LePartisan.info À propos Podcasts Fil web Écologie Blogs Revues MÉDIAS
Human Rights Watch News
 
Humans Right Watch enquête sur les violations des droits humains commises à travers le monde

▸ Les 20 dernières parutions

10.04.2026 à 06:00

Liban : Des frappes israéliennes ont tué des centaines de personnes et endommagé un pont vital

Human Rights Watch

Click to expand Image Une partie du pont de Qasmieh, gravement endommagée par une frappe aérienne israélienne menée le 8 avril 2026, photographiée le 9 avril ; ce pont est rattaché à un important axe routier reliant des villages du district de Tyr, dans le sud du Liban, à d'autres villes et villages situés plus au nord.  © 2026 Kawnat Haju/AFP via Getty Images

(Beyrouth) – L’armée israélienne a mené plus de 100 frappes à travers le Liban le 8 avril, y compris contre des quartiers densément peuplés de Beyrouth ; ces frappes ont tué plus de 300 personnes et endommagé le dernier pont principal reliant le sud du Liban au reste du pays, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Les frappes israéliennes, qui ont rendu inutilisables les ponts enjambant le Litani, menacent de priver des dizaines de milliers de personnes dans le sud du Liban de l’accès à l’aide humanitaire, à la nourriture et aux soins de santé. 

« Au cours des deux dernières années, les violations déplorables et les crimes de guerre commis par l’armée israélienne au Liban et à Gaza ont causé des ravages parmi la population civile, tandis que l’afflux continu d’armes vers Israël et le silence des autres pays n’ont fait qu’encourager les atrocités commises par son armée », a déclaré Ramzi Kaiss, chercheur sur le Liban à Human Rights Watch. « Isoler le sud du Liban du reste du pays entraînerait une catastrophe humanitaire, et causerait de graves torts aux dizaines de milliers de personnes qui y résident encore. »

Le 31 mars, des chercheurs de Human Rights Watch se sont rendus dans la ville de Tyr, dans le sud du Liban, et ont mené des entretiens avec huit personnes, dont quatre responsables municipaux ; des membres de la Défense civile libanaise et du Comité islamique de santé, une organisation de défense civile et d’ambulances affiliée au Hezbollah ; ainsi qu’un responsable de l’hôpital Jabal Amel, l’un des principaux hôpitaux de Tyr.  

« S’ils frappent le pont, où irons-nous ? Il n’y a nulle part où aller », a déclaré Hassan Hamieh, un habitant déplacé qui avait fui vers Tyr depuis la ville de Beit Leif, dans le sud.

Le 8 avril, l’armée israélienne a déclaré avoir lancé plus de 100 frappes « en l’espace de dix minutes et simultanément dans plusieurs zones [au Liban] », y compris dans des zones densément peuplées de Beyrouth ; ces frappes ont tué au moins 303 personnes et blessé plus de 1 150 personnes, selon le ministère libanais de la Santé. Ce fut la journée la plus meurtrière au Liban depuis l’escalade des hostilités entre Israël et le Hezbollah, le 2 mars. 

Plus tard dans la journée, les Forces armées libanaises ont déclaré qu’elles avaient évacué le pont de Qasmieh près de Tyr ; il s’agit du dernier point de passage principal vers la zone située au sud du fleuve Litani.

Des photos et des vidéos prises par des journalistes sur place et vérifiées par Human Rights Watch montrent que les frappes israéliennes ont détruit une passerelle piétonne près du pont, dont un large segment s’est effondré sur la partie principale du pont, le rendant temporairement inopérationnel. Le 9 avril, l’armée israélienne a déclaré avoir « frappé deux points de passage clés » sur le fleuve Litani, accusant le Hezbollah d’utiliser ces points de passage pour déplacer des combattants et transférer des armes vers le sud.  

Les attaques israéliennes ont tué plus de 1 888 personnes au Liban depuis le 2 mars, selon le ministère libanais de la Santé. Parmi les victimes figuraient plus de 130 enfants, 102 femmes et 57 professionnels de santé, au 7 avril. Les attaques du Hezbollah ont tué au moins deux personnes en Israël, a rapporté Reuters.

Entre le 12 mars et le 8 avril, les forces israéliennes ont systématiquement détruit ou gravement endommagé tous les principaux ponts reliant les zones situées au sud du fleuve Litani au reste du pays, faisant du pont de Qasmieh le seul point de passage majeur encore opérationnel. Ces attaques comprennent des frappes sur neuf ponts enjambant le fleuve Litani et son affluent, dont certains ont été touchés à plusieurs reprises, ainsi que sur la route principale menant au pont d’Al-Khardali.

Human Rights Watch a analysé des vidéos publiées en ligne montrant le moment où trois des ponts ont été frappés, ainsi que des photographies et des vidéos des conséquences des frappes sur les neuf ponts et la route menant au pont d’Al-Khardali. Plusieurs vidéos ont été géolocalisées par le journaliste de Sky News Ben van der Merwe, et corroborées par les chercheurs de Human Rights Watch.

Principaux ponts du fleuve Litani au Liban, frappés par l'armée israélienne (12 mars – 8 avril 2026) Click to expand Image Carte montrant 9 frappes israéliennes menées entre le 12 mars et le 8 avril 2026 contre des ponts du fleuve Litani, reliant le sud du Liban au nord du pays. Points rouges : 8 ponts rendus inopérationnels. Point vert : Un pont (pont de Qasmieh) qui demeurait encore en partie opérationnel au 9 avril. © 2026 Human Rights Watch (infographie)

Ces frappes ont considérablement limité la capacité des civils à se déplacer en toute sécurité, ainsi que celle des institutions publiques, des organisations humanitaires, des hôpitaux et des établissements de santé à acheminer l’aide et à fournir des soins médicaux. Malgré certains dégâts subis par le pont de Qasmieh et la destruction de la passerelle qui le longe, ce pont reste praticable et constitue la seule voie de communication vitale pour les dizaines de milliers de résidents qui se trouvent encore au sud du fleuve Litani. 

Les autres pays devraient faire pression sur Israël pour que ce pays ne coupe pas les habitants du sud du Liban de la partie nord. Les autorités israéliennes devraient garantir que ces habitants aient un accès durable et planifiable à l’aide humanitaire et ne se voient pas refuser l’accès à des biens essentiels à leur survie, tels que l’eau, la nourriture et les médicaments. Les autorités israéliennes devraient en outre garantir un passage en toute sécurité à ceux qui choisissent de partir. 

Les alliés d’Israël, notamment les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne et d’autres États de l’Union européenne, devraient suspendre toutes les ventes d’armes, les transferts d’armes et l’apport d’aide militaire à Israël, et imposer des sanctions ciblées aux responsables impliqués de manière crédible dans les crimes graves en cours. L’Union européenne devrait aussi suspendre immédiatement le volet commercial de l’Accord d’association UE-Israël, tant que dureront les crimes atroces d’Israël, a déclaré Human Rights Watch.

L’armée israélienne a déclaré que les frappes sur les ponts visaient à « empêcher le déplacement de renforts et de moyens de combat » vers le sud du Liban, accusant le Hezbollah d’utiliser les ponts à des fins militaires. 

Même si les passages sur les ponts deviennent des cibles militaires – c'est-à-dire s'ils contribuent efficacement à l'action militaire –, les attaques contre ceux-ci restent soumises aux règles de proportionnalité. Les attaques disproportionnées comprennent celles dont on peut s'attendre à ce qu'elles causent des dommages excessifs aux civils et aux biens de caractère civil par rapport à l'avantage militaire concret et direct escompté de l'attaque. Ces attaques sont interdites par le droit de la guerre. 

Le 23 mars, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) avait déjà déclaré que la destruction de ponts stratégiques avait « considérablement [perturbé] la circulation et l’accès humanitaire », les frappes ayant « coupé la liaison » entre Tyr et Nabatieh, et « [restreint] la circulation entre le sud du Liban et la Bekaa occidentale, y compris Marjayoun et Hasbaya ».

« La destruction de ponts stratégiques a coupé des quartiers, isolant plus de 150 000 personnes et limitant considérablement l’accès humanitaire », a affirmé l’OCHA, ajoutant que les dégâts causés aux principales voies de transport « entravent également la livraison de fournitures essentielles et limitent la capacité des civils à se déplacer en toute sécurité ». 

Mortada Mohanna, directeur du département chargé de la réduction des risques de catastrophe et de la gestion des unités au sein de l’Union des municipalités de Tyr, qui regroupe au moins 55 municipalités, a déclaré qu’environ 71 000 personnes se trouvaient encore à Tyr et dans les villes et villages environnants au 8 avril.

« Ceux qui sont restés dans le sud du Liban sont désormais confrontés à un isolement accru et à des obstacles croissants pour accéder à l’aide humanitaire, car les frappes aériennes israéliennes ont détruit les ponts reliant le sud au reste du pays », a déclaré Thameen al-Kheetan, porte-parole du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, le 17 mars. 

Les autorités locales de Tyr ont déclaré à Human Rights Watch que les réserves alimentaires ne dureraient qu’une semaine, si le dernier pont restant était attaqué et rendu inutilisable. « Rien ne peut entrer par voie maritime ou aérienne », a expliqué Alwan Charafeddine, adjoint au maire de Tyr. « Ce pont est notre bouée de sauvetage. Nos réserves alimentaires sont presque épuisées, car tout ce que nous recevons, nous le distribuons. » 

Alwan Charafeddine a ajouté que « les cinq grands supermarchés de la ville et des environs sont tous fermés », seules cinq boulangeries étant encore en activité dans la ville ; les pharmacies de Tyr ont également cessé leur activités, les médicaments étant désormais fournis par les autorités locales et les organisations non gouvernementales.

L'OCHA a indiqué que « les marchés au sud du fleuve Litani semblent avoir largement cessé leurs activités, de nombreux magasins surveillés étant fermés ou évacués, et les livraisons de marchandises considérablement réduites ».

L'accès aux soins médicaux, aux médicaments et aux fournitures médicales a également été fortement entravé en raison du bombardement des ponts, ont déclaré un professionnel de santé et un responsable hospitalier à Tyr. 

Un responsable de l’hôpital Jabal Amel de Tyr a déclaré que tous les médecins et le personnel encore en poste à l’hôpital y vivent désormais, car les déplacements vers et depuis l’hôpital sont devenus risqués. L’organisation Médecins Sans Frontières (MSF) et le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) ont rapporté que le personnel hospitalier des villes de Nabatieh et Marjayoun, dans le sud du Liban, fait de même.

Les patients sous dialyse ont également dû être transférés à l’hôpital Jabal Amel, a déclaré ce responsable, car ils ne peuvent pas se déplacer facilement et risquent sinon d’être complètement coupés de l’hôpital. Il a ajouté que certains médecins ont même dû réaliser des interventions chirurgicales – qui nécessitent habituellement des instruments médicaux comme des forets orthopédiques utilisés en chirurgie cérébrale – en employant des perceuses manuelles, car le personnel n’est pas en mesure de remplacer ces instruments ou de les faire réparer si besoin.  

« Pour nous procurer des fournitures médicales, nous devons prendre une voiture de l’hôpital, nous rendre à Sidon [à plus de 30 kilomètres au nord], récupérer les fournitures et revenir », a déclaré le responsable de l’hôpital Jabal Amel. « Mais c’est risqué, car nous devons parfois partir tard dans la nuit […] si le [dernier] pont est touché, nous serions complètement isolés. » Au moins six hôpitaux au Liban ont dû fermer leurs portes depuis le 2 mars, a indiqué l’Organisation mondiale de la santé (OMS), dont trois au sud du fleuve Litani.

Depuis le 4 mars, l’armée israélienne a émis à plusieurs reprises des ordres de déplacement visant l’ensemble de la population du Liban au sud du fleuve Litani, qui comprend le district de Tyr. Depuis le 12 mars, elle a étendu les zones concernées, ordonnant aux habitants de se déplacer vers les zones au nord du fleuve Zahrani, à 15 kilomètres au nord du fleuve Litani et à 40 kilomètres au nord de la frontière sud du Liban avec Israël. 

En vertu du droit international humanitaire, toutes les parties au conflit sont tenues de permettre et de faciliter l’acheminement rapide et sans entrave de l’aide humanitaire aux civils dans le besoin. Elles doivent respecter et protéger les travailleurs humanitaires, les entrepôts et les autres biens utilisés pour les opérations de secours.

Les civils qui n’évacuent pas des zones à la suite d’avertissements restent pleinement protégés par le droit international humanitaire. Le déplacement forcé est interdit par les lois de la guerre, sauf dans les cas où la protection des civils concernés est en jeu ou pour des raisons militaires impératives. Toute personne qui commet des violations graves du droit de la guerre avec une intention criminelle – c'est-à-dire intentionnellement ou par imprudence – peut être poursuivie pour crimes de guerre. Des individus peuvent également être tenus pénalement responsables pour avoir aidé, facilité, assisté ou encouragé un crime de guerre.

Les forces israéliennes ont commis de nombreuses violations du droit de la guerre au Liban en toute impunité depuis octobre 2023, notamment des attaques apparemment délibérées ou indiscriminées contre des journalistes, des civils, des secouristes, des institutions financières, des installations liées à la reconstruction, et une mission de maintien de la paix de l’ONU.

Human Rights Watch a également constaté qu’Israël a bafoué les ordonnances de la Cour internationale de justice exigeant qu’Israël permette la fourniture de services de base et d’aide humanitaire aux Palestiniens de Gaza. La Cour pénale internationale (CPI) a émis en 2024 des mandats d’arrêt à l’encontre du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou et de son ancien ministre de la Défense, Yoav Gallant, pour des chefs d’accusation incluant la privation de nourriture infligée à des civils en tant que méthode de guerre. Ils étaient d’accusés d’avoir « délibérément, systématiquement et continuellement privé la population civile de l’ensemble du territoire de Gaza de moyens de subsistance indispensables à sa survie », ainsi que d’avoir facilité « l’obstruction de la distribution d’aide par les organismes humanitaires et des attaques visant le personnel humanitaire, faisant des morts parmi eux ».

Les autorités judiciaires libanaises devraient ouvrir des enquêtes nationales sur ces crimes internationaux graves ; le gouvernement devrait aussi adhérer au Statut de Rome de la CPI et soumettre une déclaration acceptant la compétence de la Cour avant la date d’adhésion, y compris depuis au moins le 7 octobre 2023.  

« Pour éviter une catastrophe humanitaire, la communauté internationale devrait agir immédiatement pour exiger que les civils à travers le Liban soient protégés, et que le dernier pont reliant la zone au sud du fleuve Litani au reste du pays demeure opérationnel », a conclu Ramzi Kaiss. « Les civils paient le prix du silence de la communauté internationale, et de son refus de demander des comptes aux responsables israéliens. » 

…………….

09.04.2026 à 07:00

Sénégal : Dix ans d’incertitude suite à des déplacements liés au climat

Human Rights Watch

Click to expand Image Deux hommes tâchaient d’extraire de l’eau une barque ayant coulé lors d’inondations au large de la péninsule de la Langue de Barbarie, située a l’ouest de Saint-Louis, au Sénégal, face à l’océan Atlantique, le 7 mars 2023. © 2023 Raquel Maria Carbonell Pagola/LightRocket via Getty Images

(Dakar) – Dix ans après la destruction de leurs maisons par des inondations côtières au Sénégal, de nombreuses familles continuent de vivre dans des conditions précaires sur un site appelé Khar Yalla, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Malgré des progrès récents, le gouvernement n’a toujours pas proposé de solution permanente et durable aux familles déplacées.

Les quelque 1 000 personnes qui ont perdu leur logement à la suite des raz-de-marée de 2015 et 2016 vivaient dans des communautés traditionnelles de pêcheurs sur la péninsule de la Langue de Barbarie, qui fait partie de la ville de Saint-Louis, dans le nord du Sénégal. Fin 2016, après que les familles eurent vécu dans des tentes pendant des mois, les autorités locales les ont déplacées vers Khar Yalla, leur accordant des permis d’occupation temporaires en attendant une solution permanente. Les autorités locales et nationales avaient alors noté que ce site était lui-même exposé au risque d’inondations et dépourvu de services essentiels, et donc peu adapté à une habitation permanente. Pourtant, près de 10 ans plus tard, et alors que la prochaine saison des inondations est prévue en septembre, aucune solution de remplacement n’a été proposée aux familles, qui continuent de subir des violations de leur droit à un logement permanent et adéquat. 

« Vivre dans l’incertitude pendant dix ans est une réalité inacceptable pour des familles déjà traumatisées par les déplacements liés au climat », a déclaré Erica Bower, chercheuse sur les déplacements liés au climat à Human Rights Watch. « Le gouvernement sénégalais devrait fournir aux familles de Khar Yalla le strict minimum pour qu’elles puissent s’y sentir chez elles : des permis permanents qui leur permettraient de régulariser leur situation foncière. »

Lors d’une visite effectuée du 24 au 26 mars 2026, Human Rights Watch a constaté que certains progrès avaient été réalisés depuis la publication de son rapport sur cette situation, en août 2025. Une douzaine des 68 ménages disposent désormais de l’électricité, bien que les coûts d’installation soient prohibitifs pour beaucoup. Les autorités locales et régionales enquêtent sur cette situation, et ont rendu visite aux familles de Khar Yalla pour la première fois depuis des années. 

Bien que ces développements soient encourageants, le gouvernement sénégalais devrait agir davantage en délivrant des permis permanents aux familles de Khar Yalla, ouvrant ainsi la voie à une solution véritablement durable. Des permis permanents permettraient aux familles d’agrandir leurs habitations surpeuplées, d’achever la construction de leur centre pour femmes, de bâtir un mur pour prévenir les inondations et d’envisager un avenir plus digne. 

Les familles de Khar Yalla ne sont pas les seules dans ce type de situation. Des centaines d’autres familles ont été déplacées à l’intérieur du Sénégal en raison des marées de tempête côtières. Selon le Centre de surveillance des déplacements internes (Internal Displacement Monitoring Centre, IDMC) plus de 57 000 personnes ont été déplacées par les inondations au Sénégal rien qu’en 2024. À mesure que le changement climatique s’accélère, le nombre de personnes déplacées par des catastrophes et ayant besoin d’une solution durable devrait augmenter. 

Le Sénégal a déjà investi davantage que de nombreux pays pour venir en aide aux communautés déplacées en raison du changement climatique, mais les autorités ont exclu les familles de Khar Yalla de ces efforts. L’expérience de Khar Yalla offre des enseignements sur le processus de relogement planifié qui devraient être pris en compte dlors de futures initiatives. Parmi ces enseignements figurent la réalisation d’un recensement complet pour identifier les personnes déplacées depuis le plus longtemps, le choix de sites non exposés aux inondations et l’octroi aux familles de permis de séjour permanents et non temporaires. 

Les mesures ponctuelles, temporaires et réactives ne devraient pas devenir la norme. Pour éviter que des relogements mal planifiés ne se transforment en déplacements prolongés, le Sénégal devrait planifier à l’avance. Cela implique de documenter systématiquement les enseignements tirés des cas existants et d’adopter des cadres juridiques garantissant que les relogements planifiés respectent les droits. 

La relocalisation planifiée des personnes déplacées par le changement climatique comporte des risques sérieux et devrait constituer un dernier recours, tandis que la priorité devrait être accordée aux solutions d’adaptation qui leur permettent de rester dans leurs communautés. La planification devrait respecter les principes des droits humains tels que le consentement éclairé, la participation significative et la non-discrimination. Un cadre politique national sur la relocalisation planifiée devrait fournir des orientations sur la manière de mettre en œuvre ces principes dans la pratique, de réaliser des recensements exhaustifs des personnes déplacées et d’établir des critères garantissant que les sites sélectionnés respectent les droits des bénéficiaires.

Certains gouvernements, comme celui des Îles Salomon dans le Pacifique, ont élaboré de telles politiques autonomes, et d’autres, comme celui du Panama, sont en train d’élaborer des protocoles nationaux. Aucun pays d’Afrique n’a encore franchi ce pas. Le Sénégal est particulièrement bien placé pour établir la norme en matière d’adaptation respectueuse des droits à travers l’Afrique, a déclaré Human Rights Watch.

Compte tenu de l'annonce récente selon laquelle le gouvernement mène actuellement des consultations sur un éventuel projet de loi sur le changement climatique, le Sénégal a l'occasion de jeter les bases juridiques d'un décret national sur les déplacements liés au climat et les réinstallations planifiées. « Les membres des communautés déplacées comme celle de Khar Yalla devraient avoir leur mot à dire lors de l'élaboration de toute loi ou politique concernant leur réalité quotidienne », a déclaré Fatoumata Kine Mbodji, représentante de Lumière Synergie pour le Développement, une organisation non gouvernementale qui travaille en étroite collaboration avec les familles de pêcheurs de Saint-Louis.

Le gouvernement sénégalais est tenu, en vertu du droit national, régional et international, de respecter et de garantir les droits économiques, sociaux et culturels des personnes, et de les protéger contre les risques raisonnablement prévisibles qui menacent ces droits, y compris les impacts du changement climatique tels que l’élévation du niveau de la mer. L’adaptation au changement climatique devrait être mise en œuvre d’une manière qui ne porte pas atteinte à leurs droits. 

« La crise prolongée à Khar Yalla démontre que, sans politique nationale, les relogements ponctuels perpétuent la précarité plutôt que d’apporter des solutions durables », a conclu Erica Bower. « Mais en faisant preuve de volonté politique, le Sénégal a l’occasion de devenir un leader régional et mondial à l’égard de cette question cruciale liée à la justice climatique. »

08.04.2026 à 21:00

Soudan : Arrestations arbitraires par l’armée et les forces de sécurité

Human Rights Watch

Click to expand Image Des membres des Forces armées soudanaises avançaient vers le pont de Shambat à Khartoum, le 27 avril 2025. © 2025 Giles Clarke/Avaaz via Getty Images Les Forces armées soudanaises et des forces affiliées ont arbitrairement détenu, torturé et maltraité des civils dans les zones sous leur contrôle, et leur ont refusé le droit à un procès équitable.L’armée a mené une campagne de terreur et de représailles contre des personnes qu’elle qualifie de collaborateurs, en raison de leur identité ethnique, de leur travail humanitaire, de leur affiliation politique ou du fait qu’elles aient vécu sous le contrôle des Forces de soutien rapide.Les autorités devraient prendre des mesures pour mettre fin aux détentions arbitraires, à la torture et aux mauvais traitements, et offrir des réparations aux détenus et à leurs familles. Les acteurs internationaux et régionaux devraient clairement signaler aux dirigeants militaires qu’ils seront tenus responsables de ce type d’abus.

(Nairobi, le 8 avril 2026) –Les Forces armées soudanaises (FAS) et des forces de sécurité affiliées ont arbitrairement arrêté, torturé et maltraité des civils dans les zones sous leur contrôle, et leur ont refusé le droit à un procès équitable, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.

Les forces de sécurité et l’armée ont arrêté des civils pour leur collaboration présumée avec les Forces de soutien rapide (FSR), en conflit avec l’armée, en particulier dans les zones dont l’armée a repris le contrôle, et souvent sur la seule base de leur identité ethnique, de leur affiliation politique réelle ou supposée, ou de leur travail humanitaire. La privation illégale de liberté, les mauvais traitements et la torture infligés à des civils sont susceptibles de constituer des crimes de guerre, voire des crimes contre l’humanité.

« Les Forces armées soudanaises et leurs alliés ont mené une campagne de terreur et de représailles contre des personnes qu’ils qualifient de collaborateurs, en raison de leur identité, de leur action humanitaire, de leurs activités politiques ou simplement parce qu’elles ont vécu sous le contrôle des Forces de soutien rapide », a déclaré Mohamed Osman, chercheur sur le Soudan à Human Rights Watch. « Les témoignages d’anciens détenus, de leurs proches et d’avocats brossent un tableau sombre d’abus arbitraires encouragés par un climat d’impunité. »

L’armée soudanaise et les forces qui lui sont affiliées ont maintenu des détenus au secret, privant ainsi les familles d’informations et d’un accès à leurs proches, et ont dans certains cas procédé à des disparitions forcées, a constaté Human Rights Watch. Le contrôle exercé par les procureurs et les juges est insuffisant ; les détenus sont privés d’accès à une assistance juridique, ou n’y ont qu’un accès limité. Human Rights Watch a eu connaissance d’au moins deux décès dus à la torture et aux mauvais traitements en détention. Les autorités sont présumées responsables des décès survenus en détention, ce qui leur impose l’obligation de mener des enquêtes rapides, impartiales et efficaces dans de tels cas. 

Entre juin 2025 et février 2026, Human Rights Watch a mené des entretiens avec 28 personnes : 7 anciens détenus, 9 proches de détenus, 11 avocats et activistes, ainsi qu’un membre des forces de sécurité. Ces personnes ont décrit des exactions commises à l’encontre d’hommes et de femmes détenus par les Forces armées soudanaises et leurs affiliés dans des zones contrôlées par l’armée ou que cette dernière a reprises aux FSR depuis 2024, notamment à Khartoum, dans les États de Gezira, Gedaref, de la Mer-Rouge et du Nord.

Click to expand Image Carte du Soudan montrant les États où les Forces armées soudanaises et des forces affiliées ont procédé à des détentions arbitraires depuis 2024, selon les recherches effectuées par Human Rights Watch. Il s’agit des États du Nil, de Khartoum, de Gezira et de Gedaref, ainsi que de la Mer-Rouge, dont Port-Soudan est la capitale.  Graphisme © 2026 Human Rights Watch

Le 18 mars, Human Rights Watch a adressé des courriers au bureau du Président du Conseil de souveraineté de transition, ainsi qu’au bureau de la Procureure générale, pour leur faire part de ses conclusions. Les deux instances ont répondu le 2 avril. Dans sa réponse, la Procureure générale a rejeté les allégations d’arrestations arbitraires et de décès en détention, à l’exception d’un cas pour lequel elle a reconnu qu’une procédure pénale était en cours, sans toutefois fournir de détails sur les personnes mises en cause.

Si certains rapports indiquent une diminution de certains abus, les détentions abusives persistent, dans un contexte de contrôle insuffisant de la part des procureurs et des juges.

Les personnes interrogées ont déclaré que plusieurs forces, regroupées au sein de « cellules de sécurité », avaient été impliquées dans des détentions illégales. Ces cellules de sécurité comprennent les services des renseignements généraux, les services du renseignement militaire et parfois, une milice affiliée à l’armée, le bataillon al-Baraa Ibn Malik.

Un policier affecté à une cellule de sécurité à Omdurman, dans l’agglomération de Khartoum, la capitale, a déclaré qu’en avril 2025, il avait vu des collègues de sa cellule maltraiter une femme, l’accusant de collaborer avec les Forces de soutien rapide : « Nous nous sommes rendus [chez elle] à bord de trois véhicules. Deux hommes du bataillon al-Baraa Ibn Malik ont fait irruption, ils étaient armés et l’ont rapidement fait sortir à moitié nue, en la frappant et en la giflant au visage, avant de la jeter à l’arrière d’une de nos camionnettes. »

Des organisations de défense des droits ont également fait état de la détention de centaines de femmes accusées de collaboration avec les FSR en raison de leur appartenance ethnique ou de leur lieu de résidence, dont au moins 25 ont été condamnées à mort. En janvier 2026, le chef militaire Abdel Fattah al-Burhan s’est rendu à la prison pour femmes d’Omdurman et a ordonné la libération de 400 femmes, dont certaines étaient accusées de collaboration, en demandant aux responsables de réexaminer la situation des détenues dans les prisons. Plusieurs avocats et observateurs ont indiqué que de nombreuses femmes étaient toujours en détention à Omdurman et dans d’autres prisons, sans avoir bénéficié d’une procédure régulière.

Une femme de 35 ans et ses deux frères ont fui l’État de Gezira, contrôlé fin février 2024 par les FSR, pour se réfugier à Port-Soudan. Des agents des services de sécurité de Port-Soudan les ont arrêtés, les accusant d’être des collaborateurs. « J’ai été frappée partout, alors même que je leur avais dit que j’étais diabétique », a déclaré la femme. « Ils n’ont eu de cesse de me frapper et de me gifler avec leurs mains, des bâtons et des fouets, tout en m’insultant. Je me suis sentie totalement humiliée, comme si je n’étais plus un être humain. Ils m’ont battue jusqu’à ce que je me souille de manière involontaire. » La femme a été libérée au bout d’une semaine sans être inculpée et a fui le pays.

D’anciens détenus et plusieurs avocats ont déclaré que des membres des services de sécurité et des services du renseignement militaire qui ont agi de leur propre chef, avaient illégalement détenu des personnes dans des installations militaires, notamment des bases de l’armée, ainsi que dans des habitations transformées en lieux de détention. Dans sa réponse, la Procureure générale a réfuté ces deux allégations, affirmant que les détenus étaient uniquement placés en garde à vue ou incarcérés dans des prisons et qu’ils faisaient l’objet de visites régulières de la part des procureurs chargés de vérifier la légalité de leurs conditions de détention. 

Parmi les personnes récemment victimes de détentions arbitraires figure un homme de 25 ans arrêté chez lui au début du mois de février 2026 par des hommes armés, dont certains portaient l’uniforme militaire. Cet homme a ensuite été victime d’une disparition forcée : « Ils sont entrés dans la maison et ont commencé à le rouer de coups, l’accusant d’être un collaborateur », a déclaré son frère, âgé de 40 ans. « Nous leur avons demandé où ils l’emmenaient, mais ils ont refusé de nous répondre. L’un d’eux a dit : "Vous feriez mieux de passer à autre chose ; votre frère ne reviendra pas." » Il a déclaré qu’il pensait que son frère avait été arrêté parce qu’il avait participé à des manifestations lors du coup d’État militaire de 2021. La dernière fois que la famille a vu le jeune homme, il était aux mains de la cellule de sécurité locale au moment où celle-ci l’emmenait. Au 9 mars, malgré de multiples efforts pour déterminer sa situation ou le lieu où il se trouvait, il était toujours victime d’une disparition forcée.

Des preuves indiquent que l’armée a pris pour cible plusieurs individus en raison de leur identité, en se concentrant sur des personnes originaires du Darfour, dans l’ouest du Soudan, qu’elle considère comme des collaborateurs, puisque les Forces de soutien rapide sont originaires du Darfour. Un homme détenu a déclaré à Human Rights Watch que lui-même et d’autres Darfouriens réfugiés à Khartoum avaient été battus et arrêtés par des membres des forces de sécurité, qui leur avaient dit : « Vous, les Darfouriens, vous êtes des fauteurs de troubles ; c’est vous qui nous avez apporté la guerre jusqu’ici. »

L’armée et ses affiliés semblent également avoir pris pour cible des membres de la société civile, notamment des travailleurs humanitaires locaux, en les accusant de collaboration. L’une des personnes interviewées qui travaille dans l’est de Khartoum a déclaré qu’après que l’armée a repris le contrôle de la zone en mars 2025, les forces des cellules de sécurité avaient interrogé des membres de son groupe de bénévoles et expulsé de force des civils déplacés des abris où ils avaient trouvé refuge. Il a ajouté qu’en avril, ils l’avaient détenu pendant 17 jours, l’interrogeant sur les soupes populaires gérées par son groupe, ainsi que leurs sources de financement. La Procureure générale a nié de telles accusations.

Le Bureau de la Procureure générale, en collaboration avec le pouvoir judiciaire, devrait immédiatement libérer toutes les personnes détenues illégalement et autoriser des observateurs et enquêteurs indépendants à accéder aux lieux de détention officiels ou informels. Le 15 avril marque le troisième anniversaire du début du conflit, et il est grand temps que les autorités autorisent un accès total et sans entrave au pays d’une part à la Mission internationale indépendante d’établissement des faits pour le Soudan, mandatée par les Nations Unies, et d’autre part à la Mission d’établissement des faits conjointe sur la situation des droits de l’homme au Soudan mandatée par la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP). La Procureure générale a réaffirmé sa position selon laquelle la mission d’enquête n’était pas nécessaire, dès lors que son bureau et les autorités locales menaient déjà des enquêtes et qu’il n’y avait donc pas besoin de mécanismes d’enquête internationaux.

Les acteurs et entités internationaux et régionaux devraient appeler publiquement les responsables de l’armée et les autorités qui leur sont affilées à mettre fin aux actions discriminatoires visant certaines communautés et catégories de personnes, notamment les bénévoles locaux, à veiller à ce que toute procédure judiciaire engagée repose sur des preuves crédibles, et à respecter scrupuleusement les garanties de procédure.

Fin février, cinq pays – l'Allemagne, l'Irlande, la Norvège, les Pays-Bas et le Royaume-Uni –ont formé une coalition visant à prévenir les atrocités au Soudan. Cette instance devrait prendre des mesures concrètes pour lutter contre les pratiques de détention abusives, notamment les arrestations en cours fondées sur l’appartenance ethnique, l’action humanitaire ou l’activisme politique. Elle devrait soutenir les enquêtes en cours, faire pression pour obtenir un accès indépendant aux centres de détention et appuyer les efforts visant à étendre la compétence de la Cour pénale internationale à l’ensemble du Soudan.

« Les autorités devraient mettre fin aux détentions arbitraires et fournir des réparations aux détenus et à leurs familles », a conclu Mohamed Osman. « Les acteurs internationaux et régionaux devraient clairement signaler aux dirigeants des Forces armées soudanaises qu’ils seront tenus responsables de ces abus. »

Suite détaillée en ligne en anglais. 

...................

3 / 20
  GÉNÉRALISTES
Le Canard Enchaîné
La Croix
Le Figaro
France 24
France-Culture
FTVI
HuffPost
L'Humanité
LCP / Senat
Le Media
La Tribune
Time France
 
  EUROPE ‧ RUSSIE
Courrier Europe Ctrale
Desk-Russie
Euractiv
Euronews
Toute l'Europe
 
  Afrique ‧ Asie ‧ Proche-Orient
Haaretz
Info Asie
Inkyfada
Jeune Afrique
Kurdistan au féminin
L'Orient - Le Jour
Orient XXI
Rojava I.C
 
  INTERNATIONAL
Courrier International
Equaltimes
Global Voices
Infomigrants
I.R.I.S
The New-York Times
 
  OSINT ‧ INVESTIGATION
OFF Investigation
OpenFacto°
Bellingcat
Disclose
G.I.J
I.C.I.J
 
  OPINION
Au Poste
Cause Commune
CrimethInc.
Hors-Serie
L'Insoumission
Là-bas si j'y suis
Les Jours
LVSL
Politis
Quartier Général
Rapports de force
Reflets
Reseau Bastille
StreetPress
 
  OBSERVATOIRES
Armements
Acrimed
Catastrophes naturelles
Conspis
Culture
Curation IA
Extrême-droite
Human Rights Watch
Inégalités
Information
Justice fiscale
Liberté de création
Multinationales
Situationnisme
Sondages
Street-Médics
Routes de la Soie
🌓