29.01.2026 à 01:00
Human Rights Watch
(Tokyo) – La junte militaire du Myanmar a accru sa répression et commis de nombreuses violations dans tous les domaines de la vie du pays depuis sa prise du pouvoir le 1er février 2021, ont déclaré aujourd'hui Amnesty International, Fortify Rights et Human Rights Watch. Les atrocités commises par l'armée depuis le coup d'État, qui comprennent des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité, se sont intensifiées au cours de l'année 2025 ; la junte a cherché à consolider son pouvoir en menant des opérations militaires abusives et en organisant des élections truquées.
Les membres du Conseil de sécurité des Nations Unies, les gouvernements de la région et les autres États préoccupés devraient mieux soutenir le peuple du Myanmar et agir pour que la junte réponde de ses crimes. Les élections fortement contrôlées, qui se sont déroulées en trois phases entre le 28 décembre 2025 et le 25 janvier 2026, ont été largement considérées comme frauduleuses, et organisées pour assurer la victoire électorale du parti soutenu par l'armée.
« Ce n'est pas un hasard si cette élection a été rendue possible par une intensification des violations des droits humains, allant des détentions arbitraires aux attaques illégales contre des civils, qui constituent le modus operandi de l'armée depuis des décennies », a déclaré Ejaz Min Khant, spécialiste des droits humains chez Fortify Rights. « Alors que cette crise entre dans sa sixième année, les autres gouvernements devraient soutenir les efforts visant la justice et l’obligation de rendre des comptes pour les nombreux crimes commis par l'armée du Myanmar, car sans justice, le pays ne peut aller de l'avant. »
Depuis le coup d'État, la junte a systématiquement interdit des dizaines de partis politiques et détenu plus de 30 000 prisonniers politiques. En janvier, la junte a annoncé avoir engagé des poursuites judiciaires contre plus de 400 personnes en vertu d'une loi sur la « protection des élections » adoptée en juillet, qui criminalisait les critiques envers les élections en interdisant les discours, les rassemblements ou les manifestations susceptibles de « perturber » même partiellement le processus électoral.
Les élections ont joué un rôle central dans les tentatives de la junte d'écraser toute opposition politique, de faire dérailler les efforts visant à rétablir le régime civil, et de renforcer l’emprise de l'armée sur l’État. Comme prévu, les résultats préliminaires des élections indiquent une victoire écrasante du Parti de l'union, de la solidarité et du développement, soutenu par l'armée.
La Chine et la Russie, principaux fournisseurs d'armes et d’avions militaires de la junte, ont envoyé des observateurs électoraux aux urnes. Ces deux pays soutiennent depuis longtemps la junte, tout en bloquant au Conseil de sécurité des Nations Unies toute action internationale contre les atrocités commises par l'armée. La Malaisie, qui présidait l'année dernière l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN), a déclaré que celle-ci n'avait pas envoyé d'observateurs pour certifier les élections.
En 2025, lors d'opérations militaires élargies avant les élections, la junte a intensifié ses frappes aériennes, y compris des attaques délibérées et indiscriminées contre des civils et des infrastructures civiles, en violation du droit international humanitaire. Ces frappes aériennes ont touché des écoles, des hôpitaux, des sites religieux et des camps de personnes déplacées, tuant des milliers de personnes au cours de l'année écoulée.
L'armée a également recouru de plus en plus à des drones armés, des paramoteurs et des autogires dans le cadre d'attaques illégales, créant ainsi de nouvelles menaces pour les civils. Le 6 octobre 2025, une attaque militaire au paramoteur contre un festival bouddhiste dans la région de Sagaing a tué au moins 24 personnes, dont trois enfants. Plus de 135 attaques au paramoteur ont été signalées depuis décembre 2024. Le Myanmar est l'un des rares pays à continuer d'utiliser des armes à sous-munitions et des mines antipersonnel, pourtant interdites par des traités internationaux.
« Les cinq dernières années illustrent de manière sombre l'échec de la stratégie de l'armée du Myanmar visant à affirmer son contrôle en tuant et en terrorisant les civils », a déclaré Joe Freeman, chercheur sur le Myanmar à Amnesty International. « Les frappes aériennes et les attaques de drones par l'armée ont atteint de nouveaux records en 2025, alors que la junte intensifiait sa campagne déjà brutale contre les zones d'opposition, laissant de plus en plus de personnes vivre dans la crainte des bombes larguées du ciel. »
Depuis la promulgation d'une loi sur la conscription en février 2024, la junte a recouru à des tactiques abusives telles que l'enlèvement de jeunes hommes et de garçons pour les enrôler de force ; lorsque certains conscrits ont fui, leurs proches ont été détenus en tant qu’otages. Le recrutement et l'utilisation d'enfants soldats par l'armée ont fortement augmenté depuis le coup d'État.
Depuis le coup d'État, plus de 2 200 personnes seraient mortes en détention sous la garde de la junte, bien que le chiffre réel soit probablement plus élevé. La torture, les violences sexuelles et autres mauvais traitements sont fréquemment commis dans les prisons, les centres d'interrogatoire, les bases militaires et autres lieux de détention. Parmi les abus signalés figurent des viols, des passages à tabac, des positions douloureuses prolongées, des chocs électriques et des brûlures, ainsi que le refus de soins médicaux et la privation de nourriture, d'eau et de sommeil. En juillet 2025, Ma Wutt Yee Aung, une activiste de 26 ans, est décédée à la prison d'Insein en raison, selon certaines informations, d'un manque de soins médicaux pour des blessures à la tête causées par la torture.
À la suite du tremblement de terre qui a frappé le centre du Myanmar en mars 2025, la junte a entravé l'accès aux services vitaux dans les zones contrôlées par l'opposition. Les attaques illégales commises pendant plusieurs années par la junte contre des établissements de santé et des travailleurs de la santé ont gravement entravé les interventions d'urgence. Malgré l'annonce d'un cessez-le-feu, l'armée a mené plus de 550 attaques au cours des deux mois qui ont suivi le séisme.
Les exactions commises par l'armée et l'escalade des combats ont provoqué le déplacement interne d'au moins 3,6 millions de personnes. La réduction de l'aide étrangère, la flambée des prix et les restrictions en matière de soins médicaux et d'approvisionnement humanitaire ont exacerbé la malnutrition, les maladies d'origine hydrique et les décès évitables. Plus de 15 millions de personnes sont confrontées à une insécurité alimentaire aiguë, l'État de Rakhine étant particulièrement touché.
Des millions de personnes qui ont fui le pays sont confrontées à des menaces croissantes, et au risque d'être renvoyées de force vers le Myanmar.
Depuis fin 2023, les civils rohingyas sont pris au piège dans les combats entre la junte et les forces de l'Armée d’Arakan. Ce groupe armé a imposé des mesures oppressives contre les Rohingyas dans le nord de l'État de Rakhine, notamment le travail forcé et la détention arbitraire.
Depuis le coup d'État, le trafic, les centres d'escroquerie, l'extraction non réglementée des ressources, la production de drogue et d'autres activités illicites se sont multipliés. Les centres d'escroquerie en ligne situés le long de la frontière entre le Myanmar et la Thaïlande, gérés par des syndicats criminels internationaux dirigés par des ressortissants chinois, s'appuient largement sur la traite des êtres humains, le travail forcé et la torture pour mener à bien leurs escroqueries, qui font partie d'une industrie pesant plusieurs milliards de dollars dans toute la région.
Les abus généralisés et systématiques commis par l'armée ont été alimentés par des décennies d'impunité, et par l'insuffisance des efforts internationaux visant à mettre fin à ces violations.
Les procédures en cours devant la Cour internationale de justice (CIJ) et la Cour pénale internationale (CPI), visant l’obligation de rendre des comptes au Myanmar, sont essentielles ; toutefois, elles restent limitées aux atrocités commises avant le coup d'État. En novembre 2024, le Procureur de la CPI a requis la délivrance d’un mandat d'arrêt contre le commandant en chef de l’armée, le général Min Aung Hlaing, pour des crimes contre l'humanité présumés commis en 2017 ; les juges n'ont pas encore rendu de décision publique sur cette demande.
Le Conseil de sécurité des Nations Unies se trouve largement dans l'impasse, n'ayant toujours pas donné suite à sa résolution de décembre 2022, qui dénonçait les abus commis par l'armée après le coup d'État ; la prise de mesures concrètes est entravée par l'opposition de la Chine et de la Russie.
Les membres du Conseil de sécurité devraient définir des mesures ciblées en matière d’obligation de rendre des comptes, visant la junte suite à son refus de se conformer à la résolution du Conseil et à de nombreux autres appels internationaux. La tenue régulière de réunions publiques sur le Myanmar pourrait contribuer à créer une dynamique en faveur d'une résolution de suivi des Nations Unies, afin de saisir la CPI de la situation dans l'ensemble du pays, et de mettre en place un embargo mondial sur les ventes d’armes et de kérosène à la junte.
« Cinq ans après le coup d'État, la catastrophe humanitaire au Myanmar se poursuit dans un contexte de baisse d’aide étrangère, et les violations des droits humains suscitent moins d’attention », a déclaré Shayna Bauchner, chercheuse auprès de la division Asie à Human Rights Watch. « Pour mettre fin à cette crise, il faut une pression internationale soutenue, des mesures significatives visant l’obligation de rendre des comptes, ainsi que des actions humanitaires, politiques et techniques concrètes pour soutenir les habitants du Myanmar et les millions de personnes contraintes de fuir. »
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27.01.2026 à 06:01
Human Rights Watch
(Washington) – Des agents fédéraux chargés de l'application des lois sur l'immigration aux États-Unis ont abattu un homme à Minneapolis, dans le Minnesota, ce week-end ; il s’est agi du deuxième homicide commis par des agents de ces services dans cette ville ce mois-ci. En outre, les autorités fédérales auraient empêché des autorités de l'État d'accéder au site des tirs, ce qui soulève des inquiétudes quant à la bonne foi du gouvernement fédéral pour garantir une enquête indépendante et exhaustive, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch.
« Les tirs mortels contre un autre habitant de Minneapolis par des agents fédéraux font suite à plusieurs semaines d'actions violentes et abusives des services de l'immigration dans toute la ville », a déclaré Ida Sawyer, directrice de la division Crises, conflits et armes de Human Rights Watch. « Les actions continuellement incontrôlées de ces agences mettent en danger les habitants, avec des conséquences dévastatrices. »
Le samedi 24 janvier, vers 9 heures du matin, des agents de la police des frontières américaine (US Border Patrol) ont abattu Alex Pretti, un citoyen américain âgé de 37 ans qui était infirmier en soins intensifs. Pretti semblait observer et filmer les agents quelques minutes avant qu'ils le bousculent, lui pulvérisent un agent chimique au visage, le frappent avec un bidon métallique et l'abattent.
Cet homicide a eu lieu deux semaines et demie après qu'un agent des services chargés de l’application des lois sur l'immigration et des douanes (Immigration and Customs Enforcement, ICE) a tué Renee Good, 37 ans, à Minneapolis, un acte que Human Rights Watch a jugé injustifiable. Ces deux homicides ont eu lieu dans un contexte d'afflux d'agents fédéraux dans le Minnesota, dans le cadre d'opérations abusives de contrôle de l'immigration qui ont semé la peur et déclenché des manifestations de grande ampleur dans des communautés à travers les États-Unis.
Human Rights Watch a analysé et vérifié huit vidéos prises sous différents angles montrant Pretti avant, pendant et après les tirs. Les chercheurs ont également examiné deux déclarations de témoins soumises à la cour fédérale.
Le département de la Sécurité intérieure (Department of Homeland Security, DHS) a affirmé que les agents avaient tiré sur Alex Pretti en tant que légitime défense. Lors d'une conférence de presse quelques heures après les tirs, la Secrétaire du DHS, Kristi Noem, a déclaré qu’Alex Pretti, qui était apparemment un propriétaire légal d'arme à feu avec un permis de port d'arme dans le Minnesota, s'était approché des agents avec un pistolet et avait « réagi violemment » lorsqu'ils avaient tenté de le désarmer. L'analyse des vidéos et des témoignages effectuée par Human Rights Watch contredit toutefois la version de Kristi Noem. Aucune preuve ne permet d'affirmer que Pretti ait menacé la vie des agents, ce qui aurait justifié l'usage intentionnel de la force létale au regard des normes internationales en matière de droits humains.
La première vidéo, filmée à 8 h 58, montre Alex Pretti en train de filmer des agents dans la rue devant un centre pour personnes âgées sur Nicollet Avenue, et un agent le repoussant vers le trottoir.
Un témoin a déclaré dans une déposition que Pretti agissait pour « faciliter la circulation » au carrefour, tout en observant les agents. Puis un agent a ordonné à Pretti et au témoin de reculer, et autre agent a menacé les observateurs avec du spray au poivre. Le témoin a déclaré que Pretti s'était approché d'eux « simplement avec sa caméra [de son téléphone portable] à la main ». Il a ajouté : « Je ne l'ai pas vu chercher ou tenir une arme ». Un autre témoin, un pédiatre, a déclaré avoir vu Pretti crier contre les agents, mais qui n’avait « pas vu [Pretti] attaquer les agents, ni brandir une arme quelconque ».
Une vidéo confirme ces déclarations. Elle montre un agent bousculer deux autres personnes – un homme et une femme – qui observaient les agents, puis Pretti. Pretti tente de soutenir avec son bras la femme qui chancèle, tandis que l'agent bouscule ensuite l’autre observateur. Pretti se place alors entre l’autre observateur et l'agent. L'agent pulvérise un produit chimique irritant directement sur le visage de Pretti à bout de bras, ainsi que sur les autres observateurs. Pretti tient son téléphone dans sa main droite, et lève sa main gauche en signe de défense. Pretti titube et tombe en direction des autres observateurs, tournant le dos à l'agent, qui continue à le pulvériser. Pretti semble vouloir s’agripper à l'un des observateurs ou à son sac à dos, tandis qu'un agent crie : « Reculez ! » (« Get back ! »).
Cinq autres agents encerclent alors Pretti et les autres personnes, et plaquent Pretti au sol. Deux agents cherchent à maîtriser Pretti, qui semble être à genoux, le visage tourné vers le sol. Deux autres agents s'approchent de Pretti, qui tente encore de se débattre. Un agent s’élance vers la taille de Pretti, près de sa hanche droite. La vidéo montre un autre agent frappant Pretti à plusieurs reprises à la tête, avec une petite bombe lacrymogène. L'un des agents crie à plusieurs reprises que Pretti a une arme à feu (« gun »), et une autre voix masculine crie : « Gun, gun, gun ! »
Au même moment, l'agent qui a saisi la taille de Pretti retire une arme à feu de la hanche droite de Pretti, et recule rapidement en tenant cette arme. Un autre agent, debout à côté de celui qui a retiré l'arme, sort sa propre arme à feu de son étui et se retourne vers Pretti, la pointant dans sa direction, tandis que deux autres agents tentent de maîtriser Pretti. Un coup de feu retentit, alors que l'agent qui a dégainé son arme continue de se déplacer autour de Pretti. Au moment du coup de feu, il est le seul agent que l’on voit avec son arme à la main, tandis que l'agent qui a saisi l'arme de Pretti continue de s’éloigner.
Après le coup de feu, Pretti tente de se redresser en s’appuyant sur son pied droit, son genou gauche étant toujours sur le sol ; il déplace sa main gauche vers la gauche, sa main droite est toujours derrière son dos. Alors que l'agent qui a dégainé son arme se tient derrière Pretti, trois autres coups de feu sont tirés en succession rapide. On voit la glissière du pistolet reculer, indiquant que des balles sont tirées. Les agents autour de Pretti reculent, tandis que l'agent qui a frappé Pretti avec la bombe lacrymogène dégaine également son arme. On ne le voit pas distinctement tirer avec son arme. Au total, les agents ont tiré 10 coups de feu, d'après l'analyse de vidéos effectuée par Human Rights Watch.
Environ 24 secondes après qu'un agent ait tiré la dernière balle sur Pretti, les agents s'approchent de son corps. Un agent fouille le corps de Pretti et crie : « Où est le pistolet ? Où est le foutu pistolet ? » Il fait signe à l'agent qui a désarmé Pretti et crie : « Tu as le pistolet ? » L’autre agent répond : « J'ai le pistolet ! » (« I’ve got the gun ! »). L'agent qui fouille le corps de Pretti crie alors qu'il a besoin de ciseaux.
Environ 90 secondes après les tirs, les agents commencent à retirer les vêtements de Pretti et appellent un auxiliaire médical (« medic ») ; peu après, un homme arrive en portant un sac, disant « medic ». Les agents qui s'occupent de Pretti sortent du matériel du sac. Un agent demande des pansements thoraciques, un bandage couramment utilisé pour traiter une blessure à la poitrine.
Selon la déclaration du pédiatre qui était témoin de l’incident, les agents l’ont d'abord empêché d'examiner Pretti, mais lui ont ensuite permis de tenter de lui administrer une tentative de réanimation cardiopulmonaire (RCP), jusqu'à l'arrivée des secours. Le pédiatre a déclaré que Pretti n'avait alors plus de pouls détectable.
Le droit international relatif aux droits humains précise que les agents des forces de l'ordre ne doivent recourir intentionnellement à la force létale qu'en dernier recours, lorsque cela est strictement inévitable pour protéger des vies. Les normes internationales relatives aux droits humains exigent également l’ouverture rapide d’une enquête efficace, approfondie, indépendante, impartiale et transparente sur tout décès potentiellement illégal.
La directive du DHS sur le recours à la force, qui s'applique aussi aux agents de la police des frontières, n'autorise un tel recours que lorsqu'il ne semble exister aucune autre solution raisonnable, et interdit l'usage de la force létale à moins que l'agent ne croie raisonnablement qu'il existe une menace imminente de mort ou de blessures graves.
Il existe un risque sérieux qu'aucune enquête approfondie et indépendante ne soit menée sur cet homicide, a déclaré Human Rights Watch. Une telle enquête serait habituellement menée par le service des enquêtes du DHS. Mais quelques heures seulement après l’homicide, de hauts responsables fédéraux, dont la directrice du DHS Kristi Noem, le chef de la police des frontières Gregory Bovino et le conseiller à la sécurité intérieure Stephen Miller, ont défendu les tirs, affirmant que Pretti avait « réagi violemment », « résisté violemment » et était un « terroriste intérieur » (« domestic terrorist »). Bovino a déclaré que cela semblait être une « situation où un individu voulait causer un maximum de dégâts et massacrer les forces de l'ordre ».
Les responsables fédéraux semblent également entraver les efforts d'enquête menés au niveau de l'État du Minnesota. Le directeur du Bureau chargé de l’arrestation de criminels (Bureau of Criminal Apprehension, BCA) du Minnesota, qui enquête généralement sur les meurtres commis dans cet État, y compris les incidents impliquant des agents fédéraux, a déclaré dans un document judiciaire que les agents du DHS avaient « empêché » le BCA « d'accéder à la scène » de l’incident, alors qu'ils disposaient d'un mandat de perquisition signé. Le directeur s'est dit préoccupé par la question de savoir si les responsables fédéraux protégeaient correctement les preuves. Mentionnant une photo de l’arme à feu de Pretti diffusée sur le compte X du DHS, le directeur du BCA s'est dit particulièrement préoccupé par le fait que cette arme « ne semble pas [avoir été] protégée conformément aux procédures normales des forces de l'ordre ». Le 24 janvier, un juge fédéral a temporairement empêché le DHS de « détruire ou d'altérer les preuves » des tirs.
Les inquiétudes quant à la tenue d’une enquête rigoureuse sont amplifiées par le fait que les autorités ont apparemment refusé d'enquêter correctement sur l’homicide de Renee Good le 7 janvier. Le 8 janvier, le BCA a annoncé la cessation de sa propre enquête concernant la mort de Renee Good, après que le Bureau fédéral d'enquête (Federal Bureau of Investigation, FBI) eut déclaré qu'il mènerait seul l'enquête et ne permettrait plus au BCA d'accéder aux preuves. Mais dix jours plus tard, le procureur général adjoint des États-Unis, Todd Blanche, a déclaré que le ministère américain de la Justice « n'enquêtait pas » sur cet incident. Au moins six procureurs fédéraux et un agent du FBI ont démissionné après avoir appris que le FBI et le bureau du procureur fédéral du Minnesota avaient reçu l'ordre d'enquêter sur les agissements de Renee Good et de sa femme, au lieu d’enquêter sur les actions de l'ICE ayant conduit à la mort de Renee Good.
Afin de garantir une enquête indépendante et exhaustive, le FBI et le DHS devraient coopérer pleinement avec les enquêteurs de l'État du Minnesota, notamment en partageant les preuves et les noms des témoins et des agents impliqués.
Compte tenu des doutes sur l'intégrité des efforts de supervision par les agences fédérales, il est essentiel que le Congrès exerce son pouvoir de contrôle d’affectation budgétaire afin de garantir que ces agences respectent les droits humains, notamment en se conformant aux restrictions relatives à l'usage de la force. Le Congrès pourrait, par exemple, exiger que le financement du DHS dépende de garanties minimales visant à éviter l'usage excessif de la force, d'autres violations des droits et l'impunité en cas d’abus.
Dans le cadre de son rôle de contrôle et de supervision, le Congrès devrait tenir des audiences au sujet des actions du DHS, mettre en place une enquête sur les abus et les meurtres présumés commis par ses agents, et envisager de suspendre le financement des opérations de contrôle de l'immigration jusqu'à ce que cette enquête soit terminée. Les législateurs devraient également soutenir le renforcement des bureaux de contrôle interne que l'administration Trump a affaiblis, notamment en procédant a de nombreux licenciements.
Quelles que soient les mesures prises par le Congrès, ces agences devraient mettre fin à leur opération à grande échelle à Minneapolis et s'abstenir de mener une opération similaire ailleurs, a déclaré Human Rights Watch.
« Les abus commis à travers le pays par l'ICE et par la police des frontières révèlent les agissements d'une force de sécurité dangereuse et en pleine expansion qui opère en toute impunité », a conclu Ida Sawyer. « Des mesures urgentes, en particulier une surveillance par le Congrès, sont nécessaires pour protéger les communautés américaines contre la violence, la discrimination et les détentions illégales, et pour garantir le respect de leurs droits à la liberté d'expression et de réunion. »
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26.01.2026 à 18:05
Human Rights Watch
(New York) – Les principaux pays donateurs ont porté un coup dévastateur au droit à la santé de millions de personnes dans le monde en réduisant leur soutien au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. À ce jour, seuls 11,85 milliards de dollars US ont été promis pour la période 2026-2028, sur les 18 milliards de dollars US nécessaires de toute urgence. Parmi les dix principaux donateurs, seul un n’a pas réduit sa contribution.
« Des personnes vont mourir en raison des décisions des pays donateurs de réduire leurs contributions au Fonds mondial », a déclaré Julia Bleckner, chercheuse senior sur la santé à Human Rights Watch. « Les pays donateurs devraient immédiatement intensifier leurs efforts et combler ce déficit de financement. »
Le Fonds mondial fournit près des deux tiers de l’ensemble des financements internationaux consacrés aux programmes de lutte contre la tuberculose, plus de la moitié de ceux dédiés au paludisme et plus d’un quart de ceux destinés au VIH. Depuis sa création en 2002, le Fonds mondial estime avoir sauvé 70 millions de vies. Rien qu’en 2024, le Fonds mondial a déclaré avoir traité 25,6 millions de personnes atteintes du VIH et 7,4 millions autres atteintes de tuberculose.
Human Rights Watch a mené des entretiens avec 47 personnes travaillant pour des organisations non gouvernementales, agents de santé communautaires, et bénéficiaires de l’aide affectés par les récentes coupes dans le financement de la santé mondiale en Indonésie, au Laos et au Népal, en se concentrant spécifiquement sur la prévention et la prise en charge du VIH/sida. Human Rights Watch a constaté que ces coupes budgétaires en 2025 ont déjà eu des conséquences désastreuses, en particulier pour les groupes marginalisés confrontés à une discrimination systémique et à des obstacles dans l’accès aux soins de santé, notamment les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, les personnes transgenres, les travailleurs et travailleuses du sexe et les usagers de drogues.
Les populations les plus exposées au risque de transmission et de contamination par le VIH/sida sont aussi souvent celles subissant des discriminations systémiques de la part de leurs gouvernements et pour lesquelles les programmes communautaires soutenus par le Fonds mondial et d’autres mécanismes internationaux de santé mondiale constituent le seul moyen d’accéder au dépistage, à la prévention et aux soins liés au VIH/sida. Les activités d’éducation, de conseil, de dépistage, de soutien et de distribution de médicaments liées au VIH assurées par des organisations communautaires constituent une approche éprouvée et fondée sur des données probantes pour protéger la santé des membres de ces groupes.
En suivant les États-Unis dans leur désengagement financier, les pays donateurs provoquent un effondrement en cascade du système de santé mondiale qui menace des millions de vies dépendant à la fois de l’aide bilatérale et des financements multilatéraux, en particulier au sein des communautés confrontées à des obstacles dans l’accès à la santé créés par leurs propres gouvernements, a déclaré Human Rights Watch.
Lors du Sommet de la reconstitution des ressources du Fonds mondial qui s’est tenu le 21 novembre 2025 à Johannesburg, la France et la Commission européenne n’ont pris aucun engagement financier concret, alors qu’elles figuraient jusqu’à présent parmi les principaux donateurs. Au moment de la rédaction de ce communiqué, ni la France ni l’Union européenne n’avaient encore pris d’engagement public. Human Rights Watch a écrit à la Commission européenne, au Président français Emmanuel Macron et au Premier ministre suédois Ulf Kristersson pour exprimer ses préoccupations, mais n’a pas reçu de réponse de la France et de l’UE.
La Suède a pris un engagement après le Sommet, mais en réduisant significativement son financement de 200 millions de dollars par rapport au cycle de financement précédent. Le gouvernement a répondu à Human Rights Watch qu’il restait engagé en faveur du Fonds mondial et a confirmé une contribution moindre de 74,2 millions de dollars (683 millions de couronnes suédoises) pour 2026. Les États-Unis ont réduit leur engagement de 6 milliards de dollars à 4,6 milliards. Le Japon a diminué sa contribution de plus de moitié, l’Allemagne de plus d’un quart et les Pays-Bas de près d’un cinquième. Le Royaume-Uni, le Canada et l’Italie ont également réduit leurs contributions. Parmi les dix principaux donateurs récents, seule la Norvège a augmenté sa contribution, qui est passée de 193,18 millions de dollars à 195,7 millions.
Le retrait des donateurs du Fonds mondial est d’autant plus alarmant qu’il intervient dans un contexte de coupes massives et brutales de l’aide bilatérale américaine à la santé en 2025. L’impact humain de ces réductions est considérable, avec plus de 740 000 décès estimés à ce jour en raison des réductions de l’aide américaine.
Les principaux donateurs de la santé mondiale devraient accroître leur soutien aux efforts multilatéraux visant à promouvoir le droit à la santé, plutôt que de suivre le retrait des États-Unis, a déclaré Human Rights Watch. A cet égard, l’Inde a augmenté sa contribution de 20 %, la Côte d’Ivoire de 30 % et l’Afrique du Sud de plus de 100 %.
L’aide internationale destinée à soutenir les programmes communautaires non gouvernementaux est essentielle pour mettre en œuvre une approche de la santé fondée sur les droits, qui lutte contre la stigmatisation et la discrimination auxquelles sont confrontées de nombreuses populations marginalisées. « Le simple fait de sortir de chez soi est effrayant pour une personne trans », a expliqué Aika, une travailleuse communautaire transgenre séropositive en Indonésie. « Sans un accompagnement de proximité, la personne se retrouvera seule et ne recevra pas de soins. »
Les organisations non gouvernementales et les agents de santé communautaires qui interviennent auprès de ces populations ont indiqué que les réductions des ressources du Fonds mondial signifieraient que ces communautés perdraient tout simplement l’accès à des soins vitaux, sans aucune autre source de soutien. « Si le Fonds mondial s’arrête, les nouveaux cas vont exploser », selon le directeur d’une organisation en Indonésie. Les personnes interrogées ont également déclaré qu’une réduction des ressources affecterait le suivi, dissimulant ainsi l’impact des réductions de financement.
« Nous assistons à un abandon coordonné des populations les plus vulnérables du monde, qui va anéantir des décennies de progrès dans la lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme », a déclaré Julia Bleckner. « Les donateurs devraient investir dans le Fonds mondial avant que des millions de personnes ne meurent de décès évitables. »