23.02.2026 à 06:00
Juliette Cailloux, Nathalie Bardou
Dans les camps informels du littoral nord, des femmes venues du Soudan, d'Erythrée, de Syrie ou du Tchad inventent des formes de solidarité discrètes mais vitales. En quelques jours, des inconnues deviennent des alliées indissociables face aux violences institutionnelles. Reportage. Dans les campements informels, la précarité et la violence structurent le quotidien des personnes exilées. Mais pour les femmes, cette réalité est redoublée par des violences spécifiques liées au genre. (…)
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Dans les camps informels du littoral nord, des femmes venues du Soudan, d'Erythrée, de Syrie ou du Tchad inventent des formes de solidarité discrètes mais vitales. En quelques jours, des inconnues deviennent des alliées indissociables face aux violences institutionnelles. Reportage.
Dans les campements informels, la précarité et la violence structurent le quotidien des personnes exilées. Mais pour les femmes, cette réalité est redoublée par des violences spécifiques liées au genre. Harcèlement, agressions sexuelles, menaces, exposition constante au regard et au contrôle des autres : la simple traversée d'un camp, l'accès aux sanitaires ou un déplacement hors site peuvent devenir des situations à risque.
Les campements s'étalent entre Grande-Synthe, Loon-Plage et Mardyck, à proximité de la ville de Dunkerque, dans le Nord de la France. Ils sont dispersés dans les bois et les terrains vagues du littoral industriel.

Certains se nichent dans des forêts humides, d'autres le long de routes dangereuses que les personnes exilées empruntent à pied pour rejoindre les points de distribution ou tenter la traversée de la Manche. Ces axes routiers, bordés de camions et dépourvus de trottoirs, exposent quotidiennement femmes et enfants aux accidents.


Depuis l'automne 2024, les femmes sont de plus en plus nombreuses dans les camps, bien que largement invisibilisées dans les récits migratoires. Près de la moitié d'entre elles voyagent seules, selon le Refugee Women's Centre. Cette augmentation s'explique en partie par les fenêtres de passage vers l'Angleterre, qui font que les femmes affluent sur le littoral quand les conditions météorologiques et les opportunités de traversée existent. Le cas échéant, elles sont orientées vers des hébergements en CAES (Centres d'accueil et d'examen des situations). Ces structures ne sont ni idéales ni adaptées aux vulnérabilités spécifiques des femmes, mais offrent au moins un abri, contrairement aux tentes.



Les dangers sont augmentés par la politique du « zéro point de fixation » qui rythme le quotidien des camps. Orchestrée par l'État, elle se traduit par des démantèlements systématiques. Selon l'association Human Rights Observers (HRO) qui documente ces opérations, 632 expulsions de campements ont été recensées en 2025 dans le Calaisis et le Dunkerquois, touchant plus de 8 740 personnes. Les exilés sont ainsi davantage poussés à tenter la traversée de la Manche en bateau, opération dangereuse, voire fatale. L'année 2024 s'est clôturée comme la plus meurtrière jamais enregistrée avec 89 décès lors de ces traversées, un triste record depuis l'apparition des « small boats » en 2018.
L'Observatoire des camps de réfugiés a recueilli les témoignages de plusieurs femmes vivant dans les différents campements du Dunkerquois entre novembre 2025 et janvier 2026.


Ces récits mettent en lumière une dimension largement invisibilisée des migrations : la sororité de protection que développent les femmes face aux violences. Exposées aux mêmes conditions indignes que les hommes — absence d'eau potable, de sanitaires, d'électricité — et à des violences supplémentaires liées au genre, elles tissent ce que la sociologue Elsa Tyszler nomme, dans un entretien accordé à l'O-CR, des « communautés de survie » : des liens essentiels pour tenir, résister et ne pas disparaître aux marges de l'Europe.

Les dangers qui menacent les exilées ne commencent pas en France. Aux frontières de l'Europe, les femmes, en particulier celles qui voyagent seules, sont confrontées à des rapports de domination exacerbés, notamment avec les passeurs. Soundouss, 37 ans, a quitté la Syrie quand la guerre civile a éclaté. Diplômée en finance, elle travaillait dans une banque avant de prendre la route. Elle a subi du harcèlement sexuel tout au long d'un exil qui s'est étendu sur dix ans et dix pays. Seule et sans enfant, elle raconte comment les passeurs « profitent de [s]on statut de femme » : informations retenues, trajets suspendus, pressions constantes. Refuser signifie parfois rester bloquée, sans alternative ni soutien.

« Je traîne un bagage lourd, plein d'histoires », confie à son tour Missi, 25 ans. La jeune femme enseignait à l'université avant de fuir son pays, l'Érythrée. À la simple mention de la Libye, une autre femme s'effondre en larmes, sans pouvoir en dire davantage. Beaucoup prennent des pilules contraceptives avant le départ ou voyagent avec la pilule du lendemain, tant le viol est considéré comme inévitable. Dans les centres de détention libyens, où les garde-côtes financés par l'Union européenne enferment les personnes interceptées en mer, les viols par les gardiens sont monnaie courante, selon des témoignages recueillis par l'ONU. D'autres ont souvent frôlé la mort en mer ou dans le désert.
Face à ces risques, les femmes cherchent à éviter un isolement qui les condamnerait davantage. Tigiss, 26 ans, a dû fuir l'Érythrée après l'emprisonnement de son père, opposant au régime. Formée en comptabilité, elle a pris la route vers l'Europe début 2025, passant par la Turquie puis le camp de Mytilène en Grèce, où elle est restée trois mois. C'est là qu'elle a rencontré Missi, enfermée pendant neuf mois dans ce même camp. Les deux femmes, arrivées dans le campement il y a un mois, ne se quittent plus. « Nous dormons dans la même tente, l'une contre l'autre, comme ça », mime Tigiss en se collant à son amie avec un sourire.

Du réveil au coucher, les deux femmes passent l'essentiel de leur journée ensemble. « On se surveille l'une l'autre même quand nous partons faire nos besoins à l'écart des tentes », explique encore la jeune femme. Comme Akbarehet et Muluhabte qui ne se connaissaient pas il y a deux semaines, la mise en place de binômes ou de petits groupes féminins rend la solitude exceptionnelle. « On se sent en sécurité ensemble », résument-elles. Les déplacements sont pensés collectivement, les décisions partagées, les absences surveillées.

Ces pratiques transforment des gestes ordinaires en mécanismes de défense, indispensables pour traverser des espaces où l'insécurité n'est pas accidentelle mais structurelle. Le long de la route qui longe les campements entre Grande-Synthe et Loon-Plage, les femmes se déplacent en groupe de 4 ou 5 personnes, parfois plus, pour se rendre au point de ralliement des associations près des campements, où un bus les conduit dans un gymnase tout proche pour bénéficier d'une douche de 5 minutes. Elles vont également déposer leur linge sale auprès des associations qui les reçoivent en dehors du campement.

Dans le campement soudanais d'environ 70 personnes où vit Imane, 27 ans, diplômée en médecine à Khartoum, l'organisation quotidienne repose sur une division du travail. La jeune Soudanaise est arrivée en France avec sa sœur et son frère quand la guerre civile a éclaté en 2023. Dans le camp, les hommes assurent l'approvisionnement en eau et en bois, allument les feux et procèdent au nettoyage du site chaque matin. Les femmes prennent en charge les enfants et la préparation des repas. « Ils nous protègent ici, on se sent en sécurité », explique Imane. Les tentes des femmes et des enfants sont en effet regroupées au centre du camp, protégées des regards, dans un environnement où l'intimité est quasi inexistante. La nuit, des rondes sont organisées pour surveiller les abords du campement et prévenir les interventions policières.



Toutefois, les femmes ressentent le besoin de se retrouver dans des espaces de non-mixité que certaines associations mettent à leur disposition. C'est le cas du Refugee Women's Centre qui accompagne des femmes sur le littoral, distribue vêtements, matériel de couchage et produits d'hygiène, mais surtout crée un lieu où les femmes peuvent se retrouver, échanger et tisser des liens de confiance. « Les femmes ne sont pas à l'aise dans les espaces mixtes. Il y a des sujets sensibles », explique Soundouss.
Passé la porte, les sourires apparaissent. Un groupe de cinq femmes s'installe autour d'une table. Elles prennent un morceau de gâteau, se mettent du vernis à ongles, s'échangent un miroir, récupèrent tour à tour des vêtements chauds et propres auprès des bénévoles.

Au bout de quelques dizaines de minutes, une ambiance détendue s'installe. L'une des femmes ouvre son téléphone et montre des photos d'elle avant le voyage. Puis une photo de sa fille, 6 ans, qu'elle a dû laisser au pays. Elle n'a jusque-là parlé de l'existence de son enfant à personne et souhaite garder l'anonymat total. « Je n'ai pas pu la prendre avec moi, ce n'est pas un endroit pour elle. J'ai été emprisonnée sur le chemin, je ne pouvais pas lui faire prendre autant de risques », confie-t-elle. « Les histoires intimes ne peuvent souvent se partager que dans des espaces non-mixtes où les femmes se sentent pleinement en confiance », nous explique une des bénévoles du Refugee Women's Centre. Quelques minutes plus tard, une autre bénévole distribue des préservatifs aux femmes, en expliquant que cela peut également protéger leur téléphone portable de l'eau durant la traversée de la Manche. Elle leur montre ensuite une vidéo expliquant comment enfiler une couverture de survie.

À la fin de 2024, plus de 123 millions de personnes étaient forcées de fuir leur domicile en raison de conflits, de violences ou de violations graves des droits humains, d'après le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Aujourd'hui, près de la moitié de ces personnes sont des femmes, et, parmi elles, presque la moitié voyage seule.
Pourtant, cette réalité reste largement effacée des discours politiques et médiatiques. « Les politiques migratoires se basent sur des fantasmes », constate Elsa Tyszler.
« Les gouvernements, notamment européens, ne pensent les migrations que par le prisme sécuritaire », poursuit la sociologue. Pour justifier cette approche, les politiques mettent en avant des figures masculines et racisées du « danger migratoire ». « Parler de femmes et d'enfants n'est pas intéressant, parce que cela réhumanise la question. »
Que l'on doive parler de femmes et d'enfants pour réhumaniser les exilés est d'ailleurs en soi problématique. Cela révèle à quel point les hommes racisés ont été déshumanisés dans les discours politico-médiatiques. Cette invisibilisation délibérée alimente un récit de menace qui légitime des mesures souvent mortifères.
Quant aux exilées, cette sororité du quotidien constitue pour elles autant une forme de résistance politique qu'une stratégie de survie.
20.02.2026 à 14:40
S'abonner à la lettre hebdomadaire d'Orient XXI Hommage à Leïla Shahid (13 juillet 1949 - 18 février 2026) Camarade de route d'Orient XXI, Leïla Shahid, déléguée générale de l'Autorité palestinienne en France (1994 à 2005), puis ambassadrice de la Palestine auprès de l'Union européenne, de la Belgique et du Luxembourg (2005 à 2015), est décédée le 18 février 2026. En 2024, elle avait écrit la préface du livre de notre correspondant à Gaza, Rami Abou Jamous Journal de bord de Gaza (…)
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Camarade de route d'Orient XXI, Leïla Shahid, déléguée générale de l'Autorité palestinienne en France (1994 à 2005), puis ambassadrice de la Palestine auprès de l'Union européenne, de la Belgique et du Luxembourg (2005 à 2015), est décédée le 18 février 2026.
En 2024, elle avait écrit la préface du livre de notre correspondant à Gaza, Rami Abou Jamous Journal de bord de Gaza (Éditions Libertalia, collection Orient XXI). Il lui rend aujourd'hui hommage dans un texte magnifique :
L'Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco) recevra, le 27 février, Doha Al Kahlout et Nour Al Assy, deux poétesses palestiniennes venues en France durant le génocide en cours. Après une discussion animée par Amina Najib et Houssam Bou Antoun, les poétesses proposeront une lecture de leurs poèmes. La soirée se conclura par des chants folkloriques avec Abeer Hamad (chant) et Alain Miqdad (oud).
« Les mots face au massacre : exprimer l'inexprimable »
27 février
19h à 21h30
Auditorium de l'Inalco
65 rue des Grands Moulins, 75013 Paris
Inscription obligatoire
Ibrahima Poudiougou : « Les populations sont très fatiguées », Nathalie Prévost, 18 février 2026
Entretien Depuis plus de dix ans, le delta central du Mali traverse une crise majeure qui oppose des combattants d'autodéfense appartenant aux groupes sédentaires et des djihadistes se réclamant de groupes nomades, autour d'enjeux liés aux équilibres sociaux hérités du passé. L'anthropologue Ibrahima Poudiougou, spécialiste des questions d'accès aux ressources naturelles, répond aux questions d'Afrique XXI sur le rapport de force et les itinéraires individuels et collectifs qui percutent des mémoires réelles et fantasmées.
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20.02.2026 à 06:00
Laurent Bonnefoy
Alors que débute le mois de ramadan de l'année 1447 du calendrier hégirien, Akram Belkaïd publie une touchante introspection sur son expérience intime de jeûne. Il saisit là matière à explorer les sens pluriels que prend cette période de spiritualité et de consommation parfois frénétique pour les musulmans du monde. Dans les médias français, le mois de ramadan est fréquemment présenté comme un problème public. Il est l'objet de controverses absurdes qui reviennent comme des marronniers. (…)
- Lu, vu, entendu / Algérie, Tunisie, France, Islam, Essai , Récit , Ramadan
Alors que débute le mois de ramadan de l'année 1447 du calendrier hégirien, Akram Belkaïd publie une touchante introspection sur son expérience intime de jeûne. Il saisit là matière à explorer les sens pluriels que prend cette période de spiritualité et de consommation parfois frénétique pour les musulmans du monde.
Dans les médias français, le mois de ramadan est fréquemment présenté comme un problème public. Il est l'objet de controverses absurdes qui reviennent comme des marronniers. Élèves et travailleurs musulmans qui manqueraient de concentration, sportifs manquant de « jus », espaces halal dans les supermarchés jugés envahissants, ou incivilités nocturnes dans les « quartiers » : ces thèmes révèlent le rapport fantasmé d'une partie des élites au quatrième pilier de l'islam. À l'inverse, les injonctions religieuses et l'aspect parfois démonstratif des appels au respect du jeûne diurne par certains acteurs musulmans desdits « quartiers » ou sur internet occultent trop souvent la part intime de ce mois sacré.
C'est tout le mérite des Chroniques du ramadan d'Akram Belkaïd que de mettre en lumière la dimension affective que charrie le ramadan. Par là même, l'auteur délaisse les controverses et les instrumentalisations et se place à vie d'homme et de femme — croyant ou non. Il précise :
Il n'y a rien d'étrange ni de mystérieux dans le fait de jeûner durant le mois de ramadan. Pas de rite obscur, pas d'incantation ésotérique, pas d'intention violente ou de volonté prosélyte. La chose est très simple et personnelle. Rien de plus.
L'humour parfois caustique d'Akram Belkaïd, rédacteur en chef du Monde diplomatique et membre du comité de rédaction d'Orient XXI, redonne au ramadan, ce « fait social total » comme aurait pu le décrire le sociologue Marcel Mauss, sa polysémie. Ni uniquement incantation religieuse, ou moment de spiritualité, ni seulement coquille culturelle vidée de sens, le ramadan est tant de choses à la fois. Il est aussi une fête dont il convient de (re)trouver le sens, y compris politique.
La succession des vingt chroniques, l'usage de la première personne et la sagacité éprouvée de ces observations en font un ouvrage accessible. Sans réel début ni fin, il conviendra de picorer dans les chapitres à sa guise et en fonction de son appétit ou de sa soif du moment. Akram Belkaïd alterne entre la légèreté quand il décrit le consumérisme ou les « trucs » déployés par certains jeûneurs pour ne point trop changer leurs habitudes, et la gravité quand il se demande ce qu'il est encore possible de célébrer après les dizaines de milliers de morts de Gaza.
L'on retiendra tout d'abord combien l'exploration de ce mois sacré révèle une ambivalence entre ses dimensions universelles et particulières. Fait indéniablement mondialisé, le ramadan évolue constamment sous l'effet de phénomènes de « créolisation ». Les chroniques d'Akram Belkaïd ici publiées rappellent ce qu'il y a de commun entre un iftar, repas de rupture du jeûne, à Mascate, à Argenteuil et à Alger. Dans le même temps, chacune de ces expériences ramadanesques, qu'elle se déroule place Monge, dans le 5e arrondissement de Paris, ou dans le désert égyptien, est marquée par l'intime, un contexte politique et toute une série de singularités.
Ainsi le ramadan est-il une porte d'entrée pour appréhender les sociétés, mais aussi les individus, les comparer dans leurs pratiques quotidiennes, tout en préservant une part de joie et de bonheur. Reconnaissons que l'état du monde ne nous offre actuellement guère l'opportunité de nous montrer légers. C'est là aussi un atout de ce « voyage intimiste au cœur du jeûne ». Sa dimension humaniste — et donc indéniablement politique — transparait dans chaque page et le fait qu'il s'achève par une surprise culinaire n'en est que plus délectable.
La succession des chroniques de l'auteur nourrit aussi une réflexion sur la place de la religion dans la société française. À rebours des discours politiques qui cherchent à imposer un effacement du religieux, surtout — et parfois seulement — quand il est musulman, les Chroniques du ramadan ici présentées illustrent combien la spiritualité contemporaine ne s'efface pas. Seul son sens et ses manifestations se transforment. Le ramadan décrit et vécu par l'auteur s'inscrit aussi dans un contexte français, dans une histoire parfois plus longue que certains voudraient bien nous le faire croire et qui n'en fait pas un objet importé ou étranger.
La vivacité de la pratique du jeûne par les musulmans, sous des formes variées et très souvent individualisées, en fait l'incarnation de processus contemporains qui recomposent la part du religieux. Ceux-ci concernent également juifs et chrétiens ainsi que des adeptes d'autres formes de relations au divin. Les nouvelles générations, dont le rapport souple à la laïcité est souvent stigmatisé par leurs aînés en France, s'inscrivent dans un rapport distinct au spirituel et à ses manifestations quotidiennes. La valorisation inattendue du carême sur les réseaux sociaux catholiques, la mise en avant de formes de judéité qui mettent l'État israélien à distance incarnent des quêtes de sens qui sont autant personnelles que collectives. Elles peuvent être surprenantes, contre-intuitives, mais elles ne sont pas nécessairement le signe d'une irrationalité croissante ou d'un obscurantisme qui vient. L'affirmation de la banalité du mois sacré de ramadan, à travers les expériences singulières d'Akram Belkaïd, est dans ce cadre une contribution pertinente, et donc loin d'être anecdotique, à la compréhension de notre époque.