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Humans Right Watch enquête sur les violations des droits humains commises à travers le monde

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19.05.2026 à 00:00

Myanmar : Les survivants du massacre de musulmans rohingyas par l'Armée d’Arakan privés de réparations

Human Rights Watch

Click to expand Image Illustration en couverture du rapport de Human Rights Watch au sujet du massacre de Rohingyas commis par l'Armée d’Arakan à Hoyyar Siri, dans l’ouest du Myanmar, le 2 mai 2024. Le dessin montre Omar Ahmod, un survivant qui est retourné à Hoyyar Siri quelques mois après le massacre, afin d’y photographier des preuves et rassembler d’autres informations.  © 2026 John Holmes pour Human Rights Watch Deux ans après que l'Armée d'Arakan, un groupe armé ethnique, a tué et blessé des centaines de musulmans rohingyas dans l'État de Rakhine, au Myanmar, et incendié leur village, les survivants se voient toujours refuser l’accès à la justice et ne peuvent toujours pas rentrer chez eux.L’Armée d’Arakan, qui nie avoir commis des crimes de guerre, a délibérément tiré sur des villageois non armés qui cherchaient à se mettre à l’abri, alors que le groupe armé avançait vers deux bases de l’armée du Myanmar situées à proximité.L'armée du Myanmar et l'Armée d’Arakan devraient mettre fin aux attaques contre les civils, libérer toutes les personnes détenues illégalement et offrir des réparations aux victimes. Les deux parties devraient coopérer pleinement avec les enquêtes menées par l'ONU et d'autres organismes indépendants.

(Bangkok) – Deux ans après que l’Armée d’Arakan, un groupe armé ethnique, a tué et blessé des centaines de musulmans rohingyas et incendié leur village dans l’État de Rakhine, au Myanmar, les survivants ayant fui ne peuvent toujours pas y retourner, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui ; de nombreux habitants restés dans le village y sont de fait détenus. L’Armée d’Arakan a rejeté toute responsabilité dans le massacre commis à Hoyyar Siri (Htan Shauk Khan en birman), dans la commune de Buthidaung, qui a été caractérisé par de graves violations du droit de la guerre constituant des crimes de guerre. 

18 mai 2026 “Skeletons and Skulls Scattered Everywhere”

Le rapport de 56 pages, intitulé « “Skeletons and Skulls Scattered Everywhere”: Arakan Army Massacre of Rohingya Muslims in Hoyyar Siri, Myanmar » (« “Des squelettes et des crânes éparpillés partout” : Le massacre de musulmans rohingyas par l’Armée d’Arakan à Hoyyar Siri, au Myanmar »), documente l’attaque du 2 mai 2024, au cours de laquelle des combattants de l’Armée d’Arakan ont délibérément tiré sur des villageois non armés qui cherchaient à se mettre à l’abri alors que le groupe armé avançait vers deux bases de l’armée du Myanmar situées à proximité. Les détails du massacre n’ont commencé à émerger que plus d’un an plus tard, après que certains survivants ont fui vers le Bangladesh et la Malaisie. 

« Lorsque l’Armée d’Arakan a tué des centaines de civils rohingyas et incendié leur village dans l’État de Rakhine en 2024, son conflit armé avec la junte du Myanmar a atteint un nouveau niveau de dépravation », a déclaré Meenakshi Ganguly, directrice adjointe de la division Asie à Human Rights Watch. « Aujourd’hui, les survivants du massacre sont de fait détenus par l’Armée d’Arakan, qui n’a ni accordé de réparations, ni traduit les responsables en justice. »

Human Rights Watch a mené des entretiens avec plusieurs dizaines de témoins et de survivants, a corroboré leurs témoignages à l’aide d’images satellite, et a analysé et vérifié des photographies et des vidéos. 

Click to expand Image Carte de l'État de Rakhine, dans l’ouest du Myanmar. Le village de Hoyyar Siri est situé dans la commune de Buthidaung (district de Maungdaw), dans le nord-ouest de cet État. © 2026 Human Rights Watch

Les hostilités entre les forces de la junte du Myanmar et l’Armée d’Arakan dans l’État de Rakhine ont repris en novembre 2023. Les deux camps ont commis de graves exactions, notamment des attaques ciblant des civils, des incendies criminels et des actes de conscription illégale. Ces conclusions contredisent les affirmations de l’Armée d’Arakan, qui, dans une lettre adressée à Human Rights Watch, affirmait que ses combattants ne visaient que du personnel militaire ou des membres de groupes armés rohingyas. 

Les combattants de l’Armée d’Arakan ont d’abord ouvert le feu sur un groupe de civils quittant Hoyyar Siri, dont certains agitaient des drapeaux blancs. « D’abord, mon fils a été touché par une balle », a déclaré un homme. « Puis ma femme et ma petite fille ont été touchées, suivies de mon autre fille. » Les combattants ont continué à tirer sur les villageois alors que ceux-ci faisaient demi-tour et tentaient de fuir. 

Une femme a déclaré que les combattants avaient rassemblé un groupe de villageois dans une rizière près d’une mosquée. « En quelques minutes, ils ont ouvert le feu sur nous au hasard, sans rien dire », a-t-elle déclaré. « Personne n’a été épargné. Mon mari a été touché par une balle. Quand l’Armée d’Arakan a vu qu’il était encore en vie, ils se sont approchés et ont tiré à nouveau sur lui, plusieurs fois. »

Click to expand Image Trois illustrations du massacre commis par l'Armée d’Arakan à Hoyyar Siri, dans l’ouest du Myanmar, le 2 mai 2024. (1) À gauche : Des civils rohingyas non armés fuyaient le village, sur une route en direction de la ville voisine de Buthidaung. (2) Au centre : Des combattants de l’Armée d’Arakan, s’apprêtant à tirer sur ces personnes. (3) À droite : Le massacre de civils sur la route. © 2026 John Holmes for Human Rights Watch

Human Rights Watch a dressé une liste de plus de 170 villageois, dont environ 90 enfants, qui ont été tués, ou sont toujours portés disparus à la suite du massacre de Hoyyar Siri. Le bilan réel du massacre est probablement bien plus élevé.

Human Rights Watch a analysé et vérifié des photographies et des vidéos montrant des restes humains sur trois sites distincts du village. Sur deux de ces sites, des vêtements civils sont visibles parmi les restes humains. Des images satellite corroborent les témoignages selon lesquels des combattants de l’Armée d’Arakan ont incendié Hoyyar Siri et, après en avoir pris le contrôle, ont détruit tout le village. 

Deux images satellite infrarouges de la zone de Hoyyar Siri au Myanmar, enregistrées le 25 avril 2024 (avant le massacre du 2 mai) et le 6 mai 2024 (quatre jours après le massacre). Sur les images infrarouges, la végétation apparaît en rouge, tandis que les zones incendiées apparaissent dans des teintes plus sombres. L’image du 6 mai révèle la destruction quasi totale de Fatailla Para et de Bor Para, deux hameaux de Hoyyar Siri. © 2024 Planet Labs (images satellite). © 2026 Human Rights Watch (graphisme). Données © Myanmar Information Management Unit (MIMU), © OpenStreetMap.

Les combattants ont également dérobé l’argent et les bijoux des villageois. Un homme détenu par l’Armée d’Arakan a déclaré que plusieurs détenus dont lui-même avaient été battus et torturés, notamment à coup de décharges électriques. Plusieurs témoins ont rapporté que des combattants avaient enlevé des femmes et des filles rohingyas du village. 

En février 2025, l’Armée d’Arakan a ordonné à tous les habitants survivants de Hoyyar Siri de se réinstaller dans un camp de fortune situé à proximité. Des villageois qui ont par la suite réussi à fuir vers le Bangladesh ont déclaré à Human Rights Watch qu’ils avaient été privés de liberté de mouvement, soumis au travail forcé et confrontés à de graves pénuries de nourriture et de soins médicaux. Ils ont ajouté qu’en août 2025, le groupe armé avait organisé pour certains médias une visite contrôlée à Hoyyar Siri, au cours de laquelle les survivants ont été contraints de fournir des faux témoignages dans le but de disculper l’Armée d’Arakan pour le meurtre de civils.

Au cours de la dernière décennie, l’armée du Myanmar a commis des actes de nettoyage ethnique, de génocide et d’autres atrocités dans l’État de Rakhine, forçant plus d’un million de Rohingyas à fuir. Le massacre de Hoyyar Siri met en évidence le fait que le retour dans l’État de Rakhine reste dangereux pour les réfugiés rohingyas, y compris dans les zones actuellement contrôlées par l’Armée d’Arakan . 

L’armée du Myanmar et l’Armée d’Arakan devraient immédiatement mettre fin aux attaques contre les civils, libérer tous les civils détenus illégalement et offrir réparation aux victimes et à leurs familles, a déclaré Human Rights Watch. Dans sa lettre adressée à Human Rights Watch, l’Armée d’Arakan a déclaré qu’elle faciliterait les enquêtes menées par des organisations internationales de défense des droits humains jugées crédibles et indépendantes. Les deux parties devraient coopérer pleinement avec les enquêtes indépendantes, notamment en accordant l’accès au Mécanisme d’enquête indépendant sur le Myanmar (IIMM), au Rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits de l’homme au Mynnmar, et aux organisations de défense des droits humains.

« L’armée du Myanmar semblait indifférente au sort des civils rohingyas à Hoyyar Siri en 2024, et depuis lors, la junte n’a rien fait pour répondre à leurs préoccupations plus générales en matière de droits humains », a conclu Meenakshi Ganguly. « Les gouvernements préoccupés devraient d’urgence faire pression tant sur la junte du Myanmar que sur l’Armée d’Arakan, pour qu’elles respectent les droits de toutes les communautés de l’État de Rakhine. »

Extraits de témoignages :

« J’ai vu que l’Armée d’Arakan avait rassemblé les personnes qu’elle avait trouvées à Fatailla Para dans une rizière près de la mosquée, et les avait forcées à s’asseoir et à baisser la tête. Puis elle a commencé à tirer. Certains habitants ont été abattus alors qu’ils gisaient au sol. »  
– Abdu Rahman, blessé lors de l’attaque.

« Je me suis rendue à l’endroit où mes enfants ont été abattus. J’ai perdu connaissance en voyant leurs corps. Leurs vêtements étaient encore intacts. »  
– Rashida Hatu, qui a raconté avoir retrouvé les corps de sa fille et de son fils aîné, abattus alors qu’ils cherchaient un bunker.

« J’avais grimpé dans un grand arbre près de la lisière du village, pour voir d’où venaient les coups de feu. De là-haut, j’ai vu un grand nombre de personnes se faire tirer dessus dans les champs, au nord du village. J’ai également vu l’Armée d’Arakan mettre le feu aux maisons. J’entendais le bambou et le bois craquer à mesure que le feu se propageait. »  
– Zaw Kawriya, qui a vu de loin l’incendie criminel.

« Ils nous ont emmenés dans la forêt. Là-bas, ils ont saisi tous nos objets de valeur, y compris nos téléphones portables, nos bijoux et notre argent. Ils ont même déchiré nos chemisiers et nos sous-vêtements, à la recherche d’objets de valeur à l’intérieur de nos vêtements. Mon oncle a été frappé à la tête, lorsqu’il a tenté d’empêcher des combattants de l’Armée d’Arakan d’arracher une chaîne en or du cou de sa femme. »  
– Majeda Banu, interceptée alors qu’elle fuyait vers la région d’U Hla Hpay.

« Les combattants de l’Armée d’Arakan nous ont attachés avec des cordes et nous ont violemment battus… Ils nous ont bandé les yeux, nous ont forcés à monter dans un bateau, puis nous ont emmenés dans une école. J’ai entendu l’un des membres de l’Armée d’Arakan dire : “Nous ferions mieux de tuer tous les kalar [terme péjoratif désignant les musulmans rohingyas], sinon nous ne réussirons pas à accomplir notre mouvement de libération.” »  
– Kefayet Ulla, capturée et torturée pendant sa détention.

18.05.2026 à 22:50

Un suspect du génocide rwandais meurt sans avoir été jugé

Human Rights Watch

Click to expand Image Le dirigeant de l'Office central de lutte contre les crimes contre l'humanité et les crimes de haine (OCLCH) affiche des documents montrant un avis de recherche pour Félicien Kabuga le 19 mai 2020, à Paris. © 2020 Benoit Tessler/Reuters

Le décès de Félicien Kabuga, accusé d’avoir financé le génocide rwandais, clôt un chapitre important du génocide de 1994. Malheureusement, il prive également les survivants d’une opportunité d’obtenir justice que beaucoup attendaient depuis des décennies.

Félicien Kabuga, longtemps soupçonné d’avoir financé la milice extrémiste qui a perpétré le génocide et d’avoir contribué à alimenter la propagande génocidaire via la Radio Télévision Libre des Mille Collines, est décédé le 16 mai dans un hôpital de La Haye à l’âge de 93 ans, alors qu’il était détenu par le Mécanisme international résiduel appelé à exercer les fonctions résiduelles des Tribunaux pénaux des Nations Unies. Il avait été déclaré inapte à participer à son procès en 2023, en raison de démence et d’une santé déclinante.

Pendant des années, Félicien Kabuga a symbolisé à la fois la persévérance des efforts de la justice internationale ainsi que l’impunité de longue date pour les crimes commis lors du génocide. Inculpé dans les années 1990, son arrestation en France en 2020, après plus de deux décennies de cavale, a constitué une avancée majeure pour les victimes et les survivants du génocide.

Lorsque son procès a débuté à La Haye en 2022, 28 ans après le génocide, cela a constitué une occasion importante d'établir un compte rendu public complet du rôle joué par Félicien Kabuga dans ce génocide.

Alison Des Forges, qui a été conseillère senior de la division Afrique de Human Rights Watch pendant près de deux décennies, a publié dans son ouvrage de référence sur le génocide, « Aucun témoin ne doit survivre, » le récit suivant : « La radio RTLM, qui avait incité au génocide avant le 6 avril, a communiqué les ordres pour la mise en œuvre des massacres après cette date. Elle a donné des instructions pour ériger des barrières et mener des fouilles ; elle a désigné les personnes à viser et indiqué les zones à attaquer. […] Ce moyen de communication était si important que les responsables ont exhorté les citoyens à continuer d’écouter la radio pour recevoir les instructions du gouvernement intérimaire ».

Alison Des Forges a également documenté la manière dont Félicien Kabuga était impliqué dans la commande des milliers de machettes importées au Rwanda en 1993 et début 1994 et comment il a soutenu l’entraînement militaire de la milice de jeunesse Interahamwe, dont les membres ont traqué les civils tutsis pendant le génocide.

Félicien Kabuga est décédé sans qu’un jugement n’ait été rendu sur sa culpabilité ou son innocence, ce qui marque un douloureux manque de justice définitive pour les victimes de l’un des crimes les plus graves du XXe siècle. Il n’y a pas de date d’expiration pour l’obtention de justice lorsqu’il s’agit des crimes les plus graves, et des auteurs présumés du génocide rwandais continuent d’être arrêtés dans différents pays. Les autorités judiciaires devraient veiller à ce que les survivants et les victimes ne subissent pas de nouveaux retards.

18.05.2026 à 06:01

Salvador : Une avocate défenseure des droits demeure en prison, un an après son arrestation

Human Rights Watch

Click to expand Image L’avocate salvadorienne Ruth Eleonora López. © El Diario de Hoy

(Washington) – L’éminente avocate salvadorienne Ruth López, spécialisée dans la lutte contre la corruption, est toujours en détention provisoire et son dossier judiciaire demeure sous scellés un an après son arrestation, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Les autorités salvadoriennes devraient garantir à Ruth López un procès rapide, public et équitable, lever le secret de l’instruction concernant son dossier judiciaire et lui permettre d’avoir des contacts réguliers avec sa famille et ses avocats.

Âgée de 48 ans, Ruth López est la directrice de l’Unité de lutte anti-corruption à Cristosal, l’une des principales organisations de défense des droits humains d’Amérique centrale. Elle a enquêté sur des allégations de corruption concernant des hauts responsables de l’administration du président salvadorien Nayib Bukele, et dénoncé de graves violations des droits humains commises dans le cadre de l’état d’urgence déclaré dans le pays. L’arrestation de Ruth López a marqué le début d’une répression croissante à l’encontre des détracteurs du gouvernement, notamment des défenseurs des droits humains et des journalistes. 

« Ruth López a passé des années à avertir que le président Bukele était en train de démanteler les institutions qui protègent les Salvadoriens contre les abus de pouvoir », a déclaré Juanita Goebertus, directrice de la division Amériques à Human Rights Watch. « Son propre cas est malheureusement la preuve la plus flagrante qu’elle avait raison. Les autorités devraient lever le secret judiciaire concernant son dossier, présenter toute preuve crédible lors d’un procès public et permettre à Ruth López d’avoir un accès effectif à ses avocats. »

La police a arrêté Ruth López le 18 mai 2025 à son domicile à San Salvador. Elle a d’abord été inculpée de détournement de fonds en lien avec son précédent travail, il y a plus de dix ans, en tant que conseillère d’un ancien magistrat du Tribunal suprême électoral, Eugenio Chicas. Environ 15 jours après son arrestation, les procureurs ont modifié l’accusation, en tant qu’« enrichissement illicite ». 

Lors d’une audience le 4 juin 2025, un juge a ordonné le placement de Ruth López en détention provisoire. Elle a ensuite été transférée à la prison de La Granja de Izalco, où elle se trouve toujours. En décembre, le juge chargé de l’affaire a prolongé sa détention provisoire de six mois supplémentaires. Son actuel mandat de détention provisoire doit expirer en juin 2026.

Les preuves à charge contre Ruth López n’ont pas été présentées en audience publique. Le juge n’a pas exposé publiquement les raisons pour lesquelles il a décidé de garder son dossier sous scellés. 

Dans le cadre de son travail chez Cristosal, Ruth López a enquêté sur des allégations de détournement de fonds publics – notamment des irrégularités dans les marchés publics pendant la pandémie – et a intenté des recours contre la destitution sommaire, en mai 2021, du procureur général et des cinq magistrats de la Chambre constitutionnelle. Elle a aussi activement soutenu la campagne citoyenne contre l’abrogation, en décembre 2024, de la loi interdisant l’exploitation de mines de métaux au Salvador. Début 2025, elle a déposé des requêtes en habeas corpus au nom de Vénézuéliens expulsés par les États-Unis au Salvador, où ils ont ensuite été transférés au Centre de confinement du terrorisme (Centro de Confinamiento del Terrorismo, CECOT).

L'arrestation de Ruth López a été suivie de mesures de grande envergure visant les détracteurs du gouvernement, a constaté Human Rights Watch.

Le 20 mai 2025, deux jours après la détention de Ruth López, l’Assemblée législative, contrôlée par le parti du président Bukele, a adopté une « loi sur les agents étrangers ». Cette loi prétend promouvoir la « transparence », mais dans la pratique, elle confère au gouvernement des pouvoirs étendus pour contrôler, stigmatiser et sanctionner les organisations de défense des droits humains et les médias indépendants qui bénéficient d’un soutien international. 

Depuis l’entrée en vigueur de la loi, l’Association des journalistes du Salvador et au moins trois autres organisations de la société civile ont fermé leurs bureaux au Salvador, invoquant les exigences imposées par la loi. 

Le 7 juin 2025, la police a arrêté Enrique Anaya, un éminent avocat spécialisé en droit constitutionnel, ayant souvent critiqué le gouvernement ; il a été accusé de blanchiment d’argent. Quelques jours avant son arrestation, Anaya avait publiquement condamné l’arrestation de Ruth López. Il est toujours en détention provisoire et son dossier est également sous scellés.

Suite à cette escalade de la répression, de nombreux détracteurs du gouvernement se sont exilés. Entre mai et septembre 2025, au moins 140 défenseurs des droits humains et journalistes ont quitté le pays. En juillet 2025, l’ONG Cristosal a annoncé qu’elle suspendait ses activités sur place au Salvador, et que le personnel se réinstallait au Guatemala et au Honduras. L’organisation a déclaré avoir dû choisir « entre l’exil et la prison ».

Le recours à la détention provisoire illimitée à l’encontre de Ruth López et d’autres détracteurs du gouvernement reflète une tendance plus large au Salvador, où les modifications législatives successives adoptées depuis 2022 ont effectivement démantelé les garanties d’une procédure régulière, y compris les limites imposées à la détention provisoire, et permis la tenue d’audiences de masse réunissant des centaines de prévenus à la fois. La plupart de ces mesures ont été adoptées dans le cadre de l’état d’urgence en vigueur depuis mars 2022, qui a été utilisé pour placer plus de 91 000 personnes en détention. Human Rights Watch a documenté des violations généralisées des droits humains pendant l’état d’urgence, notamment des détentions arbitraires massives, des actes de torture, des disparitions forcées et des conditions de détention inhumaines.

L’indépendance judiciaire au Salvador est gravement compromise depuis le 1er mai 2021, date à laquelle l’Assemblée législative a destitué sans procédure les cinq magistrats de la Chambre constitutionnelle et le procureur général, les remplaçant par des alliés de l’exécutif.

Le 22 septembre 2025, la Commission interaméricaine des droits de l’homme a déclaré que Ruth López et Enrique Anaya étaient exposés à des risques graves et urgents pour leur vie, leur intégrité physique et leur santé, et a exhorté le Salvador à garantir des conditions de détention adéquates, y compris des contacts réguliers avec leur famille et leurs avocats. Les autorités salvadoriennes n’ont fait état d’aucune mesure publique visant à mettre en œuvre ces dispositions.

Les gouvernements étrangers et les organismes internationaux de défense des droits humains, y compris le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, devraient considérablement renforcer leur surveillance publique du bilan du Salvador en matière de droits humains, a déclaré Human Rights Watch. Ils devraient exhorter publiquement le Salvador à accorder à Ruth López, Enrique Anaya et aux autres détracteurs qui ont été placés en détention un procès rapide, public et équitable, à lever le secret judiciaire portant sur leurs dossiers et à leur garantir des contacts réguliers avec leurs familles et leurs avocats.

En vertu de sa Charte démocratique, l’Organisation des États américains (OEA) a pour mandat de débattre et de prendre des mesures contre « toute altération ou interruption inconstitutionnelle de l’ordre démocratique ». Pourtant, le Conseil permanent de l’OEA a depuis des années renoncé à sa responsabilité de débattre de la situation au Salvador.

« Avec sa répression contre les défenseurs des droits humains et les journalistes, le Salvador rejoint les rangs des gouvernements autoritaires comme le Venezuela, le Nicaragua et Cuba », a conclu Juanita Goebertus. « Les gouvernements d’Amérique latine et d’Europe devraient prendre au sérieux la dérive autoritaire de ce pays, et renforcer d’urgence leur réponse. »

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