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25.02.2024 à 22:29

Bourses et subventions : conseils d’un initié pour réussir sa demande

Alcyone Wemaere

La rédaction d'une demande de subvention ou de bourse fait désormais partie du travail de nombreux journalistes. Pourtant, l'exercice est "à la fois incroyablement facile et incroyablement difficile", selon Timothy Large, responsable de programme IJ4EU à l'International Press Institute (IPI). Dans cet article, adapté d'une présentation faite à Dataharvest 2023, lui qui est habitué à examiner des demandes de subventions au sein de jurys, livre ses réflexions et ses conseils.
Texte intégral (3127 mots)

La rédaction d’une demande de subvention ou de bourse fait désormais partie du travail de nombreux journalistes. Pourtant, l’exercice est « à la fois incroyablement facile et incroyablement difficile », selon Timothy Large, responsable de programme IJ4EU à l’International Press Institute (IPI). Dans cet article, adapté d’une présentation faite à Dataharvest 2023, lui qui est habitué à examiner des demandes de subventions au sein de jurys, livre ses réflexions et ses conseils.

Le journalisme d’investigation demande du temps et de l’argent. Il n’est donc pas surprenant que la rédaction d’une demande de subvention fasse désormais partie du travail de nombreux journalistes indépendants et salariés.

Si vous avez déjà demandé une subvention pour financer l’une de vos enquêtes, vous savez que le processus est long et décourageant. C’est particulièrement vrai si votre demande n’a jamais été acceptée ou, pire, si elle a été rejetée avec la mention que vous aviez failli l’obtenir.

Timothy Large est le responsable du projet de journalisme IJ4EU de l’IPI. Image : Capture d’écran, IPI

Si vous avez réussi, vous savez à quel point une subvention peut être utile, voire changer votre vie. Cependant, il est rare d’obtenir une subvention si l’on est novice en la matière. Lors de l’édition 2023 la conférence européenne Dataharvest sur le journalisme d’investigation, Timothy Large, directeur des programmes pour les médias indépendants à l’Institut international de la presse (IPI), a déclaré qu’il était tout à fait conscient de la « lassitude de remplir des demandes de subventions » et de « la lourdeur de devoir faire entrer tous ses rêves dans un formulaire de demande restrictif ». Il a néanmoins encouragé les journalistes d’investigation – même ceux qui n’ont pas l’habitude de rédiger des demandes de subvention – à essayer.

Timothy Large a fait remarquer que l’IPI dirige le fonds Journalisme d’investigation pour l’Europe (IJ4EU), qui accorde des subventions allant jusqu’à 50 000 euros (54 000 dollars) pour soutenir des enquêtes transfrontalières menées en collaboration. À ce jour, IJ4EU a alloué environ 4 millions d’euros (4,3 millions de dollars) à des équipes dans toute l’Europe et au-delà.

Il a également souligné que, statistiquement, les candidats à une subvention IJ4EU avaient environ « 20 % de chances d’être dans le jeu ». Toutefois, pour surmonter les difficultés courantes auxquelles sont confrontés les journalistes qui cherchent à obtenir ce type de financement, Timothy Large a insisté sur la nécessité d’être conscient de ce qu’il appelle « le paradoxe de la demande de subvention ».

« Rédiger une demande de subvention est à la fois incroyablement facile et incroyablement difficile », explique-t-il. « La pression pousse les personnes très intelligentes à faire des choses stupides, tandis que d’autres se figent et se paralysent. En tant qu’initié, il a offert au public de Dataharvest de nombreux conseils et astuces sur la rédaction de demandes de subvention que GIJN est heureux de partager, avec sa permission.

À quoi ressemble une demande de subvention réussie ?

Les mauvaises demandes de subventions sont souvent qualifiées de « confuses ». Une demande de subvention réussie est ciblée et concise.

Il est parfois difficile d’identifier cet objectif, c’est pourquoi Timothy Large vous recommande de vous assurer que votre demande de subvention comporte trois éléments clés dès le départ :

  1. Votre enquête peut être condensée en une phrase.
  2. Elle raconte une histoire.
  3. Elle finira par voir le jour.

Outre ces éléments fondamentaux, Timothy Large précise qu’il y a quelques autres ingrédients à prendre en compte :

  • Faites en sorte que votre présentation soit mémorable : Le jury (ou l’ONG) a souvent de nombreuses demandes de subvention à examiner, vous devez donc attirer leur attention.
  • Présentez un bon récit.
  • Établissez la confiance dans votre capacité à mener à bien le projet.

Si vous cochez toutes ces cases, vos chances d’obtenir une subvention augmentent considérablement.

Tenir compte du point de vue du juré

La demande de subvention peut donner l’impression d’être confrontée à une mystérieuse boîte noire, mais le processus de sélection suit plus ou moins toujours les mêmes étapes :

  1. Vérification de l’éligibilité.
  2. Pré-sélection pour avis du jury uniquement.
  3. Un jury indépendant choisit les projets à financer.

Les jurés sont généralement des rédacteurs en chef de haut niveau ou des journalistes de renom. Timothy Large a également souligné qu’il s’agit également d’êtres humains avec leur propre personnalité, leurs expériences de vie et leurs idées, qui auront tendance à voir les choses à travers leurs propres lentilles. Ainsi, selon lui, la dynamique d’un jury peut inclure quelques profils typiques allant de « féroce » à « généreux », de « perfectionniste » à « facile à vivre ». Il est donc important de comprendre qu’une proposition de subvention peut devoir répondre à des attentes très différentes, même au sein d’un petit comité de sélection.

Timothy Large a également révélé les remarques les plus courantes entendues dans la bouche des jurés – et les problèmes sous-jacents – qui signifient qu’une demande qui sera bientôt rejetée :

  • « Je ne suis pas convaincu », « Je ne vois pas/je ne comprends pas » : Échec de la clarté
  • « Je ne sens pas ce projet/ce journaliste » : Échec de l’inspiration de la confiance
  • « Ce n’est pas nouveau » : Échec à avoir convaincu du potentiel de révélation de l’enquête
  • « Ce n’est pas du journalisme d’investigation » : Échec à avoir partagé pleinement sa méthode
  • « Ils sont dans un monde imaginaire » : Échec de la démonstration de la faisabilité

Pour vendre votre histoire, répondez à ces 6 questions clés

Les jurés ont en tête une liste de questions à résoudre lorsqu’ils examinent les demandes de subvention. Et ces questions sont hiérarchisées, alors assurez-vous de répondre en priorité aux questions suivantes :

1. Quelle est l’histoire ?

Fournissez un récit, et pas seulement un thème générique ou un sujet général. Par exemple, Timothy Large a noté que pour l’enquête « The Migration Managers », qui a bénéficié d’une bourse IJ4EU de 37 400 euros (40 300 dollars) en 2022, les détails de base étaient les suivants :

Le thème était : la migration

Le sujet était : les abus de la politique migratoire de l’Europe.

L’histoire était la suivante : une agence peu connue financée par l’UE tente d’empêcher les migrants d’atteindre l’Europe.

Mais ce type de déroulé très sec est est moins efficace pour présenter une demande de subvention, met-il en garde. Il faut plutôt, selon lui, essayer d’intégrer les informations dans un récit percutant d’une seule phrase.

Dans le cas de cette enquête, le résultat le plus efficace ressemblait à ceci : « Voici l’histoire d’une agence peu connue financée par l’UE — The International Centre for Migration Policy Development (ICMPD) — qui s’efforce d’empêcher les migrants d’atteindre l’Europe ».

Notez que ce résumé d’une phrase est très similaire au sous-titre de l’article publié (voir l’image ci-dessous).

Image: Screenshot, FragDenStaat

2. Quelle est la grande révélation ?

Révéler quelque chose de nouveau est peut-être le résultat le plus puissant d’une enquête. C’est pourquoi l’explication de ce que vous comptez découvrir doit être un aspect majeur de votre candidature. Essayez d’inclure une phrase clé qui donne un aperçu de ce grand résultat : « Nous cherchons à révéler/exposer que… »

Dans l’enquête The Migration Managers, cette phrase ressemblait à ceci : « Nous cherchons à révéler que l’ICMPD est devenu un partenaire européen clé sur les questions de migration, malgré des activités alarmantes dans un certain nombre de pays (Maroc, Libye, Bosnie) qui conduisent directement à des violations des droits de l’homme à l’encontre des migrants et des réfugiés« .

3. Et alors ?

Vous devez également prendre le temps d’expliquer au jury pourquoi l’histoire est importante, qui sont les parties prenantes concernées et quelle est la préoccupation générale du public. L’invitation à cette étape pourrait ressembler à ce qui suit : « Ceci est important (pour le groupe X) parce que… »

Dans l’enquête The Migration Managers, ce message a été transmis ainsi : « Ceci est important pour l’opinion européenne parce qu’en externalisant la politique migratoire de l’Europe, la Commission européenne cherche à éviter l’examen et la responsabilité de ses actions« .

4. Quelle est la preuve ?

Ici, vous pouvez expliquer en détail comment vous allez construire votre enquête et quelles sont les sources que vous comptez utiliser : dossiers judiciaires, ensembles de données publiques, documents ayant fait l’objet d’une fuite, dénonciateurs, comptes rendus internes, etc. Par exemple : « Nous allons étayer ceci par a, b et c… »

Pour The Migration Managers, cela a été expliqué comme suit : « Nous le prouverons par des documents internes, reçus par voie électronique ».

5. Comment allez-vous raconter l’histoire ?

Le jury doit « voir » l’enquête. S’agira-t-il d’un article long, d’une série d’articles publiés en français et en espagnol, d’un podcast en six parties, d’un documentaire télévisé ?

Complétez : « Notre résultat d’enquête prendra la forme de…  »

6. À quoi ressemblera « visuellement » le résultat final ?

Il s’agit d’une question bonus, mais si vous le pouvez, donnez au jury ou au comité de sélection une idée des éléments visuels, graphiques, tableaux interactifs, etc. que vous pourriez utiliser pour renforcer l’impact de l’enquête.

Complétez : « Nous illustrerons nos résultats par… »

Les réponses à ces six questions constituent l’épine dorsale d’une demande de subvention solide, a souligné Timothy Large. Vous devez vous efforcer de faire en sorte que le jury sorte de votre candidature avec une idée claire de vos intentions pour chacune d’entre elles.

Présentez-vous – et expliquez pourquoi on peut vous confier de l’argent

Maintenant que la feuille de route de l’enquête ou du reportage est claire, Timothy Large dit que vous devez convaincre le jury que vous ou votre équipe êtes les mieux placés pour suivre ce parcours. Pour ce faire, ajoutez des détails qui inspireront confiance à votre équipe et à la manière dont vous utiliserez (judicieusement) l’argent de la bourse pour votre enquête.

Vous devez expliquer au jury qui vous êtes. Cela semble simple, mais il est facile de l’oublier ou de se tromper, avertit Large. Ne soyez pas vague ; soyez précis, donnez des détails, ajoutez des liens. N’oubliez pas qu’une liste simple et agréable est très utile : « Notre équipe est composée de cette journaliste, de ce reporter, de ce photographe… »

Le jury veut être sûr que vous savez où vous allez et comment vous allez payer pour y arriver. Les candidats ont tendance à penser que la question du coût est la plus importante, a déclaré Timothy Large, mais en fait, elle se trouve souvent en bas de la liste des considérations du jury. Veillez donc à élaborer un plan de recherche et de publication solide et à évaluer les risques. Établissez le budget de votre recherche en fonction de ce plan.

Quelques remarques sur l’écriture

  • Oubliez le langage lyrique, poétique ou surchargé : Il ne s’agit pas de littérature, mais d’une demande de subvention ou de bourse. Veillez à ce que le texte soit simple et direct.
  • Évitez de passer pour un activiste : Vous pouvez être passionné par votre sujet d’enquête, mais pour le bien de votre demande, n’oubliez pas que vous êtes un journaliste.
  • Si la proposition n’est pas rédigée dans votre langue maternelle : Gardez à l’esprit que le contenu de la demande de subvention importe finalement plus que la rédaction.

Autres choses à faire et à ne pas faire

  • Dites au jury ce qu’il veut savoir : Presque toujours, la description de la subvention vous indiquera exactement quelles informations doivent être incluses, alors lisez-la attentivement et ne laissez pas de points en suspens.
  • N’ignorez pas les règles  : Si vous ne remplissez pas les conditions requises dans une seule catégorie (données démographiques, sujet, région, délai de publication…), votre demande sera rejetée. Soyez donc attentif, afin d’éviter de perdre votre temps et celui du jury.
  • Donnez un nom accrocheur à votre projet : un titre mémorable peut faire une grande différence, explique Large. Mais ne choisissez pas un titre vague ou ridiculement long. Lorsque les jurys discutent des projets, ils ont besoin d’un nom sur lequel s’appuyer. Voici quelques bons exemples tirés de l’expérience de Timothy Large à l’IJ4EU : The Migration Managers, The Forever Pollution project, The Recovery Files.
  • Ne présumez pas de vos connaissances et n’utilisez pas de jargon : Cela peut aliéner le jury, lui donner l’impression d’être stupide et vous faire passer pour quelqu’un qui n’est pas dans le coup ou, pire encore, pour quelqu’un d’arrogant.
  • Dites au jury ce qui est nouveau : le jury a besoin de savoir ce qui n’a pas été connu auparavant – que vous allez révéler – et pourquoi il devrait s’en préoccuper.
  • Ne demandez pas au jury de faire un travail de détective : Soyez aussi précis que possible.
  • Soyez direct : En lien avec le point précédent, n’enterrez pas l’essentiel : les informations les plus importantes concernant votre proposition doivent figurer en tête de votre dossier de candidature.
  • Prévoyez un « plan B ». Les jurys savent que toutes les enquêtes ne se déroulent pas comme prévu ; prévoyez donc des mesures d’urgence afin qu’ils sachent où ira l’argent si vous devez emprunter une autre voie. Donnez-leur une idée de la version a minima et a maxima de l’enquête.
  • Essayez d’obtenir une lettre d’intention de la part d’un média : Les manifestations d’intérêt non engageantes de médias sont particulièrement utiles si vous êtes un indépendant.

Ressources complémentaires (en anglais)

GIJN’s Guide to Grants and Fellowships for Journalists

How Not to Win a Journalism Grant

Freelancing: Funding Your Investigative Projects


Alcyone Wemaëre est la responsable francophone de GIJN et une journaliste française, basée à Lyon depuis 2019. Elle est une ancienne journaliste de France24 et Europe1, à Paris. Elle est professeure associée à Sciences Po Lyon, où elle est coresponsable du master de journalisme, spécialité data et investigation, créé avec le CFJ.

29.01.2024 à 16:25

Quatre angles régulièrement utilisés par les datajournalistes pour traiter un sujet

Paul Bradshaw

Dans cet article, initialement publié par Paul Bradshaw sur Online Journalism Blog et reproduit ici avec sa permission, le spécialiste de data journalisme enseignant à l'Université de Birmingham dévoile les quatre angles à connaître pour traiter un sujet en mode ddj.
Texte intégral (5947 mots)

Dans cet article, initialement publié par Paul Bradshaw sur Online Journalism Blog et reproduit ici avec sa permission, le spécialiste de data journalisme enseignant à l’Université de Birmingham dévoile les quatre angles à connaître pour traiter un sujet en mode #ddj.

Dans le cadre de mon enseignement du journalisme de données, il m’arrive souvent de parler des différents formats utilisés dans le journalisme de données. Il m’a donc paru utile de dresser une liste de 100 articles de data journalisme puis de les analyser afin de voir à quelle fréquence l’on retrouve ces différents formats-types.

Ce travail m’a révélé qu’il existe sept approches-types pour traiter des ensembles de données. Beaucoup d’articles intègrent d’autres approches de manière secondaire (ainsi, le récit d’une évolution peut dans un deuxième temps parler de l’ampleur du problème), mais tous les articles de data journalisme que j’ai examinés ont pris l’une d’elles comme fil conducteur.

Dans ce premier article d’une série en deux parties, j’explique comment les quatre angles les plus couramment employés peuvent vous aider à trouver des idées de sujet puis à les mettre en œuvre. J’explique également ce qu’il faut garder à l’esprit tout au long de ce travail.

Angle n°1 : l’ampleur – « Voici l’ampleur du problème »

Quantifier l’ampleur d’un problème est probablement le sujet de data journalisme le plus fréquent. Il s’agit d’articles qui identifient un problème majeur ou établissent l’ampleur d’un problème qui fait déjà d’actualité.

https://gijn.org/wp-admin/post.php?post=1234244&action=edit&lang=en.

Image : Capture d’écran, The New York Times

Fondamentalement, ces articles informent les lecteurs des dernières données disponibles : qu’il s’agisse des derniers chiffres du chômage, du taux de criminalité, de la pollution de l’air, de l’argent investi dans certains domaines, des naissances, des décès ou des mariages.

Pendant les premiers mois de la pandémie, par exemple, les médias ont publié quotidiennement des articles traitant entre autres du nombre de cas, de décès et de tests de dépistage.

Le nombre de morts du coronavirus dans les maisons de retraite au Royaume-Uni pourrait avoir atteint 6 000, selon une étude” (Financial Times, avril 2020) et “Le programme de révision des peines indûment clémentes serait « inadéquat »” (BBC News, juillet 2019) sont deux exemples d’articles qui se focalisent sur la question de l’ampleur d’un problème.

La question de l’ampleur est parfois secondaire, servant de contexte à un évènement particulier – “Un drone perturbe l’aéroport de Gatwick” (combien d’accidents liés à des drones ont été évités de peu ?) – ou à une idée de réforme politique : “Les nouveaux conducteurs pourraient être interdits de conduite la nuit, selon plusieurs ministres” (combien de nouveaux conducteurs ont moins de 19 ans ?).

Traiter de l’échelle d’un problème n’est pas ce qu’il y a de plus compliqué à faire : dans de nombreux cas, aucun calcul n’est nécessaire.

Le travail consiste dans la plupart des cas à contextualiser l’information : dans le pire des cas, un article traitant de l’ampleur d’un problème devient simplement une histoire de « chiffres impressionnants » (« Beaucoup d’argent a été dépensé » ou « Quelque chose est arrivé à un grand nombre de personnes »), sans qu’il soit précisé pourquoi cette information est digne d’intérêt.

C’est pourquoi il est important de replacer l’ampleur révélé dans un contexte plus large, en utilisant des pourcentages et des proportions (par exemple « un sur cinq »), voire des comparaisons et des analogies (« L’argent investi dans ce programme équivaut au salaire de 500 enseignants »).

Vous pouvez également introduire l’idée d’une évolution comme angle secondaire, en montrant comment ces chiffres évoluent dans le temps.

Dans l’article du New York Times ci-dessus, le « véritable bilan » (l’ampleur) de l’épidémie de coronavirus est immédiatement contextualisé par des graphiques qui montrent les évolutions statistiques depuis le début de l’année, et ce dans différentes régions du pays.

Angle n°2 : évolution et constance – Augmentations, diminutions, chiffres stables

Screenshot, Belfast Telegraph

Les articles traitant d’évolutions sont presque aussi courants que ceux traitant d’ampleur, et probablement plus simples à vendre à un rédacteur-en-chef.

Après tout, toute évolution est intrinsèquement digne d’intérêt et vous permet de titrer votre article avec un verbe de mouvement (« monte », « chute », etc.).

Une fois que vous aurez remarqué une évolution dans les données dont vous disposez, vous aurez probablement besoin de travailler davantage pour en déterminer les causes. Pourquoi ces chiffres augmentent-ils ou diminuent-ils ?

Vous pouvez également ajouter un angle secondaire à votre traitement, en explorant les variations au sein de cette tendance – c’est-à-dire les domaines dans lesquels ces chiffres ont le plus augmenté ou diminué.

Cela peut vous aider à comprendre les causes de l’évolution que vous avez remarquée : il y a de fortes chances que les zones les plus touchées soient particulièrement conscientes du problème et à même de vous l’expliquer.

Lorsque vous faites état d’un changement, il est important de garder deux éléments à l’esprit : la saisonnalité et les marges d’erreur.

La saisonnalité est le rôle que jouent les facteurs saisonniers (généralement prévisibles et normaux, et donc non dignes d’intérêt) dans les chiffres, comme la fin d’un exercice financier ou d’un trimestre scolaire, la sortie de nouveaux modèles de voiture ou simplement les changements de température. Des comparaisons annuelles (ce mois d’août par rapport à août dernier, par exemple) ou une correction saisonnière permettent d’éviter cet écueil.

La marge d’erreur, quant à elle, est la plage dans laquelle se situent les vrais chiffres. Puisque de nombreux ensembles de données sont tirés d’échantillons, qui sont ensuite extrapolés au reste de la population examinée, une marge d’erreur (ou intervalles de confiance) permet d’indiquer le degré de précision de cette extrapolation. Si une évolution se situe dans cette marge d’erreur, nous ne pouvons affirmer que quelque chose a changé.

Une variante du format évolution est l’absence d’évolution. Ainsi, ce reportage sur les faillites d’entreprises a pris comme point de départ une évolution probable, mais a fini par découvrir que le nombre d’entreprises faisant faillite n’a pas augmenté pendant la pandémie. Les journalistes ont donc sollicité les points de vue d’experts pour analyser cette réalité contre-intuitive.

Angle n°3 : classement et valeurs aberrantes – Qui est le meilleur, qui est le pire ? Qui sort des sentiers battus et pourquoi ?

Cet article de The Economist est un article de « classement » car il identifie le mois le plus « déprimant ». Image : Capture d’écran, The Economist

Les articles de classement s’intéressent aux points de données les plus positifs ou négatifs dans un ensemble de données, ou permettent de comparer l’entité qui nous intéresse (qu’il s’agisse d’une police municipale, d’une école ou d’une filière de l’économie) à d’autres.

« Ce quartier connait un taux de criminalité particulièrement élevé » ou « Ces écoliers ont obtenu les troisièmes meilleurs résultats du pays » sont deux exemples de ce genre d’article de datajournalisme.

Vous pouvez vous concentrer sur les endroits « les plus touchés », comme dans l’article “Ce quartier de Birmingham figure dans le top 10 des endroits au Royaume-Uni les plus touchés par les paiements anticipés sur les prestations sociales”, ou encore comparer la filière qui vous intéresse à d’autres, comme dans l’article “Le bâtiment est la troisième filière la plus dangereuse au Royaume-Uni”.

Mais les articles de classement peuvent également porter sur les meilleurs ou les pires moments, lieux ou catégories qu’un ensemble de données « révèle ».

L’article de The Economist ci-dessus, par exemple, porte sur le mois où le plus grand nombre de personnes écoutent des chansons tristes. Une histoire de Birmingham Live couvre “les crimes les plus courants à Sandwell – et les endroits qui dénombrent le plus grand nombre de victimes”.

Soit dit en passant, The Economist a consacré toute une partie d’un bulletin d’information sur le journalisme de données à « Comment réaliser un indice » :

« Dans quelle mesure de tels indices sont-ils utiles ? Tout classement qui ne repose pas sur des critères objectifs est susceptible d’être critiqué. Les classements qualitatifs reposent sur des mesures subjectives. L’adjectif « tolérable » pourrait signifier presque la même chose pour quelqu’un que l’adjectif « inconfortable » – alors que « intolérable » peut sembler deux fois pire qu’ »indésirable » ? Sur les échelles ordinales, la distance entre ces mesures est subjective – et pourtant, il faut leur attribuer un score numérique pour que le classement fonctionne.

« The Economist publie son indice Big Mac, une mesure de la valorisation des devises, depuis 1986. En 2011, nous avons publié l’indice Shoe-Thrower [lanceur de chaussure], qui évaluait le potentiel de troubles dans le monde arabe. Et cette année, nous avons créé un indice de normalité mondial, qui suit la reprise des pays après le Covid-19. Mieux vaut une mesure imparfaite que de n’avoir aucun moyen de comparaison ».

Les articles de classement doivent être attentifs au contexte : une zone peut connaître le plus de criminalité, de maladies ou de pollution simplement parce qu’elle compte également le plus d’habitants. Les dates de collecte des données peuvent également fausser les résultats : le nombre de cas de Covid a tendance à augmenter le mardi parce que ces chiffres « incluent de nombreux décès non signalés au cours du week-end », comme le fait remarquer FullFact.

Image : Capture d’écran, FullFact.org

Angle n°4 : Variation – Hasard géographique, cartes et distributions

Cet article par Aimee Stanton de la BBC Shared Data Unit a relevé les différences d’accès aux stations de recharge pour voitures électriques. Image : Capture d’écran, BBC

Les articles traitant de variations sont d’autant plus intéressants lorsque celles-ci sont inattendues ou révèlent quelque chose de notre quotidien.

De nombreux articles de ce genre emploient une carte choroplèthe ou une carte thermique pour montrer comment les régions d’un pays ont plus ou moins accès à quelque chose, ou connaissent plus ou moins de demande pour quelque chose.

Ces cartes peuvent mettre en lumière le fait que l’accès d’une personne à quelque chose qui est censé être distribué de manière égale sur tout le territoire dépend en réalité du lieu où elle se trouve.

Ainsi, l’article de la cellule de datajournalisme de la BBC “Le système de la santé publique rationne l’accès de certains couples à la fécondation in vitro” montre que là où on habite peut déterminer si on aura ou non accès à un traitement de fertilité.

Un article sur les variations géographiques peut révéler des injustices – ou approfondir nos connaissances d’injustices déjà connus.

Les articles sur les dérives des algorithmes, dont la série “Les biais des machines” de ProPublica, traitent en particulier des variations et des injustices que révèle une analyse poussée du fonctionnement des algorithmes. Ainsi, les algorithmes peuvent fixer des devis d’assurance différents pour deux personnes dont les critères sont pourtant très proches.

Ce genre d’article peut également mettre en évidence les zones de demande mal desservie ou les zones où l’offre manque : dans le cadre d’un article sur lequel j’ai travaillé pour la BBC Shared Data Unit concernant les stations de recharge pour voitures électriques, il nous a fallu établir le nombre et l’emplacement des infrastructures existantes dans tout le pays. Ces données ont fourni une base de travail pour réaliser des études de cas et alimenter nos réflexions sur le sujet.

Dans la deuxième partie de cette série, j’aborde les trois autres formats-types : les articles d’exploration ; ceux qui se concentrent sur la qualité, l’existence ou l’absence de données ; et ceux qui traitent de relations. Une version du diagramme est également disponible en finnois.

This post was originally published by Paul Bradshaw in the Online Journalism Blog and is reprinted here with permission. Bradshaw leads the MA in Data Journalism at Birmingham City University. 

In my data journalism teaching and training I often talk about common types of stories that can be found in datasets — so I thought I would take 100 pieces of data journalism and analyze them to see if it was possible to identify how often each of those story angles is used.

I found that there are actually broadly seven core data story angles. Many incorporate other angles as secondary dimensions in the storytelling (a change story might go on to talk about the scale of something, for example), but all the data journalism stories I looked at took one of these as its lead.

In the first of a two-part series I walk through how the four most common angles can help you identify story ideas, the variety of their execution, and the considerations to bear in mind.

Data Angle 1: Scale — ‘This Is How Big a Problem Is’

Perhaps the most common type of story found in data is the scale story: these are stories that identify a big problem, or the size of an issue which has become topical.

Image: Screenshot, The New York Times

At their most simple scale stories provide an update on new numbers being released: it could be the latest unemployment figures, the amount of crime, air pollution, money spent on some area, births, deaths, or marriages.

During the first months of the pandemic, for example, we had daily scale stories on the numbers of cases, deaths, and tests, among other things.

Examples of scale stories include Death Toll in UK Care Homes from Coronavirus May Be 6,000, Study Estimates, but also stories like Unduly Lenient Sentences Review Scheme ‘Inadequate,’ where the lead is based on reaction to the scale of an issue you have identified.

Sometimes scale is provided as background to a single-event story, as in Drone Causes Gatwick Airport Disruption (how many near misses are there?) or to a policy proposal, such as in New Drivers Could Be Banned from Driving at Night, Ministers Say (how many new drivers are under 19?).

Scale stories are one of the easier genres to write: in many cases no calculation is needed.

Indeed, the main work involved is likely to be in setting context to that scale — at its worst a scale story simply becomes a “big number” story (“A lot of money was spent on stuff” or “Something happens to a lot of people”), and the reader is left unclear whether this is actually newsworthy or just normal.

For that reason it’s important to put scale into context by using percentages or proportions (e.g. “one in five”) or comparisons and analogies (“The money spent on the scheme is the equivalent of the wages of 500 teachers”).

You might also bring in change and/or variation as a secondary angle: establishing historical context to the scale you’ve just outlined, or how that scale varies.

In the New York Times piece above, for example, the “true toll” (scale) of the coronavirus outbreak is immediately contextualized by charts which show how that has changed since the start of the year, in different parts of the country.

Data Angle 2: Change and Stasis — Things Are Going Up, Things Are Going Down, Things Aren’t Happening

Image: Screenshot, Belfast Telegraph

Change stories are almost as common as scale stories — and probably more straightforward to pitch.

After all, change is inherently newsworthy and gives you the verb (“rises,” “plummets,” “[goes] up”) that you need in a headline.

Once you’ve identified some sort of change in your data it’s likely you will need further reporting to answer the “why?” question. Why are those numbers going up or down?

You might also add a secondary angle to your story which explores variation in that trend – the areas where those numbers have gone up, or dropped, the most and least.

This can help you direct your reporting on “Why?” because chances are that the areas affected most will be those most aware of the issue, and able to comment on it.

When reporting on change it’s important to be aware of two considerations: seasonality and margins of error.

Seasonality is the role that (typically predictable and normal, and therefore non-newsworthy) seasonal factors can play in numbers, such as the end of a financial year or school term, the release of new cars or simply changing temperatures. Year-on-year comparisons (this August compared to last August, for example) or seasonal adjustment is often used to prevent this effect.

The margin of error, meanwhile, is the range within which the real numbers actually lie. Because many datasets are based on samples, which are then generalized to the rest of the population being looked at, a margin of error (or confidence intervals) is used to indicate how accurate that generalization actually is. If any change is within that margin of error then we can’t really report that anything has changed.

A variation of the change story is the lack of change angle. This story on company insolvencies, for example, looks for change where you would expect it, but identifies the absence of any increase in companies going bust during the pandemic and seeks expert comment for this counterintuitive finding.

Data Angle 3: Ranking and Outliers — Who’s Best and Who’s Worst? Who’s Unusual and Why?

This article by The Economist is a “ranking” story because it identifies the “gloomiest” month. Image: Screenshot, The Economist

Ranking stories are all about who or what comes out worst or best in a dataset, or where a particular entity of interest (the local police force, schools or teams, or an industry if it’s the specialist press) sits in comparison to others.

Typical stories in this category might include “Local area one of worst areas for crime” or “Local schoolchildren get third-best results in the country.”

You might focus on the places “worst-hit,” as in The Parts of Birmingham in Top 10 UK Areas Worst-Hit by Universal Credit Advances, or you might look at where your sector compares to others, as in Construction Is Third-Most Dangerous UK Industry.

But ranking stories can also be about the best or worst timesplaces, or categories that a dataset “reveals.”

The Economist article above, for example, is about the top-ranked month for listening to gloomy songs. A Birmingham Live story, on the other hand, leads on The Most Common Crimes in Sandwell — And Where You’re Most Likely to Be a Victim.

The Economist, by the way, dedicated part of one data journalism newsletter to “How to compile an index:”

“How useful are such indices? Any ranking that isn’t built on objective criteria is open to criticism. Qualitative rankings are built on subjective measures. Perhaps ‘tolerable’ means almost the same to someone as ‘uncomfortable’ — whereas ‘intolerable’ might feel twice as bad as ‘undesirable?’ On ordinal scales the distance between these measures is subjective—and yet they have to be assigned a numerical score for the ranking to work.

The Economist has been publishing its Big Mac index, a measure of currency valuations, since 1986. In 2011 we published the Shoe-Thrower’s index, which assessed the potential for unrest across the Arab world. And this year, we’ve created a global normalcy index, which is tracking countries’ recovery from COVID-19. An imperfect measure is better than having no means of comparison at all.”

Ranking stories need to be careful about context: an area may have the most crime, disease, or pollution simply because it also has the most people. Reporting dates can skew data, too: COVID case rates tended to peak on Tuesdays because the figures “include many deaths not reported over the weekend,” as FullFact pointed out.

data journalist common story angle context

Image: Screenshot, FullFact.org

Data Angle 4: Variation — ‘Postcode Lotteries,’ Maps, and Distributions

data journalist common story angles distribution

This BBC Shared Data Unit story by Aimee Stanton focused on the variation in access to electric car charging point. Image: Screenshot, BBC

Variation stories work best when we expect equal treatment, or when we seek to hold a mirror up to a part of life.

The classic example uses a choropleth map or heatmap to show how some parts of a country have less access to something, or more demand for something, than other parts.

The phrase “postcode lottery,” for example, reflects the sense that a person’s access to something that is supposed to be equally distributed is actually a game of chance.

The BBC data unit story IVF: NHS Couples ‘Face Social Rationing,’ for example, maps out how where you live in England can mean the difference between being able to access fertility treatment or not.

A variation story may be revealing that the unfairness exists — or, if people are aware of it, precisely how and where it plays out (particularly in their area).

Algorithmic accountability stories such as ProPublica’s Machine Bias series are often about variation and the unfairness that is revealed when an algorithm is unpicked: it may be people being sentenced differently, or given different insurance quotes, despite no meaningful difference between them on the dimensions that matter.

A variation story can equally be used to highlight areas of underserved demand, or lack of supply: one story that I worked on for the BBC Shared Data Unit about electric car charging points involved identifying how much infrastructure existed in the country, and where. The picture that the data painted provided a foundation for case studies and reaction.

In the second part of this series I look at the other three angles: exploratory stories; those that focus on data quality, existence, or absence; and angles about relationships. A version of the diagram is also available in Finnish.

Ressources complémentaires

10 étapes pour se lancer dans le data journalisme

Boîte à Outils : extraire des données sans savoir coder

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paul bradshaw profilePaul Bradshaw encadre les masters de Data Journalisme et de journalisme multimédia et mobile at l’Université de Birmingham au Royaume-Uni. Il est également consultant en data journalisme au service data de BBC England.

22.01.2024 à 14:35

Comment améliorer le journalisme d’investigation climatique

Anne Koch

La détérioration du climat pourrait être ralentie, pourtant elle s'accélère. Qui est responsable ? Lors de #GIJC23, GIJN a réuni des dizaines de journalistes et de spécialistes du changement climatique venus de 35 pays. Cet article est un résumé de cette rencontre en attendant le webinaire du 6 février 2024 (gratuit mais sur inscription) intitulé "Comment améliorer le journalisme d’investigation climatique".
Texte intégral (2964 mots)
Invetigative Agenda for Climate Change Journalism

Illustration: Smaranda Tolosano pour GIJN

La détérioration du climat pourrait être ralentie, pourtant elle s’accélère. Qui est responsable ? Lors de #GIJC23, GIJN a réuni des dizaines de journalistes et de spécialistes du changement climatique venus de 35 pays. Cet article est un résumé de cette rencontre et du rapport qui en a découlé en attendant le webinaire du 6 février 2024 (gratuit mais sur inscription) intitulé « Comment améliorer le journalisme d’investigation climatique ».

Lors de la 13e conférence mondiale sur le journalisme d’investigation, GIJN a réuni le temps d’une journée 80 journalistes et spécialistes du changement climatique venus de 35 pays. Au programme : un échange sur le rôle que peut jouer le journalisme d’investigation dans le traitement médiatique de la crise climatique. En effet, il est essentiel de rendre compte des causes et des effets du réchauffement climatique, et ce pour un public aussi large que possible.

Voici le REPLAY, en VF, du webinaire  « Comment améliorer le journalisme d’investigation climatique » organisé par GIJN le mardi 6 Février 2024 :

A mesure que l’humanité se rapproche d’une catastrophe climatique, les journalistes doivent disposer du temps, des compétences et des outils nécessaires pour demander des comptes aux responsables, du gouvernement comme du secteur privé. La détérioration du climat pourrait être ralentie, pourtant elle s’accélère. Qui est responsable ? La question de la responsabilité est au cœur du journalisme d’investigation.

Vous trouverez ci-dessous le résumé et l’introduction de notre rapport sur cette réunion. Pour lire le rapport dans son intégralité, veuillez cliquer ici.

Résumé de la réunion

Les OBJECTIFS de la réunion étaient les suivants :

  • Partager les différents points de vue sur les principales priorités que devrait se fixer le journalisme d’investigation climatique ;
  • Discuter d’innovations possibles dans les enquêtes sur la filière des énergies fossiles ;
  • Examiner comment améliorer le journalisme d’investigation qui demande des comptes aux gouvernements ;
  • Examiner comment faciliter une plus grande collaboration entre les journalistes d’investigation, en particulier dans les pays du Sud ;
  • Formuler des recommandations pour davantage soutenir le journalisme d’investigation sur les questions climatiques.

Lors de la réunion, tous les objectifs ont été abordés et des PRIORITÉS pour un journalisme climatique axé sur la question de la responsabilité ont émergé, notamment :

  • La filière des énergies fossiles et son vaste réseau de facilitateurs et de secteurs connexes ;
  • Les politiques et les promesses des gouvernements du monde entier et ceux qui les influencent ;
  • Le financement parfois complexe du changement climatique ;
  • Les populations vulnérables ;
  • La transition vers des énergies propres – les gagnants comme les perdants ;
  • Le changement climatique en tant que crise mondiale multidimensionnelle.

D’importants DÉFIS subsistent, notamment :

  • Les données, documents et sources humaines sont difficiles d’accès ;
  • Les structures de pouvoir sous-jacentes demeurent opaques ;
  • La crise climatique mondiale est complexe et touche tous les domaines ;
  • Les problèmes de capacité sont importants dans tous les domaines, mais surtout dans les pays du Sud ;
  • De nouveaux modèles de collaboration sont nécessaires pour établir les liens de cause à effet ;
  • Il faut davantage de reportages sur les responsabilités, et présenter ces récits d’une manière qui puisse toucher un large public ;
  • La mobilisation du public est essentielle : nombreux sont ceux qui délaissent l’actualité climatique et se méfient des informations concernant le climat ;
  • La désinformation et la mésinformation sont très répandues.

Les participants ont identifié une série de SOLUTIONS qui renforceraient le journalisme d’investigation climatique, dont :

  • Plus de formations, de mentorats, de personnel et de ressources pour renforcer le savoir-faire au sein des rédactions ;
  • Un meilleur accès aux données et aux experts ;
  • Des initiatives à l’échelle mondiale comme régionale qui sont complémentaires et augmentent l’impact des enquêtes ;
  • De meilleures plateformes pour faciliter le partage d’informations et les collaborations transfrontalières, de nouvelles formes de collaboration, en particulier entre les médias du Sud et du Nord ;
  • la poursuite du débat et de la réflexion sur les stratégies de mobilisation du public.

Introduction

Malgré les progrès réalisés dans le développement d’énergies vertes bon marché, les émissions mondiales de gaz à effet de serre augmentent inexorablement, selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), l’une des principales autorités mondiales en la matière. Le changement climatique est d’envergure mondiale, mais ses causes ne le sont pas : les énergies fossiles – principalement le charbon, le pétrole et le gaz – sont responsables de plus de 75% des gaz à effet de serre. Malgré la crise climatique, 96 % de l’industrie pétrolière et gazière est en expansion, selon un rapport de 2022. Cette expansion se produit alors même que de nombreux Etats et entreprises ont pris des engagements en matière de réduction nette des émissions et d’autres mesures d’atténuation du changement climatique.

Les populations vulnérables qui contribuent peu aux émissions mondiales subissent de plein fouet l’impact du changement climatique : élévation du niveau de la mer, diminution des rendements agricoles, intensification des incendies de forêt, tempêtes violentes, augmentation de la pauvreté, de la faim et des mouvements migratoires, pour ne citer que ceux-là. Les promesses d’aide à l’atténuation et à l’adaptation ne sont la plupart du temps pas mises en oeuvre. En outre, la désinformation concernant le changement climatique est omniprésente et de plus en plus sophistiquée. Les conséquences pour l’ensemble de la planète sont désastreuses. Tout cela étant dit, et bien que le changement climatique s’aggrave, il n’est pas encore irréversible.

Des milliers de journalistes du monde entier couvrent le changement climatique et son impact, et de nombreux réseaux ont été mis en place pour faciliter ces reportages. Ce travail est essentiel pour informer et mobiliser le public, et pour défier les puissants qui chantent pendant que Rome brûle. La question de la responsabilité est au cœur du journalisme d’investigation. Il y a un besoin urgent de reportages de fond, rigoureux et novateurs sur le changement climatique. Il s’agit notamment d’enquêter sur un nouvel ensemble d’intérêts économiques qui se développent au fur et à mesure que le monde s’oriente vers une économie à basses émissions de carbone. Comment enquêter au mieux sur la responsabilité des entreprises et des gouvernements ?

Pour le savoir, le Réseau international de journalisme d’investigation a organisé un atelier intitulé « The Investigative Agenda for Climate Change Journalism » (Comment améliorer le journalisme d’investigation climatique), qui a réuni pendant toute une journée la plupart des réseaux de journalisme d’investigation, des grands noms du journalisme sur le changement climatique, ainsi que des journalistes et des chercheurs travaillant sur le sujet dans le monde entier. Quatre-vingts personnes originaires de 35 pays se sont réunies pour partager leurs points de vue sur les principales priorités que doit se fixer le journalisme d’investigation climatique.

Avec le soutien de Journalismfund Europe, parmi d’autres, la réunion a eu lieu la veille de la Conférence mondiale sur le journalisme d’investigation à Göteborg, en Suède, le 19 septembre 2023.

Les discussions ont été structurées autour des priorités et des défis de l’investigation, avec une attention particulière portée aux cinq sujets suivants: la filière des énergies fossiles, la responsabilité des gouvernements, le financement du climat, les impacts climatiques et les chaînes d’approvisionnement. Chaque séance a donné lieu à une présentation générale, à des études de cas et à une discussion. Les participants se sont ensuite répartis en groupes, chacun produisant un rapport sur les discussions tenues.

La réunion a été présidée par Sheila Coronel, journaliste d’investigation chevronnée, directrice du Centre de journalisme d’investigation Toni Stabile à la faculté de journalisme de l’Université Columbia de New York, et à la fois fondatrice et membre du conseil d’administration du Centre de journalisme d’investigation des Philippines.

Afin d’encourager une discussion franche, la réunion a suivi la règle dite de Chatham House, ce qui signifie que les informations évoquées peuvent être publiées mais sans préciser l’identité des intervenants. Les personnes identifiées dans ce rapport ont au préalable donné leur accord.

Après la rencontre, GIJN a sondé les participants de manière anonyme. 86% des personnes sondées ont trouvé la réunion « très » ou « extrêmement » utile, 90% ont déclaré qu’ils aimeraient poursuivre la conversation. Notons la création de groupes d’intérêt en ligne afin de favoriser la mise en réseau, la discussion et la résolution de problèmes entre journalistes. Il aurait été impossible de tout résoudre en un jour. Cette réunion a en tout cas permis de poser le premier jalon d’une collaboration plus poussée entre journalistes.

Ce rapport contient les principaux sujets abordés au cours de la journée, de l’identification des problèmes et défis majeurs à l’énoncé de recommandations.

Enfin, je tiens à remercier tous ceux qui ont rendu possible la tenue de cet atelier ainsi que la parution de ce rapport : Journalismfund Europe, Sheila Coronel, les plus de 80 journalistes et experts, tous fantastiques, venus du monde entier pour partager leurs idées et leurs conseils, et mes collègues de GIJN, en particulier Toby McIntosh, Andrea Romanos et l’ancien directeur exécutif du Réseau, David Kaplan. Un grand merci également à Deborah Nelson, journaliste de talent, qui a co-rédigé ce rapport avec Toby et moi.


Anne Koch a travaillé comme journaliste et dirigeante dans l’audiovisuel pendant plus de 20 ans, principalement pour la BBC, avant de devenir directeur de l’ONG anti-corruption Transparency International. Sa carrière primée dans le journalisme de la BBC comprend le poste de directrice adjointe de l’English World Service, la rédactrice en chef des programmes radiophoniques phares d’information et d’actualité de la BBC et la rédactrice en chef de World Tonight. Elle a produit ou monté plus d’une centaine de documentaires et a travaillé comme productrice pour l’émission de journalisme d’investigation File on Four de BBC Radio 4. Chez TI, elle a été directrice de l’Europe et de l’Asie centrale.

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