10.04.2026 à 14:00
Conférence publique du « Réseau des médias indépendants sur le monde arabe », 20 avril, 18h30-20h30, Marseille Dans la continuité du génocide à Gaza perpétré par Israël, la guerre actuelle contre l'Iran et le Liban confronte de nouveau le Proche-Orient à une reconfiguration de ses frontières, dans le sang. D'où la prégnance de questionnements sur l'évolution de ce concept dans la région. Quel est le rôle des frontières dans la construction des appartenances dans le monde arabe ? Comment (…)
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Dans la continuité du génocide à Gaza perpétré par Israël, la guerre actuelle contre l'Iran et le Liban confronte de nouveau le Proche-Orient à une reconfiguration de ses frontières, dans le sang. D'où la prégnance de questionnements sur l'évolution de ce concept dans la région.
Quel est le rôle des frontières dans la construction des appartenances dans le monde arabe ? Comment un espace, jadis ouvert à la circulation, a-t-il été recomposé et avec quels impacts ? Quels types de liens persistent d'un côté ou de l'autre des remparts ? Quel devenir pour la région ?
Autant de questions autour desquelles débattront des journalistes du Réseau des médias indépendants sur le monde arabe, à l'occasion de la publication d'un dossier spécial sur les frontières.
Ce réseau rassemble, depuis dix ans, les médias Orient XXI (France), Mada Masr (Égypte), Babelmed (Italie), 7iber (Jordanie), Maghreb Emergent (Algérie), Assafir Al-Arabi (Liban) et Nawaat (Tunisie), autour d'activités de publications, de formations et de tables rondes.
Cette rencontre sera suivie par la projection du film Écrivains des frontières organisée par Aflam le 24 avril, à 20h30, au Videodrome 2 (Marseille).
Monde arabe. Frontières et circulations en évolution.
Lundi 20 avril 18h30-20h30
La Baleine, 59 cours Julien, Marseille
Entrée libre
Débat en français

Discussion avec Tsedek ! : Loi « Yadan », instrumentalisation de l'antisémitisme et actualité au Proche-Orient.
En février dernier, Tsedek ! a sorti un ouvrage intitulé Lutter en rupture, Lutter en solidarité aux éditions Premier Matin de novembre. Entre essai et manifeste, le collectif juif décolonial revient sur sa généalogie, définit son engagement et se projette dans un programme de lutte. Pour ce nouvel épisode d'Horizons XXI, Orient XXI reçoit deux de ses membres la veille de l'examen de la loi dite « Yadan » pour discuter de l'actualité française et proche-orientale : l'instrumentalisation de la lutte contre l'antisémitisme, la volonté de criminaliser l'antisionisme et les guerres que mène Israël et qui nous concernent également ici.
Cette rencontre explore la poésie comme un geste profondément politique. Face aux violences, aux guerres et aux oppressions, les mots deviennent un espace de refus et de solidarité. Loin des abstractions géopolitiques, la poésie raconte des vies, des corps, des souffrances concrètes. Une invitation à l'interroger comme forme de témoignage, de résistance et d'émancipation.
Avec :
Jeudi 23 avril, 20h-22h
Maison de la Poésie de Namur,
rue Fumal, 28 – 5000 Namur
Entrée libre
Inscription : www.laicite.com
contact@laicite.com ou 081/73 01 31
« Mahmood Mamdani. “Le récit dominant ne montre qu'une facette d'Idi Amin Dada” », Victoria Brittain, 10 avril 2026.
Dans son ouvrage Slow Poison. Idi Amin, Yoweri Museveni, and the Making of the Ugandan State, l'universitaire ougandais Mahmood Mamdani revient sur le parcours des deux chefs d'État, le second étant au pouvoir depuis quarante ans. Il déconstruit au passage un certain nombre d'idées reçues sur la personnalité complexe d'Amin Dada.
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10.04.2026 à 06:00
Baudouin Loos
Basée entre Paris et Berlin, Tamara Erde tourne des films depuis une quinzaine d'années. Ses grands thèmes sont les questions sociales et politiques liées à l'éducation, aux conflits et à l'histoire. Avant cela, elle vivait en Israël, où elle a effectué ses classes dans le renseignement militaire. Ses films sont donc aussi ceux de son cheminement. De passage à Bruxelles à l'invitation de l'Université libre, la réalisatrice quadragénaire a bien voulu se raconter pour Orient XXI. Baudouin (…)
- Magazine / Israël, Entretien, Histoire, Sionisme, Cinéma
Basée entre Paris et Berlin, Tamara Erde tourne des films depuis une quinzaine d'années. Ses grands thèmes sont les questions sociales et politiques liées à l'éducation, aux conflits et à l'histoire. Avant cela, elle vivait en Israël, où elle a effectué ses classes dans le renseignement militaire. Ses films sont donc aussi ceux de son cheminement. De passage à Bruxelles à l'invitation de l'Université libre, la réalisatrice quadragénaire a bien voulu se raconter pour Orient XXI.
Baudouin Loos : Dans quel milieu êtes-vous née ?
Tamara Erde : Je suis née en 1982 à Tel-Aviv, où j'ai aussi grandi. Mes grands-parents étaient arrivés dans les années 1930 et mon grand-père était d'ailleurs le photographe officiel du mouvement sioniste, du temps de David Ben Gourion. J'ai fait un film à ce sujet il y a quelques années [Looking for Zion, dont il sera question plus bas, NDLR.].
Dans les années 1980, ma mère était employée au Parti travailliste. La famille appartenait bien au centre gauche sioniste. J'ai fait partie du mouvement de jeunesse de ce parti. Mon premier point de bascule politique s'est produit quand le Premier ministre Yitzhak Rabin a été assassiné, le 4 novembre 1995, un événement qui m'a marquée politiquement.
Quelques années plus tard, j'ai commencé mon service militaire. À l'époque, les femmes ne pouvaient pas faire partie des unités combattantes et, comme beaucoup de jeunes Israéliennes, j'aspirais à y entrer. Je me suis retrouvée dans les renseignements, d'abord au Mossad [services secrets extérieurs, NDLR], ce qui m'avait déçue puisque j'aspirais à un rôle de combattante en uniforme.
À force d'insister, ils m'ont laissée suivre la formation pour devenir officier, mais ensuite, ils m'ont placée à l'AMAN, acronyme d'Agaf Ha-Modi'in, les services de renseignement militaires. C'était au début des années 2000, en pleine seconde intifada. Plusieurs événements spécifiques ont changé ma façon de voir. Comme quand l'armée sacrifiait sciemment la vie de civils palestiniens pour arrêter ou éliminer une personne recherchée. Ces choses ont entamé mes convictions.
J'ai commencé à lire, à rencontrer des gens, à me rendre en Palestine même si c'était interdit aux Israéliens. Assez pour me rendre compte de ce que j'ignorais, qu'on ne m'avait jamais enseigné. Internet existait déjà, l'information était là, mais je ne savais pas, on était maintenu dans une sorte de prisme imposé. C'est ce qui m'a donné l'envie de faire ce film, This is my land, sorti en 2014, car j'ai compris le rôle important de l'éducation scolaire dans la construction d'une personnalité.
B. L. : Entre-temps, vous aviez quitté Israël…
T. E. : J'ai d'abord étudié à l'École des beaux-arts de Bezalel, à Jérusalem, puis j'ai voyagé et, enfin, je me suis installée en France en 2011. Mon père, que je n'ai pas connu – il est décédé alors que j'avais 1 an – était français, et j'ai pu faire la connaissance de ma famille française. Je n'ai plus été résidente en Israël depuis lors, mais j'y suis retournée souvent, notamment pour tourner plusieurs films.
B. L. : Votre documentaire This is my land, en 2014, vous fait connaître…
T. E. : L'idée de base était de voir comment on enseigne l'histoire du conflit aux enfants, des deux côtés, israélien et palestinien. Comment étaient expliqués l'enchaînement des événements historiques, la création d'Israël, la Nakba… Ce qui m'intéressait surtout, c'était de documenter comment les professeurs des deux côtés interprètent l'histoire par rapport aux programmes officiels du ministère de l'éducation, par rapport aux manuels scolaires, et cela dans un contexte de guerre permanente. Voir aussi comment les enfants réagissaient, si cela les inclinait à poser des questions, ou pas. Ce n'est donc pas un film sur l'histoire, mais sur la transmission de cette histoire, à travers un système scolaire qui est, en tout cas côté israélien, assez éclaté puisqu'on trouve l'enseignement laïc, l'enseignement religieux ultraorthodoxe, également l'enseignement de la minorité arabe israélienne.
B. L. : Parleriez-vous de propagande pour qualifier l'enseignement de l'histoire en Israël ?
T. E. : Il y avait un programme officiel assez rigide, déjà à l'époque du film, et cela a encore empiré. Il y a des choses qu'on dit et des choses qu'on ne dit pas. Une chercheuse israélienne, Nurit Peled-Elhanan, philologue, a documenté la façon dont les Palestiniens sont montrés dans les livres scolaires, la conception de qui est l'« Autre », l'occultation de la Nakba. Toute la création d'Israël est enseignée du seul point de vue officiel israélien, et l'apport de ce qu'on a appelé les « nouveaux historiens israéliens », qui ont remis en cause le récit historique, est absent des programmes. L'image de l'« Autre », l'Arabe, le Palestinien est absente ou abstraite dans le meilleur cas ; diabolisée, le reste du temps.
Il y a eu une certaine ouverture, mais aujourd'hui on assiste à un retour en arrière même si les responsables pédagogiques prétendent, de manière ridicule, qu'ils ne font pas de politique. Je montre aussi le poids de cette histoire, les jours de commémoration, par exemple, ou les visites dans les camps de concentration en Pologne, etc. Tout cela est orchestré de manière à la fois factuelle, mais aussi émotionnelle. C'est très réfléchi, subtil, même.
B. L. : Peut-on dire que le message enseigné aux enfants, c'est que le peuple juif a été victime et que maintenant tout a changé ?
T. E. : Non, je crois que le message enseigné est que nous restons encore et toujours les victimes. Les attaques du Hamas le 7 octobre 2023 sont venues renforcer ce message d'une manière puissante. Puisque nous sommes victimes, nous avons toujours un besoin impérieux de nous défendre et donc d'attaquer, ce qui est la meilleure défense.
B. L. : Vous êtes allée à la fois à la rencontre des Palestiniens en Israël et des Palestiniens en territoires occupés.
T. E. : Oui, avec des questions différentes selon leurs problématiques particulières. En Israël, un enseignant palestinien doit tenir compte du programme officiel, validé par le baccalauréat israélien, synonyme d'intégration ; en regard de l'histoire vécue des gens, ce n'est pas évident. Les écoles palestiniennes rencontrent d'autres problématiques : comment arriver à donner de l'espoir aux enfants, à leur donner foi en eux-mêmes, alors qu'ils vivent une situation d'opprimés ; comment éviter de tomber dans la haine du colon, voire dans l'antisémitisme ; comment séparer les notions de juifs, Israéliens, colons, séparer le politique du religieux, etc. Des notions complexes à expliquer.
B. L. : Dans une interview donnée avant le 7 octobre, vous avez estimé qu'en Israël l'enseignement était enfermé dans un cercle de peurs et de victimisation, mais que cela pouvait encore changer.
T. E. : Oui, mais depuis lors le changement ne va pas du tout dans le bon sens. Les choses sont devenues plus extrêmes encore. Il faut savoir que, depuis toujours, l'un des rôles de l'Éducation en Israël est de former les futurs soldats, puisque le service militaire est obligatoire à 18 ans [sauf pour les Palestiniens israéliens, NDLR]. Il s'agit de former des jeunes afin qu'ils ne posent pas de questions, ne doutent pas des ordres donnés… On l'a vu à Gaza depuis deux ans… Cela dit, dans le monde, je ne crois pas qu'il existe beaucoup de systèmes éducatifs où le doute et le questionnement sont valorisés…
B. L. : Dans votre filmographie, il y a quelques longs métrages qui ont pour cadre Israël et la Palestine, dont les documentaires Né à Deir Yassin (2016) réalisé avec Neta Shoshani, et Looking for Zion (Par nos yeux) en 2018)…
T. E. : Le premier concerne le massacre de Deir Yassin du 9 avril 1948, important dans la Nakba. Un événement qui eut lieu dans un village tout près de Jérusalem, qui a eu de grandes répercussions et qui est resté dans la mémoire collective comme un traumatisme majeur d'un côté et comme un grand tabou en Israël. Des photos prises pendant le massacre sont conservées dans la partie classée secret-défense des archives de l'armée. Nous en avons demandé la déclassification, mais avons été déboutés par la Cour suprême d'Israël, au motif que ce serait possible quand il n'y aurait plus de menaces contre l'État. Mais on a pu interviewer des gens encore vivants qui avaient participé au massacre. C'étaient des combattants des milices extrémistes Etzel1 et Lehi2 qui avaient été à l'œuvre, la Haganah, force juive officielle, n'intervenant qu'après coup, pour nettoyer l'endroit. Chose intéressante : David Ben Gourion, premier Premier ministre israélien, décida, deux ans après les faits, de fonder un hôpital psychiatrique à l'endroit où subsistaient encore les anciennes maisons des villageois tués.
B. L. : Et le second film, Looking for Zion ?
T. E. : J'avais décidé de revenir sur ce qu'avait produit mon grand-père, qui a été le photographe officiel du mouvement sioniste de 1934 jusqu'aux années 1970. Il était très engagé dans le sionisme et le mouvement des kibboutzim. L'idée était de revenir sur ces images avec mon regard critique. Je suis allée dans plusieurs endroits où il avait travaillé, comme à Kissoufim, un kibboutz situé à l'orée de Gaza, ou à Jérusalem. Je projetais ses photos dans des lieux là-bas et je recueillais les réactions des habitants. C'était par moment drôle, mais aussi parfois très dur, car on mesurait l'écart énorme entre les rêves de mon grand-père, la naïveté de sa vision romantique de l'époque, et la réalité quarante ans plus tard, la perte des idéaux socialistes, la laïcité en déclin…
Dans la génération de mon grand-père, les divers mouvements sionistes de gauche ont mis de côté pas mal de contradictions de façon à garder leurs rêves d'égalité intacts. Par exemple, ils occultaient l'existence même des Palestiniens alors que les kibboutzim avaient été construits sur des villages palestiniens rasés. Il y avait également cette volonté de créer un État laïc, mais non sans se référer à la Bible pour justifier le mouvement de « retour » en Israël. Maintenant, le rôle de la religion est devenu incontournable.
B. L. : Qu'avez-vous pensé des attentats du Hamas le 7 octobre 2023 ?
T. E. : J'étais enceinte à ce moment-là et j'ai tenté de me protéger, de garder un peu de distance. Mais j'ai été choquée que les médias puissent insinuer que l'histoire avait commencé ce jour-là. C'est pourquoi je prépare un film de quatre-vingt-dix minutes pour la RTBF, la radio-télévision belge, et Arte sur l'histoire de Gaza jusqu'au 7 octobre, avec beaucoup d'archives, pour tenter de comprendre comment on en est arrivé là. Quant à la réaction militaire israélienne, elle ne m'a pas vraiment surprise. Tous les éléments étaient en place depuis de longues années : l'intensification de la colonisation, les gains de l'extrême droite, le discrédit de la gauche désormais marginalisée, la disparition des valeurs morales dès que la sécurité entre en jeu. Ce qui m'a surprise, c'est plutôt la lenteur de la réaction internationale et la lâcheté de l'Europe.
Filmographie choisie
Jericho | 30 min, 2011, fiction
Une réalisatrice israélienne se rend en Europe pour rencontrer l'acteur palestinien qui doit jouer dans son prochain film. Le conducteur qui la prend en stop lui raconte un voyage entrepris vingt ans plus tôt pour un concert à Vienne, où il avait transporté Marguerite Duras, Pina Bausch et Nadir, un jeune violoniste palestinien.

This is my land | 93 min, 2014, documentaire
En suivant plusieurs professeurs au cours d'une année scolaire, la réalisatrice questionne la façon dont les systèmes éducatifs palestinien et israélien enseignent l'histoire de leur nation.

Pour nos yeux (Looking for Zion) | 95 min, 2018, documentaire
Une plongée dans les archives d'Ephraïm Erde, photographe sioniste officiel dans les années 1930, confrontées au propre cheminement de la réalisatrice, sa petite-fille.

Cœurs bombardés (Bombed hearts) | 80 min, 2021, documentaire
Le film suit le parcours vers la guérison de patients souffrant de traumatismes, en thérapie, dans un hôpital public de Seine-Saint-Denis, et dans leur vie quotidienne.

Moonlight Jerusalem | 80 min, 2021, documentaire
Jérusalem, observé depuis la hauteur d'un toit, l'obscurité de la nuit et le point de vue décalé des enfants, s'offre sous un jour différent.

After the Evil | documentaire, en cours de postproduction
Le portrait de Gitta Sereny, journaliste et historienne austro-britannique. Elle a 24 ans quand elle assiste au procès de Nuremberg, en 1945. Elle y rencontre Albert Speer, ministre du IIIe Reich et ami intime de Hitler, qui la fascine et sur qui elle écrira. Sereny a passé sa vie à essayer de comprendre les mécanismes du mal et le rôle des émotions dans son déploiement.

1Acronyme lexicalisé d'Irgoun Zvaï Leoumi, organisation paramilitaire sioniste et révisionniste fondée en 1931. Après la déclaration de la création de l'État d'Israël en 1948, l'Irgoun se dissout et fonde le parti Herout (« Liberté »), dont émanera le Likoud. La plupart des membres de l'ex-milice sont intégrés dans l'armée régulière.
2Également connu sous le nom de « Stern Gang », donné par les Britanniques, « groupe Stern ». Groupe paramilitaire sioniste actif entre 1940 et 1948.
09.04.2026 à 06:00
Hugo Laulan
Les discussions de paix entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan se sont accélérées sous l'impulsion de l'administration Trump. Si elle peut amener une stabilité, bienvenue dans la région, la paix selon les règles de Bakou n'est pas imaginable pour les réfugiés du Haut-Karabakh. Reportage. Le rouge, le bleu et l'orange. Les trois couleurs du drapeau de l'Arménie se déclinent un peu partout dans Erevan, la capitale. L'étendard flotte au-dessus des bâtiments officiels, sur les places, ou en format (…)
- Magazine / Réfugiés, États-Unis, Azerbaïdjan, Arménie, Haut-Karabakh, Conflit du Haut-Karabakh
Les discussions de paix entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan se sont accélérées sous l'impulsion de l'administration Trump. Si elle peut amener une stabilité, bienvenue dans la région, la paix selon les règles de Bakou n'est pas imaginable pour les réfugiés du Haut-Karabakh. Reportage.
Le rouge, le bleu et l'orange. Les trois couleurs du drapeau de l'Arménie se déclinent un peu partout dans Erevan, la capitale. L'étendard flotte au-dessus des bâtiments officiels, sur les places, ou en format miniature dans les commerces. Accroché à un balcon à côté de la Cascade, rue Tamanyan, un autre drapeau se fait une place : celui de la république du Haut-Karabakh, appelée « Artsakh » par les Arméniens. Il reprend les mêmes couleurs que le drapeau arménien mais s'en distingue par la présence d'un chevron en gradins, symbole de la séparation entre le Haut-Karabakh et le reste de l'Arménie.
En septembre 2023, l'Azerbaïdjan a lancé une offensive éclair et repris en quelques jours le contrôle total de la province peuplée majoritairement d'Arméniens. Plus de 100 000 personnes étaient contraintes à l'exil. Cette offensive faisait suite à la « deuxième guerre du Haut-Karabakh »en 2020, au cours de laquelle l'Azerbaïdjan avait repris le contrôle d'une partie du territoire. Près de 4 000 personnes avaient été tuées durant ce conflit côté arménien, un peu moins de 3 000 côté azerbaïdjanais.
Depuis, Nikol Pachinian, Premier ministre de l'Arménie, et Ilham Aliyev, président de l'Azerbaïdjan, tentent de normaliser leurs relations. L'arrivée à la Maison blanche de Donald Trump au début de l'année 2025 a impulsé une nouvelle dynamique dans le dialogue entre les deux dirigeants.
« Je pense que lorsque Donald Trump évoque tous les conflits qu'il a résolus, celui entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan est peut-être le plus avancé », explique Tigran Grigoryan, directeur du Centre régional pour la démocratie et la sécurité (CRDS), basé à Erevan. « Ce n'est pas comme s'il y avait une guerre avant l'intervention de Trump, mais il y avait beaucoup de tensions et son intervention a contribué à les apaiser quelque peu », analyse le spécialiste.

La guerre en Iran, déclenchée le 28 février par les États-Unis et Israël, a par ailleurs fait craindre une extension du conflit dans le Caucase. Deux drones, probablement iraniens, ont touché l'exclave azerbaïdjanaise du Nakhitchevan le 5 mars, ravivant dans un premier temps les tensions entre les deux pays. Bakou a finalement décidé de calmer le jeu pour éviter l'escalade, Ilham Aliyev félicitant le nouveau guide suprême iranien après l'assassinat d'Ali Khamenei.
Le 8 août 2025, les deux dirigeants du Caucase ont signé à Washington un protocole d'accord, prémices d'un futur accord de paix évoqué depuis plusieurs mois. Ce texte prévoit la mise en place d'un corridor entre l'Azerbaïdjan et son exclave du Nakhitchevan, via l'Arménie : la « route Trump pour la paix internationale et la prospérité » (Tripp).
Ces échanges se sont concrétisés avec la visite, du 9 au 11 février, du vice-président états-unien J. D. Vance en Arménie et en Azerbaïdjan. Une visite fructueuse, conclue par la signature de plusieurs accords bilatéraux entre les États-Unis et les deux pays voisins. Elle symbolise également les changements de rapport de forces dans la région du Caucase du Sud, où Moscou, puissance et médiateur historique, est en perte de vitesse depuis la guerre en Ukraine, au profit de Washington.
Malgré ce regain de tensions, les discussions ont « apporté une sorte de stabilité dans la région, au moins à court et moyen terme », décrypte Tigran Grigoryan. Pourtant, les réfugiés du Haut-Karabakh rencontrés dans la capitale arménienne ont pour la plupart du mal à imaginer cette paix possible.
Au cœur d'Erevan, les Arméniens de l'Artsakh peuvent se retrouver au centre culturel Ararich, qui dispense aux enfants « des cours de dessin ou encore des ateliers de langue », explique Hunan Tadevosyan, son directeur. Si le lien avec leur terre d'origine est entretenu, le ressentiment et la douleur ne quittent pas les familles.

Dans les locaux de l'association, un grand drapeau du Haut-Karabakh est déployé. Sur les murs sont exposés les photos et les dessins de Tigran Avetisyan, un soldat arménien tué pendant la guerre. Sa mère les a légués à l'ONG et Hunan compte organiser une exposition pour les enfants.
« Je n'ai jamais vraiment quitté le Haut-Karabakh. Mentalement, je suis toujours là-bas », explique Lusine Minasyan, pendant que son fils joue avec d'autres enfants de réfugiés. Originaire de la région d'Askeran, foyer de résistance arménienne, elle a perdu son mari durant la guerre de 2020. À 38 ans, elle élève désormais seule son fils à Erevan. Dans le Haut-Karabakh, Lusine était professeure à l'université. Aujourd'hui, comme beaucoup de mères de famille, elle survit en préparant et vendant des pâtisseries typiques de sa région. « Ses baklavas sont les meilleures », assurent plusieurs parents présents au centre Ararich.
Impossible pour elle d'entendre parler d'une quelconque paix. « Comment je vais expliquer à mon fils qu'il va devoir vivre aux côtés de ceux qui ont tué son père », témoigne la mère de famille. Si la paix est signée, elle assure qu'elle quittera le pays.

Marine Gabrielyan, elle aussi réfugiée du Haut-Karabakh, partage le même point de vue. « C'est irréel d'imaginer vivre avec les Azéris. Depuis mon enfance, j'ai perdu quasiment tous mes proches durant ces conflits », déplore la réfugiée. Durant la guerre de 2020, le plus âgé de ses trois fils a été blessé. Les deux femmes attendent les élections législatives de juin 2026 et espèrent un changement à la tête du pays.
Derrière le comptoir du Tumanyan's Art, Vadim Balayan a un discours plus nuancé. Avec sa femme Kristen, ils tiennent ce café-restaurant où ils servent notamment plusieurs spécialités culinaires de leur région. Rencontré une première fois en janvier 2025, avant les accords de Washington, l'homme voyait dans les négociations de paix « un énième jeu politique », dans lequel l'Arménie « n'a d'autre choix que de signer la paix pour éviter une nouvelle guerre ».

Un an plus tard, avec l'avancée des négociations, il demande : « Comment pourrait-on passer à autre chose ? C'est notre vie, on ne peut pas l'oublier. » Si, selon lui, il est encore trop tôt pour tourner la page, il pointe surtout du doigt une forme de « déconnexion » au sein de la population arménienne : « Certains pensent que l'on peut encore retourner dans l'Artsakh ! »
Ce désarroi des réfugiés s'explique aussi par leur absence totale dans les négociations de paix. « Il n'y a pas un seul mot sur nous », regrette Siranush Sargsyan, journaliste originaire du Haut-Karabakh : « Comment pouvez-vous prétendre discuter de la paix et de la prospérité dans une région, en mettant de côté une partie des habitants de cette région ? C'est assez traumatisant pour nous, ils prétendent que ces gens n'existent pas.
D'autant que la plupart des réfugiés éprouvent une situation économique et sociale très tendue, avec des loyers très élevés, des difficultés à trouver un emploi combinées à la fin des aides versées par l'État.
« La principale faiblesse de cet accord est qu'il n'y a aucune réciprocité entre les deux parties, souligne Tigran Grigoryan, l'Arménie accepte toutes les demandes et les conditions de l'Azerbaïdjan. Il est nécessaire de trouver un terrain d'entente. » Le journaliste Siranush Sargsyan renchérit : « Cette paix est totalement illusoire. On ne peut pas l'envisager si nous faisons tout ce que l'Azerbaïdjan veut. »
« Ilham Aliyev fait son possible pour effacer toute trace de présence arménienne sur ce territoire », argue Altay Goyushov, historien azéri et directeur de l'Institut de recherche de Bakou. Le président azerbaïdjanais, qui dirige le pays d'une main de fer depuis plus de vingt ans, dicte aussi le rythme des discussions en posant des conditions que l'Arménie se voit obligée d'accepter pour espérer la paix. La demande la plus symbolique : qu'Erevan retire toute mention au Haut-Karabakh dans sa Constitution. À l'heure actuelle, la déclaration d'indépendance de l'Arménie, qui date de 1990 et est intégrée à la Constitution, fait référence à la « réunification » de l'Arménie et du Haut-Karabakh.
Quel avenir imaginent alors les réfugiés ? Si la situation actuelle n'est pas en leur faveur, Lusine Minasyan reste optimiste : « Je n'ai pas tourné cette page, j'ai toujours l'espoir de revenir là-bas. » Lorsqu'elle évoque le futur, sa gorge se serre. « Je pense que la nouvelle génération nous ramènera dans le Haut-Karabakh. La seule demande de mon fils, c'est de pouvoir aller déposer des fleurs sur la tombe de son père », plaide-t-elle, émue.
Pour sa compatriote réfugiée Marine Gabrielyan, les discussions actuelles illustrent une nouvelle menace pour l'Arménie : « Il n'y a rien de nouveau dans ce projet de corridor, si ce n'est que ce qui s'est passé dans le Haut-Karabakh risque de se dérouler ici, dans le reste de l'Arménie. »

Un scénario impossible à anticiper, mais qui paraît plausible selon Altay Goyushov : « À court terme, tant que l'administration Trump est en place, je ne pense pas que l'Azerbaïdjan lancera une nouvelle guerre. Mais la propagande est toujours aussi présente dans le pays, l'Arménie est toujours dépeinte comme un ennemi. Le risque existe car le régime d'Ilham Aliyev est un régime autoritaire et qu'il est impossible de prédire ce qu'il va faire. »
D'autant que, selon l'historien azéri, Ilham Aliyev n'a pas besoin d'un accord de paix. « Cette situation où il n'y a pas de guerre et pas de paix convient très bien à son régime. Sa seule préoccupation est de conserver le pouvoir, et pour cela, il doit continuer d'alimenter le sentiment nationaliste », estime-t-il.
Difficile d'imaginer l'Arménie s'engager de nouveau dans un conflit armé après les défaites de 2020 et 2023. La position du gouvernement arménien semble même résolue. « Vous comprenez comme moi que si l'on ne referme pas le dossier du Haut-Karabakh, la paix est impossible », déclarait le Premier ministre Nikol Pachinian dans son discours à la nation le 18 août 2025.
« Je pense que la société est fatiguée de la guerre, analyse Tigran Grigoryan. L'Arménie ne semble pas avoir les ressources pour demander quelque chose de plus ambitieux. Comparée aux autres scénarios, notamment celui de l'escalade et des menaces de l'Azerbaïdjan sur l'ensemble du territoire national, il semblerait que ce soit la moins mauvaise des solutions. »

Un point de vue réaliste mais difficile à accepter pour la majorité des réfugiés. Si elle ne croit pas dans la volonté azerbaïdjanaise de faire la paix, Siranush Sargsyan est consciente des marges de manœuvre limitées de l'Arménie. Pour conserver un semblant d'espoir, les réfugiés doivent « faire le nécessaire pour rester durablement en Arménie. C'est le minimum, et c'est un pas de plus vers un retour dans l'Artsakh », selon elle.
« L'Arménie a besoin de nous », affirme la journaliste avant de conclure : « Ce n'est pas juste un rêve d'y retourner. C'est notre droit. »