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30.01.2026 à 06:00

Algérie. Les fantômes de la guerre d'indépendance

Florence Beaugé

Dans Ce que la mort m'a pris de toi, l'historien algérien Hosni Kitouni livre un récit intime et poignant de ses souvenirs d'enfance : ceux du fils d'un résistant monté au maquis, avant d'être tué par l'armée coloniale française. C'est un court récit qui nous emporte au fil des pages, tant il est servi par une écriture exceptionnelle. Son principal mérite : mêler l'intime à l'Histoire et nous permettre ainsi de comprendre l'enchainement des événements qui ont conduit l'Algérie à une (…)

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Texte intégral (2198 mots)

Dans Ce que la mort m'a pris de toi, l'historien algérien Hosni Kitouni livre un récit intime et poignant de ses souvenirs d'enfance : ceux du fils d'un résistant monté au maquis, avant d'être tué par l'armée coloniale française.

C'est un court récit qui nous emporte au fil des pages, tant il est servi par une écriture exceptionnelle. Son principal mérite : mêler l'intime à l'Histoire et nous permettre ainsi de comprendre l'enchainement des événements qui ont conduit l'Algérie à une cassure irrémédiable avec la France. Les chocs successifs. Les violences et les humiliations. L'incompréhension. La colère. La douleur. Les traumatismes. Et enfin, la révolte.

Au départ, « il y avait le soleil et Père, l'un rythmait les jours et l'autre nos vies ». Celui qui parle a sept ans. C'est le deuxième enfant d'une fratrie de quatre, descendant d'une famille prestigieuse, la tribu des Ouled El Abed. Son ancêtre a fondé une zaouïa1, laquelle rayonne dans toute l'Afrique du Nord depuis trois siècles, avec pour épicentre Skikda, dans l'est de l'Algérie.

Quand débarquent la France et son armée de conquête au début du XIXe siècle, les Ouled El Abed cessent d'exister comme grande famille religieuse. Ils perdent d'un coup « leur terre, leurs titres, et leur honneur ». On leur retire jusqu'à leurs noms, falsifiés par une loi sur l'état civil imposée par les colonisateurs. Cette tragédie, la famille se fait un devoir de la transmettre de génération en génération, pour que se perpétue le souvenir. « Quand on vient de ce sang-là, il est inutile de chercher à échapper à son destin. Car le sang de nos ancêtres est en nous, vivants parmi les morts », souligne le narrateur.

Un point de non-retour

Arrivent les années 1950. Le père, Abdelmalek, a des discussions animées avec ses amis dans sa petite boutique d'artisan tailleur. Tous ou presque ont connu Verdun, Monte Cassino, Paris, et « tant d'autres trous sanglants de l'Europe en guerre ». Avec bravoure, mais non sans amertume, ils ont défendu « la liberté des autres au nom d'une prétendue liberté commune, et une nation ayant usurpé la leur ». Mais pour quel pays se battait-il, lui, l'indigène ? Et pour quelle liberté ?

S'il a reçu une balle et une croix de guerre à Monte Cassino, Abdelmalek n'a pas tardé à recevoir la leçon de sa vie. Jour de l'Armistice, 8 mai 1945. Tout juste démobilisé et rentré au pays, le soldat « indigène » voit ses compatriotes sortir dans la rue à Sétif et Guelma, et célébrer eux aussi l'événement. Mais les manifestations dégénèrent en émeutes. Il y a des morts parmi les Européens. Et les représailles sur la population algérienne (on disait « musulmane ») sont terrifiantes. De ce jour, il n'y aura plus de retour en arrière possible : « Lui, l'homme pacifiste et profondément pieux, fut terriblement choqué, et sa conscience à jamais meurtrie ». Pour Abdelmalek comme pour beaucoup d'Algériens, le 8 mai 1945 a été le coup d'envoi de la guerre d'indépendance, même si la date officielle en est le 1er novembre 1954.

Un jour d'automne 1955, le père s'éclipse. Ses enfants n'ont été prévenus de rien. On leur fait croire qu'il reviendra « demain ». « Ah ! Ces “demains” qui n'arrivent jamais au bout de leur peine (…) Mais qu'est-ce qui nous arrivait ? Pour moi. Pour Mère aussi sans doute, puisqu'elle était comme perdue », soupire le garçonnet, rongé par les non-dits : « a-t-on jamais vu un père embrasser tendrement son fils et disparaitre sitôt après, pour rien et sans rien dire. Pas mourir, non, mais disparaitre… »

« Comme si elle tremblait en moi »

Seule, la mère sait que son mari est monté au maquis. Accompagnés de chiens, les parachutistes n'ont pas tardé à débouler chez elle, à la recherche du « terroriste », et ont mis la maison à sac. Depuis, chaque nuit, elle se hisse sur un tabouret et colle son nez sur le vasistas de la chambre familiale, épouvantée à l'idée qu'ils puissent revenir. Qu'ils s'en prennent à sa fille et à elle surtout. « Son corps tremblait tellement qu'il communiquait ses vibrations aux pieds de la tablette et à mon oreiller. C'était comme si elle tremblait en moi », se souvient l'enfant.

Toutes les nuits, la même peur. Le garçonnet, « sentinelle improbable », épie en silence le moindre des mouvements de la jeune femme. « Je me bouchais les oreilles, je fermais les yeux et je cherchais refuge dans le sommeil. Mais impossible de dormir et de laisser Mère seule, en proie à ses frayeurs (…) Las, vaincu, je me rendormais en emportant avec moi ma provision de frayeurs et de larmes ». Au fil des jours, puisqu'il ne peut plus « faire revenir quelqu'un qui ne voulait pas de vous », le petit garçon en vient à ne plus souhaiter qu'une chose : « mourir, disparaître en emportant avec moi jusqu'à ma propre existence ».

Avec le recul, la mère comprend que la décision de son mari était prise depuis longtemps. Depuis que, des années auparavant, leur premier-né est mort, faute d'argent, donc de soins. Elle se souvient :

C'est après cela que je l'ai vu changer, devenir un autre homme avec dans le regard une lueur de détermination qui m'effrayait. Alors il m'a fallu apprendre à vivre avec lui comme un passager de notre vie. Un autre amour, plus puissant, une autre passion occupait son cœur, dont il ne parlait jamais, mais à laquelle il consacrait ses nuits de lecture, ses absences soudaines et répétées.

Jour après jour, les paras reviennent, tels des enragés, avec, toujours, la même question : « Où est-il parti ? ». Et la mère de répondre chaque fois sans broncher : « Je ne sais pas ». Malgré sa peur, la frêle jeune femme tient tête aux escouades d'hommes armés, « devient grande et belle » aux yeux de ses enfants qui voient en elle « une figure définitive de la maternité ».

La mort s'étale en une du journal

Mais la guerre continue de s'immiscer partout, « devenant notre vie, habitant notre respiration, nos gestes, nos regards… (..) La mort donnée, la mort reçue, la mort partout, feu et sang, larmes et cris, visages tuméfiés, visages inconnus, affolés… ». Les avions, le napalm, la mort tombant du ciel, la guerre sans pitié, sans retard, sans lendemain… Fosses communes, tortures, disparitions« Les larmes, toujours les larmes, rien que les larmes, partout pleurer pour oublier, pleurer pour ne pas avoir peur, pleurer d'impuissance… »

La famille reverra une fois le père, lors d'une incursion épique de quelques jours au maquis. Mais c'est ensuite à nouveau le silence. Et la guerre qui s'intensifie. Un jour d'octobre 1957, l'enfant tombe sur un journal avec ce gros titre : « L'organisation terroriste de Constantine anéantie ». La photo de son père s'étale à la une. C'est donc à lui, le garçonnet, que va revenir la terrible mission d'annoncer la nouvelle à sa mère. « Pourquoi moi ? Je n'étais qu'un enfant et un enfant ne doit pas dire ces choses-là ! Mon Dieu aidez-moi ! À l'aide ! » « Ils mentent, ils mentent ! », hurle-t-il à sa mère en guise d'annonce, tout en se sentant se dédoubler tant il est terrifié par les mots qu'il va devoir prononcer. C'est donc par lui que le malheur va arriver ?

Les pages les plus poignantes du récit sont là. L'enfant pense qu'il va « tuer son père » en annonçant sa mort, « faire mourir » sa mère et toute sa famille. Il supplie le ciel de ne jamais laisser ses pas parvenir jusqu'à elle. « Ce n'était pas moi, mais l'autre qui franchit la porte entrebâillée », dit-il encore, sous le coup de l'épouvante. Et si tout cela n'était finalement que mensonge ? La mère interdit à quiconque de prononcer le mot fatal :

Qu'en savez-vous ? Avez-vous vu son corps, l'avez-vous enterré et où ? Quelle preuve est la vôtre pour oser parler ainsi de mon mari ? Je sais moi qu'il est vivant, mon cœur le sait, mon âme le sait, et je le retrouverai, dussé-je mettre sens dessus dessous la terre entière. Je creuserai le vent s'il le faut, mais je le retrouverai vivant !

On se gardera de dévoiler la fin du livre. Pas de faux espoir, Abdelmalek est bien mort au cours d'une embuscade avec l'armée française. Mais la quête éperdue de la mère et l'enfant nous entraîne dans une série de rebondissements inattendus. L'auteur de ce récit remarquable, empli de douleur, mais dénué de toute haine, c'est Hosni Kitouni, l'un des plus grands historiens algériens actuels. Le drame qui a marqué sa vie, il nous le raconte de sa hauteur d'enfant. C'est en fin de compte un livre sur le processus de deuil. Un magnifique hommage à une mère également, et, à travers elle, à toutes les femmes.


1En Afrique du Nord, établissement sous l'autorité d'une confrérie religieuse.

29.01.2026 à 06:00

Le 7 octobre par les faits

Emmanuel Dror, Thomas Vescovi

Le rapport d'Amnesty International sur les attaques du 7 octobre 2023 permet de s'écarter des intox diffusées par les autorités israéliennes et leurs relais. Mais il convient d'aller plus loin pour écarter les récits qui ont nourri le consentement à l'écrasement de Gaza. Le rapport d'Amnesty International, publié le 11 décembre 2025, compte plus de 170 pages au travers desquelles le lecteur se plonge dans les faits commis entre les 7 et 9 octobre 2023 en Israël. Les données collectées (…)

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Le 7 octobre par les faits

Le rapport d’Amnesty International sur les attaques du 7 octobre 2023 permet de s’écarter des intox diffusées par les autorités israéliennes et leurs relais. Mais il convient d’aller plus loin pour écarter les récits qui ont nourri le consentement à l’écrasement de Gaza.

Kfar Aza, le 27 octobre 2023. Des journalistes accompagnés de soldats israéliens se rassemblent dans l’enceinte du kibboutz Kfar Aza, l’un des kibboutzim attaqués le 7 octobre 2023, près de la frontière sud d’Israël avec la bande de Gaza.
FADEL SENNA / AFP

Le rapport d’Amnesty International, publié le 11 décembre 2025, compte plus de 170 pages au travers desquelles le lecteur se plonge dans les faits commis entre les 7 et 9 octobre 2023 en Israël1. Les données collectées comprennent notamment 70 entretiens et plus de 350 vidéos et photographies. Si le délai entre les faits et la publication du rapport peut poser des questions, à savoir plus de deux ans, le rapport en indique la raison :

Le refus des autorités israéliennes de coopérer avec notre organisation pour partager certaines informations, l’absence de preuves médico-légales suffisantes, et la réticence de beaucoup de survivant·es et de témoins à confier leur histoire à nos équipes, ont constitué des défis importants durant notre enquête.

Dans sa présentation, l’ONG met en avant la responsabilité de « dans des actes « Des violations qui sont constitutives de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.

Le rapport d’Amnesty n’est pas le premier de ce type. Le bureau du procureur de la Cour pénale internationale (CPI) était parvenu à des conclusions similaires. Il avait demandé l’émission de mandats d’arrêt contre trois responsables du Hamas, Mohammed Deif, Ismaïl Haniyeh et Yahya Sinwar, tous trois assassinés entre-temps par l’armée israélienne, et contre deux dirigeants israéliens, Benyamin Nétanyahou et Yoav Gallant, pour des crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis dans la bande de Gaza depuis le 8 octobre 2023.

La complexe identification des auteurs

Bien qu’incomplète pour les raisons mentionnées ci-dessus, l’enquête d’Amnesty est utile pour documenter les exactions et les ramener à leur juste mesure, loin des exagérations de la propagande israélienne et de ses fake news (bébés brûlés ou décapités, famille ligotée et brûlée vive, viols massifs…). Il est aujourd’hui admis qu’environ 1 200 personnes ont été tuées lors de l’attaque, dont 642.

À titre de comparaison, rappelons que, dans la bande de Gaza, les statistiques font état, à ce jour, de plus de 71 000 personnes tuées, dont 83·e·s et les morts dites «3.

Dans deux documents publiés en janvier 20244 et décembre 20255, le Hamas reconnaît et dit regretter les victimes civiles, tout en faisant porter la responsabilité des principales exactions à d’autres groupes.

Les difficultés à pouvoir réaliser une enquête indépendante sur les faits survenus le 7 octobre rendent complexe l’identification de l’ensemble des auteurs. Si plusieurs photographies et vidéos permettent d’incriminer les membres de la branche armée du Hamas, d’autres paraissent moins évidentes. En effet, dans la foulée de l’offensive menée par le Hamas, de nombreux groupes armés, structurés ou non en organisation, ont pénétré en Israël — près de 6 000 personnes selon l’armée israélienne. Certains en étroite collaboration avec le Hamas, d’autres de façon tout à fait opportuniste. Un nombre non négligeable de civils palestiniens ont aussi franchi la barrière. Dans un contexte d’incarcération massive et arbitraire de Palestiniens par les forces d’occupation israéliennes — et ce bien avant le 7 octobre — la capture d’Israéliens constitue pour les Palestiniens le seul moyen de pouvoir espérer une libération négociée de leur proche. Cette réalité explique à la fois le nombre stupéfiant de captifs israéliens (251), leur hétérogénéité (civils et soldats, hommes et femmes, mineurs et personnes âgées) et la difficulté après l’attaque d’identifier et de localiser l’ensemble des captifs dans une bande de Gaza massivement bombardée dès le 8 octobre.

Il en va de même concernant les accusations de violences sexuelles. Ainsi, le rapport d’Amnesty « tout en constatant que «

Reste également à mesurer la proportion de personnes tuées le 7 octobre dans le cadre de la doctrine dite «6. Celle-ci vise, en cas de prise d’otage, à tirer sur les assaillants même au détriment de la survie des captifs. Plusieurs enquêtes, israéliennes ou internationales, considèrent, à partir d’images et de vidéos prises par l’armée israélienne, que des ordres en ce sens ont pu être donnés. La cellule d’investigation d’Al-Jazeera English estime, après l’analyse des données disponibles, que plusieurs dizaines d’Israéliens, civils ou non, auraient pu être tués par leur propre armée.

Dès lors, la nécessité d’une enquête internationale indépendante et impartiale continue de demeurer indispensable, comme Amnesty l’appelle de ses vœux, mais aussi le Hamas, qui espère être dédouané d’une partie des exactions commises. À ce jour, les autorités israéliennes continuent à y être réticentes et à l’empêcher, alors que les preuves disparaissent pour de futures enquêtes.

Les victimes israéliennes

Le 3 janvier 2024, la professeure de droit international Rafaëlle Maison est au micro des «crime de génocide, l’universitaire affirme disposer de suffisamment d’éléments pour considérer que les actes constitutifs de génocide peuvent être caractérisés dans les actions militaires israéliennes à Gaza : « En retour, le journaliste Guillaume Erner questionne la pertinence de cette qualification sur les actions du Hamas le 7 octobre. L’échange se tend à la suite de la réponse de Rafaëlle Maison, pour qui l’attaque n’avait pas pour but de « expliquant que « Il n’en faut pas moins pour que le journaliste s’emporte, accusant l’universitaire d’avoir une « et affirmant que « avaient été tués.

Cet échange mérite un plus long développement tant il témoigne des biais qui entourent le principal narratif diffusé par une large partie des médias à grande audience, concernant le 7 octobre.

L’enquête d’Al-Jazeera English, October 7, publiée en mars 2024, se base sur 1 154 personnes tuées, comprenant 782 civils. Le reste des 372 victimes est réparti entre les soldats (256), les policiers (53) et la sécurité civile (63). Une dépêche AFP de mai 2024 établit, à partir d’une enquête basée sur les données livrées par les autorités israéliennes, un bilan de 1 189 victimes, comprenant 810 civils et 379 forces de sécurité. Une autre dépêche de l’AFP, publiée pour les deux ans du 7 octobre, rapporte, à partir de sources officielles, 1 219 victimes, sans mentionner la proportion de civils.

Dès lors, pourquoi la version d’une attaque ayant tuée « est-elle autant reprisenourrir le consentement à la destruction de la bande de Gaza et des Palestiniens par une armée israélienne, prétendument innocente, qui ne ferait que «

Quelle était la situation à Gaza le 6 octobre

Le 24 octobre 2023, le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, déclare devant le Conseil de sécurité condamner sans équivoque les « et « du Hamas en Israël. Puis, il poursuit : « rappelant les « et le blocus illégal imposé depuis 2007 sur la bande de Gaza. Il conclut en rappelant que «

Le « est celui d’une année 2023 particulièrement violente en Palestine, avec plus de 240 Palestiniens tués par l’armée ou par des colons israéliens, à Gaza et en Cisjordanie, et ce durant les neuf premiers mois de l’année. C’est alors l’année la plus meurtrière pour les Palestiniens depuis la fin de la seconde intifada. À ce chiffre s’ajoutent les expulsions de Palestiniens de leurs maisons, les incarcérations massives comprenant un nombre de mineurs sans précédent, la rétention des corps de victimes palestiniennes, les attaques de villages palestiniens et de sites religieux musulmans et chrétiens, encouragés par des ministres israéliens d’extrême droite, et un nombre record de nouvelles colonies. Ce contexte était donc celui d’une menace existentielle pour l’avenir des Palestiniens sur leur terre, et l’éloignement de toute perspective d’une coexistence pacifique.

Dans ses deux documents diffusés, le Hamas insiste également sur le « comme pour chercher à donner des éléments d’explication à l’attitude de Palestiniens ayant pu profiter de l’attaque pour commettre des exactions. Mais surtout, l’organisation palestinienne tient à soutenir le « de son opération que son dirigeant Ismaïl Haniyeh avait expliqué dès le 7 octobre 2023, alors que les tenants d’une lecture centrée sur des victimes exclusivement civiles visent à soutenir le caractère strictement « du 7 octobre.

S’en tenir à la chronologie des évènements

Pour appréhender de façon raisonnée la nature des faits survenus lors de l’attaque, plusieurs enquêtes et documents permettent d’en retracer la chronologie, à l’instar des rapports d’enquête publiés en février et mars 2025 respectivement par l’armée israélienne7 puis le Shin Beth (renseignement intérieur). Le 7 octobre 2023, parallèlement à l’envoi de roquettes sur Israël, la branche armée du Hamas entame, autour de 6h30, une attaque synchronisée en de multiples points par terre, par air et par mer, afin de démanteler tout ce qui structure le blocus : barrière, mur, tour de contrôle, char d’assaut… Ainsi, le checkpoint militaire d’Erez figure parmi les premières cibles. Dans la foulée, les unités du Hamas qui pénètrent en Israël s’attaquent aux bases militaires à travers la région : Paga, Nahal Oz ou Réim à proximité de laquelle se tient le festival Nova, ainsi que le poste de police de Sderot. Dans un deuxième temps, les communes frontalières sont attaquées tandis que, selon l’armée israélienne, plusieurs groupes se dirigeaient vers des bases de l’armée de l’air et «

Cet exposé des faits, aussi bref soit-il, ne cherche pas à exclure la réalité des crimes commis contre des civils, mais à les inscrire dans le cadre de ce que fut le 7 octobre, à savoir, comme a essayé de l’expliquer Rafaëlle Maison à France Culture, une opération d’abord militaire visant à briser un blocus illégal et à s’emparer du plus possible de captifs militaires. Tout autant que l’affirmation, maintes fois entendue, d’une «8, celui du meurtre de «

L’ensemble de ces éléments pris en compte, il devient plus aisé de distinguer ce qui relève du légitime droit des peuples colonisés et occupés à la résistance

Pour une partie seulement de ces derniers, des enquêtes et rapports existent, mais ils sont systématiquement accueillis avec «la plupart des coupables sont connus puisqu’ils s’en vantent eux-mêmes à travers leurs déclarations ou sur les réseaux sociaux.

1Amnesty International, «

2Lire le rapport de Action on Armed Violence (AOAV), «

3Yuval Abraham, «+972 Magazine, 21 août 2025.

4«Chronique de Palestine, 24 janvier 2024.

5«Le Centre palestinien d’information, 25 décembre 2025.

6Adoptée en 1986, après la capture de deux soldats tués par le Hezbollah, cette procédure a été révélée le 21 mai 2003 par le quotidien Haaretz. Elle consiste à utiliser tous les moyens pour empêcher la capture d’otages israéliens par des groupes armés, même si cela met leur vie en péril.

7Emanuel Fabian, «Times of Israel, 27 février 2025.

8Gilbert Achcar, «Yaani, 29 avril 2024.

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28.01.2026 à 06:00

Omar Alsoumi, « jugé pour avoir fait l'apologie de la révolution décoloniale »

Omar Alsoumi

Omar Alsoumi est cofondateur et porte-parole du collectif français Urgence Palestine, sous le coup d'une menace de dissolution. Dans Enfant de Palestine, en librairie le 28 janvier, il raconte son histoire et celle de sa famille palestinienne, ses engagements, notamment pour l'écologie, et pour les droits de son peuple. Dans l'extrait que publie Orient XXI, il revient sur la répression qui frappe ceux qui luttent pour la libération de la Palestine. Le 6 mai 2026, il sera jugé pour « (…)

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Omar Alsoumi, «

Omar Alsoumi est cofondateur et porte-parole du collectif français Urgence Palestine, sous le coup d’une menace de dissolution. Dans Enfant de Palestine, en librairie le 28 janvier, il raconte son histoire et celle de sa famille palestinienne, ses engagements, notamment pour l’écologie, et pour les droits de son peuple.

Dans l’extrait que publie Orient XXI, il revient sur la répression qui frappe ceux qui luttent pour la libération de la Palestine. Le 6 mai 2026, il sera jugé pour «

14 mai 2025. Omar Alsoumi (à droite), porte-parole d’Urgence Palestine, et Raphaël Arnault, député La France insoumise (LFI), membre fondateur et ancien porte-parole de la Jeune garde (à gauche) lors de notre émission Horizons XXI sur Au Poste.
Revoir ce débat croisé entre Urgence Palestine et La Jeune garde ici

Un vendredi soir de la fin mai 2025, en sortant du parking où j’ai garé ma Dacia familiale, ma carte bancaire est rejetée lorsque je veux régler. Je tente avec celle de mon compte joint, idem. Je consulte l’application du Crédit Agricole, elle est inaccessible. Je crois à un piratage de mon compte, mais cela n’explique pas que ma carte bancaire de la Banque Postale soit également rejetée. J’en déduis que c’est l’automate du parking qui est défaillant. Je me rends le lendemain à la première heure à un guichet du Crédit Agricole, où le jeune employé m’informe qu’un problème est survenu sur mon compte. Le directeur de la banque m’indique qu’il s’agit d’un problème relevant du siège, qui ne répondra pas avant le mardi suivant. Je vais à la Banque Postale, où est ouvert notre compte joint. La guichetière se montre beaucoup plus directe. Elle me désigne son écran, sur lequel figure un gros encadré rouge : «

Un acharnement stupide et dérisoire

J’appelle mon avocate, qui effectue une recherche rapide et me confirme : un décret a été publié dans la nuit. Il stipule :

Les fonds et ressources économiques qui appartiennent à, sont possédés, détenus ou contrôlés par M. Omar SOMI, alias M. Omar AL SOUMI, né le 29 octobre 1981 dans le 14e arrondissement de Paris (75), dirigeant du groupement de fait «SOMI, alias M. Omar AL SOUMI, ou agissant sciemment pour son compte ou sur instructions de celui-ci, font l’objet d’une mesure de gel des avoirs pour une durée de six mois à compter de la publication du présent extrait au Journal officiel de la République française. La mise à disposition, directe ou indirecte, ou l’utilisation de fonds ou ressources économiques au profit de cette personne et des personnes morales ou de toutes autres entités qu’elle contrôle, détient ou qui agissent sciemment pour son compte ou sur son instruction sont interdites pour une durée de six mois.

Ouf. Ce charabia est long. Je le trouve drôle.

Je suis un peu sonné, mais je prends ces nouvelles avec le sourire. Cet acharnement est stupide et dérisoire. Stupide, car rien ne nous fait peur depuis que nous avons vu, jour après jour, des enfants calcinés dans les bras de leurs parents en pleurs. Comment pourrions-nous encore avoir peur

Le fait que je fasse partie des dirigeants d’Urgence Palestine suffit à mobiliser une loi antiterroriste pour priver ma famille de ses moyens de subsistance et nous mettre sous des restrictions ultra-sévères.

Dès le début, le ministre de l’intérieur a voulu inscrire la dissolution d’Urgence Palestine dans la lutte contre ce qu’il appelle « J’ai souvent travaillé avec des personnes proches ou issues de cette mouvance. Je les plains pour toute la violence qu’elles subissent. Torturées à mort en Égypte alors que leur mouvement a gagné les seules élections démocratiques du pays, étranglées en France malgré tous les compromis réalisés. Leurs réseaux sont en total retrait de la mobilisation actuelle, contrairement à 2009, quand nous avons connu les plus importantes manifestations pour la Palestine de l’histoire du pays. Et en l’occurrence, Urgence Palestine, qui accueille cordialement toutes les forces qui partagent sa plateforme politique et ses valeurs, ne compte pas dans ses rangs de représentants de cette tendance parmi d’autres de l’espace social et politique musulman. Ce sont les Émiratis qui dans le monde arabe sont devenus les fers de lance de la lutte contre les Frères musulmans. On ne peut exclure que leur action ait influé sur le candidat potentiel Retailleau. Ce qui est sûr, c’est que le lobby pro-israélien Elnet est à l’initiative du meeting « durant lequel, quelques semaines avant l’attentat islamophobe de La Grand-Combe1 le ministre de l’intérieur a proclamé : «

(…)

Quand la police débarque

5 novembre 2025. Je me suis réveillé vers 5h30, c’est encore un peu tôt pour la prière de l’aube. J’ai regardé d’un œil endormi les nouvelles sur mon téléphone : Zohran Mamdani a gagné les élections à New York. Voilà une nouvelle qui fait plaisir. Je somnole encore quand des coups violents font trembler la maison familiale. Il est 6h09. J’ai tellement de chance, je suis plein de gratitude : j’ai une famille que j’aime, une épouse belle, forte et brillante, des enfants vifs et curieux, nous habitons une maison avec un grand jardin à l’entrée du domaine naturel où nous avons notre ferme. Ma vie est celle d’un grand privilégié. Ce n’est pas parce que je m’ennuie ou que mon esprit est troublé que je milite contre le sionisme et le colonialisme, pour la libération de la Palestine. C’est parce que c’est ainsi que je conçois la responsabilité de notre génération.

Quand la police débarque à la maison, je ne ressens pas une once de peur, mais fais preuve d’une attention lucide autant que faire se peut : protéger notre intimité, veiller à la sécurité de nos enfants, préserver la dignité de notre foyer. Nous étions préparés à ce risque. Nous en avions beaucoup parlé avec mon épouse et les enfants après les vagues répressives du printemps qui annonçaient l’intention du gouvernement de dissoudre Urgence Palestine. Les forces de l’ordre étaient déjà venues à quinze, en mon absence, de nuit, terrorisant ma famille. C’était juste avant que mes comptes ne soient gelés. Perquisitions, gardes à vue, assombrissent depuis longtemps le quotidien de nos luttes antiracistes et anticoloniales, et de plus en plus celui des luttes sociales et écologistes. Près de 500 personnes ont avant moi subi la violence d’être accusés d’apologie du terrorisme par le pouvoir français aligné sur son allié israélien. Dès le 10 octobre 2023, une circulaire du ministre de la justice appelait les procureurs à « à l’apologie du terrorisme, qu’il définissait comme « [du 7 octobre 2023], en les présentant comme une légitime résistance à Israël Nous étions prévenus. Nous avons passé ces deux années de lutte à trouver les mots qui nous permettraient de défendre la légitimité de la résistance anticoloniale sans donner au gouvernement les moyens de nous écraser à bon compte.

Notre collectif Urgence Palestine, fondé après le 7 octobre 2023, n’a pas pris position sur les événements des premiers jours suivant le début de cette bataille du Déluge d’Al-Aqsa. Par-delà les actions militaires de ces jours pleins de brouillard de guerre et de propagande, subsiste une incompréhension entre l’espace occidental et l’espace arabe qu’il convient de lever : ce qu’on appelle la «

Dès les premiers instants de la perquisition, mon jeune fils a pu rejoindre mes filles à l’étage sans être trop exposé à la brutalité des allées et venues de cette brigade armée dans notre foyer. La perquisition n’a pas trop duré, mon téléphone a été saisi avant d’être mis sous scellé. Comme mon ordinateur, et avec lui la version originale du manuscrit de ce livre, balancé dans l’armoire du commissariat en attendant mon jugement.

(…)

Ce matin nous offre un somptueux lever de soleil sur le chemin du cachot. Si on jauge une civilisation à l’aune de ses prisons, alors la France croupit dans un crépuscule délabré et puant. Nous sommes jusqu’à cinq dans une cellule qui compte quatre maigres matelas à même le béton et trois couvertures usagées. Les toilettes débordent d’une nuée pestilentielle, collante et âcre. Ce commissariat est fait pour humilier. Comme la répression vise à faire peur et douter. J’oscille entre gravité et détachement amusé. Ce n’est pas juste et c’est violent ce que ma famille, mes camarades et moi subissons. Cependant, il est dérisoire et ridicule que la France s’en prenne de façon aussi grossière à des personnes qui ne font que défendre le droit d’un peuple à vivre libre sur sa terre. Nous faisons face à une oppression inacceptable. Néanmoins, ce n’est rien par rapport aux sacrifices des résistants qui sont nos références. Nous sommes en France.

En Palestine occupée, dans les geôles coloniales, nos frères et sœurs détenus le sont sans procès, sans avocat, soumis à la torture, aux pires sévices et privations. Le Parlement israélien s’apprête à voter un texte de loi permettant d’infliger la peine de mort aux prisonniers palestiniens. Avant même cela, depuis le 7 octobre 2023, plus de 80 prisonniers sont tombés en martyrs en détention. Chacun a un nom, une histoire, une famille. C’est sans doute d’eux dont il faudrait parler ici. Toutefois, beaucoup ont besoin de figures d’identification plus proches pour se sentir concernés, alors j’essaie de faire le trait d’union entre toutes ces histoires : nous sommes ici de petits résistants élevés par les grands résistants qui sont là-bas. En France, je suis avec des prévenus de droit commun : des personnes qui, selon les cas, ont braqué, cambriolé, conduit en état d’ivresse, trafiqué de la cocaïne ou sont sans papiers. Il y a une femme aussi, dans une cellule solo dans notre aile mixte. Elle a mis un coup de couteau à son compagnon violent.

«

(…) Une expertise psychiatrique a été exigée avant de m’envoyer au tribunal. Je ne suis pas fou, plutôt mature et raisonnable même, à en croire le médecin d’origine roumaine qui a fui la dictature quelques décennies avant d’être réquisitionné pour m’examiner. Il me parle de Gandhi et de Ceaușescu. Je ne lui parle ni de Macron ni de Retailleau. Je préfère citer Jésus, Issa, le plus illustre des enfants de Palestine. Voilà une heure plutôt plaisante parmi celles passées au trou. Lors des auditions, j’ai choisi de garder le silence. Ce sont les conseils de mon avocate et le fruit de l’expérience accumulée de nos luttes. Quand l’officier de police judiciaire me montre la vidéo d’un extrait tronqué de mon discours lors d’une manifestation de novembre 2024, je n’ai rien à déclarer.

J’aurais tant à dire, à expliquer, à détailler. Mais ce n’est pas le moment, pas le lieu, pas le cadre. Si nous étions à égalité dans un échange sincère, peut-être pourrais-je le lui faire comprendre. Mais ce n’est pas de lui ni de moi dont il est question ici. Nous sommes les acteurs du face-à-face inégal entre un État qui souhaite anéantir la résistance anticoloniale et ce peuple parmi les peuples, en lutte contre la tyrannie et pour la libération. Je m’amuse de cette situation.

Je le regarde en souriant. C’est l’expression d’un enfant de Palestine plein de confiance, empli d’une paix joyeuse et enjouée. Il note à plusieurs reprises sur le procès-verbal de l’audition : « « C’est là encore un de ces échos entre notre infime résistance et la grandeur de notre héritage. L’officier de police ignore sans doute qu’en 1957, accusée de terrorisme, la résistante algérienne Djamila Bouhired2, à la sentence du juge français qui lui annonce sa condamnation à mort, a répondu par un immense éclat de rire.

Je suis un tout petit, juché sur les épaules de géants. Je ne signe pas le PV, considérant que la mention de ces sourires pourrait être prise pour un affront par le juge — un signe de cette désinvolture que les profs nous reprochaient au collège pour mieux nous punir. Il ne s’agit pas de cela, c’est infiniment plus profond, et peut-être indicible. Au fond, nous savons ce qu’ils ne savent pas, nous avons ce qu’ils n’ont pas. Et nous serions heureux de tout partager si seulement ils renonçaient comme nous à vouloir prendre ce qui nous est confié, mais ne nous appartient pas.

Je vais être jugé pour avoir fait l’apologie de la révolution décoloniale. (…) Lors d’un discours sur un camion dans une manifestation en novembre 2024, j’ai parlé d’amour et de fraternité sans frontières, de notre exigence de droit et de justice. Dans cette manifestation et tant d’autres, j’ai dit que nous étions résolument les héritiers des luttes anticoloniales pour l’indépendance, de celles et ceux qui ont caché les juifs durant la Seconde Guerre mondiale, résisté au nazisme et au fascisme. J’ai fait l’éloge de nos révolutions passées et à venir. En deux années de mobilisation, j’ai parlé dans des dizaines d’événements, manifestations, conférences, débats, interviews. Je n’ai pas su consigner toutes ces phrases, ces arguments, ces faits, témoignages, analyses. Ce qui m’est reproché consiste en une phrase, détachée de tout contexte, suspendue entre les guillemets de l’accusation, entre des articles numéro xy alinéa lambda du Code pénal. En effet, j’ai lancé : «. Cette phrase semble remplir les critères de ce que le ministère de la justice français aurait à me reprocher. Pour ma part, je récuse le jugement d’un régime politique complice du génocide de mon peuple, qui continue à livrer des armes et à offrir l’impunité aux criminels de guerre sionistes.

1NDLR. Le 25 avril 2025, Olivier Hadzovic tue de 57 coups de couteau Aboubakar Cissé, un Malien de 22 ans, dans la mosquée de la Grand-Combe dans le Gard. Olivier Hadzovic a signé son acte dans une vidéo à la suite de son crime où il profère des propos islamophobes.

2Résistante algérienne, arrêtée par l’armée française, torturée, elle sera condamnée à mort en 1957, elle sera graciée par le général de Gaulle.

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