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Humans Right Watch enquête sur les violations des droits humains commises à travers le monde

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18.05.2026 à 06:01

Salvador : Une avocate défenseure des droits demeure en prison, un an après son arrestation

Human Rights Watch

Click to expand Image L’avocate salvadorienne Ruth Eleonora López. © El Diario de Hoy

(Washington) – L’éminente avocate salvadorienne Ruth López, spécialisée dans la lutte contre la corruption, est toujours en détention provisoire et son dossier judiciaire demeure sous scellés un an après son arrestation, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Les autorités salvadoriennes devraient garantir à Ruth López un procès rapide, public et équitable, lever le secret de l’instruction concernant son dossier judiciaire et lui permettre d’avoir des contacts réguliers avec sa famille et ses avocats.

Âgée de 48 ans, Ruth López est la directrice de l’Unité de lutte anti-corruption à Cristosal, l’une des principales organisations de défense des droits humains d’Amérique centrale. Elle a enquêté sur des allégations de corruption concernant des hauts responsables de l’administration du président salvadorien Nayib Bukele, et dénoncé de graves violations des droits humains commises dans le cadre de l’état d’urgence déclaré dans le pays. L’arrestation de Ruth López a marqué le début d’une répression croissante à l’encontre des détracteurs du gouvernement, notamment des défenseurs des droits humains et des journalistes. 

« Ruth López a passé des années à avertir que le président Bukele était en train de démanteler les institutions qui protègent les Salvadoriens contre les abus de pouvoir », a déclaré Juanita Goebertus, directrice de la division Amériques à Human Rights Watch. « Son propre cas est malheureusement la preuve la plus flagrante qu’elle avait raison. Les autorités devraient lever le secret judiciaire concernant son dossier, présenter toute preuve crédible lors d’un procès public et permettre à Ruth López d’avoir un accès effectif à ses avocats. »

La police a arrêté Ruth López le 18 mai 2025 à son domicile à San Salvador. Elle a d’abord été inculpée de détournement de fonds en lien avec son précédent travail, il y a plus de dix ans, en tant que conseillère d’un ancien magistrat du Tribunal suprême électoral, Eugenio Chicas. Environ 15 jours après son arrestation, les procureurs ont modifié l’accusation, en tant qu’« enrichissement illicite ». 

Lors d’une audience le 4 juin 2025, un juge a ordonné le placement de Ruth López en détention provisoire. Elle a ensuite été transférée à la prison de La Granja de Izalco, où elle se trouve toujours. En décembre, le juge chargé de l’affaire a prolongé sa détention provisoire de six mois supplémentaires. Son actuel mandat de détention provisoire doit expirer en juin 2026.

Les preuves à charge contre Ruth López n’ont pas été présentées en audience publique. Le juge n’a pas exposé publiquement les raisons pour lesquelles il a décidé de garder son dossier sous scellés. 

Dans le cadre de son travail chez Cristosal, Ruth López a enquêté sur des allégations de détournement de fonds publics – notamment des irrégularités dans les marchés publics pendant la pandémie – et a intenté des recours contre la destitution sommaire, en mai 2021, du procureur général et des cinq magistrats de la Chambre constitutionnelle. Elle a aussi activement soutenu la campagne citoyenne contre l’abrogation, en décembre 2024, de la loi interdisant l’exploitation de mines de métaux au Salvador. Début 2025, elle a déposé des requêtes en habeas corpus au nom de Vénézuéliens expulsés par les États-Unis au Salvador, où ils ont ensuite été transférés au Centre de confinement du terrorisme (Centro de Confinamiento del Terrorismo, CECOT).

L'arrestation de Ruth López a été suivie de mesures de grande envergure visant les détracteurs du gouvernement, a constaté Human Rights Watch.

Le 20 mai 2025, deux jours après la détention de Ruth López, l’Assemblée législative, contrôlée par le parti du président Bukele, a adopté une « loi sur les agents étrangers ». Cette loi prétend promouvoir la « transparence », mais dans la pratique, elle confère au gouvernement des pouvoirs étendus pour contrôler, stigmatiser et sanctionner les organisations de défense des droits humains et les médias indépendants qui bénéficient d’un soutien international. 

Depuis l’entrée en vigueur de la loi, l’Association des journalistes du Salvador et au moins trois autres organisations de la société civile ont fermé leurs bureaux au Salvador, invoquant les exigences imposées par la loi. 

Le 7 juin 2025, la police a arrêté Enrique Anaya, un éminent avocat spécialisé en droit constitutionnel, ayant souvent critiqué le gouvernement ; il a été accusé de blanchiment d’argent. Quelques jours avant son arrestation, Anaya avait publiquement condamné l’arrestation de Ruth López. Il est toujours en détention provisoire et son dossier est également sous scellés.

Suite à cette escalade de la répression, de nombreux détracteurs du gouvernement se sont exilés. Entre mai et septembre 2025, au moins 140 défenseurs des droits humains et journalistes ont quitté le pays. En juillet 2025, l’ONG Cristosal a annoncé qu’elle suspendait ses activités sur place au Salvador, et que le personnel se réinstallait au Guatemala et au Honduras. L’organisation a déclaré avoir dû choisir « entre l’exil et la prison ».

Le recours à la détention provisoire illimitée à l’encontre de Ruth López et d’autres détracteurs du gouvernement reflète une tendance plus large au Salvador, où les modifications législatives successives adoptées depuis 2022 ont effectivement démantelé les garanties d’une procédure régulière, y compris les limites imposées à la détention provisoire, et permis la tenue d’audiences de masse réunissant des centaines de prévenus à la fois. La plupart de ces mesures ont été adoptées dans le cadre de l’état d’urgence en vigueur depuis mars 2022, qui a été utilisé pour placer plus de 91 000 personnes en détention. Human Rights Watch a documenté des violations généralisées des droits humains pendant l’état d’urgence, notamment des détentions arbitraires massives, des actes de torture, des disparitions forcées et des conditions de détention inhumaines.

L’indépendance judiciaire au Salvador est gravement compromise depuis le 1er mai 2021, date à laquelle l’Assemblée législative a destitué sans procédure les cinq magistrats de la Chambre constitutionnelle et le procureur général, les remplaçant par des alliés de l’exécutif.

Le 22 septembre 2025, la Commission interaméricaine des droits de l’homme a déclaré que Ruth López et Enrique Anaya étaient exposés à des risques graves et urgents pour leur vie, leur intégrité physique et leur santé, et a exhorté le Salvador à garantir des conditions de détention adéquates, y compris des contacts réguliers avec leur famille et leurs avocats. Les autorités salvadoriennes n’ont fait état d’aucune mesure publique visant à mettre en œuvre ces dispositions.

Les gouvernements étrangers et les organismes internationaux de défense des droits humains, y compris le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, devraient considérablement renforcer leur surveillance publique du bilan du Salvador en matière de droits humains, a déclaré Human Rights Watch. Ils devraient exhorter publiquement le Salvador à accorder à Ruth López, Enrique Anaya et aux autres détracteurs qui ont été placés en détention un procès rapide, public et équitable, à lever le secret judiciaire portant sur leurs dossiers et à leur garantir des contacts réguliers avec leurs familles et leurs avocats.

En vertu de sa Charte démocratique, l’Organisation des États américains (OEA) a pour mandat de débattre et de prendre des mesures contre « toute altération ou interruption inconstitutionnelle de l’ordre démocratique ». Pourtant, le Conseil permanent de l’OEA a depuis des années renoncé à sa responsabilité de débattre de la situation au Salvador.

« Avec sa répression contre les défenseurs des droits humains et les journalistes, le Salvador rejoint les rangs des gouvernements autoritaires comme le Venezuela, le Nicaragua et Cuba », a conclu Juanita Goebertus. « Les gouvernements d’Amérique latine et d’Europe devraient prendre au sérieux la dérive autoritaire de ce pays, et renforcer d’urgence leur réponse. »

…………

15.05.2026 à 19:40

Un an depuis l'arrestation au Tchad d'un dirigeant de l'opposition

Human Rights Watch

Click to expand Image Succès Masra, président du parti d'opposition Les Transformateurs, devant le siège du parti à N'Djamena, le 8 avril 2021. © 2021 Marco Longer/AFP via Getty Images

Un an après que les autorités tchadiennes ont arrêté puis condamné Succès Masra, éminent dirigeant de l’opposition et ancien Premier ministre, son maintien en détention fondé sur des accusations à caractère politique souligne l’intolérance du gouvernement à l’égard de la dissidence.

Succès Masra, dirigeant du parti d'opposition Les Transformateurs, a été arrêté à son domicile à N'Djamena tôt le matin du 16 mai 2025. Il a été accusé d'incitation à la haine et à la révolte par le biais de publications sur les réseaux sociaux à la suite des affrontements intercommunautaires du 14 mai dans la province du Logone Occidental, qui ont fait des dizaines de morts. Immédiatement après ces meurtres, il s’est exprimé sur les réseaux sociaux pour présenter ses condoléances aux victimes et a déclaré que « la vie d’aucun Tchadien ne doit être banalisée ».

En août 2025, un tribunal tchadien a reconnu l’opposant coupable de « diffusion de message à caractère haineux et xénophobe » et « complicité de meurtre, » le condamnant à 20 ans de prison. Succès Masra, qui a plaidé non coupable, a été jugé aux côtés de dizaines de coaccusés, dont la plupart ont également reçu des peines de 20 ans d’emprisonnement. Le tribunal a de plus infligé de lourdes amendes aux accusés.

Immédiatement après la condamnation, les avocats de Succè Masra ont interjeté appel, qui est toujours en instance.

Si les affrontements entre les communautés d’éleveurs et d’agriculteurs sont récurrents dans le sud du Tchad, l’arrestation de Succès Masra s’inscrit dans un contexte plus large de rétrécissement de l’espace politique. Avant l’élection présidentielle de mai 2024, lors de laquelle il s’était présenté contre le président de transition de l’époque, Mahamat Idriss Déby, Succès Masra et ses partisans avaient fait l’objet de menaces et d’arrestations arbitraires. Une figure éminente de l’opposition avait été assassinée à l’approche du scrutin sans qu’aucune justice ne soit rendue par la suite.

Après l’élection, Succès Masra a allégué que le scrutin avait été truqué.

Les forces de sécurité ont également fait usage d’une force excessive contre des manifestants, notamment lors des manifestations de 2021 et 2022 qui ont fait des dizaines de morts et de blessés. Des centaines de personnes ont été détenues arbitrairement, certaines ayant subi des mauvais traitements. Le 8 mai 2026, huit dirigeants de l’opposition ont été jugés et condamnés à huit ans de prison pour « rébellion » et « mouvement insurrectionnel », après avoir tenté d’organiser une manifestation pro-démocratique qui avait été interdite.

Cela fait maintenant un an que Succès Masra a été arrêté, et la Cour suprême du Tchad devrait examiner son appel.

Les acteurs régionaux, notamment la Communauté Économique des États de l’Afrique Centrale (CEEAC), qui n’ont jusqu’à présent pas réussi à protéger les principes démocratiques au Tchad, ont également un rôle à jouer. Ils devraient faire pression sur les autorités tchadiennes pour qu’elles rétablissent les droits politiques et respectent les accords antérieurs tels que l’accord de Kinshasa, qui visait à garantir la sécurité des activités politiques des partis d’opposition, y compris celui de Succès Masra.

14.05.2026 à 09:00

États-Unis : Les coupes dans l’aide étrangère portent atteinte aux droits dans le monde entier

Human Rights Watch

Click to expand Image Des débris de cartons de l'USAID, l’agence américaine pour le développement international, éparpillés sur le sol d’un entrepôt du Programme alimentaire mondial à Bukavu, en République démocratique du Congo, le 21 février 2025. Des actes de pillage ont été commis lors de la prise de contrôle de cette ville par le M23, quelques jours auparavant. © 2025 Luis Tato/AFP via Getty Images

(Washington) – Les coupes abruptes opérées par le gouvernement des États-Unis dans la quasi-totalité de son aide étrangère en 2025 ont porté préjudice au mouvement mondial en faveur des droits humains ainsi qu’à d’innombrables personnes en danger, a révélé Human Rights Watch dans un rapport de 42 pages rendu public aujourd’hui.

Every Autocrat’s Dream: A Global Snapshot of the Human Rights Harms of US Foreign Aid Cuts

Ce rapport, intitulé « Every Autocrat’s Dream: A Global Snapshot of the Human Rights Harms of US Foreign Aid Cuts » (« Le rêve de tout autocrate : Aperçu mondial des atteintes aux droits humains causées par les coupes dans l’aide étrangère américaine », examine les conséquences immédiates de ces coupes budgétaires sur le travail des défenseurs des droits à travers le monde. Des enquêtes sur des exactions ont été interrompues, le soutien aux victimes a été fortement réduit, et des organisations qui contribuaient à la prévention des violations ont été contraintes de limiter voire parfois de cesser leurs activités.

« Le retrait du soutien du gouvernement américain au mouvement mondial des droits humains a été une véritable bénédiction pour les autocrates », a déclaré Sarah Yager, directrice du bureau de Washington de Human Rights Watch. « Les coupes dans l’aide étrangère ont rendu plus difficile la documentation des violations des droits humains, la protection des communautés menacées et la poursuite en justice des auteurs de ces violations. »

Le gouvernement des États-Unis a été le principal donateur en faveur des initiatives de défense des droits humains à travers le monde pendant des décennies, jusqu’à ce que l’administration Trump démantèle l’aide étrangère américaine entre janvier et mars 2025. Même si certains programmes ont fait l’objet de critiques légitimes, les réductions soudaines et massives de l’aide étrangère ont eu des effets néfastes immédiats à l’échelle mondiale.

Human Rights Watch a examiné l’impact de ces coupes budgétaires sur la liberté des médias, l’accès à l’information et la sécurité numérique ; sur la lutte contre la discrimination et la violence ciblée ; ainsi que sur la justice, la reddition de comptes et l’état de droit. Cet aperçu inclut des études de cas réalisées dans 16 pays : l’Afghanistan, le Bangladesh, le Cameroun, la Corée du Nord, la Géorgie, le Guatemala, Haïti, le Myanmar, le Nicaragua, la République démocratique du Congo, le Salvador, la Tanzanie, la Thaïlande, le Turkménistan, l’Ukraine et le Venezuela.

Ces études de cas portent sur les semaines et les mois qui ont immédiatement suivi les coupes dans l’aide, et visent à illustrer les répercussions sur les droits humains des décisions prises par l’administration Trump dans divers contextes. 

Bien qu’aucun gouvernement ne soit tenu de fournir une aide étrangère, la manière dont les États-Unis ont mis fin à cette assistance a causé des préjudices prévisibles, exigeant que des comptes soient rendus, a déclaré Human Rights Watch. Le Congrès américain devrait exiger un examen indépendant afin d’évaluer les conséquences sur les droits humains des réductions d’aide et des suppressions de programmes prévues pour 2025, et rétablir les financements alloués à la défense des droits humains dans les futures lois budgétaires. Les législateurs, les autres pays donateurs et les acteurs du secteur philanthropique devraient agir d’urgence pour reconstruire le soutien au mouvement mondial de défense des droits humains, d’une manière durable et respectueuse de ces droits.

« En mettant fin aux financements de manière si rapide et si radicale, le gouvernement américain a retiré des bouées de sauvetage cruciales pour de nombreuses personnes confrontées à des abus », a conclu Sarah Yager. « La résilience des organisations de défense des droits humains face à la montée de l’autoritarisme et aux crises mondiales a été extraordinaire ; toutefois, leur détermination ne saurait se substituer à un soutien durable. »

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