20.05.2026 à 17:10
Human Rights Watch
(Monrovia, le 20 mai 2026) – Les frais d’inscription et d'autres coûts liés à la scolarisation dans les écoles publiques du Libéria constituent un obstacle majeur à l’éducation, contraignant de nombreux enfants à retarder leur inscription, à manquer l’école ou à abandonner complètement leurs études, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui.
20 mai 2026 “Without Education, There Will Be Nothing”Ce rapport de 75 pages, intitulé « “Without Education, There Will Be Nothing”: School Fees and Other Barriers to Education in Liberia » (« “Sans éducation, il n’y aura rien” : Frais de scolarité et autres obstacles à l’éducation au Libéria »), indique que les frais imposés – malgré la garantie légale d’une éducation gratuite et obligatoire de la 1ère à la 9ème année scolaire – font peser un lourd fardeau financier sur les familles, et portent atteinte au droit des enfants à l’éducation. Au Libéria, les enfants s’inscrivent souvent à l’école avec plusieurs années de retard et sont renvoyés chez eux lorsque leurs parents ne peuvent pas payer leurs frais de scolarité ; dans certains cas, les enfants travaillent pour aider à payer ces frais. De nombreux enfants finissent par abandonner l’école, ou parfois ne la fréquentent jamais.
« Le gouvernement libérien a pris des engagements importants en faveur de l’éducation gratuite et obligatoire, mais les frais de scolarité continuent d’empêcher des enfants d’aller en classe », a déclaré Jo Becker, directrice du plaidoyer auprès de la division Droits des enfants à Human Rights Watch. « La suppression de ces frais constituerait une mesure cruciale pour élargir l’accès à l’éducation et améliorer l’avenir des enfants. »
Entre novembre 2025 et janvier 2026, Human Rights Watch a visité 21 écoles et mené des entretiens avec 118 parents, enseignants et responsables scolaires dans les comtés de Montserrado, Margibi, Nimba, Bong et Grand Bassa. Des défenseurs libériens des droits des enfants ont également organisé des entretiens entre pairs (« peer-to-peer interviews ») avec 61 enfants et adolescents.
Un garçon de 14 ans a exliqué à Human Rights Watch qu’il avait quitté l’école pour aider sa mère à vendre des marchandises au marché : « En ce moment, je ne suis pas à l’école parce que mes parents n’ont pas les moyens de m’y envoyer. J’ai vraiment envie d’y retourner. »
Le Libéria affiche l’un des taux de non-scolarisation les plus élevés au monde. Environ un tiers de tous les enfants d’âge scolaire, âgés de 3 à 17 ans, et la moitié des enfants vivant en milieu rural n’ont jamais été scolarisés. Seuls 38 % des enfants terminent la 6ème année scolaire, et à peine 17 % terminent la 9ème année. Ces chiffres classent le Libéria parmi les systèmes éducatifs les moins performants au monde, et soulignent l’ampleur de l’exclusion à laquelle sont confrontés les enfants. En moyenne, un enfant qui entre à l’école à l’âge de 4 ans n’aura suivi que 4,2 années d’enseignement à l’âge de 18 ans.
Malgré des lois imposant la gratuité de l’enseignement de la 1ère à la 9ème année scolaire, les enfants à tous les niveaux – de l’éducation de la petite enfance jusqu’au deuxième cycle du secondaire – sont tenus de payer des frais d’inscription et d’autres coûts pour fréquenter les écoles publiques.
Pour de nombreux enfants, ces frais obligatoires ne constituent pas un simple échec politique abstrait, mais entraînent une exclusion quotidienne de l’éducation. Les parents et les enfants ont déclaré que ces frais retardaient l’entrée à l’école et perturbaient l’assiduité. Au niveau de l’éducation de la petite enfance, destinée aux enfants âgés de 3 à 5 ans, 43 % des enfants ont au moins 3 ans de plus que l’âge requis. Au niveau secondaire, plus de 60 % des élèves ont 4 ans ou plus de plus que l’âge officiel de leur classe. Les élèves qui commencent l’école tardivement sont plus susceptibles de redoubler, d’abandonner leurs études et de ne pas terminer leur scolarité.
Le poids des frais de scolarité est particulièrement lourd dans un pays où près de la moitié de la population vit dans la pauvreté. Dans ce contexte, ces frais font peser le coût de l’éducation sur les familles, ce qui est contraire aux obligations du Libéria en vertu du droit international et régional des droits humains, notamment la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant. Des parents ont rapporté s’être endettés, s’être privés de nourriture et avoir fait des sacrifices extrêmes pour maintenir leurs enfants à l’école.
Human Rights Watch a également mis en évidence les défis plus généraux liés à la qualité de l’éducation, notamment la surpopulation des salles de classe, l’insuffisance des infrastructures, les faibles salaires des enseignants et la forte dépendance à l’égard des enseignants bénévoles. Dans certaines écoles, il est courant de voir des classes de 80 à 100 élèves, et les bénévoles – dont beaucoup travaillent sans rémunération depuis des années dans l’espoir d’obtenir un poste rémunéré – constituent une part importante du corps enseignant.
Le système éducatif du Libéria continue de subir les effets à long terme des guerres civiles, de l’épidémie d’Ebola et de la pandémie de Covid-19. Les investissements publics dans l’éducation restent faibles. Le budget de l’éducation pour 2026, qui représente environ 11 % des dépenses nationales et 2,73 % du PIB, est nettement inférieur à la moyenne de 4 % des pays membres de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et à la référence internationale de 4 à 6 % du PIB.
Le gouvernement a pris des mesures pour améliorer l’accès et la qualité, a déclaré Human Rights Watch. Le projet « Excellence dans l'éducation au Libéria » (Excellence in Learning in Liberia, EXCEL), une initiative de 88,7 millions de dollars financée par un prêt de 60 millions de dollars de la Banque mondiale et une subvention de 28,7 millions de dollars du Partenariat mondial pour l’éducation, avec un soutien supplémentaire du gouvernement libérien, vise à élargir l’accès à une éducation de qualité. Le programme EXCEL comprend 18,5 millions de dollars destinés à des bourses scolaires visant à réduire ou à supprimer les frais de scolarité.
Si elles sont pleinement mises en œuvre, ces bourses pourraient réduire considérablement les obstacles financiers et contribuer à garantir que les enfants s’inscrivent à temps et restent scolarisés. Human Rights Watch estime que le remplacement des frais d’inscription par des bourses scolaires pour les écoles publiques – de la petite enfance jusqu’à l’enseignement secondaire supérieur – augmenterait le budget de l’éducation d’environ 4 %, rendant ainsi la réforme réalisable.
Le gouvernement libérien devrait immédiatement supprimer les frais d’inscription dans les écoles primaires et les collèges publics, et le faire dès que possible pour l’éducation de la petite enfance et l’enseignement secondaire supérieur, a recommandé Human Rights Watch. Le gouvernement devrait également étendre et pérenniser les subventions, augmenter le financement de l’éducation conformément aux normes internationales et donner la priorité aux dépenses consacrées à l’éducation de la petite enfance jusqu’à l’enseignement secondaire.
Le gouvernement devrait également poursuivre ses efforts pour garantir un personnel enseignant suffisamment rémunéré et formé, construire et réhabiliter des écoles et des salles de classe, et fournir le matériel et les équipements nécessaires, y compris des installations sanitaires, en accordant la priorité aux zones mal desservies.
Élargir l’accès à une éducation publique gratuite et de qualité permettrait de réduire la pauvreté et les inégalités, de renforcer le capital humain du Libéria et d’élargir les opportunités pour des millions d’enfants, a déclaré Human Rights Watch.
« Le Libéria a clairement l’occasion de s’appuyer sur les réformes existantes et de lever les obstacles financiers qui empêchent tant d’enfants d’aller à l’école », a conclu Jo Becker. « Garantir une éducation publique gratuite et de qualité est l’un des investissements les plus efficaces que le pays puisse faire. »
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20.05.2026 à 04:00
Human Rights Watch
(Beyrouth, 19 mai 2026) – Les infrastructures humanitaires qui permettent de maintenir la vie à Gaza sont fragilisées plus de six mois après l’accord de cessez-le-feu conclu en octobre 2025, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Alors que le Conseil de paix s’apprête à présenter son nouveau rapport semestriel au Conseil de sécurité des Nations Unies le 21 mai, les autorités israéliennes sont en train de saper les moyens d’acheminer l’aide humanitaire vitale à Gaza. Les attaques israéliennes incessantes ont tué au moins 856 Palestiniens et ont blessé 2 463 autres personnes, selon le ministère de la Santé de Gaza.
Le Conseil de paix (« Board of Peace »), créé en vertu de la résolution 2803 du Conseil de sécurité de l’ONU, est chargé d’évaluer le respect par les parties du Plan global pour mettre fin au conflit à Gaza. L’augmentation rapide et la protection de l’aide sont au cœur de ce plan, au même titre que la restauration des infrastructures civiles essentielles. Mais les volumes d’aide restent bien en deçà des niveaux requis et les voies d’accès humanitaires vitales ont été bloquées à plusieurs reprises, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA).
« Le plan était censé apporter un soulagement. Au lieu de cela, les Palestiniens de Gaza continuent d’avoir faim, n’ont toujours pas accès aux soins médicaux et des civils continuent d’être tués », a déclaré Adam Coogle, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Quoi que le Conseil de paix dise au Conseil de sécurité, voilà à quoi ressemble la vie à Gaza, depuis six mois. »
Dans son rapport du 15 mai, le Conseil de paix a indiqué que l’aide distribuée par les agences des Nations Unies et leurs partenaires avait augmenté de plus de 70 % au cours de la période considérée par rapport aux niveaux d’avant le cessez-le-feu, et que « les besoins alimentaires de base se sont stabilisés pour la première fois depuis 2023 ». Les chiffres clés du Conseil omettent de mentionner que les volumes d’aide ont diminué depuis début 2026, qu’ils ne sont pas revenus au niveau où ils se trouvaient avant le début de la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran fin février, et qu’ils n’ont jamais atteint le minimum jugé nécessaire par l’ONU. Quatre agences de l’ONU ont averti en décembre 2025 que la famine, repoussée quelques semaines plus tôt grâce au cessez-le-feu, pourrait rapidement resurgir sans un accès et un approvisionnement soutenus.
Le 28 février 2026, au début des opérations militaires israélo-américaines contre l’Iran, les autorités israéliennes ont fermé tous les points de passage vers Gaza. Le nombre de camions entrant dans les semaines suivantes est passé d’une moyenne hebdomadaire de 4 200 à seulement 590, selon les chiffres de la coordination militaire américaine rapportés par Haaretz. Le point de passage de Kerem Shalom a partiellement rouvert le 3 mars, suite à des pressions américaines rapportées, et Kerem Shalom et Zikim restent les seuls points d’entrée opérationnels pour les biens humanitaires et commerciaux. Au cours des 11 premiers jours de mai, seule la moitié des camions d’aide arrivant d’Égypte ont été autorisés à décharger aux points de passage contrôlés par Israël.
Les camions commerciaux ont recommencé à entrer en plus grand nombre à Gaza, avec 789 camions privés ayant franchi la frontière entre le 4 et le 10 mai, selon l’OCHA. Mais le volume total des livraisons reste inférieur aux niveaux d’avant le 28 février et bien en deçà des besoins de la population de Gaza.
Selon le rapport de situation de l’OCHA du 1er mai, les organisations humanitaires ont distribué des colis alimentaires à environ 197 000 familles en avril, couvrant 75 % des besoins caloriques quotidiens minimaux, ce qui représente une amélioration par rapport à mars, où les rations ne couvraient que la moitié de ces besoins. Mais le nombre total de repas servis quotidiennement a baissé depuis fin mars, certaines organisations humanitaires ayant réduit leurs distributions directes de nourriture, a indiqué l’OCHA.
Le Programme alimentaire mondial a signalé que les habitants de Gaza mangeaient moins au cours de la première quinzaine d’avril qu’en mars, la plupart des familles ne consommant des légumes, des fruits ou des protéines qu’une fois par semaine, voire moins. En raison de la pénurie de gaz de cuisine, 68 % de la population brûle désormais des déchets pour préparer ses repas, soit une augmentation de 13 % par rapport à mars.
Au 5 février, aucun des 37 hôpitaux de Gaza n’était pleinement opérationnel, et seuls 19 fonctionnaient même partiellement, selon l’OCHA. Plus de 43 000 personnes ont subi des blessures qui ont bouleversé leur vie, dont un enfant sur quatre, et plus de 50 000 ont besoin de soins de réadaptation à long terme, estime l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Aucun centre de rééducation ne fonctionne pleinement. Les retards israéliens dans l’approbation d’équipements chirurgicaux spécialisés limitent les soins complexes, et au moins 46 % des médicaments essentiels sont en rupture de stock, selon l’OMS. Les restrictions israéliennes sur l’importation de générateurs, d’huile moteur et de pièces de rechange provoquent des pannes dans les secteurs des soins de santé, de l’assainissement, du déblaiement des décombres et de l’aide humanitaire, selon l’OCHA.
Les rongeurs et les insectes se propagent dans les camps de déplacés, et les infections cutanées ainsi que d’autres maladies sont en augmentation, a rapporté l’OCHA. Les agences des Nations Unies et les organisations humanitaires travaillant dans le domaine de l’eau et de l’assainissement avertissent que de graves pénuries d’huile lubrifiante et de pièces de rechange provoquent des pannes de générateurs. À Khan Younis, les stations de pompage des eaux usées ont cessé de fonctionner et les eaux usées non traitées inondent les rues résidentielles. Dans toute la bande de Gaza, plus de 200 installations d'approvisionnement en eau et d'assainissement fonctionnent avec des générateurs de secours depuis plus de deux ans et demi, la plupart utilisant désormais de l'huile recyclée.
Le 6 avril, Al Jazeera a rapporté que les forces israéliennes avaient tiré sur un véhicule de l’OMS dans l’est de Khan Younis, tuant un sous-traitant et en blessant plusieurs autres. L’OMS a suspendu les évacuations médicales via Rafah pendant six jours en réponse à cet incident. Fin avril, l’OCHA avait recensé la mort d’au moins 593 travailleurs humanitaires à Gaza depuis octobre 2023, dont 8 depuis le cessez-le-feu.
Des frappes aériennes ont tué un travailleur humanitaire près d’un puits d’eau à Gaza le 20 avril et un employé de l’ONG Ard El Insan le 26 avril, provoquant dans les deux cas la suspension de services essentiels. Selon le ministère de la Santé de Gaza, plus de 1 400 patients sont morts en attendant leur évacuation médicale depuis la prise du point de passage de Rafah en mai 2024, et plus de 18 500 patients, dont 4 000 enfants, attendent toujours d’être évacués.
L'ONG Gisha a rapporté que les autorités israéliennes ont catégoriquement empêché l'accès des patients de Gaza aux hôpitaux de Cisjordanie, y compris à Jérusalem-Est, et en Israël, depuis octobre 2023, bien qu'elles aient parfois facilité un accès limité aux traitements à l'étranger, y compris via le territoire israélien depuis juillet 2024.
Depuis le cessez-le-feu, les forces israéliennes ont déplacé la « ligne jaune », la limite convenue du contrôle territorial israélien à l’intérieur de Gaza, vers l’ouest au-delà des frontières convenues. Elles ont établi au moins 32 avant-postes à l’ t construisent ce qui semble être une barrière terrestre permanente ou à long terme, selon l’analyse d’images satellites publiée par Haaretz. Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme a recensé au moins 167 Palestiniens tués près de cette ligne entre le 11 octobre et le 21 janvier, dont 26 enfants et 17 femmes. Le responsable de Médecins sans frontières à Gaza a déclaré à Haaretz que, à mesure que la ligne se déplace vers l’ouest, elle engloutit des points d’eau et des établissements de santé.
Selon l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), 127 de ses installations se trouvent désormais derrière la ligne ou dans des zones dont l’accès nécessite l’autorisation d’Israël. Depuis mars 2025, les autorités israéliennes empêchent l’agence d’acheminer directement l’aide humanitaire à Gaza.
Le Plan global comprend des engagements pris par Israël qui restent non tenus, notamment l’intensification de l’aide humanitaire. Human Rights Watch a déjà fait part de ses préoccupations concernant d’autres éléments du plan, notamment la création d’un Conseil de paix sans représentation palestinienne.
Lors de la réunion inaugurale du Conseil de paix en février, dix États membres et observateurs du Conseil se sont engagés à verser un total de 17 milliards de dollars pour la reconstruction, alors que l’ONU estime les besoins à 70 milliards de dollars. En avril, le Conseil avait reçu moins d’un milliard de dollars sur le montant promis, seuls trois contributeurs ayant versé des fonds, selon Reuters.
En tant que puissance occupante, Israël est tenu, en vertu du droit international humanitaire, de garantir à la population civile l’accès à la nourriture, à l’eau, aux soins médicaux et aux produits de première nécessité, et de faciliter l’acheminement rapide et sans entrave de l’aide humanitaire. Affamer des civils comme méthode de guerre constitue un crime de guerre au sens du Statut de Rome, qui a institué la Cour pénale internationale (CPI). Imposer délibérément des conditions de vie calculées pour entraîner la destruction physique d’une population constitue un acte de génocide au sens de la Convention sur le génocide.
Human Rights Watch a documenté en décembre 2023 qu’Israël utilisait la famine comme arme de guerre à Gaza, et a publié en décembre 2024 un rapport dans lequel l’organisation a conclu que la privation délibérée d’eau par Israël équivalait à un crime contre l’humanité d’extermination et à des actes de génocide.
Les autorités israéliennes devraient immédiatement se conformer à leurs obligations en vertu du droit international humanitaire, notamment en garantissant le passage sans entrave de l’aide humanitaire à grande échelle par tous les points de passage, en levant les restrictions illégales imposées à l’UNRWA et aux autres organisations humanitaires internationales, et en assurant la sécurité du personnel humanitaire, a déclaré Human Rights Watch.
Les gouvernements devraient suspendre les transferts d’armes au gouvernement israélien, imposer des sanctions ciblées aux responsables israéliens impliqués de manière crédible dans des violations graves, suspendre les accords commerciaux préférentiels avec Israël et promouvoir la responsabilité en soutenant la Cour internationale de justice et la CPI, notamment en faisant exécuter les mandats d’arrêt de la CPI.
« Lorsque le Conseil de paix présentera son rapport au Conseil de sécurité, les États membres devraient comparer ce qu’ils entendent avec ce que les agences de l’ONU rapportent depuis le terrain », a déclaré Adam Coogle. « Aucun beau discours ne peut masquer les faits : la livraison d’aide demeure insuffisante, les patients n’ont pas accès à des soins médicaux adéquats et les points de passage vers Gaza restent limités. »
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19.05.2026 à 00:00
Human Rights Watch
(Bangkok) – Deux ans après que l’Armée d’Arakan, un groupe armé ethnique, a tué et blessé des centaines de musulmans rohingyas et incendié leur village dans l’État de Rakhine, au Myanmar, les survivants ayant fui ne peuvent toujours pas y retourner, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui ; de nombreux habitants restés dans le village y sont de fait détenus. L’Armée d’Arakan a rejeté toute responsabilité dans le massacre commis à Hoyyar Siri (Htan Shauk Khan en birman), dans la commune de Buthidaung, qui a été caractérisé par de graves violations du droit de la guerre constituant des crimes de guerre.
18 mai 2026 “Skeletons and Skulls Scattered Everywhere”Le rapport de 56 pages, intitulé « “Skeletons and Skulls Scattered Everywhere”: Arakan Army Massacre of Rohingya Muslims in Hoyyar Siri, Myanmar » (« “Des squelettes et des crânes éparpillés partout” : Le massacre de musulmans rohingyas par l’Armée d’Arakan à Hoyyar Siri, au Myanmar »), documente l’attaque du 2 mai 2024, au cours de laquelle des combattants de l’Armée d’Arakan ont délibérément tiré sur des villageois non armés qui cherchaient à se mettre à l’abri alors que le groupe armé avançait vers deux bases de l’armée du Myanmar situées à proximité. Les détails du massacre n’ont commencé à émerger que plus d’un an plus tard, après que certains survivants ont fui vers le Bangladesh et la Malaisie.
« Lorsque l’Armée d’Arakan a tué des centaines de civils rohingyas et incendié leur village dans l’État de Rakhine en 2024, son conflit armé avec la junte du Myanmar a atteint un nouveau niveau de dépravation », a déclaré Meenakshi Ganguly, directrice adjointe de la division Asie à Human Rights Watch. « Aujourd’hui, les survivants du massacre sont de fait détenus par l’Armée d’Arakan, qui n’a ni accordé de réparations, ni traduit les responsables en justice. »
Human Rights Watch a mené des entretiens avec plusieurs dizaines de témoins et de survivants, a corroboré leurs témoignages à l’aide d’images satellite, et a analysé et vérifié des photographies et des vidéos.
Click to expand Image Carte de l'État de Rakhine, dans l’ouest du Myanmar. Le village de Hoyyar Siri est situé dans la commune de Buthidaung (district de Maungdaw), dans le nord-ouest de cet État. © 2026 Human Rights WatchLes hostilités entre les forces de la junte du Myanmar et l’Armée d’Arakan dans l’État de Rakhine ont repris en novembre 2023. Les deux camps ont commis de graves exactions, notamment des attaques ciblant des civils, des incendies criminels et des actes de conscription illégale. Ces conclusions contredisent les affirmations de l’Armée d’Arakan, qui, dans une lettre adressée à Human Rights Watch, affirmait que ses combattants ne visaient que du personnel militaire ou des membres de groupes armés rohingyas.
Les combattants de l’Armée d’Arakan ont d’abord ouvert le feu sur un groupe de civils quittant Hoyyar Siri, dont certains agitaient des drapeaux blancs. « D’abord, mon fils a été touché par une balle », a déclaré un homme. « Puis ma femme et ma petite fille ont été touchées, suivies de mon autre fille. » Les combattants ont continué à tirer sur les villageois alors que ceux-ci faisaient demi-tour et tentaient de fuir.
Une femme a déclaré que les combattants avaient rassemblé un groupe de villageois dans une rizière près d’une mosquée. « En quelques minutes, ils ont ouvert le feu sur nous au hasard, sans rien dire », a-t-elle déclaré. « Personne n’a été épargné. Mon mari a été touché par une balle. Quand l’Armée d’Arakan a vu qu’il était encore en vie, ils se sont approchés et ont tiré à nouveau sur lui, plusieurs fois. »
Click to expand Image Trois illustrations du massacre commis par l'Armée d’Arakan à Hoyyar Siri, dans l’ouest du Myanmar, le 2 mai 2024. (1) À gauche : Des civils rohingyas non armés fuyaient le village, sur une route en direction de la ville voisine de Buthidaung. (2) Au centre : Des combattants de l’Armée d’Arakan, s’apprêtant à tirer sur ces personnes. (3) À droite : Le massacre de civils sur la route. © 2026 John Holmes for Human Rights WatchHuman Rights Watch a dressé une liste de plus de 170 villageois, dont environ 90 enfants, qui ont été tués, ou sont toujours portés disparus à la suite du massacre de Hoyyar Siri. Le bilan réel du massacre est probablement bien plus élevé.
Human Rights Watch a analysé et vérifié des photographies et des vidéos montrant des restes humains sur trois sites distincts du village. Sur deux de ces sites, des vêtements civils sont visibles parmi les restes humains. Des images satellite corroborent les témoignages selon lesquels des combattants de l’Armée d’Arakan ont incendié Hoyyar Siri et, après en avoir pris le contrôle, ont détruit tout le village.
Deux images satellite infrarouges de la zone de Hoyyar Siri au Myanmar, enregistrées le 25 avril 2024 (avant le massacre du 2 mai) et le 6 mai 2024 (quatre jours après le massacre). Sur les images infrarouges, la végétation apparaît en rouge, tandis que les zones incendiées apparaissent dans des teintes plus sombres. L’image du 6 mai révèle la destruction quasi totale de Fatailla Para et de Bor Para, deux hameaux de Hoyyar Siri. © 2024 Planet Labs (images satellite). © 2026 Human Rights Watch (graphisme). Données © Myanmar Information Management Unit (MIMU), © OpenStreetMap.
Les combattants ont également dérobé l’argent et les bijoux des villageois. Un homme détenu par l’Armée d’Arakan a déclaré que plusieurs détenus dont lui-même avaient été battus et torturés, notamment à coup de décharges électriques. Plusieurs témoins ont rapporté que des combattants avaient enlevé des femmes et des filles rohingyas du village.
En février 2025, l’Armée d’Arakan a ordonné à tous les habitants survivants de Hoyyar Siri de se réinstaller dans un camp de fortune situé à proximité. Des villageois qui ont par la suite réussi à fuir vers le Bangladesh ont déclaré à Human Rights Watch qu’ils avaient été privés de liberté de mouvement, soumis au travail forcé et confrontés à de graves pénuries de nourriture et de soins médicaux. Ils ont ajouté qu’en août 2025, le groupe armé avait organisé pour certains médias une visite contrôlée à Hoyyar Siri, au cours de laquelle les survivants ont été contraints de fournir des faux témoignages dans le but de disculper l’Armée d’Arakan pour le meurtre de civils.
Au cours de la dernière décennie, l’armée du Myanmar a commis des actes de nettoyage ethnique, de génocide et d’autres atrocités dans l’État de Rakhine, forçant plus d’un million de Rohingyas à fuir. Le massacre de Hoyyar Siri met en évidence le fait que le retour dans l’État de Rakhine reste dangereux pour les réfugiés rohingyas, y compris dans les zones actuellement contrôlées par l’Armée d’Arakan .
L’armée du Myanmar et l’Armée d’Arakan devraient immédiatement mettre fin aux attaques contre les civils, libérer tous les civils détenus illégalement et offrir réparation aux victimes et à leurs familles, a déclaré Human Rights Watch. Dans sa lettre adressée à Human Rights Watch, l’Armée d’Arakan a déclaré qu’elle faciliterait les enquêtes menées par des organisations internationales de défense des droits humains jugées crédibles et indépendantes. Les deux parties devraient coopérer pleinement avec les enquêtes indépendantes, notamment en accordant l’accès au Mécanisme d’enquête indépendant sur le Myanmar (IIMM), au Rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits de l’homme au Mynnmar, et aux organisations de défense des droits humains.
« L’armée du Myanmar semblait indifférente au sort des civils rohingyas à Hoyyar Siri en 2024, et depuis lors, la junte n’a rien fait pour répondre à leurs préoccupations plus générales en matière de droits humains », a conclu Meenakshi Ganguly. « Les gouvernements préoccupés devraient d’urgence faire pression tant sur la junte du Myanmar que sur l’Armée d’Arakan, pour qu’elles respectent les droits de toutes les communautés de l’État de Rakhine. »
Extraits de témoignages :« J’ai vu que l’Armée d’Arakan avait rassemblé les personnes qu’elle avait trouvées à Fatailla Para dans une rizière près de la mosquée, et les avait forcées à s’asseoir et à baisser la tête. Puis elle a commencé à tirer. Certains habitants ont été abattus alors qu’ils gisaient au sol. »
– Abdu Rahman, blessé lors de l’attaque.
« Je me suis rendue à l’endroit où mes enfants ont été abattus. J’ai perdu connaissance en voyant leurs corps. Leurs vêtements étaient encore intacts. »
– Rashida Hatu, qui a raconté avoir retrouvé les corps de sa fille et de son fils aîné, abattus alors qu’ils cherchaient un bunker.
« J’avais grimpé dans un grand arbre près de la lisière du village, pour voir d’où venaient les coups de feu. De là-haut, j’ai vu un grand nombre de personnes se faire tirer dessus dans les champs, au nord du village. J’ai également vu l’Armée d’Arakan mettre le feu aux maisons. J’entendais le bambou et le bois craquer à mesure que le feu se propageait. »
– Zaw Kawriya, qui a vu de loin l’incendie criminel.
« Ils nous ont emmenés dans la forêt. Là-bas, ils ont saisi tous nos objets de valeur, y compris nos téléphones portables, nos bijoux et notre argent. Ils ont même déchiré nos chemisiers et nos sous-vêtements, à la recherche d’objets de valeur à l’intérieur de nos vêtements. Mon oncle a été frappé à la tête, lorsqu’il a tenté d’empêcher des combattants de l’Armée d’Arakan d’arracher une chaîne en or du cou de sa femme. »
– Majeda Banu, interceptée alors qu’elle fuyait vers la région d’U Hla Hpay.
« Les combattants de l’Armée d’Arakan nous ont attachés avec des cordes et nous ont violemment battus… Ils nous ont bandé les yeux, nous ont forcés à monter dans un bateau, puis nous ont emmenés dans une école. J’ai entendu l’un des membres de l’Armée d’Arakan dire : “Nous ferions mieux de tuer tous les kalar [terme péjoratif désignant les musulmans rohingyas], sinon nous ne réussirons pas à accomplir notre mouvement de libération.” »
– Kefayet Ulla, capturée et torturée pendant sa détention.