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Human Rights Watch News
 
Humans Right Watch enquête sur les violations des droits humains commises à travers le monde

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05.11.2026 à 00:40

États-Unis : Le nouveau Congrès devrait renforcer son rôle de surveillance

Human Rights Watch

Click to expand Image Le Capitole, siège du Congrès américain à Washington, photographié le 4 novembre 2026, au lendemain des élections de mi-mandat (« midterm elections ») tenues à travers les États-Unis. © 2026 Umit Bektas/Reuters

(Washington, 4 novembre 2026) – Le Congrès nouvellement élu aux États-Unis devrait accorder la priorité au respect et à la protection des droits humains, tant à l’intérieur du pays qu’ailleurs dans le monde, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Lors des élections de mi-mandat (« midterm elections ») du 3 novembre, les candidats du Parti démocrate ont remporté une majorité de sièges à la Chambre des représentants, ainsi qu’au Sénat. 

« Ce Congrès nouvellement élu se réunira à un moment critique pour les droits humains, tant au niveau national qu’international », a déclaré Michael García Bochenek, directeur par intérim du programme États-Unis à Human Rights Watch. « Les législateurs devraient dénoncer les nombreux abus commis par l’administration Trump, faire usage du pouvoir de surveillance dont ils disposent, et agir fermement pour assurer le respect et la pleine protection des droits humains. » 

Les législateurs devraient aborder la question des nombreux abus commis dans le cadre de la restriction de l’immigration par le Département de la sécurité intérieure (Department of Homeland Security, DHS) et ses deux agences, le Service de l'immigration et des douanes (Immigration and Customs Enforcement, ICE) et le Service des douanes et des patrouilles frontalières (Customs and Border Patrol, CBP). Parmi ces abus figurent des arrestations arbitraires, des homicides illégaux et des opérations lors desquelles des personnes ont été grièvement blessées. Le nouveau Congrès devrait rétablir et renforcer les mécanismes de transparence et de surveillance, et mettre en place des protections efficaces contre le recours excessif à la force ; il devrait aussi veiller à ce que les responsables de l’application de la loi et les agents impliqués dans des violations graves des droits humains, au cours des deux dernières années, rendent des comptes. 

Le futur président de la Commission de surveillance de la Chambre des représentants, le député Robert Garcia, a déclaré qu’il se concentrerait notamment sur « les abus du DHS et de l’ICE », et a recommandé aux responsables des ces agences de « faire appel à un avocat ». 

« Le nouveau Congrès devrait donner la priorité à une surveillance rigoureuse du Département de la sécurité intérieure, ainsi que des ministères de la Justice et de la Défense », a déclaré Michael Bochenek. « Le Congrès devrait rétablir pleinement les organes de surveillance qui ont été vidés de leur substance. Sans une surveillance rigoureuse et une stricte obligation de rendre des comptes, les pratiques abusives risquent de se poursuivre en toute impunité. »

Le nouveau Congrès devrait également exiger des mesures visant à réparer et à remédier aux préjudices et aux abus commis par l’administration Trump au cours de son second mandat, a déclaré Human Rights Watch. Parmi ces abus figurent des formes de discrimination en matière de droit de vote, de maintien de l’ordre, d’éducation et de logement.

Afin d’entamer la reconstruction de l’infrastructure fédérale des droits civiques nécessaire pour lutter contre la discrimination, que l’administration Trump a démantelée, le Congrès devrait organiser des auditions concernant l’effondrement des ressources nécessaires au ministère de la Justice, au ministère de l’Éducation, au ministère du Logement et du développement urbain, ainsi qu’à la Commission pour l’égalité des chances en matière d’emploi (Equal Opportunity Employment Commission, EEOC). Le Congrès devrait allouer à ces agences des crédits explicitement destinés à faire respecter les droits civils ; il devrait aussi adopter une législation permettant aux citoyens d’intenter une action en justice en vertu de la loi sur les droits civils afin de faire valoir les préjudices subis du fait de l’impact disparate des précédentes mesures gouvernementales.

Le précédent Congrès n’a pas surveillé ou contrôlé de manière adéquats les actions de l’administration Trump, notamment quand celle-ci a commis de graves violations du droit de la guerre en Iran et mené des frappes meurtrières illégales contre des embarcations dans le Pacifique et les Caraïbes ; ces attaques ont tué plus de 240 personnes, lors d’opérations constituant des exécutions extrajudiciaires. Le précédent Congrès a également supervisé le démantèlement de l’aide étrangère américaine ; il a approuvé un projet de loi autorisant le gouvernement à récupérer environ 9 milliards de dollars précédemment alloués à l’aide étrangère, y compris un soutien essentiel en faveur des droits humains. Le nouveau Congrès devrait examiner les possibilités de rétablir le financement de l’aide étrangère, en particulier pour les programmes en faveur des droits humains, lors des futurs processus d’affectation des crédits. 

Le nouveau Congrès devrait également exiger que le ministère de la Défense publie son rapport sur la frappe illégale menée en février dernier contre une école primaire à Minab, dans le sud de l’Iran ; cette frappe a fait plus de 150 morts, dont la plupart étaient des enfants. Le Congrès devrait aussi examiner la possibilité que le démantèlement des structures visant à limiter les dommages causés aux civils ait pu contribuer à d’autres frappes illégales, a ajouté Human Rights Watch. 

L’administration Trump a en outre expulsé des dizaines de milliers de personnes étrangères vers des pays tiers, dont elles n’étaient pas originaires ; dans certains pays tiers, ces personnes ont été exposées au risque d’abus et de renvoi vers leur propre pays, bien qu’elles puissent y être persécutées. L’administration Trump a envoyé des ressortissants vénézuéliens au centre de détention CECOT au Salvador, où certains ont été systématiquement torturés et soumis à d’autres abus, notamment des violences sexuelles. Le nouveau Congrès américain devrait renforcer sa surveillance de la politique étrangère, et de la coopération avec d’autres pays en matière de sécurité, selon Human Rights Watch. 

« Les nouveaux membres du Congrès devraient renforcer l’engagement de cette institution à protéger les droits de chaque personne aux États-Unis », a conclu Michael Bochenek. « Le Congrès devrait également s’appuyer sur cette approche en soutenant une politique étrangère respectueuse des droits. »

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04.11.2026 à 21:15

COP31 : Les droits humains, enjeu clé de la lutte contre le changement climatique

Human Rights Watch

Click to expand Image Une jeune fille dans son petit bateau de pêche, au large de la province de Malaita, aux îles Salomon. © 2025 NowHere Media/Human Rights Watch

(Istanbul) – (Istanbul, le 4 novembre 2026) – Les gouvernements participant à la 31ème Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP31) devraient agir d’urgence pour protéger les droits des communautés déplacées par la crise climatique et veiller à ce que les organisations de la société civile puissent participer aux négociations, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. 

La COP31 se tiendra du 9 au 20 novembre à Antalya, en Turquie, sous la présidence conjointe de ce pays et de l’Australie, qui représentera la région Pacifique. Les pays et les fonds climatiques internationaux participant aux négociations devraient s’assurer que les discussions soient guidées par les besoins des communautés qui sont les premières à subir les impacts, ainsi que par les limites qu’il convient de fixer à l’extraction de carburants fossiles, et non pas par les intérêts des grandes entreprises.

« L’intensification des impacts du changement climatique déracine déjà des communautés entières, et pourtant les personnes qui subissent ces répercussions sont trop souvent exclues des décisions qui déterminent leur avenir », a déclaré Maria Laura Canineu, directrice adjointe de la division Environnement et droits humains à Human Rights Watch. « Les États réunis à Antalya devraient mettre les communautés affectées au centre de leur lutte contre le changement climatique, en veillant à ce que les financements destinés à l’adaptation bénéficient aux communautés déplacées, et en défendant la capacité de la société civile à demander des comptes aux dirigeants de leurs gouvernements. » 

Les priorités de Human Rights Watch en vue de la COP31 s’appuient sur ses recherches de terrain, menées depuis de nombreuses années, notamment sur ses multiples entretiens avec des habitants déplacés, des représentants des peuples autochtones, des défenseurs de l’environnement et des activistes de la société civile.

Environ 3,5 milliards de personnes vivent déjà dans des lieux ou situations très exposés aux impacts du changement climatique. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), l’organe des Nations Unies qui évalue les éléments scientifiques concernant le changement climatique, a averti que même si l’on pouvait compter sur des mesures d’urgence prises par les États pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, les températures continueraient à augmenter, et que les impacts climatiques – depuis les tempêtes tropicales jusqu’à l’augmentation du niveau de la mer – étaient déjà en train de rendre moins sûrs les lieux de vie de nombreuses personnes, sachant que les peuples autochtones sont touchés de façon disproportionnée.

SOLWATA Documentaire immersif sur la crise climatique

Lors de la COP31, Human Rights Watch présentera Solwata, un documentaire de 25 minutes sous forme de réalité virtuelle, avec l’acteur et défenseur des droits humains Mark Ruffalo comme narrateur et producteur exécutif, et produit en collaboration avec le studio XR NowHere Media et avec Agog:The Immersive Media Institute. Ce documentaire immersif est fondé sur les recherches menées par Human Rights Watch sur Walande, une communauté vivant dans les Îles Salomon, nation insulaire du Pacifique qui a été forcée de planifier sa réinstallation lorsque des marées géantes et l’augmentation du niveau de l’océan se sont mises à éroder la petite île qui était son foyer.

Le déplacement planifié de communautés entières vers des terres plus sûres est déjà d’actualité – y compris à Panama, au Sénégal et aux Philippines, de même qu’aux Îles Salomon – et l’on s’attend à ce que ce phénomène s’accroisse à l’échelle du globe. Cependant, peu de pays sont dotés de politiques nationales protégeant les droits des communautés qui se réinstallent et les financements climatiques profitent rarement directement aux communautés qui prévoient de se déplacer. Sans politiques adéquates ni accès direct aux financements, les communautés forcées de se déplacer font souvent face, dans les lieux où elles se réinstallent, à de nouvelles menaces pesant sur leurs droits humains.

À la COP31, les banques de développement multilatérales et les fonds climatiques internationaux devraient fortement augmenter les financements totaux destinés à la réadaptation climatique, y compris les réinstallations prévues, et veiller à ce que les communautés situées en première ligne aient directement accès aux financements afin d’exercer leur droit collectif à l’autodétermination. Le financement de ces mécanismes devraient intégrer des conditions de sauvegarde imposant que les réinstallations prévues soient considérées comme des mesures de dernier recours, une fois tous les efforts d’adaptation épuisés, qu’elles nécessitent un consentement libre, préalable et éclairé, et qu’elles garantissent un accès suffisant au logement, aux moyens de subsistance, à l’alimentation, à l’éducation, aux soins médicaux et à la préservation culturelle.

Si l’on veut des mesures climatiques respectueuses des droits, cela nécessite que les activistes, journalistes, défenseures des droits humains et représentantes des peuples autochtones y participent pleinement et significativement. Pourtant, la répression par les autorités turques de la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique suscite de graves inquiétudes sur la capacité de la société civile indépendante à participer à la COP31 en sécurité. 

Les autorités turques sont depuis longtemps connues pour leur répression de la libre expression, leur dispersion rapide et brutale de manifestations pacifiques et leur emprisonnement de défenseurs de l’environnement. « Le gouvernement turc, ignorant la nécessité de préserver l’environnement, s’est retourné contre certains de ses citoyens qui protestent contre des préjudices environnementaux touchant leurs communautés », a déclaré Deniz Bayram, chercheuse adjointe de la division Europe et Asie centrale Human de Rights Watch. « Les États participant à la COP31 devraient élever la voix contre la répression des défenseures de l’environnement et faire comprendre à leurs hôtes turcs que la participation de la société civile est essentielle pour atteindre les objectifs de la conférence. »

Des restrictions à l’égard de la société civile ont, à plusieurs reprises, entaché les précédents sommets climatiques de l’ONU, notamment à travers des barrières arbitraires en matière d’enregistrement, la surveillance ou la détention.

Par ailleurs, en dépit du consensus scientifique qui règne au sein du Groupe d’experts sur le changement climatique, selon lequel l’objectif de limitation du réchauffement à 1,5 °C interdit de mener de nouveaux projets d’extraction de pétrole, gaz ou charbon, la présidence assurée conjointement par la Turquie et l’Australie n’a pas appelé les pays à s’éloigner des carburants fossiles. En même temps, la Turquie poursuit ses plans néfastes d’extension préjudiciable d’une centrale à charbon, malgré des décisions de justice ayant rejeté des évaluations erronées de l’impact environnemental qui donnaient le feu vert à ce type de projet. De son côté, l’Australie a continué à accroître son extraction de charbon malgré un jugement de la Cour suprême énonçant que l’État était responsable des émissions issues de la combustion du charbon exporté.

La combustion du charbon émet une pollution atmosphérique dangereuse qui nuit gravement à la santé publique, en particulier pour les groupes à risque comme les enfants, les personnes âgées et les personnes ayant des maladies chroniques, a déclaré Human Rights Watch.

Le droit international relatif aux droits humains, y compris le droit internationalement reconnu à un environnement propre, sain et durable, ainsi que le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC), obligent les États à coopérer à l’échelle internationale afin de mobiliser des financements climatiques et de prévenir les répercussions prévisibles sur les droits humains. Selon le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), auquel l’Australie et la Turquie sont des États parties, et la Convention européenne des droits de l’homme, à laquelle la Turquie est un État partie, les autorités ont l’obligation légale de respecter les droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique de tous les participants de la COP31, à l’intérieur et à l’extérieur de la conférence.

« Les communautés situées en première ligne des impacts climatiques sont celles qui savent le mieux ce dont elles ont besoin pour survivre et s’adapter avec dignité », a conclu Maria Laura Canineu. « Le secrétariat de la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, ainsi que les États participant à la COP31, devraient presser publiquement les autorités turques de garantir le respect de la liberté d’expression à Antalya, afin que les organisations de la société civile et les communautés puissent aussi y être entendues. »

04.11.2026 à 06:00

Burkina Faso : Un groupe armé islamiste a ciblé des civils

Human Rights Watch

Click to expand Image Une vue du département de Ouahigouya, au Burkina Faso, le 25 octobre 2021. © 2021 Nicolas Maeterlinck/Belga Mag/AFP via Getty Images Un groupe armé lié à Al-Qaïda a tué au moins 27 civils lors de deux attaques menées dans la province du Yatenga, dans le nord du Burkina Faso, en septembre 2026.Les attaques illégales menées sans relâche par le GSIM exposent les civils à de graves risques à travers le Burkina Faso. Le droit de la guerre interdit d’attaquer des civils, et les individus qui ordonnent, commettent ou aident à commettre des violations graves du droit de la guerre avec une intention criminelle peuvent faire l’objet de poursuites pour crimes de guerre.Les autorités burkinabè devraient d’urgence renforcer la protection des communautés menacées, enquêter sur les abus et juger les responsables lors de procès équitables.

(Nairobi) – Un groupe armé lié à Al-Qaïda a tué au moins 27 civils lors de deux attaques menées dans la province du Yatenga, dans le nord du Burkina Faso, en septembre 2026, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Ces attaques ont violé le droit international humanitaire, et sont susceptibles de constituer des crimes de guerre.

Le 1er septembre, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM ou Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin, JNIM) a attaqué un site d’extraction d’or à Soubo, dans le département de Ouahigouya, tuant 24 civils, en blessant au moins 20 autres et incendiant des biens. Le 5 septembre, trois civils à moto, dont un enfant, ont été tués par une arme explosive sur un chemin de terre près du village de Mera, également dans le département de Ouahigouya. Selon les habitants de la région, le GSIM y avait placé un engin explosif improvisé (EEI).

« Les attaques illégales menées sans relâche par le groupe armé GSIM exposent les civils à de graves risques à travers le Burkina Faso », a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch. « Les autorités devraient d’urgence renforcer la protection des communautés menacées, enquêter sur les abus et juger les responsables lors de procès équitables. »

Click to expand Image Graphique © 2026 Human Rights Watch.

En septembre et en octobre, Human Rights Watch a mené des entretiens à distance avec 15 personnes, dont 4 témoins de l’attaque de Soubo et 3 témoins de l’attaque de Mera, ainsi que des défenseurs des droits humains et des journalistes. Human Rights Watch a vérifié et géolocalisé quatre vidéos mises en ligne montrant les conséquences de l’attaque de Soubo, et a analysé des images satellite et des données de détection d’incendies afin de corroborer les témoignages.

Le 1er septembre, vers 1 heure du matin, plus de 60 combattants du GSIM circulant à moto ont pris d’assaut un site d’exploitation artisanale d’or, situé à environ 1,5 kilomètre au nord-ouest du village de Soubo. Ils ont tiré sur les civils qui dormaient et travaillaient sur place, ainsi que sur ceux qui tentaient de s’enfuir.

« J’ai vu des dizaines de blessés, beaucoup par balles, d’autres qui sont tombés en fuyant et ont eu leurs jambes ou bras fracturés », a raconté un homme de 45 ans. Il a ajouté que les personnes blessées par balle avaient été soignées au centre hospitalier universitaire régional de Ouahigouya. Des témoins ont indiqué que l’attaque avait duré environ deux heures. Craignant de nouvelles attaques, les habitants sont restés éloignés du site minier pendant deux à trois jours.

Au cours de l’attaque, les combattants du GSIM ont détruit des centaines de structures temporaires, telles que des hangars et des huttes, ainsi que des motos et des outils d’exploitation minière.

Dans sa réponse du 30 septembre ( en anglais et en arabe) à un courrier de Human Rights Watch, le Comité chariatique du GSIM a reconnu que les forces du GSIM avaient attaqué Soubo, mais a affirmé que les victimes étaient des membres des milices alliées au gouvernement, connues sous le nom de Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), et « non des civils ». Cependant, des témoins ont indiqué à Human Rights Watch que les militaires et les VDP n’étaient pas présents pendant l’attaque ni stationnés sur le site, même s’ils patrouillaient parfois dans les environs.

Les sites miniers sont des sources de revenus lucratives pour le GSIM au Burkina Faso. Le groupe armé exploite les économies minières pour générer des revenus par la « taxation » et l’extorsion, recruter de nouveaux combattants, garantir l’approvisionnement en biens essentiels et étendre son contrôle territorial.

Des témoins ont expliqué que, selon eux, le GSIM, qui compte de nombreux Peuls parmi ses combattants, avait attaqué le site en représailles au ciblage des Peuls par l’armée depuis 2022. Des communautés peules, ont-ils précisé, avaient également travaillé sur ce site d’extraction d’or, mais elles avaient été tuées et victimes d’autres abus de la part des militaires et des VDP, qui les considéraient comme des collaborateurs du GSIM. Un homme de 45 ans a raconté que, alors qu’il se cachait dans une fosse pour éviter de se faire tirer dessus, il a entendu un combattant dire : « Vous nous avez chassés, mais vous n’exploiterez pas cet endroit. »

Le 5 septembre, vers 9 h 30, une arme explosive s’est déclenchée alors que des personnes circulaient à moto sur un chemin de terre situé à environ trois kilomètres du village de Mera, sur la route conduisant à Soubo et à Sissamba. Le conducteur, âgé de 40 ans, et ses deux passagers, une femme de 65 ans et un garçon de 5 ans, ont été tués. Mera se trouve près du site minier de Soubo, dans une zone où les combattants du GSIM mènent fréquemment des attaques.

Des témoins ont déclaré qu’ils n’avaient noté la présence d’aucun combattant du GSIM à proximité au moment de l’explosion, mais qu’ils avaient vu au moins quatre combattants circuler sur la piste à bord de deux motos la veille au soir.

Un motocycliste de 40 ans a raconté : « J’ai vu une [autre] moto devant moi avec trois personnes dessus et, soudain, il y a eu une explosion… La poussière s’est soulevée comme un tourbillon. J’ai entendu un grand boum qui m’a fait tomber [de la moto ]L’explosion a secoué le sol. »

Human Rights Watch n’a pas pu vérifier de manière indépendante le type d’arme explosive utilisée ni la manière dont elle a été déclenchée. Cependant, le GSIM a mené à plusieurs reprises des attaques au Burkina Faso à l’aide d’EEI.

Un rapport de 2025 d’International Campaign to Ban Landmines, une coalition mondiale d’organisations non gouvernementales, dont Human Rights Watch, qui se consacre à l’éradication des mines antipersonnel et des bombes à sous-munitions, a signalé l’utilisation d’EEI par le GSIM au Burkina Faso. En 2024, le Burkina Faso figurait parmi les pays ayant le taux de victimes le plus élevé – plus de 200 – dû aux mines antipersonnel et aux restes explosifs de guerre dans le monde.

Toutes les parties au conflit armé au Burkina Faso sont soumises à l’article 3 commun aux Conventions de Genève de 1949 et au droit international humanitaire coutumier. Le droit de la guerre interdit d’attaquer des civils, de piller et de détruire des biens civils. Les individus qui ordonnent, commettent ou aident à commettre des violations graves du droit de la guerre avec une intention criminelle peuvent faire l’objet de poursuites pour crimes de guerre. Le gouvernement burkinabè a l’obligation d’enquêter sur les crimes de guerre présumés commis sur son territoire et d’en poursuivre les responsables de manière appropriée.

« Les forces du GSIM devraient immédiatement cesser les attaques illégales contre les civils et sanctionner de manière appropriée les commandants responsables », a conclu Ilaria Allegrozzi. « Les autorités du Burkina Faso devraient d’urgence renforcer les efforts de déminage et accroître l’aide aux victimes d’attaques aux EEI. »

Informations complémentaires

Depuis le début de son insurrection au Burkina Faso en 2017, le GSIM a attaqué à plusieurs reprises des civils et déplacé de force des dizaines de milliers de personnes. Les forces armées du Burkina Faso et les VDP ont également commis de graves abus contre des civils, en particulier des Peuls, lors d’opérations menées contre des groupes armés islamistes. Dans un rapport publié en avril, Human Rights Watch a documenté le fait que l’armée burkinabè et les milices alliées ont ciblé les communautés peules en raison de leur soutien présumé aux groupes armés islamistes, conduisant au nettoyage ethnique de communautés entières.

L’organisation non gouvernementale Armed Conflict Location and Event Data (ACLED) a rapporté que le GSIM a mené 125 attaques au Burkina Faso entre janvier et août, entraînant la mort de 188 civils, dont au moins 16 dans des attaques aux EEI.

Les engins explosifs peuvent être conçus ou fabriqués pour être déclenchés par la présence, la proximité ou le contact d’une personne. Ces mines antipersonnel actionnées par la victime sont interdites au niveau international, qu’elles soient assemblées en usine ou improvisées à partir de matériaux disponibles localement. Elles peuvent également être déclenchées à distance par divers moyens peu complexes ou par un simple minuteur.

Les EEI actionnés par les victimes sont, par nature, des armes à effet indiscriminé et sont interdits par la Convention sur l’interdiction des mines antipersonnel, que le Burkina Faso a ratifiée en 1988.

Soubo, province du Yatenga, 1er septembre

Des témoins ont déclaré avoir identifié les assaillants grâce à leurs vêtements, notamment des turbans et un drapeau blanc portant une inscription noire, caractéristique du GSIM.

« Ils portaient des armes et des turbans », a raconté un mineur artisanal (appelé artisan minier au Burkina Faso, ou orpailleur). « Ils ont crié “Allah Akbar” et ont tiré sur les gens au hasard. » Il est avéré que le GSIM opère dans cette zone, et y mène des attaques contre les forces de sécurité gouvernementales et les civils.

« Les assaillants ont commencé en tirant partout, puis ils sont passés de hangar en hangar », a relaté la propriétaire d’un restaurant âgée de 37 ans. « Je me suis couchée dans mon restaurant et ils sont venus me trouver. […] Ils ont tiré à bout portant sur deux de mes clients, qui sont tombés devant moi. » Elle a ajouté que, lorsque les combattants du GSIM ont incendié son restaurant, elle a dû se lever pour échapper aux flammes. Un combattant a voulu la tuer, mais un autre lui a dit de la laisser partir parce qu’elle était une femme. « Ils m’ont dit : “Dis à vos maris de ne plus venir ici. Ces lieux sont pour nous.” »

Lorsque les habitants qui avaient fui le lieu de l’attaque sont revenus, ils ont retrouvé les corps des victimes gisant au sol ou à l’intérieur des fosses de la mine. « Je suis retourné sur le site trois jours plus tard et j’ai constaté les énormes dégâts, un site couvert de cendres », a décrit un orpailleur de 40 ans. « J’ai vu au moins 20 corps. Ils étaient gonflés et il en émanait une odeur nauséabonde. J’ai aidé à ramasser les corps et à les transporter pour les enterrer. » Des habitants ont indiqué que les corps ont été enterrés dans les cimetières des villages voisins de Soubo, Pirgo et Sissamba.

En juin, le ministre de l’Administration territoriale du Burkina Faso avait publié un décret suspendant les activités d’exploitation minière artisanale dans le département de Ouahigouya du 1er juillet au 30 septembre, afin de protéger les mineurs « des risques d’éboulements élevés pendant la période hivernale ». Cependant, selon les habitants, environ un millier de personnes – principalement des orpailleurs, mais aussi des commerçants, des propriétaires de petits restaurants et des enfants – se trouvaient sur le site au moment de l’attaque. Ils ont expliqué que les personnes avaient continué à travailler malgré le décret de suspension des autorités, car les fonctionnaires ne s’étaient jamais rendus sur le site pour faire appliquer la suspension ou vérifier que les activités avaient bien cessé.

« Les terroristes ont incendié de nombreux biens : des hangars abritant de petits restaurants, des motos, de petites maisons en paille, des moulins, des pompes à eau et d’autres équipements », a déploré l’orpailleur de 40 ans. « Le feu s’est propagé d’un hangar à l’autre. Mon fût et mon hangar ont également été incendiés. »

Human Rights Watch a analysé les données satellite de la NASA et a trouvé des signes de nombreux incendies sur le site minier de Soubo le 1er septembre 2026, à 1 h 11, heure locale, ce qui corrobore les témoignages.

Human Rights Watch a également vérifié et géolocalisé quatre vidéos publiées sur TikTok les 2 et 4 septembre, montrant les destructions sur le site minier. Cependant, on ne voit sur les vidéos qu’une petite partie des destructions observables sur les images satellite. Sur les images enregistrées le 10 octobre, des centaines de structures sont détruites ou ne sont plus visibles, avec des traces d’incendie sur et autour des structures partiellement endommagées, tandis que d’autres sont complètement détruites. Les images satellite enregistrées avant l’attaque, le 26 août, montrent que le site comptait au moins 800 structures, ce qui concorde avec les témoignages selon lesquels au moins 1 000 personnes se trouvaient sur le site.

Click to expand Image Image satellite enregistrée le 10 octobre 2026, montrant des centaines de structures détruites ou n’étant plus visibles sur le site de la mine d’or de Soubo, à la suite de l’attaque menée par le GSIM le 1er septembre 2026.  Image satellite © 2026 Planet Labs PBC. Analyse et graphique © 2026 Human Rights Watch.

Human Rights Watch a examiné une liste fournie par des habitants avec les noms de 24 victimes, toutes des civils, dont trois femmes, âgées de 31, 36 et 37 ans, et 21 hommes, âgés de 27 à 45 ans.

Mera, province du Yatenga, 5 septembre

Un agriculteur de 43 ans, qui travaillait dans un champ avec d’autres hommes près de la route, a expliqué qu’il s’est précipité sur les lieux après avoir entendu l’explosion. « Arrivés, nous avons constaté un grand trou d’au moins un mètre de profondeur », a-t-il raconté. « Quelques morceaux des restes de la femme n’étaient pas loin du trou ; il ne restait plus rien du corps de la femme. L’homme avait été projeté loin du trou, près des buissons, tout comme l’enfant, qui avait perdu ses membres inférieurs. »

« L’explosion m’a coupé le souffle, la poussière m’a rempli la gorge et je ne voyais plus rien », a déclaré un homme de 37 ans. « Les débris sont montés très haut avant de retomber un peu partout. J’ai senti une odeur âcre et piquante, comme du soufre. » Il a ajouté qu’avec d’autres personnes, ils ont « pris des bâches en plastique, ramassé les corps et les parties de corps, et procédé à l’enterrement le jour même, juste après 14 heures, dans le village de Yaoua ».

Des témoins ont indiqué qu’après l’explosion, des soldats sont arrivés sur les lieux. L’agriculteur a raconté : « Les militaires sont intervenus après l’explosion pour sécuriser la zone, ont cherché d’autres engins explosifs improvisés et en ont désamorcé trois, afin que nous puissions ramasser les corps en toute sécurité et les enterrer. »

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