11.03.2026 à 06:00
Léonard Sompairac
Quel est le rôle des frontières dans la construction des appartenances dans le monde arabe ? Comment une région, jadis ouverte à la circulation, a-t-elle été reconfigurée et avec quels impacts ? Quels types de liens persistent d'un côté ou de l'autre des remparts ? Autant de questions que le Réseau des médias indépendants sur le monde arabe va tenter d'approcher avec différents angles, dans ce nouveau dossier d'articles consacré à la thématique des frontières. La ligne jaune. Ainsi est (…)
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Quel est le rôle des frontières dans la construction des appartenances dans le monde arabe ? Comment une région, jadis ouverte à la circulation, a-t-elle été reconfigurée et avec quels impacts ? Quels types de liens persistent d'un côté ou de l'autre des remparts ? Autant de questions que le Réseau des médias indépendants sur le monde arabe va tenter d'approcher avec différents angles, dans ce nouveau dossier d'articles consacré à la thématique des frontières.
La ligne jaune. Ainsi est nommée la démarcation établie dans le cadre du « cessez-le-feu » à Gaza, en octobre 2025, après deux années de génocide et la poursuite du blocus. Cette « ligne » de séparation qui partage l'enclave palestinienne, encore majoritairement occupée par l'armée israélienne, est mouvante. Elle est également une frontière entre la vie et la mort, car quiconque oserait franchir les blocs de bétons peints en jaune se verrait abattre sur-le-champ. C'est le cas à Rafah, où le média égyptien Mada Masr revient de manière précise sur l'évolution historique de cette ville à la lisière du Sinaï.
Dans la région, le choix de couleurs claires comme qualificatifs de lignes frontalières contraste avec le constat d'une expansion impérialiste d'Israël, qui, fort de la Bible revendiquée comme cadastre, n'a jamais défini ses frontières. « Ligne verte » en Cisjordanie, « bleue » au Sud-Liban, « violette » au-delà du Golan occupé, on pourrait se demander quelle sera la prochaine teinte, tant ces deux dernières années, et la guerre de Tel-Aviv sur sept fronts, ont été marquées par une volonté de conquêtes territoriales. La nouvelle offensive terrestre israélienne, lancée le 3 mars 2026 au Sud-Liban, possiblement jusqu'au fleuve Litani, témoigne de cette logique.
En 1916, les rivalités coloniales de la France et du Royaume-Uni favorisent paradoxalement leur entente pour un découpage de l'empire ottoman en administration directe ou en zones d'influence, et ce à travers les accords Sykes-Picot. L'année suivante, la déclaration Balfour envisage favorablement « l'établissement en Palestine d'un foyer national pour le peuple juif », qui se légalise d'abord par le plan de partage en 1947, puis avec la déclaration d' « indépendance » d'Israël l'année suivante sur les trois-quarts du territoire sous mandat britannique, au prix d'un nettoyage ethnique subi par les Palestiniens.
Plus de 75 ans après, et une dizaine d'offensives lancées dans son environnement régional, Israël continue de remodeler les frontières de la région. Avec un appui occidental constant, en particulier états-unien, réaffirmé depuis le début des années 2000 par une administration néo-conservatrice et sa volonté de réorganiser – ou plutôt de déstructurer – la région en fonction de ses intérêts. À commencer par l'Irak. Et, sans surprise, sous couvert de « démocratie, d'économie libérale et de guerre contre le terrorisme », comme le détaillait George Corm dans La nouvelle question d'Orient (La Découverte, 2017) en dénonçant, déjà il y a une décennie, le « deux poids, deux mesures » et « l'hubris » des Occidentaux sur le terrain. Dernière en date, l'actuelle guerre d'agression israélo-étatsunienne contre l'Iran, y compris contre ses structures étatiques, embrasse cette logique du chaos à l'encontre des peuples et du droit international. Il n'y a pourtant ni déterminisme ni fatalité.
Que ce soit au Ier siècle, sous l'empire romain s'étendant au sud de la Méditerranée ou au début de l'islam, avec l'expansion du califat omeyyade par la cavalerie semi-nomade de l'Atlantique à l'Indus, les évolutions des lignes de front ont transformé les territoires, parfois marqués par une architecture défensive comme les Ribats1, toujours présents au Maghreb. Avec un effet sur les flux de personnes, de biens et d'idées, à l'instar de la fameuse route caravanière dans l'Arabie préislamique. À ce propos, le média jordanien 7iber s'intéresse aux effets d'un changement politique sur les échanges frontaliers en revenant sur l'évolution du commerce, entre la Jordanie et la Syrie, après la chute du régime de Bachar Al-Assad en décembre 2024.
Concept westphalien2 par excellence, celui de « frontière » ne correspond pas à une réalité naturelle, mais traduit une construction politique, afin de borner l'exercice d'un pouvoir sur un territoire. Si le modèle de l'État-nation reste valorisé par le droit international, en vertu du principe de l'Uti possidetis juris3, préférant la stabilité des frontières héritées de la colonisation à une remise en cause perçue comme déstabilisatrice, on peut questionner la pertinence historique de ce modèle à travers la sociologie du monde arabe. Notamment car d'autres logiques ont préexisté, nomades ou unificatrices, comme l'asabiyya4, ou encore du fait des mosaïques ethniques et religieuses qui y coexistent par-delà les marges, dont certaines sont très anciennes, comme entre l'Algérie et le Maroc. Les tentations fédéralistes n'ont d'ailleurs pas été couronnées de succès, que ce soit en Kabylie, en Irak ou encore en Syrie, comme en témoigne la présente situation du Rojava ou du Djebel druze. Le fait est que bousculer les frontières établies apparaît, aujourd'hui, pour le moins périlleux.
Les exemples de conflits, irrédentismes et contentieux territoriaux entre les États de la région ne manquent pas : que ce soit la problématique du sandjak d'Alexandrette entre Damas et Ankara jusqu'en 19505, la « guerre des Sables » entre l'Algérie et le Maroc en 1963, la guerre Iran-Irak (1980 - 1988) dont le fleuve limitrophe Chatt El-Arab, stratégique dans les échanges internationaux, a été un des enjeux ou encore l'annexion pure et simple du Koweït par l'Irak de Saddam Hussein, en 1990, avec les conséquences que l'on connaît. Le sous-espace régional n'est sorti de ces antagonismes que plus divisé.
Les frontières ont parfois fait l'objet d'expérimentations panarabes, comme nous le rappelle le souvenir de la République arabe unie (1958-1961) entre l'Égypte et la Syrie. En 2011, à l'issue d'un référendum, le Soudan du Sud devient le dernier État souverain à déclarer son indépendance, tandis qu'aujourd'hui le Soudan reste déchiré par la guerre. Enfin, si le Yémen s'est réunifié en 1990, il est depuis plus d'une décennie ravagé par un conflit meurtrier, dont la ligne de front correspond strictement à l'ancienne frontière…
La remise en cause des frontières, en particulier de leur portée symbolique – car il s'agit bien « d'un marqueur symbolique » selon le géographe Michel Foucher – a sans doute vu son paroxysme à l'été 2014, lorsque l'organisation de l'État islamique s'est mise en scène entre la Syrie et l'Irak, balayant dans le sable une cartographie dessinée par les Européens, au nom du califat. Elle rappelle ainsi l'artificialité des tracés actuels et ses effets en matière de confessionnalisme exacerbé. Le média panarabe Assafir Al-Arabi revient sur les franchissements tragiques de cette frontière par les Yézidis et ses derniers aménagements sécuritaires.
Depuis un siècle, les bornages modernes ont favorisé la restriction d'un espace qui était jusqu'alors ouvert, pour ceux (au masculin) qui en avaient les moyens. Les grands voyageurs comme Al-Idrissi et Ibn Jubayr au XIIe siècle, ou encore Ibn Battûta, plus d'un siècle après, parcourant notamment l'Afrique du Nord, l'Égypte, la Palestine, la Syrie, l'Arabie, puis l'Irak et la Perse, n'étaient pas rares. La rihla (« voyage ») de ce dernier convoque autant un nouveau genre littéraire, que le sentiment d'une libre circulation au sein de dar al-islam (« la maison de l'islam », autrement dit, les terres musulmanes), où La Mecque représentait déjà une centralité touristique.
Jusqu'à la fin de la seconde guerre mondiale, il était d'autant plus facile de circuler grâce au développement du rail en Turquie, en Syrie, en Irak, en Arabie, du Liban au Sinaï et en traversant la Palestine – aujourd'hui parsemée de centaines de checkpoints et autres obstacles militaires, quand les routes ne sont pas tout simplement ségrégées. Ces traversées permettaient d'apprécier davantage de particularismes locaux et de mélanges, y compris religieux, avant la prégnance des nationalismes et la fortification des lisières. Orient XXI met en exergue, avec un témoignage rare de Raja Shehadeh, cette facilité de circulation au Proche-Orient avant 1948, lorsque le Jourdain ne délimitait aucune frontière politique ou administrative.
Aujourd'hui, la militarisation des frontières se renforce par des technologies de surveillance et de contrôle, très lucratives et expérimentales, aux dépens des libertés de mouvement, de la dignité des exilées et d'une intégration régionale. Si les déplacements entre pays de la région sont loin d'être aisés – nombre de trajets requièrent des visas préalables et tout est plus compliqué pour les Palestiniens — un de nos collègues journalistes en a fait directement les frais –, la césure est encore plus nette entre le nord et le sud de la Méditerranée. Plus de 40 000 personnes sont mortes noyées depuis 2014. Le budget de l'agence européenne de garde-frontières Frontex est passé sur la même période de 100 millions à plus d'un milliard d'euros. CQFD. Les clôtures meurtrières des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla se sont érigées au Maroc, et s'est développée, sur la rive sud, l'externalisation des frontières de l'Union européenne. Dans son article, le média méditerranéen Babelmed révèle comment les mafias tirent avantage de ces dispositifs frontaliers, partout dans l'espace méditerranéen. Dubaï, moyeu d'un capitalisme financiarisé et globalisé, apparaît comme un territoire offshore permissif à ces pratiques.
Une autre intégration au sein de la région serait-elle envisageable ? Les 22 États de la Ligue arabe pourraient-ils accroître leur coopération, a fortiori en termes de mobilité ? A minima dans les sous-régions, comme avec l'exemple de l'Union du Maghreb arabe, dorénavant coquille vide en raison de la crise sur le Sahara occidental ? À travers l'expérience de la caravane terrestre Soumoud, entre la Tunisie et la Libye, en soutien au peuple palestinien, le média tunisien Nawaat raconte une coopération entre les populations qui tire parti d'une absence de frontière linguistique et religieuse. Avec la conclusion que, parfois, ce ne sont pas les frontières qui séparent les peuples. Ce que confirme le média algérien Maghreb Emergent dans son enquête de terrain aux confins du sud du Sahara.
Après deux précédents dossiers sur le thème des migrations, cette nouvelle initiative du Réseau des médias indépendants sur le monde arabe, qui fête cette année ses dix ans, se veut intégralement disponible en ligne, en arabe, en français et en anglais, afin de franchir autant de murs physiques que de barrières mentales.
1forteresse ou citadelle, construite dans les premiers temps de la conquête musulmane du Maghreb pour protéger les frontières de la cité.
2Principe de droit international selon lequel chaque État exerce une souveraineté exclusive sur son propre territoire.
3Principe venant du droit romain selon lequel les frontières établies sous l'empire d'un système disparu doivent être respectées et maintenues par les nouveaux États.
4Terme arabe ancien mobilisé par le penseur Ibn Khaldoun (1332-1406) pour définir la cohésion sociale.
5L'ancien sandjak d'Alexandrette syrien a été donné par la France à la Turquie en 1939. Devenu Hatay, son appartenance à Ankara a été reconnue par la Syrie au début des années 1950, mais remise à nouveau en question, sur les cartes, par le régime de Bachar Al-Assad durant le soulèvement syrien.
11.03.2026 à 06:00
Raja Shehadeh
Pendant plus de quatre siècles, le Proche-Orient ignorait les frontières. En retraçant le voyage de son arrière-grand-oncle au début du XXe siècle, l'écrivain Raja Shehadeh, né à Ramallah, raconte l'histoire d'un morcellement et d'un cloisonnement progressif depuis 1948, en Palestine et dans l'ensemble de la région. Avec la guerre actuelle contre l'Iran et le Liban, l'Occident redessine de nouveau dans le sang les frontières du Proche-Orient. Aucune autre frontière n'a connu autant de (…)
- Dossiers et séries / Israël, Palestine, Cisjordanie, Proche-Orient, Jérusalem, Frontières, Témoignage
Pendant plus de quatre siècles, le Proche-Orient ignorait les frontières. En retraçant le voyage de son arrière-grand-oncle au début du XXe siècle, l'écrivain Raja Shehadeh, né à Ramallah, raconte l'histoire d'un morcellement et d'un cloisonnement progressif depuis 1948, en Palestine et dans l'ensemble de la région. Avec la guerre actuelle contre l'Iran et le Liban, l'Occident redessine de nouveau dans le sang les frontières du Proche-Orient.
Aucune autre frontière n'a connu autant de changements ces dernières décennies que celle de la Palestine, où j'ai vécu toute ma vie. J'ai grandi en Cisjordanie. Mon univers s'est élargi au lendemain de la guerre de 1967, lorsque l'occupation israélienne a permis la circulation entre la Cisjordanie et la bande de Gaza. Il s'est rétréci à nouveau lorsqu'Israël a bouclé les territoires palestiniens. Ma terre natale était sous juridiction jordanienne, tandis que la Palestine, patrie de mes parents, s'étendait à l'horizon. Par temps clair, nous pouvions apercevoir, de l'autre côté de la frontière, des lumières que nous supposions être celles de Jaffa, la ville dont ma famille avait été expulsée. Plus tard, lorsque nous avons pu enfin visiter le littoral, nous nous sommes rendu compte qu'il s'agissait en réalité de celles de Tel-Aviv.
Pendant 450 ans, sous le règne des Ottomans et jusqu'à la fin de la première guerre mondiale, il n'y avait pas de frontières. Le littoral oriental de la Méditerranée était sous le contrôle d'un empire multiethnique. Il n'existait pas non plus d'unité administrative appelée Palestine. Haïfa, Acre, Safed et Tibériade faisaient partie du sandjak de Beyrouth – un sandjak étant une subdivision administrative d'un vilayet, ou province. Plus au sud, Jaffa, Gaza et Jérusalem appartenaient au sandjak de Jérusalem, tandis que la région sud-est de la Palestine faisait partie du sandjak de Maan. Tous ces territoires étaient rattachés au vilayet de la Grande Syrie. À l'époque, le Jourdain ne délimitait aucune frontière politique ou administrative.
Au lendemain de la première guerre mondiale, le Proche-Orient fut réorganisé sous l'égide des puissances coloniales victorieuses, la France et le Royaume-Uni. Au lieu d'un empire multiethnique embrassant toute la région, comme cela avait été le cas pendant les quatre siècles et demi précédents, les nouvelles puissances réduisirent la Turquie à son territoire anatolien et créèrent une série de petits États-nations : l'Irak, la Syrie, le Liban, l'Émirat de Jordanie et la Palestine.
En 1922, Londres instaura en Palestine un mandat dit « de classe A », réservé aux « territoires faisant jadis partie de l'Empire ottoman et ayant atteint un stade de développement tel que leur existence en tant que nations indépendantes pouvait être provisoirement reconnue ». Mais cette promesse d'indépendance n'avait été faite qu'à la population juive, qui était minoritaire sur le territoire de la Palestine mandataire, où elle représentait moins de 10 % de la population.
En 1948, Israël fut créé sur environ 75 % du territoire sous mandat britannique. Le reste, à savoir la Cisjordanie et Jérusalem-Est, fut annexé à la Jordanie, tandis que la bande de Gaza passait sous contrôle égyptien. À l'intérieur des frontières du nouvel État, les Juifs ne possédaient que près de 7 % des terres, acquises par voie d'achat. Le reste fut conquis par les armes. Au cours de la guerre de 1948 et dans les années qui suivirent, les sionistes réussirent à expulser la majorité des Palestiniens de ce qui était désormais devenu Israël et à s'emparer de leurs terres. Ma famille était au nombre des personnes spoliées. Israël finit aussi par prendre le contrôle de la plupart des terres des Palestiniens restés à l'intérieur de ses frontières, qui représentaient environ 22 % de la population totale.
Nous sommes partis vivre en Cisjordanie, à Ramallah, où nous étions désormais séparés de ma tante et de mes cousins, restés en Israël. À la radio israélienne, nous pouvions entendre les salutations des membres des familles palestiniennes vivant de l'autre côté de la ligne verte, qu'Israël n'autorisait pas à se réunir avec leurs parents réfugiés dans les pays voisins. Ces messages commençaient toujours par un solennel « Ohdi salami » (« Je transmets mes salutations ») adressé d'une voix fervente à un frère ou un cousin…
Et puis, en 1967, Israël occupa le reste de la Palestine mandataire. L'une des premières mesures prises par les autorités d'occupation fut de procéder à un recensement de la population et de délivrer des cartes d'identité aux habitants. Ces documents se distinguaient par une couleur différente selon que leurs porteurs résidaient à Jérusalem-Est, à Gaza ou en Cisjordanie. Les personnes qui, le jour du recensement, étaient absentes du territoire pour une raison quelconque — voyage, affaires ou études — se virent refuser leur carte de résident et ne purent pas rentrer chez elles. Nombre de familles furent ainsi de nouveau séparées. La Palestine historique comptait désormais une série de communautés distinctes, et les citoyens israéliens n'avaient pas le même statut que les résidents arabes de Gaza, de Jérusalem-Est ou de Cisjordanie. Sur les plaques d'immatriculation des voitures, différentes lettres de l'alphabet hébreu (ultérieurement remplacées par un numéro sous l'Autorité palestinienne) indiquaient la ville d'origine du propriétaire.
Peu après l'occupation, Israël a commencé à installer des colons juifs à Jérusalem-Est, à Gaza et en Cisjordanie. Ces colons conservaient la citoyenneté israélienne, étaient soumis à la législation israélienne et relevaient exclusivement des tribunaux israéliens. Leur sort était totalement distinct de celui de leurs voisins palestiniens, instaurant ainsi un système d'apartheid qui appliquait des lois différentes et octroyait des statuts différents aux habitants d'un même territoire. Les gouvernements israéliens qui se sont succédé depuis lors étaient désormais convaincus qu'ils pouvaient se permettre d'agrandir leur État et de repousser ses lignes de démarcation en absorbant peu à peu les territoires palestiniens occupés. Les colonies, réservées exclusivement aux Juifs israéliens, se sont multipliées, et la ligne verte a fini par s'effacer. L'objectif final était d'annexer la Cisjordanie, de même que l'État israélien avait annexé Jérusalem-Est quelques semaines après le début de l'occupation. Il convient toutefois de souligner qu'à ce jour, Israël n'a toujours pas déclaré officiellement quelles sont ses frontières.
Lorsque vous grandissez sur un territoire, celui-ci devient votre univers. Vous acceptez ses frontières comme l'espace qui délimite toute votre existence. Telle fut mon expérience : ayant grandi à Ramallah, j'avais intériorisé les lignes de séparation de la Cisjordanie. Nous étions coupés de la partie de la Palestine où vivait ma famille, devenue Israël. Je n'avais plus aucun moyen de voir mes cousins. Ce n'est qu'au moment d'écrire mon livre Rift in Time : Travels with my Ottoman Uncle (« Une faille dans le temps : voyages avec mon oncle ottoman », 2010, non traduit), et en suivant le chemin emprunté par mon arrière-grand-oncle pour échapper à la police turque, que l'espace de mon imagination s'est élargi pour englober la possibilité d'un monde différent, semblable à celui qui existait en ce temps-là. En parcourant l'itinéraire de mon oncle fugitif, j'ai pris conscience de la réalité géographique du paysage. Lorsque j'ai atteint la vallée du Jourdain, mes yeux ont pu contempler la magnifique vallée du Grand Rift, cette faille tectonique vieille de millions d'années qui part du nord du Liban et se prolonge jusqu'en Afrique de l'Est à travers la mer Rouge, sans se soucier le moins du monde des frontières éphémères et artificielles qui sillonnent la région.
La famille de cet oncle, les Nassar, était originaire d'un village du Liban appelé Aïn Aanoub. À la fin du XIXe siècle, les Nassar ont quitté leur terroir libanais pour se rendre à Haïfa, aujourd'hui en Israël, sans avoir à franchir aucun poste de douane. Najib, qui était le grand-oncle de ma mère, était rédacteur en chef du journal Al Karmil, qu'il avait fondé après que le sultan ottoman Abdul Hamid II (1876-1909) eut octroyé à ses sujets une constitution abolissant la censure. Mais lorsque la Première guerre mondiale éclata, il s'opposa au choix des autorités de Constantinople de rallier le camp de l'Allemagne. Ayant fait ses études dans des écoles britanniques, il fut alors soupçonné de collaborer avec Londres et dut prendre la fuite.
Cette épopée fit de lui un écrivain, qui, au terme de ses trois années passées en cavale, rédigea un roman autobiographique intitulé Riwayat Muflih Al-Ghassani (« Les histoires de Muflih Al-Ghassani », non traduit)1. Sa lecture m'a fasciné, et j'ai alors décidé de reparcourir son itinéraire en décrivant les transformations du paysage d'hier et d'aujourd'hui. C'est ainsi qu'est né mon propre livre.
Je me suis d'abord rendu en Galilée, où j'ai découvert que de nombreux villages dans lesquels Najib s'était réfugié avaient été détruits. J'ai dû scruter le terrain avec un œil d'archéologue pour en retrouver les traces.
Poursuivi par la police ottomane, Najib avait dû quitter la Galilée et rejoindre la rive est du Jourdain, qu'il put franchir à cheval sans encombre : il n'y avait pas de frontière et on passait à gué. En un rien de temps, il s'est retrouvé sur le territoire de ce qui est aujourd'hui le royaume hachémite de Jordanie, où il s'est caché parmi les tribus bédouines. Trois ans après le début de son périple, il décida finalement de se rendre et fut transporté en train jusqu'à Damas, un trajet qui ne durait pas plus de deux heures.
Au moment de planifier son itinéraire de fuite, Najib n'avait pas à tenir compte des frontières politiques qui bloquent aujourd'hui les déplacements de nombreux Palestiniens. En suivant ses traces, j'ai dû traverser quatre pays différents. La géographie du Proche-Orient est devenue tellement baroque que si un Palestinien de Cisjordanie veut se rendre au nord, à Damas, il doit d'abord voyager vers l'est et traverser quatre pays avant de bifurquer vers sa destination finale ; et cela n'est possible que s'il a la chance d'obtenir les visas et les permis de sortie nécessaires auprès d'autorités souvent peu coopératives, qu'elles soient arabes ou israéliennes.
L'un des principes fondamentaux de l'idéologie sioniste qui a présidé à la création d'Israël était que la terre de Palestine devait être la propriété exclusive et inaliénable du peuple juif. C'est ce passage d'un territoire à structure multiethnique regroupant les adeptes des trois religions abrahamiques à un espace monopolisé par un seul de ces trois monothéismes qui maintient toute la région dans un état de guerre permanent depuis 77 ans.
Ce type de pratique et d'idéologie exclusivistes ne peut être soutenu qu'au prix fort : au lieu de s'intégrer dans la région et de faire la paix avec ses voisins, Israël doit rester constamment sur le pied de guerre, soucieux de préserver ses conquêtes militaires et d'exercer son contrôle sur les Palestiniens, qu'il refuse de laisser rentrer chez eux ou d'indemniser pour leurs pertes.
La création d'Israël au cœur du monde arabe s'est traduite par l'isolement réciproque des États-nations surgis après la Première guerre mondiale. Les lignes ferroviaires qui reliaient autrefois ces pays entre eux, comme le chemin de fer du Hijaz, qui allait de Constantinople à Médine, n'existent plus. En subsistent quelques vestiges sous la forme de sections de voies rouillées, et le désir ardent de leurs habitants, qui veulent pouvoir un jour à nouveau voyager librement dans une région réunifiée. Pour y parvenir, il faudra instaurer une paix juste entre Israël et ses voisins, précédée par la reconnaissance du droit des Palestiniens à l'autodétermination.
En attendant, je continue à habiter un pays mutilé non seulement par les lignes de séparation, mais par les murs et les barrières qui confinent la plupart des villes et des villages palestiniens. Avant de se déplacer en voiture entre les diverses localités de Cisjordanie, il faut écouter les bulletins d'information réguliers diffusés par la radio locale sur l'état des routes de la région. Si on néglige de le faire, on court le risque d'être bloqué devant des postes de contrôle israéliens infranchissables, de se heurter à la fermeture des portails érigés à l'entrée de la plupart des agglomérations, ou encore d'être violemment attaqué par des groupes de colons israéliens.
Au cours des huit dernières décennies, les démarcations n'ont cessé de proliférer sur le territoire de la Palestine historique, empruntant de nouveaux tracés et restreignant davantage les déplacements de ses habitants. Rien ne symbolise mieux cette évolution que le changement des annonces diffusées sur les ondes radiophoniques : les Ohdi salami, les salutations familiales transmises par la radio israélienne, ont été remplacées par les messages déprimants des radios palestiniennes : « La route de Ramallah est fermée », « la route de Naplouse est bloquée par des colons armés », « des soldats bloquent la route entre les villages d'Attarah et de Birzeit », etc., dans une litanie qui ne prend jamais fin.
1NDLR. Muflih Al-Ghassani était le nom de plume de Najib Nassar.
10.03.2026 à 06:00
Bayram Balci
En bons termes avec l'administration de Donald Trump, mais brouillée avec Tel-Aviv, frontalière d'un Iran avec lequel elle entretient des relations aussi anciennes que complexes, Ankara a toutes les raisons de se sentir concernée par le conflit opposant l'alliance militaire israélo-étatsunienne à la République islamique. L'offensive menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran à partir du samedi 28 février, à laquelle l'Iran a répondu par des salves de missiles et de drones en (…)
- Magazine / Iran, Israël, Turquie, Relations internationales, Diplomatie, Histoire, États-Unis, Guerre Iran - Israel - États-Unis (2026)
En bons termes avec l'administration de Donald Trump, mais brouillée avec Tel-Aviv, frontalière d'un Iran avec lequel elle entretient des relations aussi anciennes que complexes, Ankara a toutes les raisons de se sentir concernée par le conflit opposant l'alliance militaire israélo-étatsunienne à la République islamique.
L'offensive menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran à partir du samedi 28 février, à laquelle l'Iran a répondu par des salves de missiles et de drones en direction des pays voisins abritant des bases étatsuniennes, a suscité des réactions internationales largement défavorables à l'Iran. Toutefois, parmi les États ayant condamné l'intervention israélo-étatsunienne, la Turquie s'est particulièrement distinguée.
Le jour même du déclenchement des opérations, le président turc Recep Tayyip Erdoğan avait qualifié ces attaques de « violation manifeste du droit international ». Il s'est également déclaré « profondément attristé » par la mort du Guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, tué par les bombardements, estimant même que la guerre entre les États-Unis et l'Iran avait éclaté à la suite de provocations israéliennes.
Le lendemain, le ministre des affaires étrangères, Hakan Fidan, a tenté de positionner la Turquie comme un acteur central dans les efforts de désescalade et de médiation diplomatique. Il a ainsi affirmé que son pays menait « avec attention les initiatives nécessaires avec tous ses interlocuteurs » afin de favoriser un retour aux négociations et de préserver la stabilité régionale1
Pourtant, le mercredi 4 mars, un missile balistique tiré depuis l'Iran et se dirigeant vers l'espace aérien turc a été intercepté par les systèmes de défense aérienne et antimissile de l'OTAN. Le même incident s'est reproduit le 9 mars. Bien qu'il n'ait causé ni victimes ni dégâts matériels, cet incident revêt une importance symbolique dans la mesure où il marque l'implication indirecte de la Turquie, membre de l'OTAN, dans un conflit régional en expansion2, avec le risque de donner un prétexte aux puissances européennes d'intervenir. Toutefois, les tirs du 4 mars n'ont pas été revendiqués par l'Iran et la Turquie semble avoir choisi de ne pas envenimer ses relations avec l'Iran. Le ministre des affaires étrangères, Hakan Fidan, a même prévenu les parties en guerre de ne pas provoquer la Turquie, sans nommer explicitement aucun pays. Le 9 mars, Recep Tayyip Erdoğan a cependant mis en garde la République islamique contre toute « action provocatrice » : « Malgré nos avertissements clairs, des actions extrêmement inappropriées et provocatrices continuent d'être entreprises, mettant en péril l'amitié de la Turquie » envers l'Iran.
La relation entre Ankara et Téhéran est complexe. Historiquement, les deux pays se sont fréquemment retrouvés dans des camps opposés lors de conflits ou de rivalités d'influence qui se sont récemment manifestés au Proche-Orient, dans le Caucase et en Asie centrale.
La rivalité turco-iranienne au XXIe siècle est souvent rapportée à la lutte entre l'Empire ottoman sunnite et l'Empire safavide chiite au XVIe siècle. Pourtant, de nombreux historiens soulignent que les relations entre les mondes turc et persan sont bien plus anciennes et n'ont pas toujours été marquées par le conflit. Avant même la migration des tribus turques d'Asie centrale vers l'Anatolie, les populations turques et persanes entretenaient déjà des relations. Ces interactions ont favorisé l'émergence d'une « civilisation turco-iranienne » entre les Xe et XIIIe siècles en Asie centrale et occidentale. L'Iran, l'Azerbaïdjan, la Turquie et plusieurs pays d'Asie centrale restent aujourd'hui marqués par cet héritage linguistique et culturel commun.
Cette synthèse culturelle commence toutefois à s'affaiblir à partir du XVIe siècle. L'Empire ottoman se tourne alors vers l'Europe dans son expansion territoriale, tandis que la dynastie safavide construit une identité confessionnelle chiite distincte. Malgré des conflits militaires récurrents, les échanges culturels, diplomatiques et administratifs se poursuivent, et les deux empires continuent d'exercer une influence réciproque sur leurs institutions politiques et militaires.
Au XIXe siècle, la supériorité militaire et économique des puissances européennes contraint les deux États à engager des réformes de modernisation. Cette période se caractérise par des échanges intellectuels et politiques intenses, ainsi que par un rapprochement entre les opposants aux monarchies ottomane et kadjare, qui soutiennent des mouvements constitutionnalistes.
Après la première guerre mondiale, l'effondrement de l'Empire ottoman et la chute de la dynastie kadjare ouvrent la voie à la création d'États-nations modernes : la République de Turquie fondée par Mustafa Kemal, « Atatürk », et la monarchie de Reza Shah Pahlavi. Inspirés de modèles politiques et culturels européens, ces régimes mettent en œuvre des politiques autoritaires de modernisation et de laïcisation. Jusqu'en 1979, les relations entre Ankara et Téhéran restent globalement cordiales.
Durant la guerre froide, les deux pays sont membres de l'Organisation du traité central (Central Treaty Organisation, CenTO) alliance soutenue par les États-Unis contre l'influence soviétique. La révolution islamique iranienne de 1979 constitue toutefois un tournant majeur et marque la sortie de l'Iran du giron occidental. En Turquie, le coup d'État militaire de 1980 renforce le sécularisme et l'alliance avec Washington, suscitant la méfiance iranienne. Mais les intérêts économiques et la recherche de stabilité régionale continuent de limiter les tensions entre les deux États3.
L'arrivée au pouvoir du Parti de la justice et du développement (AKP) en 2002 marque une évolution significative dans la politique étrangère turque, une fois son contrôle des institutions bien assis. Issu de la mouvance de l'islam politique, mais se présentant comme un parti conservateur réformateur, l'AKP cherche à redéfinir la place de la Turquie dans son environnement régional.
Le nouveau gouvernement adopte progressivement une politique étrangère multidimensionnelle dite de « zéro problème avec ses voisins », visant notamment à renforcer les relations avec les pays du Proche-Orient et du monde musulman4. Cette orientation devient particulièrement visible en 2010 lorsque la Turquie, alors membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, s'oppose avec le Brésil à un nouveau cycle de sanctions internationales contre l'Iran, se démarquant ainsi de ses alliés occidentaux. La même année, une crise grave éclate entre la Turquie et Israël, quand le Mavi Marmara, un navire humanitaire affrété par une ONG turque proche d'Erdoğan, tente de briser le blocus de Gaza. Le 31 mai 2010, la marine israélienne intercepte le bateau et tue 10 militants à bord, ce qui provoque la rupture des relations turco-israéliennes, bien que Tel-Aviv demeure un partenaire commercial important pour Ankara.
En parallèle, au cours des années 2010, la Turquie développe l'idée que les grandes puissances régionales doivent jouer un rôle central dans la gestion des affaires du Proche-Orient, plutôt que de laisser cette responsabilité à des acteurs extérieurs tels que les États-Unis, la Chine ou les puissances européennes. Durant le conflit syrien ou dans la région séparatiste du Haut-Karabakh, les deux États menaient des politiques diamétralement opposées. En Syrie, la Turquie a parrainé les rebelles tandis que l'Iran a soutenu jusqu'au bout le régime de Bachar Al-Assad. Cette divergence n'a pourtant pas abouti à un conflit entre les deux puissances régionales, car cette rivalité était menée par des acteurs régionaux plus légitimes que les puissances étrangères à la région.
Dans cette perspective, c'est-à-dire dans leur hostilité aux puissances occidentales éloignées de la région, les intérêts d'Ankara et de Téhéran peuvent converger. Toutefois, contrairement à l'Iran, la Turquie ne rejette pas totalement la présence étatsunienne dans la région, mais critique une vision régionale centrée sur les intérêts stratégiques d'Israël. Les relations triangulaires entre la Turquie, l'Iran et les États-Unis sont ainsi dictées par les rapports qu'ont ces trois États avec Israël.
Depuis la chute du régime de Bachar Al-Assad en décembre 2024, la Turquie soutient le nouveau pouvoir incarné par Ahmed Al-Charaa, tandis qu'Israël mène des opérations militaires contre la nouvelle Syrie, qu'elle veut maintenir faible, fragmentée, et, surtout, hors de contrôle de puissances rivales comme la Turquie. Signe que la tension est forte entre les deux pays, la Turquie est perçue en Israël comme un nouvel Iran, et en Turquie on craint d'être la prochaine cible des attaques israéliennes. Ainsi, le 17 février, l'ancien premier ministre israélien d'extrême droite Naftali Bennett a mis en garde, dans une déclaration, contre ce qu'il considère comme une montée en puissance de la Turquie dans la région. Selon lui, « une nouvelle menace turque émerge ». Il accuse Ankara, aux côtés du Qatar, d'avoir renforcé son influence en Syrie et de chercher désormais à l'étendre à d'autres zones du Proche-Orient. « Je le dis clairement : la Turquie est le nouvel Iran. Erdoğan est rusé et dangereux, et il cherche à encercler Israël », a-t-il déclaré5.
Toutefois, la suprématie militaire israélienne dans la guerre en cours n'est pas la seule préoccupation de la Turquie. Pour Ankara, une guerre prolongée en Iran pourrait entraîner plusieurs conséquences négatives. En premier lieu, une déstabilisation régionale majeure, mais surtout une nouvelle vague migratoire alors que le pays cherche à renvoyer chez eux les réfugiés syriens que même la chute de Bachar Al-Assad ne convainc pas de rentrer. De même, une perturbation des marchés énergétiques mettrait en difficulté l'économie turque déjà très fragile. En effet, le prix des hydrocarbures a déjà nettement augmenté, alors que la guerre ne donne pas de signes d'apaisement.
Mais la conséquence majeure que craint la Turquie est liée à la question kurde. Ankara semble avoir trouvé un bon compromis avec le mouvement kurde en Turquie après l'appel, en février 2025, d'Abdullah Öcalan, le leader historique du parti kurde, de déposer les armes. Elle est également rassurée par l'accord entre Kurdes de Syrie et le nouveau pouvoir de Damas, après la reconquête des territoires du nord et de l'est de la Syrie par Damas et la fin de l'Administration autonome. Elle craint donc fort aujourd'hui un réveil de la question kurde en Iran, à l'heure où les États-Unis parlent d'armer les Kurdes d'Iran exilés en Irak pour précipiter la chute du régime iranien. Cette situation pourrait aboutir à la rupture du processus de paix, déjà fragile, entre le pouvoir turc et le mouvement kurde, et auquel Ankara n'a pas donné suite depuis les déclarations d'Öcalan, toujours en prison.
Même si la Turquie reste officiellement en dehors du conflit, elle devra gérer une rivalité stratégique croissante avec Israël, déjà exacerbée par les tensions liées à Gaza et à la Syrie. De ce point de vue, un changement de régime en Iran ne constitue pas nécessairement un objectif souhaitable pour Ankara, qui préférerait le maintien d'un équilibre régional relativement prévisible. Dans tous les cas, la stratégie israélienne visant à restructurer l'ordre régional autour de sa supériorité militaire pourrait entrer en contradiction avec les ambitions géopolitiques de la Turquie et sa volonté d'exercer une influence accrue au Proche-Orient. Il sera alors difficile pour Ankara de ne pas être happée par la spirale de la violence.
1Ragip Soylu, « Hakan Fidan reveals failed Turkish attempts to stop Iran war », Middle East Eye, 4 mars 2026.
2« L'Otan a intercepté un missile tiré d'Iran et dirigé vers la Turquie », France 24, 4 mars 2026.
3Abhinav Chakraborty, « Where Turkey stands in the Iran war : Complex ties with Tehran, simmering rivalry with Israel », The Indian express, 5 mars 2026.
4« Turkish Foreign Policy under the AK Party », Insight Turkey, printemps 2017, volume 19, numéro 2.
5Gabriel Colodro, « “The New Iran” : Bennett Warns of Emerging Axis at Conference of Presidents », The Media line, 18 février 2026.