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Human Rights Watch News
 
Humans Right Watch enquête sur les violations des droits humains commises à travers le monde

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20.05.2026 à 04:00

Gaza : Israël restreint l'aide humanitaire et tue des civils pendant le cessez-le-feu

Human Rights Watch

Click to expand Image Des camions transportant des fournitures d’aide humanitaire étaient garés parmi les décombres au poste-frontière de Kerem Abu Salem, située à la frontière entre Israël et le sud-est de la bande de Gaza (non loin de Rafah et de Khan Younis), le 12 octobre 2025. © 2025 Omar al-Qatta / AFP via Getty Images

(Beyrouth, 19 mai 2026) – Les infrastructures humanitaires qui permettent de maintenir la vie à Gaza sont fragilisées plus de six mois après l’accord de cessez-le-feu conclu en octobre 2025, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Alors que le Conseil de paix s’apprête à présenter son nouveau rapport semestriel au Conseil de sécurité des Nations Unies le 21 mai, les autorités israéliennes sont en train de saper les moyens d’acheminer l’aide humanitaire vitale à Gaza. Les attaques israéliennes incessantes ont tué au moins 856 Palestiniens et ont blessé 2 463 autres personnes, selon le ministère de la Santé de Gaza.

Le Conseil de paix (« Board of Peace »), créé en vertu de la résolution 2803 du Conseil de sécurité de l’ONU, est chargé d’évaluer le respect par les parties du Plan global pour mettre fin au conflit à Gaza. L’augmentation rapide et la protection de l’aide sont au cœur de ce plan, au même titre que la restauration des infrastructures civiles essentielles. Mais les volumes d’aide restent bien en deçà des niveaux requis et les voies d’accès humanitaires vitales ont été bloquées à plusieurs reprises, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA). 

« Le plan était censé apporter un soulagement. Au lieu de cela, les Palestiniens de Gaza continuent d’avoir faim, n’ont toujours pas accès aux soins médicaux et des civils continuent d’être tués », a déclaré Adam Coogle, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Quoi que le Conseil de paix dise au Conseil de sécurité, voilà à quoi ressemble la vie à Gaza, depuis six mois. »

Dans son rapport du 15 mai, le Conseil de paix a indiqué que l’aide distribuée par les agences des Nations Unies et leurs partenaires avait augmenté de plus de 70 % au cours de la période considérée par rapport aux niveaux d’avant le cessez-le-feu, et que « les besoins alimentaires de base se sont stabilisés pour la première fois depuis 2023 ». Les chiffres clés du Conseil omettent de mentionner que les volumes d’aide ont diminué depuis début 2026, qu’ils ne sont pas revenus au niveau où ils se trouvaient avant le début de la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran fin février, et qu’ils n’ont jamais atteint le minimum jugé nécessaire par l’ONU. Quatre agences de l’ONU ont averti en décembre 2025 que la famine, repoussée quelques semaines plus tôt grâce au cessez-le-feu, pourrait rapidement resurgir sans un accès et un approvisionnement soutenus.

Le 28 février 2026, au début des opérations militaires israélo-américaines contre l’Iran, les autorités israéliennes ont fermé tous les points de passage vers Gaza. Le nombre de camions entrant dans les semaines suivantes est passé d’une moyenne hebdomadaire de 4 200 à seulement 590, selon les chiffres de la coordination militaire américaine rapportés par Haaretz. Le point de passage de Kerem Shalom a partiellement rouvert le 3 mars, suite à des pressions américaines rapportées, et Kerem Shalom et Zikim restent les seuls points d’entrée opérationnels pour les biens humanitaires et commerciaux. Au cours des 11 premiers jours de mai, seule la moitié des camions d’aide arrivant d’Égypte ont été autorisés à décharger aux points de passage contrôlés par Israël.

Les camions commerciaux ont recommencé à entrer en plus grand nombre à Gaza, avec 789 camions privés ayant franchi la frontière entre le 4 et le 10 mai, selon l’OCHA. Mais le volume total des livraisons reste inférieur aux niveaux d’avant le 28 février et bien en deçà des besoins de la population de Gaza.

Selon le rapport de situation de l’OCHA du 1er mai, les organisations humanitaires ont distribué des colis alimentaires à environ 197 000 familles en avril, couvrant 75 % des besoins caloriques quotidiens minimaux, ce qui représente une amélioration par rapport à mars, où les rations ne couvraient que la moitié de ces besoins. Mais le nombre total de repas servis quotidiennement a baissé depuis fin mars, certaines organisations humanitaires ayant réduit leurs distributions directes de nourriture, a indiqué l’OCHA.

Le Programme alimentaire mondial a signalé que les habitants de Gaza mangeaient moins au cours de la première quinzaine d’avril qu’en mars, la plupart des familles ne consommant des légumes, des fruits ou des protéines qu’une fois par semaine, voire moins. En raison de la pénurie de gaz de cuisine, 68 % de la population brûle désormais des déchets pour préparer ses repas, soit une augmentation de 13 % par rapport à mars.

Au 5 février, aucun des 37 hôpitaux de Gaza n’était pleinement opérationnel, et seuls 19 fonctionnaient même partiellement, selon l’OCHA. Plus de 43 000 personnes ont subi des blessures qui ont bouleversé leur vie, dont un enfant sur quatre, et plus de 50 000 ont besoin de soins de réadaptation à long terme, estime l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Aucun centre de rééducation ne fonctionne pleinement. Les retards israéliens dans l’approbation d’équipements chirurgicaux spécialisés limitent les soins complexes, et au moins 46 % des médicaments essentiels sont en rupture de stock, selon l’OMS. Les restrictions israéliennes sur l’importation de générateurs, d’huile moteur et de pièces de rechange provoquent des pannes dans les secteurs des soins de santé, de l’assainissement, du déblaiement des décombres et de l’aide humanitaire, selon l’OCHA.

Les rongeurs et les insectes se propagent dans les camps de déplacés, et les infections cutanées ainsi que d’autres maladies sont en augmentation, a rapporté l’OCHA. Les agences des Nations Unies et les organisations humanitaires travaillant dans le domaine de l’eau et de l’assainissement avertissent que de graves pénuries d’huile lubrifiante et de pièces de rechange provoquent des pannes de générateurs. À Khan Younis, les stations de pompage des eaux usées ont cessé de fonctionner et les eaux usées non traitées inondent les rues résidentielles. Dans toute la bande de Gaza, plus de 200 installations d'approvisionnement en eau et d'assainissement fonctionnent avec des générateurs de secours depuis plus de deux ans et demi, la plupart utilisant désormais de l'huile recyclée.

Le 6 avril, Al Jazeera a rapporté que les forces israéliennes avaient tiré sur un véhicule de l’OMS dans l’est de Khan Younis, tuant un sous-traitant et en blessant plusieurs autres. L’OMS a suspendu les évacuations médicales via Rafah pendant six jours en réponse à cet incident. Fin avril, l’OCHA avait recensé la mort d’au moins 593 travailleurs humanitaires à Gaza depuis octobre 2023, dont 8 depuis le cessez-le-feu.

Des frappes aériennes ont tué un travailleur humanitaire près d’un puits d’eau à Gaza le 20 avril et un employé de l’ONG Ard El Insan le 26 avril, provoquant dans les deux cas la suspension de services essentiels. Selon le ministère de la Santé de Gaza, plus de 1 400 patients sont morts en attendant leur évacuation médicale depuis la prise du point de passage de Rafah en mai 2024, et plus de 18 500 patients, dont 4 000 enfants, attendent toujours d’être évacués.

L'ONG Gisha a rapporté que les autorités israéliennes ont catégoriquement empêché l'accès des patients de Gaza aux hôpitaux de Cisjordanie, y compris à Jérusalem-Est, et en Israël, depuis octobre 2023, bien qu'elles aient parfois facilité un accès limité aux traitements à l'étranger, y compris via le territoire israélien depuis juillet 2024.

Depuis le cessez-le-feu, les forces israéliennes ont déplacé la « ligne jaune », la limite convenue du contrôle territorial israélien à l’intérieur de Gaza, vers l’ouest au-delà des frontières convenues. Elles ont établi au moins 32 avant-postes à l’ t construisent ce qui semble être une barrière terrestre permanente ou à long terme, selon l’analyse d’images satellites publiée par Haaretz. Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme a recensé au moins 167 Palestiniens tués près de cette ligne entre le 11 octobre et le 21 janvier, dont 26 enfants et 17 femmes. Le responsable de Médecins sans frontières à Gaza a déclaré à Haaretz que, à mesure que la ligne se déplace vers l’ouest, elle engloutit des points d’eau et des établissements de santé.

Selon l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), 127 de ses installations se trouvent désormais derrière la ligne ou dans des zones dont l’accès nécessite l’autorisation d’Israël. Depuis mars 2025, les autorités israéliennes empêchent l’agence d’acheminer directement l’aide humanitaire à Gaza.

Le Plan global comprend des engagements pris par Israël qui restent non tenus, notamment l’intensification de l’aide humanitaire. Human Rights Watch a déjà fait part de ses préoccupations concernant d’autres éléments du plan, notamment la création d’un Conseil de paix sans représentation palestinienne.

Lors de la réunion inaugurale du Conseil de paix en février, dix États membres et observateurs du Conseil se sont engagés à verser un total de 17 milliards de dollars pour la reconstruction, alors que l’ONU estime les besoins à 70 milliards de dollars. En avril, le Conseil avait reçu moins d’un milliard de dollars sur le montant promis, seuls trois contributeurs ayant versé des fonds, selon Reuters.

En tant que puissance occupante, Israël est tenu, en vertu du droit international humanitaire, de garantir à la population civile l’accès à la nourriture, à l’eau, aux soins médicaux et aux produits de première nécessité, et de faciliter l’acheminement rapide et sans entrave de l’aide humanitaire. Affamer des civils comme méthode de guerre constitue un crime de guerre au sens du Statut de Rome, qui a institué la Cour pénale internationale (CPI). Imposer délibérément des conditions de vie calculées pour entraîner la destruction physique d’une population constitue un acte de génocide au sens de la Convention sur le génocide.

Human Rights Watch a documenté en décembre 2023 qu’Israël utilisait la famine comme arme de guerre à Gaza, et a publié en décembre 2024 un rapport dans lequel l’organisation a conclu que la privation délibérée d’eau par Israël équivalait à un crime contre l’humanité d’extermination et à des actes de génocide.

Les autorités israéliennes devraient immédiatement se conformer à leurs obligations en vertu du droit international humanitaire, notamment en garantissant le passage sans entrave de l’aide humanitaire à grande échelle par tous les points de passage, en levant les restrictions illégales imposées à l’UNRWA et aux autres organisations humanitaires internationales, et en assurant la sécurité du personnel humanitaire, a déclaré Human Rights Watch.

Les gouvernements devraient suspendre les transferts d’armes au gouvernement israélien, imposer des sanctions ciblées aux responsables israéliens impliqués de manière crédible dans des violations graves, suspendre les accords commerciaux préférentiels avec Israël et promouvoir la responsabilité en soutenant la Cour internationale de justice et la CPI, notamment en faisant exécuter les mandats d’arrêt de la CPI.

« Lorsque le Conseil de paix présentera son rapport au Conseil de sécurité, les États membres devraient comparer ce qu’ils entendent avec ce que les agences de l’ONU rapportent depuis le terrain », a déclaré Adam Coogle. « Aucun beau discours ne peut masquer les faits : la livraison d’aide demeure insuffisante, les patients n’ont pas accès à des soins médicaux adéquats et les points de passage vers Gaza restent limités. »

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19.05.2026 à 00:00

Myanmar : Les survivants du massacre de musulmans rohingyas par l'Armée d’Arakan privés de réparations

Human Rights Watch

Click to expand Image Illustration en couverture du rapport de Human Rights Watch au sujet du massacre de Rohingyas commis par l'Armée d’Arakan à Hoyyar Siri, dans l’ouest du Myanmar, le 2 mai 2024. Le dessin montre Omar Ahmod, un survivant qui est retourné à Hoyyar Siri quelques mois après le massacre, afin d’y photographier des preuves et rassembler d’autres informations.  © 2026 John Holmes pour Human Rights Watch Deux ans après que l'Armée d'Arakan, un groupe armé ethnique, a tué et blessé des centaines de musulmans rohingyas dans l'État de Rakhine, au Myanmar, et incendié leur village, les survivants se voient toujours refuser l’accès à la justice et ne peuvent toujours pas rentrer chez eux.L’Armée d’Arakan, qui nie avoir commis des crimes de guerre, a délibérément tiré sur des villageois non armés qui cherchaient à se mettre à l’abri, alors que le groupe armé avançait vers deux bases de l’armée du Myanmar situées à proximité.L'armée du Myanmar et l'Armée d’Arakan devraient mettre fin aux attaques contre les civils, libérer toutes les personnes détenues illégalement et offrir des réparations aux victimes. Les deux parties devraient coopérer pleinement avec les enquêtes menées par l'ONU et d'autres organismes indépendants.

(Bangkok) – Deux ans après que l’Armée d’Arakan, un groupe armé ethnique, a tué et blessé des centaines de musulmans rohingyas et incendié leur village dans l’État de Rakhine, au Myanmar, les survivants ayant fui ne peuvent toujours pas y retourner, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui ; de nombreux habitants restés dans le village y sont de fait détenus. L’Armée d’Arakan a rejeté toute responsabilité dans le massacre commis à Hoyyar Siri (Htan Shauk Khan en birman), dans la commune de Buthidaung, qui a été caractérisé par de graves violations du droit de la guerre constituant des crimes de guerre. 

18 mai 2026 “Skeletons and Skulls Scattered Everywhere”

Le rapport de 56 pages, intitulé « “Skeletons and Skulls Scattered Everywhere”: Arakan Army Massacre of Rohingya Muslims in Hoyyar Siri, Myanmar » (« “Des squelettes et des crânes éparpillés partout” : Le massacre de musulmans rohingyas par l’Armée d’Arakan à Hoyyar Siri, au Myanmar »), documente l’attaque du 2 mai 2024, au cours de laquelle des combattants de l’Armée d’Arakan ont délibérément tiré sur des villageois non armés qui cherchaient à se mettre à l’abri alors que le groupe armé avançait vers deux bases de l’armée du Myanmar situées à proximité. Les détails du massacre n’ont commencé à émerger que plus d’un an plus tard, après que certains survivants ont fui vers le Bangladesh et la Malaisie. 

« Lorsque l’Armée d’Arakan a tué des centaines de civils rohingyas et incendié leur village dans l’État de Rakhine en 2024, son conflit armé avec la junte du Myanmar a atteint un nouveau niveau de dépravation », a déclaré Meenakshi Ganguly, directrice adjointe de la division Asie à Human Rights Watch. « Aujourd’hui, les survivants du massacre sont de fait détenus par l’Armée d’Arakan, qui n’a ni accordé de réparations, ni traduit les responsables en justice. »

Human Rights Watch a mené des entretiens avec plusieurs dizaines de témoins et de survivants, a corroboré leurs témoignages à l’aide d’images satellite, et a analysé et vérifié des photographies et des vidéos. 

Click to expand Image Carte de l'État de Rakhine, dans l’ouest du Myanmar. Le village de Hoyyar Siri est situé dans la commune de Buthidaung (district de Maungdaw), dans le nord-ouest de cet État. © 2026 Human Rights Watch

Les hostilités entre les forces de la junte du Myanmar et l’Armée d’Arakan dans l’État de Rakhine ont repris en novembre 2023. Les deux camps ont commis de graves exactions, notamment des attaques ciblant des civils, des incendies criminels et des actes de conscription illégale. Ces conclusions contredisent les affirmations de l’Armée d’Arakan, qui, dans une lettre adressée à Human Rights Watch, affirmait que ses combattants ne visaient que du personnel militaire ou des membres de groupes armés rohingyas. 

Les combattants de l’Armée d’Arakan ont d’abord ouvert le feu sur un groupe de civils quittant Hoyyar Siri, dont certains agitaient des drapeaux blancs. « D’abord, mon fils a été touché par une balle », a déclaré un homme. « Puis ma femme et ma petite fille ont été touchées, suivies de mon autre fille. » Les combattants ont continué à tirer sur les villageois alors que ceux-ci faisaient demi-tour et tentaient de fuir. 

Une femme a déclaré que les combattants avaient rassemblé un groupe de villageois dans une rizière près d’une mosquée. « En quelques minutes, ils ont ouvert le feu sur nous au hasard, sans rien dire », a-t-elle déclaré. « Personne n’a été épargné. Mon mari a été touché par une balle. Quand l’Armée d’Arakan a vu qu’il était encore en vie, ils se sont approchés et ont tiré à nouveau sur lui, plusieurs fois. »

Click to expand Image Trois illustrations du massacre commis par l'Armée d’Arakan à Hoyyar Siri, dans l’ouest du Myanmar, le 2 mai 2024. (1) À gauche : Des civils rohingyas non armés fuyaient le village, sur une route en direction de la ville voisine de Buthidaung. (2) Au centre : Des combattants de l’Armée d’Arakan, s’apprêtant à tirer sur ces personnes. (3) À droite : Le massacre de civils sur la route. © 2026 John Holmes for Human Rights Watch

Human Rights Watch a dressé une liste de plus de 170 villageois, dont environ 90 enfants, qui ont été tués, ou sont toujours portés disparus à la suite du massacre de Hoyyar Siri. Le bilan réel du massacre est probablement bien plus élevé.

Human Rights Watch a analysé et vérifié des photographies et des vidéos montrant des restes humains sur trois sites distincts du village. Sur deux de ces sites, des vêtements civils sont visibles parmi les restes humains. Des images satellite corroborent les témoignages selon lesquels des combattants de l’Armée d’Arakan ont incendié Hoyyar Siri et, après en avoir pris le contrôle, ont détruit tout le village. 

Deux images satellite infrarouges de la zone de Hoyyar Siri au Myanmar, enregistrées le 25 avril 2024 (avant le massacre du 2 mai) et le 6 mai 2024 (quatre jours après le massacre). Sur les images infrarouges, la végétation apparaît en rouge, tandis que les zones incendiées apparaissent dans des teintes plus sombres. L’image du 6 mai révèle la destruction quasi totale de Fatailla Para et de Bor Para, deux hameaux de Hoyyar Siri. © 2024 Planet Labs (images satellite). © 2026 Human Rights Watch (graphisme). Données © Myanmar Information Management Unit (MIMU), © OpenStreetMap.

Les combattants ont également dérobé l’argent et les bijoux des villageois. Un homme détenu par l’Armée d’Arakan a déclaré que plusieurs détenus dont lui-même avaient été battus et torturés, notamment à coup de décharges électriques. Plusieurs témoins ont rapporté que des combattants avaient enlevé des femmes et des filles rohingyas du village. 

En février 2025, l’Armée d’Arakan a ordonné à tous les habitants survivants de Hoyyar Siri de se réinstaller dans un camp de fortune situé à proximité. Des villageois qui ont par la suite réussi à fuir vers le Bangladesh ont déclaré à Human Rights Watch qu’ils avaient été privés de liberté de mouvement, soumis au travail forcé et confrontés à de graves pénuries de nourriture et de soins médicaux. Ils ont ajouté qu’en août 2025, le groupe armé avait organisé pour certains médias une visite contrôlée à Hoyyar Siri, au cours de laquelle les survivants ont été contraints de fournir des faux témoignages dans le but de disculper l’Armée d’Arakan pour le meurtre de civils.

Au cours de la dernière décennie, l’armée du Myanmar a commis des actes de nettoyage ethnique, de génocide et d’autres atrocités dans l’État de Rakhine, forçant plus d’un million de Rohingyas à fuir. Le massacre de Hoyyar Siri met en évidence le fait que le retour dans l’État de Rakhine reste dangereux pour les réfugiés rohingyas, y compris dans les zones actuellement contrôlées par l’Armée d’Arakan . 

L’armée du Myanmar et l’Armée d’Arakan devraient immédiatement mettre fin aux attaques contre les civils, libérer tous les civils détenus illégalement et offrir réparation aux victimes et à leurs familles, a déclaré Human Rights Watch. Dans sa lettre adressée à Human Rights Watch, l’Armée d’Arakan a déclaré qu’elle faciliterait les enquêtes menées par des organisations internationales de défense des droits humains jugées crédibles et indépendantes. Les deux parties devraient coopérer pleinement avec les enquêtes indépendantes, notamment en accordant l’accès au Mécanisme d’enquête indépendant sur le Myanmar (IIMM), au Rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits de l’homme au Mynnmar, et aux organisations de défense des droits humains.

« L’armée du Myanmar semblait indifférente au sort des civils rohingyas à Hoyyar Siri en 2024, et depuis lors, la junte n’a rien fait pour répondre à leurs préoccupations plus générales en matière de droits humains », a conclu Meenakshi Ganguly. « Les gouvernements préoccupés devraient d’urgence faire pression tant sur la junte du Myanmar que sur l’Armée d’Arakan, pour qu’elles respectent les droits de toutes les communautés de l’État de Rakhine. »

Extraits de témoignages :

« J’ai vu que l’Armée d’Arakan avait rassemblé les personnes qu’elle avait trouvées à Fatailla Para dans une rizière près de la mosquée, et les avait forcées à s’asseoir et à baisser la tête. Puis elle a commencé à tirer. Certains habitants ont été abattus alors qu’ils gisaient au sol. »  
– Abdu Rahman, blessé lors de l’attaque.

« Je me suis rendue à l’endroit où mes enfants ont été abattus. J’ai perdu connaissance en voyant leurs corps. Leurs vêtements étaient encore intacts. »  
– Rashida Hatu, qui a raconté avoir retrouvé les corps de sa fille et de son fils aîné, abattus alors qu’ils cherchaient un bunker.

« J’avais grimpé dans un grand arbre près de la lisière du village, pour voir d’où venaient les coups de feu. De là-haut, j’ai vu un grand nombre de personnes se faire tirer dessus dans les champs, au nord du village. J’ai également vu l’Armée d’Arakan mettre le feu aux maisons. J’entendais le bambou et le bois craquer à mesure que le feu se propageait. »  
– Zaw Kawriya, qui a vu de loin l’incendie criminel.

« Ils nous ont emmenés dans la forêt. Là-bas, ils ont saisi tous nos objets de valeur, y compris nos téléphones portables, nos bijoux et notre argent. Ils ont même déchiré nos chemisiers et nos sous-vêtements, à la recherche d’objets de valeur à l’intérieur de nos vêtements. Mon oncle a été frappé à la tête, lorsqu’il a tenté d’empêcher des combattants de l’Armée d’Arakan d’arracher une chaîne en or du cou de sa femme. »  
– Majeda Banu, interceptée alors qu’elle fuyait vers la région d’U Hla Hpay.

« Les combattants de l’Armée d’Arakan nous ont attachés avec des cordes et nous ont violemment battus… Ils nous ont bandé les yeux, nous ont forcés à monter dans un bateau, puis nous ont emmenés dans une école. J’ai entendu l’un des membres de l’Armée d’Arakan dire : “Nous ferions mieux de tuer tous les kalar [terme péjoratif désignant les musulmans rohingyas], sinon nous ne réussirons pas à accomplir notre mouvement de libération.” »  
– Kefayet Ulla, capturée et torturée pendant sa détention.

18.05.2026 à 22:50

Un suspect du génocide rwandais meurt sans avoir été jugé

Human Rights Watch

Click to expand Image Le dirigeant de l'Office central de lutte contre les crimes contre l'humanité et les crimes de haine (OCLCH) affiche des documents montrant un avis de recherche pour Félicien Kabuga le 19 mai 2020, à Paris. © 2020 Benoit Tessler/Reuters

Le décès de Félicien Kabuga, accusé d’avoir financé le génocide rwandais, clôt un chapitre important du génocide de 1994. Malheureusement, il prive également les survivants d’une opportunité d’obtenir justice que beaucoup attendaient depuis des décennies.

Félicien Kabuga, longtemps soupçonné d’avoir financé la milice extrémiste qui a perpétré le génocide et d’avoir contribué à alimenter la propagande génocidaire via la Radio Télévision Libre des Mille Collines, est décédé le 16 mai dans un hôpital de La Haye à l’âge de 93 ans, alors qu’il était détenu par le Mécanisme international résiduel appelé à exercer les fonctions résiduelles des Tribunaux pénaux des Nations Unies. Il avait été déclaré inapte à participer à son procès en 2023, en raison de démence et d’une santé déclinante.

Pendant des années, Félicien Kabuga a symbolisé à la fois la persévérance des efforts de la justice internationale ainsi que l’impunité de longue date pour les crimes commis lors du génocide. Inculpé dans les années 1990, son arrestation en France en 2020, après plus de deux décennies de cavale, a constitué une avancée majeure pour les victimes et les survivants du génocide.

Lorsque son procès a débuté à La Haye en 2022, 28 ans après le génocide, cela a constitué une occasion importante d'établir un compte rendu public complet du rôle joué par Félicien Kabuga dans ce génocide.

Alison Des Forges, qui a été conseillère senior de la division Afrique de Human Rights Watch pendant près de deux décennies, a publié dans son ouvrage de référence sur le génocide, « Aucun témoin ne doit survivre, » le récit suivant : « La radio RTLM, qui avait incité au génocide avant le 6 avril, a communiqué les ordres pour la mise en œuvre des massacres après cette date. Elle a donné des instructions pour ériger des barrières et mener des fouilles ; elle a désigné les personnes à viser et indiqué les zones à attaquer. […] Ce moyen de communication était si important que les responsables ont exhorté les citoyens à continuer d’écouter la radio pour recevoir les instructions du gouvernement intérimaire ».

Alison Des Forges a également documenté la manière dont Félicien Kabuga était impliqué dans la commande des milliers de machettes importées au Rwanda en 1993 et début 1994 et comment il a soutenu l’entraînement militaire de la milice de jeunesse Interahamwe, dont les membres ont traqué les civils tutsis pendant le génocide.

Félicien Kabuga est décédé sans qu’un jugement n’ait été rendu sur sa culpabilité ou son innocence, ce qui marque un douloureux manque de justice définitive pour les victimes de l’un des crimes les plus graves du XXe siècle. Il n’y a pas de date d’expiration pour l’obtention de justice lorsqu’il s’agit des crimes les plus graves, et des auteurs présumés du génocide rwandais continuent d’être arrêtés dans différents pays. Les autorités judiciaires devraient veiller à ce que les survivants et les victimes ne subissent pas de nouveaux retards.

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