23.09.2026 à 22:21
Human Rights Watch
(La Haye, le 23 septembre 2026) – La condamnation par la Cour pénale internationale (CPI) de Mahamat Saïd Abdel Kani pour crimes contre l’humanité commis en République centrafricaine représente une importante forme de justice attendue depuis longtemps pour les victimes du groupe armé Séléka, responsable de nombreux abus, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch.
En 2012, les rebelles de la Séléka, majoritairement musulmans, ont renversé le président de la République centrafricaine, François Bozizé, et se sont emparé du pouvoir par une campagne de violence et de terreur. En mars 2013, la Séléka a pris le contrôle de Bangui, la capitale, s’en prenant aux civils et pillant la ville. Fin 2013, des milices chrétiennes et animistes, connues sous le nom d'« anti-balaka », ont commencé à organiser des contre-attaques contre la Séléka. Tant la Séléka que les anti-balaka ont été impliqués dans des atrocités généralisées contre les civils.
« En tant que premier verdict de la CPI contre un commandant de haut rang de la Séléka, le jugement rendu contre Mahamat Saïd Abdel Kani constitue une étape importante dans la lutte contre l’impunité pour les crimes graves commis en République centrafricaine », a déclaré Lewis Mudge, directeur de recherches sur l’Afrique centrale à Human Rights Watch. « Mais ceci ne devrait être considéré que comme un premier pas. Le verdict est également un important rappel des exactions qui se poursuivent dans le pays et de la nécessité d’un soutien accru aux efforts de justice tant internationaux que nationaux, afin de rectifier l’absence de justice et de reddition de comptes qui contribue à alimenter les cycles récurrents de violence. »
Les juges de la CPI ont condamné Saïd pour des crimes commis à l’Office Central de Répression du Banditisme (OCRB) qu’il dirigeait à Bangui, entre avril et août 2013. Ces crimes incluent l'emprisonnement ou toute autre privation grave de liberté physique, la torture, d'autres actes inhumains et la persécution.
Mahamat Saïd Abdel Kani a été acquitté des accusations de crimes de guerre. La majorité des juges ont conclu que l'éviction de François Bozizé en mars 2013 avait mis fin au conflit qui avait débuté en 2012 entre la Séléka et les forces armées centrafricaines, et que par conséquent, aucun conflit n'était en cours au moment de la commission des crimes allégués. Said a également été acquitté de certains incidents liés aux accusations de crimes contre l'humanité, notamment faute de preuves suffisantes.
La Cour a établi un calendrier pour la procédure de détermination de la peine, qui comprendra une audience en novembre. La Cour devrait prendre toutes les mesures nécessaires pour s'assurer que les communautés concernées en République centrafricaine soient informées du jugement et des prochaines étapes, y compris les éventuels appels et les procédures de réparation, a déclaré Human Rights Watch.
Mahamat Saïd Abdel Kani aurait rejoint la Séléka en 2012. Il a été promu lieutenant, colonel, puis commandant. En avril 2013, alors que les exactions de la Séléka à Bangui atteignaient un niveau critique, il s'est vu confier un rôle clé au sein de l'Office central de répression du banditisme. L’OCRB est une unité de police créée à la fin des années 1990 pour faire face à la montée du banditisme en République centrafricaine, mais a elle-même acquis une réputation en tant qu’unité responsable d'abus. Ces abus perdurent aujourd'hui, et le gouvernement utilise parfois l’OCRB pour mettre en garde ses détracteurs quant aux conséquences potentielles de leurs critiques.
Mahamat Saïd Abdel Kani a été arrêté en République centrafricaine et remis à la CPI, à La Haye, le 24 janvier 2021. Les juges de la Cour avaient émis un mandat d'arrêt sous scellés à son encontre le 7 janvier 2019.
En 2014, la Séléka s’est fragmentée en plusieurs groupes, dont le Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC), dirigé par Noureddine Adam et Michel Djotodia. Certaines factions du FPRC se sont alliées aux forces anti-balaka. Michel Djotodia, qui est visé par des sanctionsimposées par le Trésor des États-Unis, vit au Bénin ; mais il est retournéà Bangui en 2020 pour un court séjour, et revient parfois dans le pays.
Noureddine Adam se trouverait périodiquement au Tchad et sinon au Soudan, où il continue d'échapper à la justice. Le 28 juillet 2022, la CPI a rendu publicun mandat d’arrêt à son encontre, qui a été initialement délivré sous scellés le 7 janvier 2019. Les États membres de la CPI devraient tout mettre en œuvre pour soutenir la Cour dans l'arrestation de Noureddine Adam et le traduire en justice, a déclaré Human Rights Watch.
D'autres importants ex-chefs de la Séléka, tels que Mahamat Al Khatim, Saleh Zabadi et Ali Darassa, continuent de diriger des factions dissidentes issues de ce groupe armé.
En juillet 2025, le juges de la CPI ont condamnédeux chefs de milices anti-balaka, Alfred Yékatom et Patrice-Edouard Ngaïssona, pour des crimes graves et des crimes contre l’humanité commis en République centrafricaine entre décembre 2013 et août 2014. Yékatom et Ngaïssona ont été condamnés à 15 et 12 ans de prison, respectivement, et des recours sont en cours. Un autre chef de milice anti-balaka, Maxim Mokom, a été remisà la Cour en mars 2022, mais le procureur a retiré les charges portées à son encontre en octobre 2023, invoquant un manque de preuves et de témoins.
La CPI a ouvert l'enquête sur les crimes commis en République centrafricaine depuis 2012, à la suite d'une demande du gouvernement centrafricain en 2014. C’était la deuxième enquête de la CPI sur les crimes commis dans ce pays. La première enquêteétait liée à un conflit antérieur, en 2002 et 2003, et a abouti à l’acquittementde Jean-Pierre Bemba, un ancien vice-président de la République démocratique du Congo. En décembre 2022, le Procureur de la CPI a annoncél’achèvement des activités d’enquête de son bureau en République centrafricaine.
Les enquêtes de la CPI en République centrafricaine ont été complétées par des procédures devant la Cour pénale spéciale (CPS) à Bangui, composée de juges et de procureurs internationaux et centrafricains.
La CPS a rendu des verdicts dans quatre affaires, et mène plusieurs procédures et enquêtes qui sont toujours en cours. Cette voie d'accès à la justice essentielle est toutefois confrontée à des difficultés financières importantes. Les partenaires internationaux devraient fournir à la CPS les ressources nécessaires pour s'acquitter de son important mandat, selon Human Rights Watch.
Le verdict concernant Mahamat Saïd Abdel Kani a été prononcé alors que la CPI est soumise à une pression extrême. En février 2025, le président des États-Unis Donald Trump a émis un décret exécutif autorisant des sanctions à l'encontre de responsables de la CPI et d'autres personnes soutenant les travaux de la Cour. Depuis lors, le gouvernement des États-Unis a imposé des sanctions à des responsables et du personnel de la CPI, à un expert de l'ONU et à trois grandes organisations palestiniennes de défense des droits humains. Conjointement avec trois autres organisations de défense des droits humains, Human Rights Watch a poursuivi l’administration Trump devant un tribunal américain au sujet de ses sanctions visant la CPI.
Le 13 juillet 2026, le Secrétaire d'État américain Marco Rubio a annoncé une campagne intensifiée visant à « démanteler » la Cour, une campagne intensifiée visant à « démanteler » la Cour, incluant un recours accru aux sanctions et des pressions exercées sur les pays membres pour qu’ils la quittent.
« La CPI est une juridiction de dernier ressort essentielle pour rendre la justice concernant les crimes les plus graves commis en République centrafricaine, et dans d’autres affaires dont la Cour est saisie », a conclu Lewis Mudge. « Les États membres de la CPI devraient redoubler d’efforts pour protéger la Cour et toutes les personnes qui soutiennent son action, afin qu’elle puisse mener à bien son mandat mondial essentiel. »
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Articles
France24 DW
23.09.2026 à 01:00
Human Rights Watch
(Bangkok) – Des prisonnières politiques détenues par la junte militaire au Myanmar subissent des actes de torture et des violences sexuelles, ainsi qu’une privation de soins médicaux qui met leur vie en danger, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.
Parmi plus de 30 000 prisonniers politiques détenus depuis le coup d’État mené par la junte en février 2021, se trouvent environ 6 600 femmes et 640 enfants. D’anciennes prisonnières et des membres de leurs familles ont décrit des passages à tabac, des viols, des conditions de détention sordides, ainsi que le refus de fournir des soins prénataux et obstétricaux aux femmes enceintes, avec des conséquences sanitaires dangereuses voire mortelles. La junte devrait libérer d’urgence et sans condition toutes les prisonnières politiques et leurs enfants, y compris l’ancienne dirigeante Aung San Suu Kyi, détenue depuis plus de cinq ans.
« Des femmes qui ont été détenues en tant que prisonnières politiques au Myanmar brossent un tableau profondément troublant d’un système carcéral où la souffrance et la négligence sont délibérées et routinières », a déclaré Bryony Lau, directrice adjointe de la division Asie à Human Rights Watch. « Ces femmes ont subi une série d’ injustices : arrestations arbitraires, torture et mauvais traitements lors de leur détention, suivis de sentiments d’angoisse et de traumatismes après leur libération. »
En 2025 et 2026, Human Rights Watch a mené des entretiens avec 17 anciennes prisonnières politiques myanmaraises, trois membres de leurs familles, ainsi que quatre avocats et défenseurs des droits humains. Ces anciennes détenues – des activistes ainsi que des femmes qui travaillaient comme journalistes, professionnelles de santé ou dans le domaine humanitaire au moment de leur arrestation – ont été incarcérées dans 11 centres d’interrogatoire et prisons, certaines depuis le coup d’État de 2021.
Ces femmes ont déclaré avoir été poursuivies en vertu de certaines dispositions du Code pénal utilisées contre les détracteurs réels ou présumés de la junte, dont l’article 505A, formulé dans des termes vagues et d’une vaste portée, et qui a été adopté après le coup d’État afin de punir des opposants et dissidents. D’autres poursuites étaient basées sur la loi antiterroriste du Myanmar, dont le champ d’application est très large. Plusieurs femmes ont déclaré avoir été détenues illégalement en tant qu’otages, permettant aux autorités de faire pression sur des amis ou des proches qui avaient échappé à l’arrestation.
Des femmes ont indiqué avoir été torturées et maltraitées pendant les interrogatoires, pendant des périodes pouvant durer des mois, ou en guise de punition. Les autorités pénitentiaires les ont frappées à coups de bâtons, de chaînes et de tuyaux métalliques, et ont parfois utilisé des lance-pierres (« slingshots »). Certaines femmes ont été soumises à des chocs électriques, à des violences sexuelles, à des brûlures de cigarette, à des positions de stress prolongées et à des périodes d’isolement cellulaire durant des semaines, voire des mois. La plupart des femmes interrogées par Human Rights Watch ont déclaré avoir subi des formes d’humiliation sexuelle (comme des fouilles corporelles intrusives sans motif légitime de sécurité), voire des agressions sexuelles.
Une activiste âgée de 26 ans, enceinte au moment de son arrestation en 2024, a été interrogée pendant plus d’un mois. Son mari a déclaré : « Ils l’ont menacée à propos de sa grossesse, lui ont dit de leur parler de moi et de ses collègues [de l’opposition]. Ils l’ont menacée en disant : “Si tu ne nous donnes pas ces informations, on te frappera le ventre.” »
Selon l’Association d’aide aux prisonniers politiques (AAPP), plus de 2 300 hommes et femmes sont mort.e.s en détention depuis le coup d’État. L’ONG Myanmar Prison Witness (MPW) a recensé 290 décès de prisonnier.ère.s politiques entre le 1er février 2021 et le 16 septembre 2026, dont 43 décès de femmes et leurs enfants.
« Nos vies en prison valent une feuille A4 », a déclaré un ancien prisonnier politique, faisant référence à l’avis que les familles sont tenues de signer lorsqu’elles sont informées d’un décès en détention. Les corps ne sont pas rendus aux familles, a-t-il ajouté, et Human Rights Watch n’a connaissance d’aucune enquête ni d’aucune suite judiciaire après un décès. Dans certains cas, les familles ne sont même pas informées du décès de leur proche.
Des anciennes détenues ont déclaré que les autorités pénitentiaires empêchaient systématiquement l’accès aux soins médicaux nécessaires pour traiter des pathologies chroniques ou aiguës. L’accès aux traitements est extrêmement aléatoire, nécessitant souvent des mois d’attente, le versement de pots-de-vin aux gardiens de prison et le paiement de médicaments et de soins à l’extérieur.
« Quand on est malade, il n’y a pas de médicaments, alors il faut simplement endurer la douleur », a déclaré une femme qui a passé trois ans en prison. « Des problèmes mineurs deviennent inutilement des problèmes graves. »
Certaines femmes ont indiqué que cette négligence médicale est aggravée par une absence quasi totale de services spécialisés pour répondre à leurs besoins en matière de santé sexuelle et reproductive. Les femmes enceintes se voient refuser l’accès aux soins prénataux, obstétriques et postnataux nécessaires, et peuvent être victimes d’abus susceptibles de mettre en danger leur santé et leur grossesse, voire leur vie.
Une femme arrêtée en 2021, alors qu’elle était enceinte de trois mois, a déclaré que ses interrogateurs, qui savaient qu’elle était enceinte, lui avaient infligé des décharges électriques et l’avaient battue, lui causant des douleurs chroniques. Elle a été détenue dans une salle de stockage avec neuf autres détenues enceintes ; elles dormaient sur le sol en béton, utilisant des vieux masques médicaux et des blouses usagées.
« Il n’y avait pas d’échographie, il était donc impossible d’estimer la date prévue de mon accouchement », a déclaré cette femme. « J’ai perdu les eaux une nuit, vers minuit, mais la lettre de transfert vers l’hôpital n’est arrivée qu’à 10 heures du matin… On m’a remis des chaînes aux pieds juste après l’accouchement. »
Certaines femmes sont contraintes d’accoucher dans leur cellule en raison du manque de soins d’urgence ; selon d’anciennes détenues, cela a entraîné des cas de mort fœtale, ainsi que des décès de nourrissons et parfois aussi de leur mère.
Des femmes ont également décrit des conditions de détention surpeuplées et insalubres, qui mettaient leur sante ou même leur vie en danger. Après leur libération, plusieurs femmes ont déclaré avoir souffert de dépression, d’hypervigilance, d’isolement et de pensées suicidaires.
Le Myanmar est un État partie à plusieurs traités internationaux fondamentaux relatifs aux droits humains qui concernent en partie le traitement des personnes en détention, notamment la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, la Convention relative aux droits de l’enfant et la Convention relative aux droits des personnes handicapées.
En vertu du droit international conventionnel et coutumier, les autorités du Myanmar ont un devoir de diligence envers les personnes incarcérées, y compris l’obligation de protéger leurs droits à la vie, à la santé, à la sécurité et à la dignité. De plus, nul ne peut être soumis à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.
Parmi les Règles minima des Nations Unies pour le traitement des détenus (« Règles Nelson Mandela ») figure celle-ci : « L’État a la responsabilité d’assurer des soins de santé aux détenus », ces soins devant être dispensés gratuitement. Tous les établissements pénitentiaires doivent garantir un accès rapide aux soins médicaux ainsi que des conditions permettant les soins et traitements prénataux et postnataux, y compris la possibilité d’accoucher dans un hôpital.
Les Règles des Nations Unies concernant le traitement des femmes détenues et les mesures non privatives de liberté pour les femmes délinquantes (« Règles de Bangkok ») prévoient des protections supplémentaires pour les femmes détenues, notamment des services de santé adaptés à leurs besoins spécifiques et équivalents aux soins disponibles ailleurs, ainsi que certaines garanties pour les mères et les enfants.
Les gouvernements préoccupés devraient imposer des sanctions économiques et des restrictions de déplacement ciblées à l’encontre des hauts responsables de la junte, afin de faire pression sur celle-ci pour qu’elle libère sans condition toutes les personnes détenues et emprisonnées de manière arbitraire, y compris Aung San Suu Kyi. Ces gouvernements devraient aussi exhorter la junte à mettre immédiatement fin à la torture et aux autres mauvais traitements infligés aux personnes détenues, et accorder aux organisations humanitaires internationales impartiales un accès sans entrave à ces personnes. Les bailleurs de fonds internationaux devraient soutenir les associations au Myanmar qui fournissent une aide juridique, médicale, psychosociale et professionnelle aux prisonnières politiques ainsi qu’aux ex-détenues, et soutenir des projets de réinstallation dans un autre pays, pour celles qui sont particulièrement vulnérables.
« Les autres gouvernements devraient saisir toutes les occasions pour faire pression sur la junte afin qu’elle libère chaque prisonnier et prisonnière politique », a conclu Bryony Lau. « Accorder une plus grande attention au sort des femmes détenues montrera à la junte qu’elle ne peut pas dissimuler ses abus horribles derrière les murs des prisons, et aux milliers de femmes injustement incarcérées qu’elles n’ont pas été oubliées. »
Suite détaillée en ligne en anglais.
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Articles
Paris-Match
21.09.2026 à 19:58
Human Rights Watch
Le 14 septembre, un tribunal de lutte contre la cybercriminalité au Mali a condamné l’éminent journaliste Abdramane Keïta à deux ans prison sur la base de fausses accusations, dans la dernière attaque du gouvernement militaire contre la liberté des médias.
Click to expand Image Abdramane Keïta, directeur de publication du journal Le Témoin, à Bamako, au Mali. © PrivéLes forces de sécurité ont arrêté Abdramane Keïta, directeur de publication du journal Le Témoin, le 9 juin à Bamako, la capitale du Mali, quelques jours après son observation dans une émission télévisée que le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans lié à Al-Qaïda (Jama'at Nusrat al-Islam wal-Muslimin, JNIM ou GSIM) contrôlait la ville de Kidal dans le nord du pays. Le 25 avril, le GSIM et des combattants séparatistes alliés avaient lancé des attaques coordonnées à travers le Mali, tuant le ministre de la Défense et prenant le contrôle des plusieurs villes du nord, y compris Kidal. Les médias internationaux avaient largement rapporté que Kidal était tombée aux mains des groupes armés.
Le 9 juin, le Procureur du Pôle national de lutte contre la cybercriminalité inculpé Keïta de « délit à caractère régionaliste qui tend à porter atteinte à l'unité nationale et au crédit de l'État », et l’a placé en détention provisoire. Son procès a débuté le 17 août.
La veille de l'arrestation de Keïta, les autorités avaient arrêté un autre journaliste, Chahana Takiou, rédacteur en chef de l’hebdomadaire 22 Septembre, après qu'il eut publiquement critiqué les autorités pour avoir poursuivi un confrère, Youssouf Sissoko, en vertu d'une loi sur la cybercriminalité. Le 3 août, le Pôle national de lutte contre la cybercriminalité a condamné Takiou à un an de prison.
Les poursuites judiciaires contre Keïta reflètent un schéma plus large au Mali, où les autorités militaires ont cherché à faire taire les journalistes, les défenseurs des droits humains et les figures de l'opposition pour leurs critiques et leur dissidence publiques. Depuis le coup d'État de 2020, la junte dirigée par le général Assimi Goita a progressivement restreint les droits fondamentaux, notamment par le bais de l'interdiction et la suspension de médias, la dissolution d'associations de la société civile, la fin du multipartisme et la détention arbitraire ou la disparition forcée de ceux qui la critiquent.
Le cas de Keïta n'est que le dernier assaut contre la liberté des médias au Mali, et exacerbe une atmosphère oppressive où les journalistes sont obligés de fuir le pays ou d'autocensurer leurs reportages. Sa condamnation et sa peine de prison affaiblissent davantage l'accès du public à une information critique et indépendante. Les autorités devraient immédiatement et sans condition libérer Keïta et Takiou, annuler leurs condamnations et permettre à tous les journalistes d'exercer sans crainte leur droit à la liberté d'expression.