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Human Rights Watch News
 
Humans Right Watch enquête sur les violations des droits humains commises à travers le monde

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06.10.2026 à 08:00

Yémen : Les Houthis poursuivent en justice des employés de l’ONU et des membres de la société civile

Human Rights Watch

Click to expand Image Des véhicules des Nations Unies transportaient des employés de l’ONU vers le site d’une réunion avec des responsables du Comité de supervision du Yémen dans la province d'Al-Hodeïda, au Yémen, le 17 mai 2023.  © 2023 Mohammed Hamoud/Getty Images

(Beyrouth, 6 octobre 2026) – Depuis le 18 août 2026, les autorités houthies de facto au Yémen ont engagé des poursuites judiciaires contre au moins huit personnes travaillant dans les domaines des droits humains et de l’action humanitaire, ont déclaré aujourd’hui Amnesty International et Human Rights Watch ; ces personnes sont visées par des chefs d’accusation liés à l’espionnage et passibles de la peine de mort. Les huit accusés sont deux employés des Nations Unies, un consultant de l’ONU et cinq personnes qui travaillaient avec des organisations internationales et locales de la société civile sur divers sujets, notamment la santé, les droits humains et l’aide humanitaire. 

Les Houthis devraient immédiatement mettre fin à ces poursuites et libérer sans condition les huit personnes dont les dossiers ont été transmis au parquet, ainsi que les dizaines d’autres membres du personnel de l’ONU et acteurs de la société civile que les Houthis ont arrêtés arbitrairement au cours des deux dernières années. 

Ces poursuites constituent la dernière escalade en date de la répression menée par les autorités houthies contre la société civile dans la partie du Yémen qu’elles contrôlent, avec des vagues successives d’arrestations de Yéménites depuis le 31 mai 2024, visant notamment le personnel de l’ONU et des membres de la société civile. Les Houthis ont arbitrairement détenu plus de 100 employés et autres personnes, les maintenant en détention sans inculpation et leur refusant l’accès à un avocat et à leur famille. 

Plusieurs cas de détention ont débuté en tant que disparitions forcées. Une disparition forcée a lieu lorsqu’une personne est privée de liberté et que sa détention est niée ou que sa situation ou le lieu où elle se trouve sont dissimulés, la plaçant ainsi hors de la protection de la loi. 

« Alors que les combats s’intensifient à nouveau au Yémen, les Houthis ont pris la décision malveillante de poursuivre au moins huit membres du personnel des Nations Unies et de la société civile pour des chefs d’accusation qui pourraient, en cas de condamnation, entraîner la peine de mort », a déclaré Diala Haidar, spécialiste du Yémen à Amnesty International. « Exiger la libération immédiate de collaborateurs des Nations Unies et de membres de la société civile au Yémen devrait être une priorité absolue pour les gouvernements, et non une considération secondaire. » 

Human Rights Watch et Amnesty International ont mené des entretiens avec sept personnes ayant une connaissance directe de ces affaires, notamment des proches des personnes détenues.

Les huit personnes transférées en vue de leur jugement sont toujours en détention et leur état de santé se détériore ; parmi elles, au moins deux souffrent de diabète et n’ont pas pu bénéficier de soins médicaux adéquats, et une autre présente un risque de glaucome. L’une d’entre elles est atteinte d’un cancer de l’estomac et suit une chimiothérapie depuis sa mise en détention. 

Certains proches ont déclaré que les détenus leur avaient confié avoir été contraints d’avouer des faits d’espionnage sous la torture, ou sous la menace de la torture. 

Depuis 2015, Amnesty International a recensé des dizaines de cas dans lesquels les autorités houthies ont utilisé des accusations d’espionnage pour cibler des opposants politiques et faire taire la dissidence pacifique. Human Rights Watch et Amnesty International ont documenté le recours à la torture par les Houthis pour obtenir des aveux. 

« Il est aberrant que des détenus risquent la peine de mort simplement pour avoir fourni une aide médicale et alimentaire, ou pour avoir promu les droits humains, la paix et le dialogue », a déclaré Niku Jafarnia, chercheuse sur le Yémen et Bahreïn à Human Rights Watch. « Les autres gouvernements devraient d’urgence intensifier leurs efforts diplomatiques pour obtenir la libération des dizaines de membres de la société civile yéménite et de membres du personnel des Nations Unies détenus arbitrairement, surtout compte tenu des attaques subies par des prisons pendant le conflit. »

Le fait d’imposer la peine de mort à l’issue de procédures inéquitables rend son application arbitraire et contraire aux normes juridiques internationales, ont déclaré les deux organisations. De plus, en vertu du droit international des droits humains, seuls les « crimes les plus graves » peuvent légitimement donner lieu à la peine de mort, celle-ci étant interprétée comme se limitant à l’homicide volontaire. Aucune des personnes faisant l’objet de poursuites n’a été accusée de tels actes. Amnesty International et Human Rights Watch s’opposent sans réserve à la peine de mort, dans tous les cas et en toutes circonstances.

Les huit personnes transférées au Parquet pénal spécialisé de Sanaa, la capitale du Yémen, sont poursuivies pour « espionnage » et « aide à l’ennemi » (selon les articles 127 et 128 du Code pénal yéménite), deux chefs d’accusation passibles de la peine de mort. Le Parquet pénal spécialisé a également formulé des accusations vagues et excessivement générales concernant le travail humanitaire et de défense des droits humains des détenus, alléguant que ceux-ci avaient des « objectifs cachés et malveillants » s’inscrivant dans un plan prémédité visant à « détruire les valeurs de la société ». 

Le tribunal pénal spécialisé de Sanaa, créé en 1999, est compétent pour juger divers crimes et délits liés à la sécurité et considérés comme préjudiciables à la sécurité de l’État et à l’intérêt public. À mesure que les Houthis ont consolidé leur contrôle sur les territoires, ils ont également renforcé leur emprise sur le pouvoir judiciaire, et ce tribunal a été utilisé comme un instrument de répression politique. 

Les huit détenus se sont vu refuser un accès adéquat à leurs avocats. 

Sami Kallabi, 41 ans, qui travaillait pour l’ONU au moment de son arrestation le 6 juin 2024, est atteint d’un cancer et suit une chimiothérapie dans un hôpital militaire. Malgré son état de santé critique, il s’est vu refuser les visites de sa famille et les autorités houthies refusent de révéler où il est détenu.

Labib Shayef, 57 ans, est un consultant également arrêté le 6 juin 2024 dans son bureau à Sanaa. Depuis lors, il n’a été autorisé à recevoir qu’une seule visite de sa famille, en août 2025. Son état de santé s’est gravement détérioré en détention. Il souffre de diabète et a contracté l’hépatite B pendant sa détention, mais n’a pas bénéficié d’un accès adéquat aux soins de santé.

Les procureurs ont interrogé Labib Shayef sur son travail au sein d’organisations locales et internationales, notamment dans le cadre de programmes liés au genre et à la paix. 

Au moment de son arrestation, le Dr Ali Al-Mudhwahi était consultant pour le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) et conseiller auprès du ministère de la Santé publique et de la Population des Houthis, a déclaré son épouse, Safiah Mohammed, à Human Rights Watch. Les autorités l’ont soumis à « l’isolement cellulaire, à la torture et à de fortes pressions psychologiques » tout au long de sa détention, lui a-t-il confié par téléphone, a ajouté son épouse.

Les Houthis, qui s’opposent à la vaccination, ont tenté de forcer le Dr Ali Al-Mudhwahi à déclarer que les vaccins ne sont « rien d’autre que des outils d’espionnage » et qu’il est « un espion recruté par l’Organisation mondiale de la santé », a indiqué son épouse. 

À partir du 31 mai 2024, les Houthis ont mené une série de raids dans les zones sous leur contrôle, arrêtant arbitrairement 13 membres du personnel de l’ONU et au moins 50 membres du personnel d’organisations de la société civile yéménites et internationales. Depuis lors, les Houthis ont arbitrairement arrêté des dizaines d’autres membres du personnel de l’ONU et de la société civile. À la date du 5 octobre 2026, au moins 72 membres du personnel de l’ONU, ainsi que des dizaines de travailleurs humanitaires et de la société civile, tous de nationalité yéménite, étaient toujours détenus par les Houthis.

Le 11 février 2025, un travailleur humanitaire du Programme alimentaire mondial est décédé alors qu’il était détenu par les Houthis. Son décès renforce les craintes pour la sécurité et le bien-être des autres personnes détenues arbitrairement dans les centres de détention gérés par les Houthis, compte tenu des antécédents de ces derniers en matière de torture et d’autres mauvais traitements infligés aux détenus. 

De nombreux détenus ont été arrêtés sans qu’on leur présente de mandat d’arrêt et ont été victimes de disparitions forcées pendant des mois, avant que leur détention ne soit reconnue et que l’on ne sache où ils se trouvaient. Si certains ont reçu des soins médicaux, ce n’est pas le cas de nombreux autres, y compris des personnes souffrant de pathologies graves. 

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06.10.2026 à 06:00

Tunisie : Les pénuries d'électricité et d'eau menacent les droits

Human Rights Watch

Click to expand Image Des véhicules circulaient dans une rue plongée dans l'obscurité lors d'une coupure de courant à Ariana, en Tunisie, dans la nuit du 14 juillet 2026. © 2026 Chedly Ben Ibrahim/NurPhoto via AP Photo

(Beyrouth) – Les autorités tunisiennes ont échoué à garantir un approvisionnement adéquat en électricité et en eau durant deux mois de chaleur estivale extrême, compromettant ainsi le droit à la santé et mettant des vies en danger, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. Le président Kais Saied a attribué ces pénuries à des actes de sabotage. Toutefois, les autorités n'ont fourni aucune information transparente, et ont au contraire réprimé des manifestants. 

Le délestage électrique a privé les stations de pompage d'eau et les hôpitaux d'électricité, et les foyers d'eau courante, interrompant des interventions médicales critiques et contribuant à une pénurie nationale d'eau potable. Des médecins et des organisations de défense des droits humains ont signalé une augmentation des hospitalisations et des décès liés à la canicule, exacerbée par ces coupures, notamment parmi les personnes détenues. 

« Les Tunisiens ont été plongés dans l’obscurité lors de l’un des étés les plus chauds jamais enregistrés et ont été confrontés à des pénuries d’eau, car le gouvernement du président Saied a échoué à garantir un accès adéquat à l’électricité pour des millions de personnes, mettant ainsi des vies en danger », a déclaré Bassam Khawaja, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Au lieu d’invoquer des actes de sabotage, les autorités devraient s’attaquer aux causes profondes de cette défaillance et veiller à ce que chacun, y compris les détenus, ait accès à l’eau, à l’électricité ainsi qu’à d’autres moyens de fraîcheur. » 

En juillet 2026, le deuxième mois de juillet le plus chaud depuis 1950, la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG) aurait imposé des coupures d’électricité tournantes en raison d’une capacité insuffisante. Ces coupures se concentraient entre 13 heures et 17 heures, période où l’utilisation de la climatisation faisait grimper la demande. Selon des données participatives, les coupures ont duré jusqu’à 12 heures dans certains cas extrêmes. Fin août, une seconde vague a entraîné des coupures pouvant aller jusqu’à deux heures consécutives dans toutes les régions.

Les autorités tunisiennes n’ont pas publié d’informations transparentes sur l’impact de ces coupures. Le 22 juillet, l’Organisation tunisienne des jeunes médecins a estimé qu’entre 150 et 200 personnes étaient décédées au cours des jours précédents, soit d’un coup de chaleur, soit d’une panne d’équipement médical chez des patients dépendants d’appareils électriques. Le 28 août, l’organisation a signalé que les services d’urgence avaient connu une hausse « inédite » du nombre des décès et des hospitalisations liés aux coups de chaleur et aux températures élevées, y compris des décès parmi les détenus. Des médias locaux ont fait état de cinq décès survenus après l’arrêt du fonctionnement de respirateurs au domicile des victimes. 

Le 23 juillet, quatre parlementaires ont écrit au ministre de la Santé au sujet des patients sous oxygénothérapie à domicile. Le ministère de la Santé a fait état, le 29 août, de 633 cas médicaux liés à la vague de chaleur dans les hôpitaux publics, mais n'a fait aucune mention de décès liés à cette situation. Le ministère a également nié toute perturbation des services de santé.

Un médecin exerçant dans l'un des plus grands hôpitaux de Tunis a déclaré à Human Rights Watch qu'en raison de la capacité limitée des groupes électrogènes, les coupures de courant privaient d'électricité la majeure partie de l'établissement. Le groupe électrogène de secours ne desservait que les unités de soins intensifs et les blocs opératoires, a précisé le médecin, tandis que le reste du bâtiment, notamment le service des urgences, ne disposait ni d'alimentation de secours ni de plan d’urgence. Comme les admissions hospitalières reposaient sur des dossiers médicaux informatisés, le personnel ne pouvait pas enregistrer les patients arrivant pendant une coupure, même ceux dont le pronostic vital était engagé. 

Lors d'une coupure, des médecins d’une unité néonatale ont ventilé manuellement les nouveau-nés. Les coupures ont également affecté le rétablissement de patients en soins postopératoires, privés de ventilation ou de climatisation, a déclaré le médecin.

Les coupures de courant ont également perturbé l'approvisionnement en eau. En raison des coupures ayant perturbé le fonctionnement des stations de pompage, l'approvisionnement en eau potable est devenu intermittent dans de nombreuses régions de Tunisie. L'Observatoire tunisien de l'eau a recensé 361 interruptions de la distribution d'eau potable au mois d'août, contribuant à une pénurie d'eau en bouteille dans un pays où une grande partie de la population en dépend comme principale source de boisson. Bien que l'Instance nationale de sécurité sanitaire des produits alimentaires ait affirmé que l'eau du robinet était sans danger, la confiance du public reste faible, alimentée par des signalements d'eau trouble ou jaunie ainsi que par des altérations du goût et de l'odeur. 

Les coupures d'eau et d'électricité ont touché les prisons et les centres de détention. Le 28 août, cinq détenus de la prison de Mornaguia seraient décédés en une seule journée. La Ligue tunisienne pour la défense des droits de l'homme a recensé 20 décès dans les prisons et les centres de détention, dans des conditions aggravées par une chaleur extrême et des coupures d'eau et d'électricité.

Le Secrétaire général de la Fédération générale de l'électricité et du gaz a déclaré que la STEG avait alerté son ministère de tutelle, dès 2024, sur les risques de déficit énergétique et sur la nécessité de renforcer les capacités de production. Un rapport de 2026 de l'Observatoire tunisien de l'économie a révélé que les investissements de la STEG dans la production d'électricité avaient chuté de 87 % en l'espace de cinq ans. 

Les autorités tunisiennes n'ont fourni aucune preuve de sabotage. Fin juillet, différents parquets ont ouvert des enquêtes visant des cadres et des employés de la STEG. Le 26 août, le président Saied a déclaré que les coupures survenues dans plusieurs régions n'étaient pas des « pannes ordinaires », mais plutôt des « actes de sabotage délibérément planifiés » visant à attiser les tensions, à propager mensonges et rumeurs et à priver les citoyens de leur droit d'accès aux services. Il n'a toutefois fourni aucune précision supplémentaire. 

La crise de l'électricité était prévisible et les autorités tunisiennes avaient l'obligation de s'y préparer, notamment en veillant à ce que les services essentiels tels que l'approvisionnement en eau et les soins de santé ne soient pas affectés, a déclaré Human Rights Watch. La mauvaise gestion du gouvernement et son absence de mesures préventives ont aggravé la situation. 

Les manifestations liées aux pénuries d'eau et d'électricité se sont multipliées. L'Observatoire social tunisien du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux a recensé 1 101 actions de protestation en juillet et 1 093 en août à travers les 24 gouvernorats du pays. Il s'agit des chiffres les plus élevés enregistrés pour ces mois depuis plusieurs années. 

À la suite d'une manifestation organisée le 13 août à Borj Erras pour dénoncer le manque d'eau, les autorités ont arrêté 12 personnes, dont 9 mineurs, sur des soupçons de complot contre la sûreté de l'État, avant de les relâcher le lendemain. 

Le 20 août, le mouvement citoyen Nafas a organisé une manifestation à Tunis sous le slogan « Ni eau, ni électricité, ni liberté ». Le lendemain, les autorités ont arrêté Seifeddine Arfaoui, activiste politique et membre de Nafas, à son domicile. Le 31 août, un tribunal de Tunis l'a condamné à 18 mois de prison en vertu de l'article 86 du Code des télécommunications, pour une publication Facebook évoquant les slogans scandés lors de la manifestation. 

Human Rights Watch a déjà documenté une répression menée depuis plusieurs années contre toutes les formes de dissidence en Tunisie.

L'accès à l'électricité est essentiel pour garantir d'autres droits, notamment ceux liés à la santé, au logement, à l'eau ainsi qu’à l'éducation, et devrait être reconnu comme un droit humain à part entière, selon Human Rights Watch. 

La Tunisie a l'obligation de garantir l'accès à l'électricité et à l'eau, y compris dans les prisons et les centres de détention. L'article 48 de la Constitution tunisienne impose à l'État de fournir de l'eau potable à chacun sur un pied d'égalité. Le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels garantit le droit à un niveau de vie suffisant et au meilleur état de santé physique et mentale possible. 

La Commission africaine des droits de l'homme et des peuples a établi que le fait pour un gouvernement de ne pas fournir des services de base, notamment l'eau potable et l'électricité, constitue une violation du droit à la santé garanti par la Charte africaine. En tant qu'État partie au Pacte international relatif aux droits civils et politiques ainsi qu'à la Charte africaine, la Tunisie est également tenue de respecter les droits à la liberté d'expression et de réunion pacifique. 

« Les autorités tunisiennes savaient depuis des années que le réseau électrique était inadapté, mais elles n'ont pas su anticiper la hausse de la demande ni les risques liés à un été de chaleur extrême », a conclu Bassam Khawaja. « Au lieu d’engager des poursuites contre les manifestants, le gouvernement devrait rendre des comptes publiquement sur les défaillances du réseau électrique, publier des informations transparentes, notamment le nombre de morts, et présenter un plan clair pour rétablir un approvisionnement adéquat en électricité et en eau. »

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Articles

Afrik.com

05.10.2026 à 06:00

Irak : Sombres perspectives pour les hommes et les garçons suspectés de liens avec l’EI

Human Rights Watch

Click to expand Image Des hommes accusés de liens avec l'État islamique attendaient d'être interrogés à la prison d'Al-Karkh, en Irak, le 12 février 2026, après leur transfert vers ce pays ; ils étaient précédemment détenus dans le nord-est de la Syrie.  © 2026 Hadi Mizban/AP Photo Près de 5 700 hommes et garçons, détenus pour leur appartenance présumée à l’État islamique (EI) et transférés en Irak début 2026, risquent d’y subir des exactions, notamment des poursuites judiciaires imminentes pour les adultes dans le cadre de procès inéquitables pouvant aboutir à leur exécution.Des dizaines de pays tardent à rapatrier leurs ressortissants détenus en Irak et à leur apporter une assistance, malgré des allégations de torture, ainsi que des cas de maladies graves et plusieurs décès en détention.Les autres gouvernements devraient cesser de se décharger de leur responsabilité vis-à-vis de leurs ressortissants et veiller à ce que ceux-ci puissent jouir pleinement de leur droit à un traitement humain, que ce soit à l’étranger ou dans leur pays d’origine.

(Beyrouth) - Près de 5 700 hommes et garçons, détenus pour leur appartenance présumée à l’État islamique (EI) et transférés en Irak début 2026, risquent d’y subir des exactions, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui ; les adultes détenus sont notamment exposés au risque imminent de poursuites judiciaires dans le cadre de procès inéquitables, pouvant aboutir à leur exécution. Des dizaines d’autres pays tardent à rapatrier leurs ressortissants détenus en Irak et à leur apporter une assistance, malgré des allégations de torture, ainsi que des cas de maladies graves et de plusieurs décès en détention.

Les détenus, soit environ 3 500 individus originaires de Syrie, et 2 200 individus originaires d’Irak et de 65 d’autres pays, étaient déjà détenus depuis près de sept ans et demi dans le nord-est de la Syrie, dans des conditions mettant leur vie en danger. Aucun de ces ressortissants étrangers n’a fait l’objet de poursuites ou d’inculpations, ce qui rend leur détention prolongée en Syrie arbitraire et illégale. L’armée américaine les a brusquement transférés en Irak entre le 21 janvier et le 12 février 2026. 

« Les milliers de garçons et d’hommes envoyés en Irak méritent un traitement humain et une procédure régulière, tout comme les milliers de survivants des crimes de l’État islamique méritent une véritable justice », a déclaré Letta Tayler, conseillère senior sur les questions de lutte antiterroriste à Human Rights Watch. « La communauté internationale ne devrait pas laisser l’Irak gérer, seul, cette immense responsabilité. »

Human Rights Watch a mené des entretiens avec 56 personnes, parmi lesquelles des proches et des avocats de détenus, des responsables gouvernementaux irakiens et étrangers, des représentants des Nations Unies et des experts indépendants, des défenseurs des droits humains irakiens et internationaux, ainsi que des analystes juridiques et spécialisés dans les questions de sécurité. Bon nombre d’entre elles se sont exprimées sous couvert d’anonymat par crainte de représailles. Human Rights Watch a également consulté des articles de presse, des publications sur les réseaux sociaux, ainsi que des documents, des déclarations et des échanges avec les familles originaires de pays dont les ressortissants ont été transférés.

Les autorités judiciaires irakiennes ont déclaré que les interrogatoires des détenus étaient terminés, et que les procès pour terrorisme devaient débuter dans les prochains jours. Six des 47 ressortissants français transférés séparément de Syrie en 2025 pour des liens présumés avec l’État islamique devraient être jugés à partir du 5 octobre.

Ces détenus font partie des dizaines de milliers de Syriens, d’Irakiens et d’autres hommes, femmes et enfants étrangers arrêtés en masse pendant et après l’effondrement de l’État islamique dans le nord-est de la Syrie en 2019. Ils ont été détenus par les Forces démocratiques syriennes (FDS), un groupe armé soutenu par les États-Unis et dirigé par les Kurdes, jusqu’en janvier 2026, date à laquelle les affrontements entre ces combattants et les troupes du gouvernement de transition syrien, qui avançaient, ont plongé le nord-est de la Syrie dans le chaos. Craignant des évasions, les forces militaires américaines ont évacué par avion et par bus 5 704 personnes vers l’Irak, pays voisin de la Syrie.

L’Irak n’a eu que quelques jours pour se préparer, et les autorités ne s’attendaient pas à accueillir un grand nombre de personnes gravement malades, ont indiqué un responsable du gouvernement irakien, un responsable d’un gouvernement occidental et deux autres sources. Or, plus de 1 100 adultes sont arrivés atteints de maladies graves et contagieuses, notamment la tuberculose, ont-ils précisé. La tuberculose est une maladie très contagieuse qui peut être mortelle si elle n’est pas traitée. Des centaines de personnes en sont décédées pendant leur détention dans le nord-est de la Syrie. 

Un homme est décédé pendant son transfert et 14 autres après leur arrivée, apparemment en raison de problèmes de santé graves, selon des sources, dont une autorité pénitentiaire irakienne. Les cellules des détenus manquaient de ventilation et d’installations sanitaires adéquates. Ces conditions se sont améliorées et des médecins irakiens dispensent désormais des soins médicaux spécialisés et procèdent à des évaluations psychologiques des enfants, ont-ils indiqué. Cependant, les cellules sont occupées à 158 % de leur capacité, a précisé l’autorité pénitentiaire. 

Plus de 440 des détenus transférés sont des enfants, dont un âgé de 12 ans. Parmi eux, 305 seraient syriens et les autres proviendraient d’une quinzaine d’autres pays, selon un responsable judiciaire irakien. Certaines de leurs mères et de leurs frères et sœurs sont toujours détenus dans le camp de Roj, au nord-est de la Syrie, pour des liens présumés avec l’État islamique. Au moins 1 000 autres sont des jeunes hommes qui avaient été capturés par les Forces démocratiques syriennes alors qu’ils étaient encore enfants et qui sont détenus sans inculpation depuis lors. Ces garçons et ces hommes sont détenus dans des quartiers séparés de la prison de haute sécurité d’Al-Karkh, près de l’aéroport international de Bagdad. 

Aucune des personnes transférées n’a eu la possibilité de contester son transfert ni n’a été informée de sa destination, a déclaré une source gouvernementale occidentale informée de l’opération. Le système judiciaire irakien a des antécédents avérés de torture et d’exécutions extrajudiciaires. En l’absence d’une évaluation des risques et de garanties crédibles, le transfert des détenus vers un système judiciaire présentant un tel bilan pourrait constituer une violation du droit international à une échelle massive.

Human Rights Watch a reçu des informations provenant de trois sources selon lesquelles cinq détenus étrangers auraient affirmé avoir été torturés lors d’interrogatoires après leur transfert en Irak en 2026. En janvier, 13 des ressortissants français transférés en 2025 ont affirmé avoir été victimes de tortures et d’autres mauvais traitements dans le but de leur extorquer de faux aveux, a déclaré leur avocat.

Les autorités judiciaires et pénitentiaires irakiennes ont nié tout mauvais traitement. Le responsable judiciaire a déclaré que les détenus avaient peut-être provoqué eux-mêmes ces marques et ces ecchymoses dans le but de « faire croire » qu’ils avaient été maltraités. Il a ajouté que toute plainte pour torture serait transmise aux autorités judiciaires afin qu’elles mènent une enquête. Human Rights Watch n’a pas été en mesure de confirmer ces allégations de torture. 

Ces transferts ont exacerbé les craintes des proches dont les êtres chers avaient déjà passé des années en détention dans des conditions épouvantables dans le nord-est de la Syrie.

« Ça me fait vraiment peur », a déclaré un proche de l’un des hommes transférés, ressortissant d’un pays occidental. « Qu’est-ce qu’ils vont faire ? Quand est-ce que ça va finir ? Ça n’en finit pas, et on ne voit aucune lueur d’espoir à l’horizon. »

L’Irak a besoin d’un soutien international bien plus important compte tenu du nombre de détenus et de l’état de santé critique de ces derniers, ont déclaré des responsables gouvernementaux irakiens et occidentaux. Un responsable irakien a qualifié de « pressante » la nécessité de disposer de davantage de fournitures médicales. 

Les autorités judiciaires irakiennes ont indiqué qu’elles sollicitaient également une aide internationale pour mener leurs enquêtes et vérifier les nationalités, notamment auprès des pays d’origine des détenus, car à leur arrivée, ceux-ci ne disposaient pas de leurs dossiers judiciaires ni même de papiers d’identité.  

« La communauté internationale devrait se mobiliser et assumer ses responsabilités » envers ses ressortissants, a déclaré Ali Diaa, directeur administratif du Centre national irakien pour la coopération judiciaire internationale, qui supervise les enquêtes sur les détenus. « Nous recherchons un soutien concret, pas des ateliers ni des conférences. »

L’État islamique a commis des atrocités en masse en Irak de 2014 à 2017 et en Syrie de 2014 à 2019, notamment à l’encontre de la minorité religieuse yézidie. Parmi les détenus transférés figurent plusieurs « dirigeants de premier rang » de l’État islamique, selon le Conseil judiciaire suprême irakien. Certes, les auteurs de crimes internationaux graves doivent être traduits en justice, mais ces détenus vont être poursuivis en vertu de la loi antiterroriste irakienne de 2005, qui prévoit la peine de mort pour des infractions trop générales et définies de manière trop vague. Cela fait craindre qu’un nombre indéterminé de détenus ne soient arbitrairement condamnés à mort. La compétence juridictionnelle de l’Irak sur la plupart des détenus étrangers est également très contestable.

L’Irak a appelé les autres pays à rapatrier tous les étrangers qu’ils ne condamnent pas pour des crimes liés à l’Irak et à les poursuivre en justice si cela s’avère justifié. Les États-Unis ont également appelé à ces rapatriements. Mais la plupart des gouvernements des pays d’origine de ces ressortissants ont soit rejeté, soit reporté leurs promesses de rapatriement, craignant des risques pour la sécurité et, selon certaines sources, des difficultés judiciaires et des répercussions politiques. Les rapatriements vers certains pays exposeraient davantage les personnes renvoyées à des risques de torture, de procès inéquitables et de disparitions. Seuls deux détenus, mineurs, auraient été rapatriés, tous deux en avril 2026. Les gouvernements qui s’abstiennent de prendre des mesures raisonnables pour protéger leurs ressortissants contre les traitements inhumains et les procès inéquitables, notamment en faisant activement obstacle à leur retour, pourraient se rendre complices des exactions qui en résulteraient.  

« Le transfert de ces garçons et de ces hommes vers l’Irak ne suffit pas pour affirmer “Mission accomplie” », a conclu Letta Tayler. « Les autres gouvernements devraient cesser de se décharger de leur responsabilité vis-à-vis de leurs ressortissants et veiller à ce que ceux-ci puissent jouir pleinement de leur droit à un traitement humain, que ce soit à l’étranger ou dans leur pays d’origine. »

Suite détaillée en ligne en anglais. 
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