13.07.2026 à 21:02
Human Rights Watch
(Bangkok, 13 juillet 2026) – Les risques mortels auxquels sont confrontés les réfugiés rohingyas au Bangladesh ont été mis en évidence par les glissements de terrain survenus en juillet, qui ont fait au moins 17 morts et déplacé plus de 3 000 personnes, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.
Le Bangladesh accueille plus d’un million de réfugiés rohingyas depuis près d’une décennie ; ces familles, dont le nombre ne cesse de croître, sont entassées dans des abris en bambou et couvertes de bâches en plastique, sur des versants escarpés et déboisés, particulièrement vulnérables pendant la saison de la mousson. Alors que de nouveaux réfugiés continuent d’affluer depuis le Myanmar, le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a signalé à plusieurs reprises les risques de décès et de blessures dans ces camps surpeuplés, en raison des cyclones, des inondations et des glissements de terrain aux effets parfois mortels. Les autorités bangladaises, l’ONU et les gouvernements donateurs devraient réduire la surpopulation dans les camps de réfugiés et renforcer d’urgence l’aide requise pour rétablir des digues, le drainage et les voies d’accès, ainsi que pour la mise en place de sites de relogement d’urgence.
« Chaque mousson devient de plus en plus meurtrière pour les réfugiés rohingyas au Bangladesh, les collines dénudées s’effondrant sous les abris de fortune, alors que les fonds destinés à consolider les camps se sont taris », a déclaré Meenakshi Ganguly, directrice adjointe de la division Asie à Human Rights Watch. « Il ne s’agit pas simplement de catastrophes naturelles, mais d’une conséquence prévisible de politiques qui mettent la vie des réfugiés en danger. »
L’ONG Rohingya Coordination Platform (RCP - Plateforme de coordination pour les Rohingyas) a signalé qu’entre le 4 et le 9 juillet, 286 incidents liés aux intempéries se sont produits dans les camps de Cox’s Bazar, touchant 26 119 réfugiés ; 95 glissements de terrain ont déplacé 4 307 personnes, endommagé partiellement 2 809 abris et détruit 13 abris. Plusieurs centres d’apprentissage, des installations sanitaires et d’approvisionnement en eau courante, des murs de soutènement, des allées, des escaliers, des ponts et des routes ont également été endommagés. Les autorités bangladaises ont évacué plus de 1 000 réfugiés des zones à haut risque, mais beaucoup de personnes ont refusé de quitter leurs abris.
Human Rights Watch a mené des entretiens avec neuf personnes : cinq réfugiés rohingyas touchés par les glissements de terrain, et quatre travailleurs humanitaires impliqués dans les interventions d’urgence.
Un ingénieur civil spécialisé dans l’eau, l’assainissement et l’hygiène a déclaré que la conception des campements était défaillante dès le départ. « Lorsque les Rohingyas se sont réfugiés ici pour la première fois, les campements ont été aménagés en creusant les collines, sans système de drainage prévu », a-t-il expliqué. « Aujourd’hui, en raison des coupes budgétaires, les travaux durables de prévention des glissements de terrain, notamment la maçonnerie, ne peuvent pas être réalisés correctement, tandis que le gouvernement bangladais refuse d’autoriser les constructions permanentes sur les sites des campements. »
Les réfugiés nouvellement arrivés sont particulièrement exposés aux risques, car on ne leur attribue pas d’abris officiels et ils finissent par louer ou acheter des logements précaires, a indiqué Human Rights Watch. « J’ai demandé à plusieurs reprises au personnel des ONG [organisations non gouvernementales] de me fournir un abri, mais ils m’ont répondu qu’aucun logement n’était attribué aux nouveaux arrivants », a déclaré un homme, arrivé au Bangladesh en août 2024. Ses deux filles et ses deux petits-enfants sont décédés le 6 juillet car ils vivaient au bord d’une colline, dans un abri de fortune qu’il avait lui-même construit. « Je ne savais pas que la colline s’effondrerait ainsi », a-t-il déclaré.
Entre novembre 2023, lorsque des combats ont repris entre l’armée du Myanmar et l’Armée d’Arakan, un groupe armé ethnique, et mai 2026, au moins 152 000 Rohingyas ont fui le Myanmar pour chercher refuge à Cox’s Bazar. L’ONG Rohingya Refugee Response a lancé un appel de fonds urgent, soulignant que le plan initial de 2025 avait prévu 50 000 nouveaux arrivants, mais que compte tenu du triplement de ce nombre, ces prévisions étaient désormais insuffisantes.
Le gouvernement bangladais n’a pas encore pris de décision suite à la demande du HCR visant à obtenir davantage de terrains pour accueillir ces nouveaux arrivants, qui sont entassés sur les 24 kilomètres carrés déjà alloués aux camps. « Le gouvernement ne veut pas que les réfugiés considèrent le Bangladesh comme leur lieu de résidence permanent », a expliqué un travailleur humanitaire. « Ainsi, lors de chaque réunion, les autorités semblent très strictes et refusent catégoriquement d’autoriser la construction d’abris pour les nouveaux arrivants. »
En raison d’une demande croissante de logements, les réfugiés ont peur de quitter leurs habitations. « Nous menons sans cesse des campagnes de sensibilisation, mais nous ne parvenons pas à déplacer un grand nombre de personnes en situation de risque », a déclaré un travailleur humanitaire. « Il y a peu de temps, dans le camp 18, j’ai vu qu’après un glissement de terrain, une habitation s’était à moitié effondrée sur une autre, mais nous n’avons toujours pas pu évacuer les occupants. »
Les travailleurs humanitaires ont également indiqué que les relogements d’urgence sont difficiles, car les camps manquent d’espace et que les sites temporaires – tels que les centres d’apprentissage ou les espaces destinés à la prise en charge des enfants, des adolescents et des femmes – manquent souvent d’espaces personnels et de services adéquats. « Les gens craignent que, dans les centres d’apprentissage ou autres lieux de relogement, de nombreuses personnes soient regroupées, ce qui pose des problèmes d’accès aux toilettes et d’autres préoccupations liées à l’intimité », a expliqué le travailleur humanitaire.
En décembre 2024, le gouvernement bangladais a approuvé la construction d’abris temporaires plus solides que les structures existantes en bambou et en bâche. Le gouvernement a également approuvé trois modèles d’abris semi-permanents, et envisage des projets pilotes visant à créer des abris à deux étages pour remédier à la surpopulation. Le gouvernement a en outre donné son accord pour la reconstruction de 50 000 abris. Cependant, les coupes dans le financement humanitaire annoncées en janvier 2025 ont mis un terme à ce projet. Le département des forêts, les représentants locaux et les membres des communautés d’accueil se sont opposés à ces projets, qui impliquent une installation permanente, mettant en garde contre la perte de terres forestières protégées.
La sécurité des abris devrait être considérée comme une question relevant des droits humains, et non comme une concession en faveur d’une installation permanente, a déclaré Human Rights Watch. Les bailleurs de fonds devraient financer ces modèles d’abris plus sûrs qui ont été approuvés, et le Bangladesh devrait continuer à autoriser la construction de logements plus résistants aux catastrophes, et la mise en place de lieux relogement sûrs.
À l’heure actuelle, l’appel de fonds pour la coordination des abris et des camps ainsi que la gestion des camps n’est financé qu’à hauteur de 42 %, ce qui laisse un déficit de 73,9 millions de dollars US, tandis que le plan de gestion des risques de catastrophe présente un déficit de 23,2 millions de dollars US. La Plateforme de coordination pour les Rohingyas a appelé à un financement immédiat pour la stabilisation des pentes, le drainage, la gestion des bassins versants, l’amélioration des accès et le renforcement des capacités techniques afin de protéger des vies et de maintenir l’accès humanitaire tout au long de la saison de la mousson, qui ne prend généralement fin qu’en octobre.
« Les réfugiés rohingyas n’ont pas besoin de nouveaux atermoiements, mais plutôt d’une réponse urgente et efficace », a conclu Meenakshi Ganguly. « Les gouvernements préoccupés devraient agir, au lieu d’attendre que le prochain glissement de terrain emporte une autre famille rohingya. »
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13.07.2026 à 06:00
Human Rights Watch
La semaine dernière, le gouvernement français a annoncé un nouveau Plan national de lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations liées à l’origine. Malheureusement, ce plan n’aborde pas la question de la nature systémique et institutionnelle du racisme en France.
Adopté le 6 juillet et couvrant la période de 2026 à 2029, ce plan d’action énumère 55 mesures axées sur l’éducation et la formation afin de renforcer la mémoire liée au racisme, à l’antisémitisme et à d’autres formes de discrimination, tout en abordant le problème de la recrudescence des crimes de haine en France.
Cependant, ce plan ne saisit pas l’occasion de donner suite au discours prononcé en mai 2026 par le président français Emmanuel Macron, lors duquel il a évoqué la nécessité d’aborder la question de réparations liées à l’héritage de l’esclavage en France. La société civile et des représentants des territoires d’outre-mer français ont évoqué auprès du gouvernement français les liens entre l’esclavage et l’héritage colonial de la France, ainsi que la nécessité de mesures de justice réparatrice visant à lutter contre les inégalités systémiques et le racisme contemporains.
Le plan prévoit une formation des policiers sur la question du racisme, mais ne tient pas compte l’actuelle réalité des pratiques policières discriminatoires, qui continuent d’alimenter la méfiance envers les autorités au sein des groupes de population touchés à la fois par le profilage racial et les crimes de haine.
Le plan mentionne des « lieux de mémoire » destinés à sensibiliser les élèves et les fonctionnaires, y compris les policiers, afin de les aider à mieux appréhender l’histoire et « pour mieux appréhender les mécanismes qui conduisent aux préjugés et aux discriminations ». Le plan indique que de nouvelles ressources pédagogiques seront créées pour enseigner « l’histoire de l’esclavage [en France] et de ses traites ».
Si la mémoire et l’éducation sont importantes pour faire évoluer les mentalités, ce plan ne saisit pas une occasion cruciale de les relier à des efforts plus larges visant à lutter contre le racisme structurel et la discrimination par l’État.
Le plan s’engage à « mesurer et débusquer les discriminations pour mieux les combattre », mais ne prévoit pas la mise en place de structures permettant de collecter des données désagrégées sur l’égalité, une technique que la France a qualifié d’inconstitutionnelle. Les Nations Unies ont pourtant fourni des orientations sur la collecte de données fondées sur les droits humains, soulignant son importance pour la protection des personnes racialisées.
En janvier 2026, la Commission européenne a adopté une nouvelle Stratégie de l’UE contre le racisme pour la période 2026-2030, qui vise notamment à améliorer la collecte de données sur l’égalité par les États membres de l’Union européenne, afin de lutter contre le racisme structurel.
Disposer d’un plan d’action antiracisme ne suffit pas. La France devrait cesser de considérer le racisme comme un problème lié aux préjugés individuels, et reconnaître au contraire que le racisme est systémique et nécessite donc des réponses systémiques.
11.07.2026 à 20:56
Human Rights Watch
Le gouvernement français serait sur le point de dévoiler un inquiétant projet de loi visant à lutter contre ce qu’on appelle l’« entrisme » : l’idée selon laquelle certaines organisations cherchent à infiltrer les institutions de l’État dans le but d’influencer les institutions et de promouvoir un programme idéologique. S’il était adopté, ce projet de loi réduirait encore davantage l’espace civique du pays, déjà en recul.
Le projet de loi sur l’entrisme viserait à renforcer la Loi n° 2021-1109 confortant le respect des principes de la République, adoptée en 2021 et souvent qualifiée de « loi séparatisme », qui confère au gouvernement des pouvoirs élargis pour dissoudre des associations par décret. Cette loi oblige également les associations à signer un « contrat d’engagement républicain » subordonnant l’octroi de fonds publics à des exigences vagues, notamment celle de s’abstenir de « toute action portant atteinte à l’ordre public ». Ces outils ont créé un climat d’intense pression et d’autocensure au sein de la société civile.
Le 5 mai, le Sénat a adopté, en première lecture, une proposition de loi distincte et très restrictive, présentée par le sénateur conservateur Bruno Retailleau, visant spécifiquement « l’entrisme islamiste ». Même s’il est peu probable que cette proposition de loi recueille suffisamment de soutiens pour passer à la phase suivante du processus législatif, elle sert de modèle à ce que le gouvernement entend intégrer dans sa propre législation.
Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a déclaré que le projet de loi du gouvernement s’alignerait étroitement sur la proposition de Bruno Retailleau. Le Conseil d’État examine actuellement le projet de loi du gouvernement sur l’entrisme, qui sera ensuite débattu en Conseil des ministres. S’il est approuvé, ce projet sera présenté au Parlement.
Bien que le projet de loi final n’ait pas encore été rendu public, Laurent Nuñez a présenté plusieurs de ses dispositions clés, qui soulèvent de graves préoccupations en matière de droits humains. Elles conféreraient au ministère de l’Intérieur et aux préfets des pouvoirs sans précédent en élargissant les motifs de dissolution des organisations non gouvernementales. Elles permettraient aussi au gouvernement de geler les avoirs de ces organisations et renforceraient les pouvoirs de l’État visant à faire respecter le « contrat d’engagement républicain ».
En décembre 2025, CIVICUS Monitor, une plateforme mondiale qui suit l’évolution des libertés civiques à travers le monde, a revu à la baisse la note de l’espace civique en France, la faisant passer de « réduite » à « obstruée ». Le projet de loi du gouvernement ne ferait qu’aggraver ce problème.
Le gouvernement français devrait mettre un terme à la dangereuse spirale vers le bas dans laquelle il s’est engagé, abandonner ce projet de loi et prendre des mesures pour protéger l’espace civique. Alors que la Commission européenne s’apprête à publier son rapport annuel sur l’état de droit, elle devrait formuler des recommandations claires et contraignantes qui portent directement sur les questions du respect des droits à la liberté de pensée, d’expression et de réunion, et du recul démocratique en France.