13.03.2026 à 15:37
Lancement de notre dossier « Monde arabe. Frontières et circulations en évolution » avec le Réseau des médias indépendants sur le monde arabe Quel est le rôle des frontières dans la construction des appartenances dans le monde arabe ? Comment une région, jadis ouverte à la circulation, a-t-elle été reconfigurée et avec quels impacts ? Quels types de liens persistent d'un côté ou de l'autre des remparts ? Autant de questions que le Réseau des médias indépendants sur le monde arabe va tenter (…)
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Quel est le rôle des frontières dans la construction des appartenances dans le monde arabe ? Comment une région, jadis ouverte à la circulation, a-t-elle été reconfigurée et avec quels impacts ? Quels types de liens persistent d'un côté ou de l'autre des remparts ? Autant de questions que le Réseau des médias indépendants sur le monde arabe va tenter d'approcher avec différents angles, dans ce nouveau dossier d'articles consacré à la thématique des frontières.
Après deux précédents dossiers sur le thème des migrations, cette nouvelle initiative du Réseau des médias indépendants sur le monde arabe, qui fête cette année ses dix ans, se veut intégralement disponible en ligne, en arabe, en français et en anglais, afin de franchir autant de murs physiques que de barrières mentales.
La foutue bande est une constellation de textes sur la Palestine interprétée par Yvan Corbineau, auteur, et Osloob, rappeur, chanteur et producteur palestinien. C'est une écriture fragmentaire et hétéroclite.
On y trouve des poèmes sur des bombardements, les portraits d'une famille aux prises avec l'occupation, un exilé qui cultive en lui son pays, un cabaret-colonisation qui tente l'humour pour explorer les responsabilités occidentales.
Le spectacle sera suivi d'une rencontre avec l'équipe artistique et d'autres invités.
Le vendredi 20 mars 2026 à 20h (1h30)
Théâtre Berthelot Jean-Guerrin,
6 rue Marcelin Berthelot, Montreuil (93)
Informations et réservation
Le recueil, publié aux éditions Libertalia dans la collection Orient XXI, présente une cinquantaine de poèmes dont les auteurs et autrices viennent toutes et tous de Gaza. Écrits pour la grande majorité en arabe, ils ont été traduits par l'ancienne diplomate et interprète Nada Yafi, qui signe également la préface de l'ouvrage. L'écrivain palestinien Karim Kattan a également offert une postface au livre.
Dans le cadre du Printemps des poètes, Nada Yafi présentera l'ouvrage :
« Haïti, d'une colonisation à l'autre », Rémi Carayol, 13 mars 2026
Bonnes feuilles Dans Haïti. Briser le piège colonial, Frédéric Thomas explique la déliquescence actuelle de ce pays par l'Histoire, et notamment par les innombrables ingérences des puissances occidentales. Dans un chapitre que nous republions en partie, il revient notamment sur la mainmise des États-Unis au début du XXe siècle.
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13.03.2026 à 06:00
Jean Stern
Produit par l'Allemagne, la Grèce, le Qatar et l'Arabie saoudite, Ce qu'il reste de nous, de la Palestinienne Cherien Dabis, est autant une fresque historique depuis la Nakba à nos jours qu'une chronique familiale. Mais s'il résume à gros traits la tragédie de la Palestine, le film ouvre également des débats éthiques. En salles depuis le mercredi 11 mars 2026. Film en deux temps, courant sur plusieurs époques dans une Palestine marquée par la malédiction Ce qu'il reste de nous se décline (…)
- Lu, vu, entendu / Israël, Palestine, Cisjordanie, Palestine mandataire, Cinéma, Nakba
Produit par l'Allemagne, la Grèce, le Qatar et l'Arabie saoudite, Ce qu'il reste de nous, de la Palestinienne Cherien Dabis, est autant une fresque historique depuis la Nakba à nos jours qu'une chronique familiale. Mais s'il résume à gros traits la tragédie de la Palestine, le film ouvre également des débats éthiques. En salles depuis le mercredi 11 mars 2026.
Film en deux temps, courant sur plusieurs époques dans une Palestine marquée par la malédiction Ce qu'il reste de nous se décline également en deux tons. La fresque historique se transforme au fil de la pellicule en drame intime, avec comme sujet principal le déclassement d'une famille arabe bourgeoise spoliée par les Israéliens. Le Nous du titre est le destin des membres de cette famille ruinée et dispersée. Ce qu'il reste d'eux, près de 80 ans après la fondation d'Israël est éparpillé, des ruines par ici, un coup de fil ailleurs ; mais aussi un cœur qui continue de battre quelque part dans un corps. Faut-il l'aimer pour autant, ce corps-là ? Car, si l'on est mort, que reste-t-il de nous ?
La réalisatrice palestino-étatsunienne Cherien Dabis a voulu, dans la lignée de Palestine 36, d'Annemarie Jacir, sorti sur les écrans français en janvier 2026, offrir les moyens du grand cinéma populaire mondial – décors, figurants, tournage – à l'histoire palestinienne, la plus souvent méconnue du grand public. C'est un tournant majeur de la cinématographie palestinienne. En 2024, No Other land, un film documentaire tourné avec des bouts de ficelle – et la rage de briser le mur de l'ignorance – triomphait au festival de Berlin puis aux Oscars à Los Angeles en montrant l'anéantissement de villages palestiniens au sud d'Hébron ces dernières années. Cherien Dabis prend aujourd'hui le relais de Basel Adra, Hamdan Ballal, Yuval Abraham et Rachel Szor, les réalisateurs de No other land, avec une fiction qu'on pourra parfois juger un peu banale sur la forme, mais qui pose cependant une question passionnante sur ce que l'on peut supporter qu'il reste de nous.
Jaffa, 1948. La ville arabe est pilonnée sans relâche par les troupes sionistes. Des quartiers entiers sont rasés, des centaines de personnes périssent sous les bombes. Et, maison après maison, les soldats traquent les derniers habitants pour les faire partir, notamment ceux qui ne veulent pas abandonner leurs biens, dont les précieuses orangeraies qui cernent Jaffa. Sharif (Adam Bakri) un jeune propriétaire, fait partie de ceux qui pensent que les choses vont s'arranger et cherche avec d'autres le contact avec les nouveaux maitres de la ville. Mais il sera rapidement arrêté, humilié, exproprié, expédié dans un camp de travail.
Sa femme et ses enfants vont pour leur part aller se réfugier à Naplouse, après avoir participé à ce long exode sur les routes de Palestine, en grande partie devenue Israël. La Nakba, qui va marquer pendant des décennies plusieurs générations palestiniennes, est reconstituée avec soin, tout comme les camps de toile et les premiers camps en dur, où il faut tout recommencer. Tout est un peu trop léché dans cette première partie de film : les voitures rutilent, les tentes étincellent. Il va cependant s'étaler dans le temps et couvrir quarante ans. La famille se disperse, Israël s'impose au fil des guerres, et le film rend compte de cette lente défaite, ponctuée d'humiliations.
Sharif est devenu vieux, et le grand acteur palestinien Mohammad Bakri, qui vient de disparaitre en décembre 2025, reprend le rôle. Sharif n'a jamais digéré les humiliations subies depuis la Nakba. Mais il a encore plus de mal à supporter la résignation de son fils Salim (joué par Saleh Bakri, qui est également son fils à la ville tout comme Adam, qui joue le rôle de Sharif jeune). Avec sa belle-fille Munira (Maria Zreik), et trois de ses petits-enfants, le vieillard partage une minuscule maison d'un camp de réfugiés de Naplouse. Il suit sur sa télévision les défaites et les compromissions des pays arabes à l'égard d'Israël, et nourrit Noor (Muhammad Abed Elrahman), l'ainé de ses petits-fils, des récits d'une résistance palestinienne qu'il fantasme en grande partie. Mohammad Bakri incarne avec talent ce vieil homme un peu perdu, aux rêves funambules. C'est le dernier rôle d'un comédien qui ne craignait pas d'affronter Israël. Son film documentaire, Jenin Jenin (2002) était un hommage filmé à l'esprit de résistance de la ville du nord de la Cisjordanie.
Le film poursuit son rythme de croisière et l'ennui d'une simple reconstitution, même avec des moyens inédits pour un film réalisé par une Palestinienne — et produit par des sociétés grecque, allemande, mais aussi qatarie et saoudienne — pourrait gagner le spectateur. Mais, à mi-parcours, en 1988, la disparition brutale de Noor, tué par une balle israélienne en pleine tête au cours d'une manifestation contre l'occupation à Naplouse, va donner une autre direction au film. Il prend alors un chemin moins convenu. Car le jeune Noor, faute d'équipements suffisants à Naplouse, est transporté à Haïfa pour y subir une opération du cerveau. Ses parents, Munira et Salim, l'accompagnent dans l'ambulance, mais c'est trop tard. Il a fallu plusieurs jours à la bureaucratie coloniale militaire pour émettre un ordre de transport. L'adolescent est en mort clinique et les chirurgiens ne peuvent plus rien faire pour le sauver.
Se pose alors la question du devenir de ses organes. On est en Israël, pays d'où vient le soldat qui a tué l'adolescent. Munira et Salim s'interrogent, entre leur humanité et leur conscience, la morale et la religion, la loi et le droit. Entre la rage, éternelle, et le chagrin, persistant. Ce parcours douloureux, marqué par les doutes et les remords, fait la force du film. La Palestine, même en version mélo grand public, touche nos cœurs. L'émotion est ce qu'il reste de ce film, de ce portrait d'une famille brisée, et peut-être un signe parmi d'autres du réveil d'un peuple si longtemps écrasé par son malheur.
Le film se termine en 2022, comme s'il avait su que le pire n'est jamais sûr. Cherien Dabis a réussi à rendre avec cette fresque familiale aussi bien le désespoir des Palestiniens que le brin d'espoir qui continue à les tenir debout et — en partie — éveillés. Ce film, comme tant d'autres, n'aura pas les honneurs des écrans palestiniens soumis à la censure militaire israélienne. Il sera pourtant balayé comme propagande, comme si les Palestiniens n'étaient pas capables de se faire un avis. Par la faute des mollahs et de la censure stricte, les Iraniens ne voient pas leurs films, mais les Palestiniens non plus, eux aussi victimes des interdits. Malgré Israël et ses censeurs, ce cinéma est vivant, prêt pour la relève. C'est donc un grand pas que Ce qu'il reste de nous contribue à franchir, avec quelques autres films.
13.03.2026 à 06:00
Sophie Boutière-Damahi
En campagne pour les élections municipales, dont le premier tour a lieu le 15 mars, le maire sortant Michaël Delafosse, socialiste, manipule les habituels leviers électoralistes que sont la laïcité, la Palestine et l'islamophobie. Une stratégie source de dissensions dans la gauche locale, et qui pourrait creuser davantage le déficit de confiance de ses administrés. « Nous, socialistes, continuons à refuser le terme d'islamophobie », affirme Michaël Delafosse, le maire socialiste de (…)
- Magazine / France, Partis politiques, Élections locales, Laïcité, Socialisme, Gaza 2023-2025
En campagne pour les élections municipales, dont le premier tour a lieu le 15 mars, le maire sortant Michaël Delafosse, socialiste, manipule les habituels leviers électoralistes que sont la laïcité, la Palestine et l'islamophobie. Une stratégie source de dissensions dans la gauche locale, et qui pourrait creuser davantage le déficit de confiance de ses administrés.
« Nous, socialistes, continuons à refuser le terme d'islamophobie », affirme Michaël Delafosse, le maire socialiste de Montpellier, dans une tribune ainsi titrée publiée dans Marianne en juillet 2025. Réunissant quatorze signataires dans les rangs du Parti socialiste (PS), parmi lesquels la présidente de la Région Occitanie Carole Delga et le député Jérôme Guedj, cette tribune est symptomatique des petites manœuvres qui font les grands clivages, particulièrement dans un contexte de campagne électorale. Au centre de son viseur, la création d'un organe institutionnel interne au parti, un « secrétariat national à la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et l'islamophobie », dont le dernier élément de l'intitulé mérite, d'après les signataires, dénonciation.
« Ce terme d'islamophobie, nous l'avons […] collectivement refusé, débattu, et écarté » car il est « ambigu, politisé, et souvent détourné pour remettre en cause les fondements mêmes de notre pacte républicain », est-il déclaré dans le texte. Une affirmation dans la ligne du Printemps républicain, qui entend lutter de façon égale contre l'extrême droite et l'islamisme, comme s'il s'agissait de deux forces politiques identiquement représentées au niveau national.
En mobilisant une vision restrictive de la laïcité au risque de légitimer un discours islamophobe et en maintenant son soutien à l'État d'Israël jusqu'à l'intenable, la mairie socialiste de la commune la plus grande et la plus peuplée de l'Hérault n'en finit pas de rester la même. C'est une position inscrite dans l'histoire postcoloniale, qui n'est pas sans répercussions locales.
Dans la capitale de l'Hérault comme ailleurs en France, les mobilisations en soutien à la Palestine depuis octobre 2023 sont l'objet de restrictions, voire d'obstructions, par les autorités préfectorales, parfois relayées ou justifiées par des responsables politiques locaux, au motif de risques de trouble à l'ordre public.
L'un des acteurs du mouvement de solidarité avec la Palestine, la section Hérault de Boycott, Désinvestissement, Sanctions (BDS), qui organise un rassemblement hebdomadaire place de la Comédie en soutien au peuple palestinien, en a fait les frais. En avril 2025, Michaël Delafosse porte plainte contre BDS-34 pour « injures publiques, outrance et diffamation » en raison d'une banderole sur laquelle on pouvait lire « Israël = génocide, Delafosse complice », avec les « s » d'Israël et du nom du maire stylisés de manière à rappeler le symbole nazi. Le 9 février 2026, José-Luis Moraguès, président de BDS-Hérault, relaxé en première instance, est condamné en appel pour diffamation contre le sénateur PS Hussein Bourgi, Carole Delga et le président du conseil départemental Kléber Mesquida au sujet d'une banderole similaire y associant leur nom.
Mais à Montpellier, l'univocité politique du maire Michaël Delafosse sur la question palestinienne est ancienne. Les refus de salle municipale visant à abriter une conférence sur la question palestinienne sont légion. En septembre 2023, l'Union juive française pour la paix (UJFP) et une trentaine d'organisations locales avaient dénoncé le refus de la mairie de mettre une salle municipale à la disposition d'un collectif d'associations organisateur, dont l'Association France-Palestine de l'Hérault, pour une conférence‑débat sur les violations des droits humains par Israël.
L'Hôtel de ville est le siège d'un soutien affiché à la politique d'Israël depuis Georges Frêche, maire PS de 1977 à 2004. Figure forte et controversée de la politique locale, il fut l'un des premiers membres du Parti socialiste lors de sa fondation en 1969, après avoir appartenu à la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO).
En 1962, les rapatriés d'Algérie sont plus de 65 000 à s'installer dans le département, dont une grande partie à Montpellier même. Une fois élu à la tête de la ville, Georges Frêche séduit nombre d'entre eux tentés par un discours encore habité des rancunes du règlement de la guerre. Comme à Marseille, ce dernier sert une idéologie arabophobe et antimusulmane, alors que des épisodes de violence raciste à l'égard des travailleurs immigrés, allant jusqu'au meurtre de ressortissants algériens, se multiplient dans le sud de la France dans les années 19701.
Ce discours légitime alors les actions de l'État d'Israël, notamment dans la foulée de la guerre israélo-arabe de 1973 qui provoque une montée du racisme antiarabe en France. Certains élus socialistes, comme le maire de Marseille Gaston Defferre, accompagnent un mouvement de soutien à Israël. Le maire montpelliérain Georges Frêche s'en fait un fervent défenseur, et le restera jusqu'au terme de son dernier mandat. Il ira jusqu'à qualifier Montpellier de « poste avancé de Tsahal » lors de l'ouverture du festival Montpellier Danse en 2006, en référence à la participation d'artistes israéliens.
En janvier 2007 les propos racistes de Georges Frêche, coutumier des dérapages – contre les musulmans, contre les harkis –, lui coûtent son exclusion du Parti socialiste. Cette fois, il visait la proportion de joueurs noirs dans l'équipe de France de football. L'édile est alors encore président du conseil régional de Languedoc-Roussillon, président de la communauté d'agglomération de Montpellier et membre du conseil municipal de Montpellier.
C'est l'héritage avec lequel Michaël Delafosse doit composer. Sans rompre avec les positions pro-israéliennes de son plus mémorable prédécesseur, l'édile se tient aujourd'hui à distance du mouvement en solidarité avec la Palestine et reste silencieux sur le génocide à Gaza. Une position devenue inaudible pour une partie de l'opinion publique.
La scission idéologique au sein de la gauche locale s'est cristallisée dans la stratégie électorale déployée par la majorité municipale lors des législatives en 2022. Michaël Delafosse avait alors tourné le dos à l'union de la gauche. En refusant de s'associer à la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) conclue entre La France insoumise, Europe Écologie-Les Verts, le Parti communiste et le Parti socialiste, il semait les germes de la division.
Dans la foulée de son élection en 2020, Michaël Delafosse met en place une obligation, inédite en France, faite aux associations de signer une charte de la laïcité. Celle-ci conditionne le versement des subventions municipales. Cette mesure suscite une importante controverse. Le président de la section montpelliéraine de la Ligue des droits de l'homme, Christian Payard, s'étonne de la pertinence de ce texte : « La loi de 1905 [concernant la séparation des Églises et de l'État, fondatrice de la laïcité] suffit amplement. C'est quand même un chantage à l'argent et ça, c'est inadmissible […] On sent une volonté de cibler la population musulmane d'une manière générale. On n'est plus du tout dans la laïcité. »
Sur les 776 associations subventionnées par la ville recensées à Montpellier, environ 470 ont signé la charte de la laïcité lors de sa mise en place, les autres s'y refusant ou n'en ayant pas fait la demande. Certaines organisations, comme la section locale de la Ligue des droits de l'homme, ont ainsi renoncé à leur subvention annuelle pour protester contre le dispositif.
Un épisode qui a durablement marqué la politique locale, en témoignait encore, le 15 février, le discours de la tête de liste La France insoumise (LFI) et députée Nathalie Oziol lors d'un meeting : « Nous voulons en finir avec le dévoiement et l'instrumentalisation de la laïcité. Nous supprimerons la charte de la laïcité. »
Delafosse a compté parmi les responsables socialistes soutenant l'interdiction de l'abaya à l'école décidée par le gouvernement d'Élisabeth Borne et le ministre de l'éducation Gabriel Attal. Une position cohérente de l'édile montpelliérain : tout au long de sa campagne pour les municipales en 2020, il avait affirmé qu'en tant que maire il veillerait à ce qu'« il n'y [ait] pas de burkini dans les piscines municipales ». En tête de la liste d'union de la gauche (Parti radical de gauche, PS, PCF), Delafosse s'était également opposé à la présence de Samira Yakhlef (PCF) au motif qu'elle portait le voile. Il l'a exprimé si fortement que la candidate s'est retirée de la liste, ce qui suscitera des tensions au sein du front de gauche local, plusieurs candidats communistes lui emboîtant le pas en signe de protestation.
À quelques mois des élections municipales, les divisions au sein de la gauche locale se précisent face aux positions du maire. Marqueur symbolique des liens entre la capitale de l'Hérault et Israël, le jumelage entre Montpellier et la ville israélienne de Tibériade depuis 1983 est remis en question, notamment par LFI et les Écologistes. Élue municipale d'opposition du mouvement citoyen Nous sommes Montpellier, Alenka Doulain est une figure du groupe Montpellier Union populaire écologique et sociale (MUPES), un rassemblement de forces de gauche et écologistes critiques de la majorité socialiste. En juin 2025, Doulain porte au conseil municipal une demande de suspension du jumelage, jugeant le lien « politiquement et moralement intenable » dans le contexte de la guerre génocidaire menée par Israël sur la bande de Gaza. Mais la proposition se heurte à l'opposition de la majorité municipale.
Des divisions sont aussi de plus en plus observées chez Les Écologistes, dont le groupe faisait encore partie de la majorité municipale jusqu'à la rupture en 2024. Les Verts dénoncent alors un manque d'écoute de la majorité et de volontarisme politique sur la question écologique. Leurs prises de position sur la politique internationale continueront de les distinguer du camp socialiste.
Le 22 septembre 2025, à l'occasion de la reconnaissance de l'État de Palestine par la France, le député écologiste de l'Hérault Jean-Louis Roumégas et le collectif « Printemps montpelliérain »2 qu'il dirige décident de hisser le drapeau palestinien sur la place de l'Hôtel de Ville en dépit de l'opposition du maire. « Face à ce coup d'éclat sur le parvis de la mairie, Michaël Delafosse et sa majorité apparaissent en retrait. Leur refus de hisser le drapeau palestinien illustre une ligne jugée plus clientéliste que courageuse. » C'est en ces termes que Les Écologistes montpelliérains commentent l'événement dans leur communiqué. Lancés dans la campagne municipale, les Écologistes sont par ailleurs en proie à leurs propres divisions internes : Julia Mignacca, ancienne présidente du conseil fédéral, vient en effet de quitter ses rangs pour rejoindre la liste de La France insoumise.
Alors que la gauche locale a maille à partir avec la question palestinienne et l'ancrage de la municipalité socialiste dans une conception excluante de la laïcité, reste à voir quelle part du terrain idéologique le Parti socialiste parviendra à conserver localement à l'avenir. Pendant ce temps, La France insoumise, qui s'affirme comme la principale force politique mobilisée contre l'islamophobie et pour le soutien de la cause palestinienne, continue de sérieusement menacer l'assise électorale que Michaël Delafosse avait réussi à s'assurer avant d'entamer son premier mandat. Face à lui, la liste « Faire mieux pour Montpellier » menée par Nathalie Oziol, qui a siphonné une partie des militants écologistes du « Printemps montpelliérain », apparaît comme la principale concurrente.