jeune des quartiers". "La question de la classe compte tout autant, alors qu'il y a peu de députés des classes populaires", relève Mme Vergès, rappelant qu'il "y a les codes implicites" qui jouent contre eux. L'écologiste Sabrina Sebaihi observe que durant les pauses, "on se retrouve souvent entre députés banlieusards issus de la diversité". "Comme on n'est pas inclus dans les autres groupes, on se retrouve ensemble" tout en se demandant "si c'est une bonne chose de rester entre nous", dit-elle. Les médias participent aussi de ce traitement différencié. Béatrice Bellay, députée et porte-parole du groupe socialiste, a déjà remarqué que lorsque les journalistes sollicitent une interview, ils se tournent davantage vers ses collègues. Un jour, alors qu'elle intervient sur un plateau de télévision, son collaborateur entend des journalistes s'étonner en coulisses qu'elle sache "bien parler". Hervé Berville, député et ancien ministre macroniste, déplore également les "procès en illégitimité" dont il a régulièrement fait l'objet. Dans la presse, ce sont ses supposés talents de danseur ou d'ambianceur, des stéréotypes racistes, qui ont plusieurs fois été mis en avant. Dans de nombreux témoignages, revient aussi le sentiment d'évoluer dans un lieu qui n'honore qu'une France blanche, masculine et bourgeoise. Des efforts ont bien été engagés, avec une salle rebaptisée au nom du député martiniquais Aimé Césaire ou de l'indépendantiste kanak Jean-Marie Tjibaou. Colbert et esclavagisme Des éléments du décor sont aussi vécus comme offensants, c'est par exemple la statue de Jean-Baptiste Colbert ou la salle portant son nom, honorant celui qui a imaginé le Code noir sous Louis XIV, le texte qui codifia l'esclavage. Le député centriste Olivier Serva déplore cette "complaisance historique" mais les demandes de retrait ont toutes été refusées. A ces tensions symboliques, s'ajoute une autre source de malaise avancée par certains élus de la gauche: devoir siéger, affirment-ils, dans un hémicycle comptant 119 élus du Rassemblement national, le parti d'extrême droite fondé par Jean-Marie Le Pen, plusieurs fois condamné pour provocation à la haine. Des propos violents se sont parfois invités dans l'hémicycle, en particulier ce jour de novembre 2022, où le député RN Grégoire de Fournas a lancé "qu'il retourne en Afrique", lors d'une intervention de Carlos Martens Bilongo sur des migrants. Grégoire de Fournas, frappé d'une exclusion de 15 jours, avait nié tout caractère raciste, assurant parler d'un bateau humanitaire bloqué en mer. "J'ai toujours redouté de recevoir une telle invective dans l'hémicycle", confie Hervé Berville, disant avoir eu "une boule au ventre" après cet épisode. L'une des deux seuls députés noirs du RN, Anchya Bamana, affirme n'avoir "jamais été confrontée" à du racisme en son sein. Elle explique en revanche subir des discriminations en raison de son appartenance au RN. La gauche n'est pas exempte. En octobre, la députée du groupe ciottiste Hanane Mansouri a été renvoyée à ses origines marocaines, traitée de "caution" par le député LFI Abdelkader Lahmar. Le groupe La France insoumise, qui se présente comme le premier parti antiraciste, a largement contribué à faire entrer davantage de diversité. Dans le même temps, il est régulièrement accusé de "brutaliser" le débat par la violence de certaines interventions, et Jean-Luc Mélenchon fait l'objet d'accusations régulières d'antisémitisme, ce dont il se défend. "On doit se battre" Comment réagir face à ces discriminations répétées ? La chercheuse Françoise Vergès évoque des sanctions, par exemple des amendes lorsqu'un manque de respect s'exprime. Sabrina Sebaihi appelle ses collègues à condamner plus fermement et systématiquement toutes les attaques racistes, peu importe qui elles visent. Pour Aly Diouara, la réponse est devenue politique. Le député de Seine-Saint-Denis a choisi de rendre visibles ces violences, laissant notamment ses commentaires ouverts sur les réseaux sociaux et déposant plainte autant que possible. Six hommes ont été condamnés début février à des peines allant jusqu'à la prison avec sursis pour cyberharcèlement raciste. "Soulagé" par ces condamnations, il déplore que cette exposition judiciaire ait "remis une pièce dans la machine" de la haine, avec de nouvelles "menaces de mort". Cette visibilité, beaucoup disent la redouter. "On ne s'épanche pas trop dessus, car c'est difficile en politique d'apparaître comme victime", analyse Nadège Abomangoli. Après une heure d'entretien, la députée marque une pause. "Tout à l'heure je disais que ça ne m'affecte pas, mais en fait ça rappelle plein d'autres épisodes", lâche-t-elle. "Ça rappelle que systématiquement on doit se battre pour faire reconnaître notre légitimité".

07.03.2026 à 08:39

Ski: Adrien Théaux annonce mettre fin à sa carrière à la fin de l'hiver

FRANCE24

"La Coupe du Monde de Courchevel le week-end du 14-15 mars sera mon dernier départ en Coupe du Monde", a écrit le skieur de Val Thorens sur Instagram, en publiant une photo de sa première course sur le circuit mondial en 2004 et une autre de sa dernière course à Garmisch (Allemagne) la semaine dernière, "22 ans jour pour jour" plus tard. "Ce sera un moment magnifique, intense, festif, avec aussi beaucoup d'émotions. On ne peut pas passer toute sa vie dans ce magnifique monde du ski et tourner la page sans avoir la gorge serrée", ajoute le doyen de la Coupe du monde. Cadre de l'équipe de France de vitesse depuis quinze ans, aux côtés notamment de Johan Clarey et de David Poisson, Adrien Théaux compte 334 départs en Coupe du monde et est monté 13 fois sur le podium entre décembre 2010 et janvier 2016, avec trois victoires. Il est également médaillé de bronze en super-G lors des championnats du monde en 2015 aux Etats-Unis. Sa fin de carrière n'a pas été épargnée par les blessures: en novembre 2021, alors qu'il revient juste d'une rupture du ligament croisé du genou droit, il chute à l'entraînement à Copper Mountain et est victime de plusieurs factures qui le privent d'une participation à ses quatrièmes Jeux olympiques, à Pékin. Depuis, il n'a pas réussi à retrouver son meilleur niveau malgré un dernier coup d'éclat cet hiver, quand il a terminé 9e de la descente de Val Gardena en Italie en décembre.

07.03.2026 à 08:17

À Saintes, les crues submergent la campagne municipale

FRANCE24

Près de 1.500 maisons ont été inondées dans cette commune de 25.000 habitants, où la Charente est restée en vigilance rouge puis orange durant une dizaine de jours. L'épisode a aussi impacté environ 400 entreprises et coûté plus d'un million et demi d'euros à la ville. La plupart des candidats aux municipales ont fait une pause dans leur campagne, reportant meetings et présentation de leur liste. Pour le maire sortant Horizons, Bruno Drapron, qui en est à la troisième crue majeure de son mandat, après celles de 2021 et 2023, "il ne faut pas forcément le voir comme une fatalité" mais savoir rebondir et faire de Saintes un "laboratoire" expérimentant diverses solutions face à ces inondations, amplifiées par le changement climatique. Chaque hausse de 1°C des températures entraîne 7% d'augmentation de l'humidité de l'atmosphère, selon la formule de Clausius-Clapeyron, bien connue des météorologues. M. Drapron, pompier professionnel de 56 ans, propose notamment de construire de grands parkings végétalisés et perméables, de verdir des sols dans les zones inondables, ou encore de mettre en place une assurance multirisques habitation, dans laquelle l'aléa des crues serait pris en charge par la ville ou l'intercommunalité. "Ça suffit" La baisse de la valeur de son bien, Sylvio D'Albret en est bien conscient. "Tout est en train de pourrir. Ça suffit, on ne peut plus continuer comme ça. À chaque crue, ma maison et tout le mobilier prend l'eau. Il faut vraiment trouver des solutions", s'exclame cet habitant de 70 ans. Dans son quartier, la protection civile s'affairait encore à pomper l'eau dans les caves mardi et les habitants sortaient au soleil canapés et matelas trempés. À la tête d'une liste d'union de la gauche, sauf LFI, Ludovic Norigeon, 36 ans, estime que les crues ont été "sous-estimées" dans le passé et qu'il faut travailler "à l'échelle de la gestion du fleuve", avec les différentes intercommunalités en amont de Saintes et l'EPTB Charente, l'établissement public de bassin. S'il est élu, ce socialiste souhaite lancer "une réflexion avec une dimension de solidarité sociale" autour des zones les plus touchées, "des quartiers qui se sont paupérisés, avec des gens qui continuent d'y vivre par défaut". "Il ne doit évidemment plus y avoir de nouvelles constructions. Il faut adapter les maisons quand c'est possible et réfléchir aussi au maintien ou pas de l'habitat dans ces zones-là, avec peut-être le rachat aux propriétaires de leurs maisons" au prix du foncier à Saintes, ajoute-t-il. "Promesses de campagne" Une idée partagée par le candidat LFI Rémy Catrou, le seul à avoir poursuivi sa campagne pendant les crues. "L'avenir de Saintes se prépare aujourd'hui", a-t-il expliqué sur les réseaux sociaux, soulignant que "beaucoup" de ses colistiers étaient sur le terrain en train d'aider les sinistrés. Passerelles, murs anti-inondations, portes étanches, mais aussi aménagements de la vallée de la Charente... Dans son local de campagne proche des quais, l'ancien maire Jean-Philippe Machon (2014-2020) déborde lui aussi d'idées mais déplore que son successeur, qui "a été surexposé médiatiquement (...) n'a(it) rien fait pendant six ans pour préserver la ville des inondations". Le septuagénaire, à la tête d'une liste "sans étiquette", défend son propre bilan en assurant qu'à l'époque, "le dérèglement climatique n'était pas aussi perceptible". Laurent Daviet, candidat et membre dissident de la majorité, regrette pour sa part que plusieurs élus d'opposition qui ont proposé leur aide aient "été tenus à l'écart" de la gestion des inondations. Pendant ce temps, dans un bar-PMU, des sinistrés s'échangent des photos de leurs maisons abîmées. "Les municipales? Pfff... On n'a pas le temps cette année. Ce qu'on veut, ce sont des véritables solutions à long terme, pas des promesses de campagne", lance l'un d'eux. Un point met d'accord tous les candidats: la ville ne pourra pas financer seule de tels projets et aura besoin du soutien du département, de la région et de l'État.
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