13.07.2026 à 06:00
Human Rights Watch
La semaine dernière, le gouvernement français a annoncé un nouveau Plan national de lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations liées à l’origine. Malheureusement, ce plan n’aborde pas la question de la nature systémique et institutionnelle du racisme en France.
Adopté le 6 juillet et couvrant la période de 2026 à 2029, ce plan d’action énumère 55 mesures axées sur l’éducation et la formation afin de renforcer la mémoire liée au racisme, à l’antisémitisme et à d’autres formes de discrimination, tout en abordant le problème de la recrudescence des crimes de haine en France.
Cependant, ce plan ne saisit pas l’occasion de donner suite au discours prononcé en mai 2026 par le président français Emmanuel Macron, lors duquel il a évoqué la nécessité d’aborder la question de réparations liées à l’héritage de l’esclavage en France. La société civile et des représentants des territoires d’outre-mer français ont évoqué auprès du gouvernement français les liens entre l’esclavage et l’héritage colonial de la France, ainsi que la nécessité de mesures de justice réparatrice visant à lutter contre les inégalités systémiques et le racisme contemporains.
Le plan prévoit une formation des policiers sur la question du racisme, mais ne tient pas compte l’actuelle réalité des pratiques policières discriminatoires, qui continuent d’alimenter la méfiance envers les autorités au sein des groupes de population touchés à la fois par le profilage racial et les crimes de haine.
Le plan mentionne des « lieux de mémoire » destinés à sensibiliser les élèves et les fonctionnaires, y compris les policiers, afin de les aider à mieux appréhender l’histoire et « pour mieux appréhender les mécanismes qui conduisent aux préjugés et aux discriminations ». Le plan indique que de nouvelles ressources pédagogiques seront créées pour enseigner « l’histoire de l’esclavage [en France] et de ses traites ».
Si la mémoire et l’éducation sont importantes pour faire évoluer les mentalités, ce plan ne saisit pas une occasion cruciale de les relier à des efforts plus larges visant à lutter contre le racisme structurel et la discrimination par l’État.
Le plan s’engage à « mesurer et débusquer les discriminations pour mieux les combattre », mais ne prévoit pas la mise en place de structures permettant de collecter des données désagrégées sur l’égalité, une technique que la France a qualifié d’inconstitutionnelle. Les Nations Unies ont pourtant fourni des orientations sur la collecte de données fondées sur les droits humains, soulignant son importance pour la protection des personnes racialisées.
En janvier 2026, la Commission européenne a adopté une nouvelle Stratégie de l’UE contre le racisme pour la période 2026-2030, qui vise notamment à améliorer la collecte de données sur l’égalité par les États membres de l’Union européenne, afin de lutter contre le racisme structurel.
Disposer d’un plan d’action antiracisme ne suffit pas. La France devrait cesser de considérer le racisme comme un problème lié aux préjugés individuels, et reconnaître au contraire que le racisme est systémique et nécessite donc des réponses systémiques.
11.07.2026 à 20:56
Human Rights Watch
Le gouvernement français serait sur le point de dévoiler un inquiétant projet de loi visant à lutter contre ce qu’on appelle l’« entrisme » : l’idée selon laquelle certaines organisations cherchent à infiltrer les institutions de l’État dans le but d’influencer les institutions et de promouvoir un programme idéologique. S’il était adopté, ce projet de loi réduirait encore davantage l’espace civique du pays, déjà en recul.
Le projet de loi sur l’entrisme viserait à renforcer Loi n° 2021-1109 confortant le respect des principes de la République, adoptée en 2021 et souvent qualifiée de « loi de lutte contre le séparatisme », qui confère au gouvernement des pouvoirs élargis pour dissoudre des associations par arrêté ministériel. Cette loi oblige également les organisations à signer un « contrat d’engagement républicain » subordonnant l’octroi de fonds publics à des exigences vagues, notamment celle de s’abstenir de « toute action portant atteinte à l’ordre public ». Ces outils ont créé un climat d’intense pression et d’autocensure au sein de la société civile.
Le 5 mai, le Sénat français a adopté, en première lecture, une proposition de loi distincte et très restrictive, présentée par le sénateur conservateur Bruno Retailleau, visant spécifiquement « l’entrisme islamiste ». Même s’il est peu probable que cette proposition de loi recueille suffisamment de soutiens pour passer à la phase suivante du processus législatif, il sert de modèle à ce que le gouvernement entend intégrer dans sa propre législation.
Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a déclaré que le projet de loi du gouvernement s’alignerait étroitement sur la proposition de Bruno Retailleau. Le Conseil d’État examine actuellement le projet de loi du gouvernement sur l’entrisme, qui sera ensuite débattu en Conseil des ministres. S’il est approuvé, ce projet sera présenté au Parlement.
Bien que le projet de loi final n’ait pas été rendu public, Laurent Nuñez a présenté plusieurs de ses dispositions clés, qui soulèvent de graves préoccupations en matière de droits humains. Elles conféreraient au ministère de l’Intérieur et aux préfets nommés par l’État des pouvoirs sans précédent en élargissant les motifs de dissolution des organisations non gouvernementales. Elles permettraient aussi au gouvernement de geler les avoirs de ces organisations et renforceraient les pouvoirs de l’État visant à faire respecter le « contrat d’engagement républicain ».
En décembre 2025, CIVICUS Monitor, une plateforme mondiale qui suit l’évolution des libertés civiques à travers le monde, a revu à la baisse la note de l’espace civique en France, la faisant passer de « réduite » à « obstruée ». Le projet de loi du gouvernement ne ferait qu’aggraver ce problème.
Le gouvernement français devrait mettre un terme à la dangereuse spirale vers le bas dans laquelle il s’est engagé, abandonner ce projet de loi et prendre des mesures pour protéger l’espace civique. Alors que la Commission européenne s’apprête à publier son rapport annuel sur l’état de droit, elle devrait formuler des recommandations claires et contraignantes qui portent directement sur les questions du respect des droits à la liberté de pensée, d’expression et de réunion, et du recul démocratique en France.
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10.07.2026 à 16:23
Human Rights Watch
À la suite de la victoire de la France contre le Paraguay le 4 juillet, la sénatrice paraguayenne Celeste Amarilla s'en est prise au joueur français Kylian Mbappé en tenant des propos déshumanisants. L'élimination des équipes nationales néerlandaise et allemande en huitièmes de finale a donné lieu à des publications racistes sur Internet. Un supporter argentin aurait été filmé le 7 juillet en train de faire des gestes racistes à l'encontre du youtubeur américain IShowSpeed (Darren Watkins Jr.).
La FIFA a publié le 1er juillet une analyse concluant que, d’après le déroulement de la Coupe du monde jusqu’à présent, « les insultes à caractère raciste sont en augmentation et constituent désormais une menace persistante pour le bien-être des joueurs ». La FIFA a recensé plus de 89 000 publications abusives en ligne pendant le championnat, dont 11 % contenaient spécifiquement des insultes à caractère raciste.
Un porte-parole des Nations unies en charge des droits humains a qualifié les propos d’Amarilla de « ignobles et malheureusement pas isolés », et a déclaré que les gouvernements et les organisations sportives « œuvrer activement à la prévention des actes de racisme et de toute autre forme de discrimination ».
Mais si la FIFA a condamné les incidents racistes survenus lors de la Coupe du monde, elle peut certainement faire davantage pour lutter contre la discrimination en dehors du terrain. La majorité des matchs de la Coupe du monde se déroulent aux États-Unis, où la répression abusive et discriminatoire menée par le président Donald Trump en matière d’immigration — visant principalement les communautés noires et métisses — a mis en danger les supporters, les travailleurs et les communautés.
Avant la Coupe du monde, Human Rights Watch a exhorté la FIFA à user de son influence auprès de l’administration Trump pour contester ces mesures, soulignant qu’elles « porteraient gravement atteinte à l’esprit d’inclusion de la Coupe du monde et aux politiques de non-discrimination prévues par les statuts de la FIFA ». Nous avons également appelé la FIFA à militer en faveur d’une « trêve de l'ICE » afin de protéger les supporters, les travailleurs et les communautés contre les opérations d’immigration abusives.
Au lieu de cela, la FIFA a décerné à Trump le tout nouveau Prix de la paix de la FIFA, invoquant son « engagement inébranlable en faveur de la paix et de l’unité à travers le monde ». Les plans d’action en matière de droits humains des villes hôtes, élaborés en collaboration avec la FIFA, n'ont pour la majeure partie pas pris en compte les risques encourus par les supporters et les travailleurs en raison des opérations d’immigration menées par le gouvernement américain.
La popularité du football confère à la FIFA une tribune mondiale. Outre la condamnation des agressions racistes contre les athlètes et les supporters, la FIFA devrait user de son influence pour lutter contre l’impact des politiques discriminatoires du gouvernement américain sur les supporters, les joueurs et les autres personnes concernées, alors que la Coupe du monde bat son plein.