Le tribunal des activités économiques de Paris a décidé d'ouvrir "une procédure de redressement judiciaire" à l'égard de la SEGM BHV, selon un document consulté par l'AFP.
La SEGM BHV regroupe notamment l'historique Bazar de l'Hôtel de Ville, institution du cœur de Paris depuis 170 ans, et le BHV Parly 2, au sein de ce centre commercial des Yvelines, en Île-de-France. L'enseigne emploie 660 salariés, selon le document du tribunal.
Selon ce document, le chiffre d'affaires annuel du BHV pour 2025 s'est élevé à 170,3 millions d'euros, pour une perte nette de 1,85 million d'euros. L'entreprise "se trouve en état de cessation des paiements, notamment du fait d'une baisse importante de chiffre d'affaires, d'un passif trop élevé et de différends avec le bailleur".
Concrètement, un redressement judiciaire permet d'ouvrir une période d'observation de six mois, renouvelable six mois, afin d'étudier si un redressement de la société est possible. À l'issue de cette période, le tribunal peut autoriser la direction à continuer son activité (plan de redressement), choisir un repreneur (plan de cession) ou liquider la société (liquidation judiciaire).
L'enseigne traverse de nombreuses turbulences depuis plusieurs années, culminant avec un partenariat très décrié avec le site de mode en ligne asiatique Shein, fin 2025, qui était venu s'ajouter aux impayés dénoncés par de nombreux fournisseurs. Déserté par les marques et les clients, le grand magasin avait été cédé à perte en juin par la SGM du chef d'entreprise Frédéric Merlin, qui l'avait racheté aux Galeries Lafayette en 2023.
"Période cruciale"
Pendant l'été, la direction du BHV Marais avait dévoilé un plan de relance censé remettre à flot la société, qui s'était heurté à un manque de trésorerie, dû selon la direction à un différend avec le fonds canadien Brookfield, propriétaire des murs. Ce dernier a toutefois démenti catégoriquement "devoir une quelconque somme au BHV à ce jour", évoquant plutôt le défaut de mise en conformité des locaux restitués par BHV.
La direction du BHV a "salué" la décision du tribunal, lundi. "La protection du tribunal de commerce devra permettre très rapidement de concrétiser les discussions avec Brookfield, propriétaire des murs, que nous attendons depuis plusieurs mois", a-t-elle fait valoir dans un communiqué, précisant que le magasin resterait ouvert.
"Ces enjeux de trésorerie ont mis à mal les meilleurs mois de l'année. Nous avons devant nous une période cruciale", a indiqué le président de l'entreprise, Karl-Stéphane Cottendin, cité dans le communiqué.
Tout comme la direction de l'enseigne, les représentants du personnel, réclamaient le placement en redressement judiciaire de la SEGM BHV. Lundi, ils ont rappelé dans un communiqué que "la demande de redressement judiciaire, entendue par le tribunal, ne constitue en aucun cas un soutien à la direction actuelle".
"Nous n’avons pas manqué d'indiquer qu’il ne pourra pas y avoir d'avenir au BHV avec cette même direction", ont-ils également dit, affirmant qu'il est "envisagé de façon quasi certaine la fermeture de Parly 2, et vraisemblablement un licenciement collectif pour motif économique au sein du BHV Rivoli".
"Mes clients ont indiqué au tribunal qu'ils demandaient le redressement judiciaire avec comme perspective d'écarter la direction par des mécanismes de cession ou par des appels à des repreneurs", a souligné à l'AFP leur avocat, Me Stéphane Kadri.
"La Ville de Paris est aux côtés des salariés depuis le début et continuera de se battre pour l'avenir du BHV", a réagi Nicolas Bonnet Oulaldj, adjoint au Maire de Paris en charge de l’emploi.
"Nous rencontrerons prochainement Brookfield, propriétaire des murs, pour défendre un projet commercial pérenne, ancré dans la vie parisienne, qui soutienne les créateurs, les marques françaises et les savoir-faire locaux, tout en préservant le plus grand nombre possible d'emplois", indique-t-il.