13.03.2026 à 19:51
Human Rights Watch
Alors que de nombreux Israéliens cherchent à se mettre à l'abri face aux attaques de missiles et de drones iraniens, des colons armés en Cisjordanie profitent de la confusion de la guerre pour s'emparer de terres, poursuivant la politique israélienne de dépossession et de nettoyage ethnique à l’encontre des Palestiniens.
Tous les jours, des colons envahissent des communautés palestiniennes, tirent à balles réelles, incendient des maisons et des voitures, et attaquent des familles dans leurs domiciles. Au cours des 11 derniers jours, des colons armés – dont trois en uniforme – auraient abattu cinq Palestiniens en Cisjordanie ; un sixième serait décédé d’un arrêt cardiaque après avoir inhalé des gaz lacrymogènes tirés par l’armée israélienne. À un tel rythme, l’année 2026 risque d’être encore plus létale en Cisjordanie que 2025 : la violence des colons israéliens avait alors atteint son plus haut niveau depuis deux décennies, neuf Palestiniens ayant été tués par des colons armés.
L'armée israélienne a déclaré que les récents incidents faisaient l'objet d'une enquête.
Fin 2025, l’ONG israélienne Yesh Din a indiqué que sur les centaines de cas de violences commises par des colons qu’elle avait recensés depuis octobre 2023, seuls 3 % avaient abouti à des condamnations. Le gouvernement israélien fournit des armes aux colons, généralement sans les tenir responsables de leurs actes criminels ; il facilite ainsi les violences commises par les colons, voire se rend complice des abus.
Le gouvernement israélien encourage également les colons en approuvant et en finançant l’expansion des colonies illégales. En août dernier, Israël a officialisé ses plans de développement du projet de colonie E1, considéré comme illégal et une « ligne rouge » par la communauté internationale ; en décembre dernier, le gouvernement a publié un appel d’offres pour la construction de 3 401 logements dans cette zone. S’il est mené à bien, ce projet séparera complètement la partie sud de la Cisjordanie de sa partie nord. Des contrats de construction devraient être attribués à partir du 16 mars.
En juillet 2024, la Cour internationale de justice (CIJ) avait émis un avis consultatif concluant que l’occupation par Israël des territoires palestiniens depuis 59 ans est « illicite », et que les autorités israéliennes y pratiquent une politique d’apartheid. La CIJ a conclu que « l’État d’Israël est dans l’obligation […] d’évacuer tous les colons du Territoire palestinien occupé », y compris Jérusalem-Est, de permettre aux Palestiniens déplacés de retourner chez eux et de leur verser des indemnités. Toutefois, dans le contexte de la guerre actuelle, c’est le contraire qui se produit.
Les autres États devraient agir pour empêcher de nouvelles atrocités sur l’ensemble du Territoire palestinien occupé, notamment en imposant des sanctions ciblées à l’encontre des personnes impliquées dans les graves violations en cours, en suspendant les transferts d’armes à Israël, en interdisant le commerce avec les colonies illégales, en suspendant les accords commerciaux préférentiels avec Israël. Ces États devraient aussi soutenir la Cour pénale internationale et ses enquêtes en cours, notamment en exécutant ses mandats d’arrêt. Ne pas agir maintenant aurait de graves conséquences pour l’avenir des Palestiniens.
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13.03.2026 à 06:00
Human Rights Watch
Cette semaine, la Cour pénale spéciale en République centrafricaine a annoncé que Mathurin Kombo, qui était détenu par la cour et poursuivi pour des crimes commis en 2014, est décédé à l’Hôpital communautaire de Bangui.
Il y a douze ans, alors que la République centrafricaine était plongée dans une guerre civile, je suis arrivé dans le village de Guen, dans le sud-ouest du pays, pour y mener des recherches. Sur place, nous avons confirmé que début février 2014, des forces anti-balaka avaient attaqué des civils musulmans, tuant au moins 72 hommes et garçons, certains âgés de neuf ans seulement.
Je n’oublierai jamais une conversation que j’ai eue avec le père d’Oumarou Bouba, âgé de 10 ans. « Alors que nous fuyions, il a été abattu », m’a-t-il raconté. « Il est tombé, mais ils l’ont achevé à coups de machette. »
Les milices anti-balaka se sont soulevées à travers la République centrafricaine pour combattre la Séléka, une coalition majoritairement musulmane qui a pris le contrôle du pays en 2013. Elles ont commencé à cibler les civils musulmans, particulièrement dans l’ouest du pays, les assimilant à la Séléka ou à ses sympathisants.
À l’époque, nous avons rencontré Mathurin Kombo, un chef anti-balaka commandant de Guen. Il niait que le massacre ait eu lieu, mais exprimait ouvertement son dégoût envers les musulmans. C’était un dirigeant arrogant et sûr de lui, convaincu qu’il pourrait échapper à la justice.
Puis le gouvernement de transition a créé la Cour pénale spéciale (CPS) afin de lutter contre l’impunité généralisée. La cour est chargée d’enquêter sur les crimes graves commis pendant les conflits armés du pays depuis 2003 et de poursuivre leurs auteurs. Elle est composée de juges et de procureurs nationaux et internationaux. Elle a commencé ses travaux en 2018 et Kombo a été arrêté en 2022.
Le procès contre lui et six autres coaccusés, dont un autre chef anti-balaka, Edmond Beïna, pour les atrocités commises à Guen est toujours en cours.
Le fait que Kombo ne verra pas la fin de son procès est une perte pour les rescapés et les proches des victimes des massacres. Mais sa mort souligne également la nécessité persistante de rendre justice pour les crimes commis à Guen et ailleurs dans le pays, ainsi que le rôle essentiel que joue la CPS pour y parvenir.
Le gouvernement centrafricain et les partenaires internationaux de la cour devraient redoubler d’efforts pour garantir qu’elle dispose des ressources nécessaires pour poursuivre son travail essentiel, et accomplir son mandat crucial.
Kombo est peut-être mort avant la fin de son procès, mais la procédure en cours contre ses coaccusés offre l’espoir que justice, quel que soit le temps qu’elle prendra, finira par être rendue.
12.03.2026 à 22:42
Human Rights Watch
(Washington) – Les informations selon lesquelles les États-Unis sont responsables de la récente attaque meurtrière contre une école en Iran, menée sur la base de données de ciblage obsolètes, mettent en évidence la nécessité de réformes au sein de l'armée américaine et de l’obligation de rendre des comptes, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch ; ceci est essentiel afin de minimiser les dommages causés aux civils lors de conflits.
Selon un article du New York Times publié le 11 mars, une enquête en cours menée par l’armée américaine a déterminé à titre préliminaire que les États-Unis étaient responsables d'une frappe de missile Tomahawk contre l’école primaire Shajareh Tayyebeh dans la ville de Minab, en Iran, le 28 février.
« Les conclusions de l'enquête menée par l’armée américaine sur l'attaque contre l'école de Minab révèlent une violation des lois de la guerre qui ne peut être réduite à une simple erreur sans conséquence », a déclaré Sarah Yager, directrice du bureau de Washington à Human Rights Watch. « Même si les responsables de la frappe n'ont pas délibérément pris pour cible cette école remplie d'enfants, l'armée américaine a l'obligation de prendre toutes les précautions possibles pour éviter de causer des pertes civiles, ce qu'elle n'a manifestement pas fait dans ce cas. »
Selon le New York Times, l'enquête a conclu que l'attaque était le résultat d'une erreur de ciblage de l'armée américaine, qui menait des frappes contre une base navale du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), dont le bâtiment scolaire faisait auparavant partie. L’article indique que les officiers du Commandement central américain (US Central Command) ont créé les coordonnées de ciblage pour la frappe en utilisant des données obsolètes fournies par l'Agence de renseignement de la défense américaine (US Defense Intelligence Agency).
Les autorités iraniennes ont déclaré au New York Times que l'attaque avait tué au moins 175 personnes, dont de nombreux civils. Human Rights Watch a examiné des listes contenant des dizaines de noms d'enfants et d'adultes qui auraient été tués lors de l'attaque, et a pu immédiatement faire correspondre certains noms avec des informations d'identification (dont les âges) figurant sur des sacs mortuaires et des cercueils.
En vertu des lois coutumières de la guerre applicables au conflit armé en Iran, une force attaquante doit faire tout ce qui est en son pouvoir pour vérifier que les cibles sont des objectifs militaires, ou annuler ou suspendre l'attaque s'il apparaît clairement que la cible n'est pas un objectif militaire. Les lois de la guerre interdisent les attaques indiscriminées, notamment celles qui ne visent pas un objectif militaire spécifique. Aucune preuve n'a été présentée suggérant qu'il y avait un objectif militaire sur le site de l'école ou à proximité, au moment de l'attaque.
Même si les attaquants visaient une cible militaire légitime à proximité de l'école, les lois de la guerre interdisent les attaques contre des objectifs militaires si les dommages prévisibles pour les civils et les biens civils sont disproportionnés par rapport au gain militaire escompté de l'attaque.
Les violations graves du droit de la guerre commises par des individus avec une intention criminelle, c'est-à-dire de manière délibérée ou imprudente, constituent des crimes de guerre. L'enquête sur l'attaque contre l'école Shajareh Tayyebeh devrait tenir compte de toutes les circonstances de l'attaque, notamment si les responsables ont agi de manière délibérée ou imprudente, et ce qu'ils savaient ou auraient dû savoir au sujet de l'école avant et pendant l'attaque, qui a été menée pendant une journée scolaire.
Un gouvernement responsable de violations du droit de la guerre est tenu de réparer intégralement les dommages causés, notamment par le biais d'indemnisation, de réhabilitation et d'autres mesures de réparation appropriées. Les gouvernements ont l'obligation d'enquêter sur les violations du droit international commises par leurs propres forces, y compris des crimes de guerre, et d’engager des poursuites de manière appropriée. Les responsables de l'attaque contre l'école de Minab devraient être tenus de rendre des comptes, y compris par le biais de poursuites judiciaires, le cas échéant.
Au cours des dernières années, les forces américaines ont amélioré leurs processus de ciblage afin de minimiser les dommages causés aux civils, notamment par trois moyens : l’utilisation de nombreuses sources de renseignements, les recommandations d’équipes chargées d’évaluer la présence ou non de civils, et l’attente d’une confirmation que la cible est un objectif militaire légitime avant d'approuver une frappe. Si l'attaque contre la base militaire de Minab s'est appuyée sur des informations obsolètes ou incomplètes concernant ce site, ou si d'autres changements dans le processus de ciblage ont entraîné un contrôle amoindri des frappes, cela suggère une défaillance des mesures de sécurité.
Le Congrès devrait tenir une audience consacrée de manière spécifique à cet incident, afin de mieux comprendre les processus militaires américains actuels visant à distinguer les civils des combattants, ainsi que l'exige le droit international humanitaire ; cette audience devrait aussi examiner le rôle que jouent l'intelligence artificielle (IA) ou les systèmes automatisés dans la détermination des cibles. L'utilisation de l'IA dans les décisions de ciblage militaire crée de nouveaux risques en matière d’obligation de rendre des comptes, lors de conflits. Les décisions de ciblage militaire ne devraient pas être prises uniquement sur la base de recommandations automatisées ou générées par l'IA.
« Le devoir de rendre des comptes ne consiste pas seulement à reconnaître ce qui n'a pas fonctionné, mais aussi à veiller à ce que les défaillances en matière de renseignement, de vérification des cibles ou de prise de décision soient identifiées et corrigées, afin qu’elles ne se reproduisent plus », a conclu Sarah Yager. « Les États-Unis devraient rendre publiques leurs conclusions au sujet de cette attaque, sanctionner ou poursuivre les responsables, et mener des réformes afin de garantir que leurs forces minimisent autant que possible les dommages causés aux civils. »
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