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Human Rights Watch News
 
Humans Right Watch enquête sur les violations des droits humains commises à travers le monde

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27.03.2026 à 20:29

La perte d’un journaliste au Burundi

Human Rights Watch

Human Rights Watch déplore le décès du journaliste burundais Jackson Bahati, mort subitement à l’âge de 55 ans le 16 mars 2026.

Click to expand Image Jackson Bahati. © Privée

Bahati était une figure incontournable du journalisme au Burundi. Écrivain et présentateur talentueux, il était guidé par une curiosité innée et un profond amour pour son pays. Tout au long de sa carrière qui s’est étendue sur plusieurs dizaines d’années, Bahati a interviewé de nombreuses victimes et témoins d’abus des droits humains avec bienveillance et compassion, leur permettant ainsi de s’exprimer et de faire entendre leurs expériences.

Bahati a travaillé pour divers médias à travers le Burundi au fil de sa carrière et était considéré comme un mentor pour les jeunes journalistes, toujours prêt à soutenir la nouvelle génération. Il était profondément dévoué envers ceux qui le considéraient comme un enseignant et souhaitait, avant tout, que des médias solides au Burundi fassent partie de son héritage.

Lorsque le Burundi a connu des bouleversements politiques et sécuritaires tumultueux en 2015, Bahati est resté dans le pays, déterminé à poursuivre son travail. Il était conscient de la situation sécuritaire difficile et parfois dangereuse pour les journalistes travaillant dans cet environnement, mais il n’a jamais laissé ces défis le décourager, ni lui ni son entourage.

En 2015, lors des violences autour de son domicile à Cibitoke, Bahati était en première ligne pour couvrir les évènements, faisant preuve d’éloquence et d’un engagement personnel profond tant pour le journalisme que pour la cause des droits humains.

Le décès de Bahati est un choc pour la communauté médiatique des Grands Lacs et pour ses collègues et partenaires à travers le monde, y compris Human Rights Watch. Nous adressons nos plus sincères condoléances à sa famille et à tous ceux qui lui étaient proches. Le Burundi a perdu un journaliste engagé, un fervent défenseur, un ami et une âme bienveillante et généreuse. Il nous manquera profondément et restera toujours dans nos mémoires.

26.03.2026 à 21:05

Conflit au Moyen-Orient : La rhétorique et les actions bafouent les lois de la guerre

Human Rights Watch

Click to expand Image Un habitant de Tyr, dans le sud du Liban, regardait des traînées blanches laissées par deux avions de combat israéliens dans le ciel au-dessus de la ville, le 24 mars 2026.  © 2026 Fabio Bucciarelli/Middle East Images/AFP via Getty Images

(New York, 26 mars 2026) – Un mois après le début des hostilités au Moyen-Orient, la régionalisation du conflit, la rapidité de son escalade et le mépris des normes internationales affiché ouvertement par tous les belligérants constituent un test critique pour l’ordre juridique international créé pour protéger les civils lors de conflits armés, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.

Les déclarations de hauts responsables des États-Unis, d’Israël et de l’Iran témoignent d’une volonté de violer les protections fondamentales du droit international humanitaire, révèlent un mépris flagrant pour la vie et les biens des civils, et montrent que les détenteurs du pouvoir dans ces pays se considèrent au-dessus de la loi. Les autres dirigeants mondiaux devraient d’urgence se mobiliser pour défendre les règles qui protègent les civils partout dans le monde, condamner fermement les violations et exiger que les responsables rendent des comptes.

« Alors que le conflit au Moyen-Orient s’est étendu et intensifié, la rhétorique dangereuse des dirigeants de tous les camps s’est aussi accentuée, avec des menaces ouvertes de commettre des crimes de guerre », a déclaré Philippe Bolopion, directeur exécutif de Human Rights Watch. « Cette combinaison explosive, qui s’ajoute au refus de longue date des dirigeants mondiaux de demander des comptes aux responsables de violations graves du droit international, menace l’ordre fondé sur des règles qui depuis longtemps cherche à protéger les civils. »

Crise au Moyen-Orient Suite aux attaques contre l’Iran du 28/02/26 >

Depuis que les États-Unis et Israël ont lancé leur offensive contre l’Iran le 28 février — et alors que l'Iran y a répondu et qu’Israël a intensifié ses attaques au Liban —, toutes les parties au conflit se sont rendues coupables de violations graves des lois de la guerre, y compris de possibles crimes de guerre. Les déclarations publiques incendiaires de responsables ont notamment inclus des menaces ouvertes de tuer des civils et de détruire des infrastructures civiles essentielles, des suggestions selon lesquelles les exactions commises par un camp justifieraient celles de l’autre, ainsi qu’un rejet du droit international et des règles d’engagement.

Rien qu’en mars, le président américain Donald Trump et le secrétaire à la Défense Pete Hegseth ont fait de nombreuses déclarations publiques témoignant d’un mépris pour le droit international humanitaire, qui rassemble les lois de la guerre.

Le 13 mars, Pete Hegseth a déclaré : « Nous ne ferons pas de quartier […] à nos ennemis [en Iran] ». Or, « ne pas faire de quartier » signifierait le refus d’épargner la vie des combattants ennemis en acceptant leur reddition, ce qui constitue un crime de guerre.

Le 21 mars, le président Trump a averti, sur les réseaux sociaux, que si l’Iran n’« ouvre pas PLEINEMENT, SANS PROFÉRER DE MENACES, le détroit d’Ormuz dans un délai de 48 HEURES », les États-Unis « frapperont et anéantiront leurs diverses CENTRALES ÉLECTRIQUES, EN COMMENÇANT PAR LA PLUS GRANDE ! » Trump a par la suite repoussé la mise à exécution de sa menace, sans toutefois la révoquer.

Les lois de la guerre protègent les infrastructures civiles ainsi que les biens indispensables à la survie de la population civile — catégorie pouvant inclure les centrales électriques, les installations pétrolières et gazières, ainsi que les usines de dessalement de l’eau ; les attaques dirigées contre ces installations pouvant constituer des crimes de guerre. Même si de telles infrastructures sont utilisées en partie à des fins militaires, une attaque serait vraisemblablement disproportionnée et, par conséquent, illégale.

La réponse de l’Iran à la déclaration de Trump a révélé une volonté de se livrer à une violation similaire. Ebrahim Zolfaqari, porte-parole du quartier général de commandement militaire iranien Khatam al-Anbiya, a réagi à la publication de Trump en avertissant que si les infrastructures iraniennes de carburant et d’énergie étaient attaquées, « alors toutes les centrales électriques, les infrastructures énergétiques et les systèmes informatiques du régime sioniste dans la région seraient frappés à grande échelle... toutes les infrastructures similaires comptant des actionnaires américains seraient totalement détruites... [et] toutes les centrales électriques situées dans les pays de la région accueillant des bases américaines deviendraient des cibles légitimes. »

Les responsables iraniens ont également prétendu que l’ensemble des entreprises, des banques et des navires commerciaux d’un pays constituaient des objectifs militaires, ce qui contrevient à la présomption, établie par les lois de la guerre, selon laquelle ces entités sont des biens civils protégés.

Les autorités iraniennes ont par ailleurs menacé de commettre de nouvelles violations des droits humains à l’encontre de leur propre population — comme elles l’ont fait à maintes reprises, notamment en janvier dernier, lorsque les forces de sécurité ont perpétré, à l’échelle nationale, des massacres de manifestants et de passants.

Le 10 mars, Ahmad-Reza Radan, le commandant des forces de police iraniennes, a déclaré sur la chaîne de télévision d’État que si des personnes descendaient dans la rue « à la solde de l’ennemi », alors « nous ne les considérerions ni comme des manifestants, ni comme quoi que ce soit d’autre ; nous les considérerions comme l’ennemi et les traiterions comme nous traitons l’ennemi. [...] Tous nos hommes sont prêts, le doigt sur la gâchette, pour sauvegarder leur révolution et soutenir leur peuple et leur pays ». Le lendemain, l’Organisation du renseignement du Corps des gardiens de la révolution islamique a publié un communiqué avertissant que toute manifestation subirait « un coup [encore] plus sévère que celui porté le 8 janvier ».

De hauts responsables israéliens et des chefs militaires de ce pays ont également tenu de nombreuses déclarations problématiques, incluant des menaces de mener des attaques illicites en Iran et au Liban. Le 3 mars, le porte-parole arabophone de l’armée israélienne a publié sur X une déclaration appelant les représentants du gouvernement iranien à quitter le Liban avant d’être pris pour cibles.

Les attaques visant des dirigeants politiques ou des responsables gouvernementaux sont interdites, à moins que le dirigeant ne soit membre des forces armées ou un civil participant directement aux hostilités. Attaquer délibérément un civil constitue une violation des lois de la guerre ainsi qu’un crime de guerre.

Les déclarations de responsables israéliens concernant le Liban indiquent également une intention de déplacer de force les résidents, de détruire des habitations civiles et de mener des frappes susceptibles de viser des civils, autant de violations des lois de la guerre.

Lors de conflits armés, de telles menaces et autres rhétoriques dangereuses ont été suivis d’actions militaires violant les lois de la guerre, avec de graves conséquences pour les civils dans toute la région.

Parmi les violations graves des lois de la guerre commises au cours du premier mois du conflit figurent les suivantes :

Une attaque menée par les États-Unis contre une école primaire à Minab, dans le sud de l’Iran, qui a tué des dizaines de civils, dont de nombreux enfants ;L’utilisation par Israël de phosphore blanc au-dessus d’habitations et le ciblage d’institutions financières au Liban ;Des attaques iraniennes contre des hôtels, des bâtiments résidentiels, des centres financiers et des aéroports dans la région du Golfe ;Des attaques iraniennes contre des navires commerciaux dans le détroit d’Ormuz ;Des attaques israéliennes et iraniennes contre des infrastructures pétrolières et gazières ; L’utilisation par l’Iran d’armes à sous-munitions — interdites par le droit international — lors d’attaques contre Israël.

Ces attaques, ainsi que les menaces d’attaques, contre les navires commerciaux dans le détroit d’Ormuz et contre les installations pétrolières et gazières en Iran et dans les États du Golfe, semblent également avoir contribué à une hausse significative des coûts énergétiques à l’échelle mondiale. Elles pourraient par ailleurs entraîner une hausse des prix des denrées alimentaires, des engrais essentiels à l’agriculture et des transports dans le monde entier, tout en causant des dommages environnementaux considérables.

Une telle situation pourrait provoquer une catastrophe économique et une insécurité alimentaire pour les civils en Iran et dans toute la région du Golfe, ainsi que pour les populations économiquement marginalisées à travers le monde. Le Programme alimentaire mondial (PAM) estime que près de 45 millions de personnes supplémentaires pourraient basculer dans une insécurité alimentaire aiguë – ou pire – si le conflit se prolongeait jusqu’au milieu de l’année et si les prix du pétrole se maintenaient au-dessus de 100 dollars le baril.

Le bilan du conflit sur les civils à ce jour, ainsi que l’ampleur des violations et des crimes de guerre potentiels, demeurent inconnus, en partie en raison de la censure exercée par les gouvernements impliqués. En Iran, le gouvernement a imposé une coupure totale et illégale d’Internet et arrêté des centaines de personnes pour leurs contacts présumés avec des médias étrangers, pour avoir filmé les sites touchés par des frappes et avoir transmis ces images aux médias.

Aux États-Unis, Donald Trump et Pete Hegseth ont attaqué les médias pour leur couverture de la situation en Iran, et le président de la Commission fédérale des communications (FCC), Brendan Carr, a accusé certains médias de publier de « fausses nouvelles » et menacé de révoquer leurs licences.

Les autorités israéliennes ont interdit la retransmission en direct de certaines vues aériennes de villes et la divulgation des lieux précis d’impact de missiles ou de roquettes ; les autorités ont placé en détention des journalistes ayant, selon elles, enfreint ces restrictions.

Les pays du Conseil de coopération du Golfe — notamment Bahreïn, les Émirats arabes unis, le Koweït, le Qatar et — ont également arrêté des personnes pour avoir prétendument publié sur les réseaux sociaux des images et des vidéos d’attaques.

Au Liban, le Hezbollah, groupe armé soutenu par l’Iran, a interdit tout tournage « en toutes circonstances » dans la banlieue sud de Beyrouth.

Face à ce mépris du droit international humanitaire et aux conséquences potentiellement considérables de ce conflit pour les civils à travers le monde, les dirigeants mondiaux — y compris les alliés des États-Unis, d’Israël et de l’Iran — devraient réaffirmer la nécessité de respecter les droits humains internationaux et le droit international humanitaire, condamner fermement les violations, exiger que les responsables rendent des comptes et veiller à ne pas se rendre complices de violations graves commises par les parties belligérantes.

L’article 1 commun aux Conventions de Genève de 1949 stipule que les États « s’engagent à respecter et à faire respecter » lesdites Conventions « en toutes circonstances ». Cette obligation contraint les parties au conflit au Moyen-Orient à respecter les Conventions et à en assurer le respect par leurs forces armées à tout moment, quelle que soit la conduite des autres parties.

Le commentaire faisant autorité du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) sur les Conventions de Genève précise que l’obligation de « faire respecter » les Conventions exige de tous les États parties qu’ils prennent des « mesures proactives » pour mettre un terme aux violations et « ramener une Partie au conflit qui s’écarte de la règle à une attitude de respect des Conventions, notamment en usant de leur influence sur cette Partie ». Cette obligation inclut le devoir de « prévenir les violations lorsqu’il existe un risque prévisible qu’elles soient commises ». Le droit international dispose également que les États doivent exercer leur influence, dans la mesure du possible, pour faire cesser les violations du droit international humanitaire.

Le conflit actuel au Moyen-Orient s’inscrit dans un contexte de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et d’actes de génocide en cours à Gaza — commis par Israël avec le soutien substantiel des États-Unis depuis le 7 octobre 2023 — ainsi que de crimes contre l’humanité perpétrés par l’Iran à l’encontre de sa propre population. L’impunité dont jouissent les auteurs, de même que le manquement des États à appliquer systématiquement le droit international humanitaire ailleurs — notamment au Soudan et en Ukraine — ont contribué au dangereux mépris, observé aujourd’hui, des règles conçues pour protéger les civils en temps de guerre.

« Les paroles des dirigeants ont des conséquences particulièrement lourdes en temps de guerre », a conclu Philippe Bolopion. « Une rhétorique qui tourne en dérision ou rejette les lois de la guerre est dangereusement corrosive, et peut être perçue comme encourageant de graves violations qui s’avèrent inévitablement préjudiciables aux civils. Il apparaît de plus en plus clairement que d’autres gouvernements devraient intervenir d’urgence, et faire pression pour mieux protéger les civils. »

Autres déclarations préoccupantes 

Les responsables américains, iraniens et israéliens ont fait plusieurs autres déclarations, dont certaines risquent de violer le droit international humanitaire :

Autres déclarations de hauts responsables américains :

Le 2 mars, Pete Hegseth a déclaré que les États-Unis menaient la guerre en Iran sans se soucier des « règles d’engagement stupides », faisant écho à des commentaires qu’il avait tenus tout au long de l’année 2025 au sujet de règles d’engagement jugées « écrasantes » et « contraignantes » ainsi que d’une « légalité tiède » ; il avait également affirmé en 2024 que les États-Unis « devraient combattre selon leurs propres règles » et non « selon des règles écrites par des hommes ayant une certaine dignité... il y a quatre-vingts ans ».Le 9 mars, Trump a déclaré que la marine américaine avait coulé un navire de guerre iranien au large des côtes du Sri Lanka parce qu’il est « plus amusant » (« more fun ») de couler des navires que de les capturer.Le même jour, Trump a affirmé que les États-Unis pourraient frapper de manière à « rendre pratiquement impossible pour l’Iran de se reconstruire un jour en tant que nation — Mort, Feu et Fureur régneront [sic] sur eux ».Le 13 mars, Trump a déclaré que les États-Unis avaient « démoli » l’île de Kharg — un îlot essentiel pour les infrastructures d’exportation pétrolière de l’Iran — mais qu’ils pourraient frapper « encore quelques fois, juste pour le fun » (« just for fun »).Toujours le 13 mars, Trump a indiqué que, bien que les États-Unis aient « jusqu’à présent... choisi de ne pas le faire », ils pourraient frapper « les centrales électriques qui produisent l’électricité [et] l’eau... Nous pourrions faire des choses si mauvaises qu’ils ne pourraient littéralement plus jamais se reconstruire en tant que nation ».

Autres déclarations de hauts responsables iraniens :

Un porte-parole du quartier général central iranien de Khatam al-Anbiya a déclaré le 8 mars que « tout point servant d’origine à une agression contre l’Iran constitue une cible légitime ».Le 14 mars, un média affilié au Corps des gardiens de la révolution islamique a affirmé que les « entreprises » américaines « seraient des cibles légitimes pour les forces armées iraniennes », dressant une liste de plusieurs cabinets américains de conseil en gestion et d’investissement.Également le 14 mars, un porte-parole des Gardiens de la révolution a publié le message suivant : « L’attaque contre des succursales de banques américaines constituait une riposte à l’attaque de l’ennemi contre deux banques iraniennes. Si l’ennemi réitère cet acte, toutes les succursales de banques américaines dans la région deviendront des cibles légitimes pour nous. »Le 16 mars, le général de brigade Ali Mohammad Naini — un porte-parole des Gardiens de la révolution qui aurait été tué lors d’une attaque israélienne le 20 mars — a déclaré que les forces iraniennes avaient pris pour cible tous les navires appartenant à une entité américaine ou israélienne, quel que soit leur pavillon.

Autres déclarations de hauts responsables israéliens :

Le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a affirmé le 16 mars que « des centaines de milliers de chiites du sud du Liban [...] ne regagneront pas leurs foyers situés au sud de la zone du fleuve Litani tant que la sécurité des habitants du nord d’Israël ne sera pas garantie ».Dans une vidéo postée le 17 mars sur le compte X du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, ce dernier et l’ambassadeur des États-Unis en Israël, Mike Huckabee, plaisantent au sujet d’une « carte perforée » (« punch card »), répertoriant les individus que les Israéliens prennent pour cible en Iran. Netanyahu déclare : « Nous sommes en train de les éliminer » (« We are wiping them out »), ce à quoi Huckabee répond : « J’adore ça » (« I love it »).Le 22 mars, Israel Katz a menacé de « frapper l’Iran si durement qu’il sera renvoyé des décennies en arrière » et de mettre en œuvre, dans les villages frontaliers du sud du Liban, des politiques de démolition de maisons similaires à celles observées à Gaza.Le porte-parole arabophone de l’armée israélienne a publié à plusieurs reprises sur X des avertissements à l’attention de la population libanaise, affirmant que l’armée « n’hésiterait pas à prendre pour cible quiconque se trouverait à proximité de membres, d’installations ou de moyens de combat du Hezbollah » dans la banlieue sud de Beyrouth.

…………….

Fil sur X : https://x.com/hrw_fr/status/2037562775073911089

26.03.2026 à 07:00

Nigeria : Les attaques à Maiduguri reflètent une nouvelle menace pour les civils

Human Rights Watch

Click to expand Image Un véhicule de police blindé était garé près des décombres sur le site d’un marché à Maiduguri, au Nigeria, le 17 mars 2026, au lendemain d'explosions qui ont tué au moins 23 personnes et en ont blessé plus de 100 autres dans cette ville. © 2026 AFP via Getty Images

(Abuja) – Les attentats meurtriers perpétrés à Maiduguri, capitale de l’État de Borno dans le nord-est du Nigeria, ont ravivé les inquiétudes quant à la recrudescence des attaques violentes perpétrées par Boko Haram et au risque croissant pour les civils dans la région, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. À la suite de ce crime de guerre manifeste, les autorités nigérianes devraient renforcer de toute urgence la protection des civils dans la région.

Les attaques, survenues dans la soirée du 16 mars 2026, ont frappé des lieux publics très fréquentés, notamment un marché, les environs d’un bureau de poste et l’entrée de l’hôpital universitaire de Maiduguri, faisant 23 morts et 108 blessés, selon les autorités policières. Ces attaques semblent avoir été indiscriminées et constituent donc un crime de guerre au regard du droit international. Le gouvernement nigérian est engagé depuis plus d’une décennie dans un conflit armé dans le nord-est du pays contre le groupe insurgé Boko Haram et les factions qui s’en sont séparées.

« Ces dernières attaques montrent que les civils du nord-est du Nigeria restent dangereusement exposés à une violence meurtrière, malgré des années d’efforts du gouvernement en matière de sécurité », a déclaré Anietie Ewang, chercheuse sur le Nigeria à Human Rights Watch. « La recrudescence de telles attaques à Maiduguri est profondément alarmante, et met en évidence la menace persistante que les groupes armés font peser sur la vie quotidienne. »

Human Rights Watch a mené des entretiens avec cinq témoins des attentats à la bombe perpétrés contre le bureau de poste, l’hôpital et le marché. Aucun groupe armé n’a revendiqué ces attentats, mais l’armée nigériane les a décrits comme des tentatives coordonnées menées par des combattants présumés de Boko Haram visant à faire un grand nombre de victimes et à semer la panique. Le groupe armé Jama’atu Ahlis Sunna Lidda’awati wal-Jihad (JAS), plus connu sous le nom de Boko Haram, a déjà perpétré plusieurs attentats-suicides visant des civils.

Le JAS a été considérablement affaibli après la mort de son chef de longue date, Abubakar Shekau, en 2021, lors d’affrontements avec la Province d’Afrique de l’Ouest de l’État islamique, une faction rivale qui s’est séparée du groupe. Cependant, selon les analystes, le JAS semble revenir en force, comme en témoignent plusieurs attaques récentes dans la région.

En décembre 2025, une mosquée de Maiduguri a été visée par un attentat à la bombe qui a fait cinq morts, mettant fin à des années de calme relatif. Bien que la violence liée à Boko Haram ait diminué par rapport à son pic, la poursuite des attaques dans toute la région suggère que l’insurrection reste une menace persistante, et les attentats de Maiduguri suscitent de nouvelles inquiétudes en matière de sécurité.

L'État de Borno est largement considéré comme l'épicentre de l'insurrection, tandis que Maiduguri est la principale plaque tournante opérationnelle pour les interventions de sécurité. C'est également un pôle humanitaire clé, accueillant des agences qui viennent en aide aux populations touchées par la crise.

En 2020, Fatou Bensouda, alors Procureure de la Cour pénale internationale, a affirmé que son bureau d’ s avait trouvé des motifs raisonnables de croire que Boko Haram et ses groupes dissidents, ainsi que les forces de sécurité nigérianes, avaient commis des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité pendant le conflit. Elle a noté que « la grande majorité des actes criminels commis dans le cadre de cette situation [était] imputable à des acteurs non étatiques ». La Procureure Bensouda avait alors décidé de ne pas donner suite à une demande d’ouverture d’une enquête officielle, en partie en raison de ressources limitées, et la situation reste au stade de l’examen préliminaire.

Ibrahim Talba, un tailleur de 35 ans, a déclaré à Human Rights Watch qu’il s’était rendu dans un restaurant local situé en face de l’entrée de l’hôpital universitaire de Maiduguri pour manger après avoir rompu son jeûne pendant le ramadan. Là, il a été témoin d’une altercation entre deux jeunes hommes à bord d’un tricycle commercial et un agent de sécurité, qui leur refusait l’entrée au motif qu’ils n’utilisaient pas un tricycle autorisé. Il a déclaré qu’après un bref échange houleux, l’un des hommes a lancé vers le gardien de sécurité une bouteille, qui a explosé lorsque celui-ci l’a renvoyée vers l’homme. Alors qu’Ibrahim Talba et d’autres personnes se précipitaient vers les lieux, une deuxième explosion s’est produite, le blessant. Il a présenté ses blessures par éclats d’obus au dos, aux jambes et au ventre.

Fatima Sheriff, une vendeuse de nourriture âgée de 25 ans, a déclaré qu'après avoir livré de la nourriture à un membre du personnel de l'hôpital, elle se dirigeait vers la porte lorsqu'elle s'est arrêtée pour répondre à un appel de sa sœur. Elle a brièvement remarqué la dispute, mais l'appel l'a distraite. Quelques instants plus tard, une forte explosion a retenti, des flammes ont envahi les lieux et elle a perdu connaissance. Elle a repris conscience plus tard à l’hôpital, sans aucune blessure physique. Là-bas, elle a vu sept personnes amenées inconscientes à la suite de l’explosion, dont une jeune fille que le médecin a déclarée morte par la suite.

Mustafa Muhammed, un vendeur de casquettes âgé de 45 ans, a déclaré avoir été blessé par des éclats d’obus au dos et sur le côté des côtes à la suite d’une explosion devant l’hôpital. Il a déclaré : « Je me trouvais dans le quartier de Costain, près du cimetière de Gwange, lorsque j’ai entendu une forte explosion provenant du quartier du marché du lundi. Je me suis mis à courir, j’ai enfourché mon vélo pour rentrer chez moi, en empruntant la route menant à l’hôpital universitaire de Maiduguri. Alors que je traversais la route en direction de l’hôpital, il y a eu une autre explosion. Je ne sais même pas ce qui s’est passé. J’ai juste vu un nuage de fumée rougeâtre et noir, puis je me suis retrouvé couvert de sang. La seule chose dont je me souviens ensuite, c’est d’avoir ouvert les yeux et de m’être retrouvé dans un lit d’hôpital. »

Babagana Abubakar, un vendeur de fruits âgé de 39 ans, a déclaré qu’il vendait des pastèques à un client près de la poste, lorsqu’une forte explosion a « tout fait voler en éclats ». Il a poursuivi : « Nous avons tous commencé à courir pour nous mettre à l’abri, sans savoir où nous cacher. Je savais que c’était l’explosion d’une bombe, car j’avais déjà entendu ce bruit à Maiduguri. »

Babagana Abubakar est revenu pour aider les victimes et a vu des gens gisant au sol, mais il était incapable de dire qui était vivant ou mort. « J’ai essayé d’aider l’un des blessés, mais j’ai reculé quand j’ai vu du sang couler de sa poitrine », a-t-il déclaré. « Je n’ai pas pu continuer. C’était trop. Je tremblais et j’avais froid partout. Je ne connaissais pas les victimes, car je vends surtout aux passants, mais j’ai ensuite reconnu parmi les morts un jeune homme qui m’avait acheté des bananes quelques minutes avant l’explosion, grâce à son maillot blanc du Real Madrid. »

Ce vendeur de fruits a ajouté qu’il entendait encore l’écho de l’explosion, dans sa tête. « Chaque fois que je ferme les yeux, je revois la scène, les corps gisant par terre. Ça ne cesse de se rejouer dans mon esprit. J’ai également perdu mon gagne-pain, car tous les fruits que je vendais ont été éparpillés partout par l’explosion et je n’ai rien pu ramasser ni récupérer. »

Un fonctionnaire de 53 ans a déclaré qu’il se rendait en voiture au marché du lundi pour faire ses courses auprès des vendeurs de rue à l’extérieur lorsqu’il a entendu une forte explosion, accompagnée d’une lumière rouge vif dans le ciel. Il a déclaré : « Après l’explosion, les gens se sont mis à courir dans toutes les directions. J’ai laissé ma voiture et j’ai couru à pied, comme l’ont fait d’autres automobilistes. Après avoir couru environ 400 mètres sans entendre d’autres coups de feu, nous nous sommes arrêtés, réalisant que cela signifiait probablement qu’il n’y avait pas d’hommes armés sur les lieux. Cet incident m’a vraiment effrayé. Je n’ai jamais vécu une telle expérience depuis que j’ai emménagé ici. »

Les autorités nigérianes devraient de toute urgence renforcer la protection des civils dans les zones à haut risque, améliorer les mesures d’alerte précoce et d’intervention, et apporter un soutien aux victimes, ainsi qu’aux personnes qui ont perdu leurs moyens de subsistance, a déclaré Human Rights Watch.

« Les attentats à la bombe à Maiduguri mettent en évidence le danger extrême et permanent auquel sont confrontés les civils du nord-est du Nigeria, face aux groupes armés », a conclu Aniete Ewang. « Les autorités nigérianes devraient d’urgence intensifier leurs efforts pour protéger les civils, garantir des enquêtes rapides et transparentes, et traduire les responsables en justice. »

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