LePartisan.info À propos Podcasts Fil web Écologie Blogs Revues Médias
Equal Times
Souscrire à ce flux
Travail, Droits humains, Culture, Développement, Environnement, Politique, Économie, dans une perspective de justice sociale.

Accès libre Edition trilingue Anglais - Espagnol - Français

▸ les 20 dernières parutions

29.02.2024 à 05:00

Exporter sa main d'œuvre pour rapporter des devises, la nouvelle stratégie économique de l'Égypte

Mona Husseini

Le 6 septembre 2023, l'ambassadeur d'Égypte à Athènes s'est entretenu avec le ministre grec de l'Immigration sur la nécessité de mettre en œuvre un accord entre leurs deux pays. Celui-ci prévoit l'envoi de 5.000 ouvriers agricoles égyptiens pour travailler dans des fermes grecques. Lors de la rencontre, les deux parties ont discuté de l'importance de cet accord, surtout après le naufrage du navire sur lequel se trouvaient plus de 600 migrants, en juin dernier, dont la plupart étaient des ressortissants (...)

- Actualité / , , , , , , ,
Texte intégral (2027 mots)

Le 6 septembre 2023, l'ambassadeur d'Égypte à Athènes s'est entretenu avec le ministre grec de l'Immigration sur la nécessité de mettre en œuvre un accord entre leurs deux pays. Celui-ci prévoit l'envoi de 5.000 ouvriers agricoles égyptiens pour travailler dans des fermes grecques. Lors de la rencontre, les deux parties ont discuté de l'importance de cet accord, surtout après le naufrage du navire sur lequel se trouvaient plus de 600 migrants, en juin dernier, dont la plupart étaient des ressortissants égyptiens

Ces dernières années, le gouvernement égyptien endosse le nouveau rôle d' « agent » spécialisé dans le marketing de ses citoyens à l'étranger. Son objectif : trouver de nouvelles sources de dollars pour sauver le pays de cette faillite dans laquelle il s'enfonce depuis le début 2022.

Le 9 janvier dernier, le Premier ministre égyptien a ouvertement abordé, lors d'une réunion ministérielle, le plan d' « exportation » des Égyptiens à l'étranger, confirmant que ce dossier constituait une priorité pour le pouvoir égyptien. Pour ce faire, il a ordonné aux ministères de former un comité responsable de former les Égyptiens aux marchés étrangers, et d'identifier les besoins des autres pays en matière de main-d'œuvre et de professionnels qualifiés.

Deux jours plus tard, le ministère de la Main-d'œuvre a annoncé le lancement du projet Mehani (« professionnel »), destiné à former un million de citoyens aux marchés locaux et étrangers, selon le ministère.

Dépendance des expatriés égyptiens

Depuis le début de l'année 2022, l'Égypte est plongée dans une crise économique écrasante et inédite. Deuxième pays au monde le plus endetté auprès du FMI après l'Argentine, l'Egypte fait face à une pénurie dangereuse de devises étrangères, indispensables pour assurer ses importations en produits essentiels, comme le blé.

La monnaie égyptienne est en chute libre, alors que les entreprises et le secteur privé s'efforcent de trouver des dollars sur le marché noir, où il s'échange à plus du double de son prix officiel. Cette chute libre de la monnaie égyptienne a aggravé l'inflation annuelle, qui a enregistré plus de 34 % en décembre dernier. Résultat : les prix des produits essentiels à la consommation ont presque triplé en à peine deux ans. Un cauchemar pour les Égyptiens, qui pour 29.7% d'entre eux vivaient déjà sous le seuil de la pauvreté avant la crise, selon les derniers chiffres de la Banque mondiale en 2019.

La solution pour faire face à cette crise est, pour le gouvernement égyptien, de mettre à contribution les expatriés égyptiens et leurs dollars. Depuis 2016, ils sont devenus les premiers fournisseurs en devises étrangères. On estime le nombre de 14 millions d'expatriés, dont les virements vers l'Égypte auraient atteint 32 milliards de dollars pendant l'exercice fiscal 2021-2022 soit quatre fois les revenus générés par les droits de passage du canal de Suez, ou trois fois les revenus du secteur du tourisme.

Ces versements ont été indispensables pour financer les mégaprojets du régime d'Abdel Fattah al-Sissi, lancé dans une course effrénée au développement, ainsi que pour acheter les produits de base essentiels au pays, comme le blé, le fourrage des animaux, l'huile et autres.

Toutefois, la crise économique a affecté les virements de ces Égyptiens. Pendant l'exercice fiscal dernier, en 2022-2023, ces virements vers le système bancaire égyptien ont chuté de 30%, enregistrant 22 milliards de dollars, suite à la fluctuation du prix de la livre égyptienne.

Si le plan du gouvernement pour accroître le nombre d'Égyptiens à l'étranger est nouveau, l'investissement de l'État dans ce domaine ne date pas de cette année. En mars 2021, le ministère de la Main-d'œuvre avait déjà lancé la plateforme « Un emploi à l'étranger », destiné aux citoyens à la recherche d'un travail hors du pays. Fin décembre dernier, le ministère s'est vanté d'avoir réussi à envoyer plus de 426.000 Égyptiens à l'étranger pour le travail. Un record comparé aux près de 321.000 en 2022.

« L'Égypte est devenue lourdement dépendante des virements des Égyptiens à l'Étrangers, et cherche à augmenter leur nombre, pour que les virements augmentent à leur tour », explique à Equal Times, Malek Adly, le chef du Centre égyptien pour les droits économiques et sociaux (ECESR).

Mais avec la crise, l'État a encore multiplié les initiatives visant à encourager les Égyptiens à s'expatrier pour renflouer ses caisses en dollars. En octobre 2022, il a lancé une initiative permettant aux expatriés de ramener leurs voitures dans le pays, à condition de déposer un dépôt équivalent au prix de la voiture dans une banque égyptienne pendant 5 ans. Si cette initiative ne devait durer que 3 mois, l'État l'a finalement prolongée jusqu'à fin janvier 2024.

En outre, le gouvernement exhorte les expatriés égyptiens à investir dans une compagnie et un fonds de deux milliards de dollars, spécialement destinés à eux. En janvier 2024, l'État a aussi lancé une application comprenant tous les services destinés aux expatriés égyptiens, payante en devises étrangères pour y avoir accès.

Malgré les efforts déployés par le gouvernement pour « exporter » les Égyptiens à l'étranger, le gouvernement ne prend pas au sérieux la situation catastrophique, voire inhumaine, dans laquelle vivent la plupart de ces gens, explique Malek Adly.

Concernant l'accord pour l'envoi des agriculteurs égyptiens en Grèce, le gouvernement égyptien n'a consulté aucun article ni rapport des ONG sur la situation inhumaine dans les fermes grecques. Des chercheurs ont déjà révélé que les travailleurs agricoles – bangladais pour la plupart – dans les fermes grecques vivent dans des camps improvisés, dépourvus de tout confort et du minimum pour vivre dignement. Dormant par terre, ils ont témoigné ne pas avoir accès à des toilettes ni à l'eau potable et à l'électricité. Certains ouvriers affirment être moins bien traités que des animaux.

Envoyer les Égyptiens dans des pays instables ou hostiles à leur accueil

Loin de la Grèce, l'Égypte pousse les Égyptiens à s'expatrier dans des pays classés dangereux ou hostiles aux Égyptiens.

« Bonne nouvelle, des emplois pour la Libye pour un salaire de 20.000 livres égyptiennes », (soit plus de 800 euros à cette date), c'était l'annonce présentée par le ministère de la Main-d'œuvre en janvier 2022. Cette dernière portait sur l'envoi de 37 médecins et infirmiers dans une clinique de la région de Tajoura, près de Tripoli. Une offre et un salaire de 800 dollars difficile à refuser, alors que les médecins en Egypte gagnent en moyenne 150 dollars par mois.

Cette annonce est sortie près de dix jours après le lancement par le ministère d'une plateforme électronique entre l'Égypte et la Libye pour organiser le retour de la main-d'œuvre égyptienne depuis ce pays voisin, qui était une destination prisée par les expatriés égyptiens avant la révolution.

Mais ce que l'État n'a pas mentionné dans son annonce, c'est les risques que prennent les Égyptiens candidats pour travailler en Libye, comme les cas réguliers d'enlèvements de travailleurs expatriés égyptiens contre une rançon. Un mois après l'annonce, des familles de six Égyptiens ont annoncé l'enlèvement de leurs fils travailleurs à Benghazi.

En décembre 2022, l'armée libyenne a annoncé la libération de cinq Égyptiens kidnappés par des trafiquants, notant que les victimes avaient été torturées pour les forcer à payer en échange de leur liberté. À Tripoli aussi, 38 Égyptiens ont été enlevés en novembre dernier pour la même raison. En octobre 2022, les autorités libyennes ont démantelé un gang spécialisé dans l'enlèvement des travailleurs égyptiens à Benghazi.

Mais cette migration légale, organisée par l'État, les citoyens restés dans le pays la paye cher. Puisqu'elle cible notamment une catégorie très sensible : les médecins et le personnel médical, très recherchés notamment dans les pays du Golfe.

Ces dernières années, le ratio du nombre de médecins comparé à la population égyptienne a chuté en raison des salaires misérables donnés par le gouvernement, poussant le corps médical à l'exode.

En conséquence, en Égypte, le taux de médecins comparé à la population atteint 8,6 pour 10.000 citoyens, un nombre très inférieur au taux mondial qui s'élève à 23 médecins pour 10.000 citoyens. Malgré cette pénurie, l'État préfère favoriser la migration pour générer des devises étrangères. Fin 2022, le ministère de la Main-d'œuvre a publié une annonce pour recruter 50 médecins et 200 infirmiers pour travailler au Koweït, pour un salaire de 200.000 livres égyptiennes (environ 8.000 dollars) par mois, un logement et un moyen de transport pour chacun.

« L'État n'a pas réussi à exporter des produits compétitifs sur le marché mondial, c'est pour cette raison qu'il se met à exporter des personnes susceptibles d'envoyer des virements en devises à l'État », a regretté pour sa part, le secrétaire du parti d'opposition al-Tahlof al Shaabi al Eshtraki (l'Alliance populaire socialiste) et économiste, Elhamy el Merghani, à Equal Times.

« Malheureusement, c'est une vision à court terme qui exporte les problèmes à l'étranger. Il imagine qu'exporter des Égyptiens va également permettre de se débarrasser des problèmes du chômage dans le pays, alors que cela ne fera qu'engendrer d'autres problèmes pour l'économie, comme l'absence de travailleurs qualifiés nécessaires au développement local », précise cet économiste.

Encourager la migration clandestine

Mais cette volonté de l'État d'exporter les Égyptiens à l'étranger confirme une chose aux citoyens : la solution est dans la migration, selon Malek Adly. « C'est un message clair aux Égyptiens : partez, il n'y aura pas de développement local », ajoute-t-il.

Ce plan de gouvernement arrive au moment où le nombre d'Égyptiens risquant leur vie sur les bateaux traversant la Méditerranée pour fuir la crise économique est en forte hausse. Ces deux dernières années, aucun bateau ne traverse la Méditerranée centrale sans avoir à son bord des Égyptiens. En septembre dernier, l'Agence européenne des gardes-frontières et des garde-côtes (Frontex) a confirmé que les Égyptiens faisaient en grande partie des 232.350 migrants illégaux qui sont arrivés en Europe pendant les premiers 8 mois de 2023. L'année précédente, l'Italie a annoncé que les Égyptiens étaient en tête des migrants illégaux dans le pays, avec plus de 20.000 migrants.

« Les Égyptiens voient la migration comme un moyen de survie face à une économie en faillite, et des conditions de vie dégradantes », note Elhamy el Merghani.

26.02.2024 à 05:00

La formation est la clé pour un modèle agricole différent

En 1909, les chimistes allemands Fritz Haber et Carl Bosch ont mis au point un procédé qui a permis, pour la première fois, de produire de l'ammoniac à grande échelle à partir de l'azote présent dans l'atmosphère. Cette invention a permis de résoudre l'une des grandes énigmes de l'agriculture : la carence d'azote, un nutriment primaire des plantes indispensable à la production de protéines et de chlorophylle, et qui joue un rôle clé dans la photosynthèse. Ainsi était surmonté l'un des grands obstacles qui (...)

- Actualité / , , , , , , ,
Texte intégral (1843 mots)

En 1909, les chimistes allemands Fritz Haber et Carl Bosch ont mis au point un procédé qui a permis, pour la première fois, de produire de l'ammoniac à grande échelle à partir de l'azote présent dans l'atmosphère. Cette invention a permis de résoudre l'une des grandes énigmes de l'agriculture : la carence d'azote, un nutriment primaire des plantes indispensable à la production de protéines et de chlorophylle, et qui joue un rôle clé dans la photosynthèse. Ainsi était surmonté l'un des grands obstacles qui avaient jusqu'alors limité la productivité des récoltes, ouvrant la voie à l'intensification et à l'industrialisation des cultures à des niveaux inédits.

Cependant, à mesure que l'agriculture industrielle s'intensifiait et que les préjudices causés aux personnes et à l'environnement devenaient évidents, des voix discordantes se sont élevées pour réclamer des modèles alimentaires ayant un moindre impact environnemental et social. Ces voix proposaient des solutions différentes mais partageaient une prémisse fondamentale : l'importance de la formation pour changer de paradigme.

C'est ainsi que l'Autrichien Rudolf Steiner jetterait les bases de ce que l'on nomme aujourd'hui l'agriculture biodynamique, le premier mouvement d'agriculture biologique, avec un cours de formation, le « Cours aux agriculteurs », dispensé pour la première fois en 1924, qui a ensuite fait l'objet d'un livre. Peu après, à l'autre bout de la planète, Masanobu Fukuoka développait sa propre méthode, dans laquelle, outre la non-utilisation de pesticides, il préconisait une intervention minimale sur le sol, et créait au Japon une ferme-école pour l'enseigner.

Depuis lors, la formation dans ces domaines est devenue une constante et se poursuit aujourd'hui à travers des centaines de centres d'enseignement, formels ou informels, qui démontrent à travers le monde différentes approches de l'agriculture exempte de produits phytosanitaires. « Aujourd'hui, dans un contexte de crises multiples exacerbées par la mondialisation, nous sommes appelés à renoncer au paradigme de la nature comme une chose inerte. Nous devons aller vers un paradigme écologique, et pour cela, il n'y a pas de meilleur professeur que la nature elle-même », a déclaré la célèbre militante Vandana Shiva lors de la présentation officielle de l'Earth University (littéralement Université de la terre). Inauguré en Inde en 2001, ce centre d'enseignement est ouvert aux étudiants du monde entier et se distingue désormais comme une référence dans l'enseignement de l'agroécologie.

Cette institution, qui a inspiré d'autres initiatives similaires, est à présent en train de transposer son concept en Europe, « où le modèle industriel de l'agriculture pose également des problèmes », et a d'ores et déjà commencé à dispenser des formations en Italie, explique l'organisation Navdanya International, fondée par Vandana Shiva.

La Earth University n'est d'ailleurs pas la seule initiative de ce type en Asie. L'un des centres les plus anciens du continent est l'Asian Rural Institute (ARI), une organisation d'inspiration chrétienne qui opère au Japon depuis 1973. En Asie du Sud-Est, l'organisation ALiSEA (Agroecology Learning alliance in South East Asia) propose des cours de formation aux agriculteurs de la région, avec un soutien financier du gouvernement français et de l'Union européenne.

De son côté, l'Asian Farmers' Asociation (AFA), fondée en 2002, a parmi ses principaux objectifs d'améliorer les connaissances des agriculteurs pour les inciter à adopter des pratiques plus durables dans les 16 pays asiatiques où elle opère. Diverses initiatives individuelles ont, par ailleurs, été lancées par des agriculteurs engagés, comme le Pun Pun Center for Self-Reliance en Thaïlande, qui a formé plus de 100.000 agriculteurs depuis 2004, grâce aux efforts de son fondateur, Jon Jandai. À cela s'ajoutent des programmes mis en œuvre avec le soutien de gouvernements régionaux, tels que la League of Organic Agriculture Municipalities, Cities, and Provinces of the Philippines (LOAMCP).

Pour Miguel Altieri, professeur émérite d'agroécologie à l'université de Berkeley, la formation est particulièrement importante pour inverser la tendance à la « dé-paysanisation » de l'agriculture observée en Amérique latine. « En Amérique latine, on estime qu'il reste aujourd'hui quelque 20 millions de familles paysannes, dont un quart environ continue de pratiquer des systèmes traditionnels. Elles se concentrent surtout dans la zone andine, dans la zone mésoaméricaine et dans certaines parties de la zone tropicale humide basse. Les autres, après s'être converties à la révolution verte (agriculture intensive avec recours à des organismes génétiquement modifiés), sont peu à peu en train de revenir », explique M. Altieri. « À cette fin, de nombreux efforts ont été menés pour sauver les connaissances traditionnelles qui ont déjà pu être codifiées. »

Il convient de souligner le rôle joué en ce sens par les Institutos de Agroecología Latinoamericana (IALA) et d'autres organismes du même ordre mis en place dans divers pays d'Amérique latine par La Via Campesina (LVC) et la Coordinadora Latinoamericana de Organizaciones Rurales (CLOC).

« Dans le cadre des IALA, les jeunes ont la possibilité de suivre une formation contre l'engagement d'un retour à la terre. Cette formation n'est pas seulement technique, elle est aussi politique, afin de leur permettre de comprendre pourquoi leurs parents ont été contraints de quitter la terre, pourquoi leurs parents sont pauvres et comment ils peuvent, d'une manière ou d'une autre, inverser cette situation », explique M. Altieri.

Pour l'agroécologiste, il s'agit là d'une différence fondamentale avec d'autres modèles non conventionnels, dans la mesure où « l'agroécologie ne se cantonne pas à un ensemble de pratiques agricoles », mais touche à des enjeux bien plus larges, comme l'accès à la terre et à la consommation, l'autonomie des agriculteurs ou le commerce équitable. « Il s'agit d'une transformation sociale et politique intégrale », explique-t-il.

En Afrique, Ibrahima Seck, coordinateur de la Fédération nationale d'agriculture biologique (FENAB) au Sénégal, qui regroupe diverses initiatives de promotion de l'agroécologie et de l'agriculture biologique dans ce pays, pointe la colonisation européenne comme l'une des principales causes de l'intensification de l'agriculture. « La colonisation a engendré des cultures de rente, comme le coton ou le cacao, qui étaient produites en fonction des besoins de la métropole. Après l'indépendance, nos gouvernements ont reproduit ce modèle », explique-t-il. Cela a entraîné la perte des savoirs traditionnels.

« Pour nous, le savoir endogène de nos parents constitue la base fondamentale de l'agriculture biologique. Il s'agit donc de le réapprendre », poursuit M. Seck. Le modèle de reproduction de la FENAB est axé sur le « maître formateur », une personne qui a été formée pour enseigner l'agriculture biologique à d'autres enseignants. « Nous avons formé plus de 42 maîtres formateurs, qui ont, à leur tour, formé 50 multiplicateurs, c'est-à-dire des agriculteurs principaux capables de retransmettre la formation dans leur pays », explique M. Seck. L'initiative de la FENAB s'inscrit dans le cadre d'un programme plus vaste du Knowledge Centre for Organic Agriculture in Africa (KCOA), qui a été mis en œuvre dans douze pays du continent africain. L'Ecological Organic Agriculture Initiative (EOA-I), soutenue conjointement par l'Union africaine et la Direction du développement et de la coopération de la Suisse, est similaire. Elle a permis de former 10.000 agriculteurs dans huit pays.

Bien qu'il n'existe pas de données exactes sur le nombre d'agriculteurs formés chaque année dans le monde, à titre indicatif, le nombre d'agriculteurs biologiques certifiés recensés par la Fédération internationale des mouvements d'agriculture biologique (IFOAM) est en hausse. Et bien qu'un grand nombre d'agriculteurs non conventionnels n'obtiendront jamais la certification, ceux qui l'obtiennent sont passés de 200.000 en 1999 à 3,7 millions en 2021, principalement dans des pays du Sud tels que l'Inde, l'Ouganda et l'Éthiopie.

Un modèle fondé sur la coopération

Pour Sonja Brodt, coordinatrice pour l'agriculture et l'environnement au sein du programme de recherche et d'éducation sur l'agriculture durable de l'université de Californie, la coopération constitue l'une des clés de la mise en place d'un système alimentaire plus durable. Une coopération qui non seulement renforce le travail des agriculteurs, mais encourage également l'innovation et la recherche de nouvelles solutions.

« Un facteur qui contribue à l'innovation est la diversité des personnes et des points de vue », explique la chercheuse. Mme Brodt dirige un projet de ferme de démonstration en Californie qui a pour vocation d'enseigner comment améliorer la santé des sols et la résilience climatique, mais aussi de promouvoir l'innovation auprès des agriculteurs et d'autres acteurs. Dans ces « réseaux d'innovation », les scientifiques, comme elle, ont leur propre rôle à jouer. « L'observation joue un rôle clé dans la science et c'est quelque chose que les agriculteurs font déjà », explique-t-elle. « La science permet de codifier ces observations et de les transposer à d'autres contextes. Les instruments dont nous disposons nous permettent également d'effectuer des observations plus approfondies », explique Mme Brodt.

Pour Loren Cardeli, l'un des fondateurs de l'ONG internationale A Growing Culture (AGC), le changement de paradigme ne se produira que si les récits sont modifiés et si l'agriculture industrielle n'est plus considérée comme le seul système capable de nourrir une population croissante. « Nous disposons de toutes les preuves que l'agroécologie est meilleure pour les communautés et plus efficace », affirme M. Cardeli.

Et d'ajouter : « De tous les monopoles que détient l'agriculture industrielle, le plus puissant est le monopole de la peur ». Dans le cadre de ses efforts visant à modifier le récit, l'AGC offre un soutien aux agriculteurs en les aidant à entrer en contact avec les médias et les formations, afin qu'ils puissent partager leur propre récit. « Il n'y a pratiquement pas d'organisations qui se consacrent aux récits et à la communication autour de ce changement culturel », explique M. Cardeli. « C'est pourtant essentiel si l'on tient à mettre en place un modèle d'agriculture qui donne la priorité aux personnes plutôt qu'au profit », conclut-il.

3 / 20
  GÉNÉRALISTES
Basta
Blast
L'Autre Quotidien
Alternatives Eco.
La Croix
Le Figaro
Euronews
France 24
Le Monde
Libération
Mediapart
FTVI
HuffPost
L'Humanité
LCP
La Tribune
Le Media
  INTERNATIONAL
Equaltimes
CADTM
Courrier Europe Ctle
Courrier International
Global Voices
Info Asie
Inkyfada
I.R.I.S
Jeune Afrique
Kurdistan au féminin
N-Y Times
Orient XXI
Of AFP
Rojava I.C
Toute l'Europe
  OSINT / INVESTIGATION
OFF Investigation
OpenFacto°
Bellingcat
Disclose
G.I.J.N
  MÉDIAS D'OPINION
AOC
Au Poste
Cause Commune
CrimethInc.
Issues
Les Jours
Le Monde Moderne
LVSL
Marianne
Médias Libres
Quartier Général
Rapports de force
Reflets
Rézo
StreetPress
  OBSERVATOIRES
Armements
Acrimed
Catastrophes naturelles
Conspis
Culture
Extrême-droite
Human Rights
Inégalités
Information
Internet actu ✝
Justice fiscale
Multinationales
Situationnisme
Sondages
Street-Médics
Routes de la Soie
Vrai ou Fake ?
🌓