Personne n'a jugé utile de les retirer en dépit du passé de la ville
À Vichy, au 13, rue Lucas, de petites croix gammées se répètent sur les garde-corps d’un immeuble du centre-ville. Construit en 1912, bien antérieur au parti nazi, ce motif ornemental interroge aujourd’hui les passants : comment regarder un symbole dont le sens a été bouleversé par l’Histoire ?
Au 13, rue Lucas, à Vichy, de curieux garde-corps soulignent la ligne de toutes les fenêtres et balcons de cet immeuble de cinq étages. Sous la frise végétale, un même motif se répète sur la longueur totale des garde-corps : de petites croix gammées, en file indienne. Vichy ayant été le coeur battant de la collaboration avec l'occupant nazi durant la deuxième guerre mondiale, ce choix ornemental interroge.
À 500 mètres de l’endroit où, le 10 juillet 1940, Pierre Laval fait voter les pleins pouvoirs à Philippe Pétain, malgré l’opposition de 80 courageux parlementaires, le symbole a de quoi surprendre. Plus de 80 ans après la chute du Reich, ce décor attire le regard et pose une question : pourquoi est-ce que personne n’a pensé à l’enlever ?
D’autant qu’il se trouve juste en face du Grand Établissement thermal de première classe, et de sa magnifique coupole de grès flammé, qui évoque l’architecture mauresque. Au rez-de-chaussée du 13 rue Lucas, les commerçants des boutiques n’ont pas d’information sur les étranges croix gammées qui ornent l’immeuble.
Au cœur de la reine des villes d’eau, l’office de tourisme propose depuis peu un circuit pédestre permettant de découvrir les lieux clés de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale à Vichy. Audrey Mallet, docteure en histoire contemporaine (Paris-I Panthéon-Sorbonne, IHTP-CNRS, Concordia University), responsable du département Humanités à l’ENSAE Paris et chercheuse au LinX, à l’École polytechnique en est l’instigatrice.
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