08.10.2026 à 06:01
Human Rights Watch
(Washington) – L’administration Trump a expulsé des centaines de personnes étrangères hors des États-Unis vers des pays africains où elles n’ont aucun contact, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui ; ces personnes ne pouvaient pas être expulsées vers leurs propres pays, en raison du danger auquel elles y seraient exposées. Pourtant, plusieurs d’entre elles ont fini par n’avoir d’autre choix concret que de retourner dans leur pays d’origine, malgré les risques qu’elles y courent.
8 octobre 2026 “To Scare People”Le rapport de 125 pages, intitulé « “To Scare People”: US Expulsions of Third-Country Nationals to Countries in Africa » (« “Faire peur aux gens” : Expulsions par les États-Unis de ressortissants de pays tiers vers des pays d’Afrique »), indique que les autorités américaines ont expulsé plus de 500 personnes étrangères vers des pays tiers en Afrique, tout en leur refusant la possibilité de contester leur expulsion ou d’exprimer leurs craintes à ce sujet. Certains pays africains ont ensuite arbitrairement détenu des personnes dont ils avaient accepté l’entrée sur leur territoire, et d’autres ont transféré des personnes vers des pays où elles risquaient d’être persécutées ou torturées, en violation du principe de non-refoulement qui est inscrit dans le droit international.
« L’expulsion de personnes vers des pays où elles n’ont jamais mis les pieds fait partie d’une politique américaine visant à infliger des souffrances humaines afin de dissuader les migrations vers les États-Unis », a déclaré Michael Garcia Bochenek, directeur par intérim du programme États-Unis de Human Rights Watch. « Puisque le gouvernement américain utilise ces accords pour se soustraire à ses propres responsabilités et priver les personnes de leurs droits à une procédure régulière, les gouvernements africains qui ont signé ces accords devraient les résilier ou les suspendre. »
Entre février et juillet 2026, des chercheurs de Human Rights Watch ont mené des entretiens à distance et, dans certains cas, en personne avec 24 personnes étrangères expulsées par les États-Unis vers 6 pays d’Afrique, dont ces personnes n’étaient pas originaires: le Cameroun, l’Eswatini, la Guinée équatoriale, la République centrafricaine, la République démocratique du Congo, et le Soudan du Sud.
Click to expand Image Graphique © 2026 Human Rights WatchCertaines des personnes expulsées vers ces pays risquent d’y subir des persécutions et d’autres préjudices graves. Les États-Unis ont envoyé au moins douze personnes s’identifiant comme lesbiennes, gays, bisexuelles ou transgenres (LGBT) dans des États africains qui criminalisent les relations entre personnes de même sexe, ou les démonstrations d’affection en public entre personnes de même sexe. Parmi ces personnes figuraient des réfugiés qui avaient obtenu la protection des États-Unis en raison du risque probable de persécution dans leur pays d’origine, du fait de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre. Après leur expulsion, elles se sont retrouvées dans une situation où il n’était ni sûr de rentrer dans leur propre pays, ni possible d’obtenir une protection efficace dans le pays d’accueil africain.
Click to expand Image Les personnes interviewées par Human Rights Watch ont décrit des traitements abusifs lors de leurs vols au départ des États-Unis. Tesfay T., un Éthiopien expulsé vers le Cameroun, a raconté : « Nous étions enchaînés et menottés, aux jambes, aux mains, au ventre. Nous avons effectué tout le vol comme ça. Je ne sentais plus mes jambes, c’était vraiment douloureux. Nous ne pouvions pas nous lever. Quand j’ai eu besoin d’aller aux toilettes, ils n’ont même pas enlevé les chaînes. Ils ont juste retiré la chaîne de l’un de mes bras. » © 2026 John Holmes pour Human Rights WatchLes personnes interrogées ont systématiquement décrit des traitements abusifs lors de leur vol d’expulsion des États-Unis, lors duquel elles ont été menottées, parfois pendant 18 heures ou plus, et ont reçu peu ou pas d’informations sur leur destination.
Le sort réservé aux personnes expulsées des États-Unis à leur arrivée était différent d’un pays à l’autre. Certaines d’entre elles n’ont pas eu accès aux médicaments ou aux traitements nécessaires pour des problèmes de santé graves.
Un homme éthiopien âgé de 35 ans, qui avait fui vers les États-Unis après avoir été emprisonné et torturé dans son propre pays, s’était vu refuser l’asile parce qu’il avait franchi la frontière de manière irrégulière ; cependant, un juge de l’immigration américain lui avait accordé une « suspension d’expulsion » (« withholding of removal »), c’est-à-dire une interdiction de le renvoyer en Éthiopie en raison de la probabilité qu’il y soit à nouveau torturé. Cet homme a expliqué que, lorsqu’il a refusé de signer un formulaire de « départ volontaire » (« voluntary departure ») pour être envoyé au Tchad, un agent de l’ICE l’a signé à sa place.
« Nous étions enchaînés et menottés, aux jambes, aux mains, au ventre » pendant le vol, a-t-il raconté. « Nous ne pouvions pas nous lever. Quand j’ai eu besoin d’aller aux toilettes, ils n’ont même pas enlevé les chaînes. »
L’avion a atterri au Cameroun, et non au Tchad; au Cameroun, cet homme a reçu à plusieurs reprises la visite de représentants de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). En mars dernier, il a ainsi résumé leurs conversations à Human Rights Watch: « Chaque fois qu’ils viennent, ils me demandent la même chose: “Voulez-vous rentrer chez vous?” Mais chaque fois, je leur réponds: “Je n’y retournerai pas. Cessez de me poser cette question. Je ne veux pas mourir” ».
Click to expand Image « C’était terrifiant lorsque nous avons atterri. Les soldats américains étaient d’un côté, avec des fusils chargés, et face à eux se trouvaient les soldats [de l’Eswatini] armés de pistolets. Ils n’ont rien dit. Les soldats américains nous ont simplement remis aux soldats africains, qui nous ont jetés à l’arrière d’un camion. » – Billy H., originaire d’Asie du Sud-Est, qui se trouvait sur le premier vol à destination de l’Eswatini le 16 juillet 2025. © 2026 John Holmes pour Human Rights WatchLa menace d’expulsion vers un pays tiers fait partie de la politique d’expulsions massives de l’administration Trump. Dans la pratique, les transferts vers des pays tiers sont utilisés pour effrayer les personnes et les inciter à partir avant d’être plongées dans la spirale infernale de la détention et de l’expulsion vers des destinations inconnues. Un responsable américain anonyme a déclaré à la Commission des relations étrangères du Sénat qu’en réalité, l’objectif des transferts de ressortissants de pays tiers était d’instaurer la peur: « Avec des pays comme les Palaos ou l’Eswatini, l’idée est que l’administration peut menacer les personnes de les abandonner littéralement au milieu de nulle part », a expliqué le responsable. « Le but est de faire peur aux gens. »
Le gouvernement américain viole ses obligations nationales et internationales en matière de non-refoulement en envoyant des personnes dans des lieux où elles risquent d’être persécutées, torturées ou de subir d’autres préjudices graves, ou bien où elles pourraient faire l’objet d’une expulsion ultérieure et être confrontées à de tels risques, a déclaré Human Rights Watch. Il prive également les personnes concernées d’une possibilité réelle de contester leur expulsion vers ces pays et d’exprimer tout risque d’abus auquel elles pourraient être exposées si elles y étaient envoyées. En décembre, la Cour suprême des États-Unis entendra les débats visant à déterminer si la politique d’expulsion vers un pays tiers enfreint la clause de Due Process (procédure régulière) de la Constitution américaine ou si elle enfreint de toute autre manière des interdictions légales d’expulser des personnes vers un pays où elles risquent la torture. La Cour a pour l’instant autorisé le gouvernement à poursuivre les expulsions vers des pays tiers.
Click to expand Image Des personnes expulsées par les États-Unis ont décrit des conditions de vie déplorables dans des centres de rétention africains : salles sombres et surpeuplées, propagation de maladies dont le paludisme, pénurie de médicaments... Abina O. (pseudonyme), expulsée vers le Cameroun, a indiqué que tous les gardiens étaient des hommes : « On doit supplier pour avoir des serviettes hygiéniques. Les policiers ici n’ont aucun respect pour les femmes, ils font irruption dans notre salle [pour femmes] sans frapper. » © 2026 John Holmes pour Human Rights WatchLes États-Unis devraient cesser d’expulser des demandeurs d’asile et des réfugiés vers des pays tiers qui n’ont pas la capacité de mettre en œuvre des procédures d’asile complètes et équitables et en l’absence d’accords formels et transparents qui garantissent un accès à de telles procédures.
Ces gouvernements devraient également respecter le principe de non-refoulement et garantir la dignité, la sécurité et les droits fondamentaux de toutes les personnes relevant de leur compétence, y compris des ressortissants de pays tiers dont ils ont accepté le transfert.
« Plusieurs de ces gouvernements africains sont non seulement complices des abus commis par les États-Unis, mais ont eux-mêmes violé les droits humains de ces personnes expulsées, notamment en les plaçant en détention arbitraire et, dans certains cas, en les renvoyant dans des pays où elles couraient un danger », a conclu Michael Garcia Bochenek. « Ces pays ne devraient pas détenir de personnes sans fondement juridique clair, et ne devraient renvoyer aucun individu vers son pays d’origine ou vers un autre pays où il serait exposé à un risque de persécution, de torture ou d’autres préjudices graves. »
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Articles
France Info Mediapart/AFP
L’Humanité Entrevue
SOS Médias Burundi
07.10.2026 à 11:00
Human Rights Watch
(Washington) – Depuis début 2026, les tribunaux salvadoriens ont commencé à condamner des personnes lors de procès collectifs visant des centaines d’accusés à la fois, en s’appuyant sur des preuves peu solides et sans leur donner de véritable possibilité de se défendre, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.
Depuis des mois, les tribunaux salvadoriens organisent des procès collectifs à l’encontre de personnes détenues dans le cadre de l’état d’urgence, en vigueur depuis plus de quatre ans. De nombreuses personnes ont été condamnées pour « association illicite » (« agrupaciones ilícitas », un délit vaguement défini), sur la base de preuves peu solides, dans le cadre de procédures à huis clos dont les dossiers sont conservés sous scellés judiciaires. Les avocats représentant les accusés affirment n’avoir eu aucune possibilité réelle de contester les preuves, ou de préparer une défense adéquate. Les procureurs et les juges impliqués ne jouissent que d’une indépendance très limitée, voire inexistante, vis-à-vis du pouvoir exécutif.
« Les procès collectifs au Salvador sont une parodie de justice », a déclaré Juanita Goebertus, directrice de la division Amériques à Human Rights Watch. « Ces audiences sont conçues pour aboutir à des verdicts de culpabilité, et non pour examiner les preuves dans le respect des garanties procédurales. Le résultat n’est pas la reconnaissance de la responsabilité vis-à-vis des victimes de la violence des gangs, mais simplement la validation sans discussion de l’incarcération massive perpétrée au cours de ces quatre années d’état d’urgence. »
Human Rights Watch a mené des entretiens avec 15 avocats de la défense privés représentant des personnes détenues pendant l’état d’urgence et a examiné quatre actes d’accusation concernant plus de 600 prévenus ainsi qu’une décision judiciaire condamnant plus de 120 personnes. Les chercheurs ont également interrogé des membres d’organisations de la société civile ayant une connaissance directe des procédures et, dans le cadre d’une publication antérieure, plusieurs policiers dont les descriptions des enquêtes correspondaient globalement à celles des avocats de la défense. Human Rights Watch a également examiné des publications du gouvernement salvadorien ainsi que des médias salvadoriens et internationaux décrivant ces procès de masse.
Human Rights Watch a également sollicité des informations auprès de la Cour suprême salvadorienne et du bureau du Procureur général concernant les procédures pénales engagées à l’encontre des personnes détenues dans le cadre de l’état d’urgence, notamment le nombre total de condamnations et le nombre de personnes en détention provisoire. Le bureau du Procureur général a répondu que les dossiers demandés « n’ont pas été retrouvés ». La Cour suprême n’a pas répondu au courrier de Human Rights Watch, à ce jour.
Depuis le 27 mars 2022, un état d’urgence est en vigueur au Salvador ; cette mesure, présentée comme un outil nécessaire pour lutter contre la violence des gangs, et prolongée en mars 2026, suspend certains droits à une procédure régulière. Les forces de sécurité ont arrêté plus de 93 000 personnes, dont plus de 3 000 mineurs. Human Rights Watch a recensé des abus généralisés, notamment des détentions arbitraires, des disparitions forcées, des actes de torture et d’autres formes de mauvais traitements en détention, ainsi que de graves violations des garanties procédurales. De nombreuses personnes n’ayant aucun lien avec les activités des gangs ont été placées en détention.
Les avocats ont déclaré qu’on les empêchait systématiquement de mener une défense adéquate. Ils ont indiqué que les juges leur refusaient l’accès aux dossiers, prétextant que les affaires étaient « sous scellés ». Ils ont également signalé qu’ils ne pouvaient pas s’entretenir en privé avec leurs clients. Certains avocats ont par ailleurs affirmé que les procureurs avaient menacé d’engager des poursuites pénales contre des témoins proposés par la défense.
Les avocats de la défense ont déclaré que les procédures judiciaires se déroulaient à un rythme si effréné qu’il était pratiquement impossible de respecter les garanties procédurales. « C’est macabre », a déclaré un avocat. « Ils ont besoin que la machine tourne comme une horloge. » Ils ont expliqué ne disposer que de quelques minutes lors des audiences pour présenter leur défense : environ 10 minutes lors de l’audience préliminaire et à peine 15 minutes lors de l’audience de détermination de la peine. Les avocats commis d’office, ont-ils précisé, ne disposaient que de quelques minutes pour représenter des dizaines, voire, dans certains cas, des centaines d’accusés à la fois.
Les avocats interrogés ont déclaré que les procureurs s’appuyaient systématiquement sur les rapports de police pour obtenir des condamnations. Des policiers avaient précédemment déclaré à Human Rights Watch que de nombreux rapports de police reposaient sur des preuves fabriquées de toutes pièces ou non corroborées, telles que des appels anonymes, et que la police subissait des pressions pour les produire afin de respecter un quota d’arrestations.
Les procureurs s’appuient également sur les témoignages anonymes de témoins ayant conclu des accords de plaidoyer. Ces témoins témoignent derrière des écrans ou des cloisons en bois, la voix déformée. « On ne les voit pas », a expliqué un avocat. « Ils sont dissimulés dans une petite cabine ; on ne voit qu’une planche de bois. La voix est déformée. Seuls le juge, le greffier et le procureur y ont accès. »
« Nous avons présenté des témoins, des membres de la famille, des voisins, qui auraient pu attester qu’il n’était pas membre d’un gang », a déclaré une avocate à propos de la défense d’un jeune homme détenu depuis plus de quatre ans, accusé d’être un « collaborateur de gang ». « Ils sont intimidés par le parquet, qui a menacé de les placer en détention. »
Les procès se sont déroulés devant les tribunaux chargés de lutter contre le crime organisé, dont les effectifs ont été constitués par la Cour suprême selon un processus ad hoc et opaque. L’identité de ces juges n’a pas été révélée, même aux avocats participant aux procédures. Un avocat a rapporté qu’un juge avait ouvert une audience collective en déclarant : « Nous sommes ici pour condamner tous les membres du MS-13. »
On estime que près de 120 000 personnes sont actuellement incarcérées au Salvador. Cela représente environ 2 % de la population, soit l’un des taux d’incarcération les plus élevés au monde. Les détenus salvadoriens sont confrontés depuis longtemps à la surpopulation carcérale, à des actes de violence, ainsi qu’ à un accès insuffisant à la nourriture, à l’eau et aux soins médicaux. L’état d’urgence a considérablement aggravé ces conditions de détention déjà désastreuses en triplant la population carcérale, la portant à plus du double de la capacité du système. Au moins 513 personnes sont décédées en détention pendant l’état d’urgence, selon Cristosal, une organisation de défense des droits humains. Plus de 90 % des personnes incarcérées sont en détention provisoire depuis des années dans l’attente de leur procès, en partie à cause des récentes réformes juridiques qui ont allongé la durée de la détention provisoire.
Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et la Convention américaine relative aux droits de l’homme, auxquels le Salvador est un État partie, garantissent à toute personne accusée d’un crime le droit d’être informée sans délai et de manière détaillée des charges retenues contre elle, de disposer du temps et des moyens nécessaires pour préparer sa défense, ainsi que d’interroger les témoins à charge et de présenter ses propres témoins dans des conditions d’égalité.
Les autorités salvadoriennes devraient veiller à ce que les procédures respectent les normes d’un procès équitable, évaluer avec soin les preuves et les chefs d’accusation retenus contre chaque individu, mettre fin au recours excessif à la détention provisoire et au secret de l’instruction, et rendre publiques les modalités de nomination des tribunaux spécialisés.
Le gouvernement salvadorien devrait également mettre en place un mécanisme indépendant et transparent chargé d’examiner les dossiers des personnes détenues pendant l’état d’urgence et d’identifier celles qui ont été placées en détention sans preuves crédibles suffisantes, lesquelles devraient être libérées sans délai par les autorités. Ce mécanisme devrait accorder la priorité à l’examen des dossiers des mineurs, des personnes en situation de handicap, des femmes enceintes et des personnes souffrant de problèmes de santé graves.
« Le gouvernement salvadorien a mis en place un système conçu pour condamner des centaines de personnes d’un seul coup, sans toutefois intégrer un mécanisme permettant de distinguer les innocents des coupables », a conclu Juanita Goebertus.
Suite détaillée en ligne en anglais.
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06.10.2026 à 20:28
Human Rights Watch
(Bruxelles, le 6 octobre 2026) – La décision de la Commission européenne de ne plus subventionner le Réseau européen contre le racisme (European Network Against Racism, ENAR), qui regroupe plus de 140 organisations à travers l’Europe, affaiblira les actions démocratiques de l’Union européenne, ont déclaré aujourd’hui 186 organisations non gouvernementales, dont Human Rights Watch. Voici leur communiqué :
Les ONG européennes se mobilisent en faveur du principal réseau antiraciste et s’alarment du retrait du financement par la Commission européenne
Nous, les organisations de la société civile soussignées, sommes profondément préoccupées par les informations selon lesquelles le Réseau européen contre le racisme (ENAR) aurait perdu sa subvention de fonctionnement de l’UE après plus de 20 ans de partenariat fructueux – une décision qui pourrait contraindre l’organisation à mettre fin à ses activités d’ici fin 2026. Dans un contexte d’atteinte croissante aux droits fondamentaux, cela porterait gravement atteinte au programme démocratique de l’UE, et saperait les efforts visant à garantir un espace civique ouvert et dynamique.
En tant qu’organisations de la société civile œuvrant à la promotion de l’égalité, de la démocratie et des droits fondamentaux, nous avons pu constater de nos propres yeux le rôle essentiel que joue l’ENAR dans la promotion de l’égalité en Europe, ainsi que le professionnalisme avec lequel ce réseau mène ses actions.
Fondé en 1998, l’ENAR est le plus grand réseau antiraciste d’Europe, regroupant plus de 140 organisations antiracistes à travers le continent. L’ENAR a contribué à l’adoption de la directive sur l’égalité raciale et de la directive sur l’emploi, a milité en faveur du plan d’action antiraciste après le meurtre de George Floyd et a joué un rôle clé dans l’élaboration de la première stratégie antiraciste de la Commission européenne. De plus, l’ENAR finance chaque année 20 organisations antiracistes par le biais de son Fonds pour l’autonomisation et la résilience.
C’est précisément en raison de ce solide bilan et de son statut reconnu que nous avons été si choqués d’apprendre que l’ENAR avait perdu son partenariat de financement principal avec la Commission européenne.
Selon l’ENAR, après dix mois d’entretiens, d’audits et d’une profonde incertitude, ce réseau a été informé fin juillet que sa subvention de fonctionnement pour la période 2026-2028 avait été résiliée, apparemment en raison de préoccupations concernant ses capacités opérationnelles et organisationnelles.
Un an auparavant, en juillet 2025, l’ENAR avait pourtant été informé, au même titre que d’autres bénéficiaires de subventions de l’UE, que l’évaluation requise pour renouveler l’accord de subvention était positive. Cependant, parmi les 70 bénéficiaires retenus par l’UE, l’ENAR est le seul à ne pas avoir obtenu la signature de l’accord, et risque donc de voir sa subvention résiliée.
Bien que l’ENAR ait déclaré publiquement avoir engagé une action en justice contre cette décision, en raison de son désaccord avec l’évaluation finale sur laquelle elle repose, le réseau est confronté à un risque sérieux de fermeture. Nous soutenons la décision de l’ENAR de recourir à la justice pour faire valoir ses droits.
La perspective de voir le plus grand réseau antiraciste d’Europe perdre son financement de base suscite de profondes inquiétudes au sein de la société civile à travers l’Europe.
Si un partenaire de longue date de la société civile, ayant fait ses preuves dans la mise en œuvre de programmes, peut se voir privé de son financement de base, toute organisation œuvrant pour la défense de l’égalité et des droits fondamentaux a des raisons de s’inquiéter.
De plus, à l’heure où les organisations antiracistes à travers l’Europe évoluent dans un environnement de plus en plus hostile, les conséquences d’un affaiblissement de l’infrastructure qui soutient la société civile antiraciste indépendante s’étendent bien au-delà d’une seule organisation.
L’avenir de l’ENAR ne concerne pas simplement un réseau. Il concerne la résilience du mouvement antiraciste européen, la capacité des communautés racialisées à être représentées, ainsi que l’engagement de l’Union européenne à soutenir une société civile indépendante et dynamique.
Nous exprimons notre entière solidarité avec l’ENAR et invitons toutes les personnes qui croient en l’égalité et à la justice à envisager de soutenir sa campagne de collecte de fonds, « Defend Anti-Racism ».
Organisations signataires :
1. European Civic Forum
2. Academia Cidadã
3. Estonian LGBT Association
4. Subjective Values Foundation
5. PRO PUBLICO
6. CCIE (Collective Against Islamophobia in Europe)
7. Lithuanian National Coalition of Non-Governmental Organisations (NGO Coalition)
8. Peace Institute Ljubljana
9. UEF Hungary
10. Dança AfroAveiro
11. Eurochild
12. ARCI
13. Nyt Europa
14. Access Now
15. Apna Haq
16. Asociacion Por Ti Mujer
17. Greek Forum of Migrants
18. Agora Association
19. Multi Kulti Collective
20. VOIS Cyprus
21. Jovesólides
22. Amnesty International
23. Giolli società cooperativa sociale
24. European Center for Not-for-Profit Law (ECNL)
25. EuroMed Rights
26. Waterford Integration Services - Ireland
27. Fair Play
28. SOS Racism Denmark
29. European Public Service Union (EPSU)
30. Comité Grec de Solidarité Démocratique internationale (EEDDA)
31. The Shelter Students Refuge
32. Ligue des droits humains (LDH) France
33. European Women's Lobby
34. SOLIDAR
35. Voxeurop
36. Fédération internationale pour les droits humains (FIDH)
37. Centre for Peace Studies
38. CIDAC - Centro de Intervenção para o Desenvolvimento Amílcar Cabral
39. Kif Kif vzw
40. KISA - ACTION FOR EQUALITY, SUPPORT, ANTIRACISM
41. Fundacja Inicjatywa Dom Otwarty
42. VOICIFY-European Forum for Youth with Lived Migration Experiences
43. Public Institution Roma Community Centre
44. Mizan law group for Human rights
45. SolidarityNow
46. ARTICLE 19
47. Asian Voices Europe
48. European Disability Forum
49. #DiasporaVote!
50. 7amleh - The Arab Center for the Advancement of Social Media
51. Digitalcourage
52. Liga voor Mensenrechten
53. ILGA World
54. International Planned Parenthood Federation - European Network (IPPF EN)
55. Friends of the Earth Europe
56. ALT-TEXT
57. SETCa FGTB - Bruxelles Hal Vilvorde
58. PICUM
59. European Digital Rights (EDRi)
60. Politiscope
61. Civil Society Alliance Greece
62. Europia
63. D3 - Defesa dos Direitos Digitais
64. ONE PEOPLE ASBL
65. Lafede - justícia global
66. International Rescue Committee (IRC)
67. Läkare mot rasism
68. International Federation of Resistance Fighters (FIR) - Association of Anti-Fascists
69. IDPAD Coalition UK
70. SIEMPRE asbl/vzw
71. European Association of Lawyers for Democracy and World Human Rights (ELDH)
72. European Roma Grassroots Organisations (ERGO) Network
73. Vredesactie
74. Humanists International
75. Coexister France
76. Quaker Council for European Affairs
77. END FGM EU
78. Le MOC
79. Changemakers Lab
80. Humanity Diaspo
81. Radio Africa
82. Homo Digitalis
83. Schwarze Frauen Community
84. Swiss Minorities Sports Culture & Integration (Swiss Minors)
85. ternYpe - International Roma Youth Network
86. SUPERRR
87. ESWA
88. POUR LA SOLIDARITE
89. Intersect Madrid
90. SLOGA
91. SKUHNA SO.P
92. Volonteurope
93. Human Rights Watch
94. Change Partnership
95. Meeting Points Foundation
96. Mission Wings Foundation
97. Òmnium Cultural - Catalonia
98. Fem-R
99. Northern Ireland Council for Racial Equality
100. EAPN - European Anti-Poverty Network
101. Revibra Europe
102. Foundation SolidarityWorks
103. Queer Varna Foundation
104. The Wheel
105. Fundación para la Innovación, Investigación, Formación y el Desarrollo Comunitario
106. Povod Institute
107. Forum za enakopraven razvoj
108. Društvo Bodi svetloba
109. Humanitas – Centre for Global Learning and Cooperation
110. Irídia - Human Rights Defense Centre
111. Romani Godi
112. Orion Grid for Leadership and Authority
113. COSPE
114. Roma Feminist Collective
115. Here to Support
116. PI Roma Community Centre
117. Balbriggan Integration Forum
118. Queerstion Media
119. Saúde das Mães Negras e Racializadas em Portugal (SaMaNe)
120. Altera APS
121. Asociacion Cultural Baizara
122. Gibanje za pravice Palestincev
123. Ljubljana Pride Association
124. Democracy International e.V.
125. Generation 2.0 RED
126. Cap Magellan
127. Maison de l'Europe de Paris
128. Hand in Hand tegen racisme vzw
129. World Organisation Against Torture (OMCT)
130. European Movement Italy
131. SEMPER SCOTLAND
132. Stefan Batory Foundation
133. Liberties
134. Balkan Civil Society Development Network
135. Greek Forum of Refugees
136. Forum of European Muslim Youth and Student Organisations (FEMYSO)
137. TGEU – Trans Europe and Central Asia
138. FLAC (Free Legal Advice Centres)
139. Irish Council for Civil Liberties
140. Jeunes Européens - France
141. Statewatch
142. NOSOTRAS APS
143. League For Defence Of Human Rights - Romania
144. neue deutsche organisationen (ndo)
145. Finnish League for Human Rights
146. The Foundation Black Justice Poland
147. New Women Connectors
148. Collective for Inclusion and Against Islamophobia in Belgium
149. Muslim Youth Federation - FJM ASBL
150. Movement for Freedom, Inclusion, and Humanity – MLIH
151. Meld Islamofobie (Report Islamophobia)
152. Asociación Pro Derechos Humanos España
153. LEVL vzw
154. Dokumentation and Counseling Center against Islamophobia and Anti-Muslim Racism
155. Union des progressistes juifs de Belgique
156. Initiative for Development and Cooperation (IDC), Serbia
157. BePax
158. Vlaams Netwerk tegen Armoede
159. International Network Against Cyber Hate
160. EQUITAS (The European Network Against Islamophobia)
161. FORWARD (Foundation of Women's Health Research and Development)
162. Attac France
163. Equipop
164. SOEPIC
165. Hellenic League for Human Rights
166. The National Council of Women of Finland (Naisjärjestöjen Keskusliitto)
167. La Quadrature du Net
168. Antigone
169. G.FC. GENERATION FOR CHANGE CY
170. Centre Bruxellois d'Action Interculturelle asbl (CBAI)
171. Les Impactrices
172. European Jews for Palestine
173. Albanian Human Rights Group
174. VoxPublic
175. Ethnic Debate Forum - Denmark
176. Schwarze Schafe e.V.
177. Ökotárs-Hungarian Environmental Partnership Foundation
178. PIC - Legal Center for the Protection of Human Rights and the Environment
179. Lunaria APS
180. La Cimade (blog Mediapart)
181. Italian Coalition for Civil Liberties and Rights (CILD)
182. Youth Work Ireland
183. Victoires Populaires
184. New Europeans
185. Défense des enfants International Belgique
186. Roma Active Albania
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