Le rapport d’Amnesty International, publié le 11 décembre 2025, compte plus de 170 pages au travers desquelles le lecteur se plonge dans les faits commis entre les 7 et 9 octobre 2023 en Israël1. Les données collectées comprennent notamment 70 entretiens et plus de 350 vidéos et photographies. Si le délai entre les faits et la publication du rapport peut poser des questions, à savoir plus de deux ans, le rapport en indique la raison :
Le refus des autorités israéliennes de coopérer avec notre organisation pour partager certaines informations, l’absence de preuves médico-légales suffisantes, et la réticence de beaucoup de survivant·es et de témoins à confier leur histoire à nos équipes, ont constitué des défis importants durant notre enquête.
Dans sa présentation, l’ONG met en avant la responsabilité de « dans des actes « Des violations qui sont constitutives de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.
Le rapport d’Amnesty n’est pas le premier de ce type. Le bureau du procureur de la Cour pénale internationale (CPI) était parvenu à des conclusions similaires. Il avait demandé l’émission de mandats d’arrêt contre trois responsables du Hamas, Mohammed Deif, Ismaïl Haniyeh et Yahya Sinwar, tous trois assassinés entre-temps par l’armée israélienne, et contre deux dirigeants israéliens, Benyamin Nétanyahou et Yoav Gallant, pour des crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis dans la bande de Gaza depuis le 8 octobre 2023.
La complexe identification des auteurs
Bien qu’incomplète pour les raisons mentionnées ci-dessus, l’enquête d’Amnesty est utile pour documenter les exactions et les ramener à leur juste mesure, loin des exagérations de la propagande israélienne et de ses fake news (bébés brûlés ou décapités, famille ligotée et brûlée vive, viols massifs…). Il est aujourd’hui admis qu’environ 1 200 personnes ont été tuées lors de l’attaque, dont 642.
À titre de comparaison, rappelons que, dans la bande de Gaza, les statistiques font état, à ce jour, de plus de 71 000 personnes tuées, dont 83·e·s et les morts dites «3.
Dans deux documents publiés en janvier 20244 et décembre 20255, le Hamas reconnaît et dit regretter les victimes civiles, tout en faisant porter la responsabilité des principales exactions à d’autres groupes.
Les difficultés à pouvoir réaliser une enquête indépendante sur les faits survenus le 7 octobre rendent complexe l’identification de l’ensemble des auteurs. Si plusieurs photographies et vidéos permettent d’incriminer les membres de la branche armée du Hamas, d’autres paraissent moins évidentes. En effet, dans la foulée de l’offensive menée par le Hamas, de nombreux groupes armés, structurés ou non en organisation, ont pénétré en Israël — près de 6 000 personnes selon l’armée israélienne. Certains en étroite collaboration avec le Hamas, d’autres de façon tout à fait opportuniste. Un nombre non négligeable de civils palestiniens ont aussi franchi la barrière. Dans un contexte d’incarcération massive et arbitraire de Palestiniens par les forces d’occupation israéliennes — et ce bien avant le 7 octobre — la capture d’Israéliens constitue pour les Palestiniens le seul moyen de pouvoir espérer une libération négociée de leur proche. Cette réalité explique à la fois le nombre stupéfiant de captifs israéliens (251), leur hétérogénéité (civils et soldats, hommes et femmes, mineurs et personnes âgées) et la difficulté après l’attaque d’identifier et de localiser l’ensemble des captifs dans une bande de Gaza massivement bombardée dès le 8 octobre.
Il en va de même concernant les accusations de violences sexuelles. Ainsi, le rapport d’Amnesty « tout en constatant que «
Reste également à mesurer la proportion de personnes tuées le 7 octobre dans le cadre de la doctrine dite «6. Celle-ci vise, en cas de prise d’otage, à tirer sur les assaillants même au détriment de la survie des captifs. Plusieurs enquêtes, israéliennes ou internationales, considèrent, à partir d’images et de vidéos prises par l’armée israélienne, que des ordres en ce sens ont pu être donnés. La cellule d’investigation d’Al-Jazeera English estime, après l’analyse des données disponibles, que plusieurs dizaines d’Israéliens, civils ou non, auraient pu être tués par leur propre armée.
Dès lors, la nécessité d’une enquête internationale indépendante et impartiale continue de demeurer indispensable, comme Amnesty l’appelle de ses vœux, mais aussi le Hamas, qui espère être dédouané d’une partie des exactions commises. À ce jour, les autorités israéliennes continuent à y être réticentes et à l’empêcher, alors que les preuves disparaissent pour de futures enquêtes.
Les victimes israéliennes
Le 3 janvier 2024, la professeure de droit international Rafaëlle Maison est au micro des «crime de génocide, l’universitaire affirme disposer de suffisamment d’éléments pour considérer que les actes constitutifs de génocide peuvent être caractérisés dans les actions militaires israéliennes à Gaza : « En retour, le journaliste Guillaume Erner questionne la pertinence de cette qualification sur les actions du Hamas le 7 octobre. L’échange se tend à la suite de la réponse de Rafaëlle Maison, pour qui l’attaque n’avait pas pour but de « expliquant que « Il n’en faut pas moins pour que le journaliste s’emporte, accusant l’universitaire d’avoir une « et affirmant que « avaient été tués.
Cet échange mérite un plus long développement tant il témoigne des biais qui entourent le principal narratif diffusé par une large partie des médias à grande audience, concernant le 7 octobre.
L’enquête d’Al-Jazeera English, October 7, publiée en mars 2024, se base sur 1 154 personnes tuées, comprenant 782 civils. Le reste des 372 victimes est réparti entre les soldats (256), les policiers (53) et la sécurité civile (63). Une dépêche AFP de mai 2024 établit, à partir d’une enquête basée sur les données livrées par les autorités israéliennes, un bilan de 1 189 victimes, comprenant 810 civils et 379 forces de sécurité. Une autre dépêche de l’AFP, publiée pour les deux ans du 7 octobre, rapporte, à partir de sources officielles, 1 219 victimes, sans mentionner la proportion de civils.
Dès lors, pourquoi la version d’une attaque ayant tuée « est-elle autant reprisenourrir le consentement à la destruction de la bande de Gaza et des Palestiniens par une armée israélienne, prétendument innocente, qui ne ferait que «
Quelle était la situation à Gaza le 6 octobre
Le 24 octobre 2023, le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, déclare devant le Conseil de sécurité condamner sans équivoque les « et « du Hamas en Israël. Puis, il poursuit : « rappelant les « et le blocus illégal imposé depuis 2007 sur la bande de Gaza. Il conclut en rappelant que «
Le « est celui d’une année 2023 particulièrement violente en Palestine, avec plus de 240 Palestiniens tués par l’armée ou par des colons israéliens, à Gaza et en Cisjordanie, et ce durant les neuf premiers mois de l’année. C’est alors l’année la plus meurtrière pour les Palestiniens depuis la fin de la seconde intifada. À ce chiffre s’ajoutent les expulsions de Palestiniens de leurs maisons, les incarcérations massives comprenant un nombre de mineurs sans précédent, la rétention des corps de victimes palestiniennes, les attaques de villages palestiniens et de sites religieux musulmans et chrétiens, encouragés par des ministres israéliens d’extrême droite, et un nombre record de nouvelles colonies. Ce contexte était donc celui d’une menace existentielle pour l’avenir des Palestiniens sur leur terre, et l’éloignement de toute perspective d’une coexistence pacifique.
Dans ses deux documents diffusés, le Hamas insiste également sur le « comme pour chercher à donner des éléments d’explication à l’attitude de Palestiniens ayant pu profiter de l’attaque pour commettre des exactions. Mais surtout, l’organisation palestinienne tient à soutenir le « de son opération que son dirigeant Ismaïl Haniyeh avait expliqué dès le 7 octobre 2023, alors que les tenants d’une lecture centrée sur des victimes exclusivement civiles visent à soutenir le caractère strictement « du 7 octobre.
S’en tenir à la chronologie des évènements
Pour appréhender de façon raisonnée la nature des faits survenus lors de l’attaque, plusieurs enquêtes et documents permettent d’en retracer la chronologie, à l’instar des rapports d’enquête publiés en février et mars 2025 respectivement par l’armée israélienne7 puis le Shin Beth (renseignement intérieur). Le 7 octobre 2023, parallèlement à l’envoi de roquettes sur Israël, la branche armée du Hamas entame, autour de 6h30, une attaque synchronisée en de multiples points par terre, par air et par mer, afin de démanteler tout ce qui structure le blocus : barrière, mur, tour de contrôle, char d’assaut… Ainsi, le checkpoint militaire d’Erez figure parmi les premières cibles. Dans la foulée, les unités du Hamas qui pénètrent en Israël s’attaquent aux bases militaires à travers la région : Paga, Nahal Oz ou Réim à proximité de laquelle se tient le festival Nova, ainsi que le poste de police de Sderot. Dans un deuxième temps, les communes frontalières sont attaquées tandis que, selon l’armée israélienne, plusieurs groupes se dirigeaient vers des bases de l’armée de l’air et «
Cet exposé des faits, aussi bref soit-il, ne cherche pas à exclure la réalité des crimes commis contre des civils, mais à les inscrire dans le cadre de ce que fut le 7 octobre, à savoir, comme a essayé de l’expliquer Rafaëlle Maison à France Culture, une opération d’abord militaire visant à briser un blocus illégal et à s’emparer du plus possible de captifs militaires. Tout autant que l’affirmation, maintes fois entendue, d’une «8 celui du meurtre de «
L’ensemble de ces éléments pris en compte, il devient plus aisé de distinguer ce qui relève du légitime droit des peuples colonisés et occupés à la résistance
Pour une partie seulement de ces derniers, des enquêtes et rapports existent, mais ils sont systématiquement accueillis avec «la plupart des coupables sont connus puisqu’ils s’en vantent eux-mêmes à travers leurs déclarations ou sur les réseaux sociaux.


