12.06.2026 à 06:00
Human Rights Watch
• Les personnes atteintes d’albinisme au Malawi sont confrontées à la discrimination en matière d’embauche, d’éducation et d’accès à la sécurité sociale.
• La crainte de violences, la stigmatisation et le manque d’aménagements sur le lieu de travail entravent leur capacité à travailler dans des conditions sûres et dignes.
• Le gouvernement devrait mieux mettre en œuvre les dispositifs qui protègent les droits des personnes handicapées et renforcer les conditions d’emploi inclusives.
(Nairobi) – Au Malawi, les personnes atteintes d’albinisme sont confrontées à la discrimination en matière d’emploi, à des obstacles pour accéder à l’éducation et à la protection sociale, ainsi qu’à un climat d’insécurité lié à des mythes néfastes et à de précédentes agressions, ont déclaré aujourd’hui Human Rights Watch et l’African Albinism Network dans un rapport conjoint. Ce rapport est publié à la veille de la Journée internationale de sensibilisation à l’albinisme, le 13 juin 2026.
12 juin 2026 “I Just Want to Work Without Fear”Le rapport de 65 pages, intitulé « ‘“I Just Want to Work Without Fear”: Discrimination and Violations of the Right to Work for Persons with Albinism in Malawi » (« “Je voudrais juste pouvoir travailler sans avoir peur” : Discrimination contre les personnes atteintes d’albinisme au Malawi et violations de leur droit au travail ») expose en quoi la stigmatisation, la discrimination, la crainte de violences et le manque d’aménagements raisonnables portent atteinte aux droits des personnes atteintes d’albinisme au Malawi ; il s’agit notamment de leurs droits au travail, à l’éducation, à la santé et à la sécurité sociale.
« Les personnes atteintes d’albinisme au Malawi sont privées de l’égalité d’accès au travail, en raison de la discrimination, de la stigmatisation et de la peur », a déclaré Elizabeth Kamundia, directrice de la division Droits des personnes handicapées à Human Rights Watch. « Le gouvernement a pris d’importantes mesures législatives et politiques ; mais sans mise en œuvre ni financement, beaucoup d’entre elles continueront à subir exclusion, pauvreté et insécurité. »
Margret, une Malawienne âgée de 26 ans, tenant sa fillette Peace (âgée d’un an) dans ses bras. Elle travaille dans des champs, effectuant des récoltes et du désherbage, gagnant entre 5 000 et 6 000 MWK (environ 3 à 4 dollars US) par jour. « Travailler dehors m'expose aux coups de soleil », a-t-elle expliqué. « Mais je n'ai pas le choix, car je dois survivre [et nourrir ma fille]. » © 2025 Samer Muscati/Human Rights Watch Rose, une responsable administrative malawienne âgée de 47 ans, se souvient de sa recherche d’emploi : « Lorsque vous envoyez votre dossier de candidature, ils ignorent que vous êtes atteinte d’albinisme. Mais quand vous vous présentez à l’entretien, les expressions faciales sont frappantes... » © 2025 Samer Muscati/Human Rights Watch Adson B. et sa mère, Kerina, devant leur maison à Dowa, au Malawi. Après la naissance d'Adson, son père a quitté le foyer et Kerina a dû élever son fils toute seule, enchaînant divers petits emplois pour subvenir à leurs besoins. © 2025 Samer Muscati/Human Rights Watch Awese, 40 ans, chez elle dans le district de Mangochi au Malawi. Elle a trois enfants et n'est pas mariée. Lors de sa propre enfance, elle a subi la discrimination : « Je me souviens qu'à l'école primaire, un enseignant m'a ordonné de sortir de la classe parce que les personnes atteintes d'albinisme sentent mauvais. Ils m'ont chassée de la classe. » © 2025 Samer Muscati/Human Rights Watch Chinsisi Gama (à droite), une Malawienne atteinte d’albinisme âgé de 30 ans, habitante de Dowa, a déclaré que sa vie s'est améliorée depuis qu'elle est devenue couturière en mai 2025 après avoir reçu une formation professionnelle et une machine à coudre du gouvernement du Malawi. Son précédent travail l’exposait au soleil, potentiellement dangereux en cas d’albinisme : « J’ai dû travailler dans les champs sous le soleil, parce que j’avais des enfants à nourrir et que je n’avais pas le choix. » © 2025 Samer Muscati/Human Rights Watch David Issa, un Malawien atteint d’albinisme âgé de 50 ans, habitant du district de Mangochi. Son témoignage : « Le plus grand défi pour trouver du travail réside dans la manière dont je suis perçu par les employeurs potentiels, qui craignent d'être tenus pour responsables si je venais à être enlevé ou blessé. » © 2025 Samer Muscati/Human Rights Watch Jawadu London, 40 ans, habite à Mangochi au Malawi. Il travaille dans un stand de cuisine de rue, en attendant de réaliser son rêve, qui serait de travailler dans le secteur de l’habillement. © 2025 Samer Muscati/Human Rights Watch Rabecca Pengani, 25 ans, est une enseignante dans une école primaire au Malawi. Sa recherche d’emploi a été particulièrement difficile en raison de son albinisme, mais elle a persévéré. © 2025 Samer Muscati/Human Rights Watch Ian Simbota, défenseur des droits des personnes handicapées au Malawi et ex-président de l'Association des personnes atteintes d'albinisme au Malawi (APAM), photographié dans le magasin de motos où il travaille comme chargé de marketing. © 2025 Samer Muscati/Human Rights Watch Amido Million dirige un établissement d’enseignement secondaire privé dans le district de Mchinji, au Malawi. Son propre parcours l’incite à penser que la situation s’améliore progressivement au sein du système éducatif de ce pays pour les personnes atteintes d’albinisme, qu’il s’agisse des élèves ou des enseignants. © 2025 Samer Muscati/Human Rights Watch Mumderanji S., 25 ans, une habitante de Dedza au Malawi, a expliqué que les personnes atteintes d’albinisme sont confrontées à une forte discrimination : « Nous ne sommes jamais prises en compte » de la même manière que les autre personnes. © 2025 Samer Muscati/Human Rights Watch Idrisa Yusugu, un homme malawien atteint d’albinisme, et sa femme Margret Ganizani, dans la maison où ils vivent avec leurs trois enfants. Au début, en raison des meurtres occasionnels de personnes atteintes d'albinisme au Malawi, les amis de Margret l'ont exhortée à quitter Idrisa, pour sa propre sécurité. Mais elle a refusé, expliquant : « Je l'aime et je serai avec lui, jusqu'au jour de ma mort » © 2025 Samer Muscati/Human Rights Watch Patricia J. a été agressée à deux reprises au Malawi en raison de son albinisme. Cela l’affecte toujours : « Je garde des séquelles de ce traumatisme ; je vis toujours dans la crainte d’être agressée à nouveau à tout moment. Je n’arrive pas à me défaire de cette pensée, surtout lorsque je me trouve dans un endroit inconnu. » © 2025 Samer Muscati/Human Rights Watch En 2023, Maureen Kamatu, 28 ans, a créé son propre kiosque de transfert d'argent par virement mobile à Lilongwe, au Malawi. Au début surtout, elle a été confrontée à des réactions sceptiques d’habitants du quartier, en raison de son albinisme.” © 2025 Samer Muscati/Human Rights Watch Lazarus K., un homme malawien âgé de 38 ans atteint d’albinisme, à Dowa. Son témoignage : « Je crains le risque d’un enlèvement, même si cette situation s’est améliorée. Les personnes non atteintes d’albinisme continuent de nous regarder de haut, et beaucoup nous considèrent comme des personnes sacrifiables et inférieures. Nous ne sommes pas invités à participer aux processus communautaires. » © 2025 Samer Muscati/Human Rights WatchEntre octobre 2025 et avril 2026, les deux organisations ont mené des entretiens avec 96 personnes dont 80 personnes atteintes d’albinisme, dans neuf districts différents du Malawi. Les chercheurs ont également consulté les législations et politiques nationales ainsi que des rapports, notamment des Nations Unies et de la Banque mondiale. Les deux organisations ont présenté en mai leurs conclusions et recommandations préliminaires à des responsables du gouvernement et à d’autres parties prenantes.
Au Malawi, on estime que 134 600 personnes sont atteintes d’albinisme, affection génétique caractérisée par une réduction ou une absence de production de mélanine, qui entraîne souvent des problèmes de vue et une extrême sensibilité aux radiations ultraviolettes. Dans toute l’Afrique subsaharienne, les personnes atteintes d’albinisme ont un risque de cancer de la peau nettement accru. Au Malawi et dans d’autres pays de la région, des mythes et croyances délétères au sujet de l’albinisme alimentent des meurtres, des enlèvements, des violences sexuelles et des profanations de sépultures.
Même si moins d’agressions à l’encontre de personnes atteintes d’albinisme ont été rapportées ces dernières années, les violences du passé continuent d’imprégner leur quotidien. De nombreuses personnes interrogées ont témoigné qu’elles limitaient leurs déplacements et qu’elles évitaient les zones isolées ou certaines opportunités de travail – surtout celles qui exigent de voyager ou de travailler dans des conditions isolées – parce qu’elles avaient peur. Dans certaines communautés, les personnes atteintes d’albinisme sont surnommées « argent », en raison de l’idée que leurs organes peuvent être vendus de façon lucrative. Les personnes interrogées ont décrit des insultes et harcèlements routiniers dans les espaces publics, lieux de travail et marchés.
« Lorsque vous envoyez votre candidature, ils ne savent pas que vous êtes albinos », a témoigné Rose M., dont le nom complet n’est pas révélé ici par respect pour sa vie privée. « Lorsque vous vous présentez pour l’entretien, leurs expressions faciales sont très parlantes. Alors que j’entrais dans la salle de réunion, j’ai déjà entendu des cris étouffés de surprise. »
La discrimination commence tôt, ont constaté les chercheurs, même si certains progrès ont été réalisés afin d’améliorer l’inclusivité dans le système scolaire. Les enfants atteints d’albinisme sont victimes de harcèlements et d’environnements scolaires inaccessibles. Même si le Malawi a accentué des mesures telles que la fourniture de documents imprimés en gros caractères pour les examens nationaux, de nombreux élèves manquent de matériel adapté dans leur environnement scolaire de tous les jours. Ces obstacles contribuent à un taux d’abandon scolaire élevé.
À l’âge adulte, de nombreuses personnes atteintes d’albinisme ont rapporté qu’elles subissaient des refus d’embauche lorsque les employeurs voyaient leur apparence, qu’on les excluait des fonctions en contact avec le public, ou qu’on les rejetait parce qu’on supposait qu’elles étaient incapables, fragiles ou qu’elles représentaient un fardeau. Les employeurs leur fournissaient rarement des aménagements raisonnables tels que de la crème solaire, des tenues de protection, des documents imprimés en gros caractères ou des horaires de travail adaptés.
L’ensemble de ces obstacles favorise l’exclusion économique et sociale, ainsi que des taux élevés de pauvreté, chez les personnes atteintes d’albinisme, ce qui affecte aussi bien leur santé que leur éducation ou leur employabilité.
Près de 88 % des habitants du Malawi vivent dans des zones rurales, où les opportunités d’emploi formel sont limitées et où nombre de personnes, y compris celles atteintes d’albinisme, dépendent de l’agriculture de subsistance et du travail informel pour vivre. Or, pour les personnes atteintes d’albinisme, l’exposition prolongée au soleil peut causer de graves lésions cutanées et augmenter les risques de cancer de la peau. Plusieurs personnes interrogées ont expliqué qu’elles continuaient à travailler à l’extérieur, dans des environnements nocifs pour leur santé ou leur sécurité, parce qu’elles n’avaient aucune autre source de revenus.
Les chercheurs ont par ailleurs constaté que nombre de personnes atteintes d’albinisme avaient du mal à accéder aux programmes de sécurité sociale, notamment aux versements d’indemnités et aux subventions agricoles. Certaines ont témoigné que les leaders communautaires les excluaient des programmes d’aide en raison d’idées erronées selon lesquelles ils recevraient déjà une assistance de la part du gouvernement ou d’organisations humanitaires.
Ces constatations sont en accord avec les recherches de la Commission des droits de l’homme du Malawi, des organisations de défense des droits des personnes handicapées et des instances des Nations Unies relatives aux droits humains.
Quant aux femmes et aux filles atteintes d’albinisme, elles font face à une discrimination aggravée liée au genre, au handicap et à l’albinisme. Les personnes concernées ont décrit des risques accrus de violence sexuelle, de harcèlement, d’abandon et de dépendance économique, qui entravent leur participation au monde du travail et à la vie publique.
Le cadre légal du Malawi comprend en théorie des protections solides. La Loi de 2024 relative aux personnes handicapées interdit la discrimination en matière de travail et garantit des aménagements raisonnables, l’égalité des salaires à travail égal ainsi que l’inclusivité des lieux de travail. Le Malawi a adopté en 2025 une nouvelle Politique nationale en matière de handicap prévoit la publication, en ce mois de juin, d’un Plan d’action national renforcé pour les personnes atteintes d’albinisme.
Néanmoins, la mise en application demeure faible. Human Rights Watch et l’African Albinism Network ont constaté que les responsables publics connaissaient peu la loi, que les financements étaient insuffisants, que les décrets d’application manquaient et que les mécanismes de mise en œuvre étaient faibles.
Le gouvernement malawien devrait appliquer pleinement et financer en conséquence le Plan d’action national pour les personnes atteintes d’albinisme, renforcer l’application des protections contre la discrimination, rendre plus accessibles l’éducation inclusive, la formation professionnelle et la protection sociale, et garantir la participation significative de ces personnes dans la prise de décisions.
« Au Malawi, les personnes atteintes d’albinisme ne veulent ni charité ni pitié ; elles demandent simplement des opportunités égales, la sécurité, la dignité et un sentiment d’appartenance, ainsi que la possibilité de travailler sans crainte », a conclu Bonface Massah, directeur exécutif de l’African Albinism Network. « Le gouvernement, les employeurs et les communautés ont tous un rôle à jouer pour démanteler la stigmatisation et veiller à ce que les personnes atteintes d’albinisme puissent prendre pleinement part à la société à l’égal des autres. »
Sélection de témoignages« Dans la communauté, on m’a traité de tout, y compris de “non-humaine” et de “stupide”, parfois en me demandant : “D’où viens-tu ?” J’ai peur quand je marche au sein de la communauté. S’ils me disent ces horreurs en face, qu’est-ce qu’ils peuvent bien avoir au fond de leur cœur contre moi ? Je ne sais pas ce qu’ils me feront de plus grave un jour. [...] J’ai peur d’être agressée, tabassée, voire tuée. Comme j’ai peur, je ne pars jamais très loin de chez moi. Je me sens anxieuse si je vais plus loin. Je voudrais juste pouvoir travailler sans avoir peur. »
- Mphatso C., 19 ans, district de Dedza
« Le climat ici est tellement dur pour les albinos, surtout pour les femmes. [Avant de devenir tailleuse,] j'ai dû travailler dans les champs sous le soleil, parce que j’avais des enfants à nourrir et que je n’avais pas le choix. »
- Chinsisi Gama, tailleuse, district de Dowa
« Les gens sont heureux de me contacter lorsqu’ils voient mes réalisations artistiques, sans m’avoir rencontré. Mais à peine m’ont-ils vu [...] qu’ils se mettent à avoir des doutes et à remettre mes compétences en question. »
- Smart Vinti, graphiste, Blantyre
11.06.2026 à 06:00
Human Rights Watch
(Kinshasa, le 11 juin 2026) – Le gouvernement de la République démocratique du Congo et ses partenaires internationaux devraient donner la priorité à l’engagement communautaire et limiter le rôle des forces de sécurité dans la lutte contre la flambée épidémique de la maladie à virus Ebola dans l’est du pays, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.
« Le gouvernement congolais et ses partenaires devraient surmonter les années de conflit, de violence et d’abandon qui ont affaibli les systèmes de santé et érodé la confiance des citoyens, et qui risquent de compliquer la réaction face à Ebola », a déclaré Ida Sawyer, directrice de la division Crises et conflits à Human Rights Watch. « Cela implique de prendre toutes les mesures nécessaires pour minimiser le rôle des forces de sécurité et dialoguer étroitement avec les communautés affectées. »
En mai et juin 2026, Human Rights Watch a mené des entretiens avec neuf travailleurs humanitaires et experts en santé publique impliqués dans la lutte contre les épidémies d'Ebola actuelle et passées.
Le 17 mai, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a qualifié l’épidémie d’Ebola d’« urgence de santé publique de portée internationale ». L’ébolavirus de Bundibugyo, une souche pour laquelle on ne dispose d’aucun vaccin ni traitement approuvé et qui est fatale dans près de 50 % des cas, s’est propagé depuis des mois sans être détecté. Le démantèlement par l’administration Trump de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) en 2025, venant s’ajouter à des années de sous-financement des interventions humanitaires dans l’est de la RD Congo, ont pu contribuer à la lenteur de la détection du virus et des systèmes d’intervention rapide.
À la date du 6 juin, l’OMS comptait 515 cas confirmés en RD Congo, dont 91 décès, ainsi que 19 cas confirmés et deux décès dans l’Ouganda voisin.
Le virus Ebola se propage par contact avec les fluides corporels et cause de la fièvre, de graves céphalées, des douleurs musculaires, des vomissements, de la diarrhée, des hémorragies, puis la mort. Les femmes présentent un risque d’exposition disproportionné en raison de leur rôle plus fréquent de soignantes dans le cadre familial ou professionnel. La toilette mortuaire rituelle précédant l’enterrement peut contribuer à la contamination et exige une communication en matière de santé publique soigneusement conçue et culturellement adaptée permettant de sensibiliser aux pratiques. Les équipements de protection individuelle inadéquats font courir des risques aux soignants et favorisent la transmission du virus.
L’épidémie de 2018-20 avait tué 2 299 personnes. Les hostilités avaient empêché la surveillance, le suivi et le traitement efficaces de la maladie – autant d’actions cruciales pour lutter contre ce type de flambée épidémique – et créé ce que l’OMS a qualifié de « tempête parfaite ».
Lors de l’épidémie de 2018-20, l’implication des forces de sécurité congolaises avait entravé l’intervention sanitaire, politisé les soins et aggravé la méfiance au sein des communautés affectées, a déclaré Human Rights Watch. Des groupes armés avaient également tiré profit de l’afflux de financements en montant ce que les communautés locales décrivaient comme « le business Ebola ». Le Groupe d’étude sur le Congo, une organisation indépendante, a rapporté en 2021 que des belligérants exploitaient l’épidémie à des fins lucratives, créant des intérêts incitant à entraver l’intervention sanitaire.
L’épidémie actuelle est concentrée dans la province de l’Ituri, où les déplacements de masse et un système de santé dégradé par des années de conflit ont créé des conditions de risque élevé de propagation rapide d’Ebola. Or des groupes armés et les forces de sécurité de l’État avaient déjà ciblé des hôpitaux, des cliniques et du personnel de santé, ainsi que pillé du matériel médical. Un rapport publié en mai 2026 par la Coalition pour la sauvegarde de la santé lors des conflits (SHCC), un regroupement international d’organisations non gouvernementales et universitaires, a constaté qu’en 2025 il y avait eu 325 attaques contre des services de santé de la RD Congo – essentiellement dans l’est –, soit près de trois fois plus qu’en 2024.
En mai, des organisations humanitaires présentes dans l’Ituri ont averti qu’une insécurité persistante gênait la distribution de l’aide et l’apport de services médicaux. Le fait que des habitants aient attaqué des centres de soin dédiés à Ebola dans les villes de Rwampara et de Mongbwalu, dans l’Ituri, les 21 et 22 mai, illustre la méfiance des populations locales vis-à-vis de l’intervention de santé publique.
À plusieurs reprises, des groupes armés se sont impunément livrés à des massacres de civils et à d’autres violences dans l’Ituri. Dans le contexte d’un conflit intercommunautaire autour des terres et des ressources, la Coopérative pour le développement du Congo (CODECO) a attaqué des civils, surtout issus du groupe ethnique hema. À peine quelques semaines avant l’annonce de l’épidémie, il a été rapporté que les forces de la CODECO avaient tué 50 civils près de Pimbo, dans le territoire de Djugu, dans l’Ituri. Début 2026, les Forces démocratiques alliées (ADF), affiliées à l’État islamique, ont elles aussi tué de nombreux civils, dont près de 60 personnes dans le sud de l’Ituri.
Les forces armées congolaises ont aussi été responsables de graves abus, que Human Rights Watch a documentés. Aussi bien le Groupe d’experts de l’ONU que le Service international d’informations pour la paix (IPIS) ont rapporté que le gouvernement congolais était impliqué dans des trafics d’or dans la région, en collaboration avec des groupes armés.
La nécessité urgente de financements accrus et d’autres formes d’assistance – personnel formé, matériel médical et capacité de dépistage augmentée – devrait intégrer la transparence en matière d’attribution et de distribution des ressources ainsi qu’une communication efficace avec les communautés affectées. Il est important que la mission de maintien de la paix en RD Congo (MONUSCO) continue d’assurer son rôle de protection des civils, et que l’OMS coordonne étroitement ses activités avec cette mission.
L’étude des épidémies passées a démontré que l’engagement communautaire et les mesures de soutien social telles que l’aide alimentaire et les soins à domicile peuvent être plus efficaces que des mesures coercitives de confinement et peuvent contribuer à bâtir la confiance nécessaire à une réponse efficace. En novembre 2025, des niveaux alarmants de malnutrition aigüe ont été enregistrés dans des régions de l’Ituri et du Nord-Kivu, et près de 25 millions de personnes faisait face à un niveau élevé d’insécurité alimentaire entre septembre et décembre 2025, sachant qu’une aggravation des conditions était attendue en 2026. Or les gens sont plus susceptibles de se mettre en quarantaine volontaire s’ils ont de quoi se nourrir correctement. Lorsque les centres de traitement ne peuvent pas fournir des repas basiques, les familles risquent l’exposition en apportant des vivres elles-mêmes.
Le 28 mai, le gouvernement des États-Unis a annoncé une aide d’urgence à la RD Congo de 112 millions USD, mais cette somme est versée dans un système qui a été démantelé ces dernières années par des restrictions des budgets de l’aide humanitaire de la part de divers donateurs. Entre 2024 et 202, le gouvernement américain a réduit de plus de moitié l’aide aux interventions d’urgence en RD Congo, passée de 805 à 373 millions USD. Un médecin local a expliqué à Physicians for Human Rights qu’on « ne pouvait plus mener à bien la surveillance épidémiologique en raison de l’arrêt des financements d’USAID ». Un ancien haut responsable d’USAID, qui supervisait les interventions de l’agence lors d’épidémies précédentes de maladies infectieuses, a expliqué qu’autrefois « USAID investissait afin de garantir qu’on ait le personnel, la logistique et le soutien opérationnel prêts à être activés, en cas d’épidémie. Ces investissements ont été supprimés, donc les systèmes n’étaient plus en mesure d’être activés. »
Grace Tran, qui travaillait avec l’USAID sur les réponses à l’Ebola lors de l’épidémie de 2018, a expliqué que les coupes budgétaires avaient éliminé nombre de programmes de sensibilisation communautaire, essentiels dans un contexte de conflit : « Une grande partie de la confiance que nous avions établie a disparu. »
Le retrait des États-Unis de l’OMS, en janvier, a aggravé la situation en éliminant le partage de données en temps réel et en forçant l’OMS à réduire son équipe de près d’un quart. Les États-Unis étaient absents de l’Assemblée mondiale de la santé, à Genève en mai, où les dirigeants mondiaux ont discuté d’une réaction internationale face à l’épidémie. Commentant le retrait de l’OMS, un ancien haut responsable d’USAID a déclaré à Human Rights Watch : « Le manque de coordination cause des décès.Et notre incapacité à coordonner une réponse tue des gens. »
« La flambée d’Ebola dans une région ravagée par des atrocités et des années de négligence, aggravée par des fortes réductions des financements alloués à la santé mondiale, a créé une catastrophe humanitaire », a conclu Ida Sawyer. « Les pays donateurs et les organisations internationales devraient réagir d’urgence à cette épidémie, tout en s’assurant que les fonds alloués soient dépensés de manière efficace et transparente. »
Informations complémentairesViolences intercommunautaires dans l’Ituri et abus commis par les belligérants
L’Ituri a connu des cycles de violences intercommunautaires entre des groupes armés prétendant représenter les intérêts des différentes communautés et les forces du gouvernement. Les conflits sont favorisés par les tensions anciennes autour des terres, la compétition pour les ressources naturelles, la mauvaise gouvernance ainsi que l’intervention de l’étranger.
En novembre 2025, Human Rights Watch a mené des entretiens avec 119 personnes sur les conflits armés dans les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu. Parmi elles se trouvaient des survivant·e·s de tueries, de violences sexuelles et de déplacements forcés, ainsi que des témoins des abus, des responsables de l’État et de l’armée et des représentants d’organisations humanitaires.
Le cycle de violences le plus récent a démarré en 2017, lorsque le meurtre supposé d’un prêtre éminent de la communauté lendu a débouché sur des accusations selon lesquelles une autre communauté, les Hema, tentaient de tuer les leaders lendu. Un groupe affirmant représenter les Lendu, la Coopérative pour le développement du Congo (CODECO), a initié la plupart des violences qui se sont ensuivies. Une série d’attaques et de représailles entre les communautés lendu et hema ont entraîné la constitution par les Hema d’un « groupe d’autodéfense » appelé Zaïre, qui a attaqué les forces de l’État, d’autres groupes armés et des civils lendu.
En janvier 2025, Thomas Lubanga a mis en place un groupe armé appelé Convention pour la révolution populaire (CRP) en Ouganda. Lubanga avait déjà dirigé un groupe armé majoritairement hema qui fut responsable de graves abus entre 2001 et son arrestation en 2006. En 2012, Lubanga a été reconnu coupable par la Cour pénale internationale d’avoir recruté et employé des enfants soldats, avant d’être remis en liberté en 2020. Même si la CRP prétend représenter tous les habitants de l’Ituri, l’introduction de ce groupe armé dirigé par des Hema et fondé en Ouganda a nettement accentué les tensions dans l’Ituri.
Le 9 février 2025, des combattants de la CODECO ont attaqué un camp de personnes déplacées à Djaiba, tuant une femme et en blessant dix autres. La nuit suivante, des combattants de la CODECO ont attaqué le village de Lindo et les villages aux alentours, tuant au moins 48 personnes. Des témoins ont déclaré à Human Rights Watch, et le Groupe d’experts des Nations Unies sur la République démocratique du Congo a rapporté, que des combattants de la CODECO avaient tué plus de 80 civils dans les villages voisins du camp de Djaiba entre le 9 et le 11 février.
Un témoin a déclaré :
« Nous étions dans la maison lorsqu’ils sont arrivés. Nous avons entendu des gens en train d’essayer de casser la porte de nos voisins. Notre porte est solide – ils n’ont pas réussi à la casser, mais ils ont essayé. J’étais dans la maison avec à peu près 13 personnes. Tout le monde s’était enfui du site [de Djaiba] pour trouver refuge. Nous avons pu rester là jusqu’au matin. Mais tous nos voisins ont été tués [...]. Nous avons entendu les cris de ceux qui ont été brûlés dans les incendies. En quittant la maison le matin, nous avons vu les corps des autres. Puis nous nous sommes enfuis dans la campagne. »
Une femme a déclaré que les combattants de la CODECO avaient tué cinq de ses six enfants. Ils ont fracassé la porte de la maison où résidait la famille. Elle et d’autres habitants se sont précipités dans la chambre pour s’y barricader. Les combattants de la CODECO ont tiré et tué deux de ses fils, de 6 et 8 ans, ainsi que sa fille de 15 ans, a-t-elle témoigné. Ils ont donné des coups de machette à ses trois plus jeunes enfants, tuant son bébé de six mois et sa fille de 4 ans. Son seul enfant, un garçon de 3 ans, a été gravement blessé.
D’après cette femme, son fils est toujours traumatisé. « Chaque fois que je prépare à manger et que j’appelle [mon fils], il refuse », a-t-elle témoigné plus de neuf mois après les attaques. « Il dit : ‘Si tu veux que je mange, appelle d’abord mes frères, que je mange avec eux.’ […] Je ne peux pas quitter la maison pour chercher du travail. Chaque fois que je m’en vais, mes voisins me disent qu’il pleure toute la journée et qu’il refuse de manger quoi que ce soit. »
L’attaque de la CODECO semble avoir été menée en représailles d’une attaque du village d’Arr par des miliciens de Zaïre le 8 février. Les miliciens avaient incendié des domiciles et tué cinq civils, dont deux enfants, a affirmé un leader local, ce que l’ONU a également rapporté.
D’autres attaques ont eu lieu à Pimbo, une commune voisine, le 28 avril. Des sources locales ont déclaré que la CRP avait attaqué un camp de l’armée congolaise à Pimbo, tuant une quinzaine de personnes, dont deux femmes qui vivaient dans le camp avec leurs maris. À peu près à la même période, les forces de la CRP et de la CODECO se sont affrontées et la MONUSCO a évacué 191 civils. D’après Al Jazeera, 50 civils ont été tués durant ces combats. Human Rights Watch n’a pas été en mesure de corroborer le nombre de victimes de façon indépendante.
Abus commis par les Forces démocratiques alliées
Les ADF sont issues d’une rébellion islamiste en Ouganda qui a été repoussée en 1995 vers le nord-est de la RD Congo par l’armée ougandaise. En 2015, le dirigeant du groupe, Jamil Mukulu, a été arrêté en Tanzanie, et son successeur, Musa Baluku, a fait allégeance à l’État islamique (dit Daech) en 2017. L’État islamique a revendiqué les attaques menées par les ADF et leur fournit des financements. Sous la direction de Baluku, les attaques contre les civils se sont faites plus nombreuses.
D’après des sources de l’armée et des Nations Unies, ainsi que des témoins, un groupe des ADF, mené par un ressortissant tanzanien, Ahmad Mahmood Hassan, alias Abuwakasi, a été responsable de deux massacres, commis fin 2025 dans le nord-est de la RD Congo, qui ont tué une centaine de civils.
Le 8 septembre, les ADF ont tué au moins 70 personnes dans le village de Ntoyo de la province du Nord-Kivu. Les combattants ont brûlé véhicules et maisons et tué des civils. Une habitante de 35 ans a déclaré qu’elle était à la veillée funèbre de son beau-frère lorsque les combats ont commencé :
« Ils sont entrés dans la maison, en amenant des gens à l’intérieur. Je me suis enfuie, mais au moment où je sortais, certains d’entre eux m’ont attrapée et m’ont ligoté les mains. [...] Je me suis aperçu que les gens à l’intérieur de la maison étaient en train de se faire tuer. [...] Il y avait des tirs d’armes à feu. Un des bandits m’a dit : ‘Mama, tu as de la chance, je vais te libérer.’ Dès qu’ils m’ont détachée, je me suis enfuie vers la vallée, où j’ai passé la nuit. »
Lorsqu’elle est revenue le lendemain matin, elle a trouvé des dizaines de corps. Certains, notamment sa mère de 85 ans et son frère de 40 ans, semblaient avoir été tués à coups de marteau. D’autres avaient été abattus par balles ou tués à coups de machettes. Les ADF avaient mis le feu à la maison, en brûlant peut-être des gens encore vivants, a-t-elle estimé. Elle est la seule survivante de sa famille.
Des témoins ont affirmé que l’armée congolaise n’est pas arrivée à Ntoyo jusqu’à ce que le massacre soit terminé, ce qu’a confirmé un porte-parole de l’armée, Lt Marc Elongo.
La nuit du 14 novembre, les ADF ont attaqué le village de Biambwe, à 30 kilomètres à l’est de Ntoyo, également dans le Nord-Kivu. Deux témoins ont déclaré que les combattants avaient tué 28 civils, dont 17 dans un centre de santé géré par une église catholique. Une infirmière a témoigné que les ADF avaient attaqué la maternité, tuant des mères qui venaient juste d’accoucher. « Nous avons entendu des coups sur les portes et les femmes se sont mises à crier dans la maternité. Nous avons ouvert la porte [de la salle du personnel] et une femme enceinte est arrivée pour nous dire qu’il y avait des intrus en train de tuer les gens dans la maternité. »
Ces dernières années, les ADF ont enlevé des centaines de femmes et de filles, les forçant souvent à ‘épouser’ des combattants des ADF et les réduisant à l’état d’esclaves sexuelles. Certaines ont pu s’échapper après avoir été captives pendant des mois ou des années, tandis que d’autres sont toujours privées de liberté par le groupe armé.
Human Rights Watch a interrogé six femmes qui avaient été détenues pendant jusqu’à quatre ans dans les camps des ADF. La plupart avaient été enlevées à l’occasion d’attaques contre leur village ou leur exploitation agricole, pendant lesquelles les combattants avaient tué les hommes de leur famille, parfois en leur présence. Une femme de 18 ans a raconté :
« Dans les camps, s’ils se rendent compte que tu veux t’échapper, tu es exécutée. Lorsqu’ils tuent quelqu’un, ils appellent tout le monde pour y assister. Je les ai vus tuer une femme d’une vingtaine d’années. Ils l’ont décapitée avec une machette, puis ont jeté le corps dans la rivière. »
Une autre femme a témoigné que les ADF l’avaient enlevée à l’âge de 14 ans. Les ADF avaient attaqué son village dans le territoire de Beni, dans le Nord-Kivu, tué son beau-frère devant elle, puis l’avaient enlevée, en même temps que sa belle-sœur. Ils l’ont retenue captive pendant quatre ans. Elle a été forcée d’« épouser » un combattant congolais :
« Pendant ces quatre années, j’ai vécu une vie de pure souffrance. Le mari qu’ils m’avaient donné avait été recruté par les ADF. Ils ont dit qu’ils avaient du travail pour lui, mais lorsque nous sommes arrivés, nous avons compris que son travail, c’était de tuer des gens. Il avait des attentes à mon égard ; il voulait que je porte son enfant. Un jour, alors que nous étions au lit, il a dit qu’il allait me tuer parce qu’il voulait faire un enfant avec moi et que je ne tombais pas enceinte. »
Elle s’est échappée en se glissant hors du camp la nuit, pendant que l’homme dormait. Elle a marché pendant cinq jours jusqu’à ce que des gens l’amènent à l’hôpital de Beni, où elle a reçu des soins et un soutien psychologique.
Violations commises par les forces de l’État congolais
Les groupes armés se sont servis du vide sécuritaire dans le nord-est de la RD Congo pour commettre des abus généralisés envers la population civiles, alors que l’armée congolaise redéployait beaucoup de ses forces pour combattre le groupe armé M23 soutenu par le Rwanda.
Les forces armées congolaises demeurant dans le nord-est représentent souvent une menace pour les civils qu’elles ont la responsabilité de protéger. En 2025, Human Rights Watch a documenté les violences sexuelles commises par des militaires dans le nord-est de la RD Congo, en interrogeant des survivantes, notamment une fille de 17 ans qui témoignait que quatre soldats l’avaient gravement battue et violée en avril 2025 dans le territoire de Djugu : « Ils ont dit que si je ne voulais pas coucher avec eux, ils me tueraient. Certains m’ont entravé les bras. Ils m’ont battue, ils avaient des bâtons. Ils m’ont frappée avec les bâtons et avec leurs mains. »
Les soldats congolais ont par ailleurs fréquemment vendu des armes et se sont livrés dans des activités commerciales illicites comme le trafic d’or, souvent en collaboration avec des groupes armés. Un rapport de 2025 du Groupe d’experts de l’ONU a souligné que début 2025, presque toutes les mines d’or de l’Ituri étaient contrôlées par la CODECO et la milice Zaïre. Pendant les six mois suivants, la CODECO a délogé les forces de Zaïre de zones importantes d’extraction de l’or. Un rapport de l’ONU de 2025, ainsi que deux mineurs d’or interrogés par Human Rights Watch, ont affirmé que la majorité de cet or était exporté vers l’Ouganda et le Rwanda.
Réaction internationale
Des coupes budgétaires affectant la mission de maintien de la paix des Nations Unies, la MONUSCO, ont gêné les efforts de protection des civils. En 2023, le président de la RD Congo, Félix Tshisekedi, a ordonné à la MONUSCO d’accélérer un retrait planifié du pays. Même si la MONUSCO s’est effectivement retirée du Sud-Kivu, le retrait a été reconfiguré en une approche plus lente et par étapes, en raison des craintes d’un vide sécuritaire et du conflit avec le groupe armé M23. Cependant, de nouvelles restrictions du financement des Nations Unies ont forcé la mission à fermer des bases d’opération et à redéployer ses troupes, notamment dans la province de l’Ituri.
Les responsables de graves crimes internationaux sont rarement traduits en justice, tandis que les efforts de justice nationaux font face à de graves difficultés, notamment des ressources et des capacités insuffisantes, la corruption, ainsi qu’un manque de volonté politique, surtout concernant les abus impliquant de hauts responsables. Les efforts internationaux visant à lutte contre l’impunité en RD Congo, tels que les entités mises en place par les Nations Unies, la Mission d’établissement des faits du HCDH sur la situation dans les provinces du Sud-Kivu et du Nord-Kivu en République démocratique du Congo et la Commission d’enquête indépendante sur la situation des droits de l’homme dans les provinces du Sud-Kivu et du Nord-Kivu en République démocratique du Congo, n’incluent pas ma province de l’Ituri. Quant à l’enquête de la Cour pénale internationale concernant la RD Congo, elle met actuellement l’accent sur le Nord-Kivu. De même, les pourparlers de paix menés à Washington, à Doha et à Lomé se sont concentrés presque exclusivement sur le conflit avec le M23 et sur les relations entre RD Congo et Rwanda.
Recommandations
La République démocratique du Congo devrait :
Veiller à ce que les restrictions aux droits humains décidées au nom de la santé publique ou d’une urgence nationale respectent les critères de légalité, de nécessité prouvée et de proportionnalité.Enquêter rapidement, de façon transparente et impartiale sur les violations présumées des droits humains et du droit international humanitaire commises par toutes les forces armées et les groupes armés et garantir que les responsables des abus soient forcés à répondre de leurs actes de façon appropriée.Adopter des mesures pour renforcer le système judiciaire du pays, comprenant un mécanisme de justice internationalisé afin de juger les crimes de guerre.Le gouvernement de la RD Congo et ses partenaires internationaux devraient :
Exiger la transparence de la réception et de l’utilisation des financements étrangers et des autres aides.Veiller à ce que la lutte contre Ebola se fonde sur un dialogue avec les communautés affectées, plutôt que sur l’imposition de l’armée, notamment en :s’engageant activement avec les chefs coutumiers les leaders de la société civile ; consultant les communautés affectées ;lutter contre la peur et la désinformation en répondant aux inquiétudes des communautés et en réalisant des campagnes d’information publique adaptées au contexte ;minimisant la présence des forces de sécurité lors des campagnes de sensibilisation en matière de santé publique ; et enempêchant les groupes armés de participer à la lutte contre Ebola.Les pays partenaires et les organisations internationales devraient :
Maintenir leurs financements destinés à la lutte contre Ebola, y compris en déployant du personnel et du matériel médicaux, ainsi que des capacités de dépistage, tout en réduisant au minimum les obstacles à leur acheminement. Augmenter de toute urgence les financements destinés à protéger les civils.Garantir une attribution et une distribution des financements publiques et transparentes, y compris via des processus de recrutement et d’approvisionnement locaux, et une communication efficace sur ces procédures, y compris auprès des communautés affectées. Veiller à ce que le financement de la lutte contre Ebola soit conditionnée à une véritable consultation des communautés et à un dialogue avec les parties prenantes clés.Maintenir les financements pour les besoins sanitaires plus généraux, comme les soins de santé maternelle et les traitements contre le paludisme, la tuberculose et le VIH. Soutenir des mesures pour renforcer le système judiciaire de la RD Congo, comprenant la création d’un mécanisme de justice internationalisé afin de juger les crimes de guerre.Veiller à ce que la MONUSCO ait les moyens de mener à bien son mandat.…………….
10.06.2026 à 06:01
Human Rights Watch
(Bruxelles) – Le nouveau Pacte de l’Union européenne sur la migration et l’asile introduit des changements de grande ampleur qui portent atteinte au droit d’asile, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. L’organisation a publié un document de questions-réponses (en anglais) expliquant les principales modifications apportées aux lois et procédures d’asile de l’UE, ainsi que les risques pour les droits des personnes. Adopté en 2024, le Pacte entrera pleinement en vigueur le 12 juin 2026.
« Bien qu’acclamé par des dirigeants européens, le nouveau pacte de l’UE sur l’asile claque la porte au nez de personnes qui méritent d’être traitées avec dignité et de voir leurs demandes de protection examinées équitablement », a déclaré Judith Sunderland, conseillère senior auprès de la division Droits des réfugiés et migrants à Human Rights Watch. « Ce Pacte porte un coup dévastateur au droit d’asile, alors même que le monde a plus que jamais besoin que l’Europe défende les droits humains. »
10 juin 2026 Questions and Answers: The EU Pact on Migration and AsylumLe Pacte est un ensemble de 10 textes législatifs contraignants qui réforment en profondeur la manière dont l'UE gère ses frontières, traite les demandes d'asile et aborde le partage des responsabilités entre les États membres. Les nouvelles règles permettent aux gouvernements de prendre des décisions précipitées et de limiter les garanties dans le traitement des demandes d'asile, dont une grande partie se déroulera désormais dans le cadre de « procédures frontalières » tronquées, tout en augmentant le recours à la détention et sa durée. Un nouveau règlement relatif aux situations de crise autorise les pays de l’UE à refuser aux personnes le droit de demander l’asile dans des situations vaguement définies d’« afflux massif » ou d’« instrumentalisation » des migrations par des pays tiers.
Les pays de l'UE pourront désormais conclure des accords avec des « pays tiers sûrs » situés hors de l'Union et disposés à accueillir des demandeurs d'asile. Cela signifie qu'un État membre peut refuser d'examiner une demande d'asile et renvoyer le demandeur vers un pays avec lequel il n'entretient peut-être aucun lien culturel, familial ou communautaire, et où ses perspectives de soutien et d'intégration pourraient être compromises. En pratique, de tels dispositifs ont davantage servi à se soustraire à ses responsabilités qu'à garantir une protection efficace.
Ces changements ne contribuent guère à remédier aux relations dysfonctionnelles entre les pays de l'UE, laissant en place des règles qui font peser une part disproportionnée de la responsabilité des demandeurs d'asile sur les pays situés aux frontières extérieures de l'UE. Un nouveau « mécanisme de solidarité » permettra aux États de refuser la relocalisation de personnes provenant de pays dont le système d'asile est sous pression, pour privilégier à la place le financement de clôtures frontalières, de barbelés et de dispositifs de surveillance.
Le Pacte contient également des dispositions qui, si elles sont dûment priorisées et mises en œuvre, pourraient aider à identifier les migrants et les demandeurs d'asile ayant des besoins spécifiques en matière de soutien, notamment les personnes en situation de handicap et celles exposées à un risque accru d'abus. Les pays de l'UE sont tenus de créer des mécanismes indépendants pour contrôler le respect des droits humains lors des procédures aux frontières.
Les pays de l'UE devraient prendre toutes les mesures possibles, dans le cadre des contraintes imposées par le Pacte, pour en atténuer les conséquences les plus néfastes et garantir le respect de la Charte des droits fondamentaux de l'UE, selon Human Rights Watch. Les autorités devraient limiter le recours à la détention et aux procédures d'asile aux frontières, s'assurer de leur capacité à identifier correctement les personnes ayant des besoins spécifiques en matière de protection et de soutien, et cesser d'orienter les demandeurs d'asile vers des pays moins à même de leur fournir une protection efficace. Elles devraient limiter l'application du règlement sur les situations de crise à des circonstances véritablement exceptionnelles.
Des mécanismes de surveillance indépendants devraient disposer de mandats étendus leur permettant de signaler et d'enquêter sur toutes les allégations de violations des droits dans le cadre des activités aux frontières, tout en garantissant l'accès à des recours effectifs pour toutes les victimes.
« Malgré les nouvelles règles restrictives du Pacte sur la migration et l'asile, les pays de l'UE disposent encore de moyens d'agir de manière juste », a conclu Judith Sunderland. « À tout le moins, les pays de l'UE devraient limiter le recours à la détention, identifier les personnes exposées à un risque accru d'abus et veiller à ce qu'elles bénéficient d'un soutien, et s'abstenir de déléguer leurs responsabilités en matière d'asile à d'autres pays. »