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23.02.2024 à 09:00

Pour Lula et la Chine, quel bilan un an après le début de son mandat ?

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Les élections présidentielles brésiliennes d’octobre 2022 avaient laissé entendre que le choix du prochain président

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Texte intégral (2241 mots)

Les élections présidentielles brésiliennes d’octobre 2022 avaient laissé entendre que le choix du prochain président aurait un impact direct sur la position diplomatique et les engagements commerciaux et économiques du Brésil. On voyait dans Bolsonaro un alignement sur les Etats-Unis et un rejet de la Chine et dans Lula une position anti-impérialiste, donc plus éloignée des Etats-Unis, suggérant un rapprochement avec Pékin. Cependant, cette vision binaire se révèle inexacte, notamment parce que la marge de manœuvre et le pouvoir de décision du président brésilien sur son alignement géopolitique est limité.

D’un côté, la Chine est le premier partenaire commercial et le deuxième plus grand investisseur au Brésil. Il existe donc une dépendance du Brésil envers le marché chinois, sur des exportations de produits comme le boeuf, le soja, le fer et le pétrole.

D’un autre côté, les États-Unis est le pays qui investit le plus au Brésil. Brasilia n’a donc aucun intérêt à s’éloigner de Washington pour des raisons purement économiques. Ainsi, même si Bolsonaro présentait une hostilité verbale envers Pékin dans son discours, en l’accusant d’avoir volontairement introduit le Covid et « d’acheter le Brésil, plutôt que d’acheter au Brésil », il avait tenu une position commerciale réaliste, marquée par une augmentation des exportations vers la Chine de plus de 40% entre 2019 et 2022.

Un principe de non-alignement

Dès le début de son mandat, Lula a été très clair quant à son positionnement géopolitique et sa politique commerciale. Il a annoncé que le Brésil aurait des « relations avec tous » et qu’il respecterait un principe de non-alignement. Ainsi, le président socialiste a rejeté une offre américaine de remplacement de son équipement militaire vieillissant, dans le cas où le Brésil déciderait de le donner à l’Ukraine. Il a également proposé de former un club de paix des BRICS pour aider à la médiation et à la négociation d’une sortie de conflit entre l’Ukraine et la Russie. Lula a aussi fait part de sa volonté de bâtir une indépendance stratégique et de se libérer de l’alignement historique du Brésil sur les États-Unis en déclarant que « personne n’allait empêcher l’intensification des relations entre le Brésil et la Chine », ce qui visait implicitement Washington.

Les avancées des projets commerciaux et des activités chinoises au Brésil

De nombreuses avancées ont été faites par Pékin depuis le début du mandat de Lula. Dès le mois de mars 2023, les deux pays ont arrêté d’utiliser le dollar pour les transactions commerciales et financières. Cet accord leur permet d’échanger directement le yuan contre le real, plutôt que de passer par le dollar, réduisant ainsi les frais de transactions. Dans le but d’implémenter le yuan comme monnaie d’échange, la filiale brésilienne de l’ICBC (Industrial and Commercial Bank of China) a commencé à agir en tant que banque de compensation, tandis que la banque brésilienne BOCOM BBM a annoncé son adhésion au système de paiement transfrontalier en yuan.

La visite diplomatique de Lula en Chine en avril 2023 a conclu une quinzaine d’accords bilatéraux notamment en matière de commerce, de technologie et de recherche. Pour permettre de faciliter les échanges commerciaux de produits agricoles, les deux pays ont mis en place une numérisation des procédures douanières.

Le Président Xi Jinping et le Président Luiz Inácio Lula da Silva en avril 2023 à Pékin

Dans le secteur des énergies renouvelables, la société d’électricité Electrobas Furnas s’est associée à la SGCC (State Grid Corporation of China) pour la rénovation de la plus grande centrale hydroélectrique du Brésil (Itaipu). De même, le producteur brésilien de minerai de fer et de nickel Vale a signé 7 accords avec différentes organisations chinoises, incluant un échange de connaissances avec l’Université Tsinghua et un accord de coopération avec Baoshan Iron and Steel pour produire du biochar dans le but de décarboner l’industrie sidérurgique.

Dans le domaine des technologies et de la construction, un accord a été passé entre les entreprises de télécommunication brésilienne et chinoises Unifique et ZTE, afin de renforcer le réseau 5G dans la partie sud du Brésil alors que l’entreprise d’ingénierie ETERC Engenharia et China CITIC Construction Co. ont signé un accord de coopération portant sur des projets d’infrastructures et des programmes de logements sociaux au Brésil.

Port de Aratu dans la province de Baiha

De même, le plus grand fabricant de voitures électriques du monde BYD a investi 3 milliards de reais pour produire des voitures électriques dans l’État de Bahia au Brésil. En retour, il bénéficiera d’une réduction de 95 % de la taxe sur la valeur ajoutée jusqu’en 2032 ainsi qu’un accès au port d’Aratu, ce qui facilitera l’importation de matières premières et l’exportation de produits finis. Les deux pays ont également annoncé la création d’un dixième satellite de surveillance de la déforestation en Amazonie, le CBERS-6, qui coûtera 100 millions de dollars et qui devrait être effectif en 2028.

Une signature pour rejoindre la BRI qui n’est pas d’actualité

Compte tenu de l’intensification et de la diversification des projets de collaboration sino-brésilien, il est légitime de s’interroger sur une éventuelle signature et adhésion de Brasilia aux nouvelles routes de la soie, ce projet lancé par Xi Jinping visant à renforcer les liens entre Pékin et ses partenaires via des investissements dans leurs structures d’échanges (commerciales, financières, sociales et politiques). L’Argentine, qui est le pays d’Amérique Latine le plus comparable au Brésil en termes économique et commercial, avait fait le choix en Février 2022 de rejoindre ce projet chinois. Cependant, il n’est pas dans l’intérêt de Brasilia de rejoindre cette initiative car les conditions d’adhésion à la BRI sont souvent dictées par Pékin et visent donc des pays dont le pouvoir de négociation est faible. C’est notamment pour cette raison que la Grèce et l’Argentine avaient adhéré au projet lorsque leur stabilité économique et financière avait atteint un stade critique.

Le Brésil dispose aujourd’hui d’une marge de manœuvre importante dans sa relation avec Pékin, notamment car la Chine est dépendante des exportations brésiliennes pour sa sécurité alimentaire. Par conséquent, Brasilia n’a pas d’intérêt particulier à rejoindre une initiative dont il ne maîtriserait pas les termes de l’adhésion. De plus, le Brésil ne veut pas non plus développer un partenariat exclusif avec la Chine, afin de pouvoir continuer à commercer avec tous. Compte tenu du fait que Brasilia ne perd rien de significatif à ne pas adhérer à la BRI, il est improbable que Lula décide de choisir la voie bilatérale avec la Chine, qui est contraire à son positionnement géopolitique.

Les limites d’un rapprochement

Finalement, plusieurs facteurs limitent le rapprochement entre Pékin et Brasilia. Il existe notamment au sein de la classe politique et de la société brésilienne une inquiétude quant à l’augmentation de la présence d’activités et d’entreprises chinoises sur le territoire brésilien. La désindustrialisation, la perte d’emploi des ouvriers brésiliens au profit de la main-d’œuvre chinoise et la dégradation environnementale figurent parmi les préoccupations des Brésiliens. De plus, la signature d’un accord de libre échange entre le Mercosur et l’UE reste d’actualité, malgré la réticence du président Macron. En cas de signature, cet accord risquerait d’entraver les exportations brésiliennes vers la Chine, car le marché européen représente une opportunité immense pour le Brésil.

Depuis l’arrivée de Lula au pouvoir, les investissements, les accords de coopération et les échanges ont augmenté entre la Chine et le Brésil dans plusieurs domaines. Cependant, Lula ne compte pas s’engager dans une relation exclusive avec la Chine, car il a compris que la force du Brésil réside dans sa capacité à dialoguer, commercer et coopérer avec tous. Ainsi, la signature de la Belt and Road Initiative (BRI) n’est pas d’actualité et les relations entre le Brésil et les États-Unis et ses autres partenaires restent et resteront sûrement intactes sous le mandat du président Lula.


Par Aloïs Mottard, Chargé de veille du Pôle Amérique Latine

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22.02.2024 à 18:01

La centrale de Gwadar et les résolutions vertes chinoises au Pakistan

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Lors de son discours au débat général de la 76e Assemblée générale des Nations unies

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Texte intégral (1576 mots)

Lors de son discours au débat général de la 76e Assemblée générale des Nations unies en 2021, le président XI Jinping a souligné la nécessité de promouvoir une « coexistence harmonieuse entre l’Homme et la nature » marquant ainsi son engagement envers l’objectif de neutralité carbone d’ici à 2060. Simultanément, le pays s’efforce d’améliorer la durabilité de ses investissements internationaux.

Le président chinois Xi Jinping s’adresse au débat général de la 76e session de l’Assemblée générale des Nations Unies par vidéo

Cette ambition s’est manifestée par la décision de la Chine de ne plus supporter la construction de nouvelles centrales électriques au charbon, alors que nombre de ces projets avaient été promus dans le cadre des Nouvelles Routes de la Soie (Lamu, Hunutlu, Cekulan Bawang, Gwadar). Depuis 2013, la Chine a alloué 50 milliards de dollars à des projets de centrales thermiques au charbon.

Par cette décision, la Chine montre qu’elle est consciente de l’impact environnemental significatif de ces initiatives. En effet, les centrales thermiques au charbon émettent une quantité importante de polluants atmosphériques et de gaz à effet de serre. À la suite de cette déclaration, 20 projets ont été définitivement annulés, mais en octobre 2022, 77 projets de centrales électriques au charbon étaient encore planifiés, 65 étaient en phase de construction, tandis que 68 avaient été suspendus. La Commission nationale chinoise pour le développement et la réforme statue la même année que la décision n’incluait pas les projets déjà lancés.

Des efforts ont tout de même été déployés afin de réduire l’investissement dans les centrales thermiques, notamment en transformant les projets déjà signés vers des options plus respectueuses de l’environnement.

Focus sur le projet de centrale thermique de Gwadar

Au Pakistan, les résolutions chinoises ont rapidement été confrontées à une réalité bien plus complexe. Le projet de centrale thermique de 300 MW dans la ville portuaire de Gwadar annoncé en 2016 est au centre des discussions puisqu’en janvier 2023, le premier ministre pakistanais annonce que le projet verra bien le jour.

Parallèlement, la Chine réaffirme sa volonté d’investir dans le projet via deux crédits alloués par la ICBC et la CBC afin de commencer sa construction. En novembre 2023, la compagnie CIHC Pak Power, à son tour, accepte de commencer à travailler sur le projet. Le charbon utilisé proviendra de Chine.

Le projet est le reflet des investissements massifs qu’a effectué la Chine dans le secteur de l’énergie au Pakistan. Le Corridor économique Chine-Pakistan (CPEC) a facilité le développement de projets axés sur le charbon, bien que le pays ne détienne que 0,03% des réserves mondiales. La production pakistanaise à base de charbon et de combustibles fossiles en général dépend donc majoritairement des importations chinoises qui représentent 90% de la capacité de production actuelle du Pakistan.

Thar Coal Block -1 Power Generation Company (PVT) Ltd., en tant que filiale de Shanghai Electric au Pakistan, est propriétaire d’une centrale électrique au charbon de 2 × 660 MW dans le Thar Coal Block-1

Cependant, en pleine crise économique, le pays cherche à s’émanciper de sa dépendance énergétique en passant par le développement de son aptitude à exploiter le charbon qu’il possède dans le désert du Thar. Des négociations avaient eu lieu concernant les termes du contrat pour le projet Gwadar, reflétant la volonté du Pakistan d’utiliser son propre charbon dans la centrale, une demande que la Chine avait refusée.

Le Pakistan ne semble donc pas envisager de réduire l’exploitation du charbon, cela ayant été confirmé par la déclaration du premier ministre de l’Énergie qui annonce lors d’une interview que « le pays prévoit de quadrupler sa capacité domestique de production de charbon et qu’il ne construira pas de nouvelles centrales au gaz dans les années à venir ». Cette décision est motivée par des facteurs politiques, économiques, sociaux et environnementaux.

La Chine doit ainsi composer avec les intérêts du gouvernement pakistanais dans le cadre du projet Gwadar, tout en respectant ses engagements et en encourageant une transition vers les énergies renouvelables pour ses pays partenaires.

Une transition énergétique longue mais nécessaire

La Chine dispose alors de plusieurs moyens pour garantir la faisabilité de ses ambitions environnementales. Au Pakistan, le développement des énergies renouvelables est poussé par le gouvernement chinois avec la mise en place de tarifs particuliers. Cependant, la mise en place d’infrastructures éoliennes et solaires s’avère être un long processus. En juin 2022, les énergies renouvelables ne représentaient que 6% de la capacité énergétique du Pakistan. Pourtant, il apparaît plus que nécessaire d’accélérer la transition énergétique du pays. En effet, les villes de Lahore et Karachi se classent parmi les 10 villes les plus polluées au monde depuis maintenant quelques années.

En conclusion, la nouvelle position chinoise a encouragé une réflexion autour de nouveaux projets qui s’alignent sur les nouvelles directives environnementales des Nouvelles Routes de la Soie. Une réflexion qui s’est traduite par des projets verts d’envergure. Par exemple, selon des données du Centre de finance durable et de développement de l’université de Fudan, 42% des investissements étrangers chinois dans le secteur de l’énergie concernaient les énergies solaire et éolienne pour la première partie de 2023.


Par Dounia Dif, Chargée de Veille Route de la Soie verte auprès de l’OFNRS

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19.02.2024 à 23:03

La relation sino-birmane face aux bouleversements politiques en Birmanie

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Cet article est la première partie du dossier Birmanie – L’intégration de la Birmanie au

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Cet article est la première partie du dossier Birmanie – L’intégration de la Birmanie au sein des Nouvelles Routes de la Soie : retour sur la relation sino-birmane depuis 1949

La visite de Xi Jinping en Birmanie en janvier 2020 a symboliquement entériné l’intégration de cette dernière au sein des Nouvelles Routes de la Soie. Pays stratégique, la Birmanie entretient avec la Chine des relations ayant connu des difficultés notables. Nées par la reconnaissance de la République populaire de Chine en 1949, les relations bilatérales sont dès le début froides, mais se réchauffent en 1954 sous le principe du Pauk Phaw (fraternité). Malgré le soutien de la Chine à certains groupes ethniques armés dans le nord de la Birmanie et la peur du piège de la dette, la Chine reste le principal partenaire commercial du pays. Les dirigeants birmans de la junte ou du gouvernement démocratique ont dû faire le choix de la Chine pour des raisons économiques et politiques, et ce en dépit d’un sentiment anti-chinois au sein de la population. En résulte une relation complexe et asymétrique qui a dû s’adapter aux différents bouleversements politiques qu’a connu le « pays aux mille pagodes ».

L’établissement des relations bilatérales

L’année 1949 marque le début des relations sino-birmanes. Le ministre des affaires étrangères birman de l’époque annonce que son pays reconnaîtra la République populaire. Il s’agit alors du premier pays d’Asie du Sud-Est non communiste à le faire (1). Mais ce début de relation demeure sans engagement et froid. Une méfiance existait entre les deux parties durant la période 1949-1953. Pékin voyait la Birmanie comme un subalterne des pays occidentaux tandis que Rangoune craignait d’être envahie par la Chine (2).

Les relations ont commencé à se réchauffer en 1954 lorsque les Premiers ministres Zhou Enlai et U Nu se sont mutuellement rendus visite et ont signé l’accord d’amitié et de non agression entre les deux pays (3) sous le principe de  du Pauk Phaw (affinité ou fraternité en birman)

Mais en 1957, les tensions entre les deux pays s’intensifient avec l’entrée des forces chinoises dans la région de Wa (nord-est de la Birmanie) dans le but de combattre les Nationalistes chinois ayant fui la Chine dans les années 1950 après la guerre civile. Ce fut finalement l’accord frontalier de 1960 entre Pékin et Rangoune qui régla cette question (4). De plus, les émeutes anti-chinoises de 1967 en Birmanie et l’expulsion de communautés chinoises du pays vont envenimer les tensions. Cela pousse Pékin à accroître son soutien au parti communiste birman. Il faudra attendre les années 1970 et l’arrivée de Deng Xiaoping au pouvoir pour une amélioration des relations. Ce dernier réduit son soutien au Parti communiste birman, signe un accord commercial avec la Birmanie et apporte  une aide militaire et économique à la junte birmane.

Premier Zhou Enlai and Prime Minister U Nu in Myanmar, June 1954
Premier Zhou Enlai and Prime Minister U Nu in Myanmar, June 1954, Global Times, https://www.globaltimes.cn/page/202106/1225991.shtml

En 1988, la Birmanie connaît des manifestations pro-démocratie qui seront réprimées. La communauté internationale condamne Rangoune et impose des sanctions isolant le pays. Pékin se présente alors comme un acteur essentiel pour contrer cet isolement (5). Jusqu’en 2010, la République populaire a fourni un soutien économique et matériel à la junte. Pas moins de 60 % de l’armement de l’armée birmane et 42 % des investissements directs étrangers (IDE) provenaient de Chine (6).

Au niveau des investissements, les IDE chinois en Birmanie s’élevaient de 20 millions de dollars US en 2004 pour atteindre 2 milliards en 2010 (7). Encouragée par la politique chinoise du Go Global lancée en 1999, la Birmanie était à l’époque le deuxième récepteur d’investissements chinois au sein de l’ASEAN après Singapour. Ces investissements portaient essentiellement sur des projets d’extraction de ressources gazières ou pétrolières ou encore hydroélectriques. Ils étaient encadrés par des entreprises d’État chinoises comme la China Wanbao Mining company dans le projet minier de Letpadaung ou encore la China Power investment Corporation pour le projet de barrage d’Irrawaddy.

Les élections contestées de 2011 en Birmanie voient l’arrivée au pouvoir de Thein Sein et d’un gouvernement civil marquant un signe d’ouverture et de libéralisation, même si ce gouvernement comprend encore des militaires. Thein Sein voulait « un gouvernement propre, une bonne gouvernance » avec l’objectif de montrer que son administration pouvait mener des réformes allant à contre-courant de ce que la junte avait mené jusque là. Le but était également d’ouvrir de nouvelles perspectives diplomatiques et économiques à l’international afin de garantir l’autonomie du pays.

Car pour de nombreux Birmans, la Chine s’est trop étendue dans le pays. Des protestations anti-chinoises avaient éclaté contre les projets miniers, pétroliers et hydroélectriques mettant au défi la politique de bonne gouvernance de Thein Sein. La dépendance à la Chine a été jugée trop importante et la recherche de légitimité au niveau international vise à réduire l’isolement birman et les sanctions des pays occidentaux afin de précisément réduire cette dépendance envers Pékin.

La place de la Chine dans la Birmanie d’Aung San Suu Kyi

La victoire de la Ligue Nationale pour la Démocratie (National League for Democracy, NLD) et l’arrivée au pouvoir d’Aung San Suu Kyi après les élections de 2015 marque un tournant dans une Birmanie faisant face à de nombreux défis. L’un de ces défis est économique, un aspect qui redonnera une place importante à Pékin dans l’espace politique et économique birman. Ce soutien sera moindre que celui qu’a connu la Birmanie de 1988 à 2010 (8) mais sera cependant celui de l’ancrage du pays au sein des Nouvelles Routes de la Soie.

Le président chinois Xi Jinping et la conseillère d’État du Myanmar, Aung San Suu Kyi, se serrent la main au palais présidentiel de Naypyitaw, au Myanmar, le 17 janvier. Crédit photo : Reuters

En effet, la NLD a maintenu de bonnes relations avec Pékin malgré le sentiment anti-chinois au sein de la population. Aung San Suu Kyi a ainsi assisté au forum de la BRI en 2017 et 2019, et Xi Jinping a visité la Birmanie en 2020. L’objectif est avant tout économique puisque le gouvernement birman a fait du développement des infrastructures un des ses principaux objectifs (9). Ce besoin en infrastructures, ainsi que les liens entre Pékin et Naypyidaw, a amené à la signature du Corridor Économique Sino-Birman (China Myanmar Economic Corridor, CMEC) en 2018 (10). Naypyidaw privilégie alors le partenariat public-privée avec des entreprises chinoises et birmanes pour le développement des infrastructures dans le pays.

Mais le sentiment anti-chinois persiste au sein de la population. Les oppositions aux projets chinois restent fortes et des renégociations de projets ont eu lieu. Les préoccupations de la Birmanie portent surtout sur la question de la dette, du foncier et de l’environnement.

La relation Pékin-Naypyidaw depuis le coup d’État de février 2021

Peu de temps après la visite de Xi Jinping en Birmanie en 2020, la pandémie de Covid-19 a entraîné la fermeture de la frontière sino-birmane. 13 mois plus tard, le 1 février 2021, la Birmanie connaît un coup d’État, Aung San Suu Kyi est arrêtée et une guerre civile démarre. Dans les premiers jours qui ont suivi ce coup, Pékin prend ses distances avec Naypyidaw.

Ayant beaucoup investi dans sa relation avec la Birmanie d’Aung San Suu Kyi, il est clair que le coup d’État a mis à mal des années de relations diplomatiques. L’ambassadeur chinois en Chine a dû démentir les accusations d’implications chinoises dans ce coup d’État en affirmant qu’elle n’y avait aucun intérêt et que la situation politique actuelle n’était « absolument pas ce que la Chine voulait voir ». Face à ce bouleversement politique, Pékin a dû recalibrer son approche afin de préserver ses intérêts dans le pays.

La Chine fait alors le choix du pragmatisme en se rangeant derrière la junte afin de continuer à alimenter le CMEC en investissements (11). Ainsi, à l’ONU, la Chine refuse de sanctionner la junte. S’ensuit un réchauffement des relations, bien que les deux parties fassent profil bas. Cette reprise est marquée par une rencontre entre Wang Yi, le ministre des affaires étrangères chinois et son homologue birman en juin 2021. En avril 2022, Wang Yi déclara que, quelle que soit l’évolution de la situation, la Chine soutiendra la Birmanie, signe d’un retour définitif à la normale.

Le chef militaire du Myanmar, le général Min Aung Hlaing, et le président chinois Xi Jinping se rencontrent à Pékin le 24 novembre 2015

Si lors de la décennie précédente Naypyidaw avait pu concilier sa relation avec la Chine et d’autres acteurs internationaux, le coup d’État de 2021 laisse une économie birmane en difficulté face à des IDE en chute libre. C’est alors Pékin qui détient désormais la plupart des cartes en Birmanie. La priorité demeure le CMEC et la sécurité frontalière. Le corridor économique est toujours à l’ordre du jour mais la trajectoire de la relation est modifiée par ces nouvelles dynamiques politiques et l’évolution des besoins stratégiques de Pékin et de Naypyidaw.

Cette relation s’axe également d’autres thématiques que celle des infrastructures, les  récents développements semblent en tout cas aller dans ce sens (12). Cela s’est d’abord manifesté par la diplomatie des vaccins de Pékin lors de la pandémie. Des transferts de technologies chinoises vers la Birmanie ont eu lieu pour permettre la production de vaccins sous la marque Myancopharm (13). Face à l’absence de concurrents sur le marché birman, la diplomatie des vaccins chinois a ouvert la voie à l’établissement d’entreprises chinoises sur le marché pharmaceutique birman qui est encore fortement dominé par des importations en provenance d’Inde (14).

Autre exemple au niveau des technologies, le renminbi numérique pourrait s’avérer utile pour la Birmanie. Depuis l’introduction du renminbi en tant que monnaie officielle de règlement pour les échanges transfrontaliers sino-birmans (15), la monnaie numérique permettrait une réduction de la dépendance de la Birmanie au dollar US, notamment dans ses échanges commerciaux, et d’atténuer les restrictions de son accès au système international SWIFT (16). Le règlement en renminbi numérique est une projection stratégique pour Naypyidaw et un avantage pour Pékin en termes d’efficacité commerciale et de financement des futurs projets.

Pourtant, à la fin du mois d’octobre 2023, Pékin semble reconsidérer ses intérêts face aux ravages de la guerre civile en cours. L’offensive menée en octobre par l’Alliance des trois confréries, une coalition de groupes ethniques armés s’opposant à la junte birmane au pouvoir, contre des installations de l’armée régulière birmane, semble à première vu exposer un double jeu de Pékin. Cette Alliance des trois confréries entretient des relations avec les services de sécurité chinois (17) et opère dans le nord du Myanmar, à la frontière chinoise, en s’emparant notamment de bases militaires et de quatre points de passage frontaliers essentiels pour le commerce entre la Chine et la Birmanie. L’Alliance a également annoncé que l’un de ses objectifs est l’éradication du réseau de cyber-escrocs s’étant développé le long de la frontière entre le Myanmar et la Chine, des opérations qui constituent un problème de sécurité majeur pour la Chine (18). Il faut cependant noter que c’est au côté de la junte que la Chine lutte contre cette cyber-escroquerie, elle ne s’oppose cependant pas aux agissements des groupes ethniques armés qui vont dans ce sens (19).  

Mais Pékin n’a pas changé de camp pour autant. Pour rassurer la junte, des exercices navals conjoints entre les deux armées ont été réalisés en décembre 2023 et Wang Yi a rencontré le vice-premier ministre du Myanmar, Than Swe, à Pékin. Cette approche de Pékin envers la junte, au premier abord contradictoire, distingue en fait les intérêts chinois à court et long terme. À court terme, Pékin s’inquiète pour sa sécurité, notamment les 2 000 km de frontière commune qui demeurent très peu contrôlés par Naypyidaw et de possible débordement du conflit sur son territoire. À long terme, la Chine craint pour ses intérêts économiques, ses investissements dans le CMEC. 

Il semble donc important de noter que ces groupes ethniques armés ne sont pas des proxys de Pékin et encore moins que la Chine s’immisce dans la guerre civile birmane. Ces groupes armés défendent leurs propres intérêts et Pékin a toujours mené une politique de non-ingérence dans les affaires intérieures de la Birmanie (20). La Chine craint donc que l’escalade du sentiment anti-chinois au Myanmar menace ses actifs stratégiques et économiques. Par conséquent, Pékin a, pour le moment, plutôt intérêt à ne pas s’immiscer dans la guerre civile pour éviter une vague de sentiments anti-chinois. 


Par Théo Banse, Chargé de Veille Asie du Sud-Est à l’OFNRS

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