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Orient XXI
 
Quotidien en ligne sans publicité, du Maroc à l’Afghanistan

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17.04.2026 à 15:00

La Lettre

Conférence publique du « Réseau des médias indépendants sur le monde arabe », 20 avril, 18h30-20h30, Marseille Le génocide à Gaza perpétré par Israël, la guerre actuelle contre l'Iran et le Liban confrontent de nouveau le Proche-Orient à une reconfiguration de ses frontières, dans le sang. Quel est le rôle des frontières dans la construction des appartenances dans le monde arabe ? Comment un espace, jadis ouvert à la circulation, a-t-il été recomposé et avec quels impacts ? Quel devenir (…)

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Texte intégral (5112 mots)

Conférence publique du « Réseau des médias indépendants sur le monde arabe », 20 avril, 18h30-20h30, Marseille

Le génocide à Gaza perpétré par Israël, la guerre actuelle contre l'Iran et le Liban confrontent de nouveau le Proche-Orient à une reconfiguration de ses frontières, dans le sang. Quel est le rôle des frontières dans la construction des appartenances dans le monde arabe ? Comment un espace, jadis ouvert à la circulation, a-t-il été recomposé et avec quels impacts ? Quel devenir pour la région ?

Autant de questions autour desquelles débattront des journalistes du Réseau des médias indépendants sur le monde arabe, à l'occasion de la publication d'un dossier spécial sur les frontières.

Ce réseau rassemble, depuis dix ans, les médias Orient XXI (France), Mada Masr (Égypte), Babelmed (Italie), 7iber (Jordanie), Maghreb Emergent (Algérie), Assafir Al-Arabi (Liban) et Nawaat (Tunisie), autour d'activités de publications, de formations et de tables rondes.

Cette rencontre sera suivie par la projection du film Écrivains des frontières organisée par Aflam le 24 avril, à 20h30, au Videodrome 2 (Marseille).

Monde arabe. Frontières et circulations en évolution.
Lundi 20 avril 18h30-20h30
La Baleine, 59 cours Julien, Marseille
Entrée libre
Débat en français

Festival des médias indépendants, 25-26 avril, Ground Control, Paris

À l'heure de la concentration des médias aux mains de quelques puissances privées, il est urgent de défendre l'indépendance de la presse. Celle qui enquête, qui explore, qui dérange parfois et qui reste un contre-pouvoir indispensable. Ground Control rassemblera au cours de ce festival celles et ceux qui incarnent cette énergie libre : rédactions indépendantes, newsletters, streamers, podcasts, créateurrices de contenus, fanzines et nouveaux médias.

Informations et programmation

Table ronde Orient XXI-Afrique XXI

Comprendre ce qui se passe dans d'autres régions du monde n'est pas sans lien avec les enjeux de notre société. Pour parler de l'importance d'une couverture internationale indépendante et décentrée, les deux médias Orient XXI et Afrique XXI invitent à leur table ronde :

  • Sudfa Media et
  • Histoires crépues pour discuter de ces enjeux.

Inscription

Lu et aimé par la rédaction. « Dictionnaire des services secrets algériens » de Adlène Meddi

Par Jean-Pierre Séréni

C'est le troisième pouvoir en Algérie, celui que les deux autres, l'armée et la présidence de la République, se disputent plus ou moins discrètement pour, entre autres, son rôle dans le maintien de l'ordre et la répression. C'est aussi le moins connu ou le plus discret. Peu d'enquêtes lui ont été consacrées avant le Dictionnaire des services secrets algériens écrit par Adlène Meddi, ancien rédacteur-en-chef du quotidien francophone El Watan.

En 113 entrées et 136 pages, il résume en toute neutralité plus de soixante-dix ans d'une histoire qui a pour origine un homme, le chef de la wilaya V en Oranie. Abdelhafid Boussouf (1926-1980), militant nationaliste pendant la guerre d'indépendance, fonde à Nador, au Maroc, alors sous protectorat espagnol, les premières institutions de ce qui deviendra en 1957 le ministère de l'armement et des liaisons générales (MALG), ni plus ni moins que le service de renseignement de l'Armée de libération nationale (ALN) durant la guerre.

En 1957, il est nommé ministre des liaisons générales et des communications dans le gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) et occupe une place grandissante dans l'architecture du renseignement et la formation des cadres, au point d'être vu comme le père des renseignements généraux algériens. Il en est évincé à l'indépendance par Ben Bella puis Houari Boumediene, futur chef d'État.

C'est la première rupture encaissée par les services algériens qui en connaîtront d'autres en 1979, 1992, 1999 et 2019 quand la présidence de la République change de titulaire ou s'efface. À chaque fois, ou presque, les services sont un enjeu entre militaires et politiques, qui, chacun, entendent les utiliser à leur profit exclusif.

Il y a des périodes où, de fait, ils sont rattachés à la présidence de la République : sous Boumediene ou sous Chadli, première période. Il y en a d'autres où ils sont à la botte des généraux, qui les malmènent. D'autres, enfin où ils sont à leur compte : sous la houlette du général Toufik, qui, de 1990 à 2015, impose leur centralisation et une indépendance sans précédent vis-à-vis des deux autres pouvoirs, sous le nom de « direction du renseignement et de la sécurité » (DRS), un sigle qui produira son petit effet crispant parmi la population. Et inquiétera le président de la République Abdelaziz Bouteflika, qui s'indigne en 2000 : « Je ne serais pas un tiers de chef d'État… »

Il lui faudra près de quinze ans pour l'être à 100 %, démanteler le DRS et emprisonner ses chefs avec l'appui de généraux que la puissance de leurs rivaux inquiète. Aujourd'hui, les « services » relèvent de plusieurs mains et font toujours l'objet de conflits feutrés entre militaires et politiques. L'origine du trouble vient de cette incongruité constitutionnelle qui fait du président de la République le ministre en charge de la défense nationale, une constante depuis 1965.

Dictionnaire des services secrets algériens
Adlène Meddi
autoédition, 2026
136 pages, disponible sur Kindle

Émission Horizons XXI. Projet de loi « Yadan », l'antisémitisme instrumentalisé

Pour ce nouvel épisode de l'émission Horizons XXI, Orient XXI a reçu Nicolas et Maïa, deux membres du collectif Tsedek !, la veille de l'examen de la loi sur les « formes renouvelées de l'antisémitisme » portée par la députée Caroline Yadan pour discuter de ses dangers sur la liberté d'expression et les collectifs militants, au nom de l'instrumentalisation de la lutte contre l'antisémitisme.

Dans la deuxième partie de l'émission, il était question de l'ouvrage Lutter en rupture, Lutter en solidarité qu'a sorti Tsedek ! au mois de février 2026 aux éditions Premier matin de novembre. Entre essai et manifeste, le collectif y revient sur sa généalogie, définit son engagement et se projette dans un programme de lutte.

À lire sur Afrique XXI

« Le mépris du droit international dans un silence (presque) total », Clément Boursin, 15 avril 2026

Parti pris • Le 15 avril 2023 éclatait le conflit entre l'armée soudanaise et les paramilitaires des Forces de soutien rapide. Divisé, le pays compte aujourd'hui le plus de déplacés au monde, et la situation des droits humains s'avère catastrophique, alors que la communauté internationale continue de se taire.

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Les derniers articles

Selim El-Meddeb, 17 avril
Au début du XXe siècle, les élites de la ville présentent la cité phocéenne comme la « capitale de l'empire colonial ». Les traces de cet héritage y sont aussi nombreuses que méconnues. La mémoire coloniale est aujourd'hui regardée autrement, ce qui provoque débats, tensions et prises de conscience.
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Sarra Grira, 7 avril
Pour donner de la légitimité à une proposition de loi visant avant tout à empêcher la critique d'Israël et la dénonciation du génocide à Gaza, la députée Caroline Yadan s'appuie, entre autres, sur les chiffres de l'antisémitisme. Mais l'identité et la méthodologie des organisations qui en sont à l'origine montrent une instrumentalisation de cette réalité en faveur d'un positionnement pro-israélien. Une pétition contre cette proposition de loi sur le site de l'Assemblée nationale a déjà rassemblé près de 700 000 signatures.
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Henri Mamarbachi, 15 avril
Ciblé une fois de plus par Israël dans une guerre régionale, le Liban traverse une crise qui menace sa survie en tant qu'État. Celle-ci dépasse en dangerosité les périodes de guerre et de troubles qui ont ponctué son histoire. Tel est le contexte dans lequel est entrepris, le 14 avril, un contact direct préliminaire au niveau des ambassadeurs des deux pays, sous l'égide de Washington.
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Antoine Hasday, 14 avril
La boxe anglaise connaît un nouvel « âge d'or » grâce aux investissements massifs de l'autorité saoudienne du divertissement, la General Entertainment Authority (GEA). Mais cette emprise de Riyad, désormais associée au propriétaire américain des ligues mondiales d'arts martiaux mixtes (MMA) et de catch, menace l'intégrité même du sport et de ses combattants.
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Laurent Perpigna Iban, 13 avril
Cible privilégiée de l'armée israélienne, la Dahiyeh, la banlieue sud de Beyrouth, est souvent réduite, dans les récits médiatiques et politiques, à des logiques d'affiliations politiques ou religieuses. Une lecture réductrice qui masque la réalité d'un territoire aussi vaste qu'hétérogène, façonné humainement et politiquement par les guerres, les exils et l'installation contrainte de populations vulnérables.
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En anglais

Adel Kamel, 15 April
Ever since Israel and the USA attacked Iran on 28 February 2026, Cairo has been trying to play mediator in order to end the war, while at the same time condemning Iran's bombardment of its Arab “brothers”. Meanwhile, the war is having a major impact on its economy and might lead to a realignment of the country's alliances.
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Akram Zaoui, 8 April
Cornered, the Iranian regime is waging a geo-economic battle against better-endowed adversaries, following a logic of “maximum yield.” This consists of inflicting the maximum amount of economic damage with restricted resources. For Tehran, the aim of this approach is nothing less than its survival as a sovereign state.
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Hicham Alaoui, 28 March
Trapped between Israel's desire for hegemony and Iranian radicalism, and abandoned by an increasingly irresponsible United States, the Gulf states view this new regional order as a source of threats and destabilization.
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En italien

Henri Mamarbachi, 17 aprile
Ancora una volta bersaglio di Israele in un conflitto regionale, il Libano attraversa una crisi che mette in discussione la sua stessa sopravvivenza come Stato. Una crisi che, per gravità, supera persino le guerre e le fasi di instabilità che ne hanno segnato la storia. È in questo scenario che, il 14 aprile, è stato avviato un primo contatto diretto tra i due Paesi a livello di ambasciatori, sotto l'egida di Washington.
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Sylvain Cypel, 14 aprile
Dal giorno successivo al 7 ottobre 2023, Israele conduce una guerra su più fronti: palestinese, libanese, siriano, iraniano, yemenita. Il Primo ministro è passato rapidamente da una retorica di “difesa” al progetto esplicito di “ridisegnare la mappa del Medio Oriente”. Ma per giustificare tutto ciò, bisogna sempre inventarsi un nemico.
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En espagnol

Sylvain Cypel, 27 de marzo
Desde el día siguiente al 7 de octubre de 2023, Israel libra guerras en varios frentes: palestino, libanés, sirio, iraní, yemení. Su primer ministro pasó rápidamente de una retórica de “defensa” al objetivo explícito de “volver a trazar el mapa de Oriente Próximo”. Pero para justificarlo, siempre es necesario inventarse un enemigo.
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En persan

سیلون سیپل، 11 آوريل
جنگ وجهی از سیاست دولتِ اسرائیل نیست، جزئی از دستگاه حیاتی آن است. دستگاه تنفسی آن است. سیاست وجهی از جنگ است. عملِ انجام‌شده قدرت قانون را دارد. فراموشی و ترور جامعه اسرائیل را دربر گرفته است. بااین‌وجود، در بالاترین بخش‌های امنیتی، ناهماهنگی‌هایی مشاهده می‌شود.
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هشام علوي، 16 آوريل
کشورهای خلیج [فارس]، گیر افتاده بین اراده برتری جویی اسرائیل، تندروی جمهوری اسلامی و رها شده توسط ایالات متحده ای که بیش از پیش بی مسئولیت است، نظم جدید منطقه ای را به منبعی از تهدید و عدم ثبات می نگرند.
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17.04.2026 à 06:00

Marseille. Sur les traces de l'empire colonial

Selim El-Meddeb

Au début du XXe siècle, les élites de la ville présentent la cité phocéenne comme la « capitale de l'empire colonial ». Les traces de cet héritage y sont aussi nombreuses que méconnues. La mémoire coloniale est aujourd'hui regardée autrement, ce qui provoque débats, tensions et prises de conscience. Si vous êtes déjà venu à Marseille, il y a fort à parier que vous soyez passé devant sans les voir. Les statues incarnant les colonies d'Afrique et d'Asie accueillent le visiteur au pied des (…)

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Au début du XXe siècle, les élites de la ville présentent la cité phocéenne comme la « capitale de l'empire colonial ». Les traces de cet héritage y sont aussi nombreuses que méconnues. La mémoire coloniale est aujourd'hui regardée autrement, ce qui provoque débats, tensions et prises de conscience.

Si vous êtes déjà venu à Marseille, il y a fort à parier que vous soyez passé devant sans les voir. Les statues incarnant les colonies d'Afrique et d'Asie accueillent le visiteur au pied des escaliers monumentaux de la gare Saint-Charles. Dénudées, allongées dans le style classique des allégories représentant les provinces pacifiées de l'Empire romain, elles véhiculent des stéréotypes raciaux et sexistes manifestes pour un regard contemporain. Longtemps passées inaperçues, elles cristallisent depuis quelques années les débats provoqués par le réveil de la mémoire coloniale dans la ville.

Au début du XXe siècle, Marseille revendiquait le titre de capitale de l'Empire français. Les traces de ce passé colonial sont inscrites dans les monuments, les odonymes et les patronymes. Depuis le début de la décennie, cette partie de l'histoire suscite la mobilisation de collectifs décoloniaux, d'associations, d'artistes et de chercheurs. Si leurs approches sont diverses, tous s'accordent sur le besoin de faire la lumière sur ce passé qui ne passe pas.

Autour des statues

« Le déclic, c'est le déboulonnage de la statue de Victor Schœlcher à Fort-de-France. Je me suis dit : c'est possible ! », raconte Mariam Benbakkar, artiste franco-marocaine, guide et collaboratrice pour la chaîne YouTube Histoires crépues. Inspirée par les manifestations du mouvement Black Lives Matter suite à la mort de George Flyod en 2020, et par les déboulonnages de statues liées à l'esclavage en Martinique et au Royaume-Uni la même année, elle cofonde en 2021 le collectif Dégageons les statues.

Avec une dizaine d'autres militants, elle emballe dans une bâche noire la statue dédiée aux colonies d'Afrique sur les marches de la gare Saint-Charles. Les actions redoublent en 2022, date du centenaire de la seconde exposition coloniale de Marseille.

« Personnellement je suis pour les déplacer dans les jardins du château Talabot », déclare Mariam Benbakkar. Cette bastide monumentale, qui toise la Méditerranée depuis les hauteurs de la colline du Roucas-Blanc, dans le cossu 7e arrondissement de Marseille, a été construite en 1860 par Paulin Talabot. Cet ingénieur sorti de l'X est à l'origine du Crédit lyonnais et de la Société générale. Il occupa également les fonctions de député et président du conseil général du Gard, de 1865 à 1870. Créateur de la ligne de chemin de fer Paris-Lyon-Méditerranée, il modernise le port de Marseille et propose un projet de tracé pour le canal de Suez. Il fut un grand promoteur de l'entreprise coloniale. Mariam Benbakkar, avec un brin d'audace, verrait bien sa résidence marseillaise transformée en musée des histoires coloniales et des peuples colonisés.

Marseille, 2022. « Marie-Rose la dérangeuse », performance de Rose Fregiere.
Marseille, 2022. «  Marie-Rose la dérangeuse  », performance de Rose Fregiere.
Capture d'écran vidéo / Manu Li Wanxu

« Depuis qu'on a érigé les statues, il y a un siècle, peu de choses ont changé dans la vision que la société française a des corps noirs », note Rose Frigiere. Installée à Marseille depuis dix ans, cette artiste franco-camerounaise se souvient avoir remarqué les statues sans y prêter vraiment attention. « J'y voyais un symbole du cosmopolitisme de la ville, en lien avec la diversité des origines des habitants. Je me rappelle qu'un des mineurs isolés africains qui vivait au pied des escaliers considérait la statue aux colonies d'Afrique comme une sorte de figure protectrice, la femme d'un notable européen à qui on aurait rendu hommage. »

Mobilisée au sein du collectif d'afro-descendantes des Rosas (en référence à Rosa Parks), Rose Frigiere réalise des performances artistiques autour de la statue aux colonies d'Afrique. « J'étais pour [les déboulonnages de statues], puis j'ai réalisé que sans ces capsules temporelles, je n'aurais peut-être jamais découvert l'histoire de la colonisation. Je pense que je ne suis pas la seule. Cette statue m'a permis de me réconcilier avec la femme noire que je suis. »

De déboulonnage il ne peut de toute façon être question depuis que l'escalier a été inscrit au titre des monuments historiques le 14 décembre 2022, cent ans quasiment jour pour jour après la clôture de l'exposition coloniale de 1922.

« Cela fait vingt ans qu'on demande que les statues soient accompagnées de cartels permettant d'éclairer leur histoire », explique Samia Chabani, qui dirige l'association Ancrages. Pour l'instant, sans succès. Il a fallu des années pour déterminer qui était responsable des escaliers : la Société nationale des chemins de fer français (SNCF), la mairie ou la métropole d'Aix-Marseille-Provence. Cette dernière, a-t-il finalement été décidé par consensus. Sa présidente sortante, Martine Vassal, a affirmé que les termes « travail, famille, patrie » résumait bien ses valeurs, laissant peu de doute quant à une issue positive. Rien ne garantit que la nouvelle assemblée métropolitaine, très fragmentée, se montre plus réceptive.

Nouvelles approches

Pour mieux comprendre l'histoire de ces escaliers, il faut se rendre au musée d'Histoire de Marseille, dont le parcours, accessible gratuitement, se termine sur une salle qui leur est dédiée. Réalisée par Samia Chabani, l'exposition temporaire (juillet 2025-janvier 2027) est la première d'une série consacrée aux questions coloniales, dans le cadre de « Mars Imperium ». Ce projet, élaboré par cinq unités de recherche de l'université d'Aix-Marseille rejoints par une dizaine de partenaires socioculturels, comme le Mucem ou Ancrages, part du double constat d'un « déficit d'histoire » et de l'émergence de « vifs débats publics sur les questions impériales ». Il prend la forme d'une vaste mise à disposition des connaissances, notamment grâce à un site internet proposant des dizaines de vidéos explicatives mis en ligne en 2025.

« La recherche est en retard sur les questions coloniales », estime Samia Chabani, qui travaille sur ces problématiques depuis une vingtaine d'années. Concernant Mars Imperium, Xavier Daumalin, l'un des deux porteurs du projet, raconte avoir « bénéficié d'une totale liberté, même si [le] projet a pu en inquiéter certains, et même si les analyses historiques présentées sont parfois rejetées par les approches militantes de différents bords ».

Marseille, 2020. Les sculptures n
Marseille, 2020. Les sculptures n'étaient pas blanches, performance filmée de Mohammed Laouali.
© Mohammed Laouali

Il constate, ces dernières années, des évolutions positives dans la manière d'aborder les questions coloniales. Selon lui, il y a vingt ans, un projet comme Mars Imperium, réunissant un tel consortium d'institutions, n'aurait pas pu voir le jour : « Les questionnements, les connaissances, la perception et les demandes sociales liés à la colonisation ont profondément évolué. Qui songerait, aujourd'hui, à porter une loi demandant à ce que le “rôle positif de la présence française outre-mer” soit enseigné dans les manuels scolaires, comme en février 2005 ? Pour autant, compte tenu des circonstances politiques internationales et nationales, la vigilance s'impose, sans doute plus que jamais. »

Un coffre-fort exhumé

Quelques encablures vers l'est, rue Saint-Ferréol, principale artère commerçante de la ville, les vestiges du passé colonial connaissent une réaffectation inattendue. Le « coffre-fort de l'empire », clos par une porte en acier de 60 centimètre, sert aujourd'hui de cabine d'essayage dans le sous-sol d'un magasin Uniqlo. Ce véritable blockhaus de métal a longtemps abrité les richesses de la Compagnie algérienne, bras financier de la colonisation française en Méditerranée. Fondée en 1865 sous le nom de Société générale algérienne, notamment par Paulin Talabot, elle gère le financement de vastes projets agricoles et industriels en Algérie, puis en Tunisie, au Maroc, au Liban et en Syrie. Elle ferme en 1960, mais ses actifs sont recyclés dans des banques toujours actives en France et dans tous ces pays – le Crédit du Nord en France, le Crédit populaire d'Algérie en Algérie, la Banque de Tunisie en Tunisie, Attijariwafa Bank au Maroc et la Banque libano-française au Liban. En 1919, peu avant de devenir une des dix plus grandes banques françaises, elle s'offre un siège marseillais monumental, mêlant styles néobaroque et Art nouveau, qui abrite le fameux coffre-fort.

Quand il visite ce coffre pour la première fois en novembre 2024, le chercheur Paul Max Morin tombe en arrêt. Il y voit une « puissante illustration du rapport que la société française entretient avec son passé colonial : à la fois omniprésent et illisible ». C'est d'autant plus vrai que la plaque explicative alors posée par Uniqlo présente la Compagnie algérienne comme une simple banque, passant sous silence son rôle central dans la colonisation.

« Pour pouvoir lire le passé, il faut des connaissances », résume Paul Max Morin, qui décide d'ouvrir un volet de recherches avec ses étudiants de Sciences-Po. Accompagnés d'autres historiens et de l'association Ancrages, ils en tireront la rédaction d'une nouvelle plaque, posée en octobre 2025, expliquant sans détour que la Compagnie algérienne « participe à l'appropriation et à l'exploitation des terres spoliées aux peuples autochtones par l'État français ».

Quelles politiques publiques sur les questions coloniales ?

Mais la mise en lumière du passé colonial peut susciter de vives oppositions. Hassan Guenfici, président du Forum franco-algérien, a fait poser en 2014, avec l'appui de la mairie de secteur, une plaque commémorant les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata, en Algérie coloniale, durant lesquels une centaine d'Européens et des milliers d'Algériens sont tués (mai-juin 1945). Vissée sur le kiosque à musique qui fait face au monument aux morts des Mobiles, situé au nord de la Cannebière, elle est arrachée quelques jours plus tard.

« La mairie de secteur a cessé de soutenir le projet après avoir reçu des représentants d'associations de rapatriés qui s'étaient dites scandalisées par la démarche », se souvient Hassan Geunfici. Des tentatives de poser à nouveau la plaque en 2015 et 2016 se soldent par de nouveaux arrachages. Il faudra attendre 2025 pour qu'une plaque commémorant les 80 ans de l'« autre 8 mai 1945 » soit finalement installée dans l'espace public marseillais, mais cette fois à proximité de la porte d'Aix, grand axe de circulation de la ville, entre Saint-Charles et Belzunce, où sont organisées chaque année les commémorations célébrant la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

Sans surprise, l'école, puis la rue Thomas-Bugeaud, ont cristallisé les tensions liées à la toponymie. Ce militaire, nommé gouverneur général de l'Algérie en 1840, s'est distingué par l'ampleur des crimes commis sous ses ordres. Les tristement célèbres « enfumades » de populations réfugiées dans des grottes lui sont associées, bien que le premier à y recourir fut son adjoint, Eugène Cavaignac. En 2022, des militants obtiennent de la municipalité que l'école qui porte son nom soit renommée. Il est remplacé par celui d'Ahmed Litim, tirailleur algérien mort pour libérer Marseille en août 1944. La rue suivra en 2024. Mais sa perpendiculaire, la rue Cavaignac, garde, elle, toujours son nom.

Marseille, 3e arrondissement, 2021.
Marseille, 3e arrondissement, 2021.
Photo tirée du site de Mars Imperium, Samia Chabani, Ancrages.

Tous les acteurs interrogés saluent les actions symboliques et le soutien apporté à Mars Imperium par l'actuelle municipalité, coalition de gauche menée par Benoît Payan, élue en 2020 et réélue en 2026. Pour autant, la quasi-totalité d'entre eux estiment que Marseille ne s'est pas encore dotée d'une véritable politique publique concernant les questions postcoloniales. Perrine Prigent, adjointe au maire, déléguée, pendant la dernière mandature, à la valorisation du patrimoine, souligne qu'elles ont fait l'objet « au mieux d'un impensé, au pire d'un déni, de la part des municipalités précédentes ».

Expliquant que l'équipe actuelle s'est d'abord efforcée de rattraper le retard accumulé dans le domaine patrimonial et mémoriel, elle affirme qu'une politique publique est « en cours de structuration et devra être portée à maturité dans les années à venir ». Fraîchement élue conseillère municipale, Samia Chabani plaidera pour cette cause : « Je souhaite que la jeune génération ne découvre pas, comme moi, l'horreur du colonialisme au hasard de ses lectures. » « Ou au détour d'une statue », ajoute Rose Frigiere.

Paru en 2022, le Guide du Marseille colonial (éd. Syllepse) incarne une autre facette de la prise de conscience du passé impérial de Marseille. C'est le plus vendu (2 700 exemplaires) de sa collection. Ouvrage collectif, il recense les très nombreuses rues, places et monuments liés à l'histoire coloniale. Ici, plus de 200 toponymes viennent célébrer des conquêtes impériales, notamment celles soutenues par les entrepreneurs marseillais, comme les boulevards de Tunis, du Dahomey (Bénin), ou la rue Nossi-Bé (Madagascar). Des jeunes s'en sont servis pour faire des collages sur les plaques qui portaient des noms problématiques », explique Michel Touzet, l'un des auteurs du guide.

16.04.2026 à 06:00

Projet de loi « Yadan », l'antisémitisme instrumentalisé

Sarra Grira, Tsedek !

Horizons XXI n°6 — Projet de loi #Yadan L'antisémitisme instrumentalisé Pour ce nouvel épisode de l'émission Horizons XXI, Orient XXI reçoit Nicolas et Maïa, deux membres du collectif Tsedek !, la veille de l'examen de la loi sur les « formes renouvelées de l'antisémitisme » portée par la députée Caroline Yadan pour discuter de ses dangers sur la liberté d'expression et les collectifs militants, au nom de l'instrumentalisation de la lutte contre l'antisémitisme. Dans la (…)

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Horizons XXI n°6 — Projet de loi #Yadan L'antisémitisme instrumentalisé

Pour ce nouvel épisode de l'émission Horizons XXI, Orient XXI reçoit Nicolas et Maïa, deux membres du collectif Tsedek !, la veille de l'examen de la loi sur les « formes renouvelées de l'antisémitisme » portée par la députée Caroline Yadan pour discuter de ses dangers sur la liberté d'expression et les collectifs militants, au nom de l'instrumentalisation de la lutte contre l'antisémitisme.

Dans la deuxième partie de l'émission, il est question de l'ouvrage Lutter en rupture, Lutter en solidarité qu'a sorti Tsedek ! au mois de février 2026 aux éditions Premier matin de novembre. Entre essai et manifeste, le collectif y revient sur sa généalogie, définit son engagement et se projette dans un programme de lutte.

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