08.05.2026 à 06:00
Human Rights Watch
(Nairobi) – Les autorités rwandaises devraient mener une enquête efficace, indépendante et transparente sur le décès en détention d’Aimable Karasira, un universitaire rwandais et détracteur de premier plan du gouvernement, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Il est décédé le jour où il devait être libéré de prison.
Les poursuites contre Aimable Karasira ainsi que son incarcération sont emblématiques de la répression menée par le Rwanda contre la dissidence et la liberté d’expression. Sa mort s’ajoute à la liste des disparitions et des décès suspects de personnes perçues comme des détracteurs et des opposants au gouvernement, et l’incapacité des autorités à rendre justice dans ces affaires envoie un message délibérément intimidant.
« Il y a de nombreuses raisons de s’interroger sur les circonstances entourant la mort en détention d’Aimable Karasira, notamment les années de harcèlement et de persécution qu’il a subies de la part des autorités », a déclaré Clémentine de Montjoye, chercheuse senior sur la région des Grands Lacs à Human Rights Watch. « Le gouvernement a la responsabilité de prouver qu’Aimable Karasira n’a pas été tué illégalement, et les partenaires du Rwanda devraient suivre cela de près. »
Les Services correctionnels du Rwanda (Rwanda Correctional Services) ont annoncé qu’Aimable Karasira était mort d’un surdosage médicamenteux alors qu’il s’apprêtait à être libéré le 6 mai 2026. Un porte-parole de l’agence a déclaré aux médias locaux qu’« il a pris de grandes quantités de médicaments qui lui avaient été prescrits pour une affection préexistante ». Selon les médias, il serait décédé à l’hôpital du district de Nyarugenge à Kigali, la capitale.
Aimable Karasira a commencé à subir des pressions et des menaces après avoir publié une vidéo sur sa chaîne YouTube en 2020 au sujet de la perte de proches lors du génocide de 1994 ainsi qu’aux mains du Front patriotique rwandais (FPR) au pouvoir au lendemain de celui-ci. En août 2020, exprimant craindre pour sa sécurité, il a déclaré à Human Rights Watch : « J’ai reçu des lettres, des menaces. Je reçois des appels provenant de numéros que je ne connais pas. Un représentant du gouvernement a été envoyé pour négocier avec moi et m’a dit d’arrêter de publier mes opinions. »
Alors que les menaces et le harcèlement s’intensifiaient, il a déclaré que des agents des services de renseignement lui avaient ordonné de publier de fausses informations sur des opposants au gouvernement sur sa chaîne YouTube. Aimable Karasira a été arrêté en mai 2021 et inculpé de négation et de justification du génocide ainsi que de divisionnisme, qui constituent des crimes au Rwanda.
Tout au long de sa détention, Aimable Karasira a été victime d’actes de torture, de mauvais traitements et d’une privation de soins médicaux. Lors d’une audience le 30 mai 2022, Aimable Karasira a déclaré au tribunal que les autorités pénitentiaires de Nyarugenge l’avaient torturé – notamment en le privant de sommeil, en l’exposant à une lumière constante et à de la musique forte, et en le frappant — afin de le punir et de le contraindre à assister aux audiences. Aimable Karasira et son avocat ont déclaré à la cour qu’on lui refusait tout traitement médical pour son diabète et ses troubles mentaux, et qu’il avait été conduit de force au tribunal alors qu’il n’était pas en état de participer au procès. Il a également accusé les autorités pénitentiaires de lui fournir une nourriture inadéquate et insuffisante et de lui refuser l’accès à l’argent envoyé par des amis ou des proches, avec lequel il aurait pu acheter des articles en prison.
Le procureur avait fait appel de son acquittement pour plusieurs chefs d’accusation, notamment la négation et la justification du génocide, et avait requis une peine de 30 ans d’emprisonnement, dont le verdict était en attente au moment de son décès. Mais comme Aimable Karasira avait déjà purgé quatre ans de sa peine de cinq ans en détention provisoire, celle-ci touchait à sa fin et il devait être libéré le 6 mai.
Le gouvernement rwandais a depuis longtemps l’habitude de se soustraire à son obligation de garantir des enquêtes transparentes et indépendantes sur les décès de détenus et de détracteurs politiques de premier plan placés en détention par l’État, a déclaré Human Rights Watch.
Le décès d’Aimable Karasira rappelle la mort en détention en 2020 du chanteur et détracteur du gouvernement Kizito Mihigo. Le 17 février 2020, les autorités rwandaises ont annoncé que celui-ci était décédé dans une cellule du commissariat de Remera à Kigali, quatre jours après avoir été arrêté à nouveau alors qu’il tentait de fuir le pays. Avant sa mort, Kizito Mihigo avait déclaré à Human Rights Watch qu’il était menacé et craignait que des agents de l’État ne le tuent.
Tout comme Aimable Karasira, la volonté de Kizito Mihigo de remettre en question certains éléments du récit officiel du gouvernement concernant le génocide avait fait de lui une cible. Les voix et l’autorité morale de ces deux hommes trouvaient un écho auprès du public et alarmaient les représentants de l’État. Dans les deux cas, les autorités rwandaises ont rapidement présenté des explications officielles : un suicide dans le cas de Kizito Mihigo et une suspicion d’un surdosage médicamenteux dans celui d’Aimable Karasira.
Comme le stipule la Version révisée du Manuel des Nations Unies sur la prévention des exécutions extrajudiciaires, arbitraires et sommaires et les moyens d’enquête sur ces exécutions (« Protocole du Minnesota »), les obligations de chaque État de respecter et de protéger le droit à la vie impliquent qu’il est responsable d’un décès en détention sauf preuve du contraire, en particulier dans les cas où « la personne décédée […] était, avant sa mort, un opposant politique au gouvernement ou un défenseur des droits de l’homme ; elle souffrait de problèmes de santé mentale reconnus ; ou elle s’est suicidée dans des circonstances inexpliquées. »
Pour établir la responsabilité de la mort d’Aimable Karasira, les autorités rwandaises devraient inviter un groupe d’experts indépendants à mener une enquête impartiale, approfondie et transparente, a déclaré Human Rights Watch. Parmi ces experts devraient figurer le Rapporteur spécial de l’ONU sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires ainsi que des membres du Groupe de travail de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples sur la peine de mort, les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires et les disparitions forcées en Afrique. Cette enquête devrait inclure une autopsie et ses conclusions devraient être rendues publiques.
Les partenaires régionaux et internationaux du Rwanda, qui sont restés longtemps silencieux face à la répression croissante de ce gouvernement, devraient appeler publiquement à une enquête indépendante.
« Aimable Karasira n’est que le dernier détracteur du gouvernement en date à avoir connu une mort suspecte », a conclu Clémentine de Montjoye. « Les partenaires du Rwanda devraient prendre la défense de hommes et des femmes qui risquent leur vie pour s’exprimer et condamner la répression de plus en plus intense à l’encontre des voix dissidentes dans le pays. »
06.05.2026 à 17:47
Human Rights Watch
Le dernier rapport publié par le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (Integrated Food Security Phase Classification, IPC), au sujet du Soudan du Sud, dresse un bilan terrible des immenses souffrances infligées aux civils par les parties belligérantes dans ce pays. Publié le 28 avril, ce rapport avertit que la situation est encore pire que prévu : 7,8 millions de personnes ont désespérément besoin d’aide alimentaire.
Le rapport note que 73 000 personnes sont confrontées à la famine et au risque de mort dans les États du Haut-Nil et de Jonglei, où les combats entre les forces gouvernementales et l’Armée populaire de libération du Soudan en opposition (Sudan People's Liberation Army-in-Opposition, SPLA-IO) se sont intensifiés depuis 2025. Plusieurs zones de ces deux États sont menacées par la famine.
Les taux de malnutrition chez les enfants ont atteint des niveaux dramatiques. Environ 2,2 millions d’enfants de moins de cinq ans, notamment à Abiemnhom, souffriraient de malnutrition aiguë ; sans traitement nutritionnel d’urgence, ces enfants risquent de subir des séquelles physiques et cognitives à vie, ou de mourir de faim. Des journalistes souhaitant mettre en lumière les histoires reflétées par ces chiffres ont récemment partagé avec Human Rights Watch des photos d’enfants malnutris d’Akobo, dans l’État de Jonglei.
La crise humanitaire est le résultat des actions des parties belligérantes.
Selon les médias, les forces des deux camps ont commis des meurtres illégaux, des agressions sexuelles, y compris des viols de civiles, des actes de pillage et des incendies de biens civils. Des bombardements menés par les forces gouvernementales ont touché des infrastructures essentielles, y compris des hôpitaux.
Depuis fin 2025, l’armée a émis dans les États du Haut-Nil et de Jonglei de nombreux ordres d’évacuation, qui dans plusieurs cas étaient illégaux en raison de leur portée excessive ; l’opposition a émis au moins trois ordres de ce type. Le 6 mars, l’armée a ordonné aux civils, au personnel de l’ONU et aux organisations humanitaires d’évacuer la ville d’Akobo et son comté, dans l’État de Jonglei ; ceci a contraint le personnel des organisations d’aide humanitaire et une grande partie des 270 000 habitants à fuir cette région.
Ces ordres d’évacuation étaient accompagnés de mesures délibérées du gouvernement visant à bloquer l’accès à l’aide dans les zones contrôlées par l’opposition, ainsi que de mesures administratives coercitives.
Les partenaires du Soudan du Sud ont condamné avec une fréquence accrue les actions du gouvernement, mais ces propos devraient être suivis de sanctions à l’encontre des responsables qui entravent délibérément l’aide humanitaire, ainsi que d’un soutien financier accru à une telle assistance. Les membres du Conseil de sécurité de l’ONU devraient avertir le gouvernement sud-soudanais ainsi que l’opposition que s’ils ne permettent pas aux civils d’accéder immédiatement et en toute sécurité à l’aide humanitaire, ils envisageront des sanctions ou d’autres mesures visant l’obligation de rendre des comptes.
Les dirigeants du Soudan du Sud et de l’opposition devraient garder à l’esprit que ces actes – l’entrave à l’aide humanitaire, la facilitation de la famine et les attaques violentes contre des civils – sont susceptibles de poursuites en tant que crimes au regard du droit international ; ils pourraient donc en être tenus responsables, et le seront.
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05.05.2026 à 00:00
Human Rights Watch
(New York) – Le gouvernement chinois impose un enseignement en chinois et un endoctrinement idéologique aux enfants de maternelle dans le but de forcer les Tibétains à s’assimiler, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui.
4 mai 2026 “Start with the Youngest Children”Le rapport de 72 pages, intitulé « Start with the Youngest Children: China Uses Preschools to ‘Integrate’ Tibetans » (« Commencer par les plus jeunes : La Chine se sert des écoles maternelles pour “intégrer” les Tibétains »), montre comment une directive du ministère de l’Éducation datant de 2021 – le Plan d’harmonisation linguistique pour les enfants – impose l’utilisation du mandarin standard dans tout l’enseignement préscolaire dans les régions où vivent des minorités ethniques. Si, en théorie, les écoles maternelles peuvent encore proposer des cours supplémentaires dans la langue des enfants issus des minorités, ces minorités n’ont plus l’autorité légale pour le faire. En limitant drastiquement l’enseignement en langue tibétaine pendant la petite enfance, une période cruciale pour l’acquisition du langage et la formation de l’identité, le gouvernement chinois accélère l’effacement de la langue et de la culture tibétaines.
« En ciblant les enfants de maternelle, le gouvernement chinois intensifie sa campagne visant à priver les enfants tibétains de leur langue maternelle, de leur culture et de leur identité », a déclaré Maya Wang, directrice adjointe de la division Asie à Human Rights Watch. « Cette politique ne vise pas à améliorer la qualité de l’éducation, mais à assimiler de force les Tibétains à une identité nationale centrée sur la culture de l’ethnie Han, et ce dès leur plus jeune âge. »
Ce rapport s’appuie sur une analyse de plusieurs lois et documents politiques chinois, ainsi que sur des sources universitaires et médiatiques. Human Rights Watch a également interrogé sept Tibétains et universitaires qui ont une connaissance directe et récente de la situation dans les régions tibétaines, dont l’accès est restreint à l’extrême.
Human Rights Watch a constaté que de nombreux enfants tibétains sortent de l’école maternelle sans savoir ou sans vouloir parler le tibétain, même avec les membres de leur famille. Les parents ont rapporté que, quelques semaines ou quelques mois après leur entrée à la maternelle, les enfants ne s’expriment presque plus qu’en chinois.
Le Plan d’harmonisation de 2021 est l’aboutissement de plusieurs décennies d’évolutions politiques visant à réduire l’enseignement dans la langue maternelle des minorités. Depuis la loi de 1984 sur l’Autonomie régionale au niveau national, la Chine a mis en place, en cinq étapes, l’enseignement obligatoire du chinois à des âges de plus en plus précoces. Alors que ce processus était déjà achevé dans les écoles primaires et secondaires, les écoles maternelles ont longtemps été le dernier lieu où le tibétain pouvait encore être utilisé comme principale langue d’enseignement.
En 2021, le ministère de l’Éducation a exigé de toutes les écoles maternelles situées dans les régions où vivent des minorités d’utiliser la « langue commune nationale », c’est-à-dire le chinois standard, pour l’ensemble des activités d’enseignement et d’encadrement. Les références officielles à l’« éducation bilingue » ont disparu des documents politiques. Une série de décisions judiciaires, de lois sur l’éducation et de politiques gouvernementales a éliminé les dernières possibilités juridiques et politiques d’éducation dans les langues minoritaires, tout en intégrant l’endoctrinement politique et culturel dans l’ensemble du système scolaire, notamment au niveau préscolaire. Cela a abouti à la loi de 2026 sur la Promotion de l’unité et du progrès ethniques, qui impose des sanctions légales à toute personne jugée coupable d’« entraver » l’apprentissage et l’utilisation du chinois.
Bien que la maternelle ne soit pas obligatoire en Chine, Human Rights Watch a constaté que, dans les régions tibétaines, elle l’est effectivement dans la pratique. Les écoles primaires des zones urbaines exigent de plus en plus souvent une attestation de fréquentation de la maternelle au moment de l’inscription, les parents n’ayant dès lors guère d’autre choix que d’envoyer leurs enfants dans des écoles maternelles où l’enseignement est dispensé en chinois.
Les autorités exigent aussi que les écoles maternelles encouragent, voire incitent, les parents et enfants à parler chinois à la maison et même à leur envoyer des vidéos qui les montre en train de le faire. Des évaluateurs désignés par le gouvernement ont testé les compétences en mandarin des enfants d’âge préscolaire au moyen d’entretiens et d’observations, et ce malgré une réglementation qui interdit les examens ou toute autre forme de pression scolaire dans les écoles maternelles.
Cette politique linguistique s’accompagne d’un endoctrinement accru, qu’il soit politique ou culturel. Les programmes préscolaires dans les régions tibétaines mettent de plus en plus l’accent sur « l’éducation patriotique », la loyauté envers le Parti communiste chinois et l’identification des enfants comme membres de la « nation chinoise ». On apprend aux enfants à célébrer les fêtes chinoises de la culture Han, à réciter des classiques chinois, à chanter des chants patriotiques et à participer à des activités qui glorifient l’histoire militaire et révolutionnaire de la Chine. Le bouddhisme tibétain et les pratiques culturelles tibétaines, qui constituent des piliers essentiels de l’identité culturelle et ethnique, sont absents du programme scolaire.
« La langue perd du terrain de manière accélérée chez des Tibétains de plus en plus jeunes, avec des conséquences culturelles profondes », a déclaré Human Rights Watch. Parmi elles figurent l’affaiblissement de la communication entre les enfants et leurs aînés, la modification des dynamiques familiales, la diminution progressive de la transmission des connaissances religieuses et culturelles et le sentiment croissant chez les enfants d’une infériorité de la langue et de l’identité tibétaines.
Les politiques de la Chine vont à l’encontre des obligations qui lui incombent en vertu du droit international relatif aux droits de l’homme, notamment la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant, qui garantit aux enfants appartenant aux minorités le droit d’utiliser leur propre langue et oblige les États à veiller à ce que l’éducation respecte l’identité culturelle des enfants.
« Le gouvernement chinois devrait revenir sur les mesures qui visent à imposer l’enseignement en chinois dans les écoles maternelles, rétablir de véritables options d’enseignement bilingue et mettre fin à l’endoctrinement politique dans les structures d’accueil de la petite enfance », a déclaré Human Rights Watch. Les gouvernements étrangers et l’ONU devraient également faire pression sur le gouvernement chinois pour qu’il respecte ses obligations internationales et autorise un accès d’organisations indépendantes aux régions et aux écoles tibétaines.
« La disparition linguistique à l’échelle de ce que l’on observe au Tibet n’est pas le fruit du hasard : elle s’inscrit dans le cadre d’un projet politique du gouvernement chinois », a conclu Maya Wang. « À moins d’un changement des pratiques de la Chine, toute une génération d’enfants tibétains grandira coupée de sa propre langue, de sa culture et de son patrimoine. »
« L’éducation doit imprégner le sang et toucher l’âme ; elle doit être assimilée dès le plus jeune âge, dès la maternelle. Nous devons mener à bien l’éducation patriotique, en semant au plus profond du cœur de chaque enfant les graines de l’amour pour la Chine, en veillant à ce que les valeurs socialistes fondamentales s’enracinent et se développent dans l’esprit de la prochaine génération. Tous les groupes ethniques se doivent d’enseigner aux enfants le développement d’un sentiment d’appartenance à la nation chinoise, afin qu’ils ne s’identifient pas uniquement à leur propre ethnie, mais se reconnaissent avant tout comme faisant partie de la nation chinoise. »
– Xi Jinping, Secrétaire général du Parti communiste chinois, dans un discours prononcé à l’occasion de la Conférence centrale sur le travail des nationalités, le 28 septembre 2014.
« Il ne s’agit pas seulement de ne plus enseigner la langue tibétaine. […] C’est un calcul pour orienter les pensées et les croyances des enfants. […] Le problème, c’est que le programme de la maternelle est conçu de manière à mettre en avant la nationalité chinoise de culture Han : façon de parler, thèmes abordés, manière de reconnaître les objets, et plus généralement tout le savoir transmis. Il n’y a pas l’ombre d’une trace de pensée tibétaine. Le résultat, c’est que lorsque les enfants finissent la maternelle à l’âge de 6 ans, et même si leurs deux parents sont tibétains, ils se considèrent comme chinois… Dans une dizaine ou une vingtaine d’années, cette culture aura sans doute disparu pour ne plus subsister que dans les musées. »
– Un responsable tibétain chargé de la mise en œuvre de la politique culturelle, interrogé par Human Rights Watch à la mi-2025.
« Même si [la fillette] est encore capable de comprendre [le tibétain], elle ne répond qu’en chinois. Au bout d’un certain temps, elle a réussi à me donner quelques réponses simples en peu de mots en tibétain, mais il était évident qu’elle faisait de gros efforts pour y parvenir… Il y a deux écoles maternelles dans la ville, et la mère a choisi celle où la langue tibétaine n’est pas totalement interdite : on ne s’adresse aux enfants qu’en chinois, mais ils sont autorisés à parler tibétain dans la cour de récréation. »
– Un chercheur spécialisé en linguistique, répondant par écrit à des questions de Human Rights Watch, les 5 et 6 mars 2025.
« Tous les enfants de moins de 10 ans parlent chinois entre eux. Ils n’échangent pas en tibétain. Si on les y oblige, ils parlent tibétain, mais leur niveau dépend des parents. C’est une cause perdue d’avance – et cela s’est produit en l’espace d’une génération. »
– Un chercheur en études tibétaines, dans un message transmis par SMS à Human Rights Watch le 10 octobre 2025.
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