11.07.2026 à 20:56
Human Rights Watch
Le gouvernement français serait sur le point de dévoiler un inquiétant projet de loi visant à lutter contre ce qu’on appelle l’« entrisme » : l’idée selon laquelle certaines organisations cherchent à infiltrer les institutions de l’État dans le but d’influencer les institutions et de promouvoir un programme idéologique. S’il était adopté, ce projet de loi réduirait encore davantage l’espace civique du pays, déjà en recul.
Le projet de loi sur l’entrisme viserait à renforcer Loi n° 2021-1109 confortant le respect des principes de la République, adoptée en 2021 et souvent qualifiée de « loi de lutte contre le séparatisme », qui confère au gouvernement des pouvoirs élargis pour dissoudre des associations par arrêté ministériel. Cette loi oblige également les organisations à signer un « contrat d’engagement républicain » subordonnant l’octroi de fonds publics à des exigences vagues, notamment celle de s’abstenir de « toute action portant atteinte à l’ordre public ». Ces outils ont créé un climat d’intense pression et d’autocensure au sein de la société civile.
Le 5 mai, le Sénat français a adopté, en première lecture, une proposition de loi distincte et très restrictive, présentée par le sénateur conservateur Bruno Retailleau, visant spécifiquement « l’entrisme islamiste ». Même s’il est peu probable que cette proposition de loi recueille suffisamment de soutiens pour passer à la phase suivante du processus législatif, il sert de modèle à ce que le gouvernement entend intégrer dans sa propre législation.
Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a déclaré que le projet de loi du gouvernement s’alignerait étroitement sur la proposition de Bruno Retailleau. Le Conseil d’État examine actuellement le projet de loi du gouvernement sur l’entrisme, qui sera ensuite débattu en Conseil des ministres. S’il est approuvé, ce projet sera présenté au Parlement.
Bien que le projet de loi final n’ait pas été rendu public, Laurent Nuñez a présenté plusieurs de ses dispositions clés, qui soulèvent de graves préoccupations en matière de droits humains. Elles conféreraient au ministère de l’Intérieur et aux préfets nommés par l’État des pouvoirs sans précédent en élargissant les motifs de dissolution des organisations non gouvernementales. Elles permettraient aussi au gouvernement de geler les avoirs de ces organisations et renforceraient les pouvoirs de l’État visant à faire respecter le « contrat d’engagement républicain ».
En décembre 2025, CIVICUS Monitor, une plateforme mondiale qui suit l’évolution des libertés civiques à travers le monde, a revu à la baisse la note de l’espace civique en France, la faisant passer de « réduite » à « obstruée ». Le projet de loi du gouvernement ne ferait qu’aggraver ce problème.
Le gouvernement français devrait mettre un terme à la dangereuse spirale vers le bas dans laquelle il s’est engagé, abandonner ce projet de loi et prendre des mesures pour protéger l’espace civique. Alors que la Commission européenne s’apprête à publier son rapport annuel sur l’état de droit, elle devrait formuler des recommandations claires et contraignantes qui portent directement sur les questions du respect des droits à la liberté de pensée, d’expression et de réunion, et du recul démocratique en France.
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10.07.2026 à 16:23
Human Rights Watch
À la suite de la victoire de la France contre le Paraguay le 4 juillet, la sénatrice paraguayenne Celeste Amarilla s'en est prise au joueur français Kylian Mbappé en tenant des propos déshumanisants. L'élimination des équipes nationales néerlandaise et allemande en huitièmes de finale a donné lieu à des publications racistes sur Internet. Un supporter argentin aurait été filmé le 7 juillet en train de faire des gestes racistes à l'encontre du youtubeur américain IShowSpeed (Darren Watkins Jr.).
La FIFA a publié le 1er juillet une analyse concluant que, d’après le déroulement de la Coupe du monde jusqu’à présent, « les insultes à caractère raciste sont en augmentation et constituent désormais une menace persistante pour le bien-être des joueurs ». La FIFA a recensé plus de 89 000 publications abusives en ligne pendant le championnat, dont 11 % contenaient spécifiquement des insultes à caractère raciste.
Un porte-parole des Nations unies en charge des droits humains a qualifié les propos d’Amarilla de « ignobles et malheureusement pas isolés », et a déclaré que les gouvernements et les organisations sportives « œuvrer activement à la prévention des actes de racisme et de toute autre forme de discrimination ».
Mais si la FIFA a condamné les incidents racistes survenus lors de la Coupe du monde, elle peut certainement faire davantage pour lutter contre la discrimination en dehors du terrain. La majorité des matchs de la Coupe du monde se déroulent aux États-Unis, où la répression abusive et discriminatoire menée par le président Donald Trump en matière d’immigration — visant principalement les communautés noires et métisses — a mis en danger les supporters, les travailleurs et les communautés.
Avant la Coupe du monde, Human Rights Watch a exhorté la FIFA à user de son influence auprès de l’administration Trump pour contester ces mesures, soulignant qu’elles « porteraient gravement atteinte à l’esprit d’inclusion de la Coupe du monde et aux politiques de non-discrimination prévues par les statuts de la FIFA ». Nous avons également appelé la FIFA à militer en faveur d’une « trêve de l'ICE » afin de protéger les supporters, les travailleurs et les communautés contre les opérations d’immigration abusives.
Au lieu de cela, la FIFA a décerné à Trump le tout nouveau Prix de la paix de la FIFA, invoquant son « engagement inébranlable en faveur de la paix et de l’unité à travers le monde ». Les plans d’action en matière de droits humains des villes hôtes, élaborés en collaboration avec la FIFA, n'ont pour la majeure partie pas pris en compte les risques encourus par les supporters et les travailleurs en raison des opérations d’immigration menées par le gouvernement américain.
La popularité du football confère à la FIFA une tribune mondiale. Outre la condamnation des agressions racistes contre les athlètes et les supporters, la FIFA devrait user de son influence pour lutter contre l’impact des politiques discriminatoires du gouvernement américain sur les supporters, les joueurs et les autres personnes concernées, alors que la Coupe du monde bat son plein.
09.07.2026 à 08:00
Human Rights Watch
(Berlin, 9 juillet 2026) – Les civils piégés dans les zones proches de la ligne de front dans la région de Kherson, située dans le sud de l’Ukraine et occupée par la Russie, sont confrontés à des conditions humanitaires désastreuses et n’ont aucun moyen sûr de partir, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Les civils qui souhaitent être évacués devraient être autorisés à le faire en toute sécurité.
Des habitants qui ont pu fuir la ville d’Oleshky, située sur la rive est du fleuve Dniepr, ont décrit de graves pénuries de nourriture et de soins médicaux, ainsi que de l’effondrement des services de base. Ils ont été confrontés à des procédures imprévisibles aux postes de contrôle russes, ainsi qu’au risque de mort ou de grave blessure en raison des hostilités en cours et des mines terrestres, lors de leurs déplacements et tentatives de fuite. Les mines antipersonnel, utilisées tant par les forces russes que par les forces ukrainiennes dans le cadre du conflit, constituent un danger particulièrement grave et durable pour les civils.
« Les civils piégés dans des zones de la région de Kherson, sous occupation russe, survivent dans des conditions infernales », a déclaré Yulia Gorbunova, directrice adjointe pour l'Ukraine à Human Rights Watch. « De nombreux civils ont réussi à s’échapper, mais parmi ceux qui demeurent se trouvent d’autres personnes qui souhaiteraient aussi fuir, si l’évacuation n’était pas un pari aussi risqué pour leur vie. »
La ville d’Oleshky, sous occupation russe depuis février 2022, est située sur l’actuelle ligne de front entre les forces russes et ukrainiennes. Ces deux forces ont mené plusieurs attaques dans la région, et Oleshky a été la cible d’attaques soutenues de la part des forces ukrainiennes.
Human Rights Watch a mené des entretiens avec six personnes qui ont fui Oleshky entre octobre 2025 et mai 2026, et dont certaines sont restées en contact avec des habitants de cette ville ; Human Rights Watch a également discuté avec un journaliste basé à Kherson, et a passé en revue des reportages de médias, ainsi que des déclarations officielles.
Des conditions de vie désastreuses pour les civils ont aussi été signalées dans d’autres zones occupées de la région de Kherson, dont les villes de Hola Prystan, Stara Zburivka et Nova Zburivka.
Selon la Mission de surveillance des droits de l’homme de l’ONU en Ukraine, la sécurité des civils à Oleshky et à Hola Prystan s’est considérablement détériorée en 2025 et 2026. À ce jour 2026, la mission a recensé des informations faisant état d’au moins 29 civils tués et 54 blessés dans ces deux villes.
La ville d’Oleshky comptait environ 24 000 habitants avant l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, mais sa population actuelle n’est estimée qu’à environ 2 000 personnes, selon le gouvernement ukrainien. Parmi elles figurent des personnes âgées, des personnes qui ne sont pas en mesure de partir et environ 200 enfants. À la connaissance de Human Rights Watch, ni les autorités d’occupation russes, ni les organisations humanitaires internationales, ni d’autres intermédiaires ne gèrent actuellement un système d’évacuation organisé pour les personnes âgées, les personnes en situation de handicap, les civils blessés ou malades, ou toute autre personne exposée à un risque accru.
Des anciens habitants d'Oleshky ont décrit l'effondrement quasi total des services publics. Ils ont indiqué qu'il n'y avait ni électricité ni gaz, et que de nombreuses personnes étaient contraintes d’utiliser des poêles à bois, avec des sections d’arbres en tant que combustibles. Certains habitants disposaient encore de générateurs diesel, mais ce carburant est devenu peu disponible, et de plus en plus cher. D’autres habitants ont installé des panneaux solaires, pour pomper l'eau et faire fonctionner leurs réfrigérateurs.
Les habitants ont indiqué que depuis le début de l’année 2026, les livraisons commerciales de produits de première nécessité vers certaines zones occupées étaient devenues rares et imprévisibles. Lorsque des vendeurs arrivaient à Oleshky, ont-ils expliqué, une foule s’empressait de s’emparer de ce qui était disponible. Une femme qui a fui Oleshky en mai, et dont la mère est âgée de 84 ans, a déclaré que les habitants âgés « ne peuvent pas rivaliser avec la foule ». Elle a ajouté : « Quand j’ai revu ma mère, elle était très amaigrie. Il n’y avait plus rien, là-bas. Des gens mouraient de faim. »
Une autre femme, qui s’est cachée chez elle pendant quatre mois avant de s’enfuir également en mai, a déclaré : « Dans mon quartier, tout est calciné, réduit en cendres. Nous avions peur de sortir, même pour aller chercher de l’eau. »
Les habitants ont indiqué que les services de soins médicaux locaux fonctionnaient à peine. L’hôpital du district d’Oleshky est encore opérationnel grâce à un générateur de secours, mais avec une capacité limitée. Un homme a raconté avoir assisté à la mort d’un voisin de 65 ans qui avait marché sur une mine : « [L’explosion] lui a sectionné l’artère », a-t-il expliqué. « Alors que nous essayions de lui appliquer un garrot autour de la jambe, des [soldats] russes lui ont donné un analgésique. L’ambulance n’a pas pu venir là où nous étions. Nous n’avions nulle part où le transporter… Des drones [survolaient la zone]. Deux heures plus tard, il est mort d’une hémorragie. »
Human Rights Watch n’a pas été en mesure de déterminer si les organisations humanitaires avaient un accès régulier à Oleshky, ou aux villages environnants. En vertu du droit international humanitaire, les deux parties au conflit ont l’obligation de faciliter l’accès des civils à l’aide humanitaire.
La Russie, en tant que puissance occupante, a l’obligation de veiller à ce que les civils présents sur le territoire occupé aient accès à la nourriture, aux soins médicaux et aux autres biens et services essentiels à leur survie.
Tous les anciens habitants d’Oleshky interrogés ont décrit un danger croissant lié aux attaques et aux mines terrestres. Ils ont déclaré que des drones « survolaient constamment » la ville, et que des mines étaient disséminées dans toute la ville et le long des routes.
Human Rights Watch n’a pas été en mesure d’établir qui était responsable d’attaques spécifiques de drones, ni de la pose de mines particulières à Oleshky et dans ses environs. Human Rights Watch a trouvé des indices crédibles suggérant que les forces ukrainiennes ont utilisé des drones et déployé des mines sur des routes à Oleshky et dans ses environs, mais n’a pas déterminé l’ampleur ou les circonstances précises de ces incidents, ni la responsabilité de certaines attaques ou du déploiement de mines particulières. Les forces russes et ukrainiennes ont toutes deux utilisé des drones et des mines dans cette région, durant la guerre. Les mines terrestres, y compris les mines antipersonnel, constituent une menace grave et durable pour les civils, et peuvent rendre les voies d’évacuation mortelles.
Des anciens habitants d’Oleshky ont affirmé qu’il n’existait aucune voie d’évacuation organisée et sûre pour les civils. Ceux qui ont quitté la ville depuis mars ont indiqué qu’il fallait passer par des postes de contrôle militaires russes, notamment à Hola Prystan et Hladkivka, où le passage était autorisé ou non par les forces russes.
« Tout se fait à vos propres risques, l’enjeu devient votre vie [si vous voulez fuir] », a déclaré un habitant qui s’est enfui en mars.
En vertu du droit international humanitaire, les parties belligérantes sont tenues de prendre toutes les mesures possibles pour permettre l’évacuation en toute sécurité de la population civile, si elle le souhaite.
Toutefois, dans un climat d’angoisse, les dommages subis par les réseaux de télécommunications et le manque d’électricité empêchent les habitants d’obtenir des informations, notamment sur les itinéraires d’évacuation possibles. De nombreux habitants craignent aussi d’utiliser leurs téléphones portables, car les soldats russes examinent systématiquement ces appareils aux postes de contrôle.
Pour quitter les zones occupées, les habitants doivent souvent traverser le Bélarus avant de pouvoir rejoindre le territoire ukrainien contrôlé par le gouvernement de ce pays. Les civils ukrainiens titulaires d’un passeport national russe peuvent entrer au Bélarus, mais un passeport international russe est requis pour ensuite quitter ce pays et entrer en Ukraine. Tous les ex-habitants d’Oleshky interrogés ont déclaré avoir dû dissimuler leur passeport ukrainien, lors de leurs déplacements.
Les hommes sont exposés à des risques supplémentaires, car l’obtention de documents russes peut les faire subir une conscription forcée dans les forces armées russes. Or, contraindre des civils se trouvant dans un territoire occupé à servir dans les forces d’une puissance hostile constitue une violation du droit international humanitaire, et un crime de guerre.
Un habitant qui a fui Oleshky en mars a expliqué que la demande d’un passeport russe peut se transformer en piège : « Ils vous envoient immédiatement au bureau de recrutement militaire. Et là, vous risquez d’être mobilisé [dans l’armée russe]. »
Des ex-habitants d’Oleshky ont expliqué que des proches et des voisins étaient restés dans cette ville pour diverses raisons : manque de moyens financiers, crainte de n’avoir aucun endroit où aller, ou crainte que l’aide de l’État ukrainien aux personnes déplacées à l’intérieur du pays ne soit insuffisante.
La Russie et l’Ukraine ont mené des discussions concernant une éventuelle suspension des hostilités, afin de permettre l’évacuation des civils. Ces deux pays devraient respecter leurs obligations en vertu du droit international, et garantir un passage sûr et volontaire aux civils qui souhaitent quitter les zones touchées par les hostilités. Les autorités d’occupation russes ne devraient pas empêcher arbitrairement les civils de partir, ni leur imposer l’obtention d’un passeport russe ou d’autres documents, ni les exposer au risque d’une conscription forcée.
Les forces russes et ukrainiennes devraient cesser immédiatement d’utiliser des mines antipersonnel et d’autres engins explosifs qui risquent d’être déclenchés par les victimes. Elles devraient prendre toutes les mesures possibles pour protéger les civils contre les mines et les restes explosifs de guerre, notamment en diffusant des avertissements efficaces, et en partageant des informations sur les zones contaminées ainsi que sur les risques liés aux mines.
« Les civils de la région de Kherson, sous occupation russe, devraient être autorisés à partir en toute sécurité s’ils le souhaitent », a conclu Yulia Gorbunova. « Ceux qui y demeurent devraient avoir accès à l’aide humanitaire, notamment à la nourriture, aux médicaments et aux services de base dont ils ont besoin pour survivre. »
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