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18.02.2026 à 06:00

« Exiger la démission de Francesca Albanese, c'est sanctionner la pensée critique et ses droits »

Sophie Bessis, Dominique Eddé

Le 11 février 2026, Jean-Noël Barrot a réclamé la démission de la rapporteuse spéciale des Nations unies sur les droits humains dans les territoires palestiniens occupés pour des propos qu'elle n'a jamais tenus. Le ministre a repris à son compte une accusation fabriquée par la députée macroniste Caroline Yadan sur la base d'une vidéo tronquée. L'historienne Sophie Bessis et l'essayiste Dominique Eddé dénoncent une politique étrangère française sans boussole, qui choisit de s'en prendre à (…)

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Texte intégral (1634 mots)

Le 11 février 2026, Jean-Noël Barrot a réclamé la démission de la rapporteuse spéciale des Nations unies sur les droits humains dans les territoires palestiniens occupés pour des propos qu'elle n'a jamais tenus. Le ministre a repris à son compte une accusation fabriquée par la députée macroniste Caroline Yadan sur la base d'une vidéo tronquée. L'historienne Sophie Bessis et l'essayiste Dominique Eddé dénoncent une politique étrangère française sans boussole, qui choisit de s'en prendre à Francesca Albanese tandis qu'elle se tait sur la guerre génocidaire menée contre Gaza et sur les violations quotidiennes du cessez-le-feu au Liban.

De Kaboul, où les filles sont interdites d'école et les femmes vêtues de prisons ambulantes, jusqu'à l'île d'Epstein, paradis pour pédocriminels, où des célébrités en tous genres ont abusé et avili, une décennie après l'autre, des fillettes et des femmes importées de tous les coins du monde, il n'est plus une parcelle de la planète qui ne soit envahie par la boue. La « révolution » iranienne qui, en 1979, se revendiquait entre autres du combat contre l'arrogance occidentale, promettant à son peuple de le restaurer dans ses droits, a battu des records dans l'écrasement de sa population et la négation de ces droits eux-mêmes.

Partout, la figure de la tenaille est à son comble. L'ennemi du dedans et celui du dehors en activent chacun un manche, confisquent des milliards de destins au prétexte d'en décider. Gangrenés l'un et l'autre par le règne du mensonge et de la voracité, l'Occident et l'Orient ne dialoguent plus désormais qu'à travers la logique obscène du plus fort, du plus riche, du plus offrant. Alors qu'au Soudan les Émirats arabes unis poursuivent leur aide multiforme à une entreprise génocidaire, l'armée israélienne achève la sienne en Palestine, brisant les dernières poches de vie à Gaza et annexant la Cisjordanie. Que proposent, que font pendant ce temps les gouvernants des pays qui se réclament encore de la démocratie face à ce raz-de-marée ? Que fait la France ?

Une diplomatie sans colonne vertébrale

S'agissant d'Israël et de la Palestine, sa politique étrangère est devenue illisible. Elle n'a plus de colonne vertébrale. Après avoir soutenu l'extension aux Palestiniens de Pause, le programme d'accueil en urgence des scientifiques et artistes en exil créé en 2017 à l'initiative du Collège de France, elle décide brusquement, à l'été 2025, de le bloquer, au prétexte du tweet antisémite d'une Gazaouie qui ne figurait même pas parmi les lauréats. Alors qu'elle a reconnu il y a quelques mois l'État palestinien, La France réclame aujourd'hui, par la voix de son ministre des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, la démission – rien que cela - de la rapporteuse spéciale des Nations unies pour les territoires palestiniens occupés, Francesca Albanese.

Pourquoi ? Parce que Caroline Yadan, députée des Français de l'étranger et avocate passionnée de l'extrême droite israélienne, ne supporte pas que les Palestiniens, si mal défendus par leurs représentants politiques, le soient si bien par une voix étrangère et libre. C'est assez logique. On peut la comprendre. Mais pourquoi a-t-il suffi que Caroline Yadan déforme les propos de Francesca Albanese, selon la méthode éhontée d'un Donald Trump ou d'un Benyamin Nétanyahou - pour que Jean-Noël Barrot lui emboîte le pas ? C'est la même qui a qualifié la reconnaissance de l'État de Palestine par le président Macron de « faute politique, morale, et historique ». La même qui a déposé à l'Assemblée nationale une proposition de loi qui, au prétexte de lutter contre l'antisémitisme, entend avaliser la loi israélienne de 2018 désignant Israël comme « L'État-nation du peuple juif » et de lui seul. Toute personne contestant ce fait - nous en sommes - pourrait être poursuivie en justice si cette loi était adoptée. Cent vingt personnalités françaises ont cosigné cette proposition. Parmi elles, l'ex-chef de l'État François Hollande, dont nous attendons de savoir s'il souhaite également la démission de Francesca Albanese. Les tentatives de clarification avancées par le Quai d'Orsay n'ont rien changé quant au fond. La France, par la voix de son ministre, persiste à réclamer la tête de Francesca Albanese1.

On peut ne pas adhérer à telle ou telle formulation des propos de cette dernière, mais de quel droit les défigure-t-on ? Elle a reconnu avoir manqué de réflexe en ne se retirant pas d'une réunion à laquelle assistait, sans qu'elle en soit prévenue, l'un des dirigeants du Hamas Khaled Mechaal. Qu'est-ce que cette erreur, de surcroît reconnue, face à l'incroyable complaisance d'une majorité d'États européens envers le gouvernement israélien ? Rappelons au passage que la France, co-garante du cessez-le-feu au Liban, ne dit pas un mot contre les violations quasi quotidiennes dont il est l'objet. Tandis que nous assistons, dans une indifférence à peu près générale, à l'application de la phase terminale d'un plan d'effacement des Palestiniens de leur terre, la France ne trouve-t-elle rien de mieux à faire que de s'en prendre à une femme insurgée contre cette infamie ? Rien de mieux que d'entraîner l'Allemagne et l'Autriche dans son sillage ?

Contre le silence et l'impunité

Bien des esprits réduits au silence, épouvantés par l'impunité dont jouit la politique israélienne, se sont sentis entendus et compris par Francesca Albanese comme par le secrétaire général de l'ONU António Guterres. Faut-il que les derniers recoins onusiens de courage soient interdits à l'heure où Nétanyahou et Trump liquident l'Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) et où le second ambitionne de mettre fin à l'existence même des Nations unies ? Ce sont ces voix, au même titre que les très nombreuses voix dissidentes parmi les juifs de par le monde, qui permettent à la raison de tenir encore tête à la folie générale. Ils ne se comptent pas, heureusement, ceux qui rament contre le règne actuel de l'inconcevable, contre une dégradation planétaire de la santé mentale. Faut-il leur porter secours ou les sommer de disparaître ?

Exiger la démission de Francesca Albanese revient à vouloir sanctionner la pensée critique et ses droits. C'est en outre fouler aux pieds le legs inestimable de la pensée juive moderne. Car qui de Franz Kafka à Hannah Arendt, Erich Auerbach, Walter Benjamin, Canetti, Freud ou Einstein, aurait avalisé une telle réclamation ? L'entériner, c'est déposséder les sans-voix du peu de recours qui leur reste. C'est favoriser la haine au prétexte de la combattre. C'est confier le train de l'avenir à des rails qui vont dans le mur. Nous attendions mieux de la diplomatie française.


1NDLR. Le porte-parole du Quai d'Orsay, Pascal Confavreux, a reconnu, le 12 février 2026, que la phrase «  Israël, ennemi commun de l'humanité  » n'avait jamais été prononcée par Francesca Albanese, mais a maintenu la demande de démission, justifiée selon lui par son «  absence de neutralité  » et son «  attitude militante  ».

17.02.2026 à 06:00

Égypte. Le Sud-Sinaï, une vitrine touristique sous contrôle

Sarah Martin

Présenté comme un espace pacifié et ouvert au tourisme, le Sud-Sinaï est aussi une région sous le contrôle sécuritaire permanent de l'État égyptien, où l'accès à la terre et la mobilité sont vecteurs d'inégalités. Les récits de vie de Bédouins donnent à voir comment le développement touristique fabrique une citoyenneté à plusieurs vitesses. En fin d'après-midi, à quelques kilomètres de Dahab, en bordure du golfe d'Aqaba, un campement « bédouin » accueille des touristes venus chercher le (…)

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Présenté comme un espace pacifié et ouvert au tourisme, le Sud-Sinaï est aussi une région sous le contrôle sécuritaire permanent de l'État égyptien, où l'accès à la terre et la mobilité sont vecteurs d'inégalités. Les récits de vie de Bédouins donnent à voir comment le développement touristique fabrique une citoyenneté à plusieurs vitesses.

En fin d'après-midi, à quelques kilomètres de Dahab, en bordure du golfe d'Aqaba, un campement « bédouin » accueille des touristes venus chercher le silence du désert et une promesse d'authenticité. Il s'agit d'un camp touristique fixe, intégré aux circuits de la côte sud du Sinaï : les visiteurs y passent quelques heures ou une nuit, pour un dîner sous les étoiles, tandis que des Bédouins y travaillent comme cuisiniers, guides ou hôtes. Les tapis sont disposés à même le sable, le thé est servi avec cérémonie dans de petits verres, et le programme annonce un dîner traditionnel sous les étoiles. Autour du feu, un homme en galabeya, vêtement traditionnel égyptien, raconte la vie dans le désert, pendant que les visiteurs prennent des photos. L'expérience est soigneusement mise en scène : ici, le Sinaï se donne à voir comme un espace hors du temps, détaché des réalités politiques qui l'entourent.

Rien ne laisse deviner que la terre sur laquelle ce camp est installé fait l'objet de tensions anciennes, principalement liées au foncier et au contrôle de l'espace. Rien n'indique non plus que ceux qui incarnent cette « authenticité » vivent, pour la plupart, sur des terrains qu'ils ne possèdent pas légalement, ni que leurs déplacements, leur travail et parfois leurs paroles sont étroitement surveillés, dans une région considérée comme stratégiquement sensible par l'État égyptien.

À une dizaine de kilomètres au nord de Dahab, dans un camp touristique du Sinaï. Deux guides bédouins font une pause devant les huttes du camp.
À une dizaine de kilomètres au nord de Dahab, dans un camp touristique du Sinaï. Deux guides bédouins font une pause devant les huttes du camp.

Le Sud-Sinaï apparaît ainsi comme un espace largement ouvert aux visiteurs et aux investissements touristiques, mais profondément encadré pour les populations qui y vivent. Là où le tourisme promet un désert accessible et pacifié, le quotidien des habitants reste traversé par des rapports de pouvoir durables, structurés par l'accès à la terre, aux ressources et à la mobilité.

Une région stratégique

Péninsule charnière entre l'Afrique et l'Asie, le Sinaï occupe une place singulière dans l'imaginaire et la politique de l'État égyptien. Longtemps perçu par le pouvoir central comme un territoire périphérique, faiblement intégré et politiquement sensible, le Sinaï a été successivement militarisé, administré de manière exceptionnelle, puis partiellement reconverti en vitrine touristique, notamment dans sa partie méridionale. Dahab, Nuweiba ou Charm El-Cheikh incarnent cette transformation avec leurs plages, stations balnéaires, sites de plongée et désert « vierge ».

Charm el-Cheikh, plage de Faraana Reef, à proximité du Farsha Cafe. Vue sur le littoral de Ras Um Sid, où s
Charm el-Cheikh, plage de Faraana Reef, à proximité du Farsha Cafe. Vue sur le littoral de Ras Um Sid, où s'alignent hôtels et resorts de bord de mer, illustrant l'intensité du développement touristique dans cette station balnéaire de la mer Rouge.
Charm El-Cheikh, quartier d
Charm El-Cheikh, quartier d'Hadaba. Un ascenseur extérieur relie l'hôtel perché sur la falaise à sa plage privée en contrebas.

Depuis trois ans, l'Égypte arrive en tête des destinations touristiques africaines en nombre de visiteurs internationaux, devant le Maroc et la Tunisie. Cette transformation n'est toutefois pas le signe d'une normalisation politique. Le développement touristique s'est superposé à un dispositif sécuritaire dense, hérité des conflits régionaux, de la restitution du Sinaï par Israël en 1982, du soulèvement des tribus en 2011 et, plus récemment, de la lutte contre les groupes armés dans le Nord-Sinaï.

Si le Sud est moins exposé à la violence armée, il reste intégré à un régime d'exception durable, où la présence de l'État est constante, souvent invisible, mais toujours structurante. Le gouvernorat du Sud-Sinaï compte environ 120 000 habitants, dont une part importante fait partie de tribus bédouines historiquement implantées dans la région. Ces populations entretiennent une relation ambivalente à l'État, à la fois nécessaire, lointain et souvent perçu comme un acteur extérieur.

Dans le Sud-Sinaï, les routes offrent un poste un poste d'observation éloquent : ponctuées de checkpoints, il s'y exerce une circulation à double vitesse.

Liberté de circulation à géométrie variable

Entre les grandes villes côtières de Charm El-Cheikh, Dahab, Nuweiba et Taba et les zones désertiques, les points de contrôle sont omniprésents. Ils rythment les déplacements, imposent des arrêts répétés et rappellent que la mobilité n'est jamais totalement acquise.

Poste de contrôle à l
Poste de contrôle à l'entrée de Dahab, sur l'axe Charm El-Cheikh – Dahab, dans le sud du Sinaï.

« On est comme en prison. On ne peut aller nulle part sans que l'État le sache. Il nous surveille comme des animaux au zoo », raconte Khaled, chauffeur indépendant, sur la route reliant Nuweiba, sur le golfe d'Aqaba, à l'arrière-pays. À un checkpoint circulent sans s'arrêter les touristes étrangers et les Égyptiens dont la plaque est immatriculée au Caire. Lui est sommé de se garer sur le bas-côté. Les soldats lui demandent ses papiers et égrainent les questions usuelles sur son lieu de départ et sa destination. Le contrôle s'éternise. « Ils ne demandent pas les papiers à tout le monde. Juste à ceux qui ressemblent à des Bédouins. »

La scène est banale. Elle se répète sur les routes du Sud-Sinaï. Dans cet espace, la liberté de circulation à géométrie variable laisse apparaître une frontière entre ceux qui traversent le territoire et ceux dont la présence y est continuellement mise à l'épreuve.

À la Laguna de Dahab, deux chauffeurs de taxi bédouins attendent des clients.
À la Laguna de Dahab, deux chauffeurs de taxi bédouins attendent des clients.

Le contraste est frappant. D'un côté, un discours officiel qui présente le Sud-Sinaï comme un espace sûr, accueillant et pacifié, destiné aux investisseurs et aux touristes internationaux. De l'autre, un quotidien marqué par les checkpoints, la surveillance administrative… et une tension sur le foncier.

Le foncier, cette frontière politique

Au Sud-Sinaï, la question de la terre précède celle du tourisme, comme le souligne Ahmad, un habitant de Dahab. Pour une grande partie des familles bédouines, l'habitat repose sur des formes d'occupation anciennes – transmission familiale, usage collectif, reconnaissance tribale – qui n'ont jamais été traduites en titres de propriété formels par l'État égyptien.

« Mon père est né ici, mon grand-père est né ici et moi aussi. On a tous grandi dans cette maison. Mais sur le papier, cette terre n'existe pas pour nous », raconte un homme rencontré dans une zone en périphérie de la ville de Dahab. La maison est là, en dur, reliée à l'électricité, parfois à l'eau. Mais juridiquement, elle n'est rien. Cette situation n'est pas marginale. Selon les travaux de la géographe Leïla Vignal1 et les rapports d'organisations indépendantes comme l'International Crisis Group2, une large majorité des familles bédouines du Sud-Sinaï occupe des terres sans titres de propriété officiels, en raison de la non-reconnaissance par l'État des formes d'appropriation tribale et collective.

Région de Nuweiba, Sud-Sinaï. Habitat bédouin sur des terres transmises de génération en génération, sans reconnaissance foncière formelle. Une habitante explique ne posséder aucun titre attestant de la propriété du terrain.
Région de Nuweiba, Sud-Sinaï. Habitat bédouin sur des terres transmises de génération en génération, sans reconnaissance foncière formelle. Une habitante explique ne posséder aucun titre attestant de la propriété du terrain.

Ce décalage entre usage et droit n'a longtemps posé que peu de problèmes. « Avant, personne ne nous demandait de papiers. On habitait, c'est tout », explique Aïcha, habitante d'un village bédouin près de Nuweiba, à 70 kilomètres au nord de Dahab, sur la même ligne de côte. L'administration était lointaine, parfois absente. Le désert offrait une forme de continuité entre les modes de vie bédouins et l'espace.

L'émergence des projets touristiques il y a moins d'une douzaine d'années a changé la donne. « Avant que les touristes arrivent, l'État ne s'intéressait pas à l'endroit où on habitait », observe un habitant de Charm El-Cheikh. Avec la construction des routes et des complexes hôteliers sont apparus des agents municipaux, qui viennent mesurer les parcelles et exiger des permis ou des titres de propriété. Des maisons tolérées depuis des décennies sont alors déclarées irrégulières. L'espace, longtemps organisé selon des usages locaux, entre progressivement dans le champ du contrôle administratif.

Dans ce nouveau cadre, l'absence de titre devient une faille. « Ils disent que ce n'est pas à nous parce qu'on n'a pas de titre, résume Fatma, mère d'une famille de cinq enfants, sans colère mais avec lassitude. Avant, on habitait ici. Maintenant, on “occupe”. On est comme les réfugiés, mais chez nous. » D'autres expriment leur colère sans détour. « Les Égyptiens volent nos terres pour faire des hôtels de luxe ! », lance un vieil homme, conscient du rapport inégal qui se joue face aux investisseurs.

Ce glissement lexical d'habitant à occupant n'est pas anodin. Il ouvre la voie à des expulsions dites « légales », à des restrictions d'usage, voire à la confiscation pure et simple des terrains au profit de projets touristiques ou d'aménagements publics.

En Égypte, les terres désertiques relèvent juridiquement du domaine public de l'État – avec la loi no 143 de 1981 sur les terres désertiques. Elle permet à l'État d'attribuer des concessions sans procédure de consultation locale formalisée. Aucune donnée publique ne précise la proportion exacte des terres réaffectées au développement touristique dans le Sud-Sinaï, mais les habitants décrivent une progression continue des zones placées sous contrôle administratif.

Dans ce cadre, le développement touristique s'appuie notamment sur l'octroi de vastes concessions à de grands groupes égyptiens tels que le promoteur immobilier Orascom Development ou l'entreprise de tourisme Travco Group, tandis que les chaînes internationales interviennent le plus souvent via des contrats de gestion. Pour les habitants, ces acteurs restent lointains. Ce qu'ils perçoivent en revanche, ce sont les effets concrets de cette reconfiguration : la présence de plus en plus visible d'agents municipaux chargés du foncier, des constructions déclarées illégales, des règles appliquées là où, jusque-là, prévalaient des usages locaux.

Développement touristique et précarité

« Le tourisme nous a donné du travail, oui, témoigne Ayyoub, employé dans le camp dit « bédouin » à Blue Lagoon, situé entre Dahab et Nuweiba. Il y travaille comme cuisinier et taxi occasionnel, au gré des saisons touristiques. « Mais il nous a volé notre liberté. Est-ce qu'on est vraiment dans une meilleure situation aujourd'hui ? » Pour lui, comme pour d'autres, le travail ne signifie ni stabilité ni autonomie.

Au nord de Nuweiba (Sud-Sinaï), un employé bédouin dans un hôtel de la côte. Il est également commis de cuisine dans un café en bord de mer intégré aux circuits touristiques et travaille en continu pendant la saison.
Au nord de Nuweiba (Sud-Sinaï), un employé bédouin dans un hôtel de la côte. Il est également commis de cuisine dans un café en bord de mer intégré aux circuits touristiques et travaille en continu pendant la saison.

Pour ces travailleurs bédouins dans les camps, les restaurants ou comme chauffeurs, le revenu mensuel se situe généralement entre 6 000 et 10 000 livres égyptiennes (entre 110 et 180 euros), parfois davantage en haute saison, souvent beaucoup moins lorsque l'activité ralentit. Ces revenus restent proches du salaire moyen national, mais ces emplois s'exercent dans un cadre informel, donc hors contrat de travail, cotisations ni protection sociale. Ayyoub peut ainsi travailler plusieurs semaines d'affilée, puis se retrouver sans activité du jour au lendemain. Les postes les plus stables et les mieux payés – direction, gestion – sont occupés par des Égyptiens venus d'autres régions, notamment du Caire.

À cette précarité s'ajoute un autre effet du développement touristique : l'augmentation rapide du coût de la vie. Les prix élevés des services touristiques conduisent à l'augmentation corollaire du montant des loyers, des prix du foncier mais aussi des produits du quotidien pour les habitants de la région.

« Ils veulent que je sois bédouin pour les photos »

Comme d'autres habitants de Dahab, Gomaa constate que le tourisme redimensionne la place qui lui est laissée dans sa propre ville. En effet, à l'intégration économique s'ajoute une autre forme de contrainte : celle de l'identité.

« Ils veulent que je sois bédouin pour les photos », explique Youssef, un jeune homme travaillant ponctuellement dans un camp touristique. Dans cette industrie, l'« authenticité bédouine » est une valeur marchande. Elle se décline en dîners traditionnels, spectacles folklorisés et récits du désert.

Cette mise en scène est largement encadrée par les gestionnaires des camps et le personnel, qui façonnent une image du « Bédouin » conforme aux attentes du marché. « Une fois, mon ami est venu en jean : ils l'ont renvoyé parce qu'il ne faisait pas assez bédouin », raconte Youssef.

Cette dissociation entre l'identité et la performance nourrit un sentiment d'injustice profond. « Je ne suis pas égyptien. Je suis bédouin », affirme Ahmad. D'autres formulent le paradoxe plus frontalement : « Le gouvernement nous considère comme égyptiens quand on doit faire le service militaire ou payer. Pas quand on revendique nos droits. »

Aux abords de Sainte-Catherine, dans le désert du Sinaï. Deux guides bédouins accompagnant des visiteurs.
Aux abords de Sainte-Catherine, dans le désert du Sinaï. Deux guides bédouins accompagnant des visiteurs.

Dans le Sud-Sinaï, la citoyenneté ne se vit pas comme un statut acquis, mais comme une expérience incertaine, soumise à des filtres administratifs et sécuritaires. Elle dépend des lieux, des interlocuteurs, des situations. « On nous voit comme une menace à surveiller, pas comme des citoyens », résume Aïcha. Dans une région classée stratégique, marquée par des décennies de militarisation et par l'insurrection dans le Nord-Sinaï, l'appartenance tribale est souvent associée, dans les pratiques de contrôle, à un soupçon sécuritaire.

Face à cette situation, la confrontation directe est rare. Trop risquée. Beaucoup préfèrent composer. À défaut de recours formels, les stratégies sont discrètes : arrangements avec les autorités locales, contournements administratifs, prudence dans la parole publique, parfois même un effacement volontaire, comme le dit sans le dire un homme rencontré près de Dahab : « Maintenant, je n'attends plus rien du gouvernement. Je vis ma vie et j'essaie d'éviter d'avoir affaire à lui. »

(Tous les prénoms ont été modifiés.)


1Leïla Vignal, «  The new territories of tourism in Egypt : a local-global frontier  ?  », Cybergeo : European Journal of Geography, 29 octobre 2010.

2Lire «  Egypt's Sinai Question  », Middle East/North Africa Report n°61, 30 janvier 2007.

16.02.2026 à 06:00

Soudan. Le Kadamoul, un symbole social et politique

Fouad Ibrahim Shousha, Louise Aurat

Porté initialement pour des raisons climatiques, le kadamoul a depuis quelques décennies bien d'autres usages. Ce foulard, commun aux peuples du désert, concentre une charge symbolique, politique et culturelle forte que les belligérants de la guerre qui déchire le pays depuis bientôt trois ans ne manquent pas d'exploiter. Avant le début de la guerre au Soudan, le 15 avril 2023, Badr travaillait dans un magasin de matériel électronique. Il s'est reconverti peu de temps après les premiers (…)

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Porté initialement pour des raisons climatiques, le kadamoul a depuis quelques décennies bien d'autres usages. Ce foulard, commun aux peuples du désert, concentre une charge symbolique, politique et culturelle forte que les belligérants de la guerre qui déchire le pays depuis bientôt trois ans ne manquent pas d'exploiter.

Avant le début de la guerre au Soudan, le 15 avril 2023, Badr travaillait dans un magasin de matériel électronique. Il s'est reconverti peu de temps après les premiers affrontements en ouvrant une boutique spécialisée dans les vêtements et accessoires militaires, dans le Nord-Darfour. Le kadamoul compte parmi ses produits phares. Ce long turban que l'on enroule autour de la tête, de la bouche ou du cou, existe en différents modèles, dont le blanc en coton dit « civil » pour les grandes occasions (mariages, réunions familiales, etc.), et le beige et kaki pour les camouflages militaires. Ce dernier, le plus recherché par sa clientèle, est fabriqué en Chine et importé du Tchad voisin. En deux ans, les ventes n'ont pas cessé d'augmenter. Badr reçoit même des commandes depuis l'étranger. « Au départ, c'était plutôt des soldats de l'armée soudanaise ou ceux des forces conjointes [alliées de l'armée, NDLR] qui l'achetaient, mais maintenant c'est devenu un accessoire de mode pour les civils qui les soutiennent », constate le commerçant joint par téléphone. Une métamorphose qui ne passe pas inaperçue dans le paysage. Avant que le conflit éclate, peu d'habitants osaient s'afficher avec un kadamoul, militaire ou civil, surtout en ville, car les autorités l'associaient à la criminalité. Il l'est d'ailleurs toujours aux yeux de certains Soudanais.

Le kadamoul est un attribut commun aux peuples du désert du Sahara, et son nom varie selon les régions. Le fameux chèche des peuples touaregs s'appelle par exemple « tagelmust ». Le climat du Soudan est majoritairement sec et aride, la fonction du kadamoul est d'abord de protéger du soleil, de la poussière et des tempêtes de sable dans des régions désertiques telles que le Darfour et le Kordofan. Mais il est aussi porté ailleurs sur le territoire – principalement par des hommes. Bien que ce foulard soit perçu comme un héritage ancestral par ceux qui le revêtent, une partie de la population au Soudan le jugeait comme un élément culturel « étranger ». « Au lycée, au moment de la semaine culturelle [célébration annuelle qui vise à promouvoir les traditions de chaque groupe ethnique du pays, NDLR], si tu venais avec un kadamoul on te disait “toi tu es tchadien, tu n'es pas soudanais, ça c'est le truc des Zaghawas” », se souvient Saddam, élève dans un lycée du Sud-Darfour dans les années 2010. Ces propos témoignent des discriminations envers certaines ethnies sous la dictature d'Omar Al Bachir, au pouvoir de 1989 à 2019.

L'ancien chef de l'État se présentait souvent avec une coiffe blanche en tissu, qu'un œil ignorant pourrait confondre avec un kadamoul. Ce couvre-chef, appelé imama, contient, lui, une dimension religieuse. Le port de ce turban s'inscrit dans une tradition prophétique, que califes ou souverains ottomans ont notamment embrassée. Arrivé au sommet de l'État par un putsch militaire en 1989, Omar Al-Bachir installe un pouvoir islamiste raciste, au profit des élites arabes de la capitale et du Nord-Soudan, renforçant un sentiment d'appartenance à la culture arabe et musulmane, dans un pays riche d'une grande diversité culturelle. Un recensement de la population de 19561, date de l'indépendance du pays, dénombrait cinquante-six groupes ethniques principaux, tandis qu'il existe encore plus d'une centaine de langues en usage. En 2009, la Cour pénale internationale a émis un mandat d'arrêt à l'encontre d'Omar Al-Bachir, l'accusant entre autres de nettoyage ethnique à l'encontre des populations noires telles que les Fours, les Masalits et les Zaghawas, dans le cadre de la guerre du Darfour, déclenchée en 2003 et qui n'a jamais véritablement cessé.

Sous Omar Al-Bachir, un code vestimentaire strict

Le régime de l'ancien président imposait un code vestimentaire strict, encadré par une loi dès 1991. Le Code pénal soudanais prévoyait une peine maximale de quarante coups de fouet pour quiconque « commet[tait] un acte indécent, un acte qui viol[ait] la moralité publique, ou port[ait] des vêtements indécents ». À ce titre, des dizaines de milliers de femmes ont été arrêtées2 pour un pantalon jugé trop moulant. À Khartoum, l'espace urbain était divisé pour être mieux surveillé3. Les membres des comités de quartier, partisans du régime placés à la tête de circonscriptions, étaient choisis en fonction de leur degré « d'arabité » et d'islamisation. Des polices les secondaient pour veiller aux bonnes mœurs, qui comprenaient la tenue vestimentaire.

Le manuel scolaire « Nos vêtements », un support d'étude pour les élèves de l'école primaire toujours utilisé, reflète cette idéologie islamiste suprémaciste. Parmi les illustrations se trouve une carte qui prétend exposer les différentes coutumes vestimentaires régionales. En réalité, elle donne une représentation homogène et exclusive, et, comme d'autres particularités vestimentaires locales, le kadamoul est absent de l'iconographie. La tenue masculine de référence se compose d'une galabiya pour les hommes et d'un thob pour les femmes.

Le kadamoul porté par deux civil soudanais (en exil) lors de fêtes traditionnelles. Le kadamoul porté par deux civil soudanais (en exil) lors de fêtes traditionnelles.
Le kadamoul porté par deux civil soudanais (en exil) lors de fêtes traditionnelles. Le kadamoul porté par deux civil soudanais (en exil) lors de fêtes traditionnelles.
© LA / FS

Au cours de la guerre au Darfour, des décrets sont publiés dans plusieurs États de cette vaste région (Nord-Darfour4, Ouest-Darfour) et d'autres localités, comme la capitale, pour interdire le port du kadamoul, sous peine de sanctions allant de peines d'amendes à l'emprisonnement. Cette mesure est justifiée par les autorités pour des raisons de sécurité. Elle cible directement les rebelles qui arborent le kadamoul comme une protection et un moyen de dissimuler leur visage, dans un contexte de lutte armée, mais aussi comme un emblème de leur révolte. Les opposants au régime fustigent notamment sa politique de marginalisation. Depuis l'indépendance, aucun président originaire des États du Darfour, de l'Est ou du Sud, n'a gouverné le pays. Tous viennent du Nord.

« Un symbole d'africanité marginalisée »

En mai 2008, la guerre qui oppose le gouvernement et les groupes rebelles marque un tournant car, pour la première fois, l'un d'entre eux, le Mouvement pour la justice et l'égalité (MJE), parvient à mener une attaque dans la banlieue de la capitale, Khartoum. Selon Mohammed Torchin, chercheur soudanais au Dimensions for Strategic Studies et spécialiste de la géopolitique africaine, cet événement a contribué à « donner une visibilité et une force au kadamoul ».

Le kadamoul, associé aux sociétés africaines du Sahel, a ainsi été perçu comme un symbole d'africanité marginalisée au sein d'un État qui cherchait à se définir comme arabe. L'histoire du kadamoul nous montre comment les dynamiques de pouvoir, d'identité et de culture s'entrecroisent dans la construction du nationalisme soudanais et dans les politiques d'exclusion symbolique menées par le régime central.

Une décennie plus tard, en 2018, une révolution éclate. Omar Al-Bachir est renversé le 11 avril 2019. Parmi les cibles des manifestants : la politique identitaire du régime soudanais5. Une critique qu'atteste le slogan « Nous sommes tous Darfouris ». Les manifestants défendent un Soudan afro-arabe inclusif et multiculturel. Les sit-ins, principalement à Khartoum, ont permis à des Soudanais de divers horizons de se rencontrer et de s'unir autour d'un objectif commun : la chute du régime et un transfert du pouvoir aux civils. Plusieurs initiatives artistiques et culturelles ont été organisées pour renforcer la cohésion sociale et l'interculturalité6.

« À Khartoum, je lui déconseillerai de porter un kadamoul »

Un événement politique quelques années après, en octobre 2020, donne l'espoir d'une paix à venir : la signature d'un accord de paix à Juba, au Soudan du Sud, entre le gouvernement de transition né de la révolution et une partie des groupes rebelles. Tout au long du processus de négociations d'une paix au Darfour, les dirigeants des groupes rebelles portent le kadamoul, comme à Doha en 2013 ou à Juba. « Après la chute de Béchir, les autorités politiques estimaient que le kadamoul n'était plus une source d'anxiété ou de menace, mais plutôt le symbole d'une diversité culturelle, analyse Mohammed Torchin. Nous sommes dans une phase de transition où cette diversité peut s'exprimer et reste ouverte. »

Le conflit armé qui a éclaté en avril 2023 opposant les Forces armées soudanaises (FAS) du pays, dirigées par Abdel Fattah Al-Burhan, et les Forces de soutien rapide (FSR), menées par Mohammed Hamdan Dogolo, dit Hemetti, et leurs soutiens locaux et internationaux respectifs a balayé les aspirations populaires à voir naître un gouvernement civil. Depuis, le pays est plongé dans une nouvelle guerre meurtrière. Les deux camps ont commis des violations des droits humains et sont responsables de la mort de dizaines de milliers de civils.

Dans ce contexte, le kadamoul est instrumentalisé par chacune des parties prenantes alors même qu'elles l'interdisaient auparavant dans leurs rangs. Les FSR en ont fait un signe de ralliement et d'unité, et les FAS, soutenues par plusieurs mouvements rebelles (les forces conjointes), s'affichent également avec le kadamoul, refusant sa récupération par les FSR. La différence majeure entre les deux est une nuance de couleur : les premiers préfèrent le beige, et les seconds le kaki. Ce turban traditionnel est ainsi devenu « un champ de bataille culturel, où se jouent la légitimité morale des combattants et l'avenir identitaire des peuples du Darfour », observe Mada Al-Fatih dans un article du média numérique The New Arab7. Le journaliste et chercheur au Centre d'études diplomatiques & stratégiques de Paris argue qu'« il ne s'agit pas uniquement d'un habit, mais d'un vecteur d'accusation ou de réhabilitation dans un conflit profondément enraciné dans les fractures ethniques, politiques et symboliques du Soudan ».

Sur les réseaux sociaux, les politiciens et activistes soupçonnés d'être du côté des FSR sont coiffés par les internautes d'un kadamoul, grâce à l'art du photomontage. Les dessinateurs qui chroniquent la guerre réduisent aussi souvent les paramilitaires à leur turban beige. « Si un ami part à Khartoum, je lui déconseillerai de porter un kadamoul », affirme Mada Al-Fatih, assurant que l'habit continue d'inspirer auprès de la population crainte et terreur. Les FSR ciblent des groupes ethniques en particulier (dont les Zaghawas, les Fours, les Masalits) et continuent de perpétrer des crimes contre l'humanité, selon la Cour pénale internationale8, comme à El Fasher, en octobre 2025. Ces attaques sont comparables à celles perpétrées quelques années plus tôt par les Janjawid, milices arabes auxquelles Omar Al-Bachir a fait appel pour mater la rébellion au Darfour et asseoir sa politique d'arabisation. Hemetti, qui dirige les FSR, était l'un des chefs des Janjawid. Le même homme qui était au service de l'ancien dictateur, contre les groupes rebelles, prétend aujourd'hui être le défenseur des marginalisés s'opposant aux élites politiques et militaires de Khartoum.

« L'objectif est de transmettre un message politique »

Un revirement qu'illustre l'apparition du kadamoul sur la tête de ses hommes. Autrefois, le béret rouge composait l'uniforme des FSR, non le turban du désert. « Hemetti n'avait pas hésité à refuser le kadamoul aux combattants, puis il l'a ensuite autorisé, relève Mohammed Torchin. Je pense qu'il souhaitait que cet élément identitaire serve de porte d'entrée pour attirer tous les groupes présents dans la région du Darfour et à travers le Sahel. À travers le kadamoul, l'objectif est de transmettre un message politique visant à créer une nouvelle alliance ou de parvenir à une compréhension commune malgré les divergences politiques. » Des observateurs soudanais vont jusqu'à qualifier9 la politique d'Hemetti de « République du kadamoul ». La réputation du chef de guerre a largement dépassé les frontières du Soudan, des mercenaires de différents pays de la région du Sahel comme le Niger ou le Tchad sont venus grossir les effectifs des FSR.

Du côté de l'armée, des figures de premier plan se sont montrées avec un kadamoul : Yasser Al-Atta, commandant en chef adjoint des forces armées soudanaises, et le général Shams Al-Din Kabbashi, chef d'état-major adjoint des FAS. Selon Hamid Hagar, général au sein des forces conjointes joint par Afrique XXI, il s'agit d'un message de « reconnaissance » envers les mouvements armés du Darfour qui se battent aux côtés des FAS depuis avril 2024 (principalement le Mouvement pour la justice et l'égalité et l'une des factions de l'Armée de libération du Soudan dirigée par Minni Minnawi).

L'armée soudanaise a accepté à contrecœur le kadamoul dans le cadre de son accord avec les forces conjointes. Elle s'était auparavant opposée aux mouvements de lutte armée qui le portaient et n'avait pas reconnu les besoins environnementaux et culturels des populations du désert.

Il justifie ce mea culpa, « compte tenu de la nécessité des services des forces conjointes et de l'urgence de l'évolution de la pensée des chefs militaires concernant la région et leur respect des habitants des zones frontalières du désert du Darfour ».

Sur les réseaux sociaux, des civils au Soudan et dans la diaspora se drapent également avec le kadamoul kaki militaire pour encourager les forces conjointes. À des milliers de kilomètres de son pays natal, Saddam, exilé en France, est un peu surpris par cette nouvelle mode, qu'il doute être une véritable ouverture culturelle. Il juge l'attitude de l'armée opportuniste :


Pendant vingt-quatre ans, l'État a détruit économiquement et socialement le Darfour. Et maintenant, les gens nous aiment parce que les leaders des forces conjointes sont des Zaghawas et qu'ils se sont battus contre les FSR. Ce que je comprends, c'est que si tu as de la force on te respecte, sinon, non.

Depuis sa boutique sur le terrain, Badr affirme que les mentalités autour de lui évoluent : « La population réalise que le kadamoul n'a pas de lien avec la criminalité, comme certains l'ont prétendu auparavant, mais qu'il s'agit bien d'un symbole culturel. Dieu merci, le peuple a fini par comprendre. » Aujourd'hui, il enroule fièrement le kadamoul autour de la tête de son fils.


1Abdu Mukhtar Musa, «  Marginalization and ethnicization in the Sudan : how the elite failed to stabilize a diverse country  », Contemporary Arab Affairs, 2010.

2«  Port du pantalon par les femmes au Soudan : une répression aléatoire  », AFP, 8 septembre 2009.

3Armelle Choplin, «  Khartoum au défi de la paix, la capitale soudanaise entre violence urbaine et symbole de réconciliation  », Grafigéo, 25 septembre 2009.

4Dabanga, «  North Darfur sit-in achieves ban on motorcycles  », 10 juillet 2020

5Clément Deshayes, «  Contester la politique identitaire du régime soudanais  », Cahiers d'études africaines, 2020.

6Comme le Festival de la diversité, qui s'est tenu au musée national du Soudan en 2021.

7Mada Al-Fatih, «  « Kadmul »... À propos des habits et de la guerre au Soudan  », 21 octobre 2024

8Merve Aydogan, «  International Criminal Court reports war crimes, crimes against humanity committed in Sudan  », Anadolu Agency, 20 janvier 2026.

9Joshua Craze et Raga Makawi, «  The Republic of Kadamol, A Portrait of the Rapid Support Forces at War  », Small Arms Survey, 2025.

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