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Humans Right Watch enquête sur les violations des droits humains commises à travers le monde

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29.10.2026 à 01:00

Niger : Un éminent journaliste victime d’une disparition forcée depuis deux mois

Human Rights Watch

Click to expand Image Le journaliste nigérien Moussa Kaka, ancien correspondant de Radio France Internationale (RFI), photographié le 12 février 2007. © 2007 Seyllou/AFP via Getty Images

(Nairobi) – Les autorités nigériennes devraient d’urgence révéler où se trouve l’éminent journaliste Moussa Kaka, victime d’une disparition forcée il y a deux mois, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Elles devraient garantir sa sécurité et le libérer, à moins qu’il n’ait été inculpé d’une infraction pénale avérée.

Le 31 août 2026, Moussa Kaka, directeur général de la Radio Télévision Saraounia et ancien correspondant de Radio France Internationale (RFI), a quitté son bureau à Niamey, la capitale du Niger, pour rentrer chez lui ; mais il n’est jamais arrivé à destination, ce qui a immédiatement suscité des inquiétudes. Pendant des semaines, sa famille et ses collègues n’ont pas pu obtenir d’informations sur le lieu où il se trouvait. Le 25 septembre, lors de l’Examen périodique universel du Niger aux Nations Unies à Genève, le ministre de la Justice, Alio Daouda, a reconnu que Moussa Kaka était détenu pour une « infraction » présumée, et que le journaliste devra en «répondre devant les juridictions », mais n’a fourni aucun détail sur l’accusation ni sur son lieu de détention.

« Deux mois après la disparition de Moussa Kaka au Niger, les autorités n’ont toujours pas indiqué où il se trouve, ni expliqué les raisons de sa détention », a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch. « La famille de Kaka continuera de vivre dans l’incertitude jusqu’à ce que les autorités élucident les circonstances de sa disparition. »

Moussa Kaka est une figure respectée du journalisme d’investigation africain. Pendant des années, il a travaillé comme correspondant de RFI au Niger, jusqu’à ce que la junte militaire suspende les émissions de cette chaîne radio en 2023. Tout au long de sa carrière, il a poursuivi son travail sous plusieurs gouvernements au Niger, malgré les risques et les détentions répétées liées à son activité journalistique.

En septembre 2007, sous le président Mamadou Tandja, les autorités ont arrêté Moussa Kaka et l’ont accusé d’entretenir des liens avec des rebelles de l’ethnie touareg, à la suite de sa couverture approfondie de la rébellion touareg dans le nord du Niger. Il a passé 379 jours en prison avant d’être libéré en octobre 2008, à la suite d’une campagne nationale et internationale en faveur de sa libération.

En octobre 2025, la police de Niamey a arrêté Moussa Kaka ainsi que cinq autres journalistes, après qu’ils eurent annoncé sur les réseaux sociaux une conférence de presse concernant un fonds de solidarité créé par le gouvernement nigérien et destiné à soutenir les forces de sécurité nationales. Les journalistes ont été inculpés de « complicité de diffusion de document de nature à troubler l'ordre public » en vertu d’une loi de vaste portée sur la cybercriminalité. Les six journalistes ont par la suite été remis en liberté.

La récente disparition forcée de Moussa Kaka s’est produite dans un contexte de tensions politiques exacerbées à la suite d’une tentative de coup d’État militaire à Niamey, le 29 août. Après que des soldats mutins eurent tenté de s’emparer du pouvoir, la junte a arrêté des dizaines de soldats suspectés d’être impliqués dans cette tentative, ainsi qu’un ancien ministre. Les forces de l’Africa Corps, contrôlées par le gouvernement russe, ont été appelées en renfort pour aider à réprimer la mutinerie. Des collègues et amis de Moussa Kaka ont exprimé leur inquiétude quant au fait que sa disparition puisse être liée à la répression menée par la junte après la tentative de coup d’État.

L’organisation Reporters sans frontières (RSF) a saisi le Comité de l’ONU sur les disparitions forcées au sujet du cas de Moussa Kaka, après l’avoir préalablement porté cette affaire à l’attention de la Rapporteure spéciale de l’Union africaine sur la liberté d’expression et l’accès à l’information. Des organisations de la société civile africaine ont évoqué son cas devant la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples à la mi-octobre à Dakar, au Sénégal. Des journalistes et des défenseurs des droits humains de toute l’Afrique ont également appelé à sa libération.

« Moussa Kaka n’a pas sa place en détention », a déclaré Alioune Tine, éminent défenseur sénégalais des droits humains et ancien expert sdans ce domaine auprès des Nations Unies. « Sa détention est absolument injustifiée et viole les obligations internationales du Niger en matière de droits humains, notamment les dispositions de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, que le Niger a signée et ratifiée. »

Le cas de Kaka met en lumière les inquiétudes croissantes concernant la liberté de la presse et la répression politique au Niger, selon Human Rights Watch. Depuis sa prise de pouvoir lors d’un coup d’État en 2023, la junte militaire nigérienne a consolidé son pouvoir, démantelé les institutions démocratiques et intensifié la répression à l’encontre des dissidents. La junte a dissous des partis politiques, suspendu des dizaines d’organisations de la société civile, placé des journalistes en détention en vertu d’une loi de vaste portée sur la cybercriminalité, déchu de leur nationalité des opposants politiques en exil, annoncé le retrait du pays de la Cour pénale internationale et prolongé la transition politique sans organiser d’élections. Les autorités continuent également de détenir arbitrairement l’ancien président Mohamed Bazoum et son épouse, ainsi que l’éminent défenseur des droits humains Moussa Tiangari.

En vertu du droit international en matière de droits humains, une disparition forcée a lieu lorsque des agents de l’État, ou des personnes agissant avec l’autorisation, le soutien ou l’acquiescement de l’État, privent une personne de sa liberté puis refusent de reconnaître cette détention ou dissimulent le sort ou le lieu où se trouve cette personne. La disparition forcée expose les victimes à un risque accru de torture et d’exécution extrajudiciaire. Elle inflige également de profondes souffrances aux familles, qui sont laissées dans l’incertitude quant au sort de leurs proches, et se voient refuser l’accès à la justice.

« Les autorités nigériennes devraient immédiatement révéler des informations précises au sujet de Moussa Kaka, et le libérer s’il n’a pas été inculpé à juste titre », a conclu Ilaria Allegrozzi. « Les gouvernements étrangers et les organisations internationales devraient faire pression sur la junte pour qu’elle prenne des mesures immédiates dans l’affaire de Moussa Kaka. »

28.10.2026 à 05:00

Brésil : Nouvelles preuves d’abus policiers lors d'un raid meurtrier

Human Rights Watch

Play Video Le 28 octobre 2025, lors d'une opération visant officiellement à arrêter des membres d’un gang dans un quartier défavorisé de Rio de Janeiro, des policiers ont manipulé de manière illicite des caméras corporelles, et ont été responsables de graves manquements dans la tenue d’enquêtes.Une enquête de douze mois menée par Human Rights Watch a abouti à la conclusion que les forces de l’ordre ont enfreint les directives de la Cour suprême brésilienne ainsi que leurs propres protocoles durant l’Opération Confinement (« Opéração Contenção »), qui semblait avoir été conçue avec une dimension létale.Les procureurs fédéraux et ceux de l’État de Rio de Janeiro devraient mener des enquêtes et engager des poursuites pénales et civiles visant les responsables de ces abus, y compris les hauts fonctionnaires et les commandants de police. 

(Rio de Janeiro, 28 octobre 2026) – Des policiers ont manipulé à mauvais escient des caméras corporelles et n’ont pas pris des mesures d’enquête cruciales lors d'une opération dans un quartier défavorisé de Rio de Janeiro, au Brésil, le 28 octobre 2025, a déclaré Human Rights Watch dans une enquête publiée aujourd'hui. Les éléments de preuve indiquent que la police a fait un usage excessif de la force, et pourrait avoir intentionnellement tué des dizaines d'hommes et de garçons.

L’enquête, intitulée « “A Strategy of Death”: Investigating Brazil’s Deadliest Police Operation » (« “Une stratégie mortelle” : Enquête sur l’opération policière la plus meurtrière au Brésil »), porte sur l’Opération Confinement (« Opéração Contenção »), au cours de laquelle 122 personnes ont été tuées. Parmi les victimes figuraient deux enfants et quatre policiers tués ce jour-là, ainsi qu'un cinquième policier qui a succombé plus tard à ses blessures. Deux autres hommes ont été tués tôt dans la matinée du 28 octobre 2025, avant le début officiel de l’opération.

« Une stratégie mortelle »

Opération policière létale au Brésil

Enquête (en anglais)

Aucun de ces décès n’apparaît dans les milliers d’heures de séquences vidéo filmées par les caméras corporelles (« body cameras » portées par les policiers), transmises par la police militaire de Rio de Janeiro au Bureau du défenseur public (Defensoria Pública), et examinées par Human Rights Watch après avoir obtenu l’accès à ces enregistrements.

« Human Rights Watch a examiné des milliers d’heures de vidéos filmées par les caméras portées par les forces de l’ordre, et a analysé des dossiers d’enquête officiels et des rapports d’autopsie concernant chaque victime. Pourtant, des questions cruciales demeurent sans réponse, car la police n’a pas enregistré correctement certains homicides, ni préservé des scènes de crime, ni recueilli des données essentielles », a déclaré Sophia Jones, chercheuse en sources ouvertes auprès du Laboratoire d'enquêtes numériques à Human Rights Watch. « Les familles des personnes tuées, y compris celles des policiers décédés, méritent d’obtenir des réponses ainsi que la reddition de comptes, grâce à une enquête approfondie et indépendante. »

Human Rights Watch a mené des entretiens avec 41 témoins, membres de familles et experts, et a analysé 4 150 heures d’enregistrements issus de caméras corporelles, 9 000 pages de dossiers d’enquête officiels, 122 rapports d’autopsie, des documents judiciaires, ainsi que des centaines de vidéos et de photographies. Human Rights Watch a analysé ces données à l’aide de plusieurs modèles d’intelligence artificielle (IA) développés en interne, suivis d’un examen et d’une évaluation individuelle par les chercheurs.

Human Rights Watch a analysé des données provenant de plusieurs organisations – le Groupe d’étude sur les nouvelles illégalités (Grupo de Estudos dos Novos Ilegalismos, GENI), basé à Rio ; le Forum brésilien de sécurité publique (Fórum Brasileiro de Segurança Pública, FBSP), un groupe de réflexion non gouvernemental, et Fogo Cruzado (« Tirs croisés »), une organisation indépendante qui suit les questions sécuritaires – ainsi que des rapports médiatiques. Ces données montrent que l’Opération Confinement a été l’opération policière la plus meurtrière en une seule journée au Brésil, pays où les forces de police tuent plus de 6 000 personnes par an.

L’État de Rio de Janeiro et une décision de la Cour suprême brésilienne imposent aux policiers le port de caméras corporelles ; toutefois, selon un porte-parole du gouvernement de Rio de Janeiro, seuls 23 % des 2 500 policiers civils et militaires ayant participé à l’opération en étaient équipés.

L’analyse par Human Rights Watch des enregistrements provenant de caméras de 527 policiers militaires a révélé, dans de nombreux cas. des pratiques visant à entraver ou manipuler leur fonctionnement. Des agents ont laissé les caméras allumées avant même le début de l’opération, épuisant ainsi les batteries. Ils ont parfois masqué les objectifs des caméras, ou les ont placées de sorte qu’elles ne puissent pas filmer leurs propres actions ; dans d’autres cas, ils ont laissé les appareils dans leurs véhicules.

Selon les chercheurs, ces manipulations sont survenues systématiquement à des moments cruciaux : lors d’arrestations, d’échanges de tirs ou lorsque les policiers pénétraient dans des domiciles. La plupart de ces obstructions concernaient des caméras portées par des agents appartenant à des unités engagées en première ligne, notamment le Bataillon des opérations policières spéciales (Batalhão de Operações Policiais Especiais, BOPE) de la police militaire ; cette unité était déployée dans la zone boisée où ont eu lieu la plupart des homicides, ce jour-là. Les chercheurs ont déterminé que 36 % des salves de coups de feu entendues sur leurs caméras se sont produites lorsque les caméras étaient obstruées.

Les images des caméras corporelles montrent des policiers en train d’agresser et de menacer de mort des personnes interpellées, dont un enfant, qu’ils ont contraint à s’allonger à côté d’un cadavre tout en le prenant en photo. Dans une autre séquence enregistree un policier donne pour consigne à ses collègues de tirer dans les jambes des détenus s’ils tentaient de s’enfuir. Dans un troisième extrait vidéo, un agent a exprimé sa frustration face au fait que les caméras corporelles les empêchaient de tuer des suspects.

Les chercheurs ont également analysé ou vérifié des centaines de vidéos et de photographies prises ce jour-là par des membres de la communauté locale. Dans une série de vidéos authentifiées, on voit des policiers entasser des cadavres, certains ayant les parties génitales exposées, dans un véhicule blindé, tout en plaisantant. « Regardez comme c’est merveilleux », lance l’un des agents. « On aime ça. »

Bien que la police ait affirmé avoir passé des mois à planifier l'opération, rien ne prouve qu'elle ait pris des dispositions préalables pour protéger les scènes de crime et procéder à des analyses médico-légales. De plus, la police civile n'a recueilli d'informations de base que pour deux des 117 victimes ne faisant pas partie de la police, dont les noms des policiers et des résidents qui amené les victimes à l'hôpital.

Seuls sept suspects ont été conduits à l’hôpital puis arrêtés, alors que 117 personnes ont été tuées par la police. Ce ratio exceptionnellement élevé de personnes tuées par rapport aux personnes blessées (17 pour 1) soulève de sérieuses questions quant à savoir si la police a privilégié la force létale, plutôt que l'arrestation des suspects.

Une analyse des rapports d’autopsie des victimes va également dans ce sens. Plus de 40 % des victimes qui n’étaient pas des policiers figurant dans les rapports analysés ont reçu des tirs à la tête, dont plus de 60 % ont été atteintes par quatre balles ou plus, et près de 75 % ont reçu au moins un tir dans le dos. Un homme a été abattu puis décapité.

Human Rights Watch a consulté le Groupe d’experts médico-légaux indépendants (Independent Forensic Expert Group, IFEG), qui fait partie du Conseil international pour la réadaptation des victimes de la torture (International Rehabilitation Council for Torture Victims, IRCT). Selon les experts de l’IFEG, les éléments de preuve recueillis suggèrent que plusieurs victimes ont été délibérément ciblées et tuées. Dans plusieurs cas, la trajectoire des tirs allait du bas vers le haut, ce qui peut indiquer une exécution — par exemple, lorsqu’une personne est abattue alors qu’elle est allongée ou dans l’incapacité de se défendre.

Les autorités brésiliennes devraient veiller à ce qu’une enquête approfondie et indépendante soit menée sur la planification et les décisions prises par les hauts responsables et les commandants de police qui ont conduit à cette opération meurtrière. Le nouveau gouverneur de Rio de Janeiro, qui prendra ses fonctions le 6 janvier 2027, devrait présenter un projet de loi visant à séparer les services médico-légaux des services de la police civile.

« Notre enquête montre que la police a bafoué la loi ainsi que ses propres protocoles lors de cette opération désastreuse », a conclu César Muñoz, directeur pour le Brésil à Human Rights Watch. « Les pratiques policières abusives compromettent la sécurité publique en rendant les communautés moins enclines à collaborer avec les forces de l’ordre, tout en alimentant un cycle de violence qui met en danger aussi bien les habitants que les policiers. Le Brésil a besoin de nouvelles stratégies de sécurité publique qui soient efficaces, mais aussi respectueuses des droits humains. »

...............


 

27.10.2026 à 14:50

Égypte : Abandonner les poursuites contre une éminente journaliste

Human Rights Watch

Click to expand Image La journaliste égyptienne Lina Attalah, rédactrice en chef du site Mada Masr, photographiée au Caire en novembre 2017. © 2017 Roger Anis/AP Photo

Mise à jour 28/10/26 : Le 27 octobre 2026, après une seule audience, le tribunal correctionnel du Nouveau-Caire a reconnu Lina Attalah coupable des accusations la visant, lui a infligé une amende de 3 millions de livres égyptiennes (soit 53 474 dollars, ou 48 032 euros) et a ordonné la fermeture du site Mada Masr. Les autorités ont placé Lina Attalah en détention à l'issue de l'audience, avant de la relâcher quelques heures plus tard, suite au paiement de l’amende.

(Beyrouth, 27 octobre 2026) –Les autorités égyptiennes devraient abandonner les poursuites contre Lina Attalah, rédactrice en chef du média indépendant Mada Masr, avant son audience prévue le 27 octobre, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. 

Le Parquet suprême de la sécurité de l’État a renvoyé Lina Attalah devant le tribunal le 22 octobre dans le cadre de l’affaire n° 9072/2026 ; elle est accusée d’avoir créé et géré le site web Mada Masr sans autorisation préalable. Cette mise en examen est intervenue au lendemain de son interrogatoire par le parquet au sujet des reportages publiés sur ce site. Elle encourt une amende pouvant aller jusqu’à 3 millions de livres égyptiennes (environ 53 400 dollars, ou 48 000 euros), ainsi que la fermeture de Mada Masr et la confiscation de son matériel.

« Les poursuites hâtivement engagées contre Lina Attalah marquent une nouvelle escalade dans les attaques éhontées menées par les autorités égyptiennes contre les médias indépendants du pays », a déclaré Bassam Khawaja, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Aucun.e journaliste ne devrait faire l’objet de poursuites pénales pour avoir fait son travail. » 

Le 19 octobre, les procureurs ont sommé Lina Attalah de se présenter pour un interrogatoire. Le 21 octobre, ils l’ont interrogée au sujet d’allégations de publication de « fausses informations » et d’exploitation d’un site web sans licence, puis l’ont libérée sous caution de 100 000 livres égyptiennes (environ 1 780 dollars). Le lendemain, le parquet l'a renvoyée en procès pour avoir exploité le site web sans autorisation. Selon Mada Masr, il s’agit de la sixième affaire intentée contre ce média ou ses journalistes au cours des six dernières années.

La loi égyptienne de 2018 sur la régulation de la presseet des médias impose aux sites web opérant en Égypte d’obtenir une licence auprès du Conseil suprême de régulation des médias. La loi autorise le Conseil à suspendre ou à bloquer les sites web opérant sans licence valide. Mada Masr a indiqué avoir déposé une demande de licence en 2018, puis à nouveau en 2020. Suite au rejet de sa demande, la plateforme a contesté ce rejet devant les tribunaux. En 2023, Mada Masr a déposé une nouvelle demande accompagnée de documents supplémentaires, mais les autorités n’y ont pas répondu.

Les poursuites engagées contre Lina Attalah soulèvent des inquiétudes quant à l’utilisation des exigences en matière d’agrément pour restreindre les médias indépendants, a déclaré Human Rights Watch. Les refus arbitraires d’agrément ou l’utilisation des exigences a mauvais escient, en ne répondant pas rapidement aux efforts de bonne foi visant à se conformer à la réglementation et en plongeant les entités dans un vide juridique, constituent une violation du droit international des droits humains.

Les autorités égyptiennes ont pris pour cible Lina Attalah et Mada Masr à plusieurs reprises. En septembre 2022, le parquet a interrogé Lina Attalah et trois journalistes de Mada Masr au sujet d’allégations de publication de fausses informations, de trouble à l’ordre public et d’atteinte à l’intérêt général. En novembre 2023, le parquet a convoqué Lina Attalah pour un interrogatoire à la suite d’une enquête menée par le Conseil suprême de régulation des médias. En août 2025, le parquet l’a de nouveau interrogée au sujet d’allégations de publication de « fausses informations » et d’exploitation d’un site web sans licence, à la suite d’un reportage de Mada Masr sur des abus présumés à la prison de Badr 3.

Plus d’une centaine d’organisations de la société civile, dont Human Rights Watch, ont appelé les autorités égyptiennes à mettre fin aux poursuites contre Lina Attalah, et à accorder une licence d’exploitation à Mada Masr. 

Les poursuites engagées contre Lina Attalah s’inscrivent dans le cadre d’une répression plus large visant les médias indépendants en Égypte et interviennent moins d’un mois après l’arrestation, par les forces de sécurité, de six journalistes travaillant pour la plateforme indépendante de journalisme d’investigation Matsda2sh, les 28 et 29 septembre 2026. Ces journalistes, qui constituaient l’intégralité de la rédaction de la plateforme, sont toujours en détention provisoire ; ils sont accusés d’« adhésion et de financement d’un groupe terroriste », de « diffusion de fausses informations » et d’utilisation des réseaux sociaux pour les diffuser. Certains d’entre eux ont depuis affirmé que les autorités les avaient torturés pendant leur détention et avaient tenté de leur extorquer des aveux sous la contrainte, selon leurs avocats. 

Les autorités devraient abandonner toutes les poursuites liées à l’exercice du droit à la liberté d’expression et mettre fin au harcèlement répété dont font l’objet les médias indépendants, a déclaré Human Rights Watch.

L’Égypte figure parmi les pays qui emprisonnent le plus de journalistes au monde, avec 25 journalistes derrière les barreaux début octobre, selon le Comité pour la protection des journalistes. Les autorités égyptiennes ont bloqué l’accès au site web de Mada Masr en Égypte depuis mai 2017.

L’Égypte est tenue, en vertu du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, de respecter la liberté d’expression, y compris la liberté de la presse. Le Comité des droits de l’homme des Nations Unies, qui interprète de manière faisant autorité ce pacte, a conclu que les gouvernements ne peuvent interdire à un site ou à un système de diffusion d’informations de publier des contenus au seul motif qu’ils pourraient être critiques à l’égard du gouvernement.

« Imposer des obligations d’enregistrement puis ignorer systématiquement les tentatives de bonne foi de Mada Masr pour s’y conformer constitue une tentative évidente de la part des autorités de saper cette plateforme, et viole le droit international relatif aux droits humains », a conclu Bassam Khawaja. « Les autorités égyptiennes devraient abandonner ces poursuites, et mettre fin à la répression en cours contre le journalisme indépendant. »

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