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Human Rights Watch News
 
Humans Right Watch enquête sur les violations des droits humains commises à travers le monde

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28.10.2026 à 05:00

Brésil : Nouvelles preuves d’abus policiers lors d'un raid meurtrier

Human Rights Watch

Play Video Le 28 octobre 2025, lors d'une opération visant officiellement à arrêter des membres d’un gang dans un quartier défavorisé de Rio de Janeiro, des policiers ont manipulé de manière illicite des caméras corporelles, et ont été responsables de graves manquements dans la tenue d’enquêtes.Une enquête de douze mois menée par Human Rights Watch a abouti à la conclusion que les forces de l’ordre ont enfreint les directives de la Cour suprême brésilienne ainsi que leurs propres protocoles durant l’Opération Confinement (« Opéração Contenção »), qui semblait avoir été conçue avec une dimension létale.Les procureurs fédéraux et ceux de l’État de Rio de Janeiro devraient mener des enquêtes et engager des poursuites pénales et civiles visant les responsables de ces abus, y compris les hauts fonctionnaires et les commandants de police. 

(Rio de Janeiro, 28 octobre 2026) – Des policiers ont manipulé à mauvais escient des caméras corporelles et n’ont pas pris des mesures d’enquête cruciales lors d'une opération dans un quartier défavorisé de Rio de Janeiro, au Brésil, le 28 octobre 2025, a déclaré Human Rights Watch dans une enquête publiée aujourd'hui. Les éléments de preuve indiquent que la police a fait un usage excessif de la force, et pourrait avoir intentionnellement tué des dizaines d'hommes et de garçons.

L’enquête, intitulée « “A Strategy of Death”: Investigating Brazil’s Deadliest Police Operation » (« “Une stratégie mortelle” : Enquête sur l’opération policière la plus meurtrière au Brésil »), porte sur l’Opération Confinement (« Opéração Contenção »), au cours de laquelle 122 personnes ont été tuées. Parmi les victimes figuraient deux enfants et quatre policiers tués ce jour-là, ainsi qu'un cinquième policier qui a succombé plus tard à ses blessures. Deux autres hommes ont été tués tôt dans la matinée du 28 octobre 2025, avant le début officiel de l’opération.

« Une stratégie mortelle »

Opération policière létale au Brésil

Enquête (en anglais)

Aucun de ces décès n’apparaît dans les milliers d’heures de séquences vidéo filmées par les caméras corporelles (« body cameras » portées par les policiers), transmises par la police militaire de Rio de Janeiro au Bureau du défenseur public (Defensoria Pública), et examinées par Human Rights Watch après avoir obtenu l’accès à ces enregistrements.

« Human Rights Watch a examiné des milliers d’heures de vidéos filmées par les caméras portées par les forces de l’ordre, et a analysé des dossiers d’enquête officiels et des rapports d’autopsie concernant chaque victime. Pourtant, des questions cruciales demeurent sans réponse, car la police n’a pas enregistré correctement certains homicides, ni préservé des scènes de crime, ni recueilli des données essentielles », a déclaré Sophia Jones, chercheuse en sources ouvertes auprès du Laboratoire d'enquêtes numériques à Human Rights Watch. « Les familles des personnes tuées, y compris celles des policiers décédés, méritent d’obtenir des réponses ainsi que la reddition de comptes, grâce à une enquête approfondie et indépendante. »

Human Rights Watch a mené des entretiens avec 41 témoins, membres de familles et experts, et a analysé 4 150 heures d’enregistrements issus de caméras corporelles, 9 000 pages de dossiers d’enquête officiels, 122 rapports d’autopsie, des documents judiciaires, ainsi que des centaines de vidéos et de photographies. Human Rights Watch a analysé ces données à l’aide de plusieurs modèles d’intelligence artificielle (IA) développés en interne, suivis d’un examen et d’une évaluation individuelle par les chercheurs.

Human Rights Watch a analysé des données provenant de plusieurs organisations – le Groupe d’étude sur les nouvelles illégalités (Grupo de Estudos dos Novos Ilegalismos, GENI), basé à Rio ; le Forum brésilien de sécurité publique (Fórum Brasileiro de Segurança Pública, FBSP), un groupe de réflexion non gouvernemental, et Fogo Cruzado (« Tirs croisés »), une organisation indépendante qui suit les questions sécuritaires – ainsi que des rapports médiatiques. Ces données montrent que l’Opération Confinement a été l’opération policière la plus meurtrière en une seule journée au Brésil, pays où les forces de police tuent plus de 6 000 personnes par an.

L’État de Rio de Janeiro et une décision de la Cour suprême brésilienne imposent aux policiers le port de caméras corporelles ; toutefois, selon un porte-parole du gouvernement de Rio de Janeiro, seuls 23 % des 2 500 policiers civils et militaires ayant participé à l’opération en étaient équipés.

L’analyse par Human Rights Watch des enregistrements provenant de caméras de 527 policiers militaires a révélé, dans de nombreux cas. des pratiques visant à entraver ou manipuler leur fonctionnement. Des agents ont laissé les caméras allumées avant même le début de l’opération, épuisant ainsi les batteries. Ils ont parfois masqué les objectifs des caméras, ou les ont placées de sorte qu’elles ne puissent pas filmer leurs propres actions ; dans d’autres cas, ils ont laissé les appareils dans leurs véhicules.

Selon les chercheurs, ces manipulations sont survenues systématiquement à des moments cruciaux : lors d’arrestations, d’échanges de tirs ou lorsque les policiers pénétraient dans des domiciles. La plupart de ces obstructions concernaient des caméras portées par des agents appartenant à des unités engagées en première ligne, notamment le Bataillon des opérations policières spéciales (Batalhão de Operações Policiais Especiais, BOPE) de la police militaire ; cette unité était déployée dans la zone boisée où ont eu lieu la plupart des homicides, ce jour-là. Les chercheurs ont déterminé que 36 % des salves de coups de feu entendues sur leurs caméras se sont produites lorsque les caméras étaient obstruées.

Les images des caméras corporelles montrent des policiers en train d’agresser et de menacer de mort des personnes interpellées, dont un enfant, qu’ils ont contraint à s’allonger à côté d’un cadavre tout en le prenant en photo. Dans une autre séquence enregistree un policier donne pour consigne à ses collègues de tirer dans les jambes des détenus s’ils tentaient de s’enfuir. Dans un troisième extrait vidéo, un agent a exprimé sa frustration face au fait que les caméras corporelles les empêchaient de tuer des suspects.

Les chercheurs ont également analysé ou vérifié des centaines de vidéos et de photographies prises ce jour-là par des membres de la communauté locale. Dans une série de vidéos authentifiées, on voit des policiers entasser des cadavres, certains ayant les parties génitales exposées, dans un véhicule blindé, tout en plaisantant. « Regardez comme c’est merveilleux », lance l’un des agents. « On aime ça. »

Bien que la police ait affirmé avoir passé des mois à planifier l'opération, rien ne prouve qu'elle ait pris des dispositions préalables pour protéger les scènes de crime et procéder à des analyses médico-légales. De plus, la police civile n'a recueilli d'informations de base que pour deux des 117 victimes ne faisant pas partie de la police, dont les noms des policiers et des résidents qui amené les victimes à l'hôpital.

Seuls sept suspects ont été conduits à l’hôpital puis arrêtés, alors que 117 personnes ont été tuées par la police. Ce ratio exceptionnellement élevé de personnes tuées par rapport aux personnes blessées (17 pour 1) soulève de sérieuses questions quant à savoir si la police a privilégié la force létale, plutôt que l'arrestation des suspects.

Une analyse des rapports d’autopsie des victimes va également dans ce sens. Plus de 40 % des victimes qui n’étaient pas des policiers figurant dans les rapports analysés ont reçu des tirs à la tête, dont plus de 60 % ont été atteintes par quatre balles ou plus, et près de 75 % ont reçu au moins un tir dans le dos. Un homme a été abattu puis décapité.

Human Rights Watch a consulté le Groupe d’experts médico-légaux indépendants (Independent Forensic Expert Group, IFEG), qui fait partie du Conseil international pour la réadaptation des victimes de la torture (International Rehabilitation Council for Torture Victims, IRCT). Selon les experts de l’IFEG, les éléments de preuve recueillis suggèrent que plusieurs victimes ont été délibérément ciblées et tuées. Dans plusieurs cas, la trajectoire des tirs allait du bas vers le haut, ce qui peut indiquer une exécution — par exemple, lorsqu’une personne est abattue alors qu’elle est allongée ou dans l’incapacité de se défendre.

Les autorités brésiliennes devraient veiller à ce qu’une enquête approfondie et indépendante soit menée sur la planification et les décisions prises par les hauts responsables et les commandants de police qui ont conduit à cette opération meurtrière. Le nouveau gouverneur de Rio de Janeiro, qui prendra ses fonctions le 6 janvier 2027, devrait présenter un projet de loi visant à séparer les services médico-légaux des services de la police civile.

« Notre enquête montre que la police a bafoué la loi ainsi que ses propres protocoles lors de cette opération désastreuse », a conclu César Muñoz, directeur pour le Brésil à Human Rights Watch. « Les pratiques policières abusives compromettent la sécurité publique en rendant les communautés moins enclines à collaborer avec les forces de l’ordre, tout en alimentant un cycle de violence qui met en danger aussi bien les habitants que les policiers. Le Brésil a besoin de nouvelles stratégies de sécurité publique qui soient efficaces, mais aussi respectueuses des droits humains. »

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27.10.2026 à 14:50

Égypte : Abandonner les poursuites contre une éminente journaliste

Human Rights Watch

Click to expand Image La journaliste égyptienne Lina Attalah, rédactrice en chef du site Mada Masr, photographiée au Caire en novembre 2017. © 2017 Roger Anis/AP Photo

Mise à jour 27/10/26 : Le 27 octobre 2026, après une seule audience, le tribunal correctionnel du Nouveau-Caire a reconnu Lina Attalah coupable des accusations la visant, lui a infligé une amende de 3 millions de livres égyptiennes (soit 53 474 dollars, ou 48 032 euros) et a ordonné la fermeture du site Mada Masr. Les autorités ont placé Lina Attalah en détention, à l'issue de l'audience.

(Beyrouth, 27 octobre 2026) –Les autorités égyptiennes devraient abandonner les poursuites contre Lina Attalah, rédactrice en chef du média indépendant Mada Masr, avant son audience prévue le 27 octobre, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. 

Le Parquet suprême de la sécurité de l’État a renvoyé Lina Attalah devant le tribunal le 22 octobre dans le cadre de l’affaire n° 9072/2026 ; elle est accusée d’avoir créé et géré le site web Mada Masr sans autorisation préalable. Cette mise en examen est intervenue au lendemain de son interrogatoire par le parquet au sujet des reportages publiés sur ce site. Elle encourt une amende pouvant aller jusqu’à 3 millions de livres égyptiennes (environ 53 400 dollars, ou 48 000 euros), ainsi que la fermeture de Mada Masr et la confiscation de son matériel.

« Les poursuites hâtivement engagées contre Lina Attalah marquent une nouvelle escalade dans les attaques éhontées menées par les autorités égyptiennes contre les médias indépendants du pays », a déclaré Bassam Khawaja, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Aucun.e journaliste ne devrait faire l’objet de poursuites pénales pour avoir fait son travail. » 

Le 19 octobre, les procureurs ont sommé Lina Attalah de se présenter pour un interrogatoire. Le 21 octobre, ils l’ont interrogée au sujet d’allégations de publication de « fausses informations » et d’exploitation d’un site web sans licence, puis l’ont libérée sous caution de 100 000 livres égyptiennes (environ 1 780 dollars). Le lendemain, le parquet l'a renvoyée en procès pour avoir exploité le site web sans autorisation. Selon Mada Masr, il s’agit de la sixième affaire intentée contre ce média ou ses journalistes au cours des six dernières années.

La loi égyptienne de 2018 sur la régulation de la presseet des médias impose aux sites web opérant en Égypte d’obtenir une licence auprès du Conseil suprême de régulation des médias. La loi autorise le Conseil à suspendre ou à bloquer les sites web opérant sans licence valide. Mada Masr a indiqué avoir déposé une demande de licence en 2018, puis à nouveau en 2020. Suite au rejet de sa demande, la plateforme a contesté ce rejet devant les tribunaux. En 2023, Mada Masr a déposé une nouvelle demande accompagnée de documents supplémentaires, mais les autorités n’y ont pas répondu.

Les poursuites engagées contre Lina Attalah soulèvent des inquiétudes quant à l’utilisation des exigences en matière d’agrément pour restreindre les médias indépendants, a déclaré Human Rights Watch. Les refus arbitraires d’agrément ou l’utilisation des exigences a mauvais escient, en ne répondant pas rapidement aux efforts de bonne foi visant à se conformer à la réglementation et en plongeant les entités dans un vide juridique, constituent une violation du droit international des droits humains.

Les autorités égyptiennes ont pris pour cible Lina Attalah et Mada Masr à plusieurs reprises. En septembre 2022, le parquet a interrogé Lina Attalah et trois journalistes de Mada Masr au sujet d’allégations de publication de fausses informations, de trouble à l’ordre public et d’atteinte à l’intérêt général. En novembre 2023, le parquet a convoqué Lina Attalah pour un interrogatoire à la suite d’une enquête menée par le Conseil suprême de régulation des médias. En août 2025, le parquet l’a de nouveau interrogée au sujet d’allégations de publication de « fausses informations » et d’exploitation d’un site web sans licence, à la suite d’un reportage de Mada Masr sur des abus présumés à la prison de Badr 3.

Plus d’une centaine d’organisations de la société civile, dont Human Rights Watch, ont appelé les autorités égyptiennes à mettre fin aux poursuites contre Lina Attalah, et à accorder une licence d’exploitation à Mada Masr. 

Les poursuites engagées contre Lina Attalah s’inscrivent dans le cadre d’une répression plus large visant les médias indépendants en Égypte et interviennent moins d’un mois après l’arrestation, par les forces de sécurité, de six journalistes travaillant pour la plateforme indépendante de journalisme d’investigation Matsda2sh, les 28 et 29 septembre 2026. Ces journalistes, qui constituaient l’intégralité de la rédaction de la plateforme, sont toujours en détention provisoire ; ils sont accusés d’« adhésion et de financement d’un groupe terroriste », de « diffusion de fausses informations » et d’utilisation des réseaux sociaux pour les diffuser. Certains d’entre eux ont depuis affirmé que les autorités les avaient torturés pendant leur détention et avaient tenté de leur extorquer des aveux sous la contrainte, selon leurs avocats. 

Les autorités devraient abandonner toutes les poursuites liées à l’exercice du droit à la liberté d’expression et mettre fin au harcèlement répété dont font l’objet les médias indépendants, a déclaré Human Rights Watch.

L’Égypte figure parmi les pays qui emprisonnent le plus de journalistes au monde, avec 25 journalistes derrière les barreaux début octobre, selon le Comité pour la protection des journalistes. Les autorités égyptiennes ont bloqué l’accès au site web de Mada Masr en Égypte depuis mai 2017.

L’Égypte est tenue, en vertu du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, de respecter la liberté d’expression, y compris la liberté de la presse. Le Comité des droits de l’homme des Nations Unies, qui interprète de manière faisant autorité ce pacte, a conclu que les gouvernements ne peuvent interdire à un site ou à un système de diffusion d’informations de publier des contenus au seul motif qu’ils pourraient être critiques à l’égard du gouvernement.

« Imposer des obligations d’enregistrement puis ignorer systématiquement les tentatives de bonne foi de Mada Masr pour s’y conformer constitue une tentative évidente de la part des autorités de saper cette plateforme, et viole le droit international relatif aux droits humains », a conclu Bassam Khawaja. « Les autorités égyptiennes devraient abandonner ces poursuites, et mettre fin à la répression en cours contre le journalisme indépendant. »

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Articles

ZoneBourse/Reuters

LeSoir.be

 

26.10.2026 à 20:23

Yémen : L’attaque des Houthis contre une route de Taïz met des vies en danger

Human Rights Watch

Click to expand Image La route de Hayjat al-Abd, une voie vitale qui relie Aden à la ville de Taïz , au Yémen, photographiée le 26 septembre 2026, avant les attaques menées par les Houthis.  © 2026 Photo by AFP via Getty Images

(Beyrouth) – Le 18 octobre, le groupe armé houthi a utilisé des explosifs pour endommager gravement une route essentielle menant à la ville assiégée de Taïz, au Yémen, mettant davantage en danger la vie et les moyens de subsistance des civils, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. 

La route de Hayjat al-Abd constitue la principale voie d’acheminement de nourriture, de médicaments et de carburant vers les habitants de la ville de Taïz, assiégée par les Houthis depuis 2015. Les combats dans cette zone opposent principalement les Houthis aux forces alignées sur le gouvernement yéménite reconnu par la communauté internationale. La destruction délibérée de tronçons de cette route par les Houthis, si elle visait à mettre hors d’état de fonctionner des infrastructures indispensables à la survie des civils, constituerait une violation du droit de la guerre et équivaudrait à un crime de guerre. Cette attaque pourrait également avoir causé des dommages disproportionnés à la population civile.  

« L’attaque des Houthis contre la dernière voie d’approvisionnement commerciale menant à la ville de Taïz, assiégée, met encore davantage en danger les civils qui souffrent déjà de graves pénuries de nourriture, d’eau, de médicaments et de carburant », a déclaré Niku Jafarnia, chercheuse sur le Yémen et Bahreïn à Human Rights Watch. « Si l’accès des habitants de Taïz à cette voie vitale est coupé pendant une période prolongée, leur vie et leur santé pourraient être exposés à des risques encore plus graves. » 

En octobre, Human Rights Watch a mené des entretiens avec huit sources bien informées au sujet de deux attaques survenues sur cette route et de leurs conséquences, notamment des activistes de la société civile et un proche d’un témoin de l’attaque du 18 octobre. Human Rights Watch a également analysé des images satellites et vérifié des photographies ainsi qu’une vidéo provenant de sources ou publiées sur les réseaux sociaux. En 2024, Human Rights Watch s’était entretenu avec six habitants de Taïz au sujet de la difficulté à subvenir à leurs besoins fondamentaux pendant le siège imposé par les Houthis. 

Le 21 octobre, Human Rights Watch a écrit aux Houthis au sujet des attaques contre cette route, mais n’a pas reçu de réponse.

Le contrôle de Taïz est partagé depuis 2015, date à laquelle les forces houthistes ont pénétré dans le gouvernorat et encerclé sa capitale, la ville de Taïz, troisième plus grande ville du Yémen. La ville est restée sous le contrôle du gouvernement yéménite, mais les Houthis ont coupé les routes vitales qui la relient au reste du pays, notamment à la ville portuaire d’Aden, actuelle capitale du gouvernement yéménite. t

Si le droit de la guerre n’interdit pas les sièges visant des objectifs militaires, il est toutefois interdit aux forces assiégeantes d’utiliser la famine des civils comme méthode de guerre et elles doivent autoriser et faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire. Human Rights Watch a constaté que le blocage par les Houthis des routes menant à Taïz a sévèrement restreint la capacité des civils à entrer et sortir de la ville et a entravé l’acheminement de biens essentiels, notamment l’eau, ainsi que l’accès humanitaire à la population civile. 

Attaques contre la route de Hayjat al-Abd, gouvernorat de Taïz Click to expand Image Sites de deux attaques menées par les Houthis contre la route de Hayjat al-Abd (gouvernorat de Taïz) au Yémen, en octobre 2026. © 2026 Human Rights Watch (graphisme)

Vers 4 h du matin, le 18 octobre, les forces houthistes ont fait exploser des engins explosifs sur la route de Hayjat al-Abd, dans la localité d’al-Turba, endommageant considérablement une partie de la chaussée. Des habitants de la région ainsi que deux autres sources bien informées ont indiqué que les Houthis contrôlaient al-Turba, située à environ 75 kilomètres au sud de la ville de Taïz, depuis le 4 octobre. Depuis lors, aucun combat terrestre n’avait eu lieu dans la région, y compris la nuit de l’attaque. Rien n’indiquait non plus que les forces gouvernementales ou d’autres groupes armés tentaient de reprendre le contrôle de la zone, ce qui laisse supposer qu’aucun autre groupe n’aurait pu mener cette attaque. 

Une autre source a rapporté que l’un de ses proches lui avait dit : « C’était une explosion massive et terrifiante, tout le monde s’est réveillé. Des débris ont atterri jusqu’à ma maison. » 

Human Rights Watch a vérifié et géolocalisé quatre photographies et une vidéo provenant de sources montrant un ponceau endommagé sur les lacets de la route de Hayjat al-Abd. Les dégâts correspondent à une détonation souterraine d’explosifs. 

Deux semaines plus tôt, des forces apparemment houthistes avaient attaqué la route de Hayjat al-Abd, à environ 85 kilomètres au sud-est de la ville de Taïz. Un activiste de la société civile à Taïz, qui s’est entretenu avec plusieurs personnes bien informées sur l’attaque, a déclaré que dans la nuit et au petit matin du 30 septembre au 1er octobre, les forces houthistes et les forces alignées sur le gouvernement yéménite se sont affrontées sur plusieurs fronts autour de Taïz. Selon ces sources, les forces houthistes se seraient infiltrées et auraient atteint la route de Hayjat al-Abd, où elles auraient placé et fait exploser des explosifs dans un ponceau situé sous la route, juste après Souq al-Wahati, un marché local. Les forces houthistes se seraient ensuite retirées. 

Deux autres sources ont fourni des récits similaires, fondés sur des échanges avec des habitants de la région. Human Rights Watch n’a pas été en mesure de déterminer de manière concluante que les forces houthistes étaient à l’origine de cette attaque. 

Human Rights Watch a vérifié et géolocalisé deux autres photographies publiées sur les réseaux sociaux le 1er octobre, montrant un ponceau endommagé sur la route de Hayjat al-Abd, au niveau du village d’al-Muharraqah, là où la route commence à monter vers la ville de Taïz. Les dégâts observés sur le ponceau sur ces images correspondent à une détonation souterraine d’explosifs. Des images satellites prises à 6 h 57 le 1er octobre montrent que le ponceau a été endommagé sur toute la largeur de la route. 

Les forces gouvernementales ont rapidement repris le contrôle de la zone après la première attaque et ont ensuite comblé la partie détruite de la route avec de la terre afin de permettre le passage des véhicules. Deux sources ont indiqué que les autorités gouvernementales avaient en grande partie fermé la route pour éviter de nouvelles attaques contre les véhicules, bien que certains véhicules aient continué à circuler. 

Depuis l’attaque du 1er octobre, toutes les routes menant à Taïz et en sortant ont été en grande partie bloquées par les forces affiliées au gouvernement yéménite et les forces houthistes en raison des hostilités. Cependant, avant la deuxième attaque, certaines fournitures, notamment de la farine, avaient encore été acheminées vers la ville de Taïz par la route de Hayjat al-Abd, ont déclaré deux acteurs de la société civile présents dans la région.

Le 14 octobre, le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations Unies a toutefois déclaré que ses employés n’avaient pas pu accéder aux « plus de 600 000 personnes de Taïz qui dépendent de l’aide humanitaire », ce qui était « particulièrement alarmant » puisque la plupart des districts de Taïz sont considérés comme étant en situation d’urgence alimentaire. Le PAM a également indiqué que « les stocks de farine de blé sont presque épuisés » dans la ville et que « les réserves alimentaires restantes sur les marchés locaux ne dureront peut-être que peu de temps si les restrictions d’accès persistent ».

En vertu du droit international humanitaire, les routes sont présumées être des biens de caractère civil qui deviennent des objectifs militaires si, de par leur nature, leur emplacement, leur destination ou leur utilisation, elles contribuent effectivement à l’action militaire et si leur destruction, leur capture ou leur neutralisation procure un avantage militaire certain à ce moment-là. Même si la route de Hayjat al-Abd pouvait être qualifiée d’objectif militaire, une attaque serait illégalement disproportionnée si les dommages collatéraux attendus à l’égard des civils étaient excessifs par rapport à l’avantage militaire concret et direct escompté. Compte tenu du rôle essentiel que joue cette route dans l’accès des civils de la ville de Taïz à la nourriture, à l’eau, aux médicaments et à d’autres besoins fondamentaux, l’évaluation devrait tenir compte des conséquences raisonnablement prévisibles de sa détérioration ou de sa fermeture. 

Les Houthis auraient dû savoir, compte tenu notamment des avertissements répétés de l’ONU, que les réserves à Taïz s’épuisaient et que de nouvelles fermetures après le 1er octobre, résultant d’attaques contre la route, pourraient avoir de graves conséquences pour les civils assiégés de Taïz qui dépendent de cette route pour subvenir à leurs besoins essentiels.

Le droit international humanitaire interdit également d’attaquer, de détruire ou de rendre inutilisables les biens indispensables à la survie d’une population civile. L’attaque du 18 octobre a perturbé la dernière voie d’approvisionnement commerciale majeure vers la ville de Taïz. La question de savoir si elle a enfreint cette interdiction dépend du fait qu’elle ait été menée dans le but de priver les civils de l’accès à des biens indispensables à leur survie. 

Les violations graves des lois de la guerre ordonnées ou commises avec une intention criminelle, c’est-à-dire délibérément ou par imprudence, constituent des crimes de guerre.

 « Les combats à Taïz pourraient avoir des conséquences désastreuses pour les centaines de milliers de civils qui ont besoin d’aide », a conclu Niku Jafarnia. « Toutes les parties belligérantes devraient veiller à protéger les civils au Yémen, qui ont déjà enduré d’énormes souffrances au cours de ces 12 années de conflit. » 

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