30.10.2026 à 16:29
Human Rights Watch
Cette semaine, un forum sportif chinois a exhumé une interview datant d’avril 2026 dans laquelle la star du football du Real Madrid, Kylian Mbappé, se compare, sur le ton de la plaisanterie, à un « dictateur chinois ». Si Mbappé, connu pour dicter le jeu sur le terrain, n’a cité aucun nom, le site a ajouté une illustration le représentant sous les traits de Mao Tsé-Toung, fondateur du Parti communiste chinois.
La réaction de Pékin ne s’est pas fait attendre. Le ministère chinois des Affaires étrangères a déclaré que ces propos « avaient heurté les sentiments du peuple chinois. » La chaîne publique chinoise CCTV a suspendu la diffusion de tous les matchs du championnat d'Espagne de football, la Liga.
Le Parti communiste chinois, sous Xi Jinping, a peu de tolérance pour tout ce qui pourrait être interprété comme un affront à la Chine, même une remarque faite sur Mao sur le ton de la plaisanterie. Javier Tebas, président de la ligue espagnole de football, a présenté des excuses tout en vantant les liens de la Liga avec des « services gouvernementaux » chinois.
Mao a lancé, en Chine, le « Grand Bond en avant » et la Révolution culturelle, des désastres qui ont entraîné des pertes en vies humaines et des souffrances considérables. Dans son livre paru en 2008 « Tombstone: The Untold Story of Mao's Great Famine » (Stèles - La Grande Famine en Chine (1958-1961)), le journaliste Yang Jisheng estime qu’au moins 36 millions de personnes sont mortes de faim ou des suites d’abus liés à la famine qui a frappé le pays entre 1958 et 1961. Il y a eu des périodes où, en Chine, il était possible d’évoquer certains aspects de ces horreurs. Mais, à l’heure actuelle, sous l’emprise toujours plus étroite de Xi, de telles questions ne sont plus tolérées.
Si Mbappé, qui s’est empressé de présenter ses excuses, risque de perdre des sponsors chinois, ce sont les Chinois qui en paient le prix le plus lourd.
En 2021, le gouvernement chinois a adopté une loi punissant, par une peine pouvant aller jusqu’à trois ans de prison, les personnes qui diffament les « héros et martyrs ». Par la suite, les autorités ont infligé une amende de 14,7 millions de yuans (environ 2,1 millions de US dollars) à l’entreprise d’un humoriste, après que celui-ci a fait une blague au sujet de l’Armée populaire de libération. Les autorités ont également condamné récemment l’artiste Gao Zhen à trois ans de prison en vertu de la même loi, pour ses sculptures provocatrices représentant Mao. Dans l’une d’elles, il a mis en scène Mao à genoux, présentant ses excuses à ses victimes.
La réaction de Pékin à la remarque désinvolte de Mbappé rappelle que, lorsqu’il s’agit de contrôler la pensée et la parole, le Parti communiste chinois aura toujours le dernier mot.
30.10.2026 à 15:16
Human Rights Watch
Le Trésor américain a annoncé cette semaine de nouvelles sanctions à l’encontre du ministère rwandais de la Défense et de la Zigama Credit and Savings Society, une institution financière rwandaise qui, selon le Trésor américain, aurait permis d’effectuer des paiements destinés à l’armée rwandaise et au M23, un groupe armé abusif. Ces sanctions gèlent tous les avoirs et intérêts des parties visées aux États-Unis et les empêchent de fait d’utiliser le dollar américain dans leurs transactions internationales.
Des milliers de soldats rwandais ont combattu aux côtés du M23 dans l’est de la République démocratique du Congo depuis la résurgence du groupe armé fin 2021. L’armée rwandaise a également fourni au M23 un soutien logistique et matériel important. En annonçant ces nouvelles sanctions, le Trésor américain a souligné que le M23 s’était rendu coupable de graves violations des droits humains. Ce groupe armé est responsable d’exécutions extrajudiciaires, de violences sexuelles, de recrutements forcés et de travail forcé, de détentions illégales, de transferts forcés de population, ainsi que de torture et d'autres violences physiques dans les zones sous son contrôle. Le Trésor a également indiqué qu'une succursale de Zigama avait permis le transport d'or provenant du territoire contrôlé par les rebelles dans l'est de la RD Congo vers Kigali, la capitale rwandaise, et avait facilité des transactions financières pour le M23 d'une valeur de plusieurs dizaines de millions de dollars.
Si les sanctions américaines précédentes, prononcées en mars, visaient les Forces de défense rwandaises (Rwanda Defence Force, RDF) et certains hauts responsables militaires, celles qui visent désormais le ministère ciblent l’institution chargée de superviser l’ensemble des opérations militaires menées en soutien au M23. Ces sanctions interviennent quelques semaines après que l’ancien président congolais Joseph Kabila a annoncé la création d’une coalition politico-militaire incluant le M23, baptisée Front pour la refondation de la nation (FRN). Washington avait déjà imposé des sanctions à Kabila en avril pour son soutien présumé à des groupes armés.
Les sanctions à elles seules ne suffiront toutefois pas à protéger les civils et devraient être accompagnées de mesures concrètes visant à mettre fin aux exactions. Les Nations Unies ont identifié le M23 comme le principal auteur des violations des droits humains documentées en 2025, l'armée congolaise arrivant en deuxième position.
Les États-Unis et d’autres gouvernements devraient également faire pression sur la RD Congo pour qu’il mène des enquêtes et poursuive en justice ses propres forces responsables d’exactions, veille à ce qu’elles respectent le droit humanitaire et cesse de soutenir les groupes armés abusifs. Avant tout, il faut intensifier les pressions pour que la protection des civils et la reddition des comptes soient au cœur des négociations pour la paix.
30.10.2026 à 05:00
Human Rights Watch
Six mois après leurs enlèvements, Mountaga Tall, qui avait ouvertement critiqué la junte au Mali, et son fils, Cheick Mamadou Tall, sont toujours portés disparus ; on ignore ce qu’ils sont devenus et les autorités maliennes gardent le silence. Chaque jour qui passe sans nouvelle fait craindre pour leur sécurité et aggrave l’angoisse de leur famille.
Des hommes armés non identifiés ont enlevé Mountaga Tall à Bamako, la capitale du Mali, le 2 mai. Son fils a disparu le 16 mai après avoir reçu un appel l’informant qu’il pouvait apporter des effets personnels à son père, qui était apparemment détenu dans un lieu tenu secret.
Radio France Internationale a rapporté en juillet que le Comité des Nations Unies sur les disparitions forcées avait exhorté les autorités maliennes à localiser et à protéger Mountaga Tall et son fils.
Des médias internationaux ont indiqué que les services de renseignement maliens pourraient détenir Mountaga Tall dans un lieu secret. Les autorités maliennes n’ont toutefois ni reconnu la détention de Mountaga Tall ou de son fils, ni fourni d’informations sur leur localisation, leur situation juridique ou leur état de santé, malgré les demandes de la famille Tall et d’une équipe d’avocats.
Mountaga Tall, qui a occupé un poste de ministre entre 2014 et 2017, s’était initialement rallié aux autorités militaires maliennes, mais est ensuite devenu un détracteur de la junte, s’opposant à la dissolution des partis politiques voulue par le gouvernement militaire.
Les disparitions de Mountaga Tall et de son fils s’inscrivent dans le cadre d’une répression plus large menée par la junte militaire malienne, au pouvoir depuis 2021, à l’encontre de l’opposition politique, des médias et des dissidents. Les autorités ont suspendu et interdit des médias, dissous des organisations de la société civile, abolit le multipartisme et soumis leurs détracteurs à des détentions arbitraires et à des disparitions forcées. Depuis l’enlèvement de Mountaga Tall, d’autres personnalités politiques et leurs proches auraient été enlevés par des hommes armés encagoulés, un mode opératoire associé aux services de renseignement maliens, et certains sont toujours portés disparus.
En vertu du droit international des droits humains, une disparition forcée a lieu lorsque les autorités de l’État ou leurs agents détiennent une personne puis refusent de reconnaître cette détention ou de révéler le sort ou le lieu où elle se trouve, la plaçant ainsi hors de protection de la loi. Les victimes de disparitions forcées sont exposées à un risque accru de torture et d’exécution.
Les disparitions forcées infligent une profonde souffrance aux familles, les laissant dans l'incertitude quant au sort de leurs proches et les privant de justice. Les autorités maliennes devraient immédiatement révéler où se trouvent Mountaga Tall et son fils, garantir leur sécurité et les libérer.