15.06.2026 à 06:00
Human Rights Watch
(New York) – Au moins 8 500 attaques contre l’éducation ont été menées dans le monde en 2024-2025, soit une hausse de plus de 40 % par rapport à la précédente période de deux ans, selon le rapport « Education Under Attack 2026 » (« Attaques contre l'éducation 2026 »), publié aujourd’hui par la Coalition mondiale pour la protection de l’éducation contre les attaques (Global Coalition to Protect Education from Attack, GCPEA). Ces attaques ont touché plus de 10 600 élèves, enseignants et autres membres du personnel éducatif dans 83 pays, dont 55 pays qui ne sont pas en situation de conflit armé actif.
« Nous pensons que l’augmentation réelle du nombre d’attaques est encore plus élevée », a déclaré Felicity Pearce, chercheuse principale pour la rédaction de ce rapport. « L’escalade des conflits, la restriction de l’accès humanitaire et les fréquentes censures de l’information signifient que de nombreuses attaques ne sont jamais signalées. »
Dans un contexte d’insécurité et d’instabilité accrues dans le monde, les niveaux de conflit ont atteint leur plus haut niveau depuis la Seconde Guerre mondiale. La GCPEA a recensé le plus grand nombre d’attaques en Colombie, en République démocratique du Congo, en Éthiopie, en Haïti, en Palestine et en Ukraine. Rien qu’en Ukraine, plus de 900 attaques contre des écoles ont été enregistrées. En Palestine, plus de 2 000 attaques ont visé le secteur de l’éducation, et à la fin de l’année 2025, presque toutes les écoles de Gaza avaient été endommagées ou détruites. Haïti, dont la situation est présentée pour la première fois dans l’édition 2026 de ce rapport, a subi plus de 400 attaques. Les plus grands nombres de personnes tuées ou blessées ont été recensés au Myanmar, au Nigeria, au Yémen et au Cameroun.
Les filles et les femmes ont été exposées à des risques accrus de violence et d’exclusion, notamment lors d’attaques ciblées contre des écoles de filles et des violences sexuelles liées aux conflits au Cameroun, en République centrafricaine, en Colombie, en Haïti et au Nigeria. En Afghanistan, les autorités ont fermé les écoles pour filles au-delà de la sixième année scolaire et ont arrêté des enseignantes, poursuivant ainsi leur offensive contre l’éducation des filles.
Le nombre de cas d’utilisation d’écoles à des fins militaires a presque doublé ; le GCPEA a recensé plus de 1 900 cas, la Colombie, la RD Congo et l’Éthiopie étant particulièrement touchées. L’occupation d’écoles par des forces armées ou des groupes armés perturbe non seulement l’éducation et endommage des infrastructures éducatives vitales, mais elle accroît également les risques de recrutement d’enfants, de violences sexuelles et d’attaques de représailles.
Le rapport souligne également l’utilisation croissante d’armes explosives dans les zones peuplées, y compris des explosifs lancés par des drones, lors d’environ 300 attaques contre des établissements scolaires. Plusieurs attaques ont été menées pendant les heures de cours, tuant des élèves et des enseignants et forçant la fermeture prolongée des écoles.
Le GCPEA appelle tous les États à adhérer à la Déclaration sur la sécurité dans les écoles, et exhorte les gouvernements, les agences des Nations Unies et les bailleurs de fonds à prendre cinq mesures urgentes :
Renforcer les protections juridiques pour les enfants et les systèmes éducatifs.Mettre fin à l'utilisation d’écoles à des fins militaires.Maintenir et protéger la surveillance des attaques à travers le monde.Préserver l'éducation pendant les cycles électoraux.Financer les systèmes d'alerte précoce et d'action préventive.« Ce à quoi nous assistons, c’est la destruction des espoirs et de l’avenir des enfants, l’éducation en soi étant prise pour cible », a déclaré Lisa Chung Bender, directrice exécutive de la GCPEA. « Il s’agit souvent d’attaques délibérées. Ne pas les empêcher relève d’un choix politique, et les conséquences marqueront les générations à venir. »
La Coalition mondiale pour la protection de l’éducation contre les attaques (GCPEA) est une coalition d’agences des Nations Unies et d’organisations non gouvernementales visant à protéger l’éducation dans les situations d’urgence. Ce rapport 2026 est le huitième de la série « Education Under Attack ». Il analyse les tendances mondiales et dresse le profil des attaques et de l’utilisation militaire d’écoles et d’universités dans 28 pays. Le rapport 2026 a bénéficié du généreux soutien de la fondation Education Above All, de l’ONG Education Cannot Wait, et du gouvernement norvégien.
……………….
12.06.2026 à 21:20
Human Rights Watch
Le gouvernement américain prévoit d’importants investissements dans des minéraux critiques en République démocratique du Congo, tout en affirmant que les entreprises américaines contribueront à « la paix, la prospérité et la dignité » de la région. Mais pour qu’une telle contribution au développement économique soit efficace, les gouvernements américain et congolais devraient s’attaquer aux schémas persistants de corruption et d’atteintes aux droits humains dans le secteur minier.
Lors d’une réunion de son conseil d’administration qui s’est tenue le 3 juin, l’US Development Finance Corporation, une institution financière du gouvernement américain, a décidé d’ajouter 900 millions d’USD à un investissement existant de 600 millions d’USD dans l’Orion Critical Mineral Consortium, un fonds basé à New York. Le consortium a annoncé plusieurs investissements majeurs en RD Congo, dont un projet de participation dans des mines appartenant à la multinationale Glencore.
La RD Congo dispose de vastes gisements de minéraux critiques utilisés pour la défense, l’intelligence artificielle, les transports et d’autres industries, mais son secteur minier est depuis longtemps marqué par la corruption. Lors d’une audience publique avant la réunion du conseil d’administration, Human Rights Watch et Resource Matters, un groupe basé en RD Congo et à Bruxelles, ont appelé à consulter les communautés et les activistes congolais sur les risques liés aux droits humains et à la corruption avant la finalisation des investissements.
Nous avons également exprimé des inquiétudes sur le fait que, pour faciliter une transaction entre Orion et Glencore, le gouvernement américain pourrait assouplir les sanctions contre l’homme d’affaires israélien Dan Gertler. En 2017, le département du Trésor américain a sanctionné Dan Gertler – qui touche toujours des redevances liées à la production dans deux mines appartenant à Glencore – en vertu de la loi américaine Global Magnitsky Act. Le département du Trésor américain a déclaré que Dan Gertler « a amassé sa fortune grâce à des centaines de millions de dollars de transactions opaques et entachées de corruption dans le secteur minier et pétrolier » en RD Congo.
L’assouplissement des sanctions contre Dan Gertler porterait atteinte à la responsabilisation en matière de corruption en RD Congo, et affaiblirait la crédibilité des sanctions anti-corruption américaines dans le monde entier. Si le gouvernement et les investisseurs américains tiennent réellement à favoriser une paix et une prospérité durables en RD Congo, ils devraient lutter de manière efficace contre la corruption et renforcer le respect des droits humains dans le secteur minier.
12.06.2026 à 21:10
Human Rights Watch
(Genève, 12 juin 2026) – L’adoption par l’Organisation internationale du travail (OIT) d’un nouveau traité mondial visant à garantir des conditions de travail décentes dans l’économie des plateformes numériques (« gig economy » en anglais) constitue une avancée majeure pour la protection des droits de millions de travailleurs à travers le monde, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.
Le 12 juin, lors de la 114ème session de la Conférence internationale du Travail à Genève, les délégués ont adopté la Convention n° 193 de l’OIT sur le travail décent dans l’économie des plateformes (angfra). Il s’agit du premier traité mondial à établir des normes de travail contraignantes dans l’économie des plateformes numériques (aussi appelé économie des petits boulots, ou travail à la demande, en anglais « gig economy » ou « gig work »). Cette convention comble des lacunes de longue date en matière de protection des travailleurs dont les emplois sont gérés par le biais de plateformes numériques, notamment en ce qui concerne les questions de rémunération, de conditions de travail sûres, de santé, de sécurité sociale, et de gestion algorithmique de leurs tâches, et de classification correcte de ce type d’emploi, une question clé pour déterminer si les travailleurs bénéficient des protections auxquelles ils ont droit. Le texte a été adopté à l’issue d’un vote de 406 voix pour, 8 votes contre et 36 abstentions.
« L’adoption de ce traité marque un tournant pour des millions de travailleurs des plateformes qui se voient refuser la protection du travail », a déclaré Lena Simet, conseillère senior sur les questions de justice économique à Human Rights Watch. « Les gouvernements ont reconnu que les entreprises ne peuvent pas utiliser les nouvelles technologies comme une faille pour contourner les droits des travailleurs, notamment le droit à un salaire équitable, à des conditions de travail sûres et à la sécurité sociale. »
Les gouvernements devraient ratifier sans délai la convention et la transposer dans leur législation nationale, a déclaré Human Rights Watch. Les gouvernements devraient veiller à ce que les travailleurs et leurs organisations soient pleinement associés à la mise en œuvre et à l’application de la convention au niveau national.
Cette convention est le fruit d’un processus qui a duré plusieurs années. En 2023, le Conseil d’administration de l’OIT a inscrit cette question à l’ordre du jour, ce qui a conduit à deux cycles de négociations, en 2025 et 2026. Tout au long de ce processus, Human Rights Watch a contribué ses propres recommandations, appelant à des protections solides pour les travailleurs des plateformes, conformes à leurs droits humains.
Le travail de l’économie des plateformes connaît une croissance rapide dans le monde entier, qu’il s’agisse de services de taxi, de livraison de repas, de soins ou de tâches liées aux données en ligne. Un rapport publié par la Banque mondiale estime qu’« environ 154 millions à 435 millions de personnes » dans le monde sont des « travailleurs à la demande en ligne » (« online gig workers »). Ainsi que l’ont documenté Human Rights Watch, d’autres organisations de défense des droits humains et des syndicats, ces travailleurs sont souvent confrontés à des revenus faibles et imprévisibles, à des conditions de travail dangereuses, à l’absence de sécurité sociale et à peu de recours lorsque les entreprises leur coupent l’accès au travail sans justification.
Bon nombre de ces entreprises traitent les travailleurs comme des travailleurs autonomes ou des prestataires indépendants, bien qu’elles contrôlent, par le biais de systèmes automatisés, des aspects essentiels de leur travail : rémunération, attribution des tâches, suivi des performances, évaluations, et parfois suspension ou désactivation des comptes. Cela prive souvent les travailleurs de protections qui seraient garanties par le droit du travail, et leur fait supporter des coûts et des risques liés à leur activité.
La nouvelle convention aborde directement cette question en exigeant des gouvernements qu’ils prennent des mesures pour garantir que les travailleurs de la plateforme soient correctement classés, principalement en fonction de la manière dont leur travail est effectué et rémunéré.
La large portée de la convention est également significative. Elle s’applique aux travailleurs des plateformes dans l’économie formelle et informelle, y compris le travail effectué en personne, comme les services de taxi et de livraison, ou en ligne, comme l’étiquetage de données, la modération de contenu ou d’autres tâches numériques.
Certaines protections s’appliquent indépendamment de la classification. Il s’agit notamment de la liberté d’association et de la négociation collective, de l’élimination du travail forcé et du travail des enfants, de la non-discrimination et d’un environnement de travail sûr et sain. Ces protections sont importantes car certains de ces travailleurs peuvent rester en dehors d’une relation de travail même lorsque les règles de classification sont correctement appliquées.
D'autres protections sont liées au statut professionnel. Le traité exige que les travailleurs soient rémunérés en temps voulu et qu'ils reçoivent des informations claires sur leur salaire et les éventuelles retenues. Les employeurs doivent verser aux personnes relevant d'une relation de travail au moins le salaire minimum applicable, hors pourboires, ainsi qu'une indemnisation pour les frais liés au travail, conformément à la législation et aux pratiques nationales. Pour les travailleurs qui ne sont pas considérés comme des salariés, les gouvernements devraient examiner si le salaire minimum devrait également s'appliquer. Le traité comble une lacune majeure pour de nombreux travailleurs, en garantissant l’accès à la sécurité sociale à des conditions non moins favorables que celles dont bénéficient les personnes ayant le même statut professionnel.
La convention exige en outre que les entreprises informent les travailleurs des systèmes automatisés utilisés pour surveiller ou évaluer leur travail ou pour générer des décisions liées à leur travail, ainsi que de la manière dont ces systèmes affectent les conditions de travail ou l’accès à l’emploi. Elle prévoit le droit des travailleurs de demander une explication écrite et un réexamen, avec une intervention humaine appropriée, des décisions automatisées importantes qui ont un impact négatif sur leur travail, y compris le non-paiement, la suspension ou la désactivation.
En outre, la convention garantit des mesures de protection des droits à la vie privée et des données personnelles des travailleurs, ainsi qu’une protection contre les suspensions, désactivations ou licenciements discriminatoires ou autrement illégaux.
« Depuis trop longtemps, les travailleurs des plateformes servent de cobayes pour le déploiement d’outils de gestion algorithmique qui utilisent leurs propres données pour saper leurs drois et les exploiter », a déclaré Tom West, directeur de programme chez Privacy International. « Cette convention reconnaît la nécessité de la transparence, de la responsabilité et des droits liés aux données personnelles pour redéfinir les règles du jeu. C’est maintenant au tour des gouvernements et des employeurs d’améliorer leurs propres règles, réglementations et pratiques afin de mettre un terme à l’usage abusif d’algorithmes dans le monde du travail. »
Le traité prévoit des protections spécifiques pour les travailleurs migrants et réfugiés des plateformes, exigeant des gouvernements qu’ils préviennent les abus et fournissent des protections adéquates lors du recrutement, de l’embauche et du travail. Human Rights Watch a documenté le fait que les livreurs migrants au Moyen-Orient peuvent être confrontés à des dettes liées au recrutement, à une chaleur dangereuse, à l’absence de sécurité sociale et à un manque de recours lorsque les plateformes ou les intermédiaires ne les protègent pas.
Le processus de l’OIT devait aboutir, parallèlement à la convention, à une recommandation non contraignante qui aurait fourni des orientations plus détaillées sur sa mise en œuvre, mais celle-ci n’a pas été finalisée faute de temps. Les futures négociations devraient donner la priorité à l’achèvement de ce travail.
Parmi les pays ayant voté pour la convention figuraient l’Australie, l’Espagne, l’Indonésie, le Mexique, la Namibie, et Oman. Les pays ayant voté contre le traité comprenaient les États-Unis et la Nouvelle-Zélande. Les pays s’étant abstenus comprenaient l’Argentine, le Bangladesh, le Chili, la Libye et le Royaume-Uni. Au cours des négociations, les représentants des employeurs et un petit nombre de gouvernements ont cherché à limiter la portée des droits en plaidant pour des règles plus souples et moins contraignantes, tandis que les représentants des travailleurs et la majorité des gouvernements ont appelé à des protections plus solides pour mettre fin aux violations des droits.
« L’adoption de cette convention marque un tournant historique, et elle doit désormais se traduire par des changements concrets dans la vie des travailleurs », a conclu Lena Simet. « Alors que l’IA et la gestion automatisée façonnent de plus en plus le monde du travail, les gouvernements devraient agir rapidement pour ratifier et appliquer la convention, notamment en veillant à ce que les entreprises ne puissent pas utiliser des labels contractuels ou des algorithmes opaques pour priver les travailleurs des protections auxquelles ils ont droit. »
...................