LePartisan.info À propos Podcasts Fil web Écologie Blogs Revues MÉDIAS
Human Rights Watch News
 
Humans Right Watch enquête sur les violations des droits humains commises à travers le monde

▸ Les 20 dernières parutions

21.08.2026 à 20:00

Espagne : Crise humanitaire et des droits humains à Ceuta

Human Rights Watch

Click to expand Image Deux migrants en provenance du Maroc, ayant rejoint l’enclave espagnole Ceuta à la nage fin juillet 2026, marchaient sur la plage de Trampolín à Ceuta, en août 2026.  © 2026 José Antonio Sempere Gálvez pour Human Rights Watch

(Milan) – Le gouvernement espagnol et les autorités locales de l’enclave espagnole de Ceuta, en Afrique du Nord, devraient agir d’urgence pour fournir un hébergement adéquat à tous les migrants et demandeurs d’asile vivant sans abri depuis leur arrivée à Ceuta en provenance du Maroc fin juillet, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Les autorités espagnoles devraient permettre aux personnes qui souhaitent déposer une demande d’asile, de le faire.

« Des milliers de personnes se trouvent dans la rue à Ceuta, dans un contexte de vide juridique ; elles dont exposées à des violences sexuelles et dépourvues d’un abri, de nourriture ou d’installations sanitaires adéquats depuis près de trois semaines », a déclaré Judith Sunderland, directrice adjointe senior auprès de la division Droits des réfugiés et des migrants à Human Rights Watch. « Face aux défis de cette situation, l’Espagne devrait mobiliser rapidement des ressources suffisantes pour assurer une gestion humaine et ordonnée de la crise, dans l’intérêt tant des personnes migrantes que des habitants de Ceuta. »

Au cours d’un voyage d’enquête de quatre jours à Ceuta, du 15 au 18 août, Human Rights Watch a mené des entretiens avec 76 personnes migrantes, dont 42 lors d’entretiens individuels (37 adultes et 5 enfants non accompagnés) et 34 lors de conversations en groupe ou de brefs échanges, parmi lesquels 4 enfants non accompagnés.

Les 30 et 31 juillet, des dizaines de milliers de migrants et de demandeurs d’asile ont traversé la mer à la nage depuis le Maroc pour rejoindre Ceuta ; on ignore combien d’entre eux s’y trouvent encore. Le 13 août , le ministre espagnol de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska Gómez, a déclaré que 5 000 migrants se trouvaient encore à Ceuta, tandis que certaines organisations locales ont indiqué à Human Rights Watch qu’il pourrait s’agir de 10 000 personnes.

Le 17 août, la ministre espagnole de l’Inclusion, de la Sécurité sociale et de la Migration, Elma Saiz Delgado, a annoncé l’installation de quatre camps de tentes à Ceuta pouvant accueillir 1 500 adultes ; les autorités ont commencé à transférer des personnes vers deux sites le 20 août. Mais ces mesures ne suffiront pas à répondre aux besoins. De nombreuses personnes interrogées ont émis l’hypothèse que le gouvernement espagnol avait retardé l’aide, afin de convaincre ces personnes de retourner au Maroc.

Les organisations humanitaires estiment que plus d’un millier d’hommes et de garçons vivent dans des abris de fortune sur la plage de Trampolín, à Ceuta, et que des milliers d’autres vivent dans la rue, dans un quartier d’entrepôts près de la frontière marocaine et sur les collines boisées à la périphérie de la ville. Environ 700 à 750 femmes et filles se trouvent dans deux installations sportives en plein air mises en place par des associations de quartier, tandis que d’autres vivent dans la rue. Le manque de douches et de toilettes oblige les personnes à subvenir à leurs besoins hygiéniques dans des parcs, sur des terrains vagues et dans la mer.

Le 3 août, la Croix-Rouge espagnole a commencé à distribuer de la nourriture sur la plage de Trampolín ; le 17 août, le gouvernement a déclaré qu’il distribuait 4 000 sacs de nourriture par jour. Luna Blanca, une association caritative locale, a indiqué à Human Rights Watch qu’elle distribuait entre 2 700 et 3 500 repas par jour dans cinq lieux différents, grâce à un financement du gouvernement.

« Je suis resté sans manger pendant les deux ou trois premiers jours ; je ne buvais que de l’eau », a déclaré Mahmoud, un Palestinien de 36 ans originaire de Gaza. « Je suis resté dans les montagnes pendant dix jours avant de descendre à la plage avec les autres. Ce n’est pas vraiment une vie, mais je dis alhamdulillah (loué soit Dieu), ce n’est rien comparé à ce que vit ma famille à Gaza. »

Au 20 août, Human Rights Watch n’avait constaté aucun signe indiquant que les autorités espagnoles aient entamé des procédures juridiques ou des évaluations individuelles concernant les adultes. Si les Marocains semblent constituer la majorité des personnes arrivées fin juillet, Human Rights Watch s’est également entretenu avec des hommes et des garçons originaires du Tchad, du Sénégal, de Somalie, du Soudan, de Tunisie, du Yémen, d’Algérie, de Syrie et d’Égypte. Beaucoup avaient passé des années à effectuer des voyages éprouvants et ont exprimé leur souhait de demander l’asile en Espagne.

« Je veux demander l’asile », a déclaré Mohamed, un Soudanais de 20 ans. « Mais nous n’avons encore aucune information. »

De nombreuses femmes marocaines ont expliqué avoir fui des violences conjugales. Fatima, 47 ans, originaire de Tétouan, a rejoint Ceuta à la nage avec son fils de 11 ans pour échapper à son ex-mari violent.

« J’ai quitté mon pays non pas parce que j’ai faim, mais parce que mon mari est toxicomane ; il nous bat, mon fils et moi », a-t-elle expliqué. Elle a montré une longue cicatrice sur son bras, à l’endroit où, a-t-elle expliqué, il l’avait entaillée avec un couteau. Ses tentatives pour le dénoncer à la police marocaine, a-t-elle ajouté, ont été vaines. Fatima s’est rendue à la police de Ceuta, mais on lui a dit de se rendre dans le quartier des entrepôts où des centaines de personnes dorment en plein air « jusqu’à ce qu’une solution soit trouvée ».

Selon le Pacte de l’Union européenne sur la migration et l’asile en vigueur depuis la mi-juin, l’Espagne aurait déjà dû procéder à un filtrage de toutes les personnes, comprenant des contrôles de sécurité et sanitaires ainsi qu’un « contrôle préliminaire de vulnérabilité » visant à identifier les apatrides, les survivants de la torture ou d’autres traitements inhumains ou dégradants, et les personnes ayant des « besoins particuliers », conformément au droit européen.

On ignore si l’Espagne compte recourir à l’accélération des procédures d’asile à la frontière, ce qui pourrait entraîner des renvois rapides, notamment parce que les demandeurs d’asile se trouvaient auparavant au Maroc, que l’UE considère comme un « pays tiers sûr » où les personnes auraient dû demander une protection internationale.

Les ressortissants marocains, y compris les femmes affirmant craindre des violences conjugales, risquent d’être renvoyés en raison d’un accord de réadmission avec l’Espagne qualifiant le Maroc de « pays d’origine sûr ». Le bureau du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) en Espagne a demandé aux autorités de fournir des informations sur le droit d’asile et d’identifier les besoins de protection par le biais d’un examen approprié. Les migrants n’ayant pas besoin de protection internationale pourraient être éligibles au programme d’aide humanitaire de l’Espagne.

Sur la plage de Trampolín, la plupart des hommes et des garçons vus par Human Rights Watch vivaient dans des abris qu’ils avaient construits en utilisant des bâtons, des cartons et des sacs poubelles. Quelques groupes disposaient de tentes. Dans un quartier d’entrepôts près de la frontière avec le Maroc, des centaines de personnes — notamment des familles avec de jeunes enfants, des mères célibataires accompagnées de leurs enfants et des enfants non accompagnés — dormaient sur du carton.

Les associations de riverains des quartiers d’El Principe et de Sidi Embarek, à Ceuta, ont mis en place des abris de fortune dans deux complexes sportifs en plein air afin d’assurer la sécurité des femmes et des filles face aux signalements de violences sexuelles. Les autorités ont installé une tente à auvent sur chaque site, mais la plupart des personnes vivent sous des bâches tendues. Des bénévoles présents sur les deux sites ont indiqué que les autorités avaient transféré jusqu’à 200 filles du site d’El Principe vers des structures gérées par le gouvernement à Ceuta.

Quatre médecins des urgences à Ceuta ont déclaré avoir pris en charge au total deux femmes et six filles, dont une Marocaine de 14 ans et une fillette de 11 ans originaire d’un pays africain non identifié, suite à des agressions sexuelles et à des viols. Une Marocaine de 25 ans a déclaré qu’un homme parlant espagnol l’avait violée la nuit de son arrivée ; elle n’a pas signalé ce viol à la police. Le parquet de Ceuta a indiqué avoir reçu 13 signalements d’agressions sexuelles entre le 30 juillet et le 17 août, la majorité des victimes n’étant pas des résidentes de la ville.

La situation des mineurs non accompagnés est particulièrement préoccupante, a déclaré Human Rights Watch. Il n’existe pas de statistiques fiables sur leur nombre dans la ville. Une source au sein du gouvernement de Ceuta, qui, en vertu de la législation espagnole, est responsable des mineurs non accompagnés, a indiqué avoir pris en charge 1 385 d’entre eux au 18 août. Le même jour, le ministère de l’Intérieur a déclaré que la police avait enregistré 2 168 mineurs non accompagnés.

Deux écoles transformées en centres d’accueil temporaires pour enfants doivent être libérées avant la rentrée scolaire début septembre ; les autorités s’efforcent de trouver d’autres sites malgré les objections des riverains. Le 19 août, les médias espagnols ont indiqué que le ministère de la Jeunesse comptait transférer 500 jeunes filles non accompagnées de Ceuta vers d’autres régions d’Espagne.

À la fin de la journée du 31 juillet, le gouvernement espagnol a déclaré que la majorité des personnes ayant rejoint Ceuta à la nage au cours des 48 heures précédentes étaient retournées au Maroc de leur plein gré, alors que des informations faisaient état de rafles menées par les forces de sécurité espagnoles, qui auraient embarqué des personnes dans des camions pour les emmener à la frontière. Les autorités espagnoles ont officiellement recensé 82 décès ; il y aurait aussi eu au moins 67 décès du côté marocain de la frontière, selon l’association espagnole Caminando Fronteras.

Si de nombreuses associations locales et des habitants ont apporté leur aide aux migrants, les tensions qui règnent dans cette ville de 85 000 habitants ont fait craindre des violences. Halima Ahmed, de l’association Luna Blanca, a qualifié la situation de « catastrophique et sans précédent… Il y a tellement d’incertitude que cela engendre de la peur parmi les habitants, et le problème, c’est quand la peur se transforme en haine ». Mohamed El Harrak, de l’association à but non lucratif EXMENAS, s’est dit préoccupé par ce climat de haine, affirmant que les autorités espagnoles « [devraient] agir avant que la situation n’explose. La priorité, c’est l’aide humanitaire. Ceuta ne peut pas s’en occuper, seule ».

Les autorités espagnoles devraient mobiliser d’urgence des ressources suffisantes pour garantir un accueil adéquat, que ce soit à Ceuta ou ailleurs en Espagne, ainsi que des évaluations individuelles avec accès à des conseils juridiques dans une langue compréhensible pour les personnes concernées, a déclaré Human Rights Watch.

La Convention européenne des droits de l’homme, à laquelle l’Espagne est un État partie et qui s’applique à Ceuta, interdit les expulsions collectives. L’Espagne devrait garantir un examen complet des demandes d’asile et s’abstenir d’expulser vers le Maroc des ressortissants de pays tiers, tels que les Soudanais ou les Somaliens. Les autorités devraient recourir à des évaluations multidisciplinaires de l’âge pour identifier les enfants non accompagnés. Les lois de l’UE et de l’Espagne exigent que les enfants non accompagnés ne puissent être expulsés vers leur pays d’origine qu’à l’issue d’une évaluation individualisée, tenant compte de leur intérêt supérieur et des conditions de retour.

« Les autorités espagnoles ne devraient pas donner suite aux appels populistes en faveur d’expulsions sommaires massives, qui visent à les empêcher d’agir conformément à leurs obligations en vertu du droit international », a conclu Judith Sunderland. « Les autorités espagnoles devraient plutôt mener des évaluations équitables et individuelles des demandes de protection et de traiter tous les migrants avec dignité. »

………..

20.08.2026 à 06:00

Cisjordanie : Les violences des colons israéliens provoquent des déplacements d’habitants

Human Rights Watch

Click to expand Image Des habitants palestiniens surveillaient les environs en raison du risque d’attaques de colons israéliens contre le village de Sinjil, en Cisjordanie, dans la nuit du 16 juillet 2026. © 2026 AP Photo/Leo Correa L’escalade des attaques menées par des colons israéliens contre les Palestiniens en Cisjordanie a entraîné le déplacement total ou partiel de 107 communautés depuis janvier 2023, parallèlement à une expansion sans précédent des colonies.Les colons responsables de ces attaques agissent avec le soutien financier, matériel et juridique de l’État israélien. Les attaques menées par des colons armés se produisent souvent en présence d’unités de l’armée israélienne ou de soldats qui s’abstiennent d’intervenir.Les autres pays devraient imposer des sanctions ciblées à l’encontre des personnes impliquées dans ces graves violations persistantes, suspendre les transferts d’armes vers Israël, interdire le commerce avec les colonies illégales et envisager de suspendre les accords commerciaux préférentiels avec Israël.

(Beyrouth) – Les attaques menées par des colons israéliens en Cisjordanie occupée entraînent de plus en plus le déplacement forcé de communautés palestiniennes, dont des dizaines risquent d’être rayées de la carte, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Les autorités israéliennes arment, financent et accordent l’impunité aux colons violents qui sont responsables de l’escalade de ces abus parfois mortels.

La violence des colons a connu un pic en mars et avril 2026, avec des meurtres, y compris d’enfants, ainsi que des agressions, des violences sexuelles, des maltraitances physiques et psychologiques, des détentions arbitraires, des incendies criminels, des destructions de biens et des vols. Ces attaques ont eu lieu pendant la guerre entre les d’une part les États-Unis et Israël, et d’autre part l’Iran, mais la multiplication des abus est manifeste depuis l’entrée en fonction de l’actuel gouvernement israélien en décembre 2022.

« Le gouvernement israélien et les colons partagent le même objectif : un maximum de terres et un minimum de Palestiniens. Non seulement les autorités s’abstiennent de mettre fin à la violence des colons, mais elles la facilitent activement », a déclaré Sarah Sanbar, chercheuse par intérim sur Israël et la Palestine à Human Rights Watch. « Les colons tirent sur des Palestiniens, les attaquent et les expulsent de leurs terres, et l’État israélien leur fournit les armes, la couverture juridique et le budget nécessaires pour agir ainsi. »

En avril et mai, Human Rights Watch a enquêté sur des attaques menées par des colons dans sept communautés palestiniennes de Cisjordanie : Al-Mughayyir, Mikhmas et Taybeh, dans le gouvernorat de Ramallah ; Jalud et Qaryut, dans le gouvernorat de Naplouse ; et Khirbet Humsa et Muarrajat-Est, dans la vallée du Jourdain. Des colons armés, agissant parfois aux côtés d’unités de l’armée israélienne ou en présence de soldats qui s’abstenaient d’intervenir, ont attaqué des habitants palestiniens et leurs biens, contribuant ainsi à un phénomène de déplacements forcés.

Human Rights Watch a mené des entretiens avec 20 témoins, et a examiné des vidéos ainsi que des images de vidéosurveillance montrant de nombreux incidents. L’armée israélienne n’a pas répondu aux questions posées par Human Rights Watch concernant ces attaques. 

Les personnes interrogées ont fait état d’attaques organisées visant les moyens de subsistance et la sécurité alimentaire des Palestiniens, en restreignant l’accès aux pâturages et à l’eau, en volant ou en tuant le bétail, et en détruisant ou en incendiant les champs agricoles et les cultures. En conséquence, beaucoup d’entre eux ont soit vendu leur bétail, souvent à perte, soit dû supporter le coût des céréales nécessaires pour les nourrir chez eux.

Human Rights Watch a constaté que ces attaques visent de plus en plus la « zone B » de Cisjordanie, placée sous le contrôle sécuritaire conjoint d’Israël et de l’Autorité palestinienne en vertu des accords d’Oslo II de 1995.

Ces attaques, menées en l’absence de protection par l’État israélien, ont créé un climat de coercition qui pousse de nombreux Palestiniens à affirmer qu’ils n’ont d’autre choix que de quitter leurs foyers, a déclaré Human Rights Watch.

« J’ai connu la guerre dans cette région toute ma vie, mais jamais comme ça », a déclaré Um Muhammad Muammar, 72 ans, une habitante de Qaryut dont les deux fils ont été tués par des colons. « Les enfants de mes fils sont désormais orphelins de père ; leurs épouses sont désormais veuves. Que pouvons-nous dire de plus ? »

Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA), le nombre de Palestiniens déplacés de force à la suite d’attaques de colons, de démolitions et d’expulsions au cours des quatre premiers mois de cette année a dépassé celui de l’ensemble de l’année 2025. L’OCHA a recensé en moyenne 6,6 attaques de colons par jour ayant entraîné des victimes, des dégâts matériels, ou les deux, un chiffre supérieur à celui de n’importe quelle autre année de ses archives.

Si l’armée israélienne reste responsable de la majorité des décès de Palestiniens tués en Cisjordanie, le nombre de décès attribués aux colons a fortement augmenté. Au 24 juillet, l’OCHA avait recensé les cas d’au moins 15 Palestiniens, dont deux enfants, tués par des colons, ce qui signifie que l’année 2026 pourrait être encore pire que l’année 2023, lors de laquelle 16 meurtres par des colons ont été recensés.

L’OCHA a constaté que les violences commises par les colons ont entraîné le déplacement total ou partiel de 107 communautés, soit 5 900 Palestiniens, depuis janvier 2023. En outre, en janvier 2025, l’armée israélienne a expulsé 32 000 réfugiés palestiniens de leurs foyers en Cisjordanie, vidant de fait les camps de Jénine, Tulkarem et Nur Shams. Le projet de colonisation E1, situé à l'est de Jérusalem et pour la construction duquel le gouvernement a lancé un nouvel appel d'offres le 18 août, entraînerait le déplacement forcé de plus de 18 autres communautés bédouines de la région.

Les colons responsables du déplacement des Palestiniens agissent avec le soutien financier, matériel et juridique de l’État israélien. En mars, le Times of Israel a rapporté que le gouvernement avait approuvé l’allocation d’environ 50 millions de shekels (environ 16 millions de dollars US) a des avant-postes de colonies illégales ; ce financement a servi à l’achat de véhicules tout-terrain, de lunettes de vision nocturne et de drones que les colons utilisent pour harceler les communautés palestiniennes. Selon Amnesty International, le budget du ministère israélien des Colonies et des Missions nationales a augmenté de 122 %, sous le gouvernement actuel.

Les autorités israéliennes n’engagent généralement pas de poursuites contre les colons commettant des actes de violence à l’encontre des Palestiniens, leur accordant ainsi de facto l’impunité. Fin 2025, Yesh Din, une organisation israélienne de défense des droits humains, a indiqué que sur les centaines de cas qu’elle avait recensés depuis 2005, seuls 3 % avaient abouti à des condamnations. En novembre 2025, la chaîne d’information israélienne N12 News a fait état d’une baisse de 70 % du nombre de poursuites policières engagées contre des colons pour des agressions contre des Palestiniens depuis la nomination d’Itamar Ben-Gvir en tant que ministre de la Sécurité nationale en 2022, et ce malgré la recrudescence sans précédent de ces agressions depuis lors. Selon le journal britannique The Guardian, un seul Israélien a été inculpé pour le meurtre d’un Palestinien en Cisjordanie depuis 2019.

La séparation du rôle des colons et des forces de sécurité israéliennes est parfois délibérément floue, ce qui rend difficile la distinction entre colons et soldats. À la suite des attaques du 7 octobre 2023 contre le sud d’Israël menées par des groupes armés palestiniens, l’armée israélienne a mobilisé 5 500 colons de Cisjordanie, réservistes de l’armée, et les a affectés à des « bataillons de défense régionale » en Cisjordanie. Ces unités composées de colons-soldats agissent avec une grande autonomie, faisant avancer les objectifs des colons tout en exerçant une autorité militaire totale et en commettant des exactions contre les Palestiniens en toute impunité.

Parallèlement, le ministère israélien de la Sécurité nationale a formé des « brigades d’intervention rapide » civiles dans les colonies, et leur a conféré des pouvoirs spéciaux de police, des uniformes et des armes. Itamar Ben-Gvir a également assoupli les conditions d’octroi des permis de port d’armes à feu, supervisant parfois personnellement la distribution de fusils aux colons.

La violence des colons et les déplacements qu’elle provoque sont à la fois une manifestation et un vecteur de l’expansion de l’entreprise de colonisation illégale menée par Israël. En juillet 2026, le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a déclaré à Channel 7 News que son gouvernement avait approuvé la création de 104 nouvelles colonies depuis son entrée en fonction ; le nombre total de colonies a quasiment doublé, passant de 127 à 231 colonies. Pendant la récente guerre avec l’Iran, le gouvernement israélien a approuvé en secret 34 nouvelles colonies, dont 10 étaient des avant-postes préexistants qui ont été « légalisés » rétroactivement en vertu de la loi israélienne ; selon i24 News, il s’agissait de la plus importante expansion de colonies depuis le début de ce type d’initiative.

Ces avant-postes, qui servent souvent de bases de lancement pour des attaques, sont pourtant illégaux en vertu du droit international humanitaire. En l’absence d’autorisations officielles du gouvernement israélien, ils sont également considérés comme illégaux au regard du droit national israélien, avant que le gouvernement israélien ne les « légalise » souvent de manière rétroactive. Leur « légalisation » au regard du droit national n’a toutefois aucune incidence sur leur illégalité persistante, au regard du droit international humanitaire.

Sous l’actuel gouvernement israélien, les colons ont établi 248 nouveaux avant-postes en Cisjordanie, dont 65 rien qu’en 2026 au 1er août, selon l’organisation israélienne PeaceNow. Servant souvent de précurseurs à des colonies plus importantes, ces avant-postes, bénéficiant souvent d’une « légalisation » nationale rétroactive, repoussent les limites de l’expansion des colonies et de l’appropriation des terres palestiniennes. Le ministre de la Défense Israel Katz a déclaré à Channel 7 News que son gouvernement avait déjà « légalisé » environ 160 avant-postes, au cours de son mandat.

En juillet dernier, les organisations israéliennes Kerem Navot et PeaceNow ont indiqué que ces avant-postes contrôlaient actuellement de fait plus d’un million de dunams (100 000 hectares) de terres en Cisjordanie, soit environ 18 % de ce territoire ; cette superficie représente quatre fois celle que les colons contrôlaient avant l’arrivée au pouvoir du gouvernement actuel.

L’article 49 de la quatrième Convention de Genève interdit à une puissance occupante de transférer de force, de déplacer ou de déporter, en tout ou en partie, la population civile d’un territoire occupé. La seule exception concerne l’évacuation temporaire d’une zone si cela est nécessaire pour la sécurité de la population ou pour des raisons militaires impératives. Le Commentaire de 2025 du Comité international de la Croix-Rouge sur la quatrième Convention de Genève précise que les transferts forcés peuvent être indirects lorsqu’une partie n’ordonne pas expressément la déportation ou n’y participe pas directement, « mais commet des violations du droit international humanitaire ou du droit relatif aux droits humains ayant pour effet de contraindre la population à partir ». L’article 49 interdit également à la puissance occupante de transférer sa propre population civile vers un territoire qu’elle occupe.

Les éléments de preuve montrent qu’Israël a manqué à ses obligations de protéger la population du territoire occupé contre des actes de violence, d’empêcher de tels actes, d’enquêter sur les abus et de poursuivre les responsables ; en outre, le gouvernement israélien a favorisé cette violence en continuant à fournir un soutien matériel aux groupes de colons responsables d’exactions contre les Palestiniens, a déclaré Human Rights Watch. La réaffectation des terres des Palestiniens déplacés à des colonies illégales indique que ce déplacement n’est pas temporaire, et ne peut être considéré comme une évacuation autorisée au titre de la quatrième Convention de Genève.

Les autres pays devraient agir pour empêcher de nouvelles atrocités dans l’ensemble du Territoire palestinien occupé, notamment en imposant des sanctions ciblées à l’encontre des personnes impliquées dans les graves violations en cours, en suspendant les transferts d’armes vers Israël, en interdisant le commerce avec les colonies illégales, en envisageant de suspendre les accords commerciaux préférentiels avec Israël et en soutenant la Cour pénale internationale et ses enquêtes en cours, notamment en exécutant ses mandats d’arrêt.

« L’impunité accordée aux colons par les autorités israéliennes est directement liée au blanc-seing dont bénéficie Israël, de la part de ses alliés et de pays donateurs », a observé Sarah Sanbar. « L’obligation de rendre des comptes devrait concerner en premier lieu les colons qui commettent des crimes, mais ne s’arrête pas là. Israël et les gouvernements qui lui donnent carte blanche partagent aussi la responsabilité des abus, et devraient être tenus de rendre des comptes. »

Suite détaillée en anglais.

…………………

20.08.2026 à 06:00

Mali : L’« Africa Corps », contrôlé par la Russie, a massacré des villageois

Human Rights Watch

Click to expand Image Un drapeau malien et un drapeau russe attachés au même mât flottaient ensemble à Bamako, au Mali, le 22 septembre 2020.   © 2020 H. Diakite/EPA-EFE/Shutterstock

(Nairobi) – Les forces de l’Africa Corps, contrôlées par le gouvernement russe, ont tué sommairement neuf civils, dont quatre enfants, et ont battu des dizaines d’autres civils dans le centre du Mali au début du mois de juillet 2026, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Les combattants de l’Africa Corps ont également pillé et incendié au moins huit maisons, alors qu’ils cherchaient probablement des personnes ayant des liens avec les groupes armés islamistes.

Le 10 juillet vers 5 heures du matin, plus de 100 combattants de l’Africa Corps, accompagnés de plusieurs soldats maliens, circulant à bord de pick-up et de motos, ont pris d’assaut le village de Bombori dans la région de Mopti. Ils ont fait irruption dans des maisons du quartier peul, ont traîné des personnes hors des habitations et ont rassemblé au moins 80 hommes et garçons sous un arbre. Là, les combattants ont battu les hommes et les garçons, les ont interrogés sur des liens présumés avec les groupes armés islamistes et ont menacé de les tuer s’ils dissimulaient des informations. Ils ont abattu six civils qui ont tenté de s’enfuir et en ont arrêté et exécuté trois autres, dont un qu’ils ont décapité.

« La junte malienne semble avoir donné aux forces russes de l’Africa Corps le feu vert pour tuer des civils », a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch. « Les autorités maliennes ne peuvent pas se soustraire à leur responsabilité juridique en laissant l’Africa Corps commettre des atrocités. Elles devraient enquêter rapidement et de manière impartiale sur ces abus, et traduire en justice tous les responsables, y compris les militaires maliens qui seraient impliqués. »

Entre le 19 et le 30 juillet, Human Rights Watch a mené des entretiens à distance avec 13 personnes, dont quatre témoins de l’attaque et neuf membres de la société civile et chefs de communauté.

Des témoins ont indiqué que les forces russes conduisaient l’opération à Bombori et étaient accompagnées de quatre soldats maliens jouant principalement le rôle d’interprètes. « Les Russes étaient aux commandes… Ils étaient plus de 100, tous en tenues militaires et lourdement armés », a raconté un villageois de 39 ans. « Un Blanc [avec] deux talkies-walkies semblait être le chef. Chaque fois qu’il posait une question, il tirait en l’air. »

Un autre témoin, un boucher de 57 ans, a décrit qu’il a vu « sept pick-up avec des mitrailleuses en dessus, et plus de 60 motos avec des drapeaux maliens ».

Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM ou Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin, JNIM) lié à Al-Qaïda contrôle Bombori depuis 2017 et possède une base à un kilomètre de là. Des témoins ont déclaré que ses combattants avaient quitté le village la veille de l’attaque.

Depuis 2012, des gouvernements maliens successifs luttent contre les groupes armés islamistes. Après les coups d’État de 2020 et 2021, la junte militaire a expulsé les forces françaises et onusiennes et a renforcé les liens avec la Russie. Depuis 2021, la junte s’appuie sur l’aide du groupe Wagner lié à la Russie pour gérer la sécurité. En juin 2025, le groupe Wagner a annoncé son retrait du Mali après avoir « accompli » sa mission. Le groupe armé a été remplacé par l’Africa Corps, placé sous le contrôle du Kremlin et qui comprend à peu près les mêmes effectifs, dont de nombreux anciens combattants de Wagner et certains des principaux dirigeants du groupe.

Depuis 2021, Human Rights Watch documente des abus généralisés commis par l’armée malienne, le groupe Wagner et l’Africa Corps lors d’opérations de contre-insurrection à travers le pays.

Des témoins ont raconté que le 10 juillet, les forces de l’Africa Corps ont tiré sur des civils qui s’enfuyaient de Bombori avant de détenir et de frapper des hommes et des garçons. « J’ai vu deux hommes tomber sous les balles », a indiqué un homme de 40 ans. « J’ai regardé sur ma gauche et j’ai vu deux motos avec deux militaires blancs, à le premier assis sur une moto continuait de tirer sur les deux hommes à terre. » Il a ajouté qu’un combattant russe l’avait ensuite emmené jusqu’à un arbre où des dizaines d’hommes et de garçons étaient gardés sous la menace d’armes à feu. « Les combattants russes ont pointé leurs armes sur nous, fouillé nos poches, saisi tous nos téléphones et nous ont photographiés », a-t-il poursuivi. « Un [combattant] russe nous donnait des coups de pied, un autre nous frappait avec son arme, et j’ai reçu plusieurs coups dans le dos et la poitrine … alors que d’autres continuaient à amener des hommes qu’ils avaient arrêtés dans le village. »

L’homme de 39 ans a expliqué qu’il s’était caché dans sa maison avec sa femme et ses enfants ; puis trois combattants russes sont arrivés, « m’ont pris par la main et m’ont violemment mis dehors à plat ventre », avant de le pousser vers le point de rassemblement.  « On était tous assis par terre, la tête baissée », a-t-il relaté. « Un combattant russe frappait tous ceux qui levaient les yeux, avec la crosse de son fusil. »

L’homme a décrit la façon dont les combattants de l’Africa Corps ont interrogé les détenus : « Un soldat malien traduisait : “Où sont les djihadistes ? Celui qui montre un combattant rentre chez lui, celui qui montre les caches d’armes aura une récompense. Si vous ne collaborez pas, on vous tue tous ! ” »

Des témoins ont déclaré que les forces de l’Africa Corps avaient sorti trois jeunes hommes du groupe de détenus et étaient parties avec eux à bord d’un véhicule. « Vers 9 heures du matin, ils ont emmené trois jeunes hommes … et les ont conduits vers la base du GSIM », a raconté un homme de 38 ans. « Plus tard, on les retrouvera morts. » Les habitants ont expliqué que les trois hommes avaient parfois aidé le GSIM à collecter les « impôts » (« zakat » en arabe), mais qu’ils n’étaient pas des combattants.

Les habitants ont indiqué que le GSIM, qui commet des abus généralisés à travers le Mali depuis 2017, contrôlait Bombori depuis neuf ans, collectant des « impôts », recrutant et entraînant de jeunes hommes et appliquant la charia (loi islamique). Ils ont noté que le nombre de combattants islamistes dans le village avait considérablement augmenté après les attaques coordonnées d’avril et de juillet menées par le GSIM et ses alliés à travers le Mali. « Depuis les offensives du GSIM, la situation sécuritaire dans notre région a changé », a constaté le boucher. « De nombreux combattants [du GSIM], des étrangers pour la plupart, se sont ajoutés à ceux qui étaient déjà ici. »

Des témoins ont cependant déclaré que le 10 juillet, les combattants du GSIM n’étaient pas à Bombori. « Les combattants du GSIM sont partis pendant la nuit, alors que tout le monde dormait », a raconté l’homme de 39 ans. « Ils ne nous protègent pas en cas d’attaque de l’armée. »

Lorsque l’Africa Corps a quitté Bombori vers 14 heures, les habitants ont récupéré les corps de neuf personnes, dont cinq hommes âgés de 19 à 34 ans et quatre enfants âgés de 6 à 17 ans.

L’homme de 40 ans a décrit que les corps des deux hommes abattus devant lui présentaient « de grosses plaies sanglantes ouvertes au niveau de la poitrine et du dos ». Concernant les trois hommes emmenés, il a indiqué que « l’un avait été décapité, sa tête exposée au milieu du village ... les deux autres avaient été égorgés et ligotés, les mains derrière le dos ».

L’homme de 38 ans a expliqué avoir trouvé « les corps de deux enfants, tous deux âgés d’environ 6 ans, tués par balle à côté d’une maison incendiée » et deux autres corps « près de la route nationale [avec] des signes des balles à la tête et … couchés à plat ventre l’un à côté de l’autre ».

Le village de Bombori comprend un quartier habité par l’ethnie Rimaïbé et l’autre par les Peuls. Les forces de l’Africa Corps n’ont attaqué que le secteur des Peuls. « Je suis resté assis à la forge de mon frère, et je n’ai eu aucun problème », a constaté le boucher, un Rimaïbé. « Les assaillants ne sont pas entrés dans nos maisons, ni fouillé l’intérieur et personne n’a été arrêté ni tué chez nous. »

Le GSIM a longtemps concentré ses efforts de recrutement sur les Peuls, et les gouvernements maliens ont fait l’amalgame entre la communauté peule et les combattants islamistes, ce qui a conduit à de graves abus contre les Peuls.

Les forces de l’Africa Corps ont également volé de l’argent et des bijoux et ont incendié au moins huit maisons appartenant à des familles peules dont les fils, selon des témoins, étaient des combattants du GSIM. « Je voyais la fumée monter du quartier peul vers la mosquée », a indiqué l’homme de 57 ans. « C’est après que j’ai vu qu’ils [les assaillants] avaient brulé huit huttes et ils avaient également détruit cinq greniers de céréales. ». 

Le 4 et le 5 août, Human Rights Watch a adressé des courriers respectivement au ministre de la Défense russe, ainsi qu’à Assimi Goïta, président et ministre de la Défense du Mali, présentant ses conclusions et posant des questions, mais n’a reçu aucune réponse à ce jour.

Toutes les parties au conflit armé au Mali sont soumises au droit international humanitaire, notamment à l’article 3 commun aux Conventions de Genève de 1949, et au droit de la guerre coutumier. Les attaques délibérées ou aveugles contre des civils ou des biens de caractère civil sont interdites ainsi que le meurtre, les traitements cruels et la torture de toute personne en détention. Les individus qui commettent des violations graves du droit de la guerre avec une intention criminelle ou qui sont impliqués au titre de la responsabilité de commandement peuvent faire l’objet de poursuites pour crimes de guerre.

« Le massacre de Bombori est emblématique des atrocités commises au Mali », a conclu Ilaria Allegrozzi. « Les villageois ont été pris au piège entre un groupe armé islamiste et le gouvernement avec ses alliés russes, aucun des belligérants ne respectant le droit international. »

...........

Sur X : https://x.com/hrw_fr/status/2090522488409104591

Médias

RFI (vidéo)

3 / 20
  GÉNÉRALISTES
Le Canard Enchaîné
La Croix
Le Figaro
France 24
France-Culture
FTVI
HuffPost
L'Humanité
LCP / Senat
Le Media
La Tribune
Time France
 
  EUROPE ‧ RUSSIE
Courrier Europe Ctrale
Desk-Russie
Euractiv
Euronews
Toute l'Europe
 
  Afrique ‧ Asie ‧ Proche-Orient
Haaretz
Info Asie
Inkyfada
Jeune Afrique
Kurdistan au féminin
L'Orient - Le Jour
Orient XXI
Rojava I.C
 
  INTERNATIONAL
Courrier International
Equaltimes
Global Voices
Infomigrants
I.R.I.S
The New-York Times
 
  OSINT ‧ INVESTIGATION
OFF Investigation
OpenFacto°
Bellingcat
Disclose
G.I.J
I.C.I.J
 
  OPINION
Au Poste
Cause Commune
CrimethInc.
Hors-Serie
L'Insoumission
Là-bas si j'y suis
Les Jours
LVSL
Politis
Quartier Général
Rapports de force
Reflets
Reseau Bastille
StreetPress
 
  OBSERVATOIRES
Armements
Acrimed
Conspirationnisme
Culture
Curation IA
Extrême-droite
Human Rights Watch
Inégalités
Justice fiscale
Liberté de création
Multinationales
Situationnisme
Sondages
Street-Médics
Routes de la Soie
Wokisme
🌓