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Humans Right Watch enquête sur les violations des droits humains commises à travers le monde

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11.02.2026 à 16:25

Australie : Recours excessif à la force contre des manifestants anti-Herzog

Human Rights Watch

Click to expand Image Des personnes qui manifestaient contre la visite en Australie du président israélien Isaac Herzog se retrouvaient face à des policiers à Sydney (État de Nouvelle-Galles du Sud), le 9 février 2026. © 2026 Andrew Quilty

(Sydney, 11 février 2026) – La police de Nouvelle-Galles du Sud a vraisemblablement fait usage d'une force excessive contre des personnes qui manifestaient contre la visite en Australie du président israélien Isaac Herzog, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch.

Une vidéo vérifiée par Human Rights Watch, tournée lors d'un rassemblement à Sydney le 9 février, montre des policiers frappant des manifestants allongés au sol, dispersant violemment des personnes agenouillées en position de prière, courant vers des manifestants et les aspergeant de gaz poivre. Le gouvernement de l’État de Nouvelle-Galles du Sud devrait enquêter sur l'usage présumé de la force excessive par la police, et prendre les mesures disciplinaires appropriées ou poursuivre les responsables.

« L'adoption et l'application par les autorités de Nouvelle-Galles du Sud de restrictions injustifiées à la tenue de manifestations légitimes, au lieu de renforcer la sécurité, ont plutôt ouvert la voie à des abus », a déclaré Annabel Hennessy, chercheuse sur l'Australie à Human Rights Watch. « Le recours excessif à la force par la police contre des manifestants constitue une nouvelle atteinte aux droits en Australie. »

Le président Herzog a entamé une visite officielle en Australie, dont le gouvernement l’a invité après l'attaque du 14 décembre 2025 contre des personnes célébrant une fête juive à Bondi Beach, dans la banlieue de Sydney. Cette visite a déclenché des manifestations généralisées à Sydney et ailleurs en Australie ; en septembre 2025, un rapport de la Commission d'enquête internationale indépendante des Nations Unies sur le Territoire palestinien occupé a accusé Isaac Herzog et d’autres dirigeants israéliens d'« incitation directe et publique à commettre un génocide » à Gaza. La police de Sydney, appliquant des ordres spéciaux du gouvernement de Nouvelle-Galles du Sud, a empêché les manifestants de défiler, ce qui a donné lieu à des affrontements et à des dizaines d'arrestations.

Human Rights Watch a mené des entretiens avec deux journalistes qui ont couvert la manifestation à Sydney et deux observateurs juridiques, des observateurs indépendants qui contribuent à protéger les droits des personnes lors des rassemblements publics. Human Rights Watch a également vérifié des vidéos des manifestations publiées sur les réseaux sociaux ou partagées directement avec des chercheurs. Dans le cadre des préparatifs de la visite d’Isaac Herzog, le gouvernement de Nouvelle-Galles du Sud a accordé à la police des pouvoirs supplémentaires, dont celui d’ordonner à des personnes de « s’éloigner » (« move on »), lors des manifestations prévues. En décembre, le parlement de cet État a par ailleurs adopté des lois qui restreignent les manifestations dans le quartier central des affaires de Sydney. Ces mesures font suite à de précédentes restrictions du droit de réunion pacifique par les gouvernements successifs de Nouvelle-Galles du Sud, au cours des dernières années.

Le 9 février, la police a cherché à empêcher les manifestants de défiler après un rassemblement devant la mairie de Sydney. Le commissaire adjoint de police, Peter McKenna, a déclaré que les policiers avaient été « menacés, bousculés et agressés » et qu'ils devaient faire usage de pouvoirs spéciaux pour éloigner les manifestants du quartier central des affaires. La police a déclaré avoir arrêté 27 personnes et inculpé plusieurs personnes, notamment pour violation de l'ordre public et agression. Human Rights Watch n'a pas été en mesure de vérifier les accusations portées contre les personnes arrêtées et inculpées. Cependant, Human Rights Watch a vérifié des images montrant des policiers frappant des individus alors qu'ils les maîtrisaient. Dans deux vidéos authentifiées, filmées sous différents angles près de la mairie, on voit deux policiers frapper à plusieurs reprises un manifestant immobilisé à la tête et au torse. Dans l'une des vidéos, on peut voir des marques rouges sur le torse du manifestant et entendre une voix crier « Arrêtez ! Arrêtez ! »

Quatre autres vidéos publiées en ligne et vérifiées par Human Rights Watch montrent des dizaines de policiers poursuivant un groupe de manifestants sur Bathurst Street. On voit un policier pulvériser à plusieurs reprises ce qui semble être du gaz poivre vers le visage d'un manifestant.

Deux journalistes qui ont couvert l'événement ont déclaré que malgré la colère exprimée par la foule contre la police qui l'empêchait de défiler, ils n'avaient observé aucun manifestant commettre des actes de violence. Nabil Al-Nashar, l'un des journalistes, a déclaré avoir couvert au moins deux douzaines de manifestations à Sydney au cours des deux dernières années et que c'était la première fois qu'il était témoin d'un tel niveau de violence policière. « J'avais déjà assisté à des arrestations lors d'autres manifestations, mais elles étaient rares et jamais violentes », a-t-il déclaré.

L'autre journaliste, Andrew Quilty, qui a également largement couvert les manifestations à Sydney, a déclaré que la police était « nettement plus agressive que ce à quoi je suis habitué de la part de la police à Sydney ». Il a déclaré avoir vu la police utiliser ce qui semblait être du gaz poivre, mais n'avoir « vu aucune provocation physique particulière de la part des manifestants qui aurait pu les inciter à l'utiliser ».

Rebecca Payne, une observatrice juridique, a déclaré que la police avait aspergé de spray au poivre plusieurs personnes dont elle-même, avant de de se lancer contre la foule près de l'Hôtel de ville de Sydney. Elle a déclaré qu'elle filmait la manifestation lorsque la police a aspergé la foule et « a commencé à frapper, bousculer, pousser et se ruer contre » les manifestants.

Le spray au poivre l'a temporairement aveuglée, alors que les policiers ordonnaient aux manifestants de bouger. Ils ont poussé les manifestants dans une zone difficile à traverser et qui nécessitait de passer sous une barrière physique. Elle a déclaré avoir fini par se réfugier dans un magasin situé non loin de là, et avoir ensuite reçu des soins hospitaliers pour son œil. Elle a partagé avec Human Rights Watch une vidéo de l'incident et une photo de sa blessure. Dans la vidéo, on voit un policier pulvériser ce qui semble être du spray au poivre en direction de Rebecca Payne et d'autres personnes dans la foule.

Une autre observatrice juridique, Alison Whittaker, a déclaré que la police l'avait frappée à plusieurs reprises, poussée et aspergée de spray au poivre. Elle a déclaré qu'un policier avait saisi son téléphone et l'avait jeté dans la foule, et qu'il avait retiré ses lunettes de protection, qu'elle portait pour se protéger du spray au poivre, et les avait jetées. Les deux observatrices juridiques portaient des gilets haute visibilité qui identifiaient leur rôle.

Le gouvernement de Nouvelle-Galles du Sud soutient que ses nouvelles lois sont nécessaires pour la sécurité publique. Cependant, le rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits de l'homme et la lutte contre le terrorisme, Ben Saul, a averti que ces lois « violent clairement le droit international » en restreignant sans discernement les droits des manifestants respectueux de la loi. Il a également déclaré que ces lois entravent la collaboration constructive entre la police et les organisateurs qui peut atténuer les risques. D'autres manifestations récentes à Sydney, facilitées par les autorités, se sont déroulées sans incident majeur.

Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, auquel l'Australie est partie, défend les droits à la liberté d'expression, d'association et de réunion pacifique. Toute réponse des forces de l'ordre aux manifestations doit respecter les normes internationales. Les Principes de base des Nations Unies sur le recours à la force et l'utilisation des armes à feu par les responsables de l'application des lois stipulent que les forces de sécurité doivent recourir à des moyens non violents avant d'utiliser la force. Lorsque cela est nécessaire à des fins légitimes d'application de la loi lors d'un rassemblement, seule la force minimale nécessaire peut être utilisée.

Le spray au poivre (ou « aérosol au gaz poivre ») est un irritant chimique portable utilisé pour neutraliser un agresseur violent, ou pour aider à arrêter un suspect qui résiste violemment. Selon les Lignes directrices des Nations Unies sur les armes à létalité réduite dans le cadre de l'application des lois, les irritants chimiques ne devraient être utilisés « que lorsqu’un responsable de l’application des lois a des raisons de penser qu’il existe un risque imminent de blessures ».

« L'usage excessif de la force par la police de Nouvelle-Galles du Sud à Sydney montre que les lois anti-manifestations ne rendent pas la communauté plus sûre », a conclu Annabel Hennessy. « Au lieu de restreindre le droit des personnes à se réunir pacifiquement, le gouvernement de Nouvelle-Galles du Sud devrait réformer ses lois afin de garantir leur conformité avec les normes internationales en matière de droits humains. »

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LaLibre.be

 

11.02.2026 à 06:00

Maroc : Des travaux de rénovation du palais d’un prince saoudien à Tanger demeurent impayés

Human Rights Watch

Click to expand Image Vue aérienne du port de Tanger, situé au nord du Maroc face au détroit de Gibraltar séparant le Maroc de l’Espagne, le 7 juillet 2024. © 2024 Wilfrid Esteve/Hans Lucas/AFP via Getty Images

(Beyrouth, 11 février 2026) – Au moins cinquante entreprises marocaines et des centaines de leurs employés n’ont toujours pas été rémunérés à hauteur d’au moins 5 millions de dollars US pour des travaux de rénovation et d’entretien menés dans un palais de Tanger appartenant à un prince saoudien, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.

Les représentants des entreprises marocaines ont affirmé que leurs efforts pour recevoir leur rémunération avaient été vains, en dépit des assurances répétées des entreprises saoudiennes et des représentants du palais, qui leur ont promis qu’ils seraient payés. L’identité des entités ou des entreprises qui sont responsables de l’absence de paiement n’est pas claire à ce jour.

« Il est inadmissible que des entreprises saoudiennes supervisant un projet de palais de grand luxe conduisent des entreprises marocaines et leurs travailleurs au bord de la faillite », a déclaré Michael Page, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Ce mépris total du droit de centaines de travailleurs à être payés pour leur labeur, y compris à travers des pratiques déloyales en matière de sous-traitance, devrait être rectifié de toute urgence. »

En 2023, le bureau du prince saoudien Turki bin Mohammed bin Fahd bin Abdulaziz Al Saud, ministre d’État, membre du Conseil des ministres et parent du prince héritier Mohammed bin Salman, a engagé deux sociétés saoudiennes, Modern Building Leaders (MBL) et Innovative Facility Management and Services (IFAS). Ces entreprises devaient rénover et restaurer un palais appartenant au prince à Tanger.

D’après les documents étudiés et les entretiens avec des représentants des entreprises marocaines affectées, les sociétés saoudiennes ont confié des travaux à au moins 50 sous-traitants marocains, mais ont supposément cessé de payer le travail, les matériaux et les services à partir d’octobre 2024, pour un manque à gagner atteignant au moins 5 millions de USD. Human Rights Watch n’a pas été en mesure de vérifier cette somme de façon indépendante. Les sociétés saoudiennes ont effectué plusieurs paiements partiels à certains sous-traitants en janvier, avril et mai 2025, d’après les entretiens et les documents que Human Rights Watch a pu consulter.

En conséquence, au moins onze sociétés marocaines affirment qu’elles risquent le dépôt de bilan et que des centaines de leurs employés ont perdu leur gagne-pain. Les autorités saoudiennes et marocaines devraient coopérer pour veiller à ce que toute somme due soit payée en totalité, a déclaré Human Rights Watch.

En novembre et en décembre 2025, Human Rights Watch a interrogé quatre représentants des sous-traitants marocains concernés, trois travailleurs affectés ainsi qu’une autre source bien informée du dossier. Human Rights Watch a écrit au bureau du prince Turki et aux entreprises saoudiennes le 10 décembre, mais n’a pas reçu de réponse de leur part. Aussi bien les responsables des entreprises que les travailleurs interrogés ont souhaité demeurer anonymes pour éviter les représailles.

Human Rights Watch a consulté la correspondance électronique entre les sous-traitants marocains, les autorités marocaines, MBL, IFAS et le bureau du prince Turki, des lettres que les sous-traitants ont adressées à l’ambassade saoudienne au Maroc et au prince héritier Mohammed bin Salman, des reportages des médias ainsi qu’un compte-rendu écrit d’une réunion entre les représentants des sous-traitants marocains, MBL, IFAS et le bureau du prince Turki, détaillant les sommes impayées qui sont réclamées.

Les personnes interrogées ont déclaré que la dernière fois que les entreprises saoudiennes avaient payé leurs sous-traitants marocains en totalité remontait à octobre 2024. Ensuite, des paiements partiels ont été versés à certains sous-traitants, notamment en janvier, avril et mai 2025. Quatre sous-traitants ont 75 000 USD de créances, trois, entre 75 000 et 150 000 USD et quatre autres, plus de 150 000 USD.

« Le capital [social] de chaque société s’élève à peine à un million de dirhams marocains [environ 107 900 USD] », a témoigné un des sous-traitants. « Même s’ils nous réglaient maintenant, cela ne réparerait pas tous les préjudices qui ont été portés à nos entreprises et à nos vies. » 

Les personnes interrogées ont déclaré que les sous-traitants n’avaient pas été en mesure de payer ou de garder des centaines d’employés et qu’ils faisaient face à une accumulation de remboursements d’emprunts et à beaucoup de stress. D’après les entretiens, quatre des entreprises concernées ont dû licencier au total au moins 113 employés.

« J’ai été renvoyé parce qu’il n’y avait plus d’argent », a déclaré un travailleur ayant participé au chantier du palais pendant un an. « J’ai emprunté de l’argent à des amis pour payer le loyer, mais ça me cause des problèmes car je ne peux pas les rembourser. » Un employé à qui l’on doit quatre mois de salaire a témoigné : « Nous avons des responsabilités et des familles, nous avons besoin de cet argent ! [...] Comment je vais nourrir ma famille ? Comment je vais acheter à manger ? » Le représentant d’une entreprise de sous-traitance ayant licencié plus d’une vingtaine d’employés en 2025 a déclaré qu’il avait liquidé toutes ses économies et vendu des actifs, comme sa voiture et sa boutique, afin de payer ses fournisseurs et ses travailleurs. « Dans un mois ou deux, je devrai déclarer faillite », confiait-il en novembre.

Un autre responsable d’un sous-traitant a témoigné : « Beaucoup d’entreprises affectées, comme la mienne, ont garanti des chèques [à leurs] fournisseurs qui ne peuvent pas être encaissés. Les dirigeants des sociétés ont été emmenés au commissariat à cause de ça [convoqués en raison de chèques sans provision]. »

Des sous-traitants marocains ont par ailleurs protesté pacifiquement et organisé des sit-in devant le palais et les bureaux d’IFAS à Tanger, notamment en novembre, d’après les reportages et interviews des médias. L’identité des entités responsables de l’absence de paiement n’est pas claire à ce jour, ce qui fait que les sous-traitants marocains restent dans le flou. D’après les sous-traitants, les personnes représentant le palais assurent qu’elles ont payé en totalité MBL et IFAS. Pourtant, toujours d’après eux, les responsables de MBL et IFAS affirment qu’ils n’ont pas été payés, comme il est indiqué dans la correspondance adressée au bureau du prince Turki. Human Rights Watch a demandé des précisions de la part du bureau du prince, d’IFAS et de MBL, mais n’a pas reçu de réponse.

Selon les notes que Human Rights Watch a consultées, issues d’une réunion du 9 avril entre des représentants d’IFAS, de MBL, du bureau du prince Turki et des sous-traitants marocains, IFAS s’était engagée à payer toutes les sommes dues restantes avant le 30 avril, y compris « toutes les entreprises dans les groupes » et « sans nécessité de nouvelles négociations ».

Human Rights Watch a également consulté des lettres reçues par les sous-traitants marocains affectés le 27 juin, de la part de responsables d’IFAS, leur assurant qu’ils « œuvraient à garantir le versement du reste des sommes dues pour la première phase du projet. Les versements, en totalité ou en partie, commenceront dans les trois semaines à compter de la date de cet e-mail. » Les sous-traitants marocains ont rapporté que ces versements n’avaient jamais été effectués.

D’après les Principes directeurs relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme, les entreprises ont la responsabilité d’éviter de causer des violations des droits humains ou d’y contribuer. Les entreprises devraient mettre fin aux pratiques professionnelles déloyales qui contribuent aux violations des droits, dont les versements contractuels différés ou le non-paiement, qui favorisent les atteintes aux droits des travailleurs, et adopter des pratiques de sous-traitance justes avec leurs partenaires commerciaux, en particulier des paiements ponctuels qui garantiront le respect des droits des travailleurs. 

Les sociétés devraient remédier aux impacts qu’elles ont pu causer ou auxquels elles ont pu contribuer. Le fait que les sociétés saoudiennes n’aient pas payé les sous-traitants marocains porte immédiatement atteinte au droit des travailleurs à une rémunération équitable et à un niveau de vie approprié, ont montré les entretiens.

Un cadre employé dans une entreprise sous-traitante a témoigné : « J’ai été payé pour quatre mois de travail, mais pas pour les six mois restants [...]. Qu’est-ce que je fais ? Je donne leur salaire aux ouvriers [que j’encadre], ou je prends mon dû, ou encore je paye les fournisseurs ? » Il a rapporté qu’il avait été obligé de déménager. « J’ai dû emprunter de l’argent à des membres de ma famille pour pouvoir vivre et entretenir les miens [...]. Je n’ai toujours pas pu les rembourser. »

Les recherches de Human Rights Watch dans les pays du Golfe, y compris en Arabie saoudite, ont constaté que les travailleurs employés par les entreprises dans les maillons inférieurs des chaînes de la sous-traitance étaient vulnérables aux abus tels que le vol des salaires. Human Rights Watch a par ailleurs documenté pendant des années des cas individuels et collectifs d’abus supposés en matière de salaire commis par des sociétés saoudiennes.

« Des centaines de travailleurs au Maroc et leurs familles sont dans une situation de détresse financière simplement parce qu’on ne leur a pas payé ce qu’on leur doit », a conclu Michael Page.

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Articles

Bladi.net  Yabiladi  LesInfos.ma

 

11.02.2026 à 00:40

Tunisie : Un avocat de renom détenu arbitrairement

Human Rights Watch

Click to expand Image Des manifestants tenaient une banderole exprimant leur soutien à l'avocat et défenseur des droits humains Ahmed Souab, à Tunis, le 25 avril 2025 ; ils appelaient à sa libération a la suite de son arrestation le 21 avril, sur la base d’accusations liées au terrorisme.  © 2025 Ons Abid/AP Photo

(Beyrouth, 10 février 2026) – Ahmed Souab, avocat et défenseur des droits humains tunisien, condamné à une peine de prison pour des accusations liées au terrorisme, sera rejugé en appel le 12 février 2026, a annoncé Human Rights Watch aujourd'hui. Les autorités tunisiennes devraient immédiatement abandonner ces accusations infondées, libérer Ahmed Souab, et cesser les représailles contre les personnes qui les critiquent, et contre les avocats qui les défendent.

Les autorités tunisiennes ont poursuivi Ahmed Souab, âgé de 69 ans, pour des déclarations faites en dehors du tribunal alors qu'il représentait des accusés dans une affaire notoire de « complot contre la sûreté de l'État ». Le 31 octobre 2025, un tribunal antiterroriste de Tunis l'a condamné à cinq ans de prison et trois ans de surveillance administrative. Son procès n'a duré que quelques minutes ; Ahmed Souab était absent et les journalistes auraient été empêchés d'y assister.

« Ahmed Souab, avocat, ancien juge administratif et fervent défenseur de l’indépendance de la justice, est emprisonné pour le seul fait de son travail de défense et son franc-parler », a déclaré Bassam Khawaja, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Les poursuites abusives dont il fait l’objet pour avoir défendu d’autres personnes contre des poursuites abusives témoignent de l’ampleur de la répression exercée par les autorités tunisiennes contre toute forme de dissidence. »

Des agents antiterroristes ont arrêté Ahmed Souab à son domicile le 21 avril, suite à des déclarations qu’il avait faites après le verdict rendu le 19 avril dans une « affaire de complot ». Ce jour-là, 37 personnes, dont des avocats, des militants et des opposants, ont été condamnées, à l’issue d’un simulacre de procès, à des peines de prison allant de 4 à 66 ans pour terrorisme et atteintes à la sécurité.

Devant le siège du barreau de Tunis, Ahmed Souab aurait déclaré : « Il semble que ce ne soient pas les détenus qui soient menacés au couteau, mais plutôt le président du barreau qui a un couteau [sous la gorge]. » Des extraits vidéo de sa déclaration ont largement circulé sur les réseaux sociaux. Son équipe de défense a expliqué qu'il faisait référence aux pressions exercées sur les juges.

Human Rights Watch a documenté les attaques répétées des autorités contre le pouvoir judiciaire en Tunisie, notamment la dissolution du Conseil supérieur de la magistrature par le président Kais Saied en février 2022. Ces attaques ont gravement porté atteinte à l'État de droit, ont permis à l'exécutif d'instrumentaliser le pouvoir judiciaire à des fins politiques, et ont mis en péril le droit des Tunisiens à un procès équitable, a déclaré Human Rights Watch.

Les autorités judiciaires ont inculpé Ahmed Souab en vertu de la loi antiterroriste de 2015, du Code pénal, du Code des télécommunications et du décret-loi 54 sur la cybercriminalité, notamment pour avoir prétendument « constitué une organisation terroriste », « soutenu des actes terroristes », « menacé de commettre des actes terroristes » et « diffusé de fausses informations ». Il a été maintenu en détention provisoire pendant plus de six mois avant son procès.

Le tribunal a décidé de tenir le procès d’Ahmed Souab par vidéoconférence, invoquant un « danger réel » sans fournir davantage de précisions. Me Souab a refusé d’y assister à distance pour protester contre l’absence de garanties d’un procès équitable.

Les autorités tunisiennes ont de plus en plus recours aux procès par visioconférence dans les affaires de terrorisme, en particulier pour les procès à motivation politique visant des dissidents. La pratique du procès à distance par vidéoconférence est intrinsèquement abusive, notamment parce qu'elle porte atteinte au droit des détenus d'être présentés physiquement devant un juge afin d'évaluer leur bien-être, ainsi que la légalité et les conditions de leur détention.

Le 31 octobre, Souab a été reconnu coupable d’« atteinte à la vie de personnes ayant droit à une protection, pour avoir délibérément divulgué des informations susceptibles de révéler leur identité » et de « menaces en lien avec une infraction terroriste », a indiqué sa famille à Human Rights Watch.

La famille de Souab a déclaré qu'il avait des antécédents de problèmes cardiaques et que son état de santé s'était détérioré en prison. Il a souffert de plusieurs saignements de nez, dont la cause n'a pas été déterminée, ont-ils indiqué.

Au cours des trois dernières années, les autorités ont de plus en plus eu recours à un arsenal juridique agressif, notamment à des accusations infondées d'atteinte à la sécurité et de terrorisme en vertu du code pénal et de la loi antiterroriste de 2015, pour cibler des critiques et des avocats par le biais de harcèlement judiciaire, de poursuites pénales abusives, de détentions arbitraires et d'interdictions de voyager, pour avoir légitimement exercé leur profession.

Les autorités tunisiennes doivent cesser de poursuivre les individus qui exercent leurs droits humains, garantir des procès équitables et libérer toutes les personnes détenues arbitrairement, selon Human Rights Watch.

Les Principes de base des Nations Unies relatifs au rôle du barreau stipulent que les avocats doivent exercer leur profession en toute indépendance, sans ingérence indue des autorités, et interdisent explicitement toute mesure de représailles à leur encontre dans l’exercice de leurs fonctions.

La Tunisie est un État partie au Pacte international relatif aux droits civils et politiques et à la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples, qui garantissent le droit à la liberté d'expression et de réunion, à un procès équitable et à la protection contre l'arrestation ou la détention arbitraires.

« Le procès d’Ahmed Souab a mis en lumière une série de manquements au droit à un procès équitable, qui deviennent monnaie courante dans la poursuite des dissidents en Tunisie », a conclu Bassam Khawaja. « Les autorités devraient mettre fin à leurs poursuites abusives et à leurs ingérences dans les procédures judiciaires. »

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Kapitalis

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