02.04.2026 à 06:00
Human Rights Watch
(Nairobi, le 2 avril 2026) – L’armée du Burkina Faso avec ses milices alliées et un groupe armé lié à Al-Qaïda ont tué plus de 1 800 civils et déplacé de force des dizaines de milliers de personnes depuis 2023, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui. Ces atrocités, qui incluent le nettoyage ethnique des civils peuls par le gouvernement, constituent des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité dont les hauts dirigeants de tous les camps pourraient être tenus pour responsables.
Le rapport de 316 pages, intitulé « “Personne ne pourra s'échapper” : Crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis par tous les camps au Burkina Faso », documente l’impact dévastateur sur les civils d’un conflit armé qui n’a reçu que peu d’attention à l’échelle mondiale. Les chercheurs ont consigné 57 incidents impliquant les forces militaires burkinabè et des milices alliées connues sous le nom de Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP) ainsi que le groupe armé islamiste Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM ou Jama’at Nusrat al-Islam wa al-Muslimin, JNIM) depuis que la junte militaire actuelle a pris le pouvoir en septembre 2022. Human Rights Watch a publié un document de questions et réponses pour expliquer les aspects légaux en jeu.
Play Video« L’ampleur des atrocités commises au Burkina Faso est stupéfiante, tout comme le manque d’attention mondiale portée à cette crise », a déclaré Philippe Bolopion, directeur exécutif de Human Rights Watch. « La junte commet elle-même des abus atroces, ne prend aucune mesure pour traduire en justice les responsables des deux camps et limite la diffusion d’informations afin de dissimuler les souffrances des civils pris dans les violences. »
Human Rights Watch a interviewé plus de 450 personnes au Burkina Faso, au Bénin, en Côte d’Ivoire, au Ghana et au Mali et par téléphone sur les violations graves commises entre janvier 2023 et août 2025. Les chercheurs ont également effectué des analyses approfondies de sources ouvertes, examinant des images satellites, des milliers d’heures d’enregistrements audiovisuels et des documents officiels pour vérifier les incidents et identifier les commandants de tous les camps.
2 avril 2026 « Personne ne pourra s’échapper »Sous le président Ibrahim Traoré, la junte a mis en place une vaste répression contre l’opposition politique, la dissidence pacifique et les médias indépendants, engendrant une atmosphère de terreur et limitant fortement la circulation des informations sur le conflit et son bilan.
En 2016, le GSIM et d’autres groupes armés islamistes ont lancé une insurrection contre les gouvernements successifs au Burkina Faso dans le cadre d’une offensive plus large dans la région du Sahel en Afrique. Le GSIM a tué des civils et pillé des biens, ce qui a conduit la junte à mener des campagnes de contre-insurrection violentes. Les meurtres et autres abus graves contre les civils, appartenant souvent à des communautés accusées de soutenir le camp adverse, sont devenus une tactique clé de la junte ainsi que du GSIM.
Dans l’un des incidents les plus meurtriers, l’armée burkinabè et ses milices alliées ont tué plus de 400 civils en décembre 2023 dans environ 16 villages près de la ville de Djibo, dans le nord du pays, au cours d’une opération connue sous le nom d’opération Tchéfari 2 (« Le miel des guerriers » en fulfulde). « [Les miliciens] ont ouvert le feu », a raconté une femme de 35 ans. « Mes deux filles sont mortes sur le coup. » Elle et son fils de 9 mois ont été gravement blessés par les balles. Elle a entendu un membre de la milice dire : « Assure-toi que personne ne respire avant de sortir. »
L’armée et les milices ont ciblé les communautés peules en raison de leur soutien présumé aux groupes armés islamistes, conduisant au nettoyage ethnique de communautés entières.
En novembre 2023, des milices alliées au gouvernement ont tué 13 civils peuls, dont 6 femmes et 4 enfants, dans le village occidental de Bassé. « Tous les cadavres, sauf celui de mon fils, étaient regroupés dans la cour, les yeux bandés avec leurs vêtements déchirés et les mains liées derrière le dos... criblés de balles », a décrit un homme âgé de 41 ans. « Mon fils… était allongé sur le ventre. Il avait été tué d’une balle dans la nuque. »
Le GSIM a recouru à des menaces et des violences généralisées pour soumettre et punir les communautés dans sa tentative d’imposer un contrôle territorial sur les zones rurales. Le 24 août 2024, le GSIM a tué au moins 133 civils, dont des dizaines d’enfants, à Barsalogho dans le centre du pays, accusant la communauté entière de soutenir les VDP.
« [Les combattants du GSIM] ont tiré en continu, comme s’ils avaient des quantités de munitions », a raconté un homme de 39 ans. « Les gens tombaient comme des mouches. Ils sont venus nous exterminer. Ils n’ont épargné personne. » Cinq membres de sa famille ont été tués au cours de l’attaque.
2 avril 2026 Crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis par tous les camps au Burkina FasoQuestions et réponses
Le GSIM a assiégé des dizaines de villes et de villages à travers le Burkina Faso, bloquant la circulation des biens et des personnes, ce qui a provoqué famine et maladies. Le groupe armé a posé des engins explosifs improvisés sur les routes et détruit des ponts, des sources d’eau et des infrastructures de communication.
Toutes les parties sont responsables des crimes de guerre suivants : homicide intentionnel, attaques contre des civils et des biens de caractère civil, pillage et saccage, et déplacement forcé, d’après les constatations de Human Rights Watch. Ils ont également commis des meurtres et des déplacements forcés dans le cadre d’attaques contre une population civile, ce qui constitue des crimes contre l’humanité, a déclaré Human Rights Watch.
Human Rights Watch a conclu que le président Ibrahim Traoré, commandant suprême des forces armées, et six hauts commandants militaires burkinabè pourraient être tenus pour responsables de graves violations au titre de la responsabilité de commandement et devraient faire l’objet d’une enquête. Iyad Ag Ghaly, le dirigeant suprême du GSIM qui est recherché par la Cour pénale internationale (CPI) pour des crimes présumés au Mali en 2012-2013, et quatre commandants du GSIM pourraient être tenus pour responsables des abus commis par le GSIM au Burkina Faso au titre de la responsabilité de commandement et devraient également faire l’objet d’une enquête.
Les membres de toutes les parties belligérantes dans le pays jouissent d’une impunité quasi totale. Les victimes et leurs familles ont indiqué qu’elles n’avaient pas confiance dans les institutions judiciaires nationales ou qu’elles n’y avaient pas accès. Les représentants du gouvernement ont nié ou minimisé les allégations d’abus, en particulier ceux commis par les forces militaires et les milices, et n’ont pas mené d’enquêtes crédibles.
Les gouvernements ont pris peu de mesures face à ces crimes atroces, a déclaré Human Rights Watch. Les partenaires internationaux du Burkina Faso – y compris les Nations Unies, l’Union africaine, l’Union européenne et ses États membres, ainsi que les États-Unis – devraient s’employer à résoudre les cycles d’abus et d’impunité de longue date au Burkina Faso. Ils devraient promouvoir la reddition de comptes, notamment en imposant des sanctions ciblées contre les commandants responsables d’abus identifiés par Human Rights Watch. Le Bureau du Procureur de la CPI devrait ouvrir un examen préliminaire sur les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité présumés perpétrés par toutes les parties au conflit au Burkina Faso depuis septembre 2022.
« Le monde doit reconnaître l’ampleur des atrocités qui se déroulent au Burkina Faso afin qu’il y soit mis un terme », a conclu Philippe Bolopion. « Les organismes régionaux et les gouvernements partenaires devraient coopérer avec les autorités du Burkina Faso et les inciter à s’attaquer aux graves violations commises par toutes les parties et à déterminer véritablement les responsabilités. »
01.04.2026 à 19:59
Human Rights Watch
(Beyrouth,1er avril 2026) – Les travailleurs migrants employés dans les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) sont confrontés à des risques accrus pour leur vie et leurs droits socio-économiques en raison du conflit régional actuel, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui.
Les travailleurs migrants occupent des emplois essentiels au fonctionnement continu des économies et des services des pays du Golfe pendant le conflit, notamment la distribution de nourriture et d'eau, les soins de santé et l'entretien d’infrastructures critiques. Pourtant, certains d'entre eux sont dans l’incapacité de subvenir à leurs besoins quotidiens en raison de la perte de revenus, de la hausse du coût de la vie et de leur accès insuffisant aux services sociaux ou à la sécurité sociale.
« Des millions de travailleurs migrants employés dans les pays du Golfe doivent faire face aux menaces qui pèsent sur leur sécurité physique et leur emploi en raison du conflit », a déclaré Michael Page, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord, au sein de Human Rights Watch. « Le conflit a engendré de nouveaux risques pour les travailleurs migrants tout en mettant en lumière les lacunes en matière de droit du travail et autres droits, notamment ceux permis par le système de kafala (parrainage). »
Les États du Golfe devraient prendre des mesures d'urgence pour atténuer et, le cas échéant, compenser les pertes de revenus, selon Human Rights Watch. Cette crise souligne également l'urgence de mesures structurelles plus poussées, notamment pour garantir à tous les travailleurs un salaire décent, le respect de leurs contrats et l'accès aux prestations de sécurité sociale.
Les États du Golfe devraient également veiller à ce que les travailleurs souhaitant rentrer volontairement dans leur pays d'origine bénéficient d'une aide au transport aérien, ou se coordonner avec les gouvernements et les compagnies aériennes des pays d'origine afin de proposer des vols abordables.
En mars 2026, Human Rights Watch a mené des entretiens auprès de 38 travailleurs migrants indiens, népalais et bangladais basés en Arabie saoudite, au Bahreïn, aux Émirats arabes unis, au Koweït, à Oman et au Qatar. Ce sont des chauffeurs, des livreurs, des agents de sécurité, des cuisiniers et des agents d'entretien, parmi les millions de travailleurs migrants qui occupent des emplois essentiels permettant aux hôpitaux, aux marchés et aux transports de fonctionner malgré les risques accrus. Human Rights Watch s'est entretenu avec des membres des familles de Bangladais tués au Bahreïn, aux Émirats arabes unis et en Arabie saoudite.
Human Rights Watch a écrit à tous les pays du CCG pour les interroger sur ces préoccupations, mais aucun n'a fourni de réponse concrète.
« Je travaille dans un hôpital, donc le travail n'a pas cessé », a déclaré un employé d'un hôpital du Qatar. « Il y a parfois des explosions la nuit, parfois le jour. Je suis constamment assailli par les pensées de ce qui pourrait se produire… J'ai laissé mon enfant à la maison. »
Au 25 mars, les décès liés aux conflits dans les pays du Golfe incluaient des travailleurs migrants, parmi lesquels un chauffeur pakistanais, un garde de sécurité népalais et un conducteur de camion-citerne bangladais, selon des médias et des rapports officiels du gouvernement. D'autres ont été blessés.
Saleh Ahmed, un ressortissant bangladais, a été tué à Ajman, aux Émirats arabes unis, après que des débris d'une attaque ont percé la cabine de son camion-citerne, le blessant mortellement, selon sa famille. Un autre Bangladais, A.M. Tarek, a été touché à la tête par des éclats d'obus alors qu'il descendait du toit d'un navire. Il est mort sur le coup après avoir terminé son service de nuit dans la zone industrielle de Hidd, au Bahreïn.
Human Rights Watch réclame depuis longtemps l'instauration de polices d'assurance-vie obligatoires afin que les familles des travailleurs décédés soient indemnisées, quels que soient la cause, le moment et le lieu du décès.
Un travailleur blessé qui a échappé de justesse à la mort a déclaré : « J'ai l'impression que Dieu m'a sauvé… Sinon, je serais mort comme un chien errant… Je suis en colère parce que des travailleurs innocents comme nous souffrent sans raison. » Les deux travailleurs blessés interrogés par Human Rights Watch ont déclaré avoir reçu des soins adéquats dans des établissements médicaux.
Si les travailleurs migrants ont reconnu l'efficacité des systèmes de défense aérienne et d'alerte des pays du Golfe pour protéger leurs vies, ils ont également fait part de leurs craintes concernant le contexte sécuritaire actuel. Un leader communautaire migrant basé aux EAU a affirmé : « D'une part, les migrants travaillent dans la peur. D'autre part, ils vivent dans l'angoisse permanente de perdre leur emploi. »
« J’ai peur chaque fois que je vais travailler », a confié un livreur basé au Qatar. « Impossible de savoir où le prochain missile atterrira. Mais j’y vais quand même… Les gens comme moi ne pensent qu’à une seule chose : comment gagner les 10 prochains riyals. » Lorsqu'il reçoit des alertes, que ce soit de la part du gouvernement ou du groupe WhatsApp de son entreprise, il modifie son itinéraire ou rentre chez lui.
Bien qu'il puisse se déconnecter de l'application qui lui attribue les commandes de livraison s'il ne se sent pas en sécurité, il reste tenu de respecter ses obligations contractuelles envers l'agence de placement : travailler 12 heures par jour et effectuer au moins 10 livraisons.
« C’est un travail rémunéré à la commission », a expliqué un chauffeur de taxi basé au Koweït. « Nous n'avons pas de salaire fixe. Le nombre de courses a chuté. » Ses revenus quotidiens ont diminué de plus de moitié et ne suffisent plus à couvrir ses frais de subsistance et ses dépenses professionnelles, notamment la redevance versée au propriétaire du taxi, le carburant, l'entretien du véhicule, le logement et la nourriture.
Des travailleurs migrants basés aux EAU, au Koweït, au Bahreïn et au Qatar ont signalé une hausse des prix alimentaires. Ils ont expliqué que si les grandes surfaces sont sous la surveillance du gouvernement, les travailleurs à bas salaire font généralement leurs achats dans des boutiques plus petites, notamment des baqala (épiceries de quartier), qui ne sont pas soumises au même niveau de contrôle gouvernemental. Un travailleur basé au Koweït a déclaré : « Ce que nous dépensions pour deux mois de provisions alimentaires ne suffit même plus pour un mois maintenant. » Des travailleurs ont mentionné les prix actuels de produits alimentaires qui ont doublé ou triplé, notamment ceux des légumes.
En vertu de la législation nationale, les employeurs des États du Golfe sont tenus de fournir des repas ou des allocations alimentaires à leurs travailleurs, en sus de leur salaire. Ce montant est souvent insuffisant même en l'absence de crise. Par exemple, selon la loi qatarie, les employeurs qui ne fournissent pas de nourriture sont tenus de verser une allocation minimale mensuelle de 300 QAR (environ 82 dollars US), montant inchangé depuis 2021.
Cependant, dans certains cas, les travailleurs migrants sont également contraints de prendre en charge leurs propres frais de nourriture. Cela comprend notamment les travailleurs migrants sans papiers, ainsi que les travailleurs qui bénéficient de ce que l'on appelle familièrement des visas « gratuits » (azad), un arrangement dans lequel des entreprises ou des particuliers vendent leurs quotas de visas à des travailleurs à des fins lucratives.
Un travailleur bangladais sans emploi, résidant au Bahreïn et bénéficiant d'un « visa gratuit », peine à trouver un travail temporaire depuis le début du conflit. Il témoigne : « Parfois, je n'ai même pas assez à manger. Même si c'est risqué, je dois sortir et chercher du travail pour pouvoir me nourrir… mais je ne trouve rien. Jusqu'à présent, j'ai déjà fait venir environ 20 000 takas (environ 163 dollars US) de mon pays pour survivre. Je ne sais pas combien de temps cela va durer ni combien de temps ce conflit va se prolonger. »
Human Rights Watch a analysé et géolocalisé une vidéo partagée directement avec des chercheurs montrant des dizaines de personnes rassemblées dans une rue du Bahreïn qui, selon la personne qui a pris la vidéo, attendaient d'être prises en charge par des entrepreneurs du bâtiment pour du travail journalier.
Un chauffeur de taxi au Koweït qui verse 70 KD [environ 226 dollars US] par mois à son sponsor dans le cadre du programme de « visa gratuit » a déclaré : « Mes revenus sont tombés à un cinquième de ce qu'ils étaient et ne couvrent pas les dépenses de base… Aujourd'hui, j'ai conduit pendant quatre heures et je n'ai rien gagné. »
Les États du Golfe devraient évaluer les répercussions économiques négatives prévues de la crise sur les travailleurs migrants et veiller, par le biais de mesures d’urgence, à ce que tous les travailleurs puissent jouir de leurs droits économiques, sociaux et culturels, tels que le droit à l’alimentation et au logement.
Human Rights Watch s’est également entretenu avec des travailleurs confrontés à une réduction de leur temps de travail ou de leur salaire, voire à des congés sans solde obligatoires, alors même qu’ils sont titulaires de contrats de travail d’une durée de deux ans.
Trois travailleurs du secteur hôtelier basés aux EAU ont indiqué que les taux d'occupation des hôtels avaient chuté de manière significative ; en conséquence, les entreprises demandent à leurs employés de solder leurs congés en attente, de prendre des congés sans solde jusqu'à nouvel ordre, ou de résilier leur contrat. Un chef cuisinier basé aux EAU, qui a conservé son emploi, a déclaré : « Nous ne sommes plus que 3 ou 4 employés, contre 25 à 30 auparavant. Les travailleurs en congé sans solde jusqu'à nouvel ordre, qui ne peuvent pas rentrer chez eux, sont logés par l'entreprise, mais ils doivent payer leur propre nourriture. »
Un travailleur en congé sans solde a témoigné : « Nous ne recevons ni salaire ni avantages sociaux. L'employeur nous encourage à rentrer chez nous, mais nous devons payer nous-mêmes notre billet d'avion, et les prix sont extrêmement élevés. »
Un chef cuisinier népalais installé à Abou Dhabi a déclaré : « C'est triste de perdre son emploi après avoir contracté des prêts pour venir ici. Les gens paient entre 300 000 et 400 000 roupies népalaises [environ 2 000 à 2 686 dollars US] pour ces emplois. » » Human Rights Watch a documenté le fait que la plupart des travailleurs dans la région du Golfe paient des frais de recrutement exorbitants, financés par des prêts informels.
Même certains travailleurs migrants qui ont été payés pendant le premier mois de la crise ont exprimé des inquiétudes quant à la sécurité de leur emploi et de leurs revenus. Le responsable d'une entreprise de sous-traitance basée au Bahreïn a indiqué que trois de ses clients institutionnels lui avaient déjà demandé de réduire de moitié les salaires de plus de 400 travailleurs.
Un travailleur migrant basé au Koweït a déclaré que le restaurant où il travaille a subi une forte baisse de fréquentation et de commandes à emporter : « Le personnel travaille à temps partiel et subit des réductions de salaire en conséquence. L’aéroport est fermé, donc rentrer chez moi est impossible. Voyager via l’Arabie saoudite n’est pas envisageable, car le prix des billets a explosé. »
Selon le droit international des droits humains, les gouvernements ont l'obligation de veiller à ce que tous les travailleurs sur leur territoire, notamment les travailleurs migrants, reçoivent un salaire équitable et aient accès à la sécurité sociale afin de pouvoir réaliser leur droit à un niveau de vie convenable, notamment en temps de crise. Les États du Golfe devraient également veiller à ce que les communautés de travailleurs migrants soient correctement informées des plans et directives d'urgence à suivre en cas de crise, notamment dans leurs langues maternelles.
Les employeurs devraient respecter leurs obligations contractuelles malgré la guerre, selon Human Rights Watch. Les entreprises vulnérables aux facteurs externes dans des secteurs comme le tourisme devraient également activer des plans d'urgence qui tiennent compte de l'instabilité inhérente à l'industrie et protègent les travailleurs pendant les ralentissements économiques, au lieu de faire peser entièrement le fardeau sur ces derniers, qui ont des familles à nourrir et des prêts à rembourser.
Les migrants dans l'incapacité de travailler conformément à leur contrat devraient continuer à percevoir les salaires qui leur sont contractuellement dus. Les gouvernements devraient accorder la priorité au soutien des petites et moyennes entreprises, afin de garantir que celles-ci ne répercutent pas les coûts liés aux perturbations de l'activité sur les travailleurs migrants les moins bien rémunérés.
« Les gouvernements et les employeurs devraient prendre des mesures concrètes pour protéger les travailleurs pris entre deux feux, à des milliers de kilomètres de chez eux, et qui, malgré des risques importants, occupent des emplois essentiels dans toute la région du Golfe », a conclu Michael Page.
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01.04.2026 à 00:45
Human Rights Watch
(Beyrouth) – Le 30 mars, le Parlement israélien (Knesset) a adopté un projet de loi discriminatoire élargissant le recours à la peine de mort pour les infractions liées au terrorisme, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. La formulation de ce texte indique clairement que cette loi s’appliquerait principalement, voire exclusivement, à des Palestiniens.
Dans le cadre du système judiciaire civil israélien, le projet de loi prévoit la peine de mort pour le meurtre délibéré d’une personne, commis avec l’intention de « nier l’existence de l’État d’Israël ». Le texte prévoit l’exécution par pendaison, restreint l’accès à un avocat et aux visites des proches, limite le contrôle externe de son application, et accorde l’immunité aux individus chargés des exécutions.
Dans le cadre du système judiciaire militaire du Territoire palestinien occupé, le projet de loi prévoit la peine de mort pour les meurtres qualifiés d’actes de « terrorisme », tels que définis par la loi israélienne, même en l’absence de requête du ministère public. Le projet de loi n’autorise les tribunaux à prononcer une peine de prison à perpétuité (au lieu de la peine de mort) que dans des cas exceptionnels indéfinis, pour des « raisons spéciales » ; ceci limite le pouvoir discrétionnaire des juges. Le texte interdit également la commutation des peines, et impose l’exécution dans un délai accéléré de 90 jours.
Les citoyens et résidents israéliens sont explicitement exclus de cette disposition : la juridiction militaire s'applique exclusivement aux Palestiniens, tandis que les colons israéliens sont jugés par des tribunaux civils. L'organisation israélienne de défense des droits humains B'Tselem a rappelé dans un communiqué que les procès militaires de Palestiniens s’achevaient par « un taux de condamnation moyen d'environ 96 %, reposant en grande partie sur des "aveux" obtenus sous la contrainte ou la torture lors des interrogatoires ».
Human Rights Watch s'oppose à la peine capitale en toutes circonstances, en tant que pratique unique par sa cruauté et son caractère irréversible.
Adam Coogle, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch, a fait la déclaration suivante :
« Les responsables israéliens affirment que l’imposition de la peine de mort est une question de sécurité, mais en réalité, elle enracinerait davantage encore la discrimination et le système judiciaire à deux vitesses, deux caractéristiques de l’apartheid. La peine de mort est un châtiment irréversible et cruel. Ce projet de loi, qui prévoit une application de de la peine de mort dans un délai de 90 jours et dont les possibilités d’appel sont sévèrement limitées, vise à tuer des détenus palestiniens plus rapidement et avec moins de contrôle. »
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