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26.03.2026 à 06:00

Iran – Liban – Irak. Le « moment chiite » de l'opposition à la guerre

Sabrina Mervin, Sarra Grira

En Iran comme au Liban, et par ricochet en Irak, Israël et les États-Unis s'attaquent à des acteurs qui mettent en avant une identité chiite politique, qu'il s'agisse de la République islamique, du Hezbollah ou des milices pro-iraniennes à Bagdad. Dans cet entretien, l'historienne et directrice de recherche émérite au CNRS Sabrina Mervin éclaire la réalité politique et sociale de cette appartenance dans les conflits actuels. Sarra Grira : L'évolution du régime iranien depuis 1979 jusqu'à (…)

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Texte intégral (2883 mots)

En Iran comme au Liban, et par ricochet en Irak, Israël et les États-Unis s'attaquent à des acteurs qui mettent en avant une identité chiite politique, qu'il s'agisse de la République islamique, du Hezbollah ou des milices pro-iraniennes à Bagdad. Dans cet entretien, l'historienne et directrice de recherche émérite au CNRS Sabrina Mervin éclaire la réalité politique et sociale de cette appartenance dans les conflits actuels.

Sarra Grira : L'évolution du régime iranien depuis 1979 jusqu'à aujourd'hui pousse les analystes à considérer qu'il ne reste plus grand-chose de l'idéologie de velayat-e faqih gouvernement du docte », en persan)1 et que le seul moteur du régime est sa propre survie. Que reste-t-il de l'idéologie de la Révolution islamique ? Et quel poids a-t-elle encore au sein de la société ?

Sabrina Mervin : L'idéologie de ce que les dirigeants iraniens appellent « la révolution islamique » s'est transformée, adaptée aux divers facteurs qui l'ont ébranlée, tant au niveau national, avec une population de plus en plus critique, hostile ou détachée, qu'au niveau des pressions, puis du conflit international.

Les Iraniens ont réagi de manières très variées à l'imposition d'une religion officielle incluant croyances, pratiques, slogans et calendrier auxquels se conformer. Si récemment, bon nombre de femmes ont enlevé leurs voiles, on observe depuis des années de nouveaux types de religiosité ou de spiritualité, individuelles ou collectives, souvent syncrétiques, parfois liées à la programmation neuro-linguistique (PNL)2 ou à des formes de développement personnel, par exemple.

Avant le déclenchement du conflit, le régime se souciait de faire en sorte d'attirer des adeptes tout en réprimant les autres, mais il avait capitulé sur certains points, comme le port du voile. Aujourd'hui, alors que son principal souci est en effet de se maintenir au pouvoir, il est lui-même le spectateur de la prise de pouvoir des Gardiens de la révolution (pasdarans) qui s'est précipitée avec la guerre. Cela remet en question le principe même de la guidance du jurisconsulte (velayat-e faqih) stipulant que le pouvoir suprême revient à un religieux, puisque c'est un corps armé qui dirige désormais le pays. Les pasdarans ont poussé la candidature de Mojtaba Khamenei à la fonction de Guide, alors même que son père ne la soutenait pas, parce qu'ils peuvent l'instrumentaliser comme le symbole d'un régime qui en fait est en pleine mutation.

Ali Khamenei, clerc de rang moyen qui ne pouvait logiquement prétendre à la succession de Rouhollah Khomeiny (1902 – 1989), avait finalement construit son autorité, à l'intérieur et à l'extérieur de l'Iran, pour devenir la figure tutélaire du régime. Son fils Mojtaba n'en est qu'un symbole de continuité, d'autant qu'il reste invisible et se manifeste par des messages écrits — on se demande par qui. Cependant, un sayyid3 qui disparaît pour échapper aux ennemis ayant tué son père et ne correspond avec son peuple que par messages interposés, cela renvoie les fidèles à l'histoire du douzième imam, le Mahdi, occulté en 8744 et dont ils attendent la « réapparition » afin qu'il sauve le monde.

S. G. : L'Iran appréhende-t-il cette guerre contre Israël et les États-Unis comme une guerre religieuse ?

S. M. : Ce n'est pas une guerre religieuse, mais la religion est mobilisée par les trois protagonistes, dans des variantes messianiques (juives, évangéliques, chiites) et avec l'idée partagée que l'on se bat pour le Bien et contre les forces du mal. Si l'Iran peut utiliser des slogans religieux ou d'anciens mots d'ordre révolutionnaires, il mène la guerre avec une stratégie rationnelle et mesurée qui consiste à ménager ses forces, à provoquer des dégâts économiques pour faire pression sur l'ennemi, et à compter sur ses alliés pour prolonger la guerre, à partir du Liban, de l'Irak, et du Yémen potentiellement. En revanche, à l'intérieur du pays, le régime est en conflit avec une partie de sa population. La chaîne de commandement ayant été altérée, il semble que les pasdarans eux-mêmes soient dépassés par la base populaire des bassidjis5 qui se comporte comme une milice, traque les opposants et terrifie la population.

S. G. : « La victoire du sang sur l'épée » est une expression connue du champ lexical chiite, souvent mobilisée par le précédent secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah (1960 - 2024). Pouvez-vous l'expliquer et nous dire comment elle est comprise par les militants et les soutiens du parti ?

S. M. : Le slogan fait référence au martyre du troisième imam, Hussein avec une partie de sa famille et ses compagnons, à Kerbala (Irak) en 680. La bataille asymétrique qui l'a opposé à l'armée omeyyade est commémorée chaque année. Pour les chiites, elle représente « la victoire du sang sur l'épée », c'est-à-dire celle des martyrs sur les vainqueurs, du droit bafoué sur le droit usurpé, de l'opprimé sur l'oppresseur. Il s'agit d'une victoire morale. Lorsque les commémorations de la bataille furent politisées, à partir des années 1970 surtout, le slogan religieux devint un mot d'ordre politique mobilisateur et il l'est resté. Que les chiites engagés dans un combat soient gagnants ou perdants, la victoire morale leur incombe puisqu'ils ont le droit pour eux : le droit à la succession du prophète de l'imam Hussein est mis en parallèle avec le droit à leur terre pour les chiites du Liban, par exemple.

S. G. : Le Hezbollah, resté inactif pendant un an et demi devant les bombardements quotidiens d'Israël au Liban, a finalement réagi suite à l'assassinat de Khamenei. Dans ce contexte, comment faire la part des choses entre ce qui relève de la loyauté politique et financière à l'Iran, critiquée y compris à l'intérieur du Liban, et l'idéologie religieuse dont se réclame le parti ?

S. M. : Le Hezbollah n'a pas seulement réagi à la mort de Khamenei, qui était son chef (qâ'id) religieux et, dans une certaine mesure, son chef politique. Le parti a toute latitude pour mener sa politique au sein du Liban, mais il adhère à l'idéologie de la République islamique d'Iran et est solidaire de sa politique étrangère, ou en cas de conflit. Le Hezbollah a aussi réagi à l'assassinat de Hassan Nasrallah en septembre 2024, qu'il attendait de venger. Bien plus, même s'il était très affaibli par le dernier épisode guerrier avec Israël, il n'a pas désarmé, a repris des forces et s'est préparé. Pendant ce temps, Israël violait le cessez-le-feu des milliers de fois. Aussi, après la mort de Khamenei, et alors qu'Israël battait le rappel de 100 000 réservistes dont une partie interviendrait vraisemblablement au Liban, le Hezbollah a tiré des missiles sur Israël et déclenché un nouveau conflit. Israël a répliqué avec la force de frappe aérienne que l'on sait et tente, ces derniers jours, d'avancer dans le territoire libanais pour créer une « zone tampon » au sud du fleuve Litani. L'histoire se répète. Le Hezbollah en est revenu à sa raison d'être, la résistance contre une invasion israélienne, cette fois en coordination militaire étroite avec les pasdarans sur le terrain. C'est pourquoi il a des appuis, notamment parmi les groupes palestiniens et sunnites, et des soutiens dans sa base et parmi la population. Mais il s'est aussi attiré les critiques, voire la colère, pour avoir mis le feu aux poudres.

S. G. : Côté irakien, il a souvent été question ces dernières années d'un « nationalisme chiite », porté par la figure de l'ayatollah Sistani. Quelle est la portée de cette position dans le contexte actuel, où l'Irak est à la fois la cible de bombardements iraniens, et le point de départ d'attaques de milices chiites pro-iraniennes ? Quelle est la détermination de ces milices ? Et comment cela est-il perçu par l'opinion chiite irakienne ?

S. M. : Ali Sistani est une figure religieuse et l'autorité la plus suivie dans tous les mondes chiites, qui s'étendent d'Afrique de l'Ouest jusqu'à l'Indonésie, en passant par les diasporas d'Europe, d'Amérique et d'Australie. Néanmoins, ses prises de position politiques, au sein de l'Irak où il réside — même s'il est iranien d'origine —, vont en faveur du nationalisme irakien et visent à le renforcer. Il s'agit donc moins d'un « nationalisme chiite » que d'un nationalisme irakien porté par une autorité religieuse transnationale. Dans le chiisme, il n'y a pas de contradiction puisque la haute autorité, celle du marja‘ le référent »), est supraétatique et transnationale. Sistani peut à la fois ancrer son œuvre en Irak et représenter les chiites qui suivent ses préceptes, voire les autres, du monde entier.

Il en va différemment pour les groupes « pro-iraniens », dépendant financièrement de Téhéran qui s'alignent sur l'idéologie du régime et ont/avaient adopté Ali Khamenei pour marja‘. Ils suivent les directives de l'Iran et sont prêts à combattre pour le défendre. On peut d'ailleurs craindre qu'ils s'engagent plus avant dans la guerre contre Israël et les États-Unis. Leur cible n'est pas l'Irak ou ses dirigeants, mais les États-uniens et leurs alliés, qu'ils frappent là où ils peuvent, à savoir en Irak. L'opinion publique irakienne aspire à la paix et elle s'est manifestée en 2019, lors de la « révolution d'octobre », contre les milices pro-iraniennes et la pression exercée sur l'Irak par son voisin. Mais aujourd'hui, il s'agit de défendre un pays voisin, ami, musulman chiite contre une agression extérieure. Les milices pro-iraniennes pourraient trouver des soutiens dans la population. Ali Sistani, lui, reste en dehors du jeu politique et surtout militaire. Il se garde bien d'émettre une fatwa autorisant, voire encourageant le combat, comme il l'avait fait en 2014, en appelant à la lutte armée contre l'organisation de l'État islamique.

S. G. : À l'heure où les idéologies de lutte armée côté sunnite ont perdu du terrain, du djihadisme international jusqu'aux groupes armés nationaux comme le Hamas, la lutte armée chiite peut-elle s'affirmer comme la seule voie de résistance à Israël et aux États-Unis dans la région ?

S. M. : Pour le moment, en effet, seules des factions chiites mènent la lutte armée contre Israël, hormis les groupes sunnites qui appuient le Hezbollah au Liban. À celles-ci, il faut ajouter les Houthis du Yémen qui semblent attendre leur tour d'entrer dans la stratégie iranienne, en bloquant par exemple le détroit de Bab al-Mandeb.

On est donc dans ce que j'appellerais un « moment chiite ».


1Le velayat-e faqih est défendu par une partie seulement de la hiérarchie chiite. Selon la doctrine du chiisme duodécimain, après la mort du prophète Mohammed et des onze imams qui lui ont succédé, le douzième d'entre eux s'est «  retiré  » tout en restant en vie. En attendant la fin des temps et le retour de l'«  imam caché  », durant la période de la «  Grande Occultation  », qui doit guider la communauté des croyants. Selon l'ayatollah Ruhollah Khomeiny et les partisans du Velayat-e faqih, ce rôle revient au faqih, au docte, vicaire de l'«  imam caché  » et délégataire de la souveraineté divine.

2NDLR. La programmation neuro-linguistique est un outil pseudo-scientifique de médecine alternative de communication verbale et non verbale, de développement personnel et d'accompagnement au changement.

3NDLR. Titre honorifique chez les chiites duodécimains accordé aux religieux qui seraient de la descendance du prophète Mohammed.

4NDLR. Occultation mineure où le Mahdi continu à communiquer par message. L'Occultation majeure commence en 941.

5NDLR. Force paramilitaire.

25.03.2026 à 06:00

Le Yémen, un atout en réserve pour l'Iran

Afrah Nasser

La guerre déclenchée par les États-Unis et Israël contre l'Iran le 28 février s'est étendue à toute la région. Un seul front est resté calme, celui du Yémen. Les houthistes qui contrôlent Sanaa se sont pour l'instant tenus à l'écart tout en soutenant verbalement Téhéran. Une hésitation qui tient autant à des facteurs internes au Yémen qu'aux calculs de la République islamique à ce stade du conflit. Le 26 mars 2015, alors que l'Arabie saoudite démarrait son intervention militaire au Yémen, (…)

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La guerre déclenchée par les États-Unis et Israël contre l'Iran le 28 février s'est étendue à toute la région. Un seul front est resté calme, celui du Yémen. Les houthistes qui contrôlent Sanaa se sont pour l'instant tenus à l'écart tout en soutenant verbalement Téhéran. Une hésitation qui tient autant à des facteurs internes au Yémen qu'aux calculs de la République islamique à ce stade du conflit.

Le 26 mars 2015, alors que l'Arabie saoudite démarrait son intervention militaire au Yémen, Adel Al-Jubeir, ambassadeur saoudien à Washington, assignait un double objectif à la coalition militaire dirigée par le royaume : rétablir le gouvernement yéménite internationalement reconnu, et mettre fin à l'emprise des houthistes sur Sanaa, débutée en septembre 2014. Onze ans plus tard, le gouvernement yéménite n'a toujours pas été rétabli et les houthistes tiennent la capitale. La guerre perdure, non sous la forme d'un affrontement spectaculaire d'armées en mouvement, mais comme une impasse, un conflit qui refuse de se résoudre et qui continue d'affecter les moyens de subsistance des civils yéménites.

Le Yémen se trouve dans un entre-deux précaire que les diplomates qualifient volontiers de situation de « ni guerre ni paix ». Les grandes offensives qui ont autrefois structuré le conflit se sont pour l'essentiel interrompues depuis la trêve de 2022 qui, bien que n'ayant pas été renouvelée, perdure. Les bombardements saoudiens, qui incarnaient visuellement le conflit, ont en grande partie cessé depuis quatre ans. Pourtant, aucune paix véritable ne s'est matérialisée.

Le pays s'est au contraire installé dans une fragmentation durable. Les houthistes contrôlent Sanaa et l'essentiel du nord-ouest du territoire, administrant un espace conquis au fil des années. Ailleurs, un ensemble de forces alignées sur le gouvernement reconnu internationalement et sur l'Arabie saoudite domine en théorie les régions du sud et de l'est.

Fragmentation du camp anti-houthiste

Pendant une grande partie de la dernière décennie, les forces opposées aux houthistes ont passé moins de temps et d'énergie à lutter contre leurs ennemis qu'à se diviser, et parfois même se battre entre elles. La fragmentation était profonde, accentuée par les priorités divergentes de l'Arabie saoudite et des Émirats arabes unis. Pour l'essentiel, Riyad visait un État yéménite unifié sous l'autorité du gouvernement reconnu, tandis qu'Abou Dhabi semblait privilégier un Yémen fragmenté, notamment avec un sud semi-autonome, voire indépendant. Chacune des deux puissances régionales a ainsi investi dans ses propres réseaux d'alliés.

Abou Dhabi a soutenu plusieurs acteurs, dont le Conseil de transition du Sud (CTS), formation sécessionniste dirigée par Aïdarous Al-Zoubaïdi qu'elle a contribué à créer en 2017, les forces de la Ceinture de sécurité à Aden, les Brigades des Géants d'Abdulrahman Al-Mahrami, les forces de Tareq Saleh, neveu de l'ancien président Ali Abdallah Saleh, ainsi que les unités d'élite hadramies et shabwanies. Riyad, pour sa part, s'est appuyée sur des personnalités liées au parti Islah, dont Sultan Al-Arada, gouverneur de Marib, et Abdallah Al-Alimi Bawazir, ancien chef du bureau présidentiel.

Carte du Yémen montrant les forces en présence et les régions en décembre 2025.

Ces logiques ont donc fragmenté le camp anti-houthiste et détourné le conflit de sa logique initiale. Les structures de commandement se superposaient ou entraient en concurrence, le soutien militaire arrivait de manière inégale et les loyautés politiques demeuraient fragmentées.

Les formations soutenues par les Émirats arabes unis opéraient selon des ordres extérieurs aux institutions étatiques. À l'inverse, les forces soutenues par l'Arabie saoudite demeuraient formellement rattachées aux ministères de la défense et de l'intérieur, en lien notamment avec des réseaux affiliés à Islah. En pratique toutefois, ces structures pro-saoudiennes coexistaient sans réelle intégration, répondant à des parrains et à des agendas politiques variés.

À maintes reprises, ces fractures ont affaibli les tentatives de pression sur les positions houthistes, transformant ce qui aurait pu être des campagnes coordonnées en une succession d'échecs. Ainsi, en 2019, les affrontements entre forces gouvernementales et unités du CTS à Aden ont conduit ces dernières à s'emparer de la capitale intérimaire. En 2020, l'effondrement de l'offensive gouvernementale dans la province d'Al-Jawf, suivi d'une avancée houthiste vers Marib et Shabwah, a mis en lumière l'absence de commandement coordonné.

Évolution et réorganisation des différentes forces

Au début de l'année 2026, toutefois, le paysage intérieur a commencé à évoluer significativement. L'engagement militaire des Émirats arabes unis au Yémen a pris fin après l'échec de leur stratégie visant à étendre le contrôle du CTS vers l'est. L'Arabie saoudite s'y est opposée, consolidant son influence puis remodelant le mouvement sudiste à son avantage.

Ces évolutions ont ouvert la voie à une possible réorganisation des forces yéménites opposées aux houthistes. Cette dynamique s'est notamment traduite par l'annonce de la nomination d'un nouveau gouvernement en février 2026. Toutefois, pléthorique comme il est et incapable d'intervenir pleinement dans l'ensemble des zones hors du contrôle houthiste, celui-ci demeure bien fragile.

Des efforts existent désormais — encore hésitants et inégaux — pour regrouper les différentes formations militaires sous une forme de commandement unifié. Parallèlement, l'Arabie saoudite a renforcé son rôle direct dans la supervision de zones stratégiques clés, notamment Aden et certaines portions de la côte occidentale. Les partisans du CTS restent néanmoins actifs, capables d'organiser des manifestations importantes en soutien à Aïdarous Al-Zoubaïdi, exilé depuis janvier 2026.

L'approche de Riyad porte désormais la marque d'une puissance ayant appris, lentement et à grands frais, les limites de l'usage de la force au Yémen. Pourtant, rien n'est vraiment réglé sur le terrain. Dans le nord, les dirigeants houthistes conservent le pouvoir sur la majorité de la population totale du Yémen. Leur stratégie militaire agressive en mer Rouge au cours des deux dernières années et demie montre qu'ils ne constituent pas une nuisance passagère, mais un enjeu stratégique durable que Riyad et le reste du monde ne peuvent vraiment ignorer.

Depuis novembre 2023, les forces houthistes ont ciblé les routes maritimes commerciales, s'attaquant d'abord à des navires liés à Israël avant d'étendre leurs frappes à des bâtiments associés à des dizaines de pays, souvent sans discrimination. En octobre 2024, elles avaient mené plus de 190 attaques en mer, contraignant plus de 2 000 navires à contourner la zone, perturbant ainsi le commerce mondial. Des dizaines de missiles et drones avaient aussi été envoyés en Israël.

Avant cette phase de projection de la violence, les flux de missiles et de drones houthistes envoyés vers des positions en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis jusqu'en 2022 avaient déjà mis en lumière la vulnérabilité des monarchies du Golfe. La stratégie militaire des houthistes, appuyée sur des transferts de technologie iraniens, a préfiguré la situation actuelle qui, avec les attaques iraniennes et la fermeture du détroit d'Ormuz, a mis au jour les failles béantes du dispositif sécuritaire régional.

Aéroports, infrastructures pétrolières et même, potentiellement, La Mecque demeurent donc à portée d'attaque des houthistes. Pour les Saoudiens, il paraît donc nécessaire de trouver un terrain d'entente avec eux. Pour l'heure, les diplomates et militaires à Riyad semblent moins enclins à lancer une nouvelle offensive qu'à consolider ses positions : unifier leurs partenaires yéménites et renforcer les lignes déjà tenues hors des zones houthistes.

Dès lors, le terrain yéménite demeure, pour l'instant, relativement calme comparé à d'autres foyers de tension au Proche-Orient. Les lignes de front tiennent. La guerre se suspend sans s'achever, tandis que l'économie et la situation humanitaire, malgré leur dureté manifeste, révèlent une certaine capacité d'adaptation de la société.

Face à la guerre contre l'Iran, les hésitations des houthistes

Mais le calme apparent est fragilisé par la guerre lancée le 28 février par les États-Unis et Israël contre l'Iran. Le conflit yéménite pourrait bien, une nouvelle fois, déborder de ses frontières. Les houthistes, interviendront-ils pour soutenir leur principal allié, l'Iran, comme ils l'ont fait en appui à Gaza, ou choisiront-ils la retenue ? S'ils le décident, la mer Rouge pourrait alors redevenir leur théâtre d'action.

À la mi-mars 2026, les appels publics de la nouvelle direction iranienne à fermer le détroit de Bab El-Mandeb ont reçu des réponses ambiguës de la part des dirigeants militaires houthistes. Depuis une décennie, leurs opérations au-delà des frontières semblent certes s'articuler avec les calculs stratégiques de Téhéran. Mais la relation entre les houthistes et l'Iran ne relève pas d'une hiérarchie stricte de type mandataire (« proxy »), mais plutôt d'un réseau souple d'acteurs alliés, unis par une idéologie commune, des intérêts partagés et des mécanismes de coordination régionale.

Cette configuration s'exprime dans le discours offensif des houthistes, qui insiste sur une forme de disponibilité à soutenir Téhéran. Ils multiplient les déclarations et mobilisent des foules importantes, comme lors de la manifestation du 7 mars à Sanaa dénonçant « l'agression américano-sioniste ». Pourtant, ils n'ont pas franchi le seuil d'un engagement total. Leur posture révèle une forme d'ambiguïté stratégique liée à un calcul géopolitique autant qu'interne. Les houthistes ont en effet beaucoup à perdre de la fin d'un statu-quo qui leur est favorable.

Le détroit de Bab El-Mandeb représente pour eux un levier considérable. Une perturbation, même limitée, peut affecter les flux commerciaux et énergétiques mondiaux. Mais toute escalade comporte des risques. Une campagne prolongée contre des cibles israéliennes ou étatsuniennes entraînerait très probablement une riposte d'une ampleur inédite. Les pertes subies par les houthistes — notamment la mort de membres de leur cabinet lors d'une frappe israélienne sur Sanaa en août 2025 — illustrent le coût potentiel d'une telle escalade.

Une partie du calcul se joue aussi à Téhéran. Après l'affaiblissement de plusieurs de ses partenaires régionaux, l'Iran pourrait être peu enclin à compromettre un acteur à la fois solide et stratégiquement utile. Les houthistes occupent en effet une position singulière : résilients, situés à proximité de routes maritimes vitales et capables, s'ils le décidaient, d'exercer une pression bien au-delà du Yémen. Cet atout pourrait bien être mobilisé plus tard, ultime carte gardée en réserve par l'Iran et ses rares alliés.

24.03.2026 à 06:00

Guerre en Iran. Le Maghreb se refuse à condamner les États-Unis

Khadija Mohsen-Finan

Des trois pays du Maghreb, le Maroc se situe le plus fermement du côté des attaques états-uniennes et israéliennes contre l'Iran. Plus surprenante est la position de l'Algérie et de la Tunisie qui, rompant avec leur positionnement traditionnel, cherchent à s'attirer les bonnes grâces du président états-unien Donald Trump. La guerre contre l'Iran par Israël et les États-Unis intervient alors que des négociations sur le Sahara occidental sont en cours sous l'égide des États-Unis et de leur (…)

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Des trois pays du Maghreb, le Maroc se situe le plus fermement du côté des attaques états-uniennes et israéliennes contre l'Iran. Plus surprenante est la position de l'Algérie et de la Tunisie qui, rompant avec leur positionnement traditionnel, cherchent à s'attirer les bonnes grâces du président états-unien Donald Trump.

La guerre contre l'Iran par Israël et les États-Unis intervient alors que des négociations sur le Sahara occidental sont en cours sous l'égide des États-Unis et de leur président Donald Trump. Washington, qui a déjà reconnu la souveraineté du Maroc sur ce territoire, soutient Rabat dans ce conflit. Par-delà cette première contrainte, le positionnement du Maroc est conditionné par le partenariat stratégique et économique dans lequel ce pays est engagé avec l'administration Trump d'une part, mais aussi avec Israël depuis la normalisation des relations bilatérales en 2020.

Ces paramètres expliquent que Rabat ait condamné les tirs de missiles iraniens contre les pays du Golfe, sans exprimer la moindre réserve sur l'opération lancée contre l'Iran. L'attitude du Maroc paraît d'autant plus cohérente qu'en juin 2025, lors de la guerre dite « des 12 jours » qui avait opposé déjà Israël, puis les États-Unis à l'Iran, Rabat n'avait publié aucun communiqué officiel.

Une hostilité ancienne à la République islamique

L'hostilité du Maroc à la République islamique d'Iran est ancienne. La première rupture entre les deux pays remonte à 1980, lorsque l'Iran de l'ayatollah Ruhollah Khomeiny reconnaissait le mouvement indépendantiste du Front Polisario. La seconde date de 2018, le Maroc avait alors rompu ses relations diplomatiques avec l'Iran, l'accusant de livrer des armes au Front Polisario. Il n'est donc pas étonnant de voir les autorités politiques marocaines qualifier, en mars 2026, d'« abjectes » les frappes iraniennes sur les pays du Golfe, considérant cette agression comme une « violation flagrante de la souveraineté nationale de ces États, inacceptable à leur sécurité et une menace directe à la stabilité de la région. »1

Cette position n'est pas partagée par l'ensemble des formations politiques marocaines. Certaines d'entre elles, comme le Parti de la justice et du développement (PJD) ou la Fédération de la gauche démocratique (FGD), ont publié des communiqués condamnant l'attaque contre l'Iran. D'autres ont appelé à des actions, comme le Groupe d'action nationale pour la Palestine qui voulait organiser un sit-in pour « dénoncer l'agression sioniste américaine contre l'Iran ». Mais les rassemblements ont été empêchés par les autorités, tout comme la manifestation du 2 mars à Tétouan, organisée par le Front marocain de soutien à la Palestine et contre la normalisation avec Israël, et qui rassemble des ONG et des partis politiques.

L'opposition à l'attitude officielle du Maroc est également venue du monde religieux. Dans un communiqué signé par plusieurs oulémas marocains, ces derniers ont exprimé leur solidarité avec l'Iran en tant que pays musulman. Le théologien Ahmed Raïssouni, qui avait autrefois cofondé et dirigé le Mouvement unicité et réforme (MUR), véritable matrice idéologique du PJD, avant de présider l'Union internationale des oulémas musulmans (UIOM), a exprimé un positionnement sans ambiguïté : « Je suis avec l'Iran parce qu'ils sont musulmans et parce qu'ils sont opprimés. Je suis contre les agresseurs criminels et leurs alliés2 ». Même si elles émanent d'une figure paradoxale qui a toujours défendu la séparation entre le pouvoir politique et le pouvoir religieux dans un pays où le roi est commandeur des croyants, ces déclarations remettent explicitement en cause le positionnement officiel du Maroc dans le camp anti-Iran.

Washington et Tel-Aviv, meilleurs alliés du roi

Mais les autorités de Rabat ne font pas grand cas de ces voix et assument leur posture solidaire des pays du Golfe avec lesquels elles entretiennent des liens solides. Les bénéfices que le Maroc tire de son partenariat avec les États-Unis et avec Israël expliquent l'absence de dénonciation de leurs bombardements. En 2020, Donald Trump reconnaissait la marocanité du Sahara occidental, ouvrant la voie à des changements de positionnement d'autres États, comme l'Espagne ou encore la France sur cette question. C'est aussi l'administration Trump qui multiplie les rencontres en 2026, de manière à clore le conflit en privilégiant l'option marocaine d'une autonomie sous souveraineté marocaine. Elle a aussi soutenu Rabat lors du vote historique du 31 janvier 2026 de la résolution 2797 du conseil de sécurité de l'ONU reconnaissant le plan d'autonomie marocain comme la référence principale d'une solution au conflit.

La contrepartie de ce soutien était la signature par le Maroc des accords d'Abraham en 2020. Dès lors, l'administration Trump considérait ce pays comme un acteur de stabilité au Maghreb et en Afrique, jugé digne d'être récompensé. Le Maroc a été invité par Donald Trump à rejoindre le Conseil de la paix, et devrait également participer à la force internationale de stabilisation à Gaza, en envoyant des soldats sur place.

Ces bonnes manières faites au Maroc ne se limitent pas au dossier du Sahara : les droits de douane imposés aux pays du Maghreb sont nettement plus faibles pour le Maroc (10 %), au lieu de 30 % pour l'Algérie et 25 % pour la Tunisie. Autre signe de distinction, Donald Trump pense transférer le siège du commandement des États-Unis pour l'Afrique (Africom) de Stuttgart à Rabat, qui accueille régulièrement l'exercice multinational African Lion, conduit par Africom. Ces différents gains, auxquels s'ajoutent les investissements états-uniens au Sahara occidental3, ne peuvent être remis en question par la guerre contre l'Iran.

D'autant que le Maroc est engagé dans une coopération avec Israël, comme l'atteste l'achat d'un système de défense antiaérienne Barak MX4, ou l'installation d'une usine de drones du groupe israélien BlueBird Aero Systems dans la province de Benslimane, près de Casablanca, qui entrera en service en avril 2026. Ce double partenariat dont bénéficie le Maroc le place naturellement dans le camp des anti-Iran. Face à ses détracteurs, Rabat n'hésite pas à mettre en avant son rôle de médiateur au service des Palestiniens, que ce soit pour débloquer des fonds, retenus par Israël, destinés à l'Autorité palestinienne, ou encore pour permettre à l'aide humanitaire d'entrer dans Gaza, sans grand succès pour l'instant.

Le revirement diplomatique de l'Algérie

Si l'attitude du Maroc s'inscrit dans le sillage des accords d'Abraham, la position algérienne confirme une rupture avec ses principes diplomatiques, et vis-à-vis de l'Iran. Le 1er mars, le ministre algérien des affaires étrangères, Ahmed Attaf, a exprimé « la solidarité totale de l'Algérie avec les pays arabes frères qui ont été victimes d'attaques militaires ». En revanche, Alger n'a pas déploré la mort du Guide suprême Ali Khamenei, alors qu'elle avait réagi, lors de la « guerre des 12 jours », aux bombardements israéliens sur le sol iranien en évoquant « une agression qui n'aurait pas été possible sans l'impunité dont jouit l'agresseur ». Le 13 juin 2025, l'Algérie avait aussi appelé le Conseil de sécurité des Nations unies à « assumer pleinement sa responsabilité de protéger la paix et la sécurité internationales ».

Bien sûr, cette rupture avec Téhéran n'est pas une première. Il y eut un grand moment de froid entre les deux pays, de 1993 à 1999. Alger accusait alors l'Iran de soutenir et de financer les groupes armés islamistes dans le contexte de la décennie noire, et avait rompu ses relations avec Téhéran. Mais le président Abdelaziz Bouteflika les a rétablies en 2000. Ses homologues iraniens Mohammad Khatami et Mahmoud Ahmadinejad s'étaient rendus à Alger en 2004 et 2007. En 2026, Ali Khamenei y était même attendu pour une visite officielle dont la date restait à déterminer.

Ces dernières années, l'Algérie avait défendu le droit de l'Iran d'acquérir la technologie nucléaire à des fins pacifiques. Les relations avaient retrouvé leur niveau de proximité de l'année 1980. Dans le contexte de la guerre entre l'Irak et l'Iran (1980-1988), Alger avait mis en œuvre sa diplomatie en jouant un rôle majeur dans la libération des otages de l'ambassade états-unienne5, qualifiant l'Iran de « pays tiers ami ». Aujourd'hui pourtant, elle ne condamne pas les attaques israéliennes et états-uniennes.

L'atout gazier ?

Soucieuse de ménager Donald Trump, l'Algérie estime que cette guerre pourrait peut-être lui offrir l'opportunité de se positionner comme acteur économique. Si la guerre au Proche-Orient s'inscrit dans la durée, Alger pourrait profiter de sa proximité géographique avec l'Europe et être tentée d'augmenter sa production de barils afin d'exporter son pétrole vers des pays en difficulté d'approvisionnement. Selon une information du média spécialisé dans les affaires énergétiques Attaqa, reprise par Algérie 360 le 2 mars 2026, le pays pourrait également se positionner en recours gazier stratégique pour satisfaire une demande de plus en plus grande dans le contexte de la guerre en Iran et en Ukraine. Ses ventes de gaz liquéfié destinées au Vieux Continent peuvent s'intensifier, à travers les gazoducs Trans-med et Medgaz qui passent sous la Méditerranée. Une perspective toutefois discutable compte tenu de l'état du secteur gazier et pétrolier et de sa productivité.

Alger espère aussi sortir de son isolement diplomatique et stratégique auquel sa rigidité doctrinale et son incapacité à s'adapter aux évolutions géopolitiques ont largement contribué. Depuis 2021, le pays s'est brouillé avec la plupart de ses voisins : le Maroc en 2021, l'Espagne en 2022 pour reconnaissance de la marocanité du Sahara et la France en 2024 pour la même raison. La même année, Alger était en froid avec les Émirats arabes unis6. Sur son flanc sud, l'Algérie, traditionnellement influente dans les pays du Sahel, a été rejetée par les nouveaux gouvernements issus des coups d'État militaires — Mali, Burkina Faso et Niger —, tandis que ces États se sont regroupés dans l'Alliance des États du Sahel (AES) qui participe à la recomposition de la géopolitique de la région. Enfin, en s'éloignant progressivement de la Russie, son partenaire historique, Alger éprouve des difficultés à peser dans le conflit libyen.

Consciente de cette solitude, le pays a décidé d'opérer un rapprochement avec Washington. Ce choix explique sa non-participation au vote de la résolution du Conseil de sécurité de l'ONU sur l'autonomie du Sahara occidental ou encore la non-condamnation des bombardements d'Israël et des États-Unis.

Diplomatie « de la retenue » pour la Tunisie

Comme pour Alger, le changement de posture vis-à-vis de l'Iran est de mise pour la Tunisie. Le président Kaïs Saïed s'était en effet rapproché de Téhéran ces deux dernières années. Les deux pays ont exprimé leur volonté de s'engager dans une coopération technologique dans le domaine de l'intelligence artificielle (IA). Le chef de l'État s'est également rendu à Téhéran en mai 2024 suite à la mort du président iranien Ibrahim Raïssi. Lors de la « guerre des 12 jours » contre l'Iran, Tunis avait dénoncé une atteinte à la souveraineté et à la sécurité de la République islamique, une violation flagrante de la Charte des Nations unies et de toutes les lois et coutumes internationales.

Le communiqué du ministère tunisien des affaires étrangères du 1er mars 2026 est radicalement différent : il n'évoque pas l'assassinat du guide Ali Khamenei, ne condamne ni Israël ni les États-Unis — qui ne sont même pas cités — et se contente d'appeler à la sagesse et au retour à la table des négociations.

Mais contrairement à l'Algérie, qui interdit toute manifestation de protestation contre les bombardements de l'Iran, la colère des Tunisiens a pu s'exprimer dans le centre-ville de la capitale au neuvième jour de la guerre. Les participants ont pu agiter des drapeaux iraniens et des drapeaux palestiniens, ainsi que des portraits d'Ali Khamenei. En revanche, Tunis a donné des gages à Washington en arrêtant sept membres de la campagne Global Sumud Flottilla qui a organisé un départ de bateaux pour briser le siège de Gaza à l'été 2025, et s'apprêtait à refaire de même en avril 2026. Ils et elles ont été accusés de « blanchiment d'argent » dans le cadre de la collecte de fonds pour la flottille.

Dans un communiqué publié le 17 mars, plusieurs organisations, dont la Ligue tunisienne des droits de l'homme, ont dénoncé un recours « abusif » à ces accusations dans des affaires à caractère politique. Pour ces collectifs, l'objectif ne se limite pas à empêcher le départ de navires vers Gaza, mais vise plus largement à affaiblir le mouvement de soutien à la cause palestinienne. Elles accusent également le régime de « s'être contenté pendant des années de discours et de slogans sur les droits des Palestiniens, sans prendre de mesures concrètes pour les soutenir ».

Ces arrestations confirment l'embarras de l'exécutif tunisien. Depuis quelques années, sa diplomatie était quelque peu calquée sur la diplomatie algérienne. En outre, le souverainisme mis en avant par le président Saïed ne lui permet pas de se brouiller avec Donald Trump, l'armée tunisienne étant en partie financée par les États-Unis. Enfin, le pays bénéficie de l'aide financière de certains États du Golfe, en particulier l'Arabie saoudite. Autant dire que Carthage dispose d'une marge de manœuvre étroite et n'a plus d'espace diplomatique et géopolitique pour faire entendre une quelconque singularité. Comme l'Algérie, la Tunisie n'a plus les moyens d'être dans la dissidence diplomatique.


1NDLR. Dans un communiqué du ministère des affaires étrangères, de la coopération africaine et des Marocains résidant à l'étranger, 28 février 2026.

2Jassim Ahdani, «  Au Maroc, le cas iranien divise  », Jeune Afrique, 5 mars 2026.

3En août 2025, le département d'État a donné son feu vert à ces investissements avec un premier programme de 5 millions de dollars (4,3 millions d'euros).

4NDLR. Construit par la coentreprise entre Israel Aerospace Industries (IAI) et la société Rafael (Rafael Advanced Defense Systems).

5NDLR. Du 4 novembre 1979 au 20 janvier 1981, 52 diplomates et civils états-uniens sont retenus en otage par des étudiants iraniens dans l'ambassade des États-Unis à Téhéran.

6NDLR. Le gouvernement algérien reproche aux Émirats une politique régionale interventionniste, notamment en Libye, au Mali et au Soudan, des investissements au Sahara occidental et des tentatives d'ingérence dans les affaires intérieures algériennes.

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