07.07.2026 à 23:38
Human Rights Watch
Le 22 juin, l’Union européenne a accueilli une délégation de responsables talibans à Bruxelles, pour la première fois depuis le retour au pouvoir des talibans en Afghanistan en août 2021. La Commission européenne a qualifié cette rencontre de « technique » et axée sur les retours de certains Afghans dans leurs pays ; un porte-parole des talibans a évoqué une « visite historique », constituant une étape vers la normalisation des relations consulaires avec les pays de l’UE.
Les négociations ont eu lieu malgré les informations dont dispose l’UE sur le bilan effroyable des talibans en matière de droits humains, et les critiques fréquentes exprimées par l’Union à cet égard. Le porte-parole des talibans a déclaré que les discussions ont notamment porté sur la conclusion d’un accord visant à garantir un « processus de retour digne » d’Afghans dans leur pays.
Le droit international interdit aux gouvernements de procéder à un refoulement, c’est-à-dire le renvoi forcé vers un pays où une personne subirait un risque réel de persécution, de torture ou d’autres mauvais traitements, ou une menace pour sa vie.
L’Afghanistan n’est pas un pays sûr pour un retour forcé. De nombreuses preuves indiquent que les forces de sécurité des talibans ont détenu et torturé des personnes qui ont été contraintes de retourner en Afghanistan. Les talibans ont restreint la liberté de la presse et ont arbitrairement détenu des opposants, et des défenseurs des droits humains.
Les talibans ont interdit aux filles et aux femmes l’accès à l’enseignement secondaire et supérieur, et ont imposé aux femmes de sévères restrictions à l’emploi et à la liberté de circulation. Plusieurs pays de l’UE, dont la Suède, le Danemark, l’Autriche et les Pays-Bas, accordent automatiquement le statut de réfugiée aux femmes afghanes, compte tenu de leur nationalité et de leur genre.
Les problèmes auxquels sont confrontées les personnes qui rentrent en Afghanistan ne se limitent pas aux persécutions et aux mauvais traitements. Les personnes renvoyées à la suite d’expulsions massives menées par le Pakistan et par l’Iran arrivent souvent avec peu de ressources en Afghanistan, sans logement et avec un accès limité aux services de base. Elles luttent pour survivre dans un pays confronté à l’effondrement économique, à la réduction de l’aide étrangère, au chômage, à des conditions de sécheresse et à une répression généralisée.
Il existe une contradiction profonde entre le fait de condamner les exactions des talibans et celui de coopérer avec eux pour expulser des personnes vers une situation dangereuse. Si l’UE et ses États membres souhaitent que leur politique à l’égard de l’Afghanistan soit crédible, ils devraient mettre fin à tous les retours forcés vers ce pays ; tout dialogue avec les talibans devrait servir à appeler au respect des droits et à l’obligation de rendre des comptes, et non à normaliser les retours forcés vers la persécution et les exactions.
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07.07.2026 à 08:00
Human Rights Watch
(Beyrouth) – Ces derniers jours, des tribunaux tunisiens ont condamné huit défenseur-e-s des droits humains à des peines de prison et à des amendes sur la base d’accusations liées à leurs actions en faveur des droits, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch ; parmi ces personnes figurent deux éminentes activistes qui ont été condamnées à des peines sévères.
Le 26 juin 2026, un tribunal de première instance de Tunis a condamné Sihem Bensedrine, ex-présidente de l’Instance Vérité et Dignité, à 25 ans de prison et à une amende, à payer conjointement avec plusieurs autres prévenus, d’un montant d’environ 1,8 milliard de dinars tunisiens (environ 600 millions de dollars US). Trois jours plus tôt, la Cour d’appel de Tunis a confirmé la condamnation de Saadia Mosbah, présidente de l’association antiraciste Mnemty (« Mon rêve » en arabe tunisien), à huit ans de prison et à une amende de 122 000 dinars (environ 41 400 dollars). La Cour a condamné cinq autres membres de Mnemty à des peines de prison allant d’un ans à trois ans, dont certaines avec sursis.
« Ces peines de prison sévères et ces amendes astronomiques constituent un nouveau coup dur pour les défenseur-e-s des droits humains et toutes les personnes qui luttent pour préserver ce qui reste de l’espace civique en Tunisie », a déclaré Bassam Khawaja, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « En s’en prenant à des figures de proue de la défense des droits humains, les autorités étouffent leurs revendications et répriment la quête de justice sociale en Tunisie. »
Ces dernières condamnations ont été prononcées dans un contexte de rétrécissement drastique de l’espace civique et d’attaques croissantes contre les organisations de la société civile et leurs membres en Tunisie. Les autorités tunisiennes devraient immédiatement annuler ces condamnations, libérer les personnes détenues et mettre fin aux poursuites abusives à l’encontre des défenseur-e-s des droits humains.
Sihem Bensedrine, âgée de 75 ans, a comparu devant le tribunal le 25 juin dans le cadre de deux affaires distinctes. Sa condamnation semble constituer une mesure de représailles pour le rôle qu’elle a joué de 2014 à 2018 en tant que présidente de l'Instance Vérité et Dignité, qui s’est employée à établir les responsabilités pour des décennies de violations des droits humains. La loi tunisienne sur la justice transitionnelle accorde l’immunité aux membres de l’Instance, et stipule que les membres et les fonctionnaires ayant exercé une fonction à sa demande ne peuvent être « tenus responsables du contenu des rapports, des conclusions, des avis ou des recommandations exprimés en application des dispositions de la présente loi ».
Dans l’une de ces affaires, les autorités ont inculpé Sihem Bensedrine d’« abus de pouvoir à des fins d’enrichissement personnel ou au profit d’un tiers », de « fraude » et de « faux et usage de faux », en lien avec le rapport officiel de l’Instance. Ces accusations faisaient suite à la plainte déposée en 2020 par un ancien membre de l’Instance, selon laquelle Sihem Bensedrine avait falsifié le rapport final de celle-ci concernant des allégations de corruption au sein du système bancaire. Sihem Bensedrine a été placée en détention provisoire dans le cadre de cette affaire en août 2024, puis remise en liberté à titre provisoire en février 2025 après avoir entamé une grève de la faim.
Dans une autre affaire, les autorités ont inculpé Sihem Bensedrine d’avoir « utilisé sa fonction pour obtenir un avantage indu pour elle-même ou pour un tiers », en lien avec un accord d’arbitrage et de réconciliation conclu par le conseil de l’Instance concernant Slim Chiboub, homme d’affaires et gendre de l’ancien président Zine el-Abidine Ben Ali. L’un de ses avocats a déclaré aux médias que cet accord n’avait jamais été mis en œuvre.
Sihem Bensedrine a été condamnée à 20 ans de prison dans la première affaire et à 5 ans supplémentaires dans la seconde. Elle reste en liberté et a fait appel du verdict.
Sihem Bensedrine a œuvré pendant près de 40 ans pour dénoncer les violations des droits humains en Tunisie et a fait l’objet de représailles répétées de la part des autorités. Elle a été emprisonnée pendant deux semaines en 1987 sous la présidence de Habib Bourguiba, puis à nouveau pendant près de deux mois en 2001 sous le régime autocratique du président Ben Ali. Sihem Bensedrine s’est exilée de 2010 jusqu’à la révolution tunisienne de 2011. Elle a vivement critiqué le président Kais Saied et dénoncé ses « attaques incessantes contre la démocratie ».
Les poursuites et la condamnation de Sihem Bensedrine en lien avec son travail au sein de la l’Instance Vérité et Dignité portent un nouveau coup à la justice transitionnelle en Tunisie, a déclaré Human Rights Watch.
Le 26 juin, le tribunal de première instance de Tunis a condamné d’autres prévenus dans les mêmes affaires, dont Khaled Krichi, avocat et ancien membre de l’Instance Vérité et Dignité qui a été arrêté le 3 juin, à dix ans de prison, en raison de son travail au sein de l’Instance.
Les autorités s’en prennent également à Saadia Mosbah en raison de son engagement en faveur des droits humains et de ses efforts pour lutter contre la discrimination raciale. Elle a contribué à l’adoption d’une loi historique de 2018 visant à éliminer toutes les formes de discrimination raciale. Les autorités tunisiennes ont engagé pour la première fois des poursuites contre Mnemty en mai 2024, dans le cadre d’une répression plus large visant les associations d’aide aux réfugiés et d’une campagne de dénigrement raciste en ligne contre Saadia Mosbah, qui est noire, menée par des comptes de réseaux sociaux pro-gouvernementaux.
Les autorités ont arrêté Saadia Mosbah le 6 mai 2024. Le 16 mai, un procureur a engagé des poursuites contre elle, sept autres membres de Mnemty et leur propriétaire, pour enrichissement illicite, blanchiment d’argent par un groupe organisé et défaut de tenue de registres comptables adéquats. Un juge d’instruction a ordonné la détention de Saadia Mosbah sans audience préalable. Elle est depuis lors détenue arbitrairement, bien que la loi tunisienne limite la détention provisoire à 14 mois.
Saadia Mosbah a été victime de propos racistes et d’agressions de la part de codétenues et de gardiens de prison, a déclaré sa famille à Human Rights Watch. Un tribunal de première instance de Tunis l’a reconnue coupable de ces chefs d’accusation et l’a condamnée à huit ans de prison le 19 mars 2026, peine confirmée par la cour d’appel le 23 juin.
La Cour d’appel de Tunis a également condamné cinq autres membres de Mnemty pour des chefs d’accusation similaires le 23 juin, selon le procès-verbal du verdict, que Human Rights Watch a examiné. Ghofrane Binous a été condamnée par contumace à trois ans de prison. Les peines de Zied Rouin et Fares Gueblaoui, qui ont comparu devant le tribunal, ont été réduites à deux ans de prison avec sursis, et ils ont été condamnés respectivement à une amende de 34 113,50 dinars (environ 11 560 dollars) et de 23 665 dinars (environ 8 020 dollars). Le tribunal a condamné deux autres membres à des peines avec sursis, l’une de deux ans et l’autre d’un an, et a acquitté trois autres personnes. Cinq d’entre elles ont été privées de leur droit de vote et de leur droit d’éligibilité pendant cinq ans, a déclaré un membre de Mnemty à Human Rights Watch.
La Tunisie est un État partie au Pacte international relatif aux droits civils et politiques et à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, qui garantissent les droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion, le droit de ne pas faire l’objet d’une arrestation ou d’une détention arbitraire, ainsi que le droit à un procès équitable.
Dans un rapport de 2025, le Comité des Nations Unies pour l’élimination de la discrimination raciale a recommandé à la Tunisie de revoir son cadre législatif afin de garantir un espace aux organisations de la société civile, notamment celles qui travaillent auprès des groupes ethniques minoritaires, des demandeurs d’asile, des réfugiés et des migrants.
« Les autorités tunisiennes devraient s’efforcer de mettre en œuvre les lois et les mesures pour lesquelles Sihem Bensedrine et Saadia Mosbah ont lutté pendant des décennies, au lieu de démanteler leurs efforts en faveur de l’obligation de rendre de comptes, et contre la discrimination », a conclu Bassam Khawaja. « Les partenaires internationaux de la Tunisie, notamment l’Union européenne, devraient condamner d’urgence la persécution continue des défenseur-e-s des droits humains, et faire pression sur le gouvernement pour qu’il protège l’espace civique. »
06.07.2026 à 16:25
Human Rights Watch
(Nairobi) – Depuis au moins le mois d’avril, les autorités de la région du Tigré, dans le nord de l’Éthiopie, ont enlevé et illégalement enrôlé dans leurs forces des civils, y compris des enfants âgés d’à peine 15 ans, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.
Des membres de communautés de villes et villages de cette région ont signalé que les forces tigréennes et des responsables locaux enlevaient d’anciens combattants ainsi que d’autres hommes et garçons dans la rue, dans des bureaux, lors d’opérations nocturnes menées dans des maisons, ainsi que sur les sites de mines d’or, une source d’emploi essentielle pour les jeunes hommes et garçons de la région.
« La campagne menée par les autorités tigréennes pour recruter de force des hommes et des garçons en tant que membres de leurs forces instaure un climat de peur dans toute la région », a déclaré Laetitia Bader, directrice adjointe de la division Afrique à Human Rights Watch. « Les autorités devraient mettre fin immédiatement à cette campagne, et permettre à ceux qui ont été recrutés illégalement de rentrer chez eux. »
Human Rights Watch a recensé six cas de recrutement forcé, en s’appuyant sur des entretiens à distance menés en juin avec 18 personnes, dont des témoins, des proches de personnes enrôlées, ainsi que des personnes ayant pu éviter un enlèvement ou s’étant enfuies peu après.
Cette campagne de recrutement fait suite à plusieurs mois de tensions croissantes entre le gouvernement fédéral éthiopien et le principal parti politique du Tigré, le Front populaire de libération du Tigré (Tigray People’s Liberation Front, TPLF). Les deux camps se sont affrontés lors du conflit armé de 2020-2022 dans le nord de l’Éthiopie, qui a donné lieu à de nombreuses atrocités, avant de signer un accord de cessez-le-feu en novembre 2022.
Avant le mois d’avril 2026, les responsables locaux avaient eu recours à des réunions publiques, des lettres et des appels téléphoniques pour exhorter des anciens combattants des Forces de défense du Tigré (Tigray Defense Forces, TDF) à se réengager.
Mais début juin, le TPLF a publié une proclamation rendant le service militaire obligatoire. Dans un entretien avec les médias suite aux critiques formulées par Human Rights Watch concernant cette loi, un porte-parole du parti a réfuté les allégations de recrutement forcé, et a affirmé que ceux qui défendaient la région du Tigré le faisaient de leur plein gré.
La campagne s’est intensifiée fin avril avec des rafles massives dans les rues, sur les marchés et sur les sites d’exploitation aurifère. Les personnes interrogées ont déclaré que les autorités locales disposaient d’une liste d’anciens combattants et faisaient appel à des informateurs dans les quartiers, pour identifier des recrues potentielles.
« Trois hommes armés vêtus d’uniformes des TDF … sont venus chez moi », a déclaré un ancien combattant qui a échappé au recrutement dans la zone nord-ouest du Tigré fin avril. « Je n’étais pas le seul : environ 17 autres personnes ont été emmenées avec moi au commissariat de la ville. Il y avait quatre ou cinq jeunes âgés d’environ 16 ou 17 ans avec nous. »
Les autorités locales et les forces de l’ordre ont également procédé à des rafles massives de civils. Un matin vers la fin du mois de juin, un habitant de la ville d’Adi Gudem a vu des policiers locaux, des miliciens et des combattants des TDF enlever des personnes, y compris des travailleurs journaliers et des agriculteurs.
« Les forces armées ont commencé à intercepter des gens aux quatre coins de la ville, même les conducteurs de bajaj [vélo-taxi] », a déclaré cet homme. « Il y a une grave pénurie d’eau à Adi Gudem, et des jeunes qui rendaient service à la communauté avec leurs charrettes [transportant des bidons d’eau] ont également été emmenés. Un propriétaire de charrette a tenté de s’échapper, mais les milices ont commencé à le frapper si violemment qu’il a perdu connaissance. »
Le 22 mai, la police et des membres des TDF ont ordonné aux mineurs travaillant dans une mine d’or artisanale près de Kola Tembien, dans la zone centrale du Tigré, de cesser leur activité, affirmant que le terrain était nécessaire à des projets d’investissement. Deux témoins ont déclaré que, le matin du 25 mai, des dizaines de policiers et des membres des TDF sont revenus, ont rassemblé les mineurs et en ont frappé certains d’entre eux avant de les répartir en fonction de leur wereda (district) d’origine. Un mineur a raconté avoir été emmené dans un bâtiment inachevé et retenu avec environ 50 à 60 autres hommes et garçons de la région de Kola Tembien pendant environ 8 heures.
« Nous avions faim et soif… Un responsable du wereda [district] est venu nous informer que nous allions rejoindre les TDF », a déclaré ce mineur. « Nous nous sommes tous opposés à cette décision… Mais ils étaient armés, et ont commencé à pousser tout le monde dans des camions… Ils roulaient très vite ... Un type a sauté du camion, et est tombé sur la route. Quand nous nous sommes retournés, nous avons vu qu’il ne bougeait plus. »
Ce mineur a lui-même réussi à s’échapper, lorsque le camion a ralenti.
Les personnes interrogées ont déclaré que les nouvelles recrues étaient d’abord détenues arbitrairement dans des bureaux administratifs, des prisons ou des écoles, puis transférées vers des camps militaires pour y suivre une formation dans le nord-ouest et le sud du Tigré. « Mon frère âgé de 29 ans a été emmené », a déclaré un homme. « Nous ne savions pas où il était pendant une semaine. Il a finalement pu emprunter le téléphone d’un garde pour appeler ma mère, et lui a dit qu’il se trouvait dans un camp militaire de la zone sud. » Les anciens combattants enrôlés de force étaient généralement envoyés dans leurs anciennes unités, ou dans un camp militaire.
Des hommes risquant d’être recrutés ont déclaré qu’ils dormaient dehors par crainte d’être emmenés, ou qu’ils fuyaient le Tigré. « Nous ne pouvons pas dormir », a déclaré un travailleur journalier de 30 ans. « Nous devons changer d’endroit chaque nuit. Mais on ne peut pas se sentir en sécurité quand on est en fuite et qu’on se cache. Parce qu’on a laissé des membres de sa famille, comme des petits frères, derrière soi. S’ils ne vous trouvent pas, ils emmènent vos plus jeunes proches. »
Deux personnes interrogées ont déclaré que les forces du Tigré et les responsables locaux de la zone nord-ouest avaient placé en détention des proches de personnes qui avaient échappé au service militaire.
« Mon fils a 19 ans. Je leur ai dit que j’étais pauvre, que je n’avais pas les moyens de l’envoyer au front, mais ils ne m’ont pas crue », a déclaré une femme détenue temporairement dans les locaux de l’administration locale avec d’autres parents, pendant dix jours. « Nous restions là toute la journée, sans nourriture ni eau. Ils nous renvoyaient chez nous le soir. Ils n’arrêtaient pas de nous demander d’amener nos enfants, et si nous ne le faisions pas, nous étions à nouveau détenus là-bas. »
Ce climat de peur touche les communautés de toute la région, a déclaré Human Rights Watch. Certaines familles envoient leurs proches loin de là pour échapper au recrutement forcé. « Mon père a été convoqué au kebele [administration locale] », a raconté un homme de 32 ans. « Les responsables savaient qu’il a un fils en âge de servir, alors ils lui ont dit que je devais rejoindre la lutte. Mon père m’a dit que je devais quitter [cette région]. J’ai déménagé à Addis [la capitale de l’Éthiopie] il y a une semaine. J’ai laissé derrière moi ma femme enceinte. Je n’avais pas les moyens de l’emmener avec moi. »
Un agriculteur de la zone nord-ouest du Tigrée a déclaré : « Les gens ont peur. Cela affecte tant de vies. Qui sait, ils viendront peut-être me chercher un jour. »
Le droit de la guerre interdit le recrutement forcé par des groupes armés non étatiques, considéré comme une « atteinte à la dignité des personnes » en vertu de l’article 3 commun aux Conventions de Genève de 1949. Le recrutement ou l’utilisation d’enfants de moins de 18 ans dans des forces armées, qu’il soit forcé ou volontaire, constitue une grave violation des droits des enfants ; dans le cas d’enfants âgés de moins de 15 ans, il s’agit d’un crime de guerre. En 2014, l’Éthiopie a ratifié le Protocole facultatif à la Convention relative aux droits de l’enfant concernant l’implication d’enfants dans les conflits armés. La récente proclamation du TPLF menaçant de sanctions et de châtiments collectifs les familles de ceux qui se soustraient au service militaire ou désertent constituerait également une violation du droit international.
L’Union africaine et les autres gouvernements soutenant la trêve de 2022, y compris le Kenya, l’Afrique du Sud et les États-Unis, ainsi que l’Union européenne, devraient faire pression sur les autorités tigréennes pour qu’elles mettent fin au recrutement forcé, libèrent tous les mineurs et autres personnes recrutées de force, et annule d’urgence leur proclamation concernant le recrutement. Les observateurs internationaux, notamment ceux du mécanisme de surveillance de l’UA et du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, devraient mener des enquêtes et rendre compte publiquement des allégations de recrutement forcé et d’autres exactions, a déclaré Human Rights Watch.
« La fin des combats actifs au Tigré avait offert l’occasion de reconstruire les vies brisées et la société dans cette région, et d’œuvrer en faveur d’une véritable obligation de rendre des comptes », a déclaré Laetitia Bader. « Alors que les autorités gaspillent cette opportunité et que la possibilité d’une reprise des combats se profile, les gouvernements préoccupés devraient prendre d’urgence des mesures pour prévenir de futures atrocités. »
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Mediapart/AFP Sahel-Intelligence
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