24.08.2026 à 18:04
Human Rights Watch
(Washington) – Le recrutement d’enfants par les groupes armés en Colombie s’est intensifié en l’absence d’une réponse gouvernementale efficace, a déclaré Human Rights Watch dans un nouveau rapport publié aujourd’hui.Washington, DC) – Child recruitment by armed groups has increased in Colombia as the government has failed to respond effectively, Human Rights Watch said in a report released today.
24 août 2026 “I Thought I’d Never See My Mom Again”Ce rapport de 102 pages, intitulé « “I Thought I’d Never See My Mom Again”: Recruitment and Use of Children by Colombian Armed Groups » (« “Je pensais que je ne reverrais plus jamais ma mère” : Recrutement et utilisation d’enfants par les groupes armés colombiens »), examine les mécanismes du recrutement des enfants, les facteurs qui les exposent à ce risque, ainsi que les stratégies et les outils utilisés par les groupes armés, notamment via les réseaux sociaux, pour les recruter. Les chercheurs ont également analysé la réponse du gouvernement à ces abus, notamment ses lacunes à plusieurs égards : prévention du recrutement d’enfants et protection de ceux-ci, sauvetage d’enfants recrutés, aide à la réintégration de ceux qui ont été libérés, et poursuites judiciaires à l’encontre des responsables.
« En Colombie, des groupes armés recrutent des enfants en toute impunité, car les systèmes de protection sont défaillants et les plateformes de réseaux sociaux sont devenus un outil de recrutement plus efficace », a déclaré Juanita Goebertus, directrice de la division Amériques à Human Rights Watch. « Chaque enfant recruté reflète l’échec du gouvernement. »
Au moins 1 500 enfants ont été recrutés depuis 2021, selon les données du Bureau du Médiateur colombien (Defensoría del Pueblo de Colombia) examinées par Human Rights Watch. Bien que l’on manque de données exhaustives, les chiffres officiels disponibles indiquent également une forte augmentation du nombre de cas depuis 2023. Les groupes armés dissidents issus des guérilleros démobilisés des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Fuerzas Armadas Revolucionarias de Colombia, FARC) sont à l’origine de la grande majorité des cas signalés, et plus de la moitié de ces cas se concentrent dans le département de Cauca, situé dans le sud-ouest du pays.
Les communautés autochtones représentent près de la moitié de l’ensemble des cas signalés, alors qu’elles ne constituent que 4 % de la population colombienne. Plus de 30 % des enfants recrutés avaient entre 10 et 14 ans ; leur recrutement est susceptible d’être considéré comme un crime de guerre, au regard du droit international.
Human Rights Watch a mené 184 entretiens avec des responsables gouvernementaux, des travailleurs humanitaires, des dirigeants autochtones et communautaires, des membres d’organisations de défense des droits humains et des droits de l’enfant, ainsi que des agents chargés de la protection de l’enfance ; l’organisation a également organisé des réunions de groupe, en personne et en ligne, avec des enfants ayant été victimes de recrutement ou exposés à ce risque.
Les chercheurs ont examiné plus de 70 témoignages et 40 publications sur des réseaux sociaux, tels que Facebook et TikTok, qui glorifiaient l’appartenance à des groupes armés et encourageaient les utilisateurs à les rejoindre. Ils ont également examiné et analysé des données provenant de nombreuses sources, notamment des institutions nationales et des collectivités locales.
Les groupes armés et criminels ont tiré parti de la pauvreté, de l’exclusion sociale, de la violence domestique et des obstacles à l’éducation pour recruter des enfants en leur faisant miroiter le pouvoir, l’argent et le prestige. Les enfants sont également recrutés par l’intermédiaire de recruteurs civils qui reçoivent jusqu’à 1 000 dollars US par enfant. Le recrutement a parfois eu lieu dans des écoles rurales, y compris des internats.
Les groupes armés ont également tiré parti des réseaux sociaux pour glorifier la vie au sein de leurs rangs, proposer des offres d’emploi qui ne sont en réalité que des stratagèmes visant à recruter, et entrer en contact avec des enfants via des forums de discussion publics et des services de messagerie privée. Ces plateformes n’ont pas détecté, supprimé ou empêché efficacement ce type de contenu. Dans certains cas, leurs algorithmes semblaient même promouvoir ces publications, élargissant très probablement la portée des groupes armés.
Human Rights Watch a contacté Meta (entreprise détentrice de Facebook) et ByteDance (TikTok) au sujet de ces constatations. Les deux plateformes ont indiqué que leurs politiques interdisent la diffusion de contenus qui promeuvent, soutiennent ou font l’éloge d’organisations violentes, y compris les groupes armés colombiens ; elles ont également précisé qu’elles disposaient de mécanismes pour empêcher la présence de tels contenus sur leurs plateformes et protéger les enfants. Toutes deux ont déclaré avoir supprimé les profils que Human Rights Watch leur avait signalés comme contenant des contenus explicites relatifs aux groupes armés, notamment des offres de recrutement.
Les groupes armés transfèrent fréquemment les enfants vers d’autres régions afin de les isoler, de rompre leurs liens familiaux et communautaires et de rendre leur fuite plus difficile. Dans certains cas, ils reçoivent une formation militaire. Dans d’autres, ils sont utilisés pour recueillir des renseignements, servir de messagers, prodiguer des soins médicaux, surveiller des otages, participer au trafic de drogue ou servir de gardes du corps aux commandants. Les filles sont particulièrement exposées aux violences sexuelles.
Human Rights Watch a constaté que les politiques et stratégies gouvernementales visant à prévenir le recrutement d’enfants, à protéger et à secourir les enfants, ainsi qu’à assurer le rétablissement et la réinsertion de ceux qui ont été libérés, présentent de graves lacunes.
La politique publique nationale de prévention, adoptée en 2018, est obsolète et ne s’accompagne ni d’un plan d’action clair ni d’un budget dédié. L’organisme chargé de coordonner la réponse gouvernementale, la Commission intersectorielle pour la prévention du recrutement et de l’utilisation des enfants et des adolescents, ainsi que de la violence sexuelle à leur encontre (Comisión Intersectorial para la Prevención del Reclutamiento, Uso, Utilización y Violencia Sexual contra Niños, Niñas y Adolescentes - CIPRUNNA), manque de moyens d’application et des ressources nécessaires pour mettre en œuvre les politiques au niveau local. Les autres initiatives gouvernementales ont une portée trop limitée et ne parviennent pas à faire face à l’ampleur croissante du problème.
Les pouvoirs publics colombiens, tant au niveau national que municipal, sont confrontés à des contraintes budgétaires et de capacités qui laissent de nombreux enfants sans protection.
Les efforts du gouvernement en matière de prise en charge et de réinsertion des enfants libérés n’ont pas su s’adapter aux nouvelles réalités du paysage de la violence en Colombie et traitent les enfants de manière inégale selon la nature du groupe armé qui les victimise. Ceux qui ont été recrutés par des groupes considérés comme parties au conflit armé intègrent un programme spécialisé et peuvent prétendre à des réparations. Les enfants utilisés par des groupes armés considérés comme des organisations criminelles n’étant pas parties au conflit armé peuvent faire l’objet de poursuites judiciaires ou être orientés vers un programme standard destiné aux enfants victimes d’abus.
En l’absence de mécanismes étatiques efficaces, des organisations communautaires locales, telles que les gardes non armés qui protègent les communautés autochtones, ont pris l’initiative de protéger et de soutenir les enfants, et de les soustraire aux groupes armés, mais au prix de risques considérables. Certains ont été tués en représailles.
Le système judiciaire a presque totalement failli à ses obligations envers les enfants victimes de recrutement. Au cours de la dernière décennie, environ 1 % des plaintes pénales concernant le recrutement d’enfants ont donné lieu à une enquête pénale, et seulement 0,2 % ont abouti à une condamnation, la plupart visant des auteurs de faible niveau.
Le nouveau gouvernement du président Abelardo de la Espriella devrait adopter une politique globale en matière de sécurité et de justice afin de mettre fin à ces graves violations des droits humains, a déclaré Human Rights Watch.
Le gouvernement colombien devrait veiller à ce que les organismes chargés de lutter contre le recrutement d’enfants, en particulier au niveau municipal, disposent de ressources et de personnel suffisants. Le gouvernement devrait également soutenir les organisations autochtones et d’autres dirigeants locaux, et collabore avec eux, afin de protéger les enfants dans toute la Colombie.
Les plateformes de réseaux sociaux devraient mettre en œuvre une diligence raisonnable en matière de droits humains afin d’identifier, d’évaluer, de prévenir, d’atténuer et de rendre compte des risques liés à leurs systèmes susceptibles de contribuer au recrutement et à l’utilisation d’enfants par des groupes armés.
« Mettre fin au recrutement d’enfants exigera bien plus que la simple présence de soldats sur le terrain », a conclu Juanita Goebertus. « Les enfants exposés au risque d’être recrutés ont un besoin urgent de pouvoir poursuivre leurs études, puis de gagner leur vie. »
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Articles
Le Monde Sud-Ouest/AFP TV5Monde
LaPresse.ca LaLibre.be Entrevue
23.08.2026 à 18:20
Human Rights Watch
(Amman, 23 août 2026) – Les premiers verdicts rendus par un tribunal syrien concernant des crimes commis sous le régime de Bachar al-Assad soulèvent d'importantes questions juridiques que le gouvernement devrait aborder d’urgence, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch.
23 août 2026 Questions-Réponses : Procès en Syrie pour les crimes commis sous le régime d’AssadHuman Rights Watch a publié un document sous forme de questions-réponses concernant le procès d’Atef Najib, ancien chef de la branche de la sécurité politique à Deraa, qui a été condamné le 11 août 2026 ; lors de ce procès, l’ancien président Bachar al-Assad et six autres accusés ont été jugés par contumace. Ce document aborde également la question de l’accès à un avocat et d’autres préoccupations relatives au respect des garanties d’un procès équitable, l’imposition de la peine de mort, ainsi que la nécessité d’une réforme juridique pour les procédures futures.
« Les poursuites judiciaires concernant les atrocités commises sous le régime d’Assad constituent une occasion importante de rendre la justice que les Syriens réclament depuis plus d’une décennie », a déclaré Balkees Jarrah, directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Dans le même temps, les procès menés jusqu’à présent mettent en évidence la nécessité urgente de réformes visant à garantir que le système judiciaire syrien puisse assurer l’obligation de rendre des comptes de manière équitable, significative et exhaustive. »
Les huit accusés qui était jugés lors du procès d’Atef Najib ont tous été condamnés à mort. Le 18 août, un autre tribunal a reconnu Wassim al-Assad, cousin de l’ancien président, coupable de crimes graves et l’a également condamné à mort. Le verdict du procès d’Ahmad Hassoun, ancien grand mufti de Syrie et plus haute autorité religieuse sunnite, est attendu le 24 août (condamnation 24/08). Human Rights Watch s’oppose à la peine de mort en toutes circonstances, en raison du caractère cruel et irréversible de ce châtiment.
Les informations publiques accessibles concernant ces affaires ont été limitées. Certaines parties des trois procès ont été diffusées en direct et certains médias ainsi que des organisations de la société civile, dont Human Rights Watch, ont été autorisés à suivre les débats en personne. Les autorités syriennes ont déclaré qu’elles publieraient l’intégralité des verdicts écrits.
Les autorités syriennes devraient d’urgence mettre le système judiciaire en conformité avec les normes internationales, afin de garantir des enquêtes et des poursuites efficaces concernant les crimes internationaux graves, et veiller au respect du droit à un procès équitable. Elles devraient rendre les procédures pénales transparentes et accessibles. Ces réformes devraient s’appuyer sur l’expertise acquise au fil des ans par les organisations syriennes et internationales de défense des droits humains afin de faire progresser la justice en Syrie.
« Pour faire avancer la justice face à la litanie de crimes graves commis en Syrie, il ne suffit pas de prononcer des condamnations ; il faut mettre en place un système capable de rendre une justice compétente, impartiale et indépendante », a conclu Balkees Jarrah.
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Articles
RFI
21.08.2026 à 20:00
Human Rights Watch
(Milan) – Le gouvernement espagnol et les autorités locales de l’enclave espagnole de Ceuta, en Afrique du Nord, devraient agir d’urgence pour fournir un hébergement adéquat à tous les migrants et demandeurs d’asile vivant sans abri depuis leur arrivée à Ceuta en provenance du Maroc fin juillet, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Les autorités espagnoles devraient permettre aux personnes qui souhaitent déposer une demande d’asile, de le faire.
« Des milliers de personnes se trouvent dans la rue à Ceuta, dans un contexte de vide juridique ; elles dont exposées à des violences sexuelles et dépourvues d’un abri, de nourriture ou d’installations sanitaires adéquats depuis près de trois semaines », a déclaré Judith Sunderland, directrice adjointe senior auprès de la division Droits des réfugiés et des migrants à Human Rights Watch. « Face aux défis de cette situation, l’Espagne devrait mobiliser rapidement des ressources suffisantes pour assurer une gestion humaine et ordonnée de la crise, dans l’intérêt tant des personnes migrantes que des habitants de Ceuta. »
Au cours d’un voyage d’enquête de quatre jours à Ceuta, du 15 au 18 août, Human Rights Watch a mené des entretiens avec 76 personnes migrantes, dont 42 lors d’entretiens individuels (37 adultes et 5 enfants non accompagnés) et 34 lors de conversations en groupe ou de brefs échanges, parmi lesquels 4 enfants non accompagnés.
Les 30 et 31 juillet, des dizaines de milliers de migrants et de demandeurs d’asile ont traversé la mer à la nage depuis le Maroc pour rejoindre Ceuta ; on ignore combien d’entre eux s’y trouvent encore. Le 13 août , le ministre espagnol de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska Gómez, a déclaré que 5 000 migrants se trouvaient encore à Ceuta, tandis que certaines organisations locales ont indiqué à Human Rights Watch qu’il pourrait s’agir de 10 000 personnes.
Le 17 août, la ministre espagnole de l’Inclusion, de la Sécurité sociale et de la Migration, Elma Saiz Delgado, a annoncé l’installation de quatre camps de tentes à Ceuta pouvant accueillir 1 500 adultes ; les autorités ont commencé à transférer des personnes vers deux sites le 20 août. Mais ces mesures ne suffiront pas à répondre aux besoins. De nombreuses personnes interrogées ont émis l’hypothèse que le gouvernement espagnol avait retardé l’aide, afin de convaincre ces personnes de retourner au Maroc.
Les organisations humanitaires estiment que plus d’un millier d’hommes et de garçons vivent dans des abris de fortune sur la plage de Trampolín, à Ceuta, et que des milliers d’autres vivent dans la rue, dans un quartier d’entrepôts près de la frontière marocaine et sur les collines boisées à la périphérie de la ville. Environ 700 à 750 femmes et filles se trouvent dans deux installations sportives en plein air mises en place par des associations de quartier, tandis que d’autres vivent dans la rue. Le manque de douches et de toilettes oblige les personnes à subvenir à leurs besoins hygiéniques dans des parcs, sur des terrains vagues et dans la mer.
Le 3 août, la Croix-Rouge espagnole a commencé à distribuer de la nourriture sur la plage de Trampolín ; le 17 août, le gouvernement a déclaré qu’il distribuait 4 000 sacs de nourriture par jour. Luna Blanca, une association caritative locale, a indiqué à Human Rights Watch qu’elle distribuait entre 2 700 et 3 500 repas par jour dans cinq lieux différents, grâce à un financement du gouvernement.
« Je suis resté sans manger pendant les deux ou trois premiers jours ; je ne buvais que de l’eau », a déclaré Mahmoud, un Palestinien de 36 ans originaire de Gaza. « Je suis resté dans les montagnes pendant dix jours avant de descendre à la plage avec les autres. Ce n’est pas vraiment une vie, mais je dis alhamdulillah (loué soit Dieu), ce n’est rien comparé à ce que vit ma famille à Gaza. »
Au 20 août, Human Rights Watch n’avait constaté aucun signe indiquant que les autorités espagnoles aient entamé des procédures juridiques ou des évaluations individuelles concernant les adultes. Si les Marocains semblent constituer la majorité des personnes arrivées fin juillet, Human Rights Watch s’est également entretenu avec des hommes et des garçons originaires du Tchad, du Sénégal, de Somalie, du Soudan, de Tunisie, du Yémen, d’Algérie, de Syrie et d’Égypte. Beaucoup avaient passé des années à effectuer des voyages éprouvants et ont exprimé leur souhait de demander l’asile en Espagne.
« Je veux demander l’asile », a déclaré Mohamed, un Soudanais de 20 ans. « Mais nous n’avons encore aucune information. »
De nombreuses femmes marocaines ont expliqué avoir fui des violences conjugales. Fatima, 47 ans, originaire de Tétouan, a rejoint Ceuta à la nage avec son fils de 11 ans pour échapper à son ex-mari violent.
« J’ai quitté mon pays non pas parce que j’ai faim, mais parce que mon mari est toxicomane ; il nous bat, mon fils et moi », a-t-elle expliqué. Elle a montré une longue cicatrice sur son bras, à l’endroit où, a-t-elle expliqué, il l’avait entaillée avec un couteau. Ses tentatives pour le dénoncer à la police marocaine, a-t-elle ajouté, ont été vaines. Fatima s’est rendue à la police de Ceuta, mais on lui a dit de se rendre dans le quartier des entrepôts où des centaines de personnes dorment en plein air « jusqu’à ce qu’une solution soit trouvée ».
Selon le Pacte de l’Union européenne sur la migration et l’asile en vigueur depuis la mi-juin, l’Espagne aurait déjà dû procéder à un filtrage de toutes les personnes, comprenant des contrôles de sécurité et sanitaires ainsi qu’un « contrôle préliminaire de vulnérabilité » visant à identifier les apatrides, les survivants de la torture ou d’autres traitements inhumains ou dégradants, et les personnes ayant des « besoins particuliers », conformément au droit européen.
On ignore si l’Espagne compte recourir à l’accélération des procédures d’asile à la frontière, ce qui pourrait entraîner des renvois rapides, notamment parce que les demandeurs d’asile se trouvaient auparavant au Maroc, que l’UE considère comme un « pays tiers sûr » où les personnes auraient dû demander une protection internationale.
Les ressortissants marocains, y compris les femmes affirmant craindre des violences conjugales, risquent d’être renvoyés en raison d’un accord de réadmission avec l’Espagne qualifiant le Maroc de « pays d’origine sûr ». Le bureau du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) en Espagne a demandé aux autorités de fournir des informations sur le droit d’asile et d’identifier les besoins de protection par le biais d’un examen approprié. Les migrants n’ayant pas besoin de protection internationale pourraient être éligibles au programme d’aide humanitaire de l’Espagne.
Sur la plage de Trampolín, la plupart des hommes et des garçons vus par Human Rights Watch vivaient dans des abris qu’ils avaient construits en utilisant des bâtons, des cartons et des sacs poubelles. Quelques groupes disposaient de tentes. Dans un quartier d’entrepôts près de la frontière avec le Maroc, des centaines de personnes — notamment des familles avec de jeunes enfants, des mères célibataires accompagnées de leurs enfants et des enfants non accompagnés — dormaient sur du carton.
Les associations de riverains des quartiers d’El Principe et de Sidi Embarek, à Ceuta, ont mis en place des abris de fortune dans deux complexes sportifs en plein air afin d’assurer la sécurité des femmes et des filles face aux signalements de violences sexuelles. Les autorités ont installé une tente à auvent sur chaque site, mais la plupart des personnes vivent sous des bâches tendues. Des bénévoles présents sur les deux sites ont indiqué que les autorités avaient transféré jusqu’à 200 filles du site d’El Principe vers des structures gérées par le gouvernement à Ceuta.
Quatre médecins des urgences à Ceuta ont déclaré avoir pris en charge au total deux femmes et six filles, dont une Marocaine de 14 ans et une fillette de 11 ans originaire d’un pays africain non identifié, suite à des agressions sexuelles et à des viols. Une Marocaine de 25 ans a déclaré qu’un homme parlant espagnol l’avait violée la nuit de son arrivée ; elle n’a pas signalé ce viol à la police. Le parquet de Ceuta a indiqué avoir reçu 13 signalements d’agressions sexuelles entre le 30 juillet et le 17 août, la majorité des victimes n’étant pas des résidentes de la ville.
La situation des mineurs non accompagnés est particulièrement préoccupante, a déclaré Human Rights Watch. Il n’existe pas de statistiques fiables sur leur nombre dans la ville. Une source au sein du gouvernement de Ceuta, qui, en vertu de la législation espagnole, est responsable des mineurs non accompagnés, a indiqué avoir pris en charge 1 385 d’entre eux au 18 août. Le même jour, le ministère de l’Intérieur a déclaré que la police avait enregistré 2 168 mineurs non accompagnés.
Deux écoles transformées en centres d’accueil temporaires pour enfants doivent être libérées avant la rentrée scolaire début septembre ; les autorités s’efforcent de trouver d’autres sites malgré les objections des riverains. Le 19 août, les médias espagnols ont indiqué que le ministère de la Jeunesse comptait transférer 500 jeunes filles non accompagnées de Ceuta vers d’autres régions d’Espagne.
À la fin de la journée du 31 juillet, le gouvernement espagnol a déclaré que la majorité des personnes ayant rejoint Ceuta à la nage au cours des 48 heures précédentes étaient retournées au Maroc de leur plein gré, alors que des informations faisaient état de rafles menées par les forces de sécurité espagnoles, qui auraient embarqué des personnes dans des camions pour les emmener à la frontière. Les autorités espagnoles ont officiellement recensé 82 décès ; il y aurait aussi eu au moins 67 décès du côté marocain de la frontière, selon l’association espagnole Caminando Fronteras.
Si de nombreuses associations locales et des habitants ont apporté leur aide aux migrants, les tensions qui règnent dans cette ville de 85 000 habitants ont fait craindre des violences. Halima Ahmed, de l’association Luna Blanca, a qualifié la situation de « catastrophique et sans précédent… Il y a tellement d’incertitude que cela engendre de la peur parmi les habitants, et le problème, c’est quand la peur se transforme en haine ». Mohamed El Harrak, de l’association à but non lucratif EXMENAS, s’est dit préoccupé par ce climat de haine, affirmant que les autorités espagnoles « [devraient] agir avant que la situation n’explose. La priorité, c’est l’aide humanitaire. Ceuta ne peut pas s’en occuper, seule ».
Les autorités espagnoles devraient mobiliser d’urgence des ressources suffisantes pour garantir un accueil adéquat, que ce soit à Ceuta ou ailleurs en Espagne, ainsi que des évaluations individuelles avec accès à des conseils juridiques dans une langue compréhensible pour les personnes concernées, a déclaré Human Rights Watch.
La Convention européenne des droits de l’homme, à laquelle l’Espagne est un État partie et qui s’applique à Ceuta, interdit les expulsions collectives. L’Espagne devrait garantir un examen complet des demandes d’asile et s’abstenir d’expulser vers le Maroc des ressortissants de pays tiers, tels que les Soudanais ou les Somaliens. Les autorités devraient recourir à des évaluations multidisciplinaires de l’âge pour identifier les enfants non accompagnés. Les lois de l’UE et de l’Espagne exigent que les enfants non accompagnés ne puissent être expulsés vers leur pays d’origine qu’à l’issue d’une évaluation individualisée, tenant compte de leur intérêt supérieur et des conditions de retour.
« Les autorités espagnoles ne devraient pas donner suite aux appels populistes en faveur d’expulsions sommaires massives, qui visent à les empêcher d’agir conformément à leurs obligations en vertu du droit international », a conclu Judith Sunderland. « Les autorités espagnoles devraient plutôt mener des évaluations équitables et individuelles des demandes de protection et de traiter tous les migrants avec dignité. »
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