01.11.2026 à 18:42
Human Rights Watch
(Sydney) – Les autorités pénitentiaires de l’État d’Australie-Méridionale, en Australie, font du tort aux détenus handicapés qui sont placés en isolement cellulaire, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui.
1 novembre 2026 “They Just Locked Me Away”Ce rapport de 50 pages, intitulé « “They Just Locked Me Away”: Solitary Confinement and Abuse of People with Disabilities in Prisons in the State of South Australia» (« “Ils m’ont simplement enfermé” : Isolement cellulaire et abus subis par des personnes handicapées dans des prisons de l’État d’Australie-Méridionale »), documente le recours à l’isolement cellulaire à l’encontre de personnes présentant des handicaps psychosociaux ou des troubles de santé mentale. Le rapport décrit les problèmes plus généraux auxquels sont confrontées les personnes handicapées dans les prisons d’Australie-Méridionale, notamment l’accès insuffisant à des soins de santé mentale personnalisés et l’absence de contrôle des conditions de détention.
En novembre, le Comité des Nations Unies contre la torture examinera le respect par l’Australie de ses obligations juridiques internationales en matière de prévention de la torture et des mauvais traitements ; le Comité a demandé au gouvernement fédéral de lui fournir des informations sur les mesures prises pour garantir que l’isolement cellulaire soit interdit aux personnes handicapées lorsque celui-ci risque d’aggraver leurs troubles de santé mentale.
« Les autorités pénitentiaires d’Australie-Méridionale devraient reconnaître les problèmes liés au placement en isolement cellulaire de détenus présentant des troubles mentaux, et mettre fin à cette pratique », a déclaré Daniela Gavshon, directrice de Human Rights Watch pour l’Australie. « L’isolement cellulaire a des conséquences préjudiciables de manière disproportionnée dans le cas de personnes présentant certains handicaps, et pourrait constituer un traitement cruel, inhumain ou dégradant, voire une forme de torture. »
En 2025 et 2026, Human Rights Watch a mené des entretiens avec plus de 40 personnes, dont 17 personnes handicapées qui avaient été incarcérées en Australie-Méridionale ; parmi ces 17 personnes, 14 étaient atteintes de handicaps psychosociaux. Parmi les autres personnes interrogées figuraient des proches et des amis des 17 personnes handicapées, des avocats, des membres d’organisations non gouvernementales, des défenseurs des droits, des professionnels de la santé, y compris des experts en santé mentale, ainsi que des universitaires.
Douze des 14 personnes présentant un handicap psychosocial ont déclaré que les autorités d’Australie-Méridionale les avaient placés en isolement cellulaire, parfois à plusieurs reprises, selon une « ordonnance de séparation » prévue dans la réglementation des prisons de cette région. Toutes ces personnes ont indiqué que cette expérience avait était pénible, et avait nui davantage encore à leur santé mentale.
La législation de l’Australie-Méridionale prévoit peu de restrictions quant aux circonstances dans lesquelles les autorités pénitentiaires peuvent imposer l’isolement cellulaire. Parmi les motifs justifiant que les autorités pénitentiaires placent des personnes en isolement cellulaire figure notamment le cas où celles-ci sont considérées comme présentant un risque réel ou perçu d’automutilation.
Human Rights Watch a constaté que la crainte d’être placée en isolement cellulaire dissuadait les personnes de révéler leurs troubles de santé mentale. Une femme présentant un handicap psychosocial a déclaré avoir tenté de cacher ses cicatrices d’automutilation afin d’empêcher les agents pénitentiaires de l’envoyer en isolement cellulaire. Des études internationales ont systématiquement démontré que l’isolement cellulaire peut accroître le risque d’automutilation et de pensées suicidaires.
Des détenus présentant un handicap physique ont également fait état d’un manque d’accessibilité dans les prisons d’Australie-Méridionale. Un homme en fauteuil roulant a déclaré avoir passé huit jours au centre de détention provisoire d’Adélaïde sans avoir accès à des sanitaires adéquats pour lui.
L’isolement cellulaire des personnes handicapées est un problème à l’échelle nationale en Australie. Human Rights Watch a précédemment documenté le recours à l’isolement cellulaire à l’encontre de détenus présentant des handicaps psychosociaux dans des prisons d’Australie-Occidentale et du Queensland, en 2018 et en 2020.
Le recours à l’isolement cellulaire pour les personnes handicapées bafoue les normes internationales en matière de droits humains. Les Règles minima des Nations Unies pour le traitement des détenus (« Règles Mandela ») précisent ceci : « Le recours à l’isolement cellulaire devrait être interdit pour les détenus souffrant d’une incapacité mentale ou physique lorsqu’il pourrait aggraver leur état. » Le Comité des droits de l’homme des Nations Unies, chargé de veiller au respect du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), a recommandé l’interdiction du placement en isolement cellulaire de détenus « présentant un handicap intellectuel ou psychosocial ».
En 2022, le Comité des Nations Unies contre la torture, dans son sixième examen périodique de l’Australie, a appelé le gouvernement à « faire en sorte que les personnes handicapées ne puissent pas être placées à l’isolement ». Cependant, le gouvernement australien n’a toujours pas pris de mesures dans ce sense. Aucune loi d’État ou de territoire n’interdit l’isolement cellulaire des personnes handicapées.
Human Rights Watch a également constaté un manque de données sur le nombre de personnes handicapées incarcérées en Australie-Méridionale et à l’échelle nationale, bien qu’il soit largement admis qu’elles soient surreprésentées dans les prisons australiennes. L’une des raisons est que le Bureau australien des statistiques n’autorise pas les personnes incarcérées à remplir elles-mêmes leurs formulaires de recensement. Toute collecte de données devrait respecter les principes des droits humains, notamment le droit à la vie privée et au consentement.
Le rapport final de la Commission royale d’enquête sur la violence, les abus, la négligence et l’exploitation des personnes handicapées, une enquête nationale qui s’est achevée en 2023, a constaté que ces lacunes dans les données « posent des défis aux gouvernements lorsqu’ils conçoivent et mettent en œuvre des mesures de soutien et des services destinés aux personnes présentant un handicap cognitif impliquées dans le système pénal ». Le gouvernement d’Australie-Méridionale devrait adopter des lois interdisant le recours à l’isolement cellulaire dans le cas de personnes handicapées, renforcer la surveillance indépendante des prisons et veiller à ce que les personnes incarcérées aient un accès adéquat aux prestations liées au handicap, notamment aux soins et au soutien en matière de santé mentale, a déclaré Human Rights Watch. Le gouvernement devrait également investir dans des alternatives à la détention de personnes handicapées.
« Les autorités pénitentiaires dans plusieurs régions de l’Australie bafouent les droits de certains détenus handicapés », a conclu Daniela Gavshon. « Le gouvernement fédéral et ceux des États devraient prendre des mesures urgentes pour garantir une surveillance indépendante adéquate des prisons et investir dans des alternatives à l’incarcération. »
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30.10.2026 à 16:29
Human Rights Watch
Cette semaine, un forum sportif chinois a exhumé une interview datant d’avril 2026 dans laquelle la star du football du Real Madrid, Kylian Mbappé, se compare, sur le ton de la plaisanterie, à un « dictateur chinois ». Si Mbappé, connu pour dicter le jeu sur le terrain, n’a cité aucun nom, le site a ajouté une illustration le représentant sous les traits de Mao Tsé-Toung, fondateur du Parti communiste chinois.
La réaction de Pékin ne s’est pas fait attendre. Le ministère chinois des Affaires étrangères a déclaré que ces propos « avaient heurté les sentiments du peuple chinois. » La chaîne publique chinoise CCTV a suspendu la diffusion de tous les matchs du championnat d'Espagne de football, la Liga.
Le Parti communiste chinois, sous Xi Jinping, a peu de tolérance pour tout ce qui pourrait être interprété comme un affront à la Chine, même une remarque faite sur Mao sur le ton de la plaisanterie. Javier Tebas, président de la ligue espagnole de football, a présenté des excuses tout en vantant les liens de la Liga avec des « services gouvernementaux » chinois.
Mao a lancé, en Chine, le « Grand Bond en avant » et la Révolution culturelle, des désastres qui ont entraîné des pertes en vies humaines et des souffrances considérables. Dans son livre paru en 2008 « Tombstone: The Untold Story of Mao's Great Famine » (Stèles - La Grande Famine en Chine (1958-1961)), le journaliste Yang Jisheng estime qu’au moins 36 millions de personnes sont mortes de faim ou des suites d’abus liés à la famine qui a frappé le pays entre 1958 et 1961. Il y a eu des périodes où, en Chine, il était possible d’évoquer certains aspects de ces horreurs. Mais, à l’heure actuelle, sous l’emprise toujours plus étroite de Xi, de telles questions ne sont plus tolérées.
Si Mbappé, qui s’est empressé de présenter ses excuses, risque de perdre des sponsors chinois, ce sont les Chinois qui en paient le prix le plus lourd.
En 2021, le gouvernement chinois a adopté une loi punissant, par une peine pouvant aller jusqu’à trois ans de prison, les personnes qui diffament les « héros et martyrs ». Par la suite, les autorités ont infligé une amende de 14,7 millions de yuans (environ 2,1 millions de US dollars) à l’entreprise d’un humoriste, après que celui-ci a fait une blague au sujet de l’Armée populaire de libération. Les autorités ont également condamné récemment l’artiste Gao Zhen à trois ans de prison en vertu de la même loi, pour ses sculptures provocatrices représentant Mao. Dans l’une d’elles, il a mis en scène Mao à genoux, présentant ses excuses à ses victimes.
La réaction de Pékin à la remarque désinvolte de Mbappé rappelle que, lorsqu’il s’agit de contrôler la pensée et la parole, le Parti communiste chinois aura toujours le dernier mot.
30.10.2026 à 15:16
Human Rights Watch
Le Trésor américain a annoncé cette semaine de nouvelles sanctions à l’encontre du ministère rwandais de la Défense et de la Zigama Credit and Savings Society, une institution financière rwandaise qui, selon le Trésor américain, aurait permis d’effectuer des paiements destinés à l’armée rwandaise et au M23, un groupe armé abusif. Ces sanctions gèlent tous les avoirs et intérêts des parties visées aux États-Unis et les empêchent de fait d’utiliser le dollar américain dans leurs transactions internationales.
Des milliers de soldats rwandais ont combattu aux côtés du M23 dans l’est de la République démocratique du Congo depuis la résurgence du groupe armé fin 2021. L’armée rwandaise a également fourni au M23 un soutien logistique et matériel important. En annonçant ces nouvelles sanctions, le Trésor américain a souligné que le M23 s’était rendu coupable de graves violations des droits humains. Ce groupe armé est responsable d’exécutions extrajudiciaires, de violences sexuelles, de recrutements forcés et de travail forcé, de détentions illégales, de transferts forcés de population, ainsi que de torture et d'autres violences physiques dans les zones sous son contrôle. Le Trésor a également indiqué qu'une succursale de Zigama avait permis le transport d'or provenant du territoire contrôlé par les rebelles dans l'est de la RD Congo vers Kigali, la capitale rwandaise, et avait facilité des transactions financières pour le M23 d'une valeur de plusieurs dizaines de millions de dollars.
Si les sanctions américaines précédentes, prononcées en mars, visaient les Forces de défense rwandaises (Rwanda Defence Force, RDF) et certains hauts responsables militaires, celles qui visent désormais le ministère ciblent l’institution chargée de superviser l’ensemble des opérations militaires menées en soutien au M23. Ces sanctions interviennent quelques semaines après que l’ancien président congolais Joseph Kabila a annoncé la création d’une coalition politico-militaire incluant le M23, baptisée Front pour la refondation de la nation (FRN). Washington avait déjà imposé des sanctions à Kabila en avril pour son soutien présumé à des groupes armés.
Les sanctions à elles seules ne suffiront toutefois pas à protéger les civils et devraient être accompagnées de mesures concrètes visant à mettre fin aux exactions. Les Nations Unies ont identifié le M23 comme le principal auteur des violations des droits humains documentées en 2025, l'armée congolaise arrivant en deuxième position.
Les États-Unis et d’autres gouvernements devraient également faire pression sur la RD Congo pour qu’il mène des enquêtes et poursuive en justice ses propres forces responsables d’exactions, veille à ce qu’elles respectent le droit humanitaire et cesse de soutenir les groupes armés abusifs. Avant tout, il faut intensifier les pressions pour que la protection des civils et la reddition des comptes soient au cœur des négociations pour la paix.