06.07.2026 à 16:25
Human Rights Watch
(Nairobi) – Depuis au moins le mois d’avril, les autorités de la région du Tigré, dans le nord de l’Éthiopie, ont enlevé et illégalement enrôlé dans leurs forces des civils, y compris des enfants âgés d’à peine 15 ans, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.
Des membres de communautés de villes et villages de cette région ont signalé que les forces tigréennes et des responsables locaux enlevaient d’anciens combattants ainsi que d’autres hommes et garçons dans la rue, dans des bureaux, lors d’opérations nocturnes menées dans des maisons, ainsi que sur les sites de mines d’or, une source d’emploi essentielle pour les jeunes hommes et garçons de la région.
« La campagne menée par les autorités tigréennes pour recruter de force des hommes et des garçons en tant que membres de leurs forces instaure un climat de peur dans toute la région », a déclaré Laetitia Bader, directrice adjointe de la division Afrique à Human Rights Watch. « Les autorités devraient mettre fin immédiatement à cette campagne, et permettre à ceux qui ont été recrutés illégalement de rentrer chez eux. »
Human Rights Watch a recensé six cas de recrutement forcé, en s’appuyant sur des entretiens à distance menés en juin avec 18 personnes, dont des témoins, des proches de personnes enrôlées, ainsi que des personnes ayant pu éviter un enlèvement ou s’étant enfuies peu après.
Cette campagne de recrutement fait suite à plusieurs mois de tensions croissantes entre le gouvernement fédéral éthiopien et le principal parti politique du Tigré, le Front populaire de libération du Tigré (Tigray People’s Liberation Front, TPLF). Les deux camps se sont affrontés lors du conflit armé de 2020-2022 dans le nord de l’Éthiopie, qui a donné lieu à de nombreuses atrocités, avant de signer un accord de cessez-le-feu en novembre 2022.
Avant le mois d’avril 2026, les responsables locaux avaient eu recours à des réunions publiques, des lettres et des appels téléphoniques pour exhorter des anciens combattants des Forces de défense du Tigré (Tigray Defense Forces, TDF) à se réengager.
Mais début juin, le TPLF a publié une proclamation rendant le service militaire obligatoire. Dans un entretien avec les médias suite aux critiques formulées par Human Rights Watch concernant cette loi, un porte-parole du parti a réfuté les allégations de recrutement forcé, et a affirmé que ceux qui défendaient la région du Tigré le faisaient de leur plein gré.
La campagne s’est intensifiée fin avril avec des rafles massives dans les rues, sur les marchés et sur les sites d’exploitation aurifère. Les personnes interrogées ont déclaré que les autorités locales disposaient d’une liste d’anciens combattants et faisaient appel à des informateurs dans les quartiers, pour identifier des recrues potentielles.
« Trois hommes armés vêtus d’uniformes des TDF … sont venus chez moi », a déclaré un ancien combattant qui a échappé au recrutement dans la zone nord-ouest du Tigré fin avril. « Je n’étais pas le seul : environ 17 autres personnes ont été emmenées avec moi au commissariat de la ville. Il y avait quatre ou cinq jeunes âgés d’environ 16 ou 17 ans avec nous. »
Les autorités locales et les forces de l’ordre ont également procédé à des rafles massives de civils. Un matin vers la fin du mois de juin, un habitant de la ville d’Adi Gudem a vu des policiers locaux, des miliciens et des combattants des TDF enlever des personnes, y compris des travailleurs journaliers et des agriculteurs.
« Les forces armées ont commencé à intercepter des gens aux quatre coins de la ville, même les conducteurs de bajaj [vélo-taxi] », a déclaré cet homme. « Il y a une grave pénurie d’eau à Adi Gudem, et des jeunes qui rendaient service à la communauté avec leurs charrettes [transportant des bidons d’eau] ont également été emmenés. Un propriétaire de charrette a tenté de s’échapper, mais les milices ont commencé à le frapper si violemment qu’il a perdu connaissance. »
Le 22 mai, la police et des membres des TDF ont ordonné aux mineurs travaillant dans une mine d’or artisanale près de Kola Tembien, dans la zone centrale du Tigré, de cesser leur activité, affirmant que le terrain était nécessaire à des projets d’investissement. Deux témoins ont déclaré que, le matin du 25 mai, des dizaines de policiers et des membres des TDF sont revenus, ont rassemblé les mineurs et en ont frappé certains d’entre eux avant de les répartir en fonction de leur wereda (district) d’origine. Un mineur a raconté avoir été emmené dans un bâtiment inachevé et retenu avec environ 50 à 60 autres hommes et garçons de la région de Kola Tembien pendant environ 8 heures.
« Nous avions faim et soif… Un responsable du wereda [district] est venu nous informer que nous allions rejoindre les TDF », a déclaré ce mineur. « Nous nous sommes tous opposés à cette décision… Mais ils étaient armés, et ont commencé à pousser tout le monde dans des camions… Ils roulaient très vite ... Un type a sauté du camion, et est tombé sur la route. Quand nous nous sommes retournés, nous avons vu qu’il ne bougeait plus. »
Ce mineur a lui-même réussi à s’échapper, lorsque le camion a ralenti.
Les personnes interrogées ont déclaré que les nouvelles recrues étaient d’abord détenues arbitrairement dans des bureaux administratifs, des prisons ou des écoles, puis transférées vers des camps militaires pour y suivre une formation dans le nord-ouest et le sud du Tigré. « Mon frère âgé de 29 ans a été emmené », a déclaré un homme. « Nous ne savions pas où il était pendant une semaine. Il a finalement pu emprunter le téléphone d’un garde pour appeler ma mère, et lui a dit qu’il se trouvait dans un camp militaire de la zone sud. » Les anciens combattants enrôlés de force étaient généralement envoyés dans leurs anciennes unités, ou dans un camp militaire.
Des hommes risquant d’être recrutés ont déclaré qu’ils dormaient dehors par crainte d’être emmenés, ou qu’ils fuyaient le Tigré. « Nous ne pouvons pas dormir », a déclaré un travailleur journalier de 30 ans. « Nous devons changer d’endroit chaque nuit. Mais on ne peut pas se sentir en sécurité quand on est en fuite et qu’on se cache. Parce qu’on a laissé des membres de sa famille, comme des petits frères, derrière soi. S’ils ne vous trouvent pas, ils emmènent vos plus jeunes proches. »
Deux personnes interrogées ont déclaré que les forces du Tigré et les responsables locaux de la zone nord-ouest avaient placé en détention des proches de personnes qui avaient échappé au service militaire.
« Mon fils a 19 ans. Je leur ai dit que j’étais pauvre, que je n’avais pas les moyens de l’envoyer au front, mais ils ne m’ont pas crue », a déclaré une femme détenue temporairement dans les locaux de l’administration locale avec d’autres parents, pendant dix jours. « Nous restions là toute la journée, sans nourriture ni eau. Ils nous renvoyaient chez nous le soir. Ils n’arrêtaient pas de nous demander d’amener nos enfants, et si nous ne le faisions pas, nous étions à nouveau détenus là-bas. »
Ce climat de peur touche les communautés de toute la région, a déclaré Human Rights Watch. Certaines familles envoient leurs proches loin de là pour échapper au recrutement forcé. « Mon père a été convoqué au kebele [administration locale] », a raconté un homme de 32 ans. « Les responsables savaient qu’il a un fils en âge de servir, alors ils lui ont dit que je devais rejoindre la lutte. Mon père m’a dit que je devais quitter [cette région]. J’ai déménagé à Addis [la capitale de l’Éthiopie] il y a une semaine. J’ai laissé derrière moi ma femme enceinte. Je n’avais pas les moyens de l’emmener avec moi. »
Un agriculteur de la zone nord-ouest du Tigrée a déclaré : « Les gens ont peur. Cela affecte tant de vies. Qui sait, ils viendront peut-être me chercher un jour. »
Le droit de la guerre interdit le recrutement forcé par des groupes armés non étatiques, considéré comme une « atteinte à la dignité des personnes » en vertu de l’article 3 commun aux Conventions de Genève de 1949. Le recrutement ou l’utilisation d’enfants de moins de 18 ans dans des forces armées, qu’il soit forcé ou volontaire, constitue une grave violation des droits des enfants ; dans le cas d’enfants âgés de moins de 15 ans, il s’agit d’un crime de guerre. En 2014, l’Éthiopie a ratifié le Protocole facultatif à la Convention relative aux droits de l’enfant concernant l’implication d’enfants dans les conflits armés. La récente proclamation du TPLF menaçant de sanctions et de châtiments collectifs les familles de ceux qui se soustraient au service militaire ou désertent constituerait également une violation du droit international.
L’Union africaine et les autres gouvernements soutenant la trêve de 2022, y compris le Kenya, l’Afrique du Sud et les États-Unis, ainsi que l’Union européenne, devraient faire pression sur les autorités tigréennes pour qu’elles mettent fin au recrutement forcé, libèrent tous les mineurs et autres personnes recrutées de force, et annule d’urgence leur proclamation concernant le recrutement. Les observateurs internationaux, notamment ceux du mécanisme de surveillance de l’UA et du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, devraient mener des enquêtes et rendre compte publiquement des allégations de recrutement forcé et d’autres exactions, a déclaré Human Rights Watch.
« La fin des combats actifs au Tigré avait offert l’occasion de reconstruire les vies brisées et la société dans cette région, et d’œuvrer en faveur d’une véritable obligation de rendre des comptes », a déclaré Laetitia Bader. « Alors que les autorités gaspillent cette opportunité et que la possibilité d’une reprise des combats se profile, les gouvernements préoccupés devraient prendre d’urgence des mesures pour prévenir de futures atrocités. »
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Mediapart/AFP Sahel-Intelligence
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03.07.2026 à 20:08
Human Rights Watch
(Beyrouth) – L’accord-cadre entre Israël et le Liban, signé à Washington le 26 juin 2026, menace de trahir les victimes de crimes de guerre commis au Liban, ont déclaré aujourd’hui Human Rights Watch et cinq autres organisations de défense des droits humains et de la liberté de la presse. Certaines parties du texte semblent viser à empêcher les victimes de crimes internationaux graves de chercher à obtenir justice devant des instances internationales. D’autres sections de l’accord-cadre semblent accepter le déplacement forcé, de manière prolongée et indéfinie, de dizaines de milliers d’habitants de vastes zones du sud du Liban occupées par les forces israéliennes.
Cet accord-cadre a été signé après des mois d’hostilités ayant causé d’immenses souffrances aux civils libanais, notamment lors de crimes de guerre, de violations du droit international humanitaire et de graves atteintes aux droits humains. Cependant, la clause 13 de l’accord stipule que les gouvernements israélien et libanais s’engagent à mettre fin à « toutes les actions hostiles ou préjudiciables devant des instances politiques ou juridiques internationales ».
Dans la mesure où cet accord serait interprété comme empêchant le Liban et Israël de saisir des tribunaux internationaux, notamment la Cour pénale internationale (CPI) et la Cour internationale de justice (CIJ), il bafouerait l’obligation juridique internationale qui incombe à ces deux pays de veiller à ce que les auteurs de crimes internationaux graves commis sur leurs territoires répondent de leurs actes. L’accord ne semble pas obliger Israël à mettre fin à toute initiative menée à l’encontre du Hezbollah, devant des instances internationales.
En outre, la clause 3 de l’accord-cadre viole le droit international et l’interdiction des déplacements forcés, en fixant des conditions pour le retour des résidents vers certaines zones situées le long de la frontière, actuellement occupées par Israël : le « désarmement effectif des groupes armés non étatiques » et le « démantèlement de leurs infrastructures ». Or, en vertu du droit international humanitaire, les personnes déplacées doivent être autorisées à rentrer chez elles dès que les hostilités ont pris fin, ou que les raisons de leur déplacement ont cessé d’exister.
« À maintes reprises, nous avons vu des civil-e-s au Liban payer le prix de cycles successifs de conflits, ainsi que de violations graves et de crimes au regard du droit international, sans que personne n’ait à rendre de comptes », a déclaré Agnès Callamard, Secrétaire générale d’Amnesty International. « Les victimes de crimes de guerre et de violations des droits humains méritent d’obtenir justice. Un accord qui ne s’appuie pas en priorité sur leurs droits à la justice, l’obligation de rendre des comptes et les réparations vacillera sous le poids de l’impunité qu’il engendre. Ces dernières années l’ont clairement démontré : l’impunité généralisée a un coût pour nous tous. Les États qui prétendent respecter l’ordre juridique international doivent le dire haut et fort : la justice, les réparations et le respect du droit international au Liban et dans le monde ne sont pas négociables. »
Depuis 2023, Amnesty International, Human Rights Watch, Legal Agenda, le Centre libanais pour les droits de l’homme (CLDH), l’Union des journalistes du Liban (UJL) et d’autres organisations de défense des droits humains ont documenté les violations répétées du droit de la guerre, ainsi que des crimes de guerre présumés commis par l’armée israélienne au Liban. Parmi ces violations figurent des attaques apparemment directes contre des civils et des biens civils, des attaques indiscriminées et d’autres attaques illégales ayant tué des membres du personnel médical, des journalistes et des familles entières ; ainsi que l’utilisation illégale de phosphore blanc, qui provoque d’horribles brûlures, au-dessus de zones résidentielles.
Un récent rapport d’Amnesty International a établi que l’armée israélienne a déplacé de force des dizaines de milliers de civils libanais, commettant ainsi le crime de guerre que constitue le transfert illégal d’habitants, tout en poursuivant la destruction à grande échelle de biens et d’infrastructures civiles qu’elle avait entamée en 2024 dans le sud du Liban. Amnesty International et Human Rights Watch ont également documenté des tirs de roquettes non guidées menés par le Hezbollah contre le nord d’Israël, qui ont illégalement tué et blessé des civils.
Amnesty International, Human Rights Watch, Reporters sans frontières, Legal Agenda, le CLDH et d’autres organisations libanaises et internationales de défense des droits humains et de la liberté des médias ont appelé à plusieurs reprises à l’ouverture d’enquêtes, à reddition de comptes et à l’octroi de réparations pour les violations du droit international commises au cours des hostilités toujours en cours. En février 2026, dans une lettre ouverte conjointement adressée au vice-Premier ministre et au ministre de la Justice du Liban, ces organisations ont souligné la nécessité urgente pour le gouvernement libanais de prendre des mesures décisives afin de garantir que justice soit faite, que les responsables rendent des comptes et que les victimes de violations graves du droit international humanitaire commises au Liban obtiennent réparation, y compris par le biais de poursuites devant des instances juridiques internationales.
« Il est impératif que le Liban accorde sans délai à la CPI la compétence nécessaire pour enquêter sur ces crimes et engager des poursuites », a déclaré Wadih Al Asmar, président du CLDH. « Tout retard revient à tolérer l’impunité, et à infliger une injustice supplémentaire aux victimes. »
Les organisations ont appelé les autorités libanaises à adhérer au Statut de Rome de la CPI et à déposer auprès de la Cour une déclaration reconnaissant sa compétence en vertu de l’article 12 (paragraphe 3) du Statut de Rome, afin d’enquêter sur les crimes relevant du droit international commis sur le territoire libanais depuis au moins octobre 2023, et d’engager des poursuites. Les organisations ont aussi appelé les autorités à soutenir la mise en place rapide d’enquêtes judiciaires nationales approfondies, indépendantes et impartiales sur les crimes de guerre commis sur le territoire libanais. Le Parlement libanais devrait mettre en place un cadre juridique pour ces efforts en adoptant, sans délai, une loi érigeant en infractions pénales les crimes de guerre et autres actes constituant des crimes au regard du droit international, conformément aux normes internationales.
En mars, les hostilités se sont à nouveau intensifiées, tout comme les violations graves du droit international. Une équipe d’évaluation (« assessment team ») du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) est déjà déployée au Liban, où elle documente, à la demande des autorités libanaises, les violations du droit international humanitaire ainsi que les violations et exactions des droits humains commises depuis le 2 mars.
Selon les modalités élaborées par le HCDH et approuvées par les autorités libanaises, l’équipe des Nations Unies devrait « examiner les options disponibles en matière d’obligation de rendre des comptes » et « documenter, préserver et sécuriser l’ensemble des informations recueillies, en vue d’optimiser leur utilisation lors de futurs processus de reddition de comptes ».
Les victimes de violations graves du droit international, ainsi que les membres de leurs familles et autres proches, ont réclamé que justice soit faite.
« Non seulement cet accord risque de renforcer encore l’impunité, mais il comprend une clause qui indique que l’opportunisme politique l’emporte sur les droits fondamentaux des personnes ayant subi des violations atroces », a déclaré Lama Fakih, directrice de la division Programmes à Human Rights Watch. « Cet accord risque de priver les victimes de justice, alors même que de nombreuses preuves montre que des attaques israéliennes illégales répétées causent des dommages considérables à la population civile, et des destructions à grande échelle. »
Depuis le 8 octobre 2023, plus de 8 700 personnes, dont au moins 569 enfants et 357 professionnels de santé, ont été tuées au Liban, selon le ministère libanais de la Santé. À plusieurs reprises, les forces israéliennes ont également pris pour cible et tué des journalistes identifiables qui couvraient la guerre, selon Reporters sans frontières. Les attaques du Hezbollah ont tué au moins 32 civils depuis octobre 2023, selon les médias israéliens.
Des centaines de milliers de personnes restent déplacées au Liban à la suite des ordres d’évacuation émis par l’armée israélienne ; celle-ci a aussi occupé près de 600 kilomètres carrés de la zone frontalière du sud du Liban, interdisant aux habitants de nombreux villages d’y retourner.
Si l’accord note qu’Israël et le Liban reconnaissent tous deux l’importance du « retour en toute sécurité de la population civile [du sud du Liban] », il consent en réalité au déplacement prolongé et indéfini de dizaines de milliers d’habitants de cette région, en subordonnant leur retour, ainsi que la reconstruction, à des conditions en attente de « confirmation ». L’accord ne fait aucune mention de justice ni de réparation pour les victimes de violations graves du droit international humanitaire, comme les habitants libanais ayant subi un transfert illégal, et ceux dont les habitations et les terres agricoles ont été illégalement détruites.
« Le gouvernement libanais a concédé un droit qui ne lui appartient pas : le droit des victimes de poursuivre les auteurs de violations, et de leur demander des comptes », a déclaré Elsy Moufarrej, présidente de l’Union des journalistes du Liban. « C’est le droit des personnes qui ont perdu des êtres chers, ou dont les maisons et les souvenirs ont été détruits. C’est le droit des personnes qui ont accompli leur devoir malgré les dangers, comme les journalistes et les secouristes. »
Les gouvernements libanais et israélien ne devraient pas mettre en œuvre cet accord d’une manière qui bafouerait les droits des victimes et des survivants, et devraient clairement reconnaître que ce texte, y compris ses clauses 3 et 13, ne prévaut pas sur leurs obligations juridiques internationales, ont déclaré ces organisations.
Les autres gouvernements, y compris ceux qui ont précédemment soutenu l’obligation de rendre des comptes pour les crimes relevant du droit international commis au Liban, devraient préciser que leur soutien à un règlement politique ne s’étend pas aux dispositions qui excluent toute possibilité de justice, de réparations et de retour des personnes déplacées, ont ajouté les organisations.
« L’obligation de rendre des comptes pour des violations, ainsi que le respect du droit international, ne sont pas des monnaies d’échange », a déclaré Ghida Frangieh, responsable de litiges auprès de Legal Agenda. « Ce sont des obligations juridiques. Le droit international est clair : les États ne peuvent pas renoncer à leur obligation d’enquêter sur les crimes les plus graves qui préoccupent la communauté internationale, en vue de poursuites, ni négocier une annulation de cette obligation. Les États ne peuvent pas non plus supprimer les droits individuels à la vérité, à la justice et à la réparation. »
Elle a ajouté : « Les autorités libanaises devraient prendre d’urgence des mesures concrètes pour respecter leurs obligations en vertu du droit international, en explorant toutes les voies possibles pour garantir l’obligation de rendre des comptes, notamment en reconnaissant la compétence de la CPI et en soutenant la quête de réparations pour les violations du droit international. Les autorités devraient également défendre le droit des personnes déplacées à retourner chez elles. Il ne peut y avoir de paix sans justice. »
Organisations signataires :
Amnesty InternationalHuman Rights WatchCentre libanais pour les droits de l'homme (CLDH)Legal AgendaReporters sans frontières (RSF)Union des journalistes du Liban (UJL)……………………
02.07.2026 à 17:20
Human Rights Watch
Le 18 juin, le Niger a notifié au Secrétaire général des Nations Unies sa décision de se retirer du Statut de Rome de la Cour pénale internationale (CPI). Il a été suivi le 24 juin par le Burkina Faso et le Mali. Ces retraits prendront effet d’ici un an.
Dans leurs notifications adressées à l’ONU, les trois juntes militaires ont invoqué des motifs similaires pour justifier leur retrait. Le Niger a accusé la Cour de « détournement d’objectif » et d’instrumentalisation », tandis que le Burkina Faso a affirmé qu’elle « devenait un outil sélectif et politisé ». Toutefois, les trois gouvernements n’ont pas fait mention de la condamnation internationale croissante dont ils font l’objet en raison des atrocités commises par leurs propres forces de sécurité et de leur répression généralisée des droits humains.
En janvier 2025, ces trois pays ont quitté la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), privant ainsi les victimes de graves violations de leurs droits de toute possibilité de recours devant la Cour régionale d’Afrique de l’Ouest.
Depuis leur arrivée au pouvoir entre 2020 et 2023, les forces armées de ces trois pays sont engagées dans des conflits armés particulièrement violents contre des groupes islamistes armés responsables d’abus. Au cours d’opérations de contre-insurrection, les forces gouvernementales, aidées par des milices alliées et des combattants étrangers, ont commis plusieurs massacres de civils, procédé à des détentions arbitraires et provoqué le déplacement forcé et illégal de milliers de personnes, en violation du droit de la guerre. Les autorités de chacun de ces pays ont également mené des campagnes de répression contre l’opposition politique, les médias et la dissidence.
La CPI mène des enquêtes au Mali depuis 2013, et a prononcé deux condamnations ainsi que des ordonnances de réparation en faveur des victimes. En vertu du Statut de Rome, un État membre de la CPI reste lié par toutes les obligations contractées pendant la période où il était membre.
Les notifications de retrait peuvent être annulées, comme l’ont fait la Gambie et, plus récemment, la Hongrie. La présidence de l’Assemblée des États parties à la CPI a dit regretter les décisions du Burkina Faso, du Mali et du Niger. Elle a appelé ces trois pays « à demeurer des États parties engagés au Statut de Rome » et les a invités à « des échanges constructifs » sur la question.
L’Union africaine et tous les États membres de la CPI devraient, en public comme en privé, exhorter le Burkina Faso, le Mali et le Niger à continuer de participer à la lutte menée par la communauté internationale contre l’impunité et à revenir sur leur décision de se retirer de la CPI.
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