26.03.2026 à 07:00
Human Rights Watch
(Abuja) – Les attentats meurtriers perpétrés à Maiduguri, capitale de l’État de Borno dans le nord-est du Nigeria, ont ravivé les inquiétudes quant à la recrudescence des attaques violentes perpétrées par Boko Haram et au risque croissant pour les civils dans la région, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. À la suite de ce crime de guerre manifeste, les autorités nigérianes devraient renforcer de toute urgence la protection des civils dans la région.
Les attaques, survenues dans la soirée du 16 mars 2026, ont frappé des lieux publics très fréquentés, notamment un marché, les environs d’un bureau de poste et l’entrée de l’hôpital universitaire de Maiduguri, faisant 23 morts et 108 blessés, selon les autorités policières. Ces attaques semblent avoir été indiscriminées et constituent donc un crime de guerre au regard du droit international. Le gouvernement nigérian est engagé depuis plus d’une décennie dans un conflit armé dans le nord-est du pays contre le groupe insurgé Boko Haram et les factions qui s’en sont séparées.
« Ces dernières attaques montrent que les civils du nord-est du Nigeria restent dangereusement exposés à une violence meurtrière, malgré des années d’efforts du gouvernement en matière de sécurité », a déclaré Anietie Ewang, chercheuse sur le Nigeria à Human Rights Watch. « La recrudescence de telles attaques à Maiduguri est profondément alarmante, et met en évidence la menace persistante que les groupes armés font peser sur la vie quotidienne. »
Human Rights Watch a mené des entretiens avec cinq témoins des attentats à la bombe perpétrés contre le bureau de poste, l’hôpital et le marché. Aucun groupe armé n’a revendiqué ces attentats, mais l’armée nigériane les a décrits comme des tentatives coordonnées menées par des combattants présumés de Boko Haram visant à faire un grand nombre de victimes et à semer la panique. Le groupe armé Jama’atu Ahlis Sunna Lidda’awati wal-Jihad (JAS), plus connu sous le nom de Boko Haram, a déjà perpétré plusieurs attentats-suicides visant des civils.
Le JAS a été considérablement affaibli après la mort de son chef de longue date, Abubakar Shekau, en 2021, lors d’affrontements avec la Province d’Afrique de l’Ouest de l’État islamique, une faction rivale qui s’est séparée du groupe. Cependant, selon les analystes, le JAS semble revenir en force, comme en témoignent plusieurs attaques récentes dans la région.
En décembre 2025, une mosquée de Maiduguri a été visée par un attentat à la bombe qui a fait cinq morts, mettant fin à des années de calme relatif. Bien que la violence liée à Boko Haram ait diminué par rapport à son pic, la poursuite des attaques dans toute la région suggère que l’insurrection reste une menace persistante, et les attentats de Maiduguri suscitent de nouvelles inquiétudes en matière de sécurité.
L'État de Borno est largement considéré comme l'épicentre de l'insurrection, tandis que Maiduguri est la principale plaque tournante opérationnelle pour les interventions de sécurité. C'est également un pôle humanitaire clé, accueillant des agences qui viennent en aide aux populations touchées par la crise.
En 2020, Fatou Bensouda, alors Procureure de la Cour pénale internationale, a affirmé que son bureau d’ s avait trouvé des motifs raisonnables de croire que Boko Haram et ses groupes dissidents, ainsi que les forces de sécurité nigérianes, avaient commis des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité pendant le conflit. Elle a noté que « la grande majorité des actes criminels commis dans le cadre de cette situation [était] imputable à des acteurs non étatiques ». La Procureure Bensouda avait alors décidé de ne pas donner suite à une demande d’ouverture d’une enquête officielle, en partie en raison de ressources limitées, et la situation reste au stade de l’examen préliminaire.
Ibrahim Talba, un tailleur de 35 ans, a déclaré à Human Rights Watch qu’il s’était rendu dans un restaurant local situé en face de l’entrée de l’hôpital universitaire de Maiduguri pour manger après avoir rompu son jeûne pendant le ramadan. Là, il a été témoin d’une altercation entre deux jeunes hommes à bord d’un tricycle commercial et un agent de sécurité, qui leur refusait l’entrée au motif qu’ils n’utilisaient pas un tricycle autorisé. Il a déclaré qu’après un bref échange houleux, l’un des hommes a lancé vers le gardien de sécurité une bouteille, qui a explosé lorsque celui-ci l’a renvoyée vers l’homme. Alors qu’Ibrahim Talba et d’autres personnes se précipitaient vers les lieux, une deuxième explosion s’est produite, le blessant. Il a présenté ses blessures par éclats d’obus au dos, aux jambes et au ventre.
Fatima Sheriff, une vendeuse de nourriture âgée de 25 ans, a déclaré qu'après avoir livré de la nourriture à un membre du personnel de l'hôpital, elle se dirigeait vers la porte lorsqu'elle s'est arrêtée pour répondre à un appel de sa sœur. Elle a brièvement remarqué la dispute, mais l'appel l'a distraite. Quelques instants plus tard, une forte explosion a retenti, des flammes ont envahi les lieux et elle a perdu connaissance. Elle a repris conscience plus tard à l’hôpital, sans aucune blessure physique. Là-bas, elle a vu sept personnes amenées inconscientes à la suite de l’explosion, dont une jeune fille que le médecin a déclarée morte par la suite.
Mustafa Muhammed, un vendeur de casquettes âgé de 45 ans, a déclaré avoir été blessé par des éclats d’obus au dos et sur le côté des côtes à la suite d’une explosion devant l’hôpital. Il a déclaré : « Je me trouvais dans le quartier de Costain, près du cimetière de Gwange, lorsque j’ai entendu une forte explosion provenant du quartier du marché du lundi. Je me suis mis à courir, j’ai enfourché mon vélo pour rentrer chez moi, en empruntant la route menant à l’hôpital universitaire de Maiduguri. Alors que je traversais la route en direction de l’hôpital, il y a eu une autre explosion. Je ne sais même pas ce qui s’est passé. J’ai juste vu un nuage de fumée rougeâtre et noir, puis je me suis retrouvé couvert de sang. La seule chose dont je me souviens ensuite, c’est d’avoir ouvert les yeux et de m’être retrouvé dans un lit d’hôpital. »
Babagana Abubakar, un vendeur de fruits âgé de 39 ans, a déclaré qu’il vendait des pastèques à un client près de la poste, lorsqu’une forte explosion a « tout fait voler en éclats ». Il a poursuivi : « Nous avons tous commencé à courir pour nous mettre à l’abri, sans savoir où nous cacher. Je savais que c’était l’explosion d’une bombe, car j’avais déjà entendu ce bruit à Maiduguri. »
Babagana Abubakar est revenu pour aider les victimes et a vu des gens gisant au sol, mais il était incapable de dire qui était vivant ou mort. « J’ai essayé d’aider l’un des blessés, mais j’ai reculé quand j’ai vu du sang couler de sa poitrine », a-t-il déclaré. « Je n’ai pas pu continuer. C’était trop. Je tremblais et j’avais froid partout. Je ne connaissais pas les victimes, car je vends surtout aux passants, mais j’ai ensuite reconnu parmi les morts un jeune homme qui m’avait acheté des bananes quelques minutes avant l’explosion, grâce à son maillot blanc du Real Madrid. »
Ce vendeur de fruits a ajouté qu’il entendait encore l’écho de l’explosion, dans sa tête. « Chaque fois que je ferme les yeux, je revois la scène, les corps gisant par terre. Ça ne cesse de se rejouer dans mon esprit. J’ai également perdu mon gagne-pain, car tous les fruits que je vendais ont été éparpillés partout par l’explosion et je n’ai rien pu ramasser ni récupérer. »
Un fonctionnaire de 53 ans a déclaré qu’il se rendait en voiture au marché du lundi pour faire ses courses auprès des vendeurs de rue à l’extérieur lorsqu’il a entendu une forte explosion, accompagnée d’une lumière rouge vif dans le ciel. Il a déclaré : « Après l’explosion, les gens se sont mis à courir dans toutes les directions. J’ai laissé ma voiture et j’ai couru à pied, comme l’ont fait d’autres automobilistes. Après avoir couru environ 400 mètres sans entendre d’autres coups de feu, nous nous sommes arrêtés, réalisant que cela signifiait probablement qu’il n’y avait pas d’hommes armés sur les lieux. Cet incident m’a vraiment effrayé. Je n’ai jamais vécu une telle expérience depuis que j’ai emménagé ici. »
Les autorités nigérianes devraient de toute urgence renforcer la protection des civils dans les zones à haut risque, améliorer les mesures d’alerte précoce et d’intervention, et apporter un soutien aux victimes, ainsi qu’aux personnes qui ont perdu leurs moyens de subsistance, a déclaré Human Rights Watch.
« Les attentats à la bombe à Maiduguri mettent en évidence le danger extrême et permanent auquel sont confrontés les civils du nord-est du Nigeria, face aux groupes armés », a conclu Aniete Ewang. « Les autorités nigérianes devraient d’urgence intensifier leurs efforts pour protéger les civils, garantir des enquêtes rapides et transparentes, et traduire les responsables en justice. »
25.03.2026 à 05:00
Human Rights Watch
(Beyrouth) – La résolution adoptée par le Conseil de sécurité des Nations Unies au sujet des revendications du Maroc concernant le Sahara occidental, afin de sortir de cette impasse de longue date, ne garantit pas que le nouveau cadre respectera le droit à l’autodétermination des habitants de ce territoire, ni sa conformité au droit international, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.
Tout règlement du litige devrait en outre garantir le droit des Sahraouis à recevoir une réparation pour les préjudices subis depuis que le Maroc a pris le contrôle de la plus grande partie du territoire, notamment une indemnisation et le droit au retour pour les personnes déplacées, ainsi que pour leurs descendants, s’ils ont maintenu des liens suffisants avec le territoire.
« Trente-cinq ans après que le Conseil de sécurité des Nations Unies a convenu de la tenue d’un référendum afin de résoudre la situation au Sahara occidental, l’opportunisme politique risque de prendre le dessus sur le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination », a déclaré Hanan Salah, directrice adjointe de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Pour s’assurer du respect de ce droit, le Conseil de sécurité et tous les pays devraient veiller à ce que le peuple sahraoui puisse déterminer librement son statut politique. »
Le 31 octobre 2025, le Conseil de sécurité a adopté la résolution 2797, soutenue par les États-Unis, qui porte sur le Sahara occidental et les revendications du Maroc vis-à-vis de ce territoire. L’objectif déclaré de la résolution est de parvenir à « une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable qui soit fondée sur le compromis et conforme aux buts et principes énoncés dans la Charte des Nations Unies », tout en affirmant le « principe de l’autodétermination » et en reconnaissant qu’« une autonomie véritable pourrait représenter une solution des plus réalisables ».
Cependant, la résolution n’approuve que le plan d’autonomie proposé par le Maroc en 2007 ; or, ce plan n’intègre pas l’option de l’indépendance, n’aborde pas le droit aux réparations et ne définit pas de manière précise les habitants du Sahara occidental ayant droit à l’autodétermination. Human Rights Watch ne prend pas position sur la question de l’indépendance du Sahara occidental.
Le Maroc occupe la majeure partie du Sahara occidental depuis 1975, lorsque l’Espagne a mis fin à son administration coloniale de ce vaste territoire désertique. Depuis, il y a eu un conflit armé entre le Maroc et le Front populaire de libération de la Seguia el-Hamra et du Rio de Oro, un mouvement indépendantiste représentant les Sahraouis, connu sous le nom abrégé de Front Polisario.
En 1991, les Nations Unies ont négocié un cessez-le-feu entre le Maroc et le Front Polisario, et mis en place la Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental, qui devait assurer le suivi du cessez-le-feu et organiser un référendum permettant aux Sahraouis éligibles de choisir entre l’indépendance et l’intégration au Maroc. Le référendum ne s’est jamais concrétisé. Le Maroc affirmait qu’il était irréalisable d’établir une liste de votants et refusait que l’indépendance soit un choix au référendum, tandis que le Front Polisario insistait sur l’option de l’indépendance. Le conflit armé entre le Polisario et le Maroc a repris en 2020.
Le droit international humanitaire s’applique à ce territoire, étant donné l’existence du conflit armé et l’occupation marocaine. Le Maroc a toujours par ailleurs la responsabilité de respecter ses obligations vis-à-vis de la population, en vertu du droit international relatif aux droits humains.
Au moins 173 000 réfugiés sahraouis résident actuellement dans des camps de réfugiés isolés, situés près de la ville de Tindouf en Algérie et administrés par le Front Polisario. D’après World Population Review, la plus grande partie de la population du Sahara occidental est composée désormais de Marocains qui ont commencé à s’installer dans la région lorsque le territoire est passé sous occupation du Maroc, et de leurs descendants.
Le droit international humanitaire interdit à un pouvoir d’occupation de transférer sa population vers le territoire occupé. De tels transferts constituent par ailleurs un crime de guerre selon le Statut de Rome de la Cour pénale internationale.
Le peuple du Sahara occidental jouit d’un droit à l’autodétermination garanti par le droit international, a rappelé Human Rights Watch. Un avis consultatif de 1975 de la Cour internationale de Justice (CIJ) a réaffirmé le droit des peuples du Sahara occidental à l’autodétermination, conformément à la résolution 1514 (XV) de l’Assemblée générale de 1960, adoptant la Déclaration sur l'octroi de l'indépendance aux pays et aux peuples coloniaux.
La CIJ a conclu que dans les territoires non autonomes, le droit à l’autodétermination pouvait être réalisé par l’une des options suivantes : « deven[ir] un État indépendant et souverain, s’associ[er] librement à un État indépendant, ou s’intégr[er] à un État indépendant », et qu’il devait « être l’expression de la volonté libre et authentique du peuple concerné » Un aspect fondamental de l’exercice du droit à l’autodétermination réside dans « les vœux librement exprimés du peuple concerné ».
Les recherches de Human Rights Watch ont montré que les autorités marocaines faisaient systématiquement obstruction au travail des groupes plaidant pour l’autodétermination au Sahara occidental et qu’elles réprimaient toute manifestation d’opposition au régime marocain. Elles ont appliqué des lois pénalisant l’atteinte à l’« intégrité territoriale » du Maroc, empêché des rassemblements, interdit aux associations de se dire favorables à l’autodétermination des Sahraouis, frappé des activistes en garde à vue et dans la rue, soumis à la torture, emprisonné et condamné des activistes lors de procès entachés de violations des procédures régulières et d’aveux forcés, et entravé leur liberté de déplacement.
En décembre 2025, Human Rights Watch a écrit aux États-Unis, au Royaume-Uni, à la France, au Maroc, à l’Algérie ainsi qu’à l’envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU sur le Sahara occidental, Staffan de Mistura, pour recueillir des informations sur le cadre de négociations portant sur l’avenir du Sahara occidental, mais n’a reçu aucune réponse.
Le Conseil de sécurité devrait faire respecter le droit à l’autodétermination et veiller à ce que tout résultat des négociations traduise la véritable volonté du peuple sahraoui. Toute proposition actualisée du Maroc devrait par ailleurs respecter le droit des Sahraouis à recevoir une réparation pour les préjudices subis depuis que le Maroc a pris contrôle de la plus grande partie du territoire en 1976, notamment une indemnisation et le droit au retour pour les personnes déplacées hors du territoire, ainsi que pour leurs descendants, s’ils ont maintenu des liens suffisants avec le territoire.
« Il y a déjà quelques décennies, le Conseil de sécurité s’est engagé à faire respecter le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui, mais n’a que peu avancé à cet égard », a conclu Hanan Salah. « Après 50 ans d’occupation, le Conseil devrait exposer comment il compte faire respecter l’ensemble des droits humains du peuple sahraoui, y compris son droit à l’autodétermination. »
Informations complémentairesLe Sahara occidental est inscrit depuis 1963 sur la liste de territoires non autonomes des Nations Unies. Bien que plusieurs pays aient reconnu la souveraineté marocaine, le statut du territoire n’a pas changé depuis. Il s’agit de l’un des derniers de ce type reconnus par l’ONU, et le seul en Afrique à figurer dans la catégorie des processus de décolonisation incomplets.
Les territoires non autonomes sont définis par la Charte des Nations Unies comme ceux « dont les populations ne s’administrent pas encore complètement elles-mêmes ». L’Union africaine reconnaît la République arabe sahraouie démocratique (RASD) comme État membre. Elle a toujours traité le territoire comme une question de décolonisation exigeant l’expression de la volonté libre et authentique du peuple sahraoui.
Contexte de l’Initiative marocaine et de la résolution 2797 du Conseil de sécurité de l’ONUEn 2007, une Initiative marocaine pour la négociation d’un statut d’autonomie pour la région du Sahara a proposé d’accorder un certain degré d’autonomie à la population du Sahara occidental placé sous la souveraineté du Maroc, en excluant l’option de l’indépendance et en conservant une compétence en matière de sécurité nationale, de défense, d’affaires étrangères et de justice.
Plusieurs États ont reconnu la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, en particulier les États-Unis en décembre 2020. Bien que l’Union africaine ne l’ait pas reconnu, plusieurs de ses membres ont soutenu le plan marocain d’autonomie, dont le Sénégal et le Kenya.
En 2007, le Front Polisario a proposé son propre plan en vue d’une solution politique, qui prévoit un référendum d’autodétermination. Il a émis une proposition actualisée en 2025.
La résolution 2797 du Conseil de sécurité de l’ONU soutenait le plan marocain d’autonomie de 2007 comme base de négociation et appelait toutes les parties à « participer aux discussions sans conditions préalables et sur la base du plan d’autonomie proposé par le Maroc afin de parvenir à une solution politique définitive et mutuellement acceptable qui assure l’autodétermination du peuple du Sahara occidental », ajoutant qu’« une autonomie véritable pourrait représenter une solution des plus réalisables ». La résolution 2797 ne fait pas référence à l’Avis consultatif de 1975 de la Cour internationale et ne fournit aucune garantie qu’il sera respecté.
Cette résolution ne précise pas qui sont les peuples du Sahara occidental, ni s’ils englobent toutes les personnes sahraouies déplacées depuis le conflit de 1975 ainsi que leurs descendants. Le plan de règlement de 1988, tel qu’accepté par les parties, énonçait lui que « tous les Sahraouis dénombrés dans le recensement organisé en 1974 par les autorités espagnoles, âgés de 18 ans ou plus, auront le droit de voter lors du référendum », y compris « les réfugiés sahraouis [...] recensés ».
Le Polisario a rejeté le postulat de la résolution.
Prenant ses distances avec les positions précédemment adoptées par nombre de ses États membres, l’Union européenne a déclaré en janvier 2026 qu’elle avait unanimement « actualisé sa position vis-à-vis du Sahara occidental, l’alignant avec la résolution 2797 du Conseil de sécurité », et affirmé que les négociations devraient « se baser sur le plan d’autonomie du Maroc ».
De Mistura, l’envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU sur le Sahara occidental, a prié le Maroc de fournir un « plan d’autonomie approfondi et actualisé » et déclaré que la résolution 2797 « apportait un cadre de négociation,sans dicter les résultats ».
Dans un communiqué explicatif publié le 31 octobre, l’Algérie a déclaré que cette résolution « était en-deçà des attentes et aspirations légitimes du peuple du Sahara occidental, représenté par le Front Polisario ».
Droit international en matière de droit à l’autodéterminationLe droit à l’autodétermination est entériné par la Charte des Nations Unies et le droit international relatif aux droits humains. Les articles 1 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels affirment tous deux que « tous les peuples ont le droit de disposer d’eux-mêmes. En vertu de ce droit, ils déterminent librement leur statut politique et assurent librement leur développement économique, social et culturel. »
Le Comité des droits de l’homme des Nations Unies, qui fait autorité pour interpréter le Pacte, a déclaré dans son Observation générale n°12 que tous les États avaient l’obligation de respecter l’autodétermination d’une population et de promouvoir sa réalisation.
La résolution 2625 (1970) de l’Assemblée générale de l’ONU, sur les Principes du droit international touchant les relations amicales et la coopération entre les États conformément à la Charte des Nations Unies, ainsi que la résolution 1514 (XV) de 1960 de l’Assemblée générale, adoptant la Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux, affirment le droit à l’autodétermination.
La Charte africaine des droits de l’homme et des peuples affirme que tout peuple « a un droit imprescriptible et inaliénable à l’autodétermination. Il détermine librement son statut politique et assure son développement économique et social selon la voie qu’il a librement choisie. » Lors d’une affaire clé, jugée en 2022 par la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples sur la réintégration du Maroc à l’Union africaine en 2017, la Cour a fait remarquer :
Eu égard au fait qu’une partie du territoire de la RASD [République arabe sahraouie démocratique] est toujours sous occupation marocaine, il va sans dire que les États parties à la Charte ont une obligation individuelle et collective à l’égard du peuple de la RASD, celle de protéger son droit à l’autodétermination, particulièrement en lui portant assistance dans son combat pour la liberté [...]
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24.03.2026 à 17:38
Human Rights Watch
(New York, 23 mars 2026) – Un tribunal chinois a condamné l’éminent avocat défenseur des droits humains Xie Yang à cinq ans de prison le 23 mars, l’ayant reconnu coupable d’« incitation à la subversion du pouvoir de l’État » ; les accusations portées contre lui étaient toutefois basées sur des motifs politiques, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Le gouvernement chinois devrait immédiatement annuler cette condamnation, qui fait suite à de graves violations de procédure et à des années de persécution, et libérer Xie Yang sans condition.
Le tribunal populaire intermédiaire de Changsha a invoqué plusieurs publications de Xie Yang sur WeChat pour justifier son verdict, a indiqué son ex-épouse, Chen Guiqiu, sur les réseaux sociaux. Le tribunal a également ordonné la confiscation de 100 000 yuans (14 500 dollars américains) de son compte.
« Les poursuites engagées par les autorités chinoises contre Xie Yang et la sévérité de la peine prononcée par le tribunal reflètent le mépris total de Pékin pour l’état de droit », a déclaré Maya Wang, directrice adjointe pour l’Asie à Human Rights Watch. « Cette affaire visait non seulement à persécuter ce courageux avocat des droits humains, mais au-delà, à intimider tous les avocats qui cherchent à protéger les droits du peuple chinois. »
La procédure judiciaire contre Xie Yang a été entachée de graves violations des garanties d’une procédure régulière, a observé Chen Guiqiu. Les autorités ont prolongé sa détention provisoire à 13 reprises, sur une durée totale de plus de quatre ans, et ont interdit à ses avocats d’assister à ses audiences. Le procès de Xie Yang, en octobre 2025, s’est tenu à huis clos ; la police n’en a informé sa famille qu’après coup.
Le procès de Xie Yang a violé le droit à un procès équitable devant un tribunal indépendant et impartial, tel que prévu par le droit international des droits humains, a déclaré Human Rights Watch. En outre, la procédure a enfreint le Code de procédure pénale chinois, qui garantit le droit à la défense (articles 33 à 35), le caractère public des audiences (article 188) et la fixation de délais pour les enquêtes pénales. Compte tenu du temps déjà passé en détention, la peine de Xie Yang devrait s’étendre jusqu’en janvier 2027.
Le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire a reconnu que la détention de Xie était arbitraire, et a appelé à sa libération immédiate.
Xie Yang, âgé de 54 ans et originaire de Changsha, dans la province du Hunan, a commencé à pratiquer le droit en 2011. Il a défendu des activistes et des victimes de violations des droits dans des affaires politiquement sensibles, notamment des cas de persécution religieuse et des litiges fonciers.
Xie Yang a fait l’objet de représailles répétées en raison de son travail. En juillet 2015, lors de la vague d’arrestations à l’échelle nationale d’avocats défenseurs des droits humains connue sous le nom de « Répression 709 », Xie a été torturé et victime d’une disparition forcée, condamné pour « incitation à la subversion » et emprisonné jusqu’en mai 2017.
Les autorités l’ont à nouveau placé en détention en janvier 2022 après qu’il eut fait pression pour obtenir la libération d’un jeune enseignant qui avait été interné de force dans un établissement psychiatrique, après avoir critiqué la censure dans l’éducation. La police a perquisitionné le domicile de Xie Yang, l’a torturé pendant sa détention et l’a inculpé pour « incitation à la subversion » et « provocation de querelles et de troubles », a indiqué l’organisation Chinese Human Rights Defenders, basée aux États-Unis.
« Les gouvernements étrangers devraient exprimer à voix haute leur soutien à des avocats défenseurs des droits humains comme Xie Yang, car ce type d’appui est primordial lorsque la situation est aussi grave », a conclu Maya Wang. « Un fort soutien international pourrait améliorer le traitement réservé à Xie Yang et, surtout, aider à lui donner, ainsi qu’à d’autres avocats en Chine, la force de persévérer. »
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Le Monde La Croix