"C'est un travail difficile, mais heureusement nous sommes toujours en vie et le parc pourra être encore mieux qu'avant", confie Hussein Idris, détecteur de métaux dans les mains, protégé d'une visière et d'un équipement qui part du cou jusqu'aux genoux.
Démineur depuis près de 20 ans, cet homme de 60 ans nettoie lentement le parc d'Al-Mugran, truffé de mines comme le reste de la capitale soudanaise après deux ans de combats entre l'armée et les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR), avant que l'armée ne reprenne la ville en mars 2025.
Le parc a un emplacement stratégique: il s'étend de part et d'autre de l'unique entrée ouest vers le centre de Khartoum, par laquelle les FSR ont déferlé dans les premiers jours de la guerre.
"Les mines empêchaient les troupes qui arrivaient de se déployer", explique à l'AFP le chef d'équipe, Jomaa Ibrahim, lors d'une visite encadrée avec des journalistes.
Il ne précise pas quel camp a posé les mines.
Mais la stratégie était limpide. Si l'ennemi était sur la route, il était exposé aux tirs de snipers postés en hauteur depuis les immeubles. Et s'il tentait de se cacher derrière les arbres ou dans les buissons pour avancer, il y avait des mines, conçues non pour tuer, mais pour mutiler et démoraliser.
La toute première mine a été trouvée sur un terre-plein central d'un mètre de large sur laquelle se trouve un palmier qui aurait pu servir de cachette. La rue autour est jonchée d'éclats d'obus, de douilles vides, avec des nids-de-poule brûlés là où l'artillerie a frappé.
Depuis août, 164 objets considérés comme dangereux ont été retirés par l'équipe de M. Ibrahim dont 19 mines antipersonnel – de petits dispositifs qui explosent au moindre pas – et sept mines antivéhicules.
Il assure que "80% de la zone a été déminée" et qu'ils devraient terminer courant mai, permettant de rendre à ses habitants ce parc jadis prisé des familles.
Grenades dans le salon
Mais ce chantier n'est rien comparé à l'ampleur de la tâche en ville. Plusieurs autres champs de mines ont été découverts.
Les combats urbains ont aussi projeté des bombes incendiaires dans les maisons et d'énormes quantités de munitions non explosées sont présentes partout, comme des roquettes ou des obus.
Le paysage est post-apocalyptique: les plus grands bâtiments ont été détruits, d'autres portent les traces d'obus qui ont transpercé les murs.
Des journalistes de l'AFP sont tombés sur un énorme obus de char non explosé, rouillé au milieu d'une rue, entouré d'éclats de verre. Les militaires, qui escortaient les journalistes conformément à la réglementation gouvernementale, ont assuré qu'il s'agissait d'un obus "inerte" ne pouvant poser de danger.
Plus de 1,8 million de personnes sont revenues à Khartoum depuis la reprise de la capitale par l'armée, pour la plupart dans des zones sûres et déminées. Mais des quartiers entiers restent abandonnés et peu nombreux sont ceux qui peuvent, ou qui prennent le risque, de rentrer chez eux.
Des familles qui sont revenues ont découvert des grenades et des obus de mortier dans leur salon, et le mois dernier un explosif a été découvert devant un jardin d'enfants dans le nord de la ville.
Depuis un an, des dizaines de personnes ont été tuées ou blessées après avoir déclenché accidentellement des explosifs.
Les autorités assurent avoir déjà neutralisé des dizaines de milliers d'explosifs à travers la capitale.
Le Conseil danois pour les réfugiés (DRC), qui gère avec l'ONG Jasmar le parc d'Al-Mugran, a lui retiré plus de 12.000 composants potentiellement explosifs en ville.
"Les familles commencent à rentrer, dans un environnement très dangereux, souvent sans avoir conscience des risques", avait alerté le mois dernier Mohammad Sediq Rashid, chef du programme de lutte antimines de l'ONU au Soudan.