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Humans Right Watch enquête sur les violations des droits humains commises à travers le monde

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07.10.2026 à 11:00

Salvador : Les procès collectifs sont une parodie de justice

Human Rights Watch

Click to expand Image Quatre ans après l’imposition de l'état d'urgence au Salvador le 27 mars 2022, des manifestants se sont rassemblés à San Salvador le 24 mars 2026, pour protester contre les dérives liées à cette mesure. Message sur la pancarte : « Nous exigeons une procédure régulière pour les innocents. Non à l'injustice ». © 2026 AFP via Getty Images

(Washington) – Depuis début 2026, les tribunaux salvadoriens ont commencé à condamner des personnes lors de procès collectifs visant des centaines d’accusés à la fois, en s’appuyant sur des preuves peu solides et sans leur donner de véritable possibilité de se défendre, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. 

Depuis des mois, les tribunaux salvadoriens organisent des procès collectifs à l’encontre de personnes détenues dans le cadre de l’état d’urgence, en vigueur depuis plus de quatre ans. De nombreuses personnes ont été condamnées pour « association illicite » (« agrupaciones ilícitas », un délit vaguement défini), sur la base de preuves peu solides, dans le cadre de procédures à huis clos dont les dossiers sont conservés sous scellés judiciaires. Les avocats représentant les accusés affirment n’avoir eu aucune possibilité réelle de contester les preuves, ou de préparer une défense adéquate. Les procureurs et les juges impliqués ne jouissent que d’une indépendance très limitée, voire inexistante, vis-à-vis du pouvoir exécutif.

« Les procès collectifs au Salvador sont une parodie de justice », a déclaré Juanita Goebertus, directrice de la division Amériques à Human Rights Watch. « Ces audiences sont conçues pour aboutir à des verdicts de culpabilité, et non pour examiner les preuves dans le respect des garanties procédurales. Le résultat n’est pas la reconnaissance de la responsabilité vis-à-vis des victimes de la violence des gangs, mais simplement la validation sans discussion de l’incarcération massive perpétrée au cours de ces quatre années d’état d’urgence. »

Human Rights Watch a mené des entretiens avec 15 avocats de la défense privés représentant des personnes détenues pendant l’état d’urgence et a examiné quatre actes d’accusation concernant plus de 600 prévenus ainsi qu’une décision judiciaire condamnant plus de 120 personnes. Les chercheurs ont également interrogé des membres d’organisations de la société civile ayant une connaissance directe des procédures et, dans le cadre d’une publication antérieure, plusieurs policiers dont les descriptions des enquêtes correspondaient globalement à celles des avocats de la défense. Human Rights Watch a également examiné des publications du gouvernement salvadorien ainsi que des médias salvadoriens et internationaux décrivant ces procès de masse.

Human Rights Watch a également sollicité des informations auprès de la Cour suprême salvadorienne et du bureau du Procureur général concernant les procédures pénales engagées à l’encontre des personnes détenues dans le cadre de l’état d’urgence, notamment le nombre total de condamnations et le nombre de personnes en détention provisoire. Le bureau du Procureur général a répondu que les dossiers demandés « n’ont pas été retrouvés ». La Cour suprême n’a pas répondu au courrier de Human Rights Watch, à ce jour.

Depuis le 27 mars 2022, un état d’urgence est en vigueur au Salvador ; cette mesure, présentée comme un outil nécessaire pour lutter contre la violence des gangs, et prolongée en mars 2026, suspend certains droits à une procédure régulière. Les forces de sécurité ont arrêté plus de 93 000 personnes, dont plus de 3 000 mineurs. Human Rights Watch a recensé des abus généralisés, notamment des détentions arbitraires, des disparitions forcées, des actes de torture et d’autres formes de mauvais traitements en détention, ainsi que de graves violations des garanties procédurales. De nombreuses personnes n’ayant aucun lien avec les activités des gangs ont été placées en détention.

Les avocats ont déclaré qu’on les empêchait systématiquement de mener une défense adéquate. Ils ont indiqué que les juges leur refusaient l’accès aux dossiers, prétextant que les affaires étaient « sous scellés ». Ils ont également signalé qu’ils ne pouvaient pas s’entretenir en privé avec leurs clients. Certains avocats ont par ailleurs affirmé que les procureurs avaient menacé d’engager des poursuites pénales contre des témoins proposés par la défense. 

Les avocats de la défense ont déclaré que les procédures judiciaires se déroulaient à un rythme si effréné qu’il était pratiquement impossible de respecter les garanties procédurales. « C’est macabre », a déclaré un avocat. « Ils ont besoin que la machine tourne comme une horloge. » Ils ont expliqué ne disposer que de quelques minutes lors des audiences pour présenter leur défense : environ 10 minutes lors de l’audience préliminaire et à peine 15 minutes lors de l’audience de détermination de la peine. Les avocats commis d’office, ont-ils précisé, ne disposaient que de quelques minutes pour représenter des dizaines, voire, dans certains cas, des centaines d’accusés à la fois.

Les avocats interrogés ont déclaré que les procureurs s’appuyaient systématiquement sur les rapports de police pour obtenir des condamnations. Des policiers avaient précédemment déclaré à Human Rights Watch que de nombreux rapports de police reposaient sur des preuves fabriquées de toutes pièces ou non corroborées, telles que des appels anonymes, et que la police subissait des pressions pour les produire afin de respecter un quota d’arrestations.

Les procureurs s’appuient également sur les témoignages anonymes de témoins ayant conclu des accords de plaidoyer. Ces témoins témoignent derrière des écrans ou des cloisons en bois, la voix déformée. « On ne les voit pas », a expliqué un avocat. « Ils sont dissimulés dans une petite cabine ; on ne voit qu’une planche de bois. La voix est déformée. Seuls le juge, le greffier et le procureur y ont accès. »

« Nous avons présenté des témoins, des membres de la famille, des voisins, qui auraient pu attester qu’il n’était pas membre d’un gang », a déclaré une avocate à propos de la défense d’un jeune homme détenu depuis plus de quatre ans, accusé d’être un « collaborateur de gang ». « Ils sont intimidés par le parquet, qui a menacé de les placer en détention. » 

Les procès se sont déroulés devant les tribunaux chargés de lutter contre le crime organisé, dont les effectifs ont été constitués par la Cour suprême selon un processus ad hoc et opaque. L’identité de ces juges n’a pas été révélée, même aux avocats participant aux procédures. Un avocat a rapporté qu’un juge avait ouvert une audience collective en déclarant : « Nous sommes ici pour condamner tous les membres du MS-13. »

On estime que près de 120 000 personnes sont actuellement incarcérées au Salvador. Cela représente environ 2 % de la population, soit l’un des taux d’incarcération les plus élevés au monde. Les détenus salvadoriens sont confrontés depuis longtemps à la surpopulation carcérale, à des actes de violence, ainsi qu’ à un accès insuffisant à la nourriture, à l’eau et aux soins médicaux. L’état d’urgence a considérablement aggravé ces conditions de détention déjà désastreuses en triplant la population carcérale, la portant à plus du double de la capacité du système. Au moins 513 personnes sont décédées en détention pendant l’état d’urgence, selon Cristosal, une organisation de défense des droits humains. Plus de 90 % des personnes incarcérées sont en détention provisoire depuis des années dans l’attente de leur procès, en partie à cause des récentes réformes juridiques qui ont allongé la durée de la détention provisoire.

Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et la Convention américaine relative aux droits de l’homme, auxquels le Salvador est un État partie, garantissent à toute personne accusée d’un crime le droit d’être informée sans délai et de manière détaillée des charges retenues contre elle, de disposer du temps et des moyens nécessaires pour préparer sa défense, ainsi que d’interroger les témoins à charge et de présenter ses propres témoins dans des conditions d’égalité. 

Les autorités salvadoriennes devraient veiller à ce que les procédures respectent les normes d’un procès équitable, évaluer avec soin les preuves et les chefs d’accusation retenus contre chaque individu, mettre fin au recours excessif à la détention provisoire et au secret de l’instruction, et rendre publiques les modalités de nomination des tribunaux spécialisés.

Le gouvernement salvadorien devrait également mettre en place un mécanisme indépendant et transparent chargé d’examiner les dossiers des personnes détenues pendant l’état d’urgence et d’identifier celles qui ont été placées en détention sans preuves crédibles suffisantes, lesquelles devraient être libérées sans délai par les autorités. Ce mécanisme devrait accorder la priorité à l’examen des dossiers des mineurs, des personnes en situation de handicap, des femmes enceintes et des personnes souffrant de problèmes de santé graves.

« Le gouvernement salvadorien a mis en place un système conçu pour condamner des centaines de personnes d’un seul coup, sans toutefois intégrer un mécanisme permettant de distinguer les innocents des coupables », a conclu Juanita Goebertus. 

Suite détaillée en ligne en anglais.

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06.10.2026 à 08:00

Yémen : Les Houthis poursuivent en justice des employés de l’ONU et des membres de la société civile

Human Rights Watch

Click to expand Image Des véhicules des Nations Unies transportaient des employés de l’ONU vers le site d’une réunion avec des responsables du Comité de supervision du Yémen dans la province d'Al-Hodeïda, au Yémen, le 17 mai 2023.  © 2023 Mohammed Hamoud/Getty Images

(Beyrouth, 6 octobre 2026) – Depuis le 18 août 2026, les autorités houthies de facto au Yémen ont engagé des poursuites judiciaires contre au moins huit personnes travaillant dans les domaines des droits humains et de l’action humanitaire, ont déclaré aujourd’hui Amnesty International et Human Rights Watch ; ces personnes sont visées par des chefs d’accusation liés à l’espionnage et passibles de la peine de mort. Les huit accusés sont deux employés des Nations Unies, un consultant de l’ONU et cinq personnes qui travaillaient avec des organisations internationales et locales de la société civile sur divers sujets, notamment la santé, les droits humains et l’aide humanitaire. 

Les Houthis devraient immédiatement mettre fin à ces poursuites et libérer sans condition les huit personnes dont les dossiers ont été transmis au parquet, ainsi que les dizaines d’autres membres du personnel de l’ONU et acteurs de la société civile que les Houthis ont arrêtés arbitrairement au cours des deux dernières années. 

Ces poursuites constituent la dernière escalade en date de la répression menée par les autorités houthies contre la société civile dans la partie du Yémen qu’elles contrôlent, avec des vagues successives d’arrestations de Yéménites depuis le 31 mai 2024, visant notamment le personnel de l’ONU et des membres de la société civile. Les Houthis ont arbitrairement détenu plus de 100 employés et autres personnes, les maintenant en détention sans inculpation et leur refusant l’accès à un avocat et à leur famille. 

Plusieurs cas de détention ont débuté en tant que disparitions forcées. Une disparition forcée a lieu lorsqu’une personne est privée de liberté et que sa détention est niée ou que sa situation ou le lieu où elle se trouve sont dissimulés, la plaçant ainsi hors de la protection de la loi. 

« Alors que les combats s’intensifient à nouveau au Yémen, les Houthis ont pris la décision malveillante de poursuivre au moins huit membres du personnel des Nations Unies et de la société civile pour des chefs d’accusation qui pourraient, en cas de condamnation, entraîner la peine de mort », a déclaré Diala Haidar, spécialiste du Yémen à Amnesty International. « Exiger la libération immédiate de collaborateurs des Nations Unies et de membres de la société civile au Yémen devrait être une priorité absolue pour les gouvernements, et non une considération secondaire. » 

Human Rights Watch et Amnesty International ont mené des entretiens avec sept personnes ayant une connaissance directe de ces affaires, notamment des proches des personnes détenues.

Les huit personnes transférées en vue de leur jugement sont toujours en détention et leur état de santé se détériore ; parmi elles, au moins deux souffrent de diabète et n’ont pas pu bénéficier de soins médicaux adéquats, et une autre présente un risque de glaucome. L’une d’entre elles est atteinte d’un cancer de l’estomac et suit une chimiothérapie depuis sa mise en détention. 

Certains proches ont déclaré que les détenus leur avaient confié avoir été contraints d’avouer des faits d’espionnage sous la torture, ou sous la menace de la torture. 

Depuis 2015, Amnesty International a recensé des dizaines de cas dans lesquels les autorités houthies ont utilisé des accusations d’espionnage pour cibler des opposants politiques et faire taire la dissidence pacifique. Human Rights Watch et Amnesty International ont documenté le recours à la torture par les Houthis pour obtenir des aveux. 

« Il est aberrant que des détenus risquent la peine de mort simplement pour avoir fourni une aide médicale et alimentaire, ou pour avoir promu les droits humains, la paix et le dialogue », a déclaré Niku Jafarnia, chercheuse sur le Yémen et Bahreïn à Human Rights Watch. « Les autres gouvernements devraient d’urgence intensifier leurs efforts diplomatiques pour obtenir la libération des dizaines de membres de la société civile yéménite et de membres du personnel des Nations Unies détenus arbitrairement, surtout compte tenu des attaques subies par des prisons pendant le conflit. »

Le fait d’imposer la peine de mort à l’issue de procédures inéquitables rend son application arbitraire et contraire aux normes juridiques internationales, ont déclaré les deux organisations. De plus, en vertu du droit international des droits humains, seuls les « crimes les plus graves » peuvent légitimement donner lieu à la peine de mort, celle-ci étant interprétée comme se limitant à l’homicide volontaire. Aucune des personnes faisant l’objet de poursuites n’a été accusée de tels actes. Amnesty International et Human Rights Watch s’opposent sans réserve à la peine de mort, dans tous les cas et en toutes circonstances.

Les huit personnes transférées au Parquet pénal spécialisé de Sanaa, la capitale du Yémen, sont poursuivies pour « espionnage » et « aide à l’ennemi » (selon les articles 127 et 128 du Code pénal yéménite), deux chefs d’accusation passibles de la peine de mort. Le Parquet pénal spécialisé a également formulé des accusations vagues et excessivement générales concernant le travail humanitaire et de défense des droits humains des détenus, alléguant que ceux-ci avaient des « objectifs cachés et malveillants » s’inscrivant dans un plan prémédité visant à « détruire les valeurs de la société ». 

Le tribunal pénal spécialisé de Sanaa, créé en 1999, est compétent pour juger divers crimes et délits liés à la sécurité et considérés comme préjudiciables à la sécurité de l’État et à l’intérêt public. À mesure que les Houthis ont consolidé leur contrôle sur les territoires, ils ont également renforcé leur emprise sur le pouvoir judiciaire, et ce tribunal a été utilisé comme un instrument de répression politique. 

Les huit détenus se sont vu refuser un accès adéquat à leurs avocats. 

Sami Kallabi, 41 ans, qui travaillait pour l’ONU au moment de son arrestation le 6 juin 2024, est atteint d’un cancer et suit une chimiothérapie dans un hôpital militaire. Malgré son état de santé critique, il s’est vu refuser les visites de sa famille et les autorités houthies refusent de révéler où il est détenu.

Labib Shayef, 57 ans, est un consultant également arrêté le 6 juin 2024 dans son bureau à Sanaa. Depuis lors, il n’a été autorisé à recevoir qu’une seule visite de sa famille, en août 2025. Son état de santé s’est gravement détérioré en détention. Il souffre de diabète et a contracté l’hépatite B pendant sa détention, mais n’a pas bénéficié d’un accès adéquat aux soins de santé.

Les procureurs ont interrogé Labib Shayef sur son travail au sein d’organisations locales et internationales, notamment dans le cadre de programmes liés au genre et à la paix. 

Au moment de son arrestation, le Dr Ali Al-Mudhwahi était consultant pour le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) et conseiller auprès du ministère de la Santé publique et de la Population des Houthis, a déclaré son épouse, Safiah Mohammed, à Human Rights Watch. Les autorités l’ont soumis à « l’isolement cellulaire, à la torture et à de fortes pressions psychologiques » tout au long de sa détention, lui a-t-il confié par téléphone, a ajouté son épouse.

Les Houthis, qui s’opposent à la vaccination, ont tenté de forcer le Dr Ali Al-Mudhwahi à déclarer que les vaccins ne sont « rien d’autre que des outils d’espionnage » et qu’il est « un espion recruté par l’Organisation mondiale de la santé », a indiqué son épouse. 

À partir du 31 mai 2024, les Houthis ont mené une série de raids dans les zones sous leur contrôle, arrêtant arbitrairement 13 membres du personnel de l’ONU et au moins 50 membres du personnel d’organisations de la société civile yéménites et internationales. Depuis lors, les Houthis ont arbitrairement arrêté des dizaines d’autres membres du personnel de l’ONU et de la société civile. À la date du 5 octobre 2026, au moins 72 membres du personnel de l’ONU, ainsi que des dizaines de travailleurs humanitaires et de la société civile, tous de nationalité yéménite, étaient toujours détenus par les Houthis.

Le 11 février 2025, un travailleur humanitaire du Programme alimentaire mondial est décédé alors qu’il était détenu par les Houthis. Son décès renforce les craintes pour la sécurité et le bien-être des autres personnes détenues arbitrairement dans les centres de détention gérés par les Houthis, compte tenu des antécédents de ces derniers en matière de torture et d’autres mauvais traitements infligés aux détenus. 

De nombreux détenus ont été arrêtés sans qu’on leur présente de mandat d’arrêt et ont été victimes de disparitions forcées pendant des mois, avant que leur détention ne soit reconnue et que l’on ne sache où ils se trouvaient. Si certains ont reçu des soins médicaux, ce n’est pas le cas de nombreux autres, y compris des personnes souffrant de pathologies graves. 

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06.10.2026 à 06:00

Tunisie : Les pénuries d'électricité et d'eau menacent les droits

Human Rights Watch

Click to expand Image Des véhicules circulaient dans une rue plongée dans l'obscurité lors d'une coupure de courant à Ariana, en Tunisie, dans la nuit du 14 juillet 2026. © 2026 Chedly Ben Ibrahim/NurPhoto via AP Photo

(Beyrouth) – Les autorités tunisiennes ont échoué à garantir un approvisionnement adéquat en électricité et en eau durant deux mois de chaleur estivale extrême, compromettant ainsi le droit à la santé et mettant des vies en danger, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. Le président Kais Saied a attribué ces pénuries à des actes de sabotage. Toutefois, les autorités n'ont fourni aucune information transparente, et ont au contraire réprimé des manifestants. 

Le délestage électrique a privé les stations de pompage d'eau et les hôpitaux d'électricité, et les foyers d'eau courante, interrompant des interventions médicales critiques et contribuant à une pénurie nationale d'eau potable. Des médecins et des organisations de défense des droits humains ont signalé une augmentation des hospitalisations et des décès liés à la canicule, exacerbée par ces coupures, notamment parmi les personnes détenues. 

« Les Tunisiens ont été plongés dans l’obscurité lors de l’un des étés les plus chauds jamais enregistrés et ont été confrontés à des pénuries d’eau, car le gouvernement du président Saied a échoué à garantir un accès adéquat à l’électricité pour des millions de personnes, mettant ainsi des vies en danger », a déclaré Bassam Khawaja, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Au lieu d’invoquer des actes de sabotage, les autorités devraient s’attaquer aux causes profondes de cette défaillance et veiller à ce que chacun, y compris les détenus, ait accès à l’eau, à l’électricité ainsi qu’à d’autres moyens de fraîcheur. » 

En juillet 2026, le deuxième mois de juillet le plus chaud depuis 1950, la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG) aurait imposé des coupures d’électricité tournantes en raison d’une capacité insuffisante. Ces coupures se concentraient entre 13 heures et 17 heures, période où l’utilisation de la climatisation faisait grimper la demande. Selon des données participatives, les coupures ont duré jusqu’à 12 heures dans certains cas extrêmes. Fin août, une seconde vague a entraîné des coupures pouvant aller jusqu’à deux heures consécutives dans toutes les régions.

Les autorités tunisiennes n’ont pas publié d’informations transparentes sur l’impact de ces coupures. Le 22 juillet, l’Organisation tunisienne des jeunes médecins a estimé qu’entre 150 et 200 personnes étaient décédées au cours des jours précédents, soit d’un coup de chaleur, soit d’une panne d’équipement médical chez des patients dépendants d’appareils électriques. Le 28 août, l’organisation a signalé que les services d’urgence avaient connu une hausse « inédite » du nombre des décès et des hospitalisations liés aux coups de chaleur et aux températures élevées, y compris des décès parmi les détenus. Des médias locaux ont fait état de cinq décès survenus après l’arrêt du fonctionnement de respirateurs au domicile des victimes. 

Le 23 juillet, quatre parlementaires ont écrit au ministre de la Santé au sujet des patients sous oxygénothérapie à domicile. Le ministère de la Santé a fait état, le 29 août, de 633 cas médicaux liés à la vague de chaleur dans les hôpitaux publics, mais n'a fait aucune mention de décès liés à cette situation. Le ministère a également nié toute perturbation des services de santé.

Un médecin exerçant dans l'un des plus grands hôpitaux de Tunis a déclaré à Human Rights Watch qu'en raison de la capacité limitée des groupes électrogènes, les coupures de courant privaient d'électricité la majeure partie de l'établissement. Le groupe électrogène de secours ne desservait que les unités de soins intensifs et les blocs opératoires, a précisé le médecin, tandis que le reste du bâtiment, notamment le service des urgences, ne disposait ni d'alimentation de secours ni de plan d’urgence. Comme les admissions hospitalières reposaient sur des dossiers médicaux informatisés, le personnel ne pouvait pas enregistrer les patients arrivant pendant une coupure, même ceux dont le pronostic vital était engagé. 

Lors d'une coupure, des médecins d’une unité néonatale ont ventilé manuellement les nouveau-nés. Les coupures ont également affecté le rétablissement de patients en soins postopératoires, privés de ventilation ou de climatisation, a déclaré le médecin.

Les coupures de courant ont également perturbé l'approvisionnement en eau. En raison des coupures ayant perturbé le fonctionnement des stations de pompage, l'approvisionnement en eau potable est devenu intermittent dans de nombreuses régions de Tunisie. L'Observatoire tunisien de l'eau a recensé 361 interruptions de la distribution d'eau potable au mois d'août, contribuant à une pénurie d'eau en bouteille dans un pays où une grande partie de la population en dépend comme principale source de boisson. Bien que l'Instance nationale de sécurité sanitaire des produits alimentaires ait affirmé que l'eau du robinet était sans danger, la confiance du public reste faible, alimentée par des signalements d'eau trouble ou jaunie ainsi que par des altérations du goût et de l'odeur. 

Les coupures d'eau et d'électricité ont touché les prisons et les centres de détention. Le 28 août, cinq détenus de la prison de Mornaguia seraient décédés en une seule journée. La Ligue tunisienne pour la défense des droits de l'homme a recensé 20 décès dans les prisons et les centres de détention, dans des conditions aggravées par une chaleur extrême et des coupures d'eau et d'électricité.

Le Secrétaire général de la Fédération générale de l'électricité et du gaz a déclaré que la STEG avait alerté son ministère de tutelle, dès 2024, sur les risques de déficit énergétique et sur la nécessité de renforcer les capacités de production. Un rapport de 2026 de l'Observatoire tunisien de l'économie a révélé que les investissements de la STEG dans la production d'électricité avaient chuté de 87 % en l'espace de cinq ans. 

Les autorités tunisiennes n'ont fourni aucune preuve de sabotage. Fin juillet, différents parquets ont ouvert des enquêtes visant des cadres et des employés de la STEG. Le 26 août, le président Saied a déclaré que les coupures survenues dans plusieurs régions n'étaient pas des « pannes ordinaires », mais plutôt des « actes de sabotage délibérément planifiés » visant à attiser les tensions, à propager mensonges et rumeurs et à priver les citoyens de leur droit d'accès aux services. Il n'a toutefois fourni aucune précision supplémentaire. 

La crise de l'électricité était prévisible et les autorités tunisiennes avaient l'obligation de s'y préparer, notamment en veillant à ce que les services essentiels tels que l'approvisionnement en eau et les soins de santé ne soient pas affectés, a déclaré Human Rights Watch. La mauvaise gestion du gouvernement et son absence de mesures préventives ont aggravé la situation. 

Les manifestations liées aux pénuries d'eau et d'électricité se sont multipliées. L'Observatoire social tunisien du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux a recensé 1 101 actions de protestation en juillet et 1 093 en août à travers les 24 gouvernorats du pays. Il s'agit des chiffres les plus élevés enregistrés pour ces mois depuis plusieurs années. 

À la suite d'une manifestation organisée le 13 août à Borj Erras pour dénoncer le manque d'eau, les autorités ont arrêté 12 personnes, dont 9 mineurs, sur des soupçons de complot contre la sûreté de l'État, avant de les relâcher le lendemain. 

Le 20 août, le mouvement citoyen Nafas a organisé une manifestation à Tunis sous le slogan « Ni eau, ni électricité, ni liberté ». Le lendemain, les autorités ont arrêté Seifeddine Arfaoui, activiste politique et membre de Nafas, à son domicile. Le 31 août, un tribunal de Tunis l'a condamné à 18 mois de prison en vertu de l'article 86 du Code des télécommunications, pour une publication Facebook évoquant les slogans scandés lors de la manifestation. 

Human Rights Watch a déjà documenté une répression menée depuis plusieurs années contre toutes les formes de dissidence en Tunisie.

L'accès à l'électricité est essentiel pour garantir d'autres droits, notamment ceux liés à la santé, au logement, à l'eau ainsi qu’à l'éducation, et devrait être reconnu comme un droit humain à part entière, selon Human Rights Watch. 

La Tunisie a l'obligation de garantir l'accès à l'électricité et à l'eau, y compris dans les prisons et les centres de détention. L'article 48 de la Constitution tunisienne impose à l'État de fournir de l'eau potable à chacun sur un pied d'égalité. Le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels garantit le droit à un niveau de vie suffisant et au meilleur état de santé physique et mentale possible. 

La Commission africaine des droits de l'homme et des peuples a établi que le fait pour un gouvernement de ne pas fournir des services de base, notamment l'eau potable et l'électricité, constitue une violation du droit à la santé garanti par la Charte africaine. En tant qu'État partie au Pacte international relatif aux droits civils et politiques ainsi qu'à la Charte africaine, la Tunisie est également tenue de respecter les droits à la liberté d'expression et de réunion pacifique. 

« Les autorités tunisiennes savaient depuis des années que le réseau électrique était inadapté, mais elles n'ont pas su anticiper la hausse de la demande ni les risques liés à un été de chaleur extrême », a conclu Bassam Khawaja. « Au lieu d’engager des poursuites contre les manifestants, le gouvernement devrait rendre des comptes publiquement sur les défaillances du réseau électrique, publier des informations transparentes, notamment le nombre de morts, et présenter un plan clair pour rétablir un approvisionnement adéquat en électricité et en eau. »

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