10.09.2026 à 06:00
Human Rights Watch
(Beyrouth) – Les autorités iraniennes exécutent illégalement des manifestants et des dissidents politiques, ce qui constitue une atteinte implacable au droit à la vie, ont déclaré aujourd’hui Human Rights Watch et le Centre Abdorrahman Boroumand pour les droits humains en Iran (Abdorrahman Boroumand Center for Human Rights in Iran).
Entre le 18 mars et la fin du mois d’août 2026, les autorités ont arbitrairement exécuté au moins 59 hommes poursuivis pour des chefs d’accusation liés à la sûreté nationale, vagues et politiquement motivés, à l’issue de procès d’une injustice flagrante. Parmi eux, 29 au moins avaient été arrêtés en lien avec les manifestations de décembre 2025 et janvier 2026, et trois au moins avec les manifestations « Femme, vie, liberté » de 2022. Plusieurs étaient des jeunes âgés de 18 ou 19 ans et beaucoup d’autres avaient une vingtaine d’années. Cinq d’entre eux ont été exécutés en public, ce qui viole l’interdiction absolue de la torture et des autres mauvais traitements.
« Jour après jour, les autorités iraniennes envoient des manifestants à la potence, dont des adolescents, en se fondant sur des ‘aveux’ entachés de torture et à l’issue de procédures indignes de la justice, trop courtes pour pouvoir établir la culpabilité d’un accusé, même s’il s’agissait d’un délit mineur, sans même parler d’accusations passibles de la peine de mort », a déclaré Bahar Saba, chercheuse senior sur l’Iran auprès de Human Rights Watch. « Le message des autorités, très clairement, est que toute manifestation sera brutalement réprimée, que ce soit par balles dans la rue ou via des exécutions publiques résultant de procès bidon. »
Human Rights Watch et le Centre Boroumand ont consulté les éléments de preuve contenus dans les dossiers des personnes exécutées entre le 18 mars et fin août 2026, ainsi que de celles qui sont condamnées à mort ou risquent de l’être à la suite des récentes manifestations. Les deux organisations se sont entretenues avec douze personnes, y compris des défenseur·es des droits humains, des journalistes, d’anciens codétenus et d’autres sources bien informées.
Les chercheurs ont également écouté des messages vocaux de détenus, plusieurs enregistrements et transcriptions audio d’entretiens réalisés par des défenseur·es des droits humains qui les ont transmis aux deux organisations, ainsi que des déclarations officielles et des annonces d’exécution, notamment de l’agence de presse officielle de la justice, des communiqués de presse, des rapports des organisations de défense des droits humains et des jugements concernant trois affaires de peine capitale. Les organisations ont également visionné plusieurs vidéos d’« aveux » de personnes exécutées par la suite, qui ont été diffusées sur les médias publics.
Les procédures sommaires, les « aveux » entachés de torture et les exécutions publiques ont caractérisé l’instrumentalisation de la peine de mort par les autorités iraniennes suite aux massacres de manifestants de janvier 2026 ; l’objectif est d’instiller la peur et de dissuader de nouveaux actes publics de dissidence, ont précisé les deux organisations. La grande majorité des manifestants ont été exécutés dans un délai de seulement six mois après leur arrestation, ce qui ne leur a pas laissé assez de temps pour préparer leur défense.
Saleh Mohammadi, 19 ans, un champion de lutte, a été arbitrairement exécuté environ cinq semaines après son arrestation. Amir Hossein Hatami, 18 ans, a été exécuté arbitrairement 84 jours après son arrestation. Sasan Azadvar Jonaqani, 21 ans, un champion de karaté, a été arrêté, condamné et arbitrairement exécuté en moins de quatre mois, pour des actes présumés tels que briser les vitres d’un fourgon de police à l’aide de pierres et d’une matraque.
Sur les 29 dossiers de peine capitale, 16 cas n’impliquaient aucune allégation de meurtre et encore moins d’homicide volontaire, qui est le seul crime pour lequel le droit international relatif aux droits humains envisage l’application de la peine de mort. En droit international, la peine capitale constitue une exception au niveau juridique et ne peut être éventuellement appliquéepar les États qui l’ont conservée, que pour « les crimes les plus graves », qui se limitent aux homicides volontaires, et dans le cadre des limites et des protections les plus strictes.
Human Rights Watch et le Centre Boroumand s’opposent à la peine de mort en toute circonstance, sans exception et quelle que soit la nature du crime – cette peine constituant le l’ultime châtiment cruel, inhumain et dégradant.
Ces jeunes manifestants ont été exécutés pour avoir présumément incendié des bâtiments et des véhicules, fabriqué, possédé et utilisé des cocktails Molotov, ou encore pour avoir pénétré dans des édifices publics et d’État ou les avoir endommagés.
Parmi les 13 autres affaires, dans au moins dix cas, l’État alléguait l’implication des accusés dans des meurtres ou des accidents mortels, mais sans les inculper de meurtre. Les accusés n’étaient reconnus coupables que de crimes vaguement formulés, comme l’« inimitié envers Dieu » ou la « corruption sur terre ». Les autorités ont invoqué ces infractions très floues pour condamner à mort des personnes, voire des groupes de personnes, pour des actes présumés d’incitation à la violence, d’agression non létale, de possession d’armes, sans établir leur véritable rôle dans des meurtres éventuels.
Dans plusieurs cas, les autorités se sont appuyées sur l’accusation d’« action opérationnelle pour le compte d’États hostiles », un crime passible de la peine capitale introduit par une loi de 2025 intitulée « Intensification des châtiments à l’égard des espions et collaborateurs du régime sioniste et des États hostiles ».
« Au moins huit manifestants ont été reconnus coupables d’avoir bafoué la loi de 2025 contre l’espionnage, rédigée en des termes vagues, qui a permis d’élargir le champ des comportements punissables de mort et de raccourcir les délais de procédure », a déclaré Roya Boroumand, directeur exécutif du Centre Abdorrahman-Boroumand pour les droits humains en Iran. « Introduite au départ à la suite des manifestations d’ampleur nationale de fin 2019-début 2020, cette loi est devenue un mécanisme accéléré permettant de condamner à mort des manifestants sans aucune preuve d’espionnage ni de coopération avec un État hostile, ainsi qu’un message terrifiant adressé aux personnes qui pourraient révéler comment ces condamnations ont été obtenues. »
Les deux organisations ont documenté des schémas récurrents où la personne poursuivie est empêchée de bénéficier d’un avocat indépendant de son choix, torturée et victime de mauvais traitements, notamment de simulacres d’exécution et de menaces de viol. Les accusés ont été condamnés par des tribunaux qui manquent fondamentalement d’indépendance et d’impartialité. Il faut noter en particulier que ces tribunaux s’appuient systématiquement, comme éléments de preuve, sur des « aveux » extorqués sous la torture et des rapports des services de sécurité et de renseignement.
Des dizaines d’autres manifestants et dissidents politiques, y compris des femmes, des enfants et plusieurs personnes dont les coaccusés ont déjà été exécutés, risquent toujours une exécution imminente. Le 28 juillet 2026, Amnesty International a rapporté qu’elle avait identifié 60 personnes, dont trois enfants, qui risquaient d’être exécutées en lien avec les manifestations. Le Comité bénévole suivant la situation des détenus (Volunteer Committee to Follow-Up on the Situation of Detainees), un réseau d’activistes iraniens en exil, a publié les noms de plus de 60 personnes qui étaient condamnées à mort à la date du 14 août. Selon une autre organisation, Iran Human Rights, plus de 70 manifestants risquent l’exécution rien que dans la prison d’Ispahan.
Mais on estime que le nombre de manifestants et de dissidents risquant l’exécution est bien plus élevé encore. De nombreux cas n’ont pas été rapportés en raison de coupures d’Internet et d’une crainte justifiée de représailles de la part de l’État. Une directive officielle du ministère du Renseignement, émise en vertu de la loi de 2025 contre l’espionnage, a désigné des centaines de médias, d’organisations de défense des droits humains et d’activistes comme « ennemis », pénalisant tout contact avec eux. Cela a exacerbé le climat de crainte, forçant encore davantage les proches des victimes à garder le silence, alors que le plaidoyer et l’attention de la communauté internationale auraient pu sauver la vie des personnes qui étaient dans le couloir de la mort, ont déclaré les organisations.
L’opposition à la peine de mort et à l’exécution illégale des manifestants est, en soi, traitée comme un comportement « criminel ». Le 30 juillet, le procureur de Téhéran a annoncé que des poursuites judiciaires avaient été lancées contre plusieurs personnes ayant exprimé leur opposition aux exécutions.
Les autorités ont systématiquement dénigré et diffamé les manifestants, y compris ceux qui avaient été arbitrairement exécutés, en les qualifiant de « troupes sur place d’un coup d’État américano-israélien » et en les accusant de façon répétée de « préparer le terrain et de fournir un prétexte » aux frappes militaires subies par l’Iran en février.
La forte hausse du nombre d’exécutions politiques s’inscrit dans le contexte d’une augmentation considérable du nombre total d’exécutions en Iran. Le Centre Boroumand en a enregistré au moins 2 113 exécutions en 2025, soit le nombre le plus élevé , selon les informations disponibles, depuis la fin des années 1980.
Les États membres des Nations Unies devraient exhorter d’urgence les autorités iraniennes à cesser toutes les exécutions et à mettre en place un moratoire conduisant à l’abolition de la peine de mort, ont déclaré Human Rights Watch et le Centre Boroumand.
Les organes et experts des Nations Unies, ainsi que des organisations de défense des droits humains, estiment que l’impunité systématique, structurelle et historique qui prévaut en Iran pour les auteurs de violations et de crimes du droit international, y compris les juges et les procureurs, constitue un élément majeur favorisant les atrocités dans le pays. Dans les rapports qu’elle a émis depuis 2024, la Mission d’enquête des Nations Unies sur l’Iran a constaté que « les juges prononçant des peines de mort se fondaient sur des preuves entachées par la torture et présidaient des procès marqués par de graves violations du droit à un procès équitable » et que, dans ce contexte, ils pouvaient être tenus pour responsables de crimes graves au regard du droit international.
Compte tenu de l’impunité qui règne en Iran, les autorités judiciaires des autres pays devraient mener des enquêtes, selon le principe de la compétence universelle, en vue de demander des comptes aux fonctionnaires iraniens soupçonnés d’être responsables de crimes internationaux graves. Lorsqu’il existe suffisamment de preuves, les États devraient poursuivre ces crimes conformément aux lois nationales. Les États qui assurent des enquêtes structurelles – c’est-à-dire des enquêtes qui se penchent sur des schémas récurrents de violations qui peuvent ensuite être reliées à des affaires spécifiques dans lesquelles des individus sont poursuivis –devraient collecter et préserver des preuves concernant les crimes internationaux graves commis en Iran afin de faciliter les futures poursuites judiciaires.
Suite détaillée en anglais.
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Articles
France Info HuffPost
BFM
09.09.2026 à 06:00
Human Rights Watch
(New York, le 9 septembre 2026) – L’utilisation récente de munitions au phosphore blanc par les forces israéliennes au Liban met en évidence la nécessité d’une nouvelle loi internationale afin de réglementer l’usage de ces armes dévastatrices, ont déclaré Human Rights Watch et la Clinique internationale des droits humains (International Human Rights Clinic) de la faculté de droit de Harvard, dans un rapport conjoint publié aujourd’hui. Les deux organisations ont exhorté les pays à aborder cette question lors des réunions sur le désarmement qui se tiendront à New York en octobre 2026, dans le cadre de la 81ème session de l’Assemblée générale des Nations Unies.
9 septembre 2026 Uncontrolled BurnLe rapport de 45 pages, intitulé « Uncontrolled Burn: The Inhumane Effects of White Phosphorus Munitions and the Need for Stronger Law » (« Brûlures incontrôlées : Effets inhumains des munitions au phosphore blanc et nécessité d'une loi plus stricte »), documente 23 incidents avérés d'utilisation de ces munitions par Israël dans le sud du Liban, entre mars et mai 2026. Le rapport détaille également les dommages considérables causés par ces munitions lors des conflits armés de ces dernières années. Les munitions au phosphore blanc, qui s’enflamment au contact de l’oxygène, ne sont actuellement soumises à aucun traité spécifique.
« Les munitions au phosphore blanc peuvent infliger des brûlures atroces et causer des dommages physiques, psychologiques et socio-économiques permanents », a déclaré Bonnie Docherty, conseillère senior sur les questions d’armes auprès de la division Crises, conflits et armes de Human Rights Watch et chargée de cours à la Clinique internationale des droits humains à la faculté de droit de Harvard. « Les pays devraient condamner l’utilisation continue de munitions au phosphore blanc, appeler à de nouvelles négociations internationales sur cette question, et veiller à ce que le droit international prenne en compte de manière adéquate le coût humain inacceptable de ces armes. »
Les conclusions du rapport reposent sur une analyse juridique, une enquête menée à partir de sources ouvertes, 16 entretiens (en personne et à distance), le suivi de procédures diplomatiques et des recherches documentaires.
Play VideoD’autres utilisations de munitions au phosphore blanc ont été signalées depuis 2000, notamment par Israël à Gaza en 2008-2009 et en 2023 ; par les forces de la coalition dirigée par les États-Unis contre l'État islamique en Irak et en Syrie en 2017 ; par les forces de la coalition dirigée par l'Arabie saoudite au Yémen en 2016 ; par les forces éthiopiennes en Somalie en 2007 ; par les forces de l'OTAN, principalement des États-Unis, et par les forces antigouvernementales en Afghanistan entre 2005 et 2011, ainsi que par les États-Unis en Irak en 2004.
L’utilisation de munitions au phosphore blanc qui explosent en l'air au-dessus de zones peuplées est indiscriminée – c'est-à-dire qu'elle ne fait aucune distinction entre combattants et civils – et viole donc le droit international humanitaire. Pourtant, malgré leurs effets incendiaires, ces munitions ne sont pas couvertes par le Protocole III de 1980 à la Convention sur les armes classiques, qui concerne la réglementation des armes incendiaires.
Le Protocole III définit les armes incendiaires comme étant «essentiellement conçues » pour provoquer des incendies et brûler des personnes. Cette définition exclut les armes conçues à d'autres fins, même si elles produisent les mêmes effets incendiaires. Elle n'inclut donc pas les munitions au phosphore blanc, qui sont principalement conçues soit pour masquer, soit pour éclairer des opérations militaires.
Human Rights Watch et la Clinique de Harvard ont analysé l’utilisation de munitions au phosphore blanc en se basant sur la Clause de Martens, une disposition du droit international humanitaire qui stipule qu'en l'absence de traité spécifique sur un sujet, les civils et les combattants doivent être protégés en vertu des « principes d'humanité » et des « exigences de la conscience publique ».
Les munitions au phosphore blanc relèvent de la Clause de Martens, ont affirmé les organisations dans leur rapport. Les blessures inhumaines et difficiles à soigner qu'elles provoquent sont incompatibles avec les « principes d'humanité ». Le phosphore blanc peut brûler les personnes jusqu'à l'os, et toute particule restante dans une plaie peut se rallumer lorsque les pansements sont retirés et exposés à l'oxygène.
Les objections formulées à l’encontre de ces armes par des pays, des organisations internationales, des organisations de la société civile, des professionnels de la santé et des institutions financières prouvent que ces munitions vont aussi à l'encontre des « exigences de la conscience publique ». Une législation internationale plus stricte et précise est nécessaire pour traiter ces questions, ont affirmé Human Rights Watch et la Clinique de Harvard.
« Des diplomates, des médecins, des enquêteurs de l'ONU et d’autres personnes ont exprimé leur indignation face aux blessures cruelles causées par les munitions au phosphore blanc », a déclaré Bonnie Docherty. « Des pays ont déjà adopté des traités sur les gaz toxiques et les lasers aveuglants, car ces armes sont inhumaines et contraires à la conscience publique. Ils devraient faire de même pour les munitions au phosphore blanc. »
Les munitions au phosphore blanc étant conçues pour être utilisées pour leur capacité incendiaire et non pour leur toxicité, elles ne sont pas considérées comme des armes chimiques, et ne sont donc pas couvertes par la Convention sur les armes chimiques.
La plupart des discussions sur les munitions au phosphore blanc se sont jusqu'à présent déroulées dans le cadre de la Convention sur les armes classiques (CCAC). Des dizaines de pays ont condamné les dommages qu'elles causent, et ont appelé à des discussions approfondies sur le sujet.
Les réunions des États parties à la Convention sur les armes classiques fonctionnent par consensus. Or, la Russie et d'autres opposants à un renforcement du droit international ont bloqué les propositions visant à examiner conséquences humanitaires des armes incendiaires et des armes à effets incendiaires, ainsi qu'à aborder l'insuffisance du Protocole III.
Malgré ces obstacles, les pays favorables à une action contre le phosphore blanc devraient également soulever la question lors de la Conférence d'examen quinquennale de la Convention CCAC, prévue du 16 au 20 novembre à l'ONU à Genève.
« L’objectif ultime devrait être l’adoption d’une loi internationale forte qui comble les lacunes juridiques actuelles, et stigmatise l’utilisation des munitions au phosphore blanc », a conclu Bonnie Docherty. « Une interdiction totale de la production, du transfert et de l’utilisation de ces armes aurait les plus grands bienfaits humanitaires. »
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Articles
LibnaNews
09.09.2026 à 00:00
Human Rights Watch
(Séoul, le 9 septembre 2026) – En Corée du Sud, les femmes sont confrontées à une discrimination sexiste systémique à chaque étape de leur vie professionnelle, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui. Ces répercussions négatives s’accumulent à mesure que les femmes vieillissent et sont aggravées par une discrimination systémique fondée sur l’âge, ce qui nuit à leur santé physique et mentale.
8 septembre 2026 Too Old and A WomanCe rapport de 92 pages, intitulé « 'Too Old and a Woman': Systemic Age and Gender Discrimination Against Women at Work in South Korea » (« “Trop vieille et c’est une femme” : Discrimination systémique fondée sur l’âge et le genre à l’encontre des femmes au travail en Corée du Sud »), montre que les attitudes sociales vis-à-vis de l’éducation, les inégalités de traitement à l’embauche, les interruptions de carrière dues aux responsabilités familiales, les possibilités de promotion limitées, les plafonds de verre et le harcèlement sexuel créent un désavantage pour les femmes sud-coréennes tout au long de leur vie professionnelle. À mesure que les femmes vieillissent, leurs perspectives d’emploi se réduisent à une poignée d’emplois mal rémunérés et précaires, et l’écart salarial entre les sexes se creuse. Au moment où elles peuvent prétendre à une retraite, les femmes sont confrontées à un écart de retraite important entre les sexes.
« Les femmes sud-coréennes passent toute leur vie active dans un système qui leur est défavorable, et la situation devient plus difficile à mesure qu’elles vieillissent », a déclaré Bridget Sleap, chercheuse senior sur les droits des personnes âgées à Human Rights Watch. « Le gouvernement devrait prendre des mesures pour garantir l’égalité des femmes au travail et leur accès à des retraites adéquates. »
Entre février et novembre 2025, Human Rights Watch a mené des entretiens avec 41 femmes sud-coréennes, âgées de 28 à 87 ans, travaillant dans les secteurs public et privé. En outre, Human Rights Watch a consulté 59 expert.e.s, notamment des chercheur.euses, des universitaires et des syndicalistes, analysé des données gouvernementales et examiné la législation nationale ainsi que des rapports émanant d’institutions gouvernementales, de recherche et internationales.
Human Rights Watch a constaté que plus les femmes avancent en âge, moins elles ont d’opportunités professionnelles et plus leurs conditions de travail se détériorent. À 20 ans, Yang Myung-ju, aujourd’hui âgée de 55 ans, traitait les demandes d’indemnisation dans une compagnie d’assurance. Lorsqu’elle a repris le travail à 41 ans après avoir élevé ses fils, le seul emploi qu’elle a pu trouver était un poste à temps partiel dans un centre d’appels, avec un contrat temporaire sans indemnités de maladie. « Lorsque j’ai essayé de reprendre le travail dans une grande entreprise, les postes avaient déjà été attribués à des travailleurs plus jeunes et il n’y avait pas de place pour les femmes d’âge mûr », a-t-elle déclaré. « Seul le centre d’appels n’imposait aucune limite d’âge. »
Le gouvernement a entrepris des efforts pour aider les femmes à reprendre le travail, mais d’une manière qui contribue à la ségrégation professionnelle des femmes. Le ministère de l’Emploi et du Travail promeut, sur son site d’offres d’emploi Work24, des postes destinés aux femmes âgées de 30 à 50 ans ; mais les postes proposés renforcent les stéréotypes de genre, en se concentrant principalement sur le secteur de la beauté, les métiers de soins, l’éducation et l’accompagnement relationnel.
Le ministère du Travail propose aux personnes âgées un éventail encore plus restreint d’emplois précaires et faiblement rémunérés. Soixante pour cent des offres d’emploi sur Work24 destinées aux personnes âgées de 50 ans ou plus concernaient des emplois d’aide à domicile, et 90 % d’entre elles relevaient de seulement cinq catégories : soins de santé, aide et accompagnement ; services de nettoyage ; sécurité et gestion des bâtiments ; et restauration. La majorité des candidates aux postes peu rémunérés d’aide-soignante, d’agente d’entretien, d’aide de cuisine, de cuisinière et d’assistante sociale sont des femmes âgées.
Les emplois proposés aux femmes âgées peuvent nuire gravement à leur santé physique et mentale, a constaté Human Rights Watch. Les aides-soignantes âgées sont exposées à un risque disproportionné de harcèlement sexuel, de comportements sexuels inappropriés et d’abus. La charge de travail physique intense des cuisinières scolaires, des agents d’entretien, des aides-soignantes et de celles qui travaillent dans la rue a des conséquences néfastes.
À mesure qu’elles vieillissent, les femmes sont confrontées à l’âgisme — stéréotypes, préjugés et discrimination fondés sur l’âge — ainsi qu’au sexisme. « Personne n’apprécie les femmes âgées au travail », a déclaré C. Eun-jung, une employée des transports âgée de 55 ans. Elle a expliqué que ses jeunes collègues masculins appelaient les femmes plus âgées « kkul ajumma », c’est-à-dire « tante au miel ». « C’est très moqueur », a-t-elle ajouté, « et cela a une connotation négative, selon laquelle les femmes [âgées] s’approprient les avantages qui devraient revenir aux hommes, comme si elles suçaient du miel. »
La réglementation régissant la pension nationale de vieillesse aggrave encore le problème des faibles pensions des femmes, qui sont en moyenne inférieures de 47 % à celles des hommes. Les femmes sont plus susceptibles que les hommes de percevoir une pension réduite, car elles n’ont pas cotisé pendant les 20 ans ou plus nécessaires pour avoir droit à une pension complète. La conception du « crédit de maternité » désavantage également les femmes. Comme cette prestation est versée à l’âge d’admissibilité à la retraite et généralement attribuée au parent ayant les revenus les plus élevés, seules 3 % des bénéficiaires du crédit de maternité en 2025 étaient des femmes, bien que celles-ci constituent la grande majorité des personnes qui s’occupent principalement de leurs enfants.
Jung Kyong-sook, 55 ans, a repris le travail vers le milieu de la quarantaine et aura droit à la pension nationale de vieillesse à 65 ans, mais s’attend à percevoir une pension inférieure au seuil de pauvreté mensuel de 1,2 million de wons sud-coréens (791 dollars US). « Le montant de la pension est très faible », a-t-elle déclaré. « Je pense que je toucherai entre 500 000 et 600 000 wons [349 à 419 dollars] par mois. C’est pour cela que nous devons travailler jusqu’à 70 ans. »
En mai, Human Rights Watch a contacté les ministères de l’Emploi et du Travail, de l’Égalité des sexes et de la Famille, de la Santé et des Affaires sociales, ainsi que le Service national des retraites, afin d’obtenir leurs commentaires sur ses conclusions, mais n’a reçu aucune réponse.
Les conclusions de Human Rights Watch concordent avec les données gouvernementales qui font état d’inégalités persistantes liées au genre et à l’âge en matière d’emploi et de revenus de retraite.
En vertu du droit international relatif aux droits humains, la Corée du Sud est tenue de veiller à ce que chaque personne puisse jouir de ses droits à la non-discrimination, au travail et à la sécurité sociale, indépendamment de son âge et de son genre. Le gouvernement sud-coréen devrait restreindre l’utilisation de stéréotypes préjudiciables liés à l’âge et au genre, éliminer ce type de préjugés de ses programmes d’aide à l’emploi, adopter une loi anti-discrimination exhaustive et garantir un accès égal à des retraites d’un montant au moins équivalent au salaire minimum vital.
« La discrimination systémique au travail cause un préjudice considérable aux femmes sud-coréennes », a conclu Bridget Sleap. « Le gouvernement sud-coréen devrait démanteler les stéréotypes préjudiciables liés au genre et à l’âge afin que les femmes, qu’elles soient jeunes ou âgées, ne soient pas piégées dans un système caractérisé par des salaires en baisse constante, une ségrégation professionnelle croissante et des revenus insuffisants à un âge avancé, avec peu d’espoir d’amélioration. »
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