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Humans Right Watch enquête sur les violations des droits humains commises à travers le monde

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29.04.2026 à 05:00

Israël : Un plan financerait des crimes de guerre au Golan, territoire occupé en Syrie

Human Rights Watch

Click to expand Image Des bulldozers défrichaient un terrain lors de travaux de construction dans la colonie de Katzrin, sur le plateau du Golan en Syrie, le 17 décembre 2024 ; ce territoire est occupé par par Israël depuis 1967. © 2024 Jalaa Marey/AFP via Getty Images

(Beyrouth) – Le gouvernement israélien a approuvé un plan quinquennal allouant 334 millions de dollars à la réinstallation de milliers de civils israéliens vers le plateau du Golan, situé en Syrie et occupé par Israël, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Cette décision, adoptée par le cabinet israélien le 17 avril, constitue clairement une déclaration d’intention de commettre des crimes de guerre.

« Le gouvernement israélien vient d’allouer des fonds publics à ce qui constituerait un crime de guerre en Syrie, tout en accélérant l’expansion des colonies en Cisjordanie dans un contexte d’impunité pour les violences commises contre des Palestiniens », a déclaré Hiba Zayadin, chercheuse senior sur la Syrie à Human Rights Watch. « Un transfert permanent de population vers le territoire syrien violerait le droit international, et aurait de graves implications pour les Syriens déplacés de longue date. »

L’Union européenne et ses États membres, le Royaume-Uni et d’autres pays disposant d’une influence devraient réagir en suspendant leurs accords commerciaux avec Israël, et en interdisant notamment les activités commerciales avec les colonies israéliennes illégales, au Golan occupé ainsi qu’en Cisjordanie. Ces pays devraient également suspendre les transferts d’armes vers Israël. Lorsque les législations nationales le permettent, les procureurs de pays tiers devraient ouvrir des enquêtes pénales, en vertu du principe de compétence universelle, contre les responsables israéliens et toute autre personne impliquée de manière crédible dans le transfert de civils vers un territoire occupé.

Le cabinet israélien a approuvé le plan visant à développer la colonie de Katzrin, fondée en 1977, pour en faire ce que les responsables ont décrit comme la « première ville » du Golan ; l’objectif déclaré est d’accueillir 3 000 nouvelles familles de colons israéliens dans ce territoire occupé, d’ici 2030.

Ce plan financera les infrastructures, les logements, les services publics et les établissements universitaires à Katzrin, notamment une nouvelle antenne universitaire et des établissements médicaux spécialisés. La Direction de Tnufa pour le Nord, une agence gouvernementale israélienne fondée en 2024 pour faciliter la reconstruction et le développement des zones du nord d’Israël touchées par les hostilités depuis 2023, supervisera la coordination du projet avec les autorités locales.

Comme Human Rights Watch l’a déjà documenté dans le contexte des colonies de peuplement en Cisjordanie occupée, les entreprises qui contribuent au transfert de civils vers les territoires occupés, notamment en construisant ou en assurant l’entretien des colonies, risquent de se rendre complices de violations du droit international humanitaire et de crimes de guerre. Les entreprises entretenant des liens commerciaux avec les autorités gérant le plateau du Golan occupé, ou sur ce territoire, courent le même risque.

Israël a occupé le plateau du Golan en 1967, et y a étendu la législation israélienne en 1981, ce qui constitue une annexion de facto ; les États-Unis sont le seul pays au monde à reconnaître l’annexion présumée de ce territoire par Israël. Le plateau du Golan demeure un territoire occupé, au regard du droit international.

Depuis 1967, les autorités israéliennes ont refusé aux Syriens déplacés le droit de retourner dans leurs foyers dans le plateau du Golan occupé, et y ont détruit des centaines de villages et de fermes. Le gouvernement syrien estime que le nombre de Syriens déplacés et leur descendants s’élève à des centaines de milliers de personnes.

En 1981, la Résolution 497 du Conseil de sécurité des Nations Unies a qualifié l’annexion du Golan par les autorités israéliennes de « nulle et non avenue », sans effet juridique selon le droit international ; cette résolution a ajouté que la Quatrième Convention de Genève continuait de s’appliquer à ce territoire occupé. Depuis, l’Assemblée générale des Nations Unies a réaffirmé ces conclusions dans des résolutions annuelles, la plus récente datant de décembre 2025. Le transfert par une puissance occupante d’une partie de sa population civile vers un territoire occupé est interdit en vertu de l’article 49(6) de la Quatrième Convention de Genève, et constitue un crime de guerre.

Le gouvernement syrien devrait donner suite aux premières mesures déjà prises pour traiter les crimes internationaux graves commis en Syrie tant sous le régime d’Assad qu’après celui-ci, notamment la création d’une commission nationale de justice transitionnelle chargée de mettre en place des cadres juridiques pour les enquêtes et les poursuites au niveau national, a déclaré Human Rights Watch.

Des options de reddition de comptes sont également disponibles sur le plan international. Malgré des réunions publiques entre le gouvernement syrien et des responsables de la Cour pénale internationale (CPI) à la suite de la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, la Syrie n’est toujours pas un État partie au Statut de Rome de la CPI. Les autorités de transition syriennes pourraient toutefois soutenir la justice internationale en adhérant au Statut et en déposant une déclaration au titre de l’article 12(3), acceptant la compétence de la Cour pour les crimes commis sur le territoire syrien, y compris ceux commis avant la date d’adhésion.

Le plan israélien du 17 avril a été annoncé alors que l’armée israélienne poursuivait son avancée dans le sud de la Syrie. Depuis la chute du gouvernement Assad, les forces israéliennes ont occupé le territoire syrien au-delà de la ligne de désengagement de 1974, établi plusieurs positions militaires à l’intérieur de la Syrie ; elles ont mené à plusieurs reprises des raids terrestres, des frappes aériennes et d’autres opérations dans les gouvernorats de Quneitra, Deraa et Soueïda.

Human Rights Watch a documenté de graves violations commises par l’armée israélienne au cours de ces opérations, notamment le déplacement forcé de résidents syriens de villages situés dans la zone nouvellement occupée, ce qui constitue un crime de guerre. Des soldats israéliens sont entrés dans des villages proches de la ligne de séparation, en menaçant des familles avec leurs armes ; ils ont forcé des habitants à partir sans leur permettre d’emporter leurs biens, et sans prendre des dispositions pour qu’ils puissent se loger en toute sécurité avant de pouvoir retourner chez eux. Dans certains villages syriens, des bulldozers israéliens ont ensuite rasé des maisons pendant la nuit, détruisant les vergers et les jardins qui les entouraient.

Les forces israéliennes ont construit des installations militaires à proximité de ces villages et ont indiqué leur intention de rester indéfiniment, rendant de facto impossible tout retour concret des habitants. Ces forces ont également clôturé des terres agricoles, des pâturages et des sources d’eau, privant ainsi les familles de leurs moyens de subsistance qui étaient transmis d’une génération à l’autre ; elles ont aussi rasé de vastes portions des réserves forestières des villages. Les forces israéliennes ont également arrêté arbitrairement des civils syriens, et les ont transférés en Israël, où ils sont détenus sans inculpation et au secret.

Dans le même temps, Israël a accéléré l’expansion des colonies illégales en Cisjordanie, dans un contexte de recrudescence de violences commises par les colons. Au début du mois d’avril, le cabinet israélien a approuvé la construction de 34 nouvelles colonies, ce qui constitue la plus importante expansion de ce type en Cisjordanie à ce jour. Depuis son entrée en fonction en 2022, l’actuel gouvernement israélien a approuvé 103 nouvelles colonies ; le nombre total de colonies illégales a ainsi augmenté de 80 %, passant de 127 à 229.

Les responsables israéliens affirment de plus en plus ouvertement que l’un des objectifs de la colonisation illégale est d’éliminer toute possibilité d’un État palestinien. Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), les attaques de colons israéliens étaient responsables de 75 % de tous les déplacements de Palestiniens enregistrés entre le 1er janvier et le 17 avril 2026. La CPI mène actuellement une enquête sur les crimes commis en Palestine.

Un schéma similaire de déplacements massifs se déroule au Liban. Des centaines de milliers de personnes restent déplacées à la suite de nombreux ordres d’évacuation israéliens visant le sud du Liban depuis mars 2026, et les forces israéliennes continuent d’occuper des dizaines de villages le long de la frontière. Le 16 mars, le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a déclaré que les résidents chiites du sud du Liban ne seraient pas autorisés à rentrer chez eux pour une durée indéterminée ; ainsi que l’a observé Human Rights Watch, ceci suggère une intention de déplacer de force des membres de la population civile sur la base de leur religion.

L’UE et ses États membres continuent de reconnaître le plateau du Golan syrien comme un territoire occupé, conformément à la résolution 497 de l’ONU, et à la position de longue date de l’UE. En juin 2025, un rapport de l’UE a conclu qu’il avait des « indications » selon lesquelles Israël violait l’article 2 de l’Accord d’association UE-Israël, qui fait du respect des droits humains un élément essentiel de l’accord.

En septembre 2025, la Commission européenne a proposé la suspension de certaines dispositions commerciales de cet accord, mais cette mesure n’a pas encore été prise. Malgré les conclusions de l’avis consultatif publié par la Cour internationale de justice en juillet 2024, l’UE poursuit ses activités commerciales avec les colonies illégales d’Israël ; parmi les pays membres, seule l’Espagne les a interdites.

« L’UE dispose d’outils puissants, mais refuse de les utiliser », a conclu Hiba Zayadin. « Les États-Unis nient le fait que le Golan est un territoire syrien occupé. Le plan israélien du 17 avril est le résultat prévisible lorsqu’une puissance occupante est convaincue que son impunité perdurera. Les autorités syriennes peuvent changer la donne, en prenant des mesures en matière de justice nationale et en adhérant à la CPI. »

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27.04.2026 à 15:00

Coupe du monde 2026 : Le tournoi débutera dans un climat de peur

Human Rights Watch

Click to expand Image Le président américain, Donald Trump, et le président de la FIFA, Gianni Infantino, sur scène lors du tirage au sort officiel de la Coupe du monde de la FIFA 2026 au Kennedy Center à Washington, le 5 décembre 2025. © 2025 Tasos Katopodis-FIFA via Getty Images

(Berlin) – La Coupe du monde masculine de football de 2026 se déroulera dans un contexte marqué par des pratiques abusives en matière d’immigration aux États-Unis, de nouvelles menaces pesant sur la liberté de la presse, la discrimination, ainsi que le non-respect par la FIFA et les villes hôtes de leurs engagements en matière de droits humains, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch, à l’occasion de la publication d’un guide destiné aux journalistes couvrant le tournoi. Le tournoi débutera le 11 juin 2026 dans 16 villes hôtes au Canada, aux États-Unis et au Mexique.

Le « Guide pour les journalistes pour la Coupe du monde de football de 2026 au Canada, aux États-Unis et au Mexique » (en anglais), qui compte 79 pages, résume les conclusions de Human Rights Watch quant à la situation des droits humains dans les trois pays hôtes et aux risques particuliers que les politiques du gouvernement américain font peser sur les journalistes, les supporters, les joueurs et les communautés d’immigrés. Ce guide décrit par ailleurs la réponse insuffisante de la FIFA face aux risques pour les droits humains liés aux abus commis par l’administration du président américain Donald Trump à l’encontre des immigrés, ainsi que son incapacité à respecter ses engagements en matière de droits humains pour le tournoi.

« Cette Coupe du monde devait être la première dotée d'un cadre de protection des droits humains, comprenant des mesures essentielles de protection des travailleurs, des supporters, des joueurs et des communautés », a déclaré Minky Worden, directrice des Initiatives mondiales chez Human Rights Watch. « Au lieu de cela, la répression brutale menée par l'administration américaine en matière d'immigration, ses politiques discriminatoires et ses menaces à l'encontre de la liberté de la presse font que le tournoi risque d'être marqué par l'exclusion et la peur. »

Les États-Unis accueilleront la grande majorité des matchs de la Coupe du monde, soit 78, y compris les demi-finales et la finale. Depuis son investiture en janvier 2025, Donald Trump a mis en place des politiques et des mesures abusives visant les immigrés, les manifestants, les défenseurs des droits humains, les personnes transgenres ainsi que la société civile. En outre, les supporters de dizaines de pays se heurtent à des interdictions de visa.

Les personnes issues de communautés immigrées qui se rassemblent dans les stades ou les zones réservées aux supporters pour soutenir leur équipe nationale et célébrer leur héritage culturel sont exposées à un risque accru d'abus. Sont également exposées à ce risque les personnes que les agents perçoivent comme des immigrés en raison de leur couleur de peau, de la langue qu'elles parlent ou de leur lieu de travail. Du 20 janvier au 10 mars 2025, l’agence ICE (Immigration and Customs Enforcement – services d'immigration et de douane) a arrêté au moins 167 000 personnes dans et autour des 11 villes des États-Unis où se dérouleront les matchs, selon les données de l’ICE fournies en réponse à une demande d’accès à l’information adressée au Deportation Data Project et analysées par Human Rights Watch.

La liberté de la presse aux États-Unis subit également de nouvelles pressions intenses. Parmi les cas préoccupants figurent l’arrestation et la détention de Mario Guevara, un journaliste lauréat d’un Emmy Award, à Atlanta, ville hôte de la Coupe du monde, en juin 2025. Il aurait été arrêté pour avoir filmé une manifestation politique, puis transféré sous la garde de l’ICE et expulsé vers le Salvador. En mars 2026, Estefany Rodríguez, une journaliste qui couvrait les raids de l'ICE contre les immigrés, aurait été arrêtée sans que ses ravisseurs ne présentent de mandat. Human Rights Watch a documenté que des agents américains ont tiré des gaz lacrymogènes, des balles au poivre, des projectiles en mousse dure et des grenades assourdissantes directement sur des manifestants, des journalistes et d'autres observateurs, souvent à bout portant et souvent sans avertissement suffisant ni provocation.

La FIFA n'a pas pris de mesures suffisantes pour répondre à ces risques. À l'exception d'un seul, les comités organisateurs des villes hôtes de la Coupe du monde n'ont pas présenté de plans d'action en matière de droits humains tels que la FIFA l'avait promis avant le tournoi, ou ont élaboré des plans qui ignorent certains risques ou ne les traitent pas de manière adéquate, notamment ceux auxquels sont confrontés les immigrés, les personnes LGBT et les journalistes.

La FIFA elle-même n'a pas déployé d'efforts significatifs pour user de son influence afin de pousser l'administration Trump à revenir sur ses politiques abusives ou à les suspendre. Au contraire, en décembre 2025, elle a décerné à Trump le premier Prix de la paix de la FIFA. Human Rights Watch a exhorté la FIFA à convaincre l'administration Trump d'instaurer une « trêve de l'ICE », qui comprendrait une garantie publique des autorités fédérales de s'abstenir de mener des opérations de contrôle de l'immigration lors des matchs et sur les sites où ils se déroulent.

« Cette Coupe du monde 2026 risque d’offrir une vitrine de “sportswashing” à l'administration Trump », a ajouté Minky Worden. « La FIFA devrait prendre des mesures plus efficaces pour protéger les athlètes, les supporters et les travailleurs contre les politiques abusives du gouvernement américain. »

La Coupe du monde 2026 sera la première à se dérouler simultanément dans trois pays, ce qui pose des défis logistiques sans précédent aux professionnels des médias chargés de la couvrir. Les journalistes devront franchir des frontières internationales soumises à des régimes d'immigration, des exigences en matière de visas et des conditions de liberté de la presse différents, et ce parfois à plusieurs reprises au cours du tournoi.

Le Mexique reste l'un des pays les plus dangereux au monde pour les médias. L'organisation de défense de la liberté de la presse Article 19 a signalé que sept journalistes ont été tués au Mexique en 2025. L'impunité pour ces meurtres reste la norme. Le Congrès mexicain a adopté une loi en 2025 qui confère aux autorités un pouvoir pratiquement illimité pour accéder aux informations sur les citoyens sans autorisation judiciaire, ce qui porte atteinte à la liberté des médias. La FIFA n'a pas abordé les risques directs encourus par les journalistes travaillant dans les villes mexicaines hôtes de la Coupe du monde, notamment pour les reporters couvrant les liens potentiels entre le football et le crime organisé.

Human Rights Watch a adressé une lettre au président de la FIFA, Gianni Infantino, le 6 avril, pour lui poser des questions détaillées sur les mesures prises par la FIFA pour protéger la liberté de la presse, notamment pour savoir si elle a mis en place des protocoles d'intervention si des journalistes sont arrêtés, expulsés ou se voient refuser l'entrée sur le territoire, et si elle s'engage à organiser régulièrement des conférences de presse ouvertes à tous les médias tout au long du tournoi.

La FIFA a répondu qu'elle « dispose de mécanismes et de procédures pour répondre à tout incident en matière de droits humains ou de protection [safeguarding], y compris ceux impliquant des journalistes ».

« Les journalistes qui couvrent cette Coupe du monde ne manqueront pas de sujets à couvrir, mais encore faut-il qu’ils puissent accéder au tournoi et mener leurs enquêtes librement », a conclu Minky Worden. « Notre Guide pour les journalistes a pour but de s’assurer que les médias ont toutes les informations nécessaires pour couvrir non seulement les matchs de la Coupe du monde, mais aussi tout ce qui se passe en dehors des stades. »

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Articles

Mediapart/AFP -  Libération -  Figaro -  Ouest-France

Radio-Canada.ca - L'Équipe - Flashscore

27.04.2026 à 12:25

Les restrictions imposées par les talibans hantent les Afghanes en dehors du pays

Human Rights Watch

Click to expand Image La présentatrice de télévision Khatereh Ahmadi, portant un voile qui lui couvre le visage, lit les informations à Kaboul, en Afghanistan, le 22 mai 2022. © 2022 Ebrahim Noroozi/AP Photo

Alors que je correspondais avec un journaliste local en Afghanistan au sujet d’un rapport récent dont j'étais l'auteure, j’ai reçu une demande choquante : « Pourrions-nous avoir un commentaire vidéo sur votre nouveau rapport — non pas de votre part, mais de la part d’un homme de Human Rights Watch ? »

J’ai relu le message avec colère. Bien que je sois l’auteure du rapport en tant que chercheuse sur l’Afghanistan pour Human Rights Watch, le média souhaitait qu’un collègue masculin s’exprime à ma place. Malheureusement, la raison derrière cette demande est une réalité que de nombreuses Afghanes à travers le monde vivent au quotidien.

J’ai fini par apprendre que ce média avait reçu pour instruction du ministère taliban de la Propagation de la vertu et de la prévention du vice (PVPV) que toute femme afghane, quel que soit son lieu de résidence, devait apparaître en hijab intégral, le visage couvert, lorsqu’elle s’exprimait à l’antenne.

Au lieu d’être reconnue comme une experte du pays, j’ai été, comme toutes les femmes en Afghanistan, réduite à cette seule identité et ne pouvais donc m’exprimer dans les médias qu’aux conditions fixées par les talibans. Le message était clair : le simple fait d’être une femme afghane suffisait à justifier mon silence, même en dehors du pays.

Près de cinq ans après la prise de pouvoir des talibans en Afghanistan, il ne subsiste pratiquement plus aucune liberté d’expression significative à l’intérieur du pays, en particulier pour les femmes. Les Afghanes se voient interdire l’accès à l’éducation au-delà de la sixième et sont confrontées à de sévères restrictions en matière d’emploi et à une exclusion de la vie publique. Dans certaines provinces, les femmes journalistes ne peuvent pas travailler et les voix des femmes sont bannies de la radio et de la télévision.

Cet incident illustre également l’étendue de l’influence des talibans. Leur système de répression ne s’arrête pas aux frontières de l’Afghanistan, puisqu’ils tentent de contrôler et de réduire au silence les Afghanes à l’étranger en exigeant des médias qu’ils appliquent leurs règles abusives à celles qui s’expriment et dénoncent les exactions des talibans.

En tant que femme afghane et chercheuse à Human Rights Watch, je ne me plierai pas aux règles restrictives des talibans. Mais leurs instructions répressives à l’intention des médias ont de graves implications pour le droit des femmes afghanes à la liberté d’expression, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Les femmes afghanes ne devraient pas avoir à se soumettre à des règles discriminatoires pour exercer leur droit de s’exprimer publiquement. Où que nous soyons, nos voix comptent.

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