
17.09.2026 à 19:00
Au Poste
Trente ans plus tard, la situation des personnes étrangères s’est encore dégradée. Les lois se succèdent, sans trêve, restreignant les droits, fabriquant toujours plus de sans-papiers, tandis que le racisme gagne du terrain. Mais les luttes des personnes étrangères et de celles et ceux qui les soutiennent ne datent pas d’hier. Elles s’inscrivent dans une histoire longue, faite de mobilisations, de solidarités, de victoires aussi bien que de moments difficiles. Pour raconter cette histoire, j’ai invité, jeudi 17 septembre à 19 heures, l’historienne Delphine Diaz, autrice de Nous sommes tous des enfants d’immigrés!, un livre consacré à ces luttes, qui paraît en cette rentrée. Nous parlerons des mobilisations, des soutiens, des modes d’action, des temps forts comme des temps durs. Une histoire pour comprendre d’où viennent ces combats. Et, peut-être, pour donner envie de les poursuivre.
17.09.2026 à 09:00
Au Poste
Sylvain Bourmeau, fondateur d'AOC, auteur de Ils ne sont pas d'extrême droite, ils font l'extrême droite (La Découverte), démonte la mécanique ordinaire des rédactions. Il ressort une phrase de Marc Bloch : si l'un dit que deux fois deux font quatre et l'autre cinq, n'allez pas conclure à quatre et demi. Voilà l'objectivité journalistique. «Faites l'expérience, écoutez la radio, regardez la télé, lisez les journaux avec ça en tête et essayez de repérer ce schéma. On le trouve partout, en fait.» Bolloré ? Un problème sérieux, pas tout le problème. Les clics, le freemium et l'audience en temps réel abîment tout autant : «Ce n'est pas la propriété qui les y contraint, ce sont les logiques économiques dans lesquelles ils sont pris.» Le débat sur le voile de la rentrée ? Il est parti d'un journaliste de BFM jouant l'adversaire face à Jean-Philippe Tanguy. Au Monde, il voit moins du macronisme qu'autre chose : «Il y a un légitimisme qui est incroyable, vraiment.» Côté producteurs de radio, la précarité est totale, «comme si j'avais eu un post doc de 10 mois chaque année renouvelé».
Catherine Dorion, autrice de Le courage et la joie. Traverser la tempête fasciste sans perdre le nord, part du 20 janvier 2025, jour de l'investiture de Trump, et du silence qui s'abat autour d'elle : «Le déni était vraiment très tentant.» Elle lit le fascisme à travers la grille des violences conjugales : séduction, isolement, destruction des liens. Des grands médias, elle n'attend plus rien : «Mais j'ai plus d'espoir dans les grands médias, si on peut encore les appeler grands, pour moi ils sont assez petits.» Aux journalistes qui plient pour garder leur poste, elle demande ce qui leur fait croire «que vous allez être capable de résister quand la menace, ça va être d'aller en prison?» Sa réponse tient dans la tribu, ceux qui vous cacheraient si la police frappait. «Il faut à tout prix se demander par où le système me tient par les couilles.» Et, avec Havel et Anne Frank, elle fait de la joie une arme : «Ne l'oublions pas, sans le peuple, les fascistes ne sont rien.»
16.09.2026 à 09:00
Au Poste
Gaza est fermée aux journalistes étrangers. Alors Joe Sacco et Chris Hedges sont allés à Alexandrie écouter une trentaine de familles qui en étaient sorties. Réquiem pour Gaza (Futuropolis), dédié aux reporters gazaouis tués, pose le mot sans détour: «Oui, nous pensons que c'est un génocide». C'est le fruit d'une histoire longue, parce qu'«Israël est impuni depuis des années». La presse occidentale, elle, a détourné les yeux: «Où est la solidarité de la part de cette presse mainstream?» Le public a vu Gaza sur son téléphone. «Ça s'est passé au mépris de la presse».
Le livre s'ouvre sur une carte d'avant 2023, quand vivait là une société entière, «avec des gens qui essayaient de vivre la meilleure vie et qui, je dirais, se débrouillaient pas mal, et tout ça a disparu». Au cœur du récit, il y a Osama, psychologue clinicien, avec qui Sacco s'est lié. Au téléphone, quand le dessinateur l'appelle pour vérifier des détails, les souvenirs remontent, et parfois le silence s'installe: «Il me disait, je suis déprimé». Sur une même planche, ses neveux morts rejouent au foot. Parce qu'un mort est un nom et un million une statistique, Sacco dessine l'ordinaire, «une vie que tout le monde peut faire, de jouer avec ses neveux». Il dessine aussi la plage et les soldates de Tsahal qui rient d'une fillette apeurée: «Même leur exil se doit d'être difficile».
Et puis il y a Ruba, l'interprète. Quand une réfugiée palestinienne éclate en sanglots, Ruba va vers elle et la prend dans ses bras. Sacco et Hedges, eux, restent dans leur rôle. «Et la réalité arrive là, des fois les gens craquent». Le métier impose sa distance: «Effectivement, le stylo est un scalpel». Pas de gras, pas de chiffres abstraits, seulement l'intime: «C'est un combat contre l'oubli».
Puis, à un moment donné, on s'est mis à fredonner Louie, Louie des Kingsmen, originaires de Portland, Oregon, la ville de Sacco. Du pur Au Poste.