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Humans Right Watch enquête sur les violations des droits humains commises à travers le monde

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02.04.2026 à 23:40

Iran : Des milliers de prisonniers en danger

Human Rights Watch

Click to expand Image Les décombres d’une partie de l’aile nord de la prison d'Evin à Téhéran, en Iran, suite à une frappe israélienne du 23 juin 2025, encore visibles le 1er juillet 2025. Suite aux attaques menées par les États-Unis et Israël contre l’Iran le 28 février 2026, les détenus de prisons iraniennes sont exposés à des risques accrus. © 2025 Majid Saeedi/Getty Images Des milliers de détenus en Iran, y compris des prisonniers politiques et des enfants, risquent d’être blessés ou tués par des frappes américaines et israéliennes, tout en continuant d’être exposés au risque d’atrocités commises par les autorités iraniennes, dont des exécutions massives, secrètes et arbitraires. Au lieu de libérer des prisonniers sans condition ou pour des raisons humanitaires, les autorités iraniennes continuent de procéder à l’arrestation de dissidents réels ou présumés, ainsi qu’aux exécutions arbitraires de prisonniers politiques. Les États membres de l’ONU devraient faire pression sur les autorités iraniennes pour qu’elles libèrent immédiatement toute personne détenue arbitrairement, mettent fin aux exécutions et appliquent les dispositions permettant la libération ou la permission de sortie temporaire de prisonniers pour des raisons humanitaires. Les États devraient aussi exhorter toutes les parties au conflit à respecter le droit international humanitaire, et à donner la priorité à la protection des civils. 

(Beyrouth) – Des milliers de détenus en Iran, parmi lesquels des prisonniers politiques et des enfants, risquent d’être blessés ou tués par des frappes menées par les États-Unis et par Israël, ont déclaré aujourd’hui Human Rights Watch et le Kurdistan Human Rights Network (KHRN) ; ces détenus continuent aussi d’être exposés au risque atrocités commises par les autorités iraniennes, notamment des exécutions massives, arbitraires et secrètes.

Depuis des décennies, les autorités iraniennes procèdent en toute impunité à des arrestations arbitraires à grande échelle, emprisonnant des dissidents, des personnes suspectées de dissidence, ainsi que diverses personnes pour d’autres motifs dont l’endettement. Au cours des semaines qui ont précédé le début de l’actuel conflit armé, le 28 février, les autorités iraniennes ont procédé à des arrestations arbitraires massives de dizaines de milliers de manifestants, y compris des enfants, ainsi que de dissidents réels ou présumés, de défenseurs des droits humains, d’avocats et de membres du personnel médical. De nombreuses personnes ont été incarcérées dans des centres de détention secrets et non officiels gérés par les services de sécurité et de renseignement, et ont été ainsi victimes de disparitions forcées. 

« Les prisonniers en Iran, y compris les milliers de personnes détenues arbitrairement, sont confrontés à une double menace : d’une part la violence des autorités, qui ont déjà commis des massacres dans des prisons, et d’autre part les bombes américaines et israéliennes », a déclaré Bahar Saba, chercheuse senior sur l’Iran à Human Rights Watch. « Ces détenus, dont beaucoup n’auraient jamais dû être arrêtés et qui sont déjà exposés au risque d’abus, ne peuvent se mettre en sécurité et sont exposés au risque supplémentaire de blessures graves, voire mortelles. »

Human Rights Watch et le Kurdistan Human Rights Network ont mené des entretiens avec 12 personnes, dont des proches de prisonniers, des défenseurs des droits humains et des sources bien informées au sujet de plusieurs prisons ; les chercheurs ont aussi examiné les rapports d’autres organisations de défense des droits humains, des informations partagées sur les réseaux sociaux, des déclarations officielles et des reportages des médias d’État.

« Nous n’avons pas d’autre choix », a déclaré un prisonnier dont le témoignage a été transmis aux deux organisations. « Ici, nous ne pouvons ni nous protéger du danger, ni avoir accès à des abris. »  

Depuis le début du conflit actuel, des détenus, leurs familles et des organisations de défense des droits humains ont appelé à plusieurs reprises les autorités iraniennes à libérer des prisonniers, notamment pour des raisons humanitaires. Si un certain nombre de détenus ont été libérés, en particulier après avoir versé des cautions exorbitantes, les autorités ont refusé de libérer toutes les personnes détenues arbitrairement, dont les prisonniers politiques, et d’accorder à d’autres prisonniers une remise en liberté temporaire sur la base de critères humanitaires. 

Au contraire, les autorités continuent d’arrêter des activistes, des dissidents, des membres de minorités ethniques et religieuses, tels que des Kurdes et des bahaïs, ainsi que d’autres personnes pour avoir prétendument filmé ou photographié des frappes et transmis ces images aux médias. Le 24 mars, la police a annoncé que 446 personnes avaient été arrêtées pour avoir « troublé l’opinion publique, semé la peur et l’angoisse dans la société, porté atteinte à la sécurité mentale, fait de la propagande pour l’ennemi, et incité et organisé en ligne des éléments perturbateurs de la sécurité ». 

Les autorités ont également procédé à des exécutions, y compris sur la base d’accusations à motivation politique, ce qui a exacerbé les craintes d’exécutions massives, arbitraires et secrètes dans le contexte de la guerre. Entre le 18 et le 31 mars, au moins huit hommes ont été exécutés arbitrairement sur la base de chefs d’accusation dont « espionnage », « rébellion armée contre l’État par l’adhésion à l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran » et « guerre contre Dieu ». 

Les personnes interrogées par Human Rights Watch et KHRN, notamment des proches de prisonniers, ont fait part aux chercheurs des graves menaces auxquelles sont confrontés les détenus en raison des frappes militaires américaines et israéliennes, ainsi que des violations flagrantes des droits humains commises par les autorités iraniennes.

« Les prisonniers d’Evin ont entendu des explosions bruyantes et terrifiantes », a déclaré le proche d’un prisonnier de la tristement célèbre prison d’Evin. « Ils ont eu l’impression que [les explosions] étaient très proches, mais leur accès à l’information est très limité […] Lors d’une des nuits quand il y a eu de terribles explosions, vers 2 h du matin, ils ont pu ressentir plus de 20 ondes de choc dans leurs cellules en l’espace d’une heure. » 

Les commissariats de police et les installations de sécurité gérées par le ministère du Renseignement et le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) ont figuré parmi les cibles frappées par les forces israéliennes et américaines. Dans certaines de ces installations, des prisonniers – en particulier ceux qui ont été arrêtés pour des motifs politiques – sont détenus au secret, dans des conditions s'apparentant à des disparitions forcées.

Les détenus sont également confrontés à une détérioration des conditions de détention dans un système déjà connu pour ses mauvaises conditions et le refus systématique et délibéré de soins médicaux aux prisonniers. Des sources ont indiqué au Kurdistan Human Rights Network et à Human Rights Watch que depuis le début du conflit armé, il y avait eu une baisse tant de la quantité que de la qualité de la nourriture, et que les prisonniers se voyaient refuser l’accès aux médicaments et aux soins médicaux en dehors de la prison. 

« La quantité de nourriture que reçoivent les prisonniers a diminué, tout comme sa qualité », a déclaré une source. « Même ceux qui souffrent de pathologies graves ne sont pas transférés à l’extérieur [de la prison] pour recevoir des soins médicaux… les prisonniers ne sont même pas emmenés à l’infirmerie de la prison. »  

Les prisonniers qui protestent contre la détérioration et l’insécurité des conditions de détention s’exposent à des représailles et à des violences. Les deux organisations ont reçu des informations selon lesquelles, dans au moins trois prisons, les forces de sécurité ont recouru à la force, y compris à la force meurtrière, pour réprimer les protestations de prisonniers qui craignent pour leur sécurité et/ou s’opposent aux mauvaises conditions de détention.  

Les autorités iraniennes ont également proféré des menaces répétées, laissant craindre de nouvelles atrocités, afin de prévenir et d’étouffer toute forme de dissidence. Le 10 mars, Ahmadreza Radan, commandant des forces de police de la République islamique d’Iran, connues sous le nom de FARAJA, a averti : « Nous ne considérerons pas quiconque descend dans la rue, conformément à la volonté de nos ennemis, comme un manifestant ou quoi que ce soit d’autre, mais comme un ennemi lui-même. Nous les traiterons donc de la même manière que nous traiterions l’ennemi. » Il a ajouté que les forces de sécurité iraniennes avaient « le doigt sur la gâchette ».  

Le 11 mars, l’Organisation du renseignement du CGRI a publié un communiqué avertissant que toute manifestation serait réprimée « avec [encore] plus de sévérité que le 8 janvier », date à laquelle les autorités iraniennes avaient massacré des manifestants.

La réglementation nationale iranienne prévoit des libérations humanitaires en temps de crise. Une résolution de 1986 du Conseil judiciaire suprême autorise la libération conditionnelle ou la libération sous caution de prisonniers en cas d’urgence, en temps de guerre. En outre, l’article 201 du règlement pénitentiaire iranien prévoit la libération de prisonniers dans certaines circonstances, par exemple lors de « crises telles que des catastrophes naturelles, des incidents imprévisibles ou des épidémies de maladies infectieuses dangereuses », ou d’autres crises. 

En vertu du droit international humanitaire, qui rassemble les lois de la guerre, les prisons et les centres de détention sont présumés être des biens de caractère civil. Les violations graves des lois de la guerre commises par des individus avec une intention criminelle – c’est-à-dire de manière délibérée ou par imprudence – constituent des crimes de guerre.

Les États membres de l’ONU devraient exhorter les autorités iraniennes à libérer immédiatement toutes les personnes détenues arbitrairement, à suspendre toutes les exécutions prévues, et à appliquer les réglementations nationales permettant la libération ou la permission de sortie temporaire de prisonniers pour des raisons humanitaires, ont déclaré les deux organisations. Les États devraient en outre appeler toutes les parties au conflit à donner la priorité à la protection des civils.

« Au lieu de libérer des prisonniers, les autorités iraniennes arrêtent sans relâche des dissidents réels ou présumés et procèdent à des exécutions, affichant une fois de plus leur mépris total pour la vie humaine », a déclaré Rebin Rahmani, membre du conseil d’administration du Kurdistan Human Rights Network. « De nombreuses familles angoissées ne savent même pas où leurs proches sont détenus, alors que des bombes et des missiles frappent quotidiennement divers quartiers des villes. »

Suite détaillée disponible en anglais.

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02.04.2026 à 23:31

En République centrafricaine, la mort du Procureur spécial survient à un moment critique

Human Rights Watch

Click to expand Image Le Procureur spécial de la Cour pénale spéciale de la République centrafricaine, le magistrat congolais Toussaint Muntazini, près de l’ex-Premier ministre Mathieu Simplice Sarandji, lors de la séance inaugurale de la CPS à Bangui, le 22 octobre 2018. © 2018 Cour pénale spéciale

La Cour pénale spéciale (CPS) de la République centrafricaine a annoncé le décès de son premier Procureur spécial, Toussaint Muntazini, le 25 mars, après une longue maladie. Sa disparition constitue une perte profonde pour les victimes de crimes graves.

Toussaint Muntazini, juge militaire congolais et ancien procureur général des forces armées de la République démocratique du Congo, restera dans les mémoires comme un leader dans la lutte contre l’impunité dans deux des conflits les plus négligés au monde. En République démocratique du Congo, il a joué un rôle central dans l’avancement des efforts du pays pour enquêter sur les crimes graves et poursuivre leurs auteurs devant des tribunaux militaires. En tant que procureur général des forces armées à l’époque, Muntazini était le haut responsable chargé de superviser le processus judiciaire national qui a facilité la reddition et le transfert de Thomas Lubanga à la Cour pénale internationale pour des crimes de guerre commis dans la province de l’Ituri en RD Congo.

En République centrafricaine, Toussaint Muntazini a été nommé Procureur spécial auprès de la CPS en 2017. Créée en 2015 et intégrée au système judiciaire national avec le soutien de la communauté internationale, cette cour a été conçue pour enquêter et poursuivre les violations graves commises dans le pays depuis 2003. Après son arrivée à Bangui, Muntazini a élaboré la stratégie de poursuite de la cour, et son bureau a ouvert des enquêtes préliminaires qui ont conduit aux premiers procès de la cour.

La Cour pénale spéciale a fait face à d’énormes défis durant ces premières années, opérant au milieu d’une violence persistante, avec des ressources limitées et une insécurité aiguë. Muntazini vivait sous une protection étroite et quittait rarement l’enceinte de la cour. Pourtant, son engagement et sa détermination ont démontré que la justice était possible même en pleine période de conflit actif. Le modèle hybride de la CPS, avec des personnels nationaux et internationaux travaillant côte à côte, offre une chance de justice à l’échelle nationale, tout en bénéficiant d’une expertise internationale indispensable. La CPS complète le travail en cours de la Cour pénale internationale en République centrafricaine, et y constitue la preuve que la justice, bien que lente, est possible.

La détermination de Toussaint Muntazini a contribué à démanteler la longue culture d’impunité en République centrafricaine, où les cycles d’atrocités ont alimenté le conflit pendant des décennies. Sa disparition laisse un vide à un moment crucial, alors que le mandat de la cour fait face à des pressions croissantes en matière de financement. La communauté internationale devrait défendre l’héritage de Muntazini en soutenant des efforts concrets de justice et de reddition des comptes dans son pays natal, la RD Congo, tout en veillant à ce que la Cour pénale spéciale dispose des ressources nécessaires pour poursuivre en Centrafrique son travail essentiel.

02.04.2026 à 06:00

Burkina Faso : Crimes contre l’humanité commis par tous les camps

Human Rights Watch

Click to expand Image EN HAUT À gauche : Capitaine Ibrahim Traoré, Président du Burkina Faso. © 2025 Stanislav Krasilnikov/RIA Novosti via AP. À droite : Iyad Ag Ghaly, chef suprême du GSIM. © 2012 Romaric Ollo Hien/AFP/Getty Images. EN BAS À gauche : Forces militaires burkinabè à Baraboulé, région du Sahel, Burkina Faso, lors de l’opération « Tchefari 2 », en décembre 2023. © 2023 RTB. À droite : Combattants du GSIM à Barsalogho, province de Sanmatenga, Burkina Faso, le 24 août 2024. © 2024 Privé. L’armée du Burkina Faso avec ses milices alliées et un groupe armé lié à Al-Qaïda ont tué plus de 1 800 civils et déplacé de force des dizaines de milliers de personnes depuis 2023.La junte commet elle-même des abus atroces, ne prend aucune mesure pour traduire en justice les responsables de tous les camps et limite la diffusion d’informations afin de dissimuler les souffrances des civils pris dans les violences.Les organismes régionaux et les gouvernements partenaires devraient coopérer avec les autorités du Burkina Faso et les inciter à s’attaquer aux graves violations commises par toutes les parties et à déterminer véritablement les responsabilités.

(Nairobi, le 2 avril 2026) – L’armée du Burkina Faso avec ses milices alliées, ainsi qu'un groupe armé lié à Al-Qaïda, ont tué plus de 1 800 civils et déplacé de force des dizaines de milliers de personnes depuis 2023, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui. Ces atrocités, qui incluent le nettoyage ethnique des civils peuls par le gouvernement, constituent des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité dont les hauts dirigeants de tous les camps pourraient être tenus pour responsables.

Le rapport de 341 pages, intitulé « “Personne ne pourra s’échapper” : Crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis par tous les camps au Burkina Faso », documente l’impact dévastateur sur les civils d’un conflit armé qui n’a reçu que peu d’attention à l’échelle mondiale. Les chercheurs ont consigné 57 incidents impliquant les forces militaires burkinabè et des milices alliées connues sous le nom de Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP) ainsi que le groupe armé islamiste Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM ou Jama’at Nusrat al-Islam wa al-Muslimin, JNIM) depuis que la junte militaire actuelle a pris le pouvoir en septembre 2022. Human Rights Watch a publié un document de questions et réponses pour expliquer les aspects légaux en jeu.

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« L’ampleur des atrocités commises au Burkina Faso est stupéfiante, tout comme le manque d’attention mondiale portée à cette crise », a déclaré Philippe Bolopion, directeur exécutif de Human Rights Watch. « La junte commet elle-même des abus atroces, ne prend aucune mesure pour traduire en justice les responsables des deux camps et limite la diffusion d’informations afin de dissimuler les souffrances des civils pris dans les violences. »

Human Rights Watch a interviewé plus de 450 personnes au Burkina Faso, au Bénin, en Côte d’Ivoire, au Ghana et au Mali et par téléphone sur les violations graves commises entre janvier 2023 et août 2025. Les chercheurs ont également effectué des analyses approfondies de sources ouvertes, examinant des images satellites, des milliers d’heures d’enregistrements audiovisuels et des documents officiels pour vérifier les incidents et identifier les commandants de tous les camps.

2 avril 2026 « Personne ne pourra s’échapper »

Sous le président Ibrahim Traoré, la junte a mis en place une vaste répression contre l’opposition politique, la dissidence pacifique et les médias indépendants, engendrant une atmosphère de terreur et limitant fortement la circulation des informations sur le conflit et son bilan.

En 2016, le GSIM et d’autres groupes armés islamistes ont lancé une insurrection contre les gouvernements successifs au Burkina Faso dans le cadre d’une offensive plus large dans la région du Sahel en Afrique. Le GSIM a tué des civils et pillé des biens, ce qui a conduit la junte à mener des campagnes de contre-insurrection violentes. Les meurtres et autres abus graves contre les civils, appartenant souvent à des communautés accusées de soutenir le camp adverse, sont devenus une tactique clé de la junte ainsi que du GSIM.

Dans l’un des incidents les plus meurtriers, l’armée burkinabè et ses milices alliées ont tué plus de 400 civils en décembre 2023 dans environ 16 villages près de la ville de Djibo, dans le nord du pays, au cours d’une opération connue sous le nom d’opération Tchéfari 2 (« Le miel des guerriers » en fulfulde). « [Les miliciens] ont ouvert le feu », a raconté une femme de 35 ans. « Mes deux filles sont mortes sur le coup. » Elle et son fils de 9 mois ont été gravement blessés par les balles. Elle a entendu un membre de la milice dire : « Assure-toi que personne ne respire avant de sortir. »

L’armée et les milices ont ciblé les communautés peules en raison de leur soutien présumé aux groupes armés islamistes, conduisant au nettoyage ethnique de communautés entières.

En novembre 2023, des milices alliées au gouvernement ont tué 13 civils peuls, dont 6 femmes et 4 enfants, dans le village occidental de Bassé. « Tous les cadavres, sauf celui de mon fils, étaient regroupés dans la cour, les yeux bandés avec leurs vêtements déchirés et les mains liées derrière le dos... criblés de balles », a décrit un homme âgé de 41 ans. « Mon fils… était allongé sur le ventre. Il avait été tué d’une balle dans la nuque. »

Le GSIM a recouru à des menaces et des violences généralisées pour soumettre et punir les communautés dans sa tentative d’imposer un contrôle territorial sur les zones rurales. Le 24 août 2024, le GSIM a tué au moins 133 civils, dont des dizaines d’enfants, à Barsalogho dans le centre du pays, accusant la communauté entière de soutenir les VDP.

« [Les combattants du GSIM] ont tiré en continu, comme s’ils avaient des quantités de munitions », a raconté un homme de 39 ans. « Les gens tombaient comme des mouches. Ils sont venus nous exterminer. Ils n’ont épargné personne. » Cinq membres de sa famille ont été tués au cours de l’attaque.

2 avril 2026 Questions et réponses : Crimes de guerre et crimes contre l’humanité au Burkina Faso

Un nouveau rapport de HRW documente les exactions commises par tous les camps

Le GSIM a assiégé des dizaines de villes et de villages à travers le Burkina Faso, bloquant la circulation des biens et des personnes, ce qui a provoqué famine et maladies. Le groupe armé a posé des engins explosifs improvisés sur les routes et détruit des ponts, des sources d’eau et des infrastructures de communication.

Toutes les parties sont responsables des crimes de guerre suivants : homicide intentionnel, attaques contre des civils et des biens de caractère civil, pillage et saccage, et déplacement forcé, d’après les constatations de Human Rights Watch. Ils ont également commis des meurtres et des déplacements forcés dans le cadre d’attaques contre une population civile, ce qui constitue des crimes contre l’humanité, a déclaré Human Rights Watch.

Human Rights Watch a conclu que le président Ibrahim Traoré, commandant suprême des forces armées, et six hauts commandants militaires burkinabè pourraient être tenus pour responsables de graves violations au titre de la responsabilité de commandement et devraient faire l’objet d’une enquête. Iyad Ag Ghaly, le dirigeant suprême du GSIM qui est recherché par la Cour pénale internationale (CPI) pour des crimes présumés au Mali en 2012-2013, et quatre commandants du GSIM pourraient être tenus pour responsables des abus commis par le GSIM au Burkina Faso au titre de la responsabilité de commandement et devraient également faire l’objet d’une enquête.

Les membres de toutes les parties belligérantes dans le pays jouissent d’une impunité quasi totale. Les victimes et leurs familles ont indiqué qu’elles n’avaient pas confiance dans les institutions judiciaires nationales ou qu’elles n’y avaient pas accès. Les représentants du gouvernement ont nié ou minimisé les allégations d’abus, en particulier ceux commis par les forces militaires et les milices, et n’ont pas mené d’enquêtes crédibles.

Les gouvernements ont pris peu de mesures face à ces crimes atroces, a déclaré Human Rights Watch. Les partenaires internationaux du Burkina Faso – y compris les Nations Unies, l’Union africaine, l’Union européenne et ses États membres, ainsi que les États-Unis – devraient s’employer à résoudre les cycles d’abus et d’impunité de longue date au Burkina Faso. Ils devraient promouvoir la reddition de comptes, notamment en imposant des sanctions ciblées contre les commandants responsables d’abus identifiés par Human Rights Watch. Le Bureau du Procureur de la CPI devrait ouvrir un examen préliminaire sur les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité présumés perpétrés par toutes les parties au conflit au Burkina Faso depuis septembre 2022.

« Le monde doit reconnaître l’ampleur des atrocités qui se déroulent au Burkina Faso afin qu’il y soit mis un terme », a conclu Philippe Bolopion. « Les organismes régionaux et les gouvernements partenaires devraient coopérer avec les autorités du Burkina Faso et les inciter à s’attaquer aux graves violations commises par toutes les parties et à déterminer véritablement les responsabilités. » 

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