22.05.2026 à 06:30
Human Rights Watch
(Kinshasa) – Le directeur exécutif de Human Rights Watch, Philippe Bolopion, a exhorté les hauts responsables congolais à respecter la liberté d’expression, à mettre fin aux arrestations et détentions arbitraires et à garantir l’obligation de rendre des comptes pour les abus, lors de sa visite en République démocratique du Congo du 17 au 21 mai 2026, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.
Cette visite s’est déroulée dans un contexte marqué par l’occupation de l’est de la RD Congo par le groupe armé M23, soutenu par le Rwanda ; par une vague de répression à l’encontre des journalistes, des activistes et des membres de l’opposition politique ; et par une utilisation à nouveau de sites de détention secrets dans la capitale, Kinshasa.
« La répression actuelle en RD Congo rappelle de manière inquiétante l’ère Joseph Kabila, de nombreux activistes congolais et opposants politiques vivant dans la crainte de représailles de la part des autorités simplement pour avoir exprimé leur opinion », a déclaré Philippe Bolopion. « Human Rights Watch craint que les restrictions de la liberté d’expression et des critiques envers des responsables ne débouchent sur une répression plus large. »
Lors de son séjour à Kinshasa, Philippe Bolopion a rencontré des hauts responsables gouvernementaux, notamment la Première ministre Judith Suminwa Tuluka, ainsi que les ministres de la Défense, de la Communication et des Médias, et de la Justice. Il a également rencontré des victimes de violations des droits humains et leurs proches, des dirigeants de la société civile et des chefs religieux, des activistes des droits humains, des membres de la communauté banyamulenge (une minorité tutsie congolaise originaire de l’est de la RD Congo), des membres de partis politiques d’opposition et des diplomates étrangers. Philippe Bolopion a tenu une conférence de presse à Kinshasa le 21 mai.
Human Rights Watch a documenté plusieurs cas dans lesquels le Conseil national de cyberdéfense (CNC), une agence rattachée à la présidence, a arbitrairement arrêté et fait disparaître de force des dissidents, les détenant dans des lieux secrets sans inculpation officielle ni accès à un avocat.
« Je vois mon mari une fois par semaine, mais je ne sais pas où il se trouve », a déclaré une femme dont le mari avait été enlevé à leur domicile une nuit. « On me bande les yeux et je ne sais pas où on m’emmène. »
« Les informations en provenance de Kinshasa faisant état d’un vaste réseau de lieux de détention secrets, hors de toute procédure judiciaire, envoient un message effrayant à la société civile congolaise », a déclaré Philippe Bolopion. « C’est une pratique que le président Félix Tshisekedi s’était engagé à faire cesser lors de son entrée en fonction. »
Des responsables gouvernementaux ont indiqué à Philippe Bolopion que certaines des personnes arrêtées étaient détenues dans des villas et que les autorités étaient encore en train de finaliser les enquêtes à leur encontre avant de les transférer au système judiciaire. Ils ont également indiqué que des réformes concernant le CNC étaient en cours et qu’à l’avenir, aucune arrestation ne serait effectuée sans la présence de la police judiciaire, qui agit sous l’autorité du parquet pour enquêter sur les crimes.
« Les graves défis sécuritaires auxquels la RD Congo est confrontée ne peuvent justifier une atteinte à l’état de droit et aux droits humains fondamentaux », a déclaré Philippe Bolopion. « Les autorités devraient transférer les personnes détenues arbitrairement vers le système judiciaire, fournir à leurs familles des informations sur leur lieu de détention, et respecter les normes de procédure régulière. »
Des membres de l’opposition politique et des activistes de la société civile ont exprimé leur inquiétude quant à un éventuel amendement constitutionnel visant à prolonger le mandat du président au-delà de la limite de deux mandats. Cette question s’était déjà posée lorsque le président de l’époque, Joseph Kabila, était resté au pouvoir au-delà de la limite constitutionnelle.
Lors de ses entretiens avec des responsables, Philippe Bolopion a fait part de ses préoccupations concernant les graves exactions commises par les parties au conflit dans l’est de la RD Congo, y compris l’armée congolaise, la milice alliée Wazalendo et les groupes armés pro-gouvernementaux, ainsi que l’armée rwandaise et le M23. Il a réaffirmé l’importance de respecter le droit international humanitaire, y compris lors de frappes aériennes, et d’assurer la protection et la libre circulation des civils ; il a aussi appelé à un regain d’efforts internationaux pour garantir la reddition des comptes pour les crimes commis par toutes les parties.
« Depuis des décennies, les civils de l’est de la RD Congo subissent de plein fouet les exactions commises par les forces gouvernementales et les groupes armés », a déclaré Philippe Bolopion. « Malgré certains progrès importants réalisés par les tribunaux congolais, les autorités judiciaires ont en grande partie échoué à poursuivre les hauts commandants responsables d’atrocités. »
Philippe Bolopion a encouragé les responsables gouvernementaux à donner la priorité à la reddition des comptes pour les crimes internationaux actuels et passés, notamment en créant des chambres mixtes spécialisées comprenant des magistrats internationaux, ou un mécanisme internationalisé similaire au sein du système judiciaire congolais. Les responsables congolais devraient également continuer à soutenir les poursuites nationales et les enquêtes de la Cour pénale internationale.
En avril, Human Rights Watch a sollicité une rencontre avec le président rwandais Paul Kagame pour discuter des exactions commises par l’armée rwandaise et le M23 dans l’est de la RD Congo, mais n’a reçu aucune réponse.
« L’impunité engendre davantage d’exactions », a conclu Philippe Bolopion. « Les gouvernements donateurs, y compris l’Union européenne, devraient soutenir les efforts de la RD Congo en matière de reddition des comptes, et sanctionner les hauts responsables congolais et rwandais qui soutiennent des groupes armés auteurs d’exactions. »
20.05.2026 à 17:10
Human Rights Watch
(Monrovia, le 20 mai 2026) – Les frais d’inscription et d'autres coûts liés à la scolarisation dans les écoles publiques du Libéria constituent un obstacle majeur à l’éducation, contraignant de nombreux enfants à retarder leur inscription, à manquer l’école ou à abandonner complètement leurs études, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui.
20 mai 2026 “Without Education, There Will Be Nothing”Ce rapport de 75 pages, intitulé « “Without Education, There Will Be Nothing”: School Fees and Other Barriers to Education in Liberia » (« “Sans éducation, il n’y aura rien” : Frais de scolarité et autres obstacles à l’éducation au Libéria »), indique que les frais imposés – malgré la garantie légale d’une éducation gratuite et obligatoire de la 1ère à la 9ème année scolaire – font peser un lourd fardeau financier sur les familles, et portent atteinte au droit des enfants à l’éducation. Au Libéria, les enfants s’inscrivent souvent à l’école avec plusieurs années de retard et sont renvoyés chez eux lorsque leurs parents ne peuvent pas payer leurs frais de scolarité ; dans certains cas, les enfants travaillent pour aider à payer ces frais. De nombreux enfants finissent par abandonner l’école, ou parfois ne la fréquentent jamais.
« Le gouvernement libérien a pris des engagements importants en faveur de l’éducation gratuite et obligatoire, mais les frais de scolarité continuent d’empêcher des enfants d’aller en classe », a déclaré Jo Becker, directrice du plaidoyer auprès de la division Droits des enfants à Human Rights Watch. « La suppression de ces frais constituerait une mesure cruciale pour élargir l’accès à l’éducation et améliorer l’avenir des enfants. »
Entre novembre 2025 et janvier 2026, Human Rights Watch a visité 21 écoles et mené des entretiens avec 118 parents, enseignants et responsables scolaires dans les comtés de Montserrado, Margibi, Nimba, Bong et Grand Bassa. Des défenseurs libériens des droits des enfants ont également organisé des entretiens entre pairs (« peer-to-peer interviews ») avec 61 enfants et adolescents.
Un garçon de 14 ans a exliqué à Human Rights Watch qu’il avait quitté l’école pour aider sa mère à vendre des marchandises au marché : « En ce moment, je ne suis pas à l’école parce que mes parents n’ont pas les moyens de m’y envoyer. J’ai vraiment envie d’y retourner. »
Le Libéria affiche l’un des taux de non-scolarisation les plus élevés au monde. Environ un tiers de tous les enfants d’âge scolaire, âgés de 3 à 17 ans, et la moitié des enfants vivant en milieu rural n’ont jamais été scolarisés. Seuls 38 % des enfants terminent la 6ème année scolaire, et à peine 17 % terminent la 9ème année. Ces chiffres classent le Libéria parmi les systèmes éducatifs les moins performants au monde, et soulignent l’ampleur de l’exclusion à laquelle sont confrontés les enfants. En moyenne, un enfant qui entre à l’école à l’âge de 4 ans n’aura suivi que 4,2 années d’enseignement à l’âge de 18 ans.
Malgré des lois imposant la gratuité de l’enseignement de la 1ère à la 9ème année scolaire, les enfants à tous les niveaux – de l’éducation de la petite enfance jusqu’au deuxième cycle du secondaire – sont tenus de payer des frais d’inscription et d’autres coûts pour fréquenter les écoles publiques.
Pour de nombreux enfants, ces frais obligatoires ne constituent pas un simple échec politique abstrait, mais entraînent une exclusion quotidienne de l’éducation. Les parents et les enfants ont déclaré que ces frais retardaient l’entrée à l’école et perturbaient l’assiduité. Au niveau de l’éducation de la petite enfance, destinée aux enfants âgés de 3 à 5 ans, 43 % des enfants ont au moins 3 ans de plus que l’âge requis. Au niveau secondaire, plus de 60 % des élèves ont 4 ans ou plus de plus que l’âge officiel de leur classe. Les élèves qui commencent l’école tardivement sont plus susceptibles de redoubler, d’abandonner leurs études et de ne pas terminer leur scolarité.
Le poids des frais de scolarité est particulièrement lourd dans un pays où près de la moitié de la population vit dans la pauvreté. Dans ce contexte, ces frais font peser le coût de l’éducation sur les familles, ce qui est contraire aux obligations du Libéria en vertu du droit international et régional des droits humains, notamment la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant. Des parents ont rapporté s’être endettés, s’être privés de nourriture et avoir fait des sacrifices extrêmes pour maintenir leurs enfants à l’école.
Human Rights Watch a également mis en évidence les défis plus généraux liés à la qualité de l’éducation, notamment la surpopulation des salles de classe, l’insuffisance des infrastructures, les faibles salaires des enseignants et la forte dépendance à l’égard des enseignants bénévoles. Dans certaines écoles, il est courant de voir des classes de 80 à 100 élèves, et les bénévoles – dont beaucoup travaillent sans rémunération depuis des années dans l’espoir d’obtenir un poste rémunéré – constituent une part importante du corps enseignant.
Le système éducatif du Libéria continue de subir les effets à long terme des guerres civiles, de l’épidémie d’Ebola et de la pandémie de Covid-19. Les investissements publics dans l’éducation restent faibles. Le budget de l’éducation pour 2026, qui représente environ 11 % des dépenses nationales et 2,73 % du PIB, est nettement inférieur à la moyenne de 4 % des pays membres de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et à la référence internationale de 4 à 6 % du PIB.
Le gouvernement a pris des mesures pour améliorer l’accès et la qualité, a déclaré Human Rights Watch. Le projet « Excellence dans l'éducation au Libéria » (Excellence in Learning in Liberia, EXCEL), une initiative de 88,7 millions de dollars financée par un prêt de 60 millions de dollars de la Banque mondiale et une subvention de 28,7 millions de dollars du Partenariat mondial pour l’éducation, avec un soutien supplémentaire du gouvernement libérien, vise à élargir l’accès à une éducation de qualité. Le programme EXCEL comprend 18,5 millions de dollars destinés à des bourses scolaires visant à réduire ou à supprimer les frais de scolarité.
Si elles sont pleinement mises en œuvre, ces bourses pourraient réduire considérablement les obstacles financiers et contribuer à garantir que les enfants s’inscrivent à temps et restent scolarisés. Human Rights Watch estime que le remplacement des frais d’inscription par des bourses scolaires pour les écoles publiques – de la petite enfance jusqu’à l’enseignement secondaire supérieur – augmenterait le budget de l’éducation d’environ 4 %, rendant ainsi la réforme réalisable.
Le gouvernement libérien devrait immédiatement supprimer les frais d’inscription dans les écoles primaires et les collèges publics, et le faire dès que possible pour l’éducation de la petite enfance et l’enseignement secondaire supérieur, a recommandé Human Rights Watch. Le gouvernement devrait également étendre et pérenniser les subventions, augmenter le financement de l’éducation conformément aux normes internationales et donner la priorité aux dépenses consacrées à l’éducation de la petite enfance jusqu’à l’enseignement secondaire.
Le gouvernement devrait également poursuivre ses efforts pour garantir un personnel enseignant suffisamment rémunéré et formé, construire et réhabiliter des écoles et des salles de classe, et fournir le matériel et les équipements nécessaires, y compris des installations sanitaires, en accordant la priorité aux zones mal desservies.
Élargir l’accès à une éducation publique gratuite et de qualité permettrait de réduire la pauvreté et les inégalités, de renforcer le capital humain du Libéria et d’élargir les opportunités pour des millions d’enfants, a déclaré Human Rights Watch.
« Le Libéria a clairement l’occasion de s’appuyer sur les réformes existantes et de lever les obstacles financiers qui empêchent tant d’enfants d’aller à l’école », a conclu Jo Becker. « Garantir une éducation publique gratuite et de qualité est l’un des investissements les plus efficaces que le pays puisse faire. »
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Articles
AgenceAfrique AllAfrica
20.05.2026 à 04:00
Human Rights Watch
(Beyrouth, 19 mai 2026) – Les infrastructures humanitaires qui permettent de maintenir la vie à Gaza sont toujours en grand danger plus de six mois après l’accord de cessez-le-feu conclu en octobre 2025, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Alors que le Conseil de paix s’apprête à présenter son nouveau rapport semestriel au Conseil de sécurité des Nations Unies le 21 mai, les autorités israéliennes sont en train de saper les moyens d’acheminer l’aide humanitaire vitale à Gaza. Les attaques israéliennes incessantes ont tué au moins 856 Palestiniens et ont blessé 2 463 autres personnes, selon le ministère de la Santé de Gaza.
Le Conseil de paix (« Board of Peace »), créé en vertu de la résolution 2803 du Conseil de sécurité de l’ONU, est chargé d’évaluer le respect par les parties du Plan global pour mettre fin au conflit à Gaza. L’augmentation rapide et la protection de l’aide sont au cœur de ce plan, au même titre que la restauration des infrastructures civiles essentielles. Mais les volumes d’aide restent bien en deçà des niveaux requis et les voies d’accès humanitaires vitales ont été bloquées à plusieurs reprises, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA).
« Le plan était censé apporter un soulagement. Au lieu de cela, les Palestiniens de Gaza continuent d’avoir faim, n’ont toujours pas accès aux soins médicaux et des civils continuent d’être tués », a déclaré Adam Coogle, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Quoi que le Conseil de paix dise au Conseil de sécurité, voilà à quoi ressemble la vie à Gaza, depuis six mois. »
Dans son rapport du 15 mai, le Conseil de paix a indiqué que l’aide distribuée par les agences des Nations Unies et leurs partenaires avait augmenté de plus de 70 % au cours de la période considérée par rapport aux niveaux d’avant le cessez-le-feu, et que « les besoins alimentaires de base se sont stabilisés pour la première fois depuis 2023 ». Les chiffres clés du Conseil omettent de mentionner que les volumes d’aide ont diminué depuis début 2026, qu’ils ne sont pas revenus au niveau où ils se trouvaient avant le début de la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran fin février, et qu’ils n’ont jamais atteint le minimum jugé nécessaire par l’ONU. Quatre agences de l’ONU ont averti en décembre 2025 que la famine, repoussée quelques semaines plus tôt grâce au cessez-le-feu, pourrait rapidement resurgir sans un accès et un approvisionnement soutenus.
Le 28 février 2026, au début des opérations militaires israélo-américaines contre l’Iran, les autorités israéliennes ont fermé tous les points de passage vers Gaza. Le nombre de camions entrant dans les semaines suivantes est passé d’une moyenne hebdomadaire de 4 200 à seulement 590, selon les chiffres de la coordination militaire américaine rapportés par Haaretz. Le point de passage de Kerem Shalom a partiellement rouvert le 3 mars, suite à des pressions américaines rapportées, et Kerem Shalom et Zikim restent les seuls points d’entrée opérationnels pour les biens humanitaires et commerciaux. Au cours des 11 premiers jours de mai, seule la moitié des camions d’aide arrivant d’Égypte ont été autorisés à décharger aux points de passage contrôlés par Israël.
Les camions commerciaux ont recommencé à entrer en plus grand nombre à Gaza, avec 789 camions privés ayant franchi la frontière entre le 4 et le 10 mai, selon l’OCHA. Mais le volume total des livraisons reste inférieur aux niveaux d’avant le 28 février et bien en deçà des besoins de la population de Gaza.
Selon le rapport de situation de l’OCHA du 1er mai, les organisations humanitaires ont distribué des colis alimentaires à environ 197 000 familles en avril, couvrant 75 % des besoins caloriques quotidiens minimaux, ce qui représente une amélioration par rapport à mars, où les rations ne couvraient que la moitié de ces besoins. Mais le nombre total de repas servis quotidiennement a baissé depuis fin mars, certaines organisations humanitaires ayant réduit leurs distributions directes de nourriture, a indiqué l’OCHA.
Le Programme alimentaire mondial a signalé que les habitants de Gaza mangeaient moins au cours de la première quinzaine d’avril qu’en mars, la plupart des familles ne consommant des légumes, des fruits ou des protéines qu’une fois par semaine, voire moins. En raison de la pénurie de gaz de cuisine, 68 % de la population brûle désormais des déchets pour préparer ses repas, soit une augmentation de 13 % par rapport à mars.
Au 5 février, aucun des 37 hôpitaux de Gaza n’était pleinement opérationnel, et seuls 19 fonctionnaient même partiellement, selon l’OCHA. Plus de 43 000 personnes ont subi des blessures qui ont bouleversé leur vie, dont un enfant sur quatre, et plus de 50 000 ont besoin de soins de réadaptation à long terme, estime l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Aucun centre de rééducation ne fonctionne pleinement. Les retards israéliens dans l’approbation d’équipements chirurgicaux spécialisés limitent les soins complexes, et au moins 46 % des médicaments essentiels sont en rupture de stock, selon l’OMS. Les restrictions israéliennes sur l’importation de générateurs, d’huile moteur et de pièces de rechange provoquent des pannes dans les secteurs des soins de santé, de l’assainissement, du déblaiement des décombres et de l’aide humanitaire, selon l’OCHA.
Les rongeurs et les insectes se propagent dans les camps de déplacés, et les infections cutanées ainsi que d’autres maladies sont en augmentation, a rapporté l’OCHA. Les agences des Nations Unies et les organisations humanitaires travaillant dans le domaine de l’eau et de l’assainissement avertissent que de graves pénuries d’huile lubrifiante et de pièces de rechange provoquent des pannes de générateurs. À Khan Younis, les stations de pompage des eaux usées ont cessé de fonctionner et les eaux usées non traitées inondent les rues résidentielles. Dans toute la bande de Gaza, plus de 200 installations d'approvisionnement en eau et d'assainissement fonctionnent avec des générateurs de secours depuis plus de deux ans et demi, la plupart utilisant désormais de l'huile recyclée.
Le 6 avril, Al Jazeera a rapporté que les forces israéliennes avaient tiré sur un véhicule de l’OMS dans l’est de Khan Younis, tuant un sous-traitant et en blessant plusieurs autres. L’OMS a suspendu les évacuations médicales via Rafah pendant six jours en réponse à cet incident. Fin avril, l’OCHA avait recensé la mort d’au moins 593 travailleurs humanitaires à Gaza depuis octobre 2023, dont 8 depuis le cessez-le-feu.
Des frappes aériennes ont tué un travailleur humanitaire près d’un puits d’eau à Gaza le 20 avril et un employé de l’ONG Ard El Insan le 26 avril, provoquant dans les deux cas la suspension de services essentiels. Selon le ministère de la Santé de Gaza, plus de 1 400 patients sont morts en attendant leur évacuation médicale depuis la prise du point de passage de Rafah en mai 2024, et plus de 18 500 patients, dont 4 000 enfants, attendent toujours d’être évacués.
L'ONG Gisha a rapporté que les autorités israéliennes ont catégoriquement empêché l'accès des patients de Gaza aux hôpitaux de Cisjordanie, y compris à Jérusalem-Est, et en Israël, depuis octobre 2023, bien qu'elles aient parfois facilité un accès limité aux traitements à l'étranger, y compris via le territoire israélien depuis juillet 2024.
Depuis le cessez-le-feu, les forces israéliennes ont déplacé la « ligne jaune », la limite convenue du contrôle territorial israélien à l’intérieur de Gaza, vers l’ouest au-delà des frontières convenues. Elles ont établi au moins 32 avant-postes à l’ t construisent ce qui semble être une barrière terrestre permanente ou à long terme, selon l’analyse d’images satellites publiée par Haaretz. Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme a recensé au moins 167 Palestiniens tués près de cette ligne entre le 11 octobre et le 21 janvier, dont 26 enfants et 17 femmes. Le responsable de Médecins sans frontières à Gaza a déclaré à Haaretz que, à mesure que la ligne se déplace vers l’ouest, elle engloutit des points d’eau et des établissements de santé.
Selon l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), 127 de ses installations se trouvent désormais derrière la ligne ou dans des zones dont l’accès nécessite l’autorisation d’Israël. Depuis mars 2025, les autorités israéliennes empêchent l’agence d’acheminer directement l’aide humanitaire à Gaza.
Le Plan global comprend des engagements pris par Israël qui restent non tenus, notamment l’intensification de l’aide humanitaire. Human Rights Watch a déjà fait part de ses préoccupations concernant d’autres éléments du plan, notamment la création d’un Conseil de paix sans représentation palestinienne.
Lors de la réunion inaugurale du Conseil de paix en février, dix États membres et observateurs du Conseil se sont engagés à verser un total de 17 milliards de dollars pour la reconstruction, alors que l’ONU estime les besoins à 70 milliards de dollars. En avril, le Conseil avait reçu moins d’un milliard de dollars sur le montant promis, seuls trois contributeurs ayant versé des fonds, selon Reuters.
En tant que puissance occupante, Israël est tenu, en vertu du droit international humanitaire, de garantir à la population civile l’accès à la nourriture, à l’eau, aux soins médicaux et aux produits de première nécessité, et de faciliter l’acheminement rapide et sans entrave de l’aide humanitaire. Affamer des civils comme méthode de guerre constitue un crime de guerre au sens du Statut de Rome, qui a institué la Cour pénale internationale (CPI). Imposer délibérément des conditions de vie calculées pour entraîner la destruction physique d’une population constitue un acte de génocide au sens de la Convention sur le génocide.
Human Rights Watch a documenté en décembre 2023 qu’Israël utilisait la famine comme arme de guerre à Gaza, et a publié en décembre 2024 un rapport dans lequel l’organisation a conclu que la privation délibérée d’eau par Israël équivalait à un crime contre l’humanité d’extermination et à des actes de génocide.
Les autorités israéliennes devraient immédiatement se conformer à leurs obligations en vertu du droit international humanitaire, notamment en garantissant le passage sans entrave de l’aide humanitaire à grande échelle par tous les points de passage, en levant les restrictions illégales imposées à l’UNRWA et aux autres organisations humanitaires internationales, et en assurant la sécurité du personnel humanitaire, a déclaré Human Rights Watch.
Les gouvernements devraient suspendre les transferts d’armes au gouvernement israélien, imposer des sanctions ciblées aux responsables israéliens impliqués de manière crédible dans des violations graves, suspendre les accords commerciaux préférentiels avec Israël et promouvoir la responsabilité en soutenant la Cour internationale de justice et la CPI, notamment en faisant exécuter les mandats d’arrêt de la CPI.
« Lorsque le Conseil de paix présentera son rapport au Conseil de sécurité, les États membres devraient comparer ce qu’ils entendent avec ce que les agences de l’ONU rapportent depuis le terrain », a déclaré Adam Coogle. « Aucun beau discours ne peut masquer les faits : la livraison d’aide demeure insuffisante, les patients n’ont pas accès à des soins médicaux adéquats et les points de passage vers Gaza restent limités. »
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