05.05.2026 à 06:00
Alice Facchini, Julie Chaudier, Juliet Ferguson
Les coopératives féminines ont forgé la réputation internationale de l'huile d'argan marocaine. Désormais en minorité sur leur propre marché, elles voient aussi les multinationales capter, en bout de chaîne, la plus grande part de la valeur. Au cœur du système : la sous-rémunération des femmes. « L'Union des coopératives féminines de l'argan [UFCA] compte 18 coopératives de 12 à 87 femmes chacune. Neuf d'entre elles ont arrêté leur activité faute de matière première. Seules les (…)
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Les coopératives féminines ont forgé la réputation internationale de l'huile d'argan marocaine. Désormais en minorité sur leur propre marché, elles voient aussi les multinationales capter, en bout de chaîne, la plus grande part de la valeur. Au cœur du système : la sous-rémunération des femmes.
« L'Union des coopératives féminines de l'argan [UFCA] compte 18 coopératives de 12 à 87 femmes chacune. Neuf d'entre elles ont arrêté leur activité faute de matière première. Seules les coopératives formées en réseau peuvent espérer s'en sortir. Dans cette crise, nous avons réussi à garder un client sur trois », expliquait Jamila Idbourous, sa présidente, en 20241. La crise liée à plusieurs années successives de sécheresse risque d'accentuer la tendance imprimée entre 2008 et 2013 : les parts de marché respectives du secteur coopératif, 80 % en 2008, et du secteur privé, 20 %, se sont inversées. Pire, avec l'explosion du prix des fruits, les coopératives ferment massivement.
L'arrivée de la multinationale française Olvea, concomitante à l'augmentation des volumes, a contribué à la privatisation du secteur2. En 2007, l'entreprise — 200 millions d'euros de chiffre d'affaires — a ainsi construit une unité d'extraction d'huile d'argan sur le site de son usine d'huile de poisson d'Agadir.
Avec près de 300 tonnes sur un total de 1 202 exportées par le Maroc, Olvea conservait en 2021 une part de marché de 25 %, en dépit de la crise. Elle est toujours leader du marché devant Aaz Argan de Mohammed Lachrame — qui possèdent plusieurs sociétés — et Lachgar co qui détenaient chacun près de 8 % de parts de marché. Le groupement de coopératives GIE Targanine arrivait alors en quatrième position, devant la coopérative Afoulki. Les années qui ont suivi ont vu la crise s'accentuer : elle a encore rebattu les cartes. Les exportations sont tombées à près de 650 tonnes en 2024. Aaz Argan a fermé. La Coopérative Afoulki a beaucoup réduit son activité.
Affaiblies par l'explosion du prix des fruits et la concurrence, les coopératives n'ont pas les fonds de roulement nécessaires pour absorber l'augmentation du prix des fruits secs, la matière première. Incapables d'acheter les fruits, elles sont nombreuses à devenir sous-traitantes pour les grandes sociétés. « Nous sommes devenues des coopératives de services. On nous emmène les fruits et on ne fait plus que le concassage », regrette, amère, Fatima*, présidente d'une petite coopérative dans la région d'Agadir.
Le statut spécifique des coopératives représente en effet une véritable aubaine pour les entreprises. Les femmes qui y travaillent ne sont pas des employées, mais des membres, égales en droit, qui se partagent théoriquement un bénéfice ; du moins lorsqu'il y en a un. Ainsi, sans salaire minimum, sans couverture sociale, sans indemnisation de licenciement, les coopératives parviennent à dégager un prix qui serait inaccessible à une société privée contrainte d'employer des ouvrières. Selon notre enquête, les femmes au sein des coopératives sont payées à la tâche entre 25 dirhams (2 euros) le kilo d'amandons3 produit dans les coopératives les plus en difficulté et 50 dirhams (5 euros) par kilo dans les meilleures. Il leur faut en moyenne une journée pour dégager un kilo d'amandons, alors que le salaire minimum agricole légal au Maroc atteint plus de 97 dirhams (9 euros) par jour.
Les sociétés bénéficient ainsi d'une totale flexibilité, d'un prix minimal, tout en restant dans la légalité. Mieux, elles profitent en même temps de l'image très « commerce équitable » dont jouissent toujours les coopératives. Indirectement, les sociétés tirent ainsi également parti de toutes les aides qui sont accordées aux coopératives, au nom de leur rôle social, par l'aide au développement international et l'État marocain4.
« Nous avons un partenariat avec une coopérative dans le village qui a accès aux aides de l'État. C'est une coopérative indépendante de 26 femmes », assure Myriam Bennana, gérante de la société Entreprise féminine rurale d'économie sociale (EFAS), au sud d'Agadir — contre toute évidence, puisque cette coopérative est accueillie à l'intérieur même des locaux de la société EFAS. « Nous avons créé une société avec pour objectif le développement de la situation de la femme rurale. Nous avons un programme d'aide. On a finalisé la construction de l'école pour une coopérative dans une zone de montagne », continue-t-elle. Ce discours est répété à l'envi dans presque toutes les sociétés et coopératives que nous avons rencontrées. Il s'agit de mettre en valeur des actions sociales sans discuter du « salaire » des ouvrières, de leur statut et de leurs droits.
« Ce sont des femmes indépendantes, habituées à gagner de l'argent seulement quand elles travaillent. Quand j'ai installé mon activité, j'envisageais de les salarier, mais elles m'ont pris pour un fou. Elles disaient : il est fou le Suisse », soutient même Ulysse Müller, PDG de Sidi Yassine, ancien fournisseur du groupe L'Occitane, fermé à l'automne 2025 en raison de l'explosion des prix des fruits et du transport.
De toutes les entreprises que nous avons rencontrées, une seule a affirmé salarier les femmes qui effectuaient le concassage. « Nous achetons directement les noix, puis nous faisons faire le concassage par nos 30 femmes salariées. Aujourd'hui, nous produisons une tonne toutes les trois semaines », explique Sarah, responsable commerciale de Zineglobe, installée au sud d'Agadir. À raison d'un kilo d'amandons produit chaque jour, en moyenne, par une femme dévolue au concassage et 1,7 à 2,2 kilos d'amandons nécessaires pour produire un litre d'huile d'argan, il faudrait pourtant 80 à 104 ans à 30 femmes pour produire les 17 tonnes d'huile que Zineglobe déclare réaliser chaque année. Il est donc très probable que Zineglobe, comme toutes les autres sociétés du secteur, recourt à des coopératives sous-traitantes, ou encore plus simplement à des femmes isolées dans leur village.
« C'est ici, à côté de la maison, indique Aïcha, femme de foyer, dans le petit village d'Azrou, près d'Essaouira, qu'un grossiste vient tous les quinze jours, depuis deux ans avec son pick-up, déposer une soixantaine de sacs de 80 kilos de fruits secs d'arganiers. Chaque femme du village récupère un sac, ou plus si elle peut. Elle est payée après avoir fait le concassage 70 à 80 dirhams (de 6 à 7 euros) par sac et elle doit rendre la pulpe et les coquilles des noyaux. » Le village compte de nombreuses femmes sans ressource tout en bénéficiant d'une large piste en bon état. Une bonne combinaison pour les grossistes, et les entreprises qui les envoient. Les zones sont suffisamment isolées pour que les femmes n'aient pas d'alternative et acceptent des prix très bas, mais restent tout de même accessibles pour réduire les coûts de transport. La pratique, hors de tout cadre légal, est très courante. Elle permet de réduire le coût du concassage à 20 dirhams (2 euros) le kilo voire moins.
Une grande partie des sociétés se fournissent ainsi en amandons. « Nous nous fournissons exclusivement auprès de sept coopératives indépendantes bio. Ils nous sont vendus à un prix juste défini ensemble », affirme énergiquement Emmanuel Petiot, directeur général de Olvea Vegetables Oil. Pourtant, selon plusieurs témoignages de grossistes et d'intermédiaires, les femmes qui font du concassage pour Olvea ne travaillent pas toutes dans des coopératives. Les sociétés de Mohammed Lachrame achètent aussi « les amandes directement chez les intermédiaires qui distribuent des sacs de fruits aux femmes, dans les villages, de façon informelle », affirme ainsi Taârabt Rachmain, présidente de la Coopérative Tamount, entre Agadir et Essaouira. Contacté, celui-ci a refusé de répondre à Orient XXI, car il « n'avait rien à y gagner », selon ses mots.
Pour autant, si les grosses entreprises d'exportation exploitent les coopératives et les femmes, ce ne sont pas celles-ci, mais leurs clients, les grandes sociétés de négoce de matières premières naturelles et les laboratoires cosmétiques eux-mêmes qui font les plus grandes marges. Olvea Maroc revend à sa maison mère. Naturex Maroc est la filiale de Naturex en France laquelle faisait 404 millions d'euros de chiffre d'affaires avant d'être rachetée par le groupe Givaudan (7 milliards d'euros de chiffre d'affaires) en 2018. L'Allemand Henri Lamotte Oils fait plusieurs dizaines de millions d'euros de chiffre d'affaires. Chacun d'eux fournit les grandes marques de cosmétiques mondiales.
Certains grands groupes cosmétiques se fournissent aussi directement au Maroc sans passer par ces intermédiaires, comme les Laboratoires Pierres Fabre et L'Occitane, qui se fournissent notamment auprès de l'UCFA. L'Oréal se fournit en particulier auprès du GIE Targanine. Ils font respectivement 3,1 milliards d'euros, 2,8 milliards d'euros et 44 milliards d'euros de chiffre d'affaires.
Robert*, retraité, est un ancien du secteur. Pendant les années 2010, il possédait une entreprise privée de production et d'exportation d'huile d'argan, aujourd'hui fermée. Chaque année, il devait négocier avec ces clients :
J'avais à faire à des jeunes d'école de commerce, bien mis. Ils nous offraient le café. Ils étaient chargés de tout un secteur et devaient négocier les prix de toutes les matières premières. Ils nous disaient qu'ils nous aimaient bien « mais, que voulez-vous, les temps sont durs » et au final il nous mettait la pression comme à n'importe quel fournisseur.
Robert faisait travailler les femmes par le biais d'intermédiaires, hors coopératives. Elles gagnaient alors 900 et 1 000 dirhams par mois (entre 83 et 92 euros) « On essayait d'augmenter leur salaire, mais de l'autre côté de la chaîne c'était d'une violence absolue, » assure-t-il.
Je ne faisais plus que 20 % de marge, mais mes clients étaient encore capables de me demander de baisser de 21 à 19 euros. Eux ajoutaient la mention « Argan » sur leurs produits et pouvaient augmenter leur marge brute de 30 % !
La pression des clients, par leur taille, est considérable. Ulysse Muller de Sidi Yassine se souvient :
L'Occitane avait voulu qu'une jeune fille de chez eux m'accompagne pendant trois mois, ici, au Maroc, pour voir ma façon de travailler, mais j'ai refusé. C'était une façon, pour l'entreprise de connaître tout le marché et toutes les techniques de production pour, in fine, nous remplacer. Je sais que c'est ce qu'il s'est passé au Burkina Faso avec le beurre de karité.
L'huile d'argan s'exportait à l'automne dernier à 45 euros le litre pour les sociétés les plus concurrentielles, voire 72 euros pour les plus petites coopératives tandis qu'il se vend au consommateur final pour 120 euros chez Arômazone, 1 130 euros chez MoroccanOil, sponsor unique de l'Eurovision depuis 2020, ou 400 euros pour la marque Melvita du Groupe l'Occitane. Le prix de la matière première qui ne connaît aucune nouvelle transformation, en dehors de sa mise en bouteille, varie alors de 3,9 % à 60 % du prix d'achat final par le consommateur.
« Aujourd'hui nos clients jugent l'huile d'argan trop chère. Au lieu de mettre 0,5 % d'huile dans leurs produits, ils mettront plutôt 0,2 %. Quand ils le peuvent, ils la sortent même de leur formule », détaille Emmanuel Petiot. Un constat qu'a fait également la gérante d'EFAS. « Nous avons deux clients équivalents en Europe. Ils l'ont retiré des références. Les placements de produit changent. Il y a une baisse de la vente d'huile d'argan pure et une augmentation de la vente de produits à base d'argan », explique-t-elle.
L'Oréal, par exemple, utilise la réputation de l'huile d'argan comme argument marketing, mais sa proportion dans ses produits est infinitésimale. La marque de cosmétique semble même avoir retiré l'huile d'argan de son shampoing star « Elseve Liss Intense Shampoing Disciplinant enrichi en huile d'Argan ». Le nom INCI « Argania Spinosa Kernel Oil » apparaît bien sur certaines bouteilles mises en vente sur internet, mais elle n'apparaît plus sur son propre site.
Peu à peu les femmes et les coopératives tombent dans l'oubli. « Désormais, les marques étrangères ne communiquent plus sur le travail des coopératives, des femmes ou sur l'origine de l'huile, mais seulement sur sa dimension naturelle. Nous allons vivre la même chose que le cacao avec le chocolat belge ou suisse ! », déplore Malika Mouilek, directrice exécutive de la fédération Fifargane. Les femmes disparaitront-elles bientôt totalement de la chaîne de production de l'huile d'argan ? Les machines de concassage sont toujours en rodage, mais elles sont déjà là.
* Le prénom a été changé.
1Julie Chaudier, « Les Marocaines dépossédées du marché de l'huile d'argan par une multinationale française », Reporterre, 3 juin 2024.
2Lucie Polline, « Durabilité de la filière argan : quels leviers pour les entreprises cosmétiques du Nord ? », mémoire de mission professionnel, SupAgro Montpellier, 2018.
3NDLR.. Graine dure située à l'intérieur du noyau de certains fruits.
4Le programme public le plus emblématique est le Projet Arganier (2003-2009), associant l'État et l'Union européenne, qui a mobilisé 12 millions d'euros. Il a été suivi par le projet REFAM (2018-2023), fruit d'une coopération canado-marocaine, qui était doté de 11,5 millions de dollars canadien (7,2 millions d'euros). Peut également être évoqué le Plan de développement de la filière à l'horizon 2030, porté par [le ministère de l'agriculture, et doté d'une enveloppe de 3,64 milliards de dirhams (environ 330 millions d'euros).
05.05.2026 à 06:00
Rami Abou Jamous
Rami Abou Jamous écrit son journal pour Orient XXI. Dans ce texte, il adresse une lettre ouverte au ministre français des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, après que ce dernier a repris une citation choquante de l'ancienne première ministre israélienne Golda Meir devant le Sénat. Lundi 4 mai 2026 J'ai repris la semaine dernière mon journal de bord après quelques ennuis de santé. Je vous en parle car ils en disent long, au-delà de mon cas personnel, sur la situation de tous les (…)
- Dossiers et séries / Palestine, Bande de Gaza, France, Diplomatie, Témoignage , Colonialisme , Focus, Gaza 2023-2025
Rami Abou Jamous écrit son journal pour Orient XXI. Dans ce texte, il adresse une lettre ouverte au ministre français des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, après que ce dernier a repris une citation choquante de l'ancienne première ministre israélienne Golda Meir devant le Sénat.
Lundi 4 mai 2026
J'ai repris la semaine dernière mon journal de bord après quelques ennuis de santé. Je vous en parle car ils en disent long, au-delà de mon cas personnel, sur la situation de tous les Gazaouis.
J'ai souffert d'une douleur à l'œil dont on n'a pu identifier la cause. Même si j'ai réussi à trouver un ophtalmo, il n'avait pas les appareils nécessaires pour pouvoir effectuer l'examen. J'ai eu aussi une crise de goutte très douloureuse qui m'a cloué au lit pendant une bonne semaine. Cette affection peut paraître paradoxale dans un territoire soumis à la malnutrition, mais elle n'est pas seulement liée à une nourriture trop riche. Elle est aussi provoquée par la surconsommation de légumes secs comme les lentilles. Et les lentilles, pour moi comme pour les autres habitants de Gaza, c'est notre plat quotidien…
Pendant cette période d'inaction, j'ai passé le temps en regardant l'actualité sur mon téléphone portable, grâce aux quelques connexions qui fonctionnent encore. J'ai vu une vidéo qui m'a causé un choc dont je ne me remets toujours pas. J'ai entendu le chef de la diplomatie française, Jean-Noël Barrot, citer le 9 avril devant le Sénat une formule connue de Golda Meir, première ministre israélienne de 1969 à 1974 : « Nous pouvons pardonner aux Arabes d'avoir tué nos enfants. Nous ne pouvons pas leur pardonner de nous avoir obligés à tuer leurs enfants. » Pour le ministre des affaires étrangères, cette phrase absurde illustre « l'éthique humaniste et universaliste d'Israël » !
J'étais si choqué que j'ai bondi hors de mon lit, malgré la douleur. Je croyais avoir mal compris. J'ai cherché l'intégralité de la vidéo, je l'ai visionnée plusieurs fois pour vérifier si cette partie du discours n'avait pas été coupée de son contexte. J'ai eu les larmes aux yeux de désespoir quand j'ai compris que Barrot, appuyant chaque syllabe pour montrer sa conviction, opposait « l'humanisme » de Golda Meir à la récente loi israélienne imposant la peine de mort pour les seuls Palestiniens. Si on suit le ministre, les Israéliens n'ont pas le droit de pendre des gens, mais ils peuvent tuer des enfants. Parce qu'ils y sont obligés. J'ai dit à Sabah, ma femme : « Tu crois qu'en restant à Gaza, nous obligeons les Israéliens à tuer nos enfants ? » Elle m'a regardé avec des yeux ronds. Je lui ai expliqué ce qu'il en était, mais elle ne voulait toujours pas croire qu'un ministre français ait pu dire ça.
J'ai donc décidé d'envoyer une lettre ouverte à Jean-Noël Barrot.
Monsieur le ministre,
Vous êtes la voix de la France. Et nous, les Palestiniens, nous ne comprenons pas que la France nous insulte. Comprenez-vous même ce que signifiait cette citation ? Comprenez-vous qu'elle résume l'esprit colonial en quelques mots ?
Golda Meir disait à la face du monde que les véritables victimes des massacres commis depuis 1948 n'étaient pas les morts, y compris les enfants morts, mais ceux qui les avaient tués. Elle justifiait ainsi l'occupation et la colonisation. Selon elle, « les Arabes » – puisqu'elle niait l'existence d'un peuple palestinien – devaient accepter d'être colonisés, ainsi on n'aurait pas besoin de les tuer, ainsi que leurs enfants.
En exhumant ces mots vieux de plus de cinquante ans, vous justifiez l'occupation d'aujourd'hui. Elle ne cesse de s'étendre, en Cisjordanie, à Gaza et dans une partie du Liban et de la Syrie. Vous validez les massacres qui continuent sans relâche. Et vous nous dites que nous devons être des victimes gentilles, des animaux dociles, des moutons qu'on a le droit d'enfermer derrière des murs. Et si on bouge, il est normal de tuer nos enfants. Les tueurs représentent une humanité supérieure, à laquelle nous n'avons pas accès : ils sont capables de nous « pardonner d'avoir tué leurs enfants » et ils sont tristes d'avoir à tuer les nôtres.
À ma connaissance, le président de la République n'a pas réagi à vos propos, ce qui vaut validation. Apparemment, pour le chef de l'État, toute parole en soutien d'Israël est autorisée, même la plus extrême. Quel contraste avec la réaction d'un ancien président français aux propos de son premier ministre, qui étaient loin d'atteindre le degré d'absurdité des vôtres. En 1999, je m'en souviens très bien, Jacques Chirac avait sévèrement recadré son premier ministre de cohabitation, Lionel Jospin, qui lors d'une visite en Israël et en Palestine, avait traité le Hezbollah de « terroriste », s'opposant ainsi frontalement à un accord auquel la France participait1. Le lendemain, à l'université de Birzeit à Ramallah, Jospin avait dû s'enfuir piteusement sous le caillassage des étudiants. Dès son retour à Paris, il s'était vu sommé d'appeler le président avant le lendemain matin, pour se faire passer un savon.
Jacques Chirac n'avait pas supporté cette scène humiliante pour la diplomatie française. Aujourd'hui, Emmanuel Macron ne s'émeut pas que vous tourniez celle-ci publiquement en ridicule, en reprenant les slogans les plus éculés de la propagande sioniste. Mais votre prestation devant le Sénat n'était pas seulement risible. Vous avez normalisé le narratif israélien, qui prétend que son armée ne fait que se « défendre » en agressant la Palestine, le Liban, la Syrie et l'Iran. Les victimes, disent les Israéliens, c'est nous. Tout le monde veut nous tuer, donc nous avons le droit de tuer tout le monde en Cisjordanie, à Gaza et partout ailleurs. Enfants compris.
Puisque vous êtes amateur de citations de Golda Meir, vous connaissez certainement la suite de la phrase dont vous vous êtes fait l'écho : « Nous n'aurons pas la paix avec les Arabes, nous l'aurons que lorsqu'ils aimeront leurs enfants plus qu'ils ne nous détestent. »
Je vais vous faire une révélation : nous aimons nos enfants. Nous protégeons nos enfants avec nos mains nues, nous avons peur pour nos enfants, mais l'occupation les prive même de ce qui devrait être le plus simple et élémentaire : une enfance normale. Vous n'avez pas vu ce qu'il s'est passé pendant le génocide à Gaza ? Combien d'enfants sont morts déchiquetés par les bombes, enfouis dans les bombardements de maisons qui abritaient des familles entières, souvent uniquement des femmes et des enfants ? Savez-vous que depuis le soi-disant « cessez-le-feu » d'octobre 2025 plus de cent enfants ont été tués par Israël dans la bande de Gaza ? Vous pensez que nous, les Palestiniens, nous avons « obligé » l'armée israélienne à les assassiner ? Vous pensez que les colons qui, en 2015, ont brûlé vif avec ses parents le petit Ali Dawabcheh – un bébé de 18 mois – à Douma, en Cisjordanie, ont été « obligés » d'incendier leur maison ? Vous pensez que les Palestiniens ont « obligé » l'armée israélienne à cribler de balles à Gaza en janvier 2024 la petite Hind Rajab, 6 ans, qui avait appelé à l'aide pendant trois heures, coincée dans une voiture au milieu des cadavres de sa famille ? Vous pensez que le 21 avril 2026, les habitants d'Al-Moughaïr, en Cisjordanie ont « obligé » un réserviste de l'armée israélienne à abattre d'une balle dans la tête Hamdi Al-Nassan, 14 ans, devant son école ? Savez-vous qu'il y a 350 mineurs dans les prisons israéliennes, selon les organisations de défense des prisonniers ?
Nos enfants ne trouvent pas à manger parce qu'il y a un blocus à Gaza. Nos enfants sont nés dans des tentes parce que les Israéliens nous ont déplacés plusieurs fois, et détruit nos maisons. Nos enfants naissent et grandissent dans la souffrance. Ils doivent souvent passer des barrages humiliants pour aller à l'école. Ils n'ont pas d'avenir parce qu'en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, il leur sera interdit de construire une maison. Et à Gaza, il n'y en a plus, des maisons. En Cisjordanie, les enfants sont tabassés et parfois assassinés par des milices de colons fanatiques protégées par l'armée. Nos enfants sont des fleurs. Des fleurs fragiles qui poussent dans une terre arrosée de larmes et de souvenirs. On essaye de les protéger comme on peut, à mains nues face aux chars, aux avions de chasse, aux bombes, aux drones, aux snipers et aux colons armés jusqu'aux dents. C'est l'occupation qui arrache nos fleurs une par une pour s'approprier tout le jardin.
Monsieur le ministre,
Nous ne pouvons pas protéger nos enfants. Les Israéliens les tuent. Pas parce qu'on les y oblige, comme votre absence totale de réflexion vous le fait croire. Mais parce qu'ils savent que ces enfants, s'ils les laissent grandir, deviendront des défenseurs de la Palestine. Renseignez-vous sur le nombre de mineurs tués par Israël depuis 1948 jusqu'à nos jours, en Palestine, au Liban. Et comprenez enfin que ces meurtres découlent d'une vision coloniale. Trois semaines plus tard, je suis encore effondré par vos paroles. Je n'arrive toujours pas à comprendre comment vous avez pu entraîner la diplomatie française dans ce désastre. Pour nous, Palestiniens, la France était une représentante éminente du respect du droit international et des valeurs humaines. C'est ce que j'ai appris quand j'étudiais en France : la vie humaine est centrale. Apparemment, tout cela, c'est fini. À Gaza, beaucoup de gens sont au courant. Votre vidéo circule sur les réseaux sociaux. Mes amis, qui savent que je connais bien la France, au point de me voir parfois comme le représentant de votre pays à Gaza, ne cessent de me demander : « Mais qu'est-ce qu'il se passe ? Comment la France peut-elle dire des choses pareilles ? »
Vous, Monsieur le ministre, comme le monde entier d'ailleurs, vous pouvez savoir ce qu'il se passe en Palestine. Les images circulent en boucle sur les réseaux sociaux. Chacun peut voir la colonisation de ses propres yeux, mais apparemment, il y a des gens qui n'ont pas les yeux propres. Chacun peut entendre de ses propres oreilles les appels à l'annexion des dirigeants israéliens, mais apparemment il y a des gens qui n'ont pas les oreilles propres.
Monsieur le ministre, vous pouvez encore, dans votre pays, écouter les témoignages des Français qui se sont défendus pendant la dernière guerre. Et qui n'ont obligé personne à tuer des enfants français. Mais peut-être ne savez-vous pas ce qu'est une occupation. C'est la pire des choses. L'occupation n'a pas besoin de justification, n'a pas besoin de prétexte. L'occupation, ça veut dire les massacres, les crimes, les tueries, et tuer les enfants avant les adultes pour empêcher l'avenir.
Je ne sais pas si vous avez des enfants. J'ai deux fils. J'essaie de les protéger contre les massacres israéliens depuis leur premier jour. Ils ont de la chance, ils sont parmi les survivants de ce génocide. Ils sont toujours vivants, mais on ne sait jamais.
L'occupation engendre la résistance. La résistance militaire est légitime. Vous le savez bien, et vous l'avez démontré récemment. Quand je vous ai entendu, le 20 avril, annoncer l'appui de la France à un tribunal international, j'ai cru un instant que vous parliez de Gaza. Ce tribunal, disiez-vous, devrait juger « les massacres, les déportations d'enfants, les attaques sur les civils, le meurtre de journalistes et tous les crimes de guerre, mais aussi la planification et la mise en œuvre de cette guerre d'agression coloniale, injustifiable et injustifiée ». Ah non, vous parliez de la Russie.
Votre humanité a une couleur, le blanc, et une géographie, l'Europe.
Fondateur de GazaPress, un bureau qui fournissait aide et traduction aux journalistes occidentaux, Rami Abou Jamous a dû quitter en octobre 2023 son appartement de Gaza-ville avec sa femme Sabah, les enfants de celle-ci, et leur fils Walid, trois ans, sous la menace de l'armée israélienne. Ils se sont réfugiés à Rafah, ensuite à Deir El-Balah et plus tard à Nusseirat. Après un nouveau déplacement suite à la rupture du cessez-le-feu par Israël le 18 mars 2025, Rami est rentré chez lui avec sa famille le 9 octobre 2025.
1NDLR. « L'arrangement » d'avril 1996 avait été conclu entre Israël et le Liban pour mettre un terme à l'offensive israélienne « Raisins de la colère », au cours de laquelle un bombardement israélien sur une base de l'ONU avait tué 118 civils. Négocié par les États-Unis et la France, l'accord précisait que les deux parties s'abstiendraient de viser des civils, autorisant de facto le Hezbollah à frapper des cibles militaires, ce que certains politiques ont qualifié de « terrorisme ». Un comité de surveillance avait été établi, constitué de la France, des États-Unis, de la Syrie ainsi que d'Israël et du Liban.
04.05.2026 à 06:00
Giulia Della Michelina
Comme au lendemain du cessez-le-feu de novembre 2024, et malgré une trêve officielle depuis le 16 avril, Israël continue à bombarder quotidiennement le Sud-Liban, tandis que l'armée dynamite des villages entiers. Et les secouristes deviennent une cible privilégiée des raids aériens. Reportage à Nabatiyeh. « Celui qui aime sa terre ne peut pas l'abandonner », affirme Ali Bilal, propriétaire d'une pâtisserie à Nabatiyeh, dans le sud du Liban. Déplacé pendant la guerre, il est rentré chez (…)
- Magazine / Liban, Hezbollah, Droit international, Déplacés, Photoreportage, Sud-Liban
Comme au lendemain du cessez-le-feu de novembre 2024, et malgré une trêve officielle depuis le 16 avril, Israël continue à bombarder quotidiennement le Sud-Liban, tandis que l'armée dynamite des villages entiers. Et les secouristes deviennent une cible privilégiée des raids aériens. Reportage à Nabatiyeh.
« Celui qui aime sa terre ne peut pas l'abandonner », affirme Ali Bilal, propriétaire d'une pâtisserie à Nabatiyeh, dans le sud du Liban. Déplacé pendant la guerre, il est rentré chez lui le 17 avril, au lendemain de l'annonce du « cessez-le-feu » négocié par les États-Unis. Les vitres de son magasin étaient brisées à cause des bombardements israéliens qui ont visé la ville, mais, en quelques jours, il a pu les réparer et rouvrir son activité, même si les clients sont moins nombreux qu'avant la guerre. « Nous reconstruirons Nabatiyeh encore mieux qu'avant, mais cela prendra du temps », affirme-t-il. Deuxième ville la plus importante du sud du Liban, Nabatiyeh et son district ont été parmi les zones les plus touchées lors de cette dernière phase de la guerre, après les destructions déjà subies lors du conflit de 2023-2024.
Malgré l'enthousiasme initial qui avait marqué les premiers jours suivant l'annonce de la trêve, de nombreux habitants sont encore déplacés dans d'autres régions du pays. Après plus d'un mois et demi de guerre qui a fait plus de 2 500 morts et plus d'un million de déplacés, de longues files de voitures avaient pris la direction du Sud, avec des matelas et des sacs cabas chargés sur les toits. On pouvait voir flotter les drapeaux jaunes du Hezbollah depuis certaines fenêtres, ou encore des bras levés faisant le signe de la victoire.

Des milliers de familles pensaient ainsi pouvoir rentrer chez elles et reprendre leurs activités. Abbas Abouzaid, qui s'était réfugié avec sa femme et sa fille à Saïda, une trentaine de kilomètres au nord-est de Nabatiyeh, est lui aussi rentré dès l'annonce du cessez-le-feu, pour trouver sa maison endommagée par les raids israéliens. À deux heures du matin, il a rouvert sa petite échoppe donnant sur la rue, où il vend du thé, du café et des snacks : « Tous ceux qui revenaient des abris se sont arrêtés pour acheter quelque chose », témoigne-t-il, comme s'il s'agissait d'un jour de fête.
Quelques jours plus tard cependant, les habitants ont commencé à repartir. « La plupart viennent le matin et repartent le soir », raconte le commerçant. Lui-même dort sur un petit canapé installé dans la boutique : « Parfois, j'ai peur que le magasin soit pris pour cible, car il n'y a personne dans les environs. C'est la seule lumière allumée pendant la nuit. »

Comme après la trêve signée le 26 novembre 2024 et pour la fin des hostilités dans la bande de Gaza, le cessez-le-feu n'existe en réalité que sur le papier. Avec l'aval des États-Unis, qui ont réaffirmé le droit de Tel-Aviv « de prendre toutes les mesures nécessaires pour se défendre, à tout moment, contre des attaques planifiées, imminentes ou en cours », les raids israéliens frappent quotidiennement le sud du Liban. Au moins 35 villages frontaliers ont été rayés de la carte ou ont vu leur centre démoli. Depuis le 2 mars, le nombre de tués s'élève à 2 659, dont 463 depuis le 16 avril. De son côté, le Hezbollah continue de riposter par des tirs de roquettes. Des affrontements sur le terrain ont lieu dans les localités occupées de facto par l'armée israélienne. Celle-ci continue d'émettre des ordres d'évacuation forcée pour plusieurs villages de cette région, dont 26 depuis l'annonce de la trêve. Rien que le 30 avril, une dizaine de personnes ont été tuées lors de différents raids dans le district de Nabatiyeh et plus de 30 dans le reste du pays. Parmi les victimes figure également un militaire de l'armée libanaise, qui ne participe pas au conflit.
« Nous ne pouvons pas parler de cessez-le-feu, car il n'y a pas eu un seul jour sans attaques », s'insurge Zaynab, originaire de Kfar Remman, à côté de la ville de Nabatiyeh. « Nous sommes revenus avec ma famille pour remettre la maison en état et la nettoyer le premier jour de la trêve. Mais la municipalité et un représentant du Hezbollah nous ont ensuite appelés pour nous dire que, pour notre sécurité, ce n'était pas une bonne idée de rester. »
À son retour à Habboush, autre village du district situé à plus de 400 mètres d'altitude, Ibrahim a trouvé sa maison encore debout, mais le bâtiment où il s'apprêtait à lancer une activité de menuiserie avait été bombardé. Il a fini par retourner à Beyrouth, où il partage un logement avec d'autres amis déplacés de Nabatiyeh déplacés et cherche désormais du travail. « Pour les jeunes, c'est très difficile : chaque fois qu'on atteint une certaine stabilité, on revient au point de départ », témoigne-t-il.
Épinglée à sa chemise noire, Zahra, la fille d'Abbas Abouzaid, porte une broche représentant le visage d'un ami qui travaillait comme volontaire avec les secouristes du Hezbollah. Il a été tué le 16 avril lors d'une attaque israélienne.
Cibler les services de défense civile — secouristes, pompiers et ambulanciers — est devenu une pratique récurrente. Depuis le 2 mars, une centaine ont été tués, comme Ali Jaber, 22 ans, et Joud Souleiman, 16 ans, qui étaient volontaires au service d'ambulances de Nabatiyeh.
« Ils s'occupaient des opérations de secours, mais aussi de préparer des repas et de livrer des médicaments aux déplacés », raconte Mohammed Souleiman, père de Joud, qui coordonne les 150 secouristes du groupe. Le 24 mars, Jaber et Souleiman sont ciblés par un bombardement israélien alors qu'ils sont en service sur une moto « clairement identifiée avec le logo de l'ambulance », précise le père de Joud. Ce qui reste du véhicule presque entièrement calciné se trouve maintenant derrière la housseiniyeh1 de Nabatiyeh, recouvert d'une bâche noire, à quelques mètres d'une ambulance aux vitres brisées, avec des traces de sang séché sur la portière.

Un autre secouriste, Mehdi Abou Zaid, a été tué à Mayfadoun, au sud-ouest de Nabatiyeh, dans cette ambulance. Il faisait partie des équipes de secours qui s'étaient rendues sur les lieux d'une attaque, le 15 avril. L'armée israélienne a attendu leur arrivée pour frapper à trois reprises, après le raid initial.


« Nous avons été soumis à plusieurs bombardements d'artillerie alors que nous récupérions des blessés ou que nous effectuions des reconnaissances sur le terrain pour localiser les victimes », se souvient Souleiman. Chaque fois que les volontaires quittaient le centre médical pour porter secours à quelqu'un, ajoute-t-il, « ils devaient être préparés à un état de stress intense. Ils étaient conscients que quelque chose pouvait arriver et qu'ils pouvaient ne pas revenir ». Pendant les deux derniers mois, « nous ne nous reposions jamais. Nous entendions les bombardements en permanence, même la nuit », dit le secouriste. Si le nombre d'attaques a diminué par rapport au pic des deux derniers mois, le travail des secouristes ne s'arrête pas. « Joud, Ali et les autres disaient toujours : “s'il nous arrive quelque chose, vous devez continuer” », confirme Jaber Ghaleb, un autre secouriste de l'équipe.

« Que pouvons-nous faire d'autre ? », se demande Doha, propriétaire d'un magasin de vêtements endommagé par un bombardement contre un bâtiment voisin. « Aujourd'hui, ils détruisent un immeuble, le lendemain nous le reconstruisons. Depuis deux ans, rien n'a changé », affirme-t-elle. Ibrahim tempère : « En ce moment, personne ne parle de reconstruction ni d'indemnisation. La situation est très différente : le Hezbollah n'est plus ce qu'il était avant. » Par le passé, le mouvement chiite parvenait à faire face aux dégâts et à distribuer de l'argent à la communauté, notamment aux familles des victimes ou à ceux qui avaient perdu leur maison. « Habituellement, le parti nous aide, mais pour l'instant nous n'avons encore rien reçu », confirme Doha. « Ce qui est certain, c'est que le gouvernement ne nous donnera rien », ajoute-t-elle.

Hassan, chauffeur de taxi originaire de Harouf, à l'ouest de Nabatiyeh, continue de soutenir le Hezbollah. À cause de la guerre, il a fui avec sa femme et son fils à Beyrouth, où il a trouvé un abri collectif. Comme il se sent mal à l'aise à partager l'espace avec des femmes qui n'appartiennent pas à sa famille, il dort dans sa voiture, où il garde plusieurs CD de chansons de la résistance. Il est convaincu que le groupe armé est le seul capable de défendre le Liban. « Mais entrer en guerre après la mort d'Ali Khamenei a été une erreur », admet-il. « Pourquoi le Hezbollah n'a-t-il pas réagi plus tôt ? Des centaines de Libanais ont été tués avant le 2 mars et personne n'a rien fait. »

Mais comme beaucoup d'autres, il n'a pas confiance dans le gouvernement du premier ministre Nawaf Salam ni dans le président Joseph Aoun, et encore moins dans les négociations directes qu'ils veulent mener avec Israël. « Le président des États-Unis dit que la guerre va bientôt finir, mais entre-temps, ils pourraient détruire tout le sud du pays », s'alarme Zaynab. « Bien sûr, nous souhaitons de tout cœur retourner dans le Sud, mais nous n'avons pas beaucoup d'espoir. » Hassan, lui, est moins découragé : « Quiconque aime le Liban combattra pour défendre notre terre : 10 452 kilomètres carrés, pas un centimètre de moins. »
1Lieu de culte utilisé pour les cérémonies rituelles de l'islam chiite.