05.11.2026 à 17:00
Human Rights Watch
(Tokyo) – Le 5 novembre, la Haute Cour de Hong Kong a condamné Joshua Wong, un activiste pro-démocratie bien connu, à 10 ans de prison supplémentaires sur la base d’accusations infondées liées à la sécurité nationale, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Joshua Wong est détenu depuis novembre 2020, alors qu’il avait 24 ans, et risque de rester emprisonné jusqu’à fin 2036, date à laquelle il aura 40 ans.
Le gouvernement de Hong Kong devrait libérer Joshua Wong immédiatement et sans condition. Les gouvernements étrangers devraient dénoncer les condamnations prononcées à son encontre et à l’encontre d’autres activistes pro-démocratie injustement détenus, et imposer des sanctions ciblées aux responsables de la répression croissante à Hong Kong.
« La peine sévère prononcée à l’encontre de Joshua Wong sur la base d’accusations sans fondement est cruelle et injuste », a déclaré Elaine Pearson, directrice de la division Asie à Human Rights Watch. « Les jeunes personnes qui œuvrent en faveur du changement social constituent un atout pour toute société dynamique, mais le gouvernement de Hong Kong les met derrière les barreaux. »
Afin de maintenir la société hongkongaise sous contrôle et de réduire le risque d’un tollé international, le gouvernement de Hong Kong semble avoir adopté la tactique consistant à accumuler les chefs d’accusation contre des leaders pro-démocratie influents pour garantir leur détention prolongée, a déclaré Human Rights Watch. Parmi les autres personnalités hongkongaises notables ayant été confrontées à des tactiques similaires figurent Jimmy Lai, fondateur du journal Apple Daily, ainsi que les activistes pro-démocratie Lee Cheuk-yan et Albert Ho.
Le tribunal a condamné Joshua Wong, âgé de 30 ans, pour « complot en vue de collusion avec des forces étrangères », en vertu de la loi sur la sécurité nationale. Les autorités l’ont accusé d’avoir « comploté » avec l’activiste Nathan Law et d’autres individus « non identifiés » entre 2016 et novembre 2020 afin d’exhorter des gouvernements étrangers à sanctionner des responsables gouvernementaux de Hong Kong et de la Chine, alors qu’ils plaidaient en faveur de l’« autodétermination démocratique » de Hong Kong.
Les accusations portées contre Joshua Wang étaient basées en grande partie sur ses actions de lobbying international et de sensibilisation médiatique menées individuellement et par Demosisto, le parti politique qu’il avait cofondé en 2016, avant l’entrée en vigueur de la loi sur la sécurité nationale en 2020. Joshua Wong avait lancé des pétitions en ligne, s’était exprimé dans les médias internationaux et avait rencontré des responsables étrangers afin d’attirer l’attention sur les violations des droits humains à Hong Kong. Il avait exhorté les gouvernements étrangers à sanctionner les responsables chinois et hongkongais à l’origine de ces violations, et à cesser de vendre à la police de Hong Kong les armes utilisées pour commettre ces violations des droits.
Joshua Wong avait pour l’essentiel cessé ces activités avant l’entrée en vigueur de la loi sur la sécurité nationale, le 30 juin 2020. Son mouvement Demosisto a été dissous ce jour-là, et Wong a démissionné en tant que son dirigeant. Cependant, le gouvernement de Hong Kong a cité des publications de Wong sur les réseaux sociaux comme prétendues preuves que sa « conspiration » présumée avec Nathan Law en vue d’une « collusion avec l’étranger » s’était poursuivie après l’entrée en vigueur de la loi. Dans ces publications, Wong a déclaré qu’il « ne [changerait] pas d’avis » et qu’il continuerait à « solliciter le soutien de la communauté internationale » à titre personnel, tandis que Nathan Law et d’autres personnes à l’étranger poursuivraient leur action de sensibilisation à l’échelle internationale.
Le gouvernement de Hong Kong a également cité des tribunes de Joshua Wong publiées après l’entrée en vigueur de la loi sur la sécurité nationale, ainsi que des interviews, bien qu’aucune tribune ou interview n’ait directement appelé à des sanctions, ce que cette loi interdit expressément. Le gouvernement a également mentionné ses partages des posts de Nathan Law appelant de manière générale à des sanctions contre des responsables chinois et la police de Hong Kong.
Le tribunal a statué que l’infraction commise par Wong était d’une « nature grave ». La loi sur la sécurité nationale prévoit des peines d’emprisonnement de 3 à 10 ans pour « collusion avec l’étranger », et de 10 ans à la réclusion à perpétuité pour les infractions jugées de « nature grave ». Joshua Wong a officiellement plaidé coupable le 2 septembre. Un plaidoyer de culpabilité entraîne normalement une réduction de peine d’un tiers. Toutefois, cette réduction ne peut ramener la durée de la peine en dessous du minimum légal.
En raison des restrictions imposées à la couverture médiatique des procédures préliminaires, au cours desquelles un magistrat détermine s’il convient de renvoyer une affaire devant une juridiction supérieure pour y être jugée, le public n’a pas eu connaissance des détails des accusations portées contre Joshua Wong avant le plaidoyer officiel. En 2024, le gouvernement de Hong Kong a promulgué une loi autorisant le tribunal, pour des soi-disant raisons de sécurité nationale, de refuser au prévenu le droit de demander la levée des restrictions imposées à la couverture médiatique de l’affaire.
En limitant la couverture médiatique des procédures préliminaires dans les affaires de sécurité nationale, le gouvernement peut mieux contrôler la manière dont ces affaires sont décrites ; ceci porte atteinte au principe juridique fondamental de procédures publiques.
Depuis que Pékin a imposé la loi sur la sécurité nationale à Hong Kong fin juin 2020, les autorités hongkongaises ont utilisé ce nouveau régime juridique, ainsi que d’autres lois déjà en vigueur, pour démanteler rapidement la société civile de cette ville ; elles ont détenu, emprisonné ou contraint à l’exil des centaines d’activistes et de détracteurs du gouvernement.
Joshua Wong est détenu depuis le 23 novembre 2020, date à laquelle il avait plaidé coupable de deux chefs d’accusation, organisation et incitation à un rassemblement non autorisé, liés au mouvement de protestation à Hong Kong en 2019. Par la suite, Joshua Wong a plaidé coupable de cinq autres chefs d’accusation, y compris d’avoir enfreint une loi anti-masque, participé à une veillée non autorisée en mémoire du massacre de Tiananmen de 1989, et violé une interdiction judiciaire de divulguer les informations personnelles concernant un policier.
En janvier 2021, alors qu’il était déjà emprisonné, Joshua Wong a été inculpé de deux nouvelles infractions liées à la sécurité nationale, entraînant des peines plus lourdes. Il a été reconnu coupable de « complot en vue de commettre un acte de subversion » pour avoir participé à une primaire démocratique non officielle en 2020, et condamné à quatre ans et huit mois de prison supplémentaires.
En juin 2025, avant que Joshua Wong n’ait pu purger l’intégralité de ces peines, les autorités ont retenu contre lui le chef d’accusation de « collusion avec des forces étrangères », garantissant ainsi son maintien en prison en cas de verdict de culpabilité.
Joshua Wong est devenu l’un des activistes pro-démocratie les plus connus de Hong Kong dès son adolescence, après avoir mené en 2012 une manifestation massive contre un programme scolaire gouvernemental largement considéré comme de l’endoctrinement politique. En 2014, il est devenu le visage international des manifestations pro-démocratie surnommées « Mouvement des parapluies ». En 2016, il a cofondé Demosisto avec Nathan Law et d’autres activistes. Ce parti s’est dissous le 30 juin 2020, quelques heures avant l’entrée en vigueur de la loi sur la sécurité nationale.
Les dispositions très larges de la loi sur la sécurité nationale ont été utilisées pour réprimer les manifestations pacifiques et la liberté d’expression. L’utilisation de cette loi contre Joshua Wong et contre d’autres personnes viole le droit à la liberté d’expression, garanti par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP). Ce droit est aussi inscrit dans la Loi fondamentale de Hong Kong de 1990, et dans l’Ordonnance sur la Charte des droits de 1991.
« Pékin n’a payé aucun prix réel pour sa répression croissante à Hong Kong », a observé Elaine Pearson. « Les gouvernements préoccupés devraient faire pression pour obtenir la libération de Joshua Wong et d’autres activistes, imposer des sanctions ciblées à l’encontre des responsables impliqués et réexaminer plus largement leurs relations avec la Chine à la lumière de l’aggravation des abus. »
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Articles
FranceInfo Euronews
05.11.2026 à 00:40
Human Rights Watch
(Washington, 4 novembre 2026) – Le Congrès nouvellement élu aux États-Unis devrait accorder la priorité au respect et à la protection des droits humains, tant à l’intérieur du pays qu’ailleurs dans le monde, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Lors des élections de mi-mandat (« midterm elections ») du 3 novembre, les candidats du Parti démocrate ont remporté une majorité de sièges à la Chambre des représentants, ainsi qu’au Sénat.
« Ce Congrès nouvellement élu se réunira à un moment critique pour les droits humains, tant au niveau national qu’international », a déclaré Michael García Bochenek, directeur par intérim du programme États-Unis à Human Rights Watch. « Les législateurs devraient dénoncer les nombreux abus commis par l’administration Trump, faire usage du pouvoir de surveillance dont ils disposent, et agir fermement pour assurer le respect et la pleine protection des droits humains. »
Les législateurs devraient aborder la question des nombreux abus commis dans le cadre de la restriction de l’immigration par le Département de la sécurité intérieure (Department of Homeland Security, DHS) et ses deux agences, le Service de l'immigration et des douanes (Immigration and Customs Enforcement, ICE) et le Service des douanes et des patrouilles frontalières (Customs and Border Patrol, CBP). Parmi ces abus figurent des arrestations arbitraires, des homicides illégaux et des opérations lors desquelles des personnes ont été grièvement blessées. Le nouveau Congrès devrait rétablir et renforcer les mécanismes de transparence et de surveillance, et mettre en place des protections efficaces contre le recours excessif à la force ; il devrait aussi veiller à ce que les responsables de l’application de la loi et les agents impliqués dans des violations graves des droits humains, au cours des deux dernières années, rendent des comptes.
Le futur président de la Commission de surveillance de la Chambre des représentants, le député Robert Garcia, a déclaré qu’il se concentrerait notamment sur « les abus du DHS et de l’ICE », et a recommandé aux responsables des ces agences de « faire appel à un avocat ».
« Le nouveau Congrès devrait donner la priorité à une surveillance rigoureuse du Département de la sécurité intérieure, ainsi que des ministères de la Justice et de la Défense », a déclaré Michael Bochenek. « Le Congrès devrait rétablir pleinement les organes de surveillance qui ont été vidés de leur substance. Sans une surveillance rigoureuse et une stricte obligation de rendre des comptes, les pratiques abusives risquent de se poursuivre en toute impunité. »
Le nouveau Congrès devrait également exiger des mesures visant à réparer et à remédier aux préjudices et aux abus commis par l’administration Trump au cours de son second mandat, a déclaré Human Rights Watch. Parmi ces abus figurent des formes de discrimination en matière de droit de vote, de maintien de l’ordre, d’éducation et de logement.
Afin d’entamer la reconstruction de l’infrastructure fédérale des droits civiques nécessaire pour lutter contre la discrimination, que l’administration Trump a démantelée, le Congrès devrait organiser des auditions concernant l’effondrement des ressources nécessaires au ministère de la Justice, au ministère de l’Éducation, au ministère du Logement et du développement urbain, ainsi qu’à la Commission pour l’égalité des chances en matière d’emploi (Equal Opportunity Employment Commission, EEOC). Le Congrès devrait allouer à ces agences des crédits explicitement destinés à faire respecter les droits civils ; il devrait aussi adopter une législation permettant aux citoyens d’intenter une action en justice en vertu de la loi sur les droits civils afin de faire valoir les préjudices subis du fait de l’impact disparate des précédentes mesures gouvernementales.
L’actuel Congrès n’a pas surveillé ou contrôlé de manière adéquats les actions de l’administration Trump, notamment quand celle-ci a commis de graves violations du droit de la guerre en Iran et mené des frappes meurtrières illégales contre des embarcations dans le Pacifique et les Caraïbes ; ces attaques ont tué plus de 240 personnes, lors d’opérations constituant des exécutions extrajudiciaires. L’actuel Congrès a également supervisé le démantèlement de l’aide étrangère américaine ; il a approuvé un projet de loi autorisant le gouvernement à récupérer environ 9 milliards de dollars précédemment alloués à l’aide étrangère, y compris un soutien essentiel en faveur des droits humains. Le nouveau Congrès devrait examiner les possibilités de rétablir le financement de l’aide étrangère, en particulier pour les programmes en faveur des droits humains, lors des futurs processus d’affectation des crédits.
Le nouveau Congrès devrait également exiger que le ministère de la Défense publie son rapport sur la frappe illégale menée en février dernier contre une école primaire à Minab, dans le sud de l’Iran ; cette frappe a fait plus de 150 morts, dont la plupart étaient des enfants. Le Congrès devrait aussi examiner la possibilité que le démantèlement des structures visant à limiter les dommages causés aux civils ait pu contribuer à d’autres frappes illégales, a ajouté Human Rights Watch.
L’administration Trump a en outre expulsé des dizaines de milliers de personnes étrangères vers des pays tiers, dont elles n’étaient pas originaires ; dans certains pays tiers, ces personnes ont été exposées au risque d’abus et de renvoi vers leur propre pays, bien qu’elles puissent y être persécutées. L’administration Trump a envoyé des ressortissants vénézuéliens au centre de détention CECOT au Salvador, où certains ont été systématiquement torturés et soumis à d’autres abus, notamment des violences sexuelles. Le nouveau Congrès américain devrait renforcer sa surveillance de la politique étrangère, et de la coopération avec d’autres pays en matière de sécurité, selon Human Rights Watch.
« Les nouveaux membres du Congrès devraient renforcer l’engagement de cette institution à protéger les droits de chaque personne aux États-Unis », a conclu Michael Bochenek. « Le Congrès devrait également s’appuyer sur cette approche en soutenant une politique étrangère respectueuse des droits. »
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04.11.2026 à 21:15
Human Rights Watch
(Istanbul) – (Istanbul, le 4 novembre 2026) – Les gouvernements participant à la 31ème Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP31) devraient agir d’urgence pour protéger les droits des communautés déplacées par la crise climatique et veiller à ce que les organisations de la société civile puissent participer aux négociations, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.
La COP31 se tiendra du 9 au 20 novembre à Antalya, en Turquie, sous la présidence conjointe de ce pays et de l’Australie, qui représentera la région Pacifique. Les pays et les fonds climatiques internationaux participant aux négociations devraient s’assurer que les discussions soient guidées par les besoins des communautés qui sont les premières à subir les impacts, ainsi que par les limites qu’il convient de fixer à l’extraction de carburants fossiles, et non pas par les intérêts des grandes entreprises.
« L’intensification des impacts du changement climatique déracine déjà des communautés entières, et pourtant les personnes qui subissent ces répercussions sont trop souvent exclues des décisions qui déterminent leur avenir », a déclaré Maria Laura Canineu, directrice adjointe de la division Environnement et droits humains à Human Rights Watch. « Les États réunis à Antalya devraient mettre les communautés affectées au centre de leur lutte contre le changement climatique, en veillant à ce que les financements destinés à l’adaptation bénéficient aux communautés déplacées, et en défendant la capacité de la société civile à demander des comptes aux dirigeants de leurs gouvernements. »
Les priorités de Human Rights Watch en vue de la COP31 s’appuient sur ses recherches de terrain, menées depuis de nombreuses années, notamment sur ses multiples entretiens avec des habitants déplacés, des représentants des peuples autochtones, des défenseurs de l’environnement et des activistes de la société civile.
Environ 3,5 milliards de personnes vivent déjà dans des lieux ou situations très exposés aux impacts du changement climatique. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), l’organe des Nations Unies qui évalue les éléments scientifiques concernant le changement climatique, a averti que même si l’on pouvait compter sur des mesures d’urgence prises par les États pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, les températures continueraient à augmenter, et que les impacts climatiques – depuis les tempêtes tropicales jusqu’à l’augmentation du niveau de la mer – étaient déjà en train de rendre moins sûrs les lieux de vie de nombreuses personnes, sachant que les peuples autochtones sont touchés de façon disproportionnée.
SOLWATA Documentaire immersif sur la crise climatiqueLors de la COP31, Human Rights Watch présentera Solwata, un documentaire de 25 minutes sous forme de réalité virtuelle, avec l’acteur et défenseur des droits humains Mark Ruffalo comme narrateur et producteur exécutif, et produit en collaboration avec le studio XR NowHere Media et avec Agog:The Immersive Media Institute. Ce documentaire immersif est fondé sur les recherches menées par Human Rights Watch sur Walande, une communauté vivant dans les Îles Salomon, nation insulaire du Pacifique qui a été forcée de planifier sa réinstallation lorsque des marées géantes et l’augmentation du niveau de l’océan se sont mises à éroder la petite île qui était son foyer.
Le déplacement planifié de communautés entières vers des terres plus sûres est déjà d’actualité – y compris à Panama, au Sénégal et aux Philippines, de même qu’aux Îles Salomon – et l’on s’attend à ce que ce phénomène s’accroisse à l’échelle du globe. Cependant, peu de pays sont dotés de politiques nationales protégeant les droits des communautés qui se réinstallent et les financements climatiques profitent rarement directement aux communautés qui prévoient de se déplacer. Sans politiques adéquates ni accès direct aux financements, les communautés forcées de se déplacer font souvent face, dans les lieux où elles se réinstallent, à de nouvelles menaces pesant sur leurs droits humains.
À la COP31, les banques de développement multilatérales et les fonds climatiques internationaux devraient fortement augmenter les financements totaux destinés à la réadaptation climatique, y compris les réinstallations prévues, et veiller à ce que les communautés situées en première ligne aient directement accès aux financements afin d’exercer leur droit collectif à l’autodétermination. Le financement de ces mécanismes devraient intégrer des conditions de sauvegarde imposant que les réinstallations prévues soient considérées comme des mesures de dernier recours, une fois tous les efforts d’adaptation épuisés, qu’elles nécessitent un consentement libre, préalable et éclairé, et qu’elles garantissent un accès suffisant au logement, aux moyens de subsistance, à l’alimentation, à l’éducation, aux soins médicaux et à la préservation culturelle.
Si l’on veut des mesures climatiques respectueuses des droits, cela nécessite que les activistes, journalistes, défenseures des droits humains et représentantes des peuples autochtones y participent pleinement et significativement. Pourtant, la répression par les autorités turques de la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique suscite de graves inquiétudes sur la capacité de la société civile indépendante à participer à la COP31 en sécurité.
Les autorités turques sont depuis longtemps connues pour leur répression de la libre expression, leur dispersion rapide et brutale de manifestations pacifiques et leur emprisonnement de défenseurs de l’environnement. « Le gouvernement turc, ignorant la nécessité de préserver l’environnement, s’est retourné contre certains de ses citoyens qui protestent contre des préjudices environnementaux touchant leurs communautés », a déclaré Deniz Bayram, chercheuse adjointe de la division Europe et Asie centrale Human de Rights Watch. « Les États participant à la COP31 devraient élever la voix contre la répression des défenseures de l’environnement et faire comprendre à leurs hôtes turcs que la participation de la société civile est essentielle pour atteindre les objectifs de la conférence. »
Des restrictions à l’égard de la société civile ont, à plusieurs reprises, entaché les précédents sommets climatiques de l’ONU, notamment à travers des barrières arbitraires en matière d’enregistrement, la surveillance ou la détention.
Par ailleurs, en dépit du consensus scientifique qui règne au sein du Groupe d’experts sur le changement climatique, selon lequel l’objectif de limitation du réchauffement à 1,5 °C interdit de mener de nouveaux projets d’extraction de pétrole, gaz ou charbon, la présidence assurée conjointement par la Turquie et l’Australie n’a pas appelé les pays à s’éloigner des carburants fossiles. En même temps, la Turquie poursuit ses plans néfastes d’extension préjudiciable d’une centrale à charbon, malgré des décisions de justice ayant rejeté des évaluations erronées de l’impact environnemental qui donnaient le feu vert à ce type de projet. De son côté, l’Australie a continué à accroître son extraction de charbon malgré un jugement de la Cour suprême énonçant que l’État était responsable des émissions issues de la combustion du charbon exporté.
La combustion du charbon émet une pollution atmosphérique dangereuse qui nuit gravement à la santé publique, en particulier pour les groupes à risque comme les enfants, les personnes âgées et les personnes ayant des maladies chroniques, a déclaré Human Rights Watch.
Le droit international relatif aux droits humains, y compris le droit internationalement reconnu à un environnement propre, sain et durable, ainsi que le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC), obligent les États à coopérer à l’échelle internationale afin de mobiliser des financements climatiques et de prévenir les répercussions prévisibles sur les droits humains. Selon le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), auquel l’Australie et la Turquie sont des États parties, et la Convention européenne des droits de l’homme, à laquelle la Turquie est un État partie, les autorités ont l’obligation légale de respecter les droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique de tous les participants de la COP31, à l’intérieur et à l’extérieur de la conférence.
« Les communautés situées en première ligne des impacts climatiques sont celles qui savent le mieux ce dont elles ont besoin pour survivre et s’adapter avec dignité », a conclu Maria Laura Canineu. « Le secrétariat de la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, ainsi que les États participant à la COP31, devraient presser publiquement les autorités turques de garantir le respect de la liberté d’expression à Antalya, afin que les organisations de la société civile et les communautés puissent aussi y être entendues. »