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03.11.2026 à 15:22

Les violences ne sont qu'une infime partie des manifestations

Mais elles sont surreprésentées dans la presse

Que voit des manifestations la grande majorité des Français qui ne sont pas présents dans la rue ? Des actes de violence. La télévision est un prisme déformant, les images de feux, d'affrontements avec la police ou les pillages sont plus « vendeuses ». À l'inverse, une marche pacifique de personnes souriantes durant deux ou trois heures est impossible à diffuser. Le résultat de ce choix éditorial n'est pas anodin.

La jeunesse est aussi douée pour les slogans percutants que les policier pour tirer des grenades dans les dents des lycéens - © Reflets

Reflets a couvert à peu près toutes les manifestations des gilets jaunes. Nous y avons vu la violence des forces de l'ordre, des tactiques de maintien de l'ordre qui ressemblaient le plus souvent à des techniques de création du désordre. Nous avons publié la première enquête sur les personnes blessées gravement, puis sur le LBD (ici et là) et ses munitions mutilantes (Alsetex) choisies par le gouvernement français dans lequel sévissait déjà Laurent Nuñez. Couvrir pendant une très longue période des manifestations organisées tous les samedis permet de mieux comprendre la mécanique qui se met en place dans un media pour en rendre compte.

Une manifestation, ce sont généralement des milliers de personnes qui défilent dans le calme en scandant des slogans et en montrant des pancartes avec leurs revendications. L'oeil est naturellement attiré par un événement insolite. Dans une manifestation, il s'agit d'actes « violents ». Cela peut prendre la forme d'un affrontement avec des policiers, d'un feu de poubelle, d'une petite barricade, d'un pillage.

Les « violences » dont se gargarisent les toutologues, sur les plateaux télé , on un sens précis, sur le plan judiciaire, qu'il convient de rappeler. Elles s'appliquent aux personnes, pas aux biens, pour lesquels on parle de dégradation, destruction, vols ou recel.

Dans l'imposition de leur narratif, bien servis par des mass médias complaisants, les politiques ont...

02.11.2026 à 11:07

Plongée dans l’évènement annuel de la banque publique d’investissement (BPI)

Carnaval entrepreneurial et investissements « kaki »

Alors que le PIB ne cesse de reculer et que la récession économique rôde dans le pays, la banque publique d’investissement (BPI) organisait début octobre le « plus grand rendez-vous business d’Europe ». Une célébration caricaturale de l’entrepreunariat français, qui a fait la part belle aux acteurs du complexe militaro-industriel, et contribué à la banalisation de l’économie de guerre.

Allons enfants de l'investissement... - © Reflets

Si certains d’entre vous se demandent parfois par quels biais l’argent public est distribué aux entreprises, une partie de la réponse se trouvait le 8 octobre dernier à l’Accor Hotel Arena de Bercy, où s’est joué l’événement annuel de la Banque publique d’investissement (BPI). Premier investisseur d’Europe en fonds propres avec 1.493 prises de participations dans des entreprises (ou « tour de table » en langue entrepreneuriale) — pour un montant investi de 72 milliards d’euros sur la seule année 2025 —, la BPI est un levier financier prodigieux pour les entrepreneurs auxquels elle est dévouée.

Depuis 12 ans, la BPI organise chaque année « BIG », un événement dont la dernière édition s’est tenue dans l’immense Accor Hotel Arena de Bercy. Pour attirer les 75 000 personnes présentes ce jour-là (selon les organisateurs), « la banque des entrepreneurs » n’a pas lésiné sur les moyens : une centaine de médias partenaires, plus de 500 conférences et ateliers, des tables rondes et des conférences à la pelle, animés par des centaines d’intervenants « inspirants ». Emmanuel Macron, Patrick Pouyanné, Xavier Niel, Tony Parker, Babara Butch, Nathan Devers, et moult chefs d’entreprises venus broder un discours autour d’un seul mot d’ordre : le « culot ».

Ce mot — qui succède à celui de « vérité », « liberté », « fierté », « révolution », « conquête » pour les éditions précédentes —, sera placardé dans toute l’enceinte et répété comme un mantra tout au long de la journée.

Le culot pour tous ! - © Reflets
Le culot pour...

26.10.2026 à 11:51

Vichy : des croix gammées ornent un immeuble

Personne n'a jugé utile de les retirer en dépit du passé de la ville

À Vichy, au 13, rue Lucas, de petites croix gammées se répètent sur les garde-corps d’un immeuble du centre-ville. Construit en 1912, bien antérieur au parti nazi, ce motif ornemental interroge aujourd’hui les passants : comment regarder un symbole dont le sens a été bouleversé par l’Histoire ?

Un ornement surprenant dans la ville symbole de la collaboration avec le nazisme - © Reflets

Au 13, rue Lucas, à Vichy, de curieux garde-corps soulignent la ligne de toutes les fenêtres et balcons de cet immeuble de cinq étages. Sous la frise végétale, un même motif se répète sur la longueur totale des garde-corps : de petites croix gammées, en file indienne. Vichy ayant été le coeur battant de la collaboration avec l'occupant nazi durant la deuxième guerre mondiale, ce choix ornemental interroge.

À 500 mètres de l’endroit où, le 10 juillet 1940, Pierre Laval fait voter les pleins pouvoirs à Philippe Pétain, malgré l’opposition de 80 courageux parlementaires, le symbole a de quoi surprendre. Plus de 80 ans après la chute du Reich, ce décor attire le regard et pose une question : pourquoi est-ce que personne n’a pensé à l’enlever ?

D’autant qu’il se trouve juste en face du Grand Établissement thermal de première classe, et de sa magnifique coupole de grès flammé, qui évoque l’architecture mauresque. Au rez-de-chaussée du 13 rue Lucas, les commerçants des boutiques n’ont pas d’information sur les étranges croix gammées qui ornent l’immeuble.

Au cœur de la reine des villes d’eau, l’office de tourisme propose depuis peu un circuit pédestre permettant de découvrir les lieux clés de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale à Vichy. Audrey Mallet, docteure en histoire contemporaine (Paris-I Panthéon-Sorbonne, IHTP-CNRS, Concordia University), responsable du département Humanités à l’ENSAE Paris et chercheuse au LinX, à l’École polytechnique en est l’instigatrice.

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