27.04.2026 à 15:00
Human Rights Watch
(Berlin) – La Coupe du monde masculine de football de 2026 se déroulera dans un contexte marqué par des pratiques abusives en matière d’immigration aux États-Unis, de nouvelles menaces pesant sur la liberté de la presse, la discrimination, ainsi que le non-respect par la FIFA et les villes hôtes de leurs engagements en matière de droits humains, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch, à l’occasion de la publication d’un guide destiné aux journalistes couvrant le tournoi. Le tournoi débutera le 11 juin 2026 dans 16 villes hôtes au Canada, aux États-Unis et au Mexique.
Le « Guide pour les journalistes pour la Coupe du monde de football de 2026 au Canada, aux États-Unis et au Mexique » (en anglais), qui compte 79 pages, résume les conclusions de Human Rights Watch quant à la situation des droits humains dans les trois pays hôtes et aux risques particuliers que les politiques du gouvernement américain font peser sur les journalistes, les supporters, les joueurs et les communautés d’immigrés. Ce guide décrit par ailleurs la réponse insuffisante de la FIFA face aux risques pour les droits humains liés aux abus commis par l’administration du président américain Donald Trump à l’encontre des immigrés, ainsi que son incapacité à respecter ses engagements en matière de droits humains pour le tournoi.
« Cette Coupe du monde devait être la première dotée d'un cadre de protection des droits humains, comprenant des mesures essentielles de protection des travailleurs, des supporters, des joueurs et des communautés », a déclaré Minky Worden, directrice des Initiatives mondiales chez Human Rights Watch. « Au lieu de cela, la répression brutale menée par l'administration américaine en matière d'immigration, ses politiques discriminatoires et ses menaces à l'encontre de la liberté de la presse font que le tournoi risque d'être marqué par l'exclusion et la peur. »
Les États-Unis accueilleront la grande majorité des matchs de la Coupe du monde, soit 78, y compris les demi-finales et la finale. Depuis son investiture en janvier 2025, Donald Trump a mis en place des politiques et des mesures abusives visant les immigrés, les manifestants, les défenseurs des droits humains, les personnes transgenres ainsi que la société civile. En outre, les supporters de dizaines de pays se heurtent à des interdictions de visa.
Les personnes issues de communautés immigrées qui se rassemblent dans les stades ou les zones réservées aux supporters pour soutenir leur équipe nationale et célébrer leur héritage culturel sont exposées à un risque accru d'abus. Sont également exposées à ce risque les personnes que les agents perçoivent comme des immigrés en raison de leur couleur de peau, de la langue qu'elles parlent ou de leur lieu de travail. Du 20 janvier au 10 mars 2025, l’agence ICE (Immigration and Customs Enforcement – services d'immigration et de douane) a arrêté au moins 167 000 personnes dans et autour des 11 villes des États-Unis où se dérouleront les matchs, selon les données de l’ICE fournies en réponse à une demande d’accès à l’information adressée au Deportation Data Project et analysées par Human Rights Watch.
La liberté de la presse aux États-Unis subit également de nouvelles pressions intenses. Parmi les cas préoccupants figurent l’arrestation et la détention de Mario Guevara, un journaliste lauréat d’un Emmy Award, à Atlanta, ville hôte de la Coupe du monde, en juin 2025. Il aurait été arrêté pour avoir filmé une manifestation politique, puis transféré sous la garde de l’ICE et expulsé vers le Salvador. En mars 2026, Estefany Rodríguez, une journaliste qui couvrait les raids de l'ICE contre les immigrés, aurait été arrêtée sans que ses ravisseurs ne présentent de mandat. Human Rights Watch a documenté que des agents américains ont tiré des gaz lacrymogènes, des balles au poivre, des projectiles en mousse dure et des grenades assourdissantes directement sur des manifestants, des journalistes et d'autres observateurs, souvent à bout portant et souvent sans avertissement suffisant ni provocation.
La FIFA n'a pas pris de mesures suffisantes pour répondre à ces risques. À l'exception d'un seul, les comités organisateurs des villes hôtes de la Coupe du monde n'ont pas présenté de plans d'action en matière de droits humains tels que la FIFA l'avait promis avant le tournoi, ou ont élaboré des plans qui ignorent certains risques ou ne les traitent pas de manière adéquate, notamment ceux auxquels sont confrontés les immigrés, les personnes LGBT et les journalistes.
La FIFA elle-même n'a pas déployé d'efforts significatifs pour user de son influence afin de pousser l'administration Trump à revenir sur ses politiques abusives ou à les suspendre. Au contraire, en décembre 2025, elle a décerné à Trump le premier Prix de la paix de la FIFA. Human Rights Watch a exhorté la FIFA à convaincre l'administration Trump d'instaurer une « trêve de l'ICE », qui comprendrait une garantie publique des autorités fédérales de s'abstenir de mener des opérations de contrôle de l'immigration lors des matchs et sur les sites où ils se déroulent.
« Cette Coupe du monde 2026 risque d’offrir une vitrine de “sportswashing” à l'administration Trump », a ajouté Minky Worden. « La FIFA devrait prendre des mesures plus efficaces pour protéger les athlètes, les supporters et les travailleurs contre les politiques abusives du gouvernement américain. »
La Coupe du monde 2026 sera la première à se dérouler simultanément dans trois pays, ce qui pose des défis logistiques sans précédent aux professionnels des médias chargés de la couvrir. Les journalistes devront franchir des frontières internationales soumises à des régimes d'immigration, des exigences en matière de visas et des conditions de liberté de la presse différents, et ce parfois à plusieurs reprises au cours du tournoi.
Le Mexique reste l'un des pays les plus dangereux au monde pour les médias. L'organisation de défense de la liberté de la presse Article 19 a signalé que sept journalistes ont été tués au Mexique en 2025. L'impunité pour ces meurtres reste la norme. Le Congrès mexicain a adopté une loi en 2025 qui confère aux autorités un pouvoir pratiquement illimité pour accéder aux informations sur les citoyens sans autorisation judiciaire, ce qui porte atteinte à la liberté des médias. La FIFA n'a pas abordé les risques directs encourus par les journalistes travaillant dans les villes mexicaines hôtes de la Coupe du monde, notamment pour les reporters couvrant les liens potentiels entre le football et le crime organisé.
Human Rights Watch a adressé une lettre au président de la FIFA, Gianni Infantino, le 6 avril, pour lui poser des questions détaillées sur les mesures prises par la FIFA pour protéger la liberté de la presse, notamment pour savoir si elle a mis en place des protocoles d'intervention si des journalistes sont arrêtés, expulsés ou se voient refuser l'entrée sur le territoire, et si elle s'engage à organiser régulièrement des conférences de presse ouvertes à tous les médias tout au long du tournoi.
La FIFA a répondu qu'elle « dispose de mécanismes et de procédures pour répondre à tout incident en matière de droits humains ou de protection [safeguarding], y compris ceux impliquant des journalistes ».
« Les journalistes qui couvrent cette Coupe du monde ne manqueront pas de sujets à couvrir, mais encore faut-il qu’ils puissent accéder au tournoi et mener leurs enquêtes librement », a conclu Minky Worden. « Notre Guide pour les journalistes a pour but de s’assurer que les médias ont toutes les informations nécessaires pour couvrir non seulement les matchs de la Coupe du monde, mais aussi tout ce qui se passe en dehors des stades. »
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Articles
Mediapart/AFP Libération Ouest-France
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27.04.2026 à 12:25
Human Rights Watch
Alors que je correspondais avec un journaliste local en Afghanistan au sujet d’un rapport récent dont j'étais l'auteure, j’ai reçu une demande choquante : « Pourrions-nous avoir un commentaire vidéo sur votre nouveau rapport — non pas de votre part, mais de la part d’un homme de Human Rights Watch ? »
J’ai relu le message avec colère. Bien que je sois l’auteure du rapport en tant que chercheuse sur l’Afghanistan pour Human Rights Watch, le média souhaitait qu’un collègue masculin s’exprime à ma place. Malheureusement, la raison derrière cette demande est une réalité que de nombreuses Afghanes à travers le monde vivent au quotidien.
J’ai fini par apprendre que ce média avait reçu pour instruction du ministère taliban de la Propagation de la vertu et de la prévention du vice (PVPV) que toute femme afghane, quel que soit son lieu de résidence, devait apparaître en hijab intégral, le visage couvert, lorsqu’elle s’exprimait à l’antenne.
Au lieu d’être reconnue comme une experte du pays, j’ai été, comme toutes les femmes en Afghanistan, réduite à cette seule identité et ne pouvais donc m’exprimer dans les médias qu’aux conditions fixées par les talibans. Le message était clair : le simple fait d’être une femme afghane suffisait à justifier mon silence, même en dehors du pays.
Près de cinq ans après la prise de pouvoir des talibans en Afghanistan, il ne subsiste pratiquement plus aucune liberté d’expression significative à l’intérieur du pays, en particulier pour les femmes. Les Afghanes se voient interdire l’accès à l’éducation au-delà de la sixième et sont confrontées à de sévères restrictions en matière d’emploi et à une exclusion de la vie publique. Dans certaines provinces, les femmes journalistes ne peuvent pas travailler et les voix des femmes sont bannies de la radio et de la télévision.
Cet incident illustre également l’étendue de l’influence des talibans. Leur système de répression ne s’arrête pas aux frontières de l’Afghanistan, puisqu’ils tentent de contrôler et de réduire au silence les Afghanes à l’étranger en exigeant des médias qu’ils appliquent leurs règles abusives à celles qui s’expriment et dénoncent les exactions des talibans.
En tant que femme afghane et chercheuse à Human Rights Watch, je ne me plierai pas aux règles restrictives des talibans. Mais leurs instructions répressives à l’intention des médias ont de graves implications pour le droit des femmes afghanes à la liberté d’expression, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Les femmes afghanes ne devraient pas avoir à se soumettre à des règles discriminatoires pour exercer leur droit de s’exprimer publiquement. Où que nous soyons, nos voix comptent.
23.04.2026 à 20:16
Human Rights Watch
(La Haye) – La confirmation par la Cour pénale internationale (CPI), le 23 avril, de toutes les accusations de crimes contre l’humanité portées contre l’ex-président philippin Rodrigo Duterte est une étape cruciale pour rendre justice aux victimes de la « guerre contre la drogue » menée dans ce pays, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.
Trois juges de la chambre préliminaire ont unanimement constaté qu’il y existait des motifs substantiels de penser que Duterte avait commis des crimes contre l’humanité, notamment des meurtres et tentatives de meurtres, lorsqu’il était maire de Davao, puis président, dans le contexte de la campagne dite « guerre contre la drogue », entre novembre 2011 et mars 2019. Les juges de la CPI annonceront ultérieurement l’ouverture du procès de Duterte.
« La décision de la CPI de renvoyer l’affaire Duterte en procès ouvre la voie à la justice attendue depuis longtemps par les familles des victimes de la “guerre contre la drogue”, et reconnaît leurs souffrances », a déclaré Maria Elena Vignoli, conseillère juridique senior auprès du programme Justice internationale à Human Rights Watch. « Le procès de Duterte enverra un message fort : aucun responsable de crimes graves n’est au-dessus des lois, ni aux Philippines ni ailleurs, et la justice finira par les rattraper. »
La décision de confirmer les chefs d’accusation contre Duterte fait suite à une audience qui s’est tenue du 23 au 27 février et lors de laquelle les juges de la chambre préliminaire ont entendu le Bureau du procureur, les avocats de la défense de Duterte ainsi que les représentants des victimes, afin de déterminer s’il convenait d’envoyer l’affaire en jugement. Le Bureau du procureur avait alors présenté des éléments de preuve étayant trois chefs d’inculpation relevant de meurtres et de tentatives de meurtres présumés commis au cours de 49 incidents spécifiques à l’encontre de 78 victimes. Cependant, le Bureau avait également indiqué qu’il ne s’agissait pas d’une liste exhaustive et qu’il pourrait tâcher de présenter, lors du procès, de nouveaux incidents et de nouvelles victimes, dans le cadre des accusations confirmées.
La décision définitive confirmant les chefs d’accusation contre Duterte peut faire l’objet d’un appel, avec l’autorisation de la chambre préliminaire.
Duterte a été arrêté à Manille le 11 mars 2025 par les autorités philippines, agissant conformément à un mandat d’arrêt adressé par les juges de la CPI à l’Organisation internationale de police criminelle (Interpol). Il est demeuré depuis lors en détention à La Haye.
Le Bureau du Procureur a ouvert une enquête sur les crimes commis aux Philippines et relevant de la compétence de la Cour en septembre 2021. L’enquête est en cours et couvre les crimes présumés commis de novembre 2011 jusqu’au 16 mars 2019, veille de l’entrée en vigueur du retrait des Philippines du Statut de Rome, le traité fondant la CPI. Le 22 avril 2026, la chambre d’appel de la CPI a émis une décision confirmant que la Cour conservait sa compétence vis-à-vis des crimes présumés commis jusqu’à l’entrée en vigueur du retrait du Statut de Rome.
L’actuel président philippin, Ferdinand Marcos Jr., n’a jamais renié la « guerre contre la drogue » comme politique publique et n’a toujours pas abrogé les décrets et autres déclarations de politique émis par Duterte lorsqu’il était président. Le président Marcos devrait annoncer officiellement la fin de la « guerre contre la drogue » et ordonner d’enquêter sur les policiers et les autres agents impliqués dans des exécutions illégales. Marcos devrait par ailleurs entamer le processus de ré-adhésion des Philippines au Statut de Rome, afin de faire preuve d’un engagement en faveur de la justice internationale et de la lutte contre l’impunité des crimes atroces, a déclaré Human Rights Watch.
La décision d’envoyer l’affaire contre Duterte en jugement survient à un moment où la CPI fait face à une pression extrême et essuie des attaques contre son indépendance. En décembre 2025, un tribunal russe a reconnu coupable par contumace le Procureur de la CPI et huit juges de la Cour et les a condamnés à des peines de prison, en représailles du mandat d’arrêt international contre le président de la Russie, Vladimir Poutine.
En février 2025, le président des États-Unis, Donald Trump, a émis un décret présidentiel autorisant les sanctions à l’encontre de responsables de la CPI et d’autres personnes appuyant son travail. Ce décret montre clairement que l’administration Trump s’efforce de protéger les responsables américains et israéliens des inculpations dont ils pourraient faire l’objet devant la CPI. Depuis, le gouvernement des États-Unis a infligé des sanctions au procureur de la CPI, aux deux procureurs adjoints, à huit juges de la Cour, à une experte des Nations Unies et à trois importantes organisations palestiniennes de défense des droits humains.
« Envoyer l’affaire Duterte en jugement réaffirme le rôle crucial de la CPI en tant que tribunal de dernier recours, à même d’enquêter sur les crimes les plus graves et de les poursuivre », a conclu Maria Elena Vignoli. « Les pays membres de la CPI devraient redoubler d’efforts pour protéger la Cour et tous ceux qui soutiennent son travail, afin qu’elle puisse remplir son mandat salvateur, aux Philippines et ailleurs. »
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Le Monde France24