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06.04.2026 à 06:00

Israël. Frapper d'abord, décider ensuite

Sylvain Cypel

La guerre n'est pas une modalité de la politique menée par l'État israélien, elle est une constituante vitale de l'appareil d'État. Son poumon. C'est la politique qui est une modalité de la guerre. Le fait accompli a force de loi. L'oubli et la terreur infusent la société israélienne. Dans les hautes sphères sécuritaires, pourtant, une dissonance se laisse entendre. Comme il advient chaque fois après l'assassinat d'un nouveau dirigeant « ennemi », l'euphorie et le sentiment de (…)

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Texte intégral (4232 mots)

La guerre n'est pas une modalité de la politique menée par l'État israélien, elle est une constituante vitale de l'appareil d'État. Son poumon. C'est la politique qui est une modalité de la guerre. Le fait accompli a force de loi. L'oubli et la terreur infusent la société israélienne. Dans les hautes sphères sécuritaires, pourtant, une dissonance se laisse entendre.

Comme il advient chaque fois après l'assassinat d'un nouveau dirigeant « ennemi », l'euphorie et le sentiment de toute-puissance sont remontés de plusieurs crans au sein de la population israélienne lorsque a été annoncé celui d'Ali Larijani. Les dirigeants, eux, ont débordé de lyrisme. Israël Katz, le ministre de la défense, a clamé que le chef du Conseil suprême de la sécurité nationale iranienne, perçu par beaucoup comme le nouvel « homme fort » du régime après la disparition d'Ali Khamenei, avait « rejoint les membres vaincus de l'axe du mal dans les profondeurs de l'enfer ». Benyamin Nétanyahou s'est voulu moins lyrique et plus projeté vers l'avant. « Nous avons accompli des exploits historiques. Nous sommes désormais une puissance redoutable, quasi mondiale »1, a-t-il lancé.

Le spécialiste des questions de sécurité du quotidien israélien Haaretz, Amos Harel, est dubitatif. L'assassinat de Larijani, note-t-il, peut être vu comme un « succès militaire » qui s'ajoute aux nombreux autres en Iran, au Liban et ailleurs. Il rappelle que depuis juin 2025, plus de la moitié des hauts dirigeants d'Iran, son Guide suprême et ses conseillers, ses hauts responsables militaires, les scientifiques du nucléaire, etc., ont été tués. Mais il s'interroge : certes, l'Iran est affaibli, mais à y voir de plus près, quel bénéfice les Israéliens en ont-ils tiré ?

Depuis vingt ans, ils ont tué tous les chefs successifs du Hamas. Celui-ci n'a pas disparu. Mohammed Deif et les frères Sinouar ont été exécutés et le Hamas perdure. Il en va de même du régime iranien, qui est amplement plus fort que le Hamas. Et il faut bien constater que « le régime de Téhéran a fait preuve d'une résilience et d'une volonté de poursuivre le combat remarquables », conclut-il.

La vérité, première victime de la guerre

Ce n'est pas le discours qui convient à Nétanyahou ni celui que l'immense majorité des Israéliens veut entendre. On connaît le dicton : la première victime des guerres, c'est la vérité. Dans le cas d'Israël, la communication officielle est, sans surprise, très contrôlée. Pas tant parce que la censure militaire est une importante tradition israélienne, mais surtout parce que Nétanyahou impose une information qui se résume quasiment à ses seules directives, tant il est parvenu à réunir autour de lui, depuis le 7 octobre 2023, une coalition d'affidés à sa dévotion et une garde rapprochée restreinte. Ron Dermer, son ex-ministre des affaires stratégiques et ex-ambassadeur à Washington, en est la figure de proue. Nétanyahou vient de le rappeler au gouvernement pour gérer le dossier libanais. C'est avec lui et quelques rares autres conseillers qu'il partage ses projets et ses interrogations. Et ce groupe domine l'information comme la communication.

Difficile, dans cette situation, de connaître les débats au sein d'un gouvernement peu informé et transformé en organe d'application de décisions prises ailleurs en petit comité. Il en va de même, à un moindre degré, avec l'état-major et les services de renseignement intérieurs, Nétanyahou ayant choisi sans consultation de mettre à leur tête des personnes qui lui doivent tout. Résultat : la population, à de rares exceptions près, comme le journal d'opposition Haaretz, est tenue à distance d'une information globalement maîtrisée. De fait, nombre de nouvelles sur les positions des uns et des autres en Israël sont souvent issues de médias étrangers, essentiellement états-uniens et britanniques, où des dirigeants israéliens s'expriment généralement sans divulguer leur identité.

L'enjeu nucléaire

Sur quoi portent les débats dans les hautes sphères aujourd'hui ? La première controverse à laquelle est confronté Israël, selon ces informations « off », est de s'être potentiellement enferré : si les 440 kilogrammes d'uranium enrichi dont disposaient les Iraniens avant l'attaque de juin 2025 n'ont pas été détruits par leurs nouveaux bombardements, l'enjeu nucléaire peut devenir plus menaçant encore qu'il n'était sous Ali Khamenei. Après l'assassinat du Guide iranien, indique la correspondante à Jérusalem du quotidien britannique The Guardian, un « ex-haut responsable du renseignement israélien » lui a déclaré : « Avec Khamenei, on savait presque tout de son processus décisionnel » et « il n'a jamais pris la décision de foncer à tout prix » sur l'obtention de la bombe A. « Que fera son fils Mojtaba ? » Lui ou quelqu'un d'autre en position de diriger l'Iran « pourrait très bien se procurer une bombe dès maintenant »2.

Le Guardian cite aussi Yoav Rosenberg, ex-numéro deux du département de la recherche du renseignement militaire israélien, pour qui « le pire scénario de cette guerre serait qu'elle se termine sans qu'Israël soit parvenu à éradiquer l'arsenal nucléaire iranien. La situation serait pire qu'auparavant ». La campagne massive menée par Israël révélerait une victoire à la Pyrrhus. Et il serait plausible de voir un régime iranien humilié, mais toujours en place, s'entêter à fabriquer une bombe A, perçue par lui comme seul moyen de se préserver d'une nouvelle guerre occidentale à son encontre. S'il parvenait cette fois à se procurer ne serait-ce qu'une bombinette, même si le régime n'en use pas, cette guerre serait forcément perçue comme un fiasco des Occidentaux.

La deuxième inquiétude en Israël porte sur l'évolution de cette guerre. Un jour Trump laisse entendre que les États-Unis s'apprêtent à mener une longue guerre contre l'Iran, « peu importe le temps que cela prendra ni le prix à payer »3. Une semaine après, il assure que la guerre s'arrêtera « assez vite ». Le lendemain, il évoque à nouveau une « capitulation » iranienne. Bref, le discours est si contradictoire, si confus, qu'il donne le sentiment que Trump ne sait pas lui-même où il va, en Iran ou ailleurs. À ce jour, l'alliance états-uno-israélienne semble sortir renforcée. Mais demain ?

Quels objectifs ?

Le troisième débat porte sur les objectifs de cette guerre. « Nous créons les conditions optimales pour la chute du régime », a déclaré Nétanyahou le 12 mars. Un regime change donc, comme disent les Américains. Mais pour la première fois, il a envisagé la possibilité d'un maintien du régime actuel en Iran et de l'impossibilité de le renverser par les seuls bombardements aériens. « Après tout, un régime doit s'effondrer de l'intérieur »4, a-t-il poursuivi. Certains diront que le premier ministre israélien, à ce stade, ne pouvait rien faire d'autre qu'admettre une évidence de plus en plus diffuse de par le monde, aux États-Unis en particulier, et aussi parmi les spécialistes israéliens de l'Iran. Le sentiment grandit désormais : « L'espoir de renverser le régime reposait sur un optimisme excessif » et « lsraël est forcé de revoir ses attentes à la baisse », écrit le spécialiste des questions militaires Amos Harel5.

Dans le Washington Post, David Ignatius, un très respecté commentateur américain des enjeux internationaux, introduit depuis longtemps dans les milieux sécuritaires israéliens, dit avoir conversé avec « quelques hauts responsables [qui] commencent à exprimer leurs inquiétudes face à l'escalade et la durée indéterminée de l'attaque contre l'Iran »6. Les hommes semblent vraisemblablement issus des milieux du renseignement. L'idée exposée par Donald Trump d'une « victoire totale » et d'une « capitulation sans conditions » de l'Iran à l'issue de cette guerre est illusoire, estiment ces analystes. Les réponses iraniennes sur le terrain le confirment. Ignatius cite un « responsable israélien » selon lequel « personne ne peut souhaiter une histoire sans fin ». « Bien sûr, poursuit-il, nous souhaitons renverser le régime, mais cela n'est pas notre seul objectif. L'Iran ne capitulera pas, mais il peut envoyer des signaux pour accepter un cessez-le-feu. » Un cessez-le-feu que, visiblement, l'interlocuteur d'Ignatius appelle de ses vœux.

Ce responsable israélien anonyme craint par-dessus tout une évolution de type Gaza, où Israël se retrouve à poursuivre une guerre et une occupation sans objectifs clairs. « Aller au sol », comme disent les militaires ? Des opérations conjoncturelles d'un ou deux jours, peut-être. Mais au-delà, s'interrogent nombre d'observateurs israéliens, ce serait le bourbier garanti. Israël n'est pas parvenu à « éradiquer le Hamas » sur une bande de terre de 365 kilomètres carrés où vivaient 2,3 millions de Gazaouis. L'Iran est un pays de 1,5 million de kilomètres carrés, 3 740 fois plus grand que Gaza, et une population de 93 millions de personnes, soixante-six fois plus importante…

Enfin, Ignatius relève, dans les propos de son interlocuteur, « résumant les analyses de services de renseignement états-uniens et israéliens », deux points débattus en Israël. Un : « on ne voit personne capable de renverser le régime » en Iran. La pire crainte de ces milieux sécuritaires est que Trump « semble ne pas avoir le moindre plan concret » pour parvenir à « l'anéantissement du régime iranien » qu'il promet. Deux : il existe un « risque que Nétanyahou ordonne des opérations terrestres d'envergure au Liban pour achever la destruction du Hezbollah ». « Nous ne voulons pas nous enliser dans un bourbier », a conclu son interlocuteur.

Invasion du Sud-Liban

Ces idées moroses quant au résultat final de la guerre ne disent cependant rien de ce que pensent Nétanyahou et son entourage, ni de la perception de la population israélienne. Au gouvernement, à l'état-major et dans les services de sécurité, on continue d'assurer que la guerre « existentielle » en Iran atteindra ses objectifs – hormis peut-être le renversement du régime, comme l'a admis Nétanyahou. Pour le reste, un thème occupe aujourd'hui le devant de la scène : s'emparer du Sud-Liban au moins jusqu'à la rivière Litani, pour garantir le retour des Israéliens qui ne veulent plus vivre dans le nord d'Israël tant qu'il n'aura pas été sécurisé face au Hezbollah. Autrement dit, le repousser d'au moins 30 kilomètres.

« L'armée israélienne devra rester au Sud-Liban même après la fin des combats afin d'y maintenir des positions dominantes et sécuriser la zone frontalière. […] Nous n'avons pas confiance dans le gouvernement libanais. La responsabilité de la sécurité des résidents israéliens doit incomber entièrement à l'armée israélienne », a déclaré Asaf Langleben, chef du conseil régional de Haute-Galilée. Et malgré les diverses tentatives de médiation européenne, en particulier française, d'ailleurs refusée par Israël, le site d'information israélien YNet indiquait, le 16 mars, que l'armée resterait « aussi longtemps que nécessaire ».

Le même jour, Israël a commencé d'envoyer ses forces au sol, au Sud-Liban, pour « tondre la pelouse », comme ils disent. L'opération est « ciblée et limitée », a annoncé le porte-parole de l'armée. Pour cela, il a fallu mobiliser, en plus des soldats d'active, 110 000 réservistes. Israël Katz, le ministre de la défense, a été plus précis. Il s'agit de « détruire l'infrastructure terroriste des villages frontaliers proches de la frontière libanaise, exactement comme cela a été fait contre le Hamas à Rafah, à Beit Hanoun et dans les tunnels à Gaza ». Limitée, donc… comme à Gaza. Les craintes que peuvent avoir certains milieux sécuritaires israéliens, Nétanyahou et son entourage n'en ont cure. Car leur manière de voir, très prisée par les Israéliens, est très différente de la doxa guerrière usuelle.

La loi du fait accompli

Selon le célèbre adage de Clausewitz, théoricien prussien de la guerre moderne (1780-1831), « la guerre est la continuation de la politique par d'autres moyens ». Pour Nétanyahou, c'est la politique qui est la continuation de la guerre par d'autres moyens. D'abord, on frappe, dès qu'on le peut. On s'empare du maximum de terrain, entre autres bénéfices. Ensuite, on décide. Si on peut prendre plus, on avance. Si on doit reculer, alors que ce soit le moins possible. Si on doit revenir à la situation initiale, on le fait. Il y aura d'autres occasions à l'avenir. Aujourd'hui, une fois « la pelouse tondue », on pourra s'installer jusqu'au Litani. Si cela échoue, ce sera désagréable, mais on verra quoi faire. Et on reviendra dès qu'on le pourra. L'essentiel est de toujours garder l'initiative. Et d'user de la force, d'abord la force.

Dans le passé, Israël a déjà occupé une frange de territoire de taille mouvante au Sud-Liban durant vingt-deux ans, de 1978 à 2000, avant de s'en retirer. Le coût politique était alors jugé trop important pour la population israélienne. Mais l'ambition d'y retourner un jour n'a pas disparu.

L'occasion se présente de nouveau aujourd'hui, et Nétanyahou sait qu'il dispose d'un soutien indéfectible de la population juive israélienne dès qu'il s'agit de guerre et de sécurité. Selon un sondage de l'Institut israélien pour la démocratie, publié le 9 mars, 93 % des Juifs israéliens soutiennent les attaques de leur pays contre l'Iran. Un chiffre qui est similaire à ceux sortis des sondages sur la guerre menée à Gaza. On observera, au passage, combien la société israélienne peut être différente dans ses attitudes de son homologue états-unienne. Le dernier sondage Reuters indique que seul un quart des Américains — 27 % précisément — soutient la guerre contre l'Iran.

Si cette guerre est « un événement sans précédent : la première guerre israélo-états-unienne conjointe », les Israéliens montrent qu'ils ne sont pas forcément « le 51e État des États-Unis », comme on l'entend souvent dire. « Les divergences entre les objectifs de Trump et ceux de Nétanyahou sont de plus en plus manifestes », analyse le Guardian7.

Elles l'étaient en réalité depuis le départ, ce qui explique les disparités entre les deux sociétés. L'états-unienne aurait pu soutenir une intervention ponctuelle et peu coûteuse avec un Trump proclamant rapidement « victory ». Pas un blocage du détroit d'Ormuz et ses conséquences. L'israélienne, elle, est maintenue dans un état qui mêle des phases d'euphorie triomphante à d'autres alimentant les peurs, qui toutes deux amènent au soutien massif à l'ambition de Nétanyahou : « changer la face du Moyen-Orient » par le glaive.

Nétanyahou sait comme personne jouer de la peur et de l'oubli. Lorsque la guerre contre l'Iran les 13-24 juin 2025 prit fin, il déclara à ses compatriotes : « Nous avons écarté deux menaces existentielles : celle d'anéantissement par armes nucléaires et la menace d'anéantissement par 20 000 missiles balistiques. Si nous n'avions pas agi immédiatement, l'État d'Israël aurait rapidement été confronté au danger d'anéantissement »8. Huit mois plus tard, ces menaces avaient à ce point réapparu qu'il fallait reprendre cette guerre au centuple. La guerre décide bien de la politique, et non l'inverse : les Israéliens ont été éduqués dans cet état d'esprit depuis leur enfance.


1Amos Harel, «  Israel's assassinations leave Iran with inexperience but resilient leadership  », Haaretz, 18 mars 2026. Les citations des deux prochains paragraphes sont issues du même article.

2Emma Graham-Harrison, «  We attacked Iran with no clear plan for regime change, Israeli security sources say  », The Guardian, 12 mars 2026.

3Shawn McCreesh, Tyler Pager, Eric Schmitt, Helène Cooper et Abdel-Latif Dahir, «  Trump signals US is prepared for long war against Iran  », New York Times, 2 mars 2026.

4Galit Alstein et Dan Williams, «  Netanyahu says Iran regime change not guaranted after war  », Bloomberg, 12 mars 2006.

5Amos Harel, «  With Iran undefeated and protesters cowed, Israel forced to lowed expectations  », Haaretz, 13 mars 2026.

6David Ignatius, «  Israeli officials are growing concern  », Washington Post, 9 mars 2026. Les citations des trois paragraphes suivants sont issues du même article.

7Yousef Munayyer, «  Israel and the US are fighting Iran together. Are they on the same page though  ?  », The Guardian, 12 mars 2026.

8Dana Mills, «  Compulsive repetition : How permanent war shapes the Israeli psyche  », Local Call, 4 mars 2026.

04.04.2026 à 06:00

Ahmed Kaabour, le beyrouthin fidèle à ses causes

Majd Kayyal

Le compositeur et interprète libanais s'est éteint à 70 ans dans sa ville natale, le 26 mars 2026. Sa carrière a démarré avec la guerre civile libanaise, marquée par un engagement toujours réaffirmé pour la Palestine et contre le colonialisme, l'oppression et les différentes formes d'injustice. Dans ce texte, Majd Kayyal, auteur palestinien de Haïfa, s'intéresse à la deuxième partie de sa carrière, à partir des années 2000. L'auteur de ces lignes ne connaît d'Ahmed Kaabour que ses (…)

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Texte intégral (2710 mots)

Le compositeur et interprète libanais s'est éteint à 70 ans dans sa ville natale, le 26 mars 2026. Sa carrière a démarré avec la guerre civile libanaise, marquée par un engagement toujours réaffirmé pour la Palestine et contre le colonialisme, l'oppression et les différentes formes d'injustice. Dans ce texte, Majd Kayyal, auteur palestinien de Haïfa, s'intéresse à la deuxième partie de sa carrière, à partir des années 2000.

L'auteur de ces lignes ne connaît d'Ahmed Kaabour que ses chansons. Tout ce qu'il sait à travers elles, c'est que l'homme n'a jamais renié ce que lui dictait son cœur, toujours assoiffé de nouvelles expériences. Mais si diverses soient-elles, celles-ci ne l'ont jamais amené à trahir ses convictions originelles.

Ce que je sais de ces chansons ? Qu'elles ont été composées dans un autre monde que le nôtre, un monde qui ne nous appartient pas, habité par le souffle de Ghassan Kanafani1. J'écoute ces morceaux ancrés ici et maintenant, qui nous enveloppent d'une protection maternelle assumée contre la violence de l'art contemporain.

Ce qui distingue l'œuvre de Kaabour, c'est qu'elle n'est ni cynique ni nihiliste. Sa foi inébranlable ne reflétait pas les effondrements de notre époque. Son insistance sur l'humanité peine à trouver un écho, à l'heure des identités prédatrices et du confessionnalisme. Il ne cherchait pas à se cacher derrière l'humour, les traits d'esprit, les métaphores ou toute forme de déni : la tristesse comme la colère étaient exprimées comme telles dans ses œuvres. Contemplant le désespoir de notre monde, celles-ci osaient pourtant aspirer à autre chose.

Il possédait un courage rare, qui l'empêchait d'être terrifié par le risque du « kitsch ». Il n'avait pas cette obsession de rejeter les clichés au point d'y perdre son âme, sa langue et ses convictions. Cette fidélité rare face au dictat de l'innovation a chez lui une valeur artistique. Jamais il n'a tourné le dos au répertoire militant de ses premières années.

Tout cela rend difficile de classer Kaabour dans une catégorie donnée, tant il constitue un phénomène unique dans l'histoire de la chanson arabe engagée. À travers ses rythmes et ses mélodies, il a également dessiné sa ville, Beyrouth, et lui a inventé une voix. Même après les défaites de la gauche à la fin des années 1980 et les coups durs du début des années 1990 avec les accords d'Oslo, il s'est s'accroché au pouvoir mobilisateur de la chanson. Il aura été une des rares voix libanaises à accompagner la première intifada comme si nous, Palestiniens, n'avions jamais quitté Beyrouth2. Dans la décennie des années 1990, Kaabour a fait renaître une voix poétique, un espoir face à l'effondrement.

Une complexité artistique à l'heure de la défaite

Dans un monde saturé de « projets », de spécialisations et de niches, où l'art se résume souvent à trouver un créneau inexploité pour s'y installer, la diversité qu'Ahmed Kaabour a su offrir – à travers diverses expérimentations qui peuvent cohabiter au sein d'un même album ou bien s'étendre sur plusieurs années – était exceptionnelle dans la musique arabe.

C'est notamment le cas avec son album Sawton Aali (Leur voix est audible), 2002. On y passe du souffle militaire des chansons « Irhal » (Dégage) et « Nachid Al-moukawama » (Hymne de la résistance), au lyrisme cinématographique de « Chou B'aad » (Que vous êtes loin) et de « Lakom A'oud » (C'est vers vous que je reviens), sans oublier la simplicité patriotique de « Ya Sitti » (Ô mamie) ou le réalisme social en arabe standard de « Ma'khtartou Siwak » (C'est toi que j'ai choisi) et de « Ya Laymoun » (Ô citronnier). Le dialogue est constant entre les cuivres puissants du jazz, le rythme du sama'i thaqil3 et la force d'autres sonorités non instrumentales, comme les claquements de doigts, les halètements et le mawwal4 Cette variété de morceaux cohabite avec des titres comme « Wallah W'Talla'nahom Barra » (Je jure qu'on les a mis dehors) et la chanson qui donne son titre à l'album « Sawton Aali », dédiées à la libération du Sud-Liban de l'occupation israélienne en 2000.

Ahmad Kaabour - Walla Wtalla'anouhoumm Barra (Album Sawton A'ali) | أحمد قعبور - والله وطلعناهم برا - YouTube

Plus surprenante est l'atmosphère égyptienne du morceau « Sobh El Sabah », avant de revenir vers une chanson sur le mode mouachah — « Al-Balad »— qu'il chante… en arabe dialectal5 à propos de Beyrouth. Le tout parsemé de musique instrumentale qui sur le mode de la bande originale.

Pourtant, on retrouve dans cette proposition artistique complexe, on trouve le souffle du chanteur membre du Parti communiste libanais Khaled El Haber, celui du groupe libanais Al-Ard (La Terre) sans oublier le groupe palestinien Sabrine et bien sûr Ziad Rahbani. Dans les paroles que Kaabour met en musique, on reconnaît la poésie de Mahmoud Darwich, le rire de Omar El Za'ani, la colère de Tawfiq Ziyad et la douceur du souffle d'Ahmed El Abdallah.

Une voix dans la ville

L'album Lamma Tghibi (Quand tu t'absentes, 2018) a surpris ceux qui ont grandi avec la musique de Kaabour. Il y livre une profonde réflexion sur sa vie artistique, revient rétrospectivement sur des pans entiers de sa vie, commentant une époque révolue. S'y mêle une profonde tristesse qu'il expose avec transparence et honnêteté, mais non dénuée de colère. Il traite des choses qui arrivent à leur fin et de la lassitude avec une certaine forme d'acceptation : l'amour, la ville, ou la cause qui s'éteint.

Ahmad Kaabour - Nadini Wla Tnadini (Album Lamma Tghibi) | أحمد قعبور - ناديني ولا تناديني - YouTube

Refusant de se désoler sur le sort de Beyrouth, il a continué à la traiter comme une fleur et à lui déclarer sa flamme, malgré tout. Dans la chanson « Nadini w la tnadini » (Appelle-moi et ne m'appelle pas), il chante :

Les rues de la ville n'appartiennent à personne,
Les rues de la ville appartiennent à tous,
Nous sommes les gens,
Nous sommes les arbres des rues.

Et toujours dans le même album, on entend :

Dans les rues de la ville,
Il y a des gens qui ont les yeux fermés,
Qui ne marchent que droit devant eux,
Pauvres et gentils,
Dans les rues de la ville,
Il y a des gens qui ont peur,
Peur même de dire qu'ils ont peur

Ici, Kaabour n'a pas peur d'exprimer sa colère envers sa ville, la colère, la peur et la tristesse d'un amoureux, face à des villes qui ne ressemblent plus à ce qu'elles étaient. Comme une touche finale, comme une conclusion, Qabour reprend ensuite l'une de ses chansons les plus belles et les plus tendres de ce projet : « Tous les enfants sont des princes, tous les enfants sont des poètes », avec un arrangement revisité. La Palestine y est enfin présente avec un duo avec la chanteuse palestinienne de Nazareth Rim Banna, disparue cette année-là, qui interprète sur cet album sa dernière chanson intitulée « Mine » (Qui) :

Une simple goutte d'eau
Suffit à faire fleurir la terre aride,
Un simple geste de la main
Suffit pour que Jérusalem brille de mille feux.
Ahmad Kaabour ft. Rim Banna - Meen (Official Audio) | أحمد قعبور وريم بنا - مين - YouTube

L'album contient enfin quatre chansons dédiées aux pères. Il s'ouvre sur une chanson écrite par Mahmoud Darwich, et se clôt sur « Le Violon survivant », le père de Kaabour, Mahmoud Rachidi, fut l'un des violonistes pionniers du Liban.

Un printemps à lui tout seul

Je finirai sur quelque chose que je n'ai jamais osé dire auparavant. Il y a dans les chansons d'Ahmed Kaabour une dimension mythique, comme la promesse qui se cache derrière les collines ou les conteneurs dans les ports. Quelque chose dans ses chansons nous promet autre chose. Nous avons grandi avec cette promesse, et nous attendons son accomplissement. Comme dans un conte des Frères Grimm.

Est-ce dû aux arrangements ? À la prise de son ? À ses mélodies si particulières ? Je ne sais pas. Je ne sais pas non plus pourquoi j'écoute toujours cet homme profondément urbain, profondément beyrouthin, chanter comme s'il se trouvait au cœur d'une forêt.

Ce que je sais, et ce que je crois, c'est que cette voix, émanant des forêts de l'imaginaire enfantin, est un véritable appel à un art menacé d'extinction de nos jours. Elle parle d'un attachement à l'humanité, à l'enfance, à l'expérience, à l'amour, à la foi – des qualités qui ne sont ni acceptées ni comprises par l'industrie du spectacle et des plateformes musicales. Son attachement aux valeurs humaines – des valeurs érodées par la course à l'innovation commerciale et réduites à des clichés – est précisément ce qui nous manque dans cette vie. Son travail collaboratif, caractérisé par une sensibilité à l'égard des poètes et une générosité envers les musiciens, les chanteurs et les chœurs, est ce qui manque cruellement à ce monde obsédé par la marchandisation des personnes. Dans cette ère de désintégration sociale où tout est centré autour de l'émanation de l'individu, Ahmed Kaabour était un printemps à lui tout seul, condensant, rassemblant et révélant toute la richesse et la beauté de l'art et de l'esthétique arabes. Il s'est inspiré des productions existantes, a puisé dans les expériences de ses amis et de ses proches pour les restituer au peuple avec une vitalité nouvelle.


1NDLR. Écrivain, journaliste et homme politique palestinien. Né à Acre, en 1936, il est contraint avec ses parents à l'exil en 1948, suite à la Nakba, d'abord au Liban, ensuite en Syrie. D'abord membre du Mouvement nationaliste arabe, il participe à la création du Front populaire pour la libération de la Palestine fin 1967, et en devient le porte-parole officiel. Kanafani est assassiné par le Mossad en juillet 1972 à Beyrouth, en compagnie de sa nièce de 17 ans, suite à l'explosion d'une bombe placée sous sa voiture.

2NDLR. L'Organisation de libération de la Palestine quitte Beyrouth en 1982.

3NDLR. Le sama'i thaqil est un rythme de la musique arabe classique composé de 10 temps.

4NDLR. Dans la musique arabe classique, le mawwal est une improvisation en début ou en milieu de chanson, qui met en avant les capacités vocales du chanteur ou de la chanteuse, dans une interprétation lente qui dénote avec le rythme du morceau.

5NDLR. Le mouachah est un style musical qui s'est développé dans l'Andalousie musulmane à la fin du Xe siècle. Genre musical classique par excellence, ses textes relèvent de la poésie arabe classique.

03.04.2026 à 12:56

La Lettre

Festival des médias indépendants, les 11 et 12 avril, à La Paillette, maison des jeunesses et des cultures à Rennes Cette première édition est organisée en partenariat avec le Fonds pour une presse libre. Orient XXI et Afrique XXI y seront présents et tiendront une table ronde dimanche 12 avril à 10 h 40 sur le thème « Pourquoi la presse indépendante est essentielle sur les questions internationales ? » Ils accueilleront en première partie une représentante de la flottille « Liberté pour (…)

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Texte intégral (4381 mots)

Festival des médias indépendants, les 11 et 12 avril, à La Paillette, maison des jeunesses et des cultures à Rennes

Cette première édition est organisée en partenariat avec le Fonds pour une presse libre. Orient XXI et Afrique XXI y seront présents et tiendront une table ronde dimanche 12 avril à 10 h 40 sur le thème « Pourquoi la presse indépendante est essentielle sur les questions internationales ? » Ils accueilleront en première partie une représentante de la flottille « Liberté pour Gaza » qui partira de Marseille le 4 avril.
Avec :

  • Sarra Grira, rédactrice en chef d'Orient XXI ;
  • Jean Stern, journaliste ;
  • Michael Pauron, journaliste, et rédacteur en chef d'Afrique XXI.

Informations et programmation

Maghreb en bref

Mauvaise surprise pour les exportateurs d'acier installés en Algérie, qui se voient imposer par le département états-unien du commerce des droits compensateurs énormes : 72,93 %. Tosyali Algérie, la filiale locale d'un conglomérat turc, qui exporte aux États-Unis des ronds à béton en fer, est le premier à en faire les frais. En juin 2025, une plainte avait été déposée par des producteurs sidérurgiques américains regroupés dans la Rebar Trade Active Coalition, qui se jugeaient victimes d'une concurrence déloyale. L'administration de Donald Trump leur a donné raison.

C'est un coup dur pour l'ambitieuse politique de « diversification » économique mise en place par le président de la République, Abdelmajid Tebboune, et destinée à remplacer à terme – au moins partiellement – les hydrocarbures qui actuellement représentent environ 90 % des recettes en devises du pays. Les ventes « HH » (hors hydrocarbures) ont rapporté 7 milliards de dollars (6 milliards d'euros) en 2024. L'objectif pour 2025 était de 10 milliards de dollars (8,6 milliards d'euros), soit environ 20 % des devises récupérées par la banque d'Algérie.

Pour attirer les grandes entreprises étrangères, Alger dispose d'un atout majeur : une énergie vendue à tous les usagers sur son marché intérieur à des prix très en deçà des coûts de production. S'y ajoute le remboursement des frais de transport à 50 % ou des frais de participation aux foires et expositions à 80 %. Comme la production d'acier, de ciment ou d'engrais nécessite beaucoup de gaz naturel, qui peut représenter jusqu'aux deux tiers du coût de revient, la tentation est grande de s'installer en Algérie pour en profiter.

Le français Lafarge a saisi cette occasion dès les années 2000. Il y a multiplié les cimenteries, avant d'être absorbé en 2015 par le suisse Holcim. À partir de 2013, le sidérurgiste turc Tosyali a installé près d'Oran une usine qui emploie 8 000 salariés, dont les locaux occupent 5 millions de mètres carrés et qui produit 6,2 millions de tonnes d'acier brut par an, soit l'équivalent de la capacité de production d'Arcelor Mittal Dunkerque. Un dispositif gigantesque par rapport au modeste marché intérieur algérien, déjà desservi par le complexe d'El Hadjar, qui appartient à l'État. C'est donc bien le marché de l'export qui intéresse Holcim ou Tosyali. Déjà, dans les années 1980, la Sonatrach avait montré l'exemple en développant une production majeure d'azote, exportée pour l'essentiel. D'autres multinationales ont reniflé la bonne affaire : de puissants groupes chinois multiplient les visites sur place pour évaluer les opportunités. La décision du département états-unien risque de mettre un frein à cet effet d'aubaine.

Alger cherchera sans doute à trouver des marchés alternatifs en Europe ou en Afrique. Mais le précédent états-unien fera certainement réfléchir les autorités étrangères en quête de protection de leur production nationale et/ou de recettes douanières. Brader son gaz est désormais un motif d'exclusion du marché américain, et demain, peut-être, du marché européen.

Jean-Pierre Séréni, membre du comité de rédaction d'Orient XXI

Sixième édition du Festival du Film Palestinien à Strasbourg du 7 au 11 avril 2026

Du 7 au 11 avril 2026, le Festival du Film Palestinien revient pour une 6e édition à Strasbourg et dans la région du Grand Est, afin de faire découvrir la diversité du cinéma palestinien au grand public.

Les projections se tiendront principalement au cinéma Star à Strasbourg, ainsi que dans les villes de Mulhouse, Sélestat et Obernai. Le festival est organisé par deux associations engagées de longue date sur la question palestinienne : le Collectif judéo-arabe et citoyen pour la Palestine, qui rassemble des citoyens de diverses origines et confessions autour d'un engagement commun pour les droits du peuple palestinien, et l'association Culture de Palestine, qui œuvre spécifiquement à la promotion et à la diffusion de la culture palestinienne en France, en utilisant l'art et le cinéma comme vecteurs de transmission.

Pour cette 6e édition, les deux associations proposent une programmation variée : fictions, documentaires, courts et longs métrages, films d'animation et expérimentaux, accompagnés de rencontres avec des réalisateurs et d'une masterclass en partenariat avec l'université de Strasbourg. Des séances sont également prévues pour les lycéennes.

Festival du Film Palestinien à Strasbourg
Du 7 au 11 avril 2026 Informations et programmation complète

À lire sur Afrique XXI

« Sénégal. Une loi contre les queers, cache-sexe des échecs du régime », Rama Salla Dieng, 27 mars 2026

Parti pris L'universitaire sénégalaise met en évidence la diversion opérée par le gouvernement sénégalais : le durcissement de la loi contre l'homosexualité occupe l'espace médiatique tandis que la crise à l'université n'est pas réglée et que la dette est insoutenable. L'écrivaine et féministe pointe aussi l'ingérence états-unienne sur fond de masculinisme.

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Dans le Journal de bord de Gaza

Rami Abou Jamous, 3 avril
Rami Abou Jamous écrit son journal pour Orient XXI. Dans ce texte, Rami explique les conséquences concrètes qu'aura le désarmement du Hamas. Les Gazaouis se trouvent coincés entre la possibilité d'une guerre civile ou une reprise du nettoyage ethnique.
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Les derniers articles

Adel Kamel, 2 avril
Depuis le début de l'attaque israélo-américaine le 28 février 2026, Le Caire tente de se poser en médiateur pour mettre fin au conflit, tout en condamnant les bombardements iraniens contre ses « frères » arabes. Entre temps, la guerre impacte largement son économie et pourrait donner lieu à des reconfigurations d'alliances. Reportage.
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Olivier Da Lage, 1er avril
La visite éclair, le 19 janvier 2026, du président des Émirats arabes unis Mohammed Ben Zayed en Inde a marqué un rapprochement entre les deux pays. Quelques semaines plus tard, la veille des bombardements menés par Tel-Aviv et Washington contre Téhéran, le premier ministre indien Narendra Modi se rendait en Israël. Est-ce le signe d'un axe Inde-Émirats-Israël, symbole d'une recomposition géopolitique au Moyen-Orient ?
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Omar Kabbadj, 31 mars
Conçue comme opération massive de soft power de la part de Rabat, la Coupe d'Afrique des nations au Maroc s'est achevée sur des scènes de chaos qui ont fait le tour du monde. La décision de la Confédération africaine de football d'attribuer a posteriori le titre aux Lions de l'Atlas risque d'isoler davantage le Maroc, déjà pointé du doigt par ses voisins.
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Akram Zaoui, 30 mars
Acculé, le régime iranien livre à des adversaires mieux dotés une guerre géoéconomique épousant une logique du « rendement maximal ». Celle-ci consiste à infliger, avec des ressources restreintes, un maximum de dégâts économiques. Pour Téhéran, l'enjeu de cette approche n'est autre que sa survie en tant qu'État souverain.
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En anglais

Hicham Alaoui, 28 March
Trapped between Israel's desire for hegemony and Iranian radicalism, and abandoned by an increasingly irresponsible United States, the Gulf states view this new regional order as a source of threats and destabilization.
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Rami Abou Jamous, 31 March
Rami Abou Jamous has been keeping a diary for Orient XXI since February 2024. He is the founder of Gaza Press, an agency which provided assistance and interpreting for western correspondents, but in October 2023 he had to leave his apartment in Gaza City with his wife Sabah, her children and their three-year old son Walid under threat of the Israeli army. They sought refuge in Rafah, then in Deir el-Balah and later in Nusseirat. After another move caused by Israel's violation of the cease-fire on 18 March 2025, Rami and his family returned home on 9 October 2025.
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Aboubaker Khaled , Said Boudour, 25 March
With its 6,700 kilometres of inland borders, Algeria has to cope, in its deep South, with a dilemma that no military decision alone can resolve: how to secure a territory without breaking up the societies which keep it alive ?
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En italien

Zahra Ali, 2 aprile
Vincitore della Caméra d'Or al Festival di Cannes 2025, il primo film del regista Hasan Hadi racconta l'Iraq dei primi anni Novanta, sottoposto all'embargo dell'ONU e bombardato dagli Stati Uniti, attraverso lo sguardo di due bambini. Un'allegoria potente e poetica del nostro mondo, e un omaggio ai più poveri.
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Hicham Alaoui, 30 marzo
Tra l'incudine dell'egemonismo israeliano e il martello del radicalismo iraniano, abbandonati dagli Stati Uniti sempre più irresponsabili, gli Stati del Golfo vedono in questo nuovo ordine regionale una fonte di instabilità e pericoli.
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En espagnol

Sylvain Cypel, 27 de marzo
Desde el día siguiente al 7 de octubre de 2023, Israel libra guerras en varios frentes: palestino, libanés, sirio, iraní, yemení. Su primer ministro pasó rápidamente de una retórica de “defensa” al objetivo explícito de “volver a trazar el mapa de Oriente Próximo”. Pero para justificarlo, siempre es necesario inventarse un enemigo.
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En persan

Afrah Nasser، 1 آوريل
جنگی که ایالات متحده و اسرائیل در ۲۸ ماه فوریه علیه ایران آغاز کردند، به سراسر منطقه گسترش یافته است. تنها یک نقطه آرام مانده است : جبهه ی یمن. حوثی ها که صنعا را در کنترل خود دارند، تا کنون در حاشیه مانده اند، هرچند به شکل کلامی حمایت خود از تهران را اعلام می کنند. این تردید به همان اندازه که می تواند ناشی از عوامل داخلی یمن باشد، به محاسبات جمهوری اسلامی در این مرحله از درگیری ها نیز ارتباط دارد.
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سیلون سیپل، 30 مارس
از فردای هفتم اکتبر ۲۰۲۳، اسرائیل در چندین جبهه در حال جنگیدن است : فلسطین، لبنان، سوریه، ایران و یمن. نخست وزیر این کشور به سرعت از لفاظی « دفاعی » به هدف صریحآ اعلام شده « باز ترسیم نقشه خاور میانه » تغییر موضع داده است. اما برای توجیه این روند ، همواره باید یک دشمن اختراع کرد.
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