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Human Rights Watch News
 
Humans Right Watch enquête sur les violations des droits humains commises à travers le monde

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02.06.2026 à 04:00

Égypte : Les personnes handicapées face à des obstacles dans le monde du travail

Human Rights Watch

Click to expand Image Un homme atteint d'un handicap physique soudait une pièce métallique d’un fauteuil roulant dans un atelier au Caire, en Égypte, le 8 août 2017 ; cet atelier fabrique divers produits de mobilité pour des personnes handicapées vivant dans des quartiers défavorisés de la capitale.  © 2017 Mohamed Abd El Ghany/Reuters

(Beyrouth, 2 juin 2026) – Les personnes handicapées en Égypte sont confrontées à des entraves systémiques à leur droit au travail, liées a l’insuffisante mise en œuvre de la loi de 2018 sur les droits des personnes handicapées, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Parmi ces difficultés figurent des pratiques d’embauche discriminatoires, des lieux de travail inaccessibles, des obstacles à l’obtention d’une carte nationale confirmant le handicap, des quotas d’emploi non respectés, ainsi que le recours par des employeurs à des emplois factices et sous-payés (afin de remplir les quotas), qui privent ces personnes d’un véritable travail correctement rémunéré.

La loi de 2018 sur les droits des personnes handicapées a considérablement amélioré le cadre législatif régissant ces droits en Égypte, le rapprochant des normes internationales. Cependant, la mise en œuvre de nombreuses réformes se heurte à de sérieux obstacles, exposant les personnes handicapées à un risque accru de chômage, de pauvreté et de précarité économique. En 2025, le gouvernement a proposé des amendements à cette loi, lesquels sont actuellement examinés par le parlement ; certains amendements risquent toutefois de restreindre la définition du handicap, et d’affaiblir le respect des droits des personnes concernées. 

« La loi égyptienne de 2018 sur les droits des personnes handicapées a constitué une importante avancée, mais sa mise en œuvre inadéquate a laissé de nombreuses personnes exclues du marché du travail, confrontées à un chômage persistant et à une marginalisation économique », a déclaré Amr Magdi, chercheur senior auprès de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « L’inclusion exige plus qu’une simple législation. Elle nécessite que le gouvernement fasse respecter la loi, assure un suivi, forme les employeurs et rende les lieux de travail accessibles. »

Human Rights Watch a mené des entretiens avec 17 personnes : 13 personnes en situation de handicap, deux représentants d’organisations égyptiennes de défense des droits des personnes handicapées, un représentant d’une organisation humanitaire internationale, et un ancien haut fonctionnaire égyptien. Le 7 avril, Human Rights Watch a écrit au ministère égyptien de la Solidarité sociale, mais n’a reçu aucune réponse.

D’après une enquête nationale menée par le gouvernement en 2022, les personnes handicapées en Égypte représentent environ 11 % de la population, soit environ 12 millions de personnes, bien que la prévalence du handicap puisse être sous-estimée en raison de la stigmatisation, du sous-diagnostic et d’autres obstacles à la divulgation d’un handicap.

Selon cette enquête, 40 % des personnes handicapées âgées de 4 ans ou plus n’avaient reçu aucune éducation, soit nettement plus que la moyenne de 27 % pour l’ensemble de la population, selon une autre enquête de 2018. Seulement 17 % avaient terminé leurs études secondaires, bien en-deçà de la moyenne de 59 % pour la population masculine âgée de plus de 25 ans. Parmi les personnes handicapées interrogées, 49 % n’avaient pas d’emploi. 

Une étude indépendante menée en 2019 a conclu que 80 % des personnes handicapées vivaient en dessous du seuil de pauvreté national, soit nettement plus que la moyenne de 30 % estimée pour l’ensemble de la population égyptienne. 

La loi n° 10 de 2018 relative aux droits des personnes handicapées a offert pour la première fois un cadre juridique axé sur les droits en matière de handicap. La loi exige que les employeurs comptant au moins 20 salariés de réservent 5 % des postes aux personnes handicapées, alors que la précédente loi de 1975 fixait le seuil minimum à 50 salariés. Cette loi prévoyait une amende de 10 000 à 30 000 livres égyptiennes (environ 190 à 570 dollars US) et/ou une peine de prison pouvant aller jusqu’à un an en cas de non-respect du quota.

Le gouvernement ne publie pas de statistiques périodiques sur le respect de la loi, comme l’exige celle-ci, bien que des sources officielles indiquent que les autorités collectent ces données. Les autorités devraient publier périodiquement des données exhaustives sur les personnes handicapées, y compris leur situation professionnelle et des indicateurs de pauvreté multidimensionnelle, a déclaré Human Rights Watch.

Les 13 personnes en situation de handicap et les experts interrogés ont tous décrit une pratique répandue consistant, pour les employeurs, à embaucher frauduleusement des personnes en situation de handicap sans leur attribuer de véritable travail, souvent à des salaires inférieurs, afin de remplir le quota. Selon l'enquête nationale de 2022 sur les personnes en situation de handicap, 32,2 % des personnes interrogées ont déclaré être employées mais ne pas se voir attribuer de véritable travail. 

Cette pratique renforce les stéréotypes préjudiciables selon lesquels les personnes handicapées ne peuvent pas contribuer au monde du travail, tout en leur refusant un accès égal à un emploi valorisant, à un salaire équitable, à l’indépendance économique, au développement professionnel et à l’inclusion sur le lieu de travail, a déclaré Human Rights Watch.

Un homme malentendant a déclaré qu’une banque l’avait embauché en 2025, aux côtés d’une centaine d’autres personnes handicapées, sans les avoir fait passer d’entretien. Il a indiqué que les responsables de la banque lui avaient dit qu’il recevrait 4 000 livres égyptiennes (80 dollars US) par mois, bien en dessous du salaire minimum égyptien, sans avoir à travailler. « Au cours des quatre dernières années, je me suis senti négligé », a-t-il déclaré. « J’ai des compétences que je n’ai pas pu mettre à profit ni développer. J’ai décidé de démissionner. » 

Certaines personnes interrogées ont déclaré s’être vu attribuer des tâches sans rapport avec leurs qualifications et ne reflétant pas leurs compétences. Un défenseur des droits des personnes handicapées, lui-même malentendant, a déclaré qu’une grande entreprise de communication l’avait affecté à la livraison de petits-déjeuners, malgré ses deux diplômes universitaires. 

Parmi les personnes interrogées dans le cadre de l’enquête nationale de 2022, 34 % ont déclaré penser que les employeurs avaient rejeté leur candidature en raison de leur handicap. et 63 % n’ont pas pu trouver d’emploi adapté. 

Les personnes interrogées ont indiqué que les lieux de travail étaient souvent inaccessibles. Un homme en fauteuil roulant a déclaré avoir refusé une offre d’emploi en raison de l’absence d’aménagements raisonnables, notamment une rampe d’accès et des toilettes accessibles. 

Certains ont déclaré être fréquemment confrontés à la stigmatisation sociale et à la discrimination, notamment à la perception des autorités et des employeurs selon laquelle les personnes handicapées sont incapables de travailler ou moins productives. « Ils nous considèrent comme des personnes incompétentes, mais nous sommes des personnes handicapées qui avons simplement besoin d’outils pour pouvoir accomplir notre travail », a déclaré une femme malentendante qui a indiqué avoir fait face à plusieurs refus pour des emplois pour lesquels elle remplissait pourtant les conditions requises. 

Les personnes handicapées ont déclaré être régulièrement victimes d’incompréhension et de harcèlement au travail de la part de leurs collègues. Une femme malentendante a expliqué que ses collègues pensaient qu’elle les ignorait, lorsqu’elle ne pouvait pas les entendre ou les comprendre. 

En Égypte, les personnes handicapées se heurtent également à des obstacles pour obtenir une Carte de services intégrés condition préalable pour accéder à certains services réservés aux personnes handicapées, comme les soins médicaux spécialisés, l’aide sociale, des exonérations fiscales et douanières, ainsi que des services liés à l’éducation ou à l’emploi.

En vertu de la loi de 2018 et des ses statuts les titulaires de cette carte qui se retrouvent sans emploi et en situation de pauvreté peuvent percevoir environ 700 livres (14 dollars US) par mois dans le cadre du programme de protection sociale Karama. Cependant, à la fin de 2025, seuls environ 10 % des personnes handicapées en Égypte (1,3 million de personnes) avaient pu obtenir une Carte de services intégrés. L'enquête nationale de 2022 a révélé qu'environ 70 % des personnes handicapées ignoraient l'existence de cette carte.

Le ministère de la Solidarité sociale, qui délivre la carte, a affirmé en 2024 que de nombreuses personnes ne la demandent simplement pas. Cependant, les personnes interrogées ont décrit d’importants obstacles, notamment une procédure longue pouvant durer jusqu’à un an ou plus, des coûts élevés pour des examens médicaux non disponibles dans les hôpitaux publics, et l’obligation de refaire toute la procédure lors du renouvellement de la carte. 

Les défenseurs des droits des personnes handicapées ont déclaré que dans certains cas, le ministère appliquait des critères restrictifs pour limiter l’éligibilité à cette carte. Human Rights Watch a examiné une directive du ministère de la Santé enjoignant aux établissements médicaux d’évaluer la perte auditive des demandeurs utilisant une aide auditive à tige, en fonction du degré de perte auditive en décibels, d’une manière susceptible de restreindre fortement l’éligibilité. En outre, un handicap devrait être évalué non seulement par le biais d’une évaluation médicale, mais aussi en tenant compte de certains facteurs sociaux et environnementaux. En mars, le ministère a annoncé des mesures visant à supprimer certains obstacles.

En vertu de la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées, que l’Égypte a ratifiée en 2008, chaque État a l’obligation de garantir l’égalité des chances en matière d’emploi aux personnes handicapées. Les gouvernements sont tenus de promouvoir des politiques d’emploi inclusives et de fournir des aménagements raisonnables pour permettre aux personnes handicapées de bénéficier d’opportunités d’emploi égales à celles des autres personnes. L’Égypte a également l’obligation de garantir le droit à la sécurité sociale, sans discrimination.

« Refuser aux personnes handicapées un accès égalitaire a des opportunités d’emploi, à des lieux de travail inclusifs et à la sécurité sociale perpétue la pauvreté et prive la société égyptienne de talents inexploités », a conclu Amr Magdi. « Investir dans l’accessibilité, dans la formation et dans une véritable inclusion n’est pas seulement un moyen d’améliorer des vies : cela renforce aussi l’économie, et construit un avenir plus juste pour toutes et tous. »

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01.06.2026 à 19:40

Chine : 37 ans après le massacre de Tiananmen, la justice n’a toujours pas été rendue

Human Rights Watch

Click to expand Image Des étudiants chinois dansaient lors d’une manifestation pro-démocratie sur la place Tiananmen, à Pékin, le 22 mai 1989. Treize jours plus tard, dans la nuit du 3 au 4 juin 1989, des chars de l’armée ont investi la place, marquant le début du massacre de la place Tiananmen.. © 1989 Mark Avery/AP Photo

(New York) – Le gouvernement chinois intensifie ses efforts pour effacer le souvenir du massacre de Tiananmen de 1989, tout en renforçant son contrôle social dans tout le pays, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. 

Le massacre de Tiananmen a été déclenché par le rassemblement pacifique d'étudiants, de travailleurs et d'autres personnes sur la place Tiananmen à Pékin et dans d'autres villes chinoises en avril 1989 ; ils réclamaient la liberté d'expression, des réformes démocratiques et la fin de la corruption. Les 3 et 4 juin, des soldats de l’Armée populaire de libération ont ouvert le feu et tué de nombreux manifestants et passants à Pékin. Les autorités chinoises interdisent depuis longtemps les commémorations du massacre en Chine continentale. À ce jour, aucune mesure n’a été prise pour fournir davantage d’informations et une indemnisation aux familles des personnes tuées, ni pour poursuivre les responsables de ces meurtres. 

« En enterrant le passé, le gouvernement chinois enterre également l’espoir d’un futur respect des droits fondamentaux », a déclaré Yalkun Uluyol, chercheur sur la Chine à Human Rights Watch. « Le gouvernement devrait cesser de censurer les informations sur le massacre de Tiananmen, autoriser les commémorations, indemniser les familles des victimes et libérer les personnes emprisonnées pour avoir demandé la justice et la reddition de comptes. »

Le 28 décembre 2025, à Pékin, le Bureau de la sécurité publique a interdit à l’association Mères de Tiananmen d’organiser un rassemblement à l’occasion du Nouvel An ; c’était la première interdiction de ce type depuis que ce groupe de défense des victimes a commencé à organiser de tels rassemblements annuels en 2009. L’association a déclaré avoir constaté « non seulement l’absence de toute initiative sincère de la part du gouvernement pour faire la lumière sur le massacre d’innocents lors du mouvement étudiant de 1989 […], mais aussi la froide réalité de l’abus de pouvoir par les forces de sécurité gouvernementales pour entraver les droits sociaux légitimes des citoyens ».

Le 27 mai 2026, les Mères de Tiananmen ont publié une déclaration, signée par 107 membres, exhortant le gouvernement chinois à « remédier, par des moyens légaux et dans un esprit de paix et de raison, à toutes les blessures et injustices non résolues issues de ces événements, et à rendre la justice et la dignité à chaque famille ayant perdu un être cher ».

En novembre 2025, un événement marquant a été la diffusion non autorisée (suite à une fuite) d’une vidéo de six heures enregistrée en 1990, lors du procès militaire secret du général Xu Qinxian ; selon les médias, il s’était opposé aux ordres des hauts dirigeants chinois d’utiliser la force contre les manifestants de la place Tiananmen. Dans une séquence de cette vidéo filmée le 17 mars 1990, le général Xu déclarait : « J’espérais avant tout résoudre le problème par des moyens politiques… J’avais des doutes quant à savoir si agir de la sorte [en recourant à la force] était bien ou mal… et j’ai fait des suggestions, quinn’ont pas été retenues. L’ordre a été transmis… Quant à moi, en tant que commandant, je ne voulais pas y prendre part. » Xu aurait été condamné à cinq ans de prison, et serait décédé en 2021.

Vidéo de juin 2014, à l’occasion du 25ème anniversaire du massacre de Tiananmen

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Les autorités chinoises censurent strictement tout ce qui concerne la place Tiananmen, y compris la célèbre photo de « l’homme au char » (« Tank Man »). Le média australien ABC a rapporté que même une image représentant une banane devant quatre pommes pouvait être signalée par l’algorithme de censure employé par les autorités chinoises, en tant que possible symbole de Tank Man, face aux 4 chars de l’armée.

À Hong Kong, au cours de plus de trois décennies, les commémorations annuelles du massacre de Tiananmen ont rassemblé des centaines de milliers de personnes. Les autorités de Hong Kong ont d’abord interdit la veillée annuelle en 2020 et 2021, officiellement pour des raisons liées à la pandémie de Covid-19. Puis en 2021, les autorités ont contraint l’Alliance de Hong Kong (Hong Kong Alliance), qui organisait ces commémorations, ainsi que son Musée du 4 juin, à la fermeture. Depuis 2022, le parc Victoria, lieu traditionnel de la veillée, accueille un « Carnaval gastronomique patriotique » aux dates proches de l’anniversaire du massacre.

Le 19 mai, un tribunal de Hong Kong a entendu les plaidoiries finales dans le procès de deux anciens dirigeants de l’Alliance de Hong Kong, Lee Cheuk-yan et Chow Hang-tung, qui sont accusés d’« incitation à la subversion » en vertu de la loi sur la sécurité nationale ; ils encourent une peine pouvant aller jusqu’à 10 ans de prison. Le verdict est attendu en juillet.

Malgré la répression, certaines personnes à Hong Kong ont précédemment tenté de commémorer le massacre. Début juin 2025, la police de Hong Kong a brièvement détenu 10 personnes âgées de 15 à 69 ans, soupçonnées d’« atteinte à l’ordre public », et a arrêté deux autres personnes pour « comportement suspect ». 

Le 4 juin 2025, la police de Hong Kong a également empêché des membres la Ligue des sociaux-démocrates, un parti politique pro-démocratie dissous peu après , de se rendre au parc Victoria pour commémorer le massacre.

Depuis 2020, la censure à Hong Kong concernant le massacre de Tiananmen ressemble de plus en plus aux contrôles stricts imposés depuis longtemps en Chine continentale. En juin 2025, le site Hong Kong Free Press a rapporté que le propriétaire d’une voiture avec la plaque d’immatriculation « US 8964 » (dont les quatre chiffres pouvaient rappeler la date 4.6.89), avait reçu des lettres anonymes contenant ses informations personnelles, des photos de sa voiture et des allégations selon lesquelles il pourrait enfreindre la loi sur la sécurité nationale. En mai 2025, peu avant le 36ème anniversaire du massacre, le propriétaire a expédié son véhicule à l’étranger ; il a expliqué que la situation à Hong Kong « a changé si rapidement […] qu’elle est devenue inacceptable pour ma famille et moi-même ».

Ces dernières années, des groupes de la diaspora et des comptes anonymes sur les réseaux sociaux à travers le monde ont organisé des débats publics, des expositions et des rassemblements, et publié des essais pour commémorer le massacre de Tiananmen. En 2026, des commémorations sont prévues dans plus de 30 villes de sept pays, dont l’Australie, le Canada, les États-Unis Royaume-Uni et Taïwan. 

À la suite du massacre de Tiananmen, le gouvernement chinois a mené une répression à l’échelle nationale ; les autorités ont arrêté des milliers de personnes pour « contre-révolution » et d’autres chefs d’accusation criminels, dont « incendie criminel » et « trouble à l’ordre public ». 

Le gouvernement n’a jamais reconnu sa responsabilité dans le massacre, ni tenu aucun fonctionnaire pour juridiquement responsable de ces meurtres. Il n’a pas enquêté sur les événements, ni publié de données sur les personnes tuées, blessées, victimes de disparitions forcées ou emprisonnées. Les Mères de Tiananmen ont recensé les meurtres de 202 personnes lors de la répression du mouvement à Pékin et dans d’autres villes.

Le gouvernement a ignoré les appels à la justice concernant ce massacre. Les sanctions imposées par le gouvernement américain en réponse au massacre ont été affaiblies ou contournées au fil des ans. L’absence de sanctions internationales significatives a facilité le bilan déplorable de Pékin en matière de droits humains au cours des décennies qui ont suivi, a déclaré Human Rights Watch.

Le gouvernement chinois devrait prendre les mesures suivantes :

Respecter les droits à la liberté d'expression, d'association et de réunion pacifique, et mettre fin au harcèlement et à la détention arbitraire des personnes qui contestent la version officielle du massacre de Tiananmen ;Rencontrer les membres des « Mères de Tiananmen » et leur présenter des excuses, publier les noms de toutes les personnes décédées ou injustement emprisonnées, et indemniser de manière appropriée les familles des victimes ;Autoriser une enquête publique indépendante sur le massacre de Tiananmen et ses conséquences, et publier sans délai ses résultats et conclusions ;Autoriser sans condition le retour des citoyens chinois exilés en raison de leurs liens avec les événements de 1989 ; etEnquêter sur tous les responsables gouvernementaux et militaires qui ont planifié ou ordonné l'usage illégal de la force meurtrière contre les manifestants, et les poursuivre en justice de manière appropriée.

Les gouvernements étrangers devraient redoubler d’efforts pour demander des comptes au gouvernement chinois au sujet des graves violations commises par le passé. 

« Malgré la censure, l’intimidation et la répression sévère exercées par Pékin, des personnes chinoises et hongkongaises qui vivent aujourd’hui ailleurs, partout dans le monde, continuent de commémorer le massacre de Tiananmen », a conclu Yalkun Uluyol. « Les gouvernements préoccupés devraient reconnaître leurs efforts et faire pression sur le gouvernement chinois pour qu’il assume la responsabilité du massacre, accorde des réparations et traduise en justice les responsables. »

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29.05.2026 à 06:01

Le droit à la santé peu protégé dans les zones de conflit dans le monde

Human Rights Watch

Click to expand Image Un homme afghan regardait les décombres d'un centre de désintoxication détruit par une frappe aérienne menée par l’armée pakistanaise, selon les autorités talibanes, à Kaboul, en Afghanistan, le 17 mars 2026. © 2026 Sayed Hassib/Reuters

(New York, 29 mai 2026) – Dix ans après l’adoption par le Conseil de sécurité des Nations Unies de sa Résolution 2286 afin de protéger les soins de santé dans les conflits armés, les attaques contre les hôpitaux et le personnel de santé se poursuivent, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.

La Résolution 2286, adoptée à l’unanimité le 3 mai 2016, oblige les États à « prévenir et réprimer » les attaques contre les services de santé. Une décennie plus tard, un nouveau rapport de la Coalition pour la protection de la santé lors de conflits (Safeguarding Health in Conflict Coalition, SHCC), un groupe international d’organisations non gouvernementales dont Human Rights Watch, révèle toutefois que les attaques contre les établissements de santé et le personnel médical se poursuivent à un rythme alarmant. Les gouvernements devraient protéger l’état de droit en prévenant efficacement ces attaques illégales, et en sanctionnant les responsables.

« La Résolution 2286 énonce des obligations claires visant à protéger le personnel et les établissements de santé dans les conflits armés, et à respecter le droit international », a déclaré Julia Bleckner, chercheuse senior auprès de l’Initiative pour la santé mondiale à Human Rights Watch. « Dix ans plus tard, non seulement les États membres n’ont pas rempli ces obligations, mais leurs dirigeants semblent peu soucieux tout en violant des lois et des normes. L’obligation de rendre des comptes exige plus que des résolutions. Elle exige des conséquences. »

Attaques contre la santé Dossier web

Human Rights Watch a créé une page web compilant ses recherches sur les attaques contre la santé au cours des dix années qui ont suivi l’adoption de la résolution.

La coalition SHCC a recensé 2 546 incidents signalés d’« attaques contre la santé » dans 33 pays en 2025. Parmi ces cas, 936 incidents étaient caractérisés par le meurtre, l’enlèvement ou l’arrestation de professionnels de santé ou d’humanitaires ; 790 incidents concernaient des attaques contre des infrastructures de santé, notamment des hôpitaux et des cliniques. La coalition a noté que « dans tous conflits examinés, les attaques contre les soins de santé en 2025 ont eu des répercussions interconnectées à travers les systèmes de santé ». Le rapport de SHCC a également révélé que la majorité des attaques avaient été perpétrées par des forces étatiques. Par ailleurs, le 7 mai, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a publié un rapport présentant des conclusions similaires, et soulignant que « [la] forte augmentation des actes de violence contre les services de santé observée depuis 2016 est principalement le fait d’acteurs étatiques ».

Le 19 mai, des représentants des États membres de l’ONU et d’organisations de la société civile se sont réunis à New York pour discuter des lacunes importantes en matière de reddition de comptes, et renouveler leur engagement à prendre des mesures concrètes pour réduire les attaques contre les services de santé.

Tous les gouvernements devraient prendre des mesures urgentes pour se conformer au droit international et aux exigences énoncées dans la résolution 2286, a déclaré Human Rights Watch. Cela implique notamment d’améliorer la collecte de données sur les attaques et les menaces contre les services de santé, d’intégrer des mesures pratiques visant à garantir le respect du droit international dans la doctrine et la formation militaires, d’étendre le droit national afin d’y incorporer les obligations juridiques découlant du droit international des droits humains et du droit humanitaire, et de restreindre la vente et l’exportation d’armes à des contrevenants connus. Les gouvernements devraient rendre compte régulièrement des mesures prises pour se conformer à ces obligations et à d’autres obligations découlant du droit, a déclaré Human Rights Watch.

Depuis plus de 25 ans, Human Rights Watch documente les attaques illégales contre la santé lors de conflits, mettant en évidence leurs graves conséquences ainsi que leur impact durable sur les droits humains bien après la fin du conflit.

En Syrie, les attaques illégales menées par le gouvernement d’Assad et les forces russes contre les établissements et le personnel de santé ont été une caractéristique marquante de la guerre qui a duré près de 14 ans. Ces attaques ont eu des conséquences négatives durables sur le système de santé du pays, et la voie vers la reprise reste incertaine.Au Myanmar, la junte militaire a entravé l’accès aux produits et services médicaux vitaux et décimé le système de santé depuis le coup d’État de 2021, en particulier dans les régions du pays contrôlées par l’opposition. Des années d’attaques illégales contre les services de santé menées par la junte militaire ont entravé les efforts d’urgence visant à répondre efficacement au séisme de mars 2025, qui a fait des milliers de morts et de blessés.À Gaza, les attaques illégales répétées menées par les autorités israéliennes contre les installations et le personnel médicaux ont entraîné l’« effondrement total » du système de santé. Pendant ce temps, des dizaines de milliers de Palestiniens à Gaza – principalement des enfants – continuent de souffrir de maladies d’origine hydrique, en grande partie à cause de la destruction intentionnelle des infrastructures d’approvisionnement en eau et d’assainissement tout au long du conflit.Au Soudan, les Forces armées soudanaises (FAS) et les Forces de soutien rapide (FSR) ont attaqué des infrastructures civiles essentielles à la santé, notamment des hôpitaux et des installations d’approvisionnement en eau. Les parties belligérantes ont délibérément entravé l’acheminement de l’aide et pris pour cible les travailleurs humanitaires. En août 2025, l’organisation Médecins Sans Frontières a été contrainte de fermer l’un de ses hôpitaux au Darfour malgré une épidémie de choléra en cours, à la suite d’une attaque armée à l’intérieur de l’établissement. En mars 2026, une attaque perpétrée contre l’hôpital universitaire d’Al Deain, dans l’est du Darfour, a fait au moins 64 morts et des dizaines de blessés. En Ukraine, les forces russes ont intensifié leurs attaques contre les infrastructures de santé, touchant plus de 2 665 établissements et membres du personnel. Dans les zones occupées, les autorités russes ont également restreint l’accès aux soins de santé afin de contraindre les habitants à accepter des passeports russes, et de renforcer illégalement l’imposition de lois et de structures administratives russes.Les États-Unis, Israël et l’Iran ont frappé des infrastructures civiles essentielles à la santé, notamment des centrales électriques, des usines de dessalement et des ponts. Ces attaques, qui ont violé les lois de la guerre, auront probablement des conséquences négatives durables sur la santé et l’environnement des civils, a déclaré Human Rights Watch. 

Le droit international accorde un statut de protection particulier aux hôpitaux et autres établissements médicaux, au personnel de santé et aux moyens de transport médicaux, tels que les ambulances. Les établissements de santé, le personnel et les moyens de transport ne perdent leur statut de protection que s’ils sont utilisés en dehors de leur fonction humanitaire pour commettre des actes préjudiciables à la partie adverse. Ces attaques peuvent néanmoins être illégales si elles sont aveugles ou disproportionnées. Le droit interdit également les attaques contre les infrastructures civiles essentielles à la survie de la population, telles que les centrales électriques et les installations d’approvisionnement en eau.

Human Rights Watch a également souligné que de telles attaques sont susceptibles de violer le droit international des droits humains, en particulier du droit à la santé. En vertu de ce droit, qui s’applique en temps de conflit parallèlement au droit humanitaire, les États doivent respecter certaines obligations fondamentales qui constituent les niveaux minimaux essentiels de ces droits, dont le non-respect ne peut être justifié, même en temps de conflit. Les niveaux minimaux fondamentaux du droit à la santé comprennent l’accès non discriminatoire aux établissements, biens et services de santé ; à la nourriture, à un abri et à un logement ; à l’assainissement et à l’eau potable ; ainsi qu’aux médicaments essentiels.

« Même en temps de guerre, le droit à la santé doit demeurer intact », a conclu Julia Bleckner. « Les preuves d’attaques contre les services de santé en période de conflit sont accablantes. La seule question est de savoir si les pays agiront contre ces violations, ou s’ils resteront silencieux et laisseront ces attaques se poursuivre en toute impunité. »

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