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08.10.2026 à 20:51

Les cantines bolchéviques, révélatrices du « stalinisme vécu »

François-Xavier Nérard

À l’aube de la révolution, le pouvoir bolchévique voit dans le développement de la restauration collective un formidable moteur de progrès. Celle-ci doit permettre de rationaliser la production en substituant aux méthodes artisanales de préparation de la nourriture une organisation plus moderne, d’améliorer l’alimentation des travailleurs, de libérer du temps de travail et, last but not least, d'émanciper la femme en réalisant la « séparation de la cuisine et du mariage » . Une décennie plus tard, le pouvoir soviétique tient toujours ce discours, mais présente désormais comme réalisé ce qui n’était qu’un horizon. Comme souvent sous le stalinisme, le hiatus avec la réalité est conséquent : cantines sales et mal aérées, nourriture en quantité insuffisante et de qualité médiocre, elles sont le lieu d'expression d'une violence sourde.C’est à ces cantines que François-Xavier Nérard, spécialiste d'histoire sociale de l'Union soviétique, consacre son dernier ouvrage, Les cantines bolchéviques : une histoire du stalinisme vécu (CNRS Éditions, 2026). Cet objet d’étude a priori anodin lui sert d’« ouvroir d’histoire potentielle». Outre le rappel bienvenu du caractère inopérant du concept de totalitarisme, l’ouvrage permet de préciser ce que fut le « stalinisme vécu ». La violence du stalinisme ne réside pas uniquement dans les crimes de masse mais aussi dans la gestion ordinaire de la société. En se privant de la possibilité de résoudre les problèmes auxquels il est confronté, ne disposant pour les expliquer que des catégories de l’« incompétence » et du « sabotage », en assignant aux individus des objectifs inatteignables, le pouvoir soviétique les condamne à l’inverse de la vie « meilleure » et « plus gaie » qu’il leur promet . Nous en publions ici la conclusion.
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À l’aube de la révolution, le pouvoir bolchévique voit dans le développement de la restauration collective un formidable moteur de progrès. Celle-ci doit permettre de rationaliser la production en substituant aux méthodes artisanales de préparation de la nourriture une organisation plus moderne, d’améliorer l’alimentation des travailleurs, de libérer du temps de travail et, last but not least, d'émanciper la femme en réalisant la « séparation de la cuisine et du mariage » . Une décennie plus tard, le pouvoir soviétique tient toujours ce discours, mais présente désormais comme réalisé ce qui n’était qu’un horizon. Comme souvent sous le stalinisme, le hiatus avec la réalité est conséquent : cantines sales et mal aérées, nourriture en quantité insuffisante et de qualité médiocre, elles sont le lieu d'expression d'une violence sourde.C’est à ces cantines que François-Xavier Nérard, spécialiste d'histoire sociale de l'Union soviétique, consacre son dernier ouvrage, Les cantines bolchéviques : une histoire du stalinisme vécu (CNRS Éditions, 2026). Cet objet d’étude a priori anodin lui sert d’« ouvroir d’histoire potentielle». Outre le rappel bienvenu du caractère inopérant du concept de totalitarisme, l’ouvrage permet de préciser ce que fut le « stalinisme vécu ». La violence du stalinisme ne réside pas uniquement dans les crimes de masse mais aussi dans la gestion ordinaire de la société. En se privant de la possibilité de résoudre les problèmes auxquels il est confronté, ne disposant pour les expliquer que des catégories de l’« incompétence » et du « sabotage », en assignant aux individus des objectifs inatteignables, le pouvoir soviétique les condamne à l’inverse de la vie « meilleure » et « plus gaie » qu’il leur promet . Nous en publions ici la conclusion.

05.10.2026 à 21:14

Blocages des lycées : la jeunesse percute la campagne présidentielle

William Bouchardon

La rentrée scolaire avait à peine débuté que les lycéens de France ont exprimé leur colère face à un sentiment d’abandon et de mépris de la part du gouvernement. Une grogne aux racines profondes, sur fond de conditions d'étude dégradées et de creusement des inégalités entre établissements. Alors que le mouvement tente de s’élargir aux universités, le pouvoir n’a qu’une seule réponse : la répression et les accusations contre La France insoumise.
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La rentrée scolaire avait à peine débuté que les lycéens de France ont exprimé leur colère face à un sentiment d’abandon et de mépris de la part du gouvernement. Une grogne aux racines profondes, sur fond de conditions d'étude dégradées et de creusement des inégalités entre établissements. Alors que le mouvement tente de s’élargir aux universités, le pouvoir n’a qu’une seule réponse : la répression et les accusations contre La France insoumise.

03.10.2026 à 19:06

Brésil : le retour du « bolsonarisme » ?

Fernando Rugitsky

Castration chimique pour les violeurs, méga-prisons à la salvadorienne, grâce promise à un père putschiste : le programme de Flávio Bolsonaro ne laisse guère de doute sur ses intentions. Un an à peine après la condamnation retentissante de Jair Bolsonaro pour tentative de coup d’État, son fils aîné talonne Lula dans les sondages, à quelques jours du premier tour. Le vieux clivage entre le Nordeste pauvre (fief historique de la gauche) et la ceinture du soja et du bœuf qui s’étend du Rio Grande do Sul à l’Amazonie, continue de structurer la vie politique brésilienne - cette seconde région, désormais acquise à l’extrême droite, pourrait faire basculer l’élection. Pendant ce temps, Washington observe : entre terres rares, pétrole et bras de fer avec Pékin, le sort du Brésil pourrait bien se jouer à l’intersection de la géopolitique et de l’agrobusiness. Dans un continent marqué par un tournant pro-américain radical - « rempli de dirigeants amis de l’Amérique », selon les termes du secrétaire d'Etat Marco Rubio -, le Brésil faisait jusqu'alors exception.
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Castration chimique pour les violeurs, méga-prisons à la salvadorienne, grâce promise à un père putschiste : le programme de Flávio Bolsonaro ne laisse guère de doute sur ses intentions. Un an à peine après la condamnation retentissante de Jair Bolsonaro pour tentative de coup d’État, son fils aîné talonne Lula dans les sondages, à quelques jours du premier tour. Le vieux clivage entre le Nordeste pauvre (fief historique de la gauche) et la ceinture du soja et du bœuf qui s’étend du Rio Grande do Sul à l’Amazonie, continue de structurer la vie politique brésilienne - cette seconde région, désormais acquise à l’extrême droite, pourrait faire basculer l’élection. Pendant ce temps, Washington observe : entre terres rares, pétrole et bras de fer avec Pékin, le sort du Brésil pourrait bien se jouer à l’intersection de la géopolitique et de l’agrobusiness. Dans un continent marqué par un tournant pro-américain radical - « rempli de dirigeants amis de l’Amérique », selon les termes du secrétaire d'Etat Marco Rubio -, le Brésil faisait jusqu'alors exception.
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