22.06.2026 à 08:00
Human Rights Watch
(Nairobi) – Les autorités du Burkina Faso devraient d’urgence fournir des informations sur la disparition forcée du journaliste Atiana Serge Oulon, commise par les forces de sécurité de l’État il y a deux ans, et le libérer immédiatement, ont conjointement déclaré aujourd’hui Amnesty International, Human Rights Watch, l’Observatoire Kisal, l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits humains – un partenariat entre la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) – et Reporters sans frontières (RSF).
Le 24 juin 2024, des hommes armés se présentant comme des agents du renseignement ont enlevé Atiana Serge Oulon, âgé de 40 ans, directeur du journal L’Événement, à son domicile à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso. En juillet 2024, le président du Burkina Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, a reconnu qu’un journaliste avait été arrêté pour avoir prétendument répandu de fausses informations, référence manifeste à Atiana Serge Oulon. Le gouvernement a confirmé plus tard qu’Atiana Serge Oulon et d’autres journalistes avaient été enrôlés dans les forces armées. Cependant, en mai 2026, une enquête exclusive de RSF a révélé que les forces de sécurité, y compris de hauts responsables proches du président Traoré, ont secrètement détenu et torturé Atiana Serge Oulon dans des maisons privées transformées en prisons non officielles à Ouagadougou.
« Atiana Serge Oulon a été spécifiquement ciblé par le régime en raison de son travail journalistique et a été soumis à différents types d’abus et détenu sans aucun contact avec un avocat ou des membres de sa famille », a déclaré Sadibou Marong, directeur du bureau Afrique subsaharienne de RSF. « La famille et les amis d’Atiana Serge Oulon sont en droit de savoir ce qui lui est arrivé et d’obtenir justice. »
Atiana Serge Oulon, journaliste d’investigation connu pour avoir dénoncé la corruption au sein des forces de sécurité, avait depuis longtemps alerté sur un détournement présumé de fonds publics. Dans une investigation datant de décembre 2022, il a allégué qu’un « capitaine [de l’armée] de la région du Centre-Nord » avait détourné 400 millions de francs CFA (environ 660 000 USD) destinés aux Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), des auxiliaires civils appuyant l’armée. Le grade et la région de déploiement du « capitaine » correspondaient au profil du président Traoré. Quelques jours avant l’enlèvement d’Atiana Serge Oulon, les autorités ont suspendu le journal L’Événement après qu’il a réitéré les allégations de corruption.
RSF a indiqué que les forces de sécurité ont détenu Atiana Serge Oulon, ainsi que d’autres civils, dans au moins deux villas situées en face de l’ambassade des États-Unis à Ouagadougou, les ont sévèrement battus et les ont privés de nourriture.
Depuis leur prise de pouvoir en septembre 2022, les autorités militaires du Burkina Faso ont fortement réduit l’espace civique, ciblant les médias indépendants, l’opposition politique et la société civile. Elles ont utilisé une loi d’urgence radicale de 2023, introduite pour soutenir les efforts de contre-insurrection et réprimer la dissidence, y compris par la conscription illégale et motivée par des raisons politiques de journalistes, d’activistes de la société civile, de figures de l’opposition et de membres du système judiciaire.
« Plusieurs dizaines de détracteurs du gouvernement ont été illégalement enrôlés et déployés dans des zones de combat sans entraînement adéquat », a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch. « Cette pratique cruelle semble destinée à faire pression sur les détracteurs afin qu’ils se soumettent par la peur et la coercition. »
Les gouvernements peuvent conscrire des civils pour la défense nationale, toutefois les normes internationales exigent que le recrutement soit effectué dans le cadre d’un processus légal qui prévoit un préavis clair, des garanties de procédure régulière et la possibilité de contester la décision.
Entre juillet et octobre 2025, au moins sept journalistes et trois activistes précédemment enrôlés ont été libérés, tandis que Moussa Sareba, journaliste travaillant pour le média en ligne Fil Infos, qui a fait l’objet d’une disparition forcée en août 2025, est toujours porté disparu. D’autres sont toujours derrière les barreaux pour des chefs d’inculpation motivés par des raisons politiques, notamment Guy Hervé Kam, éminent avocat et membre fondateur du groupe de la société civile Balai Citoyen.
D’après de nombreux reportages et rapports de médias internationaux et d’organisations de défense des droits humains, les forces de sécurité ont transformé des dizaines de villas à Ouaga 2000, un quartier de Ouagadougou, ainsi que d’autres propriétés à la périphérie de la capitale, en lieux de détention non officiels où elles ont détenu secrètement et illégalement des centaines de personnes, y compris des détracteurs du gouvernement, des opposants politiques et d’autres personnes perçues comme des ennemis des autorités. D’anciens détenus ont décrit avoir été enfermés au secret dans ces prisons de fortune et avoir été soumis à des actes de torture et à d’autres formes de mauvais traitements.
« Des personnes sont détenues dans des prisons non officielles sans accès à des avocats, aux membres de leur famille ni à une assistance médicale », a déclaré Marceau Sivieude, directeur régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale. « Parmi ceux qui ont finalement été libérés, beaucoup n’ont jamais été présentés à un juge ni inculpés officiellement et, par la suite, ils ont été empêchés de quitter le pays. »
Le Burkina Faso est un État partie à la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées. Aux termes du droit international, une disparition forcée survient lorsque les autorités étatiques ou leurs agents détiennent une personne puis refusent de reconnaître ou de divulguer son sort ou le lieu où elle se trouve, la plaçant hors de protection de la loi. Les personnes victimes de disparitions forcées courent un risque accru d’être soumises à des actes de torture, à d’autres mauvais traitements et à des exécutions extrajudiciaires.
« Les autorités du Burkina Faso devraient libérer immédiatement et sans condition Atiana Serge Oulon et toutes les personnes détenues arbitrairement et enrôlées illégalement », a déclaré Drissa Traoré, Secrétaire général de la FIDH. « Elles devraient mettre fin à l’utilisation illégale de la conscription pour faire taire les journalistes et autres détracteurs des autorités militaires. »
Les autorités ont expulsé des journalistes étrangers et ont suspendu et interdit de nombreux médias et organisations nationaux et internationaux, invoquant souvent de vagues raisons administratives ou réagissant à des reportages ou rapports critiques.
La répression des médias indépendants par le gouvernement lui a permis d’exercer un contrôle beaucoup plus important sur le discours public tout en étendant la portée de la propagande et de la désinformation alignées sur l’État. Des réseaux d’activistes pro-gouvernementaux – y compris des groupes coordonnés connus sous le nom de bataillons d’intervention rapide de la communication chargés d’influencer l’opinion publique sur les médias sociaux – amplifient les messages du gouvernement, promeuvent le soutien au président Traoré, harcèlent les détracteurs et les défenseurs des droits humains, et attisent souvent la haine et la violence contre les minorités.
Les autorités militaires ont également réprimé les syndicats. En mai 2026, le ministre de l’Administration territoriale a suspendu le principal syndicat étudiant du pays, l’Union générale des étudiants burkinabè (UGEB), pendant trois mois, invoquant des faits d’« apologie du terrorisme ». Le décret n’a fourni aucune explication à la suspension, mais la mesure semble liée aux critiques du syndicat à l’égard du bilan du gouvernement en matière de sécurité près de quatre ans après sa prise de pouvoir.
« Alors que les autorités restreignent la liberté de la presse, les discours pro-gouvernementaux occupent de plus en plus l’espace médiatique », a déclaré Binta Sidibé Gascon, présidente de l’Observatoire Kisal. « Les autorités et les activistes pro-armée sur les réseaux sociaux ont contribué à attiser les tensions ethniques, notamment par une rhétorique qui assimile à tort l’ensemble de la communauté peule à des groupes armés islamistes, incitant ainsi à la stigmatisation et à l’hostilité. »
............
Articles
AfricaRadio
18.06.2026 à 07:00
Human Rights Watch
(Minneapolis, 18 juin 2026) – Le déploiement par l’administration Trump de milliers d’agents fédéraux des services d’immigration dans l’État de Minnesota entre décembre 2025 et mars 2026 a entraîné des violations généralisées des droits humains, a terrorisé des habitants avec des conséquences durables et a mis en lumière des pratiques profondément abusives liées à l’application de la législation des États-Unis en matière d’immigration, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui.
18 juin 2026 “A Manufactured Crisis”Ce rapport de 180 pages, intitulé « “A Manufactured Crisis”: Minnesota Communities Terrorized by the Federal Government” » (« “Une crise fabriquée” : Des communautés du Minnesota terrorisées par le gouvernement fédéral »), documente de manière détaillée comment l’opération Metro Surge menée par le gouvernement américain a provoqué une crise des droits humains dans l’État du Minnesota, en particulier dans les villes jumelles de Minneapolis et Saint Paul et leurs environs. Cette campagne a donné lieu à deux homicides illégaux, à des cas répétés de recours excessif à la force, au profilage racial, à des détentions illégales et à des conditions de détention abusives. Ces abus et la terreur qu’ils ont semée ont également entraîné des préjudices moins visibles, forçant de nombreuses personnes à rester chez elles par peur, ce qui les a empêchées de se rendre au travail, à l’école et même de bénéficier de soins de santé essentiels. Le rapport appelle à la reddition de comptes aux plus hauts niveaux du gouvernement, et identifie les personnes qui étaient chargées de superviser l’opération.
« Le gouvernement fédéral a envoyé des hordes d’agents masqués et armés qui ont saisi des individus dans la rue, les ont menottés et emmenés, et ont maltraité des témoins de ces agissements », a déclaré Reagan Williams, chercheuse auprès de la division Crises, conflits et armes à Human Rights Watch. « Des habitants du Minnesota se sont mobilisés pour manifester, documenter les abus et s’apporter mutuellement une aide vitale. Une action au niveau national est nécessaire pour garantir la reddition de comptes, mettre fin aux abus en cours, réparer les préjudices subis et prévenir une nouvelle crise de cette ampleur. »
Human Rights Watch a mené des entretiens avec plus de 130 personnes, parmi lesquelles des immigrants, des défenseurs des droits humains, des avocats, des professionnels de santé, des enseignants, des responsables gouvernementaux actuels et anciens, ainsi que d’autres personnes ayant une connaissance directe de l’opération Metro Surge et de ses répercussions. Les chercheurs ont analysé des dizaines de photographies et de vidéos, des déclarations sous serment et des requêtes judiciaires, des décisions de justice, des documents établis par des défenseurs locaux des droits humains, des données gouvernementales, des enquêtes indépendantes, des études médicales et de santé publique, des articles de presse, ainsi que des dossiers tenus par des professionnels de santé, des « s » (agents chargés de l’application de la loi), des éducateurs, des entreprises et des organisations fournissant une aide alimentaire.
« Aucune couverture médiatique, quelle qu’en soit l’ampleur, ne saurait jamais rendre pleinement compte de l’ampleur des répercussions traumatisantes que cela a sur la ville de Minneapolis », a déclaré un habitant. « Et lorsque ces caméras seront parties, nous serons toujours là, en deuil et traumatisés. »
L’opération Metro Surge a constitué le plus grand déploiement d’agents de l’immigration à l’intérieur du pays depuis l’entrée en fonction du président Donald Trump, mais cette campagne et ses tactiques s’inscrivent dans un schéma plus large de déploiements concentrés et abusifs d’agents du Département de la sécurité intérieure (Department of Homeland Security, DHS) dans diverses villes aux États-Unis. Cependant, l’ampleur de l’opération Metro Surge – ainsi que la réaction rapide des habitants pour en être témoins et la documenter – a fourni de nombreuses preuves des pratiques et tactiques abusives de ces agences et, plus largement, des politiques d’immigration de l’administration.
Lors de deux incidents qui ont suscité l’indignation nationale en janvier, des agents fédéraux ont illégalement abattu deux citoyens américains, Renée Good et Alex Pretti. Des agents ont menacé d’autres habitants du Minnesota du possible recours à la force létale, en pointant leurs armes sur eux sans justification à de nombreuses reprises. Des agents ont également brisé des vitres de voiture sans justification, ont physiquement jeté ou poussé au sol des personnes qui ne résistaient pas, et ont utilisé des armes a létalité réduite, telles que des agents chimiques irritants et des grenades assourdissantes, parfois à bout portant et sans avertissement.
Au cours de cette campagne abusive, ainsi que l’a constaté Human Rights Watch, des agents du Service de l'immigration et des douanes (Immigration and Customs Enforcement, ICE) ont placé en détention environ 4 000 immigrants, dont plus de 75 % n’avaient fait l’objet d’aucune condamnation pénale aux États-Unis ; de nombreuses personnes ont été placées en détention de manière arbitraire. Des avocats ont déposé des requêtes en habeas corpus pour contester ces détentions, dont beaucoup ont abouti à des ordonnances de libération ou à des audiences de mise en liberté sous caution, notamment près de 90 % des 532 affaires résolues entre le 1er décembre 2025 et le 15 mai 2026.
L'opération Metro Surge : une majorité d’arrestations de personnes sans antécédents judiciaires aux États-Unis Click to expand Image L'opération Metro Surge a conduit une majorité d’arrestations de personnes sans antécédents judiciaires aux États-Unis. Ce tableau recapitule les arrestations menées par l’agence ICE au Minnesota en décembre 2025-janvier 2026. La majorité des personnes arretees (2 404 personnes) avaient un casier judiciaire vierge aux États-Unis. Graphisme © 2026 Human Rights WatchLes agents fédéraux semblent s’être livrés à un profilage racial généralisé en interpellant, arrêtant ou plaçant en détention des personnes sur la base de leur race ou de leur origine ethnique présumée, notamment en utilisant ces facteurs comme indicateurs approximatifs de la nationalité apparente d’une personne. Selon une enquête menée par le Centre d’étude de la politique d'immigration des États-Unis (US Immigration Policy Center) de l’Université de Californie à San Diego, les personnes de couleur de Minneapolis étaient environ 40 % plus susceptibles que les résidents blancs d’avoir eu un contact avec des agents fédéraux. Des citoyens de couleur interrogés par Human Rights Watch ont déclaré qu’ils craignaient tellement le profilage racial qu’ils avaient commencé à emporter leur passeport partout avec eux.
De nombreux citoyens américains figuraient parmi les personnes illégalement interpellées, notamment en raison du profilage racial ou alors qu’ils observaient ou manifestaient contre les activités de l’ICE ou du Service des douanes et de la protection des frontières (Customs and Border Protection, CBP). Plus de 500 manifestants citoyens américains ont été arrêtés, selon les données la Guilde nationale des avocats (National Lawyers Guild) du Minnesota.
Pendant des mois, l’opération a perturbé tous les aspects de la vie quotidienne, et les activités normales, comme prendre le bus pour aller à l’école ou faire ses courses, sont devenues des situations comportant des risques pour la sécurité physique et la liberté. Au plus fort de l’opération Metro Surge, certaines cliniques ont enregistré une forte chute – jusqu’à 50 % dans certains établissements – du nombre de patients, y compris de personnes qui auraient nécessité des soins d’urgence. Des milliers d’élèves ont manqué l’école, ou sont passés à l’enseignement à distance. Des personne avaient peur de se rendre au travail en voiture, et ont subi des pertes de salaire et d’emploi.
La peur, l’anxiété et les difficultés ont eu de graves répercussions sur la santé mentale, en particulier chez les enfants. « J’ai très peur d’être ici parce que je ne veux pas que ça arrive encore à mon papa », a déclaré une fillette de 7 ans dont le père avait été emmené par l’ICE lors d’une descente à leur domicile en décembre. Son père, qui a ensuite été libéré, a expliqué que sa fille le suppliait parfois de ne pas quitter la maison. Sa mère, qui était enceinte, n’est pas sortie de chez elle pendant des mois après la descente, même pas pour ses rendez-vous prénataux.
Des habitants du Minnesota se sont mobilisés pour atténuer ces répercussions, s’organisant pour assurer la livraison de courses, apporter une aide au loyer et d’autres formes de soutien financier, assurer le transport vers l’école, le travail et les rendez-vous médicaux, ainsi que d’autres formes de soutien.
Bien que l’opération Metro Surge soit officiellement terminée, ses répercussions de grande envergure incitent à un examen et à la prise de mesures correctives. Le DHS et ses agences, notamment l’ICE et le CBP, devraient faire l’objet de réformes. Les autorités devraient rétablir et renforcer les mécanismes de transparence et de contrôle, mettre en place des protections efficaces contre le recours inutile à la force, et veiller à ce que les responsables à tous les niveaux, y compris ceux impliqués dans les abus commis lors de l’opération Metro Surge, rendent des comptes de manière cohérente.
Le 30 avril, Human Rights Watch a adressé aux agences du DHS un courrier présentant un résumé de ses conclusions et de ses questions, mais n’a pas reçu de réponse.
« L’opération Metro Surge a mis en évidence les pratiques violentes et abusives de ces agences », a conclu Reagan Williams. « Nous disposons de preuves claires de la manière dont elles opèrent lorsque l’impunité règne, d’où l’urgence de tracer une nouvelle voie à suivre, fondée sur la responsabilisation et des réformes structurelles, afin de mettre fin à ces abus. »
………………
17.06.2026 à 06:01
Human Rights Watch
(Beyrouth) – Les autorités israéliennes accélèrent les démolitions de logements et les expulsions forcées des habitants palestiniens du district de Silwan, situé à Jérusalem-Est en Cisjordanie occupée, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. La déportation ou le transfert forcé de la population d’un territoire occupé, à l’intérieur ou à l’extérieur de ce territoire, constitue une violation du droit international humanitaire et un crime de guerre, sauf s’il s’agit d’une mesure temporaire prise pour protéger cette population ou pour des raisons militaires impératives.
Le district de Silwan se situe au sud de la Vieille Ville de Jérusalem. Parmi ses douze quartiers, al-Bustan et Batn al-Hawa sont depuis des décennies les principales cibles des campagnes d’expulsion et de démolition menées par les autorités israéliennes et des organisations de colons telles qu’Ateret Cohanim. Ces campagnes se sont intensifiées sous le couvert des hostilités à Gaza et, cette année, en Iran. Sur les 587 Palestiniens déplacés à la suite de démolitions depuis le 7 octobre 2023, un quart l’ont été pendant la guerre entre Israël et l’Iran en mars-avril 2026, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA). Plus de 2 000 personnes risquent d’être déplacées de force à Silwan, ce qui, si rien n’est fait pour y mettre un terme, constituera l’une des plus importantes vagues d’expulsions à Jérusalem-Est depuis 1967, selon Ir Amim, une organisation israélienne qui suit de près les politiques gouvernementales à Jérusalem.
« Les autorités israéliennes intensifient leur politique illégale de longue date visant à évincer les habitants palestiniens des quartiers autour de la Vieille ville de Jérusalem, afin de les remplacer par des colons israéliens », a déclaré Sarah Sanbar, chercheuse par intérim sur Israël et la Palestine à Human Rights Watch. « Ces mesures israéliennes visant à modifier la démographie de Jérusalem constituent des crimes de guerre, rendus possibles par l’impunité accordée par les proches alliés d’Israël. »
Des chercheurs de Human Rights Watch se sont rendus à Silwan en avril 2026 et ont mené des entretiens avec trois habitants ayant reçu des ordonnances d’expulsion et/ou de démolition, ainsi que deux avocats représentant des clients à Silwan ; ils ont également examiné les documents juridiques pertinents. Human Rights Watch a tenté de joindre Ateret Cohanim par téléphone, mais n’a pas reçu de réponse.
La vague de déplacements à Batn al-Hawa résulte d’une série de procédures d’expulsion engagées par Ateret Cohanim, sur la base de lois discriminatoires permettant aux habitants juifs de récupérer des biens immobiliers situés à Jérusalem-Est perdus lors de la guerre de 1948, tout en interdisant aux Palestiniens de récupérer les biens qu’ils ont également perdus en 1948. Dans le quartier d’al-Bustan, 115 logements où vivent 1 500 personnes, sont menacés de démolition en raison du projet de la municipalité visant à créer un parc archéologique.
Zuheir al-Rajabi, le directeur du centre communautaire de Batn al-Hawa, a déclaré qu’Ateret Cohanim avait engagé une première procédure d’expulsion en 2015. « Au début, nous nous sommes dit : Que peuvent-ils bien faire ? C’est notre terre, ce sont nos maisons, nous n’avons rien à craindre », a-t-il expliqué à Human Rights Watch.
Pendant une décennie, Zuheir al-Rajabi s’est opposé à cette expulsion devant les tribunaux israéliens. « Mais après le 7 octobre, tout est devenu possible [pour les colons] », a-t-il observé. « Les juges ont commencé à rendre des ordonnances d’expulsion sans donner aux victimes la possibilité de se défendre ou d’être entendues. Auparavant, il fallait compter entre trois et cinq ans pour passer par toutes les instances judiciaires et les procédures d’appel. Depuis le 7 octobre, l’ensemble de la procédure ne prend plus que 45 jours. »
Un avocat local a déclaré : « Parfois, la décision est rendue en un jour ouvré. »
Depuis le 7 octobre, les poursuites judiciaires engagées par Ateret Cohanim ont abouti à l’expulsion de 30 familles, soit 139 personnes au total, et des procédures d’exécution sont en cours pour des centaines d’autres, selon Peace Now, une organisation israélienne. Au cours des huit années précédentes, seules 36 personnes avaient été expulsées.
Zuheir al-Rajabi a déclaré que des colons israéliens s’étaient installés dans les maisons de ses anciens voisins : « Aujourd’hui, nous avons l’impression d’être au bout du rouleau. [...] Au cours des 50 dernières années, nous avons tous vécu ensemble à Silwan, mes frères et moi, et nos enfants ont grandi ensemble. Nous nous sommes battus avec acharnement pour rester unis, et finalement, après 50 ans, ils ont réussi à nous séparer. »
En avril 2024, Harbi al-Rajabi et son fils, Nidal, ont reçu un avis ordonnant leur expulsion hors de leur immeuble de Batn al-Hawa, où vivaient cinq familles. Après un recours infructueux, l’Autorité chargée de l’exécution et du recouvrement leur a délivré un avis d’expulsion définitif le 20 mars 2026, alors qu’ils célébraient l’Aïd al-Fitr sous la menace de tirs de missiles balistiques en provenance d’Iran.
Nidal al-Rajabi a raconté que le policier qui leur avait remis l’ordre leur avait demandé de retirer leurs meubles et leurs effets personnels de leur logement, mais que, lorsqu’ils avaient tenté de le faire le lendemain, la police leur avait interdit l’accès. Nidal a précisé qu’ils avaient demandé l’autorisation de récupérer leurs objets de valeur, notamment de l’or, des bijoux et de l’argent liquide, mais que leur demande avait été rejetée. « Nous n’avons jamais récupéré ni l’or ni l’argent », a-t-il ajouté.
La famille s’est installée dans des logements dont elle est propriétaire à al-Bustan, un quartier avoisinant, mais risque à nouveau d’être déplacée.
Fakhri Abu Diab, un activiste local, a déclaré au magazine +972 en 2026 que plus de 50 habitations à al-Bustan – soit environ la moitié dans cette communauté – avaient été démolies depuis le 7 octobre 2023. Selon l’OCHA, 15 de ces habitations ont été démolies rien qu’entre mars et avril 2026, provoquant le déplacement forcé de 145 résidents, dont 52 enfants.
La municipalité de Jérusalem délivre des ordres de démolition au motif que ces maisons, construites sans permis, sont illégales. Or, il est presque impossible pour les Palestiniens d’obtenir des permis de construire à Jérusalem-Est et dans les 60 % de la Cisjordanie placés sous le contrôle exclusif d’Israël (zone C).
« Ils ne vous accordent pas de permis de construire », a déclaré Harbi Al-Rajabi. « Nous avons déposé de nombreuses demandes, nous avons même engagé un avocat et un architecte, mais ils ont refusé de nous accorder un permis. »
La municipalité de Jérusalem a émis des ordres de démolition pour les trois maisons de la famille à al-Bustan, leur laissant deux options : payer des milliers de dollars pour que la municipalité démolisse leur maison ou le faire eux-mêmes. Nidal al-Rajabi était en train de démolir l’une de ses propriétés lorsque Human Rights Watch s’est rendu sur place.
« Notre vie, notre présence, n’a aucune importance à leurs yeux », a-t-il déclaré. « Ils nous considèrent comme un obstacle à la réalisation de leurs objectifs. »
Dans un message publié sur X le 5 février, le Bureau de l’Union européenne dans les territoires palestiniens occupés a appelé Israël à « mettre immédiatement fin » aux expulsions forcées, aux démolitions et aux appropriations par des colons de logements palestiniens à Batn al-Hawa et al-Bustan. Malgré ces condamnations, l’UE n’a toujours pas pris les mesures qui sont en son pouvoir pour mettre un terme à ces violations.
En vertu de la Quatrième Convention de Genève, les transferts forcés de résidents des territoires occupés sont interdits. La seule exception concerne l’évacuation temporaire d’une zone si cela s’avère nécessaire pour la sécurité de la population ou pour des raisons militaires impératives.
Dans un avis consultatif rendu en juillet 2024, la Cour internationale de justice (CIJ) a estimé que les politiques et pratiques israéliennes, notamment les expulsions forcées et les démolitions massives de maisons à Jérusalem-Est, bafouaient l’interdiction du transfert forcé d’une population protégée en vertu de l’article 49 de Quatrième Convention de Genève. La Cour a confirmé qu’un transfert est « forcé » non seulement lorsqu’il est réalisé par la force physique, mais également lorsque les personnes n’ont d’autre choix que de partir. La CIJ a en outre estimé que la pratique israélienne consistant à démolir des biens immobiliers en l’absence de permis de construire constituait une discrimination interdite. En vertu du Statut de Rome de la Cour pénale internationale, le fait pour une puissance occupante de déporter ou de transférer tout ou partie de la population à l’intérieur ou à l’extérieur du territoire occupé constitue un crime de guerre.
Human Rights Watch a précédemment constaté que les autorités israéliennes ont intentionnellement provoqué le déplacement forcé massif, délibéré et à long terme ainsi que le nettoyage ethnique de civils palestiniens à Gaza ainsi qu’en Cisjordanie, ce qui constitue des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. Dans les deux cas, de hauts responsables israéliens ont déclaré leur intention d’expulser les Palestiniens et de les empêcher de revenir dans certaines parties de Gaza et de la Cisjordanie.
La poursuite et l’accélération des violations commises à l’encontre des Palestiniens à Jérusalem-Est sont une conséquence directe du mépris d’Israël pour le droit international et de l’impunité dont bénéficient les auteurs de ces violations, a déclaré Human Rights Watch. Les autres pays devraient imposer des sanctions ciblées à l’encontre des personnes et des organisations responsables, garantir que les auteurs de crimes de guerre répondent de leurs actes, interdire le commerce avec les colonies israéliennes, et suspendre les accords commerciaux préférentiels avec Israël.
« Les familles de Silwan, comme d’innombrables autres familles à travers le Territoire palestinien occupé, sont confrontées à une campagne orchestrée, illégale et soutenue par l’État israélien visant à les chasser des maisons où elles vivent depuis des générations », a conclu Sarah Sanbar. « Les autres pays devraient faire tout ce qui est en leur pouvoir pour y mettre un terme. »
………………